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Full text of "Histoire de France : depuis l'établissement de la monarchie jusqu'au regne de Louis XIV"

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DAF 


)    11 


Y, 


HISTOIRE 


D  S 


FRANCE 


r*-. 

1 


HISTOIRE 


D  E 

F  R  A  N  CE. 

Depuis  rétabliflementdela  Monarchie  > 
jufqu'au  règne  de  Louis  XIV* 

Par  M.  Garnier  ^  Infpecieur  du  Collège 
Royal  j  Profejfeur  d'HiJloire  ,  &  de  îAcadé^ 
mie  Royale  des  Infcriptions  &  Belles-Lettres* 

TOME  VmGT-DEUXiË^IE. 


Le  prix ,  3   livres  relié 


Chez 


A    P  A  R 


Saillant  &NyoN,ruc  Saint- Jean- 
'  î-Beauvais. 


r  Saillant 
•^       de-Beauvaii 

C  lÎES  AINT, 


rue  du  Poin-Saint-Jacqucs. 


-Jl/       M.     DCC.     L^XL 
Avec  Approbation  ^  &  Privilège  du  Roi. 


HISTOIRE 

DE 

F  R  AN  CE. 


L    ouïs     XII, 

Père  DU  peuple. 

A  France  voyoît  avec  dou*  rr—*— *^ 
leur   opprimer  fes    alliés  Ann.  içof. 
fans  faire  aucun   mouve-  .    ^Jî"»»"* 
.ment  pour  les  lecounr  ,  du  dnché  de 
fans  même  ofer  fe  plaindre  ,  de  peur  ^5Î"^Vd«. 
de  perdre  encore  le    feul  avanrage    StUar, 
qu'elle   s*écoit   promife    du  dernier    ^^^{^f^ 
traité.^  Les  rrois  mois  que  Tempereur 
s'ctoit  réfervés  pour  donner  Tinvef- 
titure  du  duché    de  Milan  étotent 
ccoalés  :  cependant  il  difputoit  igH^ 
Tom$  XJCIU  A 


t  -Htstotre  »e  France.  \ 
jours  fur  les  conditions  ;  il  demandoît 
Ann.  ifof.  des  fûretés  ,  &  tâchoit  de  traîner 
TafFairc  en  longueur  ^  jufqu'à  ce  que 
Tarchiduc»  Ton  6ls  ,  eût  achevé  la  con- 
quête de  la  Gueldre  :  voyant  enfin  que 
.  la  patience  des  François?  étoit  cpui- 
fée ,  &  que  le  roi  lui-même  ne  pour- 
roic  bientôt  plus  empêcher  Tes  fujets 
de  voler  à  la  défenfè  du  malheureux 
Egmond  >  il  convoqua  une  diète 
dans  la  ville  dç  Haguenau  où  le  car- 
dinal d'Amboife ,  au  nom  &  com- 
me fondé  de  procuration  de  Louis 
XII ,  lui  fit  publiquement  hommage 
pour  le  duché  de  Milan ,  le  comté 
de  Pavie  &  la  fe^neurie  de  Oênes  , 
&  reçut  enfin  ces  lettres  d'inveftitûre 
fi  long-temps  attendues  &  fi  ardem- 
ment defirées.  L'archiduc  Philippe 
qui  s  etoit  rendu  de  fon  côté  à 
cette  même  alTemblce ,  y  rendit 
pareillement  hommage  â  Tempe- 
reur ,  fon  père  ,  pour  U  duché  de 
Gueldre  &  le  comté  de  Zutphen  : 
il  fut  folennellemeut  invefti  de  ces 
deux  Etats  ,  &  emmena  avec  lui  un 
corps  confidérable  de  cavalerie ,  com« 
mandé  par  Rodolfe  d'Anhalt».  pour 
termii^er  cette  importante  conquête 
ai^  x}ae  J^ouis ,  qui  xi'avoit  plus 


X  o  tr  ï  .s  -XI  I.'  ïj 
.Ies4tt€ines  raifons  de  ménfeger  Ter»- 
pereur,  put  y  mettra  obftacle.       .  Awm.  tfb^. 

.11  n'écoic  pas  alors  eniiiac  d'y  Too-    Maladie 
ger.  Le  temps  qu'il  avoic  ciioiu  pour  ^"fj""^* 
efïkcer ,  par  de$  fêtes  &  d^s  réjouifr    s,  OeUiu 
fances  publiques.,  les  fa^cheiifes  ïmt    ^^^Û' 
4>re(nons   que  quelqlie^.  4épp(uionfc     Bdcar. 
Axx  maréthal  de  Gié  ta  votent  UiSees 
^ans  le  cœur  de  la  reine  ^  fut:  ^elm 
où  Ton  trembla  pour  jTe^  jout^.  Annt 
de  Bretagne,  par  un  bonheur  dont, 
on  ne  fe  rappelloit  point  d'exemple  » 
avoit  été  deux  fois  reipe  de  Errance  -. 
elle  avoit  été  couronnée  Ja  ^première 
fc^s ,  Se  a voi  t  faicToo  >eprf  ée  publique 
^dans  Paris ,  .immédi^t^e^t^iic  «près  la 
.célébration  de  Ton  mariage  avec  Char- 
Jes  Vlll.  Depuis  qu'elle  a¥oit  époufé 
Xouis  XII  j^   elle  avoit  vécu  dans  k 
Touraine  qu  le  Blaifois  :  elle  a  voie 
.fulvi  foi>  m^rià  Lyon,  enBoutgogne 
.&  dans  la  plupart  de  k$  wyagesj  ^ 

onais  elle  ne  s'étoirpoint  jendoœ  rnour 
trée  â  Paris.  Louis  ordonna  la  céré- 
.monie  du  nouveau  couronnement  de 
la   i;eine ,  &  n'oublia  rien  pour  la 
.rendre  une  des  pla$  briillantes  &  des 
.plus  magnifiques  que  l'on  eût  encore 
vues.  A  peine  les  fèc^^  étoient-elles 
.'Conxaa^nçéQ^  c^^  U^i^nw  Defant  ft 

Ai| 


^        HÎSTÔIHE  !»i  FrAnm.     ,^         ^ 
'  accablé.   Les   médecins  ,  atcriWant 
AiiN.  if»r.  cette  indifp^fitton  à  Tait  épais  de  la 
capitale»  hii  confeillerent  de  retour- 
ner promptement  a  Blois.  il  eut  ea^ 
cote  aflex  de  force  pour  s*y  rendre  ; 
tnais  âès  le  lendemain  la  même  ma- 
ladie qu'il  avoit  eue  l'année  précé*- 
dente  fe  reaouvella  avec  des  fymp- 
tômes  plus  effrayants.  Anne  de  Bre- 
tagne 9  ÊHidant  en  larmes  &  attachée 
jour  Se  nuir  tu  chevet  de  ton  lit,  ne 
«vouloit  point  confier   i  d'autres  le 
foin  de  le  (ervir  :  il  fallut  employer 
iz   violence    pout   l'arracher   de  fa 
chambre  :  on  en  défendit  Tentrée  i 
tout  le  mbnde  à  la  réferve  du  comte 
de  Dudois ,  de  Louis  de  la  Tré* 
mouille ,  grand  chambellan ,  de  Flo- 
iiimond  de  Robertet  8c  de  Tévèque 
•de  Périgueux  ,  grand  aumônier.  La 
nouvelle  du  danger  oui  menaçoit  les 
jours  du  roi  fe  repandit  bientôt  dans 
toute  la  France,  8c  la  remplit  de  gé- 
miflèments,  de  larmes  &  de  terreur. 
Le  peuple  quigoûtoit  les  fruits  d'une 
«dminiftration  fage  ,   é<|uitable    & 
modérée,  qui  ne  redoutott  plus  ni  lé 
pillage  dts  gens  de  guerre  ni  les  ex- 
coriions des  receveurs  des  deniers  pu- 
i>lics ,  avoir  pour  rautenr  de  tanc  tie 


.  L  43  iô  1  s^  X?ï-  f 

^tens  9  un  amou»  qui  tenoic  de  1  ado- 

cation  :  il  le  regardoic  inoins  Comme  ak'm;  ï^às* 
ua  mortel  ^bienfaifâori  lipie^  c<^cr|me 
tin  génie  cateUirp.  Cepênflanc^dâM 

âaelles  affireofes  eircbnftances  àlioit^ 
être  enlevé  â  U  tiation  !  Les  fcellési 
étoienc  donnes  >  les  gouverneurs  SC 
ies  capitaines  de  la  Bourgogne  ,  de 
la^  Bretagne ,  du  duché .  de  Milan  y 
étoient  tenus>  pat  leurs  fesments  d^ 
reinettre  ces  vaftes  provinces  entre 
les  mains  d*un  voilin  dangereux  ^ 
d'introdaire  une  domination  étran<2 
gère  dans  le  cœur  de  VEtat.  On  avoir 
efpéré  que  le  ciel  préfervéroir  Ja  Fran-» 
ce  de  ce  malheur  en  lui  accordant 
im  dauphin,  ou  qa'un  roi  (i  bon  Se 
fi'Jttfte  romproic  à  la  première  oc* 
cafion  un  engagement  U'  pnéjudicia* 
fcle  â  Tes  fidèles  fujets:  car  à  quels 
malheurs  ne  devoit-t-on  pas  s'atten* 
dre  Cl  ce  mariage  s^accompliffbit  ^  Se 
après  les  funeifes  précautions'  qu  on 
venoit  de  prendre  ^  qui  pourroit  em-^ 
)ècher  qu'il  ne  s'accomplît  ?  Le  peu^ 
Die  avoir  abandonni  les  travaux  ; 
es  femmes,  lès  enfants,  les  vieil^!» 
ards  paflbient .  les  journées  entières 
jSc  la  plus  grande  partie  des  nuits 
dan&les  égUfes,  ou  fui  voient  pieds 
*       A  iij 


nodt  8c  Iw  cbevenji  épars  les  pro^F 
AHM.isof«0effi0«)i^  qiil  £r  J&ifoleac  dans  tciu^ 
1«»  patoiOb^^  mâlitarde^/crls  ck  dovNd 
Imc  ans;  pric^ees»  que  ks?  BÛniftra» 
de»  autels  adreitoitnt  au  oîeL  pono 
lu  faoté  du  .  toi.  :  les  hommes  s'at^. 
tK)upokii&  de  toutes  les  parties  dii> 
toyaume  poQt  accourir  à  £lois ,  et 
apyrendrei    plus    piomptement     oei 

Îii'ils  aLM^ieiîC:  à.  efpérer  ou  a  erain-^ 
lie.  Louisi  dao^  les  itueivalles  lnci-<» 
desvqciisrdm  laifloic  la  isaladie  »  fe  re-k 
proQnbir  four iîr peu deace»  plaigaoi^ 
isèn  peuple  &  verfoit  des  larmes.' Le 
tfWfdûial  d'Amboife  revenoir  de  Ha» 
gtienaii  ,  rapportant  cect«  Êuale  ia« 
veftîiuie  qu'il  n'ofoic  plu&*iDontresi 
Ififtuoât  dus  nouvelles. di/pofitions  dil 
roi>  îl  ne  balança  point  à  ¥y  cùm 
firmer^  il  lut  déclara  que  tous  les 
en^^ments  qu'il  pouvoit  avoir  pris 
avec  la  maifoa  d'Autriche  écoient 
n'uby  patcie  qju-il  n!avoi€. pu,  faps 
le:  eon^aiiM>qpeD&  de^k  nertion:»  di£- 
pofer  d'une  ipmtioà  &  coo^décablo 
çur  coyaiime  ;  &  a&K  qu'il:  ne  lui 
cédai;  a^aun^fccupole  fur  les  ferments 
qu'il  avoir  prêtés  ,  il  l'en  délia 
en  quaUté  de  légat  du  faine  ûége , 
&  en  v^stu  des  pouvxûrs  qu'il  avoit 


Louis    XI  L  7 

reçus  du  pape  dont  il  repréfentoit  1 
la.  pecfonne.  En  ronnpanc  des-msuds  ANN.ifOf. 
fi  mal  aflbrcis  ,  il  falloir  prompte- 
ment  aflurer  à  la  princeflè  an  aatre 
époox  :  le  clwix  n'étoit  pas  douteux  ,    . 
il    regardbic    uniquement    François 
d'Âugoulème  ,    héritiec  préfomptif 
de  la   couronne.  Toute  la  difficulté 
confiftoit  à  obtenir  le  confencemens 
de  la  reine  ,  qui  haïflbit  mortelle-* 
ment  la  mece  du   jeune  prince.  Le 
cardinal  le  chargea^  de  cette  commif* 
fion:  il  lui  repréiema'fi  fortement 
£es  devoirs  en  qjualité  de  fouvetai- 
oe;  il  lui  peignit  fi  vivement  h  û^ 
tiiation  du  roi  ion  mari ,  à  qui  un 
Jtefus  pouvoir  donner  la  mort ,  qu'il 
arracha  enfin  une  parole  qu'elle  n'a- 
voit  pas*  defTein  de  tenir.  Le  roi  » 
fans  perdre  de  temps  y  diâa  fon  te(- 
tament  qui  fut  rédigé  en  fprme  de 
ktctes- patentes.  Après  y  avoir  inf- 
situé  Claude  fa  fille  ^   héritière  du 
comté  de  Blois ,  du  duché  de  Mi- 
lan ôc  des  autres  biens  qu'il  poflë* 
doit  comme  particulier,  &ù  qui  n'é» 
noient  ni  de  fan  apanage ,  nidémeih- 
bcés  du  domaine  de  la  couronne  ,  il 
déclare  qu'il  veut  ^  ordonne  qu'elle 
ùok  mariée  à  François  ,  comte  d'An- 

Aiv 


t       Histoire  d«  FfiAwï:i. 

froolcme  ,  aufl]  •  tor  que  leur  âge 
.  .  e  permettra  :  il  défend  aue ,  fous 
quelque  prétexte  que  ce  loit  y  elle 
(bit  emmenée  hors  du  royaume  avant 
la  confommation  du  mariage  ,  ni 
qu*on  foutFre  qu'elle  faflfe  aucun 
voyage  dans  la  province  de  Breta- 
gne dont  elle  doit  hériter  II  nom- 
me pour  tutrice  &  adminiftratrice 
des  biens  de  fa  fille  .»  la  reine  Anne 
^e  Bretagne  ;  mais  il  ordonne  que  la 
régence  &  Padminiftration  du  Royau- 
me foient  exercées  coniointtn^tni  & 
>ar  indivis  pendant  la  minoricé  de 
François  d'Afïgoulcme  ,  pat  la  même 
Anne  &  par  Liuife  de  Savoie ,.  com-* 
Çeire  d'Angouleme  \  &  il  Uui  donne 
pour  confcil  George  ,  cardinald  Am- 
boife ,  Engiiberr  de  Cleves,  comte 
de  Nevers  ,  le  chancelier  Gui  de  Ro- 
chefort,  Louis  de  !a  Trémonille^ 
grand  chambellan  ,  &  Florimond  de 
Robertet ,  un  de  ceux  qu  on  a  depuis 
appelles  fecrétaires  d'Etat.  Pour  s'atTu* 
rer  que  fa  dernière  volonté  feroit 
exécutée ,  Louis  ordonna  qu'on  ap« 
portât  dans  fa  chambre  le  bois  de  la 
vraie  croix,  le  livre  des  évangiles, 
le  canon  de  la  mefTe ,  &  fit  jurer  en 
fa  préfence  >   &  entre  les  mains  da 


V, 


•    L  ou  I  s    X 11/        ^ 
curdinal  d'Amboife^i  EverardStuard, 
feigneur  d'Aabigni ,  à  Guillaume  de  ANw.xjer. 
la  Mmrck  ,  feigneur  de  Monbazon , 
&  aux  autres  capiraines  de  fes  gar- 
des ,  fur  la  damnation  de  leiir  amc  & 
(a  part  quils  préundment  en  paradis  ^  ' 
de  sVittaéber  après  fon  crêpas  i  Clau* 
de  fa  ^le  ^  &  au  couite  d'^Aiigou^ 
Ume  héritier  du  royaume  :    de  les 
garder  Si  fervir  envers  &  contre  tous 
fans  nul  excepter  :  de  facrifier ,  s'il 
fib  étoit  befoin^^  leur  vie  &  celle  de 
tous  lesiK>tQmes  qu'ils  avoient  droit 
de  comoiander  pour  faire 'aceornpUr     •*  "•' 
Je  n^ariage  de  Ciaadé.'de  France  avec 
Jertroate  d'Angoulcole  t  d^obéirâ  la 
reine  ,jpourvu  iquede  £crn  côté  elle  fè 
conforimt  à  cette  difpofitibti.  Après 
foutes  ces  précautions  y  oue  le  carao- 
feré  opiniâtre  d'Anne  die  Bretagne 
^ftifioit  aâez^i.U   rbi^  attendit  plus 
jeraoquiUeoienr  qnrile.  -  feroit  l'idùè 
4i^  fa  :ma'Udie.  Dè&  qu^il  commença 
ii.  emrer  en  xonvaléfcénce  ,  Anne  qui 
s'écoit  teiiue  renfermée  dans  le  châ- 
teau de.Blois ,  alla  fe  montrer  dans 
Jies.  principales  'villes  de  fon  duché 
^.CiBreMne*  Louis^  profitant  de  foi;i 
abfence  le  Çt  '  portei|  au  thiteati  d' Anv 
i^ife.  Xa  vue  jdu .  jeune. ^tan^ots 

Av 


lo      Histoire  de  F&Amce. 
d'Afigoulêiiie  lui  lappellaiic  le  fou9é^ 
Akk*  ifof .  ^jj  ^  p^jç  j^  ^  jeune  prince  qo*il 

avoir  tendrement  aimé ,  loi  attacha 
des  larmes  :  il  le  ferra  ph^ews  fois  en- 
tre  fes  bras  ;&  parce  ooe  depuis  ladiiV 
grâce  du  marcdial  de  Gie  »  il  croie 
refté  {km  gouverneur,  Louis  >  après 
en  avoir  catééxé  avec  b  comtefle  » 
nomma  pour  remplir  certe  impor* 
tante  fenâion  Artus  de  Gouffier  y  fer* 
gnenr  de  Boifî. 
Monde  Le  bmit  courut  en  Italie  que  le 
^^^^^^  toi  éroît  mort  :  cette  ^uHè  nouvelle 
que  les  ennemis  de  la  France  avoient 
intérêt  d'accréditer,  trancha  leS' jours 
d'iuxe  tendre  &  ^ertuenfe  amante» 
Thomafline  SpinoÊi ,  déteflant  la  Iti^ 
œiere  qu'elle  ne  partageoit  plus  avec 
Ion  imênJio  ,  s'enferma  dans  une 
'diambre  obfcore  j  on  ^oute  entière 
;àfa  douleur  eUe  ittvoqimt  la  liiorc. 
Une  fièvre  ardente  la  confnma  en 
moins  de  huit  jours.  La  république 
de  Gênes  a  qui  elle  a^it  rendu  des 
fervices  importants  ,  lui  décerna 
des  funérailles  publiques ,  &  députa 
deux  de  fes  plus  liluftres  citoyens 
pottt  poner  a^  coi  cette  trifte 
nouvelle.  W  ne  put  refufer  des  lar-- 
mes  à  cette  tendie  a«iie'>^&'  TcMif 


Louis     X  I  L  ii 

l^nt  honorer  fa  mémoire ,  il  lui  fir  * 

compofer  une  épitaphe  par  jfean  d'Au-  ann.  x  çoç. 
cou  ,  fon  hiftoriographe  >  ôc  ordonna 
qu  elle  fût  gravée  fur  le  magnifique 
tombeau  que  lui  avoienc  élevé  les 
Génois. 

Le   cardinal  Âfcagne  Sforce  qui    upn  da 
étoît  refté  à  Rome  au  mépris  du  fer-  "ruinai  Ar- 
ment qu'il  avoir  fait  de  revenir  en  "*g«SJ^ 
France  après  Téleaion  du  fouverain  <'»«• 
pontife ,  voyant  que  fur  la  nouvelle    Bctar^ 
du  danger  où  étôienc  les   jours  du    . 
roi,  la  plupart  des  capitaines  Fran*    . 
çois    qmttoient   Tltatie  ,    crut   que 
1  occafion  écoit  favorable  pour  recou- 
vrer le  duché  de  Mikn  où  il  avoit 
un  parti  puiffant.  11  prit  i  fa  folde 
TAlviane,  Jean- Paul  Baglioné,  Pan^ 
dolfe  Pecrucci  &  un  grand  nofnbre 
d  autres  capitaines  Italiens ,   qui  te* 
nant  toujours  des  corps  de  tfoupes 
fur  pied,  fe  vendoient  à  xots  ceux 
ui  leur  oâroient  une  folde  :  il  eue 
es  conférences  fecretes  avec  le  pape , 
lès  ambaflàdeurs  de  Venife  &  lès 
émiflàires   d^   Gonfalve,    qui    tous^ 
promettoienr  de  fe'  déclarer  Ibrfqull.  ^ 
en  fetoir  temps  r  mais  aa  moment 
ott  la  conjuration  écoit  prête  d'écla-^ 
ter,  une  maladie  cçncagi^ufe  enie^  • 

A  v  j 


1 


îi      Histoire  de  Prance. 

va  le  vieux  cardinal  ;  la  jaouvelle  âfp 

ANiï.ifOf.  la  convalefcence  du  roi,  &  le  recour 

des   capitaines  François  en   Italie , 

achevèrent  de  diiliper  les  projets  de» 

^ârieux. . 

Conquête.       DsLtis  les  Pays-Bas ,  Parchiduc  Phi^ 

^^%°"*w"  ^^PP®  préffbit    vivement   le  duc  de 

Suc.  *"  '   Gueldres  qui  ne  fe  battoit  plus  qu-en  ^ 
Potan.r€r  retraite  ,  attendant  toujours  que  le» 
Heutents.  Ftançois  ouvrifTent  les  yeux  fur  leurs 
Harvus     yrais  intérêts  &  arrivaflent  ï  fon  fe- 

tûnt,  '^'  cours.  Il  eût  été  facile  â  Philippe 
^  d'enlever  le  peu  de  places  qui  ref- 
toient  encore. à  conquérir  »  (i  Ion  coa* 
feil  ne  lui  eût  représenté  qu'en  pouf- 
fant le  duc. hors  des  Pays-Bas  ,  il  le 
fbrceroit  de  chercher  un  afylé  en 
France  où  il  troiiveroit  des.  parents^ 
4es  amis  puiÏÏ^nts,  intéreflcs  à  fa  que-* 
relie ,  9c  à  laide  defquels  il  repa^ 
roîtroit  bientôt  plus  formidable 
qu  auparavant  :  on  lui  fît  obferverque 
le  feul  moyen  de  s'afliiter  de  cet 
homme  dangereux  ,  ctoit  de  l'en- 
cjigîner  par  fon  propre  intérêt  en  lui 
l^iWànt  quelque  chofe  à  Dierdre  Phi- 
lippe qui  fé  difpofoit  a  partir  pour 
l'Efpagne  >  goûta  ce  cpureil  &  ne 
balança  point  à  envoyer  offrir  Tott 
amitié  &  un  rang  â  fa  cour  à.  un  en» 


Lavis     XII.         Ff 

J^mi  déjà  terraflc.  Le  malheureux 

Egmond  vint  fe  jetcer  à  fes  genoux ,  Ann.  ifOi* 
renonça  publt<jaement  à  toutes  les 
prétentions^u'iipouvoit  encore  €on<» 
ferver  fur  les  places  dont  il  avoir  ité 
dépouillé ,  &  rendit  grâces  pour  cel- 
les  Qu'on  vonloic  bien   lui   laitTer* 
L'archiduc  le  retint  â  fa  cour  où  » 
fous  prétexte  de  lui  rendre  les  hon- 
neurs dûs  i  fon  ancien  rang  ,  il  lui 
donna   des  gardes    pour  emp&cher 
qu'il  n'échappât  :  il  lui  ât  jurer  <|u'il 
Taccompagneroit  en  Efpagne  ou  il 
alloit  recueillir  ,  au  nom  de  fa  fem« 
me  &  de  fes  en&nts  ,  la  facceffion 
de  la  célèbre  Ifabelie ,  reîne  de  Cai^ 
rille. 

Cette  princede  que'  les  hiftoriens    Affàjret 
Efpagnols  comptent  au  rang  de  leurs  ^^yj^g]^^ 
plus  grands,  rois ,  que  quelques  en-'   Marimiml 
thouuaftes  placent  en  Patadis  à  c&té    ^^^' 
de  la  fainte  Vierge  ,  eut  des  talent»    Lmresdê 
rare^ pour  le  gouvernement;  &  peut--^*^*^^^' 
être  n'auroit-on  rien   à  reprocher  i 
fa  mémoire ,  li  plus  délicate  &  plus; 
ferme  fur   les  principes  de  la  pro- 
bité ,  ou  moins  complaifante  qu  elle 
ne   le  fur  pour  Ferdinand  fon  ma- 
ri^ elle   eût  ré(ifté  comme  elle  en 
avoir  le    pouvoir  ,    à   fes    projets 


♦4^  Histoire  de  France. 
frauduleux,  &  ne  fe  fût  pas  ren4p 
Ann.  ifof.  complice  de  tant  de  noirceurs  &  de 
crahifons.  Heureufe  dans  cous  les 
projets  qu'elle  forma  pour  la  gran- 
deur de  TEfpagne,  elle  çfluya  les 
revers  les  plus  accablants  dans  fon 
domeftiquè  &  dans  l'intérieur  de  fa 
maifon.  Dom  Juan  fon  (ils  mourut 
1  année  même  de  fon  mariage  avec 
Marguerite  d'Autriche  :  l'Infante  Ifa- 
belie  fa  fille  aînée  ,  mariée  au  roi  de 
Portugal  ,  mourut  de  ,fa  première 
couche:  Tenfant  auquel  elle  donna 
le  jour..&  qui  devoir  hériter  de  tant 
de  royaumes,, fut  enlevé  dès  le  ber- 
ceau. Jeanne  ,  ^  fa  féconde  fille  ma- 
riée à  l'archiduc  Philippe,  lui  caufa 
des  chagrins  plus  cuifants  encore  j  car 
l'ayant  attirée  en  Efpagne  avec  lar- 
'chiduc  fon  mari ,  pour  leuraiTurer 
d'avance  la  fucceflion  de  cette  gran- 
de ^  monarchie  ,  &  ayant  enfuite  per- 
mis à  Tarchidnc  de  reprendre  feul 
la  route  des  Pays  Bas  en  paflant  par 
la  cour  de  France ,  elle  perdit  fa  mal- 
heureufe  fille ,  ou  la  réduifit  à  un  fore 
plus  déplorable  encore  que  la  mort. 
Jeanne  qui  aimoit  éperduement  foiL 
mari  ,  ne  pouvant  fupporter  une 
fi  longue  abfence.)  rejetta  les  prières 


L  o  c  I  s  XI  L  \{ 
de  fa  mère  qui  vunloit  la  retenir  ! 
auprès  d'elle ,  méprifa  fes  larmes  ,  Amn.  xçof . 
s'irrita  contre  tou^  les  obftacles 
qu'on  apportoir  à  foti  départ,  & 
perfifta  n  opiniâtrement  dans  fa  ré- 
iolution  ,  qu'il  fallut  lui  peirmettre. 
de  s'embarquer  au  cmir  dé  l'hivérv 
La  malhèureufe  ne  prévoyoit  pat 
le  fort  qui  l'attendoit  :  furpriie, 
déconcertée  de  la  froideur  d'un  époùx 
à  qui  elle  avoir  facrifié  fes  parents  , 
pour  qui  elle  venoit  de  braver  les 
tempêtes  ,>elle  voubat  en  fçavoir  la 
coûte  y  &  apprît  un  fecret  qu'elle 
auroie  toujours  dû  ignoreir.  Une  dé 
fels  dames  eut  ia  bartrare  indifcré- 
donde  lui  nommer  fa  rivale.  Jeanne 
feignit  de  vouloir  l'entretenir  en  par- 
ticulier, elle  fe  la  fit  amefier  dans 
fon  apuartemebt  V' mais  devenue  ft- 
rieufe  a  la  vue  de  fes  èharmei,^Ue 
s'élança  fur  elle,  lui  arracha  4es  che- 
veux &  lui  déchira  le  vifage  &  le 
iein.  L'archiduc,  au-lieu  de  diffi-  y 
muler  cet  outrage  ,  &  de  ménager 
ce- cœur  ulcéré^  l'accabla  de  repro- 
ches &  lui  annonça  un' mépris  éter- 
nel. Jeanne  ne  put' féfiftéi:  à  de  (î* 
violentes  fec<!>u(ïes  ;  les.  organes  de 
£>n   cerveau   fe"  dérangèrent  ^  eUe^ 


1^       HlStOlil'E    DE   VtiAVCk* 

tomba  dangereufemenc  malade  ^  5^ 
AMN.ifOf;ne  recouvra  enfin  la  famé  que  pour 
(e  furvivre  à  elle-même.  Ifabelle  at- 
taquée d'une  maladie  incurable  ap- 
prit le  trifte  fort  de  fa  fille  :  irritée 
contre  ion  gendre  »  obfédée  par  Fer-  - 
dinand  fon  mari  »  qui  après  avoir 
donné  des  loix  ^  toute  TEfpagne  , 
craignoit  de  fe  voir  Concentré  dans 
les  limites  étroites  de  TAragon  » 
elle  diâa  un  teftament  où  elle  inf- 
titua  Jeanne  ta  folle  fon  héritière  aa 
trône, de  Oftille  ,  en  déclarant  que 
ù  la  maladie  de  cette  princcfflfe  Tem- 
pèchoit  de  pouvoir  gouverner  «par 
elle-même',  Taditiinifti-ation  Se  la 
régence  de  la  Caftille  demêureroienr 
entre  les  mains  de  Ferdinand  fon 
mari ,  jufqu  a  ce  que  Charles  de 
Luxembourg  fon.;pent-£Is  eût  at- 
teint 1  âge  de  piajçin^é^,  Cette  der^- 
niere  >claufe  affligea  les^  Caftillahs. 
Autant  Ifabelle  étoit  ainvée ,  aiqf ant 
on  déteftoit  Ferdinaiid.  La  fàufleié 
de  fon  caraûere ,  fa  bigoterie ,  Tavi- 
dite  avec  laquelle  il  avoir  réui^i  fur 
fa  tête  Us  trois  grandes^  fnartcifd^ 
de  faint  Jacques  ^d'AIcantara  &  ide 
Calatrava  y  qui  formoient  fiuparavant 
l'apanage  ,  des.    trois.  :  pla; .  gr.and<i$ 


X  o  u  1  $    XI  T.         17 

maîfons  d'Efpagne  ;    fon    arrenrion  ! 
à  exclare.de  roares  les  charges  IcsAnm. isof. 
familles    puifTatites  &   accréditées  » 
pour  ne  les  conférer  qu*â  des  moi- 
nes ou  à  des  avaacarieis  ;   ie    plan 
d  oppreffion  8c  de  defpotifme  qu^il 
fuivoic  conftammenc ,  n'avoient    pu 
échapper    ^nx    regards     d'une    na* 
tien    clairvoyanre   &  réfléchie  «    8c 
avoienr  excité    Tindignacion    ou  le 
mépris  d'une  nobleUe  âere  &  pref- 
que    indépendante.   Ferdinand    qui 
n*ignoroic  pas  ces  difpohcion<;  fecre- 
tes  «  8c  qui  ne  vouloic  pas  laifler  le 
temps  aux  méconrents  de  concerter 
leurs  démarches  ,  afTembla  prompte- 
ment  les  Etats  ^8c  après  y  avoir  fait 
confirmer   le    teftament  dlfabelle^ 
il  fe  mir  en  poffeflion  du  gouver- 
nement.   Les    grands  dépucerent  â 
l*archiduc  &  lui  repcéfenterenit  com- 
bien il  étoic  dangereux  pour  lut  de 
ie  £er  à  un  homme  iaus  foi ,  qui 
riroic  vanité  ^e.  Tes  parjures,  qui 
étoic  encore  d'âge  à  fonger  i  un  nocH 
v«au  mariage  9  8c  qui  ne  fe  verroic 
pas  plutôt  établi  dans  la  Caftille, 

Ïu'il  chercheroit  tous  les  moyens  d'en 
r^ilrer  les  héritiers  légitimes  :  ils  lut 
firent  entendre  que  dès  qu'il  fifox'^ 


i8  HrstoiRB  DE  France. 
troic  paimi  eux ,  la  nation  fidelle  aa 
^NN.ifOf.  ferment  qu'elle  lui  avoit  prêté  ,  ar- 
meroit  çn  fa  faveur,  &  renverroit 
le  Catalan  à  Saragoffe.  Philippe^  |eu- 
ne  &  ambitieux  n  eut  garde  de  né- 

fliger  cet  avis  :  dans  le  fervice  qu'il 
t  célébrer  pour    le   repos  de  Tame 
*     de  la  feue  reine ,  il  fe  fie  proclamer 
roi  de  Caftille ,  &  envoya  deux  am- 
baffadeurs    à  fon   beau  -  père    potir 
lui    annoncer    fon    arrivée,    &    le 
|>rier  le  plus  honnêcemenr  qu'il  fe* 
roit  poffible  ,  de  fe  retirer  dans  fon 
royaume   d'Aragon.    Ferdinand     ne 
s'oublioit  pas  dans  ces  momients  cri-* 
tiques  :  il  repréfenroit   à  l'archiduc 
que   leurs    intérêts  étoient  les  mê<* 
mes  )    qu'il   ne   prétendoic   régnée 
que  pour  l'avantage  de   leurs  com-r 
mufis  héritiers  ;  que  leur  union  pou-* 
voit  feule  les  rendre  fupérteurs  à  la 
France;  qu'au- lieu  de  fonget  4  s*em«^ 
{iarer  d'un  Etat  qu'on  ne  précendoic 
point  lui  enlever ,  il  avoit  un  moyen 
bien  iîœple  d'en  acquérir    de  nou« 
veaux;  qu'il  devoir  attaquer  de  con« 
cerc  avec  l'empereur  ,  la  Bourgogne 
fie  le  duché  ute  MiUn ,  pendant  que 
de  fon  côté  il  pénécreroit  dans  .le 
Languedoc  ^  &  occuperoit  toutes  les 


'Lewis  XI L  15^ 
ftrces  tle  la  France  dans  le  voifînage 
des  Py renées.  Voy an t<jQ'îl  neponvoit  An«.i50f* 
donner  le  change  i  l:* archive  ^  il  eut 
secoars^i  ane  de  ces  intrigues  four-- 
des  qui  lui  avoîâir  Cv  foavenc  réuflî. 
C'écoic  âla  prîneede  Jeanne,  fa  fille  » 
qae  la  CafttUei  appartenoic  ,  6c  Tar^ 
Gbtduc  n'y  pouvoir  rien  prérendre 
de  ,£cra  che£  Sott^técexre  de  foula- . 
«r  cette  -  princetle  dans  le  dérail 
de  Uftdmrniftration  ,  il  lui  enToya 
pour  fecrécaire  Lopès  de  Conchil- 
JD9 ,  un  incngoaiic  adroir ,  à  qui  il 
recomttianda  de  gagnet  fa  confian- 
ce,  &  de  tirer  d'elle  là  confirmation 
da  teâ:ame»r  d'ifabelle  ^  Se  une  pro- 
corafiion  adreflée  à  Fêrdiïiand ,- pour 
gouverner  là  CaftîUe  pendant  la  mu 
nonté  de*  fes  enÊtnrs*  Conchillosr  < 
en  vint  à  bout  j  mais    avant  qu'il' 

Et    faite    parvenir    ces    aâes    en 
pagne ,    Jeanne  qui  n'avoir  rien' 
dtt    caché    pour    fon^    mari ,    lorP 

3u*il  d'aignoit  encore  s'approcher 
'eibylui  rendit  compte  elle- inème 
de  toitt  ce  qui  venoit  de  fe  pafler  : 
€onchiik)S  fut  arriité  &  rraité  comme 
on  efpioti  :  les  E(pagnols  qui  fbr- 
moienr  la  maiibn  de  la  nouvelle 
Heine ,  furent  chafTés  ignomineufen 


lO  HiSTdiitt  DE  FltAKÀ. 

ment  des  Pays  Bas.  Après  uni  pareil 

ANM'isof.  éckc,  Ferdinand  ne   fe  promettant 

plus  rien  que  de  fîniftte  de  la   part 

de  Ton  gendre  ;  tourna  /es  batteries 

du  côré  de  la  France. 

Aifîaace        Quelque  puitfanre  que  fut  la  mai« 

Wnind'""  ^^^  d'Autriche ,  elle  ne  pouvoit  gue. 

p.  Martir.t^  Tinquiccer  en  bfpagne,  fi  la  Fran- 

^^ pariant,  ^^  ^®  dccUroit  Dour  bu  II  feignit 

Manufâtàox\ç,  le  pli|s  vîf  repentir  de  tout  ce; 

i»biii-«/«.q^^-  j.^j^jç  ^^^^  ^^^^  j^  royaume  de 

N  iples  ,  confefla  hmnblemeâc  fes 
toirs  ,  promit  de  les  réparer ,  &  potu 
fceller ,  par  un  nopud  indiflôluDie , 
Tallinnce  qu'il  vouloit  contrariée? 
avec  Louis  ,  il  lui  demandoit  une 
princeiTe  de  fon  fang  en .  œariagey 
Pjhilippe  de  Ton  côté,  ibit  (ju'ii  ie 
doutât  de  cette  démarche ,  foit  qu'il 
ne  fongeât  qu*si  prévenir  fon  beaun 
père  »  ofFroit  au  roi  »  s'il  vouloit  fe 
déclarer  en  fa  faveur  »  la  reftitution 
du  comté  de  Rouflfillon,  &  de  la 
moitié  du  royaume  de  Naples:  il 
montroit  que  Ferdinand  ^  n'ayant 
plus  d'autres  forces  que  celles  qu'il 

Sourroit  tirer  de  fon  petit  royaume 
'Aragon ,  attaqué  en  mèpe  -  temps 
du  coté  de  1^  Caftille ,  des  Pyrénées  » 
^  en  Italie  ,  tecevroit  à  genous  les 


L  o  0  I  s     Xil.        if 

conditions  qa'on   voudroic   lai  im- 
pofer.  Qaelque  parti  que  prît  ia  Fran-  Aun.  xf<H« 
ce  y  elle  ne  pouvoir  que  gagner.  Une 
confidérarion  fecrete  fit  rejetrer  les 
offres  de  1  archiduc  :  oo  fongeoit  fé- 
Tieufemen't    i   rompre    les  engage- 
ments téméraires  contraâés  avec  la 
maifon  d'Autriche,  par  rapport  au 
mariage  de  Claude  de  France ,  &  il 
l&aroit  été    abfurde   de  travailler  i 
fagrandtflement  d'une  maifon  ^u  on 
àlloît  avoir  pour  ennemie.  Louis  trai* 
fa  donc  avec  Ferdinand  :  quelque  dan- 
ger  q\fil  y  eût  d'ailleurs  a  fe  lier  avec 
iin  prince  qui  refpedoir  û  peu  Tes  fer^ 
menrs ,  il  loi  donna  pour  femme,  Ger- 
tBainé  de  Poix ,  fille  de  Marie  d'Or* 
léans  ,  fa  fœnr,  0c  dé  Jean  de  Foix  ,*  vi- 
comte de  Narbonne.  Uaffigna  pour  doc 
i  cette  princeflê  les  provinces  de  l'A- 
hivaajt  &  la  Terre  de  Labour ,  avec  le 
cirre  de  reine  deNapIés  5cde  Jémfa- 
iem.  On  ftipula  que  cette  donation 
auroit  Iteo  pour  elle  &  pour  les  en« 
^nts  qui  naitroient  de  fon  mariage 
^vec  Ferdinand  ;  &  qu'en  cas  qu'elle 
''fi'eât  point  d'enfants  de  ce  maria- 
'ge ,  les  deux  provinces  y  après  ùl  mort, 
:fetôarneroient  de   plein  droit  i  ta 
-Ff  atK:e  :  J^irdihand  s  oUigea  de  payer 


Il  Histoire, DE  I^rawce. 
au  roi  ,  a  titre  ^'indemnité  pour  la 
Ann.ijoj.  guerre  injufte  qu'il  lui  avoir  lufcitée 
dans  ce  royaume  ,  un  mi4ion  de  du* 
cars  en  dix  termes  ;  favoir ,  cent  mille 
ducats  par  an,  qu'il  dut  lui  faire  tou- 
cher fur  les  banques  de  Gènes  ou  de 
Venife;  &  au  cas  que  ces  paiements 
fulTent  retardés ,  il  autoriia  Louis  à 
fe  faidr  de  tous  les  effets  des  ftiar- 
chands  Efpagnols  qui  commerce- 
roient  dans  les  ports  de  France  -,  c'eft- 
â-dire ,  à  voler  des  biens  qui  n'ap- 
partenoient  ni  à  l'un  ni  à  lautre.  Il 
s'obligea  encore  à  rétablir  dans  tous 
leurs  !biens,  honneurs  ,  privilèges  & 
prérogatives  »  les  barons  dç  U  fac- 
tion Angevine  «  Se  autres^  nobles  qui 
s'étoient  attachés  i  la  France,  tant 
ceux  qui  s'étoient  réfugiés  dans  ce 
royaume ,  que  ceux  qui  étôient  pri« 
fpnniers.à  NapLes  v  ou  qui  avoient 
cherché  un  afyle  dans  quelques  cours 
,d*ltalie,  fans  exiger  qu'ils  priflfem  des 
lettres  d'abolition ,  pourvu  feule- 
ment qu'ils  prètaflent  ferment  de  fî- 
.délité  9  foit  a  lui,  foit  à  Germaine  de 
Foix ,  leurs  fouverains  refpeâifs.  La 
veuve  de. Frédéric  &fes  enfants  ne 
furent  pas  oubliés  :  Ferdinand  promit 
4e  tendre  à  cette  reine  1^  pcincipauié 


Louis  XII.  ij 
de  Tarente ,  &  de  faire  un  état  conve-  ■■■■ 
nable  à  Tes  enfants;  mais  il  mit  àANM.  150^. 
cette  gtace  une  condition  qui  la  ren- 
doit  illufoire;  c'eft  que  toute  cette 
famille  infortunée  iroit  s'étabhr  où 
il  jugeroit  à  [Propos.  La  mère  crai- 

Î;nant  de  conduire  fes  enfants  dans 
es  prifons  d  Eipagne  ,  &  ne  pouvant 
plus  refter  en  France,  alla  fe  réfu- 
gier à  la  cour  de  Ferrare. 

Malgré  ces  petits  fubterfuges  qu'il 
eût  été  facile  a  appercevoir  &  de  re- 
trancher y  ce  traité  eft  certainement 
le    plus    avantageux   qu*eùt    encore 
conclu  le  cardinal  d'Amboife:  car  fi 
Germaine  avoir  des  enfants ,  comme 
il  y  avoit  tout  lieu  de  refpérer,  la 
maifon  d'Autriche  qui  commençoit 
à  donner  de  la  jaloufie  a  la  France 
perdoit  les  royaumes  d'Aragon  ,  de 
Grenade ,  de  Napies. ,  de  Sicile  ,  & 
la    moitié  des    Indes    Occidentales 
que    Ferdinand  &   Ifabelle  avoient 
conquifes  à  frais  communs.  Le  ro* 
yaume  de  Caftille  qu'on  ne  pouvoic 
lui  difputer ,  enveloppé  dans  TEfpa- 
gne  même  de  trois  autres  royaumes 
prefque  aufil  puidants  ,  n'auroit  eu 
qu  une  médiocre  influeace  fur  les  inté- 
rêts du  refbdeU'Europe.  Si ,  attCQn<» 


24       HlSTOTRB  DB  FaANce. 
rraire,  Germaine  mouroic  fans  ei^ 
Ann.  ifo;.  fants  ,    la  France    conferveroit    da« 
moins   en    entier  fes   droits  fur  le 
royaume  de  Naples  >  fans  qu*on  pût 
â  l'avenir  fe  prévaloir  contre  elle  de 
la  conquête  ni  de  la  prefctiption. 
Bnnffle-       ^"^  alliance  fi  peu  attenaue  conC- 
fies  deu  Fr.  tema  Philippe  i  il  prévit  dès-  lors  tout 
iLc^hiUppll  c^  qu'il  ^voît  ^  craindre  ;  mais  tel 
Htuttnu.  étoit  fon  malheur  qu'il  n'avoir   de 
'*'i{^;j^"'^^  reproches  i  faire  qu  à  lui  même.  La 
furiinum.     fierté  avec  laquelle  il  avoit  rejette 
^^"x/a' coures  les  propofition$  que  lui  avoit 
Eûtes  fon  beau*  pere>  Toffiie  ou*il  avoit 
fait  i  la  cour  de  France  de  contri- 
buer de  rout  £ba  pouvoir  â  le  pec« 
dre  ,  avoieiK  autorifé  celui-ci  à  ùfec 
de  cepréfailles.  11  n'avoir  pas  témoi- 
gné plus  d'égards  pour  Louis  ,  quel- 
que intérêt  qu'il  eût  d  ailleurs  à  le 
ménager.  Livré  aveuglément  aux  coti» 
feits  de  Maximilien^il  avoit  profité 
d'une  claufe  captieufe  du  traité  de 
Blois  t  &  en  fuite  de  la  maladie  du 
roi ,  pour  dépouiller  violemment  le 
ducde  Gaeldres»  quoiqu'il  n'ignorât 
pas  le  vif  intérêt  qiie  la  France  pre» 
noir  â  ee  prince.  A  cette  première 
boftilitét  il  avoit  ajouté  un  grand 
nombre  d'emreprifee  for  l'autorité 

royal^ 


Ir  O   U    î   s      XII.  15 

idyale.  Obligé ,  en  qualité  de  vaf- 
fal  ^  &  par  k  ferment  qu'il  avoit  prê-  Ann.  isos; 
eé  au  roi  en  lui  faifant  hommage^ 
de  laiâer  aux  juges  royaux  le  libre 
exercice  de  leurs  fondions  dans  les 
comtés  de  Flandre ,  d'Artois  Se  dans 
ane  partie  du  Hainaut  ;  dç  per-* 
mettre  que  les  caufes  jugées  en  pre* 
mivre  inftance  dans  cous  ces  comtés 
fathùt  portées  par  appel  au  parle-* 
menr  de  Paris  ^  de  conferver  au  roi  y 
ion  Souverain  feigneur  ,  les  droits 
de  régale  ,  c'eft-^^dire  »  h  jouiflance 
libre  &  entière  des  revenus  des  évè- 
chés  y  pendâ,m  h  vâCâmcé  du  Gck  i 
a  avok  contreveau  i  coures  oes  obli- 
gations. A  Texemple  des  derniers 
ducs  de  Bourgogne  ,  Ses  prédécef- 
ieurs  f  il  lavoit  établi  un  eonfeii  (bu* 
verain  à  MaKn^>  où  il  prétendoic 
que  les  caufes  de  tous  fes  (ujets  in- 
4tftinâement  fuflèni;  /t^&s  en  der* 
nier  reflTbrt ,  menaçant  de  foa  indî*^ 
gnacîon  tous  ceux  qui  appellecoienc 
an  parlement  de  Paris  ,  6c  prenant 
toutes  les  précautions  imaginables 
pour  que  les  huiffiers  de  cçtte  augufte 
c<m»pagnte  ne  purent  entrer  dans 
^  États  fans  s'<e9cpofer  à  .perdre  k 
^  on  à  efluvec  des  outsages»  Il  y) 
Tokc  3CXIh  B 


x6  Histoire  DB  Francï. 
avoit  une  ancienne  conteftation  en« 
A^N.  ifof.  cre  la  France  &  Tempire  fur  la  moa^^ 
vance  des  pays  de  Vaes ,  d'Oftrevanç 
&  de  Rapelmonde.  La  France  ap- 
puyoic  Tes  droits  fur  une  foule  de 
documents  authentiques  :  mais  lar- 
chiduG ,  plus  porté  pour  Tempire ,  qui 
fembloit  devenu  béréditaîte  dans  fa 
xnaifon ,  que  pour  la  France  qu  il  ré- 
gardoit  comme  une  puiflance  étran^ 
gère  &  rivale  ,  foutenoit  ouverte- 
ment les  prétentions  de  Maximi* 
lien.  Louis  ne  yoyoit  au  avec  le  plus 
fenfible  déplaifir  tant  d'atteintes  por* 
tées  à  la  dignité  de  fa  couronne  t 
mais  les  embarras  où  TavoteiTr  jette 
les  guerres  d'Italie  ,  le  deHr  d  obte- 
nir  rinveftiture  du  duché  de  Milan  , 
l'avoient  jufqu'alors  forcé  de  diflS* 
muter  ;  n'ayant  plus  apcipie  raifon 
de  fe  contraindre  ,  preflé  au  con- 
traire par  Ferdinand  le  Catholique  , 
fon  nouvel  allié ,  de  donner  de  Toc» 
eupatioa  à  Tarchiduc  dans  les  Pays* 
Bas,  il  permit  au  parlement  de  Pa« 
^  ris  d'informer  fur  tous  ces  griefs  i 

mais  afin  que  l'archiduc  n'eût  point 
à  fe  plaindre  qu'on  le  condamnât 
fans  l'avoir  entendu  ,  l'ambalfadeur  » 
chargé  de  lui  notifier  le  mariage  d« 


Louis     XÎI.  17 

Ferdinand  avec  Germaine  de  Foix , 

dut  lui  remettre  en  même-temps  un  /vmm.  150t. 

n^nrubire  où  croient  détaillées  toutes 

les  raiions  qu'on  avoit  de  fe  plaindre 

de  fa  conduire,  &  fur  lefquelles  on 

lui  demandoit  une  prompte  fatisfac- 

tion.  Comme  il  laifla  expirer  le  terme 

qu'on  lui  avoir  prefcrir  fans  fe  mer- 

tre  en  peine  de  le  juftiHer ,  »  le  par-  f  septembres 

»  lement,  â  la  requête  du  procureur- 

n  général ,  arrêta  que  Philippe  d'Au-^ 

n  rriche  ,  roi  de  Caftille ,  comte  de 

»  Flandre  &  d*Ârtois  ,  feroit  ajour- 

n  né  par  un  huiffier  de  la  cour  ^  que 

j>  métrés  Thomas  Plaine ,  /on  chance- 

99'lier ,  &  le  premier  président  du  coa- 

9)  feil  de  Flandre ,  feroient  aufli  ajour- 

»$  nés  à  comparoir  en  perfonfie  pour 

»>  répondre  au  procureur  du  feigneuc 

»  roi ,  fur  les  griefs  énoncés  dans  fon 

15  téquifitoire ,  à  telles  fins  &  conclu- 

ii  fions  qu'il  voudroit  prendre  con- 

w'rr'eux  ;  que  ledir  Philippe,  comte 

j>  de  Flandre  &  d'Artois  ,  feroit  te- 

•»  nu  de  repréfenter  en   ladite  coût 

j>  fon  chancelier  &  fon  premier  pré- 

»  fident  ,  fous  peine  d'une  amende 

>fde  mille  marcs  d'or  au  profit  du 

«roi  :   ordonnant   en  outre   ladite 

j>coar,  que  les  comtés  d'Artois,  de 

Bij 


2 8  ^     Histoire  de  France. 
»  Flandre  &  de  CharoUois,  (evoient- 
Anh.  ifof.  »)  faifis.  $c  mis  es  mains  du  feigneur 
.  M  roi ,  jufqa  à  ce  que  les  arrêts ,  pré- 
99  cédemmeoi;  rendus  fur  la  régale 
)9  de  Tournai ,  &  la  réparation  due' 

V  aux  habitants  de  NeufEglifes  (  mal* 
9>  traités  par  Tarchiduc  pour  avoir  eu 
M  recQur^  au  parlement  )  fuflfent  exé« 

V  cutés ,  &  qu'il  en  eut  duement  cet- 
%y  tifié  icelle  cour  «*•  L'archiduc  étoic 
pair  de  Ftance  &  le  feul  qui  reftât 
alors  des  Gx  anciens  pairs  laïcs.  Louis 
ne.  voulant  pas  permettre  qu'il  fut 
ajourné  par  qn  huiffier  ,  chargea  de 
cette  commiffion  Engilbert.  de  Cle- 

*      ves  ,  çpmte  de  Ne  vers  &  pair  de 
France  t  l'archiduc  comprit  qu'il  n'y . 
avoit  plus  de  temps  à  perdre ,  ^  qu'il . 
falloit  fe  difpofer  ,  ou  à  foutenir  la 
guerrç  dans  les  P-ays-Bas ,  ce  qui  auroit 
ruiné  Tes  affaires  en  Efpagne ,  ou  à  fe  . 
foHmettre  à  tout  ce  que  la  France  exî- 
gçQÎt  4e  lui.  Choififlant  ce  dernier 
parti ,  il  prit  une  précaution  qui  ren- 
dioit  iliu foire  tous  les  traités  qui  fe 
font  encre  les  fouverains  &  les  parti* 
.    cqliersy  (i  elle  étoit  admiilible  :  ce  fut 
de  protefter  fecrétement  dçvant  un . 
notaire ,  que  tout  cç  qu.'il  alloit  ac« 
(Tordei:  à  la  France ,  pour  éviter  de  plus 


L  o  ty  I  s    X 1  ï.  15 

"frâUds  malheurs  ,  ne  tirferoît  point 

â  conféauence  ,  &  ne  préjadicieroic  ann.  moç. 

5 oint  à  les  droits  :  enfuite  il  fit  partir 
ean  de  Loxembofûrg ,  feigneûr  dé 
Ville,  Phrlibett»  prévôt  d'Utreciit, 
Philippe  Dales ,  Philippe  Violant ,  & 
Jean  Caulier,  can  quahrés  de  mîniftres 
plénipotentiaires ,  avec  otdre  detran- 
Bger  avec  là  France  aux  conditions 
les  moins  onéteufes  qu'ils  pourtoient 
obtenir.  Ils  teccfnnurent  îaas  aucunis 
difficulté  le  reflbrt  du  tmdement  de 
î^aris  for  la  f  lanâte ,  TArtoh  &  utic 
partie  du  Hainaut  -,  déclarèrent  que 
s*il  s^éroit  rencontré  gueFaoe  ôbftàcle 
à  l'exécurron  des  arrlts  de  ta  cour, 
c*étoit  à  rînfa  de  î*archidufe  leur  maî- 
tre qui  avoir  donné  les  ordres  les  • 
pîufs  précis  à  fon  chancelier  &  aU  pré- 
jfideoc^du  confeil  de  Malihtîs,  pour 
qu'à  Vavcnir  il  ne  fe  patsât  Yren  dont  » 

Ù  roi  ou  feis  officiers  euCTent  fujet 
de  fe  pfaindte.  Quant  àUx  répara- 
tions que  !e  toi  exigeort  pour  \t  pàt- 
fé  ,  l'archiduc  hii  rettiontroît  qu^l 
avoir  l'avantage  de  lui  àppartiffnir  & 
d*éere  comme  lui  du  fang  des  Fàtùîs , 
le  fuppliant  en  conféquence  de  fe 
contenter  du  défaveu  authentique 
qu'il  faifoit  de  la  conduite  de  fes 

B  iij 


jo      Histoire  DE  Frahce. 

;  officiers ,  &  de  ne  lui  rien  prefcrîre 
Ann.  moç.  qui  pût  préjudicier  a  Ton  honneur.  La 
conteftariofi  fur  les  pays  de  V^es  »^ 
d*Oftrevanc  &  de  Rupelmonde  école 
>lus  embarraflante.  Les  miniftres  de 
'archiduc ,  accablés  par  le  nombre  & 
a  force  des  preuves  que  produifoient 
es  miniftres  François ,  &  n'en  ayant 
prefau 'aucune  à  leur  opppfer ,  de- 
mandèrent pour  leur  maître  la  me^e 
faveur  que  Louis  XI ,  en  femblable 
occafion  ,  n  avoir  pu  refufer  a  Phi- 
lippe le  Bon  ,  laquelle  confiftoit  à 
fu (pendre  le  jugement  de  cette  affaire 

(rendant  leur  vie  ,  fans  préjudicier  à 
eurs  droits  refpedlifs.  N'ayant  pu 
l'obtenir,  ils  confentirent ,  au  nom 
de  leur  maître ,  que  l'affaire  fût  por- 
tée au  parlement  de  Paris  ^  mais  à 
condition  qu'on  leur  accorderoit  un 
délai  de  (ix  mois  pour  rechercher, 
difoient  •  ils  ,  dans  les  archives  des 
Pays-Bas,  les  pièces  qui  pouvaient 
fervir  à  conftater  leurs  droits  y  mais 
plutôt  pour  donner  le  temps  à  leur 
maître  de  pafler  ern  Efpagne.  A  peine 
étoit  -Jl  délivré  de  cette  querelle  , 

2u'on  lui  en  fufcita  une  nouvelle. 
>ans  le  dernier  chapitre  des  cheva- 
liers de  la  toifon  d'or  ,  il  avoic  fait 


LotTis  XI  L  $1 
le  procès  à  Philippe  de  Cleves  Ra^ . 
Veftein  &  au  feigneur  de  la  Gru-  Ann.  ifof . 
thafe  ,  qui  après  avoir  Cotiuiiandé 
les  rroupes  des  Pays-Bas  &  avoir  été 
décorés  du  collier  de  la-  toifon  d'or , 
croient  venus  s'crablir  en  France  où 
ils^avoient  fini  glorieufement  leut 
vie.  Philippe  avbit  fait  arracher  leurs 
ccuflbns  de  la  place  honorable  qu'ils 
cenoienc  dans  ta  falle  du  chapitre,  & 
Its  avoir  fait  attacher  renverfés  à  la 
porre  de  Téglife.  Engilbert  de  Cleves , 
neveu  de  Raveftein  ,  &  le  fils  du  fei- 
gneur de  la  Gruthufe  ,  préfenrerent 
une  requête  au  roi  pour  lui  deman- 
der /uftice  de  l'outrage  fair  à  deux  de 
fcs  plus  fidèles  ferviteuts  ,  offrant  de 
combattre  en  champ  clos  tous  ceu5t 
qui  oferoienr  fe  porter  pour  leurs  ac- 
cufateurs.  Louis  fstifitfant  cette  nbu- 
irelle  occafion  ,  .demanda  &  obtint 
une  répararion  aufii  éclatante  que  l'a* 
voit  été  l'injure.  Philippe  accablé  de 
tant  de  mortifications ,  foupçonnanc 
avec  beaucoup  de  fondement  qu'el- 
les parroienr  de  fon  beau -père  qui 
avoir  intérêt  de  le  retenir  dans  les 
Pays-Bas  î  &  craignant  qu'il  ne  lui 
en  fufcitât  encore  de  Nouvelles ,  prit 
le  parti  de  le  combattre  par  fes  pro*' 

Biv 


fi       HiSTôiKE  DB  France. 

près  armes ,  jufqu  a  ce  qti'U  pat  lal 

Ann.i(o(.  déclarer  impimcmenc  fes  véritables 
fencimems  :  il  maiula  donc  aux 
deux  ambafTadeurs  qu'il  avoir  en- 
voyés en  Efpagne  >  de  tranfig^t 
avec  lui  fur  «dus  leuts  différemsi  On 
fiipula  que  Ferdinand  conferveroii 
pendant  fa  vie  les  trois  grandes 
inaîcrifes  de  Caftiile  ;  que  les  reve-^ 
BUS  de  la  couronne  fecoiem  part^a* 
gés  en  deux  portions  égales  4ont  il 
auroic  u£Hs  »  &  îarchiâoc  Tiaittre  } 
qu'ils  ncoinieroient  dternativeooent 
à  toutes  les  charges  &  i  tous  les  em^ 
plois  j  qiie  lés  ordonnances  &  tovt* 

.ces  les  autres  expéditions  en  matière 
d'Etat  »  ieroient  £gnées  conjoint'e* 
ment  par  la  reine  Jeanne  »  Se  par 
Philippe  &  Ferdinand  comoae  ad« 
miniftrateurs.  Ferdinand  oui  con-< 
noiilbit  midux  qu  un  autre  la  jarou<* 
£e  qu'inipire  la  fouveraineté ,  n'ef^ 
péroit  pas  que  ce  traité  fût  obfervé;- 
mais  conaokiTanc  en  mèmo^cempsj^ 
fupériorité  que  l'âge  &  rexpériencé 
lui  donnoient  fur  Ton  gendre ,  il  fe 
flattoit  qu'il  ne  carderoit  pas  à  4o 
cajptiver  ou  a  le  fnpplanter.  Ain(i , 
lom  d-ajpiport^  aucun  nouvel  obfta^ 
de  à  ion  voyage ,  il  pceifa  lui^mèma 


L  en  V  t  s    XîL         ij 
fi>n  départ ,  Se  lui  envoya  quelques  . 

vaiflTeaux  pour  Taccompagoer.  L  ar-  Ann.  içoç. 
chtduc  mîtprompteniefit  ordre  à  fes 
affaires ,  &  îe  propofa  de  partir  dans 
lés^  premiers  jours  de  janvier  ,  mai- 
gre les  inftances  réirérées  de  fes  fu- 
jets,  qui  lui  remontrant  les  dangers 
<le  la  navigation  dans  cette  faifon 
orageufe  ,  le  prioient  d'attendre  le 
retour  du  printemps. 

Lotfque  tout  étoît  prêt  pour  l'em- 
barquement ,  on  s'apperçut  de  Té- 
vafion  du  duc  de  Goeldres  :  ce  prin- 
ce s'^coit  montre  fi  affidu  à  faire  £î 
cour  à  Tarchiduc  j  il  avoir  paru  re- 
Çretrer  /î  peu  le  haut  rang  dont  il 
étoir  dcchu  ,  quon  l'avoit  ofcfervc 
avec  beaucoup  moins  de  foin  ,  & 
qu'il  étoit  dcja  en  ilàrèté  avant  qui  on 
longeât  â  le  pourfuivre  :  retire  dans 
la  poction  de  fes  Etats  qui  lui  ref- 
toit  encore  ^  il  ne  pouvoir  en  erre 
arracbé  que  par  une  armée  ,  &da 
f rance  ,  dans  les  conjonftutes  ou 
î*on  fe  trouvoït ,  n*aurofr  pas  man- 
qué d'éppufer  fà  qtietelte.  Tout  ce 
que  put  Faire  ïarAiduc ,  fiit  de  fen- 
^rcer  les  garnifons  des  plates  qu'il 
avoir  conquifes ,  &  de  recommandée 
iGttiUaUtne  de  t^rotti ,'  leigheùc  <Ie 

Bv 


34  HiSToui£  9E  Faauce. 
Qûeves ,  &  à  Charles  de  Croï  ,  prm- 
Ann.  ifof .  ce  de  Chimai  y  auxquels  il  conâoir 
l'cducatiou  de  fon  fils  &  l'adminif- 
tration  des  Pays  -  Bas  pendant  fon 
abfence  ,  d'obferver  tous  les  mou- 
vements de  ce  dangereux  voi(in ,  & 
de  le  contenir  au(fi  long- temps  qu'ils/ 
^^^^^  pourroient. 

'*'''"^"*      La  flotte  compofée  de  qu^^tre- vingts 
Ann.  i^c6.  bâtiments  ,  mit  â  la  voile  au  port 
aiic? d'Efpa-  ^^  Middelbourg  j  mais  à  peine  ctoît- 
gne.         ^  elle  en  pleine  mer  qu'une  furieufe 
^^-^Jl^'"'  tempête  la  difperfa  &  jeita  le  vaif- 
ji^JndM.  feau  que   montoit   l'archiduc  y   fur 
r  ^"'îîf r"^  les  côtes  d'Angleterre  :  il  fut  con- 
Manufc.de  iTCLint  oy  prendre  terre,  &  même 
Héthune.    j^y  féjourner  pour  laifTer  le  temps 
ras.^^       aux  autres  vailTeaux  de  fe  raflfèm- 
blet.  Henri  VII ,  informé  de  l'acci- 
dent qui  avoit  amené  un  fouverain 
dans  fes  Etats  >    envoya   le  comte 
d'Arondel    avec   un   cortège   nom- 
breux y  fous  prétexte  de  le  compli- 
menter &  de  le  prier  de  vouloir  bien 
l'attendre  ;  mais  eh  effet  pour  l'arrê- 
ter, s'il  lui  prenoit  envie  de  conti- 
nuer fon  voyage.  L'archiduc  croyant 
devoir  prévenir  la  vifite  du  roi  d'An- 
gleterre fe  rendit  à  Windfor.  Parmi 
les  fèties  qu'occafiohna. cette- entre- 


Louis    XII.  J5 

viîè ,  on  s'occupa  d'affaires  férieufes  : 
Philippe  &  Henri  conclurent  un  traité  Ann.  içoé. 
d'union  ,  ou  de  ligue  déFenfive  envers 
&  contre  tous ,  promettant  de  fe  ga- 
rantir leurs  Etats  refpecfcifs,  &  de  fe 
prêter  des  fecours  mutuels  contre  les 
Icditieux  &  les  rebelles  qui  entre- 
prendroient  de  troubler  leurs  Etats  : 

{)ar  ces  qualifications  générales  ,  Phi- 
ippe  défignoit  le  duc  de  Gueldres 
qui  lui  donnoit  une  vive  inquiétude  ; 
Henri  parloir  d'un  autre  perfonnage, 
fur  le  compte  duquel  il  ne  tarda  pas 
à  s'expliquer  plus  clairement.  Edmond 
de  Pôle  ,  duc  de  SufFolk ,  devenu  chef 
de  la  m^ifon  d'Yorck,  &  enveloppé 
dans  la'profcriprion  générale  qui  avoir 
fait  périr  tous  les  parents ,  s'étoit  réfu- 
gié dans  les  Pays-Bas,  auprès  de  la  du- 
cheHe  douairière  de  Bourgogne ,  d'où  . 
ilavoit  tramé  plufieurs  confpirations 
contre  Henri.  Après  la  mort  de  la 
ducheffe  ,  il  croit  refté  dans  lé  pays 
fous  la  fauye-garde  de  larchiduc  ,  at- 
tendant toujours  l'occafion  d'exciter  . 
une  révolution  en  Angleterre.  Henri 
trouvant  une  occafion  fi  ^favorable 
d  afTurer  fa  vengeance ,  fe  plaignit  à 
l'archiduc  de  la  proteAion  qu'il  ac-» 
Gordoic  à  un  féditieux  ,  à  un  ennemi 

B  vj     r 


:^e      Histoire  de  France. 

{oublie.  Je  croyais  ^  lui  repondic  Phi- 
^_,  ippe  ,  que  votre  fortune  itou  fi  bien 

itablie ,  que  vous  n^ayie:^  rien  a  crain^ 
dre  d*un  fi  foibU  ennemi  ije  vous  pro"» 
mets  de  le  faire  obferver  fi  evaSement 
quil  ne  pourra  vous  nuire  ,  ou  fi  fon 
Jejour  vous  déplaît  dans  les  Pays-Bas  ^  ' 
de  Ven  choyer  promptement.  J* attends 
quelque  chofe  de  plus  de  votre  complais 
fonce  9  lui  répondis  Henri ,  c^efi  qut 
vous  le  remettiez  entre  mes  mains.  Ce 
procède  y  répaccic  l'archiduc ,  noUs  dés^ 
honorerait  tous  deux  ,  puifqiion  ne 
manquerait  pas  de  dire  me  vous  rria*, 
vei  traité  en  prijbnnier.  Q.ue  cetu  con^ 
fidérauon  ne  vous  arrête  point  ,  lai 
répartit  Henri  ,  fen  prends  fur  moi . 
le  hldme.  Cctoit  s'expliquer  aflTez 
clairement.  Philippe  aima  mieux  fe 
déshonorer,  en  livrant  un  fuppIîaBr» 

3ue  de  ^courir  les  rifqiies  d'une  :pri£on 
ans  les  cenionâures  où  ii  fe  t^o«- 
voit.  Hexui  lui  £t  «eacQPe  ligner  un. 
nouveau  traité  de  commerce ,  dont 
tout  layantag^itoic  du  coté  des  An- 
glois^  &  que  les  flamands  »  poiu: 
cette  raiibn,  nommèrent  ie  mauvmh 
^tntrecoun  j,  Ce  hû  permit  ^s&ia  de 
•panir. 

Auiicii  Jie  prendre  ^eiie  dam  4a 


L  o  tj  I  s  XII.  )7 
province  de  Giiîpufcoa  où  Ferdinand  ! 
i  accendoic  ,  Philippe  alla  débarquer  Ann.  i^q6. 
dans  le  porc  de  la  Corogne  à  Taacre 
extrémité  de  TËfpagne ,  afin  de  laif- 
fer  la  facilité  â  coqs  fes  partifans, 
de  fe  rafTembler  autour  de  lui ,  avant 
qu'il  prît  aucun  arrangement  défini*- 
tif  avec  fon  beau  -  père.  Voyant  que 
toute  la  nobléflè  accouroit  au-devant 
de  lui  »  que  les  villes  lui  envoyoient 
des  députés,  &  briguoienc  ThonneuT 
d'être  les  premières  honorées  de  fa 
préfence ,  il  renvoya  fans  réponfe  les 
ambaifadeuts  de  Ferdinand  ,  &  ne 
confentit  à  une  entrevue  que  pour  lui 
imnoncer  qu'il  eût  à  fe  recirer  d'un 
royaume  qui  lui  étoir  devenu  enrié'» 
rement  étranger.  Ferdinand  j  nourri 
dans  le  grand  art  de  diffimoler ,  fi^eut 
garde  de  fe  plaindre  :  il  ficUcita  fotl 
gendre  d'avoir  fu  infptrer  on  ft  irif 
attachement  à  ùss  nouiveaux  fu)ets. 
Se  ne  loi  deaoaiida  peur  toute  gtttcé 
qu'un  «ncrecien  fecret  ou  ils  ptment 
régler  amicaleoient  les  intérêts  des 
deux  couronnes  y9c  cimeiKer  la  bonne 
intelligence  qui  âevmt  teiijcmts  fub** 
fifter  entre  un  père  8c  fes  ^eitfants* 
{Philippe  t  comeDt  de  le  voir  d4n$  ce« 
di%K>Utioiis  ^  nm  crac  jias  ckvâîic  li^ 


38       HisToias  DE  France.        . 
refufer  lïne  fi  foible  fatisfadion.  On 

Ann.  ifo^  ftipula  dans  un  nouveau  traité ,  que 
Ferdinand  conferveroit  pendant  fa 
vie  les  trois  grandes  maîtrifes  de 
faint  Jacques  d'Alcantara ,  &  de  Ca- 
latrava  ;  une  penfion  de  vingt- cinq 
milie  ducats  fut  les  revenus  du  royau- 
me de  Caftille  ;  qu'il  uniroit  â  la 
couronne  d*Aragon  les  royaumes  de 
Grenade  &  de  Naples  qu'il  avoit 
conquis  conjointement  avec  I  fa  belle, 
&  dont  par  conféquent  Tarchiduc  au- 
roit  pu  revendiquer  une  moitié  :  qu*à 
ce^  conditions  Ferdinand  évacueront 
la  Caftille  &  ne  fe  mêleroit  plus ,  ni 
direâement  ni  indireâement  de  Tad- 
mimftration  de  ce  royaume.  Gagné 
par  la  confiance  que  lui  témoienoit 
fon  artificieux  beau-pere  ,  Philippe 
^fe  découvrit  à  lui  du  deflein  qu'il 
avoit  conçu  de  faire  interdire  fa  fem- 
me ,  dont. tout  le  monde  connoiflbit 
ja  démence  ,  afin  de  gouverner  en 
fon  propre  nom  pendant  le  bas  âge 
.de  les  enfants.  Ferdinand  qui  ne 
douta  point  que  ce  projet ,  en  dé- 
mafquant  l'ambition  &  l'ingratitude 

t?^ .  de  fon  gendre  ,  ne  révoltât  tous  les 

ordres  de  l'Etat  ,  Tencouragea  ma- 
Iftcieufemenc  à  le  pourfuivre  ,  pro* 


L  o  u  I  s    X  1 1.  iç 

mettant  de  n*y  former  aacan  ob(la-i 

4:ie.  Pour  prix  de  cette  complaifance,  Ann.  1506* 

"Philippe  ne  refufa  point  a  expédier 

un  orare  précis  à  Gonfalve  ,  devenu 

fon  fujet ,  de  remettre  le  royaume  de 

Naples  entre  les  mains  de  Ferdinand 

fon  beau- père. 

Depuis  long  temp^  la  conduite  de 
Gonfalve  donnoit  une  vive  inquié- 
tude à  Ferdinand.  Ce  général  qu  il 
avoir  laiflé  manquer  d^argent  &  de  _ 
feçours  ,  qui  ne  devoir  fes  fuccès 
qu*à  fa  conduite  &  à  fa  valeur ,  dif- 
pofoit  du  royaume  de  Naples  com- 
me de  fa  conquête  :  il  âvoit  diftri- 
bue  à  fe9  capitaines  non^feulement 
les  dépouilles  de  la  faâion  Ange- 
vine ,  mais  encore  une  partie  des 
domaines  de  la  couronne  :  c'étoic 
un  moyen  dautant  plus  fur  de  les 
enchaîner  à  fa  fortune  ,  que  con- 
noiflant  depuis  long- temps  Tavarice 
Se  ringratitude  de  Ferdinand  ,  ils 
n'efoéroient  de  conferver  ces  ma- 
gninques  récompenfes  qu'anfll  long- 
temps aue  Gonfalve  conlerveroit  fon 
autorite.  Offénfé  des  libertés  que 
fe  donnoit  Gonfalve  ,  jaloux  du  cré- 
dit qu^il  s'acquétoit  fur  les  foldats»' 
Ferdinand  n'eût  pas  tardé  fi  long^  - 


40       Histoire  de  France. 
temps  à  le  rappeller  s*il  n*eûc  été 
Ahh.i$o6.  retenu  par  la  crainte  d*un  nouvel 
armement  de  la  part  des  François* 

En  attendant  qu'il  pût  donner  une 
libre  carrière  à  fon  reflentiment  y  il 
s'étoit  attaché  à  miner  fourdemenc 
une  autorité  qui  l'effrayoit  :  fous 
prétexte  de  le  foulager  dans  les  dé- 
tails  de  Tadminittration ,  il  lui  avoic 
formé  un  confeil  foifverain  de  gens 
affidés  &  chargés  d'éclairer  fa  con- 
duite :  il  avoit  nommé  pour  gou- 
verneurs des  châteaux  de  Naples  & 
des  principales  forterefles  du  royau- 
me ,  1^  envieux  &  les  ennemis 
couverts  du  géhéral  :  enfin  il  l'a- 
voir brouillé  par  Tes  artifices  avec 
Profper  &  Fabrice  Colonne  ,  qui 
commandoiênt  les  rroupes  Italien- 
nes. Enfuite  augmentant  le  nombre 
et  ces  tnercenaires ,  il  avoir  rappelle 
la  plas  grande  partie  des  vieilles 
Iiandes  Elpagnoles,  feignant  de  vou- 
loir les  employer^ dans  une  expédi- 
tion qu*il  méditoit  en  Afrique.  Au 
moment  où  il  croyoit  pouvoir  le 
dirgracier  fans  danger ,  étoit  arrivée 
la  mort  dlftibeîle  ^i  avoir  change 
ia  fsKce  des  affaires.  Les  Napolitains 
fidiés  que  leâr  pays   devmc   une 


Louis    XI  !•         41 

|>rovInce  d'une  mcmarchie  étrange*» 

re  ,  deGranc  d'avoir  un  roi  qdi  vé«  amn.  i$oi. 

cm  aa  milieu  d'eux ,  enchantés  des 

qualités   bcillantes   du   grand  capi- 

imine ,  le  defiroient  ardemment  pour 

roi.  Le  pape ,  fiizerain  de  ce  royaa- 

œe^  Se  qui  avoir  intérêt  à  n'avoir 

pas  un  vaflfal  trop  pîtiflant ,  eût  ap-* 

pbudi  fans  .peine  à  ce  choix.  L'em*- 

pereur  d:'tth  dutr«  coté  preflbit  Con- 

lalve  de  faite   déclarer  le  royaume 

de  Naples  »  cotnme  il  le  pouvoir  hr 

ciiement  ,  en  faveur  de  l'ai^chiduc 

fon  fils.  Ce  patii  ccoir  d'autant  plus 

féduifant  »  que  toute  fa  maifon  s'é^ 

coir  déjà  rangée  de  ce  côté  5  &  qu'il 

ne   pouvoir  mieux  s'annoncer  au* 

{>rès  de  fon  nouveaa  mairre  qu'en 
ui  faifant  don  d'une  couronne.  Ce 
fut' apparemment  la  connoiflatice'de 
cous  ces  mouvements  qui  rendit  Fer-» 
dinand  fi  fouple  en  pvcfence  de  fon 
gendre»  6c  qui  lui  £r  follicitei Tor^ 
dre  adredé  i  Gônfalve  dont  nous 
venons  de  parler*.  Mais  comme  cet 
ordre  pouvoit  être  méprifé  ou  révo^ 
que  ,  Ferdinand  négocioit  de  fon 
cqjcé  avec  Gônfalve  qui  avoir  cefTé 
d'ctre  fon  fujet  ;  il  lui  ofFroit  poar 
i;éGompenfe  de  fes  fecvices  Se  pauf 


4i       Histoire  de  France. 
dédommagement     d'tin     gQUverne- 
Ann.  iio6  ment  que  fa  qualité   d'étranger   ne 
lui  permettoit  plus  de   garder  ,    la 
grande  maûrife  de   faint  Jacques  , 
qui   devoit   le   rendre   l'homme    le 
*    plus  puiiTant  &  le  plus  coniidéré  dé 
toute  la  Caftille  après  Je  fouverain. 
L'ayant  gagné  par  cet  appas ,  il  s'em- 
barqua promptement  avec  la  reifle 
Germaine  de  Foix  pour  aller  fe  mon- 
trer à  Tes  nouveaux  fujets  ,  laiflfanc 
Eour  Tes  agents  dans  là  Caftille  deux 
ommes  affidés  &  pui flancs  ,  le  duc 
d'Albe  &  le  fameux  cardinal  Xime- 
nés,  archevêque  de  Tolède  :  en  même* 
temps  il  envoya  des  ambafTadeurs  ou 
des  émiflTaires  à  Louis  XII  &  à  Cha  ries 
d'Egmond  ,  pour  exhorter  le  monar- 
que â  rompre  les  derniers  liens  quîi^ 
l'attachoient  encore  au  nouveau  roi 
de  Caftille  ,  Se  le  duc  à  ne  pas  laif- 
fer  échapper  une  (î  belle  occafion  de 
réparer  fes  pertes. 
Et^ts  séné-      Louis  avoit  déjà  pris  des  mefures 

'tiffei.      PT  .'??'P?  r"""^  mariage  trop  pré- 
-    CodejroL   ludiciable  a  ion  peuple  ,  mais  ces 
^•^*'*'j- mefures  n'étoient    pas   fuffifantes  : 

Lettres  de  ,^  »      •       '^  i_r  et 

Zoms  x/i.  1  engagement  etoit  public ,  confir«ié 
dans  deux  ou  trois  traités  ,  garanti 
par  des  princes  du  fang  y  par  les  prin- 


taut. 


L  o  t7  I  s     XII.         41 

cipaux  officiers  de  la  couronne  : 
Vadîe  qui  le  rompoic ,  étant  demeuré  \nn.  ito^. 
feccet  ,  &  n'ayant  été  communiqué 
qu'à  trois  ou  quatre  capitaines  des 
gardes ,  pouvoir  être  regardé  comme 
frauduleux.  Il  étoit  fur- ton t^ impor- 
tant de  s'alfurer  contre^  la  reine: 
car  bien  que  les  prières  d*un  mari 
expiranr  ,  les  exhortations  du  car- 
dinal d'Âmboife  lui  euflent  arraché 
une  efpece  de  confentcment  pour 
le  mariage  de  fa  fille  avec  Théritier 
de  la  couronne  ,  il  paroillbit  alTez 
par  la  violence  qu^elle  s'écoit  faite 
en  cette  occafion ,  combien  elle  te- 
lîoit  à  fon  premier  engagement ,  & 
combien  elle  avoit  d  avcrfion  pour 
le  parti  qu'on  lui  propofoit  :  or  elle 
étoit  fouveraine ,  elle  avoit  des  gar- 
des ,  des  revenua^confiderables  ,  une 
cour  nombreufe  \  &  avec  de  pareil- 
les refTources  il  ne  lui  anroit  pas  été 
difficile ,  Cl  le  roi  venoit  à  i^ourir , 
d  enlever  fa  fille.  Enfin  il  falloir 
fauver  la  réputation  du  roi  ,  &  lui 
préparer  une  réponfe  aux  plaintes 
de  la  maifon  d'Autriche.  On  crue 
devoir  recourir  dans  cette  oCcalion 
au  remède  qu'on  a  coutume  d'em- 
ployer dans  les  grandes  maladies  de 


44  Histoire  de  Frakce. 
l'Etat,  La  plupart  des  villes  &  com- 
ANM.ifo5.  munautés  du  royaume  ,  fok  qu'el- 
les agîflent  de  leut  propre  mouve- 
ment ,  foit  qu'elles  ne  Ment  que 
fuivre  les  impalfions  fecretes  du 
confeiî ,  adrerfererrt  au  roi  des  re- 
quêtes pour  demander  Taflemblce 
des  Etats  généraux.  Louis  l'indiqua 
^  pour  le  lO  de  mai  dans  la  ville  de 
Tours.  Les  députés  s'y  étant  rendus 
de  toutes  les  provinces  du  royaume , 
conférèrent  enfemble  pendant  trois 
jours  ,  &  élurent  pour  orateur  Tho- 
mas Bricot  ,  chanoine  de  Notre- 
Dame  ,  premier  député  de  Paris.  Le 
1 4 ,  le  roi  vint  prendre  féance ,  ac- 
compagné àt$  princes  du  fang ,  de 
quelques  cardinaux  ,  des  premiers 
/eigiieurs  &  des  grands  officiers  de 
la  couronne.  Cette  aflTemblée  ne  réf. 
fembloit-à  aucune  de  "celles  qu*qh 
avoir  vues  ;Qfqù'alors  en  France.  Car 
au-lieo  que  dans  les  autres  l'orateur 
éroit  chargé  de  porter  au  roi  les 
griefs  de  la  nation  ,  d'expofer  à  fes 
regards  la  mifere  publique  »  &  de 
le  préparer  à  recevoir  favorablement . 
le  cahier  des  doléances  ,  Bricot  ne  fut 
chargé  que  de  retracer  au  monarque 
fes  bienfaits  >  &  de  lui  payer  ,  aa 


Louis    X  I  L  45 

nom  de  la  nation  ,  un  jufte  cribac'i 

de  louange.  •>  Dès  votre  avènement  Akm*  150^ 

n  a  la  couronne  ,  lui  dit  -  il ,  votre 

»  fagefTe   a   diffipé   les    orages   qui 

99  avoient  toujours  paru  inréparables 

M  d'un  nouveau  règne  y  votre  magna- 

»  nimité  a  raflTure  ceux  qui  rrem- 

»  bloient  d'avoir  encouru  votre  in^ 

99  dignation  ;  image  de  Dieu  fur  U 

»  terre  ,  vous  n*avez  vengé  vos  in- 

9}*jures  que  par  des  bienfaits  ;  père  ' 

»  commun  ,    vous   n'avez  vu  dans 

>9'tou5  vos   fujets  que   des   enfants 

11  tendres    &    fournis.    Envain    des 

»  voiiins  jaloux  comptant   fur  noi.  . 

f9  divi/îons  ordinaires  >  s'étoient-ils 

>9  préparés  à  ravager  nos  provinces  : 

n  battus  y  repoufTés  ,  ils  ont  deman* 

>9  dé  humblement  la  paix.  Dans  ces 

M  temps  d'alarme  &  de  troubles  où  les 

99  revenus  ordinaires  de  la  couronne 

1)  paroiiïent  infuffifants  »  vous  avez 

t>  foulage  k  peuple  ,  les  tailles  ont^ 

>9  été  diminuées  d'un  tiers*  Des  foins 

>9  plus  glorieux  encore  ont  Agnalé 

w  les  commencements  de  votre  re- 

t>  gne  y  des  Igix  (âges  ont  atTuré  la 

»  fortune    des    citoyens  ;    les  abus . 

9>  qui  s'étpient  glilTés  jufques  dan& 

99  le  fanâiuaiie  de  la  jufticç  ont  été., 


4f  Histoire  de  Fkance. 
••  retranchés  ,  &  ce  que  nos  pères 
^tf.  ifo^.  »>  n'auroienc  ofc  ni  préyoir  ni  efpé- 
M  rer ,  le  laboureur  n^a  plus  tremblé 
t>  a  rapproche  du  guerrier  ;  & ,  pour 
w  me  fervir  de  Texpreffion  d*un  pro- 
•>phète,  le  mouton  bondit  au  mi- 
»  lieu  des  loups  »  &  le  chevreau  joue 
i>  parmi  les  tigres.  Quelles  aâions 
i>  de  grâces  peuvent  vous  rendre  des 
M  fujets  que  vous  avez  protégés  , 
«•enrichis  !  comment  s^acquitteront- 
•»'ils  de  leuts  obligations  ?  Daignez  » 
M  foe  ,  accepter  le  titre  de  Pen  du 
V  vpmpk  ^  quils  vous  déférent  au* 
«»jourd'hui  par  ma  voix  «. 

A  ces  mots  un  doux  murmure 
«'éleva  dans  TafTemblée  ,  il  fut  fuivi 
de  cris  de  joie  &  d'applaudiiTements. 
L'orateur  y  après  s'être  recueilli  un 
moment  en  lui  *  même  >  poutfuivic 
atnfi  :  t>  Vos  bienfaits  ,  fire  ,  ont 
'  99  pafé  nptre  attente ,  mais  ne  nous 
M  auriez- vous  comblés  de  biens  que 
>t  pour  nous  plonger  dans  ét%  re* 
>}  grets  plus  amers  ?  Votre>ameur 
•>  pour  la  patrie  doit -il  finir  avec 
»  votre  vie  ?  n*aurîez-vous  pris  tant 
»  de  peine  en  faveur  de  vos  fidèles 
»  fajets ,  que  pour  les  livrer  vous- 
-même i  la  merci  des  étrangers  ^ 


L  6  y  1  s    X 1 1.    ^     47 

i»  &  leur  faire  perdre  en  an  inftant  i 

»  le  fruit  de  tant  de  (aBg  &  d«  tira- anh^mo^. 

»  vaux  ?  Que  ne  puis  Je  retracer  aux^ 

»  yeux  de  votre  majefté  la  douleur 

i>  profonde  ,   la  conftematîon  à  la* 

»  quelle   la   nation   entière  s'aban- 

>  donna  dans  ces  moments  terribles 

M  où  nou«  tremblâmes  pour  vos  jours? 

w  Profternés  au  pied  des  autels ,  ef- 

t>  frayés  du  féal  danger  qui  vous  me- 

s>  naçoit  fans  aucun  retour  fur  nou«* 

•»  mêmes  ,  nous  ne  demandions  ail 

»  ciel^que  la  coafetvation  d'une  tèta 

«  fi  chère  :  lorsqu'un  rayon  d*efpé- 

j»  rance  eut  diffipé  cette  terreur  pro* 

»  fonde  ,  nous  vîmes  avec  effroi  le 

»  péril  qu'avoir  couru  Tlîcat  j  toutes 

9  les  iuices  d*un  trop^  funefte  enga- 

vgement    fe    préfenterent*  à   notre 

•>  imagination  :  cependant  nous  gar« 

^  dions   le    (il^^nce  ,   la  faveur  que 

»  le  ciel   venoit  de  aous  accorder 

^  cotnbloit    nos    désirs  f  nous   ne 

»  doutâmes  plus  qu'un   roi   fi   fage; 

»  n'ouvrît  les  yàax  fur  le  danger  qui 

99  nous  menaçoit  :  la:  crainte  de  lui 

M  déplaire  par  une  démarche  préci«- 

99  pitée  nous  arrêta  long  temps ,  & 

*  même  depuis   que   nous  fommea 

»  ici  alTembiés  >  nous  ^ons  çncore 


48  Htstoire  db  FranC?^ 
il  délibéré  s'il  n*éroit  pas  à  piopo^ 
kHv.Jso6.»de  garder  le  (îlence  &  d'artendre 
M  en  paix  ce  qu'il  vous  plairoit  d*or* 
»»  donner.  Votre  bonté ,  fire  ,  a  pu 
»  feule  nous  infpirer  de  la  confiance. 
19  Nous  nous  fommes  rappelle  que  i 

V  dans  les  cruels  inftants  où  vous  pa^ 
M  roiffiez  toucher  à  votre  dernière 

V  heure  »  vous  déclarâtes  qui  vous 
»  ru  rigreuU{^  la  vu  qut. parée  que 
19  voxq  n^aviei^  point  encore  affmi  U 
M  repo$  de  votre  peuple.  Ce  font  ces 
»>  paroles,  à  jamais  mémorables  qui 
•»  nous  enhardirent  â  dépofer  aux 

^  ti  pieds  de  votre  majefté  notre  trèsr 

M  humble  req^uete  »• 

A  ces  mots  l'ademblée  tomba  à 

Îrenoux  les  bras  levés  vers  le  trône  ^ 
'orateur  »  dans  la  même  attitude  » 
pourfqivit  d*une  voix  bafTe  &  trem^ 
blant^  :  «>  PuitTe  le  fuprème  arbitre 
n  des  deftinées  prolonger  la  durée 
a»  de  votre  règne  î  puiOe-t-il»  pro-  . 
o  pice  â  nos  vœux,  vous  donner  pour 
t>  uicce(Ièar  un  fils  qui  v6u$  reuem* 
9*  ble  !  mAts  fi  Tes  décrets  éternels 
tf  s^oppofent  à  nos  vœux ,  s'il  ne  nous 
>f  juge  pas  dignes  d*une  fi  gtanda 
»>  faveur  »  adorons  fa  jufllice  &  ne 
»>  fongeQos  qii*i  £ûre  ufage  des  dons 

^  »  qu'il 


t/ o»0  i' s  XIL  .4^' 
i>  qùli'iioas  a  JFaits.  Sire  ,*Yons  voyez 
»  devarift  Vous  un  précieux  rejetton  Ann.  iroiî. 
^  du  fan^  des  Valois.  Fils  d'un  père 
»  vertueux, clevé  fous  les  yeux  d'une 
»•  tfiere  Vigitarfre  ,  fornic  par  vos 
fe  côlifetls  &  par*  vbtfe  'exemple  ,  4t 
te  proraeÉ  d^égalet-  la-  gloire;  de  fe$\ 
»  aïfetix^'^qu'fl  foit  ■Iwiiréux'  époux: 
>>  que' vfous  déftiaez  i  votrd  hllè,' 
»  &  puiffe-t-îl'  retracer  à  nos  neveur 
»  i'imàge  de  votre  règne  »  ! 

Ce-difcout^.jlâ  oofture  fupplîante- 
éi  il'>my6k  fers  (u}ets,  érniKëm  lé* 
ccBut  paternel  de  Lo\ife',  des  larmes 
d^attenâtilTé^eht  foiricrenc^dé  fesr 
yeux  -rie  ^han^eiiér  Cui  de  Roche- 
fort  ,  après  s'erre  mis  à  genoux  air 
pie3  du  trônj3  &  avoir  reçu  fes  or- 
dres ^i'VâMâw^a  v^irs  ï'aflfeitobiée  Se» 
dit  ^:J«t  MèCeig^(i^$  àt9  Etacst ,  le^ 
»  toi'  tiotf  ô  fovlM  btom  &  ^naturel  ftîi^* 
j»'gneii#,  né  blâtbe  pofiitla  démar-*- 
n  che^què  vous  avét  fàiife  ;  il  rend 
s»  juftice  aux  fentiments  qui  vous 
»  lont  infpirée  ,  &  voit  avec  la  plus 
s»  vive  fatisfaâion^  â  quel  point  la 
I*  patrie  v^us  eft'^here.  Il  islccepte  le^ 
«»  citre  de  Père  dâ^  peuple  '^kx^  vous 
^•.lui  déférez'  \  vô&s-  né  pouviez  lui 
9%  faire  un  don  qui  lUi  fut  plus  agcéa- 

TomeXXil.  C      ^ 


5z       HistfoiRS  DE  Vkahcé. 
,__,_        fermenta  que  Te' roi  avoir:  pu  prêter , 
Ani<, ifp>>  fait  à  l'arcbidùc,  fôit  i  l'empereur, 
fe  rrouVoierit  pareillement  annuUcs 
par  un  autre  ferment  plus  augufte  & 
toujours  fubfiftant  ;  celui  Qu'il  avoic 
prêté  en  recevant  lonftioQ  lacrée ,  de 
pçQcgrer  l'iivantage  de  fon  peuple  »  de 
s'^ppofer  de  toute  fa  putlfance  à  ce 
qui  pouvoit  lui  préjudicier.  Or  que 
pouvoir -il  arriver  de  plus  préjudi- 
ciable à  TËtat  que  d'introduire  dans 
fon  fein  ,  fous  Je  fpççieux  nom  d'al- 
lié »  un  ennemi  domeftique  qui  ne 
manqueroit  pas  4'y  femçr  le  trouble , 
qui  cherchetroic   à  tout   perdre  ,  i 
tout  envahir  ?  pnfin ,  ils  obferverenc 
que  ce  prétendu  engagement  fe  ré- 
duifoit  encore  à  des  promefTes ,  à  un 
projet  j  qu'il  n'y  avoir  point  eu  de 
gages  tquchéf  ^  aucun  çpnfentement 
des  deux  époux.  ;  ^u'il  n'étoit  pas 
rarç  de  voit  rompre  de  pareils  con- 
trats entr^  des  particuliers  pour  des 
raifons  beaucoup  moins  fortes  ,  fon-» 
vent  même   par  pur  caprice  :  que 
l'empereur  &  l'arçbiduc  avpient  a(^ 
f<^  pontréj  par  la  conduite  qu'ils 
ayoieiu  tenue  depuis  ce  temps  «avec 
la  France  ^  8c  par  le  peu  d'^ttentioa 
qu'ils  ^Ypi^nt  appoçççç  à  çbifeçvet  dQ 


L  o  u  r  8  XIL  fi 
leur  part  des  traités  d'ailleurs  Cvh- 
Vûrables  à  leur  maifon,  combieti  peu  auu%  Màê^ 
ik  cotnptoient  fur  ces  arrangeitiems 
politiques  Se  variables  :  d^où  ils  con- 
clurent que  Louis  ,  fans  manquer 
aux  règles  les  plus  aufteres  de  Tbon- 
neur  &  de  la  probité ,  pouvoir  comme 
homme ,  &  devoir  comme  roi ,  fatis- 
faire  au  vœu  de  la  nation  ;  en  rom- 
pant des  nœuds  Ci  funeftes  &  fi  mal 
aflbrtis. 

Le  mercredi,  20  de  mai'»  le  roi, 
fuivi  de  toute  fa  cour  ,  retourna  dans 
.  la  falle  d'affemblée.  Après  que  les  hé- 
rauts eurent  impofé  filence ,  le  chan- 
celier Gui  de  Rochefort  portant  la 
parole  ^  dit  :  «  Le  roi ,  comme  il  vous 
avlavoit  annoncé  ^  a  fait  examiner 
»  votre  requêre  ;  quelque  confiance 
»  qu'il  ait  d'ailleurs  en  votre  «ele 
»  &  en  vos  lumières  ,  il  n'a  pu  fe 
»  difpenfer  de  confulrer  ^  fur  une  ma- 
»  tiere  qui  intérefle  fi  ellentiellement 
a»  le  falut  de  l'Etat ,  les  princes  de  fon 
»  fang  &  les  hommes  diftingués^  qui 
.»  forment  foa  confeiK  Puifque  leur 
»  avis  a  été  conforme  â-vos  defirs> 
»il  ne  veut  pas  différer  plus  long- 
»  temps  à  vous  donner,  une  vpleiut 
9  faci^a^ion  :  il  m'a  chargéjde  vo«a 

C  iij 


54  HisToiHE  DE  Francs. 
»  inviter  pour  jeudi  prochain  ,  si  ta 
,4mn.  '1so6.  »  cércmotiie  des  fiançailles  de  fa  fille 
a»  avec  monfeigneur  le  duc  de  Va- 
»  lois.  C'eft  le  feul  engagement  que 
*»  la  jenne(ïè  des  deux  époux  leur  pet- 
it mette  encore  de  contraâen  Vous 
»  aurez  foin ,  lorfqu'il  en  fera  temps,  ^ 
»  d'achever  un  ouvrage  que  vous 
»  avez  fi  bien  commencé  ;  fa  majefté 
»  exige  donc  dès  ce  moment  que 
99  vous  promettiez  &  juriez,  que  vous 
.w  faflîez  promettre  &  jurer ,  par  tous 
M  ceux  qai  vous  ont  élus  pour  leurs 
»  députes  ,  qu'auffi-tot  que  les  deux 
«>  époux  auront  atteint  1  âge  nubile  , 
^  vous  ferez  &  accomplirez  le  mar- 
99  riage  projette  ;  que  vous  ne  fou6^ 
V  frirez  point  que  perfonne  ofe  s'y 
:?*  oppofer  5  &  que  vous  verferez, 
»  s'il  eft  nécelfaire  ,  jufqu  à  la  der- 
>»  niere  goutte  de  votre  fang  pour 
»  en  affluer  Texécution  ». 

L'orateur  des  Etats  alloit  répondre, 
on  ne  lui  en  laiiïà  pas  le  temps  :  la  faite 
retentit  d'applaudiffemencs  ,  de  cris 
de  joie ,  dé  vœux  pour  la  conferva- 
tion  du  roi  ;  chaque  député  couroic 
à  i'envi  prêter  le  ferment  que  le  roi 
4emandoit ,  &  recevoir  une  formule 
;ccxke  de  c(i.  même  ferment  qu'il 


iîèvbît  faire 'prêter  à  fort ^ré):bar  pat 

fa  ville  ouîa  communauté  dont  il  ann.  isotf* 
étoit  repréfentanc,   Anne  de  Breta- 
gne eut  homç  ile  jopjpcrfer.feljlè  4 
un.  arriH^eitifenr  «  ardenirnené  d^- 
fîrç  pkf^tdiir'tîé&îc^i  ^iûtéfëïToient 

ttjàt ,  &'lei  dertjt  jeûnes  époux"  furent 
conduits  ail  pied  des  autels  où  le 
cardinal  d'Ambpife  les  attendoii:. 
Clause  de  Ttttiic^  n'avoir  que  quatte 
ans ,  lé, Utiçile.Vâltis ^nairoir douzi^. 
-Eoips  iyanjt  fait  cfteSeMiri  prê- 
tés- verbal  cïe  ce  qui  s'étoîjc  paffë 
dans  cette  âflTemblée  ,  envoya  dès 
ambaflàdeurs  dans  toutes  les  cours 
;de  l'Europe  pour  prévenir  le^  repro- 
ches dont  fçs  '  ennemis,  ne  feinqûe'- 
rdient'pas  àe  l'accabler  ,  îc  ^gftiifîéi: 
fa  conaûite.  çn  montrant^  qu'il  o'a- 
voit  pu  fe  difpenfèf  de  déférer  ati 
delir^de  fes  fujets.  La  plupart  d^s 
fouverains  ,  effrayés  de  ràccroifle- 
ment  fubit  que  prenpit  la  maifon 
d'Autriche  ,  &  jugeant  .Éagjement 
qu'il  étoit  de  leur  intérêt  q'«€|  la  Fraii- 
ce  ,  '{{ta  feule  pouvpît '  un  jour  liii 
Tcrvir  de  conrri^-i-poids  v  ne  fur  pas 
démembrée ,  applaudirent  à  ce  nou« 
eel  arrangement."  11  n'y  eut  t]ue  Phi- 

Civ' 


Îg  HisToms  Di  France- 
ippe ,  roi  àé  Caftille ,  &  ï'empçteur 
Anm.  iso6.  Maximilien  ,.  qui  regar4anc  comme 
une  bravade^ ,  l'arrivée  des.  amba0a- 
deurs  François;  Ôç  iajçommifliçtu  djoat 
ils  éçpiç^ÇjfÇhàrgéf  ,  le^  çjçouç^rent 
froi4ç«Ppnt,  ^^^ .: Ip^  /jexiy9^e;rent ,  fknç 
répanff .  Çepepd^nf  i^ naporçoit  a  Ja 
France  d^.favoirà  quoi  elle  devoir 
fen  jepir Jur  Tinveiticure  du.diichc 
de  Milan ,  rérerfible;,  iji  défaut,  d'ea7 
iantSpraâles-.p^qcfjéés  di^.iroi.»  à;  ma- 
dame Claude /a  fi(le^  >  l^i  ^u  duc  de 
.Lu^jemboiirg  qpi-.a-voix  du  rjppQirfer. 
Jl  en  avoir  dçj4  c^ûtc  plus  de  cent 
oiille  livres  au  roi  pour  ^obtenir  dans 
cett«  forme  i  il  offroit  encore  pa- 
.jffille  fomme  à  Vempefeuc  ,  (i  ^  ^au 
jîorti .  du  cduc  de  Lu3^embpurg.,  il 
^vouloir  iubftituer  celui  du.,  d^c  de 
.Valois,  .il  faut  cojnvecir  quececce 
,offr€{,  qùt^laue  raifonnable  qu  éll^ifjjx 
en  elle  -  même ,  n'arrivorc  pas  ..dans 
des  circoriftances  favorables.  Maxi- 
milien leyoir  de^.trouçe^,  cjbligçoix 
tous  Us  vaflaux  jàe-î*erngirje^j<ieîtti 
fournir ,  leur  ;çppdii)genr  ^,  ann9nçajat 
qu'il  allait  pfpndijf  .la  çoorqçiué  imr 
,  p4ri^le  à  .Roq(ç.l c .^tpit  le  ^tht'^jxc 
dont  il  vouloir  .pallier  rexpédicio;^ 
ij[u  il  méditoir,4ans  le  duché,  de  Ma* 


Lnvis    XI  li         $7 
kti  :  x>n  avoic  tout  lieti  d'appréheiider'^ 
que  le  pape  n'entrât  dans  ce'projet ,  Ah»..««€. 
car   ib  étok   prefqae   ouvertement 
brouillé  avec  la  France. 

Jules  II ,  ambitieux  &  guerrier ,  ,  i*  p«p« 
brûloit  de  fîgnaler  fon  ponafica*  pair  îc*fc?ott«5a 
quelque  éntreprife  hardie^  l^^cmr  ^'«ç^»  »  rf« 
pie  de  Ton  piédccefleur  >  qwi*  a^véç  Bologne, 
moins  der-talents  avdic  Ci  fort  ^cru    GumA^t- 
les  domaines  de  Tcglife  ,  étoit  P^^^^''i^ar. 
lui  un  puilTant  aiguillon^  Barré  dans    Bambû 
.tous  fes  projets,  pat  la  république  de 
.Venife  ôcleroi  de  France,  il  fbngèok 
dèsrloEs  i  exciter  utieircvïQladLongâ- 
-nérale  jen  Itclliê.  Lé.  cardinal  d'Aiiv- 
boife ,  <^ui  'n'avoir  point  ^^ncàsefritr 
nonce  à  la  tiare  ,  parce  qu'il  étok 
beaucoup  plus  jeune  que  lui  ^.tâdl^t 
<1  acquérir  un  parti  dsLnsjleiaaécjCoIr 
lege  >  ic  d'empèdhetfsqùi^.l&jcupcofce 
i:i'éclatât.    Jules  :  cpJi  o  fonétroA  n£»     ' 
vues  ,  &.  qiâ  lé  ce^rdiTJC/ toii^ttU 
•coinme  un  rival  pptfoutaole:  r  f ir^ 
•parti  de  fa  foibletfe  ,  &nnf^n;étoit 
^ue  plus  difppfié  i  doon^r  àila'Frart- 
xe  de  nouveaux}  chagxins,j  AHj^tfe 
«jivoit;  Jobtonuî.'r  ^i'  Uîiirejïbminindà- 
.tiori  diflroî  ;  iaif^omâl&j  de^^deu»: 
-cfaàpeatti  de!  càràm^li!pqv«i.hw  Ae 


5  s      HiSToiRB  Ds  Frakcb. 
:  &  René  de  Prie ,  évêqoe  deBayeux,' 
Aki«.  If 06  alliés  l'un  &  l'autre  â  fa  maifon.  La 
:promotion  s'écoir  faite  ,  &  ils  n'a- 
voient    point   été   nommés.    Cette  ^ 
première  mortification  fut  fuivie  d'u- 
ne entreprife  fur  l'autorité  du*  roi  : 
/      '^    après  la  mort  du  cardinal  Âfcagne, 
Jules  difpofa  de  cous  les  bénéfices 
.    qu'il    poffedoit    dans    le    Milanès. 
Louis  de  fon  côté  fit  faifir  dans  toute 
l'étendue  de  fa  domination  les  re- 
venus des  prélats  Se  des  cardinaux 
Îui  réfidoient  à  la  cour  de  Rome» 
-'affaire  auroic  été  pouffée  à-  de  fâ- 
cheuJTes  extrémités  ,    fi   le  cardinal 
^'Amboife  ,  profitant  de  la  crainte 

3u'infpiroient  au  roi  les*  démarches 
e  l'empereur  ^  n'eût  obtenu  à  force 
nle^^rieres  qu'on  cherchât  des  moyens 
nde  conciliation  :  réyèqûè  de  Sifte- 
^n  fîu  chargé  de  cette  négociation; 
^Jules  >  exigea  /que  là  France  ,  non- 
:^eulemeht  ne  s^oppôsât  point  au  pro- 
jet qu'il  avoit  de  chafler  Jean-Paul 
Baglioné  de  Péroufe ,  &  Jean  Ben^ 
'tivdgiiô  de  Bologne  ;  mais  qu'elle 
lui-  fournît  un  certain  nodbbie  de 
'noupes  pour  aider  i  les  dépouiller. 
}A  ce  ^hrït  y  il  promit  les  deux  oha^ 
cfieaut  qa'qii  lai  ikmmd/mi^Jk  iw 


"(rbne&idac  ,  en  véètu  duquel  Eôttis 
àufoit',  pendant  fa  vîèila  nominrà-'ANN.  ijotf. 
tion  anx  Bénéfices  titi  duché  de  Mr- 
lan'^  cbmme  ràvbi^/ëue  les*  Sfèf- 
cés  féé^piédédèfTetxtà.  Cet  échange 
n'anroir  jainais  dû  être  accepté  ;  car 
qutre  la  honte  dont  le  toi  fe  cou- 
vtôit ,  éti  f^cfifiant-Behtîvogliô  qu'il 
^vèit  irèçtf  fou^  fa  prpWaîon  ,  il  pèr- 
idolï  la  Teutëibatriere  qiii  'fé'^arât  Ife 
diicl^è  de  Milan  des'  États  de  TEglt*. 
"fe  :*cependam"  le  cardinal  fe  fervrt 
fi  btett  de  rafcéhdant  qti'îl  avoit  ftrr 
Vefprit  de  fon  maître  ,  qn'il  arracha 
'fdn  '  ïôrifenremenr.  -  Jùlês  i  étaignaiit 
de<Jâiflir  ëéfiappel- .une  ^fi  belle  bçcài- 
iiori ,  Sc'he'  daigAanr  pas  fiirë  attérit 
*rit>h  âb  danger  qu'îry  avôit  d'exciter 
îîne  Merre  en  Italie  dans  le  temps 
"qne  i  etïù)ereur  fe.  difpofoit  à  y  pé- 
tictter  V  fe  tnit  bmfquettient  en  mar^ 
éhe' ,  &  envoya' fommer;  le  toi  de 
faire  avancer  lé  feçours  qu'il'  lin 
'àVpit'  promis  ;  Lt  faim  ptn  rêve  y  fans 
Vaii/r  3  répondit  Louis  ,  ou  iï  faut 
qu'il  eût  trop  bu  (Pun  coup  lt  foir  qu*il  ^ 
forma  ce  heau  projet.  L'envoyé  s'eh 
feroit  retpnrné  laveô  c^tte  réponfe ,  fi 
le  cardinal  d'Anfboife  ,  qui  s'étoit 
àbfencé  depuis  quelques  jours  de  U 

Cvj 


Anh.  1(0^'  poot  le  fainç^lj^  ^.ti'^^çiaioese^pe- 

cents  l^^ncesi  à  |'^rnp|ée  4u.faincj»neg«. 
Jules  ne  xtouy^  r{4us;^<iop{lacle&'^fX 
ies  defirs  :  Joan^^^l  BagKqné,  fjçjx.- 
fcmic  i  céder -..^.Xefgna^r^eVdè.J?^ 

jrottfe ,  èEÇ  çonierv4in^.,i?^^P^'5P<Çv^ 
jouiifançe  jfijçs  ^e^  qu]^t  'pa^édoic 
^mme  parcfaolier.^  ^^"^'^cigiio  > 
I^eaucoop  plasrpuifant,  rie  de  la  £(> 
liç  du  pape  >  tanc  ^luH  crue  n'avoir 
affaire  qu'à  lui  ^  mais  dès  qujUeu^t 
•appris  f^ue  les  François  éfojijçntpesi 
^  jnarche:  pour  venir  4c  gc^gibaf  ff  er  y  ce 
politique  fi  déliée  cet  hooin^  fi  dé- 
terminé ,  qui  avqic  autrefois  J^moif 
5 né  un  mépris  fi  fouveirain  à  Juliett 
e  Médicis  ,  pçur  s'être  lafiTç  ,dc- 
poniller  fans  cpmbaf  de^t^  fi^igQeuric 
.de  Florence ,  quittaBologneen  plew>- 
xant,  &  vint  avec  fiaf  fanaiU(^,  éplbrée 
chercher  humblement,  un  afîie.pjirii> 
*mi  ces  mêmes  François  qui  alloienf 
lattaquer.  Chaumont  ému  de  pitiç 
vçulut  bien  fe  charger  de  défendre 
fes  iptérêts  :  il  obtint  poUjt  jlui  Icfi 
Qiê^es  conditiops  accçrd^es  i  Bar 
glipné-;  c'eft-â-^^ire ,  la  JouUtari^e 


vu  i.;^-?^  i^i^ï    ^ 

/utTent  8f^  pa  quelque  .encirojjc  qu^ils'  ^*  *"  * 
fafTem:  fifu^sf.  Bplpgne  Quv|K.fef  pôç- 
Jtes  ,  &  le  peuple  ijui  p^^vou  aucune 
^onnoirfance.clu  traité?,  &  quicroypic 
|aire  C^  cour  au  noiiye^u  lôg^veraip^ 
.S9^¥F::^v  foule  Jp^^ 
4e  parais  ide  BentiypglpV.^MifrJuJie^ 
dfif  .aux  -ïi^uj^^     le.  jfé^f^^lifTtme^ 


çpnûdçxables  vnlef  d  Jtahe .:,  devenji 
Jeucivod^'^  ilA'ên  fuc  quéjpîu$  anî- 

^^^-rfl?f  CtOlt  .teaùÇOUp.  pips:  PqUt  tablidanifcs 


seiubaxquoit^poçr  l.^g,agne,  pmi,    »ar^us. 

âttoUylçs  aucie^jliiii^^A  iplUcitoit  ««.Br**. 

gopvernpujs  |c^çsi,J^aj(^-;£^^    e|r  vpijî  pcrQodtfroi^ 

^^s  , >  ayoipjpf t.. Hopne  a  J4.  I^ra'uce .  up 
inoç^f  de  xupju|:e  :  conpipe  leis^JFVaix^ 
çp^ne  pouvoienc^  aller  eu.  GujBWce;s 
gîî?[5.raYej:fpf.fefôy«;4?^  ' 


eï      Ht  s  t<^  B  ''  Dfe  F|(  A  léct. 

i  Séaati,^&Evfardye  Fâ-Mareki'cveqae 

AiiN;ifo^.*4e  ti^eVà'  leur  feiirtiér  le  tWeipia', 
^&  i  prrëfétet  i'klli^nté  du  ïiA  leiit 
"liiàître  à.cèllç  cfeXbuis^  Le  roi' eût  pà 
ïkcilemenc  s'en  venger  ;  mais  ayant 
conrioiflancé  du  traité  que  Philippe 
^ayoir  :c6hçhi  avec  Henri 'VII  ,  & 
triaîgnî^ntjde  s'attirer  q'ne  J^u^e  & 
Tcheufe  .àvfec' rAngleterre  j  il*  defrra 
pûàe  fôW'ennèmt  mi  fqutmt'un^  rai- 
fort' entorë:plu$:plkpfiMfe  d'én-yenir  à 
Xihe  guerre  déclarée.  Philippe  riè' tarda 
pas  1  lui**  d:<4nnét^  cétrç  lâHsfaitiori^  ' 
^^j^^^^       it^ftruif  des  derfeijas  de  Cl|iiriei8  dlE^- 


?    r 


fnflrîgâtîàn  aV  xjiii 

foît  j  mais  que /sH  lui  dônnoit  U 

peine  dé'  retbàrnèV  d^ns  les  Pays- 

''  Bai  ,  iîitis  fes^^rën%  V'%  f>rctendufe 

{)rorecl^edr's'ne'lèTaûv,èr6ient  pas'  de 
â^juftè'pufîiiibh  qtfil  Iiiî  ptéparoîd 
touii  l  qui  cette  lettfë'fut  comrtiu- 
tiiqùéé  y  trUt  ^s'y  rëcônridître  '  &  'ne 
balança  plus'.  II  qrdbnna  fur-Ie-champ 
au  fire  aOrvàl ,  comte  de-  Rhetel > 
&•  an  prince  '  dft^  ^edafn;  de  conduire 
tijiatré  cents  'Iâhfceà^'T,rariçoifçs  S^ti 
îccouri  d'ûrf  pritité' injttffement  bpi 


L  o^tj  ï  s     XII.         6^ 

«primé  5  il  lai  envoya  par  la  tn^me 
occafion  des   fpmtnes  confidéraUes  AKNr  i5«( 
poar  lever  &  ei^tretentr  on  corps 
nombreux  de  lanfqaenecs.  Avec  de 
pareils    fecoors    Charles    fe    remit 
prompcemenc  en   poâeflion  de  fes 
anciens  Etar^ ,  il  fie  des  cburfes  dans 
la  Hollande  &  le  Brab^tnt.  Philippe 
rrop  éloigné  pour  venir  lui* même 
défendre  fes  fujers  >  recourue  aflfez 
inurilemenc    au     roi    d'Angleterre. 
Henri  Vil ,  qui  cratgnoit  de  n'èrve 
pas  rembourfé  de  fes  avances  ,  k 
xoncenta  de  fe  porter  pour'  inédii- 
reur  ,  d'envoyer  des  ambaiflades ,  âq 
faire  beaucoup  de  bruit  &  de  laider^i'  : 
couler  le  remps.  Cependant  \ës  deux    ' . 
gouverneurs  Chievres   &   Chimai ,  - 
mandoient  au  roi  de  Çaftille^  qu'en 
f ttfpendanc  tous  les.  payements ,  qù'eh     . . .     ,  * 
retranchant  même  la  moitié  des  >ga^  * 

ges  des  officiers .  qui   formoient  W  ; 

maifon  de  Charles  duc  de  Luxem-  - 
bourg  ,  ils  ne'  pourrotent  f^re  fub- 
fifter  l'armée  jufqu'à  l'hiver ,  s'il  ne 
leur  envoyoit  de  l'argent  d'Éfpagne* 
Ce  vafte  royaume  n'en  fourniiToit 
point  :  â  peine  Philippe  avoit-il  pu 
en  recouvrer  aflfçz  pour  entretenir 
ies  ^ttze  cents  homnaes  jqu^il  avok 


?4       HifTâiâB  DE  FnAïice. 
eti^menés  àTec  lui  :  il  écoic  dange^ 
^H^  1110^.  reor  de  s'annoncer  par  de  nQiiVeâax 
impôts:?  avec  qaelque  douceur  qu'il 
traitât  tes  Efpagriols ,  il  n^avoit  pu 
.parvenir    à    conïbrver   long  -  temps 
rcettejeftrme.jfic  cet  amour  qu'ils  Jui 
^avbientr  témoignes 'avant  que  de  le 
'jconrioître;  La  propfafîtiori  qu'il  iavoic 
•jKafardée'dans  les  Etab  de  renfer- 
iner  fa' femme   pout  caufe  de  dé- 
meiîce  ,  avoir  foule vé  une  nation 
inviolablement  attachée  à  fes  légi-* 
times  fouveraiiis  ':  les  émiffaires  de 
Ferdinand  en  avoient  pris  occafion 
die  le  peindre  des  plu9  noires  cou- 
Mort  de  leurs.  Après  avoir  accablé,  difoic- 
Tarchiduc    .^j^     jg^  mépris  lès  plus  infultants  , 

Philippe  :  '         tr^'  ^  1         r 

conduite  de  Une  princefle  innocente ,  une  épouie 

Lotus  XII.     tendre  &  vertueufe  ,  avoit  -  il  bien 

rfe^ijr'' la  barbarie  d'afpirer  encore  ài  la  idë- 

Codefr^i.   pouiller  ,  à  1-enfévelix  dans  une  pii- 

Xo«ip  x///  fon  ?  à  q«oi:  ne  devait  dbnc  pas  s*at- 

ikrUtM.   cendre   t'Efpagne  ::de   la  >  parc   d'un 

-prince  qoi  refpeftoit  fi  peu  les. droits 

de  la  nature  &  les  engagements  les 

plus  facrés  ?  Philippe  avoir  été  in- 

tbrmé  de  ces  murmures  >  iLenavôk 

.découvert. les  auteurs ,  &  il  s'apprA- 

tôic  i  les  puni^  lorfqu'il  fut  atcaquc 

(iune  fierté  violente,  qui  l'^mpœatt 


:1M)  peu'.  de  :jour&:!  Qud(}ues  écrii- 

.vains  ont  jofé. avancer jqu^  Ferdinand  ANM..ifQA» 

0t0ydtU'lfi/ pe<f  .de.  fuccès.  de.fes;ru»- 

*ies ,  ^  m-AyaiDX  plus  4'amre  pstoytri:  de 

jEgxipo'\{^iti&[ï^  l  d^aàicrfisc  alTarem  -  v^ 
sJa:  cnaldâie;<}ui3ikr  moU&nna  :»  poqc 
-ain£  idiie  $  >dan$  là  Heur,  de  fon.  age> 
«Mt!  il:^av5Qic  eAcoce.  que  viiigc-hutc 
aios>i>  uGifiiicau£ée  .par  de^  e^ceickes 
-trjdp  >^eots^  ;'&:lE|ael<^esipx<;è$;0U]s- 
iaaeU  ilijs'é^oit  impméQitin\tnf  \%yté 
:£3U3j.iAa.delt  fi  différent  db  câlbiides 
iPays^Bas«.i  j:  .,.'ir  :.■^  ,  /• 
...  Louis  ;«  fQuyoix:  déCiievÂcs  coo- 
jjimAures  plus  f;|vorables  pour  s'em- 
^rer  td^sr.Paj(s?£s^,i  9'il ie^t  pu  fe 
;4iiépai:tir.un.n3Qaieni  des  prinicipes 
•4d^  k^ju&lcè  &  de  la  modération. 
iCçs  pcovinces  .ctoieiit  fans  dçfenferî 
4a  nobleiTe  la   plus  diftin^uée  ,  les 

flus  braves  guerriers  avoienc  fuivi 
hilippe  en  Efpagne  »  ^  n'en  pou* 
^voient  .rev^enir  (ans  fe  mettre  à  |a 
vmer€i\dtt  r^oi.  de  France.  Cbieyriss 
.pVçfit  qu-uneiarmée  déjà  ruinée ,  ^ 

fpiat.i.d'jargçnfi;  pour  la;  payei  -,  I^s 
rançois^auxiiliaires  du  duode  ^uelr 
dre^  r^vagepient  impunément  Ip 
,&4^t  i  )r<y»{««rçW  éwif  .élpis»^;;» 


(6         His^CmE    os   fRAM^K. 

&  d'ailleurs  tellemèVit  odieirt  aux 
Akn.  xtotf.  Flamands  ,  qu'ils  n'eblfenc  jamais 
çonfenti  a  le  recevoir  parmi  eux»,  Le 
roi  d'Angleterre^  vieux  i&ôvare,  n'aù- 
roic  pas  fait  plus  d'efforts;  pour  emt- 
p^cher  la  conquête  des.  P^ys  *  Bsis', 
^u'ii  n'en.ivoic'  Êtit  Tous.  Je'  regnb 
précédent  pdur'  s'ôppofer  à  la  réo- 
nion  de  la  Bretagne  à  la  couronne. 
Louis  ,  qui^  avoir  une  armée  tome 
ptète  ,  qui  nie  nianqumc  pas  d*4t)- 
gent  ,  qui  aùroip  trouvé  un  gtsLtfA 
nomlire  de  pttrtiCans  en  Flandre  de 
en  Artois  ,  qui  pouvoir  faire  ps^rli^ 
en  fà  &veur  une- ancienne  loi  féo* 
date  ,  •  laquelle  défère  au  feignedc 
fuzerain  la  curatelle  £c  la  }ouitraitCje 
des  biens  des  enfants  de  fes  vaCauoc 
pendant  tout  le  temps  de  leqr  rnino* 
rire ,  n'avoit  ,■  pour  aind  dire  ^  qù^ 
fe  montrer  fur  les  frontières  de  VAi- 
tois  pendant  que  le  duc  de  Guel- 
dres  fe  feroir  avancé  dans  le  Bra- 
bant  ,  &  tout  étôit  fournis*  Maître 
des  Pays-Bas  ,  Se  vraifemblafbl^metic 
de  la  perfonne  du  jeune  Charles •>  il 
aurait  tenu  l'empereur  dans  un^e  en* 
tiere'  dépendance  ;  mais  ce  furepc 
ces  facilitées  qui  lui  firent  t<)mber  les 
armes'des  maiiis  ;  il.ne^  sk  dans  le9 


L  o  17  I  s  XTÏt.  *7 
enfants  de  fon, ennemi  que  de  mal- 
heureux orphelins  dienes  de  fa  pi- Ani9»mo<« 
tic  î  il  retira  fur  le  champ  les  trou- 
pes qu'il  «voit  envoyées  au  duc  de 
Gueldres  ,  lui  mandant  de  fe  ren- 
fermer â  Tavenir  dans  les  limites  de 
ies  Etats  8c  de  fe  tenir  fur  la  dé« 
fenfive. 

