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Full text of "Histoire de France : depuis l'établissement de la monarchie jusqu'au regne de Louis XIV"

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f 


HISTOrill 

,,;:de 

FRANCE, 

l  ^ 


HISTOIRE 

h  E 

FRANCE 

DEPUIS  l'Etablissement  de  la 

Mon AKCHiE  jusqu'au  rbgnb 

DE  Louis  XIF. 

Par  M.   TAbbé    Velly. 

TOME   SEPTIEME. 

Le  prix ,  ;  Uv»  relié» 


A    PARIS. 


Chez  Desaint  et  Saillant  ,  rue  Saint 

Jean  de  Beauvais,  vis-à-vis  le 

Collège* 


M.  DCC.  LX. 
Avec  Approbation  &  PtiviUgc  du:,JB.i?h 


j 


iliipPi 

Éë^ 

Wm  f  u  ^^-10^_%^ 

^^■r^^ar"-'  -^^^BomB^ 

HISTOIRE 


DE 


F  R  AN  CE. 


PHILIPPE   IV, 

furnommi  U  BtU 

A  maj.e|té  da  trône  foutenue  Ana.  xi8<;. 

avec  gloire  contre  des  vaf- j,H^»o--« 

faux  également  fiers  &c  puif-  Rhcims. 

fans  'y  une  nouvelle  Pairie 
érigée  dans  la  France  ^  le  Tiers-étac 
admis  aux  affemblées  de  la  nation  ^  la 
Juftice  Souveraine  régulièrement  ad-, 
jniniftrée  deux  fois  Tan  ,  à,  Paris  y  i 
Kouen  ,  à  Troyes  j  les  entreprifes  de 
Rome  réprimées  avec  éclat  j  les  duels 
abolis  pour  toujours  en  matière  civile  ; 
l'ordre  dès  Templier^  eiiterminé  dans 
Tom^  y  IL  A 


%  Histoire  pe  France  , 

toute  la  chrétienté  j  la  ville  de  Lyo 
.  réunie  à  la  couronne ,  donc  elle  étoiJ| 
féparée  depuis  environ  quatre  cena 
ans  ;  les  apanages  reftraints  aux  fejolj 
héritiers  mâles  j  tels  font  les  événei! 
ments  principaux,  qui  rendent  à  jamaii 
célèbre  le  règne  de  Philippe  IV.  On  Ta 
furnommé  le  Bel  à.  caufe  de  la  beautd 
de  fon  vifage  ,  des  charmes  de  fd 
perfonne  ,  ôc  des  grâces  qui  accom<»! 
pagnoient  toutes  fes  aébions*  Il  avoir 
luivi  le  roi  fon  père  dans  l'expédition 
de  la  Catalogne  ;  il  reçut  fes  derniers 
foupirs  à  Perpignan,  Auffirôcil  prit  le 
commandement  de  Tarmée  ,  qu  il  ra- 
mena dans  le  Carcadez ,  où  il  fit  quel- 
que féjour  ,  pour  donner  ordre  aux 
affaires  du  royaume.  Pierre  de  Mont- 
brun  ,  archevêaue  de  Narbonne,  &C 
Gui  de  Levis ,  leigneur  de  Mirepoix , 
furent  nommés  pour  aller  recevoir  en 
fon  nom  ,  le  ferment  de  fidélité  de  la 
noblefle  9  du  clergé ,  &  des  commu- 
nes de  Touloufe  ,  de  Carcafibnne  3 
de  Beaucaire  Se  de  Rouergue.    Les 
lettres  expédiées  pour  cette  commif- 
fion  ,  étoient  fcellées  du  fceau  dont 
il  fe  fervôit  avant  fon  avènement  a« 
(rône  :  c'eft  ,  comme  il  le  marque  lui* 
luème  dans  cette  charte ,  qu'il  n'avoii 


Philippe   IV.  j 

J>as  encore  eu  le  tems  de  faire  fabri- 
quer un  fceau  royal.  Delà  il  fe  rendit 
à  Rheims,  où  il  fut  facré  avec  la  reine  ,.*p!' 47 /**""* 
fon  cpoufe  par  les  mains  de  Pierre 
Barbet ,  archevêque  de  cette  illuftre 
niécfdpole.  Il  avoir  environ  di&-rèpt 
ans:  ^e  peu  propfje  en  apparence  pour 
Texécution  des  grands  projets  du  feu 
foi  :  il  eut  cependant  le  courage  ïde^ 
les  embraflèr  tous.  Il  entreprit  tout  i 
la  fois  de  faire  valoir  la  donation  de 
Rome  en  faveur  du  comte  de  Valois 
fon  frère  j  de  forcer  le  roi  de  Caftille 
à  reftituer  aux  princes  de  la  Cerda  ^ 
un  fceotre  qu'il  avoir  ufurpé  fur  eux  ; 
enfin  de  contraindre  les  rebelles  de 
Sicile  à  rentrer  fous  Tobéiflance  de  kt 
maifon  d'Anjou  :  mais  le  fuccès  ne  té* 
pondit  point  à  fon  attente. 

Dom  Pedre  devenu  maître  de  la  Mon  du  roi 
campagne  par  la  retraite  des  François ,  ^' Aragon, 
eut  bientôt  repris  ce  qu'on  lui  avoir 
enlevé.  Girone  inveftie  de  tous  côtés ,  Marîan.tom. 
battue  .par  toutes  les  machines  alors  ^9.^*  '*'  **' 
ufitées ,  fans  aucune  efpérance  de  fe*  Ferrera».  toiTu 
cours ,  capitula ,  &  fe  rendit  à  condi-l^/j?",*  ^* 
tion  que  ta  gatnifon  atnroit  la  liberté 
de  fe  retirer  en  France.   Peiralade  , 
Figueire  ,  Caftillon  ,  &  toutes  les  au- 
xx^$  places  conquifes  par  le  feu  roi^ 

A  i  j 


4        HisTomE  Dï  France  ,' 
fubirent  le  même  fort.  L'ifle  de  .Ma- 
jorque enfin  fut  prife  fur  D.  Jayme , 
2ui  en  voulant  reconquérir  fon  comté 
e  RoufliUon  ,  perdit  la  partie  de  fes 
domaines  qui  lui  donnoit  le  titre  de 
roi.  Le  monarque  Efpagnoi  ,  animé 
par  ce  fuccès  ,  prétendoit  profiter  du 
moment  où  la  fortune  recommençoit 
à  lui  devenir  favorable.  Déjà  il  for- 
moit  de  grands  projets  contre  fon 
frère ,  &  contre  la  njâifon  de  France , 
lorfque  la  mort  vint  inietrompre  fes 
defleins  ,  &  fit  échouer  en  un  inftant 
Us  vaftes  entœprifes  qu'il  méditoit. 
On  dit  qu'il  mourut  d'une  débauche , 
n'ayant  pu  modérer  ,  jufqu'â  l'entière 
guérifon  de  fa  bleflure ,  la  pafHon  qu'il 
avoic  pour  une  maîcrede.   On  lui  fie 
jurer  que  fi  le  ciel  prolongeoit  fes 
Jours  5   il  feroit   obéiflant  au   faine 
liège  :  furquoi  l'archevêque  de  Tarra- 
gone  lui  donna  une  ample  abfolution 
4e  toutes  les  cexifures  dont  Rome  l'a*- 
voit  accablé  :  ce  qui  marque  ,  ou  peu 
de  foi  à  ces  anathemes ,  ou  beaucoup 
d'inconféquence  dans  la  conduite.  On 
ne  fçait  que  trop  ce  qu'on  doit  penfec 
de  ces  fortes  de  promeffès ,  qu'arrache 
la  vue  du  tombeau  ,  qu'on  fe  garde-j 
^oit  bien  de  faire  en  fanté.  ! 


Depuis  bien  des  années  ,  TEurope    Mont^cU 
iî*avoit  point  vu  tomber  en  fi  peu  de  g^^^kc  fbm- 
tems  un  fi  grand  nombre  de  têtes  cou-»  nie  de  faint 
rohnces.  Hugues  de  Lufignan.  roi  de  ^^""' 
Chypre ,  qui  fe  difoit  aufli  roi  de  Jeru- 
falem  ,  mourut  le  premier  (a)  :  il  fut 
fuivi  d'Alfonfe  X  roi  de  Caftille  &^  de 
Léon  (t)  y  de  Charles  d'Anjou  roi  de 
Sicile  (c)  y  du  Pape  Martin  IV  (d) ,  de 
Philippe  le  Hardi ,  roi  de  France  (^) , 
de  D.  Pedre  roi  d'Araçon  (/)  ,  de      ' 
Philippe  comte  de  Savoie  (g)  ,  &  de 
Marguerite  de  Provente  ,   reine  de 
France  ,  ayeule  du  Roi  régnant ,  ëpou- 
fe  de  faint  Louis  (A)  :  c'ctoit  une  des 
belles  femmes  de  fon  tems ,  plus  fage 
encore  que  belle  ;  d'une  fi  grande  ré- 
putation d  efprit ,  de  prudence ,  Se  d'é- 
quité, que  les  empereurs  &  les  rois 
la  choinrent  pour  arbitre  &  jugé  de 
leurs  différends  «vec  leurs  va(Tàux  (i). 
On  allure  que  le  roi  fon  mari  prenoic 
fes  avis  en  tout  :  elle  les  lui  donnoit ,  Abrég.chron. 
dit  Mezeray  ,  avec  fagelfe  ,  fans  paf-^^""^^  ^** 

(d)  Le  i6  Mars  1184.  (^)  ^^  4  Avril  1184.  (<)  le  7 
Janvier  xi8^.  (d)  Lex8  Mars  ii8f.  (  )  Le  ^  Oâobrc 
ii8f.  (/)  Le  II  Novembre  118$.  (g)  Le'i7Novein« 
bre  ii8y.  {h)  Le  10  lJ?cembre  ii8f. 

(i)  L*an  1164.  le  roi  d'Angleterre  fe  foumic  à  fon 
arbitrage  dans  les  démêlés  qu'il  eut  avec  le  iire  de 
Pons  :  exemple  qui  fut  imité  par  l'empereur  Rodolphe 
ca  ii8i, 

A  uj 


'6        Histoire  bï  Frawcë  J 

Son  y  8c  tels  que  fôuvenc  ils  croient 

fuivis.  Elle  vécut  foixante-feize  ans ^ 

ôc  mourut  à  Paris  dans  un  couvent  de 

Corddiéres   qu'elle    avoit  fondé  au 

Fauxbourg  iàint  Marceau  :  ce  fut  fon 

féjour*  ordinaire  pendant  les  quinze 

années  de  fbn  veuvage. 

leiArago-      Le  moBarque  Aragonois  avoIt  qua- 

^^^:  t  ^e  fik  ,  D.  Alfonfe     D   Jayme .  D. 

les  côces  de  Fredeuc  ,  D.  Peote  :  il  laifla  au  pre- 

la  Province,  ^^j^   ^^^  ^^   i^^^  d'Efpagne  :  il 

ikinna  au  fécond  toutes  fes  pofièffions 
d'Italie*  Si  Aifonfe  vient  à  mourir  fans 
enfants  3  il  rappelle  D.  Jayme  en  Ara* 
gon ,  veut  que  D.  Frederrc  lui  fuccéde 
au  rrone  Sicilien  :  ce  qui  fut  fcrupuleu- 
lement  exécuté.  Les  deux  aînés  étoienc 
tl  peine  couronnés ,  Tun  à  SarragoUe  , 
lamce  i  Palerme  ,  qu'ils  armèrent 
puiflàmmenr  par  terre  6c  par  mer  y 
pour  fe  défendre  ,  n^n  contre  les  fou- 
dres  de  Rome ,  leur  maifon  étoit  ac- 
coutumée à  les  méprifer ,  mais  contre 
les  encreprifes;  des  François  y  qui  leur 
paro4f{bient  autrement  redoutables. 
Biexuot  Ja  Province  vit  paroître  le 
lÀjntanchron.  fameux  Roger  Doria  ,  le  flambeau 

«tels  rcys  d'A-    -  •      °*     r        i      t» 

«ag.  «.  151.  d  mie  mam ,  le  fer  de  1  autre ,  mettant 
-tout  à  feu  &  à  fang.  Ce  fut  en  vaii> 
que  trente  mille  hommes  de  pied  £c 


P  H  I  L  1  P  P  E     I  V.  7 

trois  çenrs  chevaux  raflemblés  a  I4 
hâte  >  eflayérent  d  arrêter  ce,  torreaf 
impétueux  :  il  renveif^  roue  ce  qi)i  f^ 
trouva  fur  Ton  paflàge.  Une  pajrtie  4§ 
cette  axmçe  eil  caillée  en  pièces  :  rau*;^ 
tre  obligée  de  prendre  la  fuite  ,  eft 
poirrfuivie  jusqu'à  une  dew  lieiiç 
de  Beziers.  Le  châreau  de  Serignaii 
devient  la  proie  des  âdmn:kçs  >  &  Is; 
vainqueur  le  rembarque  chargé  de  ri- 
ches dépouilles.  Le  lendeo^in  iil  fe 
fait  voir  à  L'embouchure  de  TEr^ut , 
fe  rend  maître  de  toutes  les  barques 
qu'il  rencontre  y  met  pied  à  terre  ,  S>c 
partage  fes  troupes  en  deux  cprps.  L'un 
qu'il  commande  eil  petfonae  ,  pren4 
/\gde  d'aâaut  ^  pa(fe  au  fil  de  l'épé^ 
tous  le^  habitants  depuis  l'âge  dei  qqkpif 
ze  ans  jusqu'à  foixante< ,  pardon^i^  4 
tous  les  autres  y  ainfi  qu'aux  fem^ies 
&  aux  enfants  9  brûle  la  ville ,  ^  nfé-r 
pargne  qu/e  la  cathçdral^  &c  l'évêçhé. 
L'autre  s'avance,  du  cqté  4f  Vias  ^  qiîji 
eft  emporté  l'épée  à  U  m»in ,.  &  Uvrj 
au  pillage»  Les  cotmmi^nje^  de.  S,  Thi-r 
ben  ,  de  Loupian  >  de  <3igean  ,  fe 
raffèmblent  à  cette  nouvelle  ,  8c  vo- 
lent au  fecours  de  leurs  cQUcitoyens  : 
ils  font  attaqués ,  défaite  ,  contraints 
de  fe  retirer  avec  perte  de  quatre  millç 
.     "  A  iv 


"9         Histoire  m  FraïIcï  , 
hommes.  Delà  le  terrible  Amiral  fait 
voile  ,  d'abord  vers  Aiguës- mortes , 
où  il  s'empare  de  toas  les  bâtiments 
qai  font  au  port  ,  enfuite  vers  Leu- 
cate  ^  où  il  £e  faifit  de  vingt  vaiiTeaux 
chargés  de  marchandifes  ^  pitis  vers 
Narbonne>  où  il  commet  d'horribles 
ravages  ;  &  rentre  enfin  dans  le  port 
de  Barcelone  ^  comblé  de  gloire  &  de 
richeffeff. 
An.  1187-88.      Philippe    fouflfroit   impatiemment 
tes  Françoîj  qà»mi  fom  pIus   ptellànt  Fempcchât 
ravagent^** le  o  aller  lui-même  prendre  fa  revanche  : 
Laoïpoiirdan.jl  engagea  le  roi  de  Majorque,  fon 
allié ,  â  porter  la  guerre  jufques  dans 
le  fein  de  la  Catalogne.  Dom  Jacyme 
y  étoit  excité  par  un  intérêt  perlon- 
nel  :  le  monarqiie  Efpagnol  venoit  de 
lui  enlever  le  fceptre  &  la  couronne. 
Le  reflèntîment  lui  fit  embraflèr  avec 
joie ,  Toccafion  apparente  de  ft  ven- 
zurit.  Annal,  ger.  Auflî-tôt  il  fô  met  eh  marche  , 
Ittivi    de   ta   principale  nobleflè   du 
Carcaflez ,  franchit  le  pallâge  des  Py- 
rénées ,  s'empare  d'ime  partie  du  Lam- 
pourdan ,  lai(Iè  par-tout  des  marques 
de  fa  foreur  ,  &  vient  inveftir  Caftil- 
lon.  Mais  fur  la  nouvelle  que  îe  roi 
d*Aragon  s*avançoit   à   la  tête  d'un 
corps  d'armée  ,  il  fe  retira  avec  pré^ 


P   H  I  I  I  P  P.E     IV.  5 

tîpîtatlon  f  en  bon  ordre  cependant  ^ 
&  repalTa  dans  le  Rouflillon.  Alfoni^e 
à  fon  tour  répand  Tallarme  fur  nos 
frontières  :  il  n'ofe  pas  néanmoins 
entreprendre  d'y  pénétrer.  La  fiére 
contenance  des  communes  de  Nar-  . 
bonne  ,  qui  avoient  pris  les  armes  . 
fous  les  ordres  du  fils  aine  de  leur 
vicomte ,  l'oblige  de  retourner  fur  fes 
pas.  Il  étoit  à  peine  rentré  dans  fa 
capitale ,  que  le  roi  fon  oncle  reparut 
dans  le  Lampourdan  ,  où  il  ht  de 
nouveaux  ravages.  Cortavignon  fut  n^m  inf. 
affiéçé  ,  Se  vivement  preflc.  Déjà  la  '''  *^' 
garnifon  médicoit  de  capituler  ,  lorf- 
qu'un  corps  de  troupes  fupérieur  à  ce- 
lui de  D.  Jayme  ,  le  contraignit  de 
donner  fes  ordres  pour  la  retraite. 
Ceft  tout  ce  qu'on  Içait  de  cette  ex- 
pédition ,  qu'on  doit  plutôt  regarder 
comme  une  excuriion  ,  que  comme 
une  guerre  réglée. 

On  rapporte  à  cç  même  tems  un  fait    vtêtenda 
très-fineulier  >  c'eft  que  dans  le  comté  mariage  pour 

Isa  ^  /     \       M    /•'   r  I  !•  fcpt  30$. 

dÂrmaenac  (<i),  il  fe  fit  publiquement  Extrait  du  ya^ 
un  mariage  pour  fept  ans  entre  deux  lfni*"tom^k^: 
pecfonnes  nobles ,  qui,  ce  terme  expiré,  p-  ^^^'  *^ 
fe  téfervoient  la  liberté  de  le  prolôiv 
ger  ,  s'ils  s'accommodoient  Tun  de^ 


t»       HisTomi  DB  Franct  j 
l'autre.  Le  contrat  porte ,  a|oute-t-c 
que  fi  les  deux  époux  viennenr  à  fe 
parer ,  ils  partageront  également 
moitié  par  moitié  tous  les  enfants  c 
feront  provenus  de  ctxte  union  fept< 
naire  :  fi  par  hazard  le  rK>mbre  s 
trouve  impair ,  ils  tireront  au  forr 
qui  des^  deux  le  furnun>éraire  appî 
tiendra.  C'eft:  grand  dommage  ami 
ment ,  que  M»  de  Varillas  foit  le  A 

tarant  d'une  fait  fi  peu  vraifemb 
le  dans  un  fiécle  déjà  éclairé»  Or 
cherché  inutilement  ce  contrat  di 
la  bibliothèque  du  roi ,  ou  Ton  afïî 
qu'il  exifte  :  te  fçavant  Académici 
qui  a  la  garde  des  manufcrits,  n'er 
^aucune  connc^fTance  :  quand  même 
le  fiippoferoit  réel  ,  ce  feroit  moi 
là  preuve  d'un  ufage  y  qu'un  mon 
ment  de  libertinage» 

On  ne  fçauroit  être  trop  en  gai 
contre  ces  iortes  d'anecdotes ,  qui  : 
dttifent  d'autant  plus  aifément  >  que 
coeur  de  f  homme  eft  plus  enclin  â 
malignité.  On  tit  dans  un  écrive 
également  fatyrique  ôc  paffionné ,  ç 
^  CMfrtge  des  Que  le  cauou  diUSUfflmis ,  en  exhord 

levants,  ami.  ?.  .  i  •  rr» 

1637.  p.  167.  à  la  pratique  de  cet  axiome ,  Tout 

^  commun  entre  amis  y  n'en  excepte  | 

même  les  femmes  :  que  Tadulcére 


P  H  X 1 1  p  p  s    IV.  I  r 

la  fornication ,  fuivanc  lauteur  4e  I4 
glofe ,  font  de  légers  péchés  ^  qu<  U^ 
François  appellent  bonnes  fortunes  ;  , 
qu'un  Pape  enfin ,  Sixte  IV ,  folUçité 
de  permeccre  le  péché  infâme  pen^anf 
les  crois  mois  les  plas  chaud»  de  i'ai>o 
née ,  mit  au  bas  deU  recjuète  xfoitfait , 
ainfiqu^il  efi  requis.  On  fa^fit  avidement 
ces  hiftoriettes  fca^daleufes  \  elles  fa^ 
vorifenc  la  dépravation  des  jnœurs  ; 
on  oublie  qu  elles  pèchent  contre  tout^ 
vraifemblance ,  &  qu'elles  font  prefqq^ 
coûtes  contraires  à  la  vérité,  ie  treizié^ 
me  iîecle  y  il  eft  vr^i  ,  fut  fouillé  d^ 
mille  défordres ,  qui  régnèrent  mêa)^ 
dans  les  fuivants.  On  voit  par  les  aâ;e$ 
du  concile'  de  Virsbourg  y  qui  fui  lenu  concri.  tom* 
en  1x87  ,  qu  alors  les  écléfiaftiquéi  ^îu^hiV.^ 
gardoient  peu  de  modeftie  dans  leurs   ^^^'  Germ.* 

•'a  r  '  •  f  1         Mcibora.  ton». 

vêtements»,  rrequentoient  les  caba^t.p.i7s<  7^* 
i:ets  y  joutoient  aux  tQurnQis  »  entre- 
tenoient  publiquement  des  concubin 
nés.  On  apprend  d'un  autre  concile 
célébré  à  Rouen  en  1199  >  que  les 
curés  &  autres  bénéfiâers  paroiflbient 
en  public  avec  des  habits  courts  & 
lëpee  au  cot^  ;  qu'ils  retiroient  cbes 
eux  des  femmes  j(ufpeâ;es  :  qu'ils  exer^ 
çoient  des  charges  dans  ks  |uftices 
léculiéres  ;  qu'ils  prètoiçnt  à  ufure  > 

Avj 


12  HiSTomi  M  Frakctb  , 
enfin  qu'ils  vivoient  dans  la  débaiicî 
&  les  excès  de  la  table.  Il  eft  rappor 
dani  Içs  annales  des  Comtes  d'Olden 
bourg  ,  qu'en  certains  dioccfes  ,  h 
Officiaux ,  pour  une  fomme  d*argeat 
permettbient  Tadultére  pendant  toui 
une  année  ;  qu'en  d  autres  endroits 
le  fornicateur  en  étoit  quitte  poi 
une  quarte  de  vin  ,  taxe  qui  ne  d( 
voit  finir  qu'avec- la  vie.  Une  fo 
infcrit  fur  le  regiftre ,  il  falloir  cent 
nuer  de  payer  à  perpétuité ,  quoiqu'o 
ne  voulut  plus  ,  ou  qu'on  lie  fik  pli 
en  état  de  pécher.  Mais  parce  qu  il  J 
trouve  de  nos  jours  quelques  prêtre 
intcrefles  ^  libertins  >  fanatiques  ju! 
q|u'au  fcandale  ;  parce  qu'une  jeune  fl 
licencieufe  viole  fans  pudeur  toutes  le 
loix  de  rhonnêteté^  parce  que  des  ma 
ris  fans  principe  comme  fans  mœurs 
oubliant  leur  devoir  ,  leur  fortune 
jeur  honneur ,  entretiennent  publique 
ment  des  femmes  dont  aucun  homm* 
ilé  bien  n'a  jamais  loué  que  la  figun 
^  &  les  talents  :  faudra-e'il  en  conclure 
ou  que  l'Eglife  permet  ces  excès^,  oi 
que  les  loix  civiles  les  autorifent  ? 
Ann.  iis^.  Alors  le  païs  de  Liège  fat  le  trift< 
Bataille  ga-  théâtre  d'une  fanglante  bataille  éntri 
fàïrafif^gc^®  duc  de  Brabanr  &  le  comte  d< 


Philippe    IV.         îif 

Luxembourg  ,  qui  fé  difputoient  la  par  la  hr^i 
Çoffeffion  du  duché  de  Limbourg.  On  ^^;,;^^i^" 
éîoit  convenu  de  terminer  la  -querelle 

Sar  un  combat  où  ces  deux  princes 
evoient  fe  trouver  ,  chacun  à  la  tête 
de  quinze  cents  chevaliers  :  le  comte  spicu.  tom^ 
8c  trois  de  fes  fils  y  perdirent  la  vie 
&  la  viâoire  ,  dont  le  duc  fut  rede- 
vable à  la  bravoure  des  chevaliers 
François.  On  met  Tarchevêque  de  Co- 
logne au  nombre  des  prifonniers  qui 
furent  faits  en  cette  célèbre  journée  : 
ce  qm  prouve  que  fur  la  fin  du  trei- 
zième uecle ,  les  eccléfiaftiques ,  mal- 
gré tous  les  foudres  de  l'Eglife,  n*a- 
voient  pas  enccn-e  abfblument  renoncé 
à  la  profefiion  des  armes.  Quelques 
années  après  (a)  ,  la  réconciliation  de 
ces  deux  illuftres  maifons  fe  fit  par  le 
mariage  du 'fils  du  comte  avec  la  fille 
do  vainiqueur. 

La  giierre  cependant  fe  faifait  en    A^f^res  de 
Sicile  avec  la  même  diverfité  de  fuc-  ^ '''^^• 
ces ,  que  dans  le  Rouflillon  &  la  Cata-  nîcoi.  rpecur. 
loene.  De  part  &  d'autre  on  prenoit .  apîi*^  ,MÛrî«r 
on  perdoit  des  villes.  Le  comte  d  Ar-   spicii.  tom* 
lois,  régent  du  royaume  pendant  la^'^  '^^^ 
prifon  du  roi  Charles ,  avoit  fait  ar- 
mer quarante  vaiffeaux  :  il  en  donna 


ï4  Histoire  de  FrancI^ 
le  commandement  au  comte  d'ÀvelIi 
de  la  maifon  de  Baar.  Ce  feignear  p; 
rue  à  la  vue  d'Agofta ,  au  moment  qi 
les  habitants  en  (octoient  ,  pour  : 
rendre  à  la  foire  de  Lentini  :  la  vil 
fut  furprife  :  le  château  capitula  que 
qnes  jours  après.  Dom  Jayme  étoit 
Meffîne ,  lorfqu'il  apprit  cette  fâche u 
nouvelle  :  il  fe  mit  en  chemin  ,  1 
onzième ,  pour  aller  donner  des  o 
dres  à  Catalane  ,  où  l'on  craignoit  i 
foulévement  en  faveur  des  Françoi: 
démarche  imprudence  y  qui  le  livre 
au  pouvoir  de  fes  ennemis ,  fi  le  dét 
chement  envoyé  pour  le  furprendr< 
n'eût  été  lui-même  furpris.  Aufll-tot 
fut  réfolu  d'affiéger  le  comte  jufqu 
dans  fa  nouvelle  conquête.  Doria  me 
re  fur  fa  flotte  :  Dom  Jayme  dans 
mème-tems  s'avance  à  la  tète  d'i 
corps  confidérable  de  ^fes  troupe] 
Agofta  eft  attaquée  par  terre  &  p 
mer. 

Le  monarque  Sicilien  apprit  fur  c 
entrefaites  ,  que  la  maifon  d'Anj* 
avoir  de  fecretes  inteUigences  da 
Marfale  :  il  y  envoya  une  forte  gari 
fon  pour  enfipêcher  toute  furprife. 
précaution  etoit  néceilaire.  fiien-i 
Henri  de  Mari ,  amiral  des  Napc 


P  H  1 1 1  p  p  1  IV.  i> 
tains  »  fe  fie  voir  à  la  haurettt  de  cette 
ville  :  mais  $  appercevaoc  (^e  fes  pco* 
jets  étoienc  découverts  ,  il  fe  recira 
fans  rien  entreprendre.  Doria  le  pour- 
foivit  jafques  dans  le  port  de  Naples  , 
le  défiant  aa  combat  d'une  manière 
infultante  ponr  les  François.  Ceax^ci 
trop fenfibles  à  loutrage ,  peu ef&aycs 
du  malheur  de  Charles  qu*ctne  pareille 
imprudence  avoit  perdu ,  appareillent 
i  la  hâte  foixante^dix  vaiflèaux  ,  &  fe 
mettent  en  mer  fous  les  ordres  de 
Charles  Martel  >  fils  aîné  du  roi  pri* 
fonnier.  On  prétend  que  te  comte 
d'Arrois  écoic  aufiî  de  cette  expédia 
tion.  Philippe  comte  de  Boulogne  ^ 
fils  du  comte  de  Flandres ,  Gautier  de 
Brienne  y  &  Gai  de,  Montfoit  futvi^ 
rent  rezemple*  L'aâion  fut  vive ,  opi**^ 
niâtre  ,  fiiDglante  :  mais  enfin  la  vic- 
toire demeura  au  générai  Sicilien.  It 
fe  faific  de  quarante  galères,  obligea 
les  autres  de  prendre  la  fuire ,  Se  fît 
quatre  mille  prifonmers  >  qui  tous  fu« 
rent  rachetés,  à  la  réferve  de  Mont- 
fort  ,  qui  mourut  dans  la  prifon ,  vic- 
time de  ta  haine  du  roi  d'Angleterre 
dont  il  avoit  afraffiné  le  coufin  ger- 
main ,  Henri  d'Allemagne.  On  aflure 
que  Doria  auroit  pu  s'emparer  de  ihr 


-.11?     MisTomB  DE  Prancé; 

pies  ,  s'il  eut  voulu  profiter  de  la  cont. 
ternation  publique  \  il  fe  laifla  ébbuic 
à  l'éclat  de  1  or ,  reçut  une  grofle  fom- 
me  9  &  conclut  une  trêve  fans  la  par« 
ticipation  de  fon  maître.  Quelques 
courcifans  jaloux  de  fon  mérite  >  etv 
cote  plus  de  fa  fortune ,  crurent  l'oc- 
cafion  favorable  pour  le  perdre  dans 
Tefprit  du  monarque  :  mais  Procida 
qui  avoir  grand  crédit  dans  le  confeil , 
parla  fi  vivement  en  fa  faveur  ,  qu'il 
empêcha  de  procéder  contre  lui. 

Le  comte  d'Avelli  étoit  toujours 
afiiégé  dans  le  château  d'Agofta.  Déjà, 
les  vivres  commençoient  à  lui  man'* 
quer  :  bien-tôt  il  fut  réduit  à  la  plus 
cruelle  difette.  La  nouvelle  viâoire  de 
l'Amiral  Sicilien  ne  lui  laifibit  aucune 
cfpérance  de  fecours:  il  fe  rendit  pri- 
fonnier  de  guerre,  avec  toute  fa  gar- 
nifon.  On  avoir  une  fi  haute  opinion 
de  l'habileté  de  ce  général ,  que  paut 
le  délivrer ,  le  confeil  de  régence  coa- 
fentit  a  céder  Ifchia  »  forterefiè  impor- 
tante ,  d'où  les  ennemis  pouvoient  ran- 
çonner tous  les  vaiffeaux  qui  fortoienc 
du  port  de  Naples. 
,  Dom  Jayme ,  encouragé  par  ce  fuc- 
ces ,  fit  une  defcente  dans  la  Calab.re  , 
s'empara  de  toutes  les  villes  qu'il  trou^ 


Philippe    IV.  \y 

Va  fans  défenfe  ,  &  finit  par  échouer 
devant  Belvédère.  Cette  place  avoit 
pour  gouverneur  un  brave  François , 
auffi  habile  ingénieur  que  grand  capi^ 
taine  ,  nommé  Roger  de  Sahguinet  : 
il  défola  les  afficgeants  par  les  pierres 
qu'il  ne  ceflbit  de  lancer  avec  its  ma- 
chines. Malheureufement  il  avoir  deux 
%\s  prifonniers  dans  le  camp  ennemi. 
Doria  ,  homme  de  Tang,  propofa  de 
les  faire  attacher  a  l'endroit  on  ces 
pierres  romboient  en  plus  grand  nom- 
bre :  Dom  Jayme  ,  plus  barbare  en-  ' 
core  y  fuivit  ce  confeil  fanguinaire  , 
fans  autre  précaution  que  d'en  faire 
donner  avis  au  père  de  ces  deux  infor- 
tunés gentilshommes.  Sanguinet  ba- 
lança quelque-  rems  entre  la  tendreflè 
Sp  le  devoir  :  mais  enfin  le  fervice  do 
prince  l'emporta  :  il  ordonna  de  con- 
tinuer i  tirer  du  même  côté.  Un  de  fes 
fils  fut  afTomm^  ,  l'autre  eut  le  bon* 
heur  d'échapper  â  cette  grcle  meur- 
trière. Le  cruel  monarque  obligé  de 
lever  fiége ,  eflfaya ,  s'il  étoit  poffible , 
d'effacer  une  tache  fi  hdnteufe  :  il  ren- 
voya au  commandant  François  celui 
de  fes  enfants  qui  ne  devoit  la  vie 

3u'â  une  efpéce  de  miracle,  &  le  corps 
e  celui  que  fa  barbarie  avoit  expo£e  à 


•  '*ï8       HisTeiRB  DE  France, 

une  more  certaine.  De-là  il  s'avance 
vers  Gaëce ,  où  il  avoir  un  grand  parti  » 
furprend  le  fauxbourg  de  la  Meule  » 
qu'il  livre  au  pillage  ,  &  fortifie,  fon 
camp  ,  réfohi  de  n'en  point  fortir  , 
qu'il  ne  foit  maître  de  la  place.  Bien^p 
t-ot  néanmoins  ,  affiégc  plus  qu  aflîé-» 
géant ,  il  fe  voit  enfermé  entre  la  ville 
ôc  larmée du  comte  d'Artois,  qui  vint 
camper  à  cent  pas  de  luL  Onfe  prép^-- 
roitdepartSc  d'autre^àunefangknce 
bataille  ,  lorsqu'on  reçut  la  nouvelle , 
que  la  paix  étoit  conclue  entre  les  rois 
d'Aragon  Se  de  Naples.  Il  eft  befoin 
de  reprendre  les  chofes  d'un  peu  plus 
haut. 
Le  roi  d'An-  Le  Toi  d'Angleterre  avoir  été  mande 
hommage  au  ^î^  France  »pQur  y  faire  hommage  des 
Roi  rmauvai-  poflèffious  qu'il  tcuoit  de  la  couronne* 
piû^TJioywt  Docile  à  l'ordre  de  fon  fouverain ,  il  fe 
xendir.  d'abord  dans  le  Ponthieu  ,  en- 
fuite  d  Amiens ,  puisi  Paris ,  où  il  fut 
traité  fplendidement.  Il  aûxfta  au  par«- 
lement  qui  fe  tint  après  les  fètes  de 
^sp^îciu^tom  pAq^^ç  .  çj^g^  y  mercredi  de  la  fe- 

maine  de  la  Pentecôte  {a)  ,  dans  une 
falle  près  du  palais  ,  il  parut  au  pied 
du  trône  dans  l'équipage  d'un  vaiTal  ^ 
&  fe  reconnut  fujet  du  feigneur  Roi  ^ 

ia)  Anu.  H87.         -         . 


Philippe    IV.  19 

pour  les  terres  qa'il  poiïédoit  dans  le 
royaume.  L  evcque  de  Bath  &  de  Wells 
porcoic  la  parole ,  &  dit  aii  nom  de  fon 
maître  :  »>  Sire ,  tof  de  Fraiure ,  le  roy  Rymer  afi. 
»  Henri ,  père  de  notre  feigneur  le  roy  pi«t:i?&  l' 
•*  d'Angleterre  ,  fit  certaines  deman-  ^ 
»  des  au  roy  Louis  votre  ayeul  ,  fur  ^ 
M  lefquelles  fut  fait  un  traité  tie  paix 
»  entre  eux.  Henri ,  fuivant  cette  con- 
9»  yention  3  fit  hommage  non-feule- 
^  ment  de  l'Aquitaine  ,  mais  encore 
M  des  provinces  qu  on  s'étoit  engagé 
>«  de  lui  remettre  par  cette  même  paix. 
M  Le  Roy  mon  feigneur  quieft  ici  pré»- 
»  fent ,  rendit  les  mêmes  devoirs  au 
»>  roy  Philippe  .votre  père  ,  fous  les 
9»  mêmes  conditions.  Cependant ,  fire, 
t»  le  traité  n'a  pas  été  fidèlement  ob^- 
M  fervc.  Or  quoique  par  raifon ,  com^' 
>«  me  il  eft  avis  i  pluheurs  de  fon  con- 
M  feil ,  il  pût  débattre  cet  hommage  y 
M  néanmoins  il  ne  veut  pas  aâruelle- 
»  ment  entrer  en  difpute  fur  ce  fujet , 
M  fi  vous  lui  Élites  ,  comme  bon  fei- 
^.gneur»  la  paix  entériner  ,  &  toutes 
s»  lurprifes  ôtec  Se  amender.  Je  de- 
»  viens  votre  homme  pour  les  terres 
»  que  je  tiens  de  vous  en-deça  de  la 
M  mer  »  félon  la  forme  de  la  paix  ,  qui 
»  fut  faite  entre  nos  ancêtres  **. 


.   '  10  HlÔtÔlRB    DE   FrAME  , 

Mîft.  d'Angi.  M  Ceft  ici  ,  dit  Rapin  Thoyras  î 
?!'"î?*i4.iî;  »»  une  matière  importante ,  qui  eut  de 
M  grandes  fuites  dans  un  autre  tems. 
M  II  n'eft  pas  diffidie  de  s'appercevoir 
n  qu'en  cette  occafion ,  Edouard  vou* 
9>  lut  ménager  les  expreflîons ,  pour  ne 
M  pas  trop  s'engager  dans  une  circonf- 
»>  tance  où  k  cour  de  France  fe  trou* 
M  Voit  au  plus  haut  point  de  profpé- 
»  rite.  Il  ne  s'explique  qu'en  termes 
»  généraux  ,  fe  réfervant  de  faire  va- 
9$  loir  dans  des  conjonâures  pfus  favo- 
M  rables  Ces  prétentions  fur  toutes  les 
w  provinces  enlevées  à  fa  maifon  par 
M  les  prédécelTeurs  du  Roy  régnant. 
»i  Philippe  ,^joute-t'il ,  fe  croyant  fans 
n  doute  en  droit  d'interpréter  ces  mè^ 
M  mes  termes  à  fon  avantage ,  voulut 
»  bien  recevoir  l'hommage  avec  cette 
»•  obfcurité^fFeftée  «.  On  foufcrit  fans 
MÎÎii^dM^-  P®^"®  ^^^^  ""  célèbre  Académicien  â 
fom*'7^'^  ^  l'eftime  que  le  public  témoigne  pour 
njl  '^'  ^*  l'hiftoire  de  ce  François  réfugié.  Le 
ftyle  en  eft  clair  ,  naturel ,  coulant  : 
les  faits  y  font  préfentés  avec  ordre  : 
on  y  trouve  des  réflexions  fenfées  » 
quelquefois  même  de  l'exaâitude. 
Mais  fon  animofité  contre  fa  patrie  , 
qu'il  ne  ha'iïlbit  peut-être  que  parce 
qviû  la  regrettoit  ,  le  jette  fouveiu 


P  H  I  L  I  p  p  E    I V.  ir 

<Ians  des  prévarications  honteufes  ^ 
que  rien  ne  peut  excufer  ,  ni  juftifier. 
Ce  n  eft  point  négligence  ,  ou  igno- 
rance :  c'eft  une  mauvaife  foi  réflé- 
chie. 

I^apin  a  connu  le  recueil  de  Rymer  t 
c*eft ,  de  fon  propre  aveu ,  la  publica- 
tion de  ce  grand  ouvrage,  qui  Ta  en- 
gagé a  entreprendre  le  lien  :  îl  a  fait 
des  extraits  de  prefque  toutes  les  piè- 
ces qu'il  renferme  :  il  cite  même  le 
fameux  traité  où  les  prétentions  d'E- 
douard font  amplement  détaillées  : 
mais  pour  avoir  occafion  de  les  éten^* 
dre  à.  toutes  les  provinces  confifquées 
fiiir  le  roi  Jean ,  il  renverfe  malicieu- 
fement  Tordre  des  rems  ,  &  le  fait 
précéder  Thommage.  CeJui-ci  nean-  RYmer.îbi 
moins  eft  conftamment  du  mercredi  ^  ''^' 
delafemaine  de  la  Pentecôte  1187  ; 
celui-là  eft  du  mois  daoût  de  la  même 
année  (a).  Çeft  trop  peu  dire  ;  pour  ne 
mettre  aucune  borne  aux  proteftations 
de  fon  héros  ,  il  ne  craint  pas  de  le 
peindre  fous  les  traits  d'un  «fourbe  > 

C)  Le  P«  Daniel  eft  tombé  dans  la  même  faute 
[  tom.  ç.  p.  8.  ]  :  fanf  doute  qu'il  n'avoit  pas  con- 
iiiUé  le  recueil  de  Rymer,  qui  n'ctoit  pas  alots  fort 
commun  en  France.  Cela  méritoit  aiTurément  une 
obfcrvation  de  la  parc  du  nouvel  éditeur  de  ce  cé- 
lèbre hiilocicn* 


bid. 


44  Histoire  de  Franck  , 
9,  de  fes  demandes  ,  nous  décIarofiS 
>,  authentiquemeiit  par  ces  préfentes, 
i>  que  notre  mcencion  eft  que  ladite 
9,  paix  foit  obfervée  dans  tous  fes  ar« 
,5  rides.  Ceft  pourquoi  ,  i*^.  nous  lui 
yy  abandonnons  toute  la  direâe  que 
„  notredit  ayeui  avoit  &  cenoit  dans 
y,  les  villes  &  diocèfes  de  Limoges ,  de 
)>  Cahots  &  de  Perigueux ,  fauf  rhom- 
fy  mage  de  ceux  qui  font  exceptés  par 
,,  la  convention  d'Amiens, faut  encore 
iy  tQUC  ce  que  nous  ou  nos  prédécef* 
iy  feurs  pouvons  avoir  acquis  depuis 
9,  dans  tes  fufdites  provinces  >  par 
^y  achat  ,  donation  ,  ou  autrement. 
„  1®.  Nous  lui  cédons  de  même  tout 
y  y  le  temporel  &  toute  la  mouvance 
yy  de  la  partie  de  la  Saintonge  >  qui  efl: 
„  au-delà  de  la  Charente ,  avec  toug 
„  les  fiefs  &  arriere-fiefs  qu'y  pofledoic 
„  autrefois  le  comtç  de  Poitiers,  ceux 
yy  mêmes  que  notredit  ayeul  avoit  au 
yy  tems  de  la  prenûére  paix  dans  les 
yy  villes  8c  diocèfes  ci-deflus  nommés. 
„  S'il  s'en  trouve  quelques  -  uns  que 
yy  nous  ne  puidions  pas  lui  remettre, 
„  nous  lui  ferons  échange  avenable  , 
yy  au  dire  de  pri^des  hommes.  Pour  ce 
yf  qui  regarde  le  château  de  Paraco/Up 
»p  avçç  toutes  fe$  dépendances ,  nous 


P  H  I    l  I  P  P  E     I  V.  1  f 

^lai  fournirons  un  vadàl ,  qui  le  tien- 
3  dra  de  lui ,  ôc  fera  obligé  de  lui  obéir 
,  comme  àîbn  feigneur  ,  fauf  le  droit 
,  d  autrui,  j  ^'.Une  chofc  nous  arrêtoir, 
,  &  fembloit  former  une  difficulté 
,  infurmontable  ,  le  roi  d'Angleterre 
y  prétendoit  que  la  terre  pofTédee  dans 
»,  le  Querci  par  le  comte  de  Poitiers  , 
,  étoit  compcife  au  nombre  des  pro« 
,  vinces  qu'on  devoir  lui  reftituer  ; 
.3  attendu  qu'il  n'avoit  pas  tenu  au  roi 
,  fon  père  ,  qu'on  ne  fit  les  informa- 
,  rions  prefcrites  par  le  traité  de  paix, 
,  &  que  fes  témoins  étoient  morts 
3  pendant  les  délais  qu'on  y  avoic 
„  apportés.  Nous  foutenions  au  conr 
,  traire  ,  que  le  duc  d'Aquitaine  n'y 
,  avoir  aucun  droit  ;  que  le  feu  roi  » 
,  notre  feigneur  &  père  ,  ni  fes  gens» 
n'avoient  formé  aucun  obllacle  aux 
éclairciflements  qu'on  avoit  exigés  ; 

3u'ils  avoicnt  été  conftanunent  trè^ 
ifpofés  9  que  nous  étions  nous* 
mêmes  toujours  prêts  à  lui  faire 
droit  fur  cet  ariicle  ,  $il  pouvoir 
prouvée  la  légicimité  de  fes  préten- 
tions. Enfin  ,  par  l'avis  des  gens  de 
bien  Se  des  feigneurs  ,  nous  lommes 
convenus  de  ce  qui  fuit  :  Nous  , 
Philippe ,  promeccoasde  payer  audic 
Tome  Fit  B 


'iS       Histoire  de  Françî, 
^y  roi  d'Angleterre  &  à  fes  hcrîcîer^; 
9,  une  penuon  annuelle  de  trois  mille 
„  livres  tournois  {a)  ,  que  nous  nous 
^,  obligeons  de  lui  aflurer  fiir  quelques- 
,,  uns  de  nps.  domaines.  Le  roi  d*An- 
„  gleterre  de  fon  cète  ,  en  reconnoif- 
„  lance  de  cette  faveur ,  renonce  pour 
„  lui  &c  fes  fuccelfeurs'à  routes  de^ 
jj  rtiandes  ultérieures  ,  nous  remettant 
3,  à  perpétuité  le  fief  de  Querci  ,  & 
^,  tout  le  droit  qu'il  y  a ,  ou  qu'il  y 
3,  avoît.  4^.  Quant  aux  domaines  fur 
3,  lefquels  cette  jente  fera  aflîgnée  ,  le 
'    3,  roi  d'Angleterre  les  tiendra  de  nous 
3,  &  de  nos  fuccefleurs,  ainfi  que  ceux 
^,  que  nous  lui  cédons  par  cette  tran- 
5,  (aftion  y  fous  le  même  hommage  lige  , 
,,  fous  lequel  il  tient  la  terre  de  Gaf- 
3,  cogne  ,  &  toutes  .celles  qu'il  a ,  ou 
,j  qu'il  aura  dans  le  royaume  en  vertu 
„  àt$  fufdites  paix  **. 
Grâce  ac-     Telle  fut  U'conclufion  de  cette  gran- 
"^^^::^:.t  <^ô  ^^^^^  décidée  fous  faint  Louis ,  exé- 
cutée en  partie  fous  Philippe- le-hardi , 
confomméè  enfin  fous  Philippe-le-beK 
Ce  grince  venoit  de  favorifer  Edouard», 
en  lui  accordant  plufieurs  chofes  qu'il 

{a)  Non  fijr  mille  ,  comme  le  dît  Rapin  Thoyrâsri 
e^  exagère  ioupaT$ ,  Ipcfau*!!  s'agit  de  quelque  pré- 
teatioade  rAûglecerre  vis  iyU  de  la  France,  j 


P  H  I  L  ï  P  P  E     I  V,  if 

ii^avoit  pas  droit  d'exiger  :  ce  qui  fie 
mettre  pour  titre  à  1  aâ:e  qui  en  fut  ex- 
pédié ,  grau  faitt  au  roi  d^ÂngUUrn^ 
Le  monarque  ,  par  fes  lettres  patente* 
datées  du  mois.de  Juillet  [  \x%6'\  ,  Rymer.îbid) 
confent  que  les  terres  pofledées  par  le  ^^^'^ 
duc  d'Aquitainie  dans  le  royaume  de 
France ,  ne  puillènt  être  coîififquces  , 
ni  pour  jugement  injufte ,  faux ,  nmu* 
vais ,  ni  pour  déni  de  juftice.  Il  pro- 
met de  plus'  de  renvoyer  les  parties 
appeliantes  au  fénéchal  de  Guienne  p 
&  s'engage  a  lui  donner  trois  mois  « 
pour  foutenir  ,  ou  pour  réformer  fes 
arrêts  :  conceffion  néanmoins  qui  ne 
doit  avoir  lieu  que  pendant  la  vie 
d'Edouard  ,  après  quoi  les  chofes  re^ 
tourneront  dans  leur  premier  état. 

Le  monarque  Anglois  employa  près    Trêve  eatre 
de  fix  mois  à  cette  négociation.  Elle  ne  j?Afagon*pfr 
fut  pas  plutôt  terminée ,  qa'il  fe  rendit  la  médiation 
a  Bordeaux ,  où  il  tint  un  grand  parle-  ^i^'^J'^ 
ment  ,»j&  reçut  divers  envoyés  de  Caf- 
tille  ,  d'Aragon  8c  de  Sicile  :  ce  qui 
caufa  quelques  allarmes  à  Paris.  Mais 
il  n'avoir  alors  que  des  vues  pacift- 

3ues  :  tout  l'obfet  de  fes*  defirs  étoit 
e  procurer  la  liberté  de  Charles  II  » 
furnommé  le  boiteux  ,  fils  aîné  de 
Charles  d'Anjou  »  roi  de  Sicile  »  frère 

BiJ 


ti       Histoire  de  Framcb  , 
da  faint  Louis  ^  oucle  {a)  de  Philippe- 
le-hardi.  Le  premier  de  fes  foins  avoit 
été  de  ménager  une.  fufpenfion  d  armes 
entre  les  couronnes  de  France  Se  dA- 
ragon.  Le  roi  Philippe ,  vaincu  par  fes 
prières  ,  avoit  confenti  qu'il  en  (ut  le 
Kymer,îbîa.  médiateur  :   Alfonfe  informé  de  fes 
démarches  officieufes  ,n  avoit  rien  eu 
de  plus  preflTé  que  de  lui  envoyer  avec 
fes  ambafladeùrs,  Pierre  Martin  d'Ar- 
tafone  &  Jean  de  Zapata  ,  deux  fei- 
gneurs  de  fon  confeil ,  pour  le  remer^ 
cier  de  fes  offres  obligeantes  ,  &  lui 
remettre  toute  fon  autorité.  Edouard , 
muni  de  ces  pleins  pouvoirs  »  eut  bien- 
tôt furmonte  toutes  les  difficultés  ,  & 
la  trêve  fut  conclue  pour  un  an  entre 
les  deux  rois  &  leurs  alliés ,  tant  fut 
mer ,  que  fur  terre  (^). 
Négocia-        Auffi-tôt  il  en  écrivit  au  Pape ,  doni 
déH^vraCe'dû  Philippe  avoît  exigé  Tagrémient.   Ho- 
prince  de  Sa-  norius ,  c'étoitlenom  du  pontife  ,  lu; 
répondit  avec  plus  de  politefle  ,  qu< 
Idem  ibid.  de  franchife.  Il  le  loue  de  ks  bonne 
intentions  :  mais  en  même-tems  il  lu 
repréfentc  qu'il  fe  charge  d  une  afFairi 
extrêmement  difficile  ,  par  la  multi 

(a)  Noi^  fon  frcfe ,  comme  le  dit  fans  fondemex 
lUpih  Tb^yras,  Hifb..  d'Aiigl.  corn.  3.  p.  ro. 

(b)  Ce  traire  qui  fut  conclu  .à  Paris  pendant  le  d 
jour  qu'y  fit  Edouard  ,  eft  daté  4 u  15  Juillet  12.&6! 


p.  J4.  lU 


V 


Phiiippe    IV,  19 

plicicé  des  intérêts  qui  s'y   trouvent 
mclés ,  &  rexhorte  à  négocier  de  ma- 
nière qu'il  ne  perde  jamais  de  vue  la 
gloire  de  Dieu ,  1  honneur  de  rEglife.^ 
&  du  roi  des  François ,  le  falut  de  fon 
ame ,  la  délivrance  du  prince  Charles  , 
la  liberté  des  fils  de  Ferdinand  de  la 
Cerda ,  &  la  tranquillité  durable  de  la 
France  &  de  la  Caftille.  Il  le  prie  fur- 
tout  de  ne  rien  conclure ,  que  de  l'avis 
des  archevêques  de  Kavenne  Se  de 
Mont-real  ,  quillui  avoir  envoyés  ,     . 
avec  des  ordres  fecrets  de  lui  rendre 
un  compte  exaâ  de  tout^  ôc  de  traiter 
de  façon  qu'on  ne  pût  les  foupçonner 
ni  d  empreflèment ,  ni  d^indinérence 
pour  raccommodement. 
•  Tant  de  précautions  de  la  p^rt  da     Premier 
pontife  ,  marquoient  moins  un  éloi-  v^paVnJn^ 
gnemcnt  pour  la  paix  ,   qu'une  fage  nus  iv. 
défiance  fur  les  conditions  auxquelles     idem  ibid: 
elle  feroif  conclue.  On  lui  avoit  tap-  _^' 
porté  qu  Alfonfe  ,  à  Tinftigation  de.  la 
reine  fa  mère  &  du  roi  fon  frère  ,  ne 
vouloit  négocier  que  fur  le  plan  d'un 
traire  projette  autrefois» ,  lorfque  le 
prince  de  Salerne  étoit  prifonnier  en 
Sicile.  Il  pQrtoit  i  **.  que  Charles  céde- 
roit  au  roi  D.  Jayme  toute  la  Sicile  , 
avec  les  ifles  adjacentes ,  le  tribut  que 
Biij 


3  6  Histoire  de  Frakce  , 
le  roi  de  Tunis  payoit  tous  les  an$  i 
&  de  plus  dans  le  continent  d'Italie  , 
toutes  les  places  &  tontes  les  terres 
conaprifes  dans  rarcKevêché  de  Reg- 
gio  :  2*.  qu'il  feroit  enforte ,  que  tout 
xc  qui  avoit  été  fait  par  les  Papes  con- 
tre la  maifon  d'Aragon ,  fût  révoqué , 
Se  que  la  confifcaiion  du  royaume 
tl'Araeon  en  faveur  de  Charles  de  Va^ 
lois ,  frère  du  roi  de  France  ,  fut  dé- 
clarée nulle  :  5  ^«  que  fon  fils  aîné  épou- 
ieroit  lolande  fceur^du  roi  d'Aragon  , 
9c  que  Blanche  fa  fille  cadette  Ieroit 
donnée  en  cnariàge  au  roi  de  Sicile  : 
4?.  qu'afin  de  faciliter  l'exécution  de 
de  tous  ces  articles ,  il  feroit  fait  une 
trêve  de  deux  ans  entr«  la  maifon  d'A- 
ragon d'une  part,  8c  l'Eglife Romaine 
de  l'autre  :  ce  qui  n'empecheroit  poin( 
D,  Jayme  de  fecourir  fon  frère  Alfonfe 
dans  quelque  guerre  que  ce  fut.  HonO' 
rius ,  indigné  qu'on  difpofât  ,  fans  le 
confetitement  du  fàint  Siège  ,  d'un 
royaume  qui  lui  appartenoit ,  adèm- 
bla  les  cardinaux  ,  &  de  leur  avis , 
caflà  &  annuHa  ce  traité  y  fi  cependant 
ilexiftoit,  comme  attentatoire  à  l'au- 
torité de  TEglife ,  injurieux  aux  fouve- 
rains  pontifes ,  honteux ,  onéreux  ,  fu- 
Hefte  à  la  mûhti  d'Anjou  j  défendit; 


f. 


Philippe    IV.  3  r 

fous  les  plus  griéves  peines  de  traiter 
à  des  conditions  Ci  dures  ,  profcrivic 
enfin  ôc  déclara  de  nulle  valeur  toute 
tranfaâion  oui  pourroit  être  faite  dans 
le  mcme  gout« 

Edouard  n*ignoroit  point  ces  diïpo-  sçcond  trai- 
fitions  du  Pape  :  mais  rien  ne  fut  capa-  i^icoki  iv?*^ 
ble  de  le  détourner  de  fon  deflein  ,  ni 
les  prcteiîtions  exorbitantes  de  l'Ara- 
;on ,  ni  la  fierté  de  Rome ,  ni  mêfne 
a  mon  du  fonverain  pontife ,  qui  arri- 
va fur  ces  entrefaites.    Il  écrivit  aux      ibid. 
cardinaux  adèmblés,  pour  les  prier  de 
confirmer  la  trêve ,  dont  il  avoir  été  le 
médiateur ,  &  pourfuivit  fon  entrepri- 
fe  avec  ce  zèle  intrépide  >  qui  eft  pref- 
que  toujoms  garant  du  fuccès.  Il  eut  Abrég.  chron: 
plufieurs  conférences  avec  le  roi  d'Ara-  ^*  *•  ^  '^*' 
gon  :  Mezeray  même  aâure  qu'il  paflà 
en  Sicile ,  pour  traiter  avec  D.  Jayme  : 
mais  les  KiAoires  d'Angleterre  ne  font 
aucune  mention  de  ce  voyage.  Enfin 
dans  une  entrevue   des   deux  jois  à 
Oleron ,  il  fut  convenu,  que  le  prince 
de  Salerne  feroit  remis  en  liberté  dans 
le  cours  de  l'année ,  à  ces  conditions  : 
I  ^.  Qu^il  laiflèroit  pour  otages  fes  trois  Rymer ,  ib-d. 
fils  aînés  j  fçavoir  ,  au  moment  de  fa  Ti/H.'^'  * 
délivrance  ,  les  deux  puînés,  Louis  Se 
Robert  j  dix  mois  après ,  Charles  Taîné, 
'  '     B  iv 


32  HtSTOTRE    DE    FHAUCE  , 

pour  lequel  cependant  il  livreroit  fon 
cinquième  fils  ,  Raymond  Berenger  , 
qui  ne  lui  feroic  rendu ,  que  lorfque 
le  premier  fe  feroit  conftitué  prifon- 
nier  :  2».  qu'il  payeroit  cinquante  mille 
marcs  d'argent  ;  trente  mille  en  efpè- 
ces  y  vingt  mille  en  billets,  dont  le  roi 
d'Angleterre  feroit  caution  ,  &  qui 
demeureroient  confifqués  ,  fi  le  fils 
aîné  ne  remplîflbit  point  fes  engage- 
ments j  auquel  cas  ,  Raymond  Beren- 
ger  tomberoit  en  la  main  du  monar- 
que Aragonois  &  de  fes  héritiers ,  fauf 
la  vie  &  les  membres  :  j".  qu'outre 
les  trois  princes  ,  on  remertroit  au  roi 
d'Aragon  foixanre  autres  fils  aînés  des 
feigneuts  les  plus  qualifiés  de  la  Pro- 
vence ,  dont  les  châtelains ,  barons  , 
chevaliers ,  fyndics ,  jureroient,  fi  leur 
comte  manquoit  à  l'exécution  de  fes 
promeffès  ,  qu'ils  pafleroient  fous  To- 
oéifTance  d'Alfonfe ,  qui  alors  devien- 
droit  maître  de  tout  le  comté,  lui  ôc 
fes  héritiers  ^à  perpétuité  :  4**,  que 
Charles ,  avant  que  de  foftir  de  pri- 
fon ,  feroit  confirmer  la  trêve  conclue 
pour  un  an  entre  la  France  Se  l'Ara- 
gon  ;  trêve  où  la  Provence  &  la  Si- 
cile dévoient  être  également  compri- 
fes  :  5®.  que  les  otages,  la  terr«  de 


Philippe    IV.  jj 

JProvencç  ,  enfin  les  cinquante  mille 
marcs  d  argent  ,  dc:meureroient  à  la 
dirpo/îtion  du  prince  Efpagnol  ,  (î 
Charles  ,  délivré  de  fa  captivité  ,  ne 
travailloit  point  efficacement  à  procu- 
rer une  fufpenfion  d'armes  pour  trois 
ans  entre?  TEglife  ,  la  France  ,  la  Pro- 
vence ,  TAragon  Se  la  Sicile  :  6^.  qu'il 
perdroit  également  ces  mêmes  cin- 

auante  mille  marcs^  s'il  n'agifibit  pas 
e  bonne  foi  auprès  du  fouverain  pon- 
tife ,  tant  pour  le  réconcilier  avec  la 
famille  royale  d'Aragon ,  que  pour  lui 
faire  ratifier  ce  préfent  traité  dans 
l'année  de  -fa  délivrance  :  7®.  aue  le 
roi  Alfonfe  Se  fes  héritiers  dilpofe- 
loient  à  leur  gré  des  otages  ,  &  pour- 
roient  mettre  en  leur  main  tout  le 
comté  de  Provence  ,  fi  Charles,  dans 
Tefpace  de  trois  ans ,  n'avoir  pas  con- 
clu une  paix  durable  entre  le  Pape  \ 
le  feigneur  roi  de  France ,  le  feignem: 
Charles  fon  frère  ,  &  les  maifons  d'An- 
jou &  d'Aragon  :  8®,  que  ce  malheu- 
reux prince  en  un  mot  jurexoit  fur  fbn 
corps  &  fur  (on  ame  ,  avant  ôc  après 
Ùl  oélivrance  ,  l'obfervation  fidèle  de 
tous  ces  articles  ,  fous  peine  d'être 
réputé  infatne  y  parjure  ,  indigne  i 
jamais  des  honneurs  &  du  nom  de  roi  ^ 

By 


54       Histoire  de  F^iàkce,' 
fi  dans  rimpoffibilité  de  remplir  fef 
engagemenrs  au  cems  marqué ,  il  ne 
venoïc  pas  fe  remettre  priionnier  en 
Aragon  (a). 

On  frémit  de  la  dureté  de  ces  con- 
ditions. Le  roi  d'Angleterre ,  Edouard 
même ,  qui  les  avoir  rédigées ,  ou  du^ 
moins  accordées ,  n'ofa  les  notifier  au 
faint  Père ,  qui  lui  en  fit  des  reproches, 
ibid.  p.  15.  Nicolas  cependant ,  c'eft  le  nom  quV 
voit  pris  le  nouveau  pontife  ,  en  fut 
pleinement  informé ,  foit  par  le  mi- 
niftére  des  deux  prélats  que  le  feu  pape 
avoit  envoyés  au  monarque  Anglois  , 
foit  par  Tindifcrétion  de  ceux  qui 
àvoient  été  préfents  i  la  négociation* 
Il  ne  put  les  lire  fans  être  laifi  d^Mle 
vive  indignation  :  les  unes  ,  dit-il  , 
font  abominables  aux  yeux  de  Dieu  ^ 
les  autres  injurieufes  Se  dommagea- 
bles à  l'Eglile  :  celles-ci  onéreufes  Se 
funeftes  à  Ja  maifon  d'Anjou ,  celles-là 
difpendieufes  &  préjudiciables  au  roi 
de  France  :  quelques-unes  impoffibles  y 
illicites  :  quelques-autres  pernîcieufes  y 
horribles  ,  déteftables  ,  a  un  mauvais 
exemple  enfin  pour  les  fidèles»  Il  pro- 
tefte  que  jamais  Rome  n'y  foufcnra , 

(«)  Ce  traité  «a  daté  d'Olcton  le  lout  de  S.  Jacques 


Philippe    IV.  5J 

qu'elles  font  nulles  ,  qu'on  n'a  pu  en 
un  mot  y  ni  les  proposer ,  ni  les  accep- 
ter fans  lagrémenc  du  faine  Siège  ^ 
donc  le  prince  de  Salerne  écoic  feuda- 
taire. 

Audi  -.  toc  il  écrivit  aux  Siciliens , 
pour  les  exhorter  à  rentrer  dans  le  de- 
voir ^  au  roi  d'Aragon  ,  j)our  lui  or^ 
donner  de  venir  rendre  compte  de  fa 
conduite  ^  au  roi  Philippe  ,  pour  con* 
firmer  de  nouveau  la  donation  du 
royaume  d'Aragon  à  Charles  de  Va- 
lois j  &  lui  accorder  pendant  les  trois 
années  fuivantes  les  décimes  des  biens 
eccléfiaftiaues.  Les  Siciliens  méprifé- 
rent ,  &  (es  menaces  >  Se  fes  foudres» 
Alfonfe  témoigna  plus  de  modération  ^ 
&  lui  envoya  des  ambaHàdeurs  ,  qui 
eflayérent  inutilement  de  le  âéchir  en 
faveur  de  la  maifon  d'Aragon  :  la  ré- 
pon(e  fut  ^ue  le  fènl  moyen  d'appaifec 
Rome  étoit  de  rendre ,  &  la  liberté  » 
ôc  la  Sicile  au  prince  de  Salerne.  Phi- 
lippe >  pour  aflurer  le  fuccès  d'une 
guerre  où  il  fatisfaifoit  en  mêmè^ 
rems  fa  piété  envers  l'Eglife ,  &  fa  ten- 
dreiïè  pour  fon  frère  ,  réfolut  de  s'ac^ 
commoder  avec  D.  Sanche  roi  de  C^^ 
cille ,  Se  d'accepter  la  ligue  qu'il  lui 
ofiroit  contre  l' Aragon. 

Bvj 


T 

du 


}â       Histoire  m  Franci, 
Traité   de      H  J  avoit  dcux  ans  (a) ,  que  les  denx 
paix  entre  la  fois  étoicnt  convenus  de  s  aboucher  à 

France  &    la  „  „  . 

CaWiiie.   Li  Bayonne  :    1  entrevue   cependant  ne 
gue  des  deu.  j'étoit  Doint  faite  ,  fans  qu'on  en  ait 

couronn.con  ^      '^  •    i        /  •     i_f         •/*       rii    i- 

cre  l'Aragon.  pu  içavoir  la  véritable  raiion.  Philippe 
s'arrêta  au  Mont-de-Marfan  ,  &  Dom 
Sanche  demeura  à  Saint-Sébàftièn  » 
d'où  il  envoya  D.  Gonzales ,  archevc- 

Îue  de  Tolède ,  pour  conférer  avec  le 
uc  de  Bourgogne  ,  que  le  monarque 
François  avoit  nommé  fon  plénipoten- 
Marîana,h;ft-  tiaire.  Robert,  c'eft  le  nom  du  prince 

d'Eia.  tom.  î    T.  •  I  * 

p.  114- 115-  Bourguignon  ,  quelques  avances  que 
lui  fît  le  prélat ,  ne  voulut  rien  écou- 
ter :  il  exigeoit  pour  préliminaires  que 
le  roi  de  Caftille  le  féparâc  d'avec 
Marie  de  Molina  ,  dont  le  mariage 
étoit  notoirement  nul  (^)  ,  &  quil 
ëpoufât ,  ou  Marguerite  ,  ou  Blanche 
de  France  ,  toutes  deux  fœurs  du  roi 
Philippe.  D.  Sanche  aimoit  tendre- 
ment  la  reine  fa  femme  ,  princeHè 
d'une  grande  vertu  :  il  en  avoit  deux 
enfants  ,  un  fils  &  une  fille  :  il  rejetta 
la  propofition  avec  indignation  :  les 
conférences  furent  rompues*  Enfin  la 

(a)  An.  iiSc, 

ilf)  tUe  écoic  fille  d'Alfonfe  de  Molina  ,  grand  oncle 
àe  Doni  tanche  :  il  falioic  une  dilpenfe  y  que  les  deux 
époux  n'avoient  poii^c  accendue  >  ^mc  le  pape  refurois 
conâamnienc. 


Phi  t  I  p  p  B    IV.,        57 
négociation  fut  renouée  [en  1188] 
à  la  follicitation  du  pape ,  qui  avoit 
fçu  gagner  la  reine  de  Caftille  &  i'ar- 
chevcque  de  Tolède.  Marie  ,  toujours    wcmîbid. 
inquiète  fur  fon  mariage  ,  crut  que  ^  "^* 
c'étoit  le  meilleur  moyen  d'obtenir 
cette  difpenfe  fi  long-tems  fouhaitée 
en  Caftille ,  fi  conftamment  refufce 
à  Rome  ,  où  la  cour  de  France  avoit 
tout  crédit.  Elle  agit  fi  vivement,  que 
les  deux  monarques  envoyèrent  leurs 
ambafladeurs  à  Lyon ,  où  cette  affaire 
devoit  fe  traiter  en  préfente  du  légat 
que  le  faint  fiége  avoit  ftpmmé  pour 
ménager  une  ligue  entre  les  deux  cou- 
ronnes. Cctoit  le  célèbre  cardinal  Jean 
Cholet ,  que  le  Oeauvaifis  a  vu  Raître 
d'une  famille  noble  ,  que  fon  mérite 
a  élevé  â  la  pourpre  ,  lorfqu'il  n  ctoit 
encore  que  nmple  chanoine  de  Beau- 
vais ,  que  le  pape  Martin  IV  employa 
dans  les  plus  grandes  négociations ,  à  . 
qui  Paris  enfin  doit  la  fondation  du 
collège  qu'on  appelle  encore  aujour- 
d'hui de  fon  nom  (a). 

On  procédoit  de  bonne-foi  de  part 
&  d'autre  :  la  paix  fut  bientôt  conclue. 
Les  deux  rois  convinrent  d'une  ligue,  p/iH.'^*** 

(4)  Il  mourut  le  i  Aoàt  119?   :  la  fondation  du 
Cullége  des  Cholccs  n'eut  fon  exé(;uUon  qu'en  xi^j. 


3 8  Histoire  de  France, 
pour  contraindre  le  roi  d'Aragon  de 
remettre  encre  les  mains  du  monarque 
François  les  deux  princes ,  Alfonfe  & 
Ferdinand  de  la  Cerda  ,  qu'il  cenoit 
prifonniers  depuis  plusieurs  années. 
Dom  Sanche  promit  de  céder  à  l'aîné 
le  royaume  de  Murcie  »  à  condition 
qu'il  ie  tiendroit  comme  un  fief  rele- 
vant de  la  Caftilie ,  &  qu'il  renonce- 
roit  abfolument  à  toutes  fes  préten- 
tions fur  cette  couronne  :  (i  Alfonfe 
mouroit  fans  enfants  ,  Ferdinand  fon 
cadet  étoit  fubftitué  au  trône  qu'on  lui 
abandonnoit  par  ce  traité.  Le  prince 
Caftillan  s'obligeoit  de  plus  à  entre- 
tenir mille  chevaux  au  fervice  de  la 
France ,  qui  étoit  fur  le  point  d'entrer 
en  guerre  contre  l'Aragon.j&s'il^toit 
nécedàire ,  s'engageoit  de  lui  fournir 
des  vivres  en  payant.  On  dit  que  la 
princefTe  Blanche ,  mère  des  deux  In* 
fants ,  outrée  que  l'on  facrifiât  les  in-» 
rérèts  de  fes  nls  à  l'ambition  du  roi 
Sanche  >  n'épargna  rien  pour  foulever 
tous  les  Princes  voifins  contre  la  Caf- 
tilie.  Elle  alla  de  tous  cotés  mandier 
des  fecours  :  bien  des  peines  ,  des 
courfes  ,  &  des  fatigues  inutiles  ,  fu- 
rent le  feul  fruit  qu  elle  retira  de  fes 
foUicitations. 


Phjiippe    IV.   ^       j9 
^ais  ce  qu'elle  ne  put  obtenir  de    Les  princes 
ramitié  &  de  la  compaffion ,  elle  eut  IVîemUcâ 
tout  lieu  de  refpérer  de  la  politique  liberté  »  se 
&  de  la  haine.  Quelques  feigneurs  ^^^^f/j,^^^^^^ 
mécontents  du  gouvernement ,  fe  ré-  avec  d.  san- 
voltérent  ouvertement  contre  le  mo-  ^^^' 
narque  Caftillan.  Le  moven  le  plus  (ur    idem.  i.  u- 
de  le  perdre ,  ctoit  de  raire  valoir  le  f.  m*%.  *Î1* 
droit  légitime  de  laîné  des  princes  de  4Î?; ^  *^*  ^ 
la  Cerda  :  ils  le  demandèrent  au  roi 
d*Aragon  ,  qui  ayant  un  intérêt  eden- 
tiel  â  brouiller  la  Caftille  pour  l'em- 
pêdher  de  fe  joindre  à  la  France ,  reçut 
leur  propofition  avec  joie.  Il  promit 
de  les  foatenir  de  toutes  fes  rorces , 
fit  fortir  les  deux  Infants  du  château  ferreras,  hr». 
de  Jatiba  ,  où  ils  étoient  gardés  à  vue  >  ?>  iii^'sVé 
ordonna  de  les  lui  amener  à  Sacca  , 
reconnut  Taîné  pour  roi  de  Caftille  y 
&  le  remit  aux  chefs  des  conjurés  , 
qui  lui  firent  hommage  ,  comme  â 
leur  fouverain.   Cette  démarche  foc 
la  fource  d'une  guerre  fanglante ,  qui 
fit  chanceler  la  couronne  fur  la  tête 
de  D.  Sanche.  On  dit  que  le  monar- 
que François  ,  fidèle  à  fes  derniers 
engagements  ,  eut  une  entrevue   i 
Bayonne  avec  fon  nouvel  allié  j  que 
non  -  feulement  il   lui  facrifia  deux 


'40  Histoire  de  France  , 
princes  malheureux  qui  avoient  Thon- 
neur  d'être  fes  proche- parents,  mais 
même  qu'il  renonça  en  fa  faveur  à  cous 
les  droits ,  qu'il  pouvoir  avoir  fur  la 
Caftille.  Quoi  qu'il  en  foir  ,  Âlfonfe 
de  la  Cerda ,  proclamé  roi  dans  Ba- 
dajoz  ,  fe  montra  digne  du  trône 
où  l'appelloient  &  fa  naiflance  Se  le 
VŒU  des  peuples.  Il  y  feroit  monté 
fans  doute  ,  &  s'y  feroit  maintenu 
glocieufement  ,  fi  la  fortune  fçavoic 
rendre  juftice  au  mérite  :  elle  l'aban- 
donna au  milieu  de  fes  fuccès.  La 
France  avoit  ceflTé  de  le  protéger  : 
r Aragon  fe  lafla  bien- tôt  d'une  guerre 
plus  glorieufe  dans  fon  principe ,  qu'a- 
vantageufe  dans  fes  fuites  :  il  fe  vit 
oblige  d'aller  fe  jetter  aux  pieds  de 
Tufurpateur ,  &  de  lui  baifer  la  main  : 
ce  qui  eft  parmi  les  Efpagnols  une 
marque  de  la  plus  profonde  foumif- 
fion.  On  lui  donna ,  fuivanc  le  traire 
de  Campillo  ,  un  apanage  compofé 
d'un  certain  nombre  de  villes  ,  donc 
le  revenu  devoir  monter  à  quatre 
cents  mille  maravedis  :  fortune  alTèz 
confidérable  alors  pour  foutehir  avec 
éclat  fa  naiflance  &  fon  rang ,  foible 
çonfolation  néanmoins  pour  tant  de 


P  H  1  L  I  t>  P  E     I  V.  41 

Soyaumes  auxquels  on  Tobligeoit  de 
renoncer  {a). 

Le  monarque  Aragonois  ,  raiïuré    Troifiémc 

contre   les   entreprifes   du   Caftillan  ^;^*fi;ta^n''cV^ 
qu'il  avoir   fçu    occuper  chez    lui  ^  prince  de  sa^ 
n'étoit   pas    fans   inquiétude   fur    h^r^ 
guerre  qu'il  falloir  foucenir  contre  la  libère^. 
France.    Pour  fe   délivrer   de   cette 
crainte  ,  il  réfolut  de  s'accommoder 
enfin  avec  le  prince  de  Salerne.  Ce 
qui  avoir  empêché  le  fuccès  des  pre-^ 
miers   traités  ,  étoit  moins  le  refus 
que  Rome  faifoit  de  les  ratifier  ^  que 
la  claufe  par  laquelle  Charles  dévoie 
demeurer  prifonnier  jufqu'à  l'entière 
exécution  de  tous  les  articles  :  il  con- 
ibnrit  i  lever  ce  fatal  obftacle.  Bien* 


U)  Le  traité  de  Cam^itlo  eftde  130^  î  la  CoumiCr 
fiood'Alfonfe  de  la  Cerda  e(l  de  x))s.  Ce  prince  s'é- 
toit  matié  en  France  avec  une  Dame  d'une  naiffance 
iUaftre  ,  que  Mariana  appelle  Madelfe ,  &  qu'il  die 
da  fang  royal  :  maif  on  ne  trouve  aucune  princeilê 
de  ce  nom  dans  rbiftoire  généalogique  de  la  maifon 
de  France.  Il  en  eue  deux  fils  s  D.  Louis  ,  qui  le  fuivit 
en  Ëfpagne  ,  &  D.  Juan  ou  Charles ,  qui  demeura  eo 
France.  Le  premier  fui  père  d'Habelle  ,  qui  époufa 
Bernard  fils  naturel  de  Gafton  Phebus  comte  de  Foix  : 
c'eft  d'eux  que  defcendenc  les  ducs  de  Medina-Celi.  Le 
fiecond  devenu  comte  d'Angoulême  ,  puis  Connétable  » 
fut  aflafliné  dans  Ton  lit  au  château  de  l'Aigle  en 
Normandie,' par  les  ordres  de  Charles- le- mauvais,  roi 
de  Navarre.  U.  Ferdinand  ,  frère  d'Alfonfe  ,  fut  au0i 
compris  dans  la  pacification  de  Campillo  :  on  lui 
aiTûra  la  penfion  dliifant ,  c'eil  à-dire  ,  de  Prince  da 
(aà^  royal. 


4t  HxSTOtRt  DE  France  ; 
toc  U  négociation  fut  renouée.  CKaf^ 
les  ne  pouvoir  plus  fupporter  les  hor- 
reurs de  la  captivité  :  Alfonfe  redou^ 
toit  les  armes  Françoifes ,  qui  fous  le 
dernier  règne  avoient  mis  TAragon 
dans  un  danger  excrème.  Il  ne  pou- 
voir à  la  vérité  fe  diilîmuler  que  les 
ferments  d*un  prifonnier  font  de  foi* 
blés  liens  pour  le  retenir ,  lorfqu  il 
voit  une  fois  fes  fers  br ifés  ;  mais  en 
même-tems  il  fe  raflîiroit  fur  le  nom* 
bre  6c  la  qualité  des  orages  qu'il  exi^ 
geoit  :  l'accord  fut  promt» 

On  convint  à  Campo-Franco ,  que 
le  prince  de  Salerne  feroit  enfin  remis 
en  liberté.  Le  nouveau  traité  n'étoit 
qu'une  confirmation  de  celui  qui  avoic 
cté  conclu  Tannée  précédente  à  Ole- 
ron  (4).  On  n  y  fit  que  de  légers  chan-. 

.  (a)  On  trouve  de  grandes  fances  dans  touret  nos 
hîÀoircs  modernes  fur  l'article  de  la  délivrance  du 
Prince  de  Salerne.  Nos  meilleurs  Auceurs  ,  Mezeray  , 
Daniel ,  £cc.  n'ont  connu  ni  la  marche ,  ni  la  fubâan- 
ec  des  négociations  entamées  â  ce  fujet.  Il  eft  certain  , 

3u*ii  y  eut  à  cette  occalîoo  trois  traités ,  ou  projets 
e  traité  :  le  premier  dreiïe  en  Sicile ,  lorfque  Charles 
y  étoit  détenu  prifoimier  :  le  (ècond  convenu  à  Oléron 
dans  une  entrevue  des  rois  d'Angleterre  &  d'Aragon  1 
le  troificme  confbromé  â  Campo -Franco.  Celui  de 
Sicile  efl  un  précis  des  conditions  auxquelles  D.  Jayme 
&  la  reine  Confiance  fa  mère  vouloient  qu'Alfcnfe 
traitât  avec  Ton  captif.  Edouard  n*y  eut  aucune  part. 
C'eft  celui-là  même  que  le  Pape  Uonotius  annulla 
d«ms  une  aifcmbléc  des  Cardinaux,  Celui  d'Oléron  efk 


P  H  1  t  II»  P  E     IV.  4} 

eetnents ,  tous  relatifs  aux  circonftan-    ^7mer^ôm. 

^  .     7     .  ,,  .  ,  *,         I.  part.   3*  p. 

ces  qui  ctoient  elles-mcmes  changées,  ^^7  is. 
Celui  d'Olcron  n'accordoit  rélargifle-^ 
ment  du  prifonnier ,  qu'après  raccom* 
pliilèment  des  conditions  :  celui  de 
Campo  -  Franco  porte  fimpleoienr  , 
qu'au  moment  de  fa  délivrance  ,  il 
remettra  entre  les  mains  du  roi  d'Ara- 
gon fes  deux  fils  ,  Louis  &  Robert  , 
avec  une  fomme  de  vingt-trois  mille 
marcs  d'argent.  On  lui  donne  trois 
mois  y  à  compter  du  jour  de  fon  afFran« 
chiilèmenc  ,  tant  pour  livrer  ion  cin-* 
Quiéme  fils  Raymond  Berenger  ,  les 
loixame  otages   Provençaux  ^  &  les 

fouvrage  du  roi  d'Angleterre  :  Nicolas  IV  1«  profcri- 
Tir ,  &  le  déclara  abomiDable  aux  yeux  de  Dieu ,  di- 
teftable  devant  les  hommes.  Honorius  n'en  eut  au- 
cune connoUTaxice.  Le  traité  eft  du  i^  Juillec  izSyx 
Honorius  étoic  more  le  ;  Avril  de  la  même  année. 
Celui  de  Campo-Franco  décida  enfin  de  la  liberté  de 
Cliarles  :  il  fur  ménagi  â  fecrétement  ,  que  le  pri- 
fonnier étoit  délivré  avant  que  le  Pape  en  eût  avis. 
Quoi  au'en  dife  le  P.  Daniel ,  il  u*eft  queftion  dans  ces 
deux  derniers  ,  ni  de  céder  la  Sicile  à  D.  jayme  ,  ni 
d'obliger  Charles  de  Valois  a  renoncer  à  l'Aragon  , 
mais  (imptcmenc  de  procurer  à  la  maifon  d'Aragon 
une  paix  durable  avec  &ome  &  avec  la  France  :  et 

3ui  ugnifie  la  même  chofe  peut-être  :  mais  on  cru€ 
evoir  ménager  les  termes  »  pour  ne  pas  irriter  ces 
deux  Puiifances.  C'étoit  un  vafte  champ  ouvert  aux 
obter varions  du  nouvel  Editeur  de  ce  fçavant  Hifto- 
rien  »  qui  n'a  erré,  que  parce  que  le  recueil  de  Rymeir 
étoit  peu  connu  de  fon  tems  :  aujourd'hui  cette  excu(ê 
oe  fobfide  plus.'  Voyez  Rymer.  lom.  i.part.  3.  p.  x8. 
i3.  17* 


44  Histoire  de  France  ^ 
fepc  mille  marcs  reftancs  des  trente 
mille  y  que  pour  faire  prêter  les  fer- 
ments &  faire  rendre  les  hommages 
ftipulés  dans  la  première  convention. 
Le  roi  d'Angleterre  cependant  en  ga- 
rantira l'exécution  ;  donnera  pour  cet 
effet  foixante-feize  otages ,  trente-fix 
barons  >  quarante  bons  bourgeois  qui 
feront  aftreints  aux  mêmes  conditions 
que  ceux  de  Provence  dont  ils  tiennent 
la  place  j  jurera  fur  les  faints  Evaiigi- 
les ,  ou  fera  jurer  fur  fon  ame ,  qu'il 
ne  quittera  point  la  France ,  que  Cnar- 
les  de  Sicile  n'ait  rempli  tous  fès  en- 

f'agemencs.  Enfin  ,  pour  plus  grande 
ureté  ,  Gafton  ,«vicomte  de  Béarn  9 
interviendra  comme  caution  des  fept 
mille  marcs  »  &  engagera  au  prince 
Aragonois  toute  la  terre  qu'il  polTéde 
en  Catalogne ,  excepté  le  château  de 
Rofe  avec  toutes  fes  dépendances. 

Les  autres  articles  font  moins  de 
nouvelles  obligations  »  que  des  preu- 
ves d'inquiétude  de  la  part  du  roi  d'A-- 
ragon  fur  l'obfervation  des  anciennes, 
S'il  s'engagea  remettre  toutes  les  fom- 
mes  données  ,  ou  promifes  9  lorfque 
le  prince  de  Salerne  aura  rempli  fes 
engagements  ,  fi  même  il  ppomet  & 
jure  >  non-feulement  de  ne  point  tou^. 


.  P  H  I  t  IP  P  B      IV.  4J 

cher  y  mais  de  ne  point  permettre  de 
toucher  à  celles  qui  ont  été  délivrées , 
il  exige  d'un  autre  côté  que  le  roi 
d'Angleterre  s'oblige  fur  fon  ame^fi 
Charles  manque  à  la  parole ,  de  payer 
vingts  mille  marcs  d'argent  d'une  part, 
&  cinquante  mille  de  l'autre  ;  non 
toutefois  dans  le  même  tems ,  mais  en 
plufieurs  parties,  en  diflcrents  termes , 
6c  dans  les  lieux  qu'il  indique.  Si  l'aîné 
des  fils  du  captir  vient  â  mourir  dans 
les  dix  mois  prefcrits  pour  fe  confti* 
tuer  prifonnier  ,  le  monarque  Arago« 
nois  retiendra  Raymond  Berenger  , 
qui  lui-même  ,  en  cas  de  mort  avant 
que  d'avoir  pu  fatisfaire  à  l'engage- 
ment de  fon  père ,  fera  remplacé  par 
un  autre  frère.  Si  le  prince  Charles, 
dans  l'impodibilité  d'accomplir  fis 
promeflès,  vient  fe  remettre  prifon- 
nier  ,  il  fe  préfentera  fans  fraude  & 
dans  un  lieu  fur  ,  c'eft- à-dire  ,  ou  au 
cou  de  Panniffar,  ou  à  Junqueras,  ou  i 
fainte  Chriftine  :  Alfonfe  alors  rendra 
les  otages  avec  l'argent  ,  &  le  traité 
devient  abfolument  nul.  Les  deux  rois 
firent  jurer  fur  leurs  âmes  les  articles 
qui  les  regardoient  ,  l'Anglois  par  le 
chevalier  Pierre  de  Channent^VAvz^ 
gofiois  par  noble  homme  Gilbç^t  </« 


4^  Histoire  ot  France  , 
Crudcliis  :  Alfonfe  &  Charles  jurèrent 
en  propres  pcrfonncs  ce  qui  les  con- 
cernoir,  en  touchant  les faints  Evan- 
giles. 
Rome  8c  Tel  eft  le  précis  de  cette  famôufe 
dr«"ficMc  convention ,  qui  décida  de  la  délivran- 
trairédccam-  ce  de  Charles  de  Sicile.  Elle  eft  datée 
po-Fianco.  j^  ^  Oftobte  1188  :  le  prince  néan^ 
moins  ne  fut  mis  en  liberté  que  fur  la 
fin  du  même  mois  y  ou  même  au  com^ 
mencement  de  Novembre,  Tous  les 
articles  préliminaires  furent  fidèle- 
ment obfervés.  Charles  remit  entre 
les  mains  de  TAragonois  fes  deux  fils  , 
Louis  &  Robert  :  Edouard  donna  les 
foixante  -  feize  otages  &  les  trente 
mille  m^rcs  qui  avoient  été  promis  : 
Alfonfe  rendit  les  otages  Anglois ,  lor  A 
qu'on  lui  eut  livré  le  prince  Raymond 
Berenger  ,  &  les  foixante  feigneurs^ 
Provençaux  ;  toute  la  Provence  enfin 
fit  les  ferments  &  les  hommages  pref- 
crits.  Mais  il  n'en  fut  pas  de  même  des 
autres  conditions  du  traité.  Charles 
vint  d'abord  en  France,  où  l'on  fiit 
.  quttlque-tems  incertain  fur  ce  qu'il 
avoir  conclu  avec  le  roi  :  de-U  il  pâffà 
en  Tofcane ,  où  il  appaifa  les  troubles 
excités  par  les  Gibelins  ,  dont  la  fac- 
tion étoit  devenue  très-puifiante  :  il  fe 


PhilippeIV.  47 

rendit  enfuite  à  Rome  ,  où  le  pape  Marûna^tonts 
Nicolas  IV  ,  non-feulement  le  procla-  *  ^  "** 
ma  roi  de  Sicile  &  duc  de  la  Pouiile , 
mais  voulue  encore  le  revêtir  lui-même 
des  habits  royaux ,  &  faire  la  cérémo- 
nie de  fon  couronfiement*  Il  feroit 
difficile  d'adurer  fi  ce  prince  agit  de 
bonne  foi  tant  en  Italie ,  qu'en  France, 
pour  obtenir  la  confirmation  du  traité 
dont  il  s'étoit  obligé  de  procurer  l'exé- 
cution :  mais  il  eft  confiant  qu'il  ne 
réuflit  pas  mieux  à  Rome  qu'à  Paris  : 
Nicolas  6c  Philippe  refuférent  égale- 
ment de  le  ratifier.  Le  pontife  déclara 
Charles  abfous  de  tous  fes  ferments  ^ 
parce  qu'ils  étoîent  faits  contre  les 
intérêts  du  faint  fiége  :  le  monarque 
François  donna  fes  ordres  pour  conti- 
nuer la  guerre ,  parce  que  le  projet  de 
paix  fembloit  attaquer  les  droits  du 
prince  fon  frère. 

On  courut  aux  armes  de  tous  côtés,     La  guerre 
mais  avec  plus  de  fracas  que  de  fiiccès ,  Jj^^biSÎT-^^c 
parce  qu'on  agiffoic  avec  plus  de  fu»-  cft  fuivic  de 
reur  que  de  méthode.  Le  roi  de  Ma-^*^***' 
jorque  ,  qui  excelloit  à  faire  des  cour- 
fes  y  ne  fçavoit  point  faire  de  conquê- 
tes. Lorfqu'il  ne  trouvoit  aucun  obfta- 
cle,  c'étoitun  lion  furieusf  ,  qui  por- 
toit  partout  le  ravage  Se  la  délolation  : 


^S  Histoire  de  France  ;  i 
voyoîC'il  paroîcre  la  moindre  arme 
fuyoit ,  dit  THiftorien  du  tems ,  a 
le  daim  timide  ,  Sc  abandonnoic  ce 
fes  encreprifes.  La  France  cependa 
repofoit  fur  ce  prince  dupefanc  far 
,  de  cette  guerre  :  il  la  failoit  au  noi 
roi,  qui  roùrniflbit ,  &  lés  troupe 
l'argent.  On  a  de  lui  une  quittant 
trente  mille  livres  de  petits  tourr 
que  le  monarque  François  lui  d( 

H-ft.deLang- o^//r  ie  rcfla/it  de  fes  gages  :  â  cai 
L  expédition  d  Aragon. 

Bien-tôt  néanmoins  6n  eut  hoi 
de  prodiguer  inutilement  le  fan| 

iiymer,toBi.  peuplcs.  Chatles ,  U  Roi  h  plus 

I.  part.  4.  p.     •!  • 

ï8.  tien  de  tous  ceux  qui  regnoient  a 

touché  des  troubles  que  fa  mau 
fortune  excitoit  en  France ,  en  ] 
gne ,  en  Italie ,  défefpéré  enfin  c 
pouvoir  exécuter  lés  convention 
Campo-Franco  ,  prit  la  généreui 
folution  d  aller  fe  remettre  en  pri 
ïbîd.  p  SI.  Comme  il  s'y  étoit  engagé.  Il  ( 

***  ^^'  avertir  Alfonfe ,  &  fe  prélenta  jq 
trois  fois  en  un  certain  lieu  » 
Junqueras  &  le  cou  de  Panniflai 
le  roi  d'Aragon  devoir  fe  trouver 
le  recevoir ,  l'échanger  avec  les  pi 
fes  fils ,  &  rendre  les  otages  Pr 
çaux  avec  les  trente  mille  marcs 


Philippe     IV.  49 

genr  :  mais  le  monarque  Efpagnol  ne  ^^in  ^j  *^p'^"5; 
parut  po.inc.  Rapin  Thoyras  ,  toujours 
emporté  par  fa  naine  contre  fa  nation , 
afliire  que  Charles  s'y  rendit  iï  bien 
accompagné  )  qu'Alfonfe  ne  crut  pas 
devoir  fe  hazarder  fur  la  parole  de  ce 
Prince  :  nouvelle  prévarication  de  cet 
hiftorien  infidèle;  Il  eft  vrai  qu*Alfonfe  Ryraci,ibii- 
dit  la  même  chofe  dans  une  lettre  au  ^*  *** 
roi  d'Angleterre  :  mais  on  pouvoir  lui  ^ 
en  avoir  impofé.  Il  ne  falloit  pas  dif- 
fimuler  qu'un  grand  nombre  de  pré- 
lats,. de  barons ,  de  chevaliers ,  de  gen- 
tilshommes ,  atuflcnt  comme  témoins  Rymcr,ibîd, 
oculaires  ,  que  Charles  fe  prejenta  fans  ^*  ^  '* 
armes ,  avec  une  fuiu  peu  conjidérable 
également  fans  armes.  Ce  témoignage 
porté  par  des  gens  dignes  de  foi  >  qu  ou 
ne  peut  foupçonner  d'aucun  intérêt, 
doit  au  moins  rendre  douteux  celui  du 
ptince  Aragonois ,  qui  avoir  peut-être 
(ts  raifons  pour  avancer  le  contraire. 
Quoi  qu  il  en  foit,  cet  événement  don- 
na lieu  à  beaucoup  de  plaintes  ,  de  re« 
proches ,  &  de  juftifications  de  la  part 
des  deux  monarques.  Charles ,  toujours 
ami  de  la  paix  ,  fit  propofer  une  con- 
férence à  Perpignan ,  ou  les  puiflances 
belligérantes  envoyèrent  leurs  amballa- 
deurs  :  on  difpuca  beaucoup  ,  on  ne 
Tome  ru.  C 


50       Histoire  de  France, 
conclut  rien.  La  guerre  recomn 
avec  plus  d  ackarnement  qiie  jam 

An.  xija.      Dom  Jayme ,  ufurpateur  de  la 

le  ,  s'écoic  jette  avec  une  nomb 

iarmce  fur-la  Caiabre ,  où  il  avoir 

.  porte  d'abord  de  grands  avantag 

ST>'c?i.  tom.  finit  par  être  battu.  Charles  au  n 
^'^'^  '  de  fon  triomphe  ,  trop  géncre«î 
doute  ,  ou  peut-être  mal  inforn 
rextrcmité  où  fon  ennemi  étoit  rc 
confentit  à  lui  accorder  une  trc^ 
deux  ans.  Le  comte  d* Artois ,  aut 
régent ,  alors  général  des  troup 
royaume ,  en  fut  fi  chagrin  ,  qu*il 
pit  brufquement  avec  ce  prince 
Foible  ,  &  s'en  retourna  dans  fa  i 
avec  toute  la  noblefTc  Françoil 
l'avoir  accompagné,  ou  qui  éto 
nue  le  joindre  en  Italie  ,  pour  co 
tre  fous  fes  étendarts.  On  reprit 
les  négociations.  Alfonfe  &  C 
eurent  une  entrevue  à  Junquera 
ils  conclurent  une  fufpenfion  d' 
pour  quelques  mois.  Auffi-tôt  1< 
verain  Pontife  fît  partir  pour  la  I 
deux  légats,  Benoît  Gajetan  &  C 
de  Parme  ,  avec  ordre  de  travail 
tout  leur  pouvoir  à  accélérer  la 
cludon  d'une  paix ,  que  les  uns 
autres  fouhaitoient  avec  un  égs 


Philippe    IV*  jt 

pre{Iemexit.  Les  deux  cardinaux  fe  ren- 
dirent d'abord  à  Montpellier ,  où  ils 
entamèrent  cette  grande  affaire  en  pré- 
fcnce  des  rois  de  Sicile  &  de  Major- 
que ,  qui  fe  trouvoienc  fur  les  lieux. 
Les  conférences  furent  enfuite  trans- 
férées sL  Tarafcon  ,  où  la  réconcilia-  An.  it^i. 
tion  du  monarque  Araeonois  avec  le 
prince  Angevin  fut  ennn  fcdlée  à  ces 
conditions  : 

lo.  Que  le  roi  d'Aragon  enverroit    Rym«g*w* 
d'abord  une  ambaffade  à  Rome  j  qu'il  ^*  ^^'  ^ 

^*y  rendroit  enfuite  lui-même ,  pour 
demander  avec  humilité  pardon  au    * 
faint  Père  de  fa  défobéifTance  à  TEgli* 

.  fe  ,  &  fe  foumettre,  lui ,  fon  royaume 
ôc  tous  fes  fujets  y  à  toutes  les  volontés 
du  pontife,  qui  de  fon  côté  devoir  le 
recevoir  avec  bonté  ,  révoquer  toutes 
les  excommunications  lancées  contre 
lui  y  lever  l'interdit  jette  fur  tous  fes 
Etats,  abfoudre  ceux  qui  lui  étoient  , 
demeurés  fidèles ,  tant  clercs  que  laï« 
ques ,  lui  rendre  les  couronnes  d*Ara- 

{ron  &  de  Valence ,  le  comté  de  Barce* 
one ,  8c  toutes  les  terres  de  fa  maifon  » 
pour  les  pofleder  avec  la  même  indé- 
pendance que  le  feu  roi  fon  père  {a)  : 

(é)  Ceci  détruit  ce  qu'avance  le  P.  Dauiel ,  qu'une 
descoadicionsécoit,qu'AUonfe  s'eogaeeroic  à  paycc 

C  i  j 


52        Histoire  de  France, 
1^.  que  le  roi  de  Sicile  feroit  tous 
efforts  pour  engager  Charles  de  Val 
à  renoncer  à  tous  les  droits  que  le  pa 
lui  avoit  donnés  fur  l'Aragon ,  &  pc 
lui  faire  agréer  ce  traité ,  ainfi  qu 
Seigneur  roi  de  France  fon  frer 
3  ^.  qu  Alfonfe  affuré  du  confentem 
de  ces  deux  princes ,  certain  d  aille 
des  bonnes  difpofitions  du  pape 
une  bulle  authentique  ,  remettroit 
U  champ  au  roi  de  Sicile  fes  fils  a 
les  autres  otages,  toutes  les  obli 
lions  qu'il  pourroit  avoir  contraâ 
envers  l'Aragon  ,  &  les  trente  m 
marcs  d'argent  que  le  roi  d'Anglet^ 
avoit  dépofés  entre  fes  mains  :  4°. 
de  part  &  d'autre  on  répareroit 
torts  commis  ,  on  rendroit  les  ph 
conquifes  ,  on  acçorderoit  une  am] 


au  faint  (iége  un  tribut  annuel  de  trente  marcs  i 
Hift.  de  France,  tom;  ^  p.  lo.  Le  traité  de  paix 
primé  dabs  le  recueil  de  Rymer  [  tom.  i.  pai 
p.  77.  78.  ]  n'en  fait  aucune  mention.  Le  pape 
clare  au  contraire ,  que  fon  intention  n'clï  pas  q\ 
fautes  du  père  deviennent  préfudiciabies  au  fils ,  ( 
conféquence  il  lui  rendra  tous  fes  royaumes  da 
même  état  où  Us  étoievt  du  tems  du  feu  roi^  avant 
t&t  encouru  l'indignation  de  Rome»  Or  il  eft  cerraii 
D.  Pedre  ne  fut  jamais  aiTuietci  à  une  pareille  fei 
de  9  qu'il  tefufa  même  d'être  couronné  par  les  i 
de  Grégoire  X  ,  parce  qu'on  vouloir  lui  faire  ac 
cet  honneur  par  l'exafiion  de  ce  tribut.  Obferv 
échappée  au  nouvel  Editeur  de  l'hiftoirc  de  ce  c< 
^efuice. 


Philippe     IV.  53 

tîe  aux  fujets  profcrits  comme  rebel- 
les dans  le  premier  feu  de  la  guerre  : 
5^.  que  le  monarque  Aragonois,  pour 
expier  fa  faute  ,  [  fi  cependant  il  y  en 
peut  avoir  à  défendre  une  couronne 
qu'on  tient  de  fes  ancêtres  ]  s'enga- 
geroit  i  conduire  dans  quelque  tems 
une  armée  contre  les  Infidèles  ,  qui 
venoient  de  s'emparer  de  la  Terre- 
fainte  j  qu'il  ne  donneroit  ni  fecours , 
ni  confeil  au  prince  D.  Jayme  fou 
fi:ére  »  au  cas  qu'il  ne  voulût  point  flé- 
chir fous  les  ordres  du  fouyerain  pon- 
tife ,  qu'il  publieroit  même  un  édit 
rigoureux ,  par  lequel  il  ordonneroic 
fous  les  plus  griéves  peines  à  tous  les 
Aragonois  ,  foldats  ou  officiers  ,  de 
fortir  inceffamment  de  la  Sicile  (a). 

Rome  triomphoit  de  rhumiliation 
de  U  famille  royale  d'Aragon  :  mais 
fon  triomphe, contre  toute  apparence, 
ne  fut  pas  de  longue  durée.  Tout  fem- 
bloit  fini.  Charles  de  Valois ,  devenu 
l'époux  de  la  princefle  Marguerite  , 
fille  aînée  du  roi  de  Sicile  ,  avoir  re- 
noncé folemnellement  à  toutes  les  pré- 
tentions qu'il  pouvoir  ^voir  fur  la 
couronne  d'Aragon  :  facrifice  récom- 
penfé  par  les  comtés  du  Maine  &  d'An* 

(«)  Ce  craicé  eft  daté  du  6  mars  ii«)0.  [  1 191*  1 

Ciij 


54  Histoire  ©e  Fraxce  , 
spicii.  tom.  jou  ,  qui  lui  furent  cédés  à  perpér 
*  *'^^'  .  en  dédommagement  de  ce  qull  cé< 
lui-même.  D.  Jayme,  roi  dépouill 
Majorque ,  étoit  fur  le  point  d'ètr< 
tabli  dans  fes  Etats  ^  reftitution  qi 
France  exigeoit  comme  une  condi 
eflentielle  de  la  paix.  Le  pape  enfî 
préparoit  â  recevoir  les  foumifl 
d'Alfonfe ,  lorfque  la  mort  imprc 
de  ce  prince  refetta  dans  les  mê 
embarras  d  où  Ton  ne  faifoit  qu< 
fortir.  li  n*avoit  point  été  ma 
D.  Jayme  fon  frère  lui  fuccédn 
trône  Aragonois ,  Se  refufa  d'abor 
foufcrire  au  traité  qui  venoit  d 
conclu.  Mais  près  a  être  accabl 
tous  les  foudres  du  Vatican  , 
efifrayé  encore  des  menaces  de  la  F 
ce  qui  commençoit  à  lever  de  noi 
les  armées  ,  il  iigna  tout  (a) ,  f( 
concilia  fincérement  avec  Gharlc 
Sicile ,  époiifa  la  princefTe  Blanc 
féconde  fille  ,  lui  reftitua  la  Sic 
s'engagea  même  de  prendre  les  a 
cont^re  fon  frère ,  s'il  arrivoit  qu'i 
mât  quelque  entreprife  contrai 
cette  difpofition.  Il  fit  plus  enc 
il  tint  parole  ,  lorfque  D.  Fredei 
fut  empare  du  fouverain  pouvoir 

{a)  Ano.  1300. 1301. 


Philippe    IV,  5  j 

une  ifle  où  la  maifon  d*Anjou  devoir 
commander.  L'ufurpateur  néanmoins 
eut  le  bonheur  de  le  foutcnir  contre 
tous  les  efforts  de  Boniface  ,  de  Char- 
les 8c  de  D.  Jayme  ,  oui  avoient  con- 
juré fa  perte.  On  fut  forcé  de  le  laifler 
régner  fur  les  Siciliens,  fous  le  nom  de 
roi  de  Trinacrie  j  à  condition  qu'après 
fa  mort,  la  couronne  retourneroit  au 
roi  Charles  &  à  ks  héritiers  :  con- 
dition qui  ne  fut  point  remplie.  La 
Sicile  enfin  ,  après  de  longs.  &  fan- 
glants  dçbats ,  demeura  atix  enfants  de 
Frédéric  &  d*Eleonore  d'Anjou  3  fans 
autre  charge  que  de  payer  tous  les  ans 
trois  mille  onces  d'or ,  &  d'entretenir 
cent  hommes  d'armes  &  dix  galères 
armées  pour  la  défenfe  du  royaume  de 
Naples  {a).  On  ne  fait  quindiquer  ces 
derniers  événements  :  le  peu  de  parc 
que  la  France  y  prit  ,  les  rend  étran- 
gers à  notre  hiftoire.  Une  guerre  plus 
importante  nous  appelle  :  c'eft  celle 
que  Philippe  fut  oblige  de  déclarer  au 
roi  d'Angleterre  :  guerre  auffi  funeftc 
dans  fes  effets  ,  que  problématique 
dans  fa  caufe  ,  chacun  s'efforçant  à 
l'envi  de  lui  donner  celle  qu'il  juge 
la  moit^  odieufe*    Si  la  prudence  ne 

U)  An.  1)71. 

Civ 


5^  Histoire  de  France, 
permet  pas  de  s'en  rapporter  abl 
ment  aux  François  ,  dont  tout 
Thonneur  fut  toujours  la  plus  c 
idole  ,  on  ne  doit  pas  plus  ae  cro 
ce  à  TAnglois,  qu'une  expérience  j 
naliére  nous  montre  peu  fcrupulc 
imaginer  des  faits  qui  n'exiftent 
dans  fa  prévention.  On  ne  fe  déci 
que  fur  les  monuments  les  plus 
tnentiques  de  ces  tems  recules. 
An.  1191.  Deux  matelots  ,  l'un  Norma 
Giicre  avec  Tautrc  Anglois  ,  ayant  pris  querc 
rAugicterre.  f^  battirent  à  coup  de  poing  fi 
port  de  Bayonne.  L' Anglois ,  plus 
ble  ,  tira  fon  couteau  »  ôc  per< 
Normand  ,  qui  expira  fur  la  p 
Cette  violence  que  le  magiftrat  e 
foiblefle  de  laifler  impunie  >  en  c 
fionna  plufieurs  autres  entre  les  r 
niers  des  deux  nations.  Les  Norm 
coururent  la  mer ,  réfolus  de  veng 
mort  de  leur  compatriote  :  ils  fu 
rent  un  vaideau  Anglois  »  Se  pendi 
le  pilote  au  haut  du  grand  mat. 
chofes  n'en  demeurèrent  point  là. 
flote  marchande  fortie  des  port 
Normandie  rencontra  un  grand  r 
bre  de  navires ,  qui  venoient  d'Ar 
terre  chargés  pareillement  de  te 
fortes  de  marchandifes  :  on  s'inju 


pHitiPPE    IV.  57 

bn  en  vint  aux  mains  :  les  Anglois  ta^ 
renc  très  maltraités ,  &  portèrent  leurs 
plaintes  au  gouvernement.  Auffi-tôt  spîdf.tom.s. 
Edouard  envoya  a  la  cour  de  France  Nkoi.  Tavet. 
Henri  de  Laci  ,  comte  de  Lincoln  , 
pour  concerter  avec  le  roi  les  moyens 
de|  finir  promptement  ces  défordres. 
Ce  n'étoit  jufques  là  qu'une  guerre  de 
parriculiers  à  particuliers ,  où  les  deux 
rois  n'avoient  aucune  part  :  un  ordre 
émané  du  trône  fuâifoit  pour  la  ter- 
miner. Mais  tandis  qu'on  étoit  occupé 
de  ce  foin  ,  il  arriva  une  chofe  qui 
aigrit  extrêmement  les  efprits.  Deux 
cents  barques  Normandes  avoient  fait 
voile  en  Gafcogne  ^  pour  aller  chargée 
des  vins  :  tout  ce  qui  fe  trouva  d' An- 
glois fur  fa  route ,  fut  infulté  ,  pris 
ou  tué.  Déjà  elles  s'étoïent  rembar- 
quées  avec  toutes  leurs  proviiîons,  & 
voguoient  avec  cette  fierté  gu'infpire 
la  confiance  dans  fa  fupériorité  ,  lorf- 
qu  elles  furent  attaquées  par  foixantc 
vaiffèaux  bien  armes  ,  &  du  nombre 
de  ceux  que  le  roi  d'Angleterre  pré- 
paroit  pour  envoyer  en  Paleftine.  Elles 
furent  toutes,  ou  coulées  à  fond,  ou 
prifes  &  menées  en  Angleterre  :  il 
n'échappa  de  Normands  que  ceux  qui 
gagnèrent  la  terre  dans  leurs  efquifs. 

Cv 


58  Histoire  i>b  Franci  y 
Ce  fuccès  enhardit  les  vainqu 
spiViLtom?- Quelques  bourgeois  de  Bayonr 
&Mg;  *^'**"'  joignirent  à  eux,  ils  furprirent  la 
chcUe ,  maflacrérent  quelques  i 
tants ,  brûlèrent  les  édifices  ,  fir^ 
dégât  aux  environs  >  &  rentrèrent 
leurs  ports  charges  d'un  riche  buti 
An.  11^3.  Philippe  plus  indijgnè  qu'étoni 
chron.  Trivct.  finfoleuce ,  envoya  des  ambaflad 
***'"*'  Edouard,pour  le  fommer  de  lui  en 
raifon.  Il  lui  demandoiten  même 
la  reftitution  des  vaifïeaux  &  des 
chandifes,  la  liberté  des  matelots  l 
marchands ,  le  dédommagement 
des  ravages  faits  à  la  Rochelle  j  n 
çant  de  le  citer  à  la  cour  de  Fra 
s'il  n'en  recevoir  pas  une  fatisfa 
authentique.  Le  fier  monarque  rc 
dit  qu'il  avoir  fa  cour  en  Anglet 
tribunal  indépendant ,  qui  n'étbit 
mis  à  perfonne  j  qu'il  y  ècomeroit 
jours  volontiers  ceux  qui  viendn 
y  porter  leurs  plaintes  contre  fe 
jets  j  qu'ils  pouvoient  venir  a 
ilres  en  toute  confiance  j  qu  il 
rendroit  une  prompte  juftice.  On 
fimprcffion  qu'une  pareillç  réf 
dut  taire  fur  l'efprit  d'un  jeune  pr 
vif,  impétueux ,  trop  jaloux  peur 
de  foa  autorité  :  il  la  prit  pour 


l^^. IX). 


Philippe    IV.  59 

déclaration  de  toute  indépendance  : 
Edouard  y  comme  vadàl  de  la  couroiv 
ne  en  qualité  de  duc  de  Guienne  ,  fut 
cité  a  la  cour  de  France ,  pour  y  répon- 
dre des  excès  commis  par  les  Cens  dans 
la  terre  de  Gafcogne. 

La  citation  fut  affichée  aux  portes  Edouard  eft 
d'une  ville  de  l'Agenois  ,  qui  éroit  du  detfancc?"' 
domaine  d'Edouard.  Elle  étoit  adrefTée 
à  la  perfonne  même  de  ce  prince  ,  Se 
contenoit  en  fubftance  :  »*  que  des  Rymcr.tom. 
••  hommes  de  Bayonne,aflbciés  à  quel-  ?  ^"^^  '  ^* 
»•  qucs  armateurs  Anglois  ,  s'étoient 
M  jettes  méchamment  fur  les  fujets  du 
M  roi  'y  qu'ils  en  avoient  tué  un  grand 
«•  nombre  ,  tant  fur  terre  que  fur  mer  ; 
9»' qu'ils  en  retenoient  plufieurs  dans 
»  une  indigne  captivité  ^  que  les  ports 
»  d*Anglec(erre  étoient  pleins  de  vaif- 
n  féaux  richement  chargés  qu'on  leur 
M  avoir  enlevés ,  au  mépris  de$  ordres 
»  précis  Se  des  défenfes  exprelTes  du 
«»  légitime  fouverain  ;  que  le  monar- 
M  que  Anglôis  ne  pouvoir  ignorer  ces 
f»  horreurs  i  qu'on  lui  avoir  envoyé  des 
fy  amba(Iàdeur8  ,  potn:  lui  en  deman- 
n  der  juftice  ,  ce  qu'il  avoir  conftam- 
•  ment  refufé  ;  que  ces  mêmes  hom- 
»  mes  de  Bayonne  ,  accompagnés  des 
n  mêmes  pirates  Anglois ,  àvoienc  ia« 

Cvj 


6o  Histoire  de  France  i 
w  fuite  la  Rochelle ,  égorge  quelc 
»  uns  de  fes  habitants  ,  ravage 
»  territoire  ;  que  le  miniftére  de  1 
*»  ce  avoir  fait  fommer  le  gouvei 
»  de  Gafcogne  de  lui  livrer  un  ce 
y>  nombre  de  ces  brigands  »  pour 
■•  enfermés  dans  les  prifons  de 
»>  gueux ,  &  jugés  félon  la  griéve 
9»  leurs  forfaits  ,  mais  que  cet  of 
«»  avoit  itifolemment  rcfifté  a  \\ 
»  émané  du  trône  ^  qu'en  conféqi 
»  on  avoit  ordonné  la  faifîe  de  la 
»>  de  Bordeaux ,  de  TAgenois  ,  \ 
»>  toutes  les  terres  que  TAnglois  j 
»  doit  dans  le  royaume  ,  ce  qui 
»  occafionné  une  nouvelle  rebell 
9»  que  les  gens  du  roi  d'Angleterre 
M  tifioie  ^t  de  tous  côtés  des  vi 
»  des  châteaux ,  des  bourgs  ;  que 
M  tout  ils  follicitoient  les  peuple 
••  révolte  contre  le  fouverain  j 
M  dans  leurs  affifes  ils  avoient  i 
»  publiquement ,  an  nom  ôc  de  la 
V  du  monarque ,  qu'on  ne  recoi 
»  troit  plus  l'autorité  du  gouverne 
»  François  j  qu'ils  maltraitoient 
»  pouilloient  ,  emprifonnoient , 
»  damrioient  même  à  la  potence 
»  les  parties  qui  appelloient  ,  £ 
99  gens  de  loix  qui  favoi^ifoient  ou 


Philippe    IV.  8't 

»>  toient  les  appellations  à  la  cour  du 
»  roi  ;  qu'ils  avoient,  depuis  les  brouil-  iwd.  p.  nii 
w  lerieSjfnalTacré  inhumainement  quel- "'*  *  - 
»>  ques  Normands  qui  demeuroienc 
9»  depuis  dix  ans  à  Bordeaux ,  unique- 
M  ment  parce  qu'ils  parloient  la  lan- 
93  gue  Françoife  ;  qu'ils  avoient  faiiî 
9>  un  malheureux  de  cette  même  na- 
9»  tion ,  l'avoient  coupé  en  quatre  mor- 
99  ceaux  au  milieu  de  la  place  publi- 
M  que  ,  &  l'avoient  enluite  jette  i 
u  Teau  'y  qu'ils  avaient  alTaffiné  quatre 
M  domeftiques  du  roi ,  qui  étoient  ve- 
99  nus  â  Fronfac  ,  pour  y  recevoir  le 
99  tribut  qu'on  appelloit  coutumes  ,  Ji^ 
99/ani  qu'ils  le  /ai/oient  en  mépris  du 
99  roi  de  France  &  du  prince  Charles  fon 
99  frère  ;  qu'ils  avoient  coupé  la  main 
w  à  un  fergent  du  roi ,  qui  étoit  dans 
99  l'exercice  de  fes  fonûions  j  pendu 
9»  deux  fergents  d'armes  ,  à  qui  la  gar^ 
99  de  du  château  de  Cuiller •slv on  été 
»  confiée ,  accablé  de  mauvais  traite* 
jj  ments  ,  traîné  dans  la  boue  ,  dé- 
tf  pouillé  de  leurs  habits  &  de  leurs 
»  équipages  les  députés  du  fénécjial 
w  de  Touloufe  à  Jean  de  Saint  -  Jean 
99  commandant  dans  la  Guienne  j  tran- 
99  ché  la  tcte  enfin  à  un  gentilhomme 
«  de  la  fuite  du  maréchal  de  France  > 


€^  Histoire  m  France  , 
),  que  le  roi  avoit  envoyé  dai 
„  pays  «.  On  croit  lire  Thiftoi 
nos  jours  ,  &  Tavancuce  cragiqi 
ÏA.  de  JumonviUe ,  que  fa  quali 
miniftre  d*un  peuple  puifTant  n 
garantir  du  plus  honteux  airafliti; 
C'cftqucletemsqui  détruit  tout , 
ge  rarement  le  caractère  des  nati 
„  Voilà ,  roi  d'Angleterre ,  con 
ibid.  yy  le  monarque  François  >  voilà  1( 
9,  ces  que  vos^gens  ont  commis  > 
„  ceiïènt  de  commettre  :  excè 
5,  n'ont  pu  échapper  à  votre  cor 
yy  fance  :  vous  les  avez  ou  toléi 
„  permis,  Ceft  pourquoi  nous 
yy  ordonnons  &  commandons  fo 
9,  peines  de  droit ,  que  vous  a 
^y  vous  préfenter  à  notre  cour  le 
yy  tiéme  jour  après  la  fête  de 
>,  prochain  ,  pour  y  répondre  fur 
„  ces  griefs ,  entendre  ce  que  Té 
yy  lui  diâera  ,  Se  vous  foumet 
Ab.  1194.  yy  fes  arrêts  'S  Edouard  ne  corn; 
ibid.  point  :  il  fut  déclaré  contumace  & 
damné  par  défaur.  On  lui  fit  figi 
ce  nouveau  décret ,  qu'un  clerc  d 
lut  publiquement  dans  une  féanc 
parlement  :  il  fut  cité  une  féconde 

(  a  )   Voyez   rcxcellenc   ouvrage  de  robfei 
HblUndois»  Lettre  xe.  p.  x{. 


Philippe    IV.         (^j 
On  piévit  que  cette  conceftation  Mouvement! 
aboutiroit  enfin  à  une  guerre  ouverte  prim4"a*flt 
entre  les  deux  rois.  La  circonftance  rôcqa^cxdcéf. 
parut  favorable  au  comte  de  Hainaut   soîcii.  ton». 
pour  1  execuuon  d  un  deuein  qu  il  me-  N^mg. 
ditoic  fur  des  prétextes  que  l'hiftoi- 
re  ne  dit  pas.  Il  fondit  a  main  armée 
fur  les  rerres  du  roi  ,  pilla  quelques 
égiifes  confiées  à  fa  garde ,  fit  par-tout 
d*horribies  dégâts.  Ce  fut  en  vain  que 
le  monarque  employa  tout  ce  que  la 
douceur  &  l'autorité  ont  de  plus  per- 
fiiafif ,  pour  le  faire  rentrer  dans  fon 
devoir  j  il  méprifa  8c  les  prières ,  Se 
les  menaces.  On  fut  obligé  d'envoyer 
le  comte  de  Valois  avec  une  armée  ^ 
pour  réprimer  fon  infolence.  Charles 
ctoit  à  peine  en  marche  ,  que  le  rebellé 
effirayé  vint  le  trouver  fans  armes  y  fe 
tendit  avec  lui  a  Paris ,  fe  fournit  à 
toutes  les  volontés  du  roi ,  répara  tous 
fcs  torts,  demanda  pardon  ,&  lobtinr. 

Il  y  eut  auffi  vers  le  même  tems  une      iwa 
fcdition  â  Rouen  ,  à  Toccafion  d  un 
impôt  qu'on  appelloit  MautçUu  ,  MaU  au^mo?f5ffi 
tou ,  c'eft  à  dire ,  droits  fur  les  denrées  ""*'*  ^'^*^ 
levés  injufttimnt  &  par  force.  La  popn-* 
lace  accablée  depuis  quelques  années 
d'exnûions  inconnues  jufque$-là  >  fe 
fouleva  contre  les  gens  tenants  Téchi^^    \ 


ij4      HfSTomE  DE  Faakcï  i* 
quier  du  feigneur  roi ,  les  afliége 
le  château  de  la  ville ,  enfonça  U 
tes  de  la  maifon  du  receveur ,  f( 
de  la  caKTe,  &  répandit  par  ton 
rues  l'argent  qu'elle  enfermoit. 
révolte  nnit  comme  toutes  les  < 
prifes  de  cette  nature  :  les  plus  n 
furent  pendus  ,  quelques-uns  : 
confinés  dans  une  prifon  perpéti 
quelques-autres  furent  bannis  & 
biens  confifqués. 
Loi  fonip-      Un  autre  événement  célèbre 
même  année  eft  la  promulgation 
loi  fomptuaire ,  qui  fixe  la  quant 
mefs  qu'on  lervira  fur  les  rabU 
nombre  de  robes  qu'on  pourra  fe 
ner  tous  les  ans ,  le  prix  qu'il  efl 
mis  de  mettre  aux  étoffes  »  l'état 
que  chacun  doit  tenir  y  félon  fa 
fance  ,  fes  facultés  ^  fon  rang , 
profeffion, 
'Mets  qu'on      1®.  Elle  Ordonne  que  „  nul  ne 
doic  fcrvir        jjera  au  grand  mangier  [  au  f< 

aux  repas.      "        .    ,      .o  i"       i 

Traité  ^r  h  »  qui  etoit  encore  alors  le  gran 
fi^'î^'S.p  5*86.*  »  pas  comme  chez  les  Romains 
**^*  yy  deux  mets  Se  un  potage  au 

,,  fans  fraude  ^  &  au  petit  ma 
„  [  au  dîner  ]  un  mets  &  un  entre 
„  S'il  eft  jeûne ,  il  pourra  donner 
f>  potages  aux  harengs  &  deux  t 


Philippe    IV.  é^ 

J*,  ou  bien  un  potage  &  trois  mets  : 
9,  jamais  plus  de  quatre  plats  pour  les 
„  jours  de  jeûne  (a)  :  jamais  plus  de  ^coutum.  1I0 

'        .  '        I       \  '^       '  1»     *•  ,,    Bcauv.  obfcrv. 

„  trois  ,  pour  les  lours  orchnaiies  "•  p-  ^71.  ly*- 

T-ii  1*       1     •  '  01  •  Mauts    de§ 

tlle  va  plus  loin  encore  j  &  de  crainte  Franc,  j?.  157. 
qu'on  ne  multiplie  les  mets  ,  fans  ex-  '  Lettres  h.ft. 
céder  ce  nombre  de  plats,  elle  ajoute  ^"«.^"44^ 
„  qu'on  ne  mettra  en  aucune  écuellc  ^  ^"'''* 
„  qu'une  manière  de  chair ,  une  pièce 
„  tant  feulement ,  ou  une  manière  de 
„  poiflbn  :  mais  elle  n'entend  pas  que 
„  le  fromage  foit  un  mets  ,  s'il  n'eft 
5,  en  pâte  y  ou  cuit  en  eau  **.  On  fera 
fans  doute  furpris  de  cette  /implicite 
de  mœurs  ,  daiis  un  fiécle  fur-tout  où 
les  yeux  font  accoutumés  à  une  mul- 
tiplicité faftueufe  de  mets  ,  dont  les 
noms  feuls  deviennent  une  étude  : 
étonnement  qui  ne  peut  manquer  de 
redoubler  ,  fi  l'on  rait  réflexion  que 
cette  étrange  fobriété  étoit  celte  de 
nos  rois  mêmes.  On  ne  fervoit  jamais 
que  trois  plats  fur  leurs  tables  :  jamais 
ils  ne  buvoient  que  le  vin  qu'ils  re- 
cueilloient  de  leurs  vignes  ;  &  ces  vi» 
gnes  n'étoient  ni  en  Champagne  ,  ni 
en  Bourgogne ,  mais  dans  l'Orléanois. 

ia)  Alors  on  ne  faifoic  qu'un  repas  les  jours  de 
ieûne  :  c*eft  pour  cela  que  rOidonnance  permet  ua 
mtis  de  plus. 


éé  Histoire  de  Frakcë  , 
Louis  le  jeune  faifoic  des  large 
Jbn  ixcclUm  vin  d*Orléans  ,  c 
l'Impératrice  reine  de  Hongrie  f 
présents  de  fon  vin  de  Tokay  :  ¥ 
vouloir  toujours  en  avoir  ,  le 
alloic  à  la  guerre  /perfuadé  qui 
toit  aux  grands  exploits.  Cette 
licé  regnoit  encore  fur  la  table 
du  tems  de  Philippe-le-bel ,  1 
dépenfier  de  tous  les  princes  f 
décefleurs  :  Teau-rofe  ,  aujourc 
dégradée  »  en  faifoit  les  délices 
voyons  par  plufieurs  monument 
les  rois  d'Angleterre  obfervoi 
xnème  étiquette  dans  leurs  rep 
raconte  que  des  rnoines  de  Wi 
ter  vinrent  fe  jetter  aux  pi( 
Henri  II ,  fondant  en  larmes 
lui  demander  juftice  de  leur 
qui  ne  leur  donnbit  que  dix 
au  lieu  de  treize ,  qu'on  avoir 
me  de  leur  fervir.  „  On  ne  m' 
,}  que  trois  dans  mon  Palais,  ré 
y,  le  monarque  indigné  :  malheu 
,,  tre  abbé  s'il  vous  en  accorde 
31  que  la  fobriété  n'en  permet  i 
„  roi  'S  ^ 
Nombre  des  2  "'  •  Elle  décide  que ,  Il  Duc  f  i 
robes  qu'on    te    H  Baron  de  Rx  mille  livres  de 

pcuc  fc  doo  -*^  ,  ,         , 

nerpacan.    He  pourront  le  donner  plus  de 


P  H  I  t  ï  P  P  E     I  V.  Cf 

robes  par  an ,  6*  leurs  ftmmts  autant^  îicm,  fl>id. 
Les  prélats  &  les  chevaliers  font  ref- 
treints  à  deux  :  on  en  permet  trois  au 
chevalier ,  qui  aura  trois  miUt  livres  dt 
terre  :  on  en  accorde  deux  à  Técuyer , 
une  feule  aux  garçons  :  Nulle  Damoi- 
fdle^Ji  elle  nUJi  châtelaine ,  ou  Dame 
de  deux  mille  livres  de  terre ,  n*en  aura 
qu'une.  Cétoit  lufage  parmi  les  fei- 
gneurs  de  Faire  des  préients  de  robes 
a  ceux  qui  leur  étoient  attachés  :  il  eft 
défendu  aux  chevaliers  d'en  donner 
plus  de  deux  :  les  prélats  n  en  doivent 
donner  qu'une.  On  remarquera  à  ce 
fujet ,  qu'alors  Thabillement  ordinaire 
des  hommes ,  étoit  une  foutane  ou  lon- 
gue tunique,  &  par-deflus  ,  une  robe 
ou  un  manteau ,  quelquefois  tous  lés 
deux  enfemble  s  Thabit  court ,  excepte 
à  Tarmée .  n'étoit  que  pour  les  valets. 
Il  fut  un  tems  on  les  robes  n'avoienc 
point  de  manches  ;  elles  en  eurent  de- 
puis ,  fort  étroites  d'abord  ,  très-am- 
ples dans  la  fuite.  Le  manteau  ,  fur- 
tout  quand  il  étoit  fourré  ,  n'appar- 
tenoit  qu*aux  perfonnes  d'un  certain 
rang.  On  TagrafFoit  fur  l'épaule  droite, 
de  forte  qu'étant  toujours  ouvert  de  ce 
c6ré-là  ,  jamais  par-devant ,  on  avoit 
l'entière  liberté  du  bras  droit  :  on  le 


et       Histoire  de  France  ;;* 

retrouffbit  fur  1  cpaule  gauche  . 
pour  laifler  le  libre  ufage  de  Té 
traînoic  par  derrière ,  &  tombo 
qu'à  terre.  On  diftinguoic  les 
ordres  de  feignears  à  Tample 
bord  &  à  la  qualité  de  la  fourr 
hermine  qui  Tentouroit ,  a  la  1 
du  repli  du  collet ,  à  la  longueuî 
queue  traîaanie.  Les  Ducs ,  Co 
Barons  ,  Chevaliers  ,  'le  poj 
d'un  drap  écarlate  ,  ou  violet  : 
dernière  couleur  à  prévalu  dans  1 
habit  de  cérémonie  pour  les  Pai 
ne  connoiffbic  point  encore  le 

Seaux  j  le  bonnet  étoit  la  coëfF 
e  tous  les  hommes  :  s'il  étoit  < 
iours  ,  on  l'appelloit  mortier  :  s' 
toit  que  de  laine  ,  on  le  nommo 

f>lement  bonnet.  Le  premier  étc 
onné  :  le  fécond  n'avoit  pour 
ment  que  des  cornes  plus  élevée 
lefquelles  on  le  prenoit.  Il  n'y 
que  le  roi  ,  les  princes  &  les  c 
liers  qui  fe  ferviflènt  du  mortie 
bonnet  étoit  la  coefFure  du  clerg 
gradués  &  du  peuple.  On  ii 
par-deflus  l'un  &  l'autre  un  chap 
efpéce  de  capuchon  qui  avoir  un 
let  fur  le  haut ,  &  une  queue  pe 
te  par  derrière  :  il  étoit  commt 


P  H  I  L  I  P  P  E     I  V.  ^5 

deux  fexes.  On  diftinguoic  les  dames  à 
chaperon  de  velours  ,  &  les  dames  à 
chaperon  de  drap.  Celui  des  perfon- 
nes  de  condition  étoit  plus  large.  Se 
fourre  :  celui  des  gens  du  peuple  étoit 
plus  étroit ,  fans  fourrure,  &  de  la  for- 
me d'un  pain  de  fucre. 

i^.  Elle  déclare  que  „nul  prélat.  Prix  qu'il 
„  ni  baron  ,  ne  pourra  avoir  robe  ^emV'^'lux 
5,  pour  fon  corps  ,  de  plus  de  vingt-  étoffes. 
,,  cina  fous  tournois  Taune  de  Paris  :  ii<ietn  >  it>iM. 
„  les  femmes  des  barons  à  proportion , 
5,  c'eft-à-dire  ,  â  peu-près  un  cinquié- 
),  me  de  plus.  Le  banneret ,  ainH  que 
„  le  châtelain  ,  ne  doit  point  pafler 
„  dix-huit  fous  Taune  ;  Iccuyer  ,  fils 
„  de  baron ,  quinze  j  Técuyer  qui  fe 
„  vêt  de  fon  propre ,  dix  j  le  clerc  en 
5,  dignité ,  ou  fils  de  comte ,  feize  j  le 
3,  fimple  clerc  ,  douze  &  demi  ;  le 
„  chanoine  d'églife  cathédrale ,  quinze. 
„  Le  taux  des  bourgeois  eft  douze  fous 
j,  fix  deniers  l'aune  :  leurs  femmes 
„  peuvent  aller  jufqu  à  feize  ;  mais  il 
ii  faut  qu  ils  ayent  la  value  de  deux 
5,  mille  livres  tournois  de  biens  :  les 
5,  autres  font  fixés  à  dix  fous  ,  leurs 
j,  femmes  à  douze  au  plus  ".  On  a  vu 
qu'alors  il  étoit  d'ufage  parmi  les  fci- 
gneurs  de  donner  des  robes  à  ceux  qui 


70  Histoire  de  Framcï  , 
compofoient  leur  petite  cour  :  VC 
donnance  règle  également  le  prix  qu 
pourra  mettre  à  ces  écoffes  de  préfe 
C'eft  dix-huit  fous  Taune  pour  U$  ci 
pagnons  du  comte  &  du  baron ,  quii 
pour  Us  compagnons  du  banneret  & 
châtelain  ,  fix  ou  fept  pour  tous 
écuyers  en  général.  Cctoit  rappela 
nation  à  l'ancienne  fimplicite  de 
perès  9  au  elle  commençoit  d*oub 
On  lit  dans  un  compte  de  la  ma 
du  roi,  quen  laoï.  l'habit  de  p< 
iuniqut  ,  fur-tuniquc  y  ptaux  &  cl 
/uns  ,  coutoit  cent  fcpt  fous  ;  Thaï 
ment  complet  d  une  dame  du  pa 
huit  livres  ;  celui  des  femmes 
moindre  rang  ,  un  tiers  moins  *, 
des  chambriins ,  cinquante  -  huit 
la  toile  pour  les  chemifes  des 
hautes  dames  ,  un  fou  huit  c 
Vaunt  ;  la  robe  4'écarlate  qu'eui 
lippe -Augufte  pour  la  foiemni 
Pâques  ,y«i{«  livres  &  demie  ;  foi 
pel  fourré  de  gris ,  quatre  fous  ;  U 
nire  de  fon  manteau  &  de  fon  < 

Fluvial  yfîx  francs  ;  fon  furcqt  {^ 
armée,  fourré  de  menu-vair  ,yî 

(a)  Le  Turcec  Éroic  une  tunique  à  manc 
tes  8c  fort  étroites  j  la  robe  à  grandes  manc 
Tuccéié. 


P  H  I  L  I  P  P  H      I  V»  71 

fous  ;  une  chape  également  fourrée  , 
qu'il  eut  dans  fa  campagne  ,  fix  livres 
moins  cinq  fous;  une  robe  fourrée  de 
vair  ,  qu'il  eut  à  la  TouflTaint ,  huit  /i- 
vres  ;  fes  tuniques ,  quinze  fous  chacune; 
la  robe  &c  le  manteau  fourré  ,  qu'eut 
la  reine  à  la  faint  Rémi  ,  vingt^huit 
livres  moins  trois  fous.  Un  autre  état 
de  dépenfe  dit  ,  que  les  robes  de 
monfieur  Louis,  fils  aîné  du  roi ,  & 
celles  de  la  princeflfe  fa  femme ,  pour 
Tannée  1117,  montèrent  à  cent  fei[c 
livres  on^e  fous.  Il  falloir  qu'ils  en 
euflent  eu  un  grand  nombre  :  la  plus 
riche  que  le  prince  eut  en  Septem- 
bre ,  revenoit  à  dix  livres  moins  cinq 
fous  :  il  y  en  avoir  une  de  trente-Jîx 
fous. 

4*,  Il  en  étoit  alors  comme  de  nos     ïf«  qa« 
jours.  Le  bourgeois  afFcâroit  des  airs  ^nJ,""  ^^'^ 
de  grandeur  ,  &  copioît  ridiculement   lîdem ,  ibid. 
Thomme  de  cour.  Il  vouloir  comme 
lui  avoir  des  voitures  pour  fe  faire 
traîner ,  de^  flambeaux  pour  s'éclairer, 
de  riches  habits  pour  le  faire  remar- 
quer, des  bijoux  (ans  nombre  pour  bril- 
ler d'un  éclat  emprunté.  Le  nouvel  édît, 
pour  remédier  à  un  abus  doublement 
funefte ,  en  ce  qu'il  ruinoit  l'orgueil-  . 
leux  imitateur,  &:  le  rendoit  la  rifée  pu*      , 


a: 


7z  Histoire  M  France  5 
blique,  ordonne  que  *»  nulle  bourgeoife 
M  n  aura  char  :  qu  ellç  ne  fe  fera  point 
w  accompagner  la  nuit  avec  la  torche 
»  de  cire,  ce  qui  eft  également  défeDdu 
»>  à  récuyer  ,  au  fîmple  clerc  ,  à  tout 
»  roturier  2  qu  elle  ne  portera  enfin , 
t>  ain(î  que  fon  mari  »  ne  vair ,  ne  gris , 
»  ne  hermine  ,  ne  or ,  ne  pierres  pré- 
»  cieufes ,  ne  couronnes  d'or  ou  a  ar- 
>»  gent  «.  Nos  rois  donnoient  eux- 
mêmes  l'exemple  de  cette  fimplicité 
u  ils  commandoient.  Sous  Philippe 
e  Valois ,  c'eft-à-dire ,  plus  de  trente 
ans  après  cette  Ordonnance  ,  on  ne 
voyoit  encore  aucune  vai (Telle  d'or  ou 
d'argemy^r  le  drcjfoir  [  buffet  ]  royal  : 
mais  il  y  avoir  tant  feulement  fur  la 
table  du  prince  deux  quartes  dorées  plei» 
nés  de  vin  ,  une  aiguière  &  fa  coupe* 
Quand  les  rois  de  Bohême ,  d'Ecolfe , 
de  Navarre  &  de  Majorque  y  man- 
geoient ,  ce  qui  leur  arrivoit  fou  vent, 
chacun  avait  fa  propre  coupe ,  &  fon 
aiguière  ,  rien  de  plus.  Quant  aux 
joyaux  ^fi  le  roy  ou  la  roineportoit  au 
doigt  un  rubin  au  balais  [  rubis  balais] 
de  deux  cents  ecus ,  éditait  une  merveille 
digne  de  grande  admiration.  Les  chofes 
font  étrangement  changées.  On  a  vu 
de  notre  tems ,  un  négociant  d'Angle- 
terre 


Philippe    IV.  75 

terre  pofièflèur  d'un  diamant  de  près 
de  douze  millions. 

Mais  cane  de  beaux  exemples  de  la  souiîeri  àla 
parc  des  monarques  ,  ne  purent  faire  ^°^^*****- 
impreffion  fur  Tefprit-des  fujecs.  En 
vain  ils  eurenc  recours  aux  peines  pé-*' 
cuniaires  :  [  l'amende  étou  depuis  cent 
livres  pour  les  barons  &  les  prélats  ^ 
jufqu  â  cent  fous  pour  ceux  qui  n'a- 
voient  pas  mille  livres  de  bien  ]  rien 
ne  fît  effet  :  Tordonnance  n'eut  point 
fon  exécution.  Ce  fut  mcme  fous  le 
règne  de  Philippe  ,  &  depuis  la  publi- 
cation de  cette  loi  fomptuaire ,  que 
s'établit  la  mode  bizarre  d'une  chauf- 
fure,  qu'on  nommohfoulier  a  la  pou-- 
laine ,  du  nom  peut-être  de  celui  qui 
lavoit imaginé.  Il  finiflbit  en  pointe  ,   r,dcm,nii4, 
dont  le  bée  étoit  plus  ou  moins  long  ^ 
faivant    la  qualité  de   la   perfonne. 
Cétoit  pour  les  gens  du  commun  un 
demi'pied  ,  pour  leis  plus  riches  un 
pied ,  pour  les  grands  leigneurs  Se  les 
princes  deux  pieds.  On  l'ornoit  quel- 
quefois de  cornes  ^  quelquefois  de 
griffes  y  ou  de  quelqu 'autre  ngure  gro- 
tefque  :  plus  il  étoit  ridicule  ,  plus  il 
iembloit  beau.  Les  évèqùes  Riiminé->. 
rent  long-tems  fans  fuccès  contre  cette 
mafcarade  3  que  le  Continuateur  de. 

Tome  FIL  D 


74       HfSTDiR*  Dc  France, 
spîciî.^tom  NaDgis  traita  de  péché  contre-nature  » 
d*oùtrage  fait  au  tréaieur  :  pQVk  s^n  (zU 
Ittt  que  Vuù^  tt'en  fôc  décidé  béréti- 
que.  Charles  V  ,  pour  complaire  au 
iw.vertanc.  dtergé  ,  le  dcclara  contre  Jes  bonnes 
fol.  hsÎ*^"  '  mai^s  ,  inventé  en  dérijion  de  Dieu  & 
de  l'I^glifi  9  par  vanité  mondaine^  pat 
folle  prefomption  »•  &  pouc  Tabolir , 
prit  un  moyen  plus-  eificace  ^ce  fut  de 
condamner  à  dik  florins  d'amende  ceux 
qui  s'obftinecoient  à  le  fuivre.  On  ne 
lui  rrouvoît  plus  les  grâces  de  la  nou- 
veauré  :  déjà  même  il  commençoic  à 
paroicre  incomfmode  :  la  crainte  du 
châtiment  fortifia  le  dégoût  :  il  fu^ 
abfolument  éteint.  Mais  celui  qui  lui 
fuccéda ,  n'étoit  guère  plus  raifonna- 
Hift.dcLyon,  ble.  Quooid  Us  hommes  ^  ditParadin, 
^  '  fi  fâchèrent  de  une  ckauffurt  dgui  9 

furent  fakes  des  pantoufles Jilarges  de- 
vant y  ^u*elUs  excédoient  de  targatr  la 
•  m^im  d'un  bon  pied  ;  &  nefpavoien»tUs 
gens  Jors  comme  ilsfepouvoiem  déffùfer. 
Il  eft  p(fc  en  axiome  dams  les  écrits 
politiques ,  que  le  Inxe  eft  le  père  <ks 
arts  &  des  fciences ,  dont  l'union  pro- 
duit toutes  les  vertus  <ie  kfociété ,  la. 
politefTe  &  les  mœuxîs  douces.  Deax 
exemples  fîngiiliers ,  lUm  d-ignoranee 
|rofliére ,  l'sixjaxj^  de.bacbarie  monf- 


P  H  î  L  I  P  P  E     I  V.  75 

trùeufe  ,  tous  deux  du  règne  ijième 
où  l'on  (ai  obligé  d'établir  des  loit 
focnptuaires  ,  prouvent  ou  que  cette 
maxime  eft  fau(Ie  ,  ou  que  le  )uxe 
d  alors  n'en  méritoit  guère  le  notn.  Le  ^  Re««îî  ^«»«« 
premier  eftune  déclaratior»  de  Sybille^  tom- 1  o  ii|I 
co'mte^  de  Savoye ,  qu'elle  ne  figne  **  "'^^ 
point  Ton  teftament ,  parce  qu'elle  ne 
Içiit  point  écrire  :  ce  qui  montre  le 
peu  de  foin  qu'on  prenoit  alors  d'inC- 
truixe  les  filles  de  la  première  qualité. 
Le  fécond  eft  un  arrêt  de  k  cour  du. 
Roi ,  qui  ordonne  le  duel  entre  Ici 
comtes  de  Foix  &  d'Armagnac  ,  qirt 
k  difpntoient  la  fucceffion  de  Gafton    spîdi.  tomi 
de  Moncade ,  vicomte  de  Beam.  Déjà  '*  ^'  ^^' 
les  deux  champions  étoient  entrés  en 
lice  en  préfence  du  monarque  Se  de 
fes  barons  ,  lorfque  ce  prince  ,  â  la 
prière  du  comte  d'Artois, fît ceflèt lé 
combat ,  tira  lui-même  du  champ  de 
bataille ,  le  comte  d'Airmagnac  ,  qui 
avoir  été  renverfé  de  fon  cheval ,  & 
prit  Vaffdfcfur  lui ,  c*eft-à-dire  ,  qu'il 
s'en  réferva  la  connoiflànce  &  le  juge- 
ment. Il  tint  parole ,  ic  par  la  pknî^   Marc» ,  wa. 
tudt  dt  la  puiffanct  royale  ,  ordonna  79  jf"'"'  ^' 
que  les  deux  contendant^  ferqient  la 
paix ,  que  le  comte  d'Armagnac  auroic 
les  vicomtes  de  Brulhois  &  de<3avar^ 

Dij 


7$       Histoire  de  Franck  , 

dan  ,  Se  que  le  Bearn  demeurcroit  au 

comte  de  Foix.  La  querelle  neanmoin: 

ne  fut  quaflbupie  :  bien-côc  elle  fe 

ralluma  plus  vivement  que  jamais ,  & 

ne  finit  que  plus  de  foixante  ans  après 

Leroîconfif-      ta  France  &  l'Angleterre  avoien 

quciacuycn.  Çryj  fixer  tous  les  regards ,  &  TEuropi 

reUcions  â  ce  entière  atteudoit  ayec  impatience  1( 

dei^Fra^*^^"  fuccès  de  k  fecoudc  citation  notifiée 

Effai's^hîftor.  au  roi  Edouard.  •»  Il  paroît  ,  dit  ur 

1.  part.  p.  I IX. ,,  Ecrivain  auffi  ingénieux  qu'élégant 

M  que  ce  monarque  étoit  de  ces  nom- 

w  mes  avantageux, dont  l'air  d'audace  fc 

ai  démonte ,  &  qui  commencent  â  pliei 

»*  dès  qu'on  les  traite  fièrement.  C( 

»  vaflàl  qui  n'étoit  foumis  à  perfonne . 

w  fit  partir  le  prince  Edmond  fon  frère 

u  pour  l'excufer  ,  &  répondre  en  for 

f«  nom  ,  diiant  «  que  fa  fanté  np  lu 

ptrmtiiou  pas  de  fc  commettre  à  l^airé 

la  mer.   Philippe  s'obftina  à  vouloii 

qu'il  comparut  en  perfonne.  Dès  qu< 

les  délais  de  la  citation  furent  expires 

spîcti;  tom.  il  confifqua  la  Guyenne.  Auffi-tot  il  ] 

fit  marcher  des  troupes  fous  le  corn 

mandement  du  connétable  Raoul  à 

Nèfle ,  qui  s'empara  en  très  -  peu  d 

tems  de  Bordeaux,  de  Bayonne  >  i^  d 

toutes  les  villes  que  l'Anglôis  poflTédoi 

4ao$  le  royaume.  On  fera  fans  doue 


%    Philippe    IV.  '79 

furpris  de  la  rapidité  de  cette  conquê'- 
te  :  mais l'étonnemeiw:  celTera ,  fi  Ion 
fait  réflexion  que  le  général  François 
ne  trouva  que  très-peu  de  réfiftance  , 
Se  que  cet  abandon  fimulé  dé  tant  de 
places  étoit  un  effet  de  la  politique 
d'Edouard  ,  qui  depuis  long-tcms  for^ 
moit  des  projets  d^ iniquité.  Ilftfiattoit  ^ 
dit  Nangis  y  de  recouvrer  cette  province 
ûvcclefecours  defes  allies ,  &  que  Payant 
reconquife  par  la  force  des  armes ,  //  ne 
la  tiendroit  plus  du  monarque  François  y 
mais  par  le  droit  de  la  guerre ,  &  en  toute 
fouveraineté.  Auffi  ne  manqua-t-il  point 
une  occafion  s  qu'il  avoit  cherchée  avec 
tant  d'empreflement.  Bien -tôt  il  en- 
voya en  France  deux  religieux ,  Tun 
Dominicain ,  laiitre  Franciftain ,  pour 
déclarer  au  Roi  de  fa  part ,  qu  il  ne  le 
reconnoitToit  plus  pour  fon  fouverain , 
ic  qu'il  fe  tenoit  â  jamais  quitte  de 
tout  hommage.  Tel  eft  le  récit  des 
hiftoriens  François. 

Les  Ânglois  racontent  la  chofe  dif-    ceUei  a^ 
féremment.  Ils  prétetidenc  aue  la  reine  ^°5^^"- 
Marie ,  belle-tnete  \a)  de  Pirilippe  »  & 

(m)  Le  P.  Daniel  [  Hift.  de  France ,  tom.  f .  p.  19. } 
l'appelle  Relne-mere  du  Roi  :  c*eft  une  inadvertance 
que  le  nonvel  Ediceitt  auroic  dû  corriger.  Philippe  écoic 
i\s  dlfabelle  d'Aragon  première  femme  de  Philippe* 
leHariCu 


io       Histoire  de  France  i 
ii7mcr,e€m.  la  reine  Jeanne  fa  femme  9  conch 
Vi^ïû?*  ***  avec  le  prince  Edmond  un  traité 
Nîcoi.Tri^i.  lequel  on  avoit  réglé  le  geme  de 


in  Spicii. 
3 


^-    pag.     60. 


,  p!«3.«4:  fanion ,  queTAngleterre  devoit  f 
Raptn  Tboy-  pottr  appaifei  le  Roi  de  France  ,  q 

pikc^^ÈS^.  tende  a  mal  paie  if  aucunes  Jéfobéijff 
Je  quelques  commandants  Je  la  G uî 
On  ëtoit  convenu  ,  difent-ils ,  < 
remetcroic  au  monarque  Franco 
fortef effes  ,  Saintes ,  Talmont ,  7; 
Pumirol ,  Penne  ,  ^  Mantflan^ 
cu'il  pourroit  envoyer  un  ou  dei 
ies  officiers  dans  les  autres  vill< 
Duché ,  excepté  à  ^rdeauï ,  à  B^ 
ne  3  à  la  Réole  y  de  manière  cepei 
Q^t  la  force  demeurât  devers  Us  ge 
roi  deAngkterre  :  qu'on  lui  doni 
«nfin  tels  ocages  qu'il  fouhair 
Toutes  fies  oheWances  faites  ,  Phj 
idevoie  d'tbord  révoquai:  la  cil 
{Prononcée  contre  Edouard  à  la 
des  Pairs  ^  enfuite  a  la  prière  des 
reines ,  reftituer  les  fix  places  en 
tiôn  f  retirer  Tes  officiers  des  ai 
rendre  les  otages»  6$  donner  ur 
conduit!  au  prince  Aogtois  pour 
à  Amiens  ,  où  il  le  recevrort  de 
veau  i  la  foi  &  hommage. 
Tîdem ,  ibid.  Jufques-U  tous  ces  articles  n^ét 
convenus  que  de  vive- voix  :  Edi 


Iroulat  avoir  des  fïkecés  :  les  reines 
demandétent  quelque  -  tems  pour  fe 
confulter.  On  fe  ra^mbla  den^  jQirrs 
après  :  il  fuc  arrêté ,  que  le  traité  ferait 
mis  par  écrit.  Le  prince  e^t  dornia  une 
copie  fignée  de  fa  main  auK  dètox  priib- 
cefiès ,  qui  lui  en  doimérent  pareille- 
ment une  fignée  auffi  de  leur  main. 
Elle  fut  envoyée  au  roi  d'Angleterre  ^ 
qui  pour  la  paix  tU  la  chrétienté  ,  & 
pour  hâter  fon  voyage  d^  Outremer  , 
agria  tout  et  fui  Avoit  ét4  conclu  par  h 
minijlére  de  f on  frire.  Il  fit  plus  encore: 
pour  fauter  P honneur  du  Roi  de  France  , 
pour  contenter  ceux  defon  confeil  y  pour 
tenir  ptus  fecretes  les  privées  convenant 
ces  de  deux  cours ,  il  donna  des  lettres^ 
patentes  pour  rendre  au  François  toute 
ta  Terre  de  Gafcogne  à  fa  volonté. 
Edmond  moins  crédule  >  ne  jugea  point 
qu  il  fut  de  la  prudence  d'exécuter  cet 
ordre  y  fans  être  auparavant^affliré  de 
la  propre  bouche  du  Roi ,  qu'il  obier* 
veroit  fidèlement  les  conditions  ac- 
cordées par  fa  belle -mcre  &  par  fi 
femme.  Philippe  voulût  bien  lui  don- 
ner certe  fatistadion.  Il  fe  rendit  en 
une  certaine  chambre ,  où  en  préfence 
de  la  reine  Blanche  de  Navarre  ,  du 
dac  de  Bourgogne,  &  dès  ambaffk- 

D  iv 


«o  Histoire  be  Frakce  ; 
deurs  d*Angkterr^  ,  il  promit  fc 
roi  qu'il  rempliroic  les  engagea 
''que  les  deux  reines  avoienc  con 
tées  eiî  fon  nom*  Dans  le  même-t^ 
il  déclara  qu'il  révoquoit  la  cit2 
d'Edouard  ,  &  fit  publier  cette  r 
cation  en  pleine  falle  ,  par  l'év 
d'Orléans.  Auffi-tôt  les  ordres  fi 
expédiés  en  Guienne,  pour  livrer 
le  Duché  aux  offiôers  du  monai 
Ce  fut  le  ConnétaWe  qu'on  cha 
de  cette  importante  commiflioni 
lui  remit  entre  les  mains  un  g 
nombre  d*ôtages  :  il  les  fit  condu 
Paris, 
lidem,  ibu.  Tout  étoît  fidèlement  accomp 
la  part  des  Ânglois.  Alors  Edn 
s'adrefla  aux  deux  reines  ,  pour 
mander  l'éxecution  des  articles  qi 
Roi  avoit  accordés  par  leur  entrei 
On  lui  fit  dire  que  la  chofe  feroit 
minée  dans  le  confeil  ;  qu'il  ne 
point  furpris ,  fi  le  monarque  lui 
loit  une  réponfe  un  peu  dure  ; 
étoit  important  que  certains  con 
lers ,  qui  auroient  traverfé  la  négc 
tion ,  u  pn  ne  leur  en  eut  fait  un  lec 
ne  fuffent  pas  fi-tôt  inftruits  qu 
avoit  eu  un  heureux  fuccès  ;  que 
(que  l'affemblée  feroit  féparée ,  on  i 


PHILIPPB     IV.  8î 

neroic  des  ordres  efficaces  pour  Texac* 
te  obfervation  de  tour  ce  qui  avoir  éré 
arrêté  par  les  princeflès.'  Lé  prince  , 
fur  cette  parole  royale ,  fc  prclente  au 
confeil ,  demande  up  faufconduic  pour 
le  roi  fon  frère  ,  la  reftitution  de  la 
Guienne ,  &  la  délivrance  des  otages. 
Philippe  répond  très-féchement ,  qu'il 
ne  rendra  pas  ladite  faijîne.  Edmond 
étoit  préparé  à  ce  refus  ,  il  n'en  fut 
points  alarmé  :  il  fe  retira  dans  une 
chambre  voiiine  ,  pour  y  attendre 
Teffet  de  la  promeiîe  du  Roi.On  afFeâa 
de  Ty  laiflèr  quelqùes-tems  j  fans  lui 
faire  rito  dire.  Enfin  arrivent  deux 

1)rélats  ,  c'étoient  les  évèques  d'Or- 
éans  &  de  Tournay  ,  qui  lui  ligni- 
fient ,  que  mal-à-propos  il  fe  rejpaît 
d'efpérances  flatteufes ,  que  le  Roi  ne 
veut  plus  être  importuné  de  cette 
affaire.  Quelques  jours  après  >  le  mo- 
Barque  s'étant  rendu  en  fon  parlement^ 
y  fit  faire  une  proclamation  publique^ 
pour  fommer  Edouard  de  venir  répon- 
dre aux  articles  contenus  dans  la  cita* 
tipn.  Ceft  en  vain  ique  les  ambaflà- 
deurs  Ânglois.objeâient  que  cette  cita- 
tion a  été  révoquée ,  en  vain  qu'ils  de* 
mandent  un  délai  jufqu'aa  lendemain  > 
pour  confultet  le  prince  Edmond,  on 

D  V 


Si       Histoire  m  France  , 
fie  veut  rien  écouter  j  ils  font  c< 
diés  ,&la  çotififcacioii  de  la  Guj 
eà  adjugée  au  Roi. 

Quoi  qu'en  dife  Rapin  Tho] 
donc  chaque  terme  eft  ici  rexpr< 
d'une  partialité  outrée  (a)  ,  toi 
récit  à,  ï\n  petit  air  de  roman  . 
infpire  une  jufte  défiance,  i^^ 
le  témoignage  d'une  partie  intérc 
snotif  fumfam  pour  te  rendre  fu/j 
ce  que  nous  voyons  de  nos  foui 
peut  guère  contribuer  à  lui  donn4 
poids.  2^.  Il  pèche  contre  toute 
Stmblance.  Edmond  efb  à  Paris  :  il 
K)us  les  jours  le  monarque  :  il  ig 
cependant  fi  c*e&de  fon  aveu  qu< 
déiDc  reines  traitent  d'un  accoixi 
dément.  Ceft  trop  peu  dire  encoi 
envôjre  te  traité  à  ion  frère ,  Oc  avec 
tranquillité  ^ue  rien  n  égale  ,  an 
Fûrdre  de  hvter  toute  la  Guien 
pour  s'affiker  Ci  Philippe  avoue  les 

fagements  contraâës  en  fon  nom 
rs  princefles.  Ce  n'eft  pas  affèsi  rm 
ger  le  ledeur ,  ^ue  de  Itii  préfente 
pareilles  abfardités«  Quel  eft  rhon^ 

(4)  U  fatc  dir«  aw  Rdnea  qiM  k  ûniêhedoo.  ( 

âstmnàoit ,  n*ùoit  ^u*^apparente  ,  pwr  U  formt  J 
ment  ^tm  fitt  met  Ub  fcu  fdv^,  pMtP  mtUrt  à  t» 
thwnmr  d»  It»ii.  S  nV  a  rien  d'a|)procftaiït  daos  k 
ïDXÀic  c[u»  iett  àe  fondement  à  fa  relation 


.  Phi  t  I  p  PB    IV.  8| 

ftilez  crédule  ^  pourfe  laidfèr  perfua-^ 

der ,  xjQ'im  roi  puiflè  ,  jqii  ne  dit  pas 

offrir  ,  mats  donher  réellement  deulç 

cents  villes  à  un  ennemi  5  qui  ne  lui 

en  demande  que  (ix  ?  Que  fignifie 

d*aiUeiii:s  ce  myftére  pncrile  qu'on  fait 

à  c^ueiques  miniftifes  y  d'un  traité ,  qui 

doit  s'esécutec  àk  fottie  de  ce  conieil 

mèn^e  ,  où  l'on  aitfeâe  dé  publier  le 

contraire?  De  pareilles  fcenès  font 

plus  popr^s  an  théâtre  qu'à  l'hiftoire* 

$;  Il  n'a  aucune  marque  d'auddentî^ 

cité.  C!eft  un  fiffiple  mémoite  ^  d'Ed^ 

mond  y  ù  l'on  veut:,  téoèoin  noâ  recef 

vable  encec^e  ooèafion  ^  peut-être  auâi 

de  quelque  ^élé  patriote  Anglois  qqi 

l'aura  fabriqué  dans  ion  cabinet  :  il 

n'eft  ni  daté  9  ni  £ceUé.,  in  figné,  maii 

couftt  à  la  Alite  de  quelques  lettres  ^ 

qui  femèleot  le  contredire.  £&ts  cou* 

ôennent  uni  ordre  de  remettre  emte 

les  mains  du  connétable  de  France  ^ 

jufqu'à  vingt  étages  :  &  Tob  en  croie 

k  relation  du  prince  ;  on  deroit  les 

lui  remettre ,  on  ks  hn  remit  en  eiïèt 

uls  &  tant  comme  ilufoulut^  Suivant  ^3 

fettrers ,  c'tj^  Uan  lie  S^int^Jtan ,  Iku^^ 

ttfùznt  en  la  duché  iT^quitaini  ,  ^uâ 

ftit  chargé  de  livrer  ,  &  la  GuienM  > 

k  les  otages  ;  foivanV  le  mémoire  ^ 

Dvj 


84  Histoire  -  de  :  Eu  ancb  ^ 
c^cfl  maître  Jean  de  Làcy  qui  fût- en 
en  Gafcagne  ,  .pour  rendre  la  faij 
&  livrer  des  gènes  de  la  urretant  co 
il  plairait  au  Roy  de  France.  Aini 
deux  monuments  >.  loin  de  fe  £ 
fier  y  paroilTent  fe  détruire  mucu 
ment.  Il  y  avoir ,  dir-on  ,  un  tra 
^dont  le  roi  d'Angleterre  reçut 
copie  figtiée  des  deux  reines.  P 

3uoi  n*en  trouve-t*on  auôin  vel 
ans  le  recueil  de  Rymer?  Sa  cor 
vation  étoit-elle  moins  importai 
ou  pliis  diJfficile  que  celle  du  prête 
ménioire  >Cétoit  une  pièce  décif; 
il  fufEfoit  de  la  produire ,.  pour  c 
vaincre  Philippe  de  la  {>lus  infi 
mauvaife  foi  :  on  ne  Ta  point 
dans  le  tems,  on  né  le  fait  pas 
core  :  elle  n^eft  pas  même  rappe 
dans  les  traités  de  paix  fubféquen 
c'eft  plus  qu'une  probabilité  ,  qu  i 
n  a  point  exifté. 
An.  iijj.       Les  deux  rois  .cependant  fe  pré; 
Préparatifs  roieut  à  la  guerre  :  jamais  les  deux  ; 

de  guerre  de    .  ,•  ,  '  ,, 

la  parc  des  tious  ne  S  y  portèrent  avec  tant  d 

deux  rois.     Jeut.  On  fotigea  de  part  &  d'autre 

Rymer, tom.  gtoffir  fou  parti  ,  tu  fe  faifant  < 

i^^part  î.  p:  j^iij^j.^  Lg  ,-Qj  jçg  Romains ,  Adolfe 

NaflTau  ,  fe  vendit  aux  Anglois  pc 
cent  mille  marcs  d'argent  ^  fomi 


alors  très^coflfid'érable  :  il  avoir  toute- 
fois un  prétexte  :  c'étoit  ruAirpacidn 
de  rhommage  du  comté  de  Bourgo^ 
gne  y  fief  relevant  autrefois  des  Em- 
pereurs, enfuite  indépendant  durant 
leurs  brouilleries  avec  les  Papes ,  en-> 
fin ,  par  la  foumiffion  volontaire  de 
fes  légitimes  poflèlTeurs  j  réuni  a  la 
couronne  de  France ,  dont  il  avoit  été 
démembré  fur  la  fin  de  la  féconde  * 
race.   L'amitié  ,  motif  plus  noble  ^ 

Îuoiqu'elle  ne  fut  pas  abfolument  i^'<ï»f'i44J 
égagée  d'ihtérêt ,  fit  entrer  dans  la 
même  ligue  Henri  comte  de  Bar  ,  Se 
Jean  II  duc  de  Brabant  ,  tous  deux 
gendres  d'£douard  (a).  Le  comte  de 
Gueldres  &  l'archevêque  de  Cologne 
fe  joignirent  à  eux  :  tous  deux  promi- 
rent mille  hommes  d'armes  y  le  pre^ 
mier  moyennant  une  folde  d^enr 
mille  livres  tournois  ,  pour  fix  mois 
de  fervice  *y  le  fécond,  pour  une  fom- 
me  ^'on  ignore  ^  mais  probablement 

ié%  te  P.  Daniel  Ctonh  f.  p  i8.  ]  dît  qie  Jean  II, 
Duc  de  BrecagBe'  »  prit  parti  pout  Edouard  ,  dont  il 
étoh  gendre»  Maïs  ce  Duc  i*»  fer  vit  toujours  fidélemeoe 
le  Roiyquip4>ur  le  rfcompenfer  de  fes  fervices  dans 
cette  même  guene^rigea  la  Bretagne  eu  Duché-Paitie  r 
1*.  ne  fut  point  gendre,  mais  beau- frerçd'Xdoirard  r 
il  avoit  éfouà  Bcatrix  fille  de  Henri  III.  Ces  peiires 
caches  n'auroient  point  dû  patoicie  dam  la  ttoKvcUe 
fditioik 


Ibid 


$ff       HisTômi  DE  FaAKci  J 
Ibid ,  p.  140*  un  peu  plus  forte  ^  il  de^t  fe  cr< 
parmi  fes  croupes  cenr  cinquante 
vaiiers  :  on  donootr  aa  duc  deBr 
cent  fbixame  mille  libres  ,  pour 
mille  hommes  à  cheval ,  armés  d 
Gui  de  Damepierre ,  comte  de  Fia 
fe  laiffk  aulll  engager  cancre  le  Ri 
]bid,p.  i$o,fouveraih  ,  mais  tecrétemcnt  , 
promeiTe  que  fa  fille  épouferoit 
lier  prifompcif  de  ta  ccmronne 
gleterre.  Philippe  d'autre  part ,  f 

Îrner  Jean  de  fiailleul,  roi  d'Ëcoâfî 
buffiroit  impatiemment  que  TA 
l'eût  aiTufetti  i  un  hommage  qi 
prédécefJÈursn'avoienc  point  cor 
monarque  François ,  pour  fe  l'ac 
plus  fortement  ,  lui  promit  fa 
sT'^  îjoTuî  Ifabelte  (a)  »  fille  aînée  de  Char 
Sk/ASieV.  Valois ,  pour  Eddttard  foa  fils,  * 
jouent-  àcs  c6.  i^oie  hiriur  du  royautm  d'Ecole  , 
•jf'fomi"  """f'^fi^  auins  utres.  Eric ,  roi  de  Not 
Da  Tiiict^re^  mécouteiit  qu'Edouard ,  datxs  le 
c^ii  de,  traî.         j^  fucceffio»  âtt  trotte  d'E< 
fui  eût  préféré  Jean  de  Baillei 
déclara  également  contre  PAngh 
Il  s'étolt  obligé  de  fournir  à  la  1 

(4)  Elle  fut  mariée  dans  la  fuite  ,  par  dif) 
Pape  »  au  fils  aîné  d^Artus  II, duc  de  Bretagn 
la  mort  de  Ton  père ,  fous  le  nom  de  Jean  III , 
rut  en  1^09  »  Tans  enfant»^  âgé  de  fclze  ans. 
biû.  géncalog» 


pRitiPPS  IV.  Jt» 
ievca  cents  Gaiàs  ,  jgrands  ▼ai(Iea^x 
qui  alloienc  â  la  voile  &  à  la  rame  » 
cent  autres  navires  équipés  d'armes  &c 
de  vivres ,  enfin  cinquante  mille  foU 
dats  pendant  quatre  mois  de  Tannée  , 
tant  que  la  guerre  dureroit  :  il  ne  pa- 
roit  pas  néanmoins  que  ce  traité  par 
lequel  Philippe  de  Ion  coté  s'enga- 
geoit  a  lui  payer  trente  mille  fterlings 
en  différents  termes  ,  ait  eu  aucune 
exécution.  On  compte  encore  parmi 
es  alliés,  du  Roi ,  Albert  duc  d'Autri* 
che  ,  fils  de  l'empereur  Rodolphe  ^ 
Hnmbert  dauphin  de  Vienne  ,  Hugues 
de  Longwy  ,  Jacques  de  Cbâtillon  » 
feignent  de  Leufe  ôc  de  Condé ,  Se  ce 

301  f>aroitfa  fans  doute  fort  extraor- 
inaire  ,  quelques  villes  de  Caftille  , 
avec  les  Communes  de  Fontarabie  Se 
de  Saint-Sébaftien  (a). 

Bien-tit  on  vit  arriver  à  la  cour  L'Empsreift 
de  France  des  envoyés  du  roi  des^avojrcdkt»- 

(4)  Le  ?•  Daniel  met  eiKore  au  nombre  des  atlics 
et  la  Ffaoce  >  Florent  comte  de  Hollande  :  mais  il 
cft  cectain  par  plujfieuri  aâes  rapporréi  dans  R/iner  «. 

2 ne  ce  Seigneur ,  durant  tout  le  cours  de  cette  guerre» 
oit  en  commerce  de  lettres  avec  Edouard ,  qui  kir* 
<ctWftit  cMMw  À  fa»  éomi ,  qui  s'adieilôît  roémei  lui , 
^•urféûtt  toucher  4»  roi  dts  Rmmtins  Us  fammes  ifH'il 
^étti  engéifedk  lui  prftr.  On  ne  peut  guère  concilier 
cette  condbtte  de  ï'ua  8c  de  faucre  avec  l'optnioi» 
Je  ce  célèbre  ^efuxe.  Voyez  Rymcr  ,  tom.  i.  paît,  j» 
r  1^8.  141. 


8 s       BrsToiid  DE  Frakce  , 
rcr  la  guerre  Romains ,  avec  des  lettres  de  défi  con- 
«u  roi.        ç^^ç^  j^^^  j^^  termes  les  plus  fiers  &  les 
plus  orgueilleux.  On  éroïc  parfaitement 
mftruit  qu'il  avoit  trop  d'affaires  avec 
les  Princes  de  l'Empire ,  pour  pouvoir 
spîcîi.  tom  porter  fes  armes  ailleurs  :  il  fut  traité 
*-p  f »•       ^y^  jQm  |ç  -mépris  que  méritoit  une 
xlémarcbe  aufii  téméraire  que  dépla- 
cée. On  lui  renvoya  fes  ambaflàdeurs  , 
qu'on  ne  daigna  pas  même  admettre  à 
de^undrc'SSM'aïidience  ,  avec  un  grand  papier  ca- 
**'^  cheté ,  en  manière  de  lettre ,  où  il  n'jr 

avoit  rien  d'écrit  que  ces  quatre  mots  : 
Cela  ejl  trop  Allemand.  Jamais  en  etfet , 
menaces  ne  furent  plus  vaines  que  cel« 
les  de  ce  prince  ,  qui  élevé  à  la  plus 
éminente  dignité,  n'avoit  aucune  des 
vertus  qui  donnent  la  confidération. 
Une  grande  partie  de  l'Allemagne  fe 
fouleva  contre  lut  ,  &  tout  l'argent 
:p  qu'il  avoit  reçu  de  l'Angleterre  fut 

employé  à  lever  des  troupes  contre  les 
rebelles.  Enfin  il  fut  tué  dans  une  ba- 
taille auprès  de  Spire  :  fon  vainqueur , 
Albert  d'Autriche  ,  lui  fuccéda  au  trô- 
ne impérial. 
pun?"ft  a*     ^®  comte  de  Fkndre  ne  s'étoit  pas 
rêcé,  puis  dé- encore  déclaré:  il  afFeâoit  même  les 
nl^t'ft  fiïc*^^¥^'  de  la  plus  fcrupuleufe  fidélité. 
pourouge.  Mais  toute  fa  diffimulation  ne  put 


Philippe  IV.  S  j . 
empêcher  fes  intrigues  dé  percer.  Phi- 
lippe en  fut  inftrint  :  &  l'ayant  attiré  à 
Paris ,  fur  j^e  ne  fçais  quel  prétexte ,  le 
fit  arrêter  avec  la  comtefle  fa  femme , 
&  renfermer  dans  la  tour  du  Louvre ,  ,^^jJ'Îjô" 
comme  violateur  des  devoirs  attaches 
à  la  qualité  de  vaflàl.  Cétoit  en  effet 
une  loi  de  TEtat ,  que  les  grands  de  là 
cour  8c  les  feigneurs  qui  relevoient 
immédiatement  de  la  couronne  ,  ne 
pouvoient  ni  fe  marier  y  ni  marier 
leurs  enfants ,  fans  le  confentement  du 
Roi.  Gui  5  en  promettant  fa  fille  au  fils 
aîné  du  roi  d'Angleterre ,  avoir  man- 
qué à  cette  obligation  indifpenfable  : 
il  ne  put  alléguer  aucune  ezcufe  légi- 
time. Ce  lui  rat  une  nécefllté  de  capi^ 
tuler  ,  pour  obtenir  fa  liberté.  Il  pro- 
mit tout  ce  qu'on  voulut  :  mais  facon^ 
duite  paffée  ne  permettoit  point  de 
s'aflurer  fur  fa  parole.  On  l'ooligea  de 
donner  en  otage  cette  même  princeflè , 
dont  il  avoit  prétendu  difpofer  fans 
l'agrément  de  Ion  fouveraîn.  Elle  fut 
mife  auprès  de  la  reine  ,  élevée  avec 
les  mêmes  foins  ,  traitée  avec  les 
mêmes  honneurs,  ferV^ie  avec  les  mè« 
mes  refpeâs  que  les  dames  de  France. 
Tel  fat  le  prix  de  la  liberté  du  prince 
flamand  2c  de  la  comteflè  fou  époufe. 


1 


ji  Histoire  de  France  ; 
entrèrent  dans  la  place ,  permirent  aux 
Anglois  de  fe  retirer ,  arrêtèrent  &  dé- 
farmérent  les  Gafcons  ,  en  choifirent 
foixante  ,  les  chargèrent  de  fers ,  & 
dans  cet  état  les  conduifirent  au  comte 
de  Valois.  Charles  ,  pour  punir  les 
perfidies  réitérées  de  cette  incondante 
nation ,  les  fit  tous  pendre  i  la  vue  de 
la  Rèole  :  fpedkacle  qui  jetta  l'épou- 
vante dans  cette  malheureufe  ville.  La 
nuit  étoit  à  peine  venue ,  que  les  com- 
mandants ,  Jean  de  Bretagne  ,  comte 
de  Richemont  ^  &  Jean  de  Saint-Jean, 
prirent  la  fuite  avec  tous  les  foldats 
Àtiglois  p  gagnèrent  leurs  vaiflèaux , 
&  sembarquerent  fur  la  Garonne.  Les 
Gafcons  ,  irrités  de  cette  féconde  tra* 
hifon  y  les  pourfuivirent  avec  fureur , 
&  en  firent  un  grand  carnage  :  mais 
les  chefs  échappèrent  à  leur  vengean- 
ce. On  s'apperçut  le  lendemain  que  le 
défordre  &  la  divifion  regnoient  dans 
la  place.  Le  comte  de  Valois  profita  de 
la  circonftance  ,  fit  donner  Taflaut» 
&  la  fortereflè  fiit  emportée  avec  an 
Aid. p. II 5.  horrible  mafllacre  des  Gafcons.  On 
compte  parmi  les  prifonniers  dix-huit 
chevaliers  ,  &  trente-trois  écuyers  : 
tous  furent  conduits  à  Paris.  Le  même 
jour  Saint-Sevete  ouvrit  fes  portes  aux 


P  H  1  1 1  p  P  «    I  V.  95 

Angloîs.  Cctoit  un  pofte  important , 
Charles  ne  leur  donna  pas  le  rems  de 
s*y  fortifier  ;  il  y  marcha  en  toute  di- 
ligence ,  Taffiéçea  ,  &  le  reprit  après 
un  fiége  de  trois  mois  :  mais  il  étoit  i, 
peine  de  retour  en  France  ,  que  cette 
ville  infidèle  viola  fes  ferments  ,  6c 
reçut  dans  fes  murs  les  ennemis  de  c& 
même  fouverain ,  à  qui  elle  venoit  de 
jurer  une  fidélité  inviolable. 

Dans  le  même  tems  une  Hotte  Fran-    Expédîtioii 
çoife pprtoit  laguerre  en  Angleterre,  f^^/^-^/^^^^^^^ 
fous  le  commandement  de  Matthieu  re. 
de  Montmorenci  &c  de  Jean  d'Har- 
court.  Elle  débarqua  au  port  de  Dou- 
vres ,  pilla  &c  brûla  tout  c^  qui  étoit 
hors  des  murs  :  ce  fut  là  que  fe  borné* 
rent  toutes  fes  entreprifes.  Une  fi  belle   ibid.  p.  si« 
armée ,  dit  Nangis ,  fuffifoit  pour  la 
conquère  de  toute  la  monarchie  An- 
^loife  :  mais  fes  chefs ,  foie  incapacité  ^ 
oit  ordre  fecrer  de  la  cour  >  ou  quel- 
que autre  raifon  que  l'hiftoire  nous  a 
laiiTé  ignorer  ,  contents  de  lui  avoir 
fait  voir  le  pays  ennemi ,  là  ramenè- 
rent aufii-tôt  en  France  y  fans  lui  per- 
mettre aucune  autre  tentative. 

Ainfi  la  Guienne  demeura  le  feul  tems  Cuccii 
théâtre  des  hoûilités  des  deux  nations,  ^^  Gu»cûnc. 
Edmond  y  commandoit  pour  le  toi     «^<t* 


î 


^4       Histoire  dé  Fii«ince  , 
fon  frère  :  il  ofa  fe  préfenter  devant 
le  comte  de  Valois ,  il  fut  battu  ,  & 
contraint  de  fe  renfermer  dans  Bayon- 
ne  ,  où  il  mourut  <le  fes  ble^Tures.  Le 
comte  de  Lincoki  qu  on  envoya  pout 
le  remplaèeç  ,  ne'  tut  pas  traité  plus 
favorablement  de  la  fortune.  De  célè- 
bre Robert  ,  comte  d'Anois ,  a  voit 
alors  le  commandement  des  troupes 
Françoifes  :  il  marche  contre  le  nou^ 
veau  Général  »  attaque  fon  armée  qui 
ctoit  compofée  de  cinq  cems  cheva- 
liers &  de  cinq  mille  fantaffins ,  la  met 
en  déroute  «  lui  tue  cinq  cents  hom- 
mes ,  &  fait  cent  prifonniers ,  parmi 
lefquels  on  compte  Jean  de  Saint-Jean , 
le  jeune  Guillaume  de  Mortemer,  & 
un  grand  nombre  d'autres  feigneurs. 
Ils  mrent  tous  transfères  à  Parîs.  L* 
nuit  &  les  forêts  voifines  du  champ^e 
bataille  dérobèrent  les  comtes  de  Lin- 
coln Ôc  de  Richement  à  la  pourfaite 
des  vainquemrs  :  mais  elles  ne  |^urent 
empêcher  la  perte  d'une  grande  partie 
des  troupes ,  qu'ils  conduifoient  à  \ànt 
gamifon.  Si  le  jour  eut  éclairé  la  vic- 
toire des  François  ,  il  ne  fcroit  pas 
échappé  un  feul  homme  de  toute  cette 
multitude.  Depuis  ce  moment  les  An- 
glois;i'oférentlbrtir  de  leurs  retraites  j 


P  H  1 1 1 3P  p  i    I  V.  95 

&  le  comte  d'Artois  refta  feui  maître 
de  la.  campagne. 

Le  comte  de  Flandre  »  outré  de  l*af-  te  comte  de 
front  qu'il  avoit  reçu  à  Paris  ,  n  croit  ^J^yjfj|gJ°; 
occupé  que  des  moyens  de  s'en  venger.  roI. 
Il  ne  fut  pas  plutôt  de  retour  dans  fes      ii>'^* 
Etats ,  qu'oubliant  la  parole  qu'il  avoit 
donnée  au  monarque  François ,  il  trai« 
ta  de  nouveau  avec  les  ennemis  de  la 
couronne.  La  ligue  porte  ,  que  Gui 
déclarera  la  guerre  au  Roi  de  France  ^ 
&  qu'Edouard  lui  fournira  trois  cents 
mille  livres ,  poar  en  foutenir  la  dé- 
penfe.  Âuffî-tot  il  eavoye  redemander 
fa  fille ,  6c  menace ,  en  cas  de  refus  , 
de  fe  retirer  de  l'hommage  de  Phi* 
lippe  ,  8c  de  ne  plus  reconnoitre  fa 
fouveraineté.  On  méprifa  la  menace  : 
la  pripceâie  ne  fut  point  rendue.  Alors 
le  rebelle  fit  partir  deux  eccléfiafti- 
I  ques ,  pour  défier  le  Roi  en  fon  nom. 
Cctoit  un  outrage  de  la  part  d'un  yaf- 
ÙA  ,  le  monarque  le  reffentrt  vive- 
ment :  il  donna  ordre  fur  le  champ 
d  adembler  une  armée ,  pour  aller  châ^  ordonnance 
tier  le  téméraire.  ^ui  déf.  pom 

La  multitude  dennemis  que  Phi-  "*»  ""^»  *?« 

V  .     \  I  •         •  guerres    pri» 

lippe  avou  a  combattre ,  exigeoit  tou- vées,ies  gages 
tes  les  forces  de  l'Etat.  Il  rendit  ^ne'^^^^f^^l^^^^ 
ûzdonnance  ,  pariaquelle  il^défendoit  les  couibm«« 


tmis 


'j><f  HisTOfRE  BE  France  , 
les  guerres  privées ,  &  fufpendoic  ceU 
ordon.  des  les  QUI  étoient  commencées.  Tous  les 
tom.i.p.u8  leigneurs  qui  le  trouvoiçnt  en  armes , 
eurenr  ordre  de  faire  des  trêves  >  ou 
de  fe  donner  des  ajfurcments  qu'ils  ne 
s  accaqueroient  poinr  les  uns  les  au- 
tres ,  jufqu'à  ce  que  la  guerre  du  'Roi 
fut  terminée.  On  proKrivoit  auffi  , 
tant  qu  elle  dureroit  ,  les  joutes  ,  le^ 
tournois ,  &  les  gages  de  bataille  qu^ 
lofFenfc  envoyoit  pour  le  duel  en  cer 
tains  cas ,  &  il  ne  fut  plus  permis  de 
pourfuivre  fon  droit  que  par  les  voies 
*  ordinaires  de  la  juftice.  On  otoit  enfin 
aux  créanciers  le  pouvoir  de  faire  faifîi 

{)Qur  dettes  les  chevaux  de  bataille  &i 
es  armes  :  règlement  qui  attira  à  l'ar- 
mée plufieurs  gentilshommes  ruinés  de 
crédit ,  qui  fans  cela  ne  fe  feroient  pas 
rendus  au  fervice. 

ietu«"dw     ^^  ^^  '^^^^  ^^  même  tems ,  que  , 
tion  en  Du-  nquirans  Us  bonnes  mérites  de  Jean  II  ^ 
ché-pairic.    ^Q^^^  ^  Bretagne ,  le  Roi  lui  accorda  , 
lUid.p  U9.  ^  ^ji^  j^qIj.^  ^  jç  privilège  de  ne  pou- 
voir être  cité  à  fa  cour ,  ou  pardevant 
fes  gens  ,  par  /impies  ajournements  ••  il 
n'en  excepte  que  les  cas  appartenant 
à  fa  fouveraineté  royale  y  tels  que  les 
appels  de  défaut  de  droit ,  ou  de  faux 
&  mauvais  jugement.  Quelques  mois 

aprèsc 


Philippe    IV.  97 

après  {a)  ,  il  mie  le  comble  à  cette 
faveur  ,  en  érigeant  la  Bretagne  en 
Duchc-Pairie  :  c*eft  le  premier  exem- 
ple de  ces  fortes  de  grâces  ,  qu'on  n*a 
f)cut-ètre  que  trop  multipliées  par  la 
uite.  L'Anjou  &  TArtois  datent  du 
même  jour  leur  éredion  en  Comtés* 
Pairies. 
Tandis  que  la  France  étou  le  thca-  ,  ^^^^^\ 

1,  *  /      I  .    .A        abdique    U 

tre  d  une  guerre  également  opmiatre  i>aj>aucé  :  bc- 
&  fanglante ,  un  Pape  donaoit  dans  la  "^Vuwldc''* 
ville  de  Naples  un  exegiple  que  Rome  foocaraaéce. 
n'a  voit  point  encore  vu,  que  perfonne  j^j'' h^^iu  *sl 
n'a  fuivi  depuis  ,  qui  ne  fera  peut-être  -«^*^- 
jamais  imité.  Nicolas  IV  étoit  mort  , 
après  quatre  années  de  pontificat  i  Se 
Pierre  de  Mouron ,  natir  d'Ifernia  dans 
le  comté  deMolife,  au  pied  de  l'Apen- 
nin y  lui  avoit  fuccédé  ious  le  nom  de 
Celeftin  V.  C'étoit  un  bon  folitaire , 
peu  verfé  dans  les  fcicnces ,  fondateuc 
de  certains  moines ,  que  la  célébrité 
de  fes  vertus  a  fait  nommer  Ceieftins  » 

Î;ens  ruftiques  &  fans  étude  comme 
ui  :  un  homme  fimple  enfin ,  qui  n'a- 
voir aucune  connoiflance  du  monde  : 

(é)  Les  Leciret  de  cette  éreâion  font  données  i 
Courrrai ,  Sc  datées  du  mois  de  Septembre  ïi^y, 
P.  Anfel.  Hifl.  géuéfll,  de  France.    . 

Tome  y II.  E 


jf  HistoiRE  M  France  , 
mais  craignant  Dieu ,  qsi ,  effrayé  des 
périls  de  la  papauté  ,  &  couché  du  dèjir 
d^unc  meilleure  vii^  ne  crut  pas  pouvoir 
garder  la  tiare  ,  fans  expofer  le  faluc 
de  fon  ame.  Affligé  de  cette  idée ,  il 
aflfèmbie  les  Cardinaux, &  après  leur 
avoir  défendu  de  Tinterrompre ,  il  leur 
déclare  qu  il  abdique  folemnellement 
le  fouverain  pontificat  :  en  même-tems 
il  leur  donne  par  écrit  un  plein  pou- 
voir d'élire  canoniquement  un  pafteur 
à  TEglife  uni  ver  fe  lie.  Il  fut  obéi ,  & 
le  choix  du  facré  collège  tomba  fur 
Benoît  Câjetan  ,  qui  prit  le  nom  de 
Mcïeray, abr  fioniface  VIII  :  perlonnage  plus  diftin- 

chron.  totn.  ^^  i  i     ^     *   /•  i 

1  "'Î5*  j  u  a  K«c  aux  yeux  du  monde  par  la  grande 

Àc  Frj^tom.  x  capacité  dans  les  aftaires,  que  célèbre 

*  Adr.  B^iii.  dans  les  fartes  de  la  relieion  par  Tin» 

^)ift.  des  déni.  i      r  P  *      .      t 

*ie  Bon.  avec  no#ence  de  les  moeurs.  Sçavanr  jura* 

Dan'tom.  t.  confultc,  il  conuoifloît  toutes  lespro- 

Pafquicr,  rccï»-  fondeurs  du  droit  civil  &  canonique  : 

<ielaFr.tom  7.  i_    i      r      •  r  r  • 

1  j  c.  *7.p.  bel  elpnt ,  perlonne  ne  Içavoit  tour- 
ner une  penfée  plus  délicatement.  Mé- 
laïige  fingulier  de  bien  &  de  mal ,  ex- 
trême dans  fes  talents  comme  dans  Tes 
défauts ,  il  avoir  en  même-tems  beau- 
coup d'élévation  dans  lame  ,  &  beau- 
coup de  petite(re$  dans  la  conduite. 
Fier  ,  impérieux  ,  entreprenant  ,  in- 
flexible ,  quand  on  le  craignoit  :  ti-, 


»i9< 


Partr^n    IV.  99 

mlâo  Se  rampani:  y  quand  an  lui  f«^ 
ûftoic*  Admirable  pour  difçernec  1q 
parti  le  plus  convenable  zn%  circoi>f« 
tances  ,  quand  la  ré^ejcion  1»  ccoîc 
point  fufpendue  par  la  colère  :,  inca« 
pable  d'ccputer  ou  de  Tuivce  un  bo9 
confèily  quand  il  fe  laidbit  emporter 
à  la  vengeance  &  à  {on  hu^^eur  kau^r 
taine.  Toujours  occupé  d*id4e>*  anibi-* 
tieufes  &  profanes  ,  il  itoit  plus  atn 
dent  à  foumettre  les  rois  fous  la  puif-^ 
fance  temporelle  des  papes ,  qu'à  lten# 
dre  lautoritc fpirituelle de TEglife  fuc 
les  peuples  :  trop  akier  dans  (es  procé^ 
dés  conuxie  dans  fes  fcntiments ,  il  fuc 
plus  redouté ,  qu'aimé  parmi  les  (iens 
mêmes  ,  qui  le  livrèrent  à  toute  la  fu-» 
reur  de  fes  ennemis.  PUin  dWroganee 
&  de  prifomption  ,  dit  le  P.  Daniel  , 
Unefiimou  qu^,  lui ,  &  navoii  nul  égard 
peur  u  qu^avoUnt  fait  fis  prédtceffeurSé 
VioUnt^  impétueux  y  il  fut ,  dit  Pafquier, 
un  auffi  grand  rtmucur  de  ménagé  que 
Grégoire  VII\ 

On  dit  que  dans  l'efpérance  de  mon-  ses  întrîguci 
ler  fur  le  trône  pontifical ,  il  n'omit  au-  {!°"\,™°"ûne 
cun  artifice  pourjpei^fiaaderàfon  pré-^  poncifical. 
déceflTeur  d'en  deicendre  :  qu'il  avoic 
pratiqué  une  ouverture  dans  la  murail- 
le de  la  chambre  ,  &  lui  crioic  toutes 

Eij 


loo  HistoiRE  DE  France  , 
les  nuits  à  Toreille  par  le  moyen  d'une 
farbacane  :  CeUflin  ,  U  ciel  l' a  fait  naî- 
tre pour  la  foUtudt ,  tu  ries  point  pro* 
pre  au  minipére  dont  tu  te  trouves  chargiy 
Dieu  te  rappelle  dans  ton  hermitage  : 
que  Payant  déterminé  à  donner  au 
monde  cet  exemple  unique  de  défni^ 
térelTement ,  il  lui  fit  publier  une  Bulle 

3ui  permet  aux  fouverains  pontifes 
e  fe  démettre  de  la  papauté  :  enfin 
qu'alTuré  des  fufFrages  du  plus  grand 
nombre  de  cardinaux  ,  il  ne  perdit 
i5oint  de  tems  pour  affembler  le  con- 
clave où  il  devoit  ttre  élu.  On  con- 
noifToit  fon  habileté  j  on  crut  que  h 
dignité  où  il  alloit  être  élevé ,  lui  inf- 

})ireroit  la  fainteté  qu'elle  exige  :  on 
e  trompa.  U  ne  fut  pas  plutôt  en  pla- 
ce ,  qu'il  parut  tout  ce  qull  étoit , 
ambitieux  &  violent.  Peu  content  d*a- 
Boiiand.tom.  yoir  fait  confirmer  par  le  facré  Collc- 
475  QQ  l'abdication  de  Celeftin  ,  il  porta 

spicîKtomj.pindignité  jufqu'à  attenter  à  la  liberté 
de  ce  faint  homme  ,  fous  prétexte 
qu'on  pourroit  abufer  de  fa  ^cilité  , 
pour  lui  faire  reprendre  la  tiare  ,  & 
donner  lieu  à  un  fchifme  dangereux. 
Le  bon  vieillard  étoit  bien  éloigné  de 
cette  penfée  :  il  fuyoit  déguiré,pour 
fe  mieux  cacher.  Se  ne  refpiroit  qu'a-- 


PHltlPPÏ      IV.  lOÎ 

F*  rès  fa  chère  cellule  de  Sulmone.  Oçi 
arrêta  ,  mais  avec  refpeâ:  ,  pour  ne 
point  fcandalifer  le  peuple ,  qui  le  re- 
gardant comme  un  faint,  le  fuivoit 
en  foule  ,  coupoit  des  morceaux  de 
ion  habit ,  arrachoit  du  poil  de  fon 
ane  ,  pour  en  faire  des  rehques.  Il  fut 
amené  au  nouveau  pontife  ,  qui  afFeéU 
de  le  recevoir  avec  beaucoup  d'hon- 
oèceré  y  Se  cependant  le  fie  enfermer 
au  château  de  Fumone  dans  la  Cam- 
panie ,  où  il  finit  fes  jours  :  cruauté 
qui  fit  naître  d'affreux  foupçons  fur  la 
conduite  du  perfécuteur  ,  ôc  lui  attira 
rhorreur  &  Taverfion  de  tous  les  gen^  ' 
de  bien. 

Les  Gibelins  &  les  Guelfes  ,  deux    sa  haine  & 
fadkions  puiflântes ,  la  première  livrée  ttÔo8^cont« 
aux  Empereurs,  la  féconde  dévouée  Umaifoadcs 
aux  Papes ,  divifoient  plus  que  jamais  ^*  ^^^** 
l'Italie.  Boniface  avoir  été  ardent  Gi- 
belin ,  quand  il  n'étoit  que  fimple  par- 
ticulier :  dès  qu'il  fut  Pape  ,  il  devint 
Guelfe  furieux.  On  raconte  qu'en  don- 
nant des  cendres  au  peuple  le  premier 
jour  de  carême  ,  il  les  jetta  aux  yeux 
d'un  archevêque  de  Gènes ,  qui  s'étoit 

firéfentc  pour  en  recevoir ,  en  lui  di- 
ant  :  Souviens-toi ,  ô  homme  ,  que  tu  es     Hm.  «en. 
Gitdin ,  &  qu^avec  tous  les  Gibelins  eu  n!  40 /"V"/* 

E  îij  ''^' 


ïcri     HiSTOiHB  M  FaAî^ce  , 
reiourneras  tn  poudre.  Les  Cclonriiei , 
premiers  barons  Romains ,  qui  pofle- 
doient  des  villes  au  milieu  dà  patri* 
moine  de  fathc  Pierre  ,  étoientde  ta 
fadfcion  Gibeline.  Cette  raifon ,  une  in- 
différence peut-être  trop  marqqée  de 
leur  part  pour  le  nouvel  élu ,  quelques 
difcours  échappes  fur  ritrégularité  de| 
réle&ion ,  aigrirent  Tefprit  du  pontife 
altier  :  il  jutaliextinftion  d'une  maifon 
Rayn.  tom*  ttop  puiflTante  à  fon  gré.  Elle  avoit 
*iiff  preuv.p.  deux  cardinaux ,  Jacques  &  Pierre  fon 
'spieli.  tom.  neveu  :  ils  forent  cités  pour  répondre 
i.p.  il.        de  leurs  paroles  &  de  leurs  aâions, 
'  avec  menace  de  tes  dégrader  du  car- 
dinalat ,  s'ils  n'obéifloient  promre- 
ment.    Ils  n*oférent  fe  pré(enter  en 
personne  ,    6c   ne   répondirent  que 
par  des  matiifedes.  Ils  publièrent  hau- 
tement que  Boniface  n*^toît  point  le 
véritable  pape  :  que  la  preuve  que 
Céleftiti  s*étoit  démis  par  force  y  c'efi 
,     Gu'on  le  tenoit  dans  une  étroite  pri- 
fon  ,  pour  rempccher  d*en  faire  fej 
plaintes  :  que  fa  renonciation ,  quanc 
même  elle  feroit  volontaire  ,  n'étoi 
point  canonique  ;  ce  qu'ils  prouven 
par  la  décrétale  qui  réferve  au  Pape  l 
démiflîon  de  Téveque  ,  &  pat  confc 
Client  celle  du  pape  à  celui  feul  doti 


Pbilifpe  IV.  - 105 
îl  eft  le  vicaire  :  qu'enfin  en  la  fuppo* 
fanr  poffible  de  droit ,  il  y  croit  inter- 
venu beaucoup  de  fraudes  &  d'artifi- 
ces y  qui  la  rendoient  nulle.  Ils  finif- 
foient  leur  apologie  en  demandant  la 
convocation  d  un  concile  général  , 
aux  dccifîons  duquel  ils  of&oient  de 
fe  foumettre.  Mais  de  fimples  écrits 
étoient  de  trop  faibles  armes  contre 
un  homme  qui  avoir  Tautorité  en 
main.  Etienne  Colonne  ,  neveu  des 
deux  cardinaux ,  pour  foutenir  les  dif- 
cours  'de  fes  oncles ,  leva  des  troupes , 
&  fortifia  fes  places. 

On  peut  juger  de  Timpreâion  que    ^'  '«  ex' 
fit  une  pareille  démarche  fur  un  hom-  veut'^ieT'reii- 
me  tel  qie  Boniface  :  il  donna  Teflor  **" ÉccrncUc- 
à  toute  rimpétuofité  de  fon  caraftére  :  "**°"" 
les  foudres  &  les  croifades  9  tout  fut  Rayn  «r.ixçr. 
«mployé  pour  écrafer  cette  fuperbe  biffer,  pieu».* 
maifon.   Les  deux  cardinaux  turent  ^*^^' 
condamnés  comme  fchifmatiqius ,  héri- 
tiques ,  blafphimauurs ,  rebelles  au  faine 
SUge ,  eanemis  de  la  pairie  ;  privés  du 
titte ,  de  k  dignité  ,  des  honneurs  du 
cardinalat  ;  dépofés  de  tous  leurs  bé- 
néfices \  exclus  à  perpétuité  de  toute 
prélarure  \  excommuniés   avec  tous 
ceux  qui  les  reconnoîtroient  pour  car- 
dinaux,  qui  les  aiUfteroient  ou  fav^- 

Eiv 


104  Histoire  de  FrAnch  , 
riferoient  \  &  cous  les  lieux  où  Ils  fe 
recireroienc ,  fournis  à  l'interdit.  La 
vengeance  fut  portée  plus  loia  ,  &c 
is'écendit  jufques  fur  leurs  parents  les 
plus  proches.  On  en  comptoit  cinq, 
Jean  ,  Oddon  ,  Agapet  ,  Etienne  , 
Sciarra  :  tous  furent  profcrits ,  ban- 
nis ,  dépouillés  de  leurs  biens  ,  frap- 
pés des  foudres  du  Vatican  ,  jugés 
ichifmatiques  ,  hérétiques  ,  infâmes. 
Le  fier  pontife  ne  fe  croyant  pas  en- 
core fufttfamment  vengé ,  oublia  qu'il 
étoit  le  vicaire  d*un  Dieu ,  qui  ne  pu^ 
nie  point  fur  le  fi/s  les  iniquités  dupért  : 
il  déclara  leurs  defcendants  ,  jufquà 
la  quatrième  génération  ,  incapables  it 
toutes  charges  publiques ,  eccléjtafiiquti 
ou  Jeculiéres.  Peu  content  de  ces  dé- 
crets déjà  trop  rigoureux  y  il  dreffa 
une  conftitution  particulière  ,  où  fous 
ce  titre  dogmatique  des  fchifmatiques , 
les  Colonnes  font  notés  &  flétris  à  ja^ 
mais  :  conftitution  qu'il  voulut  éterni^ 
fer  avec  fa  haine ,  en  Tinférant  dans  la 
compilation  du  Sexte  des  décrétaUs. 
Ce  que  c'cft  Ceft  ainfi  qu'on  appelle  le  recueil 
1"i*  l^ctéw-  ^^^  confticutions  des  Papes ,  entrepris 
fous  les  ordres  dp  Bonifàce  VIII,pou£ 
fervir  de  continuation  aux  décrétales 
publiées  par  Grégoire  IX ,  &  rédigée^ 


les* 


Philippe    I  V.        105 

Ear  S.  Raymond  de  Pegnafort.  Guil- 
Lume  de  Mandegoc  archevêque  d'Em- 
brun, Bérenger  de  Fredol  évcgue  de 
Beziers  ,  &  Richard  de  Sienne  rameux 
lurifconfulce ,  d'abord  vice-chanceiier 
de  Tégiife  Romaine  >  enfuite  cardinal 
du  rirre  de  faine  Euftache  ,  font  les 
auteurs  de  cette  nouvelle  colleâion. 
Elle  fut  approuvée  dans  une  aflfemblée  j,  p^  f^';  ^^ 
des  cardinaux ,  confirmée  par  une  bulle 
adrefTée  aux  univerfités  de  Bologne^ 
de  Padoue  ,  de  Paris  ,  d'Orléans ,  & 
ajoutée  au  cinquième  des  décrétales  ; 
ce  qui  lui  fit  donner  le  nom  dQfixu , 
ou  nxiéme,  quoiqu'elle  foit  elle-même 
divifée  en  cinq  livres.  Le  pape  ordonne 
qu'elle  fervira  de  reele  dans  les  juge- 
ments ,  Se  fera  loi  dans  les  écoles  (a). 

Les  Colonnes  cependant  y  pour  fe    in  cofon- 
mettre  à  couvert  des  violences  du  pape,  "^?  ^^f^  '  f 
setoient  retranches  dans  les  places  for-  cemré  de  sau- 
tes de  leurs  domaines  ,  où  ils  furent  ?*«"«'• 
fuivis  par  une  foule  de  mécontents.  Il  j.vnian.r.s. 
n'en  fallut  pas  davantage  pour  réveiller  Rayn  an.Vx^s* 
rhumeur  guerrière  de  Boniface  :  il"^^*' 
crut  avoir  trouvé  l'occafion  de  les  ex- 
terminer :  il  publia  contre  eux  une 
croifade  avec  toutes  les  indulgences 
qu'on  avoir  coutume  d'accorder  à  ceux 

U)  Aph»  ii>S- 

Ev 


xo6  HrsTomi  M  France, 
qai  s'entÀloteftc  poar  le  fetvîce  de  h 
Tetre-fainte»  On  dit  même  qu'il  em- 
ploya à  leur  faire  la  guerre  une  grande 
patrie  des  croupes  &  des  fommes  def- 
tinées  pour  le  recouvrement  de  la  Pa- 
leftine.  L*Inquifiiion  eut  ordre  d'agir 
yivement  contre  ceux  qu'<>n  créyoit 
^re  de  leur  patti  ^  &  les  hoftilicés  com- 
mencèrent par  la  deftroïHon  des  pa- 
lais &:  des  maifons  qu'ils  avoieht  dans 
Rotne.  Bien-^ôt  lescroifés  eurent  joint 
l'armée  du  Pontife.  Nepi  affiégc  avec 
iivec  toute Ja  férocité  qulnfpire  k  fu- 
perftition  ,  fat  forcé  de  fe  rendre  à 
compofirion  :  Zàgftruol<>  &  Colon  na 
fubirent  te  même  iott.  Il  ne  rêftoit  pki& 
^e  Paleftrine.  La  frayeur  s'empara  de 
<ïecre  îfàmille  infortunée  :  elle  traita 
d'accommodement ,  vint  fe  jettet  aux 
pieds  du  pontife  ,  &  lui  demanda  mi- 
léricoïde  2  fpeâ^acle  bien  doux  pour 
tme  àmé  auffi  fiére  que  celle  de.Bohi- 
faoé.  Alors  affèftânt  tous  lei  detioi^  de 
la  cléiiiente ,  il  déclare  qa*il  pardomie  , 
&  levé  toutes  les  excomtnuriicationî?;: 
maison  pième-tems  il  ^ge qu'on  lui 
livre  î^aleftrine.  Quaiid  il  en^fat  maî4 
tre,iilâfitrafer.  \ 

G'étoit'Uhe  infidéfité  an  ttaîté.  Lei 
dépîc  qu  elle  excita  dans  le  ccsiir  des 


PHttTPPf     IV.  107 

Cdlon^s ,  U$  jr^ofîgea  daas  tme  &- 
conde  révolte  :  ils  mrent  excommiir  ibid. 
niés  de  nouveau  9  &  ks  proiredures 
recomoiencér^c  contre  eiix.  La  crainte 
qu'on  fi  attentat  ou  à  leur  vie  ,  ou  à 
leur  liberté^  les  détermina  enfin  à  s*exr 
parrîjei;.  Le^  deiix  cardinaux  (e  iauv<c»- 
rent  a  Gènes ,  où  ils  deoieurérent  en 
exil  tant /que  Bonifax»  vécut  :  Etienne, 
leur  neveu ,  pa^  en  France ,  où  il  61c 
reçu  avec  honneur  :  Jean,  Oddon, 
^gapec ,  fe  retirèrent  en  Sicile  ,  où 
fegnpk  Frédéric  d'Aragcii,  prince  peu 
aneâionné  aux  Papes.  6ciarra  avoir 
^mbarqi^  coûtes  fes  dciieires  fur  un 
vaiâèau ,  il  fut  pris  .par  des  Ooriakes, 
qui  le  mireoti  la  chaîne  :  il  y  demeura 
quatre  ans  y  ians  ofer  fe  &ice  connoî- 
.tre ,  de  peur  que  ces  brigands  ne  le 
livraient  au  poiaciie  ,  xjm  les  .en  eut 
iibécalememirécompenfés.  iLe  roi  Phi- 
lippe fut  softruit^kXoa.  malheur  :  il  le 
jit  rachecer,  réfolu  de  le  &ryir  de  lui 
.contre  Bonifaoe  ,tlom  il  conmençoic 
a  n'être  pas  trop  conneac* 

Le  pape ,  devenu  maître  ajbfolu  dans  .  P;^»«rni- 
les  £tats  par  laietraitie  des  CoIