Skip to main content

Full text of "Discours prononcé dans l'église paroissiale de Saint-Nizier de Lyon, par M. Jolyclerc, élu à la cure de cette paroisse, le dimanche 17 avril 1791, jour de son installation."

See other formats



DISCOURS 


Prononcé dans l^dgliji paroijjiale 


M. J O LYCLERCy élu CL la cure 


Citoyens qui êtes tous mes amis et 

MES FRERES, 

Appel LÉ par votre propre volonté au 
gouvernement fpirituel de cet immenfe terri- 
toire \ choifi pour cultiver cette vigne chérie 
ÔC la rendre agréable aux yeux du Tout- 
Pniflant \ préféré à tant de faims miniflres , 


de 



de Lyon y par 


de cette paroijjèy le Dimanche Zj 
Avril i y jour de fon injîallaîion. 


A Z 


niENEWBeRRY 

UBRARY 



que je cônnois plus éclairés, plus vertueuse J 
plus dignes que je ne puis l’être., de cette fonc- 
tion augüfte ^ placé dans cette chaire où les 
fucceffeurs d’Irenée annonçoient avec tant de 
zele & de fuccès les vérités de notre faint 
évangile , dans cette chaire qui retentiiïbit 
dans ces temps heureux de l’éloquence & de 
l’ardente charité de Verus , de Patient , qui fut 
l’ame de tous les conciles de fon fiecîe ^ d’Eu- 
cher, ce digne apôtre , dont les homélies 6C 
folides ôC touchantes ont palfé jufqu’à nous , 
de grand nombre d’autres illuftres évêques 
de cette cité, jufqu’aux jours de Leydrade. 
Dans cette chaire , mes Freres , où tant de 
faints pafteurs, un clergé à jamais mémo- 
rable par fes vertus ', des coopérateurs diftirl- 
gués de l’épifcopat de cette métropole ont 
publié ôc dévoHé, dans toute fa pureté, la 
morale fublime de notre religion. Vous y 
avez 'fiégé , illuftre évêque de Cidon , vous le 
confolateur, le confeil & l’appui de plufieurs 
prélats confécutifs de ce diocefe j vous y avez 
jfiégé ‘, vous que cette paroi (Te fs glorifioit 
d’avoir vu naître ÿ Vous dont elle poffédoit 
comme un tréfor précieux les proches Sc les 
alliés ; vertueux citoyens , kur charité , leur 
amour pour les pauvres eft encore célébré 5 


( 5 ) 

votre nom étoit Thevenet , 8C votre régie fm 
toujours digne d’éloges. Vous y avez fiégé ^ 
vous le neveu 5 l’éleve^ôc le fuccelTeur de ces 
grands hommes ^ vous dont l’âge feul 8c des 
infirmités ont pu rallentir les travaux ôC vain- 
cre le pouvoir ^ vous que nos regrets a6l:uels 
ÔC notre amour voudroient rendre impofliblQ 
6r. immortel. 

Echauffé par le fouvenir 6c l’image de ces 
pafieurs accomplis, de ces heureux modèles, 
mais trop foible fans doute pour atteindre à. 
la hauteur de leur vertu , pour afpirer à la 
perfeé^ion de leur miniftere. Quels efforts 
dois je vous préfenter ? Mes Freres , que dois- 
je faire pour répondre à vos défirs , à votre 
attente, à vos droits fur ma perfonne ? 

Je fais, mes chers paroiffiens , ce que 
penfoient les pafteurs des premiers temps .p 
ces pafteurs fi vénérés, fi dignes de fervir- 
d’exemple à tous les fiecles , je fais ce qu’üs 
penfoient des devoirs de leur faint miniftere<.. 
a Nous fommes chrétiens pour nous , ( dii 
» foient'ils à leur peuple) j mais nous fommes 
» pafteurs pour vous ; tout gouvernement a 
» peur but le bien de celui qui eft gouverné 
» & non de cçlui qui gouverne ^ tout pafteur: 
», ffenvifage que la. profpériié. de fon ixoi^- 

^ % 



fi peau: feroit il donc pafteur s’il neghgeoil 
fi de veiller à fa garde (i). » 

Je fais ce que difoit St, Paul aux peuples 
de Corinthe : malheur à moi fi je ne prêche 
point , car c eft là mon miniftere -, êc fi je 
le remplis avec vigilance je ne mérite aucune 
louange , puifque la nécefiité ÔC les ordres 
du fouverain Seigneur me rappellent à cette 
fon6Hoa (i). 

Je fais ce que prononcent plufieurs concdes 
célébrés fur la fcience les études elTen- 
tielles aux pafteurs. « Qu’ils s’appliquent à 
» connoître pleinement les livres divins (difent 
» les peres du concile de Rheims ) ; qu ils les , 
» fendent intelligibles à tous les âges qu ils 
» méditent le langage des peres de Teglife 
» Ôc que leur fcience s’étende au développe- 
» ment de tout ce qui a rapport à la morale 
» évangélique (3). 


' (i) Juguftinus, ferm. 57. . , 

• (t) Nam fi evangelifavero non efl mihi^ gloria , 
necejjïtas enim mihi incumbit : va tnim mihi eft fi 
^EpiCl. I, ad Corinth. cap, 9 y 

can. 14 & 15* Arclat. 6’ j 
3 , can. I. Meld, 


( 7 ) 

Je fais qu’un bon pafteur doit avoir non- 
feulement la fcience en partage, mais encore 
le complément de toutes les vertus, ce Qu’eft- 
» ce qui vous a déterminé à choifir ce foible 
» mortel pour être votre pafteur ( demandoit 
» l’évêque inftituteur aux fideles, dans les jours 
» fl fervents de l’églife primitive ). C’eft , lui' 
» répondoit l’archidiacre , ou le délégué des 
» fideles ; c'ejl fa modejïie , fon humilité , fa 
» patience , fa chafteté ; ceji Vaffemblage de 
» toutes les vertus chrétiennes (4). Les fideles 
» confirmoient cette affertion 6c s’écrioient : 
» oui , les chofes font ainjîj f archidiacre a 
» bien parlé (5). » 

Grand Dieu ! donnez-moi donc des qua- 
lités auflî précieufes , puifqu’elles peuvent 
feules juftlfier le choix 6c les intentions de 
mes concitoyens qui m’ont élus. 

Donnez-moi la modeftie , cette vertu qui 
me rendra l’ami du pauvre comme du riche; 
l’ami du mortel illitéré & qui n’ambitionne 
que l’étude de notre faint évangile, comme 


(4) Concil. London. 1070. Vid. conc. Gall. tora. 3, 
page 359. 

(5) ï^ide antiq. pont. Rom. de confecr. presb. feu 
epifç. circa fnem, 

A4 






philofophie' difcernent du refte des humains ^ 
appellent à compiler nos hiftoires, à décrira 
lias beaux jours ôc nos malheurs ; l’ami du 
foible comme du fort , du pécheur corn 
du jufte ^ l’ami de tous les âges, de toutes 
les pofîtions , de tous les hommes. 

Donnez moi l’humilité , cette vertu qui 
brife l’afcendant de l’amour de foi même , 
qui écarte le démon de la vanité êc toutes les 
penfées frivoles ÿ qui détruit les machinations , 
toujours funeftes , de l’orgueil de la pré- 
fomption ; qui rappelle le miniftre payeur à 
ce précepte fublime du divin maître de notre 
îeligion. Apprenez de moi que je fuis doux 
6c humble de cceur ; difcitc à me quia miti$- 
fum & humilis corde. 

Donnez* moi la patience , cette vertu quî, 
femblable à ces rofées préparatoires que la 
providence célefte répartit 'dans le fèin de 
la nature pour annoncer le terme des fâifons 
rigoureufes, le calme 6c l’abondance rallie 
le pécheur, prépare fon retour & le ramena 
graduellement dans les fentiers heureux des 
bonnes oeuvres ÔC de la charité. 

Donnez- moi là 


f 9 ) 

ride des écarts êc des oublis ; ce don fi 
urgent , ô mon Dieu î fans lequel les offrandes 
que je dois vous préfenter au nom de mon 
peuple fe trouveroient indignes de la fublime 
fainteré qui vous décore, fans lequel tous 
mes pas dans le fanâ:uaire feroient/.des cri- 
mes , ôc ma voix, femblable à l’airain qui 
frappe l’air de fes fons aigus , ne produiroit 
aucun effet. 

Donnez-moi enfin. Dieu des chrétiens, 
fouverain Seigneur que j’invoque en ce jouir 
dans toute la fincérité de mon ame ^ donnez- 
moi toutes les vertus que ce troupeau chéri 
a droit d’attendre de fon pafteur. Ces vertus , 
dont je connois l’étendue 6c la nécefîité, ces 
vertus , qui feront pour le peuple chrétien ÿC 
pour moi , le germe infaillible de la paix 
dans cette vie, du bonheur parmi mes freres, 
& de notre éternelle félicité. 

Mais, mes Freres, le concours de vos 
vœux St de vos prières peut prévaloir encore 
auprès de l’Être fuprême fur les défirs de 
mon cœur, accordez-les au zele qui m’anime, 
c’efl votre zele que je conjure. « Si plufîeurs 
» d’entre vous (nous dit J. C. dans fon évan- 
» gile ) fe trouvent réunis en mon nom , je 
^ me trouverai alors au milieu d’eux. » Priez 


C 10 ) 

donc pour moi , mes chers paroiflîens , ôc 
recevez le garant de ma religion 6c de mon 
civifme. 

Religion fainte , je te devois naes premiers 
hommages ; invité par notre très-refpeâ:able 
pere , M. l’Evêque ^de cette métropole , 
d’après les pieux décrets de l’augufte AlTem- 
blée nationale (6) , c’eft entre les mains de 
ce chef éminent , de ce vénérable pontife , 
que votre fagefle , mes Freres , a élu pour 
être le guide 6c la lumière de notre régie 
fpirituelle j c’eft dans fon fein que j’ai dépofé 
ma foumîj[jîon à la religion catholique , apof- 
toUqiie & romaine. 

Quels ont été mes tranfports lorfque j’ai ^ 
renouvellé cet engagement facré ? Religion 
de ma patrie, religion de mes peres , reli- 
gion qui forma mon cœur à l’amour de la 
vertus ta morale eft fi belle, tes maximes 
fi pures , ÔC ta foi indéfeéHble dans tous les 
fîecles. Religion que j'adore qui me lie fi - 
étroitement à mes concitoyens, à mes freres 3 
' je te confacre ôc mes travaux ôc mon fang 6c 
ma vie. 


(é) Article '37 du titre z du décret fur la cpnftitu- 
tion civile du clergé. 


( II ) 

, Or, mes Freres , c’eft cette religion J 
maîtrefle de mon ame 6c de mes penfées , 
qui me commande en fouveraine la foumif- 
fîon emiere aux loix, de la nation. Miniftres 
de 1 autel, quelles feroient nos excufes pour 
les repoufler 6c les enfreindre ? Le légiflateur 
defcendu des cieux pour être notre modèle 
& linflituteur de notre facerdoce , n’annon- 
çoit il pas au peuple Hébreux qu’il n’étoit 
-pas venu pour s’oppofer à leurs loix, mais 
pour I@s accomplir , non veni folverc legem , 
fid adimplere (7}. « La cité célefte , tandis 
» qu’elle remplit fpn pèlerinage fur la terre 
» ( écrit le grand évêque d’Hippone) , appelle 
» à elle les citoyens de toutes les contrées , 
y> elle en forme une fociété compofée de 
» toutes les langues j elle ne Ce trouble pas 
» déjà diverfité qui exifte dans les mœurs, 
» dans les loix, dans les inftituts, par lefquels 
)) la paix terreftre eft conquife ou confervée 5 
» elle n’en retranche rien , elle n’en abolit 
» pas la moindre portion , elle les obferve , 

» elle les fuit pas à pas, elle confîdere que 
» quoique les ufages varient parmi les hom- 
» mes, ils tendent au même but, que ce 




c ) 

» but eft la paix qui ne peut jamais nuire 
» au culte du'feul & vrai Dieu, &c. (|8). » 
Non , fans doute , on ne me verra dans 
aucun temps, entraîné par des chimères, dei 
préjugés & des menfonges , oppofer une 
léfiftance impie aux légiflateurs de tout u 
peuple. François , c’eft avec un enthoufiafme 
religieux , c’eft avec franchife , c’eft fans 
aucune rèftriaion que je vais prêtv le ferment 
civique qui m’eft prefcrit par vos repréfen- 
tants. Ce ferment régépérâeur du bonheur 
de la paix parmi vous, ce ferment qui 
reftitue à mes concitoyens cette .égalité 
qu’avoit prefcrit notre divin, maître dans fort 
faint évangile. Ce ferment, chrétien, falu- 
laire & confolant que l’églife elle-même 
avoit admis dans les beaux jours de fon 
exiftenee (9) , que plus de neuf fiecles con- 
fécutifs avoient pratiqués-; que le douzième , 
irifte époque de la décadence de notre dlfci- 
pline , vit abolit par le fer & par le fang. 
Ce ferment que les pontifes de Rome ne 


( 8 ) j4ugufi.de civ. Dei , 9 , chsp. 17* 

(9) Voyez en la preuve dans la fixiettoe feuille d ua 
écrit intitulé : fentiments de deux ecclériafticiuea, 

par MM. Jolyçlerc. 


I 


( 13 ) 

tx)i3gîflôîent point de proférer ; que Charlé^* 
magne , ce prince aufîî recommandable pat 
fa pié^tc éclairée', que par fes venus poli- 
tiques , avoir ordonné en ces termes : et que 
» ceux auxquels on commettra 1# conduite 
» des ames", faifent profeflion de fiabilité 
» dans leur emploi,, d’obéilfance aux loix , 
» 6c d’une obfervance eniieré des canons 
» de régnfe. » Que les évêques de France 
eux-mêmes, dans des temps plus religieux 
êc plus calmes, preferivoient fous peine d’une 
dépofîrion formelle. « Si quelque évêque ou 
» palteur , ( prononce un de leurs plus céle- 
» bres conciles ) viole le ferment de fidélité 
» qu’il a voué aux loix de l’empire, nous 
» ordonnons qu’il perde fon emploi (lo). » 

Magiftrats intégrés , magiflrats zélateurs 
des droits de ma patrie, auteurs de l’harmonie 
qui régné dans cette valle cité , recevez le 
témoignage aifuré de ma foumifîion à U 
conflituiion Françoife, recevez mon ferment. 

Je jure de veiller avec foin fur les fideles de 
cette paroijfe qui rnefl confiée ^ d*être fidele 


fio) Voyez le concile d’Aix-la-Chapelle, de l’an 
J celui de Tours, de l’an 815.