Cet  aâe  de  modération  ,  quoique 
û  conforme  au  caraâete  de  Louis» 
a  donné  lien  a  Martin  du  Bellat  j 
hiftorien  eftimable  à  tout  autre  égard , 
d'imaginer  que  Philippe  ,  à  l'article 
de  la  mort  ,  confidérant  qu*il  laif- 
/bit  des  enfants  en  bas  âge,  un  pays 
fans  défenfe  »  nomma  dans  fon  tef- 
tament  Louis  tuteur  ou  curateur  de 
fes  enfants  ;  que  Louis  ufam ,  comme 
il  le  devoit ,  de  ce  dépôt  facré  ,  ré- 
gla Tadminidration  des  Pays- Bas  » 
&  donna  pour  gouverneur  au  jeune 
Charles  duc  de  Luxembourg  ôc  prince 
d*Efpagne,  Guillaume  de  Crouï,  fef- 
gneur  de  Chievres  ,  lequel  ,  dir- 
on  ,  rendit  fon  iLve  beaucoup  plus 
habiU  qu'il  nt  fiUoit  pour  U  bien  dt 
la  France.  Cette  fuppodtton  ,  adop* 
tée  par  la  foule  des  hidoriens  mo« 
dernes ,  fe  trouve  malheureufement 
tlémentie  par  les  pièces 'ipèmes  for 


iSS    -  HtsToinB  DE  Fravcê. 

lefqaelles  on  prétendoît  lappuyer* 

ANN.iifo^*  Le  ceftamenc  de  Philippe  exifte>  6c 

il  -n'v  eft  fait  aucune  mention  de 

cette  prétendue  curatelle.:  les  lettres 

qui  établiffent  Guillaume  de  Ghie- 

,vres  gouverneur  du  prince  de  Caf- 

tille  !,   nous    ont    été    pareillemefic 

tranfmifes  ;  mais  elles  font  expé- 

.diées  au  .nom  de  Maximilîen ,  qui 

obtint  dans  la  fuite  la  tutelle  de  les 

petits-fils ,  Se  non  de  Louis ,  qui  ne 

paroîc  pas  avoir  recherché  cette  corn- 

tniffiàtï  qu'on  auroit  eu  bien  de  la 

f)eine  à  lui  refufer.  Nous  avons  les 
ettres  qu'il  écrivit  après  la  mort  de 
Philippe  au  prince  de  Naflau  ^  aux 
magiftrats  de  la .  ville  d'Arras  j  il 
promet  de  protéger  les  jeunes  prin- 
ces, orphelins  ,  il  y  fait  valoir  £a 
.qualité  dé  fuxerain  ,  de  parent  du 
côté  maternel  :.auroit-il  oublié  celle 
de  tuteur  &  de  régent  s'il  en  eût  été 
tevètu  ou  même  s'il  l'eût  difputée^? 
.CûmmenD.dTaUleursJ'en  eût  on  dé- 
pouillé djans.  la  fuite  pour  la  confé- 
Jr^r  à  l'empereur  Ntaximilien  ,  Louis 
eût  il  fouffert  patiemment  qu'on  lui 
lit  ;cct  affront  ?  n'aucoit  il  o(e  ni  s'ea 
venger  ni  s'en  plaindre  ? 
^;.  Mfti«  fi.LQuis  fe. contentai  pro* 


Louis    XI  L  6^: 

tiget  les  enfants^  de  fon  vaiTal ,  fans 
précendre  à  l'adminiftration  de  leurs  Ann#  Jf*otf« 
Etats  »  il  ne  permit  pas  non  plus 
que  fa  généroiité  tournât  au  profit 
de  Maximilien  ,  qui  s'étoit  montré 
fon  ennemi  ^  &  qui  ^;  par  cet  ao« 
croitfemenr  de  puiâfance. ,   fe  feroic  * 
Urouvé  plus  à  portée  de  lui  npire» 
Il  engagea  les  Flamands  &>  les  aiures  ' 
peuples  des  Pays-Bas  à  former  ua 
izonfell  de  régence  »  qui  feroit  chac« 
gé   du   détail   de   radminiftrarion  , 
Se  qui  rendrait  .compte  aux  Etats' 
a(lemblés  y  :pcoa>etrant,  en  xe  6&s  àf^ 
'  les  protéger  &  de  les  défendre  rcom- 
foe  fes  fidèles  fujets,  &'m€inaçant 
de  les  traiter  non  en  ennemis  »  mais 
en  rebelles  &c  en  criminels  de  lefe-> 
majeflé  9  s'ils  prenoient  Le  parci.de 
fe  fôumetcte  a  l'empeireun  >  Cétotc  . 
fexvir.l^s  «El^jn^ands  à  leur  ^é.  :  nous 
avons  déja'obfecvé  xp'ils  n'aimoient 
jpoint  àt%  niMires  trop  pui(!ants  »  * 
mais  ils  haïâbient  fur-tout  Maxixnir 
li^n  ;  ils  lui  avoient  ôté  la  tutelle  ^ 
d^  jfes  propres  enfaAt^s  ^  ils  avoienc 
difpofé'de  £a  fille  contré  fa  volon- 
té ;  enfin  ils  avoîent  poufiela  mu* 
tin^rie  Se  Tiaiblence  au .  point  de 
jl*aci;^er;.pri£ciQBiex  :   ils   n'avoienc. 


y±'       HisîtôlAe   BEîFAAVCI. 
5  qae  l'empereur  s'en:  mît  en  peîhô  }^ 
A«N.  If otf.  qu'il  ^vxâi;  eu  sonnai ffknfffe  des  rai- 
fens  qài  avoient  obligé  le  roi  de 
Braticé  .à'  marier  fâ  filk  aa  eut  da 
Valais  ,  MDÎtieripcéfom^if  de  cetre  ^ 
menaa:chie'ylqa4;lle&'iui>livd4ei«?  paru 
félidés.;  qu'il  tic  refofoit'pôàic  V^n^^ 
tteyuc    que    lai;  .propofoifC   rèttîpe- 
teur  ,  au  cas  cepéadant  que  ies  af'-^ 
faires  donc  il  fe  fenceic  accablé  lui 
permirent  de  s'y  rendre',  &  qwe  le 
rpi  de  Pîrance  ,.  donc  il*  voiiloit  coil-  • 
fervcr  ramîti4>  n'^piît»poiifcd?oïïHl 
hrage.  iDéoha découd îéfpoîaf  dd^con- 
ciliation!  >'  Maximilien  ne'  fe  irëbuta 
point  ,   il  «cootinaa*  d'intriguer   de 
tous  côtés ^  en.  Efpagne  par  im  gwtnd 
nombre   d'éniinaires  'feccerfi  %  dans 
l^s  PaysiBas.par  Maing^rtb  fa  filie  ,* 
dud^éfTe  douari!3ece:j^;:)Sfvo(e'^  JScï 
tante  j  du .  fe^tne-iGhaclës  cde  '^LttJfem- 
bourg(j  •  eni  Italie ^fà  leipape.  Jules i  '■ 
aaffi  ennemi'jda  lepos  ^/apfli  enve^ 
nimé  contre  4es  François  que  pour- 
voit l'être  Maiimiiion   liîl-mème^ 
trouvar. bientôt  iiiuiei)occà(ktn:fa^ora<«> 
,  ble  d-'oxercer.ftb^nleiMJSi  K<^'  :.  ti.;:! 

foumi/fioB  ;  Gènes  1^  en^fe^lbumèttânt'ïà  la'do- , 
^V^^^diL'  °ii*iaiion  Françpife  ,  ayoit;COflferyc^> 
Im^'        f es  li^  ,  fou  gouveraemeàt  cépubIi->  : 

cain , 


Lowis    XII.  7f 

caîn ,  fes  pofleflîons ,  fes  forces  de  i 
terre  &  de  mer.  Outre  cette  longue  ann,  isoé: 
énindue  de  terrein  bordé  au  midi  par 
la  mer,  au  nord  par  une  chaîne  de  mon- 
tagnes, connu  des  anciens  fous  le 
nom  de  Liguric ,  des  modernes  fous 
celui  de  rivières  de  levant  &  de  pth 
nent-^  Se  couvert  d*un  grand,  nom- 
bre de  places  fortes  ;  eue  poflTédoit 
dans  fon  voifinage  Tifle  de  Corfe  ^ 
rifle  de  Chio  dans  TArchipel.  Pro- 
tégée par  la  France  contre  les  enne- 
mis du  dehors,  livrée  toute  entière 
à  l'exercice  de  la  banque,  du  com* 
merce  &  des  arts,  elle  auroit  été 
parfaitement  heureufe  û  elle  eût  pu 
fe  préferver  de  l'efprit  de  fa6tion-& 
de  difcorde  :  rtiais  le  fouvenir  dç 
tant  de  révolutions  qui  l'avoient  affli- 
gée depuis  deux  ou  trois  (iecles  , 
n'avoir  encore  "pu  la  rendre  fage. 
Deux  puiflantes  faâions  s'y  difpu^- 
toient  l'autorité,  la  noblejfe  &  U 
peuple  :  les  nobles ,  quoique  réduits 
a -un  très-petit  nombre  démaifons» 
poflfédoient  en  propre  une  partie 
àts  places  des  deux  rivières ,  ce  qui 
les  rendoit  en  quelque  forte  de  pe- 
tits fouverains  :  par  rapporr  à  l'ad- 
miniftration  de  la  république ,  ies 
Tome  XXII.  D 


j6       HiSTomH  DE  Frakce. 

à  enbpccher  le  défordre ,  le  confirma 

Ann.  ifo^.  par  provifion  ,  &  promit  d'employer 
iQs  bons  offices  auprès  da  roi  îbn 
inaître  ,  pour  en  obtenir  la  ratifi- 
cation. 11  n'ctoit  prefque  pas  dou- 
teux que  Louis  9  prince  jufte&zélé 
Kur  le  boa  ordre,  ne  l'accordât  : 
noibles  ,  trop  foibles  pour  fe  ven- 
ger ,  auroienc  pris  le  parti  de  la  fou- 
miffion  :  la  paix  &  la  concorde  aU 

/  loient  étire  rétablies ,  fi  ceux  qui  defî- 

roient  d'exciter  un  incendie  géné- 
ral en  Italie  ,  n'euflent  pris  foin  d'ex* 
pter  &  de  fomenter  cette  première 
étincelle.  Jules  II  étoit  originaire  dô 
Savonne»  la. j:)lace  la  plus  confidéra- 
.  ble  de  la  rivière  du  Ponent ,  d  une 
famille  obfcure  i  &  par  conféquenc 
ennemie  de. la  noblede.  Il  fut  fi  bien 
infinuer  aux  féditieux,  par  le.moyen 
de  fes  parents  ou  de  fes  créatusres  , 
qu'ils  n'avoient  aucune  faveur  à  ef- 
pcrer  d'une  cour  où  tout  ce  qui  n^c- 
f oit  pas  noble  étoit  traité  en  efclave  \ 
il  rehauflTa  tellem_ent  leur  courage  » 
en  les  flattant  qu'il  leur  arriveroic 
des  fecours  capables  de  les  faire 
triompher  de  leurs  ennemis,  qu'ils 
^reprirent  fubitement  l^s  armés  ,  pil- 
lèrent les  palais  des  nobles  >  forcit 


L  o  <;  I  s     X  I  L  77 

rent  même  de  la  ville  pour  ravager 
leurs  terres.  Les  magiftrats  tires  des  Ann.  xs©^- 
familles  Plébéiennes  les  plus  riches 
&  les  plus  diftinguées,  s'oppofanc 
ouvertement  aces  violcinces,  furenc 
dépofés  ;  on  créa  pour  les  remplacer 
huit  tribuns  ,  qui  revêtus  d'une 
puillance  abfolae  Se  efcortés  d'une 
foule  de  fatellites  ,  xéduifirent  au 
filence.,  &  firent  trembler  tous  ceux 
qui  reÂifoient  de  participer  à  leurs 
fureurs.  Ne  trouvant  plus  aucun 
obftacle  à  leurs  defleins ,  ils  firent 
for  tir  à  la  fois  deux  armées  defti- 
nées  à  chaflfer  les  nobles  des  pUces 
qu'ils  tenoîenr  fur  les  deux  rivières  : 
la  première  qu$  ftiarcha  vers  la  ri- 
vière de  Levant  inveftit  la  Spécié , 
8c  obligea  les  Fiefques ,  qui  s'y 
etoient  réfugiés,  de  chercher  pré* 
cipitamment  une  retraite  plus  éloi- 
gnée j  la  féconde  alla  inveftir  la 
ville  de  Monaco  qui  appartenoit  à 
Lucien  GrimaUi,  &  qui  éioitfiruée 
à  l'extrémité  de  la  rivière  de  Ponent. 
Jufqu'alors  les  deux  partis  avoienc 
eu  guerre  l'un  contre  Tautre  ^  mais 
ils  refpeftoient  ou  fembloicnt  rcf- 
peâ:er  également  l'autorité  du  roi  ; 
ils  lui  avoient  envoyé  des  députes 
Diij 


^S        Histoire  m  Frakce. 

refpeâifs   pour  plaider  leur  caufe  9 

Anw«I)06.  rélblus,  diloient-ils,  de  fe  foumet- 
tre  à  fa  décifion.  Roquebertin  avec 
fa  garni fon  logeoir  dans  4e   palais 
de. Gênes,    fe   promenoir    dans   lés 
rttes,  &  quoiqu'on  eux  celle  de  le 
confuUer ,   on    affeâa  toujours    de 
ne  lui  donner  aucun  fujec  de  plain- 
te.   Le   roi,  trompé  par  cette  fou* 
iniflîon  apparente ,  efpéroic  toujours 
que  cette    émption  populaire  s'ap- 
paiferoit  d'elle-même,   &  attendoic 
pour  ptononcer  fur  le  forfd  de  TafFain. 
re,  que  les  efprits  fulfcnt   calmés. 
Le  pape  n'oublioit  rien  pour  Tencre- 
tenir  dans  cette  difpofition.  Tandis 
qu'il   excjtoit   Tef^pèrëur   â    entrer 
dans  cette  querelle,    qu'il  manœu- 
vroif  fourdemerit  à  Pife  &  à  Sienne 
pour  faire  palfer  des  fecours  aux  fé- 
ditieux,    il   s'intérefToît  auprès    du 
roi  pour  la  malheureufe  patrie  ;  il 
le  conjuroit  de  ne  rien  précipiter; 
il  lui  envoyoic  le  cardinal  de  Final 
avec  des  projets  de  pacification  :  Se 
pour  détourner  fon  artention  de  ce 
^qui  regardait  Gènes  ,  il  remettoic 
fur  le  tapis  cette  ligue  déjà  oubliée 
entre  le  faint  fiége,  l'empire  &  la 
France,  contre  les  Vénitiens  dont 


L  o  u  ï  s     XII.  79 

il  Tavoic  bien  que  Louis ,  &  plus  \ 
encore  le  cardinal  d'Âmboife ,  avoienc  amm.  iio6* 
à  fe  plaindre.  11  faifoir  envifager  ci 
projet  connme  Tunique  moyen  oe  faire 
ceUer  les  animofirés  qui  fubliftoient 
entre  la  France  8c  la  maifon  d'Âa* 
triche  ;  il  fe  réndoit  garant  de  la 
bonne  volonté  de  Maximilien  ,  Sc 
prioit  Louis  de  lui'  affigner  un  lieu 
où  ils  puflTent  conférer  enfemlxle  &: 
mettre  la  dernière  main  à  ce  traité, 
Louis  fut  â  fon  ordinaire  la  dupe  d^ 
ce  manéee  \  obligé  de  prononcer  fut 
le  fort  des  Génois ,  il  eue  égard  à  la 
recommandation  du  faint  père  :  il 
accorda  au  peuple ,  pour  lequel  il 
s*intéreflbit ,  non-feulement-une  am- 
niftie  pour  tout  ce  qui  s*étoit  pafTé, 
mais  la  confirmation  de  la  loi  qui 
lui  donnoit  les  deux  tiers  des  ma- 
giftratures  ;  il  exigea  feulement  qu*il 
ca(rât  {es  féditieux  tribuns ,  &  qu'il 
rendît  aux  nobles  les  places  8c  les 
châteaux  qu'il  leur  avoir  enlevés  ;  6C 
afin  que  Jules  ne  pût  douter  de  la 
part  qu'il  avoit  eue  danscetéglement, 
ce  fut  au  cardinal  de  Fipal  que  Louii 
en  commit  Texécotion,  lautorifanc 
de  pleins  pouvoirs  pour  agir  en  foa 
nom.  11  arriva  cependant  que  ce  mè- 
Div 


8o  HisTomi  DE  Frakce. 
ine  peuple  dont  on  avoir  fi  bien 
Ann.iîo5.  ménagé  les  intérêts,  rejetta  infô- 
Ifemment  ce  projet  de  pacification. 
Les  agents  du  pape  n*avoient  pas  eu 
de  peine  à  lui  perfuader  que  la  cour 
ne  les  ménageoit  dans  le  moment  pré- 
fent  5  que  parce  qu'elle  ne  voyoit  au- 
cun moyen  de  les  réduire  :  que 
Tempereur ,  qui  avoit  hautement 
embrafle  leur  défenfe,  fe  difpofoic 
à  venir  les  fecourir  :  qu'ils  pouvoient 
en  toute  (ïireté  attendre  l'effet  de 
{es  promeflès,  puifque  leur  ville, 
regardée  à  jufte  titre  comme  le  bou- 
levard de  ritalie ,  étoit  enveloppée 
ide  montagnes  efcarpées  qu'il  falloir 
néoeffairement  traverfer ,  ôc  où  une 
poignée  de  payfans  attroupés  pou- 
voient fans  danger  arrêter  l'armée  la 
plus  formidable.  Un  fccours  de  deux 
mille  Siennois,  de  trois  cent  Pifans 
qui  arriva  fur  ces  entrefaites ,  ache- 
va d'aveugler  une  multitude  pré- 
fomptueufe  &  inconfidérée.  Les  per- 
tes qu'ils  avoient  effuyées  devant 
Monaco  ne  les  découragèrent  point; 
ils  les  attribuèrent  à  Tinexpérience  des 
tribuns  &  à  la  méfintelligence  qui  ré- 
gnoitentr'eux.  Ils  crurent  qu'ils  remé- 
dieroient  à  ce  défordre ,  en  élifant  un 


Louis     XI  L  8i 

doge    ou   fouveraiii  magiftrât  :     ils 

jetcerent  les  yeux  fur  Paul  de  Nove,  ann.  ijoé. 
fîmple  teinturier,  mais  homme   de 
tète  ,  né  pour  le  commandement  » 
d  une  juftice  &  d  une  probité  rares 
dans  un  chef  de  rebelles.  Roqueber- 
tin  comprenant  au'il  n'y  avoir  plus 
de  fureté  pour   lui  dans  la    ville, 
quitta  le  palais  &  alla  fe  réfugier    ^ 
avec  fes  foidats  dans  la  citadelle  où 
commandoit  Galéas  de^Salazar.  Ou- 
tre cette  fortereflTe  i/nfermée  dans 
lenceinte  de  la  ville ,  il  y  en  avoic 
une  autre  à  peu  de  diftance ,  nom- 
mée le  Caftellacio ,  fîtuée  entre  dés 
rochers  efcarpés  »  &  qui  dominoit  un. 
chemin  étroit  par  où  l'armée  devoir, 
pafler.  Renaud  de  Noailles  y  com- 
mandoit ,    Se    n'avoit    pour    toute 
earnifon  que  vingt  foidats  :  ce  nom- 
bre eut  abfolument  fufE  pour  garder 
la  place  s'il  eût  en  des  niunitions  ; 
mais  comme  elles  avoient  toujours, 
été  tirées  de  Gênes ,  &    qu*il   n'y, 
avoir  aucune  apparence  qu'un  peuple 
Ci  foumis  ,  (i  attaché  jciujtt'alors  aux 
intérêts  de  la  monarchie  ,    fongeâc  . 
férieufement  à  f e  révolter,  les  corn- 
milfaires  avoient  négligé  de  l'apprô- 
vifionner ,  &  il  étoit  déjà  trop  tard 

Dv 


82        Histoire  de  France. 
-..-  P<>ur  y  fonger  :  Paul  de  Nove  la  fît 

Ann.  ifdtf.  i^v^ftir-  La  foible  garnifon  ayant 
obtenu  la  liberté  d'en  fortir  avec 
tous  les  honneurs  de  la  guerre , 
éprouva  combien  il  eût  été  plus 
avantageux  pour  elle  de  périr  les 
armes  à  la  main,  que  de  fe  con- 
fier  â  la  foi  d'une  troupe  de  force- 
nés :  Aux  uns  ^  dit  une  ancienne  chro'^ 
nique ,  ib  encroifinnt  les  bras  &  leur 
fendent  le  ventre^  leur  arrachèrent  le 
mur  &  les  entrailles ,  puis  attachèrent 
ces  cœurs  à  des  pouaux^  &  felavermt 
les  mains  dans  leur  fang  ;  les  autres 
taillèrent  en  morceaux  fans  pitié'  avec 
Us  femmes^  qui  la  étaient^  lef quelles 
firme  mourir  de  tant  crueUe  &  étran- 
ge mort  5  que  C horreur  du  fait  mt 
défend  d^en  dire  la  manière.  Convain- 
cus qu'ils  n'avoient  plus  ,de  ména-^ 
gements  à  garder  avec  la  France 
après  cette  barbarie,  iU  coururent 
au  palais ,  eh  arrachèrent  les  fleurs- 
de-lys ,  qu'ils  remplacèrent  par  l'aigle 
impériale  :  Maximilien  les  avoir 
^éja  reçus  fous  fa  proteâibn.  11  y  a 
lieu  de  conjeâurer  que  les  Véni- 
tiens fomentoient  de  leur  côté  la 
révolte  ;  il  eft  certain  du-moins  que 
Aans  le  même  temps ,  ils   portèrent 


L  o  tj  ï  $    XIÏ. .        Sj 
9ne  loi  qui    donnoic  le  droit    de  T 


bourgeoise  i  tous  les  Génois  <pÀ  Amn.  i  f  oi. 
viendroient  s'établir  far  les  serres 
de  la  feigneurie  :  c'étoît  exciter  les 
rebelles  à  tout  ofer,  en  leur  mon- 
trant de  loin  une  reflôurce  en  cas 
de  malheur.  Louis  apprenant  ces 
nouvelles,  vit  que  le  aanger  écoit 
plus  grand  qu'il  ne  Tavoit  cru  d  abord: 
que   cette    révolte  ,  ii   elle   n'étoit 

{►romptement  étouffée ,  entraîncroic 
a  perte  du  duché  de  Milan  ;  qu«le 
pape  le  trompoit.  11  réfolut  a  fon 
tour  d'effayer  s'il  ne  pourroit  le 
mettre  hors  d'état  de  lui  nuire ,  en 
l'enlaçant,  fi  j'ofe  ainfi  m'exprimer, 
dans  {es  propres  filets.  Ayant  donc  — — ^'^^ 
fait,  pendant  une  partie  de  l'hiver,  A«n.  1J07. 
des  levées  extraordinaires,  il  partit 
de  Blois  vers  la  fin  de  Janvier  ,  an- 
notiçant  qu'ayant  été  malheureux 
dans  les  dernières  guerres  d'Italie 
où  il  n'avoir  employé  que  fes  lieu- 
tenants, il  vouloit  déformais  rem- 
plir lui-même  les  fondions  de  gêné** 
rai.  La  force  de  cette  armée  ,  qui 
montoit  à  près  de  cinquante  mille 
hommes  efïedlifs,  la  précaution  tou- 
te nouvelle  .que  le '  roi  avoir  prife 
de  fe  faire  accompagner  dans  cette 

Dv) 


84*  Histoire  de  France^» 
'expédition  par  huit  cardinaux,  une 
Ann.  ifo7.  trentaine  de  prélats ,  tant  évcques 
qu'archevêques,  tout  fcmbloit  in- 
diquer que  ce  prodigieux  armement 
n*avoit  point  pour  objet  unique  de 
faire  rentrer  dans  le  devoir  une  trou- 
pe de  bourgeois  révoltés.  Parmi  ces 
prélats, on  en  diftinguoir  deux,  Eve- 
lard  de  la  Marck ,  évcque  de  Liè- 
ge ,  &  Triftan  de  Salazar ,  arche- 
vêque de  Sens ,  qui  armés  de  tou- 
tes»pieces  &  la  lance  au  poing, con- 
duifoient  eux-mçmes  des  compa- 
gnies de  gens  d*armes  :  ceux-là  pou- 
voient  trouver  place  dans  une  ar- 
mée :  mais  â  quel  defTein  Louis  y 
avoit-il  appelle  tant  d'autres  cardi- 
naux, arcnevêques  ,  évêques  &  ab- 
bés ?  Pourquoi ,  fâchant  que  Jules 
étoit  d'intelligence  avec  Tempereur 
&  l'inftigateur  fecret  de  la  révolte  , 
affeéloitil  de  lui  témoigner  une 
confiance  toute  particulière ,  le  fup- 
plianc  de  l'attendre  à  Bologne  où  il 
vouloir  conférer  avec  lui  fur  les  pro- 
jets que  <:e  pontife  lui  avoit  précé- 
demment communiqués?  La  copie 
d'une  négociation  fecrette  avec  l'An- 
gleterre, qui  nous  eft  tombée  entre 
tes  mains,  éclaircitune  partie  de  ce 


L.o  V  I  s    XII.  85 

wyftere. Louis,  avant  fon  dcpartpour 

ricalie,  députa  vers  Henri  VII  uhann.  ijoy. 
homme  de  confiance,  qui  n*étanc 
chargé  dans  {es  inftruaions  que  de 
réclamer  un  banni  du  duché  de 
Milan ,  qu'on  difoic  s'être  retiré  à 
Londres  &  qu'on  n'y  trouva  pas , 
avoit  un  ordre  d'entretenir  le  mo- 
narque en' particulier,  &  de  lui  de- 
mander s'il  feroit  difpofé  à  s'^flo- 
cier  à  un  projet  dont  Ferdinand  le 
Catholique  croit  l'auteur,  qui  inté- 
teflbit  le  bien  général  de  la  chré- 
tienté y  où  dévoient  entrer  les  Vé- 
nitiens, &  fur  lequel  on  Jui  don-, 
nerpit  dans  peu  de  plus  grands  éclair- 
ciflTements.  Quand  on  confidere  que 
les  Vénitiens  étaient  alors  brouillés 
avec  le  faint  fiége  &  alliés  de  Fer- 
dinand; que  ce  monarque  ,  convain- 
cu depuis  la  mort  d'ifabelle  ,  qu'il  ne 
pouvoit  fans  l'alliance  de  la  France 
îe  maintenir  fur  les  trônes  d'Efpa- 
gpe  &  de  Naples  contre  la  puiflànte 
maifon  d'Autriche  ,  faifoit  alors 
humblement  la  cour  à  Louiç,  6c. 
même  au  cardinal  d'Amboife  donc 
il  connoiflbit  le  crédit:  on  ne  peut, 
guère  douter  que  ce  projet  fi  fecret 
ne  regardât  direâement  le   pape  « 


H       Histoire  de  France. 
'-.  &îndireâ:ement  l'empereur.  On  peut 

Ann.  if07.  donc  cohjeâiurer  avec  beaucoup  de. 
fondement  que  Ferdinand ,  dans  le 
temps  qu'il  le  trouva  forcé  de  laif- 
fer  le  trône  de  Caftille  à  fon  gen- 
dre ,  qu'il  ttembloit  qu'on  ne  lui 
enlevât  encore  celui  de  Naples ,  Se 
que  perfécuté  par  fes  anciens  al- 
liés ,  par  {es  fujets  ,  connoiflant 
la  paffion  malheureufe  que  le  cardi- 
nal d'Âmboife.  nourriubit  encore 
pour  la  tiare ,  avoir  promis  de  cott!^ 
courir  de  toute  fa  puifllànce  avec  le 
roi  de  Franee ,  à  convoquer  un  con- 
cile après  qu'on  fe  feroit  aflTuré  de 
la  perfonne  du  pap^  y  à  y  faire  exa- 
miner fon  éleâion,  â  le  dépofer 
comme  iimoniaque,  à  procurèrent- 
fin  au  cardinal  d'Amboife  les  voix 
de  tous  les  cardinaux  Efpagnols  & 
Vénitiens ,  qui  joints  aux  François, 
entraineroient  h  pluralité  des  fufFra- 
ges  ;  qu'il  avoit  fait  obferver  en- 
fuite  qu'Amboife  ,  devenu  pape  Se 
n'ayant  aucun  ennemi  â  redouter 
en  Italie  ,  transféreroit  le  titre  de 
roi  des  Romains ,  la  couronne  im- 
périale des  Allemands  aux  François , 
avec  beaucoup  plus  de  facilité  &  de 
Ipndement  que  Grégoire  V  ne  les 


L  ô  V  I  s    XII-  87 

avoit  autrefois  transférées  des  Fran-  ■ 

çois  aux  Allemands ,  puifqu 'il  étoit  ann.  1Ç07. 
bien  plus  naturel  de  voir  cette  cou- 
ronne fur  la  tête  d'un  fucceflTeur  de 
Charlemagne,  dcja  maître  de  Tancien 
royaume  de  Lombardie ,  que  fur  celle 
d'un  roi  d'Allemagne  qui  ne  poflTédoit 
pas  d'ailleurs  un  pouce  de  terre  çn 
Italie   :    qu'après   cela  on    n'auroic 
plus  bcfom  de  tant  folliciter,    dV 
chcter  fi  cher   la.  vaine    ifïveftuure 
^  duché  de  Milan.    Il  eft  encore 
ttès-vtaifcmblable  que  Ferdinand, 
délivré  par  la  mort  de  Philippe  de  ,. 
fou  plus  redoutable  ennemi ,,  mais 
ayant  encore   de  fortes    raifons  de 
ménager  la  France,  &,d*empccher 
quelle  ne  s'accommodât  avec  Maxi- 
mi  lien  qui  confervoit  un'  parti   très^ 
nombreux  en  Efpagne,  continua  le 
mieux  qu'il  put  d'amufer  Louis   & 
fon  premier  minière   de  fon  chimé- 
rique projet ,  parce  qu'il  ne  s'atten- 
doit  pas  qu'on  le  fommât  fitôt  de 
tenir  fa  parole:  mais  que  voyant  en- 
fin venir  Louis  avec  tout  l'appareil 
néceflaire  pour  le   mettre  à  exécu- 
tion ,  il  donna  fecrétement  avis  au        '*^ 
pape  &  aux  Vénitiens   du    danger 
qui  menaçoit  la  liberté  de  toutes 


ii        Histoire  de  France.  » 

.  les  puiflances  d'Italie.   Ceite    con- 

Ann.  1ÎC7.  jedture,  appuyée  fur  des  titres  au- 
thentiques ,  donne  l'explication  d'un 
grand  nombre  de  faits,  qui  de  la 
manière  qu'ils  ont  été  rapportes 
par  les  hiftoriens  ,  paroifToient  in« 
conféquents  &  deftitués  de  vraifem- 
blance. 

Le  pape  qui  venôit  de  promettre 
qu'il  attendroic  le  roi  à  Bologne ,  en 
partit  avec  précipitation,  traverfant 
une  paitie  des  terres  de  la  républi- 
que de  Venife  avec  laquelle  il  étoic 
brouillé.  Arrivé  à  Rome  ,  il  adrefla 
des  brefs  à  l'empereur  &  à  quelques 
princes  d'Allemagne ,  où  après  leur 
avoir  expoféle  danger  qui  menaçoic 
le  faint  fiége  &  Tltalie  entière,  il 
les  conjuroit  de  ne  pas  perdre  un 
moment  :  >>  Si  la  gloire  de  défendre 
»  TEglife ,  votre  mère ,  n'eftr"  pas  un 
»  motif  aflTez  puiflant  pour  vous  dé- 
ii  terminer ,  du-moins  ,  ajouta  t- il , . 
»  que  votre  propre  intérêt  vous  tou- 
-  »  che  :  les  François  ne  nous  haïffent 
»  que  patce  qu'ils  nous  ont  toujours 
»  trouvés  oppofés  à  leur  ambition 
Pi  effrénée  :  s'ils  triomphent  du  faint 
»  fiége  ,  rien  ne  pourra  plus  les  em- 
»  pccher  de  ravir  la  couronne  impé- 


Louis,   XII.  89 

»  riale ,  qu'ils  fe  propofent  de  reven- 
•  diquer  comme  un  ancien  dcmem- A^N-ijor. 
99  brement  de  leur  monarchie.  «  Les 
Vénitiens,  qui  dans  ce  ^cril  corn-  ^ 
mun  faifoienc  prendre  les  armes 
à  tous  les  payfans  les  plus  robuftes , 
joignirent  des  ambafladeurs  au  non- 
ce du  pape  pour  confirmer  fon  ré- 
cit ,  &  offrir  à  Tempereur  &  aux 
princes  le  paflage  fui;  leurs  terres  , 
&  toutes  leurs  forces  de  terre  &  de 
mer,  Maximilien  indiqua  fur- le- 
champ  une  diète  à  Confiance,  où 
tous  les  éleâreurs  ,  princes  &  autres 
membres  de  Tempire ,  furent  fom- 
més  de  fe  rendre  pour  délibérer  fur 
des  affaires  urgentes  qui  touchoienc 
le  falur  de  Pempire.  On  ne  fe  fou* 
venoit/  point  d'avoir  vu  une  affem- 
blée  fi  brillante  &  finombreufe:  tous* 
ceux  des  princes  qui  ne  purent  s'y 
trouver  en  perfonne,  s'étoient  fait 
remplacer  par  leurs  fils  ou  leurs  frères. 
L'empereur,  après  avoir  communi- 
qué à  l'affemblée  les  brefs  du  pape  , 
les  autres  avis  qu'il  avoir  reçus  de 
différents  endroits,  après  avoir  don- 
né audience  atix  ambaflTadeurs  des 
Vénitiens ,  voyant  la  furprife  &  Té- 
tonnement  peints  fur  tous  les  vifa- 


jo       HisrofRE  OE  Francb. 
ges,  prit  lui  même  la  parole,  &  rapi 
ANN.U07.  P^'^^"^  ^"^  éleveurs  ,  princes  Se  dé- 
putés ,  combien  de  fois  il  leur  avoic 
prédit  ce  qui  fe  pafToic  maintenant 
fous  leurs  yeux ,   fans  qu'ils  vouluf- 
fent    l'en  croire,    il    leur    peignit 
fortement  te  mépris  où  ils  alloient 
tomber  ,  TopproDre  éternel  dont  ils 
couvriroîent  leurs  noms ,  (i  les  avan* 
(âges  que  leurs  pères  leur  avoient 
acquis  pac  tant   de  travaux    &   dô         1 
fang  ,  leur  étoient    enlevés  par  un         \ 
peuple  moins  guerrier  Se  moins  fort , 
mais  plus  uni  &.  plus  entreprenant 
^e  la  nation   Germanique*  »  Au 
•>  refte  9  a  jouta- 1- il,   Its  fautes  que 
M  nous  avons  commifes  par  le  paf- 
»  fé  peuvent  encore  fe  réparer.  Le 
Il  feul  bruit  de  mon  nom  Se  de  vos 
•  w  armes  fufEra  pour  vaincre  lés  Fran* 
avçois;  ils  n'ont  point  oublié  la  jour* 
9»  née  de   Guinegaftè,  où  jeune  en« 
»>core  ,  &  â  peine  forti  de  l'enfance , 
»  je  triomphai  avec  gloire  de  toute 
»  leur  puiuànce  ;    depuis  ce  temps  ^ 
^  •>  ils  n*ont  pfé  rifquer  de  bataille  con- 

j»  tre  moi ,  Se  n*ont  trouvé  de  ref- 
•»  fources  que  dans  lartifice  &  la 
»  fraude.  Pénétrés  des  fentimônts 
M  de  cette  magnanimité  fi  naturelle 


I 


Louis     XII.         91 

«>i  notre  nation  ,  confidérez  ce  que 
*>  l'honnenr  etige  àe  vous  dans  une  *„„  ,,  - 
»  occaiîon  (1  prenante  :  je  ne  manque 
*>  ni  de  courage  pour  m'exjiofer  au3C- 
n  plus  grands  dangers,  ni  de  forcef 
,^  pour  fupporter  les  plus  rudes  fà- 
»  tigues.  L'expérience  que  l'âge  m*a 
i»  donnée  vous  aflore  d'un  chef  qui 
»ne  fera  point  indigne  de  vous  J 
»>mais  fongez  de  votre  côté  que  le 
»  fuccès  d'une  en treprife  formée pout 
»  la  défenfe  de  leglife  Romauife  ; 
»  notre  mère  commune  ,  &  pour 
f>  maintenir  la  gloire  du  corps  Ger- 
»  manique  y  dépendra  des  mefures 
»que  vous  allez  prendre,  <•  Ce  dit 
cours  produire  tout  l'effet  que  Maxi« 
milien  potivoic  en  attendre;  cha- 
cjne  membre  de  l'alfemblée  offrit 
libéralement  des  fecours  d'hommes 
ou  d'argenr.  NJaximilien  jugeant 
bien  que  ces  fecours  ne  pouvoient 
erre  promptement  raffemblés  ,  ef- 
faya  d'amufer  le  roi  par  une  feinté 
négociation  j  il  voulut  du  moins 
ralTentir  fon  ardeur  en  lui  faifant 
connoître  qu'il  n'ignoroit  p,is  Tes 
projets.  11  (e  fervit ,  pourceqeffeîn, 
au  baillif  de  Charolpis ,  lequel  étant 
voifin  Se    ami    d'un  gentilhomme 


5)2        Histoire  db  FkANéi. 

de  la  mâifon  du  roi ,  alla  lui  ren*^ 

AHN.1j07.dre  vifîce,  Tentretint  des  malheurs 
que    la    méfinrelligence     de     leurs 
maîtres  refpeâifs  pouvoienc    caufec 
aux  deux  Bourgognes ,  &  lui  parla  . 
avec    tant    d'aflurance  des    difpofî* 
tions  pacifiques  de  l'empereur ,  qu'il 
l'engagea  en  partie  à  fonder  de  fon 
coté  s  fi  Louis  ne  voudroic  pas  en- 
tendre à  un  accommodement  raifon* 
nable.  Du  Chefnoi  (c'eft  le  nom  de 
ce  gentilhomme  )  craignant   de    fe 
compromettre  »  fe  chargea  feulement 
de  lui  ménager  un  entretien   fecrec 
avec  le  roi ,    i  qui  il  pourroit  com- 
muniquer tout  ce  qu'il   venoit  de 
lui  dire.  Le  roi  eut  la  curiofité  de» 
voir  où  abouiiroit  ce  manège  ,   & 
comme  le  baillif  ne  lui  demandoit 
qu'une  perfonne  de  confiance^qu  il 
conduiroit  en  toutp   fureté  à  Tem- 
pereur,    il  donna  ordre  à  Macé  de 
' V illebrême  de  l'accompagner,  »  Vo- 
w  tre  maître,  lui  dit  l'Empereur,  fe 
»  prépare  d  paffcr  en  Italie,  &  me- 
»  nace  Gènes  qui  eft  terre  de  Tem-* 
)9  pire  ,  &.que  j'ai  prife  fous  ma  fauve* 
w  garde.  Il  poulTe  plus  loin  fes  def«- 
M  feins;  je  fuis  bien  averti  qu'il  en 
»  veut  au.pape,  &  qu'il  regarde  déjà 


L  o  u  I  s     XII.         95 
»  ritalie  coainie  fa  conquête  ;  mais  il 
w  nefe  flatte  pas  fans  doute  que  je  luî 
»  abandonne  fi  facilement  les  droits        *  '^°^* 
»de  ma  couronne:  annoncez-lui  de 
»  ma  parc  que  s'il  veut   fe  défifter 
»•  d'un  voyage  qui  a  droit  de  m*a- 
n  larmer ,  il  me  prouvera  tout  dif- 
»  pofé  à  terminer  d'anciennes  que- 
9  relies  &  à  lui  rendre  mon  amitié  ; 
V  que  j'offre   même    de   pacifier   la 
»>  ville  de  Gênes  fans  qu'il  fe  mette 
a»  en  frais  j    mais  s'il    perfifte   dans 
»  fe$  ambitieux  projets  ,  qu'il  fe  per- 
>»  fuade  bien  qu'il  me   trouvera,  fut 
'ii  fon  chemin.  ««    Il  renvoya  Ville- 
br^me  avçc  cette  réppnfe ,  &  le  fit 
accompagner  par  le  même  baillif  de 
Charolois ,  auquel  il  donna  des  pou- 
voirs pour   entamer  un  traité  fi  le 
foi  vouloit  s'y  prêter.    Louis  ,  cho- 
ijué  des  paroles  de  l'empereur ,  dît 
au  baillif  de  Charolois  :  »  Retournez 
•*  vers   l'empereur,    &  dites- lui  de 
j»  ma  part  que  je  vais  à  Gênes  châ- 
n  cier  mes  fujets  révoltés  j  que   je 
9>  marche    en  fi  bonne   compagnie , 
•*  que   s'il  prend  envie  à  quelqu  ufi 
»9  de  fe  trouver  fur   thon  chemin  » 
»»  j'efpere ,  avec  l'aide  de  Dieu ,  lui 
fft  paUer  fur  le  ventre.  «  L'armée  tr»^. 


94  Histoire  db  France* 
verfoic  déjà  les  Alpes  y  mais  elle  écoîi 
Ann.  ifoy.  fi  Dombreufe  ,  que  quelque  di- 
ligence qu  on  eût  faite  ,  elle  n'arri* 
va  à  Suze  que  le  1 1  d  avril.  Le  roi 
avoit  fait  demander  aux  SuifTes  ,  en 
vertu  de  fes  alliances  ,  dix  mille 
hommes  d'infanterie  qui  lui  furent 
accordés  :  ce  renfort  auroit  dû  être 
le  premier  arrivé,  vu  la  proximité 
des  lieux  ;  mais  les  SuifTes ,  qui  de- 
puis quelques  années,  fe dcgoûtoienc 
du  fervice  de  France ,  furent  f\  longs 
à  s'équipper  ,  H  ardents  a  demander 
leurs  montres  ,  qu  ils  retardèrent 
encore  la  marche  de  Tarmée  :  ils  ve* 
noient  en  deux  troupes  féparées  ^  la 
première  voulut  attendre  celle  qui 
fuivôit  ,  &  refufa  fi  conftamment 
jd  avancer  que  Louis  ,  naturellement 
^  colère  ,  fut  fur  le  point  de  la  faire 

tailler  en  pièces  par  le  refte  de  Tac* 
.mée.  11  fe  plaignit  de  cette  condui- 
te  aux  cantons,  qui  envoyèrent  di- 
re aux  mutins ,  ^ue  far  leur  vie  Us 
jUiffint  à  marcher  &  à  fcrvir  U  rai 
envers  &  contre  tous  :  ces  délais 
'^voient  donné  le  temps  i  Paul  de 
Nove  de  fe  tortiher.  Après  la  prife 
^e  Caftellacio^  il  avoir  porté  la  plus 
grande  partie  de  fes  troupes  far  le 


L  o  v  I  s    XII.  ^j 

ibmmee*  de  la  monta^ne  qui  cou-  

vroit  Gcnes;  &  pour  en    aefJn^re  ann.  mo7» 

rapproche  ,    il  avoir  fait  c  nfttuire 

un  baftion  à  micore  dans  l'endroic 

où  la  montée,  éroit  le  plus   roide  ; 

enfin  il  avoir  déraché  un  corps   de 

huir  mille  hommes    pour  fe   porter- 

en  avant,  &  fe  retrancher  dans  les 

gorges  &  les  défilés  qu'il  falloir  tra- 

verfér  avant  d'arriver  au  pied  de  la 

montagne.  Toutes  ces    difpofi^ons 

étoienc  bonnes  ,  &  Paul  de  Nove 

eûr  peur  être  donné  bien  de  l'occu- 

pacion  aux  François  s'il  eûr  eu  d'au-* 

très  troupes  que  des  pâtres  fans  dif« 

èipfine ,  ou  des  bourgeois  fans  cou** 

rage.  Chanmonr  qui  conduifoir  Ta-* 

vant  garde  de   l'armée ,  détacha  le 

brave  la  Palifie  avec  rrois  mille  hom* 

mes  de  pied  &  une  centaine  de  gens 

d*armes  pour  néroyer  les  chemins  & 

aller   rcconnoitr^  la  monragne,    A 

rapnroche  de  cetre   petire  .rroupe  » 

les  nuit  mille  Génois  qui  gardoienc  , 

les  défilés,  prirent  la  tiiite  Se  aile* 

rent  répandre  l'épouvante   dans   1q 

tefte   de  larmée.  La  PalitTe   arriva 

fans  ôbftacle  jufou'au  pied    de   U 

i^<mi»2ne  où  il  aevoit  attendre  le 

leftc  de  lavantgacde  :  mais  ceux 


9*  Histoire  de  France. 
qui  le'connoiflfoienc  ne-  doutèrent 
ANN.ifoy.  point  qu'il  n'allât  plus  avant;  crai- 
gnant donc  qu'il  n'emportât  feul 
tout  l'honneur  de  cette  journée  ,  ils 
folllcicerent  fi  arden\ment  la  per^ 
miflSon  de  courir  '  après  lui  ,  que 
Chaumont  ne  put  la  leur  refufer  : 
pour  ne  les  perdre  de  vue  que  le 
moins  qu'il  feroit  poffible,  il  fit  dou- 
bler le  pas  au  refte  de  fa  troupe.  En 
arrivant  il  apperçut  la  Palifle  &  fes 
braves  déjà  fort  avancés  dans  la 
montagne  ,  &  marchant  vers  le  baf- 
tion  où  les  ennemis  s'étoient  re- 
tranchés. Alarmé  du  péril  que  coa- 
roit  cerce  jeune  noblene ,  Tefpéran- 
ce  des  maifons  les  plus  diftinguées  » 
il  ordonna  à  trois  mille  SuiÂTes  de 
marcher  vers  ce  même  baftion  par 
un  autre  fentier  »  afin  de  partager 
.  du  moins  l'attention  de  l'ennemi  : 
les  SuilTes  répondirent  qu'ils  étoient 
venus  pour  combattre  _en  raze  cam- 
gne ,  &  non  pour  gravir  les  ro- 
chers. Chaumont  fans  répliquer  don- 
na la  commiflGon  qu'ils  refufoienc 
à  quelques  capitaines  d'aventuriers 
François  qui  l'acceptèrent  avec  tranf- 
port  :  les  SuitTes  les  voyant  partir 
s'ébranlent  de  leur  côté  ^  doublent^ 

le 


Louis      XI I.        97 

le  pas  pour  les  devancer  ,  ou  ar- 
river du  -  moins  en  même -temps.  A nn.  lyoy.. 
Cette  émulation  prodHifit  un  heu- 
reux effet  pour  la  Paliffc  &  fa  trou- 
pe qui  fupplcoient ,  par  des  efforts 
plus  qu'humains  ,  au  dcfavantage 
du  nombre  &  du  lieu.  Les  Génois , 
déjà  étonnés  de  leur  audace  ,  voyant 
accourir  deux  nouvelles  troupes , 
abandonnèrent  leur  baftion  &  s'en- 
fuirent vers  le  fommet  de  la  mon- 
tagne. La  Paliffe,  bleffé  à  la  gorge 
&  perdant  tout  fon  fang ,  ne  put  les 

Îourfuivre  ;  il  chargea  de  ce  foin 
ean  Stuart  ,  duc  d'Albanie,  cfii 
combattoir  à  Cqs  côtés,  &  qui  mé- 
ritoic  de  le  remplacer.  Encouragés 
par  ce  premier  fuccès ,  &  renfoncés 
par  de  nouvelles  bandes  qui  arri- 
voient  à  la  file  ,  les  François  ache- 
vèrent, de  grimper  la  montagne, 
malgré  les  éclats  de  rocher  qu'on 
rouloit  contre  eux,  &  joignirent 
enfin  les  ennemis.  Jacques  d'Ale- 
gre  9  fils  du  célèbre  Yves  d'Alegre  , 
&  capitaine  de  gens^de  pied,  muta, 
le  premier  dans  leurs  retranche-^ 
jroents  :  la  mêlée  fut  fanglanre  , 
mais  elle  dura  peu.  Les  Génois  j^ 
enfoncés  de  toutes  parts,  £e  préci- 
Tome  XXII.  '  E 


9?       Histoire  de  France. 

1  pirant  de  la  montagne ,  allèrent  chei> 

ANN.if07.  cher  un  afyle  fous  le  canon  de  Caf- 
tellacio ,  d'où  ils  fe  retirèrent   dans 
la  ville   avec  perte  de  deux   mille 
cinq   cents   combattants  :    du    côté 
V   des  François  ,  il ,  n'y  eut  guère  ^iie 
cent  hommes  de  tués  &  quatre  ou  cinq 
cents  de  blefles.  Uavant- garde  avoic 
fuffi  pour  remporter  cette  vidoire  : 
le  roi  n'arriva  que  le  lendemain  ma- 
tin avec  le  corps  de  bataille.  Paul  de 
Nove  ,  réfolu  de  tenter  un  dernier 
effort ,  partagea  fes  troupes  en  deux 
corps  :  il  profita  des  ténèbres  de  la 
nuit  pour  embufquer  derrière  Caf- 
tellacio    tout    ce    qu'il     avoir     de 
plus  ro'bufte  &  de  plus  aguerri ,  avec 
ordre  de  s'avancer  â  un.  certain  fi- 
gnal    qu'il    leur   donneroit   vers  le 
lommet  de  la  montagne  ,    &  d'en 
déloger  l'infanterie  SuilTe  &  Fran- 
çoife  qui  s'y  étoit  retranchée  :  il  ré- 
ferva  le  refte  pour  faire   en  même- 
temps^une  fortie  par  la  porte  de  la 
Lanterne ,  &  attirer  de  ce  côté  tou- 
te l'attention  des    François  :    enhn 
fjour  mieux    dérober  fon    projet   i 
'ennemi ,   il  fe    propofa  d'envoyer 
le  lendemain    matin    des  députés  » 
chargés  d  of&ir  la  foumiOion  de  Gê« 


L  o  ir  I  s    X  IL         >99 

nés  i  des  conditions  qui   ne  pou- 

voient  être  acceptées.  Le  lendemain  ANî^.iyo;. 

matin  »   les  députés  fe  préfenterenc 

à.  la    porte  du  roi  qui  les   renvoya 

au    cardinal  d'Amboife.    Ce  minif- 

tre  leur  annonça  qu'il  falloir  fe  ré-» 

figner  à  fubir  la    loi  qu'il  plairoic 

au    vainqueur    de  leur  impofer.   A 

peine  s'étoient- ils  éloignés,  du  camp  , 

qu'un  gros  de   Génois  ,  fortant  par 

la  porte  de    la   Lanterne ,   s'avança 

jufqu  au  bourg  d'Arène  ,  &c  donna 

l'alarme  aux   François  qui  coururent 

de  ce  côté.  JLa  précipitation  avec  la- 

guelle  les  Génois  fe  retirèrent  >  leur 
t  perdre  le  principal  avantage  qu'ils 
s'étoient  promis  de  cette  diver- 
fion.  Les  troupes  embufquées  der- 
rière Caftellacio  ^  gagnoient  le  fom-* 
met  de  la  nlontagne  dans  l'efpérance 
d'en  déloger  l'infanterie  SuiiTe  &c 
Françoife  ;  mais,  ils  la  trouvèrent 
mieux  recsanchée  qu'ils  ne  penfoient. 
Chaùmont ,  pendant  toute  la  nuit , 
avoit  fait  traîner  fur  la  montagne 
un  grand  nombre  de  fauconneaux 
Se  de  pièces  de  campagne  dont  on 
avoit  boxdé .  les  foUés  :  le  bruit 
de  cette  artillerie  avertit  le  gros 
de  larmée  que^ l'pn  étoit  aux  mains 


_  roo  HisToms  de  France J  . 
'—*—**'**  fur  la  montagne.  Au(&-côc  le  refte 
Ann.  1J07.  (le  rinfantere  ,  &  tout  ce  qu*il  y 
avoic  de  cavalerie  légère  ,  mon- 
tçrent  par  différents  endroits.  Les 
Génois ,  incapables  de  réfifter  à.  des 
troupes  difciplinées ,  fe  réfugierenc 
encore  une  fois  dans  leurs  murail- 
les ,  Xuivis  de  la  garnifon  de  Caf- 
tellacio.  La  fuperbe  Gènes  ne  pré- 
fencoit  plus  qu'un  tableau  de  défo- 
lation  &  d'horreur  :  deux   bauilles 

{)erdues  ,  l'ennemi    maître  de  tous 
es  dehors   de   la   place  ,  &  même 
de  l'ancienne  citadelle  d'où  Ton  n'a- 
voir pu  le  chàfler  :   le   port  bloqué 
par  une  flotte  qui  tiroit    à  boulets 
perdus  fur  la  ville,  le  fracas  des  mai* 
ions  qui  s'écrouloient  »  les  cris   des 
mourantS)  un  abandon  général ,  aucu- 
ne efpérance  de  fecours  :  le  doge  fen- 
tit  que  fon  autorité  étoit  expirée  ;  il 
profita  des  ténèbres  de  la  nuit  pour 
s'enfuir  par  une  porte  dérébée  avec 
les  principaux  chefs  de  la  fédition. 
Les  anciens  magiftrats  ,    les  princi* 
paux  citoyens  redevenus  libres  par 
cette  défertion  ,  mais  dépourvus  de 
confeil ,  envoyèrent  promptement  de 
nouveaux  députés  pour  implorer  la 
miféricorde   du  roi  ,    Se   remettre 


L  o  tj  r  5    XI  !•        i©i 

leurs  vies  &  leurs  biens  à  fa  difcrc- 

tion.  Louis  les  fit  accompagner  aANtî.  1^07. 
leur  retour  par  des  fouriers  pour 
marquer  les  logements  ^de  larmée  , 
&  par  quelques  compagnies  d^<^cdon* 
nanice  pour  garder  les  porter:  il  par- 
tit enluitê  armé  de  toutes^  pièces  , 
l'épée  nue  à  la  main ,  entouré  de 
fes  gentilshommes  &  des  archers  de 
Ja  garde  y  la  lance  en  arrêt  ou  l'arc 
bandé»  Trente  fénateuf s ,  lavtête  rafe , 
l:ouverts  de  longs  habits  dé  dfeuil , 
vintent  fe  jetter  à:  (es  pieds  à  ren- 
trée des  .(aaxbourgs  9  vie  plus  ap- 
parent lui  tint  ce  difcours  :  »  Vous 
*»  allez   prononcer  fur  le  fort  xî'un 

V  peuple  qui  vous  fuccher  ,  accablé 
«  makitenam  fous  le  poids  de  votre 
4>  indienation  :,  coniidérez  /  Rte  ^ 
n  qu'il  n*y  a  eu  qu'une  vile  pôpula- 

V  ce  ,  une:  troupe  *de  vagabonds ,  & 
M  de  gens  fans  aveu  qui  aient  mérité 
>j  votre  colère.  N'imputez  qu'à  ces 
>vmiférables  des  fureurs  dont  nous 
»>  avons,  rougi ,  mais  qu'il  n^éroit  pas 
P  en*  notre  pouvoir  deréppimer;  8k 
ff  daignez  faire  attention  «que*  fes 
^^  coupables  ayant  pris  la  fuice  ,  lè 
>9  châtiment  que  vous  nous  préparez 
i>'ne  peut  plus  tomber  que  fur  des  - 

Eiij 


xoi  Histoire  de  France. 
>î  inaocents.  Milan  plus  coupable  qaô 
ANK,iyc7.»  Gênes  a  trquvé  grâce  devant  vo-^ 
99  tre  majefté  :  traiterez- vous  avec 
•>  plus  de  rigueur  une  ville  qui  s'eft 
«  ibumife  d'elle  -  même  à  la  domi- 
j>  nation  Jfrançoife ,  qui  a  donné  des 
*>  preuves  ^  éclatantes  de  fa  fidélité  , 
w  tant  que  les  loix  ont  été  en  vi-. 
9>  gueur  ,  que  les  magiftrats  ont  été 
»  écoutés ,  &.  qui  ne  s'eft  écartée  de 
w  fon  devoir  qa  au  moment ,  ou  op- 
»  primée  pau  une  foulel  de  fcélérats, 
»  elle  gémifl[oit.  fous  un  dur  efcla- 
»9  vage.  Vous  portez ,  fine  y  le  nom 
»  de  roi  très-chrétien,  titre  qui  tirç 
9»  fon  origine  du  rédempteur  da 
n  genre  humain  j  imitez  fa  bonté  & 
M  fa  miféricord^l  .  »' Louis  s'avança 
fans  rien  répondre  ,  cependant  il 
avoit  réfolu . dans  ;  fon  cœur  de  par- 
dooner::  il  avoit  même  annoncé 
cette  difpofition  par  un  fymbole , 
ijue  la  profonde  douleuj:  où  étoienc 
plongés. ces:  magiftrats  les  empêcha 
d^  rëmèrquecv  il  avoir  pris  ce  jour- 
Ji  ppur  devife ,  fur  &.  cotte  d'arme  j 
tuii  «oi  des  abeilles  entouré  de  fon 
tiflain  avec  cette  légende  :  Le  roi  a 
fui  nous  obùffons  ne  Je  fert  point 
d'aiguillon.  11  traverfa  une  partie  de 


L  o  tj  I  s  Xll.  loj 
la  ville  dans  l'appareil  le  plus  me-  :!îî!5!!ï5 
naçant ,  &  alla  defcendre  à  la  cathé-  ann.  m©?. 
drale.  Les  femmes  les  plusdiftincuées 
de  la  ville  fondant  en  larmes  »  cche- 
velées  »  tenant  â  la  main  des  bran- 
ches d'arbres  ou  des  rameaux  d'o' 
liv^ers  ,  firent  retentir  cette  églife 
de  cris  douloureux ,  implorant  à  la 
fois  la  proteûion  célefte  &  la  mi- 
fcricord:e  du  roi.  Sentant  bien  qu'il 
ne  pourroit  foutenir  lon^- temps  un 
fjpe£fcacle  fi  douloureux  ,  il  alla  s'en* 
fermer  dans  le  palais  ,  donc  toutes 
les  avenues  étoient  bordées  d'artil- 
lerie. Des  compagnies  rangées  en 
ordre  de  bataille  fur  toutes  les  pla- 
ces ^  des  corps- de--gar de  établis  aans 
toutes  les  rues,  des  échafauds.dref- 
fés  à  la  hâte  dans  les  lieux  les  plus 
apparents  ^  glaçoient  les  efprits.  Un 
filence  morne  régnoic  dans  la  ville; 
il  ne  Hit  interrompu  que  par  les 
cris  des  hérauts  &c  des  trompettes 
qui  ordonnèrent ,  fous  peine  de  la 
mort ,  à  tous  les  habitants  d'appor- 
ter leurs  armes  fur  |a  place  du  pa* 
lais  :  on  en  fit  des  faifceaux  quon 
alla  jetter  par-delfus  les  murs  aux 
Suiffes  &  aux  aventuriers  TFrançois  '" 

à  qui  le  roi  avoit  fait  refufer  Ten- 

Eiv 


104      Histoire  de  France. 
liée  de  h  ville  ^  parce  que  l'on  né 
ANN.1J07.  connoilîbit  point  d'autre  moyen  de 
la  préferver  du  pillage.  On  fit  enfuite 
dçs  perquisitions   pour  découvrir  & 
arrêter  les  chefs  de  la  fédition.  De- 
metrio  Juftiniani ,  Tun  des  plus  con- 
fidérables ,  dévoila ,  dans  Tînterroga- 
tôire  qu'on  lui  fit  fubir,  toutes* les 
intrigues  Ju  pape  dont  oti  avoit  dé- 
jà reçu  des  avis  fecrets.  On  chec^ 
cha  inutilement  Paul  de  Nove ,  qui 
s'étoit  enfui*  Le  hafatd ,  ou  plutôt, 
ufie  tràhifon  infâme  le  livra  au  bouc 
de  quelque  temps    entre  les  mains 
de   ceux    ^ui    s'étoient  chargés   de 
découvrir  le  heu  de  fa  retraite.  Un 
capitaine  Corfe   qui  lui    devoir  fa 
fortune ,  le  vendit  pour  deux  cents 
ducats  au   commanaeur  Préjeah  de 
Bidoux.  Le  fort  de  ce  malheureux 
vieillard    fit    verfer    de^   larmes   â 
fçs    concitoyens.    Loin   d'ambition- 
ner un  titre  faftueux ,  il  Tavoit  reçu 
'  coimme  un  arrêt   de  mort ,  &  n'a- 
voir cédc=qa*à  h  force.  Revêtu  djj 
la    fouveraine    puiffance  ,   il    avoic 
réprimé  les   violences  des  fédîtieux 
tribuns ,   rendu  une  juftice  ^gale  à 
tous  les  citoyens  fans  diftindion,  de 
par^i^  enfin  on  ne  pouvoir  lui  rer 


Louis     XII.        105 

iprocher  d'autre  crime  que  d'avoir! 
trop  bien  rempli  Tidée  avantageufe  Ann.  1^07. 
<ju*on  s'étoit  formée  de  fes  talents  : 
ce  crime  malheurieufementétoit  d'u- 
ne nature  à  ne  pouvoir  fe  pardon- 
ner ;  Car  qui  auroit  ofé  prendre  fa 
défenfe  ou  intercéder  pour  lui  ? 
•Il  eut  la  tête  ttaùchée  :  fon  corps, 
mis  en  quartiers  fut  attaché  aux 
quatre  principales  poires  de  la 
ville  :  (on  bien  avoir  été  déclaré 
confifqué  au  profit  du  roi  ;  mais  Louis 
le  rendit  à  la  veuve  &  aux  enfants 
du  malheureux.  Pendant  les  dix 
jours  que  durèrent  ces  fanglantes 
exécutions  ,  les  Génois  d'autant  plus 
effrayés  que  dans  un  crime  où  tous 
avoienç  plus  ou  moins  participé  ^ 
perfonne  ne  pouvoir  favoiir  s'il  ne 
ieroit  pas  du  nombre  des  vi£kimes  ,- 
fupplierent  le  roi  de  terminer  leurs 
fouffrances,  &  de  les  rirer  d'une 
incertitude  plusi:ruelle  que  la  mort. 
Il  écouta  leur  requère ,  &  ayant  fait 
aflTemWer  le  peuple  '  fur  la  grande 
place  de  Gênes  ,  il  s'y  rendit  avec 
tout  l'appareil  de  la  terreur.  Un 
maître  des  requères  de  fon  hôtel , 
lut  à  haute  &c  intelligible  voix 
l'arrêt  qui  devjoit  décider  du  fort  de 

E  v 


10(7  Histoire  de  France. 
la  république  ;  le  commencement  ert 
Ann.  ifp7- étoic  accablant.  On  y  déclaroit  les 
Génois,  atteints  &  convaincus  des 
crimes  de  révolte  &  de  lefe-majeftc  i 
déchus  de  tous  leurs  droits,  fraii- 
chifes  &  libertés  ;  condamnés  à  ex- 

f>ier  leurs  forfaits  par  la  perte  de 
eur  biens  .  &  de  leur  vie.  On  fie 
apporter  aa  milieu  de  raffemblée 
les  Chartres ,  les  diplômes  des  em- 
pereurs &  des  rois  de  France ,  ac- 
cordés dans  les  temps  antérieurs  à 
la  république  :  on  en  arracha  les 
fceaux ,  on  les  lacéta  ,  &  on  les  brûla 
en  préfence'  de  tous  les  citoyens, 
qui  les  yeux  fixes  contre  terre ,  ta- 
choient  d'étouffer  leurs  fanglots  & 
leurs  larmes.  Le  roi  fit  déclarer  en- 
fuite  qu'il  accordoit  aux  Génois  la 
vie  &  la  libre  difpofition  de  leurs 
biens  ,  i  condition  qu'ils  paieroienc 
crois  cents  mille  ducats,  dont  une 
partie  feroit  employée  à  conftruire 
une  nouvelle  forterefle  qui  domine- 
roit  le  port  &  la  ville  j  qu'ils  en- 
tretiendroient  à  leurs  frais  la  garni- 
Xon  Françoife  ,  tant  de  cette  nou- 
^vjelle  fortereffe  que  des  deux  autres 
:qui  fuhfiftoierH:  déjà  :  que  le  roi  mçt- 
troit  fous  fa  main  les  placps  fortes 


Louis  XII.  I07 
iJes  deux  rivières ,  les  ifles  de  Corf© 
&  de  Chio  :  que  la  monnoie  qui  fe  Ann.  lyo?. 
fabriqueroit  à  Gênes  feroit  frappée 
au  coin  de  France.  La  foumiflion 
avec  laquelle  les  Génois  reçurent 
toutes  ces  conditions,  les  acclama^- 
tions  dont  cette  leékure  fut  fuivie  , 
touchèrent  le  cœur  du  roi  :  il  reur 
dît  fur -le- champ  aux  Génois  leurs 
loix,  leurs  magiftrats,  leur  ancienne 
police  j   mais  ,  à    titre    de    privilège 

Sju'il  pourroit  révoquer  s'ils  en  abu- 
oient.  La  plus  grande  faveur  qu'il 
leur  accorcfa ,  tut  de  leur  donner 
pour  gouverneur  un  des  hommes  les 
plus  vertueux  de  fon  fiecle  :  la  place 
étoic  reftçè  vacante  depuis  la  more 
de  Philippe  de  Cleves  Raveftein. 
Louis  lui  donna  pour  fuccefleur 
Raoul  de  Lannoi  >  baillif  d'Amiens  , 
qui  eut  la  mo^eftie  de  refufer  cette 
commiflîon  honorable,  mais  diffi- 
cile ,  &  qui  ne  confentit  enfin  à  s'en 
charger  que  pour  un  temps  limité. 
Il  rétablit  la  concorde  dans  la  ville ,  la 
fureté  publique  dans  les  campagnes  j 
il  fit  régner  l'abondance  &  la  paix 
dans  le  icjour  de  l'envie  &  de  la  dijf 
corde.  Les  Génois  convenoient  qu'il^ 
tfavoiént  goûté  le  vrai  bonheur  que 

Evj 


io8  Histoire  de  France. 
depiîîs  qir  il  les  gouvernoic  ;  maU 
Ann.  I  ro7.  Lannoi ,  ennemi  de  la  fauffeté ,  de 
la  dirtlmularion  &  de  la  rnfe  ,  don- 
na fa  démiffipn  au  roi ,  &  le  fup* 
plia  de  lui  permettre  de  quitter  ua 
féjour  qu'il  ne  pouvoir  plus  fuppor- 
rer.  Le  premier  foin  de  Louis  >  ea 
entrant  dans  Gênes  ,  avoit  été  d'in- 
former le  pape  &  le  roi  d'Aragon 
du  fuccès  de  fes  aj-mes  :  le  pape  ré- 
pondit féchement  à  Pambafladeur 
-  qui  lui  annonçoit  la  foumiffion  de 
Gênes  :  Je.  nen  crois  rien.  Lotfqu  il 
»'y  eut  plus  moyen  d'en  douter  ,  il 
fe  renferma  trois  ou  quatre  jours 
dans  fon  palais,  donr  il  ne  permit 
l'entrée  à  perfonne.  Le  roi  d'Ara- 
gon, qui  avoit  envoyé  quatre  de  fes 
galères  au  fecours  du  roi ,  ne  pa.- 
rut  guère  moins  étonné  que  le  pa* 
pe  :  il  eut  befoin  de  reprendre  fes 
efprits ,  pour  dire  enfin  quil  itou 
bitp  joyeux  d'une  Ji  bonne  nouvelle. 
H  eft  bien  difficile  de  fonder  les  re- 
plis de  cette  ame  douWe ,  &  de  fa- 
voir  ce  qui  s'y  paflToit  alors:  mais 
s'il  jugeoit  Louis  d'après  fori  pro- 
pre cœur  ,  s'il  fe  mettoit  à  la  place 
de  ce  monarque,  jamais  il  ne  duc 
être  û  effrayé  :  il  avoit  trompé  im- 


Louis    XII.         T09 
pudemment   Louis ,   il  le  trompoit  ' 
encore;   &  cependant  il  fe  trouvoit Ann. iço?, 
à   rextrémité  de  Tltalie ,  fans  amis , 
fans  aucune  communication  avec  le 
refte  de  fes  Etats ,  à  la  merci  d'un 
prince   qui  pouvoit  en  peu  de  fe- 
niaines  venir  ,   avec  une  armée  vîc- 
torieufe ,   lui   demander    raifon  de 
^  fes  anciennes  perfidies.  S'il  n'apprc*^ 
henda  pas   que  Louis  foneeâc  dans 
ce  moment  à  revendiquer  Te  royau- 
me de  Naples,  il  dut  craindre^aumoins, 
qu'après  l'avoir  embarqué  dans  une 
enireprife  auffi  hafardeufe  ,  &  aufli 
odieufe    qu'étoit  celle    de    vouloir 
dépofer  le    pape,  &   d'afTurer  à  la 
Prance  la  dignité  impériale ,  il  ne  le 
:  fommât  de  remplir   fes  promeflTes» 
ou  quindigné  de  tant   de   menfon- 
ges  5  il  ne  rompît  avec  lui  pour  fai- 
re fa  paix  avec  l'empereur  ,   ce  qui 
auroit  replongé  l'Efpagne  dans  une 
guerre  inteftine  &  interminable.  Il 
Ji^  hâta  donc  de  prévenir  la  deman- 
de du  roi  &c  du  cardinal  d'Amboife  : 
il  n'eut   pas  de  peine  à  leur   faire 
entendre  que  le  projet  dont  il  les 
avoir  entretenus  ,  ne  pouvant  s'exé- 
cuter que  par  un  coup  de  main,  il 
étoic    devenu  impraticable  du  mo** 


Tîo  Histoire  DE  FfiANCH. 
ment  qu'il  avoit  été  éventé:  que  le 
Ann.  iyo7.  pape  ,  fi  on  le  pourfuivoit ,  ne  man- 
queroit  pas  d'aller  fe  jetter  dans  le$ 
bras  de  l'empereur ,  &  d*armer  pour 
fa  défenfe  la  Germanie  entière  j  qu'il 
falloir  attendre  quelque  autre  occa- 
fîon;  qu'il  lui  fembloit  licceflTaire., 
pour  mieux  concerter  leur  plan ,  & 
s'aflTurér  qu'ils  ne  feroient  point  tra- 
his une  féconde  fois,  qu'ils  eulTent 
au  plutôt  une  entrevue  :  il  indiqua 
la  ville  de  Savonne  comme  l'endroit 
le  plus  propre  à  ce  deffein  j  il  promit 
de  s'y  rendre  en  retournant  en  Efpa- 
gne ,  fi  le  roi  vouloir  bien  l'y  at- 
teftdre.  Louis  accepta  la  propofition  , 
&  congédia  fur  -  le  -  champ  la  plus 
grande  partie  de  fon  armée  qui  lui 
devenoit  inutile.  Avant  que  de  com- 
mencer cette  expédition  ,  Louis 
avoit  examiné  avec  fes  tréforiers 
l'état  de  fès  finances,  &  apnt  re- 
connu que  les  fommes  qu'il  avoir 
en  réferve  ,  joinres  à  (qs  revenus 
ordinaires.,  ne  fuffiroient  pas  pour 
tenir  long- temps  fur  pied  une  ar- 
mée il  nombreufe ,  &  n'ofant  toute- 
fois fe  promettre  de  venir  promp- 
tement  à  bout  de  fes  deffeins  ,  il 
avoh  demandé  aux  principales  villes 


Louis  XII.  m 
de  fon  royaume  des  fecours  extraor- 
dmaires  qui  lui  avoient  été  libéra- Ann.i  f 07. 
lemenc  accordés  :  mais  comme  il 
n'ufoit  de  cette  reflburce  qu'avec 
une  extrême  répugnance,  il  avoir 
en  même- temps  ordonné  qu'on  di^ 
férât  la  levée  de  ces  deniers ,  juf- 
qu'à  ce  que  fes  revenus  ordinaires 
hilTent  épuifés.  Débarrafle  beaucoup 
plutôt  qu'il  ne  Tavoit  efpéré ,  il  in- 
forma fes  peuples  de  Theureux  fuc-^ 
ces  de  fes  armes ,  les  remercia  de 
leur  affedion  ,  leur  mandant  de 
garder  leur  argent  dont  il  pouvoit 
déformais  fe  paffer  ,  &  qui  feroit 
beaucoup  plus  profitable  au  royauifie 
entre  leurs  mains .  que  dans  fes 
coffres.  If  quitta  Gênes  après  avoir 
pofé  la  première  pierre  de  la  nou- 
velle forterèlTe  qu'il  y  faifoit  conf- 
truire  ,  &  réfolut  de  profiter  du  temps 
qui  lui  reftoit  jufqu'à  l'entrevue  de 
Savonne ,  pour  vifiter  les  places  du 
duché  de  Milan  ,  &  les  mettre  en  état 
de  défenfe  ,  au  cas  que  Maximilien 
vînt  les  attaquer;  précaution  d'au- 
jant  plus  néceflfaire  qu'on  ne  pou- 
voit compter  fur  l'attachement  des 
Italiens.  On  en  avoir  une  preuve 
récente  :  les  habitons  d'Alexandrie  , 


HZ         HîSTOIRE   DE  FrANCH.' 

qai  avoienc  reçu  le  roi  à  fon  paflage 
ANN.ifoy.  avec  des  transports  de  joie  &  dal* 
légreHe  ,  perfuadés ,  ainH  que  tous  le$ 
autres  Italiens ,  qa  il  couroit  à  fa  per- 
te ,  que  Tarmée  alloit  s'enfermer 
dans  des  défilés ,  d'où  il  lui  feroit  im- 
poflîble  de  fe  retirer ,  &  que  de  tant 
de  milliers  de  François  ^  pas  un  feul 
peut  -  être  ne  tetourneroit  dans  fa 
patrie  ,  avoient  cru  pouvoir  impu- 
nément déclarer  leurs  véritables  fen- 
timents.  Ayant  donc  pris  les  armes  , 
ils  s'étoient  jettes  fur  les  bagages 
qui  fulvoient  l'armée  ;  ils  avoienc 
maltraité  les  aumôniers  du  roi.  Se 

Cs'^n  étoit  fallu  qu'ils  n'enlevaf- 
:  fa  chapelle.  Cette  infolence  mér 
ritoit  une  punition  ^  voici  *  celle  que 
Louis  imagina.  Les  SuifTes  6c  les 
aventuriers  François  s'en  retournoienr 
affez  mécontents  du  pardon  accordé 
à  la  ville  de  Gcnes  :  on  leur  fit  dire 
qu'ils  pouvoient  prendre  des  loge- 
ments à  Alexandrie  &  s'y  rafraîchir 
jufqu'à  nouvel  ordre  :  ils  y  couru^ 
rent,  s'établirent  dans  les  maisons 
les  plus  apparentes ,  vécurent  à.  dif-^ 
crétion ,  &  fe  comportèrent  avec  tant' 
de  licence  que  les  habitants  prirent 
le  parti  de  tout  abandonner  Se  de 


Louis    Xll.        ïij 
fe  réfugier  dans  les  villes  voifines.  \ 
Après  une  quinzaine  de  jours,  Louis  AnK-ijoT. 
envoya  ordre  à  ces  hôces  incommo- 
des de  pourfuivre  leur    chemin  Se 
de  faire  place  aux  anciens  habitants. 

Les   autres  villes ,    fuffifammenc    séjour  àvt 
averties  par  cet  exemple ,  célèbre-  "?  *"  ^"iu' 
rent    a    lenvi    la   ^1<>1^<^    du  vam-qucs. 
queur:  Pavie  &  Milan  fe  diftingae-     c^cdîtr^ 
rent ,  &  donnèrent  aux  François,  qui  din. 
n'avoient  vu.  jufqu  alors  dans  leur  pa-     •^<^«<^- 
trie  que  de  plates  allégories  ou  des 
tepréfentations   plus  froides  encore 
des  myfteres  de  la    padion  ,  la  pre- 
mière idée  d*une  fête  publique  :  des 
arcs  de  triomphe  ,  copiés  d'après  les 
monuments  de   la  belle  antiquité  , 
des  infcriptions  heureufes,  des  coq- 
certs ,  d^s  danfes    cliarmoient    les 
yeux  &  les  oreilles,  &  tenoient  la- 
me de  tous  ces  guerriers  dans  une 
forte    d'enchantement*    Les   grands 
feigneurs    donnèrent   de    leur  côté 
des  fêtes  particulières  :  on  remarqua 
celle  de  Jean- Jacques  Trivulfe ,  ma- 
réchal de  Fraoce  :  il  y  avoit  invité 
plus  de  douze  cents  dames  de  tou- 
tes les  contrées  voifines.  Comme  fon 
f»alais  ne  fuffifoit  pas  pour  contenir 
e  monde  qui  devoit  s'y  raflembler  , 


ÎI4        HiSTOÎRE    DE  Î^RANCÊé 

il  avoit  fait  conftriiire  une  galerie 
ANN.if07.de  verdure  de  cent  foixante  pas  de 
long,  entourée  de  quatre  rangS  de 
doges, •&  ornée  des  plus  riches  ta* 
pilTeries:  aux  deux  extrémités  on 
avoit  pratiqué  des  tribunes  ou  écha- 
fauds,  l'un  pour  l'orcheittre ,  Tau- 
tre  pour  le  roi  &  les  perfonnes  les 
plus  diftinguées:  le  parquet  où  fe 
dévoient  exécuter^les  danfes^  étoic 
abandonné  aux  curieux  j  mais  la  falle 
fe  trouva  fi  pleine,  que  les  gardes 
ne  pouvoient  faire  ranger  la  multi- 
tude pour  donner  place  aux  dan* 
feurs.  Le  roi ,  oubliant  dans  ce  mo- 
ment fa  dignité ,  faute  de  fon  fiége  ^ 
>  Se  prenant  la  hallebarde  d'un  dts  ar-^ 
àurs ,  commence  à  charger  à  tour  de 
bras  fur  ceux  qui  faîfoient  la  prejféi 
la  place  fe  trouva  libre,  &  il  ouvrit 
le  bal  avec  la  matquife  de  Màn- 
toue.  Charles ,  duc  d'Alençon ,  Char- 
les ,  duc  de  Bourbon ,  Charles ,  duc 
de  Savoie  ,  Antoine ,  fils  aîné  dii 
duc  de  Lorraine ,  Gafton ,  comte  de 
Foix ,  &  ce  qui  femble  plus  extraor- 
dinaire dans  nos  mœurs  aâuelles  ^ 
les  cardinaux  de  Narbonne ,  de  faitic 
Séverin  &  quelques  autres  prélats  » 
danferenc   avec  les  dames  les  plui; 


Loxjts    Xîl.         115 
<}Iftinguées.  Le  feftin  fuivit   la  dan- 
ie  :  la  defcription  qu'en  fait  un  té- Ann.  «j©?» 
moin  oculaire  ,  donne  l'idée  d'une 
fomptuoficé   &c  d'une   magnificence 

3UÎ  pafTe  de  bien  loin  la  fortune 
'un  particulier.  Outre  plus  de  <îou- 
ze  cents  dames  *  &  un  nombre  pro- 
digieux de  feigneurs  Italiens ,  Tri- 
Yuîfe  donnoit  à  fouper  à  toute  la 
cour.,  d  toute  la  maifon  du  roi.  Cent 
foixantè  maîtres  d'hôtel ,  avec  leur 
bacon  de  commandement,  ctoienc 
Tépattis  dans  lés  différentes  falles 
•pouir  régler  Tordre  du  fervice  :  il  y 
avoir  dou2e  cents  officiers  avec  des 
uniformes  de  velours  ou  de  fatin  y 
chargés  de  porter  les  viandes  bu  de 
fervir  au  buffet.  Toutes  les  tables. 
Tans  aucune  diftinâion  ,  etoietit  fer- 
vies  en  vaiflelle  d'argent,  &  toute 
cette  argenterie  marquée  aux  armes 
du  feignent  Jean  Jacques ,  ce  qui 
itoît ,  remarque  Thiftorien ,  un  grand 
triomphe  &  merveilleufi  richejfç. 

Toutes; ce^  fêtes. auxquelles  Louis    Négod»- 
fe  livroit  dans  ce  moment ,  autant  *|îïL»  ^^» 
par  politique  que  par  goût  y  ne  Iç  court, 
détournèrent  point  du  fein    des  af^    *'* 
faites.  Dès    qu^il  eut  congédié  une 
partie  de  Ton  armée  1  il  envoya  m 


I  lé     HisToiRi  BE  France.' 

f>ape  un  de  fes  gentilhommes  pout 
«<•<«.  tiu.  ^  demander  quel  fond  il  pouvoir 
^  '  faire  fur  fon  amitié ,  &  ce  qu'il 
devoir  penfer  d'une  conduite  qui 
avoir  droit  de  le  furprendre  ?  pouif'- 
quoi  l'ayant  invité  le  premier  a  paA 
fer  en  Italie ,  &  ayant  plufieurs  fois 
promis  de  l'attendre  à  Bologne,  il 
en  étoit  parti  (i  précipitamment  -k 
fon  approche  ?  ce  qu'il  devoir  croi- 
re de  quelques  bruits  qui  fe  répan- 
doient  à  cet  égard  en  Allemagne, 
&c  de  certains  brefs  que  Maximilien 
mpntroît  à  beaucoup  de  gens,  6c 
dont  il  (e  fervoit  pour  calomnier 
les  François  ?  Le  pape ,  qui  n'avoir 
point  en  main  de  preuves  capables 
de  juftiâer  Tes  alarmes,  prit  le:^ parti 
de  ditfîmuler  \  il  répondit  (ju'etanc 
tombé  malade  à  Bologne  ,  ^1  avoir 
fuivi  le  corifeil  de  fes  médecins  qui 
lui  avoient  déclaré  que  fa  vie  feroit 
en  danger  s'il  ne  changeoir  promp^ 
tement  d'air:  qu'il  n  avoir  aucune 
çonnoiflance  de  ce  qui  fe.dijfoit  eti 
feerriianie ,  ni  des  prétendus  J>ref$ 
dont  on  lui .  parloit  :  qu'ilr  alloit 
s'en  informer,  &  que  n'ayant  ja- 
tnais  reçu  que  des  offices  d'ami  de 
fon  cher  fils^  le   roi  très-chrétien  ^ 


Lovis    XII.        117 

il  ne  lui  rendroit  que  des  offices' 
de  pere.  Le  roi  feignant  d'ajouter  Ann.  ijoy. 
foi  aux  excufes  du  faint  pere  ne  de- 
manda point  d'autres  cclaircifle"- 
ments  :  il  envoya  des  députés  dans 
toutes  les  cours  d'Allemagne  pour  y 
répandre  ce  défaveu.  Les  Vénitiens  , 
fans  avoir  envie  de  l'obliger ,  le 
fervirent  bien  dans  cette  rencontre  j 
car  lui  ayant  envoyé  des  ambafla- 
deurs  pour  le  féliciter  fur  fes  der* 
niers  luccès,  ils  furent  fi  contents 
de  la  manière  obligeante  dont  le 
roi  leut  avoir  répondu,  qu'ils  tra- 
vaillèrent dès  ce  moment  à  détrui- 
re en  Allemagne  des  bruits  qu'ils 
avoient  eux-mêmes  accrédités  :  ils 
envoyèrent  déclarer  à  l'empereur  & 
aux  princes,  que  liés  par  des  trai- 
tés folennels  avec  la  France  ,  &  in- 
téreflTés  au  maintien  de  la  tran- 
quillité publique  en  Italie  ,  ils  ne 
pourroient  fe  difpenfcr  de  s'oppofer 
à  ceux  qui  tenteroient  d  y  p€nctrer 
à  main  armée. 

Les  Florentins ,  attentifs  â  ne  bif- 
fer échapper  aucune  occafion  de  ré- 
tablir leur  aatorité  dans  la  ville  de 
Pife,  envoyèrent  une  ambaffade  aa 
roi.  Ils  lui  repréfenterenc  d'un  coté 


Ii8      Histoire  de  Fraivce.' 

les  pertes  qu'avoir  eflTuycés  la  repu- 
AtiH.  If 07.  blique  depuis  l'entrée  de  Charles  VIII 
en  Italie  ;  de  l'autre  ,  l'attachement 
inviolable  qu'elle  avoit  confervé  pour 
ces  mêmes  François  dont  elle  avoir 
tant  de  fujet  de  fe  plaindre  ;  &  enfin 
les  promeâes  qu'on  lui  avoit  tant  de 
fois  répétées  de  la  remettre  en  pof- 
feffion  de  Pife  :  ils  tâcherenr  d'aigrir 
le  monarque  contre  les  Pifans  qui  s'é- 
toient  9  difoient  •  ils  y  déclarés  feâ 
ennemis,  puifqu'ils  avoient  envoyé, 
des  fecours  aux  Génois.  Loui;  écou- 
ta patiemment  tout  ce -qu'ils  vou- 
lurent lui  dire ,  &  attendoit  qu'ils 
s'excufaffent  du  moins  d'avoir  man- 
qué eux-mêmes  tout  récemment  d 
leurs  promefTes  :  car  dans  le  temps 
qu'il  le  préparoit  à  pafler  les  monts , 
ils  avoient  promis  de  joindre  leurs 
troupes  aux  fiennesj  faifis  de  l'é- 
pouvante générale  que  fon  approche 
avoit  répandue  dans  toute  ritatie  , 
ils  avoient  attendu  qu'il  eût  foumis 
Gènes  &  congédié  fon  armée  pour 
lui  rappeller  d'anciens  engagements. 
Voyant  qu'ils  gardoient  le  filence 
fur  cet  article ,  il  répondit  en  peu 
de  mots:  »»  Les  Pifans,  comme  vous 
»  ne  pouvez  Tignorer ,  m'ont   plu-- 


Louis  XII.'  119 
»  fieurs  fois  fupplic  de  les  recevoir  ' 
jï  au  nombre  de  mes  fujets  :  j'ai  re-.ANN*  ifoy* 
»  jette  leur  demande  pour  ne  por- 
»  ter  aucun  préjudice  à  vos  droits  : 
»  ils  ne  font  ni  mes  fujets  ni  mes 
»,  alliés;  à  quel  titre  pourrois-je  donc 
M  me  plaindre  qu'ils  aient  donné  du 
»  fecours  aux  Génois  qui  les  avoienc 
w  conftamment  aflîftés  dans  leurs;  be- 
^»  foins  ,  &  auxquels  ,  ils  ne  pou- 
M  voient  en  refufer  fans  fe  montrer 
w  ingrats  ?  Je  n'ai  rien  à  leur  repro- 
»  cher  ,  puifqu'ils  ne  m'avoient  rien 
»  promis  :  mais  j'ai  droit  de  me 
}>  plaindre  de  ceux  de  mes  alliés  » 
99  qui ,  devant  fe  joindre  à  moi  dès 
»  que  je  paroîtrois  en  Italie ,  ne 
>>  m'ont  pas  même  donné  de  leurs 
»  nouvelles  :  quand  ils  fe  montre- 
»  ront  plus  foigneux  à  garder  leur$ 
w  engagements ,  alors  ils  me  trouve- 
-•  ront  difpofé  à  remplir  les  miens  «. 
Une  autre  raifon  fur  laquelle  il  ne 
jugeoir  pas  à  propos  de  s'expliquer, 
auroit  fuffi  pour  rempêcher  dans  ce 
moment  de  rien  entreprendre  contre 
Pife  2  c'eft  aue  cette  république, 
rejettée  par  les  François  ,  avoir  e» 
recours  à  Gpnfalve  &  s'étoif  mife 
fous  la  proteélion  de  ce  même  Fer« 


iio      Histoire  db  France. 
dinand    avec  lequel  il  alioic  avoir 
ANN.iço7«une  entrevue. 
a^F^^iW.   Jerdiiund.  maître  de  Naples  par 
à  Naples  :     la  loumiiuoii  voloncaire  de  Gonlalve  » 
&vTr!  "^^^P"  farisfait  à  l'article  le  plus  dif- 
^utoH.     ficile  du  traité  qu'il  avoir  fait  avec 
^cuicchar^l^  France,  en  rétabliflant  dans  leurs 
iieUar.     anciennes  pofTeflions  tous  les  barons 
p.  Merlin  ^^  '^  fadlion  Angevine  :  il  avoir  fallu 
)UAngUr.  'retirer  ces  biens  des  mains  de  ceux 
à  qui  Gonfalve  les  avoir  diftribués  à 
titre   de  récompenfe  ,  ce  qui  pou- 
voir exciter  une  fédition  j  mais  Gon- 
falve   applanit  la   principale    diffi- 
culté :  il  po(ï2doit  trois  duchés  dans 
le  royaume  de  Naples ,  il  les  remit 
i   Ferdinand  ;     plufîeurs    capitaines 
fui  virent  cet  exemple  fur  la  fimple 
promeflTe  qu'ils  feroient  dédomma- 
gés en  Efpagne  :   ceux  qui  ne  s'en 
contentèrent  pas  reçurent  une  partie 
du  prix  de  rengagement  j  Gonfalve , 
pour  fubvenii"  à  ce  befoin  ,    mit  à 
l'encan  fes  mçubles  &  fa  vaiflelle. 
Il  ne  reftoit  plus  pour  accomplir  le 
naité»  que    ae  faire  prêter  ferment 
de  fidélité  à  Germaine  de  Foix  par 
les  barons    &  les  communautés  de 
rAbru«ze&  de  la  terre  de  labour, 
6c  d'obtenir  du  pape  une  nouvelle 

invefticure 


Louis  XI  I.  121 
iffvefticure  ,  où  le  partie  du  royau- 
me ,  &  les  droits  de  Germaine  >  ré-  Ann.  is^t^ 
yerfibles  i  la  couronne  de  France» 
fuflênt  clairement  énoncés.  Ferdi- 
nand jugea  i  propos  de  s'en  difpen- 
fer ,  &  <ut  le  fecret  de  faire  goûter 
fes  raifpns  à  Louis  &  au  cardinal 
â'Âmhoife  :  car  feignant  de  ne  pas 
i:ec6nno4t:re  intérieurement  Jules 
pour  pape  légitime  9  il  leur  faifoit 
entendre  qu'il  ne  ppuvoit  e^  conf- 
çience  prêter  en  qualité  de  vaflal  le 
ferment  de  lui  demeurer  fidèle.  lis 
ignoroient  fans  doute  cju'àlors  mîma 
il  foUiçitoit  Ôc  obtenoit  un  cbapeaa 
ide  cardinal  pour  Ximenès ,  archeyS-» 
que  de  Tolède  ,  le  plus  pùifTant  Se 
le  plus  zélé  partifan  qu'il  confervâc 
en  Caftille.  Il  avoit  été  même  quef- 
tion  d'une  entrevue  fur  les  Etats  de 
l'Eglife  3  &  Jules  s'étoit  rendu  dans 
ce  de(reiQ  à  Oftie  :  mais  Ferdinand 
craignant  de  fe  rendre  fufpeft  au 
roi  de  France  ,  envoya  faire  des  cx- 
cufes  au  pape ,  pafla  devant  le  porc 
fans  s'y  arrêter  ,  &  vint  débarquer 
à  Savonne  où  Louis  s  ctoit  préparé 
à  le  re^revoir. 

Si  pour  bien  juger  d'un  homme  ^ 

il  ne  talloit  pas  faire  plus  d'attention 

Tm^  XXU:  F 


jii  Histoire  de  France. 
à  renlemble  &  à  la  continuité  dé 
A>^N.  ifo;.  {es  procédés  qu'à  quelques  adïdns 
ifolées  &  fingulieres  ;  fi  tout  ce  qui 
fort  des  règles  ordinaires  ne  dévoie 
pas  être  tenu  pour  fufpedt ,  on  fe^ 
roit  tenté  de  pardonner  à  Louis  Sc 
^u  cardinal  d'^Amboife  d'avoir  été 
fi  long- temps  &  fi  cruellement  trom* 
pés  par  Ferdinand.  Car  comment 
s'empêcher  d'accorder  quelque  con- 
^ançe  à  un  homme  qui  en  témoi- 
gne une  entière  &  abfolùe  ;  à  un  roi 
qui  ,  fahs  exiger  d*ôtages  &c  fans 
autre  fureté  que  la  foi  publique  » 
vient  confier  la  perfonne  ,  fa  rem- 
tne  ,  tous  les  grands  de  fa  cour  ,  à 
un  ennemi  à  peine  réconcilié  ?  Mais 
il  connoifibit  Louis  ,  il  lui  rendoie 
juftice  ,  &  Louis  ne  le  connoiflbic 
pas  ,  ou  avoir  l'amé  trop  haute  pour 
que  la  défiance  y  pût  entrer.  Dès 
que  la  galère,  qui  portoit  Ferdinand, 
parut  dans  le  port ,  Louis  s'avança  fur 
un  ppnt  de  bois  qu'il  avoit  fait  conf- 
truire.dahs  la  mer  pour  la  commo- 
dité ?u  débarquement  ;  il  monta 
fur  cette  galère  fans  gardes  &  ac- 
compagné feulement  de  deux  cardi- 
naux. Les  deux  fois  s'embraâTeret^c 
^  fe  promirent  une  éternelle  ami- 


Lovis    XÏI.        11} 
t\é.  Louis  donnant  la  main  à  Ger- 
maine de  Foix  fa  nièce  ,  la  conduific  Ann.  içu?. 
fur  le  port  où  Ton  avoit  amené  un 
grand  nombre  de  mules  richement 
caparaçonnées  :  on  en  préfenra  une 
à  Ferdinand  ;  le  roi  monta  fur  une 
autre   &   mit  Germaine  en  croupe 
derrière  lui  ;  tous  les  feigneurs  Fran- 
çois en  uferent  de  même  à  Tégard 
des  dames  &  demoifelles  Efpagnoles 
ou  Italiennes  attachées  à  la  reine  : 
cette  cavalcade  traverfa  la  ville  au 
bruit  des  acclamations  ,  &  alla  def- 
cendre  au    palais   que   Louis   avoic 
réfervé  â  fes  illuftres  hôtes ,  fe  con- 
tentant de  I^  maifon  de  l'évêque* 
La  précédeiice  ou  la  prérogative  de 
marcher  le  premier  &  d'occuper  la 
place  la  plus  honorable ,  eft  un  point 
d'autant  plus  embarraflant  entre  les 
fouverains  ,   qu'ib   en   ont  fait  un 
droit  de  leur  couronne ,  &  auquel 

Î^ar-'conféquent  ils  ne  fe  croient* pas 
es  maîtres  de  déroger.  Louis  la  céda 
à  fon  hôçe  ,  mais  d  une  manière  (i 
adroite  ,  que  TEfpagne  ne  put  fe 
prévaloir  de  cette  complaifance  : 
comme  Ferdinand  refufoit  dans  tou- 
tes les  occafions  de  pafTer  le  pre« 
mier  en  difant  qu^â  lui  n^appanenoie, 

Fij  \  - 


114     Histoire  #£  France. 
quU  niroit  pas  :  Marche^  ^  lui  dij: 
AjNif.  If 07,  Louis ^  carjiyétois  che^  vous  ,  façhe^ 
que  je  ferais  ce  dont  voiis  me  pricrie^; 
&  puijque   vous   êtes  fur   mes   terres 
vous  en  ferez  ainji  ;  car  je  U  veux ,  ^ 
fi  je  vous  en  prie.  En  payant  par  ^q% 
égards  la  confiance  d'un  roi  fon  vpi- 
fîn  ,  Louis  voulut  encore   honorer 
les  talents  fupcrieurs  ,  je  n'ofç  dire 
la  vertu  ,  dans  Thomme  du  monde 
qui  lui  avoit  fait  le  plus  de  mal  :  il 
invita   Gonfalve   au   banquet  royal 
qu'il  doniia  au  roi  &  à  la  reine  d'Éf- 
pagne  ,  S)C  pria  Ferdinand  de  trou- 
ver bon  que  çpt  illuftre  guerrier  prît 
place  avec  eux  :  Ferdinand  de  fon 
côté  demanda  de$  nouvelles  de  d'Âu- 
bigni  j  apprenant  qu  il  étoit  à  Sa- 
vone ,  mais  que  la  goutte  Tobligeoit 
à  garder  la  chambre  ,  il  demanda  au 
rei  la  permiffion  de  lui  rendre  vi- 
fite.  Après  les  premières  cérémonies 
on   parla  d'affaires   férieufes  ;    Fer- 
dinand   &    le    cardinal    d'Amboife 
jtinrent  à   deux   reprifes  différentes 
des  conférences  qui  durèrent  plus  de 
crois  heures  :  on  n'a  jamais  pu  favoir 
quel  en  fiit  le  réfultat  ,  car  il  n'y 
eut  rien  d'^ecrit  ,  &  l'on  s'étoic  pro- 
Hjis  de  paît  §c  d'autre  le  fçcrçc  jç 


L  6  H  i  s     X  I  î.        îij 

plus  inviolable  :  on  préfume  avec  ! 
beaucoup  de  vraifeniblance  ,' que  Ann.  M07. 
le  pape  &  WVéniciens  en  furent 
l'objet  ,  &  qu'on  y  jerta  les  pre- 
mières femences  de  cette  fameufe 
ligue  de  Cambrai  qu'on  vit  cclorre 
Tannée  fuivante.  Tandis  qu'on  agi- 
toit  ces  grands  intérêts ,  Louis,  wii 
pour  tromper  les  efpions  du  pape , 
loit  pour  mieux  marquer  la  confiance 
qu'il  avoir  en  fon  miniftre  ,  pro- 
curoit  des  amufements  à  la  reine 
Germaine  ,  ou  s'entretenoit  familiè- 
rement avec  Gonfalve  qu'il  vouloit 
toujours  avoir  à  fcs  côtés  :  ce  fut  le 
dernier  triomphe  du  grand  capitaine. 
De  retour  en  Efpagne  ,  non -feule- 
ment il  n'obtint  pas  la  grande  mai- 
trife  de  faint  Jacques  j  mais  il  fut 
relégué  dans  fes  terres  où  il  eut  la 
douleur  de  voir  profcrire  8c  dépouil- 
ler de  leurs  biens  fes  parents  les  plus 
proches  ,  moins  fans  doute  â  caufe 
de  l'attachement  qu'ils  avpient  té- 
moigné d  Philippe  &  à  Maximiiien  ^ 
3ue  parce  qu'ils  avoient  le  malheur 
'appartenir  à  un  homme  qu'on  vou- 
loit perdre.  Il  dévoxa  eo  hlence  les 
affronts  &  les  injuftices  dont  on  fe 

F  iij 


11^     Histoire  i>e  France. 

plut  d  l'accabler ,  &  mourut  avec  |e 

ANN.-IÎ07.  regret  de  n'avoir  pu  fe  venger. 

Après  trois  jours  de  conférences  les 
deux  ircMS  fe  féparerent  pour  repren- 
dre chacun  de  fon  coté  la  route  de 
fes  Etats.  Anne  de  Bretagne  ,  qui 
s'étoit  apperçue,  depuis  le  départ  da 
roi ,  qiVelle  étoit.grofle  ,  le  conju- 
roit  de  hâter  fon  retour  ,  ne  vou- 
lant point  partir  de  Lyon  où  il  l'a- 
voit  laiGTée  fans  avoir  la  confolation 
de  le  voir.  Louis  traverfa  les  Alpes 
en  diligence  :  trouvant  que  la  grof- 
ftSp  de  la  reine  étoit  déjà  fort 
avancée  ^  il  prit  des  mefures  pour 
k  faire  tranfporter  en  fureté  au  châ- 
teau de  Blois  :  il  eût  bien  defiré  de 
raccompagner  dans  ce  voyage  j  mais 
les  mouvements  qu'on  appercevoit 
déjà  dans  les  cours  d'Italie  ,  lobli- 
gerent  à  ne  pas  s'éloigner. 
Gomc  de     Maximilieu  brùloit  d'exécuter  fes 

>4aximijicn   projets  fur  Titalie  ;  mais  le  zèle  du 

contre  la  Fr.  r      i  .        >      ,      . 

zc  les  véni- corps    Oermanique    ctoit    lenlible- 

liens.  ment   refroidi. ,  -Comme    depuis   la 

jn^inîani.  retraite  des  François  ,  Tobjet  qu'on 

cyivkar'  leur   avoir    annoncé  à  la  diète   de 

^' p. AftfrfzV. Confiance  ne  fubfiftoit  plus,  Maxi- 

Be'car,     miUcn  avoit  été  obligé  d'en  fubf- 


L  o  V  I  s  X  i  L  1 17 
tïtûer  un  autre  qui  les  intéreffoic 
beaucoup  moins  ,  celui  d'aller  prèn-  Aun.  lyoîà 
dre ,  telon  l'ufage  ,  la  couronne  Im- 
périale à  Rome.  Peu  importoit  aux 
éleûeurs  &,aux  autres  princes  que 
leur  chef  acquît  par  cette  ccrémo* 
nie  le  droit  de  fe  nommer  un  fuc- 
ceffeur  &  de  perpétuer  l'empire  dans 
fa  maifon  ;  ils'  ne  dévoient  pas  mê- 
me le  defirer  :  ainfi  a»  -  lieu  d'une 
armée  de  quatre  -  vingt  -  dix  mille 
hommes  qu'ils  lui  avoient  d'abord 
accordée ,  ils  fe  reftreignirent  à  trois 
mille  chevaux  &  à  neuf  mille  lanf- 
quenets  entretenus  à  leurs  frai$,  mais 
pour  fix  mois  feulement.  Avec  ce 
foible  fecours  &  ceux  qu'il  poùvoic  ,  y 

tirer  de  fes  Etats  héréditaire»,  Ma- 
ximilien  ne  défefpéra  point  encore* 
de  venir  à  bout  de  fes  detfeins.  L'Al- 
lemagne ,  la  SuifTe  ,  l'Italie  même  » 
lui  ofFroient  une  pépinière  inépui- 
fable  de  foldats ,  il  ne  s'agifloit  que 
de  trouver  de  l'argent  pour  les  fti* 
pendier.  Il  s'adrefla  donc  à  tous  les 
feudataires  de  l'empire  en  Italie  » 
prodigua  les  promettes  &  demanda 
des  fecours  en  raifon  du  deHr  qu'ils 
avoient  de  s'agrandir  ,  ou  du  be- 

Fiv^  '       • 


tiS  Histoire  de  Frakce. 
foin  où  ils  fe  trouvoient  de  fon 
AnN.  IÎ07.  affiftance.  Il  ne  demandoit  aux  Vé- 
niriens  qae  la  liberté  du  pafTage  > 
offrant  cependant  à  la  république 
d'étendre  les  pofleffions  dans  le  Mi- 
lanès  3  fi  elle  vouloit  contribuer  rai* 
fonnablemenc  aux  frais  de  la  guerre. 
11  demandoit  aux  Suites  dix  mille 
Iiommes ,  s'engageanc  à  leur  donner 
une  ceffion  abfotue  du  '  comté  de 
Bellinzone  ,  &  de  quelques  autres 
châteaux  à  leur  bienféance  dans  le 
Milanès  :  il  fit.  des  demandes  exor- 
bitantes au  -duc  de  Perrare  y  aux 
marquis  de  Montferrat  &  de  Man- 
toue  y  Se  à  h  république  de  Flor 
rence. 

Les  SuifTes  y  au  grand  étonnement 
de  l'Europe  ,  fe  déclarèrent  d  abord 
pour  Maximilien  leur  ancien  enne- 
mi y  &  promirentde  lui  donner  fix 
mille  hommes  ,  mais  à  condition 
qu'il  ne  les  emploieroit  point  contre 
les  François  Unxj^  alliés  :  ils  fe  flat- 
%  toient  apparemment  qu'à  la  faveur 
de  cette  réferve  ,  ils  feroient  goûter 
au  roi' une  démarche  &  extraordi- 
naire. Us  lui  envoyèrent  des  députés 
pour  lui  repréfenter  qu'étant  tenus 


Louis    XI  I.V    1^9 

{)at  les  anciennes  conftitutions  de 
eur  pavs  d'aflîfter  Tempereur  lorf-  Ann.  M07. 
qu'il  alloit  prendre  la  couronne  im- 
périale à  Rome  ,  ils  n'avoienc  pas 
cru  pouvoir  fe  difpenfer  d'accorder 
ce  fecours  fur  la  fommarion  qui  leur 
en  avoir  été  faire  y  que  la  précau- 
tion qu'ils  avoient  pnfe  le  rendoic 
inutile ,  au^cas  que  Maximilien  eue 
de  mauvais  defleins  fur  le  Milanès» 
&  prouvoit  clairement  qu'ils  n'en- 
tendoient  déroger  en  rien  i  leurs 
alliances  avec  la  France.  Le  piège 
étoit  groffier  :  car  il  étoit  clair  que, 
lorfque^  Maximilien  auioit  uni  ces 
trounes  au  refte  de  fon  armée  ,  il  ne 
conxulteroit  pas  les  cantons  fur  lu- 
fage  qu'il  en  devoir  faire  j  que  ces 
(ix  mille  hommes  féroient  obligés 
d'obéir  à  fes  commandements  ,  ou 
èxpofés  â  être  traités  comme  des 
re Dalles.  Louis  répondit  donc  aux 
députés  qu'il  ne  s  etoit  jamais  infor- 
mé à  quoi  ils  étoient.  tenus  par  leurs 
anciennes  conftitutions  ,  mais  qu'il  jé 

lui  paroifToit  (ingulier  qu'ayant  rompu 
toute  li^ifon  avec  le  corps  Germa- 
nique lorfqu'il  s'çtoit  agi  de  '  leurs 
intérêts  ,  ils  fe  montrarfent  fi  fcru- 
puleux  fur  l'exécution  de  quelques    -^ 

F  V 


ijo  Histoire  db  Francï* 
anciennes  conftitutions  ,  loriqu'ïl 
Ann.  if07.  s'agiffbit  de  ceu^  de  leurs  alliés  t 
que  les  ayant  affiftés  contre  Maxi- 
milien  ,  dans  une  guerre  abfolu-- 
ment  étrangère  à  la  France  ,  que 
leur  payant  encore  de  fortes  pen- 
sons pour  les  aider  à  fubfifter  ,  il 
s'éroit  attendu  à  quelque  reconnoîf-- 
fance  de  leur  part  :  que  cependant 
il  ne  prétendoit  point  les  forcer  i 
perfévefec  dans  Ion  alliance  >  s'ils 
trouvoient  de  plus  grands  avanta* 
ges  de  la  part  de  fbn  eniremi  :  que 
de  fon  côté  ,  il  pourroit,  lorfqu'il 
Je  jugeroit  à  propos  ,  Te  paffer  de 
troupes  auxiliaires  ,  ou  tirer  de  la 
Germanie  tous  les  lanfquenets  dont 
il  croîroit  avoir  befoin ,  oui  le  fer- 
viroient  fidèlement  ,  &  a  meilleur 
marché  que  les  Suiffes  :  qu'ils  euf- 
fent  donc  à  opter  promptement  , 
&  à  lui  faire  favoir  leur  dernière 
réfolution.  Les  Cancoxis  «'étant  af- 
femblés  pour  délibérer  fur  cette 
réponfe  ,  révoquèrent  les  fix.  mille 
hommes  promis  à  l'empereur  ^  Se 
s'engagèrent  à  ne  donner  aucun  fu- 
jet  de  plainte  au  roi ,  pendant  les 
deux  années  que  devoit  encore  du- 
rer leur  engagement.  Louis ,  fâchant 


Louis    XII.        t^tr 

tjtte  cet   avis   avoit   été   fi)rtemenq 

.  coml>^ttu    dans    l'aflemblée  j    qu'il  Ann.  ijoy^ 
n'avoit   paCTé   que  d  un    très  -  petit 
nombre  de  voix .,  comprit  qu'il  ne 

f>ouvoit  que  foiblement  compter  fur 
alliance  des  SuifTes  ;  aurKéu  de 
lâcher  de  les  regagner  j  II 'prit  des 
juefures  pçur  pouvoir  s'ea  paffer.  Il 
adreda  des  commiflions  au  capitaine 
Oder  d'Âidie  ,  à  Guillaume  de  la 
Hite ,  &  à  George  de  Durfort ,  pour 
lever  dix  mille  Gafcons  ^  &  les  con-* 
duire  en  Italie. 

Les  Vénitiens  croient  beaucoup 
plus  embarraffés  que  les  Suifles  ;  ils 
aiiroient  de/iré  de  garder  la  neutra- 
lire  ;  mais  la  fituation  de  leurs  états 
ne  le  permettoit  pas  :  il  falloit  nécef- 
fairement  accorder  ou  refufer  le  pafla- 
ge  :  quelque  parti  qu'ils  prîflent ,  ils 
ne  pouvoient  guère  efpérer  d'acquérir 
un  ami  folide  »  &  ils  étoienc  alTu- 
lés  de  fe  faire  un  ennemi  redou- 
table.  Leur  éternelle  jalonne  contre 
les  François,  les  mauvais  offices  qu'ils 
avoient  rendus'  au  roi  &  à  fon  pre- 
mier miniftre  ,  la  crainte  d'en  ref- 
fentir  tôt  ou  tard  les  eiFet» ,  Tefpé-  -^ 
rance  de  s'agrandir  dans  le  Milanès^ 
^*iU  contribuoieat  à  en  exclure  un  â 

F  vj 


iji     Histoire  de  France. 
dangereux  voifin  ,  les  faifoienc  pett^ 
ji^lU(wi5!Q7.  cher  du  côté  de  Maxittiilieti  ;  mai$ 
dTun  autre  côté ,  le  caraftere  de  ce 
prince  ambitieux  ,  inconftant  &  dif* 
fîpateur  ,   fa  qualité  d'Empereur  &c 
de  chef  de  la  maifon  d'Autriche  » 
^ui  fui  donnoit  des  droits  ou  des 
prétentions  fur   prefcj^e   toutes  les 
places  de  k  feigneurie ,  infpiroient 
contre  lui  une  forte  défiance.  Quel- 
que ardeur  qu'il  montrât  pour  cette 
chtreprife  ,  pouvoir  -  on  fe  flatter 
qu'il  perfévérât   long  -  temps  dans 
les  mêmes  fentiments  }  ne  l'aban-f 
donneroit  -  il  pas  bientôt  ,  comme 
prefque  toutes  celles  qu'il  âvoit  for« 
xnées  auparavant  ?  étoit  -  il  prudent 
de  s'aflocier  â  un  prince  indigent  y 
exigeant  >  &^  qui    fondoit  ,   pour 
aintt  dire  ,    fa  cai(Ie  militaire  fur 
la  bourfe  de  fes  alliés  ?  où  pren- 
droient-ils  Targent  néceffaire  pour 
.  fournir  à  fes  profuHons  ?  S'il  par- 
venoit  à  s'établir   dans   leur  voi(î<- 
ttage ,  ne  demanderoit-il  rien  au-delà 
des  termes  de  leurs  engagements  ? 
Ne  fongeroit-il  point  à  réveiller 
d'anciens    titres  ,    éteints  par  une 
longue  prefcription  ?  Ne  vendroit-' 
U  point  fa  proreâion  aa  pape ,  au 


Il  ô  vis    XII.       ijj 

ànc  de  Ferrare,  au  marquis  de  Man- 

toue  ,   qui  tous   réclamoient  quel- ^j^j^^  j^^^^^ 
que  domaine  de  la  feigueUrie  ,  Se 

aui  ne  manqueroient  pas  de  le  pren- 
re  pour  juge  ?  Ncgligeroit-il  une 
fi  belle  occaHon  d'étendre  fon  au*  | 

torité ,  &  alors  que  deviendroit  la  i 

république  5  ôc  quels  alliés  oppofe-  | 

roit-elle  à  tant  d  ennemis  ?  Ces 
confidérations  portoient  les  Véni- 
tiens à  rejetter  la  demande  de  Ma* 
ximilien  ;  il  n'y  avoir  qu'un  moyen 
de  fe  tirer  de  cet  embarras  :  c'étoit 
de  perfuader  à  ce  prince  de  prendre. 
une  autre  route  ,  plus  longue  à  la 
vérité  5  mais  plus  facile  ,  &  moins' 
bien  gardée  que  la  première.  It 
pouvoir ,  en  partant  de  la  Franche- 
Comté  ,  où  ion  autorité  ctoit  recon- 
nue ,  traverfer  une  partie  des  terres 
du  duc  de  Savoie ,  &  pénétrer  dany  v 

le  duché  de  Milan ,  ou  il  n'auroit  i 
combattre  que  les  François.  Les  dé- 
putés des  Vénitiens ,  en  lui  annon- 
çant le  refus  de  la  feigneurie  >  ne 
manquèrent  pas  de  lui  indiquer  ce 
projet  :  il  eût  été  excellent  trois 
ans  auparavant  »  dans  le  temps  que 
Philibert  ,  fon  gendre  ,  gouvernoî* 
la  Savoie  ;  mais  le  duc  Charles  ^ 


1^4  HrsTOiRB  DE  Francï. 
qui  lui  avoir  fuccédé ,  étant  dcvotié; 
Ann.  If 07.  à  la  France  ,  n'auroit  pas  manc|uc 
de  lui  dîfputer  le  pauage  fur  fes. 
terres  :  en  iuppofant  même  que  Ma- 
ximilien  eût  pi  l'emporter  par  force 
ou  par  furpnfe  ,  il  fe  feroit  trouvé 
enfermé  en  Italie  ,  fans  aucune  corn- 
inunicacion  avec  lë  refte  de  fes  Etats» 
fans  reflburce  ,  &  même  fans  afylej 
après  une  défaite.  S'il  feignit  de  l'a- 
dopter ,  s'il  envoya  même  un  corps 
de  troupes  &  un  train  d'artillerie 
de  ce  côté ,  ce  fut  uniquement  pour 
donner  le  change  aux  Vénitiens  , 
dont  il  avoir  dcmclé  la  rufe  ,  & 
qu'il  efpéroit  de  prendre  au  dépour- 
vu. Louis  fut  fi  fatisfait  du  p^rti 
que  venoient  de  prendre  les  Véni- 
tiens ,  qu'il  leur  envoya  fur-le- 
champ  une  armée  de  cinq  cents 
lances  ^  &  de  cinq  mille  hommes 
de  pied  ,  commandée  par  le  maré- 
chal Trivulfe.  Tranquille  du  côté 
de  l'Italie  ,  6c  conHaérant  que  la 
faifon  étoit  déjà  fort  avancee^ ,  il 
quitta  Lyon  pour  retourner  à  Élois  , 
où  d'autres  affaires  l'attendolent. 
à^uiS^hc]^  Nous  avons  vu  qu'après  la  mort 
gouvernante  de  Tarchiduc  Philippe ,  Louis  >  bor- 
iic«  Pays-Bas.  ^j^j^ç  ^^^  ambitioa  à  exclore  Temt 


L  o  u  I  s    XI I.        ii$ 
perear  de  1  adminiftration  des  Pays- 
Bas  ,   avait  engagé  les  Flamands  à  Ann.  ifcTr 
compofer  eux-mêmes  un  confeil  de  ^««r.  -^«/ 
régence  j  qvi'il  avoir  promis  de  les  p;;^,^^^,/^ 
proréger,  &  <jue  pour  les  convain-f'^. 
cré  de  ces  difpomions  pacifiques,  ^^JJf'"^'^ 
il  avoir  retiré  les  troupes  auxiliaires    -^uton, 
envoyées  précédemment  au  doc  de  loJi^^xil^ 
Gueldres.   Cet   arrangement   auroit 
fuffi ,  (î  perfonne  n'eut  été  intérelTé 
à  le  renverfer  ;  mais  pouvoit-on  fe 
flatter   que  Maximilien  ,  après  un 
pareil  affront ,  reftât  tranqmlle  ,  & 
que  beaucoup  de  gens  ^  mécontents 
de  n^avoir  pas  obtenu  les  emplois 
qu'ils   defiroient  ,    ne    fiiflcnt    pas 
très-difpofés    â   le   féconder  ?  Les 
gouverneurs  des  places  voifines  de. 
laGueldre ,  firent  des  irruptions  dans 
ce  duché  :  il  étoit  impodible  à  Char- 
les d'Egmont  de  fe   borner  ,  dans 
cette  oecafion  ,  à  une  guerre  pure- 
ment défenfive  ,    puifque   n'ayant 
point   aflez   de    revenus  pour  fou- 
doyer  fes  troupes ,  il  ne  pouvoir  les 
conferver  qu'en  leur  permettant  le 
pillage.  11  recommença  donc  fes  cour- 
fes  dans  la"  Hollande  &  le  Brabant. 
Ces  deux  provinces  ,  qui  relevoienc 
de.  l'empire  ,  voyant  qu'elles  n'a-* 


tjg  Histoire  »b  Francs* 
voient  aucun  fecours  à  efpérer  du  con- 
AHH.1S07,  feil  d'adminiftracion ,  eurent  recours 
à  Maximilien ,  &  lui  déférèrent ,  en 
leur  nom  ,  la.  régence  de  Charles  de 
Luxembourg  :  les  autres  ,  affoiblies 

Ear  cette  defertion  l  menacées  par 
[enri  VU  9  roi  d'Angleterre  ,  qui 
craignoit  que  4'autoritc  de  Louis  ne 
s  affermît  dans  les  Pays-Bas^  aban- 
données à  leur  jaloufie  inteftine  » 
depuis  le  départ  du  roi  pour  l'Ita- 
lie y  balançoient  encore  fur  le  par- 
ti qu  elles  dévoient  prendre  ,  lorf- 
qu'un  événement  ,  peu  important 
en  lui-même  ,  acheva  de  les  aliéner 
de  la  France.  Deux  gentilshommes 
du  pays  d'Aunrs ,  qui  avoienc  fervi 
avec  diftinâibn  dans  le  royaume  de 
Naples ,  fâchant  aue  la  guerre  étoit 
ouverte  entre  le  duc  de  Guêldres\  & 
les  Pays-Bas ,  équipèrent  deux  vaif- 
feai|ix ,  levèrent  cinq  cents  hommes  , 
fans  en  rien  communiquer  à  la  cour  » 
&  pour  autorifer  le  brigandage  qu'ils 
.  fe  propofoient  d'exercer ,  ils  envoyé-; 
rent  demander  au  duc  fon  aveu  &  un 
brevet  de  capitaines.  Jean  Chappe^ 
ton  y  &c  Antoine  d'Auton  y  ain(î  fe 
nommoienr  ces  deux  gentilshommes^ 
ayant  obtenu  Tavea  qu  iU  demaar 


i 


L  o  u  r  s  X  I  L  ij7 
«JQient  y  fe  mirent  en  mer  ,  couru^ , 
rent  fur  tomes  les  barques  &  les  vaif-  A«n.  1507. 
(eaux  marchands  des  Pays  «fias,  5C 
firent  des  prifes  conildérables.  Cette 
odieufe  piraterie ,  qu  on  ne  put  ré- 
primer affez  ^tôt ,  parce  qu'on  n'en 
avoir  aucune  connoiiïance  ,  fouléva 
^  toutes  les  villes  de  la  Flandre.   Les 

Ïartifans  de  la  France  furent  réduits 
garder  le  filence  ^  &  l'on  envoya 
promptenient  des  ambatTadeurs  d 
Maximilien ,  pour  le  prier  d'oublier 
le  pa(ré ,  de  prendre  la  défenfe  d'un 
peuple  qui  n'efpéroit  plus  qu'en  lui, 
&  de  vouloir  bien  fe  charger  de  l'ad- 
miniftration  des\  Pays  Bas  ,  pendant 
le  bas -âge  de  fon  petit*  fils.  Ma)ti-  • 
milien  accepta  leurs  foumiffions  ; 
mais  toujours  occupé  de  fon  expé» 
-édition  d'Italie,  &  ne  pouvant  fe 
tranfporter  lui-même  dans  ces  pro« 
vinces  éloignées ,  il  fe  fit  remplacer 
par  Marguerite  d'Autriche  fa  fille  ^ 
veuve  en  fécondes  noces  de  Phili- 
bert ,  duc  de  Savoie,  tante  da  jeune 
Charles  de  Luxembourg  ,  princeflfe 
d'un  génie  profond  &  diflîmulé ,  éle- 
vée dans  l'adverfité ,  formée  au  ma- 
nège i  la  cour  de  Ferdinand  ,  dans 
k  temps  qu*elle  étoit  fa  bru ,  envo!» 


138        HlSTOlRt    DE   FrAKCC. 

nîmée  contre  la  Framre  ,  où  ellô 
Ann.  ifoy.  n*avoit  reçu  que  des  affronts  ,  enHn 
rennemi  le  plus  dangereux  &  le 
plus  opiniâtre  que  la  fortune  pût  fuf- 
.  citer  i.  la  monarchie* 
^''— — ^  Encouragé  par  ce  premier  fuccès  , 
Ahh.isouSç  impatient  de  fe  montrer  en  Ita- 
lie ,  Maximilien  faifoit  des  levées 
dans  fes  Etats  Héréditaires.  Crai- 
gnant dé  perdre  en  préparatifs  les 
MX  mois  pendant  lefquels  l'empire 
devoit  foudoyer  fon  armée,  il  rarfem- 
bla  vingt-quatre  mille  hommes  dans 
les  environs  de  Trente ,  &  vint  fe 
renfermer  dans  cette  ville  fur  la  fin 
de  janvier.  11  avoir  dé;a  détaché  un 
corps  de  troupes  du  côté  de  la  Fran- 
ce-Comté, pour  donner  de  rinquié- 
tude  aux  François  ;  il  en  détacha  ua 
autre  dans  le  Frioul  ,  pour  attirer 
les' forces  des  Vénitiens  de  ce  côté  5 
&  fe  tint  prêt  à  franchir ,  avec  le 
gros  de  fon  armée ,  les  paffages  qu'il 
devoit  trouver  dégarnis.  Après  avoir 
fait  fermer  les  portes  de  la  ville , 
&^  pris  toutes  les  précautions  nécef- 
faires  pour  que  jperfonne  n'en  pût 
fbrtic  ,  il  ordonna  une/proceffion 
générale  ,  ^dans  laquelle  l'evêque  de 
ëurk  ^  fon  chancelier  ^  annonça  ^ 


Louis    XII.        1^9 
fuiraot   la  formule   ordinaife  ^  le  I 
deflein  où  étoit  t empereur  élu  ^  d'al- Ann./îoS* 
1er  prendre  la  couronne  impériale 
à  Rome.  La  cérémonie  achevée  ^  il 
parc  brufiquement  de  Trente  ,  em- 

f)orte  quelques  forts ,  traverfe  les  défi-  ^ 
es ,  &  s'avance ,.  fans  beaucoup  d'obf- 
tacles,  jufqu*à  quatre  milles  de  Vi- 
cence.  Là,  il  apprend  que  le  co'mto" 
de  Pétiliane ,  général  des  Vénitiens, 
&  le  maréchal  Trivulfe ,  tvec  Varmée 
auxiliaire  des  François  ,  marchent  à 
lui ,  dans  la  réfolution  de  lui  livrer 
bataille  »  tandis  que  TÂlviane  ,  au- 
tre général  de  la  république  ,  con- 
duifoic ,  dans  le  Frioul  ^  une  féconde 
armée  :  étonné  de  ne  recevoir  au- 
cune nouvelle  de^  troupes  qui  dé- 
voient le  fuivre ,  Maximilien  laifle 
à  Trautfort ,  l'un  de  fes  lieutenants^ 
la  conduite  de  cette  première  divi-** 
fion  ,  &  retourne  à  Trente  ,  pour 
hâter  la  marche  des  troupes  qu'il 
comptoir  y  trouver  ;  elles  n'étoient 
point  encore  arrivées.  Défefpéré  de 
ces  délais  ,  il  convoque  une  nou-* 
velle  diète  dans  la  ville  d'Ulm ,  ou 
il  fe  plaint  amèrement  de  la  froi- 
deur au  corps  Germanique  â  fecon« 
..  der  fes  efforts  :  jamais  la  foibleilè^ 


140     Histoire  de  pRANee^ 

du  chef  de  l'empire  ne  fe  montra 

Amn.  ifot.  plus  à  découvert  que  dans  cette  oc- 
cafion  :  U  guerre  etoit  à  peine  com- 
mencée >  &  déjà  Maximiiien  propo-* 
foit  d'engager  les  pierreries  de  fa 
cour^ne  pour  faire  fubfifter  une 
foible  armée ,  que  la  défertion  &  la 
difette  détruifoienc  journellement. 
Trailtfon  ne  recevant  point  de  fe- 
cours  ,  &  à  la  veille  de  fe  trouver 
enfermé  ,  livra  bataille  à  Trivulfe 
&  au  comte"  de  Pétiliane  ;  il  fut 
défait ,  comme  il  s'y  étoit  attendu , 
mais  il  fauva  une  partie  de  fes  trou- 

Ees.  L*Alviane ,  de  fon  côté  ,  ayant 
attu  les  Impériaux  dans  le  Frioul, 
s*emj>ara  de  toutes  Us  places  ^ue  la 
mai  (on  d'Autriche  poflcdoit  encore 
dans  cette  province.  La  prife  de 
oTriefte  flatta  d'autant  plus  les  Vé- 
nitiens ,  que  c'étoit  le  feul  port 
confidérable  qui  ne  leur  appartînt 
pas  fur  la  mer  adriatique.  L'Alviane 
s'étant  joint  aux  deux  autres  gêné* 
taux ,  vouloir  qu'on  afliégeât  la  ville 
de  Trente  ;  mais  Trivulfe  ,  qui 
ne  croyoit  pas  qu'il  fut  de  l'intc- 
tèt  de  fon  maître  que  la  pui(îance 
des  Vénitiens  s'accrut  fi  rapide- 
ment ,   refufa  de  prendre  part  i 


Louis  X  I  T.  141 
ce  ftege  ^  fans  avoir  reçu  aiipara- 
Tant  de  nouveaux  ordres  :  cette  r^-  Ann.iîoS. 
fiftance  difpofa  les  Vénitiens  à  prê- 
ter Toreille  aux  propoHcions  de  i  em- 
pereur. 

Après  s*ctre  donné  beaucoup  de.  Traîté  parti- 
mouvements  mutiles  ,  Maximihen  aitiem.  lU 
s'étoir  éloigné  du  rhéâtre  de  la  euer-  iiwiiQjofent 

r   ^    t    r  •  /•        F      '    comr  eux 

re  ;  on  rut  pluljeurs  jours  fans  lavoir  toucei  les 
ce  qu'il  étoit  devenu.  Le  danger  au-  puiiTjmces  d« 

auel  étoient  expofés  fes  pays  héré-     ^c2ctiutf 
uaires  ,  le  rappella  ,  pour  ain(i  di-  éin^ 
re ,  a  la  fociété.  Il  envoya  propofer    f^*^;^ 
aux  Vénitiens  une  trêve  ou  un  traité    ^uiotu 
de  paix  ,    aux  conditions  les  plus    |"/fj'* 
avantageufes  qu'ils  puiTent  de(îrer,    f.Mvti¥, 
exigeant  fimplemenc  que  les  Fran-*'^*^'^'* 
cois  n'y  fulTent  point  compris  :  le 
lénat ,  s'appereevant  que  l'empereur 
cherchoit  a  brouiller  la  république 
avec  le  rot  de  France ,  ç'obftin^  à  ne 
point   vouloir    entendre   parler  de 
paix  ,  (i  le$  miniftres  François  n'é- 
toient  admis  au  congrès  »  comme 
parties  contraûantes.    Ceux -ci  de- 
manderenc  que  la  trêve ,  ou  la  paix 
qu'on  alioit  conclure  ,  fût  générale  , 
6c  s'étendît  non  -  feulement  à  tous 
les  alliés  que  le  roi  avoir  ap  -  deli 
des  mont$ ,  mais  au  4uc  ç}c  Guel^ 


142     Histoire  de  France. 
î  jdres  5  qui  ne   pôuvoit  fe  foutenîr 

ANN.ifoS.  coiitre  la  puiflante  maifon  d'Autri- 
che ,  fans  Tafliftance  des .  François. 
Peu  importoit  aux  Vénitiens  ce  que 
deviendroit  ce  duc  :  au  comraire  » 
il  leur  fembloit  avantageux  de  laif» 
fer  une  fenience  de  guerre  entre  le 
roi  de  France  &  l'empereur  ,  qui 
leur  paroiffbient  également  formi- 
dables y,  car  quel  qu'en  dût  être  l'é- 
vénement ,  ils  prévoyoient  qu'ils 
s*afFoibliroient  mutuellement  ,  q^ue 
le  plus  foible  en  feroit  plus  dif- 
pofe  à  rechercher  leur  alliance  » 
lans  que  le   vainqueur  en  fût  plus 

"'  en  état  de  leur  nuire  >  &  qu'il  n6 

Eouvoit  en  réfulter  ,  pour  la  répu- 
lique  ,  qu'une  nouvelle  occauon 
de  s'agrandir.  Ainfi  l'empereur  » 
ayant  offert  une  trêve  de  trois  ans  » 
avec  la  permiflîon  de  garder  &  mê- 
me de  fortifier  ,  comme  ils  le  ja- 
geroient  i  propos ,  toutes  les  places 
du  Frioul  &c  de  Tlftrie  ,  qu'ils  lui 
avoient  enlevées  ,  Se  ayant  protefté 
en  même-temps  ,  qu'il  n'entendroic 
â  aucun  accommodement  >  s'ils  ne 
fe  défiftoient  de  faire  caufe  com- 
fliune  avec  le  duc  de  Gueldres ,  en- 
xra  £  bien  dans  leurs  vues  ^  que  > 


Louis    XII.        145 

Tans  aucun  égard  aux  prières  ,  aux 
réproches  ,  ni  aux  menace^  des  mi-  Akw,  ^^o»* 
niftres  François  ,  ils  lignèrent  un 
traité  particulier  ,  où  il  n'étoit  fait 
aucune  mention  du  <iuc  de  Guel- 
dres  ,  ni  du  roi  de  Ff ance  ,  auquel 
on  réferva  fimplement  la  faculté  de 
déclarer  dans  trois  mois ,  s'il  vouloit 
y  être  compris.  Quand  au  lieu  d'un 
roi  de  France  v  duc  de  Milan  ,  les 
Vénitiens  n'auroient   eu  pour  allié 

3u'un.duc  d'Urbin,  ou  un  marquis 
e  Mantoue  ,  ils  n'auroient  pa 
agir  avec  plus  de  hauteur  qu'ils  le 
firent  dans  cette  rencontre.  Cet  af- 
front réveillant  le  fouvenir  de  tous 
-  les  fujets  de  plaintes  qu'on  avoit 
déjà  contr'eux  ,  les  brouilla  irrévo- 
cablement avec  la  France.  Une  dé- 
marche infolente  outra  contr'eux 
l'empereur.  Voulant  honorer  la  va- 
leur &  la  bonne  conduite  de  l'Al- 
viane  ,  leur  général  ,  qui  venoit 
d'étendre  le  domaine  de  la  répu« 
blique  »  ils  lui  décernèrent  un  triom-; 
phe  ,  où  Maximilien  &  les  Alle- 
mands furent  donnés  en  fpeftacle  , 
&  fervirent  de  rifée  à  la  plus  vile  - , 
populace.  Ils  croyoient  en  cela  ne 
faire  qu'imiter  les. anciens  Romains ^ 


X44     HifTOiRE  DE  Francs. 
auxquels    ils  avoienc   la   vanité  Je 
A^K.  j{o8.  fe   croire    fabdicués  :   mais  ils   ne 
^  YéâéçhifToienc  pas  que  ce  qui  pou- 

vpic  convenir  à  un  peuple  de  foU 
^acs  ,  plu3  nombreux.  Se  mieux 
difcipliné  que.fes  voiiîns  ^  ne  coiH"- 
venoïc  en  aucune  manière  â  une 
fociécé  de  commerçants  ,  qui  n'a^ 
voit  que  des  mercenaires'  ppur  dç>- 
fenfeurs ,  qui  ne  figuroit  dans  l'Eu* 
rope  qu'en  divifanr  Tes  voiGn$  y  8c 

3ui  devoir  rentrer  dans  le  néant  ^ 
es  que  ces  voisins  ,  oubliant  leur  ^ 
éternelle  jaloufie ,  fe  çoncerteroien; 
pour  r$ccabler.  Cependant ,  comme 
H  le  roi  de  France  &  IVmppreur 
n'euilent  pas  encore  fuffi  pour  les 
'  perdre  ,  ces  aveugles  républicains 
lemblerent  prendre  plailir.  à  braver 
le  retTentiment  de  Jules  IL  Louis  » 
plus  puiflTant  qu'eux  ,  venoit  d*être 
contraint  »  par  les  imporrunité$  da 
pontife  9  à  chalTer  dji  duché  de 
Milan  les  BentivQglio  ^  convaincus 
d^entretenir  de$  intelligences  à  Bof 
logne ,  Se  4  y  ^vpir  tramé  une  conf- 
piracion.  Les  Vénitiens  ,  toujours 
orouillé?  avec  le  pape ,  depuis  qu'ils 
avoient  refufé  de  lui  rendre  Faenza 
«Se  Rimini  ^  'dpnnerenp  une  retraite 


Louis  X  I  I.  <  145 
i  ces  fugitifs  ,.  &  les  mirent  plus  à| 
portée  que  jatnais  de  continuer  leurs.ANN.isoS. 
pratiques.  A  cette  première  morti- 
fication fe  joignit  une  marque 
de  mépris ,  qui  pouvoir  être  regar- 
dée comme  une  injure  perfonnelle. 
L'évêché  dç  Vicence  étant  venu  à 
vaquer  en  cour  de  Rome,  par  la 
mort  du  cardinal  de  là  Rovere  ,  le 
pape  ne  manqua  pas  d'en  difpo- 
fer  en  faveur  d'un  autre  de  fes  ne- 
veux î  fans  égard  pour  cette  colla- 
tion ,  te  fcnat  y  nomma  quelque 
temps  après  un  gentilhomme  Vé- 
nitien, qui  s'en  mit  ep.  pofleflîon  , 
&  qui,  fur  le  refus  que  fit  le  pape 
de  confirmer  fa  nomination  ,  s'in- 
,  titula  :  Evêque  élu  de  Victnct  par  la 
grâce  du  très  ^  excellent  ^confùl-  des 
FregatL  II  n'en  falloir  pas  tant  pour 

1)OU^r"à  bout  Thomme  du  monde 
e  moins  patient.  Trop  foible  pour 
tirer  par  lui-même  raifon  de  ces 
ofFenfes  ,  Jules  chercha  des  vengeurs: 
il  s'adrefTa  à  f  empereuil^  au  roi  de 
France  lui-même  ,  qu'il^haiïToit  & 
qu'il  craignoit  plus  eilcore  que  les 
Vénitiens  :  il  les  trouva  l'un  Se 
l'autre  difpofés  â  féconder  fa  haine* 
Un  autre  prince  fe  joignit  à  cette 
Tome  XXII.  Q 


i 


ïj^6  HISTOIRE  DE  France. 
ligue  ^  redoutable  ;  non  par  haine  ni 
A^N.ifoS.  par  aucan  refTentimenc  particulier , 
mais  par  poUtiaue  &  par  un  inté* 
têt  fordide.  Ferdinand  le  Catholique 
avoir  les  plus  grandes  obligations  aux 
Vénitiens  :  il  leur  devoir  en  partie  le 
royaume  de  Naples  ;  mais  la  recon* 
noifTance  étoit  un  fentiment  étranger 
au  cœur  de  Ferdinand.  Ils  tenoienc 
par  engagement  quatre  ou  cinq  pla« 
ces  fortes  dans  la  Pouille  j  il  vou-* 
loir  y  rentrer  fans  acquitter  le  prix 
de  l'engagement ,  &  cependant  il 
n'ofoit  leur  déclarer  la  guerre ,   de 

feur  que  s  adreflant  ,  foit  au  roi  de 
rance  ,  foie*  â  Tempereur  ,  ils  ne 
contribuaflTent  à  le  renverfer  d'un 
trône  ufurpé  8c  mal  affermi.  Il  fal- 
loir ,  pour  ne  rien  rifquer  ,  "  com« 
mencer  par  les  brouiller  irrévocable- 
inent  avec  ces  deux  fouveraifts,  aux«- 
quels  ils  n'eulTent  pas  manqué  de 
recourir.  C'eft  fur  ces  principes  qu*il 
avoir  manœuvré  a  l'entrevue  de  Sa* 
vone ,  ^l>i|ipc  du .  defir  qu'avoir  le 
cardinal  d^mboife  de  parvenir  à 
ta   papauté  :  il  n'avoir  pas    eu  de 

freine  à  lui  perfuader  qu'en  concile- 
tant  les  intérêts  des  principales  puif 
(aace$  d^  TËarope»  ic  en  fe  déU« 


L  o  4j-  ï  s  X  I  ï^  147 
vrant  des  Vénitiens ,  qui  avoîent  un  f; 
intérêt  fenfîble  à  l«s  divifer  ,  ils*aflu-  ann,  ifo8» 
reçoit  la  tiare  ,  foit  après  la  mort 
de  Jules  ,*  qui  ne  pouvoir  être  fore 
éloignée ,  foit  en  aflenablant  un  con- 
cile général  ,  dont  toute  l'Europe 
fenroit  le  befoin ,  &  dans  lequel 
ce  pontife  fimoniaque  feroit  dépofé. 
Depuis  l'entrevue  de  Savone ,  Fer- 
dinand avoir  eu  de  nouvelles  raifons 
de  Ce  fortifier  de  plus  en  plus  dans  > 
fon  projet.  Maximilien  ,  reconnu 
pour  tuteur  de  fon  petit- fils,  &  ad- 
miniftrateur  général  des  Pays  Bas  , 
venoit  d'acquérir  des  facilités  pour 
entretenir  une  correfpondance  fuivie 
avec  les  Etats  de  Caftille.  Prefque 
tous  les  grands  de  ce  royaunie  étoienc 
dans  fes  intérêts  :  les  rois  de  Na- 
varre Se  de  Portugal ,  qui  ne  pou- 
voient  voir  fans  effroi  les  couronnes 
de  Caftille  &  d'Aragon  réunies  fur 
la  même  rête  ,  appuyoient  le  parti 
des  mécontents  9  &  appelloient  Ma« 
ximilien  en  Efpagne.  Ferdinand  oc*« 
cupé  à  détruire  ce  parti ,  avoir  le 
plus  vif  intérêt  à  donner  de  l'occu- 
pation à  l'empereur  du  coté  de  l'Âlle* 
magne  ^  il  commit  le  foin  d'ache- 
ver la  négociaoion  commencée  avec 
Gij 


14S  Histoire  de  France.' 
le  cardinal  d'Âmboife ,  9,  Margqe^ 
Ann.  150S.  rite  fa  bru ,  gouvernante  des  Paysrr 
Bas  :  il  ne  pouvoit  choifir  un  nii- 
niftre  plus  adif  &  plus  intelligent; 
/  Marguerite,  quoique  très-attachée 
à  fon  père,  vivoit  en  bonne  intellir 
genize  avec  Ferdinand  ,  dont  elle 
11  avoit  point  eu  à  fe  plaindre  penr 
dant  tout  le  temps  qu^elle  avoit  de- 
meuré en  Efpagne.  L'intérêt  de  fon 
^  pupile  exigeoit  qu'elle  continuât  à 
le  ménager  j  car  s'il  n'avoit  point 
d'enfant  de  Germaine  de  Foix ,  fa 
féconde  femme ,  comme  on  com- 
mençoit  i  le  croire ,  Charles ,  fon 
petit-fils  ,  n'étoit  pas  moins  fon 
héritier  que  celui  de  Maximilien. 
Il  étoit  donc  important  de  lui  in- 
fpirer  de  bonne  heure  des  fentiments 
dé  père  pour  cet  illuftre  rejetton  de 
la  maifoh  d'Autriche  :  un  autre  in- 
térêt, *moins  grand  à  la  vérité ,  mais 
plus  voifin  &  plus  preflTant  ,  ani* 
moit  encore  le  zèle  de  Marguerite. 
Le  duc  de  Guêldres  lui  donnoit  des 
alarmes  continuelles  ,  &  elle  avoir 
reconnu  combien  il  feroit  difficile 
de  réduire  cet  ennemi  opiniâtre  , 
tant  qu'il  feroit  foutenu  par  la  Fran- 
ce» Lé  feul  moyen  de  s'en  délivrer^ 


Louis  XII.  i49 
croît  d'embarquer  Louis  dan^  des  ^— — * 
affaires  fi  férieufes  &  fi  imporran-  /^^n.  ifos* 
tes,  quil  perdît  de  vue  ce  foible 
allié ,  ou  qu'il  fe  trouvât  forcé  de 
le  facrifier.  Elle  prefla  ,  elle  conjura 
l'empereur  fon  père  ,  par  Tintérêt 
qu'il  devoir  prendre  à  fon  petit- 
fils  ,  de  faire  trêve  pour  un  temps  d 
la  haine  qu'il  avoit  vouée    à  Louis  ' 

&  à  Ferdinand  ;   elle  lui  montra  la 
gloire   &  le  profit  qui  l'attendoient     . 
en  Italie  j   enfin  elle  fut  fi  bien  ti- 
rer parti  de  fon  reflentiment  contre   . 
les    Vénitiens  ,    qu'elle  obtint    de 
pleins  pouvoirs  pour  traiter  avec  Iç 
miniftre  du  roi  de  France.  La  guerre 
étoit  plus  vive  que  jamais   entre  le 
duc  de    Gueldres  &    les  provinces 
âes  Pays-Bas  :  on  convint  d'une  trêve, 
de  quarante  jours ,  pendant  laquelle, 
Marguerite  d'un  côté,  &  de  l'autre 
le  cardinal  d'Amboife ,  tiendroient 
des  conférences  dans  la  ville  de  Cam* 
brai ,  pour  parvenir  à  une  pai:^  finale. 

Ces  conférences  ne  pouvoient  n^^^  je 
alarmer  les  Vénitiens  ;  ils  avoient  cambrai, 
dû  s'y  attendre  ,  ils  y  avoient  don-  ^^^^Jf^* 
né  lieu,  en  refufant  à  Trente  de  Cuicchaf 
mêler  leurs  intérêts  à  ceux  du  duc  '^'ï;  ^  .. 
4eL  Gueldres  ,  &  en  fe  hâtant  de  Latrcs  d^ 
G4ij  • 


i$o     Histoire  de  Fkakce. 

concIure^  un  traité  particulier  avec 

Anh.  ifo8.  la  maifon  d^Àuctiche*   Ils  ne    pou- 

JLouU  x/i.   voient  fe  plaindre  de  n*y  être  point 

f'^S^.'     appelles ,  puifque  les  objets  qui  de- 

Pomaiu     voient  s'y  traiter ,  leur  étoient    de- 

venus  entièrement   étrangers.   Pour 

ne  leur  donner  aucune  défiance  ,  on 

n'y  appella  qu'un  très-petit  nombre  de 

perfonnes  :  Marguerite  d'Autriche,  au 

nom   de  Maximilien  fon  ^ere  ,    Se 

de    Ferdinand   fon    ancien    beau* 

{)ere  ,  le  cardinal  d'Amboife  ,  pour 
e  roi  de  France  &  le  pape ,  fe  ren- 
dirent â  Cambrai ,  fans  éclat ,  ac- 
compagnés feulement  de  cinq  ou  fis 
jurifconfultes  habiles,  dont  ils  vou- 
loient  s'aider  pour  réclaircilTement 
de  quelaues  points  contentieux  de 
droit  public.  II  falloit  commencer 
par  fixer  les  loix  de  la  dépendance 
des  principales  provinces  des  Pays* 
Bas,  à  regard  de  la  couronne  de 
France ,  tranfiger  fur  les  plaintes 
refpeûîves  excitées  à  cette  occaiîon , 
&  empêcher,  s*il  étoit  poflîble  ,  qu'il 
ne  s'en  élevât  de  nouvelles.  Louis 
ne  vouloit  point  fe  relâcher  fur  les 
droits  de  fa  couronne  ;  Marguerite 
ne  vouloit  rien  perdre  des  préroga- 
tives  quavoient  ufurpées  les   der- 


L  ô  tt  î  s    Xîï.        151 

tiîers  ducs  de  Bourgogne.  On    dif- 1 ^ 

f)uta  de  part  &  d'autre  avec  cha-  ann.  150». 
eut  ;  on  fut  plufieurs  fois  à  la  veille 
de  fe  féparer  :  Nous  nous  fommes  , 
écriyoit  Marguerite ,  mortjîeur  U  &'- 
gat  &  moi ,  cuidi  prendre  au  poiL 
Dans  rimpoflibilité  où  Ton  fe  trouva 
de  prendre  un  arrangement  défi- 
nitir ,  on  convint  de  fufpendre  la 
décifion  des  queftions  les  plus  diffi* 
cHès ,  &  toutes  les  procédures  com- 
mencées au  parlement  de  Paris  ,  jus- 
qu'à ce  que  l'archiduc  Charles  fur 
parvenu  à  l'âge  de  majorité ,  &  ren- 
dît rhommage  auquel  il  étoit  tenu  s 
en  attendant,  il  dut  jouir  de  fes 
Etats ,  comme  en  avoit  joui  fon  père 
fous  la  mouvance  de  la  couronne  $ 
le  reflfbrt  du  parlement  de  Paris  ^ 
&  en  prenant  chaque  année  des  let- 
tres du  roi  ,  pour  être  autorifé  à 
lever  des  fubhdes  fur  l'Artois.  On 
fuivit  à  peu-près  la  même  marche 
par  rapport  au  duc  de  Gueldres. 
L'empereur  ne  vouloir  le  regarder 
que  comme  un  féditieux  &  un  ré- 
volté j  il  croypit  lui  faire  grâce  en 
le  remettant  dans  la  même  pofirion 
où  l'avoir  laiffé  l'archiduc  Philippe, 
€n  partant  pour  i'Efpagne.  C'eût  hé 

G  iv 


iji  Histoire  db  France. 
le  dépouiller  du  titre  &  des  droits 
Ann.  iyo8.  de  fouvetain,  pour  le  réduire  au 
rang  &  à  la 'qualité  d'un  gentil- 
homme opulent.  Après  les  avanta«* 
ges  .qu*il  avoir  remportés ,  &  dans 
la  podtioa  où  il  fe  trouvoir ,  une 
pareille  proportion  ne  pouvoir  paf- 
1er  que  pour  une  injure  :  Margue- 
rite ,  après  de  longs  débats  ,  fut 
obligée  d'y  renoncer.  On  régla  que 
Charles  d'Egmond  jouiroit  par  provi- 
sion des  duché  de  Queldres  &  comté 
de  Zutphen  ;  qu  il  rendroit  au  jeune 
archiduc  trois  ou  quatre  places , 
€Ïont  il  s'étoit  emparé  en  Hollande; 
que  le  jeune  archiduc ,  de  fôn  côté , 
lui  remeitroir    quelques  châteaux,. 

3u'il  tenoit  encore  dans  le  duché 
e  Gueldres  :  que  les  chofes  refte- 
loient  ^Sius  cet  état ,  jufqu'à  ce  que 
des  commiflaires  refpeâifs ,  nommés 
d'une  part  par  l'empereur  &  le  roi 
d'Angleterre,  ôc  de  l'autre  par  le 
foi  de  France  6c  le  roi  d'EcoflTe  , 
euffent  examiné  les  droits  des  deux 
parties ,.  &  prononcé  définitive- 
ment, tant  fur  le  fond  de  l'affaire  , 
qSue  fur  les  limites  des  deux  Etats. 
Louis  promit,  non-feulement  de  ne 
plus  défendre  Egmond^  ii  les  com«* 


Louis     XII.        15} 

intiTaires  le  condamnoient ,  mais  de 

l'abandonner  d'avance  ,  s'il  ïefufoic  ann.iîo8. 
de  fe  foumettre  à  l'arbitrage ,  ou  fi  , 
redoutant  le  jugement,  il  recom* 
mençoit  la  guerre.  On  nomma  pour 
garants  de  ce  traité ,  qui  fut  auffî-  -. 
tôt  rendu  public ,  les  rois  d*An- 
gleterre  &  d'Aragon ,  les  princes  & 
Etats  de  l'empire. 

Quant  au  Second  traité  ,  ou  au 
fécond  ade  de  ce  traité,  qui  dut 
demeurer  fecret  jufqu'au  moment 
de  l'exécution,    il  ne  fouffrit  pref- 

3]xe  aucune  difficulté.  Il  s'agilToit 
e  partager  la  dépouille  des  Véni- 
tiens, &  ce  |)artage  fe  trouvoit  fait 
d'avance  :  le  pape  réclamoit  Raven- 
ne ,  Cervie ,  Faenza  &  Rimini  : 
Maximilien  demandoit  ,  comme 
empereiir  9  Roveredo  ,  Vérone ,  Pa- 
doue,  Vicence,  Trévife;  &  comme 
chef  de  la  maifon  d'Autriche  ,  le 
Frioul  &  riftrie:  le  roi  de  France 
vouloit  recouvrer  Breffe  ,  Crème , 
Bergame,  Crémone  ,  la  Giarad'adda^ 
&  tout  ce  qui  avoit  autrefois  fait 
partie  du  duché  de  Milan  :  le  roi 
aEfpagne  ne  vouloit  que  Trani , 
Brindes ,  Otrante  &  Galiipoli ,  dé- 
tachées,  depuis  douze  ou  treize  ans« 

Gv 


If 4  Histoire  m  Frange; 
du  royaume  de  Napdes.  Le  duc  d& 
Ah»,  tsoZ.  Ferrare  ,  le  marquis  de  Mancooe  ^ 
la  république  de  Florence,  le  duc 
de  Savoie,  Se  le  roi  de  Hongrie ^ 
avoienc  des  droits  à  réclamer  fur 
d'autres  places  :  on  promit  de  les 
admettre  à  en  pour(ui<vre  la  refti- 
tution,  pourvu  que  dans  deux  mois ,. 
iU  âccédaflfent  au  traité  ,  8c  qu'ils 
contribuaient  convenablement  aux 
frais  de  la  gnerrei  It  ne  s'agiflToit 
(lonc  plus  que  de  lever  les  obllacles 
.  qui  pouvoient  troubler  l'harmonie 
entre  Jes  confédérés  ,  convenir  du 
temps'  où  commcnceroit  l'atta- 
que ,  des^  fecours  mutuels  qu'ils^ 
feroiem  obligés  èe  fe  prêter  ,  &  de 
£xer  un  terme  à  la  durée  de  cet 
engagement.  Le  premier  obftacle 
qui  pouvoit  troubler  les  confédérés  , 
ctoit  la  méfinrelligence  entre  l'em- 
pereur &  le  roi  de  France,  au  fu- 
îet  de  rînveftifure  du  duché  de  Mi- 
ian«  Louis  la  vouloit  pure  &  Hmple 
pour  lui ,  pour  fes  enfants  légiti* 
mes,  ou,  au  défaut  d'enfants, 
pour  fon  plus  proche  parent.  l\ 
promettoit ,  à  ce  prix ,  d'entrer  en 
campagne  quarante  jours  avant  Tem- 
pereur  >  &  de  loi  donner  en  outre  ^ 


Louis  X  Ï  f .  i$f 
tent  mille  ducats,  une  fois  paycs> 
Cet  ariicle  fut  accordé.  Le  fécond  ann.  1508^ 
obftacle  étoit  ia  querelle  du  même 
Maximilien  avec  Ferdinand  le  Ca- 
tholique ,  tonchant  la  régence  du 
royaume  de  Caftillej  objet  impor- 
tant, fur  lequel  aucun  des  deux  ne 
vouloit  fe  relâcher  :  on  régla  qu'on 
nommeroit  inceflamment  des  arbi- 
tres pour  terminer  amicalement  ce 
différent  j  que  les  droits  des  deux 
parties  refteroient  entiers ,  pendant 
ce  délai;  que  l'empereur,  ni  fon 
petit-fils  ne  pourroient  entrepren- 
dre de  les  faire  valoir  par  les  armes  ^ 
tant  que  dareroit  la  guerre  de  Ve- 
nife ,  ni  même  fix  mois  après.  Nous 
verrons  bientôt  le  parti  que  Ferdi- 
nand fut  tirer  de  cette  claufe.  Par 
rapport  au  temps  où  devoit  com- 
mencer rexpédition  ,  on  ftipula  que 
le  pape  procéderoit  le  premier  par  le* 
cenfures  ecclé(îaftiques  ;  qu^il  jette- 
roit  l'interdit  fur  toutes  les  terres?  - 
de  la  feigneurie ,  Se  les  donneroir 
au  premier  occupait  j  qu'en  même- 
t^mps,  le  roi  de  France,  le  roi  d'A- 
ragon fie  le  pape ,  travailleroient  de' 
concert  à  mettre  cette  fentence  à 
exécution  y  que  l'empereur ,  lié  par 
Gv) 


i 


i^S  HiSTorRE  DE  Francï.  ^ 
les  feonents  qu'il  avoir  prêtés  quel- 
ANN.ijoS.ques  mois  auparavant,  en  accordant 
une  trêve  de  trois  ans  ,  ne  feroit 
tenu  d  agir  que  quarante  jours  après 
que  la  guerre  feroit  ouverte  j  que 
le  pape  >  pour  lui  donner  moyen  d^a- 
gir  y  fans  manquer  a  la  foi  publi- 
que ,  Tappelleroit  a  fon  fecours , 
comme  défcnfcur  &  avoué,  du  faim 
Jiige  :  d'où  il  de  voit  arriver  que  la 
France  porteroit  feule  tout  le  faix  de 
cette  entreprife  commune  :  car  bien 
que  le  pape  &  le  roi  d'Aragon  fuffent 
tçnus  d'agir  en  même  temps  ,  ils 
étoiènc  trop  habiles  l'un  &  Tautre 
pour  ne  pas  attendre  à  fe  déclarer  y 
'  que*  l'ennemi  fût  entièrement  ren- 
verfé.  Louis  l'avoir  prévju  ,  &  ne 
s'en  mettoit  point  en  peine  ;  mais 
une  chofeà  laquelle  il  ne  s'attendoic 
pas,  &  qui  faillit  pourtant  d'arri* 
ver ,  c'eft  que  l'empereur  voulut  pro- 
fiter du  délai  de  quarante  /ours  qu'il 
s'étoit  fait  accorder r,  &  de  leloigne- 
menr  des  troupes  Françoifes^  pour 
accabler  fubitement  le  duc  de  Guel- 
<lres  :  la  vigilance  de  ce  Prince , 
le,s  mefures  qu'il  prit,  renvetferent 
ce  honteux  projet,  &  l'empereur, 
fur  les  plaintes    qu'en  fit  Louis  ;^ 


L  o  ir  I  s    XII.'        Î57 

lîéfavoua  publiquement  fes  officiers.  * 

Enfin,  pour  empêcher  que    les  al-ANN.  ijos. 
liés  ne  le  divifaflent ,   &   que  l'un 
ne  cherchât  à  faire  fon.  profit  au  pré- 
judice des   autres ,   il  fiit  expreflTé- 
ment  ftipulé  qu'aucun  d'eux  ne  pour- 
roit  conclure  ni  trêve  ni  paix  avec  les 
Vénitiens ,   fans  le  congé  &  la  par- 
ticipation des  autres  j  que  celui  qui 
fe  trouveroit  le  premier  en  poffef- 
fion  de  ce  qui  deyoit  lui    revenir  , 
prêteroit  une  partie  de  fes  troupes     ^ 
a  celui  qui   feroit   moins    avancé  , 
&  que  cette  obligation  fubfifteroit.^ 
tant  qu'il  refteroit  à  conquérir  quel- 
~  qu'une  des  places  énoncées  dans  le 
traité     de    partage  2     il    eft    Vrai        ' 
qu'on  ne  détermina  ni  la   quantité 
ni  la  durée   de  ces   fecours ,    fans 
doute  parce    que    perfonne  ne   s'i- 
magina qu'il  &roit  dans  le  cas   de 
recourir  à  fes  alliés,  n'y  ayant  au* 
cun  des  quatre  principaux  confédé- 
rés qui  ne  ie  crût  en  état  de  fe  faire 
raifon  par  lui-mènie  d'un  fi  foible 
ennemi. 

Ce  traité  fut  conclu  ,  figné  &  ra- 


tifié par  les  puiflances  intéreffées,  An^.ho?. 
fans  que  les  Vénitiens,  qui  avoient  ^^^^^j^i^f^îî 
4esainbafla4^u];$  ^  4e$  réfident$&  dç^des  vénîu 


efpions  en  toutes  ces  cotirs,  fe  cfofl^ 
AMN.ifo^.  taflènt  de  Toraga  qui  fe  formoii^ 
/bid.  far  leur  tête.  Cette  fécoritc  ,  ou 
plutôt  cet  airbupifTement ,  paroîc 
d'abord  incroyable,  quand  on  faic 
attention  que  Vewife  était  alors  la 
{miflànce  la  plus  déliée  8c  la  plus 
Tigilante  de  l'Europe  ;  mais  dan» 
cette  occafion  ,  (es  propres  lumière» 
fervirent ,  en  quelque  forte  ,  à  l'a- 
veugler :  des  quatre  piifTances  qui 
s'unilTbient  pour  fa  ruine,  elle  fa- 
voit  qu'elle  en  avoir  offenfé  trois  y 
le  pape,  l'empereur  &  le  roi  de 
France j  mais  elle  favoit,  oucroyoic 
/avoir  en  mê^me  temps,  qu'elle  n'a^ 
voit  que  l'empereur  à  redouter  ,. 
parce  qu'il  étoit  te  feul  qui  eût  un* 
véritable  intérêt  â  Tabaiffer ,  ou  à 
)a  perdre  :  or  elle  venoii  de  con- 
clure a^ec  lui  une  trêve  de  trois  ans  'y 
êc  dans  le  temps  qu'il  fignoit  la  li- 
^  gue  de  Cambrai ,  il  con^uroit  le  fc'- 
nat ,  par  fes  ambalFadenrs  ,  de  s'uh 
nir  a!  lui  contre  le  roi  de  France  , 
fon  éternel  eniremi.  Qua»t  aux  troi» 
autres  fouverains,  ils  avoient  tanr 
de  raifons  d'appréhender  que  la 
puiflance  de  l'empereur  ne  fe  rétablir 
pà  Italie  >  un  iiuérèc  fi  vif  à  couiiesr 


Ter  h  fede  pattTancé  oûi  en  ferifiâc 


1  entrée  aux  Allemand,  que  quel-  Awn.  tfo^ 

3ues  )4|jets  de  plaintes  qiTe  !eur  eiic 
onné  ta  républi<^e ,  on  ne  dévoie 
point  appréhender  que  ces  prince$ 
s  oubliaflfent  aflfez  eux-mêmes  pour 
conjurer  fa  perte  avec  leur  commun 
ennemi.  Ce  raifonnement  écoit  bon 
en  politique  ;  mais  les  rois  ne  fe  trom- 
pent-ib  jamais  fur  leurs  vrais  inié- 
rccs?  L'ambition  ,  ta  vengeance  , 
la  préfomption  ,  ne  les  égarent- elFes^ 
pas  auffi  fouvent  que  les  autres  hom- 
fncs  ?  La  ligue  éroir  formée  depuis 
on  mois,  &  elle  paroi  (Toit  encore 
une  chimère  ,  ou  un  épouvantail  j^ 
Louis  &  fon  miniftre  éroient  peut- 
être  les  feuls  qui  cruflent  qu'elle 
pourroit    s'exécuter  r    le    pape    le  \ 

croyoit  fi  peu,  ou  if  fut  teHemenr 
effraye  du  danger  où  elle  expofe- 
roit  l'Italie  en  général,  &  en  par- 
ticulier le  faint  iîége ,  qu'il  en  fir 
donner  le  premier  fvis  aux  Véni- 
tiens, offrant  de  s'en  féparer  ,  d'e^- 
E loyer  même  toute  fon  autorité  pour 
L  diffiper,  s'ils  confentoient  â  lui 
rendre,  de  bonne  amitié  ,  tes  deux 
feules  places  de  Rimini  &  de  Faen- 
za  y  mai»  le$  menaçant   en   mêm»     ^ 


itfo  Histoire  de  FrakcI. 
temps  d'armer  concr'eux  le  cîel  & 
AMN.ifo^.  la  terre,  &  Â  les  détruire  ifansmi- 
féricorde,  s'ils  per/îftoient  à  ^bra- 
ver. Cette  nouvelle  deflîlla  IS  yeux 
'  des  Vénitiens  j  le  fénat  s  affembla  : 
dans  lefFroi  que  caufoit  une  ligue 
fi  formidable  ,  prefque  tous  opi- 
\  noient  à  donner  une  prompte,  fa- 
tisfaâion  au  pape.  Dominique  Tri- 
vifani ,  l'un  des  procurateurs  de  Saint- 
Marc,  ofa  s'oppofer  à  cet  avi&:  il 
repréfenta  »>  que  le  parti  que  pren- 
•»  droit  le  pape  dans  cette  affaire  , 
»  écoit  la  chofe  du  monde  la  plus 
»»  indifférente  :  que  les  troupes  de 
w  TEglife,  rebut  de  la  milice  d'Ita- 
53  lie ,  ne  méritoient  pas  qu'on  s'en 
^5  mît  en  peine  :  qu'il  fuffiroit  pour 
j>  rendre  tous  leurs  efforts  inutiles  , 
M  de  renforcer  de  quelques  compa- 
M  gnics  la  garnifon  de  Faenza  :  que 
«  les  cenfure^  eccléfiaftiques  &  les 
»  foudres  du  Vatican  dont  on  les 
9i  menaçoit ,  n^  dévoient  pas  caufec 
»>  beaucoup  plus  d'effroi  ;  que  la  rc- 
w  publique  en  avoir  été  autrefois 
w  frappée  ,  fans  en  reflentir  aucun, 
»>  dommage  j  car  quelle  apparence  , 
»  ajoutat-il ,  que  Dieu  régie  fa  fé- 
11  vérité  ou  fa  miféricorde  fur   les 


Louis     XII.       i6i 

nxaprices  ^'un   mortel  ambitieux,; 
9à  fuperbe  ,    ivrogne    &  débauché  ?  Ann.  içoy. 
V  Qui  nous  atTurera  d'ailleurs ,  qu'a- 
f>  près  avoir  obtenu  Rimini  &  Faen- 
9>  za ,    il    ne  fe  joindra  pas  encore 
9>  au  refte  des  confédérés  ,   pour  ob« 
99  tenir  Cervie  &  Ravenne  ?  Sera- 
»  t-il  de  meilleure  foi  que  fQS  pré- 
3»  décefTeurs ,    qui ,    pour    autorifer 
»  leurs   injuftices  ,.  ont  établi  cette 
»  maxime  déteftable  ,  qu'aucun  en- 
.  9»  gagement ,  aucune,  promeffe  ,  au- 
»  cun^ -ferment   ne    peut    empêcher 
»réglife  de  revendiquer  fes  préten- 
9»  tions  ?  Trevifani  fit  obferver    en- 
3>  fuite   que  du  premier  pas  dépen- 
.»doit  ordinairement  le  lucccs  d'uije 
93  entreprife  ;  que  fi  le  fénat  mar- 
»*  quoit  de  la  foibleffe  ou  de  la  crain-    ^ 
f>te,  il  n'y  auroit  aucune  des  puif- 
>*  fances  confédérées  qui  ne  fe  crût 
»  en  droit  de  lui  dider  des  loix  ;  que 
99  fi  Ton  pouvoir  confentir  a  fe    re- 
99  lâcher  des  anciennes  maximes  de 
»Ja  république  ,    &    faire   un    fa- 
>3  crifice  ,   c'étoit  ou  avec    1  empe- 
»  reur  ,   ou  avec   le   roi  de  France 
99  qu'il  falloit  fe  réconcilier,  &  non 
9o  avec  le  pape  ,     dont  on  n'avoir 
fiiien  à  efpérer  ni  à  craindre  ^  que 


léi  HistoiRB  9B  France^ 
^  M  le  meilleur  moyen  d^  fe  gâr$n« 
AiiN.j(05«»tir  >  étoic  de  fe  roidir  contre  le 
M  danger,  de  ne  jamais  défefpérer 
»  da  faluc  de  la  patrie ,  &  de  s'af- 
j)  farer  que  tanr  qu'ils  feroient  de 
»  leur  câté  ce  qui  dépendroit  d'eux 
••  pour  fe  bien  défendre ,  le  fouve- 
airain  arbitre  des  deftinces  ne  les 
M  abandonneroic  pas  <'•  Cet  avis  ^ 
conforme  aux  anciennes  maximes 
de  la  république  Romaine ,  préva* 
lue  dans  le  fénat.  Au  refte ,  fi  l'é- 
tude de  l'antiquité  Romaine  y  qui 
étoic  devenue  le  fondement  &  la 
bafe  de  Téducation  publique  ,  con- 
tribua  dans  cette  occa/ion  â  égarer 
les  Vénitiens,  on  doit  remarquer 
que  ce  fut  au(Q  à  la  même  fource 
qu'ils  puiferent  cette  confiance  dans 
le  malheur,  cet  amour  de  la  pa- 
trie j  dont  ils  donnèrent  des  exem- 
ples (ignalés  pendant  tout  le  cours 
de  cette  guerre. 
^    .  ,  Pendant   qu'ils    fortifioient   leurs 

louis  leur     .  ,.!,.. 

envoiedécU- places  ,    qu  ils  cquipoient   cinq    ou 

rer  u guêtre.  (îx  efcadres  à  la  fois  ,  qu'ils  atti- 
^cfuchar-^^^^^^  fous  leuts  enfeignes  les  fol- 

din.  dais  les  plus  aguerris  &  les  plus  cé- 

iZdônde^^^^^?   capitaines    d'Italie,    ils  en- 

MotttjQie.     voyoient  d^s  ambaffadeurs  aux  pria: 


L  o  V  1  8  X  I  ï.  itfj 
ces  ligués  pour  fonder  leurs  dlfpo-  ! 
Étions,  &  jetter  entr'eux  de  la  dé-ANN.îro^. 
fiance  ;  ils  avoient  quelque  efpoir  Hérami 
de  gagner  Maximilien ,  dont  ils  con-  '^'^^^,,^ 
noiflfoienc  Tinconftance  &  la  haine /^oumm. 
invétérée  contre  les  François  :  mais 
l'ayant  cruellement  outragé  quel- 
ques  mois  auparavant ,  &  n'ayant 
rien  â  lui  offrir  qui  fût  capable  de 
te  dédommager  des  avantages  que 
lui  promettoit  la  ligue  ,  ils  ne  pu- 
rent même  parvenir  à  fe  faire  écou- 
ter. Ferdinand  le  Catholique  u(a 
d*une  profonde  diflimulation.  Ayant 
eu  la  précautioit  de  n'envoyer  aucun 
ambafladeur  à  Cambrai ,  il  feignit 
d'ignorer  ce  qui  s'y  étoit  paffé  }  il 
fit  offre  de  fa  médiation  auprès  du  . 
roi  de  France,  &  promit,  s'il  ne 
pouvoir  empêcher  cette  guerre  ,  de 
rendre  à  la  république  tous  les  bons 
offices  qu'elle  avoit  droit  d'attendre 
d'un  allié.  Louis  lui-même  ,  s*il  en 
faut  croire  les  Vénitiens ,  n'ufa  pas 
dans  cette  occafion  de  fa  candeur 
ordinaire  ;  il  trompa  non  feulement 
Condolmier  leur  ambaffadeur  par 
de  feintes  careffes  ,  maïs  il  écrivit 
lui-même  plufieurs  lettres  affeûueù- 
ies  au  doge  &  au  fénat,   qu'il  leur 


1^4       Histoire  ôe  France. 

fit  préfenter  par  Jean  de  Lafcans  i 

ANN.iio^.  ^^^  ambafladeur.  Les  écrivains  Fran- 
çois nient  ces  faits  :  ils  rapportent 
que  Condolmier  ,    homme  aimable 
èc  de  bonne  fociété,  mais  valétudi- 
naire ,  répondoit  à  ceux  qui  lui  de* 
mandoient  des  nouvelles  de  fa  fan- 
té,  que  du  rejlc  ilfcportoit  aj[fe^  bien  ; 
mais  qu'il  avoit  grand  mal  aux  onil" 
Us  ,  en  entendant  journellement  ce  qui 
fe  difoit  contre  la  feigneurie  :    qu'aux 
noces  d'Anne  d'Alençon  avec  le  mar- 
quis de    Montferrat  ,   Condolmier 
s'étant  ptéfenté  à  la  table  où  étoienc 
les  autres  ambafladeurs ,    n'y  trouva 
point  de  place,  &  efluya  un  affront 
que  perfonnellement  il  ne  méritoit 
pas:  qu'ayant  demandé  une  explica- 
tion au  cardinal  d'Amboife,&  l'ayant 
prié  de  lui  déclarer  définitivement 
fi    le  roi   regardoit    la    république 
comme  amie  ou  comme  ennemie, 
le  cardinal  fe    contenta   de  lui   dé- 
tailler   tous    les   motifs   de    plainte 
que  la  république  avoit   donnés  au 
roi  en  différentes  rencontres.  Si  Con- 
dolmier ne  fe  retira  pas  après  une. 
pareille  explication  ,  ç'eft  qu'appa- 
remment il  Jugea  que  Tamitié  per- 
fonnelle  donc  Thonoroit  le  monar- 


L  0  y  I  s     X  1 1.\     i^J 

ijue,  pouyoit  encore  être  utilç  à  fa 

patrie.  En  effet  >1  fit  un  dernier  ef^ANN.iîoj; 
fort ,  $c  après  avoir  remontré  à  Loui$ 
combien  il  étoit  dangereux  de  quitr 
ter    d'anciens  alliéç  pour  s'attacher 
à  des  ennemis  â  peinç  réconciliés  ^ 
il  lui  vanta  les  relïbuf ces  de  la  ré- 
publique ,    &  finit  par  lui  déclarer 
que  c'étoît  de  fà  part  une   entreprife. 
bien  périUcufe     dç    sattaqmr    à    une 
puijfancc  gouvernée  par  un  Ji  grand 
nombre  de  têtes  f âges.  Monjieur  Vam-^ 
bajfadeur  ,  Iqi  répondit  Louis,  tout 
ce    que    vous  yene^^  ^de    dire   eji    'fort 
beau  ;    mais  foppbfercu  tant  de  jous 
à  vos  fages  ,   quils   auront   bien  de 
la  peine  à  les  gouverner  :    nos  fous 
font  ^ens  qui  frappent   à  droite  &   â 
gauche  y      &    qui    n^entendcnt    plu^ 
raifon  y  quand  une  fois  ils   ont    coni^ 
mence.  Condolmier  ne  fe  , retira  que 
lorfque  les  troupes  étoient  déjà  eti 
marche  pour  Tltalie  :    il  fut  bien- 
tôt   fuivi  d'un  héraut  ou   roi    d'ar- 
mes au  titre  de  Monjoie ,   lequel , 
introduit  dans  le  fénat ,  parla  en  ces 
.termes  :   Le  roi  Tris-Chrétien ,  mon 
imrhuable  &  fouverain  Jire  ,   m* a  char- 
gé   de  vous  ^déclarer ,     illufiriffimè  & 
magnifique  doge  y  iju  attendu  les  éffen-^ 


i6£     Histoire  de  France. 
•Jis  y   outrages  y  mauvais  &    déloyaux 


Amn.  iso^.^^^''^  ^^  9  fi^^  '^  ^^'^  ^  ramitié  & 
au  mépris  de  t alliance  que  vous  avie^ 
avec  lui ,  vous  lui  avej^  faits  enplufieurs 
&  diverfes  rencontres ,  foit  en  donnant 
aide  &  ficours  a  fes  ennemis ,  par 
terre  &  par  mer ,  foit  en  foudoyant 
ceux  qui  cherchoient  à  lui  nuire  \  en 
^ous  oppofant  à  tous  fes  projets  ,  6* 
€n  formant  des  pratiques  pour  abattre 
fa  pmffancf  en  Italie  :  qu^atundu  tn* 
core  la  trive  &  le  traité  frauduleux 
que  vous  avei^^  fait  a  Trente  avec,  le 
tris- f acre  empereur  ,  fans  la  partici-- 
pation  &  contre  les  intérêts  du  roi 
Très-Chrétien  ,  qui  vous  avoit  aidés 
&  défendus^  &  que  vous  ave!(^  laiffé 
fèul  expofé  aux  frais  &  aux  dangers 
de  la  guerre^  cherchant  à  profiter  de 
fon  embarras  pour  vous  étendre  dans 
le  duché  de  Milan  : 

Ledit  feigneur  roi  Tr^- Chrétien  ^ 
mon  immuable  &  fouverain  fîre ,  a 
renoncé  à  votre  alliance  ^  confédéral 
tion  &  amitié;  &  fur  la  prière  qui  lui 
en  a  été  faiu  par.  notre  trïs-faint. 
père  le  pape^  dont  vous  ave^  ufurpé 
les  poJfeffîonSy  il  a  conclu  &  arrêté 
41VU  le  trh-facré  empereur ,  le  catho- 
lique roi  d^Efpaffie^  &  autres  princes  ^ 


Louis  X  1 1.  167 
unt  fraumelU  amitié  ,  alliance  &  I 
confédération  perpétuelle  y  pour  vous  Axw.  1109^ 
forcer  &  contraindre  de  rejiituér  à  ta 
fainte  églije ,  dont  il  efi  le  fils  aîné^ 
au  trh'facré  empereur  ^  au  roi  catho^ 
lique  SEfpagne ,  aux  autres  princes 
&  feignenrs  y  &  à  lui  Tris-Chrétien 
&  immuable  roi  de  France  ,  Us  biens 
&  terres  que  vous  leur  détenez  injujèc'» 
ment. 

Et  fur  ce  ,  je  vous  dénonce  &  no^^ 
iifie  guerre  mortelle^  tant  fur  terre 
que  fur  mer^  à  feu  &  à  fang ,  en  tous 
lieux  où  réfifiance  fera  faite  ,  &  juf 
qu^à  parfaite  fr  entière  refiitution  des 
biens  &  terres  par  vous^^ujurpés  :  pro^ 
teflant  ici  qUe  Ji  perte  ^  dommage  ou 
inconvénient  en  advient  à  la  chrétien^ 
té  y  la  faute  &  la  cou^lfc  en  tomberont 
fur  vous^ 

Héraut ,  répondit  le  doge  Lore- 
dano  ,'  nous  avons  entendu  ce  que 
vous  nous  avei  ^^^  ^^  ^^  P^^^  ^^ 
votre  maître.  Héraut  ^  dix  ans  fe 
font  écoulés  depuis  que  nous  prîmes 
alliance  avec  lui^  &  il  nefe  prouvera 
point  que  depuis  ce  temps  y  nous  ayons 
contrevenu  ni  direSement  ni  indireSe^» 
ment  à  nos  engagements  y,  ni  qu*on 
puijfe  nous   reprocher  aucun  fait  qui 


r^S  Histoire  de  France. 
*^»*^  autorifc  Us  reproches  quU  nous  adreffe: 
Aiin.  1^0^.  nous  Tavons  aimé  ;  nous  lui  avons 
rendu  tous  Us  offices  de  fideUs  alliés  » 
0*  tout  ce  que  nous  avons  pu  découvrir 
de  contraire  àfes  intérêts  ^  nous  l'en 
avorps  foigneufement  averti. 

Quant  à  la  trêve  conclue  à  Trente 
avec  le  roi  des  Romains ,  57/  n^y.  a 
pas  été  compris  ^  ce  n^eft  point  à  nous 
quil  doit  s* en  prendre  ^' car  quelques 
offres  quon  nous  eut  faites  pour  traiter 
feparément ,  nous  ny  voulûmes  jamais 
confentir;  mais  uniquement  à  la  mau^ 
yaife  conduite  &  à  [opiniâtreté  des 
minifires  quil  y  envoya. 

Héraut  y  ntus  n^euffions  jamais  cru 
quun  prince  fi  grand  &  fi  fage  eût 
fi  légèrement  prêté  [oreille  aux  dif" 
cours  empoîfonnés  d'un  pape  quil 
devroit  mieux  connoître^  ni  aux  in-^ 
finuations  d'un  prêtre  que  nous  nous 
difpenfons  de  nommer  :  que  pour 
plaire  à  ces  deux  perfonnages ,  il  fi 
déclare  V ennemi  d'une  fi  puijfante  ré* 
publique  y  qui  lui  a  rendu  des  firvices 
importants  ,  &  qui  a  confiammetif  re^ 
jette  toutes  les  offres  que  ivi  ont  faites 
plufieurs  fouverains  ,  tant  en  Italie 
que  hors  de  l'Italie  ,  de  places  ,  de 
châteaux  &  de  provinces  entières^  fi 

elU 


Louis     X  Ï  I.        i(><) 

vouloiâ  renoncer  à  fon  alliance  ;  ccji 

de  quoi  nous  fommes  furpris  &  Jmcr^  ahm.  ijoy* 
veillés. 

Héraut  ,  nous  ejpérons  fue  la  ma^ 
jejté  du  roi  votre  maître  coknoîtra  ta^ 
vérité  ,  *&  nous  rendra  juJlUe  :  que 
Dieu  y  à  qui  Von  ne  peut  en  impofer  ^ 
jugera  entre  nous  ,  &  que  la  punition 
tombera  fur  Us  coupables*  Nous  é/^ 
pétons  encore  en  fa  facrée  majefié^ 
finon  y  nous  tâcherons  de  nous  déftn^ 
dre  :  &  vous  ,  père  héraut  y  &  vous , 
trompette  ,  vous  rapporterez  au  roi 
Très-Chrétien  ce  que  vous  vene^  d\n^ 
undrc  :  partei»  ^|^ 

Dans  le  même  ^^vH^  le  p^p^    te  pape  et- 


falmiiïa  une  bulle  câSm  les  Vé-^^^^]^'' 
.  niciens  ,  dafts  laquelle  »  rappellanc    Bemhel 
toutes  leurs  entreprifes  fur  les  droits    ^-^/"^' 
'4uiaint«fiege  ,  les  taxes  exorbitan- ^£„,"" 
tes  qu'ils  le  voient  fur  les  biens  ecclé-    BeUark 
fiaftiques  ^  lodieufe  tyrannie  qnils 
exercoient  fur  le  clergé  féculier  ôc 
.  régulier ,  rufurpation  enfin  dès  pla- 
cées de  l'églife  ;  il  les  déclaroit  ex- 
communiés ,   Cl  dans   ying- quatre 
^  jours  :ils  ne  lui  donnoient  une  pleine 
.,iatisfaâ:ion  fur  tous  ces  objets  :  il 
donaoit  leurs  biens  au  premier  oc- 
cupant ,  autorifoit  tout  le  monde  à 
Tome  XXII.  H 


f/V     Histoire  de  France. 

leur  courir  fus  ,  &  à  les  réduire  eH* 

AKw.  iît>9.  fe^ruèe  ,  étendant  les  mêmes  cen- 
fures  fur  tous  ceux  qui  leur  donne- 
roienc  aidé  au  ïecours.  Cette  buHé 
n'effraya  pas  les  Vénitiens  j  le  fénat 
y  répondit  jpar  un  appel  au  futur 
concile ,  &  le  permit  fur  la  perfon- 
ne  de  Jules  les  mêmes  lihertcs  qu'il 
sî'éroit  données  en  parlant  du  fénat. 
Jules  répondit  à  cet  appel  par  une. 
Nouvelle  bulle ,  à  laquelle  on  ne  fie 
aucune  attention.  Il  porta  un  coup 
plus  fernfible  aux  Vénitiens  :  ils  ve- 
noient  de  prendre  à  leur  folde  Jules 
&  Renzp  ^ÊÊi^Cins  y  Troïle  Savelli , 
rfvéc  cinqiBpis  hommes  d'armes, 
&  trois  miw^'hommes  d'infanterie  ; 
le  pape  ,  comme  leur  fuzeratn  ,  leur 
détendit  de  s'éloigner  dit  territoire 
de  Rome  :  il  faifit  entre  leurs  mains 
fes  quinze  tnitle  ducats  qti'ils  avbient 
couchés  pow  folde ,  nromettant  d'en 
tenir  compte  à  la  republique  fur  la 
fomme  dont  elle  lui  etoit  redevable, 
k  raifon  des  puiffaisces  des  places 
de  la  Rotoagne. 
Commence-      Lotiis  ,  tx^iÇt  obfcrvateur  de   fa 

ijicqt  des  hof»  i  >  i  j'i- 

çiiités.         parole  ,  n  ayant  pu  ,  quelque  dili- 
Ibld.        gence  qu'il  eût  faite  ,  ouvrir  la  cam- 
pagne le  premier  4*î^Yril ,  comtne  il 


Louis     XII.        171 
s*y  ctoif  engagé  ,   envoya  ordre  à  — ^ 
Ohaumonc  ,  gouverneur-général  du  Anh.  X{o>« 
Milanès  »  de  rafTetnbler  fes  rroupes  ^ 
&  de  pénétrer  fur  les  rerres  des  Vé-  -^ 

nitiens.  Chaumonc  paCa  TÂdda,  Se 
vint  inveftir  Trevi  ,  place  mal  ÎFor- 
tifiée  5  donc  la  garnifon  fe  rendic 
prifor^niiere  de  guêtre ,  avec  le  pro- 
védiceur  Morofini  ,  qni  s'y  ctoît 
enfermé  que^ue$  jours  auparavant. 
Après  cet  aâe  d'hoftilité  ,  Chaut  . 
mont  ,  laiflanc  dans  la  place  cin--  ' 
quante  lances  »  fous  la  conduite  de 
FontraiUes  ,  &  mille  liommes  de 
pied  ,  fotts  le  capitaine  Imbaut  de  ^ 
Romahieu  ,  revint  ^âhs  le  Mila^ 
nés  ,,  où  Louis  raflfembloit  fon  ar- 
mée. Elle  confiftoit  ^n  deux  mille 
lances  Françoifes  ou  Italiennes  ,  qui 
formoient  environ  douze  mille  che* 
vaux  j-en  6%  mille  ^uiflés  ,  8c  douze 
où  qitatonee  mille  homaies  d'infan- 
terie Traiiçôife.  Louis  ,  qui  cotifi- 
déroit  que  le  traité  qu'il  avoir  fait 
avec  les  cantons,  était  fur  le  point 
d'expirer  ,  &  qui  comprenoit  ,  pat 
les  plaintes  fc  les  mutineries  éter** 
neltes  des  Suiffes  ,  qu'il  faudroit  i 
ou  fe  pafler  de  leurs  feryices  ,  ou 
les  acheter  à  un  plus  haut  prix  qu'au-: 
.  Hij 


ly},     Histoire  de  France. 
-•  i-r.,      paravanc ,  commença  dè$-lors  à  s'o<!% 
4nn.  ifQ^.  cuper  féiieufemenc  du  /oin  de  fe 
procurer  une  infanterie  nationale  :. 
il  engagea  quelques-uns.  des  officiera 
de  la  gendarmerie  les  plus  diftin* 
gués»  tels  que  le  chevalier  Bayard, 
4  fe  charger  4e  les  conduire .  &  de 
les  difcipTiner  j  mais  la  crainte  /de 
furcharger   fon  .peuple  ,   l'empêcha 
toujours  d'en  former  un  corps  ftablQ 
fy  permanent.  Les  gentilshommes  > 
qu^  vpvilureiic  bien  fe  prêter  auic  d^- 
firs  du  roi ,  n'acceptèrent  cette  com-p 
midjon  honorable  , .  qu'à  condition, 
de  conferver  leur  grade  dans  la  gen-^ 
4^rmerie  >  €âr  ils  préféroient  hau- 
tement au  commandement  paiTageç 
&  au  grade  de  capitaine  de  mille 
)iommes  de  pied  ^  celui  de  guidon  oi; 
de  lieutenant  d'une  compagnie  d'or^ 
/         donn^nçe ,  ou  même  dç  nmple  hom-r 
•     xne  d'armes  »  qui  devoir  durer  autant 
que  Içur  vie,  ^  qui  leur  ouvroit  le 
.  chemin  à  de  plus  grands  honneurs.  Lq 

f préjugé  d'ailleurs  avoir  tellement  ^vili 
'infanrçrie  ,  qu'on  ne  la  regardoic 
que  cpmme  un  afyle  contre  la  mi* 
fere ,  &  qu  un  gentilhomme  ne  croyoic 
pas  pouvoir  y  acquérir  de  l'honneur  ; 
m;^i;  lesf^^rvicc^  importants  que  ^^^r 


L  o  b  I  s  X  I  L  T7} 
êk  cette  infanterie  dans  les  guerres 
d'Italie»  la  réputation  éclatante  des  AnIi. ifl»*;. 
capitaines  qui  fe  chargèrent  de  h 
difcipliner^  changèrent  peu -à -peu 
les  idées  â  cet  égard.  Iles  capitaines 
qui  contribuèrent  le  plus  à  opérer 
cette  heuteufe  révolution  ,  &  aux- 
quels, par-conféqûent ,  la  poftériré 
doit  de  la  reconnoiffance  ,  furenj: 
Jean  de  Chabannes  »  feigneur  de 
VandéneiTe  ,  frère  du.  célèbre  la  Pa- 
liffè ,  Odet  d'Âidie ,  Moneins ,  Noiv 
tnanville  y  le  cadet  de  Duras ,  Fran- 
çois de  Daillon  ,  feigneur  de  la 
Crotte  ,  Bayàrd  ,  &  plus  que  tous 
ceux-là  encore  ,  le  capitaine  Mo- 
lard  »  gentilhomme  de  Dauphiné. 
La  Gafcogne  avoir  été  long -temps 
en  pdflclfion  de  fournir  la  feule 
infanterie  que  Ton  connût  en  Fran^ 
ce  :  on  commence  à  en  apperce*- 
voir  de  pfefque  toutes  les  provins  - 
ces  du  royaume  :  la  petite  province 
du  Maine  fournit  »  en  cette  occa- 
/ion  ,  jufqu  a  quinze  cents  aventu* 
tiers. 

Quelque    formidable    que  parût  ' 
l'armée  Françoife,  celle  de  Venife 
la  furpaflbit  de  beaucoup.  Cette  ré- 
publique, qui  faifoit  encore  prefque 

Huj 


174  Histoire  de  France. 
feule  le  commerce  de  TEurbpe  en- 
Mm.  ifo^.  tiere  ,  dont  les  revenus:  écoienc  fa^e- 
ment  admintftrcs  ,  jingeanc  cpe  dn 
fuccès  de  cette  campagne^  dépeïidoit 
"  fa  coûfecvaiion  oa  Iktmne'y  tsiSem- 
bla  dans  an  fei:rl  camp  ,  trois  mille 
knces  ,  quatre  mille  ftradiots  on 
Albanois  ,  la  meilleure  caval^ie  le- 
gère  que  Ton  connût  alors ,  &  trente 
mille  hommes  d'infanterie.  Le  comte 
de  Péciliane  y  célèbre  par  fa  pru- 
dence &  par  foa  attention  i  ne  jar 
loats  donner  dé  prife  fur  lui  à  Ten- 
nemi  ,  commandoîc  ces  troupes  > 
avec  le  titre  de  généraliflime  :  Baf- 
thelemî  d'Alriane  ,  guerrier  intré* 
pide  ,  plein  de  feu,  d'aâivité  & 
de  reflburces ,  éroir  plut&t  fon  coî-\ 
le^e  que  fon  liemenanc  -  général  : 
deux  nobles  Vénitiens^  André  Gritti 
Se  George  Cornaro  ,  très  -  capables 
l'un  &  iauere  de  commander  une 
armée  ^  Ci  les  lois  de  la  patrie  éuffent 
permis  de  confier  à  des  citoyens  on 
pouvoir  dangereux  pour  la  liberté  ^ 
formoient ,  en  qualité  de  provédi- 
teurs  ,  le  confeil  des  deux  généraux. 
lis  dévoient  échauffer  le  courage  de 
Péttliane ,  modérer  l'ardeur  de  l'Ai-, 
yiane  >  Se  confuker  le  fépac  d^ns  les 


L  o  T>  1  s  XII.  17} 
affaires  importantes  &  qui  permec- 
troient  des  délais.  Dansleconfeilqui  Am*  ifo^^ 
Ce  tint  pour  régler  les  premières  opé- 
rations  de  la  campagne  >  les  deux 
généraux  ouvrirent  des  avis  entière-* 
tnent  oppofés  :  Pétiliane  vouloir  que 
Tarthée  le  retranchât  dans  un  pofte 
fur  y  couvert  de  deux  rivières  &  de 
pluAeurs  marais  »  au  centre  ,  pour 
ainfi  dire  ,  des  Etats  de  la  républi^ 
que  ;  qu'on  laifsat  aux  Franççis  une 

Êleine  liberté  d*a(Iiéger  Crémone  ^ 
relTe  ou  Bergjame  ,  où  1  on  avoit 
placé  de  forces  garnifons  ,  &  qu'on 
attendit ,  pour  leur  livrer  bataille , 
que  leur  armée. fe  fût  alFoiblie  par 
des  aÛfauts  inutiles ,  les  maladies  6c 
la  défertion.  Au  contraire  ^  l'A.!- 
viane  penfoit  qu'après  s'être  bien 
afTuré  du  paûfage  aes  rivières  ,  & 
d'une  retraite  ,  en  cas  de  malheur  , 
on  devoir  porter  la  guerre  dans  le 
duché  de  Milan  3  ou  les  François 
trouveroienr  un  grand  nombre  4  en- 
fxemis  domeftiques  ^  &  où  les  troupes 
njercenaires  de  la  réfubU4i,i»>fçnri-  '^ 

roient  avec  plus  d'ardeur ,  dans  l'ef- 
pérance  de  s'enrichir.  Le  fénat  prit 
iin  parti  mitoyen  ;  il  ordonna  aux 
généraux  de  ctigifir  Tut  la  frontière 

Hiv 


tj^      HZSTOTRB   D£    FnAlICf. 

on  pofte  qui  défendît  aux  ennemis 
Am\  xf op.  rentrée  des  £tats  de  la  feigneurie  , 
de  s'y  tenir  bien  retranchés  ^  &  de  ne 
point  en  venir  à  une  aâion  ^  à  moins 
que  la  viâroire  ne  parut  morale-» 
ment  aflurée.    L*armee ,  en  confé- 

Îuence ,  alla  s'établir  i  Fontanella , 
quatre  ou  cinq  milles  en  «deçà 
de  la  rivière  d'Adda.  ^Aivant  de  s'y 
retrancher  y  on  jugea  qu'il  étoit  à 
propos  de  proBtex  de  Téloignemenc 
des  François  pour  reprendre  X^évi, 
conquife  quelques  lemaiues  aupa- 
f avant  par  Chaumont.  I.a  |)lace  étoit 
mauvaife  :  la  garnifon  qu'on  y  avoie 
laiflee  >  apcès  s'être  détendue  avec 
courage  ,  fut  forcée  de  ie  rendre. 
Fontrailles  ,  Se  les  cinquante  lances 
^  qu'il  commandoit ,  le  capitaine  Im- 
baut  de  Romanieu  »  Se  le  chevalier 
Verd  9  furent  faits  prifonniers  de 
guerre  Se  mis  à  rançon.  Quant  à 
l'infanterie  ,  qui  n'avoit  point  avec 

2uoi  fe  racheter  »  on  fe  contenta 
e  la  dépouiller,  &  l'on  aima  mieux 
'^^'"^"'^''^'"fSrîetl^  ifaifs^TeT  état  ,  que  de  v 
fe  charger  de  la  nourrir.  La  vitte , 
livrée  au  pillage,  éprouva  toutes- les 
horreurs  qu'on  peut  attendre  ^'une 
ibldatefque  effrénée  :  cruauté  d'au- 


L  o  XJ  1  s    X  !!•        Î77 
une  plus  déplacée ,  qu'elle  fembloic 

{provoquer  celle  de  l'ennemi ,  dans  Ami.  1509* 
e  temps  où  il  alloiç  fe  trouver  maî-r 
tre  de  la  campagne  ;  mais  on  von-^ 
loic  apparemment  effrayer  ,  oar  cet 
exemple  ,  les  places  qui  leroienç 
tentées  de  changer  de  domina- 
tion. 

Louis  étoit  en  marche  pour  déli-  BattUied^A- 
yrer  Trévi ,  lorfqu  il  apprit  qu'elle  •"^«V  ^. 
etoit  priie  ,  &  que  les  ennemis  s  é-  din. 
toienc    déjà    retranchés    dans    leur    ^1^* 
fofte  ;  il  continua  la  route  ,.  dans    s.  GtUis. 
la  réfolution  de  leur  livrer  bataille  ,   '^'j^^mir 
en   quelque   endroit  qu'il   pût    les  dt  Ângi. 
joindte.  11  falloit  traverfer  l'Adda  :  ^^^^J'^^JJ  ^^ 
on  s'attendoit  que  l'ennemi  fe  pré-  àui  de  Ro- 
fenteroit  pour  en  difputer  le  palFa-  ^^'^^mph. 
ge  ;  mais  la  trop  grande  citconfpec-  Cham^ttr* 
tipn  de  Pétiliane  >  &  la  crainte  qu'il 
avoît   d'engager   trop  tôt    une   ba- 
taille qui  devoit  décider  du  fort  de 
la  république  ,   continrent  l'armée 
dans  fes  retranchements.  Trivulfe, 
qui  gonnoiflbit  le  pays  ,  &  qui  ne 
pouvoir  concevoir  comment  les  gé* 
,iiéraux  Vénitiens  avoicnt  laiflTé  per- 
dre une  fi  belle  occafion ,  vint  falucc 
lé  roi  ,  lorfque  l'armée  fut  parfee , 
^  lai  dit  :  Aujourd'hui  ,  roi  tris- 

H  V 


178     Histoire  Dfe  France. 

<— —  chrétien   ,    vous    gag/ie^    la    bataillé. 

Ann.  ijo^.  Louis  )  -plein  d'ardeur  ,  s'avança  à 
.  une  portée  de  canon  du  camp  des 
ennemis  ^  mais  il  le  trouva  (i  bien 
retranché  ,  qu'il  n'ofa  entreprendre 
de  le  forcer.  Pour  effayer  de  les  en 
tirer  ,  il  rangea  fon  armée  en  ba* 
taille  ,  &  Ht  partir  ,  à  leur  yue, 
un  détachement  confidérable  ,  avec 
ordre  d'aflaîUir  la  petite  place  de 
Rivôlta.  11  comptoir  que  les  Vé- 
nitiens feroient  quelque  mouve- 
ment pour  la  défendre  ,  &  lui 
donneroient  moyen  d'engager  le 
combat.  Pétiliane  mit  fon  armée 
en  bataille  ,  vit  faccager  la  place  , 
&  ne  fortit  point  de  les  retranche- 
ments. Cette  tranquillité  déconcer- 
toit  Louis  :  il  aflembla  le  confeil  de 
guerre  pour  délibérer  fur  ce  qu'il 
y  avoir  à  faire  :  la  plupart  des  offi- 
ciers étoient  d*avis  qu'on  choisît  qn' 
camp  en  face  de  l'armée  ennemie  ; 
qu'on  s'y  reposât  jufqu'à  l'arrivée  > 
de  l'empereur  ,  qui  forceroic  les 
Vénitiens  à  quitter  leur  camp  ,  ou 
du-moins  ,  à  divifer  leurs  forces.  Ce 
parti  étoit  le  plus  fur  \  mais  il  ne 
répondoit  point  à  l'impatience  de 
Louis  :  il  connoiQbit  les  leoteofs  de 


Maximilien  ;  il  defiroit  d'ailleurs  de 
ne  devoir  la  viftoire  qu'à  lui-même.  anm.  ut>9- 
On  propofa  donc  un  fécond  parti  ;  ce 
fut  de  s'emparer  du  pofte  avantageux 
de  Vaila  ,  &de  couper  â  l'armée 
ennemie  tout^  communication  avec 
Crémone  ,  où  elle  avoir  établi  Tes 
magafins ,  &  d'où  elle  tiroir  fes  fub- 
iîftances.  Cette  marche  étoit  éxtrè- 
xnemenc  dangereufe  ;  car  il  falloir 
prêter  le  ftanc  à  l'ennemi  :  mais  on 
«étoit  déjà  convaincu  qu'il  n'avoir 
point  envie  de  combattre,  '  L'ar- 
mée fe  mit  en  marche  ;  Chaumonc 
&  Trivulfe  cgmmandoient  l'avanç- 
garde  ;  le  roi.conduifoit  le  corps 
de  bataille  ;  le  duc  de  Longueville 
l'arriére  -  garde.  Pour  fe  rendre  à 
Vaila ,  il  y  avoir  deux  chemins  peu  ^ 
diftants  l'un  de  l'autre  ,  &  qui  (e 
touchoient  prefque  en  quelques  en- 
droirs  ^  l'un  par  la  plaine  ,  c'écoic 
le  plus  commode  ,  mais  le  plus 
long^  l'autre  par  les  hauteurs ,  beau- 
coup plus  court  ,  mais  plus  dif£- 
ci  le  :  l'armée  Françoife  prit  le  pre- 
mier. L'Alviane ,  qui  devina  l'onjet 
de  certe  marche  ,  mourra  fi  claire- 
*menc  à  Pétiliane  &  aux  deux,  au- 
tres provéditeurs ,  que  le  feul  moyen 

H  vj    * 


ïSo     Histoire  de  France. 
de  fauver  Tartiif e  ,  étoit  de  préve* 
•Akk. if09« nir  les  François,  quil  les  décida  à 

£  rendre  fur  l'heure  le  chemin  des 
auteurs  :  Périliane  partie  le  pre« 
mier  avec  la  plus  grande  partie  de 

.  la  cavalerie  :  TÂlviane  le  fuivoic 
avec  le  refte  de  l'armée  ,  &  toute 
Partillerie.  Pétiliane  approchoic  de 
Vaila  j  TAlviane  lui-même  ,  quoi- 
qu'il marchât  avec  un  attirail  plus 
embarraflant  ,  avoit  dépaffé  les 
François ,  lorf<jue  Chanmont  &  Tri- 
vulfe  ratteignirenc  près  le  village 
d'Agnad^l ,  dans  un  endroit  où  les 
deux  chemins  n'étoient  féparés  que 
par  un  ravin  &  qivelques  arpents  de 
terre ,  que  les  François  entreprirent 
de  franchir.  L'Âlviane  ,  dès  qu'il 
uppercut  l'ennemi ,  envoya  ppiér  le 
comte  de  Pétiliane  de  revenir  fur 
fes  pas  :  Pétiliane  lui  fit  dire  d'à*- 
vancer  toujours  »  &  de  fe  battre  en 
retraite  ;  mais  il  ne  le  pouvoit  plqs 

'  fans  facrifier  fon  artillerie ,  les  ba- 
gages ,  &  une  partie  de  fon  infan- 
terie. Bien  {ur  que  Pétiliane ,  malgré 
fa  première  réfolution,  ne  tarderoie 
pas  à  venir  le  joindre ,  il  rangea 
fon  artillerie  fur  une  chaulfée  y  ou 
dijgue ,  qui  couvroit  le  ravin  ^  il  jetta 


Lot;  I  s    XII.        i8i 

fon  infanterie  dans  des  vignes  »  où 
la  cavalerie  ennemie  pouvoir  diffi-  Ann.  1^09. 
cilement  pénétrer,  &  laifla  derrière, 
un  ter  rein  vafte  &  uni ,  où  la  gen* 
darmerie  &  la  cavalerie  légère  pou- 
voienc  aifémenr  manœuvrer.  Chau- 
Hionr ,  en  attaquant  Tennemi ,  avoir 
envoyé  prier  le  roi  de  s'avancer  avec 
le  corps  de  bataille,  Louis  ne  s*at- 
tendoit  point  à  ce  meffage  :  quel* 
ques  moments  auparavant  on  étoic 
venu  lui  dire  qu'il  étoit  inutile  de 
fe  hâter,  parce  que  les  ennemis  Ta- 
voient  prévenu ,  &  croient  déjà  logés 
à.Vaila  :  Marchons  toujours  ,  avoit- 
il  répondu  ,  rwus  logerons  fur  leurs 
vtntres.   Apprenant  que  le   combat 
étoit  engagé  ,  il  détacha  prompte- 
n>ent  le  jeune  Charles  de  Bourbon 
MoiitpenGer  &  le  célèbre  Louis  de 
la  Trémouille  >  avec  deux  cents  lan- 
ces ,  pour  foutenir  Pavant  garde ,  &: 
fe  mit  â  les  Aiivre  avec  une  mer- 
Veilleofe  ardeur  :  il  étoitotemps  qu  il 
arrivâr  ;  les  SuilTes  &  les  gendarmes 
de  Chaumonc  ,  qui  avoient  entrepris 
de  franchir  le  ravin  ,   avoient  été 
renverfés  ,    &  foutenoient  â   peine 
le  combat.  L'artillerie  de  TAlviane , 
placée  fur  on   terrein  plus  élevé , 


184  Histoms  DB  Trahcb. 
qui  avoic  fouvent  entendu  vanter 
Ann.  ifojl.la  préfence  d'efprit  &  l'intrépidité 
de  ce  général  ,  voulut  s*en  alTurec 
par  lui-même  ;  il  donna  fecrétemenc 
ordre  de  faire  fonner  Talarme  dans 
le  camp  ,  &  continua  quelque  temps 
la  converfation.  Comme  tout  le  mon^ 
de  parut  étonné  à  ce  bruit  ^  Louis , 
feignant  d'en  être  lui-même  furpris: 
Qucfi'Ct  donc  ,  dit*il ,  feigncur  Bar^ 
ihélemi  ^  vos  gens  font  tien  difficiles 
À  contenter  ;  veulent  •  ils  en  tdter  en^ 
tore  une  féconde  fois?  Sire  y  répartie 
l*Alviane  ,  s^il  y  a  combat  aujour-- 
d'hui  y  il  faut  que  les  François  s*en^ 
trebatunt  \  car  pour  Us  nôtres  ,  vous 
Us  ave^  gouvernés  de  manière  5  que 
vous  'ne  les  reverre^  de  quinze  jours  en 
face.   La  déroute  étoit  encore  plus 

Î;rande  que  TAlviane  ne  pouvoit  fe 
'imaginer  :  toutes  ces  troupes  mer- 
cenaires ,  qui  n'étoient  attachées  d 
la  république  que  nar  la  folde  qu'el- 
les en  recevoient^  &  qui  àlloit  peut- 
iêtre  leur  manquer ,  fe  feroient  dé* 
|)andée$ ,  (i  Pétiliané  n'eut  ufé  dans 
cette  occafipn  de  fa  prudence  ordi- 
naire ;  il  fe  garda  bien  de  vouloir 
les  raàTembler  dans  le  voifinage  de 
i'ennemi ,  pu  noc  nouvelle  terreur 


J^  o  ir  I  s    X  I  L       1S5 

tes  anroit  biencôc  difperfces  :  ili 
affigtia  le  lieu  de  la  jonâion  fous  Ann.  Moy. 
les  murs  de  BrefTe  ,  à  ouatante  mil- 
les du  champ  de  bataille.  Quoiqu'il 
femblât ,  par  cette  retraite ,  aban- 
donner à  l'ennemi  la  plus  grande 
{)artie  des  Etats  de  terre -mme, 
e  fénat  rendit  juftice  à  la  droi-* 
ture  .de  fes  intentions  :  il  lui  dén 
puta  quelques  -  uns  de  fes  mem-* 
ores  ,  pour  louer  la  conduite  qu'il 
avoir  tenue  dans  toute  cette  guerre  y 
8c  le  remercier  de  n'avoir  point 
défefpérc  du  falut  de  la  rcpubli^ 
que.  ^  i 

Les  villes  qui  dévoient  revenir  soumîffioii 
du  roi  par  le  traité  de  partage ,  fepûc«'dÛVuî 
voyant  abandonnées  &   fans  eîpé- "ijc  du  roij 

1  •       1      /*  >  nouvelle  iS" 

rance  de  recevoir  de  fecours  ,  s  em*  rttkhmè  du 
preflferent  à  l'envi  de  mériter  ,j>ar  ^«W<*«  Mi- 
tune   prompte   foumiflion  ,    la  clé^    %uuckdr* 
mence  du  maître  auquel  elles  al*  din. 
loient  appartenir  :  Caravagio  ,  Ber-    ^^'jfj- 

Î;ame,  Crcme,  Breffe  &  Grérrione,     F^M^tir. 
ui  envoyèrent  leurs  clefs  :  les  gar-    J^f^f^^'  ^ 
nifons    Vénitiennes  ,    ne   pouvant  jmû. 
compter   fur  la  fidélité   des   bour- 
geois ,   s'étoient   retirées   dans   les 
forterefles  ,  qu'elles  euflent  rendues 
furie-champ ,  fi  l'on  eût  voulu  içur 


iS6  Histoire  db  France. 
permettre  de  fe  retirer  avec  armes 
Akn.  ifo«.  &  t>^g>g^s  9  niais  Louis  ne  vouloic 
les  recevoir  quà  difcréûon.  Sentant 
la  néceflîté.  de  récompenfer  les  trou- 
pes y  Se  cous  ces  braves  volontaires 
qui  lavoient  fi  bien  iervi  ^  attentif 
à  préfervèr  fes  nouveaux  fujets  du 
pillage  ;  toujoiurs  ferme  à  n'affignec 
fur  Ion  trcfor  ni  penfions  ni  grati- 
fications, qui  aurpienc  été  à  la  char* 
ge  du  peuple  ,  il  était  bien  aife  » 
du- moins,  de  procurer  à  ceux,  oui 
avoienr  eu  parc  à  la  conquête  >  les 
moyens  de  s'enrichir  ,.qu  de  fe  dé- 
dommager de  leurs  pertes  ,  paj:  les 
^rtes  rançons  qu'ils  pouvoient  tirer 
des  provéditeurs  ,  ôc  autres  nobles 
Vénitiens ,  renfermés  dans  ces  foc« 
terelTes.  La  place  de  Pefchiere  fut 
la  feule  qui  n'envoya  point  de  dé- 
putés :  ûtuée  fur  le  lac  de  Garde , 
entourée  d'une  triple  muraille  ,  elle 
paroifToit  devoir  oppofer  une  longue 
réfiftance  :  la  valeur,  pu  peut-être 
la    témérité    des   aventuriers   Fran- 

Îfois  ,  fûrmonra  tous  ces  obftacles  : 
a  garnifon  fut  paflfée  au  fil  de  Té- 
pée  :  le  provéditeur  &  fon  fils ,  échap- 
pés au  maflacre ,  offroient  une  grofle  - 
rançon  pour  racheter  leur  vie  ;  on 


L  o  û  I  s  XII.  Ï87 
les  pendit  à  deux  arbres  ,  fans  qu'on  ; 
fâche  le  crime  qui  avoic  p»  but  ac-  Ann.iso$. 
tiret  un'  craicemenc  (î  figoureux.: 
Louis  y  qui  y  dans  toutes  les  occafions 
refpeda  la  Tcrm  y  ne  Touloit  jws;, 
fans  douce  y  les  punir  d'avoir  té- 
moigné plus  de  courage  &  d'atta- 
chement que  les  autres  â  leur  mal- 
heùreufe  patrie .:  la  cruauté  que  les 
Vénitiens  avoient  exercée  à  Trévi , 
ne  pouToic  antorîfer  ces  horribles 
repréfailles ,  à  moins  ^u'on  ne  fup- 
pofe  que  ces  deux  infortunés  en 
avoient  ouvert  Tavis.  Louis  y  en 
dix-fepc  jours,  acheva  la  conquête 
de  ce  qui  devoir  lui  revenir  de  la 
dépouille  des  Vénitiens  y  portion  & 
cbnfidérable ,  qti'eliè  étoit  eftinsée 
un  tiers  du  duché  de  Milan  y  8€ 
qu'elle  grof&iToit  fes  revenus  de  cent 
mille  ducats  pat  an.  Il  ne  tenoit 
qu'à  lui  de  tirer  un  parti  beaucoup 
plus  confidérable  de  la  position  ou 
il  fe  troQvoit.  Les  magiftrats  de 
Vérone  ,  de  Vicetice  8c  de  Padoue , 
lui  apportèrent  les  clefs  de  ces  viU 
les  ,  &  le  fupplierent  inftamment 
d'en  venir  prenare  pofleflSon  :  c'étoit 
fans  doute  une  adreffe  des  Véni- 
tiens ,  qui  ,  n'ayant  plus  aucun  ef- 


iSS      HiSTOÀB   DE   FrA^C£. 

poir  de   téfîfter  d  k  ligué  ,    raiie 

AnH.jso9^  qa  elle  fabfifteroic  en   foti  entier  ^ 

aaroient  été  bien  aifes  de  mettre 

amt  mains  le  roi  de  France  &  Tem- 

}>erear  :  la  tentation  auroit  été  vie- 
ente  pour  tout  autre  prince  que 
Louis  :  ces  villes  étolent  le  prix  de  la 
viftoire  qu'il  vendit  de  remporter  : 
l'empereur  n'avoir  rempli  aucun  des 
engagements  pris  à  Cambrai  \  le  ter- 
me eu  il  devoir  entrer  en  campagne 
étoit  expiré  depuis  long- temps ,  lans 

au'il  eût  fait  la  moindre  diverfion 
u  côté  de  l'Allemagne  ;  il  n'avoit 
pas  tenu  à  lui  que  l'armée  Françoife 
n'eût  été  écrafée  par  les  forces  réu-^ 
nies  de  l'ennemi  ;  enfin  pendant  que 
Louis  travailloit  en  Italie  pour  la 
caufe  commune  y  il  avoir  tenté  d'ac- 
cabler ,  contre  la  foi  publique  ,  le 
duc  de  Gùeldres  ,  qu'il  croyoït  pren- 
dre au  dépourvu.  Toutes  ces  confia 
dérations  n  capables  de  juftifier ,  ou 
du  moins  d'excufer  l'acceptation  d'u- 
ne offre  avantageufe  ,  qui  n'étoit 
d'ailleurs  ni  mendiée  ni  recherchée , 
ne  purent  l'ébranler  un  feul  inftant. 
Ces  villes  dévoient  revenir  à  Maxi-» 
milien  par  le  traité  de  partage  ;  il 
.  n'en  reçut  les  clefs  que  pour  les  re-> 


L  o  cr  I  s    X  I  L        189 
meute  fur-le-champ  dans  les  mains 
des  ambafladeurs  de  ce  prince  »  qui  anm.  ifoy. 
1  accompagnoienc  ;  il  exhorta  les  dé*       "" 
puces  à  mériter  ,  par  une  prompte 
ioumiffion ,  l'indulgence  de  leur  nou* 
veau  maître  :  Maximilien  fentit  vi* 
vemenc  la  nobleiTe  de  ce  procédé* 
Lorfque  le  cardinal  d'Âmboife  vint 
le  trouver  i  Trente  ,  pour  lui  de- 
mander une  nouvelle  inveftiture  du 
duché  de  Milan  »  non  content  de 
l'accorder  telle  que  la  defîroit  Louis  » 
il, brûla  9  en  préfence  du  cardinal^ 
un  certain  regiftre  ^  qu'il  nommoic 
fon  livre  rouge  ^  oit  û  avoir  écrie 
de  fa  main  toutes  les  ofTenfes  qu'il 
prétendait  avoir  reçues  de  la  Fran- 
ce i  &  dont  il  fe  promettpic  de 
cirer  raifon ,  lorfqji^e  TpccaHôn  s'en- 
préfeqteroir^  Dans  les  premiers  mou- 
veinçnts  de   fa   recopnoidance  ,   il 
jura  i^ne  éternelle  amitié  à  ]Louis  ; 
il  le  pria  tr^s-inftapip6>^c  d^  vou- 
loii:  bien  lui  accorder  une  entrevue 
à  Pefçhiere  ,  où  il  ^Hoit  ^  difoit  -  il  t 
fe  rendre  incefTamm^nr*   Louis  l'y 
atten4ic   plu5  Jong  -  tçmps  que  fe^ 
affaires  &  ^  fanté  ne  le  permet- 
toienc  3  ^lais  foit  qi;e  ^laximiUen 
^ùc  hopte  de  fe  préfenter  d^n$  ua 


f90     Histoire  de  France. 
équipage  qui  ne  repondoic  point  k 

Ann.  ifG^.  fou  rang  ,  foie,  comme  d'autres  le 
rapportent  ,  qu'il  eût  la  balTeffè  de 
craindre  que  Louis  ne  rarrêtât  pri- 
fonnier  ,  après  avoir  demandé  plu- 
fieurs  délais  ,    il    s*envoya   excufer 
par  révêcjHe  de  Gurk  ,  fon  chance- 
Ker  ,  priant  le  roi  de  remettre  la 
partie  à  un  autre  temps.  En  repre* 
ftant  la  route  4c  fes  Etats  ,  Louis 
paffa  par  Milan  ,  où  les  citoyens  lui 
avoient  préparé  une  magnifique  en- 
crée 'y  pour  mievz  honorer  Ton  triom- 
phe ,  on  pof foit  <leva^t  lui  les  ta- 
bleaux des  villes  conquifts  ,  &  réu- 
taies  enfin  au  duché  de  Milan ,  après 
en   avoir  été   féparées   depuis   près 
d'un  fiecle. 
Humilia-  '     Avec    Ics  cent   mille  écus   que 

dw^énkicm  Maximilien  venoit  de  recevoir  pour 

à  l'égard  de  rinyeftiture  du  duché  de  Milan  ,  les 
^G^ilchar-  ^^^^  cinquante  nville  ducats  que  îe 

din.  pape  4ui^voit  accordés  fur  la  cfarifFe 

lé  maire  de  Je  la  icroifade  établie  en  Allemagne» 

Belges.  Il  .  ,    .  .       O        * 

^meiot  </««es  dons  gratuits  que  lui  avoient  ac- 
UHoujfaie.  cordés  touces  les  villes  des  Pays-Bas, 
lorfqu'il  étoit  allé  prefKire  poflTef- 
fîon  de  la  curatelle  dq^Charles ,  fon 
petit-fils  ;  il  auroit  dû-  avoir  raflTem- 
blé  des  forces  capables ,  non  -  feule- 


•  L  o  ty  r  s     X  1 1.        191 

rhent  d*ccrafer  les  foibles  reftes  de  ^— ■*** 
Tarmée  Vénitienne,  mais  dmfpirec  amn.  ifo^* 
die  la  défiance  à  (es  propres  confé- 
dérés :  cet  argent  a?oic  été  diffipé 
en  folles  dépenfes  ;  plus  d'un  mois 
s'écoic  écoulé  ,  depuis  le  terme  où 
il  atiroit  dû  entrer  en  campagne  »  &c 
il  n'avoir  point  encore  d*arinée  :  à 
peine  avoir -il  pu  envoyer  quelques 
compagnies  de  lanfqQenecs  »  mal 
payées ,  dans  les  places  qui  s'étoient 
foumifes  volontairement  :  cepen« 
dant  telle  étoit  la  terreur  qu'infpi- 
roit  encore  le  nom  d'empereur  en 
Italie ,  ciue  les  Vénitiens  regardèrent 
Maxinviien  comme  leur  ennemi  le 
plus  formidable ,  êc  lui  firent  des  fou-* 
miffions  ,  auxquelles  ils  ne  fe  fe* 
roient^àbaiflfés  à  l'égard  d'aucun  au- 
tre fouverain,  La  poficion  oà  ils  fe 
trottvoient  ,  ne  pouvoit  être  plus 
cruelle  :  fans  efpoir  de  confervec 
une  feule  place  en  terre- ferme ,  ils 
trembloient  encore  pour  Venife  elle- 
mcme.  Car  bien  que  cette  ville. ne 
(ut  poiiit  entrée  dans  le  partage  que 
^  les  cotifédérés  avoient  fait  des  Etats 
de  la  république  ,  il  eft  certain  qu'ils 
fe  propofoient  de  Wnfulter ,  &  qu'on 
^rmoit ,  à  ce  deCTçin ,  un  grand  nom- 


r^t     Histoire  de  Franck. 

— ^"""^  bre  de  vaiffeaux  dans  les  ports  de 
Amm.  ifo^.  Barcelone  ,  de  Marfeille  ,   de  Sa- 
vone  &  de  Naples.    Réduits  i  la 
dure  néceflîté  de  fe  choifir  un  mai* 
cre  ,  les  Vénitiens  crurent  qu'ils  fe* 
roîenc   moins  humiliés  en  fe  fou- 
mettant  i  Tempereur  ,  qui  tenoic 
toujours  le  premier  rang  encre  les 
fouverains  :  )>  Au  nom  du  doge  , 
M  du  grand  confeil  &  du  peuple  de 
s>  Venife  »  lui  dit  Antoine  Juftinia- 
)•  ni  9  ambaiTadeur  de  la  république , 
M  non&  vous  abandonnons  tout  ce 
»  que  nos  ancêtres  ont  occupé  dans 
f»  la  mouvance  de  l'empire  &  dans 
•»  vos  pays  hérédiciaires  ;  nous  y  joi- 
99  gnons  tour  ce  que  la  république 
H  a  poflfédé  en  terre-ferme ,  &  quels 
M  que  foienc  nos  droits  fur  ces  do« 
»»  maines  ,  nous  vous  les  réfignons  » 
»  comme  à  notre  véritable  feigneuc 
»  fucerain  :  nous  paierons  à  votre 
»  majefté,  &  aux  empereurs  fes  fuc- 
n  ceflTeurs  ,  un  tribut  de  cinquante- 
M  mille  écus  d  or  \  nous  obéirons  i 
I»  tous  vos  décrets  ,  loix  &  Qrdon- 
99  naoces.  Défendez  *  nous  de  Tinfo- 
»>  lenj:e  &  du  pillage  de  ceux  qui 
Il  étoieat,  il  y  a  peu  de  jours ,  nos 
M  compagnons  d'armes ,  éc  qui  font 

^devenus 


L  o  tr  1  s  XII.  19} 
«devenus  nos  plus  cruels  ennemis } 
99  leurs  projets  ne  tendent  à  rien  Ann.  iîc?. 
»  moins  qu*à  ciifevelir  pour  jamais 
«  le  nom  Vénitien.  Que  votre  pro- 
»  teétion  nous  fauve  de  leur'  fureur  , 
w  &  vous  ferez  notre  père ,  le  fon- 
«  dateur  de  notre  ville  j  nous  célc^ 
M  brerons  vos  bienfaits  ^  &  nous  les 
»  ferons  admirer  d  âge  en  âge  à  nos 
»>  enfants  o.  Quelque  féduifantes 
que  paruffent  ces  offres  des  Véni- 
tiens, elles  croient  plus  apparentes 
que  folides.  En  lui»  réfignant  leurs  . 
prétendus  droits  fur*  les:  places  oc- 
cupées par  les  François  ,  ils  ne  lui 
eédoient  rien ,  puifou'il  croit  hors 
d*érat  de  les  faire  valoir,  &  qu*il  s'en 
étoit  même  deflTaifi  d'avance  ,  par  la 
nouvelle  inveftiture  du  duché  de  Mi- 
lan. Quant  à  la  fouverainetc  de 
Venife  ,  fituée  au  milieu  des  eaux  » 
elle  ne  pouvoit  jamais  être  que  pré* 
Caire  entre  les  mains  d'un  fouverain 
qui  n'a^Toit  point  de  marine  :  ils 
ne  lui  offroierit  donc  rien  de  réel 
que  les  places  Se  les  provinces  de 
fon  partage  qu'ils  ne  pouvoient  dé? 
fendre  ,  qu'il  aimoit  mieux  tenir  de 
foH  épée  que  de  leur  prétendue  li- 
béralité ,  &  qu'il  ne  pouvoit  même 
Tome  XXII.  1 


ip4      Histoire  d£  Francs. 

accepter   à  ce    dernier   titre  ,  fans 

Ann.  iso^.  Ce-  brouiller  avec  fes  confédérés  ,  Se 
fans  mettre  au  hasard  des  avan« 
tages  certains.  Pénétrant  leur  rufe» 
qui  ne  tehdoit  â  rien  moins  qu'à 
le  défarmer  par  une  foumimon 
apparente ,  &  a  difloudre  une  ligue 
i  laquelle  il  leur  étoit  impoffible  de 
rédfter ,  cet  empereur ,  qui  ne  man- 
quoit  pas  d'éloquence  »  fe  chargea 
lui-mcme  de  la  réponfe  :  »  O  aveu- 
M  glement  de  l'elprit  humain  ,  s'e- 
st criat-il  ,  qui  ne  confidere  que 
»  le  préfent  &'le  paffé,  &  qui  ne 
M  porte  jamais  fes  regards  fur  l'a- 
M  venir  !  La  voilà  donc  cette  répa- 
rt blique  de  Venife,  fi  orgueilieufe 
w  dans  la  profpérité ,  fi  rufée ,  fi  ha- 
»  bile  à  mettre  aux  mains  fes  voi* 
19  fins ,  &  à  faire  fon  profit  de  leurs 
»  divifions ,  tombée  du  faîte  de  la 
»  grandeur ,  6c  implorant  la  mifé-» 
»  ricorde  de  ceux  qu'elle  fe  plaifoit 
»  à  outrager.  L'année  dernière  , 
)>  lorfque  nous  nous  difpofions  à 
»  marcher  à  Rome  pour  recevoir 
t»  la  couronne  impériale  ,  avec  quel« 
M  les  inftances  ne  lui  demandâmes*' 
>•  nous  -  pas  le  paflàge  fur  fes  ter^ 
%»i:es?  cruelles  offres  neluifîmesv 


Louis     XII.        I95 

»  nous  pas  pour  obtenir  une  chofe 

t»  qu'elle    ne   pouvoir   nous    refufer  ANN.içoy^ 

M  fans  injuftice  ?    cependant ,    tou- 

w  jours  dominée  par  une  fourde  ja- 

M  loufie  &  une  ambition  infatiable» 

M  elle  arma  contre  nous  les  François  ^ 

9»  &  profitant   avidement   de   Tem- 

9>  barras  où  nous   nous   trouvâmes  » 

9>  elle  nous  enleva  violemment  des 

M  places  fur  lefqiielles  elle  ne   pou- 

»9  voit  former  de  prétentions.  Nous 

f>  efpérâmes  dès-lors  que  le  ciel  équi- 

»  table  feroit  luire  fur  fa  tète  le  jour 

»  de  la  vengeance  :  il  eft  donc  enfin 

»9  arrivé  ce  terme  fatal.  Enclins  à  la 

»  miféricorde  ,  inftruits  par  une  lon- 

»>  gue  expérience ,  qu'il  n*y  a  rien  de 

»  ftable  dans  l'univers ,  nous  aurions 

»  pu  jetter  fur  vous  un  regard  de  pi- 

»  rié  &  recevoir    votre    requête ,  (î 

M  vous  aviez  moins  tardé  à  la   pré- 

»  fenter  :   mais  d'avoir  attendu  que 

»  le  coup  fût  porté ,  pour  venir  ea- 

t»  fuite,  par  de  belles  paroles  &  une 

a>  fade  adulation  ,  furprendre  notre 

B  indulgence ,    &  nous   charger  du 

9>  reproche  d'avoir  rompu  une  ligue  -- 

»  que  vos  excès  ont  provoquée  ,   ëc 

M  à  laquelle  il  vous  eft   impofiible 

M  de  rcfîfter  ^  ce  n'eft  de  votr^  paçt 


i^(?     HrsToiRB  DE  Frakcs. 
-'  »  qu'une  injure   de  plus  :    cherchez 

Ann.  1S09  s>  ailleurs  des  dupes ,   &  demeures 
30  bien     convaincus     que    rien     ne 
»  pourra   me    féparer    de    Talliance 
»  que  j'ai  jurée  au   roi  de  France  , 
»>  mon   bon  frère ,   ni   m'empêchec 
»>  de    pourfuivre ,    à   main   armée  ^ 
»  mes  ofFenfes  &  mes  droits  ». 
Sage  cott.      Honteux   d'une   baflefle   inutile  , 
nidlns ."  ^^"  rcfignés  à  céder  à   la  néceffité  ,   Se 
Guicchar-  cônndéranc  que  quelque  effort  qu'ils 
^'"'    ,        fiflent  pour  conferver  leurs  Etats  de 
juflinian.  tetrc-terme ,  ils  n  en  viendroient  |a- 
StUar'^^'  mais  à  bout ,  les  Vénitiens  ne  vou- 
lurent pas,  du  moins,  rendre   plus 
difficile  pour  l'avenir  ,  le  retour  des 
villes    qui    leur   échappaient.   Loin 
de  témoigner  aucune  aigreur  contre 
celles  oui  avoienc  donné  l'exemple 
de  la  défeûion  ,   ils   portèrent  un 
décret,   pat  lequel  ils  les  délièrent 
toutes  du  ferment  de  fidélité  qu'el- 
les avoient  prêté  à    la  république  ^ 
donnèrent  des  louange^  à  leur  atta- 
chement ;  mais  les  exhortèrent,  puif- 
Su'ils  n'étoient  plus   en  état  de  les 
éfendré,  de  fonger  à  elles  ^  &  de 
(>rendre  le  parti  qu'elles  jugeroient 
e  plus  convenable.  Après  s'être  ainfî 
Ct(çcutés^   ik  charger^nc  le^  cardia 


Louis     XII.        Ï517 

naux  Grimani  &  Cornano  d'oflFrir ,    — 

de  la  part  du  fcnat,  une  pleine  fa- Ann-iço^. 
tisfaâion  au  pape  y  de  lui  deman- 
der rabfolution,  en  rendant  non- 
feulement  Rimini  &  Faenza ,  qui 
avoient  été  le  fatal  fujet  de  toute 
la  querelle,  mais  Cervie  &  Raven- 
ne  ,  qu'ils  poflédoietit  tranquille- 
ment, depuis  un  fiecle.  Cette  reC- 
titution  arrivoit  trop  tard  :  Jules , 
ayant  levé  une  armée  de  treize  mille 
hommes ,  dont  il  avoit  confié  le 
commandement  au  duc  de  Ferrare  , 
avec  le  titre  de  gonfalonnier  de  Té- 
glife  Romaine ,  à  François  Marie  de 
la  Rovere,  duc  d'Urbin,  neveu  de 
fa  fainteté,  &  à  François  dé  Cartel  de 
Rio  ,  cardinal ,  évèque  de  Pavie , 
fon  miniftre  de  confiance ,  avoit  dé- 
jà recouvré  toutes  ces  places  ,  à  la 
réferve  de  la  forterefle  de  Ravenne  , 
qu'il  tenoit  aflîégée  ,  &  qui ,  ne 
pouvant  être  lecourue ,  tombcroit 
infailliblement  entré  fes  mains  :  il 
répondit  donc  avec  cette  fierté  qui  lui 
étoit  fi  naturelle,  qu'ils  fe  mifTenc 
préalablement  en  devoir  de  reftituer 
encore  les  fommes  qu'ils  lui  dé- 
voient à  raifon  de  la  jouifTance  de 
ces  places  violemment  ufurpéès,  ou 

liij 


i^S  Histoire  de  France. 
'^T'*'*^  de  lui  affigner  ,  du  moins ,  un  dé- 
//NN.  ifC5>.  dommagement  dont  il  pût  fe  con- 
tenter :  &  en  fécond  lieu ,  qu'ils 
lui  fiflent  raifon  de  leurs  entreprifes 
téméraires  fur  l'autorité  eccléfiafti- 
que  ,  &  de  Todieufe  tyrannie  qu'ils 
avoient  trop  long-temps  exercée  fur 
le  clergé  féculier  &  régulier  :  qu  en- 
fuire  il  examineroit  s'ils  étoient  di- 
gnes de  pardon  &  de  miféricorde. 
Le  fénat ,  tout  humilié  qa-il  écoit  , 
ne  put  entendre  cette  réponfe  qu'a- 
vec la  plus  violente  indignation  : 
Marc  Loredano  ,  fils  du  doge  ,  s*é« 
cria  dans  l'alFemblée  qu'il  n'y  avoir 
plus  à  délibérer,  &  qu'il  falloir, 
fur-le- champ ,  appeller  le  Turc  conrire 
ce  bourreau  des  Chrétiens  ,  qui  ojoit 
tnçore  s\n  dire  le  père.  Cet  avis  vio- 
lent fut  reçu  avec  applaudiflemenc 
par  toute  la  jeune  nobleffe.;  mais  les 
vieux  fénateurs,  &  le  doge  à  leur 
tète,  montrèrent  que  ce  fecburs  écoic 
incertain;  qu'il  viendroit  trop  tard ^ 
qu'il  fermeroit  la  voie  à  toute  efpece 
de  réconciliation  ;  qu'il  falloit  imiter 
les  patrons ,  qui ,  dans  un  violent  ora- 
ge ,  jettent  à  la  mer  tout  ce  qui 
charge  le  vaiflTeau  ,  pour  ne  s'occu- 
per que  du  falut  des  navigateurs; 


L  o  tr   I  s     X  I  L        199 
que  le  temps  viendroit  peuc-ècte  de  «^^ — *- 
réparer  toutes  ces  pertes  j  (jue  dans  Ann.  ijo^. 
les  circonftances  prefentes ,  il  ne  fal«> 
loit  que  céder  &  attendre. 

Tous  les  ennemis  de  la  républi- 
que  ne  s'étoient  pas  encore  déclarés: 
le  duc  de  Ferrare  ,  après  avoir  rem* 
pli  les  fondions  de  général  de  TE- 
glife ,  prit  les  armes  pour  fon  comp- 
te :  il  fe  remit  en  poiTeffion  de  la 
Polefine  de  Rovigo  ,  &  de  quel- 
ques autres  places ,  que  les  Véni- 
tiens avoient  enlevées  à  fes  pères  : 
le  marquis  de  Mantoue  rentra  dans 
Ifola  &  Lunato.  Enfin  Ferdinand  le 
Catholique  leva  le  mafque  :  quoi- 
que principal  moteur  de  la  ligue  , 
quoique  tenu  par  fes  ferments  decom- 
mencer  la  guerre  ,  le  même  jour 
que  le  roi  de  France ,  il  n'avoit  fait 
aucun  mouvement  en  Italie  ;  il  n'a- 
voit pas  même  rappelle  fon  ambaf- 
fadeur  ,  de  peur ,  fans  doute  ,  que 
le  fénat ,  effrayé  de  la  grandeur  du 
péril ,  ne  prît  le  parti  de  traiter , 
a  quelque  prix  que  ce  fût ,  foit 
avec  Tempereur  ,  loit  avec  le  roi  de 
France.  Enfin  lorfqu'il  vit  la  repu- 
.blique  accablée,  &  hors  d'état  de 
rien  refufer ,  il  changea  de  ton ,  &  au- 

liv 


loo     Histoire  de  France. 
lieu  des  fecours  qu'il  avoir  promis  juf- 
Ann.  1SQ9'  qu'alors,  il  menaça ,  fi  Ton  ne  luiren* 
doit  fur-le -champ ,  les  quatre  ou  cinq 
villes  que  la  république  occupoit  dans 
la  Fouille ,  fans  qu'il  fût  déformais 
mention   du    prix  de   rengagement 
de  joindre  fa  flotte  à  celle  du  roi 
de  France ,   &  de  venir  foudroyer 
la  ville  de  Venife.  Quelque  odieux 
que    parût   ce    procédé  ,    le    fénat 
cacha  fon  reflCentiment  :  il  expédia, 
fans   délai  ,     un    ordre    précis   aux 
provéditeurç  d'évacuer  ces  places  :  il 
it  accompagner  Tambafladeur  Efpa- 
gnol ,  qui  fe  retiroit ,  par  deux  des 
principaux    magiftrats,    chargés   de 
les   configner  entre  fes  mains  ,   ou 
entre  celles  du  Viceroi  de  Naples. 
Réconcîlîa-      Ferdinand  ,  ayant  obtenu  le  pro- 
dTb  r[pubu!  "^'^^   avantage    qu'il  s'étoit  promis 
que  avec  Fer-  de  la  Heuc  de  Cambrai,  ne  foneea 
tboiiqi  e.       P'^^s    qu  a    s  en   procurer  un    autre 
Z'.  .^fart-r,  qui  rintérelToit  vivement,  la  ce/îion 
*  Guftkar-  abfolue   des  prétentions   de  Tempe- 
àin,  reur  à    la  régence  du   royaume    de 

^'^''^'  Caftille.  N'efpérant  rien  de  l'amitié 
ni  des  bons  offices ,  il  fe  propofa 
de  l'arracher  de  la  néceffitc.  Pour 
la  réufliite  de  fes  projets ,  il  avoit 
befoin  que  les  Vénitiens  donnafleoc 


Louis  XII.  loi 
de  loccupaiion  à  l'empereur.  Il  s'at- 
tacha donc  férieufement  i  rétablir  Ann.  içoi?» 
leurs  affaires  ,  fans  cependant  fe 
montrer  à  découvert  :  il  leur  fit 
fentir  la  néceffité  dune  réconcilia- 
tion avec  le  fouverain  pontife ,  & 
promit  d'y  employer  fes  bons  offi- 
ces. La  négociation  n'étoit  pas  diffi- 
cile :  il  fit  fentir  à  Jules  que  s'il 
avoit  été  expédient  d'humilier  une 
république  orgueilleufe ,  il  n'étoit 
pas  de  l'intérêt  du  faint  fiége  de 
louffrir  qu'on  l'accablât  entièrement, 
ni  que  des  nations  étrangères ,  déjà 
trop  formidables ,  s'accrulfent  de  (es 
débris,  &  vinflTent  s'établir  fur  fes 
ruines:  que  les  prétentions  des  em- 
pereurs étoient  trop  directement  op- 
pofées  aux  droits  des  fouverains  pon- 
tifes pour  efpérer  qu'on  put  jamais 
les  concilier:  que  l'exemple  de  plu- 
ficurs  de  fes  prédéceffeurs  devoir  lui 
avoir  appris  ce  qu'il  avoit  â  redou- 
ter ,  fi  les  Alpes  n'étoient  plus  une 
barrière  entre  l'empereur  &'Uri.  A 
ces  motifs  de  crainte  généraux  & 
éloignés  ,  il  en  joignit  un  particu- 
lier 6c  préfent  :  il  fit  fouvenir  Jules 
de  l'ardeur  du  cardinal  d'Amboife 
pour  parvenir  à  la  papauté  ,  &  des 

1  V 


lot      Histoire  de  France. 
^r.       "^'  moyens  violents  &  facriléges  qa*on 
Ann.  ifo^.  avoit  réfolu  d'employer,   deux  ans 
auparavant,  pour  lurprendrefa  fain- 
tèté  à  Bologne ,    &  affervir  l'Eglifé 
&  ritalîe ,  il  la  confpiration  n'avoic 
pas  été  découverte;  du  fervice  im- 
portant que  les  Vénitiens  rendirent 
au  faint   fiéee  dans  cette  occafion  : 
il  lui  reprélenta  qu'Amboife ,  per- 
fiftant  dans  fon  premier  plan,  écoic 
le  moteur  de  la  ligue  de  Cambrai , 
le  lien  qui  uniflbit  l'empire ,  la  France 
&  la  plus  grande  partie  de  l'Italie  ; 
qu'impatient  de  régner  ,  il  n'atten- 
droit    peut-être   pas   la    vacance  du 
faint  fiége  ;  qu'il  intriguoît  fourde- 
jnent  parmi  le  facré  collège ,  &  que 
l'on  parloir  déjà  d'aflTembler  un  con- 
cile. Si  ces  confidérations  fuffifoient 
pour  faire  defirer  au  pape  la  difTo- 
Jution  de  la  ligue  de  Cambrai ,  elles 
lui  inrjpofoient  ,  en  même  temjjs,  la 
néceflîté  d'ufer  d'une  grande  referve. 
11  parut  touché  d'une  lettre  fort  fou- 
iiîifequelui  écrivit  le  doge  Loredano; 
il  la  fit  lire  en  plein  confiftoire  ,  & 
il  annonça  que  fans  cefler ,  comme 
prince ,  de  les  pourfuivre  à  main  ar- 
mée jufqa  à  ce  qu'ils  euflent  donné  fa- 
tisfadion  à  Maximilien  ,  il  ne  poa- 


Louis     XII.        loj 
voit  fe  difpenfer ,  comme  père  com- 
mun des  hdeles  ,  de  les  réconcilier  Ann.  1^05», 
i  TEglife  'y  s'ils  donnoient  des  preur 
ves  de  pénitence  &  d  un  fincere  re- 
pentir. Cette  légère  faveur  à  laquelle 
ils  n'eurent  garde  de  fe  montrer  in- 
feufibles,   ranima  leurs  efpérances: 
ils    n'avoient    plus  rien    à  craindre  .  '•"  ^^^' 
pour  Venue  depuis  quils  pouvoient  vteutTrévifc 
compter  fur  la  proteàion  iecrete  de  ^^^jJ^JJ)*' 
Ferdinand  :  l'empereur  n'avoit  point    jupntân. 
de  vaiflTeaux}  les   forces  maritimes  "^^""^f"^^. 
de  la  France  ne  fufEfoient  pas  pour  Mn. 
une  telle  entreprife  :    raflurés   chee    r*  Partir* 
eux  ,  ils  cherchèrent  à  recueillir  quel- 
ques planches  du  naufrage.  La  len- 
teur de  Maximilien  les  ïervit  bien. 
Toutes    les    places  qui    étoient  du 
partage  de   ce    prince  ,  lui  avoîent 
fait   des    foumimons  ^    mais    toutes 
n'avoient  pas  encore  reçu  de  garni- 
fon.  La  ville  de  Trévife ,  arrachée 
aux  Véaitiens  ,   qui    l'avoient    tou- 
jours gouvernée  avec  douceur  ,  craî-  I 
gnant  la  rapacité  des  Allemands  ,  Sc 
ue   voyant   paroître ,  de  la  part   de 
l'empereur  ,    qu'un    gentilhomme , 
avec  une  fimole  efcorte  ,   releva  la 
bannière  de  laînt  Marc  ,  &  envoya 
demander  du  fecours  à  la  république. 

Ivj 


204        HiSTOTRE    DE    FrANCE. 

7  '  Le  icnar  y  envoya  promprement  les. 

Akn. jjcy  reftes  de  fon  armée.  On  fortifia  la 
ville  :  on  y  fit  entrer  des  vivres  ôc 
toutes  fortes  de  munitions.  Ce  pre- 
mier fdccès  en  attira  un  autre  beau- 
coup plus  important.  La  villw'  de 
Padoue  qui ,  dans  le  déclin  de  l'em- 
pire Romain  ,  avoir  donné  nailTance 
a  celle  de  Venife  ;  qui ,  dans  la 
fuite  des  temps,  croit  devenue  fu- 
jette  de  fa  colonie  ;  mais  qui  en  étoie 
encore  regardée  comme  le  boule- 
vard, n'avoir,  pour  toute  gamifon  , 
que  huit  cents  lanfquenets  mal  payés , 
réduits  ,  par  conséquent ,  à  rançon- 
ner leurs  hôtes*  Le  fcnat  ne  défef- 
péra  pas,  à  la  faveur  du  méconten- 
tement général  des  habitans  ,  de 
s'en  remettre  en  pofleflîon ,  &  l'on 
chargea  de  cette  importante  com- 
miffion ,  l'homme  de  toute  la  ré- 
publique le  plus  capable  de  la  bien 
remplir.  Le  provéditeur  André  Gric- 
ti ,  après  s'être  afluré  qu'il  feroit 
fécondé  par  la  plus  grande  partie  du 
peuple ,  cacha  fes  troupes  près  d'une 
Aes  portes  de  la  ville ,  &  choififlant 
feulement  une  douzaine  d'hommes 
déterminés  >  qu'il  traveflit  en  pay- 
fans  >  il  leur  ordonna  de  fe  tneiue 


L  o  u  1  s     XI I.        205 

à  la  fuite  de  cinq  ou  fix  charetces  ' 
de  foin  ,  qu'un  des  chefs  de  la  conf-  Ann.  1Ç09. 
piration  tiroit  de  fes  terres.  A  ren- 
trée de  la  ville  ,  ces  faux  payfans 
firent  feu  fur  le  corps- de- garde  j  fe 
rendirent  maîtres  de  la  porte ,  & 
s*y  maintinrent  jufqu*à  ce  que  les 
troupes  Vénitiennes  d'une  part ,  & 
de  l'autre  les  bourgeois ,  arrivaflent 
à  leur  fecours  :  les  lanfquenets  ,  en- 
fermés dans  la  place  >  ne  fongerenc 
qu'à  vendre  chèrement  leur  vie.  Ils 
périrent  tous  les  armes  à  la  main.  II 
leroit  impoffible  d'exprimer  la  joie 
que  cet  événement  répandit  dans 
Venife  :  on  l'y  célèbre  encore  tous 
les  ans  par  une  fête  publique.  Le 
vieux  Pétiliane,  qui  n'avoit  eu  au- 
cune part  à  la  prife  de  Padoue,  voulut, 
au  moins  y  avoir  la  gloire  de  la  dé- 
fendre \  car  on  prévoyoit  bien  que 
l'empereur  feroit  le5  derniers  efforts 
pour  là  recouvrer.  Pétiliane  s'y  ren- 
dit ,  avec  la  ferme  réfolution  de  s'y 
enterrer  ,  s*il  ne  pouvoir  h  fauver. 
La  fermeté  &  l'exemple  de  ce  gé- 
néreux vieillard ,  changea  les  bour- 
geois en  un  peuple  de  foldats:  on 
répara  les  murs:  on  creufa  derrière 
de  larges  fofTés  :    les  femmes ,  tes 


loS     Histoire  de  Franôï.' 

'——?—*  enfants  mirent  la  main  à  l'ouvrage.' 

ANN.ifop.  Péciliane   porta,  enfuite   fes  regards 

fur  les  environs:  il   fit   ramalTer,   à 

la  hâte  ,  tout    ce  qui  fe   trouva  de 

Srovifîons  à  la  campagne  :  il  fe  reti- 
it  maître  des  châteaux  voiHns;  il 
fut  même  aflez  heureux  pour  *  s'em- 
parer de  la  ville  &  de  la  fortereflTe 
de  Legnano ,  qui  lui  donnoit  un  paf- 
fage  fur  TAdige.  Vérone  &  Vi- 
cence  ,  qui  n'avoient  que  de  foibles 
garnifons  ,  croient  à  la  veille  de  fe 
foulever ,  fi  la  Pâli  (Te  ne  s'en  fut  ap- 

{>rochc  avec  un  corps  de  fept  cents 
ances  :  Louis  l'avoit  laiffé  fur  la 
frontière  de  Ces  Etats  ,  pour  mar- 
cher au  fecours  de  Teinpereur  »  lorf- 
qu'il  feroit  mandé.  La  Palifle  s'a- 
vança donc  au-devant  des  troupes 
Vénitiennes  ,  &  les  força  de  s'éloi- 

{jner  :  il  offrir  à  Tévêque  de  Trente, 
ieutenant  général  de  l'empereur  en 
Italie,  de  le  charger  de  la  confer- 
vation-  de  Vérone ,  s'il  vouloir  lui 
permettre  de  s'y  loger  ;  mais  Tévê- 
que ,  plus  défiant  encore  que  fon 
maître  ,  éluda  la  propofition  ,  & 
eut  recours  au  Marquis  de  Mantoue. 
Le  marquis,  s'étant  mis  en  marche 
pour  fe  rendre  si   Vérone  ,    féjour- 


Louis  XÎ  I.  107 
roît  dans  la  petite  ville  de  Tlfola  , 
fans  avoir  pris  aucune  précaution  ,  ^^n.  1  joy. 
parce  qu'il  n'imaginoic  pas  que  le* 
ennemis  eufTent  traverfé  TAdige  :  il 
y  fut  furpris  &  enlevé  avec  toute  fa 
iliite  :  après  l'avoir  promené  dans 
les  rues  de  Venife  ,  on  l'enferma 
dans  une  étroite  prifon.  Un  fpeâacle 
auquel  on  fe  {eroic  fi  peu  attendu 
quelques  femaines  auparavant,  rem- 
plit la-ville  d'allégrrtTe  j  le  peuple  crut 
avoir  recouvré  fa  première  fplendeur. 

Maximilien,  réveillé  de  fon  pre-    ^^  edeP*. 
mier  afToupiifement,   traverfoit  les  doue  parMa- 
Alpes  à  la  tête  d'une  armée  moins  for-  ""/j^'°' 
midable  qu'on  ne  s'y  étoit  attendu  ,    mfllduth. 
rnais  toujours  affez  forte  pour  écra-  ^^y^^' 
fér  un  ennemi  déjà  renverfé  :  cette 
armée  d'ailleurs  devoir  ctre  groflie 
par  les  troupes  auxiliaires  des  con- 
fédérés. Des  quatre  puidànces    qui 
a  voient  figné  la  ligue  de  Cambrai,deux 
croient  déjà  fecrétemem  réconciliées 
avec  les  Vénitiens ,  &  fouhaitoienr 
ardemment  que  le  projet  de  Ma^i- 
milien  échouât  :  cependant   n'ofanc 
encore  fe  déclarer,  elles  remplirent 
en  apparence  lobligation  que  leur 
impofoit  le  traité  de  Cambrai  >  en 
lui  envoyant  des  renforts  >  &  le  rom^ 


4  I 


io8  HiSTOïRE  M  France; 
pirenc  en  effeit ,  «n  donnant  anx 
Ann.  ifo^.  capitaines  de  ces  renforts  des  or- 
dres contraires  aux  deffein^  de  Tem- 
pereur.  Louis  ,  qui ,  s'il  n'avoic 
écouté  que  (a  propre  sûreté,  avoic 
plus  d'intérêt  qu'aucun  autre  à  s'op- 
pofer  aux  progrès  de  Maximilien  , 
rut  le  feul  qui  agit  de  bonne  foi  ; 
il  fe  piqua  même  d'aller  au  -  delà 
de  fes  engagements  :  au  -  lieu  de 
cinq  cents  lances  qu'on  lui  deman- 
doit ,  il  en  fournit  fept  cents  ,  ôC 
nomma  pour  les  commander ,  le 
brave  la  PalifTe  ,   celui  de    tous  les 

{généraux  François  qui  fe  ménageoit 
e  moins.  Après  toutes  ces  fonc- 
tions »  1  arnlée  que  l'empereur  com- 
mandoit  en  perfonne  fe  trouva  com- 
pofée  de  cinquante  mille  combat- 
tants, beaucoup  plus  forte  ,  par  con- 
féquent ,  que  celle  qui ,.  fous  la  con- 
duite de  Louis,  avoir  porté  le  coup 
mortel  à  la  république  :  mais  tout 
étoit  changé  ;  les  Vénitiens  inftruits 
par  l'adverfité  ,  avoient  mis  dans  la 
place  la  plus  forte  de  leurs  Etats  , 
non  point  une  garnifon  ,  mais  une 
armée  de  vingt-cinq  mille  combat- 
.  tants  :  ils  avoient  eu  le  temps  & 
la  précaution  d'y  jetter  tant  de  pro- 


Louis    X  I  li.        lo^ 

vîfîons  ,  que  quelque  temps  que  du-  ( 

rat  le  fiége,  ils  ne  dévoient  point  Ann.  1 509. 
craindre  que  la  difette  s'y  fît  fen- 
tir  :  non-feulement  tous  les  vail- 
féaux  de  la  république  y  furent  em- 
ployés ,  mais  Ferdinand  y  envoya 
une  partie  des  fiens,  fournidant  ainii 
des  fecours  aux  deux  partis.  Enfin , 
pour  mieux  rafTurer  les  Padouans^ 
&  leur  perfuader  que  la  république 
ne  les  abandonneroit  point ,  le  doge 
Loredano  ,  ayant  aflemblé  le  fénat , 

Êréfenta  (es  deux  fils  à  l'affem- 
lée  ,  leur  ordonnant  de  fe  tenir 
prêts  à  partir  le  lendemain ,  pour 
le  renfermer  dans  Padoue,  &  ex- 
hortant tous  ceux  des  fénateurs  qui 
aimoient  la  patrie  ,  à  imiter  fon 
exemple.  Plus  de  deux  cents  fils  de 
fénateurs  ou"  de  nobles  ,  accompa- 
gnèrent les  fils  du  doge  y  &  allèrent 
partager  les  travaux  Se  les  dangers 
du  fiége.  L'empereur  ne  put  faire 
la  circonvallation  de  la  place  que 
le  15  de  feptembre.  Pendant  toute 
la  durée  de  ce  fiége  ,  il  y  eut  de  fî 
fréquentes  forties,  qu'à  peine  fe 
paflia-t-il  un  jour  fans  combat.  Ce- 

Fendant  on    put  s'appercevoir  que 
empereur  étoit  trahi.  Non  contents 


aïo     Histoire  de  France. 

de   donner   avis   au  comte  de  Pc- 

ANN.ifo^.  "liane  de  tout  ce  qui  fe  paflbit  dans 
ce  camp  ,  les  agents  de   Ferdinand 
&  du  pape  tiroient  pendant  la  nuic 
le  canon  lur  les  troupes  Allemandes  , 
&  plus  fôuvent  encore  fur  le  quar- 
tier des  François.  Le  principal  chef 
de  la  trahifon  étoit  le  feigneur  Conf- 
tantin  »  Grec  d'origine ,  capitaine  des 
ÂlbanoiS)  que  le  pape  avoit  procu- 
ré à  l'empereur ,  &  a  qui  ce  prince 
avoit  imprudemment  donné  toute  fa 
confiance.  La   Palifle  ayant  de  vio- 
lents foupçons  contre  lui ,  mais  man- 
quant de  preuves  convaincantes,  alla 
le  défier  dans  le  camp  de  l'empereur  , 
qui    ne    voulant   pas    permettre   ce 
combat ,   &  ne  pouvant  fe  difpen- 
fer  de    donner  une  (atisfadion  au 
général    François ,    fit   mettre  à    la 
Douche  du  canon  quelques-uns  des 
miférables  qui  n'avoient  été  que  les 
inftruments  de  la  trahifon.  Les  foA 
fés  étoient  comblés,    les  murailles   - 
ren  ver  fées ,  &  après  tant  de  fatigues  , 
les  artaillants  n'en  étoient  guère  plus 
avancés  :  Pétiliane  avoit  fait  ouvrir, 
en- deçà  des  murailles  ,  un  foflé  lar- 
ge &  profond»  rempli  de  matières 
combuftibles  >  &  couvert ,  du  coté 


Louis  XI  !•  iiî 
de  la  ville  ,  d'une  large  terrafle  , 
bordée  d'arrillerie.  Il  n'avoit  point  ANN.iyoj* 
laifle  ignorer  ces  difpofitions  aux 
François,  dont  il  redoutoit  Timpé- 
tuofité.  Ayant  fait  en  différen- 
tes forties  quelques  prifonniers  de 
cette  nation ,  il  s'étoit"  plu  à  leur 
montrer  ces  fortifications  intcriea- 
les  ,  &  en  leur  rendant  la  liberté  > 
il  leur  difoit  :  Ttfptrt ,  mes  amis  , 
quavec  Vaidc  de  Dieu ,  le  roi  votre 
maître  &  la  feigneurie  retourneront 
quelque  jour  en  amitié ,  &  rietoit  Us 
François  qui  font  ici^  croye!(^  que  de^ 
vant  quil  fut  vingt- quatre  heures^  je 
fortirois  de  cette  ville  ^^  en  ferois  lever 
le  fiége  honteufement.  Si  cts  difcours 
ne  purent  entièrement  refroidir  Tar- 
deur  des  François ,  ils  les  rendirent 
du  moins  plus  circonfpefts  dans  une 
occafion  qui  ne  tarda  pas  à  fe  pré« 
fenter.  L'empereur  ayant  été  vifiter 
\es  travaux ,  &  ayant  reconnu  que 
la  brèche  étoit  fi  large  que  mille 
hommes  pouvoient  s'y  prefenter  de 
front,  écrivit  à  la  PalifTe  de  tenir 
prècs  fes  hommes  d'armes  pour  mon- 
ter à  l'affaut  avec  les  lanfquenets.  La 
PalifTe  ,  mécontent  de  n'avoir  pas 
été   appelle  au  confeil    de  guerre  » 


211      HisTomE  DE  France. 

où  le  projet  de  cette  attaque  avoît  dû 

Ann. ifo?.  ^^^^  arrêté,  répondit  qu'il  alloit  af«* 
fembler  fes  capitaines,  &  qu'il  com- 
muniqueroit  leur  réponfe  à  Tempe* 
reur.  »  Les  capitaines  François  arrî- 
9>  vés  au  logis  du  feigneur  de  la  Pa- 
»  liffe  ,  il  leur  dit  :  Meflcigneurs ,  il 
j>  faut  dîner  ;  car  f  ai  quelque  chofe 
9>  à  vous  communiquer  qui  peut- 
n  être  vous  empècheroit  de  faire 
M  bonne  chère.  Après  un  dîner  fru- 
»  gai  ,  mais  gai  &c  afTaifonné  de 
9»  plaifanteries ,  la  PaliiTe  tire  la  let- 
n  tre  de  l'empereur ,  qui  fut  lue 
»  deux  fois  pour  être  mieux  enten* 
»  due.  Après  cecte  leâ:ure  ,  chacun 
»  fe  regardoit  en  riant  ,  pour  voir 
il  qui  prendroit  la  parole.  Si ,  die 
99  le  feigneur  d'imbercourt  ,  il  ne 
>>  faut  pas  tant  foneer.  Monfeigneur , 
9>  dit- il  à  la  Paliue  ,  mandez  à  Tem- 
99  pereur  que  nous  fommes  tous  prêts. 
»  11  m'ennuie  déjà  aux  champs ,  car 
99  les  nuits  font  froides ,  èc  puis  les 
}>  bons  vins  commencentà  nous  faillir  : 
»»  tous  s'accordoient  au  propos  du  fei- 
»  gneur  d'Imbercourt,  excepté  le  che- 
.9>valier  Bayard  ,  qui,  ayant  donné, 
»>  pendant  toute  la  durée  de  ce  (iége  , 
}>  des  preuves  d'une  aâivité  6c  d'une 


Louis     XI  L        ai  j 

>i  valeur  extraordinaires ,  faifoît  fem- 

99  blanc  de  n'avoir  rien  entendu,  &  fe  Ann.  lyo^. 

30  curoit  les  dents  dans  un  coin  de 

„  la  faite  :  ii ,  lui  dit  le  feigneur  de 

••  la  PalilTe ,   &  puis  ,  THercule  de 

«  France,  qu'en  dites- vous?  Il  n'eft 

99  pas  temps  de  fe  curer  les  dents  , 

»-il  faut  répondre  à  Tempereur.  Le 

»  bon  chevalier ,  qui  toujours  étoic 

»  coutumier  de    gaudir  ,    répondit  : 

99  fî^  nous  voulons  croire  monfeigneur  . 

i»  d^mbercourt ,   il  ne  faut  qu'aller 

»  droit  à  la  brèche  :  mais  parce  que 

»»  c'eft  un  paffetemps  affez  fâcheux 

»>  à  hommes  d'armes  d'aller  à.  pied , 

w  je  m*en  excuferois  volontiers  :  tou- 

»>  tefois ,  puifqu'il  faut  que  j  en  dife 

i>  mon    opinion  ,  je  le  ferai.  L'em- 

•>  pereur  mande  que  vous  faffiez  mec- 

M  tre  tous  les  gendarmes  François  i 

j>  pied  pour  donner   l'affaut  avec  fes 

M  îanfquçnets.   Pour  moi ,    quoique 

>t  je  n'aie  guère  de  biens  en  ce  mon- 

99  de,  toutefois  je  fuis  gentilhomme  ; 

»*  tous  vous  autres  melfeigneurs  êtes 

w  gros  feigneurs  &  degroflTes  maifons, 

99  &  (i  font  beaucoup  de  nos  gendar- 

»  mes.  L'empereur  penfe-t-ildonc  que 

w  ce  foit  chofe  raifpnnable  de  mettre 

f9  tant  de  nobleiTe  en  péril  &  ha«r 


214        HlSTOIRB   DE   FrANCE. 

9  zard  ,  avec  des  piétons  dont  l'uu 
ANN.ifo^.  »  eft  cordonnier,  l'autre  maréchal, 
i9  l'autre  boulanger  ,    &    gens  mé- 
»  caniques ,    qui    n'ont    leur   hon- 
>9  neur  en  telle  recommandation  que 
»  gentilshommes.  C'eft  regardé  trop 
»  peritement  à  lui ,   fauf  fa  grâce. 
99  Mon  avis  eil  que  vous  ,  monfei- 
V  gneur  ,   devez    lui    répondre  que 
»*  vous  avez  fait  alfembler  vos  capi- 
»  taines  ,  qui  font  très-délibérés  d'à- 
M  béir  à  fes  commandements  :   qu'il 
w  doit  favoir  que  le  roi  leur  maître 
n  ne  reçoit  perfonne  en  fes  compa- 
»  gnies  d'ordonnance    qui    ne   foie 
99  gentilhomme  :   que  de    les  mêler 
a»  avec  des   gens  de   pied  qui  font 
a»  de  baffe  extraâion ,  ce  feroit  leur 
M  témoigner  trop  de   mépris  :   qu'il 
9>  a  dans  fon   armée  force  comtes  ^ 
»  barons    &     gentilshommes  Alle- 
»  mands  :   qu  il  les    fa(fe   mettre  à 
»  pied  avec  les  gendarmes  de  France, 
M  qui  volontiers  leur  montreront  le 
99  chemin  ;  qu'enfuita  viendront  les 
99  lanfquenets  ,  s'ils,  trouvent  qu'il  y 
M  fafle  boa  »*.   L'avis   d'un  homme 
dont  on  ne  pouvoit  foupçonner  U 
valeur ,  entrama  tous  les  capitaines  : 
on  le  rédigea  en  forme  de  lettre.^ 


Louis    Xll.         215  

&  on  le  fit  porter  à  l'empereur.  Il  '*'*—''— 
en  parut  content ,    &  ayant   aflem- Ann.  ijo^. 
blé  la  principale  noblefTe  ,  il  la  pria 
de  fe  conformer  à  ce  plan.  Le  mur-* 
mure  qui  s'éleva  dans  Taffemblée  , 
apprit  aflez  à  l'empereur  qu'il  avoic 
trop  préfumé  de'fon  crédit  :  les  fei- 
gneurs  Allemands  répondirent  qu'ils 
croient   venus   comme  volontaires  , 
pour  combattre  dans  l'équipage  qui 
convenoit  à  leur  naiCTance  ^  Se  non 
comme  aventuriers    pour  monter  i 
la  brèche.    La  honte   qu'eut    Maxi- 
milien  de  s'être  attiré  ce  refus  par 
une  demande  indiicrette,  la  certi* 
tude  où  il  étoic  que  les  Efpagnols 
le  trahiflbient ,    enfin  la  cramte  de 
fe  voir  arrêté  par   cette  multitude 
de  foldats  étrangers  &   mercenaires 
qui  l'environnoient ,    &  auxquels  il 
n'avoit  point  d'argent  à  donner  ,  le 
déterminèrent  à  une  démarche  étran- 
ge Se  peu  convenable   à  fon  rang. 
Il  fe  déroba  pendant  la  nuit  à  fon 
armée  avçc  un  très-petit  nombre  de 
domeftiques,  laiflantau  prince  d'An- 
hait,  au  comte  de  Roquendolf ,  & 
au  feîgneur    de  la  Palitfe  ^  le   foin 
de  faire  la  retraite  dan-s  le  meilleur 
ordpe  qu'il  feroit  poffible.  Ils  s'en 


iitf     Histoire  de  France. 
acquittèrent  fi  bien,   que  Pétiliane 
Ann.  iyo9.  n'ofa  les  fuivre.   Mais  Tarmée   im- 
périale ,  qui  n'avoic  point  reçu    de 
{►aye,  &  qui  n'entendoit  plus  par- 
er de  l'empereur,    fe  débanda,    & 
reprit  la  route   d'Allemagne.  Dans 
cette  humiliante   fituation  ,     Maxi- 
milien  n'eut    pas  honte   de  follici- 
ter  à   Venife  une  trêve  qui  lui  fut 
refufée.   11  fe    plâignoit  amèrement 
de  Ferdinand.  Le    monarque  Efpa- 
gnol   avouoit   les  fervices    qu'il  ve- 
noit  de  rendre  aux  Vénitiens  &  le 
deflein  où   il  étoit  de  leur  en  ren- 
dre   de   plus    importants    encore   à 
l'avenir,  fi  l'empereur  ne  fe  déter- 
minoit  enfin  à  lui  donner  une  plei- 
ne   fatisfa£fcion   fur   la   régence    de 
Caftille.  En  effet ,  difoient  fes  am- 
bafladeurs    à    la   cour,  de   Louis  , 
»>  puifque   l'empereur    ne  defire  de 
•*  terminer  promptemenc  la  guerre 
»>  contre  Venife  que  pour  porter  Ses 
»  armes  en  Efpagne  ou  dans  le  ro- 
»  yaume   de  Napîes  ,  il  n'eft  point 
s>  de  rintérêc  du  roi  notre  maître  ^ 
»  ni    qu  elle  finifle    promptemenr , 
»  ni  qu  elle  fe  termine  a  l'avantage  de 
M  fon  implacable  ennemi. 
Accord  de     11  falloit ,  ou  rçnoncer  d£S-lors  à 

la 


Louis    XII.        117 
la  lîgae  de   Cambrai ,    ou   trouver 
un  moyen  de  concilier  ces  deux  prîn-  ann,  1^09. 
ces  :  la  chofe  écoic  d  autant  plus  diffi-  MaximiHea 
cile ,  que  Germaine  de  Foix ,  féconde  ^^^^  f  ^^^^3 
femme   de  Ferdinand ,  étoit  accoti  piîcicé  du 
chée,  cette  même  année  ,  d'un  gar-  "Amboifc. 
çon  :  car  bien  que   cet  enfant  n'eût     />.  Marnr 
vécu    que    deux    jours  ^  on   devoit  ^'^ '^''^'^• 
croire  qu'il: ne  feroit  pas  le  dernier,  Louu"^xfi" 
&  Ton  ne  douioit  pomt  que  Ferdi-  p^rCodejfrou 
nand,  s'il  laiflbit  un  héritier  de  fon  de£éth^[\ 
nom  y  ne  le  préférât   à   un   prince 
de    la    maifon    d'Autriche.    11   pa« 
roidbit    donc  extrêmement   dange* 
reux  de  lui  confier  un  dépôt  tel  que 
hf,  Caftille,    fans  prendre   les  plus 
fortes    précautions   pour    empêcher 
qu'il    n'en  abusât  :    mais    pour    y 
xéuflîr  j   il  auroit  fallu  être  en  état 
de  lui  prefcrice  des  loix  ;  il  auroic 
fallu  du  moins  pouvoir  fe  pafler  de 
lui  :    l/n  homme  reculé  ,    obfervoic 
Louis,  ne  fait  jamais   appoinumeni 
à  fon  profit  ^   &  Ji  on  veut  1$.  faire 
avantageux ,  //  le  faut  faire  là  lance 
fur  la  cuijfe.  Marguerite  d'Autriche , 
qui  l'avoir  ébauché,  qui  le  fuivoit 
avec  ardei^r ,   fqt  forcée  de  s'en  dé- 
fifter,  ^  Ferdinand  y  quoiqu'il  lui  té- 
moignât dans  tout  le  refte  des  égards 
Tome  XXII.  K 


m8      HisYoxre  de  France, 
&  de  ràmipié,  ne  voulue  point  cl*aù- 
Ann.  ifo^.  très   médiateurs  que  Louis  &   fotx 
premier  miniftre.   • 

Les  fimples  lumières  dû  bon  fens 
fuffifoient  pour  foire  fentir  à  Louis 
&  âu  cardinal  d'Âmboife,  ^aérien 
ne  pouvoit  être  plus  préjudiciable  à 
la  France  que  cet  accommodement 
dont  on  lei  rendoit  arbitres.  Louis  ^ 
n'ayant  plus  rien  à  réclamer  en  Ita« 
lie,'  devoir  faire  des  vœux  fecrets 
pour  que  les  Vénitiens  fe  maintinf- 
fent  dans  les  places  qui  par  le  traité 
avoient  écé  alignées  à  Maximilien  : 
il  devoit  defirer  qu'une  brouillerie 
domeftique ,  des  intérêts  pécuniaires 
empêchaflènt  l'empereur  Se  le  roi 
d'Efpagne  ,  -fes  deux 'plus  redouta- 
bles voi  fins,  défaire  caufe  comma*. 
ne,  &  de  fe  réunir  i  la  première 
occafion  contre  lui.  Si  la  fiené  de 
fon  ame  >  fi  fa  candeur  ne  lui  per-^ 
mettoient  pas  de  fomenter  ces  brouil*^ 
leries ,  il  pouvoit  du  moins  fe  dif- 
penfer  de  prendre connoiffance  d'une 
affaire  oui  lui  étoit  étrangère  :  il  avoit 
une  raifon  fpécieufe  de  ne  s'en  poine 
•  mêler.  Ce  n'étoit  ppint  on  arbitre 
que  demandoit  Ferdinand  j  c'étoic 
un  avocat,  4oiu  rautoritc  pôc  i«* 


.  L  ô  û  I  s     XIL         11^ 

paf^r  à  Xon  atiwerfairç  :^  il  didoic  à 

j^çgos  Ui  articles:  ite  cet  accammo- anh.  ijo^.. 
4erniîtoc  avec.  un.  ilou  'fi  irriporijéux' , 

2ui;'il,rf^oit  p^rmts>mià.Xes  ^ubafia^' 
e.ui(S ^ «ni  jau« prétendus' ar^ très,  dy  : 
^ottterm  d'^n  retrancher  une  fy Uabei 
Cepéhdant  Amboife,  car  c'âoiclai 
{^rqpr^meac  : ..  qu'on. .  avoir  élu  pour 
mcdiareur ,  s-ofccupafi  fédeufetnenc 
4ô/.côtce>  aiFai««; ,  il  fe  donna  tanc^ 
4e.  mouvèttient,  4touç  nialade  qu'îL 
hok.^  qttoa.  eft.  biehibndéi'foap*» 
çonne'r  qu'il  étoit  forcement  per- 
fiiadc.  que  ralTeitiblce  d  un  concile 
général  fè^ori.lc .  fruir  de  la  ré- 
conciliation. iCe'  nleft  poiiit  id  une 
<;onjeâtirç  iiafandée  *:  nous  avons 
nsouvé  »  parmi  Mei  nombreux  ^  ma-^ 
nufcrits  de  Béthua«  ,  un  mémoire 
détaillé  des  graeeî  &  des  faveurs 
que  le  cardinal  devoir  accorder  i 
rempereur  ,i  avant  qu  on  rélevât 
âir  la  chaire  de  -faint  Pierre;  Am- 
hoife  eue  le. malheur. de  réufliir  dans 
i^nje  négoèiatiou  fi  épineufé  : .  Tem* 
pereur  »  moyennant  une  penfion  de 
dnquaiite  mille  ducats  pour  lui, 
utié  autre  redevance  de  quarante 
içtUe  ducats  pour  i'archidiic  fon 
fétitr&lsl^   iacrifia^  fans^  honte  tous 


2.11  HïSToïKE  0E  France.  . 
culîers  qui  auroient  foufFert  des  ^eiJ- 
.  Akn.  i^o?.  f«5  en  fervâïkt  TEtat  i  ils  affignôiep't 
dès  ce  moment  des  penfions  aux  veti- 
ves  &  aux  enfants  de  ceux  qui  mour- 
Toient  en  portant  les  armes  pour  là 
patrie  :  enfin  ils  ftipendioient  de 
emretenoienc  pluHeurs  armées  à  ïk 
fois.  L'une  entra  dans  le  Frioul ,  de 
reprit  une  partie  des  places  donc 
retkipQreui  s*étoit  emparé  au  corri- 
xnencemtnt  de  la  campagne  :  une 
autre ,  plus  confidérable  &  conduite 
par  André  Gritti , . s*empaTa  delà 
ville  de  Vicence ,  &  força  le  prince 
d'^Anhalt,  au  bout  de  trois  ou  quatre 
joiifs  de  fiége  »  à  évacuer  la  citadelle. 
£lle  S( 'approcha  enfuite  de  Vérone  , 
où  elle  étoit  appellée  par  les  bour- 
geois :  elle  s*en  feroit  emparée  avec 
la  même  facilité ,  fî  le  feignfeur 
d'Aubigni ,  qui  fe  trouvoit  dans  ces 
quartiers,  ne  s-'y  fût  jette  avec. trois 
cents  lances  Françoifes,  Gritti  ri*o- 
fa  plus  attaquer  la' place  5  mais  fâ- 
chant' que  les  garnifons  qui  gàr* 
doient  les  deux  fortereCTes  n  étoient 
point  payées,  il  campa  dans  làplav-. 
ne,  à  peu  di^diftahce,  8c  traita  affez 
publiquement  «arec  elles  de  la  fomme 
qu  elles  voudroient  exiger  pour  les 


1   O   U    î    s   -  X  I  I.  21}  ^^^^ 

lui  remettre*  Cet  infâme  marchcST— — ? 
auroit  été  conclu,  fi  Louis,  dans  Ann.  .1^05». 
cette  occafion  décifive ,  n'eût  ac- 
quitté la  dette  de  Maximilien ,  & 
n'eut  confenti  à  fe  charger  de  payer 
à  l'avenir  la  garnifon  de  cette  place 
frontière  de  fes  Etats.  Il  étoit  au 
moins  douteux  que  Maximilien  tou* 
jours  indigent,  pût,  ou  voulût  ja- 
mais acquitter  cette  dette:  on  de* 
voit  même  préfumer  qu'il  ne  tar- 
deroit  pas  à  recourir  à  de  nouveaux 
emprunts.  Cependant  Louis,  comme 
nous  l'avons  remarqué,  étoit,  éco- 
nome du  bien  de  fes  fujets  :  il  exi- 
gea que  Tempereur  lui  engageât , 
pour  sûreté  de  cette  fomme  &  de 
routes  celles  qu'il  pouvoir  encore 
emprunter  ,  les  deux  citadelles  de 
Vérone  ,  &  la  place  de  Vallégio  , 
qui  couvroit  une  partie  du  BrelTan. 

.(Quoique   cette  convention    n*eût  1 

den  en  elle-même  de  bien  extraor-  ^^^  ^^^^ 
dinaite,  qu'elle  fût  çn  ufage  entre  changement 
les  particuliers,  &  connue  fous  le  nom  dans  les  imé- 
d' hypothèque 'y  Jules  &  Ferdinand  ne  fédéré" :*^°°ê 
manquèrent  pas  de  s'en  prévaloir  «"o»  ^'A^gie- 
pour  rendre  Louis  fufped  à  Maxi-  àux"cnncmu 
milien  ,  &  odieux  au  refte  de  l'Eu-  ^"""  ^«  ^* 

•  I  //•  .  .  France. 

rope  :  ils  reprcienterent  ce  qui  ve*     cu'ccka  - 

K  iv  din. 


iz4       Histoire  de  France. 

^  '  '^'  ■'■■■     noie  de  fe  pafler  comme  une  aftuce 
Ann.iîio.  de  la  cour  de  France,    comme  un 
Ji^icj^r-      moyen  d'autant  plus  dangereux  d'en- 
Lettres  </c  vahir  i  Italie,  quil  paroicroit  revc- 
^"^RafnTh  ^^\ «^^^  formes    légales.    Ferdinand 
'  agit  fourdement  auprès  de  Margue- 
rite d'Autriche ,  confidente  ,   &  en 
quelque   forte  premier  miniftre  de 
l'empereur  fon  père  :  Jules  intrigua 
parmi  les  Suiiïes ,  dans  les  différen- 
tes cours  d'Allemagne,   &  fur- tout 
en  Angleterre. 

Henri  VU  étoît  mort,  Jaiflant 
pojar  fucceflfeur  un  prince  jeune  , 
^  avide  de  gloire ,  impatient  d'étaler 
aux  yeux  de  TEurope  les  immenfes 
tréfors  qu'avoir  accumulés  l'infatia- 
ble  avarice  de  fon  père.  Henri  VII  , 
dit  on,  avoit  recommandé  à  fon  fils 
d'entretenir  foigneufement  la  paix 
avec  la  France  ,  comme  le  moyen 
le  plus  sûr  de  s'affermir  fur  un  trône 
toujours  vacillant  :  ceux  qui  cpn« 
noilloient  le  jeune  Henri ,  furent 
perfuadés  que  ce  confeil  feroit  le 
premier  oublié  :  les  traités  dé  paix 
cependant  furent  renouvelles  avec 
la  France,  parce  que  les  anciens  mi- 
niftres  con  fer  voient  encore  leur  au- 
torité }    mais  Henri   y   comprit    le 


L    O    TT    I    s      XI  !•  11$ 

pape  d*une  façon  fi  exprefle  &  fi 
parriculiercj  qu'il  lelaiiroic,  pour  Ann.  ijio. 
ainfi  dire ,  le  maîcre  de  confirmer 
ou  de  rompre  cec  engagement,  félon 
qu'il  le  jugeroit  avantageux  ou 
nuifible  aux  intérêts  du  faint  fiége. 
Henri  VIII  commença  dès- lors  à 
s'immifcer  dans  les  affaites  d'Italie  ^ 
ordonnant  à  Bambrige  y  îon  am- 
bafiadeur  à  Rome ,  de  porter  ouver- 
tement les  intérêts  des  Vénitiens ,  8c 
de  folliciter  leur  abfolution.  Jules  ^ 

aui  avoir  autant  d'envie  de  Tâccor* 
er  que  les  Vénitiens  de  la  rece- 
voir, vouloir  rendre  le  roi  d'An- 
gleterre garant  d'une  démarche  qui 
devoir  déplâiire  a  Maximilien  &  à 
Louis ,  &  à  laquelle  les  ambafiadeurç 
de  ces  deux  princes  s'oppofoient  de 
tout  leur  pouvoir  :  celui  de  Ferdi* 
nand  parloir  comme  eux  en  public^ 
mais  en  particulier  il  exhottoit  le 
pape  à  ne  pas  différer  plus  long* 
temps  une  démarche  devenue  in« 
difpenfable  ,  puifqu'elle  pouvoic 
feule  afTurer  la  liberté  du  famt  fiége 
&  du  refte  de  l'Italie.  Jules  fe  fen- 
tant  fi  bien  appuyé ,  ne  balança  plus  ^ 
mais  fâchant  que.  les  Vénitiens  n'é- 
toient  pas  en  état  de  lui  rien  refufer  ^ 

Kv 


22^  Histoire  de  France.' 
non  content  de  les  accabler  de  iriorr 
Ann.  ifio.  tifications  qui  puffent  fervir  d'exem- 
ple à  tous  ceux  qui  mépriferoient  à 
l'avenir  Tautorité  du  faint  fiége  ,  il 
leur  fit  acheter  cette  grâce  par  la  perte 
d'une  partie  de  leur*rouveraineté  &r 
de  leurs  prérogatives  :  les  conditions 
de  cette  abfolution  furent  que  les  Vé* 
nitrens  ne  difpoferoient  plu^  à  Fa-f 
venir  des  dignités  ecçléfiàftiques  ni 
d'aucuns  bénéfices;  qu'ils  n'appor- 
teroient  aucun  obïlkrle  aux  bullei 
expédiées  en  cour  de 'Rome  ;'qu'ili 
n'impoferoient  ni  décimes  ni  fl?uçt!n 
autre  fubfide  fur  les 'biens  ecçléfià- 
ftiques j  qu'ils  n'exigéroîenr  aucuns 
péages  fur  les  vaiffeaux  &  les  rnar- 
chandifes  qui  navigeoient  dans  le 
golfe  âdriatique,  &c.  Quelques  du- 
res que  fuflfent  ces  conditions ,  les 
Vénitiens  s'y  fournirent.  "Un  mal- 
heur tout  récent  venoit  de  les  con- 
vaincre de.  la  néceffité  d'acquérir  des 
proteékeurs,  ou  du  moins  de  dimi- 
nuer le  nombre  de  leurs  ennemis. 

Le  defir  de  fe  venger  dû  duc  de 
Ferrare,  qui  ,  après  avoir  été  long- 
temps leur  allié ,  &  en  quelque  forte 
leur  client ,  s'étoït  montré  dans  tou-» 
%Q  cette  guerxe  leur  plus  implacable 


Louis    XIL         217 

ennemi ,  les  avoit  engagés  dans  une 

eïitrepri(etémcraire&  mal  concertée,  ann.  içio. 
Au  miiiea  de  décembre ,  temps  au- 
quel ils  n'auroient  dû  fonger  qu'à 
réparer  leurs  forces,  ôc  i  le  mettre 
en  état  de  réfîfter  l'année  fuiyante 
aux  ef&rts  de  Maximilien ,  ilsavoienc 
ordonné  à  Trévifani  de  remonter  le 
Po  avec  dix-huit  galères ,  &  un  non>- 
bre  prodigieux  de  moindres  bâti' 
ments  ^  de  recouvrer  en  paflTant  Ro- 
vigo,  ôc  les  autres  places  qui  avoient 
appartenu  à  la  république  ;  d'établir 
un  pont  fur  ce  fleuve,  pour  donner 
entrée  à  Tarmée  de  terre  dans  le 
Ferrarois  ;  &  de  liver  on  aiTaat  â 
la  capitale  de  cet  Ecac.  Trévifani  , 
après  avoir  repréfenté  inutilement 
les  dangers  de  cette  expédition,  n'a- 
•Voit  -foftgé  qu'à  exécuter  de  Doinc 
en  point  les  ordres  du  fénat»  Il  s'&- 
toit  avancé  jufqa'à  onze  mille  de 
Ferrare ,  y  avoit  établi  un  pont  dé- 
fendu par  deux  baftions  ,  &  ayant 
fait  pafTer  l'armée  d^  terre ,  qui  cch 
toyoit  le  (lebve  ,  il  avoit  diflipé  les 
troupes  qui  s'étoient  oppofées  à  £a 
marche ,  pillé  &  brûlé  les  hameaux*^ 
jufquaujt  portes  de  la  capitale  ,  dà 
Alfonfe  n  avoit  eu  que  le  temps  de 


tx8        HlSTOlKE   Dî    VsLAlftl. 

fe  renfermer*  Comme  il  n'avoît  prU 

Ann.  1510,  aucune  précaution  contre  cette  inva* 
fion ,  il  n'auroit  pu  y  réfifter  ,  fi  fes 
alliés  eulTent  tardé  à  lé  fecoarir  ; 
mais  ayant  reçu  quatre  cents  lances 
Françoifes ,  fous  la  condmte  de  Jac- 
ques de  Coligni,  feigneur  de  Cha^ 
tillon,  &  un  autre  renfort  de  la  parc 
du  pape»  qui  bien  que  favorable 
aux  Vénitiens  5   ne  pouvoit    fouffrir 

au*ils  attaquaient ,  à  fon  infii ,  ua 
e  fes  feud araires  j  il  fortit  de  la 
'  ville,  &  força  les  Vénitiens  de  fe 
i  renfermer  dans  leurs  baftions:  ayant 
enfuite  difpofé  ,  fans  qu'il  s'en 
apperçuflent,  fa  nombreufe  artille- 
rie fur  une  rive  efcarpée  du  âeuve^ 
il  foudroya  ,  fans  danger  y  les  ga- 
lères, qui  fe  trouvaiîi  arrêtées  par 
le  pont  9  furent  coulées  à  fond  »  oit 
forcées  de  fe  rendre  ;  à  peine  Trè- 
vifani  put-il  échapper  dans  une  finir 
pie  barque.  Une  perte  fi  confidéra- 
fele  avoir  réduit  les  Vénitiens  à  fu- 
bir  toutes  les  loix  ^qu  il  plairoit  aii 
pape  de  leur  impofer  :  outire  1^ 
conditions  onéreufes  que  nous  avon^ 
^  déjà  rapportées ,  Jules  exigea,  ea 
leur  accordant  Tabfolution  y  qu'ils 
retioncaflTent  à  la  fof  te  de  îurifdiÀioa 


L  o  tJ  X  s    XI  L        IZ9 

qu'ils  avoient  ufurpée  fur  Ferrare  ,  — '^— ^ 
où  ils  avoienc   établi  un  magiftràt  ^  Ann.  isiq* 
fous  le  nom  de  bifdomino ,  &  qu'iU 
refticuaCTenc    au    duc   Âlfonfe,   fon 
feudacaire ,  le   porc   &  la  ville   de  \ 

Comacchio ,  qu'ils  lui  recenoienc 
encore,  &  qu'il  auroit  eu  bien  de 
la  peine  â  recouvrer  à  force  ou- 
verte. 

Pour  prix  de   ce    fervice,    Ju'^^  ceme^"2r 
exigea    a  Alfonfe    qu'il  rendît    fon  brouiiicric 
amitié  aux  Vénitiens,  avec  lefquels  f"îyf/?JV* 
il  n  avoit  plus   rien  a  démêler  ^    ou  rarcaiiiédei 
fi  ce  parti  lui  répugnoit  trop  ,  qu'il  ^""Ç®'«- 
fe    renfermât  >  à  leur  égard  ,   aans  <;/„f  "'"  ^* 
les  termes  d'une  exade    neutralité,    JBmbt, 
C'éfoit  vouloir  qu'il  renonçât  à  la 
ligue  de  Cambrai;   qu'il  fe  brouil- 
lât avec    l'empereur  &  le    roi    de 
France,    fes  proteûeurs  ,   pour    fe 
livrer  entièrement  à  lui  ,  au  rifque 
de  fe    voir  dépouillé  ,  fbit  par  ce^ 
deux    fouverftins  >   s'ils  pénétroient  , 

de  nouveau  en  Italie  y  foît  par 
le  pape  lui  même ,  s'il  lui  prenoit 
envie  de  réunir  Herraie  au  domaine 
direétdu  faint  (îége.  Alfonfe,  dévoué 
aux  François  ^  &  fe  croyant  afliz  forr 
tant  ^uil  conferveroit  leur  alliance^ 
ix'eut  garde  d'accepter  la  propoiiûoa 


ij©     Histoire  de  France.' 

du  pape  :  il  informa  le  roi  &  Tem^ 

Ann.  ijxo.  P^'^^ur  des  nouvelles  difpofitions  dô 
Jules  à  leur  égard ,  les  avertiffanc 
de  fe  précaucionner  contre  les  ar- 
tifices &  les  pratiques  fourdes  de  ce 
dangereux  ennemi. 
i>îeted'Aut.  Maximilien  &  Louis  renouvelle- 
ïcs^infrui^^  &  fe  promirent 

fucufet   de  refpeûîvement  de  pafler  Tannée  fui- 
'**  c  "a     vante  en  Italie ,  chacun  à  la  tête  d'une 
^11.    "  ""^  armée  formidable  ,  afin    d'achever 
^^''î-  ^^^  promptement  ce  qui  reftoit  â  feire. 
limtiot dt^ovit  fe  mettre  en  état  de  remplit 
**  ^'ff'-   ^^^^^  promeflTe  ,    Maximilien  indi- 
Uttus^itt q«à  une  diète  folennelle    de  Tem- 
Imtxtu  pire  dans    la  ville  d'Ausbourg.   Le 
pape  &  les  Vénitiens,  que  ces  pré- 
paraiife     efïrayoient ,     n'oublièrent 
rien  pour  les  rallentir.  Après  avoir 
tenté    d'infpirer   de    la   défiance   à 
Maximilien   fur  les    inrentions   fe- 
citix.Q%  du  roi  de  France  ,  ils  lui  de^- 
mandèrent  une   conférence  particu^ 
liere  ,  où  t'on  lui  feroit    des  offres 
dont  il   auroit  lieu  d'être  concenr. 
Maximilien  choifit  pour  le  lieu  de  la 
conférence  ,  une  commanderiê  dans 
le  Trentin  >,  &  y  dépura  l'évcque  de 
Gurk  fon  chancelier ,  &  Serenta*io  fon 
fecrétaire.  Achille  de  Graffis ,  évèque 


TLouisXII.  1^^ 
dW  Péroufe  ,  s*y  trouva  de  la  part  - 
du  pape,  Jean  Corneille  &  Louis  Ann.  1510» 
Mocenigo  ,  de  la  part  de  la  répu- 
blique de  Venife.  Les  députés  Vé- 
nitiens &  le  nonce  reprefentetent 
à  révcque  de  Gurk  combien  il  fe- 
roîc  plus  glorieux  à  Temperear  de 
fe  trouver  a  la  tête  d*une  ligue  de 
tous  les  princes  de  la  chrétienté 
pour  abaifler  l'orgueil  des  François  , 
que  de  s*opiniârrer  à  perdre  une  ré- 
publique qui  ne  pouvoit  jamais  lui 
mfpirer  ni  crainte  ni.jaloufiè:  ils 
offrirent  de  racheter  leurs  propres 
places  par  des  fommes  confidéraoles 
d'argent,  dont  ils  favoiènt  que  l'em- 
pereur avoir  toujours  befoin  :  Té- 
vcque  de  Gurk ,  fans  s*^expliquer  fur 
la  ligue  qu'on  propofoir  y  qui  ne  pa- 
roiffoit  encore  qu'un  projet  ou  cni- 
mérique  ou  éloigné ,  s'obftina  à  'de- 
mander ,  pour  condition  prélimi* 
naire,  une  cefïïon  entière  &c  abfo^ 
lue  des  places  de-  Trévife  ,  de  Pa- 
doue  &  de  Vicence  ;  ce  que  les  Vé- 
nitiens écoient  bien  éloignés  de  lui 
"accorder.  On  fe  fépara  fans  aucun 
fruit ,  &  M'îximilien  fe  rendit  dans 
la  ville  d'Ausbourg.  Le  nonce  8C 
les  députés   Vénitiens  ne  noanque- 


^}1      HlSTOrHE   DE  Framce. 
'  tent  pas  de  $*y  trouver  :  n'ayant  pla5 
Ann.  If  lo.  aucune  efpératiGe    du  côté  de  rein- 
pereur,  ils  agirent  fourdemenc  au- 
près des  princes  &  autres  ihembres 
du  corps  Germanique,  leur  renioii- 
trant    le  danger  auquel  l'union    de 
Tempereur  &  du  roi  de  France  ex- 
pofoit  l'Europe  :  ils  leur  infinuerent 
que   le    politique    Maximiiien     ne 
travailloit  depuis  long-temps    à   les 
épuîfer  d'hommes  &  aargent,  qii'a- 
fin  de  les  réduire  enfuite  en  fervi- 
tude  :  que  l'exemple  de  Venife  les 
avertilToit   de    ce    qu'ils  avoient    à 
craindre  pour  eux-mêmes  :  que  l'em- 
pereur &  le  roi    de  France  ne   fe- 
roient  pas  plutôt  venus  à  bout  de 
leurs  defTeins  fur  cette  république  , 
qu'ils  tourneroient  leurs  armes  con- 
tre   le  malheureux  dont  les    terres 
ferotent   à  leur  bienféance.  Louis  , 
informé  des  machinations  diaboliques 
de  Jules ,  &  des  traverfes  qu'on  vou- 
loir fufciter  a  l'empereur ,  envoya  , 
^  de  fon  côté^  un  orateur  à  la  diète  : 
c'étoit  un   Italien    nommé    Hélian, 
d*abord  avocat  àVerceil,  &  devenu 
eh  fuite  confeiller  du  roi  de  France  : 
admis  à  porter  la  parole,  il  remour- 
ta  jufju'à   la  première  origine    d^ 


Louis    XII*         255 

Veoîfe ,  fondée ,  félon  lui ,  par  une 

troupe  de  miférables  cantonnés  dans  ann.  15 xo, 
des  marais ,  qui  de  pêcheurs  s  ecoient 
faits  fuccefljvemenc  regratiers  ou  re- 
vendeurs 9  de  revendeurs  pilotes  ,  de 
pilotes  marchands ,  de  marchands 
pirates ,  &  qui  étoient  enfin  parve- 
nus ,  par  des  larcins  ^  des  meurtres 
&  des  empoifonnements  >  à  fe  ren* 
dre  feigneurs  &  tyrans  d'un  grand 
xiomfatre  de  peuples  &  de  villes.  Il 
examina  les  titres  fur  lefquels  fe 
fondoit  leur  grandeur»  qu'il  rédui- 
iîc  à  deux  ^  la  perfidie  &'la  vio«^ 
lence  :  il  leur  .  imputa  la  perte  de 
Conftantinople  5  dont  ils  furent  fpec- 
tateurs,  &  qu'ils  eufTent  pu  empê- 
cher ,  en  détachant  feulement  de 
Jeur  efcadre  deux  ou  trois  galères  ; 
celle  de  Jérufalem,  qu'une  armée 
de  croifés  auroit  fauvée ,  s'ils  n'euf- 
fent  retenu  cette  armée  dans  la  Dal« 
matie,  pendant  que  les  infidèles 
égorgeoient  ou  réduifoient  en  fer- 
vKude  les  chrétiens  orientaux  :  il 
montra  ,  ou  tâcha  de  montrer  ,  que 
dans  toutes  les  guerres  des  chré* 
tiens  contre  les  infidèles,  les  Vé- 
nitiens étoient  reftés  neutres  ,  ou  ' 
avoient  été  favorables  à  ces  derniers  ^ 


Zj4       HlSTOXKIB    DE   FRAMCfi. 

ne   cherchant   qu*à   tirer    parti    dà 

^N.zfio. nialheur  de  leurs  frères:  il  en  cira 
un  exemple  récent.  Les  Portugais 
s  étant  ouvert  une  nouvelle  route  jus- 
qu'à rinde,  en  doublant  la  pointe  de 
TAfrique,  ôc  commençant  à  y  ré*- 
pandre  les  lumières  de  révangile , 
n'ont  pu,  dit- il ,  échapper  à  la  vide 
jaloufie  de  ces  marchands  ,  qui  oru 
envoyé  au  foudan  d'Egypte,  des  bois 
de  conftruâion  ,  des  cnarpentiers  , 
pour  conftruire  des  vailTeaux  de 
guerre  fur  la  mer  rouge,  &  chaflfer 
les  chrétiens  de  tous  ces  parages. 
Après  avoir  enlevé,  aux  Vénitiens 
l'avantage  qu'ils  attribuoient  à  leut 
ville  d'être  le  boulevard  de  la  chré- 
tienté contre  les  infidèles  ,  lora^ 
teur  leur  reprocha  leur  fafte  indé- 
cent ,  leur  arrogance  ;  il  dit  qu« 
mieux  vêtus  ,  logés  plus  magnifi*- 
quement  que  des  fouverains  ,  ces 
marchands  infultoient  à  la  modefte 
frugalité  des  autres  nations  :  que 
.  fe  croyant   auffi    fupérieurs  3nt  au- 

tres peuples  par  les  talents  de  VeC- 
prit  que  par  les  richeffes  ,  ils  trai- 
toieni  avec  un  infolent  mépris  les 
Ultramontains ,  &  fur- tout  les  Al- 
lemands ,  qu'ils  défignoient  par  les 


L   O   TTI   s      XII.  235 

épithietes  injutîecifes  de  barbares  Se 
à  ivrognes  :  qd'ife  les  crbyoiènt  telle-  ANN.ifià. 
ment  ridicule^  ,  que  datts  leurs 
fpeâ:actes ,  ils  s'en  fervoient  pour 
tous  fes  rôles  abjèâs  :  que  le  caraàere 
facré  *  de  la  royauté  ne  garantiffbit 
point  ceux  qui  en  étoient  revêtus, 
des  in  fuites  d'une  canaille  infolen- 
te  :  que  fafacrce  majeftc ,  Maximilieh 
empereur,  toujours  augufte,  avoîc 
été.  traîné  fur  un  théâtre  pour  être 
montré  au  doigt  &  exciter  la  rifée 
publique  :  qu'imbus  des  maximes 
fépubhcaines^'ils  fe  glorifioient  de 
fouler  aux  pieds  les  fceptres  &  les 
couronnes  :*  que  tout  récemment 
encore,  lorfqu'ils  reçurent  le  pre- 
mier avis  de  la  ligué  de  Cambrai ,  ils 
cferent  fe  vanter  de  traîner  dans  les 
prifons  de  Venife  le  roi  de  France, 
s'il  palToit  les  monts ,  d'arborer  leurs 
étendards  fur  les  murs  de  Vienne  , 
8e  de  réduire  le  pape  aux  fondions 
de  petit  chapelain.  Princes,  ajouta- 
t-il ,  ne  les  croyez  encore  ni  abattus 
ni  corrigés  j  fi  vous  n'écrafez  la  têtô 
de  ce  ferpent  ,  tandis  quil  eft 
tout  étourdi  du  coup  qu'il  vient 
de  recevoir  ,  je  vous  prédis  qu'un 
jour  il  vous  infeftera  defon  v^nin,-^ 


IJ^      HlSTOlRl   DE   FrANCÏ^ 

•— —  &  que  voas  ferrant  de  fes  replia  roi 
Amn.  i,-io.  cueuXy  il  finira  par  vous  écouffer 
vous  ,  ou  vos  defcendancSri 

Cette  violente  déclamation  échauj 
fa  raffemblée  :    on    impofa    filenc 
à  ceux  qui  voulurent  prendre  la  dé 
fenfe  des  Vénitiens  :  on  chaflfà  igno 
minieufement   de    la  diète    AchilJ^ 
de  Graflis ,  &  Ton  décerna  à  Maxi- 
inilien  des  fecours  d'hommes  &  d'ar 
gent. 
i«  suîfl-cs      La  tnortification  que  le  pape  ve- 
quictem  Tai- noit  d  eliuyer  ,    rut  compenlee   par 
iiancc  de  u  une  importante  acquifition.   Le   ter- 
sVcacher   à  me  de  1  engagement  des  Smtles  avec 
Jules  IL       j^  France  ailoit  expirer.  Se  Louis  ne 
An.  "*^^^'^'  faifoit  aucune  avance  pour  le   pro- 
Beicar.      roger.    Depuis  quelques  années  ,   il 
icBéikÛ^c!'  ^^^^^^^^  ferieufement    à    fe   rendre 
moins  dépendant   de  ces  mercenai- 
res alliés  :  il  levoit   un   plus  grand 
nombre    d'aventuriers  François ,  & 
,    fans  fonger  encore  à   en  former  un 
corps  d'infanterie  permanent  j  ilsac- 
tacnoit  beaucoup' plus  que  n*avoienc 
fait  fes  prédéceueurs ,  à   les  difcipli- 
^ner:  il  foudoyoit  donc  un  moindre 
nombre    de  Suifles,   &    cependant 
les   penfions  qu  il  s'ctoit    oblige  de 
payer  aux  cantons  ^  n'avoient  point 


Louis    XII.         157 

M  yîroinué  :  il  fallôic    même  Te   ré- 

êi  foudre  à  les  augmenter^,  car  depuis  ^^^^  ^  ^^^^ 

lé   dernier   traité,   le  nbmbre   des 
i  canroM  s'étoit  accru.   Au  commen-;        ^ 
a   cernent  de  fon  règne  y  il  h'y  en  avoir 
î    que  dix ,  &  Ton  en  comptoir  alors 
fî    douze  ,    indépendamment  de  quel- 
l    ques  communautés  réunies  avec  les 
jî    cantons.  Il  fall'oit  traiter  avec  la  tota- 
[î    lire  ,  &  conféquemment  augmenter  le 
nombre  des  penfions,  ou  renoncer  à 
^    leur  alliance.  Ce  n'étoic   encore  là 
.    eue  le  moindre  inconvénient.    Les 
jj     K>ldats   de  cette  nation ,  qu'il  vou- 
^^     loir  contenir  fous  une  difcipline  fé« 
j     vere  ,  â  qui  Ton  n'abandonnoit plus , 
^     comme  autrefois ,    le   pillage    des 
villes  rebelles ,  ni  la  fortune  des  la« 
boqreurs ,  limaginoient    qu'on    les 
prtvoit  de  leurs  droits  j  ib  exigeoient 
des  dédommagements  »   qu'ils  arbi- 
croient    â  leur  fantaifie  :  refufoient 
le  fervice,  fi  ofk  ne  les  fatisfaifoic 
promptement;  tenoienr,  pour  ainfi 
dire  ,  un  regiftre  exad  de  ces  pro** 
m^t^es   vagues  que    faifoient   pour 
les  encourager  les  capitaines  ou  les 
tréforiers  chargés  de  les  conduire  :  Sc 
s'ils  s'appercevoient  qu'on  voulût  y 
déroger  en  quelque,  point ,    ils   iâ 


1^58       H;STôrRE  pe  Framce. 
portoîencr   à  4e*.  violences  impar* 

qu  lis  >  Cf o^^nc:  ;  em^f €3  ,  ; cmitro  le 
drok  d^,  getis  ^r^e .  jk  viîb.'  de  Bel.- 
linzon^  y  qu'ils  s  efoîenc  enftiite  pi:)ér 
valus  des  embarras  de  la  France  » 
pour  en  extorquer  une  conccflion. 
(.oin  de  chercher  i  réparer  ces  toccs 
par  une  conduite  plus  régulière ,  iU 
aevenoiefit  de  )ou£  efi  jour  plus  exi- 
ge«ints  &  pW  difficiles  :  ils  se  voa-; 
U>ienc  plus  ^permettre  de  levées  ^i 
çioins  '  qu'on  ne  ftipendidt  une  ar- 
mée entière  :  fi  la  Brance  avoit  be^ 
foin  de  trois  ou  quacre  mille  foU 
dats,  il  falloir  se6.pafler»  ou  fe  ré- 
foudre  à  en  lever  hiiic  ou  dix  milie. 
Les  corps  qui  compofpienc  cette  ar- 
mée ,  ne  vouloienr  point  fe  fcpa- 
fer,  afin  de  fe  prouver  toujours  en 
état  de  donner  la  loi  ^  &  de  n'obéir 
qu'autant  qu'ils  le.jugeroient  à  pro- 
pos. Louis  vouloir  donc»  au  cas.  qu'&I 
çonfentît  â  augmenter  les  penfions  , 
s'aflfurer  du  moins  qu'il  feroit  à  L'a-^ 
bri  de  pafï^illes  vexations  ù  l'avenin 
Or  ,  ce  n'eût  pas  été  un  boa 
moyen  pour  contenir  les  Suififes  , 
a\j^  de  leur  faire  des  avances  :  il 
.  ^iloic  atjceodre  qu'ils  vinlTent  s  offrir  ^ 


Louis     XII.         2J9 
afin  d'avoir  le  droit  de  leur  diâer  _______ 

des  condiiiotis.  Le  roi  -fembloic  ^^^.  i^j^, 
d'autant  moins  hmrdec  en  prenant 
ce  parti,  que  depuis  la  conqu&te 
du  daçké  de  Milan ,  cétoit  unique- 
ment de  {es  Etats ,  &  au  moyen 
des  privilèges  qu'il  leur  avoir  accor- 
dés ,  qu'ils  tiroient  toutes  les  fut>- 
Mances  que  la  nature  avoit  refufées 
à  leurs  montagnes.  En  effet,  les 
Suides  auroient  accepté  fans  balan- 
cer les  conditions  équitables  qu'il 
avoit  defTein  de  leur  ptopofer ,  fi 
des  inftigations  étrangères  &  inté- 
refTées  n'eurent  tro»bIé  leurs  dé- 
libérations ,  Se  ne  les  eufTent  aveuglés 
far  leurs  vrais  intérêts.  Jules,  ayant 
eu  occaiion  de  connoître  les  talents 
de  Matthieu  Schinner,  évcque  de 
Sion,  le  fit  venir  à^ Rome,  &  lui  pro- 
mit le  chapeau  de  cardinal ,  s'il  per- 
fuadoit  à  (çs  compatriotes  d'aban* 
donner  l'alliance  de  la  France  pour 
s'attacher,  à  la  défenfe  du  faint  nége. 
Schinner,  â  qui  la  qualité  de  prince 
d'une  partie  du  Valais  donnoit  vbix 
dans  les  délibérations  communes  dés 
cantons ,  déploya  contre  les  François 
cette  éloquence  naturelle  &  véhé- 
mente ^  fi  propre  àé<?haulFef  lesefprits 


140     Histoire  de  France; 

de    la    multitude  :    il   les    peignic 

An*î. ifio. ^omme    des  ingrats,  qui  devanc  ^ 
difoic-il ,  tous  leurs  fuccès  à  la  va- 
leur des  Suiflès,  commençoient  par 
les  négliger ,    &  finiroienr    bientôt 
par  les  opprimer.  Il  cita  l'exemple 
de  Venife  }  &  comme  il  parloir  de- 
yant    des   hommes     qui    n'éroienc 
point  inftruits  des   fujets  légitimes 
que    le  roi  avoit  eus  d'entrer  dans 
la  ligue  de  Cambrai ,  il  n'imputa  le 
malheur  de   cette  république,   au- 
trefois fi  âorifTante ,  qu'à  la  confiance 
aveugle  qu'elle  avoit  prife  dans  des 
alliés  perfides  Se  ambitieux.  Il  mon-* 
tra  dans  l'union    de   ^empereur  Se 
du  roi   de  France  ,    le  projet    déjà 
formé  d'envelopper  de  toutes,  parts 
les  cantons ,  &  de  les  partager ,  com- 
me  ils  avoient  fait    la    leigneurie 
de  Venife.   Il  fit  voir  enfin  que  le 
feul  moyen   d'éviter    ce   malheur  , 
étoit  de  fecourir  la  république   de 
,    .  Venife  ,  tandis  qu'elle  refpiroit  en- 

core, d'accepter  les  offres  du  faine 
père,  qui  recherchoit  leuraUiance  i 
des  conditions  également  honorables 
&  avantageufes ,  &  de  faire. caufe 
commune  avec  tous  ceux  à  qui  la  li« 
berté^  étoit  chcre»  Ces  oÉfres  que 

Schinnei^ 


L  o  tr  ï  s    X  IL        141 
Schinner  annonçoic  comme  H  avàn« 


gnii  ,    ^    ^ 

nfj  cageufes,  fe  réduifoienc  cependant  ^^m.  i^  19. 
^i.  à,  mille  florins  de  penfion  pour  cha- 
■  ^  que  canton ,  donc  même  ils  ne  pou- 
mi»  voient  efpérer  d'être  payés»  bien  exac- 
Q|j;  cernent.  Avant  que  de  fe  borner  à 
dj  une  fomme  fi  modique  en  compa- 
,J2„.  raifon  de  celle  qu'ils  touchoieot  de 
JQjg  la  France  &  dont  ils  n'étoient  pas 
j^  encore  contents ,  ils  décernèrent  une 
^jl  députation  à  Louis ,  pour  favoir  fa 
dernière  intention  au  fujet  de  leur 
alliance  :  les  députés ,  d'autant  plus 
^  fiers  qu'ils  fe  croyoient  méprilés  » 
vantèrent,  fans  ménagement  ,  les 
fervices  que  les  Suifles  avoient  ren- 
dus à  la.  France  ;  leur  attribuèrent 
la  meilleure  part  de  toutes  les  vie* 
toires  qu'elle  avoir  remportées  ;  de- 
mandèrent des  récompenfes  pour  le 
paflfé,  &  une  augmentation  de  pen-* 
fions  &  de  folde  pour  lavenir.  Louis, 
également  choqué  de  la  demande  Se 
du  ton  dont  on  lui  parloir ,  répon- 
dit avec  colère ,  qu'il  ne  concevoit  pas 
fur  quel  fondement  de  miférables mon-- 
gagnants  ofoient  le  regarder  comme 
leur  caiflier  ou  leur  tributaire  : 
u  ils  étoient  faits  pour  foUiciter 
es  grâces ,  &  non  pour  diâer  des 
Tome  XX IL  L 


de 


24^      Histoire  de  France. 

loix.  Cette  réponfe,  rapportée  à    la 

Aj^n.ij  10.  diète  de  Lucefne  ,  détermina  les 
SuilTes  à  entrer  dans .  Talliance  du 
pape:  mais  comme  la  France  confer« 
voit  encore^  de  nombreux  partifans 
parmi  les  cantons,  &  que  ce  qui 
venoit  de  fe  palTer,  étoit  plutôt 
une  bromllerie  qu'une  rupture  ,  les 
SuifTes ,  pour  laifler  la  porte  ouverte 
i  la  réconciliation  ,  ne  contraâerent 
avec  le  pape  qu'une  alliance  défen* 
five  y  (lipulant  qu'on  ne  pourroic  , 
en  aucun  cas,  les  obliger  à  com- 
mettre les  premières  hoftilicés  con- 
tre les  François. 

Cette  reftridion  nui  fit  plus  qu'elle 
ne  fervit  à  la  France  :  elle  empêcha 
le  roi  de  fonger  férieufement  à  fe 
procurer ,  à  l'exemple  de  rEfpagne  ^ 
un  corps  d'infanterie  nationale  toa« 
Jours  fubfiftant:  perfuadé  que  les 
SuifTes  regretteroient  fon  alliance  » 
&  que  la  comparaifon  qu'ils  feroienc 
de  leur  condition  préfente  avec  leur 
*  étatpaffé,  les  lui  rameneroit  bientôt 
plus  dociles  &c  moins  fiers,  il  fe 
contenta  de  contracter ,  pat  l'entre- 
mife  du  baron  de  Supeirfaxe ,  des 
alliances  avec  quelques  communau- 
tés du  Valais  &  ayec  lès  Grifons  :  il 


12 


L  o  u  I  S     X  II.        14Î 

^     réfolut  de  foudoyer ,    avec  le  refte 

^^     de  l'argent  .qail  fourmAToit  . aupara-  ahh.  i^id. 

<!q     vanc  aux  cantons  ,  uà  corps  de  lanf-» 

isr      quenets  ,  levé  dans  les  Etats  du  duc 

as     de  Wirtemberg ,  &  ne  fongea  point 

f     à  un  établi (Tement  qui    auroit  ren- 

ni      du  la  réconciliation  impolTible. 

!i  Jules ,  afFennipar  foa  alliance  avec  Jules  cherche 

l#s  Suifles,  redouta  beaocoup  moins  2ucaÎFcrra« 
i  les  armes  de  Louis  Sfilés  intrigues  &  febfouiUe 
»  du  cardinal  d'Aniboife  r  il'ofa^  "^^  ccf*^  aFran- 
i       me  afpirer  à   fe    venget  av^c  éclat      Oodtfroi. 

es   trop  longues  alarmes  qurls  lui  ji„. 
i      avotent  caiiféei.  Xaiodis  qu'il  remuoic     BeUar. 

TEurope'.entiçi»;,  &  qu'il' ieiir  chep^J^/.'"^"'^' 
\       choit  des  enneanîs  julauîeu- Angle- 
I       terre  >  ril  étoît  mé&&ié  cqa^e  prince 

3u'tl  av^itcoiîil)léîde:Éiv.eik!s ,  qu'un 
e  fès  fendataires'  épousât t  leurs  in* 
téircts.  Alfonfe  ,  duc  de-  Ferrate  ,  " 
lok  ide  dpféinuri.à  la.t)ciete  iqo^il  Itii 
a^côb  Sai/ce^  rdeflfev^iif conciliée  iivec 
1^  yjémtiefBfiife  .TOontrofc  lôutJîett- 
iieniîile 'jJds.opîniâtiej'  6c  fiietfeft 
/bit  d^nimer  vionts^éax  V^tti^teut 
&  le  roi  de  France*  •  Jiries  auroit 
Vioiilu.  l'en  punir  j  niais  ^obligé  de 
^ttttifier  lui-même  ùt.  cèndqite  par 
rapport  aux  Vénitiens,  il  ne  pou- 
;voit,  décemment    fe   plaindre  qu'un 

Lij 


^44      Histoire  de  France* 

prince  qui  de.  fon  aveu   avoît   été 

Ann.  ifio*  A^i^îs   comme     partie    contradante 
dans  la  ligue  de  Cambrai ,  qui  en 
avoir  tiré    tous  les  avantages   qu  il 
pouvoir  s*en  promettre,  fe  montrât 
fidèle   i  remplir   fes    engagements. 
Jules .  lui  chefcha    querelle   fur  un 
autre  objet.  Dépuis  que  ce  prince 
avoir    recouvré  Comacchio  ,   il   y 
ayoii  fait  fabriquer  une  grande  quan- 
tité de  fel  :.  cet  établiffement   nui- 
foit   aux  falines    de    Cervia ,    qui 
étoient  en  pofTeffion  d'en  fournir,  i 
toute  la  Lombardie,  &  qui  appar* 
tenoient  au   faint  .fiége  :  Joies  lui 
ordonna.,  fous  peine-^a'excommuni- 
çation,rdé.ji!e  àé&kcn  xle  cette  nou-^ 
yeauté,  bien. sûr  de  h  être  pas  obéi 
&  d'acquétic  un  prétexte  ou  de  décrier 
|e  roi  de  Fiance  en  Italie ,  s'il  lâil^ 
foit  opprimât  UE  prince  qui!  avok 
reçu  foiîs  ;  fa  .  prot èftidn  ,o  ou  de  fe 
pUii)drk  de  xù  «nonirqiîc ,  s'iF  pro- 
tégeoit  un  fpudiùcaire  rebelle*  Il  s*eti 
tint  cepeiidanc  encore  aux  menaces  , 
jufqu  à  ce  qu'il  vît  plus  clairement  i 
quoi  aboutiroient  tes  grands  prépa^ 
ratifs  que.  fîfeifoient  alors:  rempereur 
&  le  roi  de. France.   .    -  - 

Louis  s*ccoit  déjà  rendu  a  Lyon  > 


L  o  tr  t  s  XII..  44J 
d*où  il  faifôit  pafler  de  nouvelles 
troupes  eti  Italie,  prêt  i  paÔer  lui-  ^^j,,  tsin. 
même  les  mohts ,  dès  qiie  l'eitipe- 
reur  fe  tnontretoit  de  fon  côté.  Le 
deffein  du  monarque  étdît  de  fe 
joindre  â  Maximiliert  ,  de  Taider  à 
emporter  Trévife,  Padoue,  Viceft- 
ce  9  Se  les  autres  places  moins  con-* 
fidérabies  que  les  Vénitiens  avoient 
recouvrées",  de  ie  conduire  enfuire 
à  Rome,  où  Albert  Pib,  comte 
de  Carpi  ,  &  le  cardinal  d'Auch  , 
neveu  de  George  d'Amboife ,  xe- 
mnoient  déjà  le  facré  collège.  Se 
préparoient  les  efprits  i  quelque 
grande  révolution.  Louis^  ne  vt^ 
voyoit  pas  lès  obftacles  qui  alioient 
s'oppofer  à  £>h  delH^in.  Ferdinand 
le  Catholique  ,  pour  qui  il  n'avoit 
rien  de  caché ,  quoiqu'il  eut  dû 
le  regarder  comme  fon  plus  dan* 
gereux  ennemi ,  le  dilTuadoit  for* 
tement  de  ce  voyage  ;  mais  comme 
il  iè  défioit  de  fon  ctédit ,  il  fit  agir 
Anne  de  Bretagne  9  par  le  canal  de 
la  reine  Germaine  de  Foix  ^  quelle 
avoit  élevée  dans  fa  maifon.  Anne 
fe  trouvoit  grolTe  :  elle  étoit  dé- 
vote, &  fe  perfuadoit  que  fi  le  roi 
fon  mari  iàifbit  la  guerre  âu.faint 

L  iij 


},4$     Histoire  de  France, 

père,    il  açcireroic    la    inalédi£kÎ6n 

Ann.  is^o.àn  ciei  ftir;ft§  eiifantç.  Elle  fondoic 
jei>  |armçlç;>  &  le  ccmjuroic  au  nom 
du  fils  qu'^lte  cmyon  pocrer  dans  fon 
fein ,    de^  fe  dcfiftex  d'une   funefte 
.ençreprife,  Louis  U  raiTuroit,   &  la 
'..troQipoit^mais  dn  événemeitc  inat- 
tendu compte  Tes  mefures. 
Mnrtiucât-'.    L«  Cardinal  d'Amboife ,  pour  qui 
ùcl.  **^"*"  la /guerre  alloit  fe  faire  ^  $'éroit  ren- 
^àu:iier.    du  à  Lyon  long-temps  avant  le  roi, 

pu%"%ji  J»"^*^^  >  P^ï^  ai^^^*  ^i^®>'  comte  les 
tificai.        douleurs  de  la  goutte ,  qui ,  depuis 
plus  d-un  an  ,  ne  lui  donnoient  plus 
de  relâche.  Les  efforts  qu'il  faifoit 
'  pour  les  furmoiîter ,  l'épuiferfiot }  il 
:tomb^  dangereufemem!  majade  aux 
,céleftios  de  Lyon^>  Çc  ne  foj^ea  plus 
:qu'à  fe  préparer  à  la  mort.  On  rap- 
porte  que  défabufé    des  grandeurs 
-humaines  ,   &    uniquement  occupé 
-du  compte  qu'il  alloit  rendre  de  fa 
^^conduite  aji  /ouv^^ia  juge  ,  il  ré^- 
:pcta.  plufieurs  fois  auireligieux  .  qui 
•îe  fecvoit  :    ^k  >  frerc ,  J^an^^  mon. 
\ami  y  Je  vouârois  hien  avoir  été  toiuc 
ma  vie  frerc  Jeanl  Que  difant  le  der- 
nier   adieu  là    fes   parents   qui   s'é- 
itoient  adomhlés  autour  de. ion. lit» 
.il.  leur  recomipandci  dt  ne  jjtmais.  fi 


Louis  XII.  24*7 
mettre  jufques  -  là  oit  il  sUtok  mis  j  1 
c'eft-à-dire,  de  ne  jamais  fe  char*  Amn*  mio. 
ger  des  fondions  dan^ereufes  du  tni- 
niftere  public.  Le  roi ,  qui  le  con- 
fîdéroic  moins  comme  un  miniftre 
de  confiance  que  comme  un  frère, 
lui  renvoie  de  fréquentes  yifices  , 
&  ne  pouvoir  retenir  fes  larmes  :  le 
cardinal  te  conjura  de  lui  épargner 
déformais  des  témoignages  fi  précieux 
mais  fi  cruels  de  fon  amitié  ,  le  priant 
de  vouloir  bien ,  en  confidération  des 
longs  fervices  qu'il  avoir  rendus  à  l^fi- 
tat ,  confirmer  la  difpofîtiôn  qu'il  ve- 
Boit  de  faire  de  fes  biens,  de  fes 
meubles  ^  &  même  de  fon  évèché. 
Afin  de  mettre  fa  confcience  en 
repos ,  il  déclara  fommairement  au 
roi  d'où  procédoient  toutes  ces  ri- 
chefles.  Outre  le  revenu  de  Tarche- 
vèché  de  Rouen ,  le  produit  de  plu- 
fieurs  grandes  terries ,  fa  penfion  de 
.premier  miniftre  »  deux  fources  rrès- 
.  abondantes  avoient  fait  couler ,  fi  j'ofe 
ainfi  m'exprimer»  des  ruiflfeaux  d'ot 
«dans  fon  épargne.  La  première  étoit 
la  qualité  de  légat  à  laure ,  qu'il 
remnliflbic  depuis  dix  ans ,  &  qui 
le  mbftituoit  dans  toute  Tétendue 
du  royaume  aux  profits  que  la  cour     % 

L  iv 


/ 


1 


i^i      Histoire  de  France. 
de  Rome  en  -liroît  auparavanr.   La 

Ann.  If  10,  fcco^d^  j  qui  iûi  caufoit  des  re- 
mords ,  &  fur  laquelle  Louis  ne 
carda  pas  à  le  rauurer ,  condftoît 
en  quarante  mille  ducats  de  penHoti 
rendus  à  Lyon ,  qu*il  ciroic  cous  les 
ans  de  ricalie  »  indépendammenc  des 
dons  ou  préfencs  »  qui  moncoienc 
peut'  être  encore  à  des  fommes  plus 
fortes.  Toutes  les  puiflances  du  fé- 
cond ordre ,  qui  partageoient  Tlcalie  » 
Se  qui  s'écoienc  mifes  ibus  la  pro^ 
ceâion  de  la  France,  achetoienc  la 
proteâion  particulière  d'un  minif- 
tre  tout  puiiTant  ^  &  il  paroît  que 
le  cardinal ,  content  de  ne  rien  faire 
de  préjudiciable  aux  intérêts  de  /on 
maître ,  avoit  cru  pouvoir  accepter 
leurs  dons.  Ce  n'eft  donc  pas  un 
exemple  bien  fingutier  de  modéra* 
tion ,  que  le  cardinal  fe  foie  conten- 
té d'un  feul  bénéfice ,  étant  le  maî- 
tre d'en  prendre  tant  qu'il  jugeroit  à 
prt>pos  :  car  quels  bénéfices  auroienc 
pu  lui  tenir  lieu  des  profits  dont  nous 
venons  de  rendre  compte^  à  moins 
qu'on  ne  luifuppofe  l'envie  de  tout  en- 
vahir &  de  fe  rendre  plus  riche  que  le 
roi  fon  foaverain  »  que  pouvoir  il  de- 
iirer  de  plus  i  il  n  avoic  pas  acceudu 


h  o  V  X  $     X  II.       249 

le  motnenc  oh  il  allc>ît  ceffer  de  vi- 

vtQ  pour  faire  4u  bî^en  à  fes  parente  :  ^^^^^  x^io. 
fes  Itères  &  'fes  neveta  occupoienc 
les  premières  places  à  là  cour ,  dâtis 
régtife   ou  i   l'armée,    li  avoir  die 
même  doré  &   emichi  fôo^  églîfe  : 

.parmi  ces  adins*^,  celui ;quî'  z*  le  plus 

.  contribué  à  perpétuer  fa  inémmi^e  V  eft 
cette  cloiçhe  énorme  qui  pdrrè  fôn 
nom  :  elle  a,  dit-on,  trente  pieds^de^clr- 
confirence,  &  pefe  quarante  mil-^ 
liers.  11  fit  bâtir  lu  r  les:  fond  s  décette 
églife  i  8c A  rufage  d^s'  Wckevè^ques 
cle  Rouen  ^  le'  cbâreau  de  Ç^ailloh  , 

-.le  plûsvafteâcle  mîeuit  ;diécoi>é  que 
Ton  contiot  encore  en  France;  Tou- 
res  ces  dépenfes,  jointes  aux  fom- 
mes  dont  il  difpoîoic  par  teftament , 
femblent  prouver  qu'on  a  trop  loué 
fou  déikumefif^ment^NCe  qu'on  peut , 
,cfe  qu'on  .dôîit  même  obferver  pour 
<favjuftificaiiony  c'^dque  tomes  ces 
ricbeidês  proyenoient  de  l'étranger , 

,  ou  d'un  argent  qui ,  bien  que  levé 
en  France 9  feroît  allé  Te»  perdre  chez 

.  l'érranger  ;  que  jamais  le  peuple  n'a 

•été   ni  plus  riche  ni   p^lus  ménagé  ; 

que  jamais. les  fortunes  paiciculiet^s 

n'ont  été  ni  plus  facrées  ni  plus  âf- 

l.fnrées  que  pendant  toute  ia  durée 

L  V 


.  1 5 p      Histoire:  i^e  FRcAKCEr 

^  '  -.'"Mi^i    :  de  fpn  minifteçe  i  qite;^«wrm:TO 

\,ANNf.fj>ju:  combl^^e?!^  puiflaricft&iclftk  gran- 

:  dcur^  il.ftti,doux.,  îhimiain  ,  cjom- 

patilïanti  il  connut    le   prix  de  Iz 

-bienf;iifaéce  &  de  I  aooitio.  Un  traie 

:  f artiçulielr  jde  ik  ;  vie  lui.,  fait,  pks 

d'jionoetir  [qae.  toutes-  lés  4)brafe$  de 

i  ie^jpjm^yriAes*  .I^rftq^é  {e  château 

rde  Çj^il}pnjfiitadhe%4  oniycieixuicqtjia 

.i*ii  tçè^  -.-grand  défaut;  Cettéfuperbe 

-lèp^ibnSe  Monvuj^t  reflfeirtée  &  en- 

r  veloppé  de.  tous,  cêccs  par.  Àe$  pof- 

i  fejfiioos' jétrange0S9.  'Uh-des  ddiuefti^ 

,  quj^s.da  fiàrqtinal  .^x'eft  un^Dom  i!{ae 

t^ne  dcdiugototeaiiî  piialèr^  de  très- 

..ibons;  gentilsikooiiaaes    attachés    aux 

..grandes  mairons)  crut  faidre  fa  cour 

^  à  fou  maître,,  en  détërcninant«un 

de  fesaïuis  à  lui  vendre  une  . «erre 

^  tjtrce  dans  le  voifiaage^âiur.lë  comp- 

•te  qu il  rendit: au. cardinal'jdes  dif- 

V  poGtions  où  il  rayait   kiflc  ce;gé^- 

.  tibomme ,  il  fut  efaamé  «de  J'inviter 

f>GUr  un  certain  jour.  Apres  le  dîner  , 
e  cardini^l  layant  conduit  dans  un 
cabinet,  le  fit  zShoix  i  iÇes  çooés.  Se 
lui  demanda  quel  mocif"  le  détermi- 
:  Qoit  à.  vendre  fa  terre.  ^MonféigeuT» 
réponditle  gentilhomme,  le  plaifir  de 
ij:ous  axicomniodex  d'imechofe  qui  tBïCi 


Louis     XII.        i$i 

fort  à  votre  bieiiféanGe.  Puifque  tel) 

cft  votre  motif,    répartit  le  cardi- aj^^^i^i^, 
nal ,  gardez  votre  terre  }   c  eft  l'hé- 
ritage de  vos  pères ,  le  premier  titre 
du  nom  illuftre  qa'ils  vous  ont  tranf- 
mis  5  ôc  que  vous  devez  conferver 

.précieufement    à   vos   defcendants. 

-Croyez,  d'un  autre  côté,  que  je  fuis 
bien  éloigné  d'exiger  un  pareil  facri-* 

-fîce  pour  m'intéreffer  vivement  à 
tout  ce  qui   vous  regarde ,    &    que 

.je  fens  trop  le  prix  d un  voifin  tel 
que  vous ,  pour  vouloir  m'en  pri- 
ver» Monfeigneur,  reprit  le  gen- 
tilhomme, je  fui$  très-attaché  à  ma 

'  terre ,  &  ce  qu'il  vous  a  plu  de  me 
faire  obferver  ,  me  la  rend  encore 
infiniment  plus  précieufe  ;  mais  voi- 
ci ma  pofîtion  :  }e  n'ai  qu'une  fille  ) 
un  gentilhomme  du  voinnage  la  de- 

,  mande  en  mariage  \  le  nom  ,  la  for- 
tune, le  caraAer^,  tout  me  con- 
vient; mais  il  exige  une  dot  que 
je  ne  puis  abfolument  lui  donner.  J'ai  , 

confidéré  qu'en  vendant  ma  terre  » 

:je  pourrois  faire  le  bonheur  de  ma 
fille  ,  placer  avantagetifebent  le  f ef- 
lant  de  la  fomme,  ic  en  vivre  fore 
à  mon  aife  le  reQe  de  tties  jours. 
Ce  projet  n'a  rien  que  de  raifonna- 

Lvj 


1$!       HiSTOIRB   DE    FhAïTÇE. 

ble,  répondit  le  cardinal:  tnaisF  n'y 
An«.i£io.  aw^oiï-il  ps  quelque  moyen  de  ma- 
TÎer  votre  611e  comme  vous  le  de* 
firez  ,  Se  de  conferver  votre  terre  ? 
Ne  pourriez  -  vous  ,  par  exemple» 
emprunter  de  quelqu'un  de  vos  amis 
la  fomme  dont  vous  avez  befoitt, 
fans  intérêt,  &  rembourfaUe  à  des 
termes  fort  éloignés  }  économifer 
cous  les  ans  quelque  chofe  fur  vorre 
dépei^fe ,  &  vous  trouver  quitte  fans 
prefque  vous  en  appereevoif  ?  Âb  ! 
Monfeigneur,  s'écna  le  gentilhom- 
me ,  ou  font  aujourd'hui  les  amis 
qui  prêtent  une  pareille  fomme  fans 
intérêt ,  &  rembourfable  i  des  ter- 
mes fort  éloignés?  Ayez  meilleure 
opinion  de  vos  amis  >  répliqua  le 
cardinal ,  en  lui  tendant  la  main»  ;- 
mettez- moi  du  nombre,  &  recevez! 
•  la  fomme  dont  vous  avez  befoin^ 
aux  conditions  que  je  viens  de  vous 
expliquer.  Le  gentilhomme  ,  tom- 
bant aux  genoux  du  cardinal ,  ne 
put  répondre  que  par  des  larmes  à 
un  procédé  fi  noble.  Lorfqu'après  cet 
entretien  ils  reparurent  dans  la  falJe 
d'aâemblée  ,  le  gentilhomme  ,  qui 
avoir  entamé  la  négociation,  ayant 
demandé  au  cardinal  s'il  étoic  cen-: 


Louis    X  II.       2J5 
tent  dn  marché:  oui,   répondit-il, < 


car  auliea  d'une  terre»  }'ai  acquis  AKN.ifiè. 
un  ami. 

Ceft  par  des  traits  de  cette  na- 
ture, c*eft  par  fon  attention  â  fé- 
conder les  vues  paternelles  de  Louis 
XII,  &  à  ne  lui  infpirer  que  des 
projets  qui  tendiiTent  au  bien  gé- 
^  néral ,  que  le  cardinal  d'Amboife  a 
>j  mérité  quon  lui  pardonnât  les  fau- 
»^  tes  groffieres  qu'il  commit  contre  U 
politique  dans  toutes  les  occafions 
où  il  eut  i  traiter  avec  Alexan- 
dre VI,  Céfar  Borgia  ,  Ferdi- 
nand le  Catholique  ,  Maximilien , 
&  Marguerite  d'Autriche.  Quanr  à 
la  paflion  malheureufe  qu'il  eut  toa« 
jours  d'être  pape,  on  lera  tenté  de 
la  lui  pardonner ^  f\  Ion  fait  atten- 
tion qu'il  n'afpiroit  à  la  fouveraine 
puiflfance ,  que  pour  exécq/ter  plus 
en  grand  ,  C\  l'on  peut  ain(i  s'expri- 
mer, la  réforme  lur  le  clergé,  qu'il 
avoir  déjà  commencée  en  brance  : 
qu'il  fe  propofoit  de  rétablir  la  dis- 
cipline de  TEglife  ,  de  retrancher 
les  abus  dont  on  fe  plaignoit  hau- 
tement dans  toutes  les  cours  de 
l'Europe  ,  &  qu'en  un  mot,  il  eut 
vraifemblablement  prévenu  ces  Ai- 


154    Histoire  db  Fhakcb. 
nettes  querelles  qui  ont  fait  verrer 
Ann.  If  10.  tant  de  fang,  &  qui  ont  fcparc  une 
moitié  de  l'Europe  de  TEglife  Ro- 
roaîne. 
Louis   fc      Louis  fentit  vivement  la  perte  de 
fonalons  dlî  ^^^  premier  miniftre,  &  il  fautconve- 
miniftcre.     nir  que  c'en  ctoit  une  pour  la  France 
L^i"^xn\  entière  ,  dans   les  conjonâbures  où 
ftfr God^où  Ion  fe    troovoit.   Le   maréchal   de 
C'xéf  qui  lui  avoir  difpueé  le   pre- 
mier rang,  &  qui  eût  pu  le  retn- 
placer  avantageofement  ,   gémiUbit 
.  toujours  fous  le  poids  de  la  difgra- 
ce  :  le  confeil    ne   fe   trouva   plus 
compofé  que  du  chancelier  Jean  de 
Gannai ,   foible   fuccefTeur  de    Gui 
de  Rochefort,  mort  trois  ans  au* 
paravanr,  d'Etienne  Poncher ,  évê- 
que  de  Paris  ,    d'Imbert  de  fiatar- 
nai,    feigneur   du   Bouchage  ,    de 
Raoul  ^e  Lannoi  »  bailUf  d'Amiens  , 
&  du  fecrétaire  Florimond  de  Ro- 
bertet.  Ces  cinq   hommes,  eftima- 
bles   chacun    dans    leur    genre  >    & 
d'ailleurs    parfaitement   unis  ,     ne 
compofoient  cependant  qu'un   en- 
femble  fans  force  &   fans  vigueur  ; 
parce   que   contents  d'expédier  les 
affaires  coutumes  ,   &  qui   concer- 
noient  leurs  départements  refpedifs  > 


L  ©  tx  I  s     XI  î.        %$j 
aïs  ne  favoient  ni  diriger  l^rs  opéra-  * 


dons  vers  un  bat  commun  ,  ni  mar-  Ann.  if  ic^ 
J(^  .^cher  fur  ta  même  ligne,  Loeis  vou- 
lut fe  charger  lui-même  des  fonârions 
ei  de  premier  miniftre ,  traiter  direâ^e- 
uR  *menc  avec  bs  ambaflàdeurs  écran- 
IDC  ^k®^*'  expédier  des  inftruâions  à 
Tes  généraux  &  à  fes  tepréientants 


i  cdans  tes'  cours  étrangères  ^  en  uti 
^  mot ,  prendre  fut  tui  tout  ce  qu'il 
^  y  avoic  de  plus  pénible  ,    de   plus 

à       'délicat  &  de  plus  épineux  danslad- 
Mt)iniftwtîon.  C'étoit   vouloir  forcer 
I  k  nature  dans  un  âge  où  il  eA  fi 

ldifficile.de  contraâer  de  nouvelles 
•habitudes,  &  où  il  àuroît  eu  befoin 
:de  prendre  du  repos.  Son   premier 
ribinfut  de  fonder  les  difpodtions 
-du  pape  à  &>n  égard.  11  chargea  le 
\        u^omte  de  Carpi  ,-fon  ambafladéur, 
îde  lui  offrir/ de  la  part  d*Alfonfe, 
I  «rue  pleine   JGâtisfââ^ion  far  '  les  fà- 
Ikies  de  Gotnacchio; 
>     On  prétend  que  le  comte  de  Car- 
:jrf,    ennemi  fecret  d'Alfonfé  ,  qui 
lui-  reten^t-ùne  pdrriè  de  foii  pa- 
itriinoind ,  f^^geiEi  plils^^'  venger  fa 
querelle    particulière,  qu*i  remplir 
"fcîî'fôtiâriài'.de   miniftre  de    paix, 
^QVkV^hfV'fL^^i  i4iiprudEemlmet»t  char* 


1$^     Histoire  vDE  Fhakcb. 

gé.  Quoi  qu'il  en   foie  >  Jules  mît 

Ann.  If  10.  dans  fa  réponfe  toute  la  fierté,  d'un 
vainqueur    irrité  )  peu  content    da 

^  facriface  auquel  Alrbnfe  fe  foumet-- 

toit)  il  demanda  qu'il  fupprimât 
les  nouveaux  péages  qu'il  avoit  éta-* 
blis  dans  fes  Etats  ;  qu'il  augmentât 
conlidérablement  la  redevance  quHl 
payoit  annuellement  au  faint  fiége  , 
a  titre  de  feadataire^  qu'il  lui  fît 
une  fatisfaâion  convenable  fur  fa 
conduite  paiTée  :  enfin  il    exigea  ^ 

Îour  condition  préliminaire  ,  que 
.ouis  renonçât  déformais  à  prêté* 
Î;er  les  vaflaux  de  TEgliib^,  &c  qu'il 
ui  abandonnât  la  dépouille  du  car* 
dinal  d'Amboife.  Louis ,  dont  les 
armes  profpéroienc  alors  courre  les 
Vénitiens  >  rejetta  des  proportions 
oui  s'accordoient  fi  mal  avec  les 
rorces  apparentes  ^du  faint  .  fiége .  : 
n'ayant  plus  aucun  motif  perfonnèl 
de  pafTer  les  monts  ,  8c  n'enten- 
dant plus  parler  de  Maximilien»  il 
revint  à  Blois ,  ou ,  peu  de  jours 
aprèç  fon  arrivée,»  il  fe  trouva;  pece 
d'une  féconde  ifilte  9  q^qa  nomma 
Renée,  r'  . 

snecdsdei     Chaumont, ayant  recules  renforts 
«xmcf  xéuaies  (|^e  Louis ,  lui  avoit  fait  paâ§r  fo\4s 


Louis     X  I T.        257 
la  conduite  du  jeune  Gafton  de  Foix, 
duc  de  Nemours  ,  entra  fur  les  ter-  Ann.  ifio.     ^, 
res  des  Vénitiens  avec  une  armée  de  rcmpîrefc 
de  mille  lances,  quinze  cents  hom-  conlreUsv" 
mes  de  cavalerie   légère  ,  &  onze  mtiens. 
mille  fantaflîns  ,  parmi  lefquels  on  ^Un?''^^^^^ 
comptoir  jufqu  a  dieux  milles  Suides»    r  Bemhe. 
•qui  s'étoient  dérobés  de  leur  pays  ,  Uuii^xii\ 
pour  venir  en  qualité  de  volontai-  farGodêfroi* 
res  fe  ranger  fous  ces   rtiêmes  dra-     ^^  ^^* 
peaux  qu'ils  fuivoient  depuis  fi  long- 
temps. Après  s'être  emparé  fans  re« 
fiftance  cle    Montagnane   &   d'Eft, 
qu'il  remit   au  duc  de  Ferrare ,    il 
alla  fe  joindra  dans  les   plaines  de 
Vicence  à  l'armée   de  l'empereur , 
qui  ne  confiftoit  ^encore  cju'tJi  deux 
mille  chevaux ,    &  fix  mille  hom- 
mes d'infanterie  »  commandées  par 
le  comte  de  Hanaa  ,   auquel  Chaa- 
mont  y  en  qualité  d'auxiliaire  ,  fe 
trouvoit  fubbrdpnné.  Les  Vénitiens, 
qui  avoient  perdu  le  co^te  de  Pé- 
tiliane  9  ôc  qui ,  à  la  recommanda* 
tion  du  pape  ,  avoient  élu  pour  gé« 
néral  Jean-Paul  Baglioné  ,    n'ofant 
plus  rifquer  une  bataille  contre  1^ 
François ,  s'éloignèrent  de  ces  quar«>* 
tiers  »  &  allèrent  fe   réfugier  dans 
le  pofte  de  Brentellest  ou  il  étoit 


l^S         HiSTOÎRE    DE    FrAMCE. 

!  tmpodîble  de  les  attaquer.  Les  bour- 
Anh.  ifio.  gfiois  de  Vicence ,  abandonnés  à  eux- 
mêmes  9  impiotoiènc  la  clémence  du 
vainqueur;  mais  comme  les  Alle- 
mands n'avoient  point  afTez  de  trou- 
pes pour  laifler  une  garnifon  dans 
cette  place  ,  ils  aimèrent  mieux  la 
faccager,  que  de  permettre  que  les 
François  s'y  logeailent.  L'armée  mar- 
cha enfuite  à  Lignano ,  place  impor- 
tance  par  fa  fituation  fur  TAdigc  : 
les  Vénitiens  en  avoient  défendu  les 
approches  par  plufieurs  coupures  y 
qu'ils  avoient-faites  au  fleuve  pour 
inonder  la  campagne.  Ces  obftacles 
ne  purent  arr&ter  l'ardeur  des  aven- 
turiers y  conduite  par  le  capitaine 
Molard  'y  ils  fe  jett&rent  au  milieu 
de  ce  lac ,  &  pénétrèrent  jufques 
dans  lès  fauxbourgs.  La  place  ca- 
pitula après  cinq  jours  de  Hége  ,  Se 
quoiqu'elle  fut  du  partage  de  l'em- 
pereur, on  y  logea  une  garnifon 
Françoife ,  commandée  par  le  capi« 
taine  la  Crotte.  Cette  conquête  ou- 
vrit à  l'armée  là  route  du  Frioul  , 
où  l'empereur  l'avoit  mandée  pour 
en  prendre  le  commandement ,  fe 
promettant  toujours  de  réparer  l'af- 
îkoQt  qu'il  avoit  reçu  devaat  Padoue  : 


Louis  XII.  259 
mais  au-lieu  d'amener  à  cette  ar-  \ 
mée  un  renfort  confidcrable,  il  nofa  Ann.  içio. 
s'en  approcher  ,  parce  qu'il  n'avoir 
peint  d'argent  pour  payer  les  Cix 
mille  lanfqueners ,  qui  n'a  voient  en- 
core rien  touché  depuis  l'ouverture 
de  ia  campagne  ,  Se  qui  menaçoienc 
de  fe  retirer ,  fi  on  ne  les  fatisfai- 
foit  promptement.  Maximilien,  qui 
avoit  dilflîpc  les  fommes  qu*il  avoir 
reçues  de  la  dieté ,  eue  encore  re- 
xreuTs  au  roi  de  France,  6c  en  reçut 
cent  mille  écus  ,   toujours  hypothé- 

3ués  fur  la  ville  de  Vérone.  Ces 
épenfes  extraordinaires  dans  une 
3uerelle  qui  ne  le  regardoit  point , 
érangeoient  les  projets  économi- 
ques de  Louis  :  réduit  ,  puifqull 
•n'y  avoir  point  de  pioyen  de  s*en 
difpenfer  ,  à  foudoyer  les  troupes 
de  l'empereur  ,  il  voulut  du  moins 
retrancher  une  partie  de  la  dépenfe 
qu'il  faifoit  en  fon  pro jjre  nom  :  voy^t 
que  le  remps  du  fervice  auquel  il 
s'éroit  langage  envers  l'empereur  çtoit 
expire ,  il  envoya  ordre  à  Chaumont 
de  licencier  les  Vallefans  &  les  Gri-  ♦ 

fons ,  qui  formoient  la  partie  la  plus 
confidérable  de  Ton  infanterie.  Ce 
p^tti^  tout  fage  quil  paroifToit^  pro-^ 


i6o      Histoire  de  Frangi. 

duific  deux  mauvais  cflfecs  j  car  d*att 

Ann.  If  10.  côté  il  refroidie  extrêmement  l*em- 
pereur,  à  cjui  on  n'eut  pas  de  peine 
a  perfuader  que  Louis  »    abufanc  de 
(es  richelTes ,  travailloit  à  le  miner 
fourdement ,  &  ne  cherchoit  à  pro- 
longer la  guerre ,  que  pour  le  forcer^ 
à  lui  engager ,    IHine  après   l'autre  , 
toutes  Jes  places   de  fon   parcage  : 
d'un  autre  côté  ,  il  enhardit  le  pape 
à  for  tir  enfin    de   la  contrainte  où 
.  le  tenoient  les  forces  fupérieures  de 
la  France. 
ConflWéra.      Jules  confidcrant   que  le  roi  s*é- 
avec    Ferdu  toit  retiré  â  BIoi$  ;  que  Chaumonc 
wid  contre  ^vec  Télite  des  forces  Françoifes  étoit 
Cid^kar-  engagé  dans  une  guerre  difficile  fur 
<*'«•        .    les  confins  de  la  Germanie  j  qu'AL- 
^An^*^^  fonfe  ,  duc  de  Ferrare ,  avoit  con- 
iJi^'^^'xii^  duit  coures  fes  forces  dans  le  camp 
des  François  \  qu*il  ne  reftoit  âanîf 
le   Ferrarès  &  le  Milanès   que  de 
foiblet  garnifons  commandées    par 
àes  lieutenants ,   tandis  que  les  ca- 
pitaines    &  la  plus    brave  jeunefle 
avoient  couru  où   la  gloire  les  ap- 
«  pelloit  \  que  l'armée  Françoife  étoit 

confidérablement  affoiblie  pat  la  re- 
traite des  Vallefans  &  des  Grifons  ^ 
crut  ne  devoir  pas  laifTer  cchappeit 


Louis     XII.         i6t 

Une  fi  belle  occafion ,  &  forma  là- 
deflTus  un  projet  digne  de  fon  gé-  ^j^^,  ,^io. 
nie.  Ce  fut  d'appeller  le  peuple  de 
Gênes  à  la  liberté ,  en  leur  mon- 
trant à  la  fois  des  troupes  de  terre  ^ 
&  de  mer ,  capables  de  les  défen- 
dre ,  &  conduites  par  quelques  ban« 
riis    de    ces   iiraftres    maifons  aux- 

3uelles  ils  étoient  dans  Thabitude 
obéir  :  d'engager  les  Suiffes  à  pé- 
nétrer dans  le  duché  de  Milan  par 
deux  ou  trois  endroits  différents  » 
tandis  qu'avec  une  armée  fupérieu- 
re ,  il  fondroit  fur  le  duché  ae  Fer- 
fare  ,  qu-il  trouveroit  dégarni  ,  & 
où  les  François ,  a(rez  occupés  à.  fe 
défendre  eux-mêmes ,  ne  pourroîcnc 
borter  de  fecours.  Quelque  plaufî- 
ole  que  fût  cette  entreprife ,  elle  pou- 
voir échouer ,  &  comme  elle  alloit  le  ^ 
conipromettre  avec  les  deux  plus 
puiflants  monarques  de  la  chrétien- 
té ,  Jules  comprit  qu'il  ne  devoir 
s'y  engager  >  qu'après  s'être  affuré 
d'un  aillé  capable  de  le  féconder, 
ou  de  le  défendr-e.  Ferdinand  le 
Cathdique  ,  prince  puiflTant  par  lui- 
même,  de  qui  fe  vantoit  déjà  de 
Hifpoftr  à  fon  gré  ,  &  du  roi  d'An- 
çfeterre  fon    gendre ,  "  &  de  4'eni- 


i^t  Histoire  de  France. 
pereur  fon  allié  ,  étoit  le  véritable  aii- 
ANN.ifio.  teurde  ce  projet  ;  il  avbit  promis  de 
fe  joindre  a  Jules  :  il  déployoit  fur  les 
côtes  de  Titalie  une  flotte  de  foixante 
voiles,  faitoit  débarquer  dans  les 
ports  du  royaume  de  N^ples  des 
corps  d'infanterie  bien  difçiplinés  ; 
mais  au  moment  de  l'exécution,  il 
fe  montroit  froid  &  réfervé  ,  allé- 
*-  guoit  de$  engagements  antérieurs , 
des.  ferments ,  des  fcrupules.  Jules 
fentit  Qu'il  vouloit  fe  faire  acheter  , 
&  fut  bientôt  à  quel  prix, 

Ferdinand,  depuis  fon  mariage 
avec  Germaine  de  Foix,  fie  s'étoic 
point  mis  en  peine  de  foUiciter  une 
nouvelle  inveftiture  du  royautnfi  de 
Naples  :  deux  raifons  l'en  avoienc 
empêché  j  la  première  ,  parce  qu*il 
n'auroit  pu  fe  difpenfer  de  faire  com- 
prendre dans  l'aâe  de  cette  invefti« 
IMïQ  Germaine  fa  femme,  en  qua- 
lité de  reine  titulaire  des  deux  plus 
grandes  provinces  de  ce  royaume, 
avec  la  cJaufe  de  i^éverfion  à  la  coitt«- 
ronne  de  Francp^  en  cas  qu'elle  fie 
laifsâc  point  d'enfants  de  fon  ml-^ 
riage  aveq  Ferdinand  :  la  ..féconde  g 
parcç  qu^l .auroit  fallu  fe  f(>ufioç«re  i 
payqr  z^  faipt  ûég^  quarante  l^iti^iU 


L  o  u  ï  s     XII.       i<f  j 
le  ducats  de  redevance  annuelle ,  in- 1 
dcpendamment    des  frais    d'invefti- ann.iïio. 
ture.   Ferdinand  vouloir   que   cerre 
inveftiture  fur  pour  lui  &  fes  def* 
cendants,  quels  qu'ils  puflfenr  erre  , 
fans  aucune  mention  des  droits  de 
la  France  ni  de  Germaine  de  Foix  ;  il 
vouloir  l'obtenir  fans  rien  débourfer  : 
enfin  U  prétendoic  changer  la  rede- 
vance des  quarante-huit  mille  ducats 
en  un  préfent  d'une  haquenée  blan- 
che \  èc  un  fecours  de  rrois  cents 
lances  auxiliaires,  enrretenues  pen- 
dant trois  mois  dans  toutes  les  guer- 
res que   le  pape  auroit  à  foutenir. 
Quelque  préjudiciable  que  fur  cette 
demande  aux  droits  du  faint  (iége , 
il  étoit  trop  rard  pour  la   rejetrer  : 
déjà  Jules   avoir   fair   paflTer   vingt- 
deux  galères  Vénitiennes  de  la  mer 
adriatique    dans    la^  méditerranée  : 
elles  avoieut  relâché  dans  les  ports 
de  la  Sicile  Se  du  royaume  de  Na- 
ples ,  où  Ferdinand ,  un  des  princi* 
paux  membres  de  la  ligue  de  Cam^^ 
orai,   &    qui   étoir   roujours  cenfé 
en     guerre    avec     la    république  ^ 
pouvoir  les  arrêter ,  les  chargée  de 
troupes  Efpa?noles  ,  &  les  ^conduire 
droit  à  Vernie  :  ainli  la  aéceflité  ^  des 


1^4     Histoire  de  Frakcb. 
promefles    fans"  nombre  de  la   part 
ANN.ifio.de  Ferdinand,    refpérance  de   pro- 
curer au  faint  (îége  un  dédommage- 
ment très-confidérable ,   en    y  réu- 
niflant  le  duché  de  Ferrare ,  le  plai- 
fir  de  donner  une  morciâcation  fen* 
fible  au  roi   de  France ,  décermine- 
renc    Jules  à  tout  accorder.  Louis 
s^pprit  par  ce  dernier  trait    à  con-- 
noitre  Ferdinand  ;  mais  faifant  atten- 
tion aux  forces  de  terre  &  de  mer 
3ue  ce  prince  avoir  alors  en  Italie» 
reprima  fa  colère ,  parut  fe  con- 
,        tenter  des  mauvaifes  raifons  que  lui 
allégua  i  ambaffadeur  d'Efpagne  pour 
juftiâer  la  conduite  de  fon  maître» 
6c  des  proteilations  aùffi  frivoles ^u'il 
lui  fît  de  ne  rien  donner  au  pape  au-»- 
delâ  de  ce  queportoientles  termes  de 
l'engagement.  Tout  fon  reffentiment 
tomba  donc  fur«, Jules,  cpii  ne  s'en 
mettoit   plus  en    peine ,    qui  prit 
même  plaifir  â  le  provoquer  par  un 
procédé   beaucoup  ,  plus  odieux  en- 
core* 
Premiers      Soupçonnant   le  motif  qui  avoir 
hoftilités  de  amené  à  Rome  les  cardinaux  d'Auch 
U^FÎanc^?"^'&  d' A Ibi,  parents  ou  créatures  da 
Foiutta.   feu  cardinald'Amboife ,  Jules  fit em- 
4!tn.  prifonner   le    premier  au    chateaa 

Saint- Ange  , 


Louis    XII.        idf 
Saint- Ange ,  fit  appliquer  à  la  que^ 
tîon  quelques-uns  de  fes  domefti- Ann.  i^io. 
ques  ,  dont  il  ne  tira  pas  tous  les    Bemhe. 
cdaircif&ments  qu'il  fouhaitoit ,  &  poIftZL'^ 
traita  vrâifémblabiement  d'une  mar     ^^^''"^  ^ 
niere  plus  atcoce  le,  cardinal  d'Albi;  ^^«"-^^{• 
car  au  bput  de  qjielqu^s  jours  ^  c^ 
cardinal ,  qui  fe  portoic  bien  ,  mou- 
rut Tubirenieut  à  Ronie ,  &  tout  le 
monde  crAt  qu'il  avoir  été  cnapoi-  , 
fbnné  :  les  am  baladeurs  Frauçoiss 
fans  être  cpnftitaés  prifanniers  ,  re-  - 
curent  ;pie  dicfcnfe  expreflê  d'cccire 
aucunes  lettres  en  France ,  fans  les 
avoir   .auparayant    comniuniquces  ». 
Dirai' j fi  a  fa  faimtU  ;icxn  un  am- 
l^fladeur  de  l'empereur  ,  ou  àfama' 
lignite, >  Douze  galères  Vénitiennes 
s!éiant  jointes  à  celles  du  faintiîege, 
fur    Lefquelles    s'é^oienr    embarqués 
Oàavien  Frégofe  &  Jérôme  Doria , 
>s!apffrocherent   du   pprt  de  Gênes, 
tandis  qu-i^ne  armée  de  terre  j  comr 
mandée  par  Marc* Ancoine  Colonne ,'  ' 

s.îçvançoit  jusqu'aux  portes  de  la  ville, 
faii^nt  retentir  les  mots  de  peuple  & 
de  likerUy  fi  doux  à  des  oreilles  ré- 
publicaines. Cependant,  â  leur  grand 
étonnement ,  perfonne  ne  répondit 
dans  la  ville,  l^ouis  de  Fiefque  &  le 
Tome  XXII .  Al 


i(f(?    Histoire  ht  FiiaikJe. 
marquis  dé, Final  y  avoient  fait  en* 
4)fNf  xfio.  ^^^  ^^^  cetits  hommeis  dts  inUices  : 
la  fortcireflTe   de  Codcfa  ^   fituée   à 
l'entrée  du  port ,  foudrbyoir  les  ga- 
lères qui  ofôieflt  approcher.  Les  en- 
Mmk  rôjànt  qa^ils  pe^rdoient  leur 
temps  dtvaht  la  capitale  »  allèrent 
Siltâquer  dé  cëfitttt  le*  places  dçs 
deirit  rivières  :  ils  s'étoient  emparés 
de  la  Specîc  i  &  marchôtent  a  Sa- 
vonne ,  lôrfc^lfils  apprirent  que  Ta-r 
mirai  Pré|éaii  dé  Bitâoux  d'une  f^rc, 
&  de  r^a^rre  YVe^  d'Alegrê  ^s*àvan- 
^oteht  pour  les  combattre  :  ils  pri- 
rent h  fuite  iiyec  ^:ânt  dé  précipi- 
tation,  que  Colonne  perdit  tous  fes 
bagages.  O^ns  le  temps  que  ces  deux 
ftnnéeîs  menaçoieni:  les  c^res  de  Gè- 
i>es  ;  la  grande  ariwée  du  pape ,  com- 
riiati^çe  par  fe  dtie  d'Urbin  fon  ne- 
veu ,  &  pat  lé  cardinal  de  Pavie , 
etitroit  fur  les  térrç^s  du  dn<:  de  Fet- 
rare  ^  où  èlf^é  s'çmpafa  fans  réfiftance 
de  Lùgo  3c  dé  BsEgnacavalb»  Jules , 
gui  aurott  da  ftitê  précéder  tes  hbf? 
nilités  par  m\p  déçkratioii  lie  gofer^ 
re  ,  attendoit  k  npuvelle  de  ce  prç* 
ptier  fucçès  pour  fulminer  une  butté 
d^ns  taqueUé  il  irappellpit  tous  les 
jTi^/çc^  4ç  pl*ipfé$  ^tte  îç?  ducs  dç 


1 


L  o  u  i  i    XII.        2^7 

Ferrare  avoient  dotmés  au^faint-fiege } . 

recherchoit  la  conduite  d'Alfonl^s ,  Ann.  uio. 
depuis  qu'il  écoit  monté  furie  trooe  { 
l'aecttfoic  de  cruauté  ^  de  perfidie  \  le 
déclaroit  déchu  de  tous  ies  dfoits ,  ^ 

excommunié  »  profcrtt,  Ammetfanc 
à  la  même  peine  tous  ceux  qui  lui 
donneroient  aide  0!i  confeil  y  Se  afin 
que  Chaumont  ne  put  en  ignorer ,  lo 
cardinal  de  Pavie  voulut  lui  faire  no- 
tifier cette  bulle.  Chaumont  menaçai 
de  faire  pendre  aux  fenêtres  de  fa 
matfon  quiconque  auroit  laudace  de 
£é  cha^er  d'une  pareille  commif- 
fion  ;  mais  quelque  intérêt  qu'il  prit 
au  duc  de  Ferrare  y  il  ne  put  en  ce 
moment  lui  donner  que  cent  cin- 
quante lances  fous  la  conduite  de 
Châtillon.  L'embarras  où  k  trouvoic 
Chaumont  étbit  extrême  :  fa  pré- 
fence  ,  celle  de  fon  ar^née  étotent 
néceCaires  dans  le  Milanès  ,  me- 
nacé d'une  foudaine  invafîon  de  la 
part  des  Suides  :  s'il  emmenoît  tou- 
res  les  troupes ,  il  ne  pouvott  man« 
quer  d'être  fuivi  par  les  Vénitiens, 
de  de  fe  trouver  enfermé  entre  deux 
armées  ennemies  :  il  prit  donc  le 
parti  de  divifec  fès  forces ,  laiirafit 
i  l'atmée  impériale  un  fenfert  de 

Mij 


léi     Histoire  de  France. 
'  -  quatre  cents  lances  ,  &  de  quinze 

A»ii.  jHo.  cents  fantaffins  ,  fous  la  conduite 
d'AIegre  de  Préci  »  &  conduifant  le 
refte  à  la  défenfe  du  Milanès.  En 
airriyanr  il  reçue  la  nouvelle  que  doa* 
zç  mille  Suiffes  avoient  pris  les  ar- 
ides »  &  commençoient  à  s'attrou- 
per }  n^ais  il  ne^favoit  encore  df^ 
qpel  coté  ils  dirigeroient  leurs  pa^^ 
irpient-ils  par  le  yal  d'Âofte  fe  join- 
dre à  Tarmée  de  Marc- Antoine  Co-^ 
Ipnne  fur  la  côtç  de  Gênes  ?  Entre- 
prendroiepc  -  ils  4e  rraverlpr  TAdda 
pour  allei:  renforcer  rarmée  des  Vc- 
nitiei>5  ?  c^  bien  prendroient  -  ils 
la  route  de  Ferrare  pour  fe  rendra 
.  a  celle  du  duc  d'Urbin  ?  Dans  cet^e 
incertitude  ,  Ch^jumonç  fut  encpr^ 
obligé  de  fi^bdivifer  fes  foxpt$ ,  3if 
d'envoyer  5  4u  CQnfenten>eBt  du  d^c 
de  SaVgie  ,  cinq  cents  lances  à  Yvrée 
pour  fermer  aux  SuifTes  le  chemin 
d^  Gè  nés  ,  ne  gardon;  avec  lui  que 
quatre  cents  lances,  &  quatre  mille 
hommes  d'infanteriiS.  Les  Suiflibs  ne 
tardèrent  pas  à  parpîçre  :  ils  s'at- 
troupereiït  à  Bellinzope  ,  d  où  ils 
vinrent  camper  ^u  bourg  de  Va- 
reze.  Çhajumpnt  s'approcha  d'eux, 
fton  ppur  leuj:  livrer  Wïiille ,  mais 


,  L  o  tr  X  s  Xili  té^' 
pour  les  obferver  &  leur  couper  les! 
vivres.  Cette  conduite  du  général  Amn.i  s  i«»4 
François  les  jetta  dans  le  plus  grand 
embartas  :  de  quelque  côté  qu'ils  cour- 
nafTent  leurs  pas  ^  ils  trouveroienc 
de  vaftes  plaines  èc  de  profondes  ri- 
vières â  craverfer ,  &  cependant  ils 
n'avoient  ni  cavalerie  ni  pontons. 
Après  avoir  long- temps  délibéré,  ils 
envoyèrent  demander  à  Chaumonc 
la  permiffion  de  traverfer  ,  comme 
amis  Se  anciens  alliés  ,  uile  partie 
du  duché  de  Milan  ,  pour  aller  .^ 
difoient  -  ils  ,  fervir  TEglife.  Cetco^ 
demande  fembloit  annoncer  le  pro- 
jet de  marcher  à  Ferrare  ;  cependant 
dès  la  niiit  fuivante  ,  ils  tourneredt 
vers  les  terres  de  Venife ,  marchant 
fort  ferrés  par  des  fentiers  efcarpés 
&  difficiles  ,  où  la  gendarmerie  ne 
pouvoir  les  atteindre  \  mais  toujours 
harcelés  par  les  troupes  .léger  es,  qui 
les  obligeoient  à  chaque  inftant  de 
s'arrêter.  Epuifés  de  fatigues ,  mou- 
rant de  faim  ,  ils  parvinrent  juf- 
qu'aux  environs  de  Con^e ,  où  l'é- 
vêque  de  Sion  ,  leur  premier  capi- 
taine ,  leur  avoir  fait  efpérer  qu'il$ 
feroient  joints  par  la  cavalerie  des 
Vénitiens.  Indignés  qu'on  leur  m^j*-, 

M  iij 


ijo  Histoire  de  Fràkce* 
quâc  <le  parole  ,  ils  reprirent  le  che-^ 
Akk.isio.  tnin  de  leurs  montagnes,  fans  gloi- 
re y  fans  fokie  ,  fans  bmîn  ,  avec 
perte  d'environ  deux  mille  de  leurs 
compagnons  ,  maudifTant ,  dans  leur 
ame  ,  le  pape  ,  1  evêque  de  Sion  , 
&  les  Vénitiens ,  &  commençant  â 
fe  repentir  de  leur  rupture  avec  la 
France. 

L^  Vénitiens  ,  pins  attentifs  4 
réparer  le«rs  pertes  qu'à  contenter 
leurs  alliés  »  avoient  déjà  repris 
Montagnane  >  le  cl^ateau  dxft  ^ 
Montfeiice  ,  Maroftica  ,  Vicence  , 
Se  tout  ce  que  les  François  &  les 
Impériaux  réunis  ,  leur  avoient  en- 
levé pendant  la  durée  de  cette  cam- 
pagne ,  à  la  réferve  de  Lignano  , 
aue  le  capitaine  la  Crotte  dcfen- 
ooit  avec  une  forte  garni fon.  Maî- 
tres de  la  campagne  ,  ils  avoient 
choiCi  un  pofte  avantageux  prefqu'â 
égale  diftw^nce  de  cette  ville  &  de 
c^elle  de  Vérorve  ,  d'où  ils  reffèr- 
toîent  les  courfes  des  garnifons  de 
ces  deux  places .  empêchant ,  â  Taide 
de$  payfans  ,  toujours  attachés  â  la 
t^puolique  ,  qu'il  n*y  entrât  de  vi- 
bres ,  &  fe  promettant  de  les  réduire 
iuMtôt  pas  la  f<imine. 


t o  tr  t  $  Xîl.  4ti 
!ta  grat>4e  armée  du  pape  »  cona-  _ 
toandce  par  le  duc  d'Urbin  ,  tem^^^j^^  j^^^^j^ 
inucîlemenc  de  pénétrer  dans  le  du- 
ché de  Ferrate-  Àlfonfe  &  Châcil- 
ioa  robligerent  de  recoller  ,  &  lui 
enlevèrent  quelques  pièces  d'arciiler 
rie  :  mais  tandis  qu'ils  ocçuppienf 
toutes  leurs  forcer  a  couvrir  les  pla- 
ces 4e  ce  duché  ,  ils  dégarnirent  b 
Modénoi^  »  Air  lequel  b  pape  ne 
pouvoir  fortifier  aucune  prétention  ^ 

£arce  que  cetoit  un  fief  de  l'empir^^ 
e^  Rangqni  ^  famille  jpuiiTante  d# 
Modene ,  &  ennemis  lecretts  d^Alr 
fonfe ,  invitèrent  le  duc  d'Ùrbin  | 
fm  approcher  >  8clm  ouvrirent  un# 
des  pprtes  de  la  viile*  Çetfe  çonr 
^uèce  auroit  été  dç  peçi  de  du«4e« 
h  Cbaui:ti0&f  »  d^*a  dâiiiarraiTé  de# 
SuifTes ,  eût  pu  marcher ,  comme  c'4^ 
(toit  (ofï  projet  »  au  fecpurs  du  duc 
df  Ferrare  :  maift  les  fâcheufe^  nou- 
velles qu'il  reçut  de  Vérpnè  9ç  de 
JLigna^io  ,  bloquées  par  l'ara>ée  de$ 
Véuitiens  ,  Tobligerent  jà  coi^rne): 
iotis  fes  eâbrts  de  ce  coté,  A  A>]t| 
approche  ,  les  Vénkieus  ,  quoique 
Supérieurs  eo  nofyibre  »  fe  retirereiaiC 
du  c6ré  de  Padoue  :  il  nkmhk 
ies  garniibus  de  ces  d^ux;  plaças  ^  y 

Miv 


lyx  HisToiRB  DB  Francs. 
fit  entrer  àts  munitions  ,  &  les  mit 
AMN.ifio.  hors  de  danger.  Au  momem  où  il 
croyoit  pouvoir  s'en  éloigner,  il 'ap- 
prit que  les  knfquenets  s*étoiénc 
ibalevés  contre  Tevcque  de  Trenre 
&  les  autres  lieutenants  de  Tempe- 
rear  ;  qu*ils  les  tenoient  affiégés  dans 
tine  des  fortereffes  de  Vérone  ,  & 
menaçoient  de  les  charger  de  fers  , 
jufqu'à  ce  qu'ils  Yuflent  payés  de- ce 
qui  leur  étoit  dû.  Cette  fédirion  , 
qui  devoir  entraîner  la  perte  de  Vé- 
rone, ne  put  être  appaifée  qu'ê  par 
de  Pargent  :  il  falKit  que  Chaumonc 
fatisfît  à  toutes  les  demandes  de  cette 
foldatefque  effrénée  ;  qu'il  fe  rendît 
caution  qu'ils  feroienc  payés  cpcafte- 
inént  à  Pavenir  ,  fans  quai ,  ils  euf- 
fent  pris  "le  parti  de  ïôtourner  en 
^  Germanie, 

îmbatraf  .    jj  ^^^jj  ^^^^q  p^^j  Louis  de  fe 

de  Louis,  &  ,  i    i     *         i  •  i.  j> 

mcfures  qu'il  trouver  Chargé  de  tout  le  poids  d  une 

fc7al?uTcs!8"^^*^^  ^"^  '  ^^P"*^  P'"^   d'un  an, 

Guicckar-^^'^^  regardoif.  plus  ,  &  dont  ilne 

diru  pôuvoic    fe    promettre    aucun    pro- 

z^s^^xn.^^  :  il  rétoit  encore  davantage  Ide 

Ji/tf««/tf.<fcc0nfidérer  qu'en  s'épuiCan^t  pour  un 

**Fenon.     P^^<^e  <\^i  taifoit  Cl  peu  d'effofts  de 

£<Uar^     foncôté,  il  perdoir  fes  alliés ,  aug- 

menioit  le  nombre  de  fes  isnii/euiis. 


L  o  \7  I  s    XIL  .    77} 
&  s*expofoit  à  des  affroftts  qu'il  nç  ■    - 

lui  étoit  plus  poffible  de  fouffrir  ni  Ann.  mm)* 
de  dirfîmujer.  Le  droit  des  gens  viole 
en  la  peffonne  de  (es  ambaflTadeurs  > 
les  Génois,  Tes  fujets^  appelles  à  la 
révolte  ,  des  hoftilités  commencées 
fur  les  terres  de  Ton  obéiflaoce.,  fans 
pucune  déclaration  de  guerre  ,  les 
foudres  de  TEglife  lancées  dans  une 
affaire  purement  temporelle,  &  coii- 
tre  un  prince  qui  n'avoir  encouru  ^ 
cette  dilgrace  que  pour  n'avoir  pas 
.voulu  féparer  fes  intérêts  cj^.ceux  de 
1^  France  ,  l'excitôient  yiplemment  " 
à  fe  venger  :  d'autres  motifs  non 
moins  puiffants  le  retçnoienr  :  la 
répugnance  qu'il  avoir  à  fq.  déclarer 
l'ennemi  d'une  puilfançe  qi)e  fes  piér 
décefleurs  avoieut  fondée  „  &  auj 
yexioit;  lui-mêftie  d'enrichir-  :  les lari 
mes. d'Anne  de  Bretagnis^  princeflTe 
plus  dévore  q,u'éclairée  ;  qui  croyoii 
qu'on  ne  pouvoit  erre  enfanr  de  l'E- 
glife  &  faire  la  gu^erre  au.. pape  ,  & 
qui  conjuroiç  fon  .fparii,^^!  perfiff 
toit  daiis  ùpe  entreprife  funejfte ,  do 
np  pc^s  vouloir  duTRiQijis,ry  aÇTpçier  ; 
If  crainte  d'indifpqfer.  comte  lui  mi 
pfCrtie  de  fes  fujets ,  qg,i  penfoient 
fjpmniç l jtrçipe^.Çc f^r-sqqr  If  premier 

M  v  *     ' 


1^4       HlSTOIRB    DB   FaÂKCB. 

S  ordre  de  TEcac  ,  toujours  (l  puifTant 
Amn.  ifi«.  fur  refprit  de  la  mulcitude,  accaché 

!iar  Ton  ferment  an  chef  de  Téglife  : 
es  démarches  Aifpeâes  du  foi  d*An« 
glecerce  »  qui  »  bien  qu'il  proteftât 
encore  de  vouloir  obferver  les  trai^ 
tés  ,  époufoic  avec  chaleur  les  inté-* 
têts  «du  pape  ,  achecoit  des  armes 
en  Italie ,  prètcit  des  troupes  à  Fer« 
dinand  fon  beau -père,  8c  venoit  de 
conclure  avec  lui  une  force  de  ligue 
ofSstffive  8c  défeniive  :  enfin  le  peu 
de  Ibnd  qu'on  pouvoir  faire  fur  Ma* 
lioiilien  »  prince  défiant  ,  vénal  8c 
fans  caraâere.  Déjà  Ton  fe  fetvoit 
de  fon  nom  pour  foulever  les  Gé* 
aois  êc  armer  les  Suiflès  y  déjà  Ton 
piibiioic  qu'il  entrerait  i  année  Jtii<- 
vance  en  Bourgogne .,  pendant  que 
fautes  les  £:>Fces  de  la  France  fecoient 
occupées  en  Italie.  Avant  que  de 
preod«e  un  dernier  pacti  fur  vmé  af* 
tàiiDe  û  <léli€ate ,  Louis  crut  devoir 
envoyer  un  nouvel  an^adTadeur  aa 
fape^:  maïs -comme  il  ne<e  promet- 
<oit  pas  'Un  grahâ  Succès  de  cette  dé^ 
rnavche  ,  il  convoqua  «nte  j^em- 
,  Uée  de  fËgUfe  Gallfcane  ,  &  faî- 
fam  lenrîr  à  Maxiraiflien  la  néceflité 
d*4ippo&f   une  £(x«e  ^ai^rtere   «ut 


cntreprifes  xixoéxmt^  du  fSI'^jé^  y,& 

«le  mettre  fax  ï  des:  abas;^ni:lF£tb>  Ah«.  >$>/)» 
rope  £s  ^laignoéfit  xl^puU  long  f  eteps  ^ 
îl  bii  'demanda  fi  âaxrs  noe  araire 
<]ai  le  concerhou  ^îreâbémiini:,  f^âîA*  ; 
<]u'elle  oe  féodotc  qu'à  jempedijer 
l'exécutioB  de  la  ligue  d^  iGaadsfiai  ^ 
il  ne  fenoic  pas  >dL%jo(é  dieiwojjsr  né 
ou  plufieuTS.  mîhiftras  obargés  d« 
procuration  pour  aflSSfirr  i  i'kfr^m-- 
t>lée  de  TEgme  <Sâltiisaiie^  asccédec 
aux  céiblutions  qu'on ^y  pr endroit^ 
&  concerti^r  teîi  fiomitiua  m  mojreni 
•àt  h^  4xk^xxxt;\  piecnjxoetiic^t  i  ;  exéi- 
<cucion..  rç:-  t  :.i  ,  .o.  ;  .  :  1  ■•  . 
i  jb'aodidlàdéiFiqn&jLpuis  èbvoymc 
aU'ipape;  4  '^s^bmt "-  6ûf  jsccDmpsgcm 
dfj  iceux  iée  âavxne  Jk  làt  jFlorence  9 
&  s'icdnc  isÈfiRiré  des  :4îr{iafinofis  pa«> 
têAqaes  id)ua  IgctaDd vvioiniirç  «iè  car-  / 

dinpux  ^'idëlnarkcla'qaeife  ^pape  niSc  \'  "'^ 
jMPdtben^  iëxifDdiiiiilid'i&oclr:^  daae* 
^tdas/<affa»tes^rfoâ)â  JUiiae  ;  qu'il 
«ér^dqa&a  W>ceaii^re8!<)ancées  xontre 
J^idâiê^de  Febrade  ^j  qu'il  œfsât  xout^ 
«vwes  •  de  êoi ;^  &  qu'il  s'en  rapport- 
iâpi(ai;::oei&  déiDciéi  avec  i^epiiftce'^ 
i^la^  d^âoniide;  quelques  arbitres 
défintéreâtSé.  ^iiule^/ ,  a^eci  )fa  .jfiefté 


ly^         Ï&STOIRB   HE  ^KAUcr. 

que  le  roi  retkic  fes  troupes  du  dir- 

iAnn.  ifio.  <5^c  de  Ferrari  j^' qu'île  rendît  la  Ir- 
bercé  aax  Génois >,.&:::qa il  lui  fît 
facisfaâion  far  la  fucceflion  du  car- 
dinal d'Amboife  ,  qui  étant  prove- 
nue  des  ^eniets  eccléfiaftiques  ,  de-^ 
voit  appartenir  au  faint-'ïiege.  Lamr 
èaf&deur  de  ¥torence  ,  ayant  voulu 
appuyer  la  demandé  du  roi.de  Fran*- 
■ce  ^  fut  ïî  mal  reçu  ,  qu'il  j-enfuit 
ièctétemenc  de  Rome  :  le  niiniftre 
4u  duc  de  Savoie  ,  qui  ofFroit  la 
médiation,  de  fon  maître,  ftu  traité 
^eipion  y^ctunrgé  dq  f«r5/^(&  «appU^ 
que  â  la  queftion.    Les  cardinauxo^ 

Téfblurent  de  pôrbàcerdecta,  première 

^ccafion  pour  :Xe  mettre  £n  liborrii; 

-elle  ne  tarda  pas  â  fe*pcéfet^tec^  r-^ 

Kctfaite  ae     Juks  ^  '  buic  vehoit.  ^euttoter  pîn9 

juci^ucs  ^^^-^Qcon^t^entvepnft  fiird3ènçs::,=  rpbis 

jhid.       -maUiçureufe  bnktorëqiue  jà  première) 

iifjfihy  depuis .Jar.prii(«2 de. iModen^^ 

iie  recevait  ^las^xj^e  ^dcs!  /ibvty^Mes 

fâcheufes  du  camp  éa  :diic  illUrliJn  ^ 

•imputant  le  peu  de.iaccès:  dfi  fe$iaj> 

^es  à^la  né»igencê',  à  J'incxpiHem* 

ce  .,v  ou  rà  k  .mpauvaifeo volonté  î  dfe 

,Xi3S  généraux ;, .quitda  .Rome,  pdiir  > 


.  I:  o  y  I  s    XIV      â^y 

fbtme- réfoluiiôn  de  fe  mettre  lui* 
même  à  k  tèce  de  fes  croupes ,  s'il  en  ÂNN.ifio. 
^toiç  befoin ,  &  de  ne  point  s'éloi- 
gner du  théâtre  de  la  guerre ,  qu^il 
^e  fe  fût  rendu  maître  de  Ferrare. 
Jl  prit  k  rotice  de  la  Romagne  ^  &  eue 
ja  ciirîpâré  -,  ou  la  dévotion ,  de  vifirer 
l'églife  de  Notre-Dame  de  Lorette  : 
cinq  membres  ~du  facré  collège  9  fça- 
voir  ,  Bernardin  Carvajal ,  cardinal^ 
de  Sainte-Croix  ,  François  Borgia  , 
iircheyèque  de  Cçzence  ,  René  de 
-Prie  ,  évêque  de  Bây,eu;x  »  Guillaume 
JBriÀTQnnet^  cardinal  de  Saint-Malo^ 
(&  le  cardinal  Frédéric  de  Saint- Sève»- 
Tfn  y  ayant  obtena  la  permifCon  de  (e 
.fendre  à  Bologne  par  la  route  de  Tof- 
xznj^ ,  allèrent  f<?  jet^er  dans  Florence:» 
^yille  Q^tiérecpent  dévouée  aux  Fran<- 
^çoi^  ,  4ç^p^iSb  qne  par  leur  moyen  , 
rj^lie  avoit  -  recc^vré,  Pife.  Ils  y  de.-  .  ' 

jpevrereiit  long  tei^ps  ïpus  la  fauve- 
.^^e  de  Piwe  ,$oderin  »  Gonfaloa- 
^niflr.dç  la  républiqtie ,;  6c  n'en  for- 
.lacent rque.poart^ .rendre; à  Milan , 
^d'où  ilf  içpqimencftrent  â  répandre 
]^  xpanifjpftésx^ti^e  ]^,c9nduite,d^a 

-w  WstjafiiEq.c^  ^ifpojît^onsTa-^^^^^^^^^ 
«of^^JiM  ^ÇcA  ?PpeçWf^,*  a^eç^bia  ;le  Touts. 


178      HlSTOUtË   DE   VKAwfl. 

S  ^'^''J^  ^^  ^^^  royaamé  dani  la  viUè 

Ai*«.  If  10.^  Tours  ,  &  après  avoir  fait  expo- 

ffiji  tttùv.  Cet  par  fon  chancelier  les  procédés 

^i^tjL  de  ▼ioUncs  de  Jules ,  les  démarches  ina- 

!•£>/  GéiiL   tiles  qu*il  avoir  faire*  pour  Tappav- 

4rt*£f'  fefs  i»  pria  raflcoiblée  de  lui  pref- 

crîre  la  condtiite  qu^il  pouvoir  tenir 

«n  fureté  de  nronfeience  ,  pour  pré- 

ferver  (es  liifets  &  fes  allies  d'une 

odieufe  tyrannie  :  le  dergé  ftatua  fur 

Jes  buk  qoeftions  qui  lui  furent  pra« 

pofces;  que  le  roi  pouvoir  légiti- 

mjjtnent  iifér^le  fa  puiilfonee  pour 

•déliv'rer  fes  fil  jets  de  totne  ôppret 

"Çort  1  dépouiller  j^  du  tuoiiis  pour  un 

temps  ,  le  pape  des' places  ferres*, 

donr  H  ne  fe  iérvok  que  pour-troa- 

Mer  le  repos  de  fes  voifîns  r^fefeu^ 

traire  i  Ion  obâ^amce ,  ^ièn-  poiiCr 

abfoliimetit  111  on  toiires  tni?nieTes^, 

mais  ai^tant   qull'ftroît  néceffilirb 

pour  une  jtifteidéfeaft't^fc  tottfor- 

mer ,  pendant  letempis  de  cette  IcûlP» 

traâ^ion  ,    à  Tançfcmré  ^iftiplinfé^, 

dans  tousses  -cas  ou  rufage^moderAe 

Voiiloi^  qu'on' s*adref^âta<i  faint/îè- 

gfe4  qite  tôiit  c'e  ôtie% -roi  jxwivoft 

ppur  fa  propre  défpnfe  ,  il  je  itour 

. .     voit  pour  celle  de  fes  awés  { '6 ^ax- 

ti  -étoîent  ifijuftemént  %)j^j^koièyM 


Louis  XÏI.  179 
fi  leurs  intérêts  étoîent  inféparables  î 
de  ceux  de  fa  couronne  :  que  les  amn.  tsxôû 
cenfurès  que  le  pape  protionceroîc  , 
ou  auroit  déjà  prononcées  pour  des 
intérêts  parement  remporels  &^fans 
obferver  les  formes  juridiques,  fe- 
roient  nulles  8c  âc  'nu|  effet,  les 
princî paux  membres  du ' clergé ,'  plus 
"zélés  pour  les  droits  de  la  couronne 
que  le  roi  lui-même,  dèmandere« 
îa  permiflîon  de  nommer  des  dépu- 
tés pour'  notifier  au  piaibé  ïeurj  df- 
cifions  ,  le  prier  de  mettre  fin' â 
une  guerre  qui  fcandaliibit  fes  frères, 
d'artemlyler  un  Concile  général,  oô 
Ton  procéderoit  à  h  réformation  de 
TEglife  dans  fon  chef  <k  dans  fes  . 
membres  :  ils  fupplierent  h  roi  de 
vouloir  bien  ,  au  cas  que  laréponfê 
du  faint  père  ne  fur  pas  farvorable', 
porter  ^empereur  &  les  autres'  prin- 
ces Chrétiens  à  dottner  auTc  principauk 
membres  de  TEglife' ,  c'eft  -  à  -  dire! 
atlx  cardinatix  qui  $*éroient  déjà  élo> 
^trés  de  la  cour  de  Rome ,  tome  ia 
protedibn  dont  îîs  '  iiuroierit  befbiîi 
pour  indi^^uet  &  célébrer  un  poticiffe 

fétîéria! ,  à  f  exemple  des  cbndles  de 
^ïfe  ;  de  Conftance  9c  fle  Baffle.  En- 
fin ils  '^onvtnrenc  de  fc  ^raflemblei 


^xSo     Histoire  djb  France. 
iléans  la  ville  de  Lyon ,  le  premier  jour 
Ann.  If  10.  de  mars  de  Tannée  fuivance  ^  afin  de 
ftacuer  déBnicivemenc  fur  la  réponfe 
du  pape  :  ils  défendirent ,  par  pro- 
vKion  ,    de  s'adreffer  poar  aucune 
affaire  à  la:  cour  de  Rome ,  ni  d*y 
ia\re  pafler  de  l'argent  j  &  ils  ac- 
cordèrent .libéralement    au   roi   un 
4on  de  cent  mille  écus  fur  les  biens 
.^ccléfiaftiques.  -* 

PromciTcf..  L'ambafladeur  que  Maximilieit 
M^immcn^^^oi^.  promis  d^envoyer  ;  arriva  fur 
Marq.Freh.M  f^^  ^^  ^^^^^  aflemblée  :  c*ctoic 
»  ^?"';!!î, ''^  Mathieu  Lang  ,   évcque  de  Gurk 

Louis  XI/,     or  .  "        .    «n  *         .« 

p.Martir.:6ç  fon  premier  mmiftre  :il  ne  put 
de  ^ngL     ^aflîfter   qu'aux    dernières    féances  ; 
Womoiu       -mai5    ayant   eu   communication  de 
toutes    les    délibérations    précéden-' 
.tes;  ,    il  y    foufcrivit    fans    aucune 
réferv,e  j  produit  que  l'erppereur  af- 
'femtleroit  4^?  fon.  côté  TEglife  dç 
jGermpjOie  ,    &,  qvV^l   envèrroit   au 
concile  dç  Lyon  ^^  finon  tous  lés  pré- 
Jats  d'Allemaghfî„^u  moins  ceux  de 
jies  pays  héréditaires ,  fur  lefquels  il 
^yoit  pUis.  d'au^oi:ité./Il  depandà,  a^ 
^pv(^  dé  4'^mpereur  fon  ^naître,  uA 
)f ecueil  authentique  de^  mâ^cimes  fon- 
damentales de^  libertés  de  l'Eglift 
.Gallicane ,  afin  de  les  faire  .adoptée 


L  o  u  ï  s  Xll.  i8i 
pat  le  clergé  de  Germanie.  En  efFeti 
Maxicnilien  ternît  cet  exemplaire  A nm.  ifi(9. 
aux  doâiears  les  plus  célèbres  ,  aut 
eccléfiaftiques  les  plus  éclairés  de 
fes  £tars  »  qui  cou$  célébrerîenc ,  d 
Tenvi  ,  les  viies  bleâfaifantes  d'ùix 
(i  généreux  monarque  9  &  le  nom^ 
moienc  déjà  le  libérateur  de  la  pa- 
trie i  ils  s'emprefTerenc  de  publier , 
fous  le  titre  de  gtiefs  de  la  nation 
Germanique  ,  une  lifte  des  abus  les 
{>lus  criants  de  la  cour  de  Rome  ^ 
auxquels  ils  crdyoient  qu'on  alioit 
repédier.  Mais  tel  eft  le  malheur 
des  Etats  où  rimérèt  du  fouverain 
eft  différent  de  celui  des  fujets  ; 
rarement  on  s'y  occupe  long-^emps 
de  ce  qui  ne  touche  que  leurs  in- 
térêts. Maximilien  n'avoit  alors  pout 
objet  que  de  slnfinuer  de~  plus  en 
plus  dans  la  confiance  du  roi  ,  & 
aintimider  le  pape  -y  il  ne  fit  pas  at- 
tention ,  fans  doute  ,  combien  il  eft 
inhumain  y  combien  il  eft  même  dan- 
gereux de  faire  fentir  â  un  peuple 
les  maux ,  de  lui  en  montrer  le  re-  ^ 
mede^,  quand  on  n'a  pas  un  défît 
fîncere  de  le  foulager  :  au-refte  il 
paya  cher  cette  démarche  indifcretej 
dans  ces  mêmes  «écoles  qu'il,  reoah 


lit      HiSTOfkE    DE   S'RANéÉ. 

pliflbit  de  fermentation  ^  s'élevcik 
Amn.  If  10.  çès'lors  le  fameux  Martin  Luther  » 
qui  j  tout  obfcur  qa  il  étoic ,  devoir 
porter  une  fi  luoe  atteinte  à  fan 
Mtorité, 

Après  avoir  terminé  ce  qui  re- 
gardoit  le  concile  ,  Mathieu  Lang 
entama  dans  des  conférences  par* 
ticulieres  le  véritable  objet  de  fon 
ambaÛade  :  l'empereui  »  toujour$ 
dans  le  deflèin  de  s'iafinoer  de  plus 
en  plus  dans  la  confiance  du  roi  , 
demandoit  que  b  ligue  »  ou  runioti 
qu'ils  avoient  contraâée  à  Cambrai  » 
s  étendît  non  -  feulement  â  toute  U 
durée  de  leur  vie  »  mais  encore  à 
cells  de  leurs  fuccedèuc^  reCpeékih 
fur  le  tr^ne  de  France  &  de  Gerr 
manie  ;  qu'elle  fur  non  plus  fîm^ 

Îlement  une -alliance  de  fouveraia 
fouverain  »  mais  de  màifon  à  mai*- 
fon  ,  de  peupb  à  peuple  :  ce  que 
Louis  accepta  avec  joie  >  np  fachatKt 
encore  ou  abgutîroit  ce  début.  Ma- 
ximilien   vouloir  que  Louis  ne  fe 
bornât  plus  à  lui  fournir  ,  comme 
.auparavant  »  un  corps  auxiliaire  de 
cinq  cents  lances  &  de  quatre  mille 
piétons  y  entretenus   pendant   trois 
Kois,  mais  une  avnée  entière  ,  telle 


Louis  XI  L  285 
que  la  France  avoir  comume  de^ 
l'entretenir  dans  les  guerres  qui  la  Ammt.  i$i9« 
concemotent  direôenient  :  qae  ceitef 
armée  ,  payée  &  nourrie  aux  ûm 
du  roi  y  reftâc  far  pied  Se  fans  pten* 
âte  de  quartiers  d'hiver  ,  tant  ^ne 
dureroit  la  guerre  d'Italie  :  qu'in-- 
dépendamment  de  cette  armée  de 
terre ,  il  équipât  une  âotte  capable 
de  porter  la  terreur  à,  Venife  »  & 
tié  retenir  toutes  les  forces  de  la  ré-r 
publique  à  la  défenfe  de  fes  foyers. 
Maximilien  s*excufant  toujours  de 
prendre  aucmi  engagennent  fur  le 
nombre  &  la  qualité  des  troupes  qu'il 
.fbuj;niroit  de  ion  cêné ,  avant  la  tenuls 
des  diètes  de  l'empire  &  de  fes  Etats 
héréditaires  ,  qui  dévoient  incef^ 
fatnment  s*afletnbfcr  ;  mais  promet- 
tant de  faire  au-delà  de  ce  qui  fe- 
roit  humainement  poflible  ,  «xigeoit 
que  le  roi ,  qui  n'avoir  point  les  mê- 
mes ménagements  à  garder  vis-â-vis  " 
de  Ces  fujets ,  prît  dès- lors  des  en- 
gagements  fixes  y  indépendants  de 
tout  événement ,  &.  for  lefquels  on 
pût  compter,  Louis  ,  fi  fouvene 
trompé  par  les  belles  promeffes  de 
l'empereur  ,  quelque  envîe  qu'il  «ûc 
d'ailleurs  de  terminer  promptemenK 


lS4      tllSTOlRE    DE    pRANdE. 

cette  guerre  ,  ne  voulut  prendre  qee 
Ann.  ifio.  ^^^  engagements  condirionhels  ^  ou- 
tre   une  flotte   do^  fix  v^tflTeaax    de 
guerre  qu*il  devqit  joindre  à   celle 
des   autres  confédérés   lorfqu'il    en 
feroit  requis  ,  il  s'obligea  d'enrre- 
ttnir  à  Tes  frais  ,  pendant  tout  Vété  ^ 
mille  ou  douze  cents  lances ,  dix  ou 
douze  mille  hommes  d'infanterie , 
avec  un  ttain  formidable  darrilU- 
tie ,  au  cas  que  Maximilien  en  four- 
nît à -peu -près  autant  de  fon  côté  ; 
&  fi  l'empereur  vouloit  paffer  lui- 
même  en  Italie  ,.&  prendre  le  com- 
mandement de  {es  troupes,   Loms 
sofFroit  d'y  pafler  en  même-temps, 
â  la  tête  de  toutes  lés  forces  de  fon 
royaume  j  de  le  mettre  en  pofleffion 
des  cinq  ou  fix  places  que  gardoient 
encore  les  Vénitiens  j  de  le  conduire 
â  Rome  j  de  lui  foumetcre  l'Italie 
entière  ,  à  la  réferve  du  Milanès, 
de  la  Tofcane ,  ôc  des  Etats  du  duc 
de  Ferrare  ;  enfin  de  4e  rendre  U 
plus  puijfant    &   /r  plus   triomphant 
empereur  que  V Europe  tut  admiré  dt^ 
puis    CharUmagne.     Quand    on  fait 
attention  à  la  candeur  &  à  la  fr&n- 
chife  de  Louis  ,  on  ne  peut  guère 
jdouter  qu'il  n'eût  tenu  parole  ;  Ja 


Loiris.XIÏ.       185 
malice  de  fes  ennemis,  rindécifion^ 
Se  les  lenteius  cternelles  dç  Maxi- j^nn.ijio, 
milieu  ,  pcéferverenc  la  France  d'une 
partie  des  malheurs .  où  Talloic  pré- 
cipiter Tindifcrete  géniroiité  djp  fon 
tpu 

Marguerite  d'Autriche  ,  qui  avoir  in«'«g>»«<* 
éjte  1  agent   prmcipal  du   traite  de  d'Autriche  « 
Cambrai  »  fi  fayorable  à  fa  cnaifon ,  §o^J«'«f»«« 
fismbloit  devoir  mettre  toute  fa  gioi-  *^*J*^  ^ 
re  à  en  aiTurer  Texécution  :  mais  Zoui^  x//, 
comme  elle  n'avoit   fait  que   fui-^^^^"'* '^*'* 
V4:e  en  cela  les  tmpulfions  de  Fer-* 
dinand  ,  qui  trouvoit  fbn  avantage 
dans  ce  traité  ,  elle  continuoit  en«- 
QOtre  dp  l'écouter  dans  un  temps  où 
U  ^voit  iniiérêc  die  le  rompre^   Le 
principal  objet  de  la  princeffe  avoir 
été  d'alTurer  la  tranquillité  des  Etats 
de  fon  pupile  ;  de  recouvrer  les  pla- 
ces des  Pays  Bas ,  que  le  duc  de  Guel- 
dres  avoir  enlevées  ,  &  de  fufciter 
ti^nt  d'affaires  à  Louis ,  qu'il  fe  trour 
v4t  forcé  de  facrifier  cet  utile  alKé.  > 

JgHe  '  avoir  riuiH  dans  la  première 
partie  fie  fon  plan.  Louis  avoit  for* 
c.é  (on  protège  de  pofer  les  armes  > 
de  fe  dépouiller  de  les  conquêtes ,  en 
lui  promettant  la  reftitution  de  quel-r 
qçes  terres  que  li^i  retenoit  la  mair 


^9S     Histoire  de  France. 

1  fon  d'Aacfiche»  &  la  jouiflknce  cnui'^ 

ÂMN.if  10.  QuUle  àe  tes  Ecacs.  On  aTOÎc  nommé 
aer  coninsîflaires    poar   régla:    les 
limites  :  on  étokf  oonTena  da  ceoips 
&  du  liea  où  ik  s'afTeoiblerDienc. 
Marguerite  avoic  obcena  des  délais  ^ 
Se  avant  qatls  fia^nc  expirés ,  les 
intérêts  de  l'Europe  étaient  changés  : 
f  erdinand  s'étoit  réconcilié  avec  la 
maiibn  d'Aumche:  Henri  Vlll  étoic 
en  iqaelque  forte  entré  dans  U  même 
maifon  ,  en  arrêtant  te  mari»ge^  de 
la  plus  feone  de  fes  femts  avec  Tar- 
driduc.  De  tous  les  arbitres ,  il  n'en 
reftoit  plus  qu'un  fur  qui  Ckaries 
d'Egmond  p&t  compter  :  c'étoit  le 
roi  de  France  y  encore  Mixrmilien 

Erétendôit-il  l'exdure  »  ou  intervenir 
li  même  comme  arfaitie  dans  la  dé^ 
cïiîon  de  cette  affaire  qui  lui  étoît 
peribnneile.  Comme  des  prétentions 
fi  létranges  pouvotent  révolter  & 
le  duc  d^  Gueidres  Se  le  roi  fon 

f)rateâ:ear ,  Marguerite  encretenoit 
e  premier  de  lefpérance  de  lut 
faire  époufer  une  dé  les  nièces ,  &  de  ^ 
tranfig^r  par  le  comrat  de  mariage 
fur  cous. leurs  différents  :  eliecâchoit 
de  fe  ménager  la  confiance  du  fe^ 
coud ,  qui  lui  déclaroit  dans  toutes 


L  6  ti  I  s  XII.  1S7* 
fè^  lettres  ^iidU  imtUcfieondt  per^  • 
Jhnm  du  monde  fà'U  aimpir  le  P^Anï<.  iji©, 
ttndnmtm  ;  ^u'U  voùlou  ahMum§m 
uiArafftt  fa  coufint  ,  /à  valait  ,  fa 
prtmkrt  maklf^c  ;  bd  tappelUr  ht 
jeux  de  Uur  enfdnce  ,  &  apris  ravoir 
fah  rdfUgLT  de  fis  ecqueètefies ,  lui  jù^ 
rèr  une  itemetté  tmdteffe.  Tandis 
i|u*eliê  recevoir  ,  qu'elle  ptovoquoit 
même  ces  galanteties  ,  elle  incri« 
guoic  en  Angleterre  ,  en  Efpagne  ^ 
en  Suiflfe ,  i  Rome,  &  en  Allemagne  ^ 
pour  fiifciter  à  Lems^  des  ennemis ,  ' 
du  jposr  Itii  dérober  des  itiiiés.  Enfin ,  - 
Jèrlqu'etie  cttic  aitoir  amené  les  cbo« 
fès  au  foint  cme  ce  tnonarqtie  ne 
pouvoir  plos  }  fans  un  extrême  dan- 
ger ,  fé  léparer  de  Tempereur ,  elle 
rompit  avec  Charles  d'Egmond  d'une 
manière  i'nrafk^te  poitr  la  France  ; 
après  îtii  avbit  fiifcitc  potM:  enne- 
mi révêque  d'tftrecht  i&  4e  priàce 
d*rfelfteitt ,  on  arrêta  piw  fes  ordres 
un  gentilhomme  Fraî^çois  du  nom-^  ' 
bre  des  penfionnatres  du  roi  ^  £c 
quelques  autres  olfidists  du  duc  de 
GueMreis  ,  qu'oh  fit  expirer  fur  U 
roue  ,  comme  des  htalfaîteurs  &  des 
larrons.  Charles^  d*Egmond  t^e  pî)i>- 
y^nt  o^tet>ir  de  fatisfa<lion  de  cette 


i88    His-roi&H  DE  F&AMCE. 
^_^__  offenCe ,  &  voyant  qae  s'il  la  laiflfolc 
Autx.  If  10.  impunie  ,  il  perdroic  infailliblemenr 
la  confiance  de  cous  c^ux  qui  lui  ref- 
toienc  attachés ,  arma  fecrétemenr  ^ 
Se  s*empaj:a  de  1^   forte    place    de 
Harde  wiçh.  Ceft  pu  Marguerite  Tat- 
tendoit  :  car ,  déravpuant  la  p,rçmierc 
yiol^Bce  qu'on  lui  reprocboit  »  ell^ 
voulut  faire  pafTer  le  duc  d'Egmond 
pour  infra^eur  4e  la  paix  ,  exigeant 
que  le  roi  l'abandonnât  3  qu'il  con- 
tribuât même  à  en  faire  jultiçe  ;  1^ 
duc,  de  fon   c&cé  ,    offrit  de   re^ 
mettre  la  place  aux  o$cierf  de  l'ar^ 
chiduc  ,  dès  qt^'oç  lui  aiiroit  rendu 
les  terres  qu'il  réclamoit  ;  réglé  içs 
limites  de  (§s  Etats ,  Se  puni  exeni* 
plairemenr  les  officiçrç  des  Pays  Bas 
dont  il  avoit  à  fe  plaindre-  On  crut 
quelque  temps  à  Ut  couj;  de  France 
que  cette  a^a^re  (ourneroit  en  né* 
gociation  ,  &  s'arrangeroit  à  l'amia* 
ble  ,  tant  01^  connoiflo^r  mal  cette 

1>rincefle.  Déjà  fûre  d'être  appuyçe  par 
es  rois  d'Efpagne  Se  d'Angleterre, 
elle  vouloir  que  Louis  abandonnât 
U  défenfe  de  fon  allié;  ou  s'il  sobf- 
tinoit  à  le  défendre ,  elle  fe  propofoit 
de  porter  fon  père  à  fe  réconcilier 

pour 


L    O   t7    1   s       X  II.     '       2Î 

pour  un  temps  avec  les  Vénitiens  ^ 


^      &  le  pape  ,  à  former  une  ligue  de  Ann.iîio. 

i      toutes  ces  puiffances  contre  la  Fran- 

l      ce  ,  qui ,  attaquée  par  tous  les  bouts  » 

g      fuccomberoit    infailliblement     fous 

'{      leurs  efforts. 

t  Tandis  que  Louis  &  Maximilien  ,    Lepape^în- 

i      lïialgré  •  ces  premières  femences  de  fogiict^au^ 

^       divifion  ,    travailloient    encore    de  à\i  maréchal 

concert  à   procurer  la    convocation  nîoncî^"" 
j,       d*un  concile  général   qui  devoir  ré-     Cuicchar^ 
;       former  TEglife  dansfon  chef  &  dans  ^^ainiam 
fes  membres ,  le  pape ,  qu'une  ma-  ^.  Manin 
j.       ladie   dangereufe    ret«noit    au   lit ,  %^û^[ 
,       forçoit  les  Vénitiens  de  faire  remon- 
^      ter  deux  efcadres  par  les  bouches  du 
^      Po  ,  de   brûler  le  Ferrâtes ,  &  de 
^      s  unir  enfuite  â  Tatmée  de  TEglife 
commandée  par  le  duc  d'Ùrbin  :  il 
faifoit   parvenir  de   nouveaux    ren- 
forts à  cette  armée  :  il  drelToit ,  tout 
malade  qu'il  étoit ,  le  {plan  des  opé- 
rations militaires ,  ordonnant  à  fes 
généraux    de   s'approcher  du  camp 
àts  François ,  &  de  leur  livrer  ba- 
taille. Chaumont,    après   avoir  af- 
fûté Vérone  &  Lignano  ,,s'étoit  ap- 
proché de  l'ennemi ,  &  >avoit  éta^ 
bl^  fdn  quartier  général .  à  Rubiera  » 
menaçant   Modene,   où  toutes  les 
Tomt  XXII.  N 


ipo      Histoire  de  France.^ 
■  forces    du    pape    fe    raflembloîentl 

^^jj  jjjQ  N*ayant  aucnne  efpérance  de  l'em- 
porter ,  il  forma ,  fur  les  remon- 
trances des  Bentivoglio,  le  hardi 
projet  de  mettre  fin  à  la  guerre» 
en  furprenant  dans  la  ville  de  Bo- 
logne ,  qui  n'avoir  point  de  garni- 
fon  ,  le  pape  lui  même,  &  toute 
la  cour  Romaine.  Dérobant  fa  mar- 
che aux  ennemis ,  il  emporte  la  for- 
tereflfe  de  Spilimberto ,  défendue 
par  quatre  cents  fantaffins  ;  s'em- 
pare de  Caftelfranco  ;  palTe  la  nuit  â 
Crefpolano  ,  à  dix  milles  de  Bologne» 
dans  l'intention  de  fe  préfenter  le 
lendemain  matin  aux  portes  de  cette 
ville. 

L^approche  d'une  armée  où  étoient 
les  Bentivoglio  y  excita  une  fermen- 
tation générale  parmi  le  peuple  :  les 
cardinaux  ,  les  prélats ,  Se  tout  ce  qui 
formoit  la  cour  du  pape  ,  nourris 
dans  l'oinveté  loin  du  bruit  des  ar« 
mes  y  confternés ,  éperdus  ,  ccuru- 
rent  fe  réfugier  dans  la  chambre  de 
Jules  ,  &  le  fupplierent ,  les  larm^ss 
aux  yeux  ,  ou  de  fe  dérober  avec 
eux  par  une  prompte  fuite,  fi  fa 
iatité  le  permetroit,  ou  de  fonger 
i  défarmer  l'ennemi»  en foufcrivant 


Louis  XII.  191 
aux  conditions  qu'il  voudroit  impo- 
fer.  Jules,  inébranlable  au  milieu  de  Ann.  mio* 
la  confternation  générale ,  ayant  man- 
4é  lambafladeur  de  Venife ,  lui  re- 
procha durement  la  conduite  de  fes 
maîtres  :  >>  Ingrats ,  lui  dit-il ,  n'eft- 
»  ce  pas  pour  défendre  votre  liberté 
9  que  j  ai  bravé  la  colère  6c  le  ref- 
•>  lentiment  des  deux  plus  puifTants 
»  monarques  de  l'Europe  ?  Et  lorf- 
M  que  j*avois  droit  d'attendre  des 
»  (ecours  de  votre  part  ,  vos  délais 
>'  éternels  expofent  ma  fortune  Se 
M  ma  vie  :  répondez ,  aveugles  poli* 
M  tiques ,  quand  mes  ennemis  m'au- 
»  ront  abattu  ,  quel  fera  votre  ap« 
.»  pui  ?  Je  n'ai  plus  qu'un  mot  à  vous 
9  dire ,  fi  votre  armée  n'eft  pas  de- 
»>  main  ici ,  je  fais  mon  traité  fé- 
»  paré  avec  les  François  ».  Il  af- 
fembla  en  même-temps  le  confeil 
&  les  magiftrats  de  Bologne  y  Se  les 
exhorta  pathétiquement  à  faire  pren« 
dre  les  armes  aux  bourgeois  ;  mais 
ou  les  magiftrats  manquèrent  de 
zèle  ,  ou  les  bourgeois  d'obéiffance  ; 
perfonne  ne  remua.  Jules  ouvrant 
enfin  les  yeux  fur  le  danger  qui  le 
menaçoit ,  envoya  demander  à  Chau- 
monc  un  fauf- conduit  pour  Jean-f 

Nij 


xçi      Histoire  de  France.' 
^__^^^^_^  François  Pic  ,  des  comtes  de  la  M!- 
Ann.  If  10.  randole,  qu'il  devoit  lui  députer  le 
lendemain     matin   :     TambalTadeur 
d'Angleterre  facilita  la  négociation  , 
^  en  allant  lui-même  dénoncer  au  gé- 

néral François  que  le   premier  coup 
de  canon  qu'il  tireroit  contre    Bo- 
logne y  feroit  regardé  par  le  roi  fon 
maître   comme    une   infraélion    du 
traité  qu'il  avoit   contradé  avec  la 
France,  &c  équivaudroit    i  une  dé- 
claration  de  guerre  entre  les  deux 
>      couronnes.    Chaumont   qui    n'avoic 
.pas  même  communiqué  fon  projet 
au  roi ,  craignit  de  s'être  trop  avancé  : 
il  reçut  avec  diftinâion  l'ambafla* 
deur  du  pape  ;  accorda  une  trêve  de 
deux  jours,  &  diâa  les  conditions 
fuivantes  :  que  le  duc  de  Ferrare, 
&  tous  ceux  qui ,   à  fon  occafion  , 
ftvoiènt  fait  la  euerre  au  pape,   fe- 
roient  abfous   des  cenfures  2  quon 
rendroit  aux  Bentivoglio  leur  patri- 
moine ôc  tous  leurs   biens  hérédi- 
taires ,  avec   la  permilllon  de  s'éta- 
blir par  tout  où   bon   leur  femble- 
roit ,  pourvu  (jue  ce  fut  à  plus  de 

Juatre-vingt  milles  de  Bologne  :  que 
ules   pbferveroit   les    engagements 
qu'il  avoit  pris  envers  rempereur 


Louis  XI  I.  29} 
&  le  roi  de  France  au  traité  de 
Cambrai:  qu'il  feroit  une  trêve  deAKN. i{io. 
fix  mois  avec  Alfonfe  j  dépoferoit 
Modene  entre  les  mains  de  Tem-^ 
pereur ,  &  s'en  rapporteroit ,  fur  fe^ 
démêlés  avec  ce  duc ,  à  la  décifion 
d'un  certain  nombre  d*atbitres  :  c^i'il 
accorderoit  la-  liberté  au  catdmal 
d'Auch,  une  pleine  sûreté  aux  cinq 
autres  cardinaux  qui  s'étoient  éloi- 
gnés de  fa  cour;  &  qu'enfin  le  roi 
nomnieroit  feul  &  fans  con tradition 
â  tous  les  bénéfices  de  fes  Etats  ,  foie 
en  France ,  foit  en  Italie.  Le  pape 
fe  récrioit  fur  la  dureté  de  ces  con<' 
ditions  ,  ,demandoit  qu'on  lui  en- 
voyât Albert  Pio  ,  dont  le  roi  s'é-* 
toit  jufqu'alors  fervi  pour  négocier 
avec  lui ,  &  tâchoit  de  gagner  du 
temps.  Chaumpnt  qui  s'en  apper- 
çut  ,  s'approcha  juiqu'à  trois  milles 
de  Bologne  ;  envoya  même  des  par- 
tis jufques  fous  les  murailles  de  la 
ville  :  alors  les  cris  redoublèrent } 
les  ambalTadeurs  du.  roi  d'Ffpagne 
&  de  Tempereur  lui-même  fe  joi-- 
gnirent  à  celui  d'Angleterre ,  &  tous 
trois  menacèrent  Chaumont  de  la 
part  de  -leurs  maîtres.  Tandis  qu'on 
négocioit  >   arrive  enfin  Chiappino* 

N  iij 


1^4       Histoire  db  Tranch. 

^''™*™**  vitelli ,  l'un  des  généraux  Vénitiens  , 

Ann.  ijio.  avec  un  corps  confidérable  de  Turcs 

au  fervîce  de  la  république.  Ce  fut 

un  fpeâacle  bien  étrange  de  voir  le 

faînt  père  efcorté  &    défendu   par 

une  troupe  d'infidèles  ,  contre  Tar- 

mée  du   roi  très-chrétien,  fils  aîné 

de  l'Eglife.  Ce    renfort  tut   fuivi  , 

quelques  heures  après  ,  du  refte  de 

l'armée.     Chaumont  ,    qui    n'avoit 

plus    aucune  efpérance  de   prendre 

Bologne,   feignant  de  déférer  à  la 

médiation  des  ambafladeurs ,  rerira 

fes  troupes  ,    &  reprit  la  route  de 

Ferrare  ,  avec  le  regret  d'avoir  ofé 

trop  ,  ou  trop  peu»  Comtne  la  faifott 

étoit    fort   avancée,    il   donna    des 

quartiers  d'hiver  à  la  gendarmerie  , 

&  caflTa ,  félon  l'ufage,  la  plus  grande 

partie  de  fon  infanterie. 

Xifrandotc  ^*      Impatient  de  venger  l'aifront  qu'il 

par  le  pape  vcuoit  de  tecevoir ,  &  ne  daignant 

Jules  :  nou-  p^g  coufidéret  que  le  mois  de   dé- 

vcau   danger  T       ,  /      •      j  / •      r  >/ 

où  il  fc  trouve  cembre   etoit  déjà  tort  avance,  que 

cxpofé.         l'hiver  Aoit  un  des  plus  rudes  que 

liift.duck.   Ion  eut  vus   depuis  long-temps  eu 

Hasard.       Italie  ,  Julcs  vouloit  que  Yon  armée  , 

unie  à  celles  des  Vénitiens ,  allât , 

fur- le- champ  ,  invertir  la    ville    de 

Ferrare  :  fes  généraux^  qui  avoienfr 


Louis    XII.         195 
déjà  tant  de  fois  éprouvé  la  fupé- 
rioriié  des  François  fur  les  troupes  ânn.  ifio, 
de  TEglife ,  répondoieUt  mal  à  Ion  ^ 

ardeur  :  n  ofant  le  contredire  ou*- 
vertemeht ,  ils  le  détournèrent  adroi- 
tement de  fon  projet,  en  lui  fair 
iant  entendre  que  pour  alTurer  les 
fubfiftances  de  l'armée  &  le  fuccès 
du  fîége,  il  falloir  commencer  par  ^ 
fe  rendre  maître  de  Concordia  & 
de  la  Mirandole.  Les  papes  ne  pou- 
voient  former  audme  prétention  fur 
ces  deux  places  ^  c'étoient  des  fiefs  ou 
vicariats  de  Tcmpire  :  elles  apparte- 
noient  aux  enfants  de  Ludovic  Pico, 
xedés  en  bas  âge  fous  la  tutelle  de  Fran- 
çoife  Trivulle  leur  mère.  Quoiqu'on 
ne  pût,  fans  une  forte  de  barbarie» 
attaquer  une  femme  &  de  malheu- 
reux enfants  qui  n'avoient  point  dé- 
mérité y  Timpitoyable  Jules  ordonna 
tous  les  préparatifs ,  &  prit  lui-même 
le  commandement  de  Ces  troupes. 
Concordia  n*oppofa  qu'une  foible  ré« 
fiftance  ;  la  comteffe  avoit  réuni  tou- 
tes fes  forces  à  la  Mirandole ,  où  elle 
s'étoit  enfermée  avec  Alexandre  Tri- 
vulfe  fon  coufin.  Alexandre  envoya 
demander  à  Chârillon,  qui  gardoit 
toujours  le   Ferrarès ,   cent    jeunes 

Niv 


i€^6      Histoire  de  Frakce. 
guerriers  de  bonne  volonté ,  &  deux 
Ann.  ipi  canonniers  François  :  avec  ce  foible 
renfort ,  qui  lai  fut  amené  par  Mon- 
chenu  &  Chanremerle ,  il  fe  pro- 

Îofa  de  lafTer  l'ardeur  des  afliégeants. 
ules,  oui  éroit  refté  au  château  de 
Saint-Félix ,  à  quelques  lieues  de  la 
,JMirandole ,  voulut  aller  vifiter  les 
travaux ,  6c  fe  précipita  encore  une 
fois  dans  iin  danger  pareil  à  celui 
qu'il  avoir  couru  à  Bologne.  Le  che- 
valier Bayard ,  le  capitaine  de  fon 
temps  le  mieux  fervi  en  efpions  , 
parce  qu'il  croit  naturellement  gé- 
néreux, fut  averti  de  ce  deffein  da 
faint  père,  de  forma  le  projet  de 
l'enlever.  Il  y  avoir  à  moitié  che- 
min de  Saint-Félix  au  camp  de  la 
Mirandole  ,  un  vieux  château  qui 
tomboit  en  ruine  :  il  alla  s'y  cacher 
avec  fa  compagnie  d'ordonnance  » 
&  une  partie  de  celles  du  duc  de 
Ferra re  &  du  capitaine  Montuifoa. 
j>  A  la  pointe  du  jour,  Jules  monta 
»  en  litière ,  &  fe  mit  en  marche  » 
»  précédé  de  prélats  ,  de  proto- 
9  notaires ,.  clers  &  autres  officiers: 
»  quand  le  bon  chevalier  les  vit 
paflTer ,  il  fortit  de  fon  embufca-* 
fe  mit  à  charger  fur  les  ru£i 


j>  pafler, 
»  de,& 


Louis    XII.        297 

îDi        •»>  très ,  qui  prirent  la  fuite ,  en  criant 

\k        99  alarme.  Cela   n'eût    pas  empêché  ann.  iîu% 

^         >>  que  le  pape  &  les  cardinaux  n'eut- 

»  lent   été  pris ,   fans   un  inconvé- 

»  nient  qui  fut  très-bon  pour  le  faint 

»pere,  &  fort  malheureux  pour  le 

w  Don  chevalier  ;  c'eft  qu'ainfî  que 

«  le  pape  fortoit ,  il  tomba  du  ciel 

»  la  plus  âpre  &  la  plus  véhémente 

j         »  neige  qu'on  eût  vue  depuis  cent 

}         »  ans ,  &  avec  une  telle  in^pétuofî- 

i  »  té ,  qu'on  ne  fe  voyoit  pas   l'un 

>y  l'autre.  Sur  les  remontrances  du 

^  »  cardinal  de  Pavie,  le  pape  coft- 

9>  fentit  i  retourner  fur  les  pas ,  & 

w  à  différer  de  quelques  heures  fou 

»  voyage.  Au  moment  où  il  rentroit 

»  dans  la  cour   du   château  ,  parut 

»  le   bon    chevalier  ,   pouffant    les 

«  fuyards  â  toute  bride  ,   fans  s'a- 

w  mufer  à  faire  des  prifonniers  :  aux 

3>  cr;s  qu'ils  pouflbient ,  Jules  faute 

»  de  fa  litière ,  &  aide  lui-même  à  le- 

»  ver  le  pont,  ce  qui  fut  d'homme  de 

»  bon  elprit  :  car  s'il  eût  perdu  un  iof- 

5>  tant ,  il  étoit  croqué.  Qui  fut  bien 

^  »  mari ,  ce  fut  le  bon  chevalier  ;  il 

»>  ne  pouvoit   ni   pénétrer  dans   le 

»  château  fans  artillerie  ,  ni  même 

?  s'arrêter  en  cet  endroit,  fans  s'ex- 

Nv 


•25)8  HisTowE  DÇ  Franch, 
»  pofer  à  erre  coupé  dans  fa  rerraîre 
Ann.  ifii.  j>  par  un  détachement  de  l'armée 
»  eccléfiaftique  :  il  fit  un  grand  nom- 
M  bre  de  prifonniers,  &c  retourna, 
M  bien  mélancholié  y  auprès  du  duc 
»  de  Ferrare.  Jules ,  de  celle  peur 
79  qu'il  avoir  eqe ,  trembla  la  fièvre 
3»  tout  le  long  du  jour  &  la  nuit  fui- 
99  vante;  mais  ne  quitta  point  Ton 
»  premier  defTein  *>.  Il  manda  le 
duc  d'Urbin  ,  qui  vint  Tefcorter 
avec  quatre  cents  lances  r  arrivé  aa 
camp,  il  fe  logea  dans  une  petite 
égliie ,  proche  de  fes  batteries  ,  & 
tellement  expofé  an  canon  de  la  pla- 
ce, que  deux  de  fes  officiers  j  fo- 
rent tués.  11  vifitoit  les  travaux,  en- 
courageoit  les  foldats,  récompenfanc 
les  uns ,  menaçant  les  autres ,  8c 
promettant  à  tous  de  leur  abandon- 
ner le  pillage  de  la  ville.  Cétoit, 
dit  Guicchardin ,  un  fpeâacle  bien 
digne  ^attention  que  le  contrafte 
du  roi  de  France  &  du  pape  dans 
cette  occafion  :  Louis  ,  dans  un  âge 
encore  plein  de  vigueur ,  nourri  dès 
Tenfance  dans  le  tumulte  des  armes, 
fembloit  s'endormit  au  fein  de  fes 
Etats ,  fe  repofant  fur  fes  capitaines 
du  Yoin  de  la  guerre ,  tandis  que 


LOTTXS      XI  fr  IJJf 

le  vicaire  de  Jéfus-Chrift,  le  père 
commun  des  Chrétiens  ,  accablé /^^nn.  iji*. 
d*infirmités  ,  vieilli  dans  la  molefTé 
&  les  plaifirs,  paroiflTuic  tout  de  feu 
au  milieu  d'une  armée  deftinée  con- 
tre Us  Chrétiens  j  affiégeoit  en  per- 
fonne  une  place  fans  réputation , 
s'expofanc  comme  un  Ample  officier 
aux  fatigues  &  aux  dangers ,  &  ne 
retenant  que  Thabi^  8c  le  nom  de 
fa  dignité. 

Chaumont  avoïr  reçu  un  ordre 
précis  de  fecourir  la  place  :  ayant 
fait  à  la  hâte  de  nouvelles  levées 
dlnfanterie ,  il  marchoit  de  ce  côtéj 
mais  avec  une  extrême  lenteur,  . 
parce  que  les  chemins  par  lefquels 
il  falloir  conduire  fon  artillerie  , 
^toient  tellement  rompus ,  qu'il  ne 
pouvoir  faire  qu'une  lieue  par  jour. 
Arrivé  fur  les  frontières,  il  quitta 
brufquement  l'armée  pour  aller , 
difoit-il ,  chercher  de  Targent  à  Mi- 
lan; d'autres  difoient  que  l'amour 
Yy  conduifoit  ,  &  qu'épris  d'une 
paflîon  violente  pour  une  nouvelle 
maitrefle  ,  il  n'avoir  pu  fupportet 
les  chagrins  d'une  (i  longue  abience: 
d'autres  enfin  foupçonnoient  que  la 
haine  fecrete  8c  la  jaloufie  dont  il 

Nvj 


joo     HrsTorïiE  de  France. 

étok  animé  contre  Trivulfe,  zvàient 

Ann.  X5>i«  ^^ucoup  concribaé  à  lui  faire  preu- 
dre  ce  parti, 
conduke  >  Les  afliégés  voyant  leurs  murailles 
rim^^wur^  tenverfées ,  &  perdant  toutfe  efpé-r 
J^îda  ma-  rauce  d'être  fecourus ,  demandèrent 
réchai  chau-  ^  capituler  :  la  garnifon  obtint  U 
^^VuiccHar-  permiiGon  de  fe  retirer  ;  la  ville  , 
din.  dont  le  pillage  avoir  été  promis  au 

Lwfs^xiL    f^ldat y  le  racheta  par  une  fomme 
Beicar.     confidérable.   Jules  y  entra   par  la 
l^fi^'^^sf' ^^^^^^  tout   1  appareil  d'un 

jeune  triomphateur.  Il  fe  propo-* 
foit  de  marcher  auflS-tôt  à  Ferrare; 
mais  un  échec  queflùya  un  déta* 
çhement  de  fon  armée,  &  beau- 
coup plus  encore  l'approche  du  Ma- 
réchal de  Chaumont  ,  rallentirent 
fon  ar4eur  :  ne  fe  trouvant  pas  mê- 
;ne  en  sûreté  à  Bologne ,  après  ce 
qui  lui  étoic  arrivé  quelques  mois 
auparavant ,  il  prit  le  parti  de  fe 
retirer  â  Ravenne  ,  &  trouva  bon 
que  fon  armée  fe  contînt  dans  un 
camp  bien  retranché.  Chaumont  s'eci 
érant  approché  5  n'ofa  entreprendre 
de  le  forcer.  Il  quitte  ces  quartiers, 
marche  droit  â  Modene  ,  avec  la 
certitude  de  s'en  rendre  maître  en 
deux  ou  trois  jours,  &  refte   fort 


Louis  XII.  jor 
étonné  en  arrivant ,  de  voir  les  éten-  l 
dards  de  Tempereur  arborés  fur  lesAMN.  xfii- 
murs  &c  fur  la  citadelle.  Cétoit  une 
nouvelle  rufe  des  ennemis  de  la 
France.  Jules  convaincu  que  cette 
conquête  alloit  lui  échapper  ^  la  re- 
mit promptemenc  à  Yitfruft,  am-- 
bafTadeur  de  l'empereur  ,  qui  s'en 
mit  en  pofleflion.  N'ayant  point 
de  troupes ,  Vitfruft ,  prit  pour  fon 
lieutenant  Marc  •  Antoine  Colon- 
ne, un  des  généraux  du  pape,  avec 
la  même  gacnifon  qui  fe  trouvoit 
déjà  dans  la  place  r  ainfi  Jules  y 
reftoit  toujours  le  plus  forr.  Chau* 
mont  balança  long-temps  s'il  ref- 
pedteroit  la  fauve  -  garae  de  l'em- 

{>ereur  :  il  écrivit  à  ce  prince  une 
ectre  refpeâueufe  ,  mais  fiere  , 
pour  fe  plaindre  de  la  conduite  de 
Vitfruft.  Sire  ,  lui  marquoit-il  ,  j^ai 
trouvé  mcrvcilUufcrrunt  étrange  U  pro^ 
cédé  de  votre  ambaffadeur  y  &  je  ne 
penfepas  que  vous  C approuviez.  Car 
le  pape  voyant  quHl  ne  pouvoit  gar^ 
der  Modene  ,  &  que  dans  deux  ou 
trois  jours  j'avois  efpérance  'de  vous 
la  rerruttre  d^une  manière  plus  hono^ 
rable ,  il  Ca  dépofée  entre  Us  mains  de 
votre  ambaffadeur ,  mais  en  exigeant 


JOX        HiSTOÎRE    DE  FrANCE. 

\quc  Marc- Antoine  Colonne  continuai 
Ann.  If II.  ^y  commander.  Vous  pouvei  connoi-- 
tre ,  Sire  ,  quen  ceci  il  y  a  grande 
malice  &  mauvaifetié  ;  car  on  a  voulu 
par -là  mettre  de  Votnbrage  &  de  la 
fufpicion  entre  vous  &  le  roi  votre 
frère ,  afin  que  tous  Us  amis  &  allies 
que  vous  ave:i^  en  Italie ,  fe  perfua* 
dent  quil  y  a  une  grande  intelligence 
entre  vous  &  le  faint  père  ;  &  à  vous 
parler  franchement  ,  fire  ,  je  crois 
que  le  bonhomme  de  votre  ambaffa^ 
deur  a  peu  penje  alors  qu^il  a  reçu 
Modene  à  cette  condition ,  &  je  pri^ 
fupie  que  cette  bonne  perfonne  de  Vam^ 
baffadeur  du  roi  d^  Aragon  ^  Va  con^ 
duit  dans  ce  piège.  Chaumont  ne  fe 
trompoic  pas  fur  le  premier  aareur 
de  cette  intrigue  :  Ferdinand  le  Ca- 
tholique ,  ou  ion  ambaiTadeur  ,  avoir 
fuggéré  cet  expédient  au  pape ,  com- 
me un  moyen  infaillible  de  fe  ré- 
concilier bientôt  avec  l'empereur  ^ 
ou  de  rallentir  du  moins  Tardeuc 
de  ce  prince.  Mais  ce  que  Chau- 
mont ne  prévoyoit  pas ,  &  ce  qui 
arriva  cependant  ,  c'eft  que  Maxi- 
milien  approuva  la  conduite  de  Vit- 
fruft,  &  garda  Modene  ,  qu'il  eût 
dû  rendre  au  dac  de  Ferrare.  Quel-: 


Louis    XII.        jcj 

qnes  îoius  après  ,  Chautnont ,  qui 
n'ctoit  encore  que  dans  fa  rrente-  Ann,  ifiu 
huitième  année  fut  attaqué  d'une 
maladie  mortelle  â  Corrége  :  il  crut 
qu'on  l'avoir  empoifonné  ;  mais  ne 
défigna  point  celui  fur  qui  tomboient 
fes  ibiipçons.  Jean- Jacques  Trivul- 
fe  ,  qui  y  bien  que  plus  ancien  ma- 
réchal de  France,  que  Chaumonf, 
lie  faifoit  poinr  de  difficulté  de  fer- 
vir  fous  lui  »  fe  chargea  du  com- 
mandemenr  de  l'armée ,  jufqu'à  ce 
que  le  roi  eût  nommé  un  nouveau 
lieutenant  •  général  au  -  delà  des 
monts* 

Louis ,  en  prenant  toutes  les  me-  L^^f  "*^J 
fûtes  nécefTaires  pour  pouffer  vive-  afieosbiec  ^ù 
ment  la  guerre,  travailloit  avec  une  ^î?*^*î^^î^" 

,  P  ,'         .     ,  .rai,  mal  fc- 

mcroyable   ardeur  à   la  convocation  condéspacie« 
d'un  concile  général ,    fans  que  leç  *^[*«  P^**" 
larmes  d'Anne  de  Bretagne ,  ni  les  GÔàefio'ù 
réponfes  peu  fatisfaifantes  q^'^l  r®"  jjj^{^' * 
cevoit  de  fes  alliés,    puflent  le  dé- 
tourner de  fon  projer.  Ferdinand  le 
Catholique    répondit  à   Tinvitatioa 
du  roi,  qu'il  approuvoit  fort  le  pro- 
jet ,  pourvu  qu'il  pût  s'exécuter  fans 
fcandale  &  fans  violence  :  qu'il  con- 
venoit  du  befoin    d'une   réforme  ; 
qu'il  en   avoir   donné  la  première 


304     Histoire  de  France; 
idée  ;  qu'il  n  en  vouloir  d'autre  té- 
AMif.  jfxi.  moin  que    le   roi  luî-mème  ,   qui  , 
fans  dauce,  n'avoir  pas    oublié    ce 
_qui  s'étoit  dir  fur    ce   fu|et  à  l'en- 
trevue de  Savonne  ^  mais  qu  il  fal- 
loir  prendre  garde  qu'une  entreprife 
de  cette  nature  ne  parût  diâée  par 
un  efprit  de  vengeance,  ou  par  d'aa« 
très  motifs  humains  :  qu'il  lui  pa« 
roiffoit   néceffaire    d'établir  préala* 
blement   une    paix  générale  ,  qui  3 
après  tout,  n'étoit  peut  être  ni  auffi 
difficile  ni  auili  éloignée  qu'on  vou« 
loit  fe  le  perfuader  ;  qu'il  alloit  y 
employer  tous  fes  foins  :  qu'il  prioit  i 
qu'il  conjuTroit  le  roi  de  ne  rien  pré- 
cipiter. 

La  réponfe  de  Jacques  IV ,  roi 
d'Ecoffe  ,  quoiqu'elle  ne  remplît  pas 
entièrement  l'attente  du  roi ,  étoit 
beaucoup  plus  fatisfaifante  j  c'étôic 
celle  d'un  ami  :  en  marquant  au  roi 
la  ferme  réfolution  où  il  étoit  de  par- 
tager fa  bonne  ou  fa  mauvaife  fortune, 
&  de  ne  jamais  donner  atteinte  à  l'al- 
liance héréditaire  qui  uniifoit  les 
deux  couronnes,  il  le  prioit  de  ne 
pas  l'engager  trop  légérejnent  dans 
un  parti  qui  pouvoit  jetter  des  fcru- 
pules  dans  l'ame  dQ$  EcoiTois ,  fes 


L  o  tf  I  s  X I  L  joj 
fujets  j  de  permettre  au  moins  qu'a- 
vant tout,  ir  employât  les  offices  awin.  ifii. 
d'ami  commun  ,  &  s'aflurât  par  lui- 
même  des  difpofitions  du  pape  :  ri  / 
fit  partir  dans  ce  deflfein  Tevêque 
de  Murrai ,  le  plus  habile  négocia- 
teur qu'il*  eût  dans  fes  Etats  :  il  le 
recommanda  a  Louis  comme  un  hom- 
me en  qui  il  pouvoir  prendre  une 
entière  confiance. 

Le  roi  de  panemarck  ,  auquel 
Louis  avoir  eu  occafion  de  rendre 
un  fer  vice  important  j  le  roi  de  Por- 
tugal ,  que  la  fituation  de  fes  Etats 
attachoit  à  la  France ,  intimidés  oa 
gagnés  par  le  pape  ,  refuferent  de 
s  adbcier  à  un  projet  qui  menaçoic 
TEglife  d'un  chifme.  Il  ne  reftoic 
donc  que  l'empereur  ^ur  qui  l'on  pût 
compter;  encore  ne  tarda-t-on  pas 
à  s'appercevoir  du  peu  de  fonds  qu'il 
falloir  faire  fur  les  promcffes.  Le 
concile  de  Lyon  ,  auquel  il  avoit 
promis  d'envoyer  tous  les  prélats 
de  la  Germanie ,  ceux  au  moins 
de  fes  pays  héréditaires  ,  s'ouvrit 
fans  qu  aucun  s'y  rendît.  Il  ne  fe 
préfenta  pas  même  un  ambafladeuc 
de  la  part  de  ce  prince  pour  excu* 
fer  ce  manque  de  parole.  Ferdinand 


50^  Histoire  db  Fhakci. 
^le  Catholique,  qui  le  gouvernoît, 
JiHH.  ifii.  fans  q^i'il  s*eï^  doutât ,  avoir  opcré 
ce  changement.  Depuis  long-temps 
il  travailloit  à  jetter  des  doutes  dans 
fon  efprit  fur  la  conduite  des  iran- 

Î;oîs  ,  en  lui  faifant  entendre  qu'ils 
auroient  mis  depuis  long  temps  en 
pofifeflion   des  terres  de  ion   parta- 

Se  ,  s'ils  n'a  voient  toujours  redouté 
e  l'avoir   pour  voifin  ,  &  s'ils  n'a- 
voient  encore  un  intérêt  plus  dired 
à  prolonger  la  guerre  ,   afin  de  lui 
arracher,  à  titre  d'engagement,  tou- 
tes fes  places  l'une  après  Vautre  :  il  lui 
remontroit  que  la  conduite  du  fou*» 
verain  pontire  a  fon  égard  étoit  bien 
différente,  puifqu*il  lui  avoir  remis 
Modene  fansrcftriâion,  fans  téfervej 
&  fans  demander  aucun  dédommage* 
ment  :  que  ce  même  pontife ,  dont 
dépendoient   entièrement  les  Véni- 
tiens, étoit  difpofé  à   lui  procurer 
une  pleine  fatisfa£tion  fur  toutes  fes 
demandes ,   pourvu  que  connoiflant 
mieux  fes  amis  &  fes  ennemis,  il  fe 
défiftât  d'une  entreprife  odieufe  qui 
fcandalifoit  tous  les  fidèles  ,  dans  la* 
quelle  même  il  ne  pouvoit  jouer  qu  un 
rôle  qui  ne  convenoit  point  à  la  di- 
gnité^ puifque  celui  qui  en  étoit  le 


L  o  V  I  s     XII.       307 

principal  moteur  ,  y  tiendroit  tou-  — — — 
jours  le  premier  rang.  Les  promeffes  ann.  m". 
du  pape  étoient  fi  conformes  aux 
difcours  de  Ferdinand ,  que  Maxi- 
milien  ne  crut  pas  devoir  fe  refu- 
ier  â  la  prière  qu'on  lui  faifoit, 
d'envoyer  un  miniftré  plénipoten- 
tiaire à  Mantoue  :  cependant ,  com- 
me il  ignoroit  quel  feroit  le  fuccès 
de  cette  conférence ,  &  qu'il  ne 
vouloir  pas  fe  brouiller  avec  le  roi 
de  France  avant  que  d'être  affuré 
qu'il  n'auroît  plus  befoin  de  fes  fe- 
cours  ,  il  exigea  qu'on  y  traitât  de 
la  paix  générale  de  TEurope ,  & 
que  rambalfadeur  de  France  y  fût 
admis. 

Quoique  routes  ces  manœuvres  ten-  J^^^^^l'^ 
diffent  vifiblement  à  détacher  l'empe-  ^cJcchar- 
reur  des  intérêts  de  la  France  ,  ou  du  ^^V,,^^,  ^ 
moins  à  rallentir  les  préparatifs  qu'il  Louis  xii* 
faifoit  en  Allemagne ,  6c  que  Louis    *<«*«• 
n'en  doutât  pas  ,  il  ne    voulut   pas 

?|u'on  lui  reprochât  de  s'être  oppofé 
eul  à  un  projet  de  pacification  gé- 
nérale. Il  manda  fur- le- champ  à 
Trivulfe  de  celfer  les  hoftilités  :  il 
fufpendit  les  délibérations  du  con- 
cile de  Lyon,  &ç  fit  partir  pour  Man- 
toue Etienne  Poncner  »  l'un  de  fes 


1 


}o8      HtsToiRE  DE  France. 

tniniftres  ,  accompagné  de  Tévèque 

AwN.  ifii.  de    Murrai  ,   ambafladêar    du    roi 
d'Ecofle,  lefquels  dévoient  fe  join- 
dre &  concerter    toutes  leurs     dé- 
marches  avec    i'évèque    de    Gurk  , 
chancelier  &  lieutenant  général  de 
Maximilien.  S*il  reçoit  encore  des 
doutes   fur    les  delTeins  frauduleux 
de  Jules ,  ils  ne  tardèrent  pas  à  être 
levés:  il  navoît  député  perfonne  d 
Mantoue  j   mais  s'écant   avancé    de 
Ravenne   à    Bologne  ,    il    envoya 
prier  Tévcque  de  Gurfc  de  s*y  ren- 
dre ,  en  lui  repréfentant  <|ue  de  Ton 
côté ,  il  avoit  fait  la  moitié  du  che- 
min. L'évcque  de  Gnrk  eût  dû  s'en 
retourner  ,  &  peut-être  eût-il    pris 
'    ce  parti,  fi  Louis, ou  fes  miniftres  9 
l'euffent  exigé.  On  trouva  plus  ex- 
pédient de  le  charger  des  intérêts 
de  la  France ,  comme  il  Tétoit  déjà 
de  ceux  de  Tempire ,    en   ajoutant 
cecte  reftriAion  à  fes  pouvoirs  ^  qu'il 
manderoità  Poncher  l'objet  desaéli- 
bérations ,    &   qu'il    ne    conclurpic 
rien  fans  l'aveu  de  ce  miniftre.  Mat- 
thieu Lang  fe  rendit  à  Bologne  avec 
un  cortège  nombreux  de  i^i^neurs 
&  de  gentilshommes  >  tel  qu'il  con-* 
venoic  au  lieutenant -girUral  de  Vem^ 


LoxTis     XII.       309 

pcreur.   Il   fut    reçu   comnie  l*auroic 
été  le  maître  qu'il  repréfentoit.  Con-  Ann.  i\iu 
duic    au  conHftoire  où  le  pape  Tat- 
tendoit  au  mileu  de  tous  les  car- 
dinaux*, il  dit  en  peu  de  mots  que 
l'empereur  fon  maître  lavoir  envoyé 
pour  retirer  les  terres  que  les  Vé- 
nitiens avoient  ufurpées  fur  lui  :  que 
cet  augufte  prince  préféroit  la  paix 
aux  avantages  que  lui  promettoit  la 
guerre  ;  mais  qu'il  vouloir  en  die-- 
ter  les  conditions.  Après   cette  au- 
dience publique ,  il  en  eut  une  par- 
ticulière ,  où  il  ne  fit  que  répéter 
les  même  paroles  &  avec  la  même 
fierté;  Le  lendemain ,  il  mit  la  pa- 
tience de  Jules    a  une  plus    rude 
épreuve.  Ayant  fu   que  ce  pontife 
avoir  nommé  trois  cardinaux  pour 
entamer  avec  lui  la  négociation  »  il 
nomma  trois  gentilshommes  de  ià 
fuite  pour  aller  conférer  avec  çux  y 
il  falloir  que  la  haine  dé  Jules  con- 
tre les  François  fût  bien  forte ,  puif- 
Su'il  dévora  en  filence  ces  affronts  : 
s'abaiffà  jufqu'à  tenter  la  fidélité 
de   ce  miniftre.  Pour   fuppléer  ad 
nombre  des  cardinaux  qui  s^étoienc 
éloignés  de   fa  cour ,  récompenfe^ 
queK][ues  prélats  qui  Tavoient  bien 


jio      Histoire  de  France, 
(  fervi ,  &  exciter  rémuhation  de  tou5 
Ann.  If n.  ies  autres  ,    il   venoit  de    faire   une 
promotion    de  huit   cardinaux  y    du 
nombre  defquels  étoient  Chriftophe 
Bambrige  ,    ambalTadeur    d'Angle- 
terre ,    &  Matthieu  Schinner ,  évê- 
que  de  Sion.  Dans  la  proclamation 
qui  s*en  étoit  faite ,  Jules  avoir  laiiïe 
un  nom  en  blanc,  fe  réfervant  de 
le  déclarer  lorfqu*il  en  feroit  temps  : 
il  fit  entendre  à  Tévèque  de  Gurk 
qu'il  pouvoit  afoirer  à  cette  faveur  : 
qu'on  avoir  deilein  >  s'il  n'y  mettoit 
lui-mcme  des  obftacles,  de  joindre 
à  cette  dignité    le   patriarcat   d'Â- 
quilée  ^  &  de  porter  les  revenus  juf- 
qu'à    cent  mille  ducats.    Matthiea 
Lang  rejetta  avec    indignation    ces 
ouvenures,  pour  ne  s'occuper ^ue  des 
intérêts  des  deux  fouverains  dont  il 
étoit  chargé.    Les  conteftations  des 
Vénitiens  avec  l'empereur  firent  en- 
tamées les  premières  :  l'évèque  de 
Gurk  demandoit  la  ceffion  pleine  Se 
entière  de  toutes  les  places  qui  de* 
voient  revenir  à.  fon  maître  par  le 
traité  de  Cambrai  :  Içs  Vénitiens\ou- 
loient  garder  pelles  donc  ils  étoient 
encore  en  pofTeflion  ^  ils  fe  fournée* 
toienc  feulement  à  en  prendre  Tin-: 


i 


Louis  XI  I/  jit 
veftîture  de  rempereur,  &  à  lui 
payer  tous  Us  ans  une  certaine  fom-  Ann.isu. 
me ,  à  titre  de  redevance.  Les  am- 
bafTadeurs  d'Aragon  avoient  difpolé 
révèque  de  GurK  à  fe  contenter  de 
cette  foumiflîon  ;  il  n'étoit  plus  quef- 
tion  que  de  fixer  cette  fomme ,  & 
peut-être  fe  fût-on  accorde,  fi  les  af- 
faires de  Ferrare  eufTent  été  aufli  faci« 
les  à  concilier ,  ou  plutôt  fi  la  haine 
dont  Jules  étoit  animé  contre  le  roi  de 
France ,  eût  pu  laifier  quelque  place  à 
la  négociation  :  mais  à  peine  levèque 
en  eut  il  ouvert  le   propos  ,  que  le 

f)ape  rinterrompît  brufquement  pour 
ui  repréfenter  que  la  caufe  de  l'em- 
pereur érbit  étrangère  à  ce  démêlé  : 
jue  ce  prince  entendoit  bien  mal 
es  intérêts  sll  ne  profitoit  de  l'ar- 
gent des  Vénitiens  &  des  autres  fa- 
cilités qu'on  ppuvoit  lui  fournir  » 
pour  venger  avec  éclat  les  injures  an- 
ciennes &  nouvelles  qu'il  avoir  reçues 
des  François ,  &  s'il  attendoit  qu'on  le 
foUicitât  d'une  chofe  dont  il  auroic 
dû  prier  les  autres  :  l'évêque  ayant 
reparti  que  rien  n'étoit  capable  d'en- 
gager l'empereur  à  manquer  â  fes 
engagements  envers  fon  allié  :  ni 
moi,  répondit  le  pape  ^  â  me  récon-t 


i 


jii      Histoire  de  France;  g 

«  cilier  avec  mon   ennemi.   Les    confc-| 
An«.  ijii.  rences  furent  rompues  ,  &  Tévêque  ^ 
de  Gurk  s'écant  rejoint  avec   Tam- 
bafladeur  de  France ,  ils  autoriferent 
conjointement   les    cardinaux    diflî- 
dents  à  convoquer /un  concile   ccu-    » 
ménique  dans  la  ville  de  Pife. 
intrcprifc      \\  fembloit  qu*après  unô  démarche 
rite  Î**GM^  ^e  cet  éclat,  l'empereur  ne  dût  plus 
vernante  à^  refpirer  que  la  guerre  j  cependant , 
^^"u^ès  de  au  grand    étonnement   de    tout   le 
Louis  XII.  monde,    il    refta   dans  rinaûion, 
attendant  tranquillement  quelle   fe- 
roit    rilTue  de  ce    démêlé  ,  &  mé- 
nageant toujours    les    deux    partis, 
afin  de  fe  ranger  du  côté  ou   il  y 
auroit  quelque  chofe   à  gagner.    Il 
s'excufa  de  ne  point  envoyer  ,  com- 
me il  Tavoit   promis,    les  éyêques 
de   fa  dépendance  au    concile   de 
Lyon,   fur  ce  qu'il  n'avoir     point 
droit  de  les  contraindre  à  fe  tranf- 
porter  dans  un  pays  étranger.  Cette 
raifon  pouvoir  être  bonne  pour  les 
évêques  d'Allemagne  y  mais  elle  n'a- 
voir plus  lieu  pour  les  évêques  des 
pays  Bas,  fujets  du  roi  de  France ^ 
&  membres  de  la   monarchie  :  ce-^ 
pendant  ils  ne  comparurent  point, 
quoique  mandés  par  l'archevêque  de 

Reims  I 


Louis     XII.        jij 
Reims  ,    leur   métropolitain.   Mar- 

tuerîte  leur  fit  fignifier  une  défenfç  Ann.  içu. 
e  s'abfenter  fans  fa  permiflSon.  Ce-  ' 
toit  entreprendre  vifiblement  fur  les 
droits  du  roi ,  ou  plutôt  brifer  tous 
les  liet^  de  la  dépendance  :  Louis 
s*en_plaignit  amèrement.  Quand  bien 
même  ,  a  jouta- 1- il,  C  amitié  me  fer^ 
meroit  les  yeux  fur  cet  ^  attentat ,  mon 
parlement  ne  fouffrira  jamais  quon 
porte  cette  atteinte  aux  droits  de  la 
couronne.  Marguerite  ne  répondoit  à 
ces  plaintes ,  à  ces  menaces ,  que  par 
d'autres  plaintes  plus  ameres  enco- 
re fur  la  conduite  du  duc  de  Gueldres , 
dont  elle  vouloit  rendre  le  roi  ref- 
pon fable.    Inutilement    proteftoit-il 

au'il  n'avoit  aucune  part  aux  chofes 
ont  elle  fe  plaignoit  j  qu'il  n'avoit 
four tîi  à  ce  duc  ni  hommes  ni  argent  \ 
qu'il  le  regardoit  comme  un  fou  y  ' 
une  mauvaife  &  perverfe  tête;  quil 
voudroit  que  le  grand  diabk  l'emportât  :  , 
inutilement  montroit-il  aux  ambafla* 
deurs  de  l'empereur  &  de  Mar- 
guerite les  lettres  dures  &  pleines 
de  reproches  qu'il  écrivoit  à  ce  duc 
pour  lui  mander  que  de  par  Dieu  ou 
de  par  le  diable  il  eut  à  fe  tenir  en 
paix ,  &  à  réparer  les  dommages  qu'il 
Tome  XXII.  O 


ji4  Histoire  de  Francc. 
avoir  caufés ,  Marguerire  tiairoic  tout 
Ann.  If II.  ccl^  ^®  feinte  &  de  diflîmulation  j 
&  fans  parler  de  rendre  de  fon  côté 
au  duc  les  terres  qu  il  réclamoic  4 
plus  jiifte  titre,  elle  exigeoit  que  le 
roi ,  qui  n'avoic  fur  lui  ^'autres 
droits  que  ceux  que  donne  ramitié, 
le  forçât  à  fe  remettre  une  féconde' 
fois  à.  la  difçrétion  de  fes  plus  mor- 
tels ennemis.  Quelque  injufte  que 
fut  cette  prétention ,  Louis  voulant 
oter  à  Maximilien  tout  prétexte  de 
manquer  à  fes  engagements  ^  &  le 
retenir  dans  fon  alliance  le  plus 
long-temps  qu'il  feroit  poflîble,  en- 
voya ,  à  la  prière  de  Marguerite  , 
un  de  fes  gentilshommes ,  pour  fi- 
gnifier  au  duc  de  Gueidres ,  que  s'il 
ne  rendoit  Hardewich  ,  il  romproit 
tout  commerce  avec  lui ,  &  ne  le 
regarderont  plus  que  comme  un  en- 
nemi public.  Marguerite  »  qui  ne 
s'attendoit.  point  a  tant,  de  comptai- 
fance ,  qui  travailloit  alors  avec  fuc- 
CCS  à  former  contre  la  France  une 
Kgue  entre  les  rois  d'Efpagne ,  d'An- 
gleterre ,  8i  l'empereur  fon  père  , 
laquelle  rtpréfmtât  ^  difoitelle  ,  U 
myjhrt  de  la  fainu  Trinité  ^  accuf^. 
ce  gencilhomme  de  porter  de  lar* 


Loui^     XII.        J15 
gent  à  forv  ennemi;  le  traira  d'ef-*— —       ■* 
pion,  &  fut  fur  le  point  de  le  faire  Ann.  iîiu 
appliquer  à  la  queftion.  Louis ,  quoi- 
qu'il ignorât  encore  tout  ce  qui  fe 
tramoit ,  comprenant  qu'il  ne  con- 
ferveroit    Talliance   de   Maxîmilien 
qu'autant  de  temps  qu'il  refteroit  le 
plus  fort ,   réfolut  de  preffer    vive-  ^ 

jnent  le  pape,  &  de  mettre  fin  le 
plutôt  qu'il  feroit  pofllble  à  la  guerre 
d'Italie. 

Trivulfe    ayant    reçu   un  renfort  p^méc^^  du 
confidérable  ,  que  lui^amenoit  Gaf-  p^pe  :  prife 
ton  de  Foix ,  duc  de  Nemours  ,   ré-  "^^  "°^°s°c. 
folut  diipprendre   au  roi ,  dît  Guic-  ^n^,  "'"  *^* 
chardin  ,  quel    tort    les    princes   fe  ^  Manir 
font  à   eux-mêmes,  quand  au- lieu     uttresde 
de  confier  à  des  capiraines  blanchis  ^<>«"  ^j'- 
fous  le  harnois  la  conduite    d'une    BtUau^^^ 
armée ,  ils  jettent  ley  yeux  fur  des 
jeunes^gens ,    fans  expérience  ,    &    . 
qui  n'ont   d'autre  mérite  que  la  fa« 
veur  :    il  s'avança    brufquement    à 
Concordia  »  &  l'emporta  le  même 
jour  :  il  pouvoit  reprendre  de  mê« 
me  la  Mirandole;   mais   craignant 
que  fes  envieux  ne   l'accufaflent  de 
préférer  les  intérêts  de  fes  petits- fils 
à  ceux  du  roi ,  il  s'approcha  de  Tar- 
mée  ennemie  ,   campée  avantageu* 
Oij 


^\6  Histoire  de  France. 
fement  près  de  la  ville  de  Bologne.' 
Ann.  ifii.  L^  P^V^x  effrayé  de  cette  mavhe  , 
&  prévoyant  que  fi  fon  armée 
croit  bartue  ,  il  rifqiioit  de  fe 
trouver  aflSégé  ,  une  féconde  fois 
dans  cette  ville,  eut  la  précaution 
de  fe  retirer  à  Ravenne.  Avant  fon 
départ,  il  harangua  les  principaux 
magiftrats,  les  exhortant  à  obéir  au 
cardinal  de  Pavie  ,  qu  il  leur  laifToït 
pour  gouverneur ,  &  à  fe  défendre 
,  courageufement  eux-mêmes ,  jufqu'à 

.  l'arrivée  d'un  corps  de  dix  mille 
Suiffes,  que  lui  amenoit  le  cardi- 
nal de  Sion«  Jules  comptant  plus 
-  '  qu'il  ne  devoit  fur  les  promeffes 
.  des  magiftrats ,  ne  laiffa  pour  toute 
garnifon  au  nouveau  gouverneur , 
que  mille  hommes  d'infanterie  & 
deux  cents  chevaux  légers.  Cette 
troupe  ne  fuffifoit  pas  pour  défen- 
dre une  fi  grande  ville,  Se  pour 
contenir  les  bourgeois  y  dont  la  plu- 

Ijart  regrettoient  les  Béntivôglio  , 
eurs  anciens  feigneurs.  Le  cardinal 
auroit  donc  du  tirer  des  renforts  de 
l'armée  combinée  du  pape  Se  des 
Vénitiens  :  mais  outre  qu'il  étoit 
dangereux  d'affoiblir  cette  armée  en 
préfence  de  Tennerpi  &  à  la  veilU 


Louis     XI I.        J17 

d'une  bataille ,  il  y  avoit  une  haine 

déclarée  entre  le  duc  d'Urbin,  quiAwN.  içii. 
la  commandoit ,   &  le   cardinal    de 
Pavie.  Plutôt  que  de  recourir  à  fon 
ennemi ,   le   cardinal   prit    le   parti 
dangereux    d'armer  les   bourgeois  , 
&  de  les  exhorter  ,    comme   avoic 
déjà  fait  le   pape ,    à    veiller    eux- 
mêmes   à  leur  propre  défenfe.    Lo- 
renzo  Ariofti ,  &  les  autres  capitai- 
nes de  ces  compa'gnies  bourgeoifes , 
entièrement  dévouées  aux   Bentivo- 
glio ,  commencerenr  à  entretenir  des 
correfpondances   avec  les  François  , 
&  mépriferent  ouvertement  les  or- 
dres du  cardinal  :  celui-ci ,    averti 
qu*on  devoit  le  livrer  à  l'ennemi , 
mit  fa  garnifon  dans  la    citadelle,^ 
&  s'enfuit  précipitamment    à    Ra- 
venne  :  les  Bentivoglio    fe    préfen- 
te renc  quelques  heures  après  fon  dé- 
part aux  portes  de  la  ville  ,  où  ils 
furent  reçus  comme  les  libérateurs 
de  la  patrie.  On  arracha  de  la  porte 
du  palais  la  ftatue   de  Jules ,  chef- 
d'œuvre  du  célèbre  Michel- Ange  : 
on  la  traîna  dans  les   rues  ;    on  la 
mit  en  pièces.  Le  duc  d'Urbin  ne 
fe  trouvant  plus  en  sûreté  dans  fon 
camp ,  qui  pouvoir  être  attaqué  par 

Oiij 


jiS     Histoire  de  France. 

deux  endroits  difFérents  ,  ne  fongea 


Ann.  jfii.  qu'à  fa  retraite  :    elle   croit  indit- 

penfable,  mais  dangereufe  en  pré-  i 
îence  d'un  ennemi  tel  que  Trivulfe.  | 
Le  duc  d'Urbin  abandonna  {es  ten-  1 
tes ,  fon  artillerie ,  tout  le  bagage 
de  Tarmée ,  ne  fongeanc  qu'à  fau- 
ver  fes  troupes  ;  mais  il  n'en  put 
yenir  à  bout  :  toute  fon  infanterie 
fut  diflîpée,  &  deux  mille  cava- 
liers furent  prifonniers  de  guerre. 
Sire ,  ccrivoit  Trivulfe  au  roi,  en  lui 
rendant  comptfe  de  cette  vi6koire  , 
les  capitaines  Fontrailks ,  Bayard , 
SainU'Colombe  ,  Baron  ,  VatilLiea  , 
qui  compôfoienp  t avant-garde  ^  fous 
les  ordres  de  monjieur  de  -Nemours  , 
ont  les  premiers  rompu  les  ennemis  , 
&  par  ma  foi  i  fi^^^  '^^^^  ^^^^  gran* 
dément  tenu  à  tous  ces  capitaines  , 
qui  fe  font  portés  très- dignement  & 
yertueuftment  ;  &  ne  veux  point  que 
de  cette  déconfiture  en  fachie:^  gré  à 
moi ,  mais  à  leurs  vertus^  Je  ne  par» 
hrai  point  de  mon  fils ,  fon  éloge  fe- 
roit  déplacé  dans  ma  bouche.  En  pour- 
fuivant  les  fuyards,  Trivulfe  s'a- 
vança jufques  fur  les  confins  de  la 
Romagne  j  il  ne  tenoit  qu'à  lui  de 
s'en  rendre  maître  ^  &  même    de 


Louis     XII.        jip 
marcher  jufqu'à  Rome ,  qu'il  auroit 
trouvée  fans  défenfe  j   mais  comme  Ann.  iîik 
les  ordres  qu'il  avoir  reçus  ctoienc  ' 

remplis ,  il  s'arrèra  au  milieu  de   la 
vidoire ,   il   refufa  même  de  rece- 
voir les  clefs  de  la  ville    d'Imola  ^ 
qu'on  lui  préfentoir ,  jufqu'à  ce  qu'il 
eût  reçu  de  nouveaux  ordres.  Louis 
étoit  auflî  embarraffe  que  fon  géné- 
ral.  Il  s'étoic  propofé   rrois    objets 
dans  cette  campagne  :  le  premier , 
de  couvrir  fon  duché  de  Milan  du 
côté    des  Etats  de  TEglife ,  en   ré- 
tabliiïanr   les    fienrivoglio   dans    la 
ville  de  Bologne  :    le  fécond  ,  de 
délivrer  le  duc  de  Ferrare  de  l'in* 
quiétude    que    lui   caufoit  le  voifi- 
nage    de   l'ennemi  :    I^    croifieme  ^ 
d'obliger   le  pape   à    révoquer    fes 
cenfures ,    à    fe  réconcilier  avec  le 
duc ,    à  des  conditions  équitables  , 
ou  à  convenir  d'un  arbitre  :  les  deux 
premiers  étoient  remplis  ,  &  le  troi- 
fieme    paroifïbit   deja    fort    avancé. 
Jules ,  fi  dur  &  fi  fier  quelques  fe* 
maines- auparavant,  fuccomboit alors 
fous    le  poids   du    malheur  :    une 
fcène  tragique  ,    qui  venoit  de  fe 
pafler  dans  fa  cour  &  prefque  fous 
les  yeux ,  l'avoir  plus  affligé  que  la 

Oiv 


)xO     Histoire  ©b  France. 
perte  de  fon  armée  :   le  duc  d'tTr— 
Anm.  1(11.  bin  ,  imputant  fa   défaite  à  la  cra- 
hifon  ou   à  la  lâcheté  du  cardinal 
de  Pavie  ,  fon  ennemi  mortel ,  éroic 
accouru  à  Ravenne  pour  en  deman- 
der vengeance  :   en  arrivant  il  ap- 
prend que  le  cardinal  eft  déjà  jixC^ 
tifié,  &  qu*il  doit  ce  même    îour 
dîner  avec  fa  fainteté.  Plein  de  fu- 
reur &  d'indignation ,  il  s'informe  de 
l'heure  où  le  cardinal  doit  fé  rendre 
au  palais  ;  fe  préfente  fur  fa  route  ;  Ta- 
borde,  lui  plonge  fon  poignard  dans 
la  gorge ,  &  fe  retire   dans  fon  du- 
ché d'Urbin.  A  la  nouvelle  de  cet 
aflaffinat ,  Jules  pouffa  des  cris   de 
fureur  &  de  dcfefpoir  :  il  ne   pou- 
voir laiiïer  un  pareil  attentat  impu- 
ni, &  il  ne-pouvoit  le  venger  que 
fur  fon  propre  fang,  Vobjet  de  fes 
complaifances  &  de    fon  ambition. 
D'un  autre  côté,  la  pofition  où  il  fe 
trouvoit  lui  infpiroit  de  juftes  flar- 
mes.    Enfermé  a  lextrémité    de  fes 
£tats ,  fans   miniftre ,  fans  général , 
fans  troupes ,    fans  alliés  ;  car    les 
Vénitiens ,  depuis  la  défaite  de  Bo- 
logne ,  s'étoient  retirés  fur  leurs  ter- 
res ;  fi  les  François  s'avançoient  ,  il 
ne  pouvoir  éviter  de  tomber  entre 


Louis     XII.        321 

leilrs  mains  ;  il  manda  l'évcque  dé 


0- 


Murrai ,  accepta  prefque  toutes  les  ann.  iju. 
,1  conditions  que  le  roi  lui  avoir  of- 
jj.  fertes ,  &  dépêcha  ce  miniftre  en 
j  France  pour  mettre  la  dernière  maia 
au  traité.  A  la  faveur  de  ces  négo- 
^.  ciàtions  y  il  quitta  rranquillemenc 
Ravenhe  pour  fe  rendre  d!ans  fa  ca- 
pitale :  il  eut  la  douleur  de  lire  fur  fa 
route  des  placards  affichés  dans  les 
places  publiques ,  pour  la  convocation 
du  concile  de  Pife  j  ce  qui  ne  Tem- 
pecha  pas,,  dès  qu'il  fut  arrive  ,  de 
cirer  le  cardinal  d'Âuch  du  château 
Saint- Ange  r  il  fe  contenta ,  jufqu  à 
ce  qu'il  fut  afluré  de  la  paix  avec 
la  France,  de  lui  donner  la  ville 
de  Rome  pour  prifon. 

Les  propofitions^  qu'apportoit  Té-  Propofinon» 
veque  de  Murrai  latisrailoient  a  peu  tées  du  rai 
près  à  toutes  les  demandes  du  roi  ,  p"  *s»«^«* 
ôc  elles  auroienc  ete  acceptées ,  h  reur. 
Louis    n*eût  confulté  que  fa  gloire     Lettres  de 
Se  fes  intérêts;  mais  toujours  fidèle ^^^"„;^^'^;^< 
à  fes  engagements ,  il  ne  voulut  rien  Fontan. 
conclure  fans  Taveu  de  Maximilien , 
qui  n'y  trouva    pas  également    fon 
compte.  Le  pape ,  à  la  vérité  ,  confen- 
toit  à  ne  plus  affifter  ni  dire6|:emenc 
ni  iadireâement  les  Vénitiens;  mai$ 

Ov 


jii     Histoire  de  France. 

j __^^    luppofant  toujours  que  le  traite  de 

ANN.jfii*  Cambrai  avoir  été  rempli  par  la 
foumiflion  momentanée  &  volontaire 
de  toutes  les  places  du  parrage  de 
l'empereur,  quoique  ce  prince,  par 
fa  négligence  &  la  mauvaife  con- 
duite de  fes  officiers ,  en  eût  depuis 
perdu  quelques-unes  ,  il  prétendoic 
que  les  confédérés  ne  s'étant  point 
obligés  à  les  lui  conferver ,  étoienc 
parfaitement  quittes  de  tous  leurs 
engagements.  L'ambaflàdeur  de  l'em- 
pereur ne  manqua  pas  de  fe  récrier 
contre  cette  prétention ,  ou  cette  fu- 
percherie  de  Jules.  Il  repré/entaau 
loî  que  n'ayant  pu  parvenir  à  fé- 
iluire  l'empereur ,  lorfqu'un  mois  ou 
deux  auparavant  il  avoir  voulu  trai- 
ter féparément  avec  Tévêque  de 
Gurck  ,  Jules  s'étoit ,  fans  doute  ^ 
perfuadé  qu'il  trouveroit  moins  de 
fermeté  à  la  cour  du  roi  de  France  : 
qu'effrayé  de  la  convocation  du  con- 
cile de  Pife  j  que  déjà  convaincu 
qu'il  ne  pouvoit  long-temps  réfiftec 
aux  deux  plus  puiflants  monarques 
de  la  chrétienté ,  tant  qu'ils  feroienc 
unis,  il  mettoit  toute  fon  applica- 
tion à  les  divifer ,  ou  du  moins  à 
femer  entr'eux  la  lajoufie  Se  la  dér 


fiance  ;  que  le  feul  moyen  de  fe  pré- 
ferver  de  fes  rufes,  &  de  le  réduire  Ann.  içh. 
aux  termes  des  traités ,  étoit  de  fer- 
mer l'oreille  à  fes  dangereufes  in- 
finuations;  de  marcher  conftammenc 
Vers  le  but  qu*on  s*ctoit  propofé  , 
&  fur* tout,  de  le  bien  aflurer  que 
rien  ne  pouvoir  diffbudre  l'union 
qui  étoit  entre  les  deux  fouverains. 
Louis  cédant  à  ces  raifons ,  fî  ana- 
logues d'ailleurs  à  fa  façon  de  peu* 
fer,  renvoya  l'évcque  de  Murrai  , 
avec  une  nouvelle  inftruâion  ,  oùt 
l'on  exigeoit  que  le  pape  non- feule- 
ment n'aidât  point  les  Vénitiens  , 
mais  qu'il  retirât  les  barons  Ro- 
mains &  les  troupes  eccléna(lique$ 
qui  étoient  au  fervice  de  la  répu- 
blique ;  qu'il  joignît  ces  mêmes 
troupes ,  &  d'autres  plus  nombreufes 
encore,  à  celles  de  l'empereur  & 
du  roi  de  France ,  conformément  i 
nn  des  principaux  anicles  du  rraité 
de  Cambrai  ,  qu'on  déclaroit  tou- 
jours fubfiftant, 

Maximilien  ,  dont  Louis  époufoic  vtemUm 
fi  hautement  les  intérêts,  n'étoit  pas  MtxiœSîicn* 
dans  des  difpofîrions  fi  favorables  leitres  de 
à  fon  égard  :  s'il  afFeûoit  ^ o"Jo"" '^^^f*^ 
de  paroitte  fon  allié  ,  il  conformôic  Britimu  * 

Ovj 


"  5  ^4     Histoire  de  pRANeB. 

du  moins  fa  conduite  à  cette  ma^ 
Ann.  I ni*  xitne  inhumaine  y  qui  ordonne  de 
vivre  avec  nos  amis  comme  devanc 
être  un  jour  nos  .plus  cruels  enne- 
mis. 11  avoir  profité  de  la  brouille- 
rie  fur  venue  entre  la  France  &  les  Sui£^ 
fes ,  pour  contraéter  avec  eux  un  traité 
d'alliance  héréditaire  ,  par  lequel  ils 
fe  garanriflfoient  mutuellement  leurs 
pofleflîons ,  &  s'accordoient  refpec- 
tivement  un  paflàge  fur  leurs  terres. 
Quoiqu'il  eût  tâché^de  perfuader  à 
Louis  qu'il  n'avoir  eu  pour  objets 
en  formant  ce  nouvel  engagement , 
que  de  fe  mettre  à  portée  de  croi- 
ser les  négociations  du  pape  >  &  de 
ramener  infenfiblement  les  SuiflTes  d 
l'alliance  de  la  France,  les  effets  ne 
répondoient  point  à  ces  promefles  : 
le  pape  avoir  plus  de  crédit  que  ja- 
mais parmi  les  cantons,  &  Maxi- 
milieu  ne  s'attachoit  en  effet  qu*i 
décrier  la  France  auprès  des  Suifles  ^ 
-  •  ^  &  à  dégoûter  de  plus  en  plus  le  roi 
de  l'alliance  de  cette  nation.  Nos 
commiffaires  ,  écrivoit-il  à  fon  am- 
baffadeur  â  la  cour  de  France,  orti 
trouvé  deux  cantons  en  armes ,  pour 
courir  fus  à  noire  bon  frère  ,  au  dudU 
dt  Milan  :  6*  jpour  les  rappaifer ,  noj^ 


L  o  u  I  s    XI I.        515 
àiis  commiffaires  feront  en  gra^nd  dan- 

fier  de  demeurer  j  vu  la  grand  folie  Ann.^$xx. 
!•  raverie  qui  efl  en  leurs  têtes  ;  car 
nous  les  trouvons  comrru  les  mauvais 
vilains  ,  que  plus  on  prie  ,  6*  plus 
font  rwies  ,  fiers  ,  pervers  &  maudits  ^ 
&  pour  ces  caufes  ,  nous  avons  mande 
a  nos  commiffaires  de  eux  retirer,  La 
conduite  de  Vitfrut  >  fon  ambaffa- 
deur  en  Italie ,  étoit  encore  plus 
,  fufpedte  :  non  content  de  garder  la 
ville  de  Modene ,  qui  auroit  du 
être  rendue  au  duc  de  Ferrare ,  il 
avoir  couru  à  la  Mirandole ,  aufli* 
tôr  après  la  déroute  de  Bologne ,  & 
avoir  perfuadé  a  la  sarnifon  ecclé- 
fialtique ,  qui  etoit  dans  cette  place, 
delà  livrer  à  Ton  maîrre^ou  plutôt 
d'y  refter  au  nom  &  à  la  folde  de 
Maximilien.  Encouragé  par  le  fuccès , 
il  s'étoit  tranfporté  fecrctement  au 
château  ou  à  la  citadelle  de  Bolo* 
gne,  &  avoir  |>ropofé  à  la  garnifon 
qu'y  avoir  lailTée  le  cardinal  de- 
Pavie  ,  ui^e.  fomme  confidérable  , 
fi  elle  vouloir  la  livrer  à  l'empe- 
reur :  mais  comme  cette  forterefle 
fe  troiivoit  aflîégée ,  que  Vitfrur  , 
fans  troupes  &  fans  argent ,  ne  pou- 
voir  donner  que   des    paroles  >  il 


iig  Histoire  de  France. 
ne  fut  pas  écouté  :  les  Bentivoglîo 
Ann.  If II.  &  les  principaux  citoyens  de  Bolo- 
gne ,  avertis  de  ce  qui  fe  tramoit  , 
firent  des  offres  plus  certaines.  La 
garnifon  qui  ,  fans  cette  démâ^rclie 
imprudente,  n*eût  pu  éviter  de  fe 
rendre  prifonniere  de  guerre  ,  fut 
payée  pour  fe  retirer»  Trivulfe  , 
moins  patient  que  n'avoit  été  Chau- 
mont  dans  une  pareille  rencontre  , 
s'avança  fous  les  murs  de  la  Miran- 
dole,  qui  appartenoit  à  fes  petits- 
fils  ,  en  chaUa  la  garnifon  qu'y  avoic 
«tablie  Vitfrut;  &  fan$  daigner  en- 
trer en  explication  avec  cet  impor- 
tun jurifconfulte,  il  le  renvoya  hon- 
teufement  à  Modene. 

Maximilien  feignit  d'ignorer  ce 
gui  venoit  de  fe  pafler  :  incertain 
lur  le  parti  qu'il  prendroit ,  mais 
bien  réfolu  de  ne  fe  brouiller  avec 
la  tran<:e  que  lorfqu  il  pourroit  lui 
porter  des  coups  certains  ,  il  mie 
toute  fa  politique  à  empêcher  le  roi 
de  palfer  cette  année  en  Italie ,  où 
fa  préfence  auroit  fuffi  pour  défar- 
mer  entièrement  le  pape.  En  le  fé- 
licitant fur  la  vidkoire  qu'il  venoit 
de  remporter ,  il  lui  repréfenta  que 
le  peu  qui  leftoit  à  faire  n'exigeoit 


Louis    XII.        327 

{>Ius  qu*il  s'abfentât  de  fes  Etats  :  il 
e  pria  feulement  de  lui  envoyer  la  Ann.  ijii» 
Palifle,  celui  des  généraux  François 
en  qui  il  avoir  le  plus  de  confiance^ 
avec  un  certain  nombre  de  lances 
&  de  gens  de  pied  ,  promettant  de 
mettre  de  fon  côté  les  Vénitiens  à 
la  raifon ,  &  voulant  fe  réferver  à, 
lui  feul  la  gloire  de  ce  triomphe. 
Louis,  content  de  laifler  trois  ou 
quatre  cents  lances  à  la  garde  du 
duché  de  Milan ,  dont  il  donna  le 
gouvernement  à  Gafton  de  Foix  fon 
neveu ,  envoya  le  refte  de  l'armée  , 
qui  montoit  à  onze  cents  lances  , 
au-devant  de  l'empereur.  La  Palilfe, 
à  la  tcte  de  cette  armée ,  traverfa  , 
dans  toute  leur  étendue,  les  Etats 
de  terre-ferme  de  la  république ,  & 
s'avança  jufques  fur  les  confins  de 
l'Allemagne ,  où  Maximilien  pro- 
mettoit  de  le  joindre  avec  une  au- 
tre armée  beaucoup  plus  confidéra- 
ble  encore  :  cette  proroefTe  ne  fut 
pas  mieux  remplie  que  toutes  les 
précédentes  j  Maximilien  n'avoit 
pu  mettre  fur  pied  ^  que  quatre 
à  cinq  mille  lanfquenets.  Se  trois 
ou  quatre  compagnies  de  cavalerie  ^ 
lencore   ces  croupes  étoient-elles  fi 


)iS     Histoire  de  France. 

mal  payées ,  qu'elles  menacèrent  cîe- 

Ann.  If II.  fe  retirer  fur-le  champ  ,  fi  le  roi 
de  France  ne  fe  chargeoit  de  leur 
folde.  L'armée  fe  trouvant  toute 
compofée  de  François ,  ou  d'Alle- 
mands ftipendiés  par  le  roi  de  Fran- 
ce ,  Maximilien ,  toujours  défiant  , 
n'ofa  plus  en  prendre  le  comman- 
dement y  fous  prétexte  qu'elle  n'é- 
toit  point  encore  aflfez  forte  pour, 
exécuter  les  hautes  entreprifes  qu'il 
méditoit,  il  s'en  éloigna  pour  aller 
chercher  de  nouveaux  ^renforts  qui 
n'arrivèrent  point,  &  fembla  pren- 
dre plaifir  à  lui  faire  confumer  le 
temps  dans  des  marches  fans  ob- 
jet ,  ou  dans  des  fiéges  fans  confé- 
quence. 
Convoca-      Cependant    les   difpofitions    que 

ciics  de  i>ifc  Jtiies  avoit    montrées   pour  la  paix 

&  de  Latran.  étoient  prefqu'erttiéremeut  changées  : 

Guicçhar-  coufidéraut  que  le  roi  de  France  avoir 

^tettrei  de  quitté  le  voifinage  de  l'Italie  pour 

^^Éicaf^'    retourner   à  Blois  ;   qu'il    avpit  en^ 
^aa^nc.  voyé  toutes  fes  forces  fur  les  confins 

Pi/iii.  ^e  1^  Germanie ,  où  Maximilien  les 

retiendroit  dans  Tinadion  ;  il  com- 
prit qu'il  n'avoir  plus  rieri  à  redou-  ' 
ter    pour  cette  année ,    finon  de  la 
jpari  du  concile  de  Pife,  contre  le- 


Lovis  XII.  }19 
1]ael  il  ne  tarda  pas  à  prendre  des 
précautions.  Cinq  cardinaux  feule-  Ann.  isx*» 
ment  Tavoient  convoqué  ,  fous  la 
proteâipn  de  l'empereur  &  du  roi 
de  France  :.  trois  autres  ,  favoir ,  les 
cardinaux^  d'Albret ,  de  Final  ,  ôc 
Adrien  Cornetto  >  avoient  promis 
d*y  adhérer,  mais  ne  vouloient  point 
encore  qu'on  les  nommât  :  des  cinq 
premiers ,  l'un ,  favoir  le  cardinal  Co- 
fenza,  mourut  avant  le  temps  in- 
diqué pour  la  célébration  :  des  trois 
derniers ,  deux  ,  favoir  ,  Final  & 
Cornetto  ,  révoquèrent  leur  engage- 
ment ;  il  n'en  refta  donc  encore  que 
cinq ,  qui  n'étoient  pas  même  bien 
d'accord  entr'eux,  &  qui  pouvoient 
encore  moins  compter  fur  Vernie" 
reur,  l'un  de  leurs  deux  proteâeurs 
depuis  la  première  convocation,  ils 
n'entendoient  plus  parler  de  lui  j 
il  ne  paroiflbit  de  la  part  ni  pré- 
lats de  Germanie ,  ni  ambalTadeurs 
fondés  de  procuration  :  pour  don- 
ner quelque  couleur  i  un  change- 
ment a  brufque ,  il  fe  plaignoic 
qu'on  eût  choifî  pour  la  tenue  de 
ce  concile  une  ville  d'Italie,  bien 
que  cette  ville  fut  un  fief  de  l'em- 
pire^ &  qu'il  eût  lui-même  approa« 


3J0  Histoire  de  France. 
!  vé  ce  choix  :  il  demandoit ,  avant 
Ann.  lyii  tout,  cjue  le  concile  fût  transféré 
en  quelque  ville  libre  de  la  Qerma- 
niej  ce  gui  auroit  rendu  la  première 
convocation  illufoire.  Le  motif  fe- 
cret  qui  faifoic  agir  Maximilien  efl: 
fi  extraordinaire ,  qu'on  ne  le  croî- 
roit  jamais.,  fi  Ion  n'en  avoir  les 
preuves  les  plus  authentiques  :  par- 
mi tous  les  projets  qui  lui  rouloienc 
,  dans-latste,  il  avoir  conçu  celui 
d'être  pape ,  en  réuniflànt ,  à  l'exem- 
ple des  premiers  Ccfars  ,  la  dignité 
de  fouverain  pontife  à  celle  d'em- 
pereur ,  ou  de  chef  de  la  république. 
Il  étoit  veuf  de  fa  féconde  femme  , 
&  difpofé,  s'il  le  falloit,  à  rece- 
voif  le  Câfâûere  de  la  prêtrife.  Il 
vouloir  donc,  en  contribuant  à  dc- 

f>ofer  Jules  II ,  fe  bien  aflurer  que 
a  tiare  tomberoit  fur  fa  tête  :  ce 
n'ctoit  certainement  ni  Tintentioa 
de  Louis  XII,  fon  coopérateur , 
ni  celle  de  Carvajal ,  cardinal  de 
Sainre-Croix ,  que  les  cardinaux  diflî- 
dents  reconnoiiïbient  pour  leur  chef. 
Cependant,  comme  on  ne  pouvoir 
fe  difpenfer  d'ufer  de  la  plus  grande 
déférence  envers  l'empereur ,  on  lui 
promit  que  dès  que  les  pères  auroieiic 


Louis  XII.  jjt 
fait  Touverture  du  concile  dans  la  l 
ville  de  Pife ,  où  il  avoir  été  indiqué,  Ann.  iju* 
ils  le  transféreroient  dans  telle  ville 
de  Germanie  qu'il  jugeroit  à  pro- 
pos. Sur  cette  parole  ,  il  promit 
d'envoyer  à  Pife  des  àifiban'adeurs 
chargés  de  procuration  j  mais  il  déj 
clara  qu'aucun  évêque  de  fes  Etats 
ne  s'y  rendroit  que  la  tranflation  _ 
n'eût  été  faite.  Jules  ,  inftruir  des 
embarras  où  fe  trouvoient  déjà  ces 
cardinaux  diflidents  9  crut  que  pour 
faire  tomber  tous  leurs  projets ,  il 
fufEfoit  de  leur  enlever  la  feule  ar- 
me dont  ils  puflent  faire  ufage  con- 
tre lui.  Le  concile  de  Conftance, 
tenu  un  fîecle  auparavant ,  avoit 
ftatué  que  tous  les  dix  ans ,  au  plus 
tard ,  on  aflembleroit  un  concile  écu- 
ménique,  pour  réformer  les  abus 
qui  pourroient  s'être  introduits  dans 
la  difcipline  eccléfiaftique  :  que  le 
pape  feroit  fommé  de  le  convoquer , 
&  qu'au  cas  qu'il  négligeât  ou  refu* 
sât  de  s'acquitter  de  ce  devoir,  les 
principaux  membres  de  TEglife-y  & 
même,  à  leur  défaut,  les  puiflances 
fêculieres ,  comme  prépofées  de  Dieu 
au  maintien  des  loix  &  au  falut  des 
peuples ,  auroient  le  droit  de  le  con* 


jj.!     Histoire  DE  France, 
voquer.  Tous  les  papes,  avant  leut^ 
Ann.  lyii  intronifation  ,  avoient,  juré   robfer- 
vâtion  de  ce  décret,   &  malgré  les 
înftances  réitérées  de  prefque  tous  les 
fouverains,  ils  étoient  morts  fansac- 
qfuitter  leur  ferment.  Jules  avoir  juré 
eWijes  mains  de  tout  le  facré  collège 
qu'avant  deux  ans  ,  ii  donneroit  cette 
fatisfadion  à  l'Europe  :  huit  ans  s'é- 
toient  écoulés ,  fans  qu'il  fe  fut  mis 
en  devoir  d'accomplir  fa  promefTe  : 
on  produîfoit  Pade  de  fon  ferment , 
auquel  il  n'avoit  rien  à  répliquer.  Il 
prit  donc  enfin    le  parti   d'indiquer 
un  concile    général  pour  le  premier 
de  mai  de    l'année   fuivante  ,  dans  - 
le  palais    de  Latran.    Il  fumma  les 
cardinaux  diffiden^s  de  venir ,  avanc 
foixante  îours,  reprendre  leur  place 
&  leurs  fondions  dans  le  facré  col- 
lège ,    les  menaçant ,    en    cas  qu'ils 
perfiftaffent  dans  leur  rébellion ,  de 
les  dégrader ,  &  de  les  foumettre  â 
l'anatiiême.  Après  avoir  pris  ces  pré- 
cautions, il 'donna  audience  à  1  evê- 
que  [de   Murrai  ;    demanda ,   avant 
tout ,  la  reftitution  de  Bologne  ;  im-  ' 
-  pofa  des  conditions  onéreufes  au  duc 
de  Ferrare,  &  révoquât  tout  ce  qu'il 
avoit  accordé  dans  fes  premières  inf- 
trudtions. 


J 


Louis     XII.        3  î  3 
Jules  ne  prenoir  un  ton  fi    haut 


que  parce  qu'il  fe  voyoit  à  la  veille  ann.    mi. 
de^difpofer  des  forces  de  b  moitié      Animofité 
de  l^Europe.  Ferdinand    le  Catholi-  f^^bF^n^cc; 
que,  à  la  première  nouvelle    qu'il  ligue  de  u 
avoir  eue  de  U  déroute  de  Bologne,  ^'gLVccW^^^ 
avoit  fait  pafTer  en  Italie  Pierre  Na-  dîn. 
varre ,  à  la  tête  de  quatre  mille  hom-  .  P^  Martît 
mes  de  vieilles  troupes.  Cette  pre-    Manufc.d^ 
miere  efcadre  avoit  été  fuivie  ,  peu  ^ontatu 
de  jours  après ,  d'une  féconde ,  chargée 
d'un  plus  grand  nombre  d'Efpagnols, 
&  de   mille  arbalétriers  Anglois.  U 
ofFroit  de  faire  caufe  commune  avec 
le  faint  père  &  les  Vénitiens;  d'en- 
traîner dans  le  même  payti   le  roi 
d* Angleterre  &  l'empereur;  dechafler 
les  François  d'Italie  ,  &  .de  les  atta- 
quer dans  leur   piropre   patrie ,   par 
trois  ou  quatre   endroits  différents  : 
mais    il    formoit,  en  même-temps, 
des  demandes    que  Jules  ,  malgré 
toute  l'envie  qu'il   avoit  de  fe  ven- 
ger ,  avoic  encore  de  la  peine  à  luL 
accorder. 

Au  milieu  de  toutes  ces  agita- 
tions, Jules  tomba  fi  dangereufe- 
ment  malade  ,  que  le  bruitde  fa 
mort  fe  répandit  bientôt  dans  toute 
l'Italie  ;  le«  cardiuaus^  fe  mirent  ea  > 


3  54  Histoire  de  France. 
chemin  pour  fe  trouver  au  conclave. 
Ann.  ifn>  Rome,  dans  ce  moment  d*anarcliie , 
fut  à  la  veille  d*éprouver  une  révo- 
lution. La  vie  déréglée,  la  conduite 
violente  des  derniers  papes  y  avoient 
prodigieufement  diminué  le  refpefl; 
&  rattachement  pour  le  gouverne-^ 
ment  eccléfiaftique.  Pompée  Colon- 
ne &  Anthime  Savelli ,  deux  jeunes 
gens  des  premières  maifons,  ayant 
aflTemblé  le  peuple  au  Capitole ,  Tex-» 
horterent ,  par  un  difcours  violent 
&  féditieux,  à  brifer  le  joug  ayi-? 
lilTant  des  prêtres,  &àfe  mettre  en 
république.  Le  pape,  qu'on  avoir  cru 
mort ,  revint  de  la  fbibleflfe  :  il  re- 
couvra la  connoilFance  :  le  premier 
ufage  qu'il  en  fit ,  fut  d'abfoudre  le 
duc  d*Ùrbîn  fon  neveu,  qui  avôic^ 
encouru  les  cenfures  eccléfîaftiques  » 
en  fouillant  fes  mains  dans  le  fang 
d'un  cardinal.  Il  partagea  fes  tréfors 
entre  ce  même  duc  d'Urbin  ,  Sixte 
Gara  de  la  Rovere ,  un  autre  de  fes 
neveux,  qu'il  avoit  fait  cardinal  , 
&  la  fignora  Félicé  fa  fille  natu- 
relle ,  qu'il  avoit  mariée  à  Jean  Jour- 
dain des  Urfins.  11  recommanda  au 
facré  collège  de  procéder  canonique- 
ment  à  l'éleâion  de  fon  fucceffeur  ; 


Louss  XI L  335 
il  publia  même  une  bulle  pour  dé- 
clarer nulle  &  abu(}ye  toute  cledion  ann.  ish» 
où  il  y  auroit  des  preuves  de  fimo- 
Jtiie,  fans  fonger  alors  qu'il  four- 
nifToit  lui  -  même  des  armes  à  fes 
ennemis.  Dès  qu  il  commença  à  re-^ 

()rendre  des  forces  ,  il  conclut  avec 
e  roi  d'Efpagne  la  ligue  tant  de  fois 
projettée.  Ferdinand  le  "Catholique 
eniut  déclaré  chef ,  &  commit  pour 
fon  lieutenant  dom  Raimond  de 
Cardonne ,  viceroi  de  Naples ,  avec 
un  plein  pouvoir  d'en  diriger  tou- 
tes les  opérations ,  &  de  difpofer  fou- 
verainement  des  forces  dçs  confédé- 
rés :  le  pape  dut  fournir  pour  fon  con- 
tingent, &  à  fi^s  frais,  quatre  cents 
hommes  d'armes,  cinq  cent  che-* 
vaux  légers ,  &  (ix  mille  fantadins  : 
les  Vénitiens ,  huit  cents  hommes 
d'armes ,  mille  chevaux  légers ,  &  huit 
,  cents  hommes  de  pied  :  le  roi  d'Ef- 
pagne,  douze  cents  hommes  d'ar- 
mes, mille  chevaux  légers,  &  dix 
mille  hommes  d'infanterie  Efpagno- 
le  ,  pour  l'entretien  defquels  le 
pape  &  les  Vénitiens  s'obligèrent 
de  payer  conjointement,  quarante 
mille  ducats  par  mois ,  dont  deux 
xnois  feroient  payés  d'avance»  Ou- 


55^     Histoire  de  France.' 

cre  ces  troupes    de   terre  ,   le   rof 

Ann.  If II- d'Espagne  dut  entretenir  dou^e  ga- 
lères ,  les  Vénitiens  quatotaTe ,  tou- 
i'ours  prêtes  à  fe  porter  où  le  befoin 
'exigeroit.  On  ftipuU  que  le  pape 
excommanieroit  tous  les  princes  ou 
communautés  qui  s'oppoferoient  di- 
reâiemenr  ou  indiredement  à  cette 
ligue  y  foit  en  Italie ,  /oit  hors  de 
l'Italie  ;  qu'il  mettroit  leurs  terres 
en  interdit  ^  ôc  les  donneroic  aa 
premier  occupant  »  â  la  céferve  de 
toutes  les  places  d'Italie ,  qui  ayant 
appartenu  aux  Vénitiens,  dévoient 
leur  être  rendues  fidèlement  ,  en 
quelques  mains  quelles  tombaflTent. 
On  réferva  place  dans  ce  traité  » 
qu  on  nomma  ^la  fainte  union ,  au 
roi  d'Angleterre ,  dont  Tambaffa- 
deur  avoit  aflifté  à  toutes  les  con- 
férences ,  &  avoit  voulu  être  nom- 
mé comme  témoin  j  &  à  l'empe- 
reur »  qui  y  foit  par  une  fuite  de  fon 
indéciuon  naturelle  ,  foit ,  comme  il 
cft  plus  vraifemblable,  par  duplici- 
té &  pour  tirer  des  fecours  du  roi 
de  France,  dans  le  temps  qu'il  conf- 
piroit  fa  perte  ,  parut  outré  qu'on 
eût  ofc  prononcer  fon  nom. 
tHomin     Avant  que  cette  ligue  fut  rendue 

publique^ 


L  o  u  I  s    X  I  I.        537 
çobliqué  ,  qu'on  foupçonnât  même  '  '  ^ 

-qu'il  en  fût  queftion,  les  rois  d'Ef-  Anïîï.  tof- 
•pagnc  &  d'Angleterre  voulant  fe  des  roii  d'Ef- 
jnénager  un  prétexte  de  rupture  avec  5?Angictme. 
4a  France ,  chargèrent  leurs  ambaffa-  uttres  de 
•désirs .  .de  s'adrefler  conjointement  ^^*  ^^^* 
-au  roi ,  &  de  le  prier  de  rendre  au 
pape  la  ville  de  Bologne,  qui  appar- 
:ienoit  ad  faint  ficge  5  de  ce  (fer  d'en- 
ifiourager  la  rébellion  du  duc  de  Fer- 
rate  contre  ipn  fuzerain  ;  de  préve- 
.ûir  le  fcandale  &  le  fchifme  que 
pouvoir,  occafionner  le  concile  de 
•Pifej  d'adhérer  avec  tous  les  autres 
-princes  chrétiens  à  celui  de  Latran; 
d'abandonner  à  là  vengeance  du 
faint .  père  les  cardinaux  '  réFraftai^ 
.reç,! auteurs  de  toutes  ces  brouille- 
-ries:. enfin  de  fournir  des  troupes 
:à  Mar^^rke? d'Autriche  ,  -  gouver- 
•nante  .des.  Pays-Bas  ,  poiir  châtier  le 
.duc  de  âueldres.  Louis  répondit,  en 
.peu  de  mots,  qu'il  n'avoit  rien  à 
dénicler  avec  le  pape;  qu'il  îgno- 
•  roic  encore  ks  motifs  qui  avoient 
:  porté  Jules  à  lui  faire  la  guerre  , 
-pruifauHl  n'avoir  pas  plu  à  ce  pon- 
:tife  de  les  déclarer  j  que  lès  Ben- 
rivoglio,  en  rentrant  en  pofTeffion 
*de  Bologne ,  dont  le  domaine  util# 
Tome  XXII.  P 


^)t     Histoire  mi  Faakce; 
ietir    apparcenoic   depuis  plus  d'im 
Anm.  i^i.  §^cI^  >  n'avoienc  rien  tait  que  de  con* 
forme  au  droit  naturel  &  aux  pxin^ 
cipcs  du  droit  des  gens  :  qu'ib  of« 
froient  »  aioH  que  le  duc  de  Eerra- 
ce  »  de  payer  au  faint  iîége  les  ja&- 
mes  redevances  »'  ou  même  des  re- 
devances plu&  fortes  que  celles  qa*a* 
voient  payées  leurs  ancêtres  ;  que 
l^affaire  du  concile  de  Pife  étoit  un 
point  de  difcipline    ecdéfiaftique, 
iur  lequel   il    s  en  rapportoit  aux 
décidons  des  évèqiies  de  fon  royau- 
me »  des  théologiens  6c    des  jurif- 
confulces  :  qu'ayant  ref  u  fous  fa  pro- 
_  ,teâioa  les  cardinaux  qui   s'étment 
crus  en  droit  de  le  convoquer»  il 
ne  pouvoit,  fans  manquer  à  la  foi 
publique ,  les  abandonner  â  la  ven- 
geance du  pape}  mais  qu'il  verroic 
toujours  avec  la  plus  grande  fatis- 
faâion  les  Chrétiens  fe  séumr  pour 
jréformer  les  abus  énormes  de  la  cotv 
de  Rome:  que  par  rapport  an  duc 
4e  Cueldres»  il  avoir  employé  fes 
hons  offices  9  il  aviott  eu  recoinrs  anx 
prières  &  aux  menaces  pour  termi- 
ner une  querelle  qui  lui  dépkifoit 
plus  qu*â  perfonne  :  qu'il  concinae- 
roit  d'agir  de  la  même  manière  »  fana 


Louis  XII.  jjj 
fe  laider  rebuter  par  le  peu  d'égards  : 
jbu*on  avoir  montré  jufqu*alors  pour  Afm:  ifu. 
£1  médiation ,  mais  que  ni.  Tempe* 
reur  ni  aucun  autre  prince  ne  pou- 
voient  raifonnablement  exiger  qu'en* 
crerenanr  contre  les  Vénitiens  ,  & 
dans  une  guerre  qui  lui  étoit  tota- 
lement étrangère ,  trois  fois  plus  dé 
troupes  ou  il  n*étoit  obligé  d'en  four- 
nir par  les  traités  ,  il  foudoyât  en- 
core une  autre  armée  pour  la  défen- 
fe  des  Pays-Bas  :  qu'il  avoir  renpn- 
cc  a  l'alliance  du  duc  de  Gueldres^ 
qu^  Tabandonnoit  à  fon  malheu- 
reux fort  ;  mais  que  ce  duc  n'étant 
point  fon  vaflàl ,  avoit  le  droit  de 
ne  pas  déférer  a  fes  confeils. 

Quoique  les  ambaffadeurs  n'infif-    Aâfàirt  ae 
tàflent  fur  aucun  de  ces  pointa,  &  pa-  ^"pj^"'* 
rutlent  pleinement  iatistaîts ,  Louis  ,  gmc['  ^^^ 
craignant  toujourr  que  cette  malheu-    -2f«r«  ^ 
reule  afeire  dô  Gueldres  ne  finîr  pat  ^''"'  ^^ 
lui  enlever  Talliance  de  Tempereur  qui 
)ai  devenoic  de  jour  en  jour  j^os  hé- 
ceflâîre,  mit  toute  fon  application  â  y 
'trouver  quelque  dénouement*  Char- 
les d'Egmont ,  tout  foîble  qu'il  éroh 
par  lui  même ,  venoit  d'enleverii  far- 
chic^ucla  forte  place  de  Bomel  :  il re- 
c6voit  às%  fecours  d'argent  d^U^^r 

Pi) 


J40     HistoiRE  OE  France» 
!i:  chedè  de  Lorraine  fa  fœar ,  veuve  dé 
Ann;  ifii.  René  de  Lorraine  ,  &  régente  de  cet 
Etat ,    pendant    la  minorité    d'An-' 
toine  Ton  fils  aîné.  Marguerite  d'Âu-* 
triche   n^ignoroit  pas    d  où    prove- 
noient  ces  fecoars  ;  mais  cherchanc 
à  liguer  tous  les  princes  contre  Lottîs  , 
elle  l'accufoit  malicieufement^de  les 
fournir,  &  pour  juftifier   cette  im- 
putation calomnieufe  ,  elle  produifîc 
au  roi  lui  même  l'extrait  d  une  lettre 
où  elle  étoit  avertie  que  la  France  U 
trofaipoir.  Si  cette  lettre  n'étoit  pas 
fuppofée  >  elle  ne  pouvoir  venir  que 
de  Ferdinand^:  Louis  crut  Ty  recon- 
noître,  &  comme  cette  matière  tou« 
choit  fon  honneur  »  il  répondit  :  que 
fi  U  ptrfonnagc  itoit  d*un  rang  à  fi 
tadfif  çpntn   lui ,    il    tenvérroit  di^ 
fxr  *  que  y  il  nUtoie  pas  fon   égal , 
il  trouverait  des  amis  dans  jbn  royau^ 
me    qtd  foutiendroient  fa    querelle   , 
&  le  eomboHroient»    Marguerite  ne 
voulut. point  nommer  le  perfonna- 
ge ,  mais  continua  d  accufer  &  de  fe 
plaindre.  Le  roi  eut  plus  d  afcendant 
lur  lefprit  du  duc  de  Gueldres  ;  le 
vidorieux  Charles ,    quoiqu'il    n*î- 
gtiorât  pas  l'envie   que  Louis  avoit 
de  ménager  la  maifon   d'Autriche  , 


L  O  17  t  s     XI I.         J4t 
étoît  d'ailleurs  fi  convaincu  de  Të- 
quité  de  fon  juge,  qu'il  ne  balan- ann.  i\n» 
ça  pas  à  lui  remettre  fes  intérêts  en- 
tre les  mains  ,  promettant  de  fouf- 
crire  aveuglément  à  tout  ce  qu'il  au^ 
roit  décide.  Marguerite,  preïTée  de 
s'expliquer  à  fon  tour ,  déclara  enfin 
qu'elle  ne  pouvoir  traiter  fans  Taveu 
&  la  participation  des  rois  d'Efpa- 
gne    &  d'Angleterre  ,    qui  avoient 
éfoufé  la  querelle  de  fon  pupile  ,  & 
qui  n'ccouteroient  déformais  Char- 
les d'Egmond  ,  que  Ibrfqu'il  fe  ren- 
droiç  à  merci.  Brentôt  en  eftet  dé- 
barquèrent   dans   les    Pays-Bas    de^  ^ 
corps  de  troupes  Angloifes  &  Efpa- 
pnoles  )  mais  elles  ne  remplirent  pas 
Pattente  de   Marguerite  :   ne  rece- 
vant point  de  folde  de   leur  pays  , 
&  n'ayan^t   pu   s'introduire  dans  la 
Gueldre,  hériflce  de  places  fortes  , 
elles  fe  mirent  à  piller  ceux  qu'elles 
dévoient  défendre  :    on  ne  fongea 
qu'à  les  renvoyer  promptement. 
.    L'empereur  &  le  roi  de  France    q^^^j^^ 
avoient  été  fimples   fpeftateurs   de  du  concile 
cette  guerre  ;  leur  alliance  fubfiftoit  ^*  ^^^^* 
toujours,   du  moins   à   l'extérieur  :  j,-^*"*  *^ 
ils  prenoient  desmefures  commu-   ' 
ncs  pour  abattre  les  Vénitiens ,  pour 
Piij 


J44      HtSTOlRE    I^B  .pRÀNCrf. 

cette  ville  ayant  été  invité  aux  pre-^  ^ 
Ann.  ifn.  mieres  feffions  ,    pas  un   feul  reli-  - 
gi^ux  ne  s'y  trouva.    Les  prêtres  fé- 
«iliers  refuferent  de  prêter  des  or- 
nements pour  célébrer  le  fervice  di- 
vin ,  &  il  falloir  attendre  des-  or- 
dres du  fcnat  pour  faire  ouvrir  les 
cglifes.  Ces  ordres  ne  venoient  ja- 
mais à  propos ,  ou  étoi^nt  contra-» 
didtoires  :    c'eft  que   le    fénat ,  en 
même  temps  qu'il  ufoit   de    défé- 
rences envers  le  roi,  ménageoit  tou-% 
jours  l'impétueux  pontife^  craignant* 
d'attirer  fur  Florence  les   premiers  v 
efforts  de  l'armée  de  l'union.  Sans- 
ofer  chaffer  de  Pife   les    pères    du: 
concile  ,  ils  cherchoient  à  leur  don-, 
lier  des  dégoûts  qiii  les  obligeaflent 
de  fe  retirer  d  eux  mcmes*  La  for-, 
tune  les  fervit  à  fouhait  :  on  eft  feu-i 
lenient  fâché  qu'une  aventure  fcan-, 
daleufe  ait  pu  avoir  tant  d'influence 
fur  une  affaire  aufli  férieufe  &  aufli 
importante   que    l'étoit  l'affemblée 
d'un  concile  général,   deftiné  à  ré- 
former l'Eglile    dans    fon  chef  & 
dans  fçs  membres.  Un  archer  Fran« 
çois  infulta  fur  le  pont  de  l'Arve 
une  femme   de  mauvaife  vie  :    ces 
objets  dévoués  au  mépris  public  en 


Louis  X  I  L  34$ 
France ,  font  moins  vils  en  Italie  : 
elle  trouva  des  défenfeurs  :  on  en  Anh.  iîh. 
vint  aux  mains  :  l'archer  fut  fe- 
couru  par  fes  camarades  :  les  Pi- 
fans  &  les  Florentins  défendirent 
leurs  concitoyens.  Les  cpées  furent 
tirées ,  &  le  fang  ruiflela  de  tous 
côtés.  Lautrec  &  Châtillon ,  accou- 
rus pour  appaifer  le  tumulte ,  reçu- 
rent des  bleflTures ,  &  ce  qui  n'étoit 
3ue  la  querelle  d'un  ivrogne  & 
*une  proftituée ,  devint  une  affaire 
férieufe.  Les  pères ,  qui  avoient  dé- 
•  ja  tant  d'indices  de  la  mauvaife  vo- 
onté  de  leurs  hôtes,  &  qui  trem- 
blèrent dans  cette  occafîon  pour  leur 
vie  ,  prirent  occafion  de  ce  tumulte 
pour  transférer  le  concile  à  Milan , 
où  ils  dévoient  être  mieux  gardés 
&  plus  refpe£kés.  ^  n  • 

En  effet  leur    entrée  dans   cette  aTconciU^à 
ville    eut  l'air  d'un   triomphe:    le  Milan:  imip- 
clergé  féculier   &  régulier    alla  les  1^^'"'"'^' 
recevoir  en  proceflîon  ,    précédé  &     ^Haconcé 
fuivi  de  la  multitude  des    citoyens  ^'f^" 
de  tout  âge,  chantant  des  hymnes  ,  louux/r. 
&  faifant   retentir  l'air    d  acclama-      Guicchar- 
tions.  Cette  joie  dura  peu  :  le  len-     a  Martin 
demain  de  leur  arrivée  ,  on   apprit  ^^  -^"l'* 
qu^une  multitude  effroyable  de  Suif- 

Pv 


J4^  HfsToiRE  DE  France. 
(es  ,  defcendanc  de  leurs  manta- 
AwN.  If II.  gncs  ,  fe  raflembloient  à  Varefe  5 
dans  la  ferme  réfolucion  de  venir 
droit  à  Milan  >  &  de  faccager  tout 
ce  qui  feur  oppoferoic  quelque  ré- 
fiftance.  Le  peuple  crédule  crue 
appercevoir  dans  ce  fléau  un  effet 
de  ia  vengeance  célefte  fufpendue 
iur  la  tète  de  ces  fchiimatiques  :  on 
les  accabla  de  malédiâions,  8c  ils 
auroient  couru  de  plus  grands  rifques 
qu'à  Pife ,  fi  le  gouverneur ,  dont  Tao- 
torité  étoit  fouv^rainement  refpeo- 
tce ,  n'eût  prompteœent  étouffé  ces* 
femences  de  fédition. 

Ce  gouverneur  étoit  le  célèbre 
Gaflon  de  Foix,  âgé  feulement  de 
vingt-deux  ans.  Louis  ,  qui  avoic 
conxenti  à  être  nommé  fon  tuteur  » 
qui  lui  tenoit  lieu  de  père  ,  s'étoic 
occupé  de  fon  éducation ,  Se  avoic 
eu  lieu  de  s'applaudir  de  fes  foins  : 
un  génie  vif  &  perçant,  un  courage 
indomptable,'  une  ame  généreufe 
&  fenfible,  un  fond  înépuifable 
d'enjouement  &  de  gaité ,  une  ga- 
lanterie noble  ,  une  figure  majef- 
tueufe,  qui  infpiroit  toUt  à  la  fois 
le  refpeâ  &  la  confiance ,  rendoient 
Gaftdti  les  délices  des  fociécés>   6c 


L  o  t;  I  s  XII.  j[47 
rklole  des  guerriers.  Il  avoir  faif 
fes  premières  armes  à  l'expédition  ann.  isn. 
de  Gênes  :  depuis  ce  remps,  il  ne 
s'étoit  poinr  donné  de  combat  où  il 
nefe  fût  trouvé  en  perfonne ,  condui- 
fanr  ordinairement  Tavant-garde  de 
Tarmée.  Les  gendarmes,  qui  Ta*? 
voient  vu  croître  au  milieu  d'eux ,  & 
fe  précipiter  enfuite  comme  un  lion 
au  milieu  des  baraillons  ennemis , 
un  bras  nu  ou  couvert  d'une  (im- 
pie écharpe  ,  pour  C^motir  de  fa  da- 
me ,  pleins  d'admiration  &  de  ten- 
dre(Ie  ,  avoient  hâté  par  leurs  vœux 
&  leurs  éloges ,  fon  avancement. 
Louis  ,  en  liii  conférant  dans  un  âge 
fi  tendre  l'emploi  le  plus  glorieux 
^  le  plus  difficile  de  TEtar ,  avoir 
inoins  écouté  fon  inclination  parti- 
culière que  le  fuffraee  unanime  des 
officiers  &  des  folc&rs.  Cétoit  la 
première  fois  que  Gafton  fe  trouvoit 
chargé  du  commandement  général , 
&  jamais  début  n'exigea  plus  de 
reflources  &  de  patents.  Les  Suiffes 
ne  s'étoient  ébranlés  que  vers  la  fin 
de  novembre  ,  temps  où  l'infanterie 
étrangère  au  fervice  de  laPrance  étoit 
licenci  ée  ,  où  la  gendarmerie  éparfe 
dans -^  des  quartier  éloignes  les  nns 

Pvj 


348     Histoire  DE  France. 
des  autres ,  ne  devoir  fe  raflembler  * 
-  Ann.  nu.  qu'à  la  fin  de  Thiver»  M.iximilien  , 
qui  peut-être  nignoroit  pafe  le  pro-' 
jet  des  Suitfes^  avoit  fait  les    plus 
vives  inftances  pour  attirer  la  plus 

Srande  partie  de  cette  gendarmerie 
ans  le  Frioul  &  dans  l'iftrie,  c'eft- 
à  dire  ,  fur  les  frontières  de  rÀllenaa-. 
gne  -:  n'ayant  pu  en  venir  à  bout ,  il 
avoit  du  moins  obtenu  qu'elle  de- 
meurât, tant  que  la  faifon  l'avoit 
permis ,  dans  le  Trévifan  ,  &  qu'elle 
prît  fcs  quartiers  d'hiver  à  Vérone  , 
&  dans  le?  autres  Etats  de  terre-, 
ferme.de  la  république  de  Venife. 
Gafton ,  dans  ce  befoin  preflant  y  ne 
put  raflembler  que  trois  cents  lan- 
ces,  deux  cent  gentilshommes,  6c 
trois  à  quatre  mille  aventuriers  Fran- 
çois. Avec  ce  détachement ,  il  s'a- 
vança-jnfqu'au  camp  des  Suiffes  poui; 
retarder  leur  marche  ,  pendant  que 
les  officiers  ,  qu'il  laifToit  à  Milan  y 
y  faifoient  entrer  des  prôvifions,  dé- 
truifoîent  une  partie  des  fau^^bourgs, 
où  les  Suifles  eulTent  pu  fe  loger , 
&  travailloient  fans  relâche  à  répa* 
rer  les  fortifications.  Gafton  trouva 
dix  mille  SuilTes  campés  à  Galera  : 
il  eut  Taudace   de  faire  le  cour  de> 


Louis  XI L*  J49 
leurs  retranchements  ,  comme  s'il 
eue  été  dans  rintention  de  les  atta-  Amn.mix. 

3uer  ,    de  ranger  fa  petite    troupe 
ans   la  plaine ,  &  de  les  défier  au 
combat.  Les  SuilTes  fortirent  en  or- 
dre de  bataille  ;  mais  ne  voulant  pas 
hafarder  une  aâion  générale  en  rafe 
campagne    contre  de   la  cavalerie  » 
avant  Tarrivée .  d'un  nouveau   ren- 
fort qui  devoit  venir  les  joindre ,  ils 
rentrèrent  dans  leur  camp.    Ayant 
reçu,  peu   de  jours  après  »  ce  ren- 
fort ,  ifs  vinrent  le  déâer  à  leur  tour  : 
mais  Gafton ,  qui  avoir  eu  le  temps 
de  faire  renfermer  dans   les  places' 
fortes  les  payfans ,  les  vivres  Sc  les 
troupeaux  ,    retira   doucement  Tes 
troupes  ,  achevant  de  ruiner  la  cam- 
pagne fur  la  route  que  dévoient  te- 
nir les  SuifTes  ,  les  obligeant  à   fe 
tenir  toujours  ferrés  ^  &  il  les  attira 
fur  fes   pas  jufques  dans  les  faux- 
bourgs  de  Milan.  La  ville  étoit  en 
état  de  défenfe ,  &  il  y  arrivoit  de 
moment  à  autre  des  compagnies  de 
gendarmerie    &    d'infanterie.     Les 
Suifles  ,  qui  avoient    confommé  les 
vivres    qu'ils  avoient    apportés    de 
leur  pays,  qui  ne  recevoient  encore 
aucune  nouvelle  de  l'aifmée  de  Tu- 


55 i  HrsTOtRE  DB  Franck; 
foient  point  aflez  de  fubfiftances  i 
Ann.  If  II.  depuis  un  temps 'immémorial  il  les 
tiroient  des  duchés  de  Milan  &  de 
Bourgogne  ,  au  moyen  des  privilè- 
ges que  leur  avoient  accordés  les 
fouverains  de  ces  deux  Etats  :  Louis  , 
depuis  même  qu'ils  avoient  renoncé 
à  Ion  alliance ,  avoir  confervé  ces 
^  privilèges  ,  pour  laiffer.  une  porte 
ouverte  à  la  réconciliation  :  il  ve- 
noit  enfin  de  les  retrancher  j  ce  qui 
joint  à  la  privation  des  penfions 
qu'ils  touchoient  auparavant  de  la 
France ,  menaçoit  le  pays  d'une 
entière  défolation.  Cette  perfoeûivè 
effrayante,  réveillant  le  zèle  des 
nombreux  partifans  qujB  le  roi  avoir 
encore  parqii  les  cantons,  ils  ob- 
tinrent qu'on  lui  adrefsât  une  nou- 
velle députation  :  les  dix-huit  dé- 
putés ,  admis  à  l'audience  du  roi , 
fe  plaignirent  amèrement  qu'après 
avoir  employé  leurs  bras  ,  qu'après 
avoir  épuifé  leur  fang  pour  cimen- 
ter fa  domination  en  Italie  ,  le  mo- 
narque fe  prévalût  des  avantages 
qu'il  devoit  en  partie  à  leur  va- 
leur pour  les  accabler  de  mépris  , 
&  pour  les  réduire  dans  la  plus  af- 
freuie  pauvreté  :  ils  le  prièrent  de 


-Louis    X I L        }  5  j 
Boettlre   des  bornes  à  fon  reflfenti- 
menc,   &   de   leur  rendre  fon  aU  Ann.  xfiz* 
liance ,  en   les  dédomitiageane   des 
pertes  qu'ils  avoknt  déjà  fdufFertes  : 
ils  lui    repréfenteretit    que   le  fang 
Uelvérique   n!écoic   point   aflfèz   vu 
pour  qu'on  dût  cbicantier  davantage 
de  braves  foldars  fur  ce  qui  pouvoio 
leur  être  dû  :  cflie  les  penfions  donc 
ils  demandoient  une  légère  augmen- 
tation, éroienc  employées  à  confo-  , 
1er  des  veuves  6c    des   malheureux 
orphelins    de  la  perte    d  un   père  » 
d'un  époux ,  morts  en  le  fervant  fi- 
dèlement.   Louis  ,   qui    ne    trouva 
point  encore  leurs  demandes  atfez 
réfpeâueufes  ,   &    qui  fe  pe*^  (uada  . 
qu'un   peu  de  rigueur    de  phis  les 
lui  ramenèrent  plus  dociks  &  plus, 
foiàmis  y    leur    reprocha    durement 
rufurpation  de  fiellmzotie  contre  la 
foi   publique  ;  leurs   lenteurs   étu^ 
diées  y  lorfqu'il  avoir    été   queftioa 
d;.>  le  fervir  ;   les    mutineries    éter- 
nelles de  leurs  foldats  ;  leur  arro- 
gance &  leurs  exaâions ,  &  les  ren-- 
voya ,  le  défefpoir  dans  Tame ,  per- 
dant ainfî  la  feule  occaHon  que  lui 
préfentoit  encore  la  fortune  de  triom- 
pher de  toute  la  malice  de  fes  enner 


$$4     Histoire  se  Prancc; 
mis  &  de  fes  faux  alliés*  En  recher-^ 
Ann.  If IX.  chant  les  caufes  d  un  procédé  (î  peu 
réfléchi,  on  les  découvrira  ians  pei^* 
ne  dans  la  préfompcioa  qu*infpire 
aux  moreels  les  pins  fa^es  use  longue 
profpéricé  ;  dans  les  faufles  protefta- 
tions  du  roi  d'Efpagne ,  qui  lui  fai* 
foie  dire  en  confidence  qu'il  ne  s'é-- 
toit  ligué  avec  le  pape  &  les  Véni- 
tiens,  qu*afin  de  les   obliger ,   eo 
difpofant  de  toutes  leurs  forces,    â 
foufcrire  aux  conditions   équitables 
qu'on  leur  offroit  inutilement  aupara- 
vant :   dans    les  proteftations    aoâi 
faufTes  du  roi  d'Angleterre,  qui  dé»» 
claroît  qu'en    donnant    des  fecours 
an  pape  ,  il  n'entendoit  point  déro* 
ger  aux  traités ,  ni  entrer  en  guerre 
avec   la. France  :    dans  la  trahîfon 
plqs  rafinée  encore  de  Maximilien  , 
qui ,  dans  te  temps   qu'il  s'unlflfoit 
a   la  fainre  union,   offroit  ati    roi 
pius  de  lanfquenets  qu'il  n'eu  vou- 
drpiclbttdover ,  &  à  beaucoup  meil- 
'  leur  marche  que  les  Suifles  ;  encou-» 
rageoir  cet»  de  fes  Etats  hétédi^ 
taires  à  fe  préfenter  en  foule  fous 
les  drapeaux  François.    Ajoutons  i 
routes  ces  confidérations  l'économie 
de  .Louis ,  la  crainte  qu'il  avoit  rott« 


L  o  ty  f  s    XÎI.       îjf 

Jours  montrée  de  fouler  fes  {\ijets 

poar   une  querelle    qui   leur  écoic  Ann.  ifiit. 

étrangère ,  &  la  détceflTe  où  Tavoient 

mis  les  emprunts  répétés  de  Maxi* 

milien. 

A  peine   avoit^il  commis   cette  *^****^ 
faute ,  qu'il  reçut ,  coup  fur  coup  ,  Ann.  i  f  hw. 
deux  nouvelles  bien  capables  de  Ten  ^^ '^JJ^^j^'? 
faire  repentir  :  la  première  portoit  Uen&deFer- 
que  rarmée  de  Funion ,    forte   de  i^^;,,^il 
dix-huit  cents  lances  >  de  feize  cents  un  agem  du 
chwwx  légers,  &  de  ftize  mille  w^J^^^^^^ 
hommes  d'mfanterie^  s*avançoit  du  Louis  poutfe 
côté  de  Bologne,  &  qu*eile  invefti-  ^«'"«"' 
roit  cette   place   dans  les  premiers  gj^^i' 
jours  de  janvier  ;  par   la  féconde  ,     if«''«  ^ 
on  lui  donnoit  avis  que  Maximilien  ^clhfnH'de 
avoir  envoyé  des  minières  plénipo-  M.  de  Bm- 
lentiaires  en  Italie,  chargés  decon-  (g^^j^;  ""* 
dure  une  paix  ou  une  trêve'  parti* 
culiete  avec  les  Vénitiens ,  par  la  mé* 
diation  fc  fous  la  garantie  du  roi  d*E{^ 
pagne  &  du  pape.  Ferdinand  <}ui  avoit 
découvert  la  paffion  qu'avoic  Maxi« 
milien  de  fuccéder  â  Jules  II  fur  \% 
chaire  de  faint  Pierre,  loindeconi* 
battre  cette  ridicule  fantaifie,   s'en 
étoit  habilement  >fervi   pour  Texci- 
ter  à  hâter  fon  traité ,  -en  lui  repré-^ 
fentant  qu'il  ne  pouvoit  faire  aucua 


'55^      HiSTOIHB    Ï>1   pRÀKCÎg. 

fondement  fur  ce  phancôme  de  can^ 
A«N.  ifii.  cile  ,   d*^âbord  indiqué  à  Pife ,  trans- 
féré enfuite   à  Milan ,    &    unique- 
ment deftiné  à  fervir  les  paflions  des 
François;  que  le  pape  étoic  vieux, 
infirme  &  menacé  d  une  mort  pro- 
chaine;   qu'on   pourroit   peut-être 
l'engager  à  fe  choifir  un  coadjuteur  ; 
que  dans  le  cas  même  où  Ton  fe- 
roit   obligé  d'attendre   fa  mort,    il 
n'y  avoir  point  de  temps  à  perdre , 
qu'il  falloir  pratiquer  les  cardicmux  : 
qu'il  répondoit  d  avance  de  la  fac- 
tion Efpagnole,  qui  étoit  très  nom- 
breufe  dans  le  facré  collège  ;    quer 
deux  ou  trois  cents  mille  ducats  fe« 
rotent   plus  que   fuflîfants  pour  ga- 
gner tous   les   aurres.  Ces  raifons^ 
que    nous    avons    recueillies   d'une 
lettre  de  Maximilien  à  Marguerite 
fa  fille  >  ne  furent  pas  les  feules  qui 
déterminecent  MaximiUen  à  chan- 
ger de  parti:  il  avoit  plus  que  ja« 
tuais  beioin  d'argent;  le  roi  de  Fran* 
ce  avoit  déclaré  qu'il  n'en  fourniroic 
plus  :  les  Vénitiens    en   ofFroient  , 
pourvu  feulement    qu'il  leur  aban* 
donnât    des  places  qu'il  ne  pouvoic 
plus  leur  enlever.    Outre  des  fom- 
mes  confidérabies ,   on  lui  o£roit , 


L  o  V  I  s     XII.       357 

pour  prix  de  cette  ceffioh  ,  des  prin- 

cipautés  ,  des  provinces  3   des  du-  amm.  ijtJ^ 
chés ,  en  Italie ,  en  France  y  &  far  les 
bords  du  Rhin.  Cependant,  comme 
coûtes  ces  offres  fe  réduifoienc  en-, 
cote  à  des  promefTes,   qu'elles  dé-* 
pendoient  pour  la  plupart  de  latéudî^ 
te  d'un  projet  qui  pouvoir  échouer , 
Maximilien  voulant  tenir,  au  roi  de 
France  jufqu'd  ce  qu*il  trouvât   un 
moyen  infaillible  de  raccabier,*tâ« 
choit  encore  de  lui  faire  approuver 
fon  procédé  :  tantôt  il  fe  plaignoit 
de  la  proteâion  accordée  au  duc  do 
Gtieldres ,  fon  ennemi  ;  du  peu  de 
zèle,  ou  plutôt  de  la  froideur  avec 
Jaauelie  on  l'avoir  aitifté  contre  les 
Veniriens  :.  tantôt  il  demandoit  de 
nouveaux  fecours  d!hommes  &  d'ar- 
gent, promettant  de  marcher  droit 
à    Rome ,   de  punir   les  infradeurs 
de  la  ligue  de  Cambrai ,  &  d'amener 
Jules  devant  le  concile  de  Pife  pour 
y  rendre  raifon  de  fa  conduite  ;  en-r 
fin»  prenant  déjà  le  ton  de  protec- 
teur à  régaiid:*du  roi ,.  il  s'obligeoic 
^e  le  défendre  envers  &  contre  rpùs» 
fcomrfie  /on.feudataire  &:  fon  vaHal , 
.à  raifon  du  duché  de  Milan. .  Fer- 
dinand^ 4e  fon  côté ,  qui  tenoit  tou* 


J59  HistoiRE  Dfi  France. 
:  jours  on  ambafladear  i  la  cour  de 
AnN.  ifu.  Louis ,  afFedanc  un  zèle  fans  bornes 
pour  la  caufe  de  la  religion ,  ne  de-* 
mandoit ,  pour  effeâuerles  promefles 
&  rendre  le  calme  à  l'Italie  »  que  la 
diflblocion  du  conciliabule  de  Pife  » 
Se  une  foumiffion  au  moins  appa* 
rente  au  père  commun  des  fideies. 
Louis  9  qui  avoit  déjà  eu  l'impru- 
dence  d'avouer  â  Tambaflâdeur  Ef* 
pa|^ol  que  ce  prétendu  concile  n'é* 
toit  qu*unc  farce  &tfntpottvenùûl^  dont 
il  ne  vmUoiefi  ferrir  que  pour  amener 
lepdpe  a  la  raijbn ,  aoroir  été  la  dupe 
Se  la  viâime  de  tour  ce  manège ,  s  il 
n'eut  reçu  enfin  des  édairciflements 
auxquels  il  ne  s*attendoit  pas.  L'agent 
fecret  de  Jules  i  la  cour  d'Angle*- 
terre  9  confidérant  que  ce  pape  écoit 
irieux ,  que  celui  qui  feroit  élu  pour  le 
remplacer  auroit  peut-être  d'autres 
vnes  9  Se  que  dans  ce  cas  »  ri  ne  tien-» 
droit  pas  grand  compte  ΀S  fervices 
.  rendus  â  Ion  prédéceflêur»  Vadreffa 
fecrérement  à  d*Arizolles,  ambafl^ 
«leur  du  roi  dans  la  même  cour ,  8c 
offrit»  fi  ie  ttà  yonloic  lot  aflbréc 
jun  bon  bénéfice  en  France  »  de  loi 
communiquer  aonfeidement  routes 
les  dépèches  qui  lui  viendsoient  de 


Louis    XI  L       959 

Rome  y  mais  encore  les  inftni(SHons ^ 

adrelTées  aux  agents  du  roi  d'EAia^  Amn.miÏ^ 
gne  »  de  "l'empereur^  6c  de  Mar- 
guerite d'Autriche  »  avec  lefquel^  il 
concertoic  toutes  fes  démarches ,  Se 
qui  n'avôient  rien  de  caché  pour  lui 
Par  ce  moyen  Louis  fat  exaâemenc 
informé  de  tous  les  pro|ets  de  fes 
ennemis  :  indigné  qu'ils  part^u^eaf* 
fenc  d'avance  (es  Etats  »  mais  forcé 

Î|oiir  la  première  fois  de  diflimuler 
es  vériraoles  fentimei^s  »  il  feignit 
d'ajouter  foi  à  burs  fautes  protefta* 
pons»  &  prit»  pendant   ce  temps  » 
loutes  les  précautions  oue   la  pru* 
dence exigeait»  nonfeaiemenr  pour 
fe  mettre  sa   couvert  de  l'invafioti 
qu'ils  méditoient ,  mais  pour  por» 
ter  chez  eux  la  guerre  dont  ils  me- 
naçoient    les   provinces  de  France* 
L'évèque  de  Muxrai  étoit  revenu  de 
ion   infruchieufe    ambaflade  aupcès 
du  pape  :  Louis  le  fit  repafler  promott- 
ment  en  Ecofle  ,  pour  avertir  Jac* 
•ques  IV  f  fon  £dele  allié ,  de  fe  te- 
^  prêt  à  faire  une  diverfion»  lors- 
que Henri  Vlll  entr^endroic  de 
pader  en  France  :  honteux  des  etn- 
^rtemems  auxquels  il   s'étoit  livré 
€oatf&  Charles  d'Egmond^  duc  de 


^gQ  Histoire  de  Fn^^ts. 
Gueldres ,  il  lui  en  fie  une  «répajra^ 
>lNii..ifii.  cion  honorable^  le  pria  de  perfifter 
dans  fon  alliance  ,  rafTurânc  qa  au« 
cune  confidération  ne  le  détacheroic 
jamais  de  fes  incérêcs.  Il  chercha  un 
prétexte  apparent  pour  attirer  à  fa 
£Our  Jean  a  Âlbret ,  roi  de  Navar- 
re y  &  raverric  de  fe  précaucionner  de 
bonne  hexire  contre  les  intrigues  6c 
les  mauvais. dedeins  de  Ferdinand. 
Il  remua  enfuire ,  par  des  émiiTaires 
fecrets  y  les  principales  cours  d'Ita- 
lie ,  où  il  coniecvok  .toujours  un  grand 
iiombre  de  partifans»  Iie<pâpe  fût  fi 
effrayé  de  la  commotion  qu'il  àp^ 
perçut  jufques  dans  Ton  palais  i  qu'il 
fongea  à  Ce  renfermer  dans  le  cbâ* 
teau  Saint-Ange  :  ne  s'y  croyant  p^ 
encore  en  sûreté ,  il  donna  des  or^ 
dres  pour  réparer  la  fortereife  d'0C* 
rie  :  il  y  fit  tenir  deuY  galères ,  aâa 
de  pouvoir ,  en  cas  de  befoin,  s'en- 
fuir en  Sicile,  ou  en  Efpagne.  La 
fermentation  fut  encore  plus  vivfc 
&  plus  générale  dans  le  royaume  àt 
Naples ,  s'il  eft  vrai ,  comme  il  y  a  toHl 
lieu  de. le  penfer^quece  fut  dam  ce 
même  temps  que  Louis  y  fit  fraper,  & 
fon  coin ,  cette  fameule  médaillej, 
guoa  trouve  ^ns  un  grand  iKwbre 

de 


Louis     XI  L         i6t 

àt  cabinets,  avec  U  légende:  ftr- 
dam  Babylonis  nomen,  {Je  détruirai  f,^^^^  ^\i^^i 
jufqu^au  nom  de  Babylone  ).  La  fac- 
tion Angevine,  donc  écoienc  chefs 
les  SainC'Séverins ,  pofledoit  en  propre 
on  grand  nombre  de  villes  &  de 
châteaux ,  qu'ils  promecroienc  d  ou-* 
vrir  aux  François  »  dès  qu'ils  paroN 
troienc  dans  le  royaume.  Louis, 
qu'on  croyoic  à  la  veille  d'être  écra«' 
lé ,  conçut  le  hardi  projet  de  frap- 
per un  coup  terrible  à  l'armée  de 
l'union  ;  d*établir  à  Rome  le  con-* 
cile  donc  il  s'étoit  déclaré  le  pro- 
tedeur  ;  de  faccager  cette  ville ,  fi 
elle  sobftinoit  à  défendre  Jules  ; 
d'envoyer  fon  général  dans  le  royau- 
me de  Naples}  de  lui  céder  cette 
couronne^  en  lui  faifant  époufer 
Renée  de  France»  la  plus  jeune 
de  fes  filles.  Pour  mettre  Gafton  2 
portée  de  remplir  ces  hautes  defti- 
nées  9  Louis  ht  pafTer  les  monts  i 
fa  mai  fon  &  â  toute  la  gendarmerie 
de  France  ,  ne  fe  réfervant  que  deux, 
cents  lances»  qu'il  diftribua  fur  les 
frontières  de  Picardie  :  il  lui  envoyai 
tout  l'argent  dont  il  pouvoir  avoir, 
befoin  pour  foudoyer  des  Grifons,- 
des  Vailefans  ,  6c  des  lanfquenets. 
Tome  XXII.  Q 


jîtfi:     HisToiRB  DE  France. 
Cepen<lai>t  Tarmée  de  Tunion  ëtoîc 
Ann,  ifiL.en    moavement  :    en    longeant    les 
,  Marche  de  £tzts  dtt  à\Xc  de  Ferrare  pour  fe  ren* 
iSn :  fier  dre  devant  Bologne:  elle  lui  avoir 
ge  de  Bolo-  enlevé ,  fans  trouver  de  réfiffance  , 
^"cuiaAflr-  plufieurs  petits  châteaux,  ta  Baftid^ 
*p  »         ^  Génivolo  ,  qui  avoit   déjà  fou- 
^'embt''     tenu  un  (îége  mémorable  contre  Tar- 
*  Bfkqr.     ixiie  du  pape  ,  ofa  feule  fermet  Ces 
portes  :  Navarre  en  forma  le  fiége  , 
de   après    trois  jours   d*attaque ,  il 
l'emporta  d'aflTaut ,  Se  y  logea  une 
nouvelle  garnifon  de  troupes  ecclc- 
fiaftiques.  Le  duc  de  Ferrare  voyant 
l^armée  éloigttée,  &  fentant  vive- 
itient  le  danget  auquel  la  perte  de 
cette  forterefle  expofoit  une  partie 
de  fes  Etats  y  te  mit  en  devoir  de 
la  reprendre  :  il  y  livra  un  fi  fo- 
riçux  affaut ,  qutî  malgré  une  blef- 
fere  dangereufiB  qu  il  reçut  a  la  tcte, 
il   remporta  eh  auffi   peu  d'heures 
que  Jîiavarre   avoit  été    de  jours  i 
c'en  rendre  maître.  L*arrhée  de  l'ut^ 
mpï^  aflSégeoit  Bologne  ,   défendu^ 
par  quelques  corps  de  milice  Itarr 
liénne ,  dont  on  ne  tenoit  pas  grand 
compte,  pat  deux  mille  lanîquenecs, 
&  deux  ççttts  lances^rançoifes,  fou$ 
le3  ordres  de  Laucreç ,  dç  Châ tillpn , 


L  o  t7  I  s  X  IL  i6f 
<l*Ântoine  de  la  Fayette  »  &  du  ca*' 
pitaine  Vincem,  fumommc  te  grand  f^i^n,^^,^ 
diable.  La  place ,  quoique  d'une  vafte 
étendue,  fe  trouvant  d*aillettrs  do- 
miné? par  une  montagne ,  d'où  on 
^puvoit  commodément  la  foudroyer  , 
6c  n'ayant  pour  toute  fôrtilicatioti 
qu'une  (impie  muraille  &  un  foffé 
peu  profond  ,  parut  «me  conquête  fi 
facile ,  que  les  aflrégeant»,  fans  dai« 
gner  i'inveftir  par  des  lignes  de  cir* 
convaliatioh  ,  dirigèrent  toutes  leurs 
attaques  d'un  feul  côté ,  fe  croyant 
sûrs  de  l'emporter  ,  avant  oue  les 
François  puflent  y  jetter  des  leeours. 
Dès  que  le  canon  eut  fait  brèche  , 
les  foldats  E(jpagnols ,  fans  attendre 
l'ordre  dés  officiers  généraux ,  s'y  pré- 
cipitèrent i  mais  ils  furent  reçu?  avec 
tant  de  vigueur,  qu'ils  reculèrent ,  & 
n'ofereilt  hafarder  un  fécond  affaur. 
Tout  lefpoir  des  affiégeants  roula 
donc  fur  l'efiFet  des  nouvelles  mines 
dont .  Navarre  poffédoie  feul  le  fe- 
cret.  Il  en  fit  ufage;  mais  avec  peu 
de  fuccès ,  parce  que  les  pluies  ou 
les  neiges  qui  n'avoienr  point  dif- 
continué  depuis  le  commencement 
du  fîége ,  le  terrein  bas  &  humide 
où  l'on  avoir  fait  la  fouille,  avoient  hu* 


fÇ4      HlÇTOI^LE    DE    FrAN<7£. 

meâé  la  poudre.    Les  Bolonois  zt-* 
^^^•'f'^*  tribuerent  leur  falut  â  un  miracle? 
ils  raconrent  qu'à  Tendroic  où  l'on 
avoir   creufé  la  mine ,   fe  rrouvoit 
^^e  chapelle  de  la  Vierge  \  que  U 
muraille  fur  enlevée  fi  haur ,  que  les 
deux  armées  ^renr  la  facilité  de  {9 
voir  p^jT-delTous  rangées  en  bataille  ; 
ixiais  qu'elle  retomba  fi  perpendicu- 
lairemenc  à  fa  première  pUce  qu'à 
peine    put- on  enfi^ite  y  diftingiaes 
quelques  fentes* 
coadaice       Ces  Contretemps  donperenc  le  loi*- 
fAUUvcf  ''Ù  <îr  ^  Gafton  de  raiTembler  fes  trou- 
iirge  de  ho-  pes.  u  avoir  indiqué  le  rendez-vous 
^""^Guicchar-  général  à  Finale ,  fur  les  confins  de$ 
dm.'  Etats  de  Mbdene    6c  de  Bologne; 

p  ^j^'l^lir.  f^  trouvant  à  la  têre  de  onze  mille 
dp  ^ngier,  *  hommes  d'infanterie  ,  &  de  treize 
^^rdJ  ^*'  ctM%  lances ,  \\  fe  difpofoit  z  mar- 
cher en  avant,  lorfqu'il  reçue  la 
nouvelle  que  les  Vénitiens,  à  qui 
l'etnpereur  cefibit  de  fdonner  de 
Tinquictude ,  ^voient  furpris  ,  par 
intelligence  »    la  ville     de   Btefle  ; 

Su'ils  avoient  égorgé  une  partie 
e  la  garnifon,  &  forcé  le  reft^ 
à  fe  renfermer  dans  la  citadelle. 
Comme  cette  ville  étoit  une  des 
plus  çon^dér^bles  c^fi  Içs  Fran^QÎ; 


'  1  6  xi  1  s    XÎL      jêf 

poflcdaflent  en  Italie  ,    Gafton  ba- 


lança s'il  né  devoir  pas^  avant  tout ,  Ann.  ifii* 

i         Conger   à  la  recouvrer  :    mais  Tavis 

I  qu'il  reçut  de  l'extrémité  où  Bolo-^ 

1         gne  étoit  réduite  ,-  la  honte  dont  il 

j         alloit  fe  couvrir  en  paroiflant  s'eti 

i{         éloigner  ,   le  décidèrent   à  pourfui- 

vre  fon  premier   plan.  Il  part  à  U 

\         brune ,  marche  toute  la  nuit,  mal- 

1  gré  le  vent  &  la  neige  qui  tomboic 

3  à  gros  flocconSj  &  le  lendemain  »  5  de 

février ,  à  netif  heures  du  rtiatîn ,  il 

entre  avec  toute  fon  armée  dans  la 

ville ,  fans  avoir  été  apperçu  par  les 

I  ennemis.  11  vouloir  en  fortir  fur-le* 

[  champ  pour  leur  livrer  bataille  :  Yve^ 

î  d'Alegre  combatit  ce  projet ,  en  lui 

^  repréientant  que. les  chevaux  étoienc 

}  haralfés  d'une  (î  longue  traite;  qu'il 

failoit   laifTcr  aux  foldats    quelques 

I  lieures   de    fommeil  ,   &   le  tempà 

;  d'eiïliyer  leurs  armes;  qu'on  ne  ha-r 

fardoit   rien   à   remettre   la    fortie 

gu  lendemaifi  ,     puiqu'auQI-bieh   il 

n'écoic    pas  croyable   qu'une  armée 

entière  fût    entrée    dans  une  ville 

afiiégée  ,  fans  que  l'ennemi   en  eût 

eu  connoiffance.  Ce  qui  de  paroif- 

5  foit  pas  croyable  à  d*Alegre  ,    étoit 

^  cependant  vrai«  Tandis  que  les  cbeâ 


jtftf       HlSTOIRE>M  ÏRàNCK. 

— — *— de   l'anion  concertoient   tranquîlle- 
Ann.  If  II.  ment  le    plan  d'uixe   nouvelle   atra- 
»     que ,  on  lei>r  .am^na  tin  Albanois  , 
qui  étant  forti  de  la  ville  avec  quel- 
ques» uns  de  fes  camarades  ,  s'écoit 
laiffé  envelopper.  Ils  lui  demandèrent 
en  quel  état  étoit  la  place  ,  quelles 
étoient  les  difpofîrions  de  la  garni- 
fon.  Je  ne  puis  vous  dpnner  là-deflTus 
4^  grande   éclairçilTementâ  ,   dit  le 
prironnier,n'y  étant  arrivé  que  d'au- 
jourd'hui. Avec  qui  >  &  comment , 
den^anderenct  }e$  officiers  :  avec  toute 
Tarmée  ,  répondit-il  9   conduite  par 
Gadon  de  Fou.  Cette  nouveile  fit 
pâlir  1|6S  généraux  :  es  traitèrent  TAl- 
panois  d*impofteur  :  ils  continuèrent 
i:ependant  de  :t  jnrerro^r  :  le  trouvant 
ferme  d^as  fi^  réponfes,   ils   (îrent 
de  nouvelUs  informations ,  qui  tou- 
res   confirmèrent   la    déponcion  du 
prifoiîwiier.   Quoiqu'ils   tulTent    en- 
core plus  forts  que  l!armée  qui  ve- 
poi^  kis  coml^attie  ,  ils  ne  jugèrent 
pa$  i  ptopos  de  Tattcndre  :  dès  l'en- 
trée de  la  nuk  ,  ils  retirèrent  leur 
artâUejrie  ,  &  fe  mirent  en  sûreté  i 
Imobf  avant  que    les  François  fuf- 
fent  à  Dortée  de  les  pourfuivre.  Gaf- 
totf»  iailTanc  dans    la  place  quatre 


L  o u  I  s    X 1  li        $4f 

Cênt^  lances  »  &  quaure  mille  jiom- 

mes  d'infanterie  ,  partit  dès  le  len-  Ann.iîi». 

demain  pour  fe  rendre  à  BrefTe. 

Il  y  avoic  environ  quatatice  lieues  Défaite  da 
dediftance  de  -Bologne   à  Breffe  ;  J^^;^^^^^^ 
quatre  ou  cinq  rivières  à  traverfer  :  fe. 
les    chemins    croient  défoncés,  ks    j^^„Za. 
rîvieries  débordées  ;  aucun  de  ces  ob-   .  Cuicchar-^ 
ftades  n'arrêta  Gafton:  développant '''^^yj./^^/i^ 
alors  cette  aûivité  qui  le  fit  furnom*  -p^wJ. 
mer  U  foudre  d'Italie ,  il  {%  trouva lJ^u'xu* 
fur  les  terres  des  Vénitiens ,  avant 
qu'ils  crurent  qu'il  fut  encore  arri- 
vé à  Bologne.  Outre  une  armée  de 
huit  mille    hommes   qu'ils  avoient 
confiée  au  piovéditeur  André  Grit- 
ti,  en  l'envoyant   appuyer  la  con- 
fpiration  de  Bredè  ,  forinée  par  1^ 
comte  Louis  Âvogare^  ils  fe  hâtèrent 
de  faire  partir  une  nouvielle  armée,* 
fous  la  conduite  de  Jean  Paul  Ba- 
glione  ,  leur  capitaine  général ,  pour 
attaquer  le  château  de  Brefie  du  cp-^ 
té  de  la  campagne  ,  candis  que  Grit^ 
ri ,  â  la  tcte  de  fes  troupes ,  le  comre 
Avogare ,   avec   une  muUitud^  ^4^ 
bourgeois  &  de  payfans  armés ,  rcfl- 
teroient  d'y  pénétrer  du  c6t<i  de  la 
ville.  Jean-Paul ,    avant  que  de  s'y 
rendre,  crut  devoir  s'aflTurer  de  Valr 

Qiv 


3(f8      Histoire  be  Franche 
légio,  afin  de  fermer  aux  Français 
Ann.  ijii.  le  paflTage   de  Mincio,   s'ils   encre- 

Êrenoienc   de   venir  au  fecours    de 
refle.  Gafton  ,  qui  étoit  déjà  dans 
le  voifinage,  fans  que  Jean  -  Paul 
s'en  doutât,  détache  cent  hommes 
d'armes  déterminés,   fous    la    con- 
duite de   Bayard   &  de    Theligni^ 
leur    ordonnant  de  s'approcher   de 
l'ennemi ,    &  d'engager  le  combat. 
Jean  -  Paul  voyant  venir  à  lui  cette 
poignée  de  monde  ,  ijpen  convaincu 
que  ce  ne  pouvoit  ctre  qu  un  parti 
de  coureurs  de  la  garnifon  de  Vé- 
rone ,  range  fes  troupes  en  bataille  , 
&   prend  fes  mefures  pour  que  per- 
fonne  ne  lui  échappe.    Lorfque  les 
deux  troupes  font  aux  mains ,  Gafton 
paroîtj  culbute   &  renverfe  dans  la 
'liviere  tout  ce  qui  lui  oppofe  quel- 
que réfiftance.  Jean  Paul  eut  le  bon- 
heur d'échapper  avec  une  partie  de 
fa    cavalerie  ;     mais    Roquebertin, 
gouverneur*  d'un    des  châteaux   de 
Vérone,   appretiant   ce    qui   venoit 
de  fe  pafler,  fe  mit  à  la  pourfuite. 
Se  acheva  de  diffiper  les  triftes  reftes 
de  cette  armée.  Gafton  entra  fansob- 
ftacle  dans  le  château  de  BretTe ,  où 
la  garnifon  Françoife  éroit  reixf  ermée, 


Louis  XH.  jtfp 
&  ût  toutes  fes  difpofitions  pour  livrer 
nn  adaut  à  la  ville*  Avant  que  de  fe  Amn.  1511» 
porter  aux  dernières  extrémités,  il 
envoya  dénoncer  aux  bourgeois  qu'ils 
pouvoient  encore  mériter  leur  par- 
don ,  en  rentrant  dans  le  devoir  ^ 
8c  en  lui  livrant  les  principaux  chefs 
de  la  fédition.  Les  BreUans  regat« 
derent  cet  avertiflement  comme  une 
infulte  9  &  fe  permirent  des  plai- 
fanteries  indécentes  fur  lé  compte 
de  Louis  &  de  fon  jeune  général.:, 
outre  les  huit-  mille  hommes  dç 
troupes  difciplinées  que  comman^ 
doit  Gritti ,  ils  avoient  encore  dans 
Tenceinte  de  leurs  murailles  douze 
mille  hommes  de  milices  ,  la  plur 
part  aux  ordres  du  comte  d'Âvogare^ 
&  un  plus  grand  nombre  de  bourr 
geois  armés  :  les  François  n'étoient 
qu'au  nombre.de  douze  mille  com- 
battants dont  une  moitié  coniiftoic 
en  gendarmerie  pefamment  armée, 
troupe  redoutable  dans  une  plaine ^ 
mais  qui  paroi^foit  prefqu'inutile 
dans  des  rues  étroites,  ou  elle  ne 
pouvoir  combattre  qu  à  pied.  A  la 
defcente  du  château  ,  pour  entrer 
dans  la  ville,  Gritti  avoir  fait  creu- 
fer  yn  fo(fé>   élever   un  boulevard 


J70      Histoire  DB  France. 
garni  d'artillerie,    &   défendu    par 
Amn.  ifix.  ce  qu'il  avoir  de  meilleure   infan- 
terie, qu'il  poavott  rafraîchir  à  cha- 
que inftanr.  Si  les  François  venoient 
â  bout    d'emporter  ces    retranche- 
ments, ils  ne  potiyoient  entrer  dans 
la  ville  que  fur  un  pont  étroit ,  où 
il  fembloit  facile  de  les  arrêter.  Ce 
fécond  ôbftacle  furmonté ,  ils    dé- 
voient trouver  fur  la  grande  'place  de 
la  ville  ,oà  ils  arriveroiem  par  peletons 
&  en  défordre,trois  cents  iancei,Vénî- 
ciennes,  &un  corps  nombreux  d'in- 
fanterie rangés  en  bataille.  Gafton  , 
détachant  une  partie  de  fa  gendar- 
merie fous  les  ordres  d'Yves  d'A- 
legre  pour  aller  couper  le  chemin 
de  la^  retraite  aux  fuyards ,  engagea 
le  refte  ^  mettre   pied  à  terre ,  & 
â  fe  mêler  parmi  les  fantaflîns  pour 
les  foutenir ,  ou  pour  leur  donner 
l'exemple.  If  abandonna  le    pillage 
de  la  ville  aux  foldats ,  mais  en  or- 
donnant de   tuer    impitoyablement 
qmcon<p]e     quitteroit    fon    rang  , 
tant    qu'il  refteroir   des  ennemis  â 
combaftre.    Henri  Gonnet  ,   &   le 
barcjn  de  Molard ,  deux  cfiefs  d*a- 
venruriers  François  firent  la  pointe 
de  Tarmiéej  Bayard,  avec  cent  cin- 


L  o  tj  î  s   XII.      lyi 

3 uante  gendarmes  à  pied ,  fe  chargea 
e  les  foucenir  :  l'attaque  des  retrau*-  Amn.  mu. 
chements  fat  rrès-meurcriere  :  &ayar4 
eut  la  cuiiTe  percée  de  part  ea  part 
d'une  lance  dont  le  fer  refta  dan$  U 
plaie.  Gafton  ,  qui  le  voit  ton>bçr 
a  fes  côtés ,  crie  aux  foldats  :  ^mis  » 
Vengeons  U  bon  chevalier  :  -  il  {zmt 
un  des  premiers  dans  le  f  eirancJief> 
xnent^  &  pourfuic  les  fuyards  ^  l'épée 
dans  les  reins ,  jufqueS  dans  rintér 
rieur  de  la  ville  :  là,  >  il  divjjCe  fon 
armée  en  plufieurs-  corps  «  <iai  lUr 
verfant  des  rues  di^ére.ntes»  au  mi'- 
lieu  d'une  grêle  de  tuiles ,  de  piecr 
res  &  d'arquebuiades»  arrivent  |»;içf« 
<}u'en  même- temps  fur  la  place  pu- 
blique ,  où  le  combat  fe  renouvelle 
avec  fureur.  Les  Vénitiens  enfoncés! 
de  tous  cotés  ,  furent  padés  au  fil  de 
^'épée  y  ou  fe  rendirent  prifonniers  de 
fiuerre.  Du^  nombre  de  ces  derniers 
Furent  le  provéditeur  André  Grirti  , 
Antoirte  Juftiniani ,  podeftat  ^e  ficeC- 
fe,  Jean ^ Paul  Manfroné,  Tua  des 
généraux  Vénitiens  «  Louis  Avogare 
Se  fes  deux  fils  :  on  iit  le  procès  à 
ces  derniers  ,  ils  furent  déclarés 
coupables  de  haute  trabifon  ^  &  pé* 
firent  par  la  main  du  bourreau*  Ceux 


iyi      Histoire  de  France. 

des  foldars  Se  des  bourgeois  qui  s^é- 

ANN.ifu. coient  enfuis,  ne  furent  pas  plus 
iieureux  que  ceux  qui  éroienc  reftés  ; 
ils  tombèrent  cous  entre  les  mains 
des  cavaliers  que  commandoit  Aie* 
;gre.  La  ville  entière  fut  abandonnée 
au  pillage ,  à  la  réferve  des  monaf-* 
tares  j  Se  pendant  fept  jours  que 
dura  cette  permifllion ,  elle  éprouva 
coût  ce  que  Ton  peut  attendre  d'un 
foldat  furieux  &  avide. 
Conrtoifie     Une   feule  maifon  fut  préfervée 

^J^^^^^àe  ces  horreurs,  celle  où  Ton  tranf- 
jfift.duch.vom  le  chevalier  Bayard ,  après  la 

géyard.  bataille.  En  entrant  il  vit  tomber 
À  ies  gehQi}x  ane  femme  de  condi* 
lîon^  qui  lui  dit  d'une  voix  étouf*- 
fée  par  fes  fanglots  :  Ah  !  feigneur, 
•faavez^moi  la  vie^  fauvez  Thonneur 
à  mes  filles.  RafTurez- vous,  mada- 
'  me ,  lui  dit  le  chevalier  ,  votre  yie^ 
leur  honneur ,  font  en  sûreté ,  tant 
que  je  ferai  en  vie.  La  tremblante 
mère  alla  les  tirer  d'une  chambre 
•  haute  ,  où  elle  les  avoit  cachées  fous 
un  tas  de  paille  :  le  père  s'étoit  re* 
tiré  dans  une  maifon  religieufe , 
^Bayard  l'envoya  chercher  par  un  de 
fes  archers  ,*  tandis  quun  autre  fe 
>ien0ir  à  la  porte ,  avec  ordre  de  ne 


Louis  XIL  î7J 
laifler  encrer  perfonne.  Cette  fa- 
mille ainiî  réunie  ,  ne  s'occupa  plus  Ann.zsi% 
que  de  fon  libérateur:  on  lui  four- 
nie le  chirurgien  le  plus  habile  dç 
la  ville  j  la  mère ,  les  filles  s'ein- 
prefToienc  de  le  fervir ,  de  lui  tenir 
compagnie,  &  tâchoienc  de  Tamu- 
fer  par  de  petits  concerts.  Lorfaue 
la  plaie  fut  fermée  ,  &  qu'il  eut  fixé 
le  jour  de  fon  départ,  la  mère,  en- 
crant dans  fa  chambre ,  fe  mit  à  ge* 
noux ,  &  lui  dit  :  Monfeigneur> 
nous  vous  devons  la  vie,  tous  nos 
biens  vous  appartiennent  par  le  droit 
de  la  guerre  ;  mais  après  tant  de  preu^ 
ves  de  généro/îté  que  vous  nous  avez 
déjà  données ,  nous  ofons  efpérer  que 
vous  daignerez  vous  contenter  de  ce 
foible  tribut:  en  même* temps  ell0 
fit  dépofer  fur  la  table  du  chevalier 
un  coffre  d'acier ,  plein  de  ducat». 
Madame  ,  lui  dit  le  chevalier ,  com- 
bien y  en  a- cil  ?  monfeigneur  ,  ré- 
pondit-elle 5  en  tremblant,  il  n'y 
en  a  que  deux  mille  cinq  cents  ^  c'eft 
tout  ce  que  nous  avons  pu  en  rai- 
fembler  :  mais  fi  vous  en  exigez  da* 
vantage  ,  nous  aurons  recours  à  nos 
amis.  Croyez ,  madame ,  reprit  le 
chevalier ,  que  je  n'ai  point  oublié 


i 


)74      Histoire  db  France* 
les  bons  traitements  aue  j'ai  rèças 
Ann.  I fil.  chez  vous  ,  ôc  qu'ils  (ont  plus   pré* 
cieux  à  mes  yeux    que  cent    mille 
ducats  :   ain(i  ,   reprenez   votre  -  ar- 
gent ,  6c  comptez  toujours  fur  mon 
amitié.  Il  lui  tendit   la   main    pour 
la  relever  j  mais  elle  protefta  qu'elle 
ne   quitteroit  point   cette    pofture  , 
qu'il  n'eût  accepté  fon  préfenc.  Eh 
bien  ,  lui  dit  il ,  je  le  reçois  ;  mais 
ne   m'accorderez-vous  pas  ,  à  votre 
tour ,  la   fatisfaâion  de    faire    mes 
^  adieux  à  vos  aimables  filles  ?    Tan- 
dis qu'elle    alloit   les  chercher  ,    le 
chevalier  partagea  cet  argent  en  trois 
lots.  Mefdemoirelles ,  leur  dit-il ,  en 
les  voyant  entrer ,  les  fentiments  q\ie 
vous  m'avez  infpirésme  s'effaceront 
jamais  de  mon  cœur  :  Je  ne  favois 
comment  reconnoître  les  foins  que 
vous  avez  pris  de  moi  pendant  ma 
maladie  ;  <:ar  les  gens  de  ma   pro* 
feflion  ne  font  guère  chargés  de  bi- 
joux ;  mais  voiU    deux    mille  cinq 
cents  ducats  dont  je  puis  difpofer  j 
recevez  en  chacune  mille  ,  comme 
un  préfent  de  noces ,  je  l'exige ,  &  je 
vous  en  prie:  quant  aux  cinq  cents 
qui  reftent,  je  les  ai  deftinés  aux 
couvents  de  relîgieufes  qui   auront 


L   o  V  I  s     XII.       J75 

le  plasfouflfert,  &  j'exige  encore  que 
vous- mêmes  en  faffiez  la  diftribu- Ann.  lyn. 
tion.  Fleur  de  chevalerie ,  s'écria  la 
mère  ,  puifle  le  Dieu  qui  foufFric 
la  morr  pour  nous  ,  re  récompenfer 
dignement  en  ce  monde  &  en  Tau** 
tre  !  Les  deux  filles  tombèrent  à  Tes 
genoux,  verferent  des  larmes,  Se 
gardèrent  le  fîlence.  Obligées  d'em* 
porter  l'argent ,  elles  vinrent  préfen- 
cer  au  chevalier  chacune  un  brace- 
let tiffu  de  leurs  cheveux:  ce  douj 
répondit  il,  je  le  reçois  bien  volon- 
tiers ^  il  fe  lés  fit  attacher  au  bras  9 
&  promit  qu'il  ne  les  en  ôteroit 
point,  tant  qu'ils  dureroient. 

Les   Vénitiens,  après    ces    deux      conduite 
pertes,  n'avoight  plus  ni   généraux JJ^^Jl'îwd 
ni  foldars:  pour  montrer  à  Tempe*  de  u  France, 
reur ,  avec  qui  ils  avoient  entamé  une    lettres  de 
négociation ,  qu'ils  étoient  en  état  de  ^^j^anffifdt 
fe  défendre ,  ils  avoient  fait  ufi  der-  FomatùeH. 
nier  effort ,  en  mettant  à  la  fois  trois 
armées  fur  pied  ;  mai^  ils  avoient  été 
obligés  d'affbiblir   confidérablemenc 
tes  garnifons  des  villes  qui  leur  ref- 
coient  fidelles  :  deux  de  ces  armées 
ét<>ient  détruites  ;  &  fi  Temper^ui* , 
qui  n'avoir  point  encore  conclu  fon 
traité  9  preaoit  le  pMti  de  les  atta^ 


^yf     Histoire  db  France. 
qaer,  ils  ailoiem  perdre  le  refte  de 
Amm.  ifii.  lears  pofTeffiôns ,  ou  rappeller  promp 
retnent  leurs  troupes  qui  fervoienc 
dans  le  Boionès  -y  ce  qui  anroic    dé- 
concerté tous  les  projets  de  la  fainre- 
uoion.  Louis  ,    en  rendant  compre 
à  Tempereur  de  fes  derniers  faccès  ^ 
lui  montra  la  facilité    de  terminer 
glorieufemenc  fes    démêlés  avec  la 
république  :    Maximilien     parut   fe 
réchauâer  j  il  renvoya  un  ambaHk' 
.    deur  a  la  cour  de  France  pour  renour 
veller  fon  traité  ;  mais  à  des  condi- 
tions fi   dures,  que  l'on  vit  claire^- 
ment  qu'on  ne  devoit  plus  compter 
fur  lui.  Cette  démarche  ne  fervit  donc 
qu'a  accélérer  fon  accommodement 
avec  les  Vénitiens.  La  pofition  où 
ils  fe  tronvoient  9  &  l'impoflibilicé 
de  conclure  une  paix   finale    avec 
l'empereur ,  qui  ne  fe  relâchoit  fur 
aucune  de  fes  prétentions ,  les  dé- 
terminèrent à  lui  paver  une  fomme 
de  quarante   mille  ducats  pour  ob- 
tenir une  trêve  de  huit  mois ,  pen- 
dant laquelle  on  tâcheroit   de  par^ 
venir   à  une   paix  finale.    Ils  efpé- 
roiqnt  que  ce  délai  leur  donnecoi^ 
la   facilité  de  refaire  une  nouvelle 
armée.  Miaximilieo  >   de  Son  c^é^ 


Louis     X I  L       577 

comptoir  qu'après   s'être    aide    des  s; 


forces  de  la  république  pour  chafTer  y^i^^,.  j^i^ 
les  François  du  duehé  de  Milan  ^  il 
fe  trouveroit  plus  que  jamais  à  portéie 
de  faire  valoir  fes droits.  En  receva4t 
cette  nouvelle ,  Louis  apprit  encore 
que  Henri  VIII ,  roi  d'Angleterre  , 
avoir  non- feulement  adhéré  a  la  fain» 
te- union  ,  mais  qu'il  venoit  d'aflem- 
bler  un  parlement  où  la  guerre  con« 
tre  la  France  avoir  été  rélolue  ;  que 
Ferdinand  le    Catholique ,  malgré 
toures  les  belles  paroles  dont  il  con- 
tinuoit  de  l'entretenir,  faifoit  des  le- 
vées  extraordinaires    d'hommes    & 
d'argent  ;    qu'en  un  mot   il  devoit 
s'attendre  à  voir  inceffamment  fes 
ennemis  pénétrer  de  toutes  parts  en    . 
France.  Réfolude  les  prévenir,  tan- 
dis qu'il  "en  étoit  temps  encore  ,   il 
écrivit  à  Gafton  de  Foix  de  chercher 
l'armée  de  l'union  ,  de  lui  livrer  ba- 
taille dès  qu'il  pourrait  la  joindre  ^ 
&  de  marcher  enfuite  en  avant  jni* 
quoù  la  fortune  le  conduiroit ,  ne 
lui  laiflant  plus  rien  ignorer  de  ce 
qu'il  avoir  deflein  de  faire  pour  lui, . 
Gafton,  avec  fa  céleri  ré  ordinaire  , 
reparut  fous  les  murs  de  Bologne  » 
avant  que  les  ennemis  fuflenc  en* 


J78     Histoire  dé  FHAKeE. 
_____  core  forcis  de  la  Romagne  5    où    H 
Anw.  ifii.  les  avoît  forcés  de   fe  retirer  <]uel« 

Sues  femaines  auparavant.  Cogo^me 
falloir  entrer  fur  les  certes  de  TE* 
glife  ,  Gafton  fe  fie  autorifer    par  le 
concile  de  Pife  à  cenir  en  dépôt  les 
terres  ÔC  les  places  donc  il  alloic  s'em- 
parer ,  jufqu'à  ce  que  le  faine  dége 
fûc  rempli  par  un  poncife  légitime- 
mène  clu:  &  afin  de  ne  laifler  au- 
cun douce  fut  fes  intentions ,  il  con- 
duidc  avec  lui  le  cardinal  de  Saînt- 
Séverin  ,  légat  du  concile  ,  lequel , 
par  ce  moyen ,  fe  trouva  oppofé  au 
cardinal    de    Médicis ,   légac     dans 
l'armée  de  Tunion  :  ainfi  Ton  voyoit 
à  la  cète  de  ces  deux  armées ,  deux 
miniftres  du  Oieu  de  paix ,  la  croix  à 
la  main ,  échauffer  Tardeur  des  guer- 
tiers  ,  &  hâter  le  moment  du  carnage. 
Bataille         Gafton  eucta  dans  1^  Romagne  , 
«a« S:  préfenta  la  bataille  à  l'armée  de  lu- 
too,  nion»  (mi  fe  tenoic  campée  fous  les 

cJaiccW-  niurs  d  Imola.   Quoiqu'elle  fûc  plus 
"Îp.  Jove.    nombreufe  que  celle  qui  venoic  Pin- 
j/l/^r"'^  fulcet ,  elle  ne  forcic  point  de  Cqs 
Brantànu.  recrauchemencs.    Ferdinand   le  Ca- 
f'f^^l'  ,  cholique ,  qui  craienoic  qu'une  dé- 
Mayard.       **ite  ne  rerroidic  le  zèle  de  les  con- 
fédérés 9  &  n*expo$âc  le  toyaume  de 


Louis     XII.        379 

Naplcs ,  mandoît  à  fon  général  d'é- 

viter  d*en  venir  aux  mains,  iufqu'à  ann.  1511. 
ce  qu'aoe  defcente  de  la  parc  des 
Aiiglois  ,  &  la  divifion  qu'il  pré-- 
paroit  lui-même  du  coté  des  pyré» 
nées ,  eufTent  forcé  le  roi  de  France 
de  rappeller  une  panie  de  fes  trou* 

Î^es.  Énvain  le  pape ,  dont  le  génie 
bugueux  ne  s'accommodoit  pas  de 
ces  lenteurs,  infuUoic-il  dans  fes 
lettre^  le  général  Efpagnol ,  qu  il  ne 
nomnK)it  le  plus  fouvenc  que  Ma-^ 
dame  Cardonc  ;  envaki  le  cardinal 
de  Médicis  lui  repj:ochoic-il  de  cher- 
cher, en  tirant  la  guerre  en  lon- 
gue^ir ,  à  prolofiger  la  durée  de  fon 
généiglat  aux  dépens  des  alliés  qu  il 
epuifoit  en  pure  perte  :  Monjieur  U 
l^ai  ,  lui  répondit  i'Efpagnol ,  prie^ 
Dieu  pour  UJklm  de  f  armée  ,  £^  i^ilf% 
aux  généraux  le  Join  de  la  conduire. 
Gafton ,  n'ofanc  entreprendre  d'atta* 
x]uer  les  ennemis  dans  leurs  lignes , 
réfoluc  d'affiéger  Ravenne  ,  perfua- 
dé  qu'ils  ne  confenciroîent  jamais 
à  fe  déshonorer  aux  yeux  de  toute 
l'Enrope ,  en  la  lailTant  prendre  fous 
leurs  yeux  ,  &  qu  ainfi  il  les  atti- 
reroit  infailliblement  en  rafe  cam- 
pagne.  Avec   quelque  adcefle  qu'il 


38ô      HlSTOIRB  ÛE  FrAncb. 
leur  dérobâc  Ton  projet ,  ils   le   cfe^ 
Ann.  ifii.  yÎQ^f^„(  :  n'ayant  aucun  ihoyea    dé 
l'empêcher  »  fans  rifquer  une   b^taiU 
le  y  patce  que  l'armée  Françoise  fe 
ttoavok  entre    cette  ville  &    leur 
camp ,  ils  fe  propoferent  d'y   jerrer 
un  renfort.  L'entreptife  étoic  diffi- 
cile :  Marc -Antoine  Colonne  con- 
fentic  de  s'en  charger  ;  mais  il  exigea 
que  Raîmond  de  Cardonne  ,    le  lé- 
gat ,  Ptofper  Colonne ,  &  Pierre  Na- 
vare ,  lui  juraient ,  chacuti  en  par- 
ticûlier ,  que  s'il  étoit   affiégé   par 
les  François  ,   l'armée   entière  vien- 
droit  à  fon  fecours.  Aptes  avoir  re- 
çu ce  ferment  y  il  panit  avec  fa  com- 
pagnie  de    foixants    hotnmes  d'ar* 
mes,    cent  chevaux    légers,    &  Rx 
cents  hommes  d*infantetie  Elpagno- 
le ,  &  marchant  par  des  fentiers  dé« 
tournés,  il  prévint  de  quelques  heu- 
res l'arrivée  des  François.    Gafton , 
après  s'être    rendu   maître    du  châ^ 
teau  de   Rufli ,   vint   camper,  avec 
toute  fon  armée,   dans  une   efpece 
d'île,  formée  par   le   Ronco  &  ie 
Montoné ,  qui ,  defcendant  des  mon- 
tagnes de  l'Appennin ,  s'éloignent  d*a« 
bord  pour  arrofer ,  chacun  de  leur 
coté  p  les  plaines  de  la  Romagne  : 


Louis     XII.        jSi 

£b  caprochent  enfuice  fous  les  mars  _^^___ 

de  Ravenne  ,  fe  joignent  i  un  demi  ann.mii; 

mille  au-delTotts,  ic  vopc  enfembie 

fe  perdr,e  dans  le  golfe  adriacique» 

Gafton  &t  au(Gcôc  drefTer  deux  bac* 

ceries  ,  l'une  contre  la  tour  Ronco* 

na  »  &  l'autre  au-delà  du  Monconé  ^ 

""fur  lequel  il  jetta  un   pont,  pour 

donner  paflTagç  à  une  partie  de  Cou 

arm(le.  il  prelTa  les  canonniers  avec 

beaucoup  de  vivacité ,   voulant   li^ 

vrer  un  aflaut  â  la  placç  a^yant  Tar^ 

dyée  dçs  ennemis  ,  qui  étoient  déjà 

en  marche  :    ayant  fait  une  brèche 

de  douze  tpifes  d'étendue  à  la  tour 

de  Roncona ,  il  fit  avancer  »  dès  le 

çième  jour ,  Télite  de  Tes  troupes  » 

Siioique  cette  brèche  eût  encore  plut 
e  fix  pieds  d'éUyation  ,  &  qu  il  faU 
lut  des  échelles  pour  y  monter.  L'af-* 
faut  djLira  trois  heures ,  au  bout  def«- 
quelles  il  fallut  fonger  à  la  retraite. 
Les   François  y  perdirent  trois  ou 

Quatre  cents  hommes  >  entr'^ucrçs 
'£fpi  &  Chatillon. 
Les  aflîégés,  de  leur  côté ,  avoient- 
perdu  beaucoup  de  ^londe ,  &  ref-* 
;,eteQt  tellement  découragés,  que 
le  lendemain  matin ,-  dés  Ta  pointe 
du  JQur  y  il$  epvoy^ireni;  des  députés 


jSi     Histoire  ob  Fkance« 
dans  le  camp  des  François  pour  ol- 
Ann.  If u-  pituler.  Avant  que  les  iarcicles    fuf- 
lent  dreflçs,  on  apperçut  de  l'autre 
côté  du  Ronco  rarmée  de  l'union , 

2ui  paroidbic  s'avancer   au    feéoars 
e  la  place  :  cependant ,  au-lieu  de 
tenter  le  patTage  de  cette  ri vièce, 
elle  s'en  éloigna  infenfiblecnenc  pour 
aller  camper  à  quelque  diftance  fur 
un  terrein  élevé  ,  où  elle  forma  ,  à 
la  hâte  ,  des  retranchements.  Gafton 
auroit  donc  pu  ,  en  laifTant  une  var^ 
die  de  fon  armée  i  la  garde  du  fleu- 
ve ,  continuer  de  foudtoyet  la  place, 
&  s*en   rendre  maître  à  la  vue  de 
l'ennemi.  U«  avis  important    qu'il 
reçut  dans  ce  moment  l'en  empêcha. 
Maximilien,    non    content  d'aban- 
donner l'alliance  des   François ,  qui 
ne  s'étoient  mis  dans  Tembarras  que 

S>our  foutenir   fes  intérêts ,  voulut 
tgnaler  fon  changement  par  une  in- 
iigne  trahifon»  Depuis  que  les  fuif- 
fess'étoient  brouilles  avec  la  France^ 
Louis  s'étpit  propofé  de  les  rempla- 
cer dans  fes  armées  par  des  lanfqae- 
nets  AUemands  :  il   avoit  eu  def- 
fein  dé  les  lever  dans  les  Etats  du 
duc  de  Virtemberg  ;  mais  Maximî* 
lien  s'étoit  ofFeofé  de  cette  préfé- 


L  o  u  I  s  X  I  L  )8; 
pot  rence  ,  offrant  de  fournir  au  même 
Js  prix  tousceux  qu'on  lui  demanderoit  :  ann.  içut 
g|j  ai  avoir  eu  rartencion  de  les  cirer  de 
;i  fes  p^ys  bérédiraires ,  fans  que  le 
[^  roi,  qui  le  regardait  alors  comme 
jij  fon  plus  ferme  allié ,  en  conçût  de 
J5  l'inquiétude.  Il  y  en  avoir  alors  ju{- 
Q(  qa'à  cinq  mille  datis  l'armée  de  Gaf- 
^H  ton  y  fous  la  conduire  de  deux  prin* 
5j  cipaux  officiers  ,  Philippe  de  Fri- 
(^  berg,  &  Jacques  d'Empfer.  Maximi- 
j;  lien  leur  envoya  ordre  de  revenir 
ij  fur-le- champ  dans  leur  patrie  ,  avec 
^  un«  défenfc>  fous  peine  de  la  vie, 
^  de  fe  battre  contre  les  rroupes  du 
j  roi  d'Efpagne.  Heureufement  pour 
'^  la  France ,  ces  ordres  furenr  adref- 
^  fés  à  Jacques  d'Empfer  ,  que  nos 
^  hiftoriens  nomment  le  bon  capiiai- 
j  lie  Jacob.  Indigné  qu'on  lui  com- 
j  mandât  une  lâcheté  ,  Empfer  alla 
trouver  le  chevalier  Bayard  ion  ami , 
fi;  te  pria  de  le  conduirez  la  tente  du 

Î;énéral.  En  lui  montrant  l'ordre  de 
'empereur,  il  lui  fit  fentir  la  né- 
ceffité ,  ou  de  fe  palTer  du  fervice 
des  lanfquenets  auxquels  l'empereur 
ne  manqueroit  pas  de  faire  pafler  de 
nouveaux  ordres ,  ou  de  livrer  promp- 
tement  bataille.  Gafton ,.  aptèfr  avoir 


)84     Histoire  de  France. 

témoigné   toute  fa  reconnoiflance  i 

Am«.  If  u.  ce  généreux  ami ,  aflenibla  le  con- 
feil  de  guerre  ;  ne  jugeant  pas  a 
propos  de  révéler  le  fecret  qu'il  ve- 
noit  d*appxendre  ,  il  expofa  les 
ordres  qu*ii  avoir  reçus  du  roi  \  il 
parla  du  danger  où  Tarmée  étoit 
vde  fe  trouver  affamée,  &  fit  con- 
fentir  tous  les  capitaines  à  former 
Tattaque  du  camp  ennemi ,  dès  le 
lendemain,  jour  de  pâques  ,  qui 
arrivoit'  cette  année,  le  n  d'A- 
vril, On  donna  le  refte  de  h  jour- 
née aux  fôldats  po^r  fe  repofen 
Gafton  ,  cependanx,  faifoit  recon- 
noîtxe  la  difpofition  de  l'armée  enne- 
mie :  lui-même  s'avança  avec  trente 
officiers  choifis  le  long  du  Ronco, 
d'où  l'on  décoovroit  une  partie  du 
camp.  Yves  d'Alegre  lui  ayant  fait 
remarquer  l'avantage  qu'on  pouvoir 
tirer  aune  petite  éminence ,  qui 
étoit  en- deçà  du  fleuve,  en  y  pla- 
çant; quelques  pièces  d'arcillerie  , 
reçut  ordre  de  les  y  faire  con- 
duire à  l'entrée  de  la  nuit.  Le  len- 
demain marin  ,  Gafton  ,  laifTanc 
mille  hommes  d'infanterie  ,  &  qua- 
tre cents  lances ,  fous  la  conduite  d'A- 
legre ,  foit  pour  s'ôppofcr  aux  for- 

tie$ 


Louis     XII.        385 

des   de   la  garnifon  de  Ravenne  ,        ... 

foie  pour  accourir  au  fecoiirs  de&ANN.ijii. 
combattants  »  s'il  étoic  mandé  ;  fie 
pafler  le  Ronco  au  refte  de  fon  ar- 
mée »  fans  que  les  ennemis  s'ébran- 
laffenr.  Le  terrein  élevé  ,  ou  refpece 
de  colline  fur  laquelle  ils  étoienc 
campés  ,  formoit  un  demi -quart  de 
cercle  :  Pierre  Navarre  ,  qui  fai- 
foit  la  fon£fcion  de  maréchal  de  camp  ^ 
y  avoit  rangé  l'armée  en  bataille  » 
le  réfervanc  une  des  pointes ,  où  il 
avoit  placé  un  corps  de  huit  mille 
fantafTms  Efpagnols ,  qu'il  avoic  lui-* 
mcme  formés  &  difciplinés.  Ce  corps^ 
fur  lequel  il  pomptoit  beaucoup  plus 
que  fur  tout  le  refte  de  l'armée  ,  Se 
qui ,  6n  effet ,  pouvoit  être  regardé 
commQ  le  plus  formidable  de  TEu- 
tope  9  étoic  couvert  par  un  grand 
nombre  de  chariots ,  liés  enfemble 
par  de  fortes  chaînes  »  armés  de 
longs  pieux  de  fer  y  Se  chargés  de 
canons  ,  de'  coulevrines  ,  &  d'autres 
pièces  d'artillerie  plus  légères,  qu'on 
nommoir  hacquebutes  à  croc  Gaf- 
tpQ  oppofa  à  ce  corps  redoutable , 
les  lanlquenets  d'Empfer  &  de  Fri- 
berg ,  les  aventuriers  Gafcons  ,  Pi- 
cards &  Normands  ,  conduits  par 
Tome  XXlï.  R 


jS-tf    Histoire  de  France. 

Il  Molard ,  la  Crotte ,  Mongeron ,  Gram- 

Ann.  ifii.  *"^"^  >  Bonnet ,  BardaUan  ,  Riche^ 

bourg  ,  Maulevrier  ,  &  Moncaure , 

qu  il  couvrit  de  même  de  la   plu^ 

f grande  partie  de  rartilletie  ,  ious 
a  direâ^ioa  de  Créqui ,  feigneur  de 
Pontremi ,  qui  venoit  de  fuccéder  dans 
cette  charge  importante  au  baron 
d'Efpi.  A  Tautre  extrémité  du  quarc 
de  cercle  ,  &  attenant  la  rive  da 
Ronco ,  ctoit  Fabrice  Colonne ,  avec 
la  principale  divifion ,  &  le  nerf  de 
la  gendarmerie  Efpagnole  &  Napo- 
litaine  ,  foutenue  de  (ix  mille  hom- 
mes  d'infanterie  Italienne  :  Gafton 
lui  oppofa  le  duc  de  Fetrare  ,  avec 
un  nombre  à-peu-près  égal  de  gen- 
darmes François  ,  &  de  fantaffîns 
Italiens  ,,  commandés  par  Frédéric 
de  Gonzàgue  ,  comte  de  Bozzolo. 
Le  viceroi  dom  Raimond  de  Car- 
donne  ,  occupoit  le  centre  avec  iîx 
cents  hommes  d'armes ,  &  un  grand 
nombre  de  chevaux  légers  :  ce  fut 
aufli  le  pofte  que  choiut  Gafton  de 
Foix  ,  laiiTànc  le  commandement  de 
cette  divifion  au  brave  la  Paliâfè,  * 
&  ne  fe  réfervant  que  trente  amis  ou 
camarades  ,  avec  lefquels  il  vouloic 
k  porter  par-tout  où  fa  préfence  feroit 


Louis    XII.        3S7 

néceffaire.  L'armée  Françoife  ,  après 
cette  difpoficion ,  li'étoit  point  rangée  Ann.  iju* 
fiiF  une  ligne  droite ,  mais  en  forme 
de  croiflant ,  pour  envelopper  les  re- 
tranchements ennemis.  Gafton ,  avec 
un  vifage  riant ,  une  contenance  no- 
ble &  afTurée ,  couroit  de  rang  en 
rang  ,  appellant  par  leur  nom  les 
capitaines  ,  &  jufqu'aux  finiples  fol- 
dats  ,  leur  recommandant  le  falut 
de  la  patrie  ,  leur  honneur ,  &  ajou» 
tant  quil  alloit  voir  u  qu'ils  firô'unt 
ce  jour  là  pour  l^ amour  de  fa  mie. 

Dès  que  les  François  fe  furent 
approchés  des  retranchements  enne- 
mis ,  l'artillerie  commença  à  tirer 
de  part  &  d'autre.  L'aile  droite  des 
François  ,  où  étoit  toute  Télite  de 
l'infanterie,  eut  beaucoup  à  fouffrir 
fans  pouvpir  endommager  l'ennemi , 
parce  que  Navarre  avoir  fait  mettre 
ventre  à  terre  à  toute  fa  troupe  :  le 
bon  capitaine  Jacob  &  Friberg,  ces 
deux  chefs  de  lanfquenets>  le  oaroti 
de  Molard  ,  qu'on  ^peut  regarder 
comme  le  créateur  de  l'infanterie 
Françoife ,  furent  atteints  &c  mis  en 
pièces  par  les  premières  volées  de 
canon  :  un  tiers  de  cette  divifion  périt 
avant  que  d'avoir  pu  joindre  l'enne- 


}8S  Histoire  de  FrAnch. 
mî.  Cette  perte  étoic  compenfce  i. 
Ann.  ifu.  l'autre  aile  ;  la  battetie  qu'Yves  d*A- 
legre  avoit  établie  au-delà  du  Ron- 
co ,  débordant  fur  le  âatic  de  la  gen- 
darmerie Efpagnole  ,  enlevoic  des 
files  entières  :  on  voyoit  tomber  des 
hommes  ,  des  chevaux  ,  voler  en 
l'air  des  tçtes  ,  des  bras  :.  l'horreur 
de  ce  fpeâiacle  étoit  redoublée  par 
les  cris  affreux  9c  les  imprécations 
des  foldats  »  qui  demandoient  qu*on 
les  menât  à  l'ennemi.  Fabrice  Co-* 
lonne  envoyoit  couriers  fur  couriers 
au  viceroi  pour  lui  déclarer  qu'il  ne 

Î>ouvoit  plus  tenir  dans  ce  pofte ,  8ç 
ui  demander  la  pçrpiiffion  de  mar- 
cher en  avant.  Cardonne  ,  livré  aux 
çonfeils  de  Navarre  ,  rejettoit  conf- 
Tamment  cette  demande  :  Faudra-t-il 
donc  ,  s'écria  Fabrice ,  que  tant  de 
braves  gens  périffent ,  fans  tirer  l'é- 
pée  ,  par  la  malice  &  l'opiniâtreté 
d'un  Maranne  ?  l'honneur  de  l'Efpa- 
gne  &  de  l'Italie  fera-t-il  facrifié  à  un 
Navarre  ?  A  ces  mots ,  il  fort  des 
retranchements  y  entraînant  avec  lui 
la  gendarmerie  Efpagnole  &  Napo- 
litaine: mais  au- heu  de  tomber  faç 
la  divifîon  du  duc  de  Ferrare ,  qui 
lui  étoit  oppofée,  il  marcha  de  côtç 


Louis  XI L  J89 
pour  éviter  TefFer  du  canon  ,  &  vint  ■  '  ' 
fondre  fur  un  petit  détachement  du  Ann.  tfn. 
corps  de  bataille ,  où  fe  trouvpit  Ga(* 
ton  lui-même  &  le  chevalier  Bayard  : 
malgré  la  vigueur  avec  laquelle  ils 
reçurent  ce  premier  choc  ,  Fabrice 
fe  fit  jour ,  &  pénétra  jufqu'au  corps 
de  bataille  que  commandoit  la  Pa- 
lifTe  :  déjà  même  il  preflbit  fort  ce 
général  ,  &  commençoit  à  gagnet 
du  terrein  ,  lorfque  d'Alegre ,  avec 
le  corps  de  réferve  ,  &  deux  ceAts 
gentilshommes ,  qu  il  prit  de  la  di- 
vifion  du  duc  de  Ferrare  ^  attaqua 
l'ennemi  de  côté ,  tandis  que  là  Pa*- 
lifle  réfiftoit  eft  face  :  Fabrice  fe 
voyant  près  d'être  enveloppé ,  vou- 
lut rentrer  dans  fes  retranchements  ; 
les  François  l'y  fuivirent ,  &  après 
avoir  détruit  fa  troupe ,  ils  le  firent 
prifonnier.  Âlegre,  auquel  étoit  du 
ce  premier  avantage ,  tomba  ,  l'épée 
à  la  main  ,  fur  un  corps  d'infan- 
terie Italienne ,  qui  gardoit  fes  rangs 
Se  n'avoir  point  encore  combattu  :  i 
la  première  décharge  de  cette  in- 
fanterie ,  il  eut  la  douleur  de  voir 
tomber  mort  â  fes  côtés-  le  jeune 
Viverots  fon  fils  :  livré  au  plus  vio- 
lent défefpoir ,  il  s'enfonce  dans  les 

R  iij 


)c^o     Histoire  dé  France. 
^— — *  rangs  eflnemis  ,  jonche  la  terre   de 
Auu.  If II  morts  ,  &  tombe  enfin  lui-même 
percé    de    mille    coups.    Cardonne 
voyant  les  François  pénétrer  de  tou- 
tes parts  dans  fon  camp  ,  s'enfuit  a 
bride  abattue  ,   fuivi   de   Carva;al  , 
d'Antoine    de    Levé  ,    qui   parvint 
dans  la  fuite  à  une  il  haute   répu- 
tation ,    &  de  tout  ce    qui   reftoic 
encore  de  gendarmerie  Efpagnole  & 
Italienne  :   Gafton  détacha  protnp- 
tement'le  chevalier  Bayard  ,   &  le 
brave  Louis  d'Ars  ,  pour  leur  don- 
ner la  charte  ,  &  faire  des  prifoii- 
niers.  L'infanterie  Efpagnole  n'étoit 

foint  encore  entamée  :  le  canon  des 
rançois  avoir  brifé  les  chariots  qui 
lui  fervoienr  de  rempart  ;  mais  lorf- 
que  les  lanfquenets  &  les  Gafcons 
voulurent  franchir  le  folFé  »  ils  le 
trouvèrent  bordé  de  plufieurs  rangs 
de  piquiers  Efpagnols  ,  qui  préfen- 
toient  un. front  ipenaçant  &  impé- 
nétrable ;  1q  capitaine  Fabian  ,  1  un 
des  hommes  les  plus  forts  Se  les  plus 
grands  que  Ton  connût  en  Europe  » 
faififfant  fa  pique  des  deux  mains ,  en 
décharge  en  travers  un  grand  coup  fut 
la  file  des  piques  Efpagnoles,  &  tom- 
bant de  tout  le  poids  de  fon  corps  fut 


.Louis  XII.  jjt 
ces  piques  baifTées  ,  il  ouvrit  une  ! 
brecne  à  fes  camarades,  qui  s'clan- Ann.  içi^ 
cerenc  dans  les  retranchements ,  Sc 
fe  battirent  corps  à  corps.  Le  foldac 
Efpagnol  ,  plus  foible  ,  mais  plus 
agile,  couvert  d'une  targe  &  un  long 
poignard  à  la  main  ,  fe  glifToit  en* 
tre  les  jambes  &  fous  le  ventre  des 
lanfquenets ,  &  en  faifoit  un  horrible 
carnage  :  ces  deux  troupes ,  acharnées 
Tune  fur  l'autre ,  fe  feroient  entière- 
ment détruites ,  fi  Gafton ,  déjà  maître 
de  la  plus  grande  partie  du  camp , 
n'eût  fait  marcher  de  #e  côté  quelaues 
compagnies  d'hommes  d'armes  &  car-, 
chers ,  qui ,  pénétrants  par  différents 
endroits  dans  le  parc  de  Tinfanterie  ^ 
firent  voler  des  tètes  »  ou  foulèrent  aux 
pieds  des  chevaux  tout  ce  qui  leur 
réfifta,  Pierre  de  Navarre  fut  tait  pri- 
fonnier  :  les  bandes  qu'il  conduifoit , 
réduites  à  un  petit  nombre ,  &  pouf- 
fées  hors  de  leur  fort ,  ne  perdirent 
point  courage  ;  elles  s'attroupèrent 
au  nombre  d'environ  deux  mille 
hommes ,  Sc  marchèrent  au  pas ,  en 
ordre  de  bataille  ,  6c  enfeignes  dé- 
ployées ,  le  long  d'une  chauffée  étroite 
qui  bordoit  le  Ronco  ,  culbutant 
tout  ce  qui  s'oppofoit  à  leur  paf- 

R  iv 


3: 


J5^*  Histoire  de  Frame. 
f^""—  lage.  Un  des  fuyards  vint  le  dire 
Anm.  ifii*  ^  Gafton  ,  qui  fe  tenoit  au  milieu 
du  champ  dé  bataille  »  avec  vingt 
des  compagnons  qu'il  s'éroic  choius 
avant  h  mtlée  :  ce  jeune  guerrier  ^ 
craignant  qu'une  fi  belle  retraite  ne 
flétrit  fes  lauriers  ,  emporré  par  fon 
ardeur  martiale ,  ne  confidérant  dans 
ce  moment  ni  la  force  de  i  ennemi 
]u'il  alloit  provoquer ,  ni  la  foiblefTe 
!e  fa  troupe  )  courut ,  a  bride  abat- 
tue ,  fe  pofter  fur  la  chauffée  ,  en 
face  de  cette  redoutable  colonne  :  du 
premier  choc ,  il  fut  enlevé  de  deffus 
Ion  cheval  ,  &  jette  mort  dans  le 
foffé  :  Lautrec ,  qui  Taccompagnoic  » 
percé  tout  à  la  fois  de  vingt  coups 
de  lances  ^  donc  aucun  cependant- 
jie  fe  trouva  mortel ,  tomba  (ans  con- 
noilfance  à  fes  cotés  :  les  dix- huit 
autres ,  ou  furent  renverfés ,  ou  pri- 
rent la  fuite. 

Les  différents  corps  de  l'armée 
Françoife  fe  raffèmbloienc  fur  le 
champ  de  bataille  ,  chargés  de  bu- 
tin y  &  amenant  avec  eux  leurs  pri^ 
fonniers.  De  cette  multitude  de 
chefs  que  l'on  comptoit  auparavant 
dans  l'armée  de  la  fainte  -  union  » 
trois  ou  quatre  feulement  avoient 


Louis  XII,  39? 
échappé  ,  peu  écoient  mores  ;  tous 
les  autres  éroient  prifonniers  :  par*  anh.  i^i&* 
mi  ces  derniers  on  remarquoit  Air- 
tout  le  célèbre  Pierre  Navarre ,  Fa-* 
brice  Colonne»  le  cardinal  de  Mé- 
dicis  ,  qui  fut  pape  fous  le  nom  de 
Léon  X  ,  le  jeune  marquis  de  Pef- 
Caire  ,  déjà  capitaine  général  de  la 
cavalerie  légère  ,  quoiqu'il  ne  fuc 
encore  âgé  que  de  vingt  ans  ^  dom 
Jean  de  Cardonné  ,  les  marquis  de 
fiitonte  ,  de  Licite  ,  délia  Paludé  ; 
le  duc  de  Traîette  ,  les  comtes  de 
Conche ,  &  del  Popolo.  Tout  le  ca- 
non ennemi ,  tous  les  bagages  étoient 
aii  pouvoir  du  vainqueur  :  de  plus 
de  quinze  mille  hommes  étendus  fuc 
le  champ  de  bataille  y  les  deux  tiers 
étoient  Italiens  ou  Efpagnols.  La  fa- 
lisfaâion  que  goùtoit  chaque  guer- 
rier en  particulier  ,  écoit  encore  aug* 
mencée  par  l'idée  qu'on  fe  faifoit 
de  la  joie  que  devoir  relTemir  Gaf- 
ton  d'une  viâoire  ft  éclatante  :  on 
le  cherchoit  des  yeux  j  on  étoit 
étonné  qu'il  fe  dérobât  dans  ces 
moments  à  l'emprefiTement  de  fes 
foldats  )  on  le  demandoit  à  grands 
cris  ,  lorfque  la  nouvelle  fe  répan-^ 
die  de  rang  en  rang  qu'il  étoit  mort; 

Rv' 


J94  HîSTOïKE  DE  France. 
Au  bruit  des  inftruments  militaires  , 
A«N.  ifii.  aux  chants  de  joie  &  d'alégreflTe  , 
fuccéda  cout-à-coup  un  long  &  mor- 
ne (ilence  ,  interrompu  par  des  gc- 
miffements  &  tous  les  accents  de  la 
douleur.  Les  foldars  coururent  en 
foule  vers  le  lieu  où  on  leur  dit 
qu'il  étoit  tombé  :  ils  le  trouvèrent 
lans  vie  ,  percé  de  quatorze  coups 
de  lances  :  Lautrec  à  fes  cotés  ,  cri- 
blé de  bletTures  ,  refpiroit  encore  y 
on  le  tranfporta  dans  la  ville  de 
Ferrare  ,  où  il  fut  rappelle  à  la  vie 

Ear  les  foins  du  duc  &  de  la  duché  de. 
,z  foule  des  guerriers  entouroit  tou- 
jours le  corps  de  Gafton  :  après  Ta- 
voir  long -temps  pleijré ,  ils  afpire- 
leBt  à  le  venger  ,  &  demandèrent 
inftamment  qu'on  les  menât  à  Ra-. 
venne  :  la  Palifle  ,  profitant  de  l'ar- 
deur des  foldars  »  fit  toutes  les  dif- 
poiitions  poux  livrer  un  nouvel  af- 
laut  à  cette  place.  Les  bourgeois , 
qui  n'avoient  plus  aucune  efpérance 
de  fecours ,  offrirent  de  fe  foumet- 
ire  !  pendant  que  l'on  régloir  les 
articles  de  la  capitulation  ,  le  capi- 
laine  Jacquin  ,  &  quelques  autres 
,  chefs  d'aventuriers  ,  s'étant  appro- 
chés de  la  brèche  9  que  Pompée  Ci>* 


Louis  X  I  Î.  jpj 
lonne  n'avoir  point  eu  le  temps  de 
réparer ,  s'élancèrent  dans  la  place ,  ann.  mu* 
fuivis  des  lanfquenets  &  de  tout  le 
refte  de  l'infanterie.  Tranfportés  de 
rage ,  ils  mafTacrerent ,  de  fang  froid  ^ 
une  partie  des  habitants ,  violèrent 
les  femmes ,  &  ils  auroient  fini  par 
tout  réduire  en  cendres ,  (i  la  PalifTe 
ne  fut  arrivé  à  propos  ,  avec  la  gen- 
darmerie ,  pour  arrêter  le  défordre  : 
irrité  des  excès  auxquels  s'étoit  li- 
vrée cette  troupe  de  forcenés  ,  il  fit 
pendre  le  capiraine  Jacquin  ,  plus 
brigand  que  foldat.  Marc- Antoine 
Colonne  ,  qui  s'étoit  renfermé  avec 
fa  garnifon  dans  la  principale  for- 
tereffe ,  eut  la  permiffion  d'en  fonic 
quatre  jours  après  ;  mais  à  con- 
dition que  ni  lui ,  ni  fa  troupe ,  ne  ^ 
f)Ourroient  ,  de  trois  mois  ,  porter 
es  armes  contre  les  François.  Les 
villes  d'Imola,  de  Fôrli ,  de  Cefene, 
de  Rimini  ,  prévinrent  ,  par  leur 
foumiilîon  ,  l'arrivée  des  François  : 
elles  prêtèrent  ferment  de  fidélité 
entre  les  mains  du  légat  ,  au  ncm 
du  concile  de  Pife.  L'armée  pou- 
voir ,  fans  trouver  d'obftacle  ,  s'a- 
vancer jufqu'à  Rome,  où  le  pape  n'au- 
roit  ofé  l'attendre  t  mais  la  PalifTe ,, 

R  v) 


39^     HisToms  de  France. 
^SS—Tmè.  qui  Louis  n'avoit  point  commun!-^" 
Ann.  lyu.  que  fes  projets,  &  à  qui  Trivulfe , 
refté  à  la  garde  du  Milanès  ,  recom- 
niandoit  fortement  de  ne  point  s'é- 
loigner ,   la  retint  dans  Tinaâion  , 
jufqu'à  ce  qu'il  eût  reçu  de  nouveaux 
ordres. 
Troubles  de      L^  nouvelle  de  tant  de  malheurs 

Jules  :  nego-  r/         •  r    •  iw  j  i 

ciacionsfrau-  conlccutih  jetta  1  épouvante  dans  la 
duieufcsavcc  ^i\\q  ^q   Rome  :    on  s'attendoic   a 

U  France.  ,    -  ^         .  ait: 

Lettres  de  ^^^^^  heute  a  voir  patoitre  les  rran- 
louis  x/r,   çois  au  pied  des  murailles  ,  &  ce 
^^c;w«w.  qjjj  redoubloit   la  terreur,   à   voir 
rangés  fous  leurs  enfeignes  les  feuls 
défenfeurs  fur  qui  Rome  pût  comp- 
ter. Le  duc  d'Urbih  ,  indigné  d'a- 
voir été  fufpendu  des  fondions  de 
fa  charge  de  gonfalonnier  ^  Robert 
(les  Uriîns  ,  Pompée  Colonne  ,  An- 
ihime  Savelli  ,  Pierre  Margano  ,  & 
Renzo  Mancini ,  s'étoient  mis  fecrc- 
tement  à  la  folde  du  roi  de  France  j 
ils  avoient  levé  des  troupes ,  &  pro- 
mettoient  de  fervir  de  guides  aux 
François  ,  dès  qu'ils  paroicroient  fur 
la  frontière.  Le  facré  collège  ,  tous 
les  prélats  de  la  cour  Romaine ,  vin- 
rent fe  jetter  aux  pieds  du  pape ,  8c 
le  conjurèrent  de  mettre  Rome ,  le 
faiat  iiege  &  fa  propre  perfonne  à 


Louis     XII.       397 

m      touverr  de  tant  de  périls ,  en  acceptant 

iTilii       enfin  les  conditions  de  paix  que  le  ann.  ijn. 


ÊCC! 
Iti 

Vê3 


t 

■m 


•  roi  n'avoit  point  cefle  de  lui  offrir, 
Jules  ,  quelque  intrépidité  qu'il  eût 
montrée  jufqu'alors  ,  fe  trouva  fort 
embarraffé  fur  le  parti  qu'il  flevoic 
prendre  :  il  n'étoit  point  en  fureté 
dans  Ton  palais  »  &  la  honte  d'être 
traîné  comme  prifonnier  de  guerre 
devant  le  -concile  de  Pife ,  de  fou- 
tenir  les  interrogations  &  les  regards 
infultants  de  Carvajal  &  de  Saint* 
Séverin  ,  qu'il  avoir  dégradés ,  & 
qui  alloient  peut  •  être  <ievenir  fes 


juges ,  lui 
^         affreux  mi 


>aroifroit  un  fupplice  plus 
lie  fois  que  la  mort  :  il 
méditoit  de  s'enfuir  fecrétement  à 
Oftie ,  &  de  monter,  s'il  étoit  pour- 
fuivi ,  fur  les  galères  qu'il  y  tenoit 
toutes  prêtes  ,  mais  il  ne  favoit  en- 
core de  quel  côté  il  tournerott  {qs 
pas.  Naples  ,  après  la  prife  de  Ro- 
me ,  n'étoit  plus  un  afyle  affûté  y  les 
François  y  comptoient  déjà  un  grand 
nombre  de  partifans.  Iroit  il  à  Ve- 
nife  ?  mais  quel  fecours  pouvoir -il 
fe  promtettre  d'u.i^e  république  épui- 
fée  par  une  guerre  malheureufe , 
dont  il  avoit  été  le  premier  auteur  ? 
y  auroit  on  oublié  fes  hauteurs  j  fes 


398  Histoire  de  France. 
duretés  ,  fes  violences  ?  le  fénat  ^ 
Ann.  ifii.  preflTc  par  un  ennemi  auquel  il  ne 
pouvoit  réfifter  ,  ne  le  livreroic  -  il 
point  ,  comme  il  avoit  précédem- 
'  ment  livré  le  cardinal  Afcagne  ? 
Prendroit-il  donc  le  parti  de  faire 
voile  en  Efpagne  ?•  ce  parti  paroif- 
foit  le  plus  fur  au  premier  coup- 
d  œil  -y  mais  combien  de  dangers  a 
courir  avant  que  d'y  arriver  ?  com- 
ilient  éviteroit-il  ,  en  cinglant  le 
long  des  cotes  de  Gênes  ,  la  ren- 
contre du  commandeur  Préjean ,  des 
corfaires  de  Marfeille  qui  infeftoienc 
ces  parages  ?  d'ailleurs ,  à  quel  ac- 
cueil devoit'il  s*attendre  de  la  part 
d'un  prince  fombre  ,  avide  ,  rufé , 
incapable  d'un  femiment  généreux  » 
&  accoutumé  à  n'eftimer,  à  ne  re- 
chercher que  ceux  dont  il  croyoit 
avoir  befoin  ?  à  quel  prix  voudroit- 
il  lui  vendre  fa  proteftion  ?  &  lorf- 
qu'il  le  tiendroit  en  fa  puifiànce , 
à  quelles  conditions  lui  permettroit- 
il  de  retourner  en  Italie  ?  Dans  cet 
embarras  ,  il  fe  rendit ,  ou  feignît 
de  fe  rendre  aux  inftances  du  facré 
collège.  Il  manda  Robert  de  Guibé  ^ 
cardinal— de  Nantes  ,  qu'Anne  de 
Bretagne  ,  en  qualité  de  fouveraine  y 


Louis  XII.  jpj 
tenoît  à  Rome  en  fon  nom.  Après  j; 
avoir  exalté  la  piété  de  cette  reine,  ann.  lyn. 
qu'aucun  motif  humain  ,  qu'aucune 
confidération  n'avoient  pu  détacher 
d'une  entière  foumiflîon  au  vicaire 
de  Jefus-Chrift  ,  il  marqua  un  vif 
regret  de  n'avoir  point  encore  té- 
moigné à  cette  grande  princefle  tout 
le  cas  qu'il  faifoic  de  fa  médiation  : 
il  parla  du  roi  en  termes  refpeékueux, 
n'attribuant  qu'à  de  faux  rapports  y 
à  de  perfides  confeillers  ,  la  méfin- 
telligence  qui  étoit  furvenue  entre 
eux  :  plaignant  le  malheur  des  prin- 
ces qui  n'avoient  point ,  comme  les 
particuliers ,  la  liberté  de  s'expliquer 
dire<ftement.  Ayant  enfuite  expofé 
aux  cardinaux  afTemblés  les  derniè- 
res conditions  que  le  roi  lui  avoir 
offertes  par  Téyêque  de  Murrai  , 
il  témoigna  qu'il  étoit  diîpofé  à 
s'en  contenter  ,  &  les  pria  de  ré- 
diger eux-mêmes  les  articles  de  fa 
réconciliation  avec  la  France  :  ils 
s'en  acquitterient  fur  -  le  -  champ  ;  le 
pape  Se  les  cardinaux  les  fignerent  : 
on  les  fit  parvenir  au  roi  par  l'évêque 
de  Tivoli  ,  vice- légat  d'Avignon  ; 
mais  fans  donner  à  cet  agent  ni  pou- 
voirs pour  conclure^  ni  même  uue 


400  Histoire  !>e  Framcï. 
fimple  lettre  de  créance.  Cétoît  vin 
Ann.  ijzi.  artifice  de  Jules  pour  faire  traîner 
la  négociation  ,  &  refter  toujours  le 
maître  de  la  rompre  ,  lorfquil  le 
pourroit  fans  danger  :  car  ayant  aU 
téré  &  changé  malicieufement  la 
plupart  des  propofitions  que  le  roi 
lui  avoit  fait  porter  par  révcque  de 
Murrai ,  il  n'ignoroit  pas  que  les  ar- 
ticles qu'il  envoyoit  au  nom  du  fa- 
cré  collège  ne  pcuvoient  manquer 
d'être  rejettes  ;  qu'ils  exigeroicnc 
au  moins  de  longues  difcuiuons  ^  ce 
qui  lui  donneroit  tout  le  temps  né- 
celTaire  pour  fe  concerter  avec  le 
roi  d  Efpagne  ,  &  les  autres  confé- 
dérés. 
Econnemcnt  Ferdinand  le  C^holique  n*avoit 
^ p^Manir  ^^^  gucte  moîns  alarmé  que  Jules  en 
de  Àngi.  '  recevant  la  première  nouvelle  de  la 
^.^^'"^'^•'***'*  défaite  de  Ravenne:  jugeant  qu'après 
la  deftruâion  totale  de  fon  armée,  le 
royaume  de  Naples  étoit  perdu  pour 
luis  fî  les  François  y  pénétroient,  il 
n'apjperçut  point  d'autre  moyen  de  le 
conlerver ,  que  d'y  renvoyer  prompre- 
ment  le  grand  capitaine.  Ainiî  quel* 
que  danger  qu'il  y  eût  â  confier  le  com- 
mandement d'une  armée  à  un  homme 
qu'il  avoit  fi  cruellement  trompé  ^  il 


Loui^  XII.  401 
le  tira  de  fa  retraite  ,  &  l'exhorta  â 
palTer  promptement  en  Italie.  Gon- AwN.ifi?.. 
laive  ,  croyant  coucher  aa  moment 
de  la  vengeance ,  vendit ,  ou  enga- 
gea une  partie  de  fes  biens  pour  le- 
ver des  foldats  &  équiper  des  vaif- 
feaux  :  fes  préparatifs  étoient  déjà 
fort  avancés  ,  lorfque  Ferdinand  ap- 
prit que  Raimond  de  Cardonne  y 
dont  on  n'avoir  point  entendu  parler 
rendant  plufieurs  femaines  ,  n'étoit 
>oint  mort  ;  qu'il  avoit  déjà  raflTem- 
>]é  les  débris  de  l'armée  ,  &  qu'il 
n'y  avoit  plus  aucune  apparence  que  - 
les  François  ,  affoiblis  par  leur  vic- 
toire ,  s'éloignaflentdu  Milanès.  Tran- 
quille du  côté  de  l'Italie  »  il  renvoya 
une  féconde  fois  Gonfalve  dans  fes 
terres  »  fans  lui  tenir  aucun  compte 
de  fes  avances  ,  infultant  même  a  fa 
crédulité  &  d  fa  profu(ion. 

Jules  ,  de  fon  coté  ,  ne  tarda 
pas  à  fe  ralfurer  :  la  première  con- 
lolarion  qu'il  reçut  ,  lui  vint  du 
camp  des  François  :  le  cardinal  de 
Médicis  ayant  obtenu  du  cardinal 
Saint -Séverin  la  liberté  d'informer 
fes  parents  de  fa  captivité  ,  &  de 
foUiciter  des  fecours  qui  lui  éroienc 
abfolumenc  néceifaires  ^  chargea  de 


40Z  Histoire'  de  France. 
:  cette  commiflîon  Jules  de  Médîcîs, 
Ann.  ifit.  chevalier  de  Rhodes  »  &  fon  plus 
proche  parent.  Ce  meflTager  ,  iqui 
avoir  eu  la  facilité  de  fe  promener 
dans  le  camp  ,  apprit  au  pape  la 
trifte  fituation  où  fe  trouvoit  Tar- 
niée  Françoife  j  la  défolation  géné- 
rale qu*avoit  produite  la  more  de 
Gafton  *j  rembarras  6c  rinquiétude 

3ue  caufoit  larmement  des  Sui(Ies*, 
ont  on  avoit  reçu  des  avis  certains. 
Dès  ce  moment  il  ne  fut  plus  quef- 
tion  de  paix  avec  la  France  :  Jules 
ne  fongea  qu'à  regagner  ceux  des 
barons  Romains  qui  s'étoient  mis 
à  la  folde  des  François  ,  &  qui  , 
f  commençant  à  défefpérer  de  les 
voir  paroître  ,  faifirent  avidement 
les  premières  ouvertures  de  récon- 
ciliation qui  leur  furent  faites  de 
la  part  du  fouverrin  pontife.  Le 
duc  d'Urbin  ,  neveu  de  fa  fain- 
teté ,  (îgna  le  premier ,  &  fut  rétabli 
dans  les  fondions  de  gonfalonnier  : 
Pompée  Colonne  ,  Robert  des  Ur^ 
fins  ,  fuivirent  cet  exemple  ,  con- 
duifant  au  fecours  du  pape  des  troU'- 
pes  qu'ik  avoient  levées  avec  Vat- 
gent  du  roi  de  France  :  le  feul  Pierre 
Margano  eut  la  bonne  foi>  en  chan- 


Louis     XII.        405 
géant  de  parti  ,  de  renvoyer  toutes 
Iq$  fommes  qu'il  avoir  reçues.    '       ^nn.  i^iz. 
Louis  5   en  recevant  la  nouvelle   Affliaiondc 
d'une  bataille  qui  le  faifoit  triom-  y^ii"^  \^°^f^ 
pher  fi  glorîeulement  de  fes^  enne-  fons  de  Ma- 
mis  ,  verfa  un   torrent  d^  larmes  :  "£*/,^"]  ^ 
la  perte  de  tant  de  braves  officiers ,  Louu  xn. 
qui  avoient  dignement  fervi  la  pa-  ^J^^^^^^^' 
trie  ,  celle  de  Gafton  de  Foix  ,  l'ob-    Fenon. 
jet  de  fon  amour,  de  Tes  efpcrances ,    ^anl%d£ 
fon  nourrifTon  ,  fon  fils ,  remplirent  FontanUiu 
fon  ame  d'amertume  &  de  douleur  : 
il  répondit  à  ceux  qui  lui  faifoienc 
compliment  fur  fa  viûoire  :  Sou^ 
haitons-en   de  pareilles  à  nos  enne'- 
mis.  Des  nouvelles  plus  accablantes 
les  unes  que  les  autres  fe  fucccde- 
rent  fans  interruptioa.    Un  héranc 
d'Angleterre  vint  lui  déclarer  ,   au 
milieu  de  fa  cour,  que  la  paixétoic 
rompue   entre   les  deux  couronnes. 
Jean  -  Jacques  Trivulfe  ,  refté  à  la 
garde  du  Milanès  ,  annonçoit  l'ar- 
rivée prochaine  des  Suifies ,  &  mon- 
troit  rimpoflibilité  où  il  feroit  de 
leur  réfifter   fans  de  iiouveaux  fe- 
cours  ;  ces  mefiages  déterminèrent 
Louis  à  prêter  une  férieufe  attention 
aux  propoficions  de  l'évêque  de  Ti- 
voli. Quoique  ces  conditions  fufTenc 


4^4     fli^ToiRB  DÉ  France. 

eflisntiellement  diffcrerites  de  celles 

Akn.  ifii*  ^^'^^  ^^^^^  ^^^^  porter  au  pape  ,  tant 
par  l'évêque  de  Marrai  que  par   le 
cardinal  de  Final ,  &  que  la  vidroire 
qu'il  venoic  de  remporter  ne  dût  pas 
contribuer  à  lui  faire  rabattre  de  fes 
prétentions  ;    cependant  ,    comme 
après  tout ,  les  demandes  qu'on  lui 
faifoic  ne  portoienc  atteinte  ni  aux 
droits  de  fa  couronne  ni  à  fon  hon- 
neur ^  vraifemblablement  il  s'eil  fe- 
roic  contenté  ,  û  la  malice  de  fes 
ennemis  ne  l'en  eût. encore  détour- 
né*   Maximilien    continuoit   de    le 
tromper  :  bien  qu'il  eût  Hgné  une 
trêve  particulière  avec  les  Vénitiens^ 
il  n'avoit  point  accédé  publiquement 
au  traité  de  la  faihte-union«  Depuis 
que  les  armes  Françoifes  prenoient 
de  l'afcendant  en  Italie ,  il  fembloit 
avoir  la  plus  grande  envie  de  re- 
nouer les  anciens  traités  y  Se  tenoit , 
à  ce  delTein  ,  un  ambafTadeur  d  la 
cour  de  France.    Louis  crut  devoir 
lui  communiquer  les  offres  du  pape 
Se  du  facré  collège  :  André  de  Burgo  , 
c'eft  le  nom  de  cet  ambaflàdeur  , 
faifant  obferver  au  roi  qu'il  n'éioit 
point  fait  mention  dans  ce  prétendu 
traité  de  la  querelle  de  Tempereur 


Louis     XII.        495 

avec  les  Vénitiens ,  quoique  le  pape 

n'ignorât  pas  qu  elle  fubfiftoit  tou-  ann.  1511. 
jours  y  eut  le  talent  de  lui  perfuadec 
que  c^étoit  un  piège  que  lui  ten- 
doient  fes  ennemis  ,  afin  de  fdrcer 
enfin  l'empereur  ,  qu'ils  n'avoient 
pu  réduire  »  à  fe  livrer  à  eux  ^  en 
voyant  qu'il  n'avoit  plus  rien  a  fe 
promettre  de  la  France.  Il  lui  paria 
enfuite  du  defir  qu'avoir  fon  maître 
de  faire  un  dernier  effort ,  de  larfa- 
cilité  qu'ils  auroient  en  fe  réunifTanc 
^  en  prenant  mieux  le^rs  mefures 
à  rerminer  glorieufemenc  leur  pre^ 
miere  entreprife ,  Se  le  conjura  de  ne 
iigner  aucun  accord  que  l'empereur 
n'y  fût  comprise  Louis  s'y  détermina 
d'autant    plus  aifémenc  ,   qu'il  fal- 
loit  nécedairement  traiter  direâe-- 
ment  avec  le  pape  y  puifque  Yévç^ 
que  de  Tivoli  n'avoit  ni  lettres  de 
créance ,  ni  pouvoirs.  L'embarras  où 
il  fe  trouva  étoit  extrême  :  il  n'igno- 
roit  pas  que  la  crainte  feule  avoic 
forcé  le  papjs  à  lui  faire  des  propo- 
Htions  :  Çi  donc  il  fe  réfolvoit  â  éva-^ 
cuer  la  Romagne  pour  ne  plus  foH« 
ger  qu'à  la  défenfe  du  Milanès,  il 
rendoit  la  paix  beaucoup  plus  difii-- 
çile  :  s'il  ordpnnoit  à.  fou  général 


4otf     Histoire  de  France. 
de  reftcr  dans  la  Romagne  ,  ou  tnc- 
Ann.  ifii,  n^e  de  s'avancer  vers  Rome  ,   il  ex- 
pofoit  le  duché  de  Milan  ,  menace 
par  les  Suiffès  :  il  prit  un  parti  mi- 
coyeiii  ;  ce  fut  de  partager  fon  armée, 
&  de  fe  tenir  de  tous  cotés  fur  la 
défenfive.  La  Palifle  lailFant  au  car- 
dinal Saint- Se  vérin  trois  cents  lan- 
ces &  fix  mille  hommes  d'infanterie 
pour  garder  au  nom  du  concile  de 
Pife  les  places  de  TEglife  dont  on 
s'étoit  emparé ,  reprit ,  avec  le  refte 
de  l'armée  ,  la  route  de  Milan  :  les 
^  foldats  ,  à  qui  Vori  n^avoit  pu  encore 

arracher  le  corps  de  Gafton  leur  gé- 
néral ,  lui  décernèrent  une  pompe 
funèbre  qui  reflembloit  à  un  triom- 
phe :  le  char  qui  le  portoit  précé- 
doit  l'armée  :  il  étoit  orné  fur  le 
devant  des  enfeignes  de  France  8c 
de  Foix  ;  fur  les  côtés  &  le  derrière , 
des  drapeaux  ennemis ,  renverfés  & 
traînant  dans  la  pouffiere  :  le  car* 
dinal  de  Médicis  ,  Pierre  Navarre , 
le  marquis  de  Pefcaire  ,  &  les  au- 
tres généraux  prifonniers  fuivoîent 
à  pied  le  char  du  vainqueur.  Fa« 
,  brice  Colonne  fut  préfervé  de  cette 
humiliation  :  le  duc  de  Ferrare  , 
xlont  il  étoit  prifonnier  ,  femblanr 


Louis    XII.        407 
prévoir  le  befoin  qu'il  auroit  d'un 

f^erfonnàge  (i  accrédité  dans  Rome,  AfiN.  Mit. 
e  mie  furtivement  en  liberté.  Dans 
cçc  équipage ,  &  aii  milieu  des  chants 
funèbres  de  toute  l'armée ,  le  corps 
de  Gafton  entra  dans  la  ville  de  Mi-  - 
lan ,  fut  dépofé  dans  la  cathédrale  y 
à  coté  du  maître  -  autel  ,  où  on  lui 
érigea  un  trophée  des  armes  des 
vaincus. 

Louis  cependant  négocioic  à  Rome,  Les  François 
exigeant  pour  condition  préliminaire  ^»jj\i^c 
que  le  pape  forçât  les  Vénitiens  à  don-     ^^^^^^^  ^ 
ner  une  pleine  fatisfaftion  à  Tempe-  i»©""  -^^A 
reur ,  ou  qu'il  fe  déclarât  publique-  d^À^CP^ 
ment  leur  ennemi.  Il  ne  tarda  pas  à    Btmbt. 
connoître  à  quel  point  il  étoit  abufé  :  ^n^*"**  *^* 
Maximilien  ,  s'étant  enfin  concerté 
avec  les Suifles ,  rappella brufquement 
fon  ambaffadeur  de  la  cour  de  France. 
Surpris  que  les  ordres  qu'il  avoir  en- 
voyés au  capitaine  Jacob  fuflent  ret 
tés  fans  exécution  ,  il  en  envoya  de 
nouveaux  au  neveu  de  ce  fidèle  & 
brave  officier  ,   lequel  n'ofant  plus 
différer  d'obéir  ,  prit  congé  des  gé- 
néraux François  ,  &  ramena  fes  lanf- 
quenets  en  Allemagne.  C'étoit  une 
perte  irréparable  dans  la  conjonfture 
où  l'on  fe  trouvoit  ;  l'infanterie  Fran- 


4o8      Histoire  de  Frakce. 
mmmmÊmÊim  çoife   avoit  cté  prefqu'encîérepient 
^NN.  ijii'.  ^^truite  à  la  bataille  de  Ravennej 
Molard,  la  Crotte  ,  Bonnet ,  Gram- 
mont  ,  Mongeron  ,    Richeboiirg  , 
écoient  morts  :  les  aventuriers  qu'ils 
avoient  levés  &  difciplinés  »  enrichis 
du  pillage  de  BretTe  &  de  Ravenne» 
&  ne  ^ngeant  qu  à  mettre  à  cou- 
verc  leur  butin  ,  repaflbient  jour- 
nellement en  France  »  fans  que  per- 
fonne  eut  l'autorité  de  les  arrêter: 
les  bandes  Italiennes ,  compofées  de 
Vallefans  &  de  Grifons ,  ayant  be- 
foin  de  repos ,  après  les  marches  for- 
,  cées ,  Se  toutes  les  fatigues  qu  elles 

^voient   effuyées   pendant  Thiver , 
s'étoient  retirées  ,  avec  la  permif- 
fion  <le  Jacques   de  Silli  ,  princi- 
pal tréforier  de  Tarrnée  :  il  ne  ref- 
toit  donc  plus  d'infanterie  fur  pied  : 
Louis  en  levoit  en  Picardie ,  en  Nor- 
mandie ,  &  en  Gafcbgne  y  mais  fe 
trouvant  à  la  veille  d'être  attaqué 
dans  fes  propres  Etats  par  les  forces 
réunies  de  l'Angleterre  &  de  TEf- 
pagne  ,  il  n'avoir  garde  d'envoyer 
ces  nouvelles  recrues  en  Italie  :  au 
contraire  ,  il  rappella  de  cette  con- 
trée les  deux  cents  gentilshommes 
de  fa  maifon  ^  ^  quelques  cQmpa- 

gnies 


Louis     XII.        409 

f;niiBS  d'ordonnance  pour  couvrir  les  !■ 

roncieres  de    la  Gafcogne.  Malgré  Ann.  inî-* 
rafFoibiiflTement  où^  toutes  ces  dif- 

f)ofitions  laiflbîent  larmëe  d'Italie, 
a  PalifTe  ne  défefpéroit  point  encore 
de  fauver  le  Miknès  :  k$  Suiffes  , 
qui  venoient  l'attaquer,  n'avoient 
ni  cavalerie  ni  canon  :  les  quatre 
ou  cinq  irruptions  qu'ils  avoient  ten- 
tées précédemment,  avoient  tourné 
à  leur  confuiîon  :  celle  qu'ils  médi* 
toient  ne  devoir  pas  ,  fuivant  les 
apparences ,  avoir  un  meilleur  fuc- 
ccs  :  comme  elle  étoit  annoncée  de- 
puis affez  long-temps, Trivulfe  avoir 
Fortifié  les  portes  par  où  ils  pouvoient 
déboucher  ,  &  pris  toutes  les  ^  me^ 
fures  nécelTairés  pour  les  contenir 
dans  leurs  montagnes.  L'infidélité 
des  Grifons ,  une  nouvelle  trahifon 
de  la  part  de  Maximilien,  décon- 
certèrent ce  plan  de  défenfe.'  Les 
Grifons,  quoiquàja  folde  du  roi,  ^ 
&  obligés  par  leur  traité  de  ne  point 
donner  pafTage  fur  leurs  terres  aux 
troupes  qui  viondroient  attaquer  le 
duché  de  Milan  ,  préférant  ,  dans 
cette  occafion  ,  l'amitié  des  Suifles  , 
leurs  a;nci^ns  Confédérés,  au)f  inté- 
rêts du  roi  de  ïrancéi  les  reçurent 
Tome  XXI I.  S 


4TO     Histoire  db  France. 
;  à  Coire ,  &  s'aflbcierent  à  leur  en- 
Ann.  If  II.  treprife,    Maximilien  ,  de   fon    cô- 
té ,  leur  ouvrit  la  route  du  Tren- 
tin ,  &  leur  donna  la  facilité  de  fe 
joindre  aux  Vénitiens,  qui  fourni- 
rent à  cette  armée  ,  déjà    compo- 
fée,  de  vingt   mille  fantalTins  >  nuit 
cents  lances,  amant  de  chevaux  lé- 
gers ,  un  train  d'artillerie ,  des  pon^ 
tons  pour  traverfer  les  rivières ,  des 
vivres,  &  toutes  fortes  de  muni- 
tions. Au  bruit  <le  cette  marche , 
U  Paliiïe ,  retirant  les  troupes  qu'il 
avoir  laifTées  dans  la  Romagne  ibus 
la  conduite    du  cardinal  Saint- Se- 
vérin,  rafTemhla  gromptement  doa« 
xe  cents  lances  ,  ^  cinq  ou  fix  mille 
hommes  d'infanterie  y  s'avaaça  juf- 
Au  à  réxtrémité    du    Milancs  ,  au- 
devant  de   Tennemi^  évacuant  les 
placés  foibles ,  ou  d'une  trop  grande 
étendue,  &  jettant  des  renforts  Se 
des  munitions  dans  la  ville  de  Bref- 
fe ,  où  commandait  Âùbigni ,  dans 
le  château  de  Crémone,  &  les  au- 
tres forteréffes  qui,  fans  beaucoup 
de   monde,  pouvoient   foutenir  un 
long  fiége:  Après  avoiir  diftribué  la 
meilleure  partie  dè.fes  troupes  dans 
cesdifféreates  fôrte^effes,  U  Palifle, 


Louis    XII.        41  t 

l  qui  il  ne  reftoit  plus  qu'un  corps  1 

de  cavalerie,  en  forma  un  camp- Ann.  mu. 
volant  ,  avec  lequel  il  fe  propofa 
de  difputer  aux  SuifTes  le  paflage 
des  rivières  ,  &  de  les  battre  eh 
détail ,  s'ils  prenoient  le  parti  de 
fe  réparer }  mais  il  ne  trouva  point 
dans  le  cœur  de  fes  troupes  l'ardeur 
qui  l'animoit  :  les  principaux  offi* 
cîers  ne  lui  obéilïbient  qu'à  regret, 
&  les  (Impies  foldats ,  épUifés  de 
fatigues  ,  voyant  leurs  chevaux  ha- 
raflTcs  ,  defiroient'  eux-mêmes  la 
perte  du  duché  de  Milan,  afin  de 
pouvoir  fe'  retirer  en  France ,  &  de 
jouir  enfin  d'un  repos  qu'ils  croyoient 
avoir  bien  acheté.  Une  imprudence  ; 
ou  plutôt  un  malheur,  acheva  de 
tout  perdre.  La  Palifle  écrivoit  au 
général  de  Normandie  de  lever  dei 
troupes  fans  perdre  un  inftant ,  lui 
marquant  le  mauvais  état  de  fon 
atmée  ,  l'impodibilité  où  Ion  alloit 
fe  trouver  de  conferver  le  Milanès.« 
fi  les  Suifles  entreprenoient  d'y  pé- 
nétrer. Cette  lettre  fut  interceptée 
par  un  parti  d'Albanois ,  au  fervice 
dés  Vénitiens  ,  qui  la  portèrent  au 
cardinal  de  Sion.  Ce  foldat  tondu  ^ 
plus  redoutable  alors  que  les   plus 

Sij 


4ii     Histoire  DE  Francî. 

_  \  puilTancs  monarques,  fut  tirer  part? 

Ann.  ifii»  de  cet  avis.  Les  Suifles  dévoient 
s'avancer  du  côté  de  Ferrare ,  &  n'a- 
vaient deCTein  d'entrer  dans  le  Mî- 
lanès  qu'après  leur  jondion  avec 
l'armée  de  l'union  ;  ce  qui  auroit 
laiflTé  aux  François  le  temps  de  fe 
fortifier  :  Schinner  ,  leur  montrant 
la  lettre  interceptée,  les  porta  fans 
peine  à  profiter  de  la  confiernation 
des  François  j  &  a  ne  partager  avec 
perfonne  la  gloire  de  les  avoir  chaf- 
{és  d'Italie,  ils  marchèrent  droit  à 
Milan ,  toujours  efcortés  de  la  cavale- 
rie Vénitienne.  LaPalifTe^ne  pouvant 
les  arrêter  fans  livrer  une  bataille. 
Se  craignant  d'expofer,  dans  la  po- 
iicion  critique  où  fe  trouvoit  la  Fran- 
ce ,  les  feules  troupes  qui  puflent  la 
défendre.,  tira  de  Milan  tous  les 
François  qui  s'y  trouvoient ,  les  pri- 
fpnniers  faits  à  Ravenne ,  &  les  pères 
du  concile  de  Pife  :  il  renforça  la 
garnifon  du  château  ,  &  fe  retira 
dans  Pavie ,  où  il  fe  propofoit  de  fe 
mettre  en  défenfe.  Les  Suifiesneluien 
laifTerent  pas  le  temps  j  car,  deux 
jours  après  ,  ils  arrivèrent  fous  les 
murailles  de  la  ville,  qu'ils  tente- 
rerxc  d'efcalader ,  candis  que  des  pe« 


Louis    XII.  41 } 

lorons  de  leur  armée  palToienc  fuc- 
ceâîvemem  le  Tcfin,  pour  couper  ann.  m"^ 
aux  François  le  chemin  de  la  re- 
traite. La  Palifle  en  ayant  eu  avis , 
ne  fongea  plus  qu'à  ramener  fes  trou- 
pes en  France  ,  laifTant  à  la  qiieue 
de  Tarmée  le  brave  Louis  d'Ars  , 
Imbercourt,  &  le  chevalier  Bayard , 
qui  reçut  une  blelTure  dangereufe  à 
l'épaule.  Dans  le  tumulte  qu'occa- 
fîonnoient  ces  marches  forcées  ^  le 
cardinal  de  Médicis  trouva  moyen 
de  s'arracher  des  mains  de  ceux  qui 
le  gardoient ,  &  de  porter  lui-même 
au  pape  la  nouvelle  de  fa  délivrance 
&  de  la  fuite  des  François. 

Jules  célébroit  alors  le  concile  de    Coneîie  dt 
Latran,quil  avoit   cru  devoir  op^^'J^^,'^^^ 
pofer  à  celui  de  Pife.  Ces  deux  ^if^hmoadeiu^, 
femblées  eccléfiaftiques ,  compofées,  "  "' 
1  une  des  ennemis  du  pape  ,  l  autre  pîfan. 
de  fes  partifans,  étoient  bien   plus    oVccW- 
occupées  à  fervir  les  paffions  de  leurs    "sardi  kîfi^ 
maîtres  ,   qu'à  extirper  les  abus  Sc^^'p"- 
les  fcandales  dont  on  fe  plaignoit  de- 
puis long-temps  :  les  çierfes  de  Pife , 
après  avoir    fommé   inutilement  le 
pape  de  comparoître  en  perfonne  ou 
par    procureur    devant  kur    tribu- 
nal 9  après  lui  avoir  accçr<ié  trois  ou 

S  iij 


4Ï4     Histoire  de  France. 
■  quatre  mois  de  délai,  voyant  qu'il 

Ann.  lyii.  ne  répondoit  à  leurs  fommations  que 
par  des  monicoires ,  où  il  les  décla- 
roic  fchifmariques  &  excommuniés; 
•  qu'il  les  dépofoit  de  leurs  dignités, 
&  s'emportoit   contr'çux    aux    der- 
nières menaces,  avoient  enfin   pris 
le  parti ,  avant  que    de  quitter    la 
'    ville  de  Milan ,  de  le  déclarer  lui- 
même  auteur  du  fchifrm,  artifan  de 
troublt    &    d$   difcordc  ,   homme  per^ 
vers ,  endurci   dans   le  crime  ,  &  in^ 
corrigible  :  &  en  conféquence  ils  Ta- 
voient  fufpendu  de  toute  fonâfon» 
de  toute  autorité  fpirituelle  &  tem- 
porelle. Jules  ,  fâchant    qu'ils    s'é- 
coient  retirés  à  Lyon  ,  publia    un 
nouveau  monitoire ,  &  jetta  un  in- 
terdit général  fur  cette  ville  ,  me- 
naçant tous  leurs  fauteurs  &  adhé- 
rents de  TexcoÎTimunication ,  fi  avant 
un  terme  qu'il  indiqua,  ils  ne  fai- 
foient   (atisfaâion   à  TEglife.  C'eft 
fous  ces  circonlocutions   que  Jules 
cachoit  encore  la  haine  &  Tefprit 
de   vengeance   dont  il  ctoit  animé 
contre  Louis  Xll,  bien  réfolu  tou- 
tefois ,  lorfqu'il  pourroit  le  faire  im- 
punément, de  le  défigner  par  fon 
nom ,  de  le  priver  du  titre  de  roi  trh*^ 


L  o  û  t  s    5CIl.        41^ 

thrhîen  y  Se  de  fils  aîné  de  TEglife  ,  

âu'il  fe  propofoic  de  transférer  au  roi  ann.  iîu; 
^Angleterre ,  fans  examiner  fi  un  pa- 
reil changement  étôit  en  fon  pouvoir. 
Plus  occupé  dans  ces  moments  dé- 
cififs  des  affaires  politiques  &  mi- 
htaires  que  de  celles  du  concile ,  il 
fongea  aabord  à  marquer  fa  recon* 
noiilance  au  cardinal  de  Sion  Se  aux 
Suifles.  Il  établit  le  premier  fon  lé- 
gat Se  fon  lieutenant-géméral  dans 
toute  retendue  de  la  Lombardiej 
avec  pouvoir  de  fe  créer  des  lieu- 
tenants particuliers  :  il  envoya  auat 
SuifTes  des  étendards  bénis  de  fa 
main^  &  leur  conféra  le  titre  dô 
définfeurs  dt  la  liberté  de  CEglifc. 
Ces.  dons  peu  difpendieux  n'étoienc 
ùùinx,  purement  gratuits  :  Jules,  avec 
rappui  de  fes  nouveaux  défenfeurs, 
fe  propofoit  de  détacher  du  duché 
de  Milan  Se  d'unir  au  domaine  direâ 
du  faint  fiége  les  villes  de  Parme  Sc 
de  Plaifance.  Dans  le  même  tenips» 
le  duc  d'Urhin  fon  neveu ,  chaflfbic 
de  fiologne  les  malheureux  Benti- 
voglib  ,  écrafés,  pour  ainfi  dire^ 
fous  la  chute  de  leur  protecteur.  Le 
duc  de  Ferrare  ,  menacé  d'un  fore 
pareil^  cherchoit  des  amis  à  Rome« 

S  iv 


41 6      Histoire  de  France. 
11  obtint  par  le  crédit   de  Fabrice 
Ann.  Mil.  Colonne,  à  qui  il   avait   gcnérea- 
fement  rendu  la  liberté ,  un  fanf- 
conduit  du  pape  pour  venir  en  tou- 
te sûreté  plaîcier  lui-même  fa  caufe 
devant  le  facré  collège.  Il  fe    mie 
en  route ,  laidant ,  pendant  fon  ab« 
fence,  radminiftràtion  de  fes  Etats 
au  cardinal  Hippolite  fon  frère*  Tan- 
dis qu  il  tâchoit  de  fléchir  la  colère 
du  faiot  père  par  des  foumiffions, 
&  de  fe  rendre  fes  juges  favorables , 
il  apprit  que  les  troupes  de  l'Eglife 
lui    avoient    enlevé    la    ville     de 
Reggio,  &  quon  follicitoit  ouver- 
tement fes  autreç  fujets  à  la  révol- 
re  'y  il  eut  même  des  raifons  de  crain- 
dre  qu'on  ne  pensât  à  Tarrêter.  Fa- 
brice ,  dans  le  fein  duquel  il  verfa 
fes  foupçons  &  fes  plaintes ,  n'ayanc 
pu  obtenir  ni  réparation  pour  ce  qui 
venoit  de  fe  pafler ,  ni  sûreté  pour 
laveilir  ,  arma  fes  amis ^  &  quelque 
danger  qu'il  y  eût  pour  lui  à  proK 
voquer  la  colère  d'un  fouverain  tel 
que  Jules,  il  tira  fon  ami  de  Rome^ 
&  le  mit  en  liberté.  Le  duc  eut  re- 
cours à  la  prote6bion  de  Tempèrent 
&  du  roi  d'Efpagne ,  qui ,  bien  qu'al- 
liés du  pape  9  ne  voyoienc  qu'avec 


Louis    X  I  I,  4^7 

peîne  fes  progrès  rapides  de  la  puif- 1 

fance  du  faint  ficge.  Ann.  içn. 

La  France   ne  prenoit   plus  con-    ufurpation 

noiflance  de  ce  qui  fe  paflToit  en  Ira-  ^  royaume 

-.  ,,  n^  •    •        'i  °-^     Navarre 

lie  y  a  autres  aftaires   plus    urgentes  par     Perdi- 
abforboienc  toute  fon  attention.  Les  "^^* 
Anglois  &  les  Efpagnols  menaçoient  jj'li^u^^^ 
d'y    pénétrer.    Louis  ,    ne    doutant    ^ariana. 
point  que  les  Anglois  ne  débarquaf-  NJ:l^parFl!L 
lent  à  Calais ,  où  Ton  ne  pouvoit  "/«. 
troubler  leur  defcente,  avoir  diftri- ^^^-Z" '*' 
bué  les  vieilles  troupes  qui  reftoient    ^fl«   de 
en   France  \  &  les  milices  qu'il  ve-  ^Vjilllm.:.. 
noit  de  mettre  fur  pied ,  dans  les  dcFontaniw. 
places  de  la  Picardie  &  de  l'Artois  : 
bientôt  il    apprit  que    tout  TefForc 
^es  ennemis    alloir  tomber    fur  la 
Gafcogne  &  la  Guienne ,  provinces 
éloignées  &  fans  défenfe.  Ferdinand 
le  Chatholique,  qui   avoir  etitraîné 
Henri  VIII  fon  gendre  dans  cette 
guerre,  lui  représenta  que,   s'il  dé- 
oarquoit  à  Calais,  il  trouveroit  par* 
tout  les  François  bien  préparés  à  le 
recevoir ,  &  ne  tiresoit  aucune  corn* 
modité  de  fes  confédérés;  aulieuque, 
s'il  orenoit  le  parti  de  fondre  fur  la 
Gaicogne  &  la  Guienne  ,  où  Ton  ne 
Tattendoit  point ,  &  où  le   peuple 
iregrettoit    toujours   la    domination 

S  V 


41 8      Histoire  de  France. 

Ahgloife  5  il  ne  rencontreroit  pi-ef- 

Ann.  iju  qu'aucune  réfiftance,  &  feroit  puif^ 
famment  fécondé  par  toutes  les  for- 
ces  d*Efpagne.  jl   fut   donc   réfolit 
qu'on  s'attacheroit  d'abord  au  fiége 
de  Bayonne  :   Ferdinand  pouffa   la 
générofitc  jufqu'à  envoyer  à  fon  gen- 
dre un  grand  nombre  de  vaiflTeaux 
pour  faciliter  le  tranfport  des  trou- 
pes Angloifes.  Le  marquis  de  Dor- 
fet   commandoit    cette  flotte ,   qui 
portoit  dix  mille  hommes  de  débar- 
quement. Louis ,  fans  dégarnir  eu- 
tiérement  les  frontières  de  Picardie  , 
fit  paiTer  la  plus  grande  partie  de 
fes    troupes   en    Guienne ,  fous  la 
conduite   du    duc    de    Longueville. 
Charles  ,  duc   de   Bourbon -Mont- 
penfier ,  y  conduifit  bien  toc  des  ren- 
forts con(idérables  :  enfin  la  PalilTe 
eut  ordre  de  s*y  rendre  avec  les  dé- 
bris de  l'armée  d'Italie.  Ferdinand 
voyant  les  chofes  arrivées  au  point 
où  ii  les  avoir  defirées ,  ne  fe  mie 
plus  en  peine  de  cacher  les  projets 
ambitieux    qu'il     méditoit    depuis 
long' temps,  &  pour  la  réuifite  def- 
quels  il  avoit  fourdement  fomente 
toute  cette  guerre  d'Italie.  Le  royau- 
me de  Navarre  fépa.roic  fes  ILmi 


L  o  tj  î  s    XII.        419 
de  la  France    Jean  d*Âlbret ,  <]ui  le 
gouvernoic   au   nom    de  Catherine  Ann*  i^i^i 
de  Foix  fa  femme,  écoit  un  prince 
doux,  enjoué  &  libéral,  niais   fri- 
vole &  inappliqué  :  il  entendoit  deux 
ou  trois  menTes  par  jour  ;   il  alloic 
enfuite  dîner ,  fans  cérémonie ,  chez 
tous  ceux  qui  Tinvitoient  :  fans  au- 
cun égard  pour  fa  dignité  ,  il  fe  reti- 
doit  aux  fèces  de  village ,  ic  à  tous 
les  divertiflements  pubUcs  :  il  fe  mê- 
loit  dans  la  foule  ,  danfoit  familiè- 
rement avec  les  payfannes  ,  ou  de 
(impies  bourgeoifes,  fouvent  fur  les 
places  publiques ,  ou  bien  au  milieu  des 
rues.  Louis lavertifToit  depuis  long- 
temps de  fe  précautionner  contre  les 
entre  prifes   a  un    voifin  dangereux: 
dom  Juan  s'y  étoît  engagé  ,  mais  tou- 
joursjlivré  à  la  diffipat^on ,  il  vit  l'o- 
rage près  de  fondre  fur  fa  tète  ,  fans 
avoir  encore  fongé  a  fe  mettre  à  cou* 
vert.  Ferdinand  ,  au  lieu    de    join- 
dre (es  forces  aux  Anglois  qui  étoient 
débarqués  à  Fontarabîe  ^  fomma  fon 
foibie  voifin  de  lui  livrer  paflage  fur 
fés  terres  pour  aller  cpmbattre ,  au 
nom  de  la  fainte-union  ,  le  promo- 
teur du  conciliabule  de  Pife ,  l'en- 
nemi déclaré  dti  faint  fiége ,  mena* 

Svj 


410     HisToiRf  DE  France. 

çant,  en  cas  de  refus,  de  le  traiter 

Ann.  ifu.  comme  un  excommunié  &  an  fku- 
teur  d'hérériques.    Le  roi   de    Na- 
varre accorda  fe  palfage  qu'il  n*écoic 
pas  en  état  de  refufer  :  mais  Ferdi- 
nand ne  fe  contenta  pas  de  ce  pre- 
mier avantage ,  it  demanda  que  dom 
Juan  mît  en  dépôt  entre  Tes  mai ns^ 
fix  des  plus  fortes  places  de  la  Na- 
varre, ou  (on  Bis  unique,  qui  fe- 
roit  élevé  à  la  cour  d'Efpagne.  Des 
conditions   fi    dures    ne    pouvoient 
être  acceptées  :  dom  Juan ,  en   s'y 
foumetrant ,  auroic  perdu  non-feu- 
lement  Ton   royaume  de  Navarre, 
mais  encore  les  Etats  qu'il  podédoit  en 
France,  qui  auroient  été  confifqaés 
au    profit  du  roi.  Il  chercha,  mais 
trop  tard ,  à  fe  mettre  en  défenfe: 
Ferdinand  avoir  eu  la  précaution  de 
s'aflTurer  de   la  faction  Beanmontoi- 
fe.  l^uis  de  Beaumont,  comte  de 
Lérin ,  &  connétable  de  Navarre , 
commandoit   une  divifîon  de  I  ar- 
mée Efpagnole  :  la  révolution  fut  fu- 
bite  &  générale  :  Pampelùne  ouvrit 
fes  portes  à  Tennemi.   Dom  Juan, 
ayant   eu  la    précaution    d'envoyer 
dans  le  Béarn  fa  femme  &  fon  fils , 
èc  ayant  alfemblé  autour  de  fa  pec« 


Louis    XII.        411 

i        ibnne  les  Grammontois ,  alla  fe  re- 

i         tt^ancher  dans  le  château  de  Moya»  AwN.ifXi» 
I         où  il  fe  promcttoit  d'attendre  l'arri- 
r         vée  des  François.  Ne  recevant  au- 
;         cune  nouvelle  de  leur  part ,  &  crai- 
gnant de  fe  trouver  enfermé,  il  prit 
enBn  le  parti  d'aller  les  chercher, 
emmenant  avec  lui  fes  partifans,  & 
;  laiflant  la   Navarre  à  la    merci    de 

l'ennemi.   L'armée    Françoife ,    fur 
laquelle  il  avoir  compté  ,  ne  POU* 
,  voit  encore   s'éloigner  de  la  rron- 

tîere  :  forcée  de  couvrir  Bayon- 
ne,  &  de  faire  face  aux  Anglois, 
elle  étoir^,  pour  comble  de  malheur , 
en  proie  à  la  divifion.  Le  duc  de 
Longueville,  en  qualité  de  gouver- 
neur de  la  Guienne ,  vouloir  k  com- 
mander :  Charles  de  Bourbon-Monc- 
penfier  foutenoit  que  cet  honneur  le 
regardoit ,  comme  prince  du  fang,  & 
tenant  dans  l'Etat  un  rang  fupérieur 
aux  bâtards  de  la  maifon  d'Orléans. 
On  ne  trouva  poinr  d'autre  moyen 
de  les  accorder  que  d'envoyer  promp- 
tement ,  en  qualité  de  généraliffîme, 
le   jeune    duc   de  Valois ,    héritier 

fréfomptif   du    trône  ^    auquel    ni 
un   ni  l'autre  ne   pouvoir  fe  dif- 
penfer  d'obéir.  Avant  que  les  trou- 


412     HisTomB  DE  France, 

pes  puffent  agir  de  concert ,  le   dnc 

Ahn.  ifit.  d'Aloe ,  général  de  Ferdinand ,  s*é- 
toit  emparé  de  la  Navarre  entière» 
&  même  de  la  place  de  Saint-Jean- 
pied  de- port  ,  d'où  il  fe  difpofoit  â 
pénétrer  dans  le,  Béarn ,  fi  les  An- 
glois  fe  mettoient  en  devoir ,  ou 
de  venir  le  joindre  ,  ou  d'agir  de 
leur  côté. 

Le  marquis  de  Dorfet  n'avoir  pas 
tardé  à  s*appercevoir  que  les  intérêts 
du  roi  fon  maître  étoient  peu  con- 
fidérés  des  Efpagnols.  Il  n'étoit  plus 
queftion  du   uége  de  Bayonne  ;  on 
ne  fongeoit  qu'à  dépouiller   le   roi 
de  Navarre  de  tous  {es  Etats  :  on 
avoit  fommé  plufieurs  fois  Dorfet 
de  veAir  fe  joindre  à  l'armée  Efpa- 
gnole  :  il  s'en  était  toujours  défen- 
du, fous  prétexte  qu'il  ne  pouvoit^ 
fans  de  nouveaux  ordres ,  agir  hof- 
tilement  contre  un  prince  qui  n'é- 
toit point  en  guerre  avec  fon  mai- 
tre*  Confidérant  qu'après  la  conquête 
de  la  Navarre  les  Efpagnols  prenoient 
le  chemin  du  Béarn  j  qu'on  le  hiffbit 
manquer  de  tout  dans  fes  quartiers  y 
que  la  difette  &   la  maladie  confa- 
irioîent   fon  armée  ;  que  bientôt  il 
Ile  fe  troiîverôit  plus  en  état  de  xé* 


Louis     XII.       41$ 
fîfter  aux  François ,  s'il  leur  prenoit  1 
envie  de  venir  l'attaquer,  il  remon-  Ann.  i^iu 
ta  fur  fes  vaiffeaux,  &  fit  voile  ea 
Angleterre. 

Les  François ,   délivres  de    Tin- 
quiétude  que  leur   avoient  donnée 
les  Anglois ,  partagèrent  leurs  for- 
ces ,  &   entterent   dans  "^la  NaVarre 
par  trois  endroits  à  la  fois ,  empor- 
tant d'atTaut  9  &  lisant  au  pillage 
toutes  les  places    qui   ofoient  leur 
oppofer  quelque  réuftance  r  en  quel- 
ques femaines  de  temps  le  royaume 
rut  reconquis ,  à  la  rélerve  de  Pam-; 
pelane ,  pu  le^uc  d'Albc  s'étoit  ren- 
fermé avec  la  plus  grande  partie  de 
fon   armée  y   perfuadé   que   tôt  ou 
tard  3  le  refte   du  royaume  fuivroic 
le  fort  de  la  capitale.  Les  François 
vinrent  y  mettre  le  fiége ,  &  après 
avoir    fait    brèche  aux   murailles , 
ils   livrèrent  PaflTaut  ,  où  ils    per- 
dirent un  grand  nombre   de  leurs 
meilleurs  foldats.  Le  mois  de  no- 
vembre étoit  déjà  fort  avancé  :  le 
pays,  dévafté  fucceflivement  par  les 
Efpagnols  Ôc  les  François,  ne  four- 
niflbit  point   de  vivres  ,  &   il  n'y 
avoir   aucun    moyen   d'en  tirer  de 
France  ;  la  PalilTe  Se  les  autres  gé*. 


4^4  HisToinB  DB  France* 
néraox  François ,  confidéranr  que  de 
Amn.  ifxi.  s  opiniacrer  plus  long-temps  concre 
une  place  défendue  par  une  armée, 
munie  de  toutes  fortes  de  provi- 
y  fions  ,  &  au  fecours  de  laquelle  ar- 

rivoit  une  féconde  armée,  fous  la 
conduite  du  duc  d^  Najera ,  ce  feroit 
ruiner  en  pure  perte  les  troupes 
qui  leur  avoient  été  confiées ,  levè- 
rent le  fiége,.&  vinrent  prendre 
des  quartiers  d*hiver  en  -  deçà  des 
Pyrénées.  L'infortuné  dom  Juan, 
n'ayant  pu  s  oppofer  à  cette  réso- 
lution ,  revint ,  de  fon  côté ,  dans 
le  Béarn  efTuyer  les  reproches  de  fa 
femme,  qui  lui  répétoit  fouvent  : 
JJom  Juan ,  mon  ami  ^fi  nous  fuffi^ns 
nés ,  vous  Catherine ,  &  moi  dom  Juan  ^ 
nous  ferions  encore  rois  de  Navarre. 
-,  .  „,  L'Italie  ,  depuis  la  retraite  des 
taUe, depuis  ^i^ançois  ,  ptefcntoit  limage  dune 
l'cxpuifioa    lîier   foulevée    par   la    tempête,  & 

det  François:  j  •  »  m        '^         c 

brouiiierics  ^ont  les  vagues  pouflces  en  lens 
gJJIJJI^'»^^"- contraires  ,  s  élèvent ,  fe  choquent, 

Giûcchar'  ^  ^^  brifent:  les  confédérés ,  parfaite* 
4in.  ment  d'accord  entr'eux,  tant  qu'il  ne 

J"^;^,^s'ctoit  agi  que  d'abattre  la  puiflance 

4€  ^ngi.     des  François ,  fe   trouvèrent  divifés 

Loiux/i!'  ^  ennemis ,  lorfqu'il  fut  queftion  de 

partager  les  conquêtes  ;  le  pape^ 


Louis     XI L        425 

à  qui  Talliance   des  Suiflfes  doiTAoic 
une    prépondérance   bien  décidée  ,  Ann.  Xf uJ 
fouilloic  dans  les  archives  du  Vati- 
can ,   Se  vouloic  faire  revivre    des 
droits  oubliés  depuis  fept  ou  huit  0- 

£ecles  :  déjà  il  s'étoic  emparé  de 
Reggio ,  oui  étoit  un  vicariat  de 
l'empire,  de  Parme  &  de  Plaifan- 
ce,  qui  avoient  fait  partie  ,  difoit- 
il)  de  la  donation  de  Charlemagne^ 
mais  qui  n'avoient  jamais  été  pof«- 
fédées  par  le  faine  fiége.  Il  réclamoic 
encore  les  Etats  de  Ferrare,  de  Sien- 
ne ,  de  Luques ,  les  places  des  Co- 
lonnes, les  plus.  puifTants  barons  Ro- 
mains^ qu'il  avoit  fournis  à  Tinter' 
dit ,  en  haine  de  Fabrice ,  &  qi;' ii 
fe  propofoit  de  dépouiller  :  incapa- 
ble de  modération  Se  de  retenue ,  il 
menaçoit  déjà  fes  propres  alliés,  fe 
vantant  imprudemment  qu'il  chaf- 
feroit  bientôt  tous  les  barbares  dl- 
talie.  Ferdinand  le  Catholique,  fur 
qui  tomboient  directement  ces  me- 
naces, fans  rompre  ouvertement  avec 
lui ,  prenoit  fous  fa  fauve-garde  les 
donnes,  le  duc  de  Ferrare  ,  Pe- 
trucci ,  tous  ceux  ,  en  un  mot ,  que 
le  Dontife  avoit  delTein  d'opprimer  : 
il  demandait  que  le  pape  Se  les  V^ 


4l5.  HiSTOmE    ÔE  ÎHANtiÊ. 

nitiens  continuaflent  de  reconnoître 
Ahk.  ifii.  Se  de  ftipendier  dora  Raimond     de 
Cardonne  ,    général  »  de  la   fainte- 
ùnion ,  tant  qu'il  refteroic  en  Italie 
*  ^         des  places  ou  des  fortereffes  à  con- 
quérir fur  les  François j  ceft-àdire, 
que  le  pape  >  après  avoir  triomphé 
de  Tes  ennemis  ^  entretint  une   ar- 
mée uniquement  deftinée  à  luifef- 
vir  de  frein.  Les  Vénitiens  ne   fa- 
voient  ce   qu'ils  dévoient  craindre 
ou  efpérer  :  le  traité  de  la   fainte- 
union  leur  affuroit  la  reftitutlon  de 
toutes  les   places    qui   leur  avoienc 
lété    enlevées   par    les  François   ou 
les   Allemands,  à  mefure    qa*elles 
feroient  reprifes   par  les  armes  des 
confédérés  :  Bergame    &  Crémone 
avoient  été  conquife»s  par  les  Suiflès , 
qui  vouloient  qu  elles  fuflTent  réunies 
au  duché  de  Milan.  Le  cardinal  de 
Sion  ,  fur  quelque  mécontentement 
qu'il  avoit  reçu  des  Vénitiens ,  avoir 
ofé  faire  emprifonner  les  deux  prové- 
diteurs  :  il  retenoit  leur  armée  dans 
l'inadion,  au-delà  du  Téfin  :  il  leur 
avoit  même  fignifié  une  défenfe  de 
rien  entreprendre  fans  fon  aveu  fur 
les  villes  de  Crème  &  de  BreflTe ,  qui 
4coient  enpore  au  pouvpir  des  Fiau- 


Louis  XIL  427 
çois.  On  ri'étoit  pas  mieux  d'accord 
fur  le  choix  d'un  nouveau  duc  de  Ann.  lu^ 
Milan  :  le  pape ,  les  SuKTes  &  les 
Vénitiens  avoient  cru  travailler  pour 
Maximilien  Sforce ,  fils  aîné  de  Lu- 
dovic, élevé  à  la  cour  de  l*èmpe- 
reur ,  qui ,  étant  fon  plus  proche 
parent,  lui  tenoit  lieu  de  père.  Il 
etoit  en  effet  de  l'intérêt  de  ces  trois 
puilTances  d'avoir  pour  voiiin  un 
prince  foible ,  qui  leur  eut  obliga- 
tion de  fa  forcun.e^  &  qui  ne  put 
fe  paffer  de  leur  fecours  :  auâî  , 
l'empereur  avoit-il  eu  l'attention  de 
le  leur  montrer  au  commencement 
de  la  campagne^  mais  voyant  l'heu- 
reux fucces  de  cette  expédition,  il 
avoit  trouvé  un  prétexte  pour  le  rap* 
|>eller  en  Allemagne ,  Se  il  le  tenoit 
depuis  ce  temps  fous  une  sûre  garde 
dans  la  ville  alnfpruk ,  tandis  que, 
de  concert  avec  Ferdinand  le  Catho-^ 
iique  5  il  prenoit  des  mefures  pour 
inveftir  de  ce  duché  ,  ou  Charles 
de  Luxembourg,  fouveraiu  des  Pays- 
Bas  ,  ou  le  jeune  Ferdinand  fon  frè- 
re» élevé  à  la  cour  d'Efpagne.  La 
proportion  devoit  naturellement  ré- 
volter toutes  les  puiflinces  d'Italie  ^  ^ 
qui  fe  feroient  trouvées  n*avoir  tt^ 


4t8         HtSTOiRB  DE   FkAî^CË. 

vaille  qu'à  fe  forger  des  fers  :    elles 
Ann.  ifir*  ^uroienc  plucoc  confenti  à    rappel- 
1er  les  François.  Pour  concilier  des 
intérêts  H  diamétralement  oppofés, 
&  empêcher  que  la  rupture  n'écla- 
tât, on  convint  de  tenir  des  confé- 
rences à  Mantoue.  L'évêque  de  Gurk 
s*y  rendit  au  nom  de  lempereur  : 
après  avoir  fondé  les  difpofirions  des 
confédérés ,  &  s'être  bien  aflTuré  qu'il 
ne  réuffiroit  jamais  â  leur  faire  agréer 
réchange  qu'il  avoir  ordre  de    leur 

fropofer ,  il  déclara  que  l'empereur 
toit  prêt  à  leur  envoyer  le  jeune  Ma- 
ximilien    Sforce  ^  qu'il    confenroic 
avec  joie  qu'on  rinftallât  dans  le  du- 
ché de  Milan ,  tel  qu  il  étoit  avant 
la  ligue  de  Cambrai  j  mais  qu'ayant 
plus  contribué  qu'aucun  des  confé- 
dérés à  chaiTer  les  François.  d'Italie, 
fbit  en  les  épuifant  d'argent ,  en  faî- 
faut  échouer  pendant   plufieurs  an- 
nées confécutives  tous  leurs  projets, 
foit  enfin  en  retirant  fes  lanfquenets, 
&  en  les  laiflànt  fans  infanterie  au 
moment  où  ils  ne   pouvoient  s'en 
paflTer,  il  vouloir  avoir  fa  part  du 
butin  :  il  demanda  donc  qu'on  lui 
cédât  la  ville  de  Crémone,  &  la 
Giara*d'adda  >  les  villes  de  BreiTei 


Louis    XII.         419 

Je  Crcme  ,  de  Bergame ,  de  Pef-  __ 
chiera  ,  en  un   root ,  tout   ce   qui  ann.  in^* 
étoic  revenu  à  la  France  par  le  trai- 
té de  Cambrai  \  indépendamment 
àts  droits  qu'il  avoir  à  faire  valoir 
contre  les  Vénitiens.  Quant  à  ce  der- 
nier objet ,  lempereur  confcntoit  1 
leur  laifler  Padoue,  Trévife ,  &  quel- 
ques autres  places  moins  importan- 
tes ,  dont  ils  s'étoient  remis  en  poffef- 
fion ,  pourvu  qu'ils  lui  rendifTent  Vi- 
cence  ;  qu'ils  lui  payafTent  deux  cents 
mille  ducats  en  recevant  l'inveftitu- 
re  de  ces  places ,  &  trente  mille  de 
redevance   annuelle,  c'eft-à-dire, 
qu'ils  devinifent  it%  tributaires  pour 
tous  les  Etats  de  terre -ferme  qu'il 
vouloir  bien  leur  abandonner.  Les 
miniftres  Vénitiens  rejetterent  avec 
indignation  de  pareilles  offres  \  ils 
furent  appuyés  par  les  SuifTes  :  car 
outre    les   liaifons    particulières  de 
quelques  eanrons   avec  la  républi- 
que, qui  leur  payoit  des  pendons  5 
la  nation   entière  avoir  un   intérêt 
direâ  â  ne  pas  fouffrir  que  la  mai- 
fon  d'Autriche ,  dont  elle  avoit  fe- 
coué  le  joiig,  s'établît  dans  fon  voi- 
'  (înage.  Le  pape  avoit  auflS  de  fortes 
Aaifons  pour  ne  pas  defirec  que  Ma- 


4jx     Histoire  de  France* 

^  fe  faire  un  tnérice  de  cette  dureté 

Ajîn.  If  II.  auprès  des  confédérés.  Après  Tex- 
pulfion  des  François,  effrayés  de  la 
grande  puiflance  du  pape,  &  crai- 
gnant qu'il  ne  leur  eut  pas  finccre- 
ment  pardonné  leurs  premiers  torts, 
ils  s'étoient  adrefTés  tout  a  la  fois  à 
Tempereur  &  au  roi  d'Efpagne.  Ma- 
ximilien  demandoit  quarante  mille 
ducats  pour  les  prendre  fous  fa  fau- 
ve-garde}  mais  il  n'avoir  point  de 
troupes  en  Italie.  Ferdinand  ,  qui 
crovoit  avoir  un  intérêt  direâ:  à  s*op- 

Gler  aux  vues  ambitieufes  de  Jules, 
'  avoit  fait  aflurer  de  fa  protedKon  ; 
mais  comme  il  ne  fourniflbit  point 
d'argent  à  fon  général ,  il  ne  pou- 
voit  lui  interdire  aucun  des  moyens 
qui  fe  préfenteroient  de  s'en  pro- 
curer. Si  les  Florentins ,  au-lieu  de 
négocier  en  Efpagne  ,'au-lieu  de 
marchander  la  fauve- garde  de  lem- 
pereur,  euflTeht  offerr  à  dom  Rai- 
mond  de  Cardonne  >  pour  qu'il  fe  tînt 
tranquille,  une  partie  de  la  fomme 

3ue  lui  offroit  le  cardinal  de  Mé- 
icis  pour  aller  les  attaquer ,  ou  s'ils 
enflent  employé  cet  argent  à  fe  met- 
tre en  défenfe,  &  à  fe  garantir  d'un 
coup  de  main  ^  il  paroît  certain  qu'ils 

euffent 


Louis    XI  I.        4)3 

eulTcnt  confervé  leur  liberté.  Les  I 
faâions  qui  croubloienc  la  républi-  Ann.  ifix.. 
que,  le  peu  de  concert  qui  régnbic 
entre  les  principaux  magiftrats,  ne 
permirent  pas  de  fuivre  conftan^- 
ment  le  même  plan  :  Soderini ,  qui , 
en  qualité  de  gonfalonnier ,  aurqic 
du  veiller  aux  affaires  de  la  guerre» 
étoit  alFez  occupé  à  fe  défendre  con- 
tre les  brigues  de  fes  envieux.  L'ir- 
ruption fubite  des  Efpagnols  ne  fer- 
vit  qu'à  échauffer  davantage  les  ef- 
prits.  Les  Médicis  ,  qui  condui- 
foient  cette  armée  >  affeâant  le  plus 
vif  intérêt  pour  leur  patrie ,  ne  de- 
mandoient  »  pour  la  préferver  d'une 
ruine  totale  ,  que  l'éloignement  da 
gonfalonnier ,  Se  la  permiflion  d'y 
rentrer  comme  fîmples  citoyens.  Ces 
propofitions  furent  d'abord  rejettées 
dans  l'aiïemblée  du  peuple  ;  mais 
'  les  partifans  nombreux  qu'ils  con- 
fervoient  toujours  à  Florence  ayaqc 
pris  fubitement  les  armes,  s'empa-- 
rerent  du  palais ,  chailerent  le  gon- 
falonnier,  &  permirent  aux  Médi- 
as d'entrer  avec  leur  maifon  feule- 
ment. Le  cardinal  j  &  Julien,  (on 
frère ,  profitant  de  cette  première 
faveur ,  fubftituerent  à  leurs  domef' 
TomcXXlW  T 


'4H     Histoire  de  France^ 

^  tiques  un  certain  nombre  de  foldats 

ANN.iyu.  déterminés:  au  moment  où  le  peu- 

f)le  délibéroit  fur  la  forme  qu'on  al- 
oit  donner  à  la  république  ,  ils  pa- 
rurent   avec  une  elcorte    d'hommes 
armés  ,  impoferent   filence    a    leurs 
-  ennemis ,   &   changèrent ,  fans  efFu- 
fion  de  fang,  un  Etat  purement  dé- 
mocratique en  une  fouveraineté  hé- 
réditaire. 
Union  du     L*évèque  de  Gurkne  prît  aucune 
pape  &  .<ic connoiffance  de  cette  affaire}    il  fe 
contrc"i«    rendoit  à  Rome  pour  tranfiger  avec 
Vénitiens,     [ç  fouvcrain   pontife   fur    quelques 
^GaUchar-  conteftations  qui  n'avoient  pu    être 
«fi».  tern^inées   à  Mantoue.    Jxiles  ,   qui 

^^j;'^;/^connoi(roit  la  fierté  du  prélat  Alle- 
mand ,  &  qui  vouloir  ,  à  quelque 
prix  que  ce  fût ,  fe  le  rendre  favo- 
rable ,  lui  décerna  des  honneurs  ex- 
traordinaires }  il  voulut  obliger  le 
facré  collège  à  Taller  recevoir  en 
corps  hors  de  la  ville  :  les  cardinaux , 
craignant  que  cette  démarche  ne  ti- 
rât a  conféquence ,  députèrent  feu- 
lement deux  de  Içurs  membres  9  au 
milieu  defquels  Tévêque  fit  fon  en- 
trée ,  &  fe  rendir  au  confiftoire  »  où 
le  pape  Tattendoit  en  grande  céré- 
monie. Il  reçut  ^lors  U  chapeau  de 


îL  o  V  I  s  XII.  4î j 
cardinal,  qui  lui  avoit  été  offert 
quelques  années  auparavant ,  mais  ^^^'  ^^^^* 
à  des  conditions  que  l'honneur  ne 
lui  avoit  pas  permis  d'accepter.  Ré- 
folu  de  ne  rien  refufer  au  pape  de 
tout  ce  qui  pouvoit  lui  plaire  fans 
porter  un  grand  préjudice  aux  droits 
de  l'empereur  fon  maître  ,  il  adhéra 
au  nom  de  ce  prince  au  concile  de 
Latran  ,  déclara ,  au  milieu  de  cette 
augufte' aflTemblée  ,  que  Tempèrent 
n'avoir  jamais  approuvé  le  concilia- 
bule de  Pife  ,  &  qu'il  défavouoi't  tous 
<:eux  qui  s'étoient  fervis^  de  fon  nom. 
Matthieu  Lang  oublioit  dans  ce  mo- 
ment, &  prétendoit  apparemment 
que  tout  le  monde  oubliât  que  c'é- 
toit  lui-même  qui  avoit  expédié  au 
nom  de  fon  maître  les  lettres  de 
convocation  de  ce»  prétendu  conci- 
liabule ,  &  qu'il  étoit  le  feul  prélat 
Allemand  dont  le  nom  parût  an 
bas  des  a6tes.  Il  approuva  par  pro- 
vifion,  mzis  fans  préjudice  des  droits 
de  V Empire  ,  Tufurpation  de  Parme  , 
de  Plaifance  &  de  Reggib  :  il  en- 
gagea au  faint  fiége ,  pour  une  forti- 
me  modique  ,  la  ville  de  Modene', 
ue  Tempereur  tenoit  en  dépôt  :  en- 
il  ne^s'oppofa  point  au  defleia 
Tij 


z 


4$^      Histoire  de  France. 
*-— — T  que  Jules  avoit  formé  de  dépouiller 
AwN.  jfii.  jç  leurs- terres  le  duc  de  Ferrare, 
les  Colonnes  ,    &  d'autres    vaflTauz 
rebelles.  Tant  de  complaifance  mé- 
ritoit  quelque  retour ,   Jules  ne  fut 
poin^  ingrat  :  il  mit  tout  en  œuvre 
pour  obliger  les  Vénitiens    à  fe   ré- 
concilier    avec    l'empereur  :    mais 
comme  on  ne  parloir  plus  de  rem- 
plir à  leur  égard  «  le  traité   de    Tu- 
pion  y  qu  au  contraire  on  exîgeoir , 
ou   qu  ils  cédatTent  leurs  Etats     de 
terre-Terme  4  Tempereur,  pu  qu'ils 
les  racbetafTçnt  de  lui ,  Sç   s'avouaf^ 
fent  fes  tributaires ,  ils  ie  récrièrent 
contre  ces    conditions    déshonoran- 
tes ,   fe  plaignirent  de  la  partialité 
du  faim  père,  &  rompirent  le?  cont- 
férencQS.  Jqles  fe  plaigt^anr  de   fon 
coté  dç  leur  ofûniâtreté  Se  de  leur 
ingratitude  y  conclut  avec  l'évèque 
4e  Gurk ,   un  traité  par  lequel  ces 
infortunés    républicains   furent    dé- 
clarés infraâ:eurs  de  la  fainte- union  > 
ennemis  d^,  pape ,  de    l'empereiir  , 
Çc   du  rpi   d'Aragon:  il  s'obligea  » 
par  le  même,  traité  ,  dç  Igncer  en- 
core une  fois  contr'eux  toutes  les  fqu- 
dres  de  l'Eglife  ,  &  d*unir  toutes  fes 
forces  4  celles  de$  de(ix  pipffar^qeç, 


L  o  tj  I  s     XII.        4J7 
La  facilité  avec  laquelle  le   pape  i 


&rempereur  fe  facrifioient  mutuelle-  ann.  i^t. 
tnent  leurs  a^lliés,  ne  pouvoir  man-  Rcddîtioa 
quer  d'alarmer  les  Suifles  :  le  car-  ^%?'^^^' 
dinal  de  Sion  laiiFa  échapper  l'armée 
Vénitienne,  afin  qu'elle  fe  mîr  en 
pofleffion  des  places  conteftées.  Ba- 
glioné  la  conduifir  promptement  i 
Brefle  ,  où  commandoit  Aubignî. 
Comme  cette  importante  place  ne 
pouvoir  être  fecourue  ,  elle  dévoie 
infailliblemenr  tomber  au  pouvoir 
des  affiégeanrs,  dès  que  la  garnifon 
auroit  confommé  fes  provifions  :  Té- 
vêque  de  Gurk  pria  dom  Raimond 
de  Cardonne ,  qui  depuis  l'expédi- 
tion de  Florence  reftoir  dans  l'inac-^ 
tion,  d'y  conduire  promptement  feS  , 

Efpagnols.  Lorfqu'il  parut ,  Aubigni 
confentit  à  traiter  avec  lui,  à  l'ex- 
clufion  des  Vénitiens ,  qui  oflFroienc 
des  fommes  confidérables  pour  ob- 
tenir la  préférence.  Les  capitaines 
François ,  intérelfés  à  augmenter  la 
défunion,  fe  firent  une  loi  de  ne  . 
jamais  rendre  les  places,  lorfqu'ils 
ne  pouvoient  plus  les  défendre  , 
qu'à  ceux  qui  n'avoient  aucun  titre 

pour  les  garder.  i ■ 

Ferdinand    le  Catholique,    pré-ANN.  laî. 
T  iij 


4j8     Histoire  de  France. 
voyant   que    cette     méfintelligence 
Ann.  rn?.  tendoit  a  rappeller  les  François  au- 

trDnffrfSda:  ^^^^    ^«5  '^^'^^s ,     &    n'ayant  plus 
icufcsdcFct-  aucune  efpérance  de   concilier   des 
aifland,        intérêts  fi    oppofcs,  voulut  eflayer 
de  lin^[^^  s'il  ne  feroit   pas  plus  heureux  à  la 
Manufc.  de  cout  de  Louis ,  &  fi ,  en  continuant 
(mtani€u.    ^  j^  tromper,  il  ne  parviendroit  pas 
à  lui  faire  négliger  les  occafions  qui 
alloient  fe  préfenter  de  réparer   les 
pertes.    Comme  il  n'avoir  point  ou- 
olié  i  quel  prix  il  avoir  obtenu  la 
ceffion  de  Naples  ,    il    fe  peçfuada 
qu'il  ne  feroit  pas  impolGole  d'ar- 
racher,  par  le  même  moyen  ,   la  re- 
nonciation au  duché  de  Milan.  Louis 
>Hroit  une  féconde  fille  â  laquelle  il 
pouvoit  céder  pour  dot  cette  portion 
de  fon  patrimoine  :  Ferdinand  fe  pro« 
ofa  de  la  demander ,  foit  pour  Char- 
es  de  Luxembourg, héritier  préfomp- 
tif  des  Etats  de  la  maifbn  d'Autriche, 
foit  pour  Ferdinand  fon  autre  petit- 
fils ,  élevé  fous  fes  yeuX)  &  auquel  il 
deftinoit  la  fuccefiion  d'Efpagne.  Il 
fe  fervit ,  pour  en  faire  Touverture  , 
du   miniftere   de     deux   cordeliers» 
Anne   de  Breragne,  à  qui  ces  dé- 
putes furent  adreflcs ,  goûta  la  pro- 
pofition  ^ .  &  promit  de  travaillée  à 


le 


L >o  u  t  s    Xll.  4? 9 

on  accélérer  la  conclufion ,  fi  Tem- 

fjereur  vouloir  s'y  prcrer  :  Maximi-  Ann.  i^ij. 
ien  ne  rarda  pas  à  envoyer  un  dé- 
puté pour  faire  la  demande  de  la 
jeune  princefle.  L'arrangement  ne 
paroiffoic  foufFrir  aucune  difficulté  : 
car  bien  que  l'empereur  n'eût  pu  fe 
difpenfer  d'envoyer  en  Italie  Maxi- 
milien  Sfbrce,  à  la  follicitation  du 
pape  &  desSuifles,  &  que  ce  jeune 
prince  fe  trouvât  déjà  en  poffeffîon. 
de  la  plus  grande  partie  du  Mila- 
nès;  cependant,  comme  jufqu'alors 
il  lui  avoir  conftammenc  refufé  Tin- 
veftiture  de  cet  Etat,  &  qu'il  ne 
s*étoic  lié  envers  lui  par  aucun  adte 
public  ,  il  fembloit  s'être  tacirement 
réfervé  la  faculté  de  l'en  dépouiller  , 
lorfqu'il  le  jugeroit  à  propos. 

Avanr  que  de  prendre  aucun  parti ,-         ,     . 
Louis  voulut  s'arfurer  des  difpohtions  don  fnfruc- 
où  fe  trouvoient  à  fon  égard  les  prin-  /"'sy^^r^f ^'^'^ 
cipales  puiflances  d'Italie.  Les  Suif-  ^^ManUfc.dt 
fes    étoient  alors   la   plus  formida-  Séthune. 
ble  ,   &  avec  leur  affiftance  on   eût  iJ'/x/if' 
pu  fe  pafler   de  toutes    les    autres» 
Ce    fut   à  eux  qu'on   s'adrefla.    La 
Trémouille ,  qui  ies  avoir  comman- 
dés à  la  bataille  de  Fornoue ,  &  qui 
en  qualité  de  gouverneur  de  Bour- 

Tiv 


44®.  Histoire  de  Fra>ïce. 
gogne  confervoit  des  relations  avec 
Ann.  lyiî.  eux  ,  fut  chargé  de  la  négociatiorr  : 
les  SuifTes,  enflés  de  leurs  derniers 
fuccès ,  enivrés  par  les  flatteries  & 
les  complaifances  du  pape ,  de  rem- 
pereur  Se  du  roi  d'Efpagne,  croyoienc 
que  le  moment  étoit  arrivé  d'abattre 
l'orgueil  des  François  :  ils  leur  firent 
acheter  jufquà  la  liberté  d*entrer 
dajns  leur  pays  ;  la  Trémouille  ne 
put  obtenir  audience  qu'en  leur  fai- 
fant.  remettre  ptéalal^lement  les  deur 
forterefles  de  Lo'carne  &  de  Lugan  , 

3ui  couvroient  le  duché   de  Milaa 
u  côté  de  la  Suiffe.    Mondragon  , 
qui  avoit  défendu  la  première  de  ces 
places  contre  tous  les  efforts  des  con- 
îédérés  ,  ne  confentit  à  l'évacuer  que 
fur  des  ordres  précis  &  plufieurs  n>is 
réitérés.  Les  Suifles ,  admirateurs  de 
fon  courage ,  lui  offrirent  un  établifle- 
ment  honorable  dans  leur  pays  :  ils  fi' 
xent  les  mêmes  offres  avec  auffi  peu  de 
'  fuccès  à  Jean  Jacques  Trivulfe,  donc 
tous  les  biens  étoient  fitués  dans  le  du- 
ché de  Milan,  &  qui  avoit  obtenu  /a 
permiflîon  de  venir  traiter  avec  eux 
de  fes  intérêts  domeftiques  :  il  efpc- 
toit  appuyer  de  fon  crédit  la  négocia- 
tion dont  étoit  chargé  la  Trémouille; 


L  o  tï  I  s     XII.       441 

on    lai    défendit  de    parler  d  autre ."■ 

chofe  que  de  ce  qui  le  concernoit  ann.  151$. 
perfonnellement  j  on  lui  interdit 
même  tout  commerce  avec  rambafla- 
deur  François ,  &  Ton  prit  des  pré- 
cautions n  exaâes,  que  quoiqu'ils 
fuffent  dans  la  même  ville ,    ils  ne 

fmrenr  ni  fe  parler  ni  fe  voir.  Après 
es  avoir  tenus  dans  une  forte  de 
f^rifon  pendant  pUiHeurs  femaines , 
es  députés  des  cantons  leur  annon- 
cèrent enfin  que  fi  le  roi  de  France 
defiroit  de  rentrer  dans  leur  allian- 
ce, il  Falloit  i^\  qu'il  commençât 
par  abolir^  dans  toute  1  étendue  de 
{es  Etats,  les  libertés  de  l'Êglife 
Gallicane  ,  contre  lefquelles  Jules 
venoit  de  publier  un  monitoire  ,  & 
qu'il  avoir  dénoncées  au  concile  de 
Latran  :  2®.  qu'il  retirât  fur- le  champ 
les  garnifons  Françoifes  qui  reftoient 
encore  dans  quelques  places  du  du- 
ché de  Milan  ,  &  qu'il  évacuât  l'I- 
talie, avec  ferment  de  n'y  jamais 
rentrer  :  3°.  qu'il  portât  à  cinquante 
mille  écus  les  penuons  annuelles  qu'il 
s'obligeroit  de  payer  aux  cantons ,  ^ 
&  qu'ilfoudoyât ,  en  outre,  quinze 
mille  Suifles ,  en  paix  comme  en 
guerre,  La  Trcmouille  s' étant  récrié 

Tv 


44^     HisToiHE  DE  France. 

avec    raifon    fur  la    dureté    de    ce^ 

Aaa.  isi}  conditions  ,  &  s' érant ^plaint  qtt'oa 
reùr  amiifé  C\  long-remps  par  des  dé- 
lais éruliés  &  des  fubrerfuges,  peur 
ne  lui  annoncer  enfuite  que  des  pro- 
pofiâons  qui  n'étoienr  pas  receva- 
blesj  les  députes  lui  demandèrent  s'il 
avoit  obtenu  un  pouvoir  de  fon  maître 
de  remettre  à  Maximilien  Sforce  les 
châteaux  de  Milan,  de  Crémone,  & 
de  Gcnes  :  &  fur  la  réponle  qu  il  leur 
fit  qu'il  n'avoit  ni  demandé  ni  obtenu 
un  pareil  pouvoir,  ils  lui  décUrerent 
que  les  choses  étî^nt  ainfi ,  il  pouvoir 
Je  honjer  (mettre  (ts  bottes)  &  par- 
tir quand  il  lui  plairoit  ;  qu'il  avoir 
tort  de  fe  plaindre  des  délais,  puis- 
que lui  même  en  étoit  caufe  ,  ayanr 
été  duement  averti  que  Ton  ne  trai- 
teroit  point  avec  lui  ,  s'il  n'avoit  de 
pleins  pouvoirs. 

Tandis  que  la  Trémouille  eflTuyoît 

ihmfu^^^^  indignircs  à  Lucerne,  un  fccié- 

confédéra      taîtc  deTrivulfc,  homme  tans  aucuiï 

vénuicr./''  cara'dlere  public,  s'étant  rendu  à  Ve- 

jujîimanL  ^^^^  >  &  ayant  fait  l'ouverture  d  une 

Ouicckar-  coufcdérarion  avec  la  France,  y  fut 

"p  jfartir,  traité  avec  toute  forte  de  diftinftion» 

Recueil  de  ]^^  Sénat  cxpédia  fur  le  champ  des 

traites    <i«       •    rL       o-  i       j  • 

^m,  mitruaions  &  des  pouvoirs  au  p ra- 


L.o  V  T  s   X  t  h        44Î 
vcdlteur  André  Gritti,  refté  prifon- 
nier  en  France  depuis   la  prife   dç  ann.  xîiî* 
Brefle ,  qui  Tautorifoienc  à  traiter  di? 
redtement  avec  le  roi.  Louis  ,  qui  j 
quelques  mois  auparavant ,   avoit  va 
la  plus  grande  partie    de  l'Europe 
conjurée  contre  lui,   put    dès-lofs 
opter  entre  l'alliance    de  la  màifon 
d'Autriche  ,  ou  celle  de  la  républir 
que  de  Venife.    On  délibéra  dan3 
le  confeil  à  laquelle  on  donneroit  la 
préférence.  Anne  de  Bretagne»  tou- 
jours   favorable   à  la  maifon  d'Au- 
triche ,    même    aux  dépens   de  fofi 
mari  &  de  fa  patrie  ,  flattée  d'ail- 
leurs de  procurer  une  fôuveraineté 
  fa  féconde   fille  ,   à  laquelle  elle 
ne  pouvoir  donner  ni  la  France  ni 
la  Bretagne,    appuyoit   de  tout  fon 
crédit  la  demande  de  Ferdinand   Çf 
de  Maximilien  :    une   feule   condi- 
tion   l'affligeoit.     L'empereur  ,   qjii 
n'avoit  point  oublié  avec  quelle  fai- 
cilicé  la  princefle  Claude  ,  fi  folen*- 
nellemcnr  promîfe  à   fon  petit- fils  9 
lui     avoit    été    enlevée   ,    exigeoic 
qu'auffi-rôt    après    la    fignature    du 
traité  f  la  princeffe  Renée ,   fiancée 
a  Ferdinand  ,  fût  remife  entre   les 
mains  de   Tes   ambalfadeurs  ,  D^ar 

T  V) 


444     Histoire  de  Frakce. 
être  tranfportée  en    Allemagne  ,    & 
Ann. ifi;.ctre  élevée    i  fa  coar,   jufqu'â    ce 
qae  les  deux    époux  euffent  attemc 
l'âge  nubile.  Le  cœur  maternel  d'An- 
ne de  Bretagne  fe   refufoit  à   carte 
réparation  :  car  qui  pouvoir  t  afTurer 
qu'elle  n'expoferoit  pas  fa    fille     à 
recevoir  un  jour   en  Allemagne  le 
même  afFront  que  Marguerite  d'Ao- 
ttiche  avoit  reçu  en  France  ?    Elle 
aiiroit  donc  defiré  que  Maximilien 
eût  voulu   fe  défifter  d'une  condi- 
tion (i  dure ,  &  eût  demandé  d'au- 
tres sûretés.  Le    cardinal  Saint- Se- 
vérin  appuya  lavis  de  la  reine.  Il 
montra  que  le  roi  ne  pouvoir ,  fans 
honte,  démentir   la  conduite  qu'il 
«voit  tenue  jufqu'alors  envers  la  ré- 
publique ;  qu'il  faudroit  acheter  par 
des  facrifices  une  alliance  au  moins 
inutile,  peut-être  onéreufe,  puifque 
Venife  ,  épuifée  par  une  guerre  mal- 
heureufe ,    ne  pouvoir  recouvrer  fa 
|)remiere  fplendeur  qu'avec  la  bourfe 
te   les   armes    de    fes  alliés  :  qu'au 
contraire,  l'alliance   des  trois   plus 
puiiïants  monatques  de  l'Europe  im- 
poferoit  à  toutes  les  autres  puiffan- 
cesj  que  Henri  VllI,  qui  fe  met- 
toit  déjà  en  devoir  de  faire  valoir 


LôuisXII.        445 

les  vieilles   prétentions  de   fa  cou- 
ronne fur    plufieurs    provinces    deAwN.  ifij 
France  ,   poieroit    les   armes  ,    dès 
q^u'il  fe  trouveroit  fans  alliés;  qu'en- 
fin on  auroic  la  phis  grande  facilité 
pour    abattre  l'orgueil    des   SuilTes. 
Trivulfe ,  qui  étoit  engagé  par  hon- 
neur à  juftifier    la    démarche    qu'il 
avoir   faite  j    Etienne  Poncher,  qui 
feul  de  tous  les  miniftres  avoir  eu 
le  courage  de  s'oppofer  au  projer  de 
la   ligue  de  Cambrai  ;  R'ooerret ,  à 
qui   lage  &  l'expérience  donnoienc 
une  voix  prépondérante  dans  le  con- 
feil  ,  combattirent  fortement  lavis 
du  cardinal  Saint-Séverin.  Ils  repré- 
fenrerent'que  fi  les  Vénitiens  avoienc 
bien  pu  jufqu'alors  réfiftier  â  l'empe- 
reur 5  aidé  des  forces  de  la  France  ,   • 
ils  le.pourroient  à  plus  forte  raifon, 
lorsqu'ils  n'avoient  plus  rien   â    re- 
douter   de    la  part   des    François  :    ^ 
que  l'alliance  de   cette    république 
n 'étoit  point  onéreufe  ,    puifqu'au- 
lieu  de  recourir  à  la  bourfe  de  fes 
confédérés ,  elle  fe  trouvoit  encore 
en  état  de  ftipendier  fes  voifins  :  ils 
demandèrent  quels  fonds  l'on  pou- 
voit  faire  fur  les  promefles  de  Fer- 
dinand Se  de  Maximilien ,  après  h     * 


44^       HlSTOTRE    DB  FnANCF^ 

'  manière  dont  ils  s'étoient  compor- 
Ann.  iji^tcs  jufqu*alors  avec   le  roi  :  G    l'on 
écoit  bien  fur  que  maîtres  du  Mi  bi- 
nés &  de  la  perfonne  d'une  fille   de 
France ,  ils  ne  demanderoienc  pas  en- 
core la  Bourgogne  &   la  Bretagne  ? 
Enfin  ils  obierverenc  que   les    deiix 
partis  fur  lefquels  on  dclibéroit  pou« 
voient  fe^concilier  j  que  Tempereur  , 
fans  doute  ,  ne  portoit  pas  fes  pré- 
tentions jufqu'à  interdire  au  roi  de 
France  le  droit  de  s'allier  avec   qui 
bon   lui  fembleroit  ;  que   le  moyen 
le  plus  fur    de  faire  cefler  des   de- 
mandes   injurieufes,  étoit  de   mon* 
trer  à  ceux  qui  fe  croyoient  en  état 
de    dider    des    loix  ,    qu'on    pou- 
voir fe  pafTcr  d'eux  j  qu'il  falloir  fe 
'    fortifier  de  l'alliance  des  Vénitiens, 
&  qu*enfuire  on  ccouteroit  le&  pro- 
pofitiuns  de  la   maifon  d'Autriche  , 
fi  l'on  jugeoit  qu'elles  s'accordaflfènt 
avec  1  honneur  &  les  intérêts  de  la 
monarchie.  Ce  dernier  avis  prévalut 
dans  le  confeil  :   les  Vénitiens  cé- 
dèrent au  roi  tous    les   droits  qui/s 
pouvoienr  avoir  fur  Crémone  &  la 
Giara  d'adda  :  Louis  leur  céda  ,  de 
foncôté,  ceux    qu'il  réclamoit   fur 
BrefTe  >  Bergame  &  Crème  :  les  deux 


Loxfis     XI  î.  '    447 
puîlTances  promirent  d*agir  de  con-  ■*? 
cefc  :  &  en  même,  temps  pour  fe  ann. mij. 
mettre    en  poireflîon,   Tune  du  du- 
ché   de  Milan ,   ^  de  la  feigneurie 
de  Gènes ,  l'autre  de  toutes  les  pla- 
ces   de  terre- ferme  qu*on  lui   avoit 
enlevées  dans   la.  dernière    guerre  , 
les  prifonniers  durent  être  ren]is  en 
liberté  de  part  &  d'autre ,  fans  payer 
de  rançon.  La  république  gagna  con- 
iîdérablement    à  cet  échange,  puif- 
qu'elle  recouvra  dès  ce  moment  les 
deux  hommes  les  plus  propres  à  réparer 
ifes  pertes ,  André  Gritti  ,  à  qui  elle 
devoit   déjà  le  recouvrement  de  Pa* 
doue  ,  &  le  célèbre  Barthélemi  TAl- 
viane.    Elle  auroit  bien  defiré  que 
le  roi  eût  pris  des  engagemenrs  pjus 
précis ,  &  qu'on  eût  fpécifié  dans  le  , 

traité'  tous  les  ennemis  contre  lef- 
quels  on  fe  propofoir  d  agir  :  mais 
Louis  ,  qui  vouloir  laifler  au  pape 
Se  à  Tempereur  une  porte  ouverte  à 
la  réconciliation,  renvoya  les  éclair- 
ciflTcfnents  ultérieurs  a  une  confé- 
rence qui  fe  tiendroit  en  Italie, lorf- 
que  les  premiers  engagements  au- 
loient  été  remplis. 

Quoique    le  premier    n^o^f  ^ q«i  t» Jp^^^eT^ 
avoïc  déterminé  Ferdinand  â^négo-  neuiEAUséa^^ 


448       HlSTOIllE    t>E   FHANCS. 

^  cier  à  la  côUr  de  France  ne  TabiT ftâc 
Ann,  ivu  plus  depuis  la  conclufion  de  ce  trai- 
cordée  à  rtr- té  ,  cc  Tufé  politique  ne  fe    rebuta 
chiduc.        point  :  il  vouloic  éloigner  le  théâtre 
Mrmilùî^  ^  de  la  guerre  •  de  la  Navarre  ,  où  fon 
P.  w«ri*r  autorité  n'étoit   point  encore    fuffi- 
*£«w«  de  famment  affermie  :    infiftant     donc 
toms  xiu  toujqurs  fur  le  mariage  de  fon  petit- 
fils  avec  Renée  de  France  ,   &  pro- 
mettant d'engager  Tempereur    â    fe 
défifler  de  la  claufe  qui  caufoit  tant 
de  chagrin  â  la  reine  >  il  conclut  une 
trêve  d'un  an  avec  le  roi ,  &  n'oublia 
pas  de  ftipuler  la  liberté  du  paffàge 
pour  fes  couriers  &  fes  ambaffadeurs 
fur  toutes  les  teires  de  France  pen- 
dant la  durée  de  la  trêve.   Le  pre- 
mer  ufage  qu'il  en  fît  parut  ne  point 
démentir  les  difpofîrions  qu'il  avoit 
annoncées  :    il  engagea    Marguerite 
d'Autriche  ,  fur  Pcfprit  de  laquelle 
il  confervoit  touîours  un   grand  as- 
cendant,  â    demander   au   roi,    au 
nom  de  l'empereur  &  du  jeune  ar- 
chiduc ,  la  neutralité   pour  la  Fran- 
che Comté  ,  le  Charolois,  le  Luxem- 
bourg ,   rArtois  -^    la    Flandre ,    & 
toutes  les  autres  provinces  compri- 
fes  fous  le  no-n  de  Pays  Bas.  Louis, 
qui  avoir  droit  de  forcer  fon  vaffal 


Louis  XII.  449 
à  lui  fournir  des  fecours  dads  une 
guerre  défenfive  ,  content  de  voir  Ann.ijm* 
diminuer  le  nombre  de  fes  enne- 
mis ,  voulut  bien  confentir  à  la  neu- 
tralité qu'on  lui  demandoit;  mais 
à  condition  que  les  Etats  du  duc 
de  Gueldres  fon  allié,  y  feroient 
cofnpris.  Après  tous  ces  traités  , 
Louis  fe  perfuada  qu'il  n'auroit  plus 
aflfaire  qu'au  roi  d'Angleterre ,  & 
il  croyoit  avoir  pris  des  mefures  effi-  _ 

caces  pour  le  faire  repentir  de  cette 
cntreprife.   . 

Jacques  IV ,  roi  d'Ecoffe ,  fidèle     Prépatatîfi 
a  l'engagement  qu'il  avoir  formé  de  g?"";^!''^'*' 
partager  avec   Louis  la  bonne  &  la     Suchûnen, 
mauvâife  fortune,   ofFroic  de  paflTer    ^i^Mcàa 
en  France  avec  l'élite  de  fa  nobleffe  : 
Louis  lui  repréfenta  que  le  vrai  bou- 
levard de  la  France  contre  l'Angle- 
terre étoit  en  Ecofle ,  &  le  pria  de 
ne  point  s'abfenter  de  fes  Etats  ,  où , 
en  obligeant 'les  Anglois  à  partager 
leurs  forces,  il  pouvoir  lui  rendre  un 
plus  grand  fervice ,  qu'en  lui  ame- 
nant des  troupes  dont  il  n^avoit  pas 
befoin.  Jacques,  en  cédant  à  ces  rai- 
fons,  eut  foin  de  remontrer  au  rui 
qu'il  commandait;  à  un  peuple  bra- 
ve I  mais  fans  difcipline  ^  &  prefque 


450     Histoire  DE  Frakck* 

fans  armes  :  il  lui  demanda  quelques 

Ann.  iîij.  capitaines  expérimentés,  des  armes  , 
de   l'artillene  ,   &  des    munitions  : 
Louis  fatisfit  â  toutes  ces  demandes; 
Lamotte  eut  ordre  de  conduire    c^s 
fecours ,  &  de  réfîder  auprès  du  roi 
Jacques  pour  l'aider  de  fes  confeils. 
On    ne  pouvoir  ,   fans  une    marine 
nombreufe,  entretenir   une  corres- 
pondance avec  l^Ecoffe,  ni  s'oppo- 
1er   aux  incurfions    fubites  des  An* 
.  glois  :    Louis  fit  armer   en    guerre 
tous  les  bâtiments  qui  fe  trouvoienc 
dans  les*  ports  de. la  Picardie  ^  de 
la  Normandie ,   &   de  la  Bretagne  : 
il  ordonna  au  célèbre  Pierre -Jean  , 
ou  comme  on  prononçoit  alors  Pré- 
Jean  de  Bidoux ,  de  conduire  dans 
rOcéan  toutes  les  galères  qu'il  com- 
mandoit ,  &  avec  lefquelles  il   s'é- 
toit  rendu  (i  redoutable  fur  la  Mé« 
diterranée.  Après  avoir   pris  toutes 
ces   mefures ,  Louis  voyant   que  la 
faifon  s'avançoitj  que  les  Anglois, 
quelques   menaces  qu'ils    continuaf- 
fent  de  faire,   n'étoient  point  en- 
core   en  état    de    pafler    la   mer, 
tourna  fes  vues  du  côté  de  l'Italie. 
Mottde  Tui      J^'^^.  "  '  fon  implacable  ennemi , 

les  u;  éicc-  tie  vivoit  plus.  Tandis  qu  il  difpoiou 


Louis     XII.         45 1 
tout  pour  envahir  Ferrare ,  dès  len-  — — p—i 
trce   du  printemps  ;   qu'il   dépofoit  Ann.  mi;. 
de  la   qualité  de  légat  en  Lombar-  tîondcLéon 
die ,  &  qu'il  citoit  à  Rome  le  cardi-  ^• 
nal  de  Sion  pour^y  rendre  compte  de  ^^^'^^^' 
fa  conduite  ;  qu'il  méditoit  d'exciter     PauUovc. 
une   nouvelle  révolution  i  Florence     ^^^u?^^ 
pour  le  venger  du  cardmal  de  Me-  d'Albert Pio. 
dicis*  qui  ne  lui  laiflbit   pas   dans  £^^j'^//f* 
trette    ville  une  autorité  auflî  éten- 
due   qu'il   l'auroit   defirée>   &   qui 
d'ailleurs    montroit    trop  d'attache- 
ment au  roi  d'Efpagne  j  qu'il  citoit 
au  concilie    de  Latran  Louis  &   le   , 
clergé  François  pour  venir ,  s'ils  To- 
foient ,  y  défendre  la  pragmatique  j 

Su'il  e)cpédioit  une  bulle  par  laquelle 
révoquoit  tous  les  privilèges  accor- 
dés par  le  faint  (lége  au  royaume  de 
France  ;  tranfportoit  au  roi  d'Angle- 
terre le  titre  de  très-chrétien ,  &  li- 
vroit  routes  les  provinces  Françoifes 
au  premier  occupant ,  il  vit  la  mort 
s'avancer  ,  fans  rien  perdre  de  la 
fierté  de  fon  caraâere.  Dans  fes 
derniers  moments  il  confirma  une 
bulle  qu'il  avoir  déjà  publiée  contre 
ceux  qui  açheteroient  le  fouverain 
pontificat  :  comme  il  pouvoit  y  avoir 
une  conteftatiçn  entre  le  concile  Se 


45  i       Histoire  dé  FrAncîe. 
le  collège  des  cardinaux  fur  !e  droit 
Ann.  içij.  de  nommer  un   fouverain    ponrife  , 
il  décida  la  queftion  en  faveur   de^ 
cardiiiaux  ;  mais  il  défendit  en  mê- 
me temps  l'entrée  da  conclave  à  ceux 
qui  avoient  adhéré   au    concile    de 
Pife  :  il  déclata  cependant  que  com- 
lue  Julien  de  la  Rovere ,  il  leur  par- 
donnoit  fes  injures  perfonnelles  ,    & 
qu'en  qualiré  de  fouverain   pontife, 
il  prioit  Dieu  de  leur  pardonner  les 
maux  qu'ils  avoient  faits  à  TEglife  : 
enfin  ,  après  avoir  prié  les  cardinaux 
de   confirmer  à  fon   neveu    le   duc 
d'Urbin  le  don  qu'il  lui  avoir   faic 
de  la  ville  de  Pefaro  à  titre  de  vica^ 
riae ,  il  expira  le  ii  de  Février,  dans 
la  foixan te- onzième  année  de  fon  âge. 
Les  cardinaux  s'aflTemblerent  aufli- 
tôt  au  nombre  de  vingt-quatre,   & 
ne  refterent  que  fept  jours  renfer- 
més   dans    le   conclave  :    foit  qu'ils 
vouluflTent  prévenir  les  intrigues  de 
Maximilien  ,  qui  avoit  montré  quel- 
ques années  auparavant    un  defir  d 
vif  &  fi  bifarre  de  parvenir  au  fou- 
verain pontificat,    loit   qu'ils   ctai- 
gniffent    que  le   roi  d'Elpagne ,  le 
duc  de  Ferrare  &    le  duc   d'Urbin 
ne  profitaifeat  de  la  vacance  du  faint 


Louis     XII.         4î  j 
(îége  pour  Ipi  enlever  fes  dernières 
^cquimions  ;  ils  élurent   d'une  vpix  Ann.iîxj. 
unanime  Jean  ,  cardinal  de  Médicis , 
qui  n'étôit  âgé  que  de  37   ans.  Ua 
fémoin  occulaire  rapporte  une  cir» 
confiance   qui   contribua    pçut-être 
autant  que  le  mérite  du  cardinal  à 
faire  difparoître  aux  yeux  delà  plu- 
part de  les  confrères ,  rpbftacle  que 
fa  grande  jeunçfle  devoir  narurelle- 
xnent   apporter  à  fon    éleélion.    Il  ^ 
avoir,  lorfqu*il  engroir  au  conclave, 
un  'ajJoftçmç  au  haut    de  la  cuiffç  , 
qui  étant  venu    à  crever  au  milieu 
de  raffemblée  ,  répandit  une  odeur 
/i   Fétide  ,    que  les    cardinaux  a(C$ 
à  fes  côtés  furent  forcés   de    chan- 
ger de  place  ;  on  jugea    qu'il  avoir 
le   fang    corrompu  ,     &    qu'il    ne 
vivroit  pas  long-temps  :  ce  foupçon , 
paroiffbit    d^aucant     mieux    fondé  ^ 
que  Médicis ,  fans  donner  dans  au- 
^un  excès  fcandaleux,  avoit  toujours 
montré    un  gouf  décidé    pour    les 
amufernents,  les  plaifirs,  les  fêtes. 

Dès  que  h  nouyellç  de  la   mort    conditions 
de  Jules  fe  répondit  en  Francç  ,  les  fSTonfcnt 
cardinaux  réfugiés   à   Lyon    prirent  ^  ^^^.^^î^^^, 
la  route  de  l'Italie  pour  fe  rrouver  fe. 
au  cppcl^vç  ;  jpaU  avapt  qu'ils  fuf    J^anuf  de 


454      Histoire  de  France» 
fent  arrivés  ,  ils  reçurent  la  nouvelle 
ANN.iyij.  que  le  cardinal  de  Médicis  avoir  été 
proclamé  fous  le  nom    de  Léon   X. 
La  douceur  de  fon  caradere  ,  d'an- 
ciennes liaifons  que  la  différence  de 
parti  n'avoir  point  entièrement  roni- 
pues,  les  engagèrent  à  Continuer  leur 
route.  Léon  leur  fit  confeiller ,  pour 
leur  propre  fureté  &  pour    la   paix 
de  rÈglife  ,    de  refter  d  Florence , 
jufqu  à  ce  qu'il  eût  réglé  la  manière 
dont  ils  feroient^eçus  à  Rome  :    il 
leur  fit  obferver  que  Tadte  de  leur 
dépofition  ayant  été  accompagné  de 
toutes  les  formes  juridiques  ,  &  con- 
firmé par  le  concile  de  Latran ,  ne 
pouvoir  être  abrogé   qu'avec  beau- 
coup  de  précaution  ;  qu'ils  feroient 
bien  de  ne  point  porter  les  marques 
de  la  dignité  de  cardinal ,  parce  que 
cet  ade  de  foumiffion  &  d'humilité 
défarmeroit  la  haine  de  leurs  enne- 
mis ,  &  fourniroit  à  leurs  amis  le  droit 
de  foUiciter  leur  abfolution.  Louis 
avoir  fait  accompagner  les  cardinaux 
par  Claude  de  Seiffel ,  évcque  de  Mar- 
leille  :  il  le  chargea  d'expofer  fuccin- 
tement  à  Léon  »  que  les  papes  tenant 
^>  de  la  libéralité  des  rois  de  France 
t»  toute  leur  puiffance  temporelle  , 


Louis  XII.  455 
i>  avoienc  toujours  traité  ces  monar-  ^^^^^ 
3»  ques  avec  les  égards  les  plus  dif- ^i^j^^i^ij, 
»  tingués  :  qu'ayant  conféré  plus  de 
»*  biens  &  de  puiflance  au  faint  fiége 
3»  qu'aucun  de  (es  prédécefleurs  de- 
ijpuis  Charlemagne ,  il  .devoir  na- 
3»  turellement  s'attendre  à  quelque 
yy  retour  de  la  part  du  fouverain 
»  pontife  ;  que  cependant  Jules ,  au 
w  grand  fcandale  du  monde  chré- 
7t  tien  /  ne  s'étoit  prévalu  de  tant 
n  de  bienfaits ,  que  pour  perdre  plus 
»»  fûrement  fon  bienfaiteur  :  qu'ab- 
w  jurant  tout  fentiment  de  pafteur 
w  &  de  père,  il  s'étoit  montré  ,  à 
M  l'égard  de  la  France ,  un  tyran 
w  impitoyable  ,  un  loup  raviflant  : 
»  qu'obligé  de  faire  ufage  des  ar- 
w  mes  que  la  providence  lui  avoic 
»  mifes  en  main  pour  repouflfer  les 
»  attaques  d'un  furieux ,  le  roi  très- 
»f  chrétien ,  de  l'avis  des  prélats  de 
»  fon  royaume ,  des  douleurs  &  des  • 
9>  plus  célèbres  jurifconfultes ,  avoic 
*>  convoqué  un  concile  à  Pife  ,  dont 
>»  les  principaux  membres  étoiént 
»  encore  affemblés  à  Lyon  ;  que  fils 
»aîné  de  TEglife,  ennemi  de  tout 
»  fchifme  &  de  toute  divifîon  ,  il 
p  çtoit  prêt  à  renvoyer  tou$  ces  pré- 


45 5     HrsTomE  de  Ïrancb.  ' 

»  lacs  dans  leurs  diocèfes ,    dès  que 

ANN.iyij.  "  ^^  ^^^^^  P^^^  l'auroit  aflTuré  que  la 
wcaufe  qui   lés  avoit  fait  alTembler 
j»ne  fubfiftoit   plus  :  qu'en   perdant 
*>  Jules ,  il  ne  fe  croyoic  pas  encore 
»  délivré  de  cous  (es  ennemis ,    ni 
M  même  des    plus    dangereux^    que 
9>  ce   poncife  ,   tour    entreprenant  ^ 
»>couc    opiniârre    qu'il    paroifToit   , 
9>n'écoit    le    plus     fouvent     qu'au 
f»inftFument    encre    leurs    mains    ; 
»  qu'ils   ne   manqueroient   pas     de 
9>  continuer    leurs   pratiques   auprès 
s>  de  Léon  ;  que  pour  l'encourager  à 
w  fuivre  les  traces  de  fon   prédéçef- 
l'feur  ,    ils    lui  feroient  entendre 
w  que  la  France  ,  épuifée  d'hommes 
9>  ôc  d'argent ,  étoit  réduice  aux  der- 
»  nieres   excrémités  j     que  le   faint 
9>  père  fe  gardâc  bien  de  les  croire  ; 
fy  qu'il  alloit  bientôt  voir  ces  mêmes 
»>  François  qu'on  lui  peignoir  abat- 
»tus  &  tremblants  pour  leurs  foyers, 
9>  déployer  leurs    enfeignes    au  delà 
w  des  Alpes  j  que  bien  différent  en 
»  cela  de  fes  etinemis ,  il  ne  demandoic 
»au  faint  père  ni  argent  ni  feçours 
w  pour  verfer  le  fane  des  Chrétiens  ; 
i>  qu'il    n'avoit  befoin  que    de   fes 
»  propres  forces  pour  venger  fa  que- 
ls relie , 


L  o  u  I  s      X  1 1.         457 

»  relie ,  &  pour  défendre  les  princes  -'-■ 

^  Se   les  républiques  qui    reclame- Ann^i^ii. 

M  roîent  .fa  proteftion  :  qu'enfin   il- 

w  lui   fuffifoit    que  Léon  le   traitât 

}>  comme  le  pape  Clément  V  avoic 

>»  traite  Philippe  le  Bel ,  en  révo- 

»  quant ,  de  Jon  propre  mouvement  , 

M  les  injuftes  cenfures  de  fon  prédé- 

»•  ceflTeur  ;  qu'alors  ,  il  le  trouveroic 

iifon  bon  y    dévot  &  obéijfant  fils. 

Léon ,  que  le  concile  de  Pife  , 
rout  décrié  qu'il  étoit  déjà ,  efFrayoic 
encore  5  donna  de  juftes  éloges  à  Ik 
piété  du  roi  \  il  le  pria  de  Texcufer, 
il  dans  une  conjedure  où  il  étoit  Â 
peu  maître  de  lui-même ,  il  ne  faifoic 
pas  éclater  aux  yeux  de  TEurope  les 
lentiments  de  zèle  &  d'inviolable 
attachement  pour  la  couronne  de 
France  ,  qu'il  avoir  hérirés  de  fes 
pères  ,  &  dont  il  ne  fe  départiroic 
jamais  ;  il  promit  de  travailler  de 
tout  fon  pouvoir  d  établir  la  con- 
corde entre  tous  les  princes  chré- 
tiens; il  finit  par  fupplier  très- 
inftamment  le  roi  de  fufpendre 
l'exécution  des  projets  qu'il  pou- 
voit  avoir  formés  fur  l'Italie  &  de 
lui  laiffer  le  temps  d'eflayer  les  voies 
de  1^  conciliation  £c  de  la  douceur« 
Tome  XXII.  V 


45  3      Histoire  de  France. 

Louis  comprit  par  ces  dernières 
Ann.  in?,  paroles  qu'il  alloic  fe  mettre  le  pape 
Révoiucioas  à  dos  en  pourfuivant  fes  deflfeins  fur 
tlT:  ^bauîiiê  ^^  Milanès  :  mais  il  fit  attention  , 
de  Novanr  en  même-tcmps ,  que  dans  Tétac 
dîn,  '^  "  """  OÙ  fe  trouvoit  ce  pontife ,  fans  trou^ 
p.  Jqv0^    pes  ,  fans  areent ,  fans  appui ,  il  ne 

Fleurantes.  ^  '     '    a    ^       •  l_-       ^^.     '  , 

Du  BcUay.  pouvoit  infiuer  ni  en  bien  ni  en  mal 
McUar,      fur  le  fuccès  de  cette  entreprife.  Des 
raifons    très  -  fortes  le  convioie^c  à 
ne  pas  différer.  Les  Vénitiens ,  fes 
nouveaux  alliés ,  réfiftoient  avec  cou- 
rage aux  troupes   impériales  &  £f« 
p.agnoles ,  toujours  commandées  par 
dom  Raimond  de  Cardonnc ,  &  n'ac- 
tendoient  que  l'arrivée  des  François 
pour  les  chafler  de  lltalie  :  les  gar- 
nifons  des  châteaux  de  Milan ,  de 
Gênes  &  de  Crémone  avoient  re- 
pouffé  toutes  les  attaques  des  enne-^ 
mis  y  mais  ils  dévoient  naturellement 
fe  perdre  ,  fi  Ton  n'y  faifoit  entrer 
des  munitions  &  des   renforts.  Les 
peuples  du  Milanès  ,  à  qui  Texpul- 
fion  des  François  &  le   retour  aun 
héritier   des  Sforces   avoienc  caufé 
une  joie  Ci  vive ,  accablés  d'impôts  , 
livrés  à  lavidité  des  Suifies ,  ruinés 
par  le  féjour  des  Efpagnols  qui  fai- 
îbient  la  guerre  en  brigands ,  appel- 


L  o  xr  I  s     X  I  L        459 

loîent  alors  à  grands  cris  ces'mèmés  i 
François  ,  &  les  invoquoient  prefque  Ann,  i ji^. 
comme  lears  libérateurs.  11  paroifloit 
donc  évident  que  l'armée  Françoife 
n'aurait  à  combattre  que  les  SuifTes  , 
qui  même  ne  fe  trou  voient  plus  en  audl 
grand  nombre  qu'auparavant  dans  le 
duché  de  Milan.  Toutes  ces  facili-* 
tés  ,  exagérées  encore  par  Trivulfe 
&  les  autres  bannis ,  déterminèrent 
Louis  à  précipiter  cettte  entreprifé: 
il  en  offrit  la  conduite  au  jeune 
Charles  de  Bourbon  ,  digne  émule 
de  Gafton  de  Foix ,  &  que  les  trou- 
pes défignoient  pour  fon  fuccefleur  : 
mais  Charles  coiifidérant  qu'on  fe 
faifoit  illufion  fur  la  pofition  &  les 
reffburces  de  l'ennemi,  &  craignant 
encore  plus  de  ternir  fa  réputation 
par  une  défaite,  que  de  laiûTer  éehap-f 
per  une  occafion  de  fe  diftinguer, 
refufa  la  commiffion.  La  Trémouille, 
que  l'âge  &  l'expérience  auroienr  du 
rendre  plus  circonfpeât,  ofas'en  char- 
ger :  on  lui  donna  pour  lieutenants  gé- 
néraux Jean- Jacques  Trivulfe,  &  Ro- 
bert de  la  Mark,  prince  de  Sedan. 
L'armée  ne  confiftoit  qu'en  douze 
cents  lances  y  quatre  à  cinq  mille 
aventuriers   François ,  &  fix  mille 

Vij 


^èo  Histoire  db  Fhakcë. 
lanfqaenets,  commandés  par  les  deux 
Ann.  luh  61s  de  Robert  de  la  Mark,  le  fei- 
gneur  de  Fleuranges ,  &  le  feigneur 
de  Jamets  :  cette  première  divifîon 
devoit  être  fui  vie  d'un  autre  corps 
de  cinq  mille  lanfquenets,  conduits  ^ 
par  Tavannes  &  orandec  ,  qui  ne 
purent  arriver  à  temps.  Trivulfe, 
qui  commandoit  Tavant- garde,  s'é- 
tant  emparé  ,  fans  beaucoup  de  dif-*- 
ficultés  ,  de  la  ville  d'Aft  &  d;A- 
lexandrie  de  la  Paille ,  profita  habile- 
ment du  trouble  Se  de  la  confufîon 
que  fon  irruption  avoir  caufés  en 
Italie  ,  pour  rafraîchir  les  garnifons 
des  châteaux  de  Gènes  ,  de  Milan 
&  de  Crémone ,  &  pour  y  faire  entrer 
des  munirions  ;  ce  qui  étoit  un  des 
principaux  objets  de  cette  expédi- 
tion«  La  plupart  des  villes  fe  fou- 
Içverent,  &  il  ne  refta  bientôt  plus 
au  nouveau  duc ,  que  Corne  &  No- 
varret  Les  SuiflTes  ,  en  qui  il  met- 
toit  toute  fa  confiance,  le  condui- 
fîrent  dans  cette  dernière  place ,  ré- 
folus  de  s'y  défendre  jufqu'à  la  der- 
nière extrémité.  La  Trémouille,  au- 
lieu  d*aller  prendre  pofleffion  de  Mi- 
lan ,  &  de  fe  joindre  à  Tarmée  de$ 
Vénitiens ,   qui  s'étoit  avancée  juff 


'  Louis  XII.  4(^1 
qu*à  Crémone  ,  s'opiniâcra ,  contre 
l'avis  de  Trivulfe,  à  former  le  ficge  ANN.151?. 
de  novarre  :  deux  raifons  l'y  dé- 
terminèrent ;  il  vouloir  ménager  aux 
cinq  mille  lanfquenets  qu'il  atten- 
doit  encore ,  la  facilité  de  fe  join»^ 
dre  au  refte  de  l'armée,  &  il  comp- 
toir ,  qu'après  cette  jonâion ,  il  fe- 
roit  en  état ,  ou  de  forcer  les  SuilTes 
à  lui  liver  Maximilien  Sforce  ,  com- 
me ils  lui  avoient  autrefois  livré  Lu*^ 
dovic ,  ou  d'emporter  la  place  d'af- 
faut ,  &  de  les  pafler  tous  au  fil  de 
l'épée  ;  ce  qui  dans  l'un  ou  l'autre  cas , 
cermineroit  la  guerre.  Il  commença 
donc  à  foudroyer  les  murailles,  & 
à  l'aide  d'une  artillerie  nombreufe 
&  bien  fervie,  il  y  pratiqua  ,  en 
peu  de  jours  ,  une  brèche ,  qui  fuc 
jugée  fuffifante.  Il  n'attendoit  plus 
que  l'arrivée  des  cinq  milles  lanf- 
quenets pour  livrer  l'afTaut.  Les 
Suilfes  les  prévinrent.  Sur  le  pre- 
mier avis  de  l'arrivée  des  François  en 
Italie  ,  les  cantons  s'étoient  afTem- 
blés  tumultuairement ,  &  avoienc 
fur  -  le  -  champ  nommé  les  chefs 
fous  la  conduite  defquels  une  jeu- 
nèfle  nombreufe  &  guerrière  s'em- 
prefla   de   voler    à   la    défenfe   du 

Viij 


461      Histoire  de  France. 

Milanès.  Les    Suifles  ,    fi    difEciIes 

AvM  T^T,  à  remuer,  &    qui   ne  fortoient   de 
leur    pays  ,    qu  après  avoir    couche 
une  partie   de  leur  folde,  montrè- 
rent, dans  cette  occafion  ,  un  défin- 
-téreflement    &   une   ardeur    dignes 
àes  plus  grands  éloges,  fi  la  haine 
imjufte  dont  ils  étoient  animés  con- 
tre d'anciens  alliés  ,  n'en   eût    pas 
été  Je  principe.  Dix   mille  des  plus 
difpos  ,  marchant  jour  &  nuit ,  vin- 
rent fe  jetter  dans  Novarre  ,  du  cô- 
té oppofé  au  camp  êiQ^  François.  La 
Trémouille  perdant  toute  efpérance 
d'emporter  une  place  fi  bien  défen- 
due ,   prit  le   parti  de   fe   retirer  à 
la  Riotta ,  à  deux  milles  feulement 
de  Novarre?,  attendant  toujours  l'ar- 
rivée des  lanfquenets  de  Tavannes. 
L'armée  campa  dans  un  rerrein  étroit 
^  embarrafie,  coupé  par  des  canaux, 
couvert  d'un  côté  par  un  taillis ,  de 
l'autre  par    des  marais  :  la  gendar- 
m^rie  étoit  au  fond  de  cette  gorge  ; 
les  aventuriers  François  &  les  lanf- 
^  quenets    en    occupoient    l'entrée , 
ayant  devant  eux  vingt- deux  pièces 
de  canon  ,  dreffees  fur  leurs  affûts, 
&  prêtes  à  tirçr.   Autant   le  choix 
de  ce  camp  paroifibit  propre  à  faire 


L  o  u  I  s      X  1 1.         4(î} 

repofer    rarmce,  &  fur  -  tout    la  ; 

gendarmerie ,  autant  il  étoit  défa- ann»iîm. 
vorable  pour  livrer  bataille  ou 
même  pour  fe  défendre ,  fi  l'on 
étoit  attaqué,  puifque  la  cavalerie, 
qui  faifoit  toute  la  force  de  Tarmée  y 
«'y  pouvoir  manœuvter  ,  &  que  les 
différents  corps  fe  trouvoient   fépa-  ^ 

rés,  &  hors  d'état  de    fe    fecoqrir 
mutuellement.  Auflî  la  Trémouille 
ne  s'attendoit-il  point  que- les  Suif- 
fes  duffent   venir   le    chercher  :    il 
étoit  fi  tranquille  i  cet  égard ,  qu'il 
avoir  même  négligé  de  faire  dreiler 
â  la  tète   du  camp   une  efpece  de 
parc  de    bois  ,  compofé   d'échelles 
ou    de   barrières   ,    entrelacées   les 
unes  dàn$  les  autres  ,  dont  Robert 
de    là    Mark   écoit  rinventeur,    & 
qu'on  ûvoit  fait-  voicurer  ,  à  grands 
frais  ,    à  la  fuite  de    Tarmée.  Ce- 
pendant  le   capitaine   Mottin  ,  ou 
Mutri  y  homme    de  tète   Se  foldat 
déterminé  ,    ayant  fait   reconnoître 
k  camp    des    François  ,   afiembla, 
dès   le  foir   même ,  les  Suifies  fes 
compatriotes;  leur  montra  la  faci- 
lité de  furprendre  &  d'écrafer  l'ar- 
mée ennemie ,  dans  une  pofition  où 
leur  cavalerie  leur  devenoic  inutile, 

Viv 


Ahn.  ifi) 


464     Histoire  i>e  Francs. 
&  où  Ton  n'auroit  à  combattre  que 
des  Allematids   &  des   aventuriers 
François ,  moins  nombreux  &  moins 
aguerris  que  les  SuiflTes  :  il  leur  fît 
envifager  la  gloire  dont  une  adtion 
il    éclatante    couvriroit   leur   patrie 
aux  yeux  des  étrangers:  enfin  il  fut. 
fi  bien  les  enflammer,    que  Texpc- 
dition  fut  réfoloe  ,  contre  Tavis  de 
ceux  qui  croyoient  qu'on  devoir  at- 
tendre l'arrivée  d'un  autre  détache- 
ment que  conduifoit  le  baron  d'Alt- 
faxe.  On  laiflTa  pour  la  garde  de  la 
ville  ceux  que  les  marches  forcées  & 
la  fatigue   avoient   exténués  ;   &    à 
l'heure  de  minuit,  onze  mille  Suif- 
fes  s'attroupèrent  tout  armés  fur  la 
place  publique.  Ils  fe  partagèrent  en 
deux  Dandes ,    dont  l'une  de  mille 
hommes   feulement ,    deyoit ,   à  la 
faveur  du  taillis ,   pénétrer  dans  le 
quartier  de  la  gendarmerie,  y  ré- 
pandre l'alarme ,  &  la  contenir  dans 
fon  pofte  ,  tandis  que  les  dix.  mille 
autres  tomberoient  avec  împétuofité 
fur  les  lanfquenets  Se  les  Gafcons, 
s*cmpareroient  de  l'artillerie ,  &  la 
tourneroient  contre  la  gendarmerie 
Françoife.  Ces   deux  troupes  mar-. 
cherent  en  (îlence,  fans  tambours, 


Louis  XII.  4^5 
ni  aucun  autre  inftrument  militaire  : 
cHes  comptoient  former  leur  atta- ann.  ipj. 
que  dans  i  obfcurité ,  &  trouver  les 
François  endormis  ;  mais  comme 
on  étoit  dans  la  faifon  de  1  année 
où  les  nuits  font  les  plus  courtes  » 
8c  qu'il  avoit  fallu  perdre  du  temps 
à  fe  ranger  en  bataille ,  il  étoit  joue 
lorfqu  elles  fe  préfenterent ,  &  les 
gardes  avancées  que  la  Trémouille 
&  Trivulfe  avoient  eu  l'attention 
de  pouffer  jufques  dans  le  voifînage 
de  Novarre ,  avoient  eu  le  temps 
d'avertir  l'armée,  qui  fe  trouva  bien- 
tôt fous  les  armes ,  &  auflî  bien  dif« 
pofée  à  recevoir  l'ennemi ,  que  le. 
terrein  pouvoir  le  permettre.  La 
bande  de  mille  Suides  arrêtée  par 
le  premier  corps-de-garde  ,  n'ofa 
pénétrer  jufqu'au  camp;  elle  fe  con- 
tenta d'occuper  les  iuues  du  bois  , 
&  de  rendre  entièrement  imprati- 
cables  tous  les  fentiers  par  où  la 
gendarmerie  auroit  pu  »  quoiqu'a- 
vec  peine  ,  aller  au  lecours  de  Tin* 
fanterie:  les  dix  mille  formant  un 
;ros  bataillon  ,  marchoient  ,  tèt« 
ai(fée  ,  à  l'ennemi  ;  ils  effuyerent 
tranquillement  le  feu  redoublé  de 
vingt- deux  pièces  de  canon  ,  qui  , 

V  V 


J^6S    Histoire  de  France; 

plongeant  dans  la  troupe ,  enapor- 

Anni  ijij.  soient  des  files  entières  :  fans  donner 
aucun  figne  d'effroi ,  fans  rompre 
leurs  rangs ,  ils  doublèrent  le  pas  »  6c 
joignirent  les  lanfquenets:  la  rivali- 
té ,  ou  plutôt  la  haine  invétérée  qui 
fubfiftoit  encre  les  deux  nations , 
tendit  ce  combat  opiniâtre  &  terri- 
ble. Les  lanfquenets ,  quoique  moins 
nombreux  ,  fôutinrent  le  choc  pen- 
dant deux  heures  ,  fans  reculer  d*un 
feul  pas.  La  gendarmerie  Françoife 
entendûit  le  cris  des  mourants  , 
voyoit  écrafer  ces  fidèles  alliés  fans 
pouvoir  «marcher  à  leur  fecours  :  des 
canaux  ou  des  bois  taillis  ,  occupés 

Î>ar  le  détachement  des  Suifles ,  lui 
i?rmoient  le  paflTage.    L'amour  pa- 
ternel put  feul    triompher  de  tous 
ces  obftacles.  Un  meflager  vint  aver- 
tir Robert  de    la  Mark ,  prince  de 
Sedan  ,  que  fes  deux  fils ,  Fleuranges 
Se  Jamets ,  déjà  criblés  de  coups  Sc 
couverts    de   fang  ,   défendoient  à 
'     •         peine  un  refte  de  vie:  il  pénètre, 
avec    fa    compagnie  de  deux  cents 
lances  ,  fur  le  champ  de   bataille  y 
'  ^%^g®  Jamets,  qui  combattoit  en- 
core j  reconnoît   le  corps  de    Fleu- 
ranges ,  déjà  étendu  par  terre ,  & 


Louis  XII.  4^7 
couvert  de  quarante- fix  bleflures  :  il  ! 
les  fait  emporter  par  quelques-uns  de  Ann.  1^13. 
fes  gendarmes  ,  &  les  rappelle  l'un 
&  Tautre  à  la  vie.  Les  Suifles ,  après 
avoir  défait  les  lanfquenets ,  tour- 
nèrent Tartillerie  contre  la  cavale- 
rie ,  qui  ne  fongea  plus  qu'à  fuir , 
avec  la  plus,  grande  partie  des  aven- 
turiers François  ,  qui  avoient  échap- 
pé au  carnage.  Les  hiftoriens  varient 
fur  le  nombre  des  morts  :  Guic- 
chardin  en  compte  dix  mille  du  cô« 
té  des  François ,  &  quinze  cents  feu- 
lement du  coté  des  Suiffes  ^  mais  il 
fe  trompe  vifiblement  j  car  il  con- 
vient ,  avec  tous  les  autres  hifto- 
riens ,  que  la  gendarmerie  ne  com- 
battit point  )  que  prefque  toute  la 
perte  tomba  lut  les  lanfquenets , 
qui  n'étoient  qu'au  nombre  de  cinq 
ou  fix  mille  ,  &  qui  ne  périrent  pas 
tous ,  à  beaucoup  près.  Gradenico 
compte  huit  mille  morts  du  côté 
des  François  ,  &  cinq  mille  du  côté 
des  SuiUes  ,  du  nombre  defquels 
étoient  plufieurs  colonels  ou  capi- 
taines ,  entr'autres  Mottin  ^  Tauteur 
&  le  chef  de  cette  entreprife  :  ce 
nombre  paroît  encore  exagéré  :Fleu- 
ranges  le  contente   de  dire  que  la 

V  vj 


4^8     Histoire  de  France. 

perte  fut  à- peu-  près  égale  de  parc 

Ann.  IÎIÎ.&  d'autre  j  mais  que  du  côté  des 
François  ,  elle  tomba  toute  entière 
fur  les  lanfquenets ,  dont  il  avoic 
le  commandement.  Les  Suiiïes  ga« 
gnerent  le  canon  &  tout  le  gros  ba- 
gage de  l'armée.  Ce  ne  fut  pas  le 
ieul  profit  qu'ils  tirèrent  de  cette 
expédition  ^  ils  fe  répandirent  dans^ 
les  villes  qui  avoient  arboré  les 
fleurs  de  lis  ;  les  taxèrent  à  difcré- 
tion  ,  &  remportèrent  encore  une 
fois  dans  leurs  montagnes  les  dé- 
pouilles de  la  malheureufe  Lom- 
bardie.  La  Trémouille ,  qu'ils  n'a- 
voient  point  pourfuivi ,  parce  qu'ils 
manquoient  de  cavalerie,  ayant  foint 
la  troupe  de  Tavannes  ,  qui  n'avoit 
pu  arriver  afTez  à  temps ,  revint  tran- 
quillement en  France  ,  honteux  d'a- 
voir été  battu  ;  mais  n'ayc^nt ,  après 
tout,  effuyé  qu'une  perte  qui  ne  coû- 
ta point  de  larmes  à  la  patrie  ,  &c 
qu'il  étoit  toujours  facile  de  réparée 
avec  de  l'argent. 
Ligtte   de      Les  troupes  qu'il  ramenoit ,  ne  pou- 

ueiirFran^cc'.^^^c^f  ^*^"ver  plus  à  propos  :  le  dan- 
^aes  de  ger  où  le  royaume  fe  trouvoit  expofé  , 

Rimer.        ^^^j^  beaucoup  plus  grand  que  Louis 

lo^ûTi/l' ^^  fe  rétoit  imaginé ,  lorfqu'il  avoit 


Louis    XII.         4^9 

fait  paffer  ifrie  partie  de  fes  forces 
en  Italie.  Maximilien,  qui  Tavoit  Ann.  tçi?. 
trahi ,  mais  qui ,  jufqu  alors  ,  ne  s'é-  ^j^a^'  ^^' 
toit  point  encore  déclare  Ion  enne- 
mi ,  qui  venoit  de  figner  un  traité 
de  neutralité  pour  les  Pays-Bas  au 
horii  de  Tarchiduc  Charles  fon  pu- 
])ile ,  qui  traitoit  alors  du  mariage 
du  jeune  Ferdinand  avec  Renée  de 
France  ,  conclut  par  la  médiation 
de  Marguerite  fa  nllle ,  un  traité  de 
ligue  offenfive  &  défenfive  contre  la 
France  avec  Henri  VIll  ,  roi  d'An- 
gleterre, par  lequel  il  s'engageoit, 
moyennant  la  fomme  de  cent  mille 
écus  d'or,  de  fondre  fur  la  Bouigogne 
à  la  tête  de  trente  mille  Suifles  ,  dix 
mille  cavaliers  Allemands  ou  Fran- 
comtois,  &  un  train  coniidérable 
d'artillerie  ,  tandis  que  Heftri,-avec 
toutes  les  forces  d'Angleterre ,  ic 
un  cerps  nombreux  de  cavalerie  ^ 
levé  à  fes  frais  dans  le  Luxembourg^ 
le  Brabant ,  le  Hainaut ,  la  Hollande 
&  la  Flandre  ,  pénctreroit  en  Picar- 
die ,  ou  en  Normandie,  Ces  deux 
armées  ,  également  formidables  , 
dévoient  agir  de  concert  ,  &  fe 
joindre  enfuire  fous  les  murs  de  Pa- 
ris. Louis  ne   pouvoir  fe  difpenfer 


47®      Histoire  de  France. 
doppofer  deux  armées  à  celles   qui 

Ann.  ICI},  venoient    Tartaquer  ;   il  devoir    en 
tenir  lyie  troifieme  fur  les  frontières 
de  la  Gafcogne   &  du  Languedoc  : 
car  il  eût  étc  dangereux  de  compter 
fur  la  foi  des  traités  à  Tégard  d'un 
prince  tel  que  Ferdinand  ,  qui  pre- 
noit  dans  le  même  temps  des  en- 
gagements contradidoires ,    &    qui 
ne  rempliflbit   jamais  que   ceux  où 
il  trouvoit  le  plus  à  gagner.  Il  falloir 
encore  entretenir   une   marine,    & 
veiller  à  la  sûreté   des  côtes.   Tous 
ces  objets  exigeoîent  néceflTairemenr 
une  forte  dépenfe. 
Emprunts      Louis ,    malgré  fon  économie  & 

&  aliénations  [a   forte   d'engageipent   qu'il    avoit 

du  domaine.       •  f  i   ^       a  j 

Afflntt/.  de  pnle  ^vec  lui-mcme  de  ne  point 
Fontanicu.  hauflet  les  impôts  ,  s'étoit  trouvé 
parimtiù.  "  forcé  ,  depuis  deux  ans  ,  d'établir 
une  crue  y  ou  augmentation  de  tail- 
les. Les  fonds  de  cette  année  fe 
trouvant  en  grande  partie  confumes 
par  l'infrudueufe  expédition  d'Ica- 
lie  ,  il  fallut  recourir  à  de  nouveaux 
expédients.    Il    demanda  des    em- 

f>runts  ,  ou  dons  gratuits  ,  à  toutes 
es  villes  du  royaume  :  Paris  fut 
taxé  à  quarante  mille  livres.  Le 
corps  municipal  avoir  confenti  à  ac-' 


Louis  XII.  471 
quitter  cette  dette  :  mais  ayant  voulu  1 
comprendre  dans  la  répartition  qu'il  Ann.  iîij» 
en  fit  les  officiers  des  cours  fnpéT' 
rieures ,  &  ceux-ci  ayant  refufé  de 
contribuer,  6c  ayant  été  ihaintenus 
dans  leur  exemption  par  une  décla- 
ration formelle  du  monarque ,  la  taxe 
pour  la  capitale  fut  modérée  à  vingt 
mille  livres.  Les  autres  villes  furent 
traitées  avec  la  même  douceur  :  d'où 
il  arriva  que  l'impôt  ne  rendit  point 
les  fommes  dont  on  avoit  befoin  : 
pour  y  fuppléer  ,  Louis  engagea  une 
portion  de  fçs  domaines ,  jufqu'à  la 
concurrence  de  quatre  cents  mille 
livres.  Louis  Mallet ,  feigneur  de 
Gra ville,  Amiral  de  France,  acheta 
pour  la  fomme  de  quatre-vingt  mille 
livres  ,  les  terres  &  feigneuries  de 
Melun  ,  Corbeil  &  Dourdan  :  Char- 
les de  Rohan ,  chevalier  de  Tordre 
du  roi,  eut  pour  vingt  mille  écus 
la  terre  de  Baugé,  Avant  que  de 
procéder  à  Tenregidrement  des  let- 
tres accordées  à  ces  feigneurs ,  la 
Cour  voulut  entendre  les  adminiftra- 
teurs  des  finances.  >'  Le  8  de  juin , 
»  font  venus  en  ladite  cour  Flori- 
»  mond  de  Robertèt ,  Louis  Pon- 
»cher,  &  Jean  Cottereau ,  cheva- 


47^       Histoire  de  Fkakce; 
»»  iicrs,  tréforiersde  France,  Jacquesf* 
ANN.iyi?'  »  Huraut  j  Jacques  deBeaune&  Hen- 
5»  ri  Bohier ,  auin  chevaliers,  généraux 
*>  des  finances ,  auxquels  a  été  deman- 
>'  dé  par  la  cour ,  u  les  affaires    da 
»*  roi  écoient  (î  grandes  &  très  -  ur- 
w  genres  ,  &  les  finances  dadic   fei- 
»  eneur  fi  fort  en  arrière  qu'il  fût 
ïî  befoin  &  néceflTaire  au  roi  de- faire 
•»  lefdites  venditions  ?  Qui  ont  dit 
9>  que  les  affaires   du  roi  étoient  £ 
j>  grandes  &  très- urgentes   pour  le 
»  fait  de  fes  guerres ,  &  les  fînan- 
»  ces  dudit  feigneur  fi  très-fort  en 
M  arrière ,  qu'il   lui   avoir   convenu 
»  haufîèr  les^ tailles,  dont  le  pauvre 
»  peuple  étoit  merveilleufement  tra- 
9  vaille,  &  qu'il  avoir  femblé  au  roi 
»  &  à  fonconfeil,  que  pour  foulager 
»  fon  peuple  &  recouvrer    Targent 
n  qu'il  étoit  nécefTaire  de  fournir  au 
»  fait    de  fes  guerres  »   mcmement 
»  pour  obvier  à  l'entreprife  que  fai- 
»  foient  de  préfent  les  anciens  en- 
n  nemis  de  fon    royaume  ,  il  étoit 
3>  plus  raifonnable  que  le  roi  s'aidât 
jj  de    fon    domaine  ,    que   de  plus 
»  charger   fondir  peuple  •».  La  cour 
confemit  à  l'enregiflrement  ;    mais 
en  exigeant  que  la  juftice  continuâc 


Louis     XII.         473 
a  être  exercée  dans  ces  villes  fous  la  ! 
main  du  roi ,  &  que  les  engagiftes  ne  ann^  if  m. 
puiTent  abattre  les  bois  de  haute  fu- 
taie ,  ni  faire  d'autres  coupes  que  celles 
aui  feroient  réglées  par  des  officiers  an 
omaine.  Graviile  protefta ,  devant  la 
cour  9  qu'il  n'avoit  point  foUicité  les 
lettres  que  le  roi  lui  avoir  accordées  ; 
qu  il  ne  précendoit  acquérir  aucun  au- 
tre  titre  fur  les  terres  engagées,  qu'un 
fimple  ufufruit  ;  qu'après  fa  mort , 
le  roi  pourroit  les  reprendre ,  en  af- 
furant  à  fes  fuccefleurs  quatre  mille 
livres  de  rente ,  jufqu'à  ce  qu'il  eût . 
rembourfé    le   principal  :    qu'il   ne 
roucheroit  point  au  bois  de   haute 
futaie  ,  ni  ne  vendroit  aucun  office. 
Graviile -fit   plus^ericore    qui!  n'a- 
voir   promis  :    il    déclara   par    fon 
teftament ,    qu'ayant   gagné  au   fer- 
vice  de  l'Etat,  ou  qu'ayant  obtenu  de 
la  faveur  de  fes  maîtres  des  fommes 
beaucoup  plus  confidérables  que  celle 
pour.  la(juelle  on  lui  avoir  engagé  ces 
terres ,  il  n'enrendoit  point  que  fes 
héritiers  y  puflTent  rien  prét;gndre  : 
qu'il  en  faifoit  don  au  roi ,  le  fup- 
pliant  ,    (i  les  befoins  de  l'Etat  le 

S^ermettoiept ,  de  vouloir  bien  fou-* 
âger  tous  les  ans  de  la  fomme  de 


474     Hisi;om£  de  France. 

quatre  mille   livres  les  villages    les 

Ann.  IÎ15.  pliis  pauvres  ,  ou  qui  auroienc  le  plus 
iSjuiA.     loufFerc  de  Tintempérie  des  faifbns. 
Dans  le. même  temps  ,    on    pré- 
fenta  au  parlement  des  lettres  d'u- 
ne autre  nature  :  Anne  de  Bretagne 
defirant  avec  paffion  le  mariage  de 
fa  féconde  fille  avec  Ferdinand  d'Au- 
triche ,  prince  de  Caftille,  &  vou- 
lant ,  autant  qu'il  dépendroit  d'elle  , 
faire  defirer  de  plus  en  plus  cette 
alliance  i  l'empereur  &  au  roi  d'Ef- 
pagne ,  obtint  du  roi  un  don    pur 
ôc  (impie  du  comté  d'Ecampes ,  qui 
ayoit  été  confifqué  fur  fon  père ,  & 
dont  elle  avoit  deflein  de  gratifier 
fa  féconde  fille.  Le  fecret  de  la  reine 
Kanfpira.  Jean  le  Lièvre ,  avocat  gé- 
néral, à  qui  les  lettres  du  roi  fu- 
""         rent  adredees ,  dit  dans  une  alTem- 
blée  des  chambres  :  »  Qu'on  lui  avoit 
•  communiqué  des  lettres -patentes 
9)  du  toi ,   contenant  le  don  gratuit 
»  que  le  roi  a  fait    à  la  reine   du 
a»  comté  d'Etampes  :  après  avoir  fait 
f>  la  leâure  de  ces  lettres  ,  Se  rap- 
>>  pelle  à  la  cour  d'où  provenoit  le 
»>  comté  d'Etampes ,  8c  en   quelles 
M  mains  il  avoit  pafle  depuis  deux" 
^  cents   ans  ^  il  conclut  que  c'écoit 


\ 


Louis  XII.  475 
»  un  vrai  domaine  de  la  couronne ,  ! 
»»  qui  par  fa  nature  étoit  inaliéna-  Ann.  ifij. 
M  bie ,  déclarant  cependant  que  fi 
M  la  cour  ,  attendu  la  qualité  du 
>j  temps  &  la  perfonne  de  la  reine, 
w  qui  méritoit  à  tous  égards  qu'on 
•*  fît  beaucoup  pour  elle* ,  vouloir 
a»  procéder  à  la  vérification  defdites 
»>  lettres  ,  il  ne  s'y  oppoferoit  pas  , 
>'  pourvu  que  ce  fut  avec  les  modi- 
»  fications  fuivantes  y  favoir  pour  en 
3>  jouir  par  la  reine ,  leurs  enfants 
»  mâles  &  femelles  defcendants  du 
»  roi  ou  d'elle ,  l'ordre  de  primo- 
»  géniture  gardé  ,  de  manière  qu'à 
M  l'aîné  mâle ,  ou  à  l'aînée  jfille  ,  au 
»  défaut  de  mâle ,  demeurât  tout 
w  le  comté ,  par  indivis  ,  fans  que 
«  les  cadets  y  puflent  jamaiis  rien 
9»  prétendre.  »*•  Les  lettres  furent 
«nregiftrées'avec  cette  modification; 
mais  Anne  ne  s'en  contenta  pas. 
Elle  pourfuivit  cette  affaire  avec 
tant  ae  chaleur ,  que  la  cour  ,  fur 
les  ordres  réitérés  du  roi ,  fe  dé- 
fifta  de  route  oppofition. 

Les   fommes    provenues    du  don      Deiceme 
gratuit  &    des   aliénations   du  <lo- fi"^^^  ^6-' 
maine  ,  furent  employées  à  faire  des  rouennc. 
recrues  ,  principalement    en   Aile-   ^^^ngeu 


47^  Histoire  m  France. 
magne  :  le  duc  de  Gueldres  attacha 
Ann. ifM-  ^u  fervice  du  roi  de  vieilles  bandes 
Du  Bellay,  de  lafifquenets  ,  répandus  fur  le  bas 
^7«rM  de  R'^^ï^  3  9"î  9  tantôt  foldats  merce- 
Louis  x/f.  naires  ,  &  tantôt  brigands  publics  , 
loMimf  *  ^^  faifoient  nommer  la  grande  verge  : 
Fleuranges  ^  déjà  guéri  de  fes  blef- 
fares  ,  en  fut  le  principal  conduc- 
teur.  Ces  renforts  rendirent  Tennemi 
plus  circonfpeâ  ;  mais  ils  arrivèrent 
trop  tard.  Se  n'eurent  point  occa- 
fion  de  combattre.  Henri  VIII, 
après  avoir  fait  tous  fes  préparatifs , 
vint  débarquer  à  Calais ,  dans  les 
premiers  jours  du  mois  de  juillet  : 
il  amenoit  avec  lui  une  armée  de 
trente  mille  combattants ,  prefque 
toute  compofée  d'infanterie.  Il  avoic 
fait  lever  en  Allemagne ,  &  dans  les 
Pays-Bas  ,  un  corps  de  dix  ou 
douze  taille  chevaux  :  fe  défiant  de 
fes  talents  militaires  Se  de  ceux  de 
fés  courtifans  ,  il  demandoit  à  Mar- 
guerite pour  capitaine  général,  foit 
Henri  de  Brunfvich ,  foit  le  fire  de 
Vergi ,  maréchal  du  comté  de  Bour- 
gogne. Maximilien ,  qui  n'avoit  pas 
rougi  de  fe  mettre  autrefois  à  la 
folde  de  Ludovic  &  des  Vénitiens , 
envia  une  commiffion  qui  lui  parut 


Louis    XI  L        477 

lucrative:  il  follicita  la  préférence,  

8c    montra   fi  peu   de   délicacefTe ,  ann.  IfI^ 
qu'il  fe  fit  donner  cent  ducats  par 
jour  pour  fa   table.   Il  faut  rendre 
juftice  à  Maximilien ,   prince  beau- 
coup trop  loué  fans  doute   par  les 
hiftoriens  d'Allemagne  ,  mais  en  re- 
vanche peu  connu  ôc  trop  décrié  par 
la  foule  de  nos  écrivains  :  ce  ne  fut 
point  uniquement  à  la  foif  de  l'or  , 
a  un  gain  fordide  qu'il  proftitua  fon 
rang  :  des  motifs  moins  vils  le  dé- 
terminèrent;   il    ne    vouloit    point 
commander  l'armée  des  Suiffes;  car 
bien  qu'il  les  eût  levés  &  foudpyés 
au  nom  du  roi  d'Angleterre ,  il  crai- 
gnoit   que  fi  les  paiements  n'arri- 
voient  pas  à  temps,  ces  guerriers 
mercenaires  &  mutins  ne  s'en  pril- 
fent    à  lai  ,  &    n'attentaffent  a   fa 
liberté  :  d'ailleurs  il  étoit  alfuré  de 
dfriger  leurs  opérations  par  fes  lieu- 
tenants,   au  -  lieu  que  fa  préfence 
étoit  abfolument  néceflaire  pour  fai- 
re perdre  de  vue  aux  Anglois  le  vé- 
ritable objet  de  leur  armement ,  & 
les  engager  dans  des  entreprifes  dont 
il  devoir  retirer  tout  le  profit.  Hen- 
ri Vlll  fut  la  dupe  de  Maximilien , 
comme  il  lavoir  été  de  Ferdinand  : 


Ann.  ifM- 


478     Histoire  de  France. 
au- lieu  d'attaquer  Boulogne,  ou  de 
s'avancer  du   côté    d'Abbeville ,    il 
fe    laifla    perfuader    d'affiéger   Té- 
rouenne ,  place ,   qui  ;  par  fa  po(î« 
tion  ,  incommodoic  fort  1  archiduc  , 
fouverain  des  Pays-Bas  :  mais  donc 
la  conquête  ne  pouvoir  être  d'aucun 
avantage  pour  les  Anglois. 
Bataille  de     A  peine  s'croit-il  atrachc  au  ficge 
flkc  fc'^mo^  ^^  Térouenne ,  qu'il  vit  arriver  dans 
du  roi  d*£-  fon  camp   un  héraut ,    qui  lui   dé- 
'"'^B^hanan.  ^^f  "Ç^  1*  guectc  de  la  part  du  roi 
Herbert.    d'Ecoffc  :  le  monarque  Anglois  avoit 
^'  ^^^'*     eu  un  preflTentiment  de  cette  décla- 
ration avant  que  de  pafler  en  Fran* 
ce  :   il    avoit  laiifé  tous  les  ordres 
nécedaires    pour  la   sûreté  de    fes 

f propres  Etats  ;  craignanr  encore  que 
es  mefures  qu'il  avoit  prifes  ne 
fuffent  pas  fuffifantes,  ou  que  fes 
ordres  ne  fuffent  mal  exécutés ,  il 
détacha  de  fon  armée  un  corps  de 
fix   mille    hommes  ,    qu'il    envoya 

firomptement  en  Angleterre  ,  fous 
a  conduite  de  Thomas  Havart.  Jac- 
ques avoit  fuivi  de  près  le  départ 
de  fon  héraut  ,  &  s'étoit  mis  en 
état  de  commencer  les  hoftilitcs , 
le  même  jour  qu'il  avoit  déclaré  la 
guerre.  Il  pénétra  fort  avant  d^n^ 


Louis     XI  I.        479 
les  provinces  du  nord  de  l'Angle-  mmjm 


terre  i  pillant  &  ravageant  tout   ce  a^n.  ifij. 
qui  fe  préfentoit  fur  fa  route.   Ces 
premiers  fuccès   furent  la  caufe  de 
fa  perte  :  les  Ecoflois  ,   pauvres  & 
mal  difciplinés  ,   s'étant  chargés  de 
butin  ,    ne  fongerent   plus  qu'à    le 
mettre  en  sûreté  :  la  défertion  de- 
vint générale  ,    &  il    ne   lui  reftoit 
plus  que  la  moindre   partie  de  fon 
armée,  lorfque  les  Anglois  s'avan- 
cèrent au  nombre  de  plus  de  vingt- 
cinq  mille  combattants.  Jacques  au«^ 
roit  pu  fe  mettre  à  couvert ,  en  repre- 
nant la  route  de  fes  Etats  :  il  avoir 
ful&famment  rempli  fes  engagements 
avec  la  France ,  en  obligeant  Henri 
à  renvoyer  en  Angleterre  une  partie 
de  fes  troupes  ;  mais  il   eut  honte 
de    fuir    devant    un    ennemi   qu'il 
avoit    provoqué.    Quelque    difpro- 
portion   qu'il  fe   trouvât  entre  fon 
armée  &  l'armée  Angloife  ,  il  Tat- 
tendit  de  pied  ferme  >  &  livra  une 
des  plus  fanglantes  batailles  dont  la 
mémoire  foit  confignée  dans  les  an- 
nales d'Ecofle  :    Jacques  IV  ,   après 
avoir  rempli  tous  les  devoirs  de  ca* 
pitaine  &  de   foldat ,   tomba  percé 
de  coups  ;  avec  lui  périrent  un  ar- 


4*0     Histoire  de  France.* 
chevêque,  deux  cvêques  ,  quatre  ab- 
Ann.  I  f  I j.  hés  y  douze  comtes ,  dix-fept  barons  , 
.  ôc  huit  ça  dix  mille  guerriers  d'un 
ordre  moins  diftingué.  Les  Anglois 
conviennent    qu'ils    laiCferent    cinq 
mille  hommes  étendus  fur  le  champ 
de   bataille  :  comme  la  nuit   feule 
avoit  féparé  les  combattants,  ils  ne 
,    connurent  que  le, lendemain   matin 
qu'ils  avoient  remporté  la  viâoire  ; 
ik  trouvèrent  le  corgs  du  malheu- 
reux  monarque  fur  un  monceau  de 
mores ,    Se   renfermèrent  dans    un 
cercueil  de  plomb  \  mais  ils  eurent 
la  barbarie  de  lui  refufer.  la  fépul- 
ture  9  fous  prétexte  qu'il  étoit  mort 
excommunie  :   Henri  lui-même  crut 
.  avoir  befoin  de  la  permiflion  du  faint 
.fiége  pour  rendre  les  derniers  devoirs 
à  un  roi    magnanime  ,  d'une  piété 
exemplaire  y  adoré  de  fes  fujets  ^  i 
fon  beau-frere. 
Déroute  de      La  ville  de  Térouenne  arrêta  long- 
cuincgaftc ,  temps  tous   les  efforts  de  Henri  & 
des  èpctons.  de  Maximilieu  :  deux  capitaines  dif« 
^DuSéT*'  ^^"S"^^  ^*  défendoient  ,  Antoine  de 
p^jove^' Créqui ,  feigneur  de  Pontdurmi ,  & 
Manufc.  dt  Téliffui  ,    feuéchal    de  Roueteue  : 
Lcitres  </«  quoiqu  ils   u  euflent    pour    gafnuon 
Louis  xii.  qgç  ^ç^3^  cents  hommes  d'armes  & 

deux 


Louis     XII.        4S1 

^eux  tnille  hommes  d'infanterie  , 
ris  firent  de  fi  friquentes  forcies  fut  Ann.  ism.^ 
le  camp  ennemi,  &  montrèrent  dans 
toutes  îes  occafions  une  valeur  fi  dé- 
terminée, que  les  deux  monarques, 
qui  avoient.  une  armée  dé  plus  'de 
cinquante  mille  combattants ,  no- 
&rent  rifquer  un  feùl  affaut  ,  & 
n*èfpérerent  de  la  prendre  que  par 
Ëimme.  Comme  on  ne  s'étoic  pas 
douté  qu'elle  dut  être  affiégée  par 
les  Anglois  ^  ou  avoit  négligé  d'y 
faire  entrer  des  provifioiis  :  te  ficge 
duroit  depuis  plus  d'un^mois,  lorf-* 
que  CréquL  fît  tenir  au  roi  un  étac 
au  peu  de  vivres  &  de  munitions 
qui  reftoienc  encoxe  dans  la  place  » 
en  lui  marquant  que  fi  avant  un 
certain  terme  on  n'y  en  faifoit  pas 
entrer ,  ils  feroient  4'éduits  à  capitu- 
ler ,  ou  à  mourir  de  faim.  Louis  »  > 
qu'une  violente  attaque  de  goutte 
empèchoit  d'aller  fe  mettre  à  la  tête 
de  fes  troupes ,  envoya  ordre  à  Louis 
d'Halluin ,  feigneur  de  Piennes ,  gou- 
verneur de  Picardie ,  &c  en  cette  der- 
nière qualité  général  de  toutes  les 
troupes  qui  sy  raflembloient  ,  de 
tacher  de  jetter  des  provifions  dans 
Térooenne,  mais  d'éviter  ^  fur  toutes 
.    TMicJCXII.  X 


48i     Histoire  de  France. 
chofes  d'en  venir  aux  mains,  &  d*ex^ 
Anu.  luh  poCet  le  faluc  de  TEtac  aux  rifques 
d'une  bataille.  Piennes  ayant  radem- 
blé  promptement  les  munitions  ,  les 
remit  à  Fontrailles,  capitaine  général 
des  Aibanois  au  fervice  de  France  : 
Fontrailles  ayant  Fait  attacher  avec  une 
fimple  courroie  fur  le  coudes  chevaux 
un  fac  de  poudre  &  deux  quartiers 
de  lard ,  fit  une  irruption  fubice  aa 
travers  du  camp  des  An^lois ,  perça 
jufqu'aux  fofTés  de  la  ville,  ou  Us 
huit  cents  cavaliers  qu'il  conduifoit , 
déchargèrent  leurs  fardeaux,  &  fe 
setirerent  au  galop ,  avant  que  les  en* 
nemis  fe  fuUent  mis  en  devoir  de 
les  fuivre. 

Une  tentative  fi  hardie  &  fi  heu- 
reufemenr  exécutée ,  réveilla  Tardeur 
des  guerriers,  &  leur  fit  envier  la 
gloire  dont  Fontrailles  venoit  de  fe 
couvrir.  Les  provifions  qu'il  avoic 
portées  aux  afiiégés  ne  pou  voient  du^ 
rer  long-temps }  on  refolut  de  con- 
duire dans  la  place  un  convoi  beau* 
coup  plus  confîdérable ,  &  chacun 
voulut  avoir  part  à  l'expédition  :  on 
régla  donc  dans  un  conieil  de  euerre 
que  Fontrailles ,  à  la  tète  de  les  Ai- 
banois Se  d'un  certain  nombre  de 


Louis  XII.  48} 
gendarmes  les  mieux  montés  de  i  ar- 
mée, retourneroit  chargé  d'une  plus  An^i.  i^ij^ 
grande  quantité  de  provifions  :.que 
pour  lui  faciliter  le  palTage  y  un  corps 
de  quatre  cients  lances  iroit ,  dans 
le  même  temps  »  répandre  Talarme 
de  lautre-côté  du  camp  :  que  le  duc 
de  Longueville ,  la  PaliiTe  »  Imber-* 
court ,  la  Fayette,  avec  la  plus  grande 
partie  de  la  gendarmerie ,  iroienc  fe 
pofter  au  pied  de  la  montagne  de  ' 
Guinegafte  pour  recueillir  ces  deux 
détachements ,  s'ils  manquoienc  leur 
coup ,  ou  il ,  après  Tavoir  exécuté  ^ 
ils  étoient  pourfuivis  de  trop  près 
par  les  ennemis.  Piennes  avoir  trop 
d'expérience  pour  ne  pas  fentir  à 

3uel  danger  il  expofoit  cette  portion 
e  l'armée  ;  mais  il  n'avoir  ni  aflfe^z 
d'autorité  ni  affez  de  fermeté  pour 
s'oppofer  feul  au  vœu  du  plus  grand 
nopibre  :  il  voulut  fe  mettre  d<ç  U 
partie  5  afin  de  s'aflurer  que  Tordre 
du  roi  feroit  exécuté.  Une  entre-î 
prife  â  laquelle  tant  de  monde 
avoit  part ,  ne  pouvoir  être  conduite 
avec  le  fecret  qui  feul  pouvoir  ea 
afliirer  le  fuccès.  L'empereur  en  fut 
averti.  Laiflant  le  gros  de  l'armée 
pour  garder  les  lignes  >  Se  prenant 

Xij 


4^4     Histoire  de  France. 
foin  de  renforcer  la  garde  dans  les 
AwN.jfi^^  endroits  où  les  deux  détachements 
ennemis  dévoient  fe  préfenter ,  il  tira 
du  gros  de  Tarmée  dix  ou  douze  mille 
hommes  de  pied ,  moitié  Anglois  ^ 
moitié  lanfquenets ,  auxquels  il  or- 
donna  de  marcher  par  des  chemins 
détournés ,  de  fe  rendre  à  une  cet* 
taine  heure  au-delà  de  la  montagne  de 
Guinegafte,  d'attaauer  les  François 
par  derrière ,  &  de  leur  couper  le  che- 
min de  la  retraite  :  enfuite  choififTanc 
cinq  ou  fîx  cents  lances  ,  il  vint , 
accompagné  du  roi  d'Angleterre  ^ 
pour   efcarmoucher   avec  les   Fran- 
çois 9  Se  donner  le  temps  à  fon  in- 
fanterie de  les  prendre  en  queue  & 
en  flanc.  Toutes  ces  mefures  étoient 
û  bien  concertées,  que  les  François 
furent  malheureux  de  tous  côtés  :  les 
deux  détachements  qui  dévoient  per« 
cerjes  lignes  de  circonvallation  trou- 
vant les  affiégeans  bien  préparés  à 
les  recevoir,   perdirent  Tefpérance 
de  faire  entrer  des  vivres  dans  la 
place ,  &  ne  fongerent  plus  qa*à  fe 
rejoindre  au  gros  de  la  gendarme- 
rie :  Maximilien  &  le  roi  d'Angle- 
terre les  avoient  prévenus  :  l'appari- 
tion fubite  d'un  corps  de  cavalerie 


Louis  X  I  I.  485 
Allemande  furpric  &  déconcerta  les 
François  :  ils  n'étoient  point  venus  ann.  iji}. 
pour  combattre ,  mais  uniquement 
pour  faciliter  le  retour  de  ceux  qui 
conduifoient  des  vivres  dans  Té- 
rouenne  :  comme  ils  ne  s'attendoienc 
point  â  les  revoir  (îtôt ,  &  que  la 
chaleur  étoit  extrême ,  ils  avoient 
mis  pied  à  terre  y  avoient  détaché 
une  partie  de  leur  armure,  buvoient 
&  mangeoient  tranquillement  éten- 
dus fur  l'herbe  :  les  plus  braves  » 
ceux  qui  fe  trouvèrent  les  premiers 
à,  cheval ,  coururent  au-devant  des 
Allemands  ,  tandis  que  les  autres 
achevoient  de  s'armer  ,  &  fe  difpo- 
foient  à  les  fuivre  ;  mais  appetce-* 
vant ,  dans  ce  même  moment ,  le 
corps  de  lanfquenets  &  d'Angbis  » 
qui  s*avançoient  de  l'autre  côté  de 
la  Lys  pour  venir  tomber  fur  les 
derrières  de  l'armée ,  &  jugeant  que 
s'ils  leur  donnoient  le  temps  d'ar- 
river, il  faudroit  courir  les  rifoues 
d'une  bataille ,  au  mépris  des  ordres 
du  roi,  ils  prirent  précipitamment  la 
fuite ,  fans  fonger  à  ceux  qu'ils  laif- 
foient  aux  mains  avec  l'ennemi  :  corn- 
me  il  n'y  avoit  point  d'infanterie  ,  il 
n'y  eut  prefque  perfonne  de  tué  fur 

X  iij 


4^      Histoire  db  France. 

!  le  cEamp  de  bataille  ;  toute  la  perte 

Ann,  ifij.  fe  rcduilît  à  cent  prifonniers  ,  parmi 
lefquels  on  comptoit  le  duc  de  Lon- 
gueville ,  le  chevalier  Bayard ,  Cier- 
mont  d'Anjou ,  Ôc  Buflî  d'Amboife. 
L'empereur  &  le  roi  d'Angleterre 
ne  furent  pas  tirer  parti  de  TefFroi 
&  de  la  confuHon  qu'ils  avoienc 
répandus  parmi  les  François  :  au* 
lieu  de  les^pourfuivre  jufques  dans 
leur  camp ,  où  perfonne  n'auroit  ofé 
les  attendre ,  ils  reprirent  le  chemin 
de  Térouenne  ,  conduifant  en  triom- 
phe leurs  prifonniers. 
^  Quelque  peu  confidérable  que  fut 
cet  échec  y  Louis  en  redouta  les  fui- 
tes ;  il  fe  fît  tranfporter  ,  tout  ma- 
lade qu'il  étoit  encore  ,  dans  la  ville 
d'Amiens ,  afin  de  veiller  de  plus 
près  fut  la  conduite  de  f  es  généraux  : 
informé  que  le  feigneur  de  Piennes 
n  avoit  pas  fu  gagner  la  confiance 
des  troupes ,  que  plufieurs  officiers 
]lii  obéifibient  à  regret ,  il  nomma 
pour  fon  lieutenant  -  g^énéral  dans 
les  marches  de  Picardie  »  le  jeune 
Fraçois  d'AngouIcme  9  fon  héritier 
préfomptif ,  &  l'envoya  prendre  le 
commandement  de  l'armée  y  mais^ 
en  lui  recommandant  fortement  dd 


L  e  tj  I  s     XII.       48^ 
ne  rien  faire  fans  prendre  confeil 
ëes  capitaines   les  plus  expérimen-  ^n.  i(i^ 
tés ,  &  fur  tout  de  ne  point  rifquer 
d'adion  générale. 

Les  conjon&ures  où  fe  trouvoîc  irruption 
la  France ,  exigeoient  cette  circon-  BoJgôg^c*^ 
fpeaion.  Les  Suifles  ,  fiers  de  la  trahé  de  oi- 
viâoire  qu'ils  avoient  remportée  à*°°; 
Novarre ,  appelles  par  1  empereur  ,  du  BdLay. 
&  fur-tout  par  le  roi  d'Angleterre.,    /'j^^;, 

3ui  palToit  alors  pour  le  fouverain  Çuicchar-i. 
e  l'Europe  le  plus  riche  &  le  plus  ^'^y.  *  ,^ 
libéral,  «etoient  attroupes  au  nom-foman. 
bre  de  vingt«cinq  mille  combattants  » 
&  defcendoiieQt' de  leurs  montagnes 
pour  entrer  en  Bourgogne.  Cette 
armée ,  déjà  fi  formidable ,  fut  en« 
coré  renforcée  par  Ulric  dé  Virtem* 
berg ,  qui  commandoit  deux  mille 
hommes  de  cavalerie  Allemande , 
&  par  le  fire  de  Vergi ,  qui  condui- 
foit  avec  lui  toute  la  nobleflfe  de 
Franche- comté ,  &  un  t4:ain  notnr 
breux  d'artillerie.  La  Trémouille  , 
gouverneur  de  Bourgogne ,  n'avoir , 
pour  défendre  cette  grande  provin- 
ce ,  que  les  débris  de  l'armée  d'I- 
talie^ c'efl:*à*dire  ,  environ  mille 
lances,  &  cinq  ou  fix  mille  hom« 
/nés  d'infanterie  :  pour  comble  de 

Xiv 


"488      Histoire  de  France. 
malheur  ,  la  ville  de  Dijon  n*avoir 
Ann.  ifi^  ni  remparrs  ni  fotfés ,  &  paiToic  pour 
la  plus  mauvaife  place  du  royaume. 
La  Trémouille  )  conformément  aux 
règles  de  la  guerre  ,  aucoît  peut-être 
dû  la  détruire  ;  mais"  craignant  de 
donner  cette  mortification  à  la  pro- 
vince ,  il  formk  le  bardi  profet  de  la 
défendre  :  ayant  commencé   par  y 
faire  entrer  une  grande  quantité  de 
vivres  &  de  toutes  fones  de  muni- 
tions ,  il  obligea  les  payfans  de  fe 
renfermer    dans  les  places   fortes  , 
dévafta  lui-même  la  campagne ,  afin 
que  les  affiégeants  n^en  pii&nt  tirer 
aucune   efpece   de  fubfiftances ,  8c 
diftribua  une  partie  de  fa  gendar*- 
merie  dans  les  places  de  Beaune, 
d'Andbne  ,  &  dans  le  château  de 
Talant ,  avec  ordre  d'intercepter  tous 
les  convois  qu'on  tenceroît  a  amener 
^VL  camp  ^  de  la  Brefféôc  de  la^  Fran- 
che*çomté.  Après  avoir  pris  toutes 
ces  précautions  ,  la  Trémouille  fe 
renferma  dans  la  place ,  ôc  fit  tra« 
vailler  aux  fortifications  ,   mettant 
lui-même  la  main  à  l'ouvrage ,  & 
engageant ,  par  fes  difcours  8c  par 
fon  exemple ,  les  officiers:,  les  bour- 
geois I  le  clergé  féculier  Se  régulier^ 


Louis    XIL        4S9 

les  femmes  mêmes  &  les  enfants ,  â 
remuer  la  terre,  &  à  Te  charger  vo-  Ann. mu* 
lontâirement  de  quelques  autres  tra- 
vaux qui  ne  paÇToient  pas  leurs  for- 
ces. Les  SuilTes ,  qui  compofoient 
feuls  toute  ilnfanterie  des  afliégeants» 
n'étoient  pas  fort  entendus  dans  ratf^. 
taque  des  places  :  après  avoir  perda 
un  mois  ou  cinq  femaines  devant  les 
murs  de  Dijon ,  voyant  que  la  plu- 
part de  leurs  vConvois  étoienc  enle- 
vés ;  que  les  vivres  devenoient  de 
jour  en  jour  ôc  plus  chers  &c  plus  ra^ 
XQs  'y  qu'ils  n'entendoient  plus  parler 
de  lempereur ,  qui  devoir  venir  les 
commander  ;  que  l'argent  qu'on  leur 
avoit  promis  de  la  part  du  roi  d'An- 
gleterre n'arrivoit  point  j  ils  com- 
mencèrent à  fe  reprocher  d'avoir 
ajouté  foi  trop  légèrement  aux  prô- 
meflfes  de  ces  deux  princes  :  déchus 
tout-à-coup  des  trop  flatteufes  efpé* 
tances  auxquelles  ils  s'étoient  im« 
prudemment  livrés ,  ils  tinrent  plu* 
iieurs  confeils ,  fans  y  appeller  les 
officiers  de  l'empereur,  cherchant 
cntr'eux  les  moyens  de  fe  tirer , 
fans  ttop  de  déshonneur,  d'une  en* 
treprife  mal  concertée.  La  Trémouil- 
le^  inftruit  de  leurs. dif portions ^ 
.      Xv 


490      Histoire  de  France. 
tâcha  d'en   profiter  :   il  €onnoi(7oîr 
AvH*  ifx).  niî^ux  m^^  l^s  SuifTcs  le  danger  de 
fa  pofuion  j  il  a  voit  des  raifons  de 
fe  défier  de  la  fidélité ,  ou  da  moins 
de   la  fermeté  d'un  grand  nombre 
de  bourgeois  qui  redoutoient  le  fort 
qui  les  attendoit ,  eux  &  leur  fa- 
mille, fi  la  ville  étoit  prife  d'a(Tauc: 
enfin  il  n'avoit  aucune  efpece  de  fe- 
cours  â  efpérer   du  roi ,  afTez  em- 
barra(ré  à  couvrir  la  frontière  de  Pi- 
cardie, au-lieu  que  les  Suifles  pou- 
voient ,  d'un  moment  à  l'autre ,  re- 
cevoir l'argent  du  roi  d'Angleterre , 
changer  de  réfolution  ,  &  forcer , 
dans  un  acccès  de  fureur ,  les  foibles 
barrières  qui   les  arrêtoient   depuis 
trop  long  temps.  11  leur  adreflfa  quel- 
ques vieux  capitaines  de  gens   de 
5ned  y  qui  leur  rappellant  les  bataill- 
es &  les  autres  rencontres  périlleu- 
fes  où  ils  s'éroient  trouvés  enfem* 
bte>  leur  parlant  du  chagrin  &  des 
regrets  que  les  brouilleries  furvenues 
depuis  ce  temps  avoient  caufés  a  leurs 
anciens  amis  }  du  defir  ardent  que 
le  feigneur  de  la  Trémouille  avoir 
d'être  l'auteur  de  la  réconciliation, 
leur   vantant  enfuite  le  crédit  qu'il 
avoîc  fur  L'efprit  du  roi,  qui  lui  avoit 


L  o  V  i  È     X  1 1.        491 

"Confié ,  fans  aucune  réferve ,  la  con- 
duûe  de  la  guerre  la  plus  difficile ^  amn.  x$n. 
&  qui  fe  repofoit  entièrement  fur 
lui  de  tout  ce  qui  pourroit  concejr* 
ner  la  confervarionde  la  Bourgo^ 
gnè  ;  ils  les  exhortèrent  à  profiter 
d'une  fi  belle  occafion  pour  termi- 
ner amicalement  une  querelle  éga- 
lement (unefte  aux  deux  nations  » 
&  â  rédiger  eux-mêmes  le  traité  de 
réconciliation.  Les  Suiifes  faifirenc 
^vec  le  plus  vif  empreflTemenc  cette 
ouverture ,  &  fans  s'informer  fi  là 
Trémouille  parloir  fincérement ,  ni 
s'il  avoir  les  pouvoirs  néceflaires 
pour  conrraâer  validement  avec 
eut  ,  ils  conclurent  une  trêve ,  Ôc 
conférèrent  des  principaux  articles 
du  traité  :  ils  en  diâerent  toutes 
les  conditions  :  ils  y  ftipulerenr 
que  le  roi  aboliroic  le  concile  de 
Pife,  enverroit  des  députés  à  celui 
de  Latran  ,  &  fe  réconcilieroit  avec 
le  faint  fiége  :  qu'il  renonceroit ,  en 
faveur  de  Maximilien  Sforce ,  à  tous 
les  droits  qu'il  pouvoit  avoir  fur  l6 
duché  de  Milan  &  le  comté  d'Aft  : 
qu'il  évacueroit  les  châteaux  de  Mi- 
lan &  de  Crémone ,  &  promettroit 
de  ne  plus^conferver  aucune  préten» 

Xvj 


49^1       Histoire  de  FRA>fcfi. 
tion  fur  Tlralie  :  qu'il  ferou  dvoic 
ANN.ifi).  i  Maximitien  &  à  larchiduc  Char- 
le$^  fuc  leurs  prétentions  au'  duché  de- 
Bourgogne  ,    fuivant    le    jugement 
des^  arbitres    qui  feroient  nommés 
de  part  &  d'autre  pour  régler  cette 
conteftacîoii  :  qu'il  donneroit  main- 
levée au  fire  de  Vetgi  des  Maifbns 
&    des   terres  qu'il    lui   détenoit  : 
qu'il  paieroît  aux  SuifTes ,  tant  pour 
les  frais  de  la  guerre  que  pour  d'ai»- 
ciens  arrérages  de  folde  ou  de  peit- 
£on$  y  quaore  cents  mille  ducats  , 
&  huit  mille  à  tllric  de  Virtem^ 
i>erg.    La  Trémouille   ne    contefta 
fur  aucun  de  ces  arrictes  ^  il  ramaflà 
avec  peine  lar  fomme  de  vingt  mille 
écns ,  dont  les  Suites  voulurent  bien 
,  fe  contenter  pour  premier  paiement) 
Se  leur  donna,  en  qualité  d otages 
pour  fÛTeté  du  sefte ,  le  fcigneur  de 
Alézieres>  fon  neveu .  François  de  Ro>- 
chçfort ,  bailli  de  Dijon  ,  &  quatre 
des  plus  riches  bourgeois  de  cette  vil- 
le.. À  ces  conditions,  lesSuitTes,  dé- 
pL  prefTés  par  la  difetre ,  reprirent  la 
route  de  leur  pays ,  fans  attendre  la 
ratification  du  traité, 
i?'S"l     Avant  que  la  Bourgogne  fût  éva- 
'ne.  cuée>  la  ville  de  Térouenne  avoir 


capitulé.  Louis  dcfefpcrant  d*y  faire  ' 
entrer  des  provifions  fans  s'expofer  anm.  iî»v 
aux  rifques  d'une  bataille  ^  envoya 
ordre  à  Poncdoroii  de  tâcher  d'en 
retirer  la  garnîfon.  Ce  brave  offi- 
cier, qui  )  pendant  neuf  femaines, 
avoir, réHÂe  aux  forces  réunies  de 
Tempereur  &  du  roi  d'Angleterre , 
obtint  des  conditions  honorables  :  û 
gendarmerie  fortit ,  Tarmet  en  tcie  & 
la  lance  en  arrêt;  l'infanterie ,  la  pique 
fur  l'épaule /tambours  battants,  &  en* 
feignes  déployées.  Les  deux  monar- 
ques fe  trouvèrent  embarraffés  d'u- 
ne conquête  qu'ils  avoient  achetée 
fi  chèrement  :  la  garde  en  auroit  été 
très-difpendieufe ,  fans  aucun  pro- 
fit réel.  Ils  prirent  le  parti  de  la 
détruire  de  fond  en  comble»  à  la 
xéferve  toutefois  des  églifes,  &  du 
cloître  des  chanoines.  Quelques  mois 
après ,  Marguerite  craignant  que  les 
François  n'entreprilTent  de  la  réparer, 
ce  qu'ils  exécutèrent  en  effet  fous  le 
règne  fuivant ,  acheva  de  ruiner  ce 
qui  reftoit  encore  de  bâtiments. 

11  femble  qu'une  pareille  leçon  Redawoo 
auroit  dû  deffiller  les  yeux  du  toKt^oTcml" 
d'Angleterre ,  &  le  mettre  en  garde  «ncm  de  Ma- 
i:ontre  les  confeils  intétefles  de Tem-  ÎJurdeHeaSt 


4^4       HîSTOÏRB    DE    FrANCSE.     ^     , 

^ ^  pereor.  Cependant  s*ctant  laiiTé^con- 

Ann.  ifi).  duire  à  Lille ,  où  Marguerite  d'Au-* 
en  Angleter-  triche  fe  rendit  de  fon  côté ,  ame« 
^c*  nant  avec   elle  le  |eane  archiduc^ 

c^^îfil  qui  dévoie  cpoufer  la  plus  jeune  àcs 
ée  Tournai,   focurs  de  cc  monarque  5  Se  un  cor* 
u^xiL  ^^g^  nombreux  de  dames  &  de  de- 
rhvmt^.  moifelles  des  premières  maifons  des 
'  aLw/c.  d€  Pays  Bâs ,  Henri ,  généreux  &  galant, 
Honiatt»       ne  réfifta  po^nt  aux  inftances  qu'on 
lui  fit  d'aflfiéger  Tournai ,  &  de  dé- 
livrer la  Flandre  S:  le  Hainaut  des 
ftlarmes  que   leur  caufoit  une  ville 
Françoife  enclavée  dans  leur  terri-* 
toire.  Les  habitants  de  Tournai  n*a- 
voient  fauve  leur  liberté  contre  les 
entreprifes    des    derniers    ducs    de 
Bourgogne  ,  &  n'étoient  reftés  dans 
la  dépendance  immé4iate  de  la  cou* 
ronne ,  que  par  une  grandeur  d'âme 
&  un  amour  de  la  patrie  qui  ne  s'é- 
toient   point   encore  démentis  ,  & 
qui  méritoient  de  fervir  d'exemple. 
Accoutumés  à  fe  défendre  par  leurs 
propres  forces ,    ils  ^ouiflbient   du 
"^        privilège^  de  ne  point  loger  de  gar- 
nifon  ,  il  eux-mêmes  ne  la  deman- 
doienr.  Le  comte  d'Angoulcme  les 
ayant  avertis    du   danger    dont  ils 
éloient  menacés^  leur  envoya  promp* 


L  o  u  I  s    XII-        49$ 

tement  offrir  des  troupes  &  des  mu- 
nicions  de  guerre  :  ils  répondirent  Ann.  isii* 
qti'il  pouvoir  être  tranquille  fur  leur 
forr  j  qu'ils  redoutoiènr  peu  les  An- 
glois  :  Que  Tournai  n*avou  jamais 
tourné  ,  &  quUncon  ne  tourneroit. 
Cependant  >  â  peine  les  Anglois 
ëtoient-ils   devant  leurs  murailles , 

au'effraycs  du  fort  de  Tcrouenne  , 
s  commencèrent  à  parlementer.  Ils 
confentirent  à  racheter  le  pillage  de 
leurs  maifons  &  la  confervation  de 
leurs  privilèges  pour  la  fomme  de 

Quarante  mille  ducâts ,  payables  en 
ix  années  ^  ouvrirent  leurs  portes» 
&  prêtèrent  ferment  de  fidélité  au 
roi  d'Angleterre.  Comme  il  n'y  a  voit 
aucune  apparence  qu'on  fe  portât  i 
détruire  une  place  fi  confidérable  y 
Maximilien  effaya  de  perfuader  è 
fon  crédule  allié  de  l'unir  au  do<- 
maine  des  Pays-Bas  »  en  la  cédant 
pour  dot  à  Marie  fa  fœur ,  qui  de* 
voit  époufer  le  jeune  Charles  :  mais 
Henri  craignant  que  fes  fujets  ne  lui 
reprochaffent  de  les  avoir  é^ifés 
d'hommes  &  d'argent  fans  procurer 
aucun  avantage  à  la  nation ,  &  vou- 
lant pouvoir  fe  vanter  à  fon  retour 
d'avoir  étendu  les  limites  de  la  do« 


49^     HritOlUB  DE  pRANes* 
minarion  Angloife  ,  éluda  les    de^* 
Amn.  If  I).  mandes    de    Maxicnilien.   Quelqae 

i»ea  d'apparence  qu'il  y  eue   d^ail- 
eurs  à  conferver  long -temps    une 
place  éloignée  de  la  mer  &  fans  au- 
cune  communication   ave^  le    refte 
de  fes  Etats  »  il  y  fie  conftruire  une 
citadelle  ,  &  y  laifla  une  forte  garni- 
fon.  Maximilien  n'efpérant  plus  rien 
de  la  générofîté  du  monarque  An-* 
glois  j  voulut  tirer  parti  de  fa  va- 
nité :  il  lui  offrit  en  échange  d'une 
acquifition  purement  onéreufe  ,  tant 
qu'elle  feroit  entre  fes  mains  ,  le 
titre  de  vicaire  ptrpkiul  &  irrévocabk 
de  ttmphrt^  Il  faut  convenir  que  le 
rôle  que  jouoit  alors  Maximilien , 
n'étoit  pas  propre  a  donner  une  idée 
bien  relevée  de  fon  vicaire  :  auffi 
Henri  defira-t>il  qu'on  lui  expliquât, 
avant  tout ,  quelle  éroit  la  nature 
de  cette  charge,  &  quels  avantages  il 
pouvoit  s'en  promettre.  L'empereur , 
offenfé  de  cette  défiance ,  &  paroif- 
Tant  fe  repentir  de  s'être  trop  avan* 
ce  :   Si  un  homme  ,  dit  *  il ,  vtnoig 
vous  prifinttt   un   coffre -fort  rempli 
de  ducats  ,   &  que  vous  fiffi^[  diffi^' 
culié  de  le  recevoir ,  parce  que  vous 
mjauric{^  point  encore  u  qu*il  y  au^. 


Louis     XII.         497 
.  roit  dedans  :  <quc  ce  même   homme  ,  ( 
choqué    de   la  froideur   avec   laquelle  Ann.  if  i^ 
yous  taurie[  accueilli  ,  retirât  fes  of- 
Jres  y  de  qui  ,  je   vous  prie  ,  aurie:^ 
vous  à  vous  plaindre  ? 

Ce  beau  raifonnement  ne  chan- 
gea rien  aux  réfolutions  de  Henri» 
Maximilien  défefpérant  <l*en  venir 
à  bout  i  mais  conhdétant  en  même- 
temps  que  la  poiTeffion  de  Tournai 
alloit  mettre  le  monarque  Anglois 
dans  fa  dépendance  ,  puifqu'ir  ne 
pourroit ,  fans  fon  aveu ,  y  faire  en« 
trer  de  vivres ,  ni  en  changer  la  gap- 
,tiifon ,  |ugea  que  le  perfonnage  qu'il 
avoir  joué  jufqu  alors  ne  lui  conve- 
noit  plus  :  il  s'éloigna  de  Tournât^ 
fans  prendre  congé ,  &  alla  s'enfon*  . 
cet  en  Allemagne ,  laifTanc  au  génie 
fouple  &  rufé  de  Marguerite  fa  fille  9 
le  loin  de  tirer  encore  parti  de  la 
profuflon  du  monarque  Ànglois. 

Marguerite  fe  rendit  une  féconde    Tmlté  ife 
fois  à  Lille,  où  Henri  vint  la  trour  iî"i'i;;,fv7ii 
ver.  La  princelTé,  au  nom  de  Tém-  «a  ^v^u^cù 
pereur ,  du  roi  d'Efpagne  &  de  l'ar-  '^ 
chiduc,  renouvella  avec  le  roi  d'An-  pubT^'^^ 
gleterre  le  traire  de  Malines  ,  qui    ^"'^J^^ 
contenoit  une  ligue  offenfive  &  dé-»   ^'^* 
fenfive  contre  la  France  ;  pom  lel; 


49^     Histoire  de  France. 
ferrer  davantage  les  nœuds  qui  Uni  A 
ANN.ifi}.  foienc  toutes  ces  puiflances,  on   fti« 
puia  que  le  mariage  de  Tarchiduc 
Charles  avec  Marie   d'Angleterre , 
arrêté  depuis    plufieurs  années  ,    & 
que  le  roi  d'Angleterre  avoit  compté 
terminer  pendant   fon  féjour  dans 
les  Pays-Bas ,  fe  célébreroit  enfin  le 
15  de  maij  dans  la  ville  de  Calais, 
où  la  pri^cefle  feroit  amenée  ^  foit 
par  le  roi  fon   frère  ,    foit  par    la 
reine  fa  belle-fœur.  On  convint  que 
Henri ,  qui ,  en  exécution  du  pre- 
mier traité  avoit  commencé  la  guer- 
re >  2c  fait  des  conquêtes  fur  le  roi 
de  France ,  auroit  la  liberté  de  re- 
tirer fes  troupes  des  Pays-Bas,  o^ 
elles  ne  pouvoient  fubfifter  pendant 
l'hiver  :  que  l'empereur  &  l'archi- 
^uc ,  tant  pour  aider  à  conferver  les 
places  conquifes ,  que  pour  conti- 
nuer de^  harceler  l'ennemi ,  entre- 
tiendroient  fur  les  frontières  de  Pi- 
cardie ,  un  corps  d'armée  de  quatre 
mille  chevaux  ^  6c  deux  mille  hom- 
mes de  pied  :  que  Henri  paieroit 
la  folde  de  ces  trçupes ,  évaluée  à 
deux  cents  mille  ducats  ,  à  raifon 
de   trente  mille  ducats   par  mois. 
dMarguerite  eut  grand  foin  de  reti*: 


Louis     XII.       499 
Ter  ces  fommes ,  &  fe  difpenfa  pru- 
demment d'entretenir   Its  troupes.  ^*^*'*  ^î^^» 
Craignant ,  après  le  départ  des  Àn- 
glois ,  de  fe  trouver  feule  expofée  au 
jufte  reûTentiment  de  fon  fuzerain ,  Se 
<l*attirer  les  armes  Françoifes  fur  les 
terres  de  fon  pupile,  elle  congédia 
les    (ix   mille   lanfquenets  ,  qu'elle 
avoir  d'abord  retenus ,  permit  aux 
gentilshommes    qui    formoient    la 
cavalerie ,  de  fe  retirer  dans  leurs 
terres  ;  elle  ne  remplaça  ces  troupes 
difciplinées  &  aguerries ,  que   par 
quelques  compagnies   bourgeoifes  , 
quelle  répandit  fur  la  frontière  ^  feu- 
lement pour  la  montre  )  en  leur  or- 
donnant de  fe  tenir  tranquilles ,  ôc 
de  bien  prendre  garde  de  fe  corn-* 
promettre  avec  les  François.  Il  ne 
paroifToit  pas  difficile  dans  de  pa« 
reilles  conjonâures ,  de  reprendre 
Tournai ,  &    de   faire    prifonniere 
de  guerre  la  garnifon  Angloife  qui 
s'y  rrouvoit  renfermée  :  Louis  n'au- 
roit  pas  laiffé  échapper  une  fî  belle 
occauon,  fi  des  affaires  plus  urgen- 
tes ,  &  qui  i'affeâioient  davantage , 
n*eu(fent    tourné    d'un    autre    côté 
toute, fon  attention. 
Le  traité  de  Dijon  cpmenoic  des    u  roi  a 


500     H/sTôtRE  DE  France, 

claufes    fi    dures  &   fi  humiliantes 

ANtî.  iu?.  pouJ^  la  France,  q[ue  jamais  la  Xré- 
plaint  de  u  mouille  ne  i'auroit  figné  ,  s'il  Teût 
iT&ou^e*c>^u  valide;  mais  voyant  que  la  fi  m- 
traité  de  Di-  plicité  &  la  précipitation  des  ouif- 
^^^Manurcr  ^"^  ofFfoienr  un  moyen  de  fe  ri- 
de ^ç^/Ai*»*.  '  rer  d'embarras,  fans  compromettre 
Lettres  de  [^  parole   du   roi  :    il  aima    mieux 

Louis  X/i,      m     ^     r        \    K  1  tr  t  \ 

Be/tfdr.  re- S  expoler  a  erre  dclavoue  ,  que  de 
rum  G<tUic.  p^^dre  Toccafion  de  rendre  un  fer- 
vice  important  a  la  patrie  :  ce  rut 
fous  ce  point  de  vue  qu'il  adreilà 
au  roi  le  traité  infamant  qu'il  ve- 
noit  de  conclure  :  il  exhortoit  le 
monarque  à  fiaire  palTer  en  Suifle 
une  fomme  modique,  &  à  tâcher 
d'endormîr  l'ennemi ,  fans  expliquer 
ouvertement  fes  intentions ,  ou  n  ce 
ménagement  répugnoit  à  fa  délica* 
telTe  y  de  ne  pas  perdre  un  tnftant 
pour  réparer  les  places  de  la  Bour- 
gogne, &  y  faire  paffer  des  corps 
de  troupes  capables  de  les  défen- 
dre ,  l'alfurant  qu  aufli-tot  que  les 
SuiiTes  fauroient  qu'on  les  avoic 
tromsés,  ils  reviendroient  en  plus 
grand  nombre  &  plus  formidables 

3u'auparavant.  Dé  tous  les  confeils 
e  la  Trémouille ,  Louis  ne  fuivit 
^ue  le  deauer  :  il  envoya  des  trou- 


Louis    XII.        501 

pcs ,  des  pionniers  &  de  l'argent, 

pour  mettre  Dijon  en  état  de  dé-  ann.  mu» 
fenfe  ;  condamna  hautement  le  par- 
ti qu'avoir  pris  la  Trémouille  ;  me- 
naça même  d'aflembler  les  princes, 
les  pairs  &  les  grands  officiers  de  la 
couronne ,  pour  avoir  leur  avis  fur  le 
traité  de  Dijon,  Sire  y  lui  répondit 
la   TrémouiHe  ,  plaifc   vous  favoit 
^lu  jai  vu  les  lettres  qitil  vous  a  plu 
m  écrire  ,  par  Uf quelles  je   vois  ^uc 
vous  trouve^  le  traité  conclu  avec  mef^ 
fieurs  des  ligues  mervtilleufement  étrart" 
ge  :■  par  ma  foi  ,  Jire  ,  aujjî  efl-  il  : 
mais  par  la   mauvaife  provijion   qui 
étoit  par- deçà ,  &  pour  cohferver  votre 
pays ,  7V1  été  contraint  de  le  faire. 

Si/éj  vous  m^écrive^  que  vous  vou^ 
loi  ajfembler  mejpeurs  de  votre  fang 
&  le  parlement  de  votre  royaume  ^ 
avant  que  d^aecorder  le  traité  :  la 
chofe  ejl  bien  longue  ;  mais  je  voudrois 
bien  que  vous  Veuffie:^fait  ;  car  je  fuis  sûr 
qiCil  n^y  a  celui,  qui  ru  die  que  je  vous 
ai  ioyaumeru  fervi ,  &  je  ^rois  ,  Jire  , 
que  bien  le  eonnoiffetj^.  ^ 

Sire  ,  au  regard  de  fortifier  cette 
ville  ,  foye^  sûr  que  meffieurs  de  Sainte- 
Valier ,  £Auhigni  ,  6*  moi  ,  mettons 
toute  peine  de   ce  faire  :   mais  c'eji 


501     Histoire  de  France. 

la  plus  mal  ai/ce  â  fortifier  que  Jjit 

Ann.  ifij.  oncqius  ville  ,  par  Vavis  de  tous    I^s 
gens  de  bien  qui  font  ici. 

Sire  ,  je  nUenvoyerai  point    devers 
les  Suijfes  que  je  rCait  oui  ce  que  me 
dira  de  votre  part  le  gouverneur  d'Or-* 
léans  y  ^  Ji  vous  dis  ,  Jîre  ,  qiu  je 
vous   ai  détrappi  £un  aujji  gros  fait 
que  jamais  gentilhomme  vous  détrap- 
pa.   Tant  comme  je  vive  ,  je  ne  ferai 
chofe  fans  vous  en  avertir ,  en  dujfé-je 
perdre  votre  pays  &  la  vie  avec.  Car  je 
vois  bien  que  je  fuis   en  votre  maie 
grâce  ,  fans  V avoir  deffervi ,   6*  ^ttr 
avoir  fait  à  vous  &  a  votre  royaume 
plaifir  &  profit  i  &  fi  j'euffe  autre^ 
ment  fait ,  n'euj^ei ,  à  cette  heure  ,  qite 
uiuxone  ;  6*  fuffent  les  Suiffts  en  vo^ 
tre  royaume  plus^  avant  que  neft  le 
duché  de  Bourgogne ^  de  long,  &  de 
large.  Je  voudrais ,  Jîre ,  que  vous  euf 
Jie:(^  vu  ce  que  j*ai  vu  ,  &c.  Les  Suif- 
fes ,  avertis  qu'on  leur  manquoit  de 
parole  ,  s'aflemblerent  tumultuaîre- 
ment  :  livrés  à  une  fureur  aveugle, 
ils  arrêtèrent  ceux  de  leurs  officiers 
Qu'ils    foupçonnoient  d'intelligence 
avec   les   François   :    quelques* uns 
furent  appliqués  à  la  queftion ,  d'au^ 
très  furent   décapités  :  ks  otages 


Louis     XII.       50? 
coùroient  rifque  d'ctre,  traites  avec 
la  mèniq  barbarie  ^  mais  foit  par  un  Amn.  if i| 
refte   de  pitié  envers  des  malheu- 
reux qui  n'étoienc  point  complices 
du  tort  dont  on  fe  plaignoir,  foit, 
comme  il  efl;  afTez  vraifemblable , 
par  la  crainte  de  perdre  les  fortes 
rançons  que  le  roi  ofFroit  pour  leur 
liberté ,  on  n'attenta  point  à  leur 
vie.  Cependant  le  traité  de  Difon 
s'accompli(Ibit   de  fait  par  rapport 
ajisr  articles  qui  répugnoient  davan- 
rage  au  roi.  Les  garnifons  des  châ<' 
teaux   de  Crémone  &   de  Milan  » 
voyant  que  leurs  provisions   dimi» 
nuoient,  &  n'apprenant  point  qu'on 
fongeât  à  venir  (itôt  les  délivrer, 
rendirent  ces  deux  places ,  en  fti- 
pulant  la  liberté  de  le  retirer  avec 
armes  &  bagages  :  d'un  autre  côté, 
Léon  ,  inftruit  des  vues  fecretes  ^e 
l'empereur  &  du  roi  d*Efpagn«  fur 
le  Milanès,  &  craignant,  &  leur 
projet  réufliflbit ,  de  fe  trouver  à  la 
merci  de  la  puiflànte  maifon  d'Au- 
triche ,  commença  férieufement  à 
fe  rapprocher  de  Louis.  Il  réconci« 
lia  à  FE^life ,  »&  rétablit  dans  toutes 
leurs   dignités  ,   les   cardinaux  qui 
avçient  tenu  le  concile  de  Pife  :  ilr 


n 


5^4       HiSTOIRE  DE    pRANCÉr 

fe  contenta ,  pour  lever  toutes  tes 
AwN.  içij  cenfures  de  fon  prcdéceATeur  ,  que 
fix  députés  du  clergé  de  France  vinC- 
iênt  lui  demander  l'abfblution  :  il 
âuroit  bien  voulu  profiter  de  l'em- 
barras où  le  roi  le  trouvoit  pour 
obtenir  l'abolition  des  libertés  de 
l'Eglife  Gallicane  j  mais  connoilTanc 
k  fermeté  du  monarque ,  il  confen- 
lit  à  fufpendre  les  procédures  com- 
mencées au  concile  de  Latran  ,  & 
accorda  les  délais  qu'on  lui  deman- 
doit. 

Anne  de  Bretagne  ne  furvécut  pas 


Ann.  IÎ14.  *  ""  événement  qu'elle  defiroit  avec 

Mott  de  la  ^^^^  d'ardeur  :  attaquée  de  la  gra- 

rdne    Anne  velle  ,  elle  mouruc  le  9  de  janvier, 

fJ/to»,"*"  ^Sf^  ^^  ^^  ^"^*  ^®  caraÛerede  cette 
MMujc.dt  princeflè  offre  l'exemple  d'une  bi- 
^^  zarrerie  bien  finguliere  :  époufe  ten- 


Fontan 
Lettres 


louis  xiL  àte  y  complaifante  &  (bumife ,  tant 
que  vécut  Charles  VIII ,  qu'elle  avoir 
regardé  comme  fon  perfécutear ,  qui 
l'avoir ,  pour  ainfi  dire ,  conqnife  â 
main  armée ,  qui  ne  paroîc  pas  s'être 
jamais  donné  beaucoup  de  ioins  pour 
s'en  faire  aimer ,  qui  avoir  des  mai- 
trefles ,  peu  d'efprir ,  poinc  de  figu- 
re i  elle  devint  capriciéufe ,  contra- 
riante &  hautaine  avec  Louis  XII ,  qui 

le 


L  ou  I  «    XI  L       joj 

le  premier  Tavoit  rendue  fenfible  > 
qu  elle  avoir  avoué  pour  fon  amant,  ann.  1514. 
qu'elle  poflTéda  tout  entier,  &  qui, 
pour  les  qualités  du  cœur,  les  grâces 
de  l'efprit  &  du  corps ,  étoit  le  prince 
le  plus  accompli  de  fon  temps.  Quel- 
ques cour  tifans  s'ctonnoiént  qu'il  fup- 
portât  fi  patiemment  une  humeur  fi 
aigre  :  Il  faut  bierij  répondoii  Louis> 
fouffrir  quelque  chofe  â\ne  femme  y 
quand  elle  aime  fon  honneur  &  fon 
mari.   Attribuant  au   caradere  na- 
tional l'inflexible  opiniâtreté  de  l'ef- 
prit  de  la  reine  ,  il  la  nommoit ,  en 
plaifantant  ,yi  Bretonne.  Si  ces  contra- 
riétés s'étoient  renfermées  dans  l'in- 
térieur du  palais,  fi  Louis  XII  eût  été 
le  feul  à  en  fouffr it ,  peut-être  auroit- 
on  pu  fe  difpenfer  de  les  relever  dans 
l'hiftoire  ;  mais  elles  influèrent  fur 
Tadminiflration  générale ,  &  caufe- 
rent ,  en  partie  ,  les  revers  qui  af- 
fligèrent l'Etat ,  pendant  les  dernières 
années  de  ce  règne.    Lobftination 
avec  laquelle  Anne  réfifta  aux  dé- 
cifions  d'un  concile  national  aflem- 
blé  à  Tours  ,  &  féqueflra  les  évc- 
ques  de  la  Bretagne  du  concile  de 
Pife,  fervit  de  prétexte  à  Margue- 
rite d'Autriche  pour  en  féparer  auflî 
Tome  XXÏI.  Y 


j 


jo<f  Histoire  de  Fkance* 
les  évcques  des  Pays-Bas  ;  les  prîn- 
Ai«N.  1^14.  ces  étrangers  n'eurent  garde  ,  après 
cela  ,  de  s'aflbcier  à  une  eritreprifo 
défa vouée  même  en  France..  Jules» 
que  la  convocation  de  ce  concile 
avoir  déconcerté,  reprit  courage  »  ôc 
ceflTa  de  riea  appréhender  de  la  part 
d'un  prince  qui  n  étoit  pas  obéi  dans 
fa  propre  maifon.  L'aveugle  prédis 
leftion  qu'elle  conferva  julqu'au  der^ 
nier  foupir  pour  la  maifon  d'Au- 
triche, mt  une  autre  fource  de  mal^ 
heurs  :  Ferdinand  ,  Maximilien  ôç 
Marguerite  en  abuferent  pour  rrom* 
per  le  roi ,  bien  a  (Turcs ,  n  leurs  pro^ 
jets  frauduleux  échouoient ,  de  trou* 
ver  une  porte  toujours  ouverte  à  la 
réconciliation.  Ces  défauts  n'empê- 
chèrent pas  qu'elle  n'emportât  les 
regrets  de  toute  la  nation.  Autant 
Louis  5C11  éroit  économe,  autant 
Anne  étoit  magnifique  :  elle  cm* 
ployoit  la  meilleure  patrie  de  fes 
jmmenfes  revenus  à  récompenfer 
les  ferviees  rendus  à  l'Etat ,  ou  d 
foulager  les  malheureux ,  affignanc 
des  gratifications  fur  fon  tréfor  a  tou$ 
les  officiers  qui  s'ctoient  diftinguéç 
par  quelque  aâiion  d'éclat,  ou  aflij- 
cant  une  retraite  à  ceux  que  la  vi^^ 


.Louis     XII.        507 

îefle  ou  des   bleflures   forçoîenc  à 

vivre  <^n  repos  :  le  furplus  fef- Akm.  ifi4? 
voit  à  rentretien  d'un  grand  nom- 
bre de  jeunes  perfonnes  de  condi- 
tion ,  qu  eïie  formoit  dans  fon  pa- 
lais ,  qu'elle  jiommoit  fes  filles ,  & 
Qu'elle  marioit  avantageufement  ^ 
{ans  qu'il  en  coûtât  rien  aux  parents. 
C'eft  fous  ce  dernier  afpeû  qu'Anne  ^ 
a  mérité  ,  fans  doute ,  tous  les  élo- 
ges dont  les  hiftoriens  l'ont  com- 
blée :  ajoutons  encore  qu'elle  étoîc 
naturellement  éloquente  ;  qu'elle 
ctoit  belle  ,  quoique  petite ,  &c  un 
peu  boiteufe. 

La  mort  de  la  reine  termina  un       MarUgè 
arrangement  ardemuiei^t  defiré  par^f^  Francoi» 
la  nation  ,   &  auquel   elle   s  ctoit  avec  ciaudc 
toujours  forcement  oppofée.   Louis  ***  France, 
s'empreffk  de  célébrer  ,  auffitot  que    §"o1f!'' 
les   bienleances   le   permirent ,   les 
noces  de  fa  fille  Claude  avec  Fran- 
çois d'AngouIême  i  duc  de  ValoiS. 
Quoiqu'il  eût  le  droit  de  confervec 
pendant  fa  vie  la  jouiffance  pleine 
&  entière  de  la  Bretagne  ,  il  la  céda, 
dès  ce  moment ,  aux  deux  époux  , 
ne  réfervant  que  les  droits  de  fu- 
zeraineté ,  qu'il  ne  pouvoit  aliéner , 
Se  ceux  de  Renée  la  féconde  fille. 

Y  il 


j^S     Histoire  de  Fulancs. 

Cette  princefiTe  étoit  toujours  Tob* 
Ami.  ifi4-  jet  d'une  importante  négociacioii. 
jcmvit^cX  ^^  ^^^  d'Efpagne  perfiftoit  à  la  de- 
rol!«ccciuid€  mander  pour  le  jeune  Ferdinand  fon 
madame  Rc.  ^^^^^  .  gfj  .  {[  n'étoit  plus  queftioii 

pcc  de  Frjin-  II,  ,  .  *•     -     ^/r      j 

ceiitèrcavcc  d  arracher  /cette  jeune  prmceile  des 

jcrdinand  tç  jjras  de  fes  parents ,  ni  de  la  tranA 
Afdn«/c.  rfr  porter  en  AUemscgne  j  on^  le  con-r 

Séthune.       tentoxt  que  Louis  ,  pour  sûreté  dq. 

Jà%Z'''^  ipariage  ,  déposât  la  dot  ,  c'eft-à- 
Ltttrts  de  dire  ,  le  duché  de   Milan  ,  entrç 

H*«  ^^'  igs  mains  de  Ferdinand  ;  ce  qui  de-r 
voit  d'autant  moins  lui  coûter ,  qu'il 
n'y  poflTédoit  plus  que  la  tour  de  Go? 
defa,  ou  la  lanterne  de  Gênes.  Le  trai? 
tp  étoit  fort  ayancp,  lorfcju'Anne  de 
Bretagne,  qui  en  defiroit  fi  ardem» 
ment  la  conclufion ,  vint  à  mourir, 
Cet  événement  ^e  déconcerta  point 
Ferdinand  j  il  fervit ,  au  contrai- 
*•  *  re  ,  à  étendre  fes  vues  j  au -lieu 
d'un  mariage  ,  il  en  propofa  deux, 
î-e  roi ,  qui  p'avoit  que  Aqs  filles  , 
étoit  d'âge  à  pouvoir  eppore  efpé- 
rçr  des  enfants  ;  auelques-uns  de  fes 
courcifaps  ,  pour  le  tirer  de  la  trifr 
tefle  où  il  etpit  plongé  ,  l'exhorr 
toient  à  un  fécond  mariage,  Ferdir 
nand  ofFroit ,  ou  Marguerite ,  gou* 
yepiante  des  Pays-Bas ,  ou  la  jeupt 


Louts  XI 1.  509 
Êléonor  ,  nièce  de  cette  princeffe  ,  ' 
Se  fœur  des  archiducs.  L'âge  de  là  Akn.  ifi+* 
fànte ,  indépendamment  de  l'inclina- 
tion &  de  la  tendre  amitié  que  Louis 
âvoit  long-temps  confèrvée  pout  ellcf, 
âuroir  dû  la  faire  préférer;  mais  ce 
monarque ,  cjui  pafddnrioit  les  in- 
jures ,  ne  pardonnoit  point  la  fauf'- 
feté;  il  fe  décida  eii  faveur  d'Eléd- 
llor.  On  dreffa  filr  -  le  -  dhamp  un 
projet  de  traité  ,  dont  là  minute  fe 
trouve  parmi  les  mahufcrits  de  Bé- 
thune.  On  y  ftiptile  d*abord  une  li- 
gue ,  confédération  &  intelligence 
"perpétuelle  &  héréditaire  entre  rem"» 
pereur  ,  le  roi  d'Efpagne  ,  le  roi 
d'Angleterre  ,  l'archiduc  Charles  , 

f)Eince  d'Efpagne  j  d'uile  part ,  êc 
e  roi  de  France  ,  d'autre  part  î 
&  afin  de  rendre  cette  alliance  plus 
durable,  St  d'en  teflerret  les  nœuds 
par  les  liens  du  farig ,  Louis  con*- 
fent  d'époufer  Eléorior  d'Autriche  ^  ' 
fille  de  Philippe  ,  &  petite-fille  de 
Maximilien  &  de  Ferdinand ,  à  la- 
quelle il  promet  d'aflîgner  utl  douai* 
'  re  pareil  à  celui  qu'on  a  coutume 
d'aflîgner  aux  reines  de  France  :  il 
promet  enfuite  d'unir  Renée  de  Fran- 
ce fa  fille  $  aveë  Ferdinand  ,  infsinc 

Yiij 


510     HisromE  de  France. 

de  Caftille ,  dès  que  les  deux  époux 

Ann.  if  14.  auront  atteint  Page  nubile  ;  de  cé- 
der à  fa  fiUe  ,  en  (tenant  le  traité 
de  mariage  9  le  duché  de  Milan  , 
&  la  feigneurie  de  Gênes  y  qu'on 
pourra  aifément  recouvrer,  à  ta  fa- 
veur de  cène  alliance  :  de  trouvée 
bon  que  Ferdinand ,  roi  d'Efpagne  y 
refte  dépofitaire  de  cet  Etat  ,  jus- 
qu'au jour  de  ta  célébration  du  ma- 
riage, &c  de  lui  remettre  incefifam- 
ment  la  forterefle  de  Godefa ,  pour  y 
loeer  une  garnifon  Efpagnole.  Maxi- 
milien  ,  de  fon  côté  >  s'engage  à  ac- 
.cocder  aux  deux  époux  conjointe- 
ment ,  l'invediture  au  duché  de  Mi- 
lan ;  Se  Ferdinand  »  auquel  on  en  con- 
fie la  garde  y  doit  jurer  que ,  fi  l'un 
d'eux  vient  à  mourir  avant  l'âgé  nu- 
bile ,  ou  fans  laifier  de  poftérité ,  il 
remettra  purement  &  fimplemeht  au 
roi  de  France  toutes  les  places  dont 
il  fe  trouvera  en  poffeffion  :  il  s'oblige 
même,  après  avoir  prélevé  furies  re- 
venus du  duché  les  fom  mes  néceff  aires 
pour  la  garde  &  la  confervation  des 
places ,  de  remettre  tous  les  ans  au 
roi ,  à  titre  d'indemnité ,  &  en  qua- 
lité de  tuteur  de  madame  Renée , 
les  fommes    qui  proviendront  des 


Louis    X  Î  1.       511 
domaines   ou  des  impodtions  éta- 
blies fur  toutes  les  terres  de  cette  ânk.  ift4i 
fouveraineté  t  enfin  les  confédérés 

f>roniettent  non  -  feulement  d'unir 
eurs  forces  pour  contenir  &  répri- 
mer les  Suifles,  mais  d'oblîget  pat 
les  voies  de  la  douceur  ,  s'il  elî 
poflîble ,  le  roi  d'Angleterre  à  ren- 
dre à  la  France  le  comté  de  Tour- 
nai, ou  de  l'y  forcer  à  main  armées 
£n  échange  de  tous  ces  bons  offices^ 
Ferdinand  demande  que  Louis  re^ 
nonce  aux  droits  qu  il  s'étoit  réfer- 
vés  fur  le  royaume  de  Naples5  en 
cas  que  Germaine  de  Foix  décédât 
faHs  enfants  ;  qu'il  te  tienne  quitte 
des  fommes  qu'il  avoit  exigées  par 
forme  de  dédommagement  j  mais 
fur-tout  qu'il  jure  de  féparer  fes  in- 
térêts de  ceux  de  Jean  d' Albret ,  & 
de  ne  lui  donner  aucun  fecoùrs  pour 
recouvrer  la  Navarre. 

Comme  ce  projet ,  propofé  par  le 
roi  d'Efpagne  ,  renfermoit  plufieurs 
articles  fur  lefquels  on  n'étoit  point 
encore  d'accord  ,  qu'il  s'en  trouvoic 
d'autres  qui  ne  pouvoient  être  arrê- 
tés fans  l'intervention  de  l'empe- 
reur ,  on  convint  de  proroger  pour 
une  année ,  la  trêve  conclue  l'année 

Yiv 


5IZ     Histoire  de  France. 
précédente  entre  les  deux  couronndj* 
Ann.  IÇI4   Qiiintana,  miniftre  de  Ferdinand  , 
la  figna  effrontément  au  nom  du  roi 
fon  maître  ,  de  l'empereur  ,  de  l'ar- 
chiduc &  du  roi  d'Angleterre  ,  quoi- 
qu'il n'eût  aucune  procuration  de  la 
part  de  ces  derniers.    Ferdinand  ne 
manqua  pas  de  la  ratifier  :  il    eue 
même  TadrefTe  de  la  faire  goûter  à 
Maximilien,  qui,  croyant  apperce- 
voir  dans  ce  nouveau  plan  un  moyen 
infaillible  de  faire  entrer  dans  fa 
maifonune  fouveraineté  ,  non- feu- 
lement l'approuva  en  fbn  nom  & 
au  nom  de  Charles  fon  pupile ,  mais 
confentit ,  fui:  les  repréfemations  du 
même   Ferdinand  ,   &  afin   de   ne 
donner  aucun  ombrage  à  la  France, 
de  fufpendre  le  mariage  de  Charles 
avec  Marie  d'Angleterre.    La  fuf- 
penfion,  ou  plutôt  la  rupture  de  ce 
mariage  ,  ctoit  alors  la  chofe   du 
.   monde  que  defiroit  le  plus  Ferdi- 
nand j  c'etoit  le  motif  fecret,  &  l'ob- 
jet principal  de  toute  cette  intrigue. 
N'ayant  point  encore  oublié  les  cha- 
grins que  lui  avoir  caufés  l'archiduc 
Philippe  ,  &  confidérant  que  Char- 
les ,  dès  qu'il  feroit  marie  ,  pren- 
droit  le  gouvernement  de  fes  Etats, 


L  o  u  I  s    X  IL         5ïj 

Se  ne  manqueroit  pas  de  revendi-  î 
quer  le  royaume  de  Caftille  ;    que^Nw.  iîi4« 
ce  jeune  prince  ,  appelle  par  toute 
la  noblefle  Caftillane ,  foutenu  des 
forces  du  rôi  d'Angleterre  fon  beau- 

frere  ,  &  peut  -  erre   fécondé  des      " 

François  ,  s'il  confentoit  à  refti- 
tuer  la  Navarre  à  Jean  d'Albret  , 
ferbit  un  concurrent  beaucoup  plus  ♦ 
redoutable  encore  que  n'avoir  été  ' 
fon  père  ;  il  le  regardoit  dès  -  lors 
comme  fon  plus  dangereux  ennemi, 
&  ne  croyoit  pas  pouvoir  prendre 
de  trop  bonne  heure  des  précautions 
pour  le  mettre  hors  d'état  de  lui  nui- 
re. Car  fon  intention  n'étoit  point , 
comme  il  parut  clairement  dans  la 
fuite,  que  Charles  héritât  jamais  du 
royaume  de  Caftille  j  il  le  deftinoic 
nux  enfants  qu'il  auroit  de  Ger- 
maine de  Foix  ,  ou ,  s'il  n'en  avoir 
point  ,  au  jeune  Ferdinand  fon  fil- 
leul ,  qu'il  élevoit  en  Efpagne.  Ma- 
ximilien ,  malgré  toute  fa  défiance , 
fut  la  dupe  de  ce  manège  :  il  écri- 
vit à  Marguerite  de  répondre  aux 
inftances  qui  lui  arriveroiènt  d'An- 
gleterre pour  la  célébration  du  ma- 
riage ,  qu'il  vouloit  y  afiifter  ,  8c 
que  les  affaires  <le  l'empire  né  lui 

y  V 


514     Histoire  de  France. 
permettroient  pas  fîtôt  de  £e  tran A 

Ann.  ifi4.  porter  dans  les  Pays-Bas. 

Econnement      Henri  VIII  fut  bien  étonné  d'ap- 

àcn^tiy£  P^^^^^^  que  ,  tandis  qu*il   ftipen- 
latres  de  dîoit  Une  atmce  dans  les  Pays-Bas  : 

^^!m  f^^'  ^^'^^  attiroit  à  fon  fervice  les  meil- 
leures troupes  &  les  capitaines,  les 
plus  renommés  de  l'Allemagne  ,  & 
qu'il  n  épargnoit  rien  pour  fe  met- 
tre en  état  de  pouflTer  vivement  la 
guerre  dès  que  la  faifon  le  permet- 
troit ,  on  fignât  en  fon  nom  une  trêve 
avec  la  France  ,  fans  même  daigner 
l'en  avertir  :  il  avoir  un  miniftre  à 
la  cour  d'Efpagne  ,  il  s'en  trouvoir 
un  d'Efpagne  a  fa  cour  ;  ni  l'un  ni 
l'autre  n'avoit  été  confulté.  Il  écri- 
vit à  Marguerite,  pour  lui  demander 
l'explication  d'un  procédé  fi  étrange, 
&   pour  favoir  définitivement   s'il 
devoit  conduire  fa  fœur  à  Calais  , 
au  terme  convenu.    Marguerite  ne 
pouvoit  lui  donner  aucun  éclaircif- 
lement  fur  le  premier  article  :  Fer- 
dinand ,  qui  redoutoit  la  pénétra- 
tion de  cette  princefle  ,  avoir  exigé 
de  l'empereur  qu'il  ne  lui  commu- 
niquât rien  de  ce  qui  fe  traitoit  : 
quant  au  fécond  ,    elle  le  pria  de 
différer  >  excufaiit  >  le  mieux  qu  elle 


L  o  u  1  s    X  1  L      5T$ 
pou  voit ,   l'empereur  fon  pete  ,  &  ^ 

tâchant  d'adoucir  une  réponfe  fi  Ann.  in4« 
dcfagréable  ,  par  des  proteftatioiïs 
vagues  d*amitié  &  d'intérêt ,  démen- 
ties ,  pour  ainfi  dire  ,  avant  que 
d'être  proférées.  Outré  de  ce  dou* 
ble  affront ,  Henri  éclata  en  repro-^ 
ches  contre  deux  perfides  alliés  ^ 
qui ,  après  l'avoir  engagé  dans  une 
querelle  qui  lui  étoit  étrangère  ^ 
après  s'être  fervis  de  fes  troupes  & 
de  fon  argent  pour  parvenir  à  leurs 
fins  ,  l'abandonnoient  lâchement  aiT  ' 
milieu  de  Tentreprife  ,  &  à  J'ap- 
proche du  danger.  A  la  mortifica-* 
tion  ,  toujours  humiliante ,  d'avoir 
été  pris  pour  dupe,  fe  joignoit  une 
vive  inquiétude  fur  l'avenir  :  il  avoic 
déjà  épuifé  en  vaines  profufions  les 
tréfors  accumulés  par  l'infatiable 
avarice  de  fon  père  :  il  falloir  re- 
courir aux  expédients  ,  dans  ui| 
temps  où  la  guerre  alloit  ,  félon 
toutes  les  apparences  ,  changer  de 
nature  ,  &  devenir  purement  dé- 
fenfive  ,  d'offenfive  qu'elle  étoit  aU" 
paravant. 

Louis  avoir  tout  difpofé  pour  por-  Préparatifi 
ter  ,  cette  année  ,  la  guerre  en  An- ^  l®""  •  «?• 
gleterre.  Uc$  le  mois  de  lanvier  >  apmainc, 

Yv| 


jitf     Histoire  de  France. 

*— ^—^  il  avoir  tenu  plufîeurs  confeils  ,  où. 

Ann.  IÎ14.  il  avoit  appelle  quelques  préfidents 

Kegi/iresdu  Jes  couts  fouveralues,  afin  de  cher- 

Leures  de  ^"^^  ^^^^  cux  les  moyens  les  moins 

Louis  XII,  onéreux'  de  fubvenir  i  la  dépenfe» 
Le  21  de  février,  il  adreffa  au  parle* 
ment  de  Paris  d^s  lettres-patentes  , 
portant  des  aliénations  du  domaine  » 
Jufqu  à  la  concurrence  de  fîx  cents 
mille  livres.  »  Après  la  lefture  de 
»  ces  lettres,  meÔîre  Antoine  Du- 
a>  prat ,  &  maître  Charles  Guillard  > 
99  préfîdents  en  ladite  cour ,  dcclare- 
3>  rent  qu*ils  avoient  été  à  Blois  pat 
^  ordonnance  du  roi ,  &  s'éroienc 
»  trouvés  aflemblés  un  bon  nombre 
s>  de  gros  perfonnages  ,  où  avoient 
yf  été  mis  en  termes  les  affaires  du- 
33  dit  feigneur  >  &  fait  plufieurs  ou- 
33  vertures  pour  trouver  argent  ;  & 
33  avoient  les  généraux  des  finances 
33  montré  un  abrégé  des  finances  du 
33  roi  &  de  Tarmée  qu'il  a  de  pré- 
33  fent ,  par  lequel  apparoiflbit  qu'il 
33  y  avoir  faute  de  ronds  de  onze 
35  cents  mille  livres  ;  pour  laquelle 
33  recouvrer,  a  été  trouvé  qu'il  étoîc 
33  befoin  de  lever  la  fomme  de  Gx 
33  cents  mille'  livres  tournois  fur  les 
3»  aides  ,  gabelles  ,  greniers  i  fel  , 


Louis  XI I.  517 
»>  quatrièmes  &  huitièmes  ,  &  que 
»  ledit  feigneur,  de  fa  part,  devoit /^j^j^^jj,^ 
»  bailler  fa  vaiirelle  d'or  &  d'argent, 
»  jufqu'à  la  fomme  de  deux  cents 
j>  mille  livres;  &.  avoit-on  trouvé 
j3  qu'il  n'y  avoir  meilleur  expédient, 
»  &  dont  le  peuple  fût  moins  gre- 
5>  vé,  que  de  vendre  dudit  domaine, 
»  aides  &c  gabelles ,  grenier  à  fel  , 
»  quatrièmes  &  huitièmes  ,  jufqu'i 
s>  la  fomme  de  fix  cents  mille  livres. 
»  Après  que  ladite  cour  eut  mandé 
s>  maître  Jacques  de  Beau  ne,  chevalier 
»  général  des  finances  dudit  feigneur, 
»  &  qu'interrogé  en  pleine  cour ,  il 
j>  eut  déclaré  le  gros  &  quafi  ihfuppor-  ^ 
»  table  faix  de  l'Etat  ,  &  qu'il  n'y 
»  avoit  point  d'autre  remède  ,  que 
55  d'engager  une  portion  du  domaine: 
»  Oui  fur  ce  le  procureur  général  con- 
jj  fenrant,  attendu  le  befoin  urgent,  i 
»>  la  publication  des  lettres-patentes, 
j>  la  cour  ordonna  que  lefdites  lettres 
»  feroient  publiées  &  enregiftrées  «. 
Avec  ces  fommes,  Louis  augmen- 
ta le  nombre  des  troupes  nationa- 
les  ,  &  prit  à  fon  fervice  jufqu'à 
vinçt  mille  lanfquenets.  Il  fit  con- 
ftruire  ou  réparer  dans  les  ports  de 
Normandie  un  nombre  prodigieiu  de 


5i8     Histoire  de  France* 
vaifleaux  &  de  bâtiments  de  tranf^ 
Ann.  IÎ14.  port  :1a  plus  grande  partie  dé^slanfque- 
nets  étoit  déjà  répandue  fur  les  cotes 
de  cette  province ,  prête  à  s'embar- 
quer ,  dès  que  la.faifon  le  permet- 
troit.  Richard  de  la  Pôle ,  comte  de 
SufFolk ,  devoit  commander  les  trou- 
pes de  débarquement  :  il  étoit  frère 
d'Edmond  de  la  Pôle ,  livré  par  Tarchi- 
duc  Philippe  à  Henri  VII ,  &  décapité 
par  ordre  de  ce  monarque ,  &  il  fe  trou- 
voit,  depuis  la  mort  de  fon  aîné,  le 

Î principal  chef  du  parti  d'York ,  vio- 
emment  opprimé ,  mais  toujours  fub- 
fiftant  en  Angleterre.  Un  autre  corps 
d'armée  ,  répandu  fur  les  frontières 
de  la  Picardie,  faifoit  déb  des  cour- 
fes  fur  le  territore  de  Calais  ,  & 
affiégeoit  la  ville  de  Guines.  Tout 
fembloit  donc  annoncer  une  guerre 
vive  &  fanglante  ,  lorfque  la  paix 
fe  conclut  par  un  moyen  auquel  le 
hazard  eut  la  plus  grande  part. 
Négocia-      Le  duc  de  Longueville  ,  prifbn- 
di*"  Longue-  nier  en  Angleterre  depuis  la  déroute 
iriiie  :  paix  de  Guiuegafte  ,  s'étoit  infinué  dans 
tmc.   "^  ^  les  bonnes  grâces  du  monarque  An- 
Letires  de  glois  :  il  lui  avoit  gagné  à  la  paulme 
^Rymef^<!àM  P^^^^^^^e  partie  de  fa  rançon, 
pubu    '    *  cyaluée  à  quarante  mille  ducats  :  inf- 


Louis     XII.        519 
truit  du  reCTentiment  que  confervoit 
ce  monarque  de  l'affront  fait  à  fa  Ann.  i  5^14. 
fœur  ,   &  informé  que  Louis  fon-  ^'J  BcUay. 
gepit  à  fe  remarier  ,  il  fonda  fur  R^l^ihQîr. 
ce  rapport  un  plan  de  conciliation 
entre  les  deux  couronnes.  11  repré- 
fenta  fortement  â  Henri  qu'il  ne  te* 
noit  qu'à  lui  de  fe  venger  avec  éclat 
de  fes  perfides  alliés ,  de  procurer  à 
fa  fœur  un  établiflement  beaucoup 

Elus  avantageux  que  celui  qu'il  fem- 
lôit  regretter ,  d'obtenir  la  paix  à 
des  conditions  honorables  ,  8c  d'ac- 
quérir pour  beau  frère  un  prince  dont  » 
la  fidélité  ne  s'étoit  jamais  démen- 
tie. Henri  reçut  avec  tranfport  ces 
premières  ouvertures,  &  recomman- 
da au  duc  de  Longueville  d'en  con- 
férer avec  Thomas  Volfey ,  évêque 
de  Lincoln^  fon  miniftre  de  confian-  . 
ce.  Lorfque  les  matières  commen- 
cèrent à  s^éclaircir  ,  Longueville  , 
qui ,  jufqu'alors ,  n'avoir  parlé  qu'en 
ion  nom ,  informa  Louis  de  ce  qui 
fe  paflfoit  dans  le  confeil  d'Angle- 
terre, &  le  pria,  s'il  approuvoit  la 
démarche  où  fon  zèle  l'avoir  enga- 
gé, de  lui  envoyer  des  pouvoirs  &  des 
collègues  pour  terminer  la  négocia- 
tion le  plus  promptement  &  le  plus 


510      Histoire  de  FnANàE. 

fecrétemenc    qu'il    feroic    poflîble. 

Akn.  1Ç14.  Louis,  qui  ne  fe  promenoir  pas  de 

grands  avantages  des  fuccès  les   plus 
eureux   contre    l'Angleterre  ,     qui 
brûloir  de  faire  valoir  fes  droits  fur 
riralie>  Se  qui  n'avoir  paru  fe  prê- 
ter aux  proiers  frauduleux  Se  inté- 
tefles  de  Ferdinand ,  que  pour  tenir 
dans  rinad^ion  une  partie  de  Ces  en- 
nemis ,   pendant  qu'il  combattroit 
les  autres ,  approuva  tout  ce  qu'a- 
voir fait  jufqu'alors  le  duc  de  Lon- 
gueville  :  il  lui  expédia  les  pouvoirs 

3u'il  demandoit ,  &  lui  aflTocia  Jean 
e  Selve ,  premier  préfident  du  par- 
lement de  Rouen  ,  &  Thomas  Bo- 
hier  ,  général  des  finances  de  Nor- 
mandie.    Ces   deux  ambafladeurs  , 
pour  donner  le  change  aux  efpions 
de  Ferdinand  &  de   Maximilien  , 
parurent  n'être  venus  en  Angleterre 
que  pour  traiter  de  la  rançon  des 
prifonniers  :  ils  tinrent  des  confé- 
rences fecretes  avec  lès  miniftres  An^ 
glois  ;  Se  comme  les  uns  &  les  au- 
tres defiroient  fincérement  la  paix , 
les  difficultés  furent  bientôt  levées. 
Loui^  demandoit  la  reftiturion  pare 
&  fimple  du   comté  de    Tournai. 
Henri ,  à  qui  cette  acquifition  coû* 


L  o  û  ï  s    XI  I.       51Ï 

tdît  des  fommes  immenfes,  &.qui; 
d'ailleurs  étoit  bien  aife  de  confer- ann.  1514* 
ver  un  monument  de  fon  prétendu 
triomphe-  fur  les  François  ,  ne  con- 
ientoit  à  s'en  defTaifir  qu'à  des  condi- 
tions extrêmement  oncreufes  :  il  de- 
œandoit  ^  de  fon  côté,  que  pour  termi- 
ner une  querelle  toujours  renaiffante 
entre  les  deux  couronnes  fut  la  poflef- 
fion  de  la  Normandie  &  de  la  Guyen- 
ne 5  Loijis  s'obligeât  à  lui  payer  une 
penfion  annuelle,  à  titre  d'indemnité; 
qu'il  lui  livrât  le  féditieux  Richard 
.  de  la  Pôle,  fon  ennemi  perfonnel  ; 
qu'il  acquittât  la  dette  que  la  France 
avoir  contradée  envers  l'Angleterre^ 
par  le  traité  d'Etaples ,  fous  le  règne 
de  fon  prédcceflTeur ,  &  dont  lui-mê- 
me avoit  reconnu  la  légitimité.  Louis 
n'avoit  garde  de  s'obliger  à  payer  à 
l'Angleterre  une  redevance  5  qui , 
quelque  modique  qu'elle  eût  été, 
auroit  fervi  à  confia  ter  des  droits 
qu'il  étoit  bien  éloigné  de  recon- 
noître  :  quant  à  la  proposition  de 
livrer  un  fuppliaat  qui  s'étoit  mis 
fous  fa  fauve-garde  ,  il  la  rejetta 
avec  horreur.  Pour  montrer  cepen- 
dant qu'il  defiroit  fincérement  la 
paix  ^  6c  qu'il  ne  tenoit  point  à  lui 


jii     Histoire  de  Fhancé. 
qu'elle  ne  fe  conclût  a  des  concîî^ 
Amn.i^X4«  tions  raifonnables,  il  confentit  qu'on 
gardât  le  filence  fur  la  ville  de  Tour- 
nai :  il  eut  1  attention  de  faire  pafler 
Richard  de  la  Pôle  dans  la  ville  de 
Metz  ,  où  il  lui  aiSgna  des  fonds 
fuififants  pour  foutenir  fon  état ,  6c 
s'engagea  de  payer  à  des  termes  donc 
on  conviendroit  toutes  les  fommes 
dont  la  France  fe  trouveroit  débi- 
trice envers  l'Angleterre.  Outre  celle 
de  fept  cents  quarante  -  cinq  mille 
ducats ,  ftipulée  par  le  traité  d'Eta* 
pies ,  les  Ànglois  produidrent  uns 
obligation  du  duc  d'Orlédns  ,  père 
de  Louis   XII  ,    à  Marguerite  de 
Sommerfet ,  dont  Henri  VIII  étoit  hé- 
ritier. Ces  deux  fommes  furent  éva- 
luées à  un  million  (Técus  <tof  foleil, 
qui  durent  être  acquittés  dans  Tef- 
pace  de  dix  ans ,  a  raifon  de  cent 
mille  écus  par  an.  Henri  s*étant  en- 
fin contemé  de  cette  fomme  ,  on 
conclut  un  traité  de  paix,  d'amitié 
&  de  confédération,  par  lequel  les 
deux  fouverains  s'engagèrent ,  non- 
feulement  à  maintenir  une  parfaite 
union    entre    les    deux    nations  , 
mais  encore  à  fe  fournir  récipro- 
quement un  nombre  détermine  de 


Louis    XII.      ji'j 
croupes  auxiliaices,  tant  de  terre  quel 
de  mer  »  contre  tous  ceux  qui  en- Anm.i^h^ 
creprendroient  de  les  attaquer.  Cette 
confédération  dut  s'étendre  à  toute 
la  durée  de  leur  vie ,  &  un  an  au-delà , 

{rendant  lequel  le  fucceflfeur  de  ce- 
ui  des  deux  qui  mourroit  le  pre- 
mier ,  devoir  Faire  favoir  à  l'autre 
s*il  vouloir  obferver  le  traité. 

Dès  qu'on  fut  d'accord  fur  tous   Minage  cfer 
ces  points,  la  princefle  Marie  d'An-  !?**!*? ^*' 
gleterre  s  étant  rait  accompagner  de  terre. 
deux  ducs  ,  trois  évcques ,  &  deux  ^a.dtRy- 
gentilshommes ,  déclara  en  préfence  ^^„yj.  dt 
de  notaires  »  qu'ayant  été  promife  Fontan. 
j>  &  fiancée  pendant  fa  minorité  à   *^^^ 
â>  Charles  ,   archiduc   d'Autriche  , 
>j  fottverain  des  Pays  Bas,  à  decertai- 
j>  nés  conditions  que  ledit  Charles  ne 
>9  s'étoit  point  mis  en  peine  de  rem- 
99  plirj  qu'étant  bien  informée  d'ail- 
9>  leurs  que  les  gouverneurs  &  les  plus 
>s  proches  parents  de  ce  prince  lui 
»  mfpiroient  de  l'éloignement  pour 
>9  ce  mariage ,  elle  avoit  réfolu ,  de 
»>  fa  pure  volonté  ,  &  fans  y  être 
M  excitée  par  menaces  ni  foUicita- 
w  tions  ,  de  rompre  des  liens  mal 
9>  aflTortis  :  qu'en  conféquence  ell^ 
•9  avoit  renoncé  y  &  renoncoit  pac 


5 14      Histoire  ôe  FitA^cE. 
j>  ce  préfent  afte  à  toutes  convefitîoifs 
Ann.  in4- »  matrimonrales  ,  qui  avoienft   été 
a  précédem ment  ftipulées  entre Chaf- 
iy  les  &  elle  yy.  Quelques  jours- après, 
le  duc  de  Longueville  l'cpoufa  au 
nom  &  comme  fondé^de  procura- 
tion du  roi  de  France  fon  maître. 
La  dot  de  la  princefle  fut  de  quatre 
cents  mille  écus  ,  dont  deux  cents 
furent  cenfés  fournis  par  le  roi  fon 
frère  ,  en  bijoux ,  meubles  &  équi- 
pages :  les  deux  cents  mille  autres 
furent  déduits  fur  la  dette   de   la 
France  envers  l'Angleterre  ,  qui  fe 
trouva ,  par-là  ,  réduite  à  huit  cehts 
mille  écus  :  Louis  promit ,  de  fon 
côté)  de  lui  affigner  un  douaire  :  dès 
qull  fut  qu'elle  s'étoit  embarquée 

Four  fe  rendre  en  France  ,  il  alla 
attendre  à  Abbeville  ,  où  fe  fit  la 
cérémonie  du  mariage.  On  dit  que 
François  d'Angoulême  ,  fortement 
épris  des  charmes  de  la  nouvelle 
reine  ,  &  croyant  s'appercevoir  qu'il 
n'en  étoit  pas  haï  ,  cherchoit  tous 
les  moyens  de  l'entretenir  en  par- 
ticulier, lorfqu'un  de  fes  amis  la- 
vertit  de  bien  prendre  garde  de  fe 
donner  un  maître  :  il  paroît  que 
Marie,  privée  dès  Tenfance  des  yeux 


X.  o  y  I  s     XI  L       $1$ 

vigilants  d'une  mère  >  livrée  de  rrop 

bonne  heure  à  elle-même ,  &  n'ayant  ann.  if  i4« 
à  répondre  de  fa  conduite  -qu'à  un 
fjrere  jeune  &  indulgent  ,,  n  avoir 

f^oint  contrafité  dans  ion  éducation 
a  modeftie  $c  la  retenue  qui  fone 
rornement  de  fon  fexe ,  &  qui  ca- 
raâérifent  ordinairement  les  per* 
fonnes  de  fon  rang  :  elle  amenoit  avec 
elle  Charles  Brandon ,  homme  fans 
nailTançe ,  mais  élevé  par  la  faveur 
du  roi  d'Angleterre  à  la  dignité  de 
ducdeSuffolk.  Il  avoir  ofé  Cç  déclarée 
l'amant  de  laprincelTe  en  Angleterre, 
Si:  il  s'étoit  fait  nommer  pour  l'ac-* 
compagner  en  France,  où  fa  préfence 
étoit  au  moins  importune.  La  com^ 
refle  d'Angoulême,  plus  clairvoyan- 
te que  Louis  XII  d^ns  ces  forres  de 
myiteres ,  mais  obligée  à  beaucoup  de 
ménagements,  trouva  moyen  de  don* 
nerà  la  nouvelle  reine  des  furveiUan- 
t^s  dont  elle  connoiflbit  le  zèle,  &  qui 
Dfih  perdirenr  de  vue  ni  jour  ni  nuir. 

Maximilien  &  Ferdinand,  conf-  AdhSCinn 
ternes  d'un  événement  fi  inattendu ,  i^  Charles  ôc 
gardèrent  le  filençe,  &  n'oferent  fe te (TA^dche 
plaindre  de  n'avoir  pas  été  nommés  *"  "«"^  «^« 
dans  le  traité,  Henri  ,  foit  par  un  i;™^** 
rçfte  d'égards  pour  fes  anciens  al-. 


$i6    Histoire  de  France. 
liés  ,  foie  parce  qu'il  ne  convenoic 

ANN.ifi4.  pas  à  r Angleterre  que  la  France  s'ac- 
Lettres  de  ctvit  du  côté  des  Pays-Bas ,  avoit  ré- 

l^nUJUi.  fervé  à  Marguerite  d'Autriche  &  i 
Tarchiduc  la  liberté  d'y  acîcéderj  mais 
à   condition  qu'ils  s^al^uitte^oie^c 
Tun  &  i  autre  envers  le  roi  de  France 
des  devoirs  auxquels  les  obligeoit  la 
nature  de  leurs  fiefs,  Charles  étoit 
encore  mineur  j  il  eut  befoin  d'être 
autorifé  par  des  lettres  de  Maximi- 
lien  fon  tuteur,  pour  expédier  valide- 
ment  l'adle  de  ion  adhcfion.  Ayant 
reçu  les  pouvoirs  néceflaîres ,  ce  Jeu- 
ne prince,  déjà  imbu  des  principes 
d'une  politique  artificieufe  ,  fit  pro- 
tefter  lecrétement  par  fon  procureur 
devant  un  notaire  &  des  témoins , 
w  que  combien  que  ledit  très-redou- 
w  té  feigneur  eut^  par  l'avis  de  fon 
>9  confeil  conclu  &  délibéré  de  dé- 
•>  clarer  par  fes  lettres-patentes  qu'il 
99  entendoit  &  vouloir  être  compris 
99  au  traité  de  paix  fait  entre  les  rois 
»  de  France  &  d'Angleterre ,  félon 
»  la  forme  d'icelui  traité  ;   néant- 
3>  moins  l'intention  dudit  feigneur 
>î  &  de  fon  procureur  général  n'é- 
99  toit  point  que  fous  ombre  de  cer- 
w  taine  claufe  où  l'on  réfervoit  au  roi 


Louis     X  I  L        517 

#•'  de  France  fes  droits  de  fuzeraineté  * 

•>  &  de  reffbrt,  de  vouloir  lui  accorder  ann.  1^14; 

•9  aucun  droit  de  fôuveraineté  &  de 

9t  prééminence ,  donc  il  ne  fut  pour 

«»  lors  en  jouiCr^nce;  mais  cju  ils  enten- 

3J  doienc  que  mondic  feigneur  Tar* 

•>  chiduc  demeurât  en  tels  droits  , 

•»  hauteurs  de  régale  &  autres  dont  il 

»  étoit  préfentement  en  pofTeffion  , 

n  ôc  qu'on  lui  délivrât  un  zâe  de 

9J  cette  proteftation ,  pour  fervir  eu 

>f  temps  &c  lieu  >».  Amfi ,  Charles, 

deftine  à  jouer  un  (î  grand  rôle  fur  le 

théâtre  de  l'univers ,  s'annonça  dans 

le  monde  par  un  honteux  fubterfuge» 

11  Jfe  prefenra  bientôt  à  Louis  deux  ofireuraa» 
occafions  de  fe  venger  avec  éclat  de  tagcufc»  rç- 
Maximilien  &  de  Ferdmand  ,  s'il  [out'xii!" 
etit  voulu  en  profiter.  Maximilien  pont,  rer^ 
ftvoit  conféré  à  Qeoree  de  Saxe  l'in-  ^''i;       . 

^.  ,  ^        o  t_i    fi-  Chron.de 

yeltiture  du  gouvernement  heredi-  N0I/, 
taire  de  Friie  ,  province  pauvre  ,  ^^f f "'[^/*, 
peuplée  de  pâtres  &C  de  matelots  ,    Manufirits 

Î;ens  aereftes  &  jaloux  à  l'excès  de  ^  ^^^^ 
eur  liberté.  George  ,  en  voulant 
les  réduire  à  une  police  réglée  , 
&  les  foumettre  à  des  impôts ,  n'a* 
voie  pas  manqué  de  les  foulever, 
Edfart  ,  comte  d'Embdem  ,  s'étoit 
mis  i  leur  tête  ;  cité  au  tribunal 


jz8     Histoire  de  France* 

de  Tempereur,  &  condamné  ^  Per-, 

Amh.  ifi4.  dre  tous  fes  fiefs ,  il  s'ctoic  affocic 
Charles  d'Egmond  ,  accoutufné  de- 
puis long-temps  à  braver  les  fenten- 
ces  de  la  chamore  impériale.  Charles 
&  Ed fart,  craignant  de  fuccomber 
fous  les  efforts  de  la  maifon  d'Aii- 
ttiche  ,  envoyèrent  des   dcputés  à 
Louis  pour  fe  déclarer  vaffaux  de  la 
couronne  de  France  ,  &  lui   faire 
hommage  de  toutes  leurs  feigneu- 
ries  ,  ^'il  daignoit  les  prendre  fous 
fa  proteétion ,  &  les  maintenir  dans 
leur  conc^ucte  :  ils  ne  manquèrent 
pas  de  lui  repréfenter  que  la  Frife , 
&  les  autres  pays  qu'ils  occupoient, 
ëtoient  lé  berceau  de  la  monarchie, 
&  avoient  obéi ,  pendant  une  lon- 
gue fuite  de  fiecles ,  aux  fucceffeurs 
de  Clovis  &  de  Charlemagne,  Louis 
ne  jugeant  pas  à  propos  de  re  veiller  des 
droits  (i  anciens ,  rejetta  leurs  offres. 
L'autre  occafion  étoit  bien  plus 
capable  de  le  tenter ,  parce  qu'elle 
s'accordoir  beaucoup  mieux  avec  fa 
générofîté  naturelle.  Henri  VIII,  in- 
aigné  de   l'injufte  mépris  que  lui 
avoir  témoigné  fon  beau-pere  ,  of- 
froit  de  faire  une  puifTante  diver- 
fio^  en  Caflrille ,  tandis  que  Louis, 

avec 


Louis     XII.        519 

avec  une  autre  armée,  rétablirolt  dom  ^— i—— t 
Juan  d'Albret  fur  le  trône  de  Navarre,  ^j^^^^  j^^^ 
Cette  entreprife  étoit  jufte  j  c  étoit  mê- 
me en  quelque  forte  un  devoir  de  la 
part  des  deux  monarques,  puîfque 
Henri  avoir  contribué,  fans  le  vouloir, 
a  dépouiller  dom  Juan ,  &  que  Louis 
avoir  fervi  de  prétexte  pour  l'attaquer. 
Cependant,  comme  ce  dernier  n'avoir 
fait  la  paix  à  des  conditions  onéreufes 

3ue  pour  conduire  toutes  fes  forces 
ans  le  Milanès,  &  qu'il  craignoit  d'en 
rendre  la  conquête  beaucoup  plus  dif- 
ficile ,  en  laiflant  au  pape  ,  à  Tem- 
pereur,  à  Ferdinand  &  aux  Suiffes, 
le  temps  de  fe  concerter  ;  il  pria 
Henri  de  réferver  cette  bonne  vo- 
lonté pour  une  autre  accafion. 

Déjà  il  avoir  fait  filer  fes  troupes  en    Mon  de  ce 
Bourgogne  &  en  Dauphiné  :  le  jeune  pnncc. 
Charles  de  Bourbon  les  commandoit ,    ^l'*^^"* 
en  attendant  que  le  monarque  vînt     Ferfon\ 
remplir  lui-même  les  fondions  de  gé-  ^  ^^g'fi-  ^^ 
néral  :  tandis  qu'il  fe  difpofoit  à  pafler    M^hieL 
encore  une  fois  les  Alpes,  &  qu'en  at-  ^^'^**  ^'^ 
tendant  le  retour  du  printemps  il  ou- 
blioit  dans  les  bras  d'une  jeune  époufe 
fon  âge  &  fes  longues  infirmités,  ilfut 
atteint  d'une  dyflenterie,  qui ,  en  peu 
de  jours  >  le  conduifit  au  tombeau  : 
Tome  XXII.  Z 


530      Histoire  de  France. 
il  expira  le  premier  de  janvier  1,5  i  5,* 
Akn.  1)34-  âgé  de  cinquanre-rrois  ans. 

Louis  ne  fut  point  auffi  généra- 
lement regretté  ,   que  fes .  qualités 
perfonnelles  &  la  douceur  de  fon  réè- 
gne fembloient  l'annoncer  :  les  vieux 
courtifans  »  les  valets ,  &  toute  cette 
claiTe  d'hommes  accoutumés  fous  les 
règnes  précédents  à  trafiquer  de  la 
faveur  ,  à  dévorer  la  fubftance  du 
peuple  ,  &  à  s'engraiffer  du   fang 
des  malheureux ,  ne  pouvoient  goû- 
ter un  prince  qui   ne  donnoit  les 
places  qu'au  mérite ,  qui  fe  regar- 
doit  comme  le  vengeur  des  foibles 
contre   l'oppreflSon   des   puiilants  > 
fous  lequel  on  ne  voyoit   ni   ma- 
riages h>rcés  y    ni  confifcations  au 
profit  des  délateurs ,  ni  diftributions 
de  domaines  »  ni  augmentations  de 
gages.  Ils  regrettoient  le  temps  de 
Louis  XI ,  parloicnt  inceffamment  de 
lui  j  de  fes  faits  y  de  fes  dits  ^  &  le 
haut  louaient  jufques  aux  deux  ;  dl- 
font  qu'il  avo'u  été  le  plus  fage  y  le 
plus  puiffant  j  le  plus  libéral  j  le  plus 
vaillant  y  &  le  plus  heureux  monar^ 
que  y  qui  jamais  fut  en  France.  Par 
la  même  raifon  ils  déprimoient  Louis 
XII,  s'efibrçant  de  faire  pafTer  fa 


Lot;is  XII.  5JI 
vigilance  &  fon  économie  pour  une 
periteiTe  d'efprit  ,  &  une  avarice /Vnn<  1^14. 
lordide.  Ils  ne  fe  donnoienc  pas 
même  la  peine  de  cacher  leurs  fen- 
timents  j  car  les  François  ^  obfervé 
SeiflTel ,  ont  toujours  eu  licence  &  li- 
berté  de  parler  à  leur  volonté  de  tou-- 
tts  fortes  de  gens  &*  même  de  leurs 
princes  ,  non  pas  après  leur  mort  tant 
feulement  j  mais  encore  en  leur  vivant  ^ 
&  en  leur  préfence.  Ne  pouvant  l'en- 
tamer par  leurs  plaintes  ,  ils  firent 
ufage  du  ridicule  ,  arme  toujours 
puiflânte  fur  Tefprit  de  la  nation  : 
après  cette  dangereufe  maladie  qui' 
avoir  menacé  les  jours  de  Louis  ,  &' 
qui  avoir  caufé  des  alarmes  fi  vives  , 
une  triftefTe  fi  profonde  à  tous  les 
vrais  François  ,  des  comédiens  ofe- 
rent  le  produire  fur  la  fcène  pâle  & 
défiguré  5  la  tête  enveloppée  de  fer- 
vîettes  ,  &  entouré  de  médecins  , 
qui  confultoient  entr'eux  fur  la  na-! 
ture  de  fon  mal,  S'étant  accordés  à 
lui  faire  avaler  de  Tor  potable ,  le 
malade  fe  redreflToit  fur  les  pieds,  & 
paroiflbit  ne  plus  fentir  d'autre  in- 
firmité, qu'une  foif  ardente.  Informé 
du  fuccès  de  cette  farce ,  Louis  dit 
froidement  :  Taime  beaucoup  mieux 

Zij 


5ji    Histoire  DE  Finance. 

ifair€  rire  les  courtifans  de  mon  uva^^ 

A«N.  ifi4.  nce  y  que  de  faire  pleurer  mon  peuple 
de  mes  profufions.  On  1  exhortoit  à 
punir  des  comédiens  infolents  :  Non^ 
dit-il.  Us  peuvent  nous  apprendre  des 
vérités  utiles  ;  laiffbns-les  Je  divertir  j 
pourvu  qu'ils  refpeàent  F  honneur  des 
dames.  Tant  que  Louis  (ut  heureur, 
la  médilance  &  Tenvie  gardèrent  des 
mefures ,  ou  n'excitèrent  que  l'in- 
dignation publique  :  mais  lorfque 
la  fortune  lui  tourna  le  dos,  elles 
haufTerent   la  voix  ,    &   acquirent 
des    partifans.     Au  -  lieu   d'admi-* 
rer  la  gcnéreufe  fermeté  d'un  moi? 
narque  que  Tadverfité   ne  pouvoit 
abattre  ,  que  l'exemple  de  les  voi-r 
fins  n'écarta  jamais  du  chemin  de 
l'honneur^  bien  des  gens  infultoient 
à  fa  crédulité  &  a  ion  étroitç  par<- 
cimonie  ,   qui  laiflbit  ,   difoient-^ 
ils  ,  la  juftice  fans  chancelier  ^  l'ar- 
mée Ams  connétable  \  qui  éteignoit 
l'émulation  dans  le  cœur  des  guer- 
riers ,  &  glaçoit  tous  les  courages. 
Ils  faifoient  hautement  des  vœux 

1)our  le  comte  d'Apgoulcme ,  dont 
a  diffipation  ,  la  pétulence  &  la 
Drodigalité  leur  onroient  une  per- 
'"ped^ive  beaucoup  plus  agréable.  La 


ipe 


1 


Louis     XII.  5?} 

mort  dé  deux  fils  auxquels  Anne  de  : 
Bretagne  avoit  donne  le  jour  dans  ann*  1514^' 
les  dernières  années  de  fa  vie  ^ 
celle  du  monarque  enfin  j  leur  paru- 
rent d'heureufes  nouvelles  :  ils  fé 
crurent  foulages  d'un  pefant  far- 
deau ,  &  fe  firent  une  forte  vio- 
lence pour  contenir  leur  joie. 

Getce  frértéfie  ne  peut  être  repro- 
chée à  la  nation ,  elle  ne  fut  le  cri- 
me que  de  quelques  particulierSé 
Lorfque  les  crieurs  publics  annon- 
cèrent dans  lés  rues  de  Paris  :  Le 
bon  roi  Louis  j  père  du  peuple^  ejl 
mort  j  mille  accents  de  douleur  fç 
firent  entendre,  des  torrents  de  lar- 
mes coulèrent  de  tous  les  yeux.  La 
défolation  de  la  capitale  n'approcha 
point  encore  de  celle  des  provinces  j 
&  fur-tout  des  campagnes  ;  car  c*é- 
toit  là  que  Louis  étoit  vérirable- 
ment  adoré.  Lorfqu'il  traverfoit  une 

f)rovince ,  les  payfans  abandonnant 
eurs  travaux  ,  bordoient  les  che- 
mins 5  les  couvroient  de  verdure  > 
&  faifoient  retentir  Tair  d'accla- 
mations :  après  l'avoir  vu  dans 
un  endroit ,  ils  couroient ,  à  perre 
d'haleine ,  pour  le  mieux  contem- 
pler une  féconde  fois   t   dans  les 

Z  iij 


5  34    HisTOiRï  DE  France. 
villes  où  il  féjournoit  ,  il  étoit  ré- 

Ann.  iyi4.  ^"^^  5  pendant  plufieurs  heures  ,  à 
ne  pouvoir  fortir  de  fon  apparte- 
ment ,  tant  la  foule  étoit  grande  de- 
vant la  maifon.  Ceux  qui  pouvoient 
parvenir  à  toucher  fa  mule,  fa  robe, 
tes  bottes  ,  baifoieht  leurs  mains 
d'auffi  grande  dévotion  ,  que  s'ils 
euflent  touché  quelque  fainte  reli- 
que. Ceux  ,  au  contraire  ,  qui  ne 
marquoient  pas  le  même  empreffe- 
ment ,  étoient  accablés  par  les  au- 
tres de  malédidions  :  C^eji  lui  j  s'é- 
cfioient-ils  ,  qui  fait  régner  lajufticc 
parmi  nous  ^  qui  féconde  nos  moijjbnsj 
qui  nous  a  préfervés  des  pilleries  des 
gens  d* armes  j  &  quij  le  premier  j  nous 
a  fait  goûter  les  douceurs  de  la  paix 

6  de  la  concorde.  En  effet  le  chan- 
gement arrivé  pendant  la  courte 
durée  de  fon  règne  ,  paroîtroit 
incroyable,  s'il  n'étoit  attefté  par 
les  auteurs  contemporains.  Ecoutons 
Seiflel ,  évèque  de  Marfeille.  w  Pour 
V  commencer ,  dit-il ,  par  la  popu- 
»  latiôn  ,  on  ne  peut  douter  qu'elle 
?>  ne  foit  aujourd'hui  beaucoup  plus 
•>  grande  qu'elle  ne  fut  jamais ,  & 
»  cela  fe  peut  évidemment  connoître 
9>  aux  villes  &  aux  champs  ^  pour^ 


Louis  X  1  I.  535 
^>  tant  que  aucunes  &  plufîeurs  grof- 
»  fes  villes,  qui  étoient  à  demi  va-  Ann.  iîI4. 
»  gués  &  vuiaes  ,  aujourd'hui  font  fî  , 
s>  pleines ,  que  à  peine  y  peut  -  on 
3î  trouver  lieu  pour  bâtir  maifons 
>>  neuves ,  &  les  aucunes  a  convenu 
»  accroître ,  les  "autres  ont  les  faux- 
3>  bourgs  prefque  auflî  grands  que 
»  font  Içs  villes,  &  par  tout  le  royau- 
»,me  fe  font  bâtiments  nouveaux, 
5>  grands  &  fomptueux.  Par  les 
35  champs  auflî  on  connoît  bien  évi- 
99  demment  la  multiplication  du 
99  peuple ,  parce  que  prufieurs  lieux 
»  &  grandes  contrées  qui  reftoienc 
5>  incultes  ,  en  bois  ou  en  landes  , 
5>  font  actuellement  cultivés  &  cou- 
»  verts  de  villages  &  de  maifons  , 
99  8c  cependant  les  denrées  fe  fou- 
99  tiennent  à  un  haut  prix  j>.  Le 
même  écrivain ,  réfutant  ceux  qui 
foutenoient  que  les  guerres  d'Italie 
avoi)5nt  épuife  le  royaume  d'argent, 
s'exprime  ainfi  :  99  L'on  void  géné- 
»  rajiement  par  tout  le  royaume  bâtir 
55  de  grands  édifices  ,  tant  publics 
>5  que  particuliers  ,  &c  font  pleins 
55  de  dorure ,  non  pas  les  planchers 
»  tant  feulement  &  les  murailles 
79  qui  font  par  le  dedans ,  mais  les 

Ziv 


^}6     Histoire  de  France, 
j>  couvertures  ,  les  toits ,  les  tours  , 
AnN.  1J14.  »  &  les  ftatues,  qui  fom  au  dehors. 
»  Et  fi  font  les  maifons  meuMées 
»  de  toutes  chofes ,  plus  fomptueu- 
)>  fement  que  jamais  ne  furent.  Oii 
»  fe  fert  de   vaiflTelle   d'argent    en 
9>  tous  états ,  fans  comparailon  plus 
»  qu'auparavant  j  tellement  qu'il  a 
5>  été  necelTaire  de  publier  une  or- 
»  donnance  pour  corriger  ce  luxe  : 
»  car  il  n'y  a  fortes  de  gens  qui  ne 
»  veuillent  avoir  tafles  ,  gobelets  , 
»  aiguières  &  cuillers  d'argent.  Et 
w  au  regard  .des  prélats  ,  leîgnears 
»  &  autres  gros  perfonnages ,  ils  ne  fe 
>y  contentent  pas  d'avoir  toute  forte 
>>  de  vaiffelle,  tant  de  table  que  de 
»  cuifine  ,  d'argent ,  s'il  n'eft  doré , 
3>  &  même  quelques  -  uns  en  ont 
99  grande  quantité  d'or  madif.  Âu(S 
9>  font  les  habillements  &  manières 
«  de  vivre  plus  fomptueux  que  ja- 
•   w  mais  :  ce  que  toutefois  je  n'ap- 
»  prouve  pas  ;  mais  c'ell  pour  mon^ 
»  trer  la  richeffe  du  royaume.    £c 
99  pareillement  on  void  les  maria- 
99  ges  des  femmes  trop  plus  grands, 
•9  &  le  prix  des  héritages  &  de  tou- 
•1  tes  autres  chofes  plus  haut.  Et  ce 
99  qui  montre  encore  mieux  ce  que- ja- 


Louis  XII..  5J7 
j3  vance  ,  le  revenu  des  bénéfices^,  « 
»  des  terres  &  des  feigneuries,  s'eftAwN.  IÎ14. 
»  accru  par-  tout  généralement  de 
»  beaucoup  :  &  phifieurs  y  en  a  qui 
«  à  prcfent  font  de  plus  grand  re- 
»  venu  par  chaque  année,  qu'ils  ne 
M  fe  vendoient  du  temps  du  roi 
»  Louis  XI  ,  pour  une  fois.  Et  pa- 
»  reillement  les  produits  des  gabel-  ^ 
»  les ,  péages ,  greffes  ,  &  de  tous 
yy  autres  revenus  ,  font  augmentés 
«  en  plufieurs  lieux  de  plus  des  deux 
»  tiers ,  en  d'autres  de  dix  parts  les 
»  neuf.  Auflî  eft  l'entrecours  de  mar- 
>j  chandife  ,  tant  par  mer  que  par 
»  terre  ,  fort  multiplié  :  car  ,  par 
yy  le  bénéfice  de  la  paix  ,  &  la  ré- 
yy  putation-  des  grandes  vidoires  du 
9  roi ,  toutes  gens  ,  excepté  les  no- 
5>  bles  y  lefquels  encore  \^  n'excepté 
3>  pas  tous  ,  fe  mêlent  de  marchan- 
»*  dife ,  &  pour  un  gros  &  riche  né- 
3>  gociant^que  l'on  trou  voit  du  temps 
)>  du  roi  Louis  XI ,  à  Paris,  à  Rouen^ 
j>  &  à  Lyon ,  on  en  trouve  aujour* 
)>  d'hui  plus  de  cinquante  ;  il  s'en 
»  trouve  même  par  les  petites  villes 
»  un  plus  grand  nombre ,  qu'il  n'y 
i>  en  avoît  autrefois  dans  les  capi« 
j>  taies  ;  tellement  qu'on  ne  fait 


5j8-    Histoire  de  France» 
guère  maifon  fur  rue,  qui  n'ait  boH- 
Ann.  ifi4.  ,>  tique  .pour  marchandiie  >    on  pour 
j>  arc  mécanique  ;  &  font  à  préfenr 
jj  moins  de  difficulté  d'aller  à   Ro- 
99  me  ,  à  Naples ,  à  Londres  ,  &  ail- 
,  j>  leurs  delà  la  mer ,  qu'ils  ri'eii  fai- 
»>  foient  autrefois  d'aller  d  Lyon  ou 
3>  à  Genève  :  tellement  que  aucuns 
»  y  a  qui  par  la  mer  font  allés  cher- 
yy  cher  ,  &  ont  trouvé  terres  nou- 
»  vellesj  car  la  renommée  ôc  autori- 
»  té  du  roi  à  préfent  régnant  eft  fi 
w  grande,  que  fes  fujets  font  hono- 
>>  rés  en  tout  pays ,  tant  fur  terre  que 
9>  fur  mer  ,  &  n'y  a  fi  grand  prince 
»  qui  les  osât  outrager,  ni  permettre 
9>  qu'ils  le.fufTent  en  fa  feigneurie  ». 
Cet   accroiffement  fubit  &  pro- 
•digieux    de    population  ,    de    cul- 
ture ,  de  commerce  &  de  richeflfes, 
iJtoit  du  non  -  feulement  aux  fages 
règlements  dont  nous  avons  rendu 
compte  ati  commencement  de  ce  rè- 
gne ,  mais  encore  à  lattention  du  ~ 
inonarque  à  les  faire  obferver  ,  & 
au  choix  des  hommes  à  qui  il  en 
confioit  l'exécution.  Il  avoit  conti- 
nuellement fous  le^  yeux  deux  ta- 
bleaux :  l'un,  de  tous  les  offices  & 
bénéfices  du  royaume  :  l'autre ,  de  ^ 


Louis     XII,     5. 59 
tous  les  hommes  diftingués  par  leurs 
talents ,  ou  par  leurs  lervices  :'  des  ann.  1^14. 
perfonnes  de  confiance  ,  répandues 
dans  les  provinces ,  étoient  chargées 
de  l'avertir  de  ce  qui  venoit  à  va- 
quer dans  leur  diftrid  ;  il  confultoit 
les  liftes,  &conféroit  ordinairement 
Toffice ,  ou  le  bénéfice ,  à  celui  qu'il 
en  jugeoit  le  plus  digne  ,  fans  at- 
tendre qu'on  le  foUicitât ,  excluant 
même  ,  à   mérite  égal  ,   ceux   qui 
cherchoient  à  s'appuyer  de  la  pro- 
teftion  des  miniftres  ou  des  grands. 
Telle  étoit  la  conduite  qu'il  croyoic 
devoir  garder  dans  la  collation  des 
offices  ou  àts  bénéfices  qui  étoient 
purement  à  fa  nomination*  Quant  aux 
aatres ,  il  permettoit  l'éledkion  j  à 
moins  que  le  titulaire  ne  fe  démît 
entre  fes  mains  :  dans  ce  dernier  cas ,  ' 
il  ne  trouvoit  point   mauvais  que 
celui  qu'il  nommoit  fût  rejette  par 

fé  compagnie,  fi  dans  l'examen  qu'elle 
i  faifoit  fubir  fur  la  dodrine  & 
les  mœurs  ,  il  fe  trouvoit  incapa- 
ble ou  diffamé.  Qaelques  recherches 
aue  j'aie  faites ,  je  n'ai  trouvé  que 
eux  exemples  de  vente  d'offices  de 
judicature  fous  toute  la  durée  de  ce 
'  règne.  Lç  premier  #ft  l'office  de  jpré- 


54<5        HtSTOIRB    DE    FîLAÏfCÊ^ 

vôt  de  Paris,  acheté  cinq  niille  écut^ 
Ann.  ifi4.  par  Gabriel  d'Alegre,  après  la  mort 
de  Jacques  de  Coligni ,  feigneur  de 
Châtillon.  Le  feconU,  eft  une  char-, 
ge  de  maîrre  des  requêtes  ,    payée  ' 
de  même  cinq  mille  ccus ,  par  An- 
toine le  Vifte  y  qui  s'éroit  acquitté 
avec  fuccès  de  quelaues  négociations 
dans  les  cours  d'Allemagne.   Louis, 
en  les  adrefTant  au  parlement  pour 
y  faire  enregiftrer  leurs  ptovifions, 
voulut  quon  les  difpensât  du  fer- 
ment ordinaire  ,  qu*i/i  n  avaient  ni 
donné  ni  promis  argent  j   ou   chofe 
équivalente  à  argent  ;  déclarant  lui- 
Ihême  la  fomme  qu'ils  avoient  don- 
née. Si  quelque  chofe  pouvoit  ex- 
cufer  cette  traiifgi'eflîoii  ,   c'étoient 
les  conjonftures  oà  fè  ttouvoit  le 
royaume  en  1513»  après  la  perte 
du  Miknès  ,  &  l'invanon  de  la  Na- 
varre. Non  content  d'apporter  tou- 
tes les  précautions  imaginables  pour 
ne  faire  que  de  bons  choix,  Louis 
vouloir  s'aflfurer  par  lui-même  de  la 
manière  dont  la  jdftice  éroit  rendue  : 
ainfi  ,  toutes  les  fois  qu'il  féjour- 
noit  â  Paris  »  il  fe  rendoit  fami* 
liérement  au  palais  ,  monté  fur  fa 
petite  mule ,  uns  fuite ,  Se  fans  s'è^ 


L  o  u  I  s    X  I  I.      541 
r^  tre  fait  aanoncei:  :  il  prçnoit  place 
;   parmi  les  juges,  étoutoit  Jes  plai- Ann.  ijm. 
^:  doyers ,  &  affiftoic  à  tQUjtes  les  dé- 
iT:  libérations.    Deux  chofes  le  défo* 
iv  k>ient  j  la  prolixité  des  avocats ,  & 
j,   l'avide  induftrie  des  procureurs  ;  on 
•  Tantoit  en  h  préfenee   les  talents 
:   oratoires  de  deux  fameux  légiftes  : 
-    Qui  j  fans  doute  j  répondit  -  il  j  ce 
;  Jfbm  (t habiles  gens  j  je  fuis  feulement 
?:  f^<^h^  qtiils  faffent  comme  les  mauvçxs 
.■    cordonniers  j  qui,  allongent  le  cuir  avec 
les  dents.  On  lui  demandoit  ce  qui 
offenfoic  le  plus  U  vue  1  Ceji ,  ré- 
pondit-il ,  la  rencontre  éun  procureur 
.    chargé  de  fes  facs  • 

Tout  le  temps  qu'il  pouvoit  dé- 
rober aux  affaires  publiques  ,  il  le 
pairpit  volontiers  dans  l'entretien 
des  favants  ,  pu  dans  l'étude  des 
précieux  monuments  de  l'antiquité  : 
\  il  avoit  attiré  en  France  les  hoinmes 
de  lettres  les  plus  célèbres  de  l'Italie  > 
{  auxquels  il  payoit  de  fortes  pen- 
fions  jurqu'â  ce  qu'il  les  eût  pourvus 
de  bénéfices  ,  ou  d'emplois  nonora- 
blés  :  quelques  -  uns  furent  chargés 
d'ambaflades  ,  d'autres  reftçrent  at- 
tachés à  la  cour ,  en  qualité  de  maî' 
très  de  requêtes  :  enmi  il  parvint  à 


r 


541     Histoire  de  France  • 
en  fixer  quelques-uns  dans  l'un î ver 
Ai^N.  IÎ14.  fité  de  Paris.   On  commença  ,  fous 
fon  règne  ,  à  enfeigner  le  grec  dans 
cette  école  célèbre  :  on  y  fit   même 
des  progrès  aflez  rapides ,  puifqu  on 
y  expliquoit  déjà  les  dialogues  de 
Platon.  Quant  aux  bons  ouvrages  de 
l'antiquité  ,  il  en  avoir  fait  la  plus 
riche  colledion  que  l'on  connût  alors 
en  Europe  :  outre  les  bibliothèques 
4ea  rois  de  Naples  &  des  ducs  d< 
Milan  ,  qui  croient  venues  fe  fon- 
dre dans  celle  de  Blois  ,   il  avoit 
acheté  le  précieux  cabinet  de  Louis 
de  la  Grathufe  ,   &  chargeoit   (es 
miniftres  dans  les  cours  étrangères, 
de  lui  ramafler  ce  qu'ils  découvrir 
roient  de  plus  rare  &  de  meilleur. 
Ce  n  étoit  certainement  ni  par  of- 
tentation  ni  par  caprice  qu'il  raflTem- 
bloit  tant  de  livres  :  il  les  recher- 
choit  pour  fon   propre  '  ufage  ,  & 
les  confultoit  fouvent  :  il  en  jugeoit 
même   ordinairement   affez    bien  , 
quoiqu'il  ne  les  connût  que  par  des 
traductions  informes  :  il  difoit  ^ue 
les  Grecs  navoient  fait  que  des  ex- 
ploits médiocres  ;  mais  qu'ils  avoient 
eu  un  merveilleux  talent  pour  les  embel" 
lir:  que  les  Romains  avoient  fait  de  grau- 


\c!.  L  o  u  ï  S     X 1 1.       54} 

fj  1  des  chofes ,  &  les  av oient  dignement  écri- 
cites  :  que  les  François  en  avaient  fait  Ann.  1514. 
;  T;  d*auffi grandes  que  lun  &  l'autre  peuple; 
î  3;  mais  qu'ds  avaient  toujours  manqué d'é- 
K  crivains  :  il  voulut ,  s'il  étoit  poilîble , 
Jcf  effacer  cette  tache  ,  en  occupant  les 
ifT  plumes  les  plus  célèbres  à  débrouiller 
jr  le  cahos  de  nos  antiquités  :  il  chargea 
If  fpécialement  de  ce  travail  Paiil  Emile, 
[e:  illuftre  Véronois,  qu'il  avoit  attiré  en 
;  France,  &  Robert  Gaguin ,  général  des 
j(î  Mathurins.  Il  choiut  ,  avec  moins 
i!    de  difcernement,  Jeand'Auton  pour 
:;    écrire  Thiftoire  particulière  de  fon  re- . 
•r    gne  :  car  quoiqu'il  lui  eût  conféré  plu- 
f,    fieurs  bénéfices ,  qu'il  le  fît  ordinaire- 
ment voyager  à  la  fuite  de  l'armée , 
qu'il  s'entretînt  familièrement  avec 
lui ,  Se  qu'il  ordonnât  à  fes  miniftres 
&  à  fes  généraux  de  ne  lui  rien  celer 
de  tout  ce  qui  méritoit  d'être  tanfmis 
à  la  poftérité ,  il  fut  moins  heureux ,  à 
cet  égard ,  qu'un  grand  nombre  de  fes 
prcdéceffeurs.  Auton  n'eft  qu'un  froid 
bel-efprit  ,  faftidieux  dans  le  détail 
des  petits  faits  ,  ftérile  ou  aveugle 
dans  le  développement  des  caufes. 

Parmi  les  grands  hommes  de  l'an- 
tiquité ,  Louis  donnoit  la  préférence 
à  Tràjan  ,qu'il  avoit  pris  pour  fon  mo- 


544  HisT.'  DE  Fr.  Louïs  XIT. 

^  dèle  ;  &  parmi  les  grands  écrivains ,  a 

Akn,  ifi4.Cicérojî,  fur-tout  dans  fes  traités  des 
devoirs  j  de  la  vieillejfe  &  de  t amitié.  U 
Iméditoit  ces  excellents  ouvrages  ;  il  en 
recueilloit  les  plus  belles  majcimes; 
il  %^Xi  nourriflbit ,  &  tâchoir  de  \q^ 
.     inculquer  à  François  d'Àngoulcme , 
fon  gendre  &  fon  fuccelTeur.  Il  ché- 
riflbit  ce  jeune  prince  ,  comme  s'il 
eût  été  fon  fils  \  il  aimoit  en  lui  une 
noble  candeur ,  une  bravoure  à  toute 
épreuve  :  il  excufoit  un  goût  trop  vif 

{)our  les  plaifîrs  ;  mîiis  il  auroit  voulu 
e  guérir  d'une  prodigalité  ruineufe  : 
aflligé  du  peu  de  fruit  de  fes  leçons , 
il  diloit ,  en  foupirant  :  Hélas  l  nous 
travaillons  envain  j  €c  gros  garçon  gâ- 
tera tout. 


Fm  du  tome  vingt-deuxième^ 


De  rimprifiierie  de  P.  At.  Li  PniiVJi} 
Impiiipeur  in  Ko!» 


s 


JïV 


APPROBATION. 


J  Ai  la ,  par  ordre  de  Mon(êigneuT  le  Chan* 
'hit   ^^^^^^  *  ^^^  vingt  -  un  &  viogc  -  deuxième 

tomes  de  VH^oirc  de  France  Le  pablic 
'^^  les  acceiidoîe  avec  impatience.  Ils  jaftifie- 
ur.  i  ront  rempreflement  qu'on  avoit  de  les  7(Mr 
Qï^â  puToicce»   A  Piiris»  ce  %%  d'Avril  i'7f  i« 


DE   PASSS. 


NUV  2  8  m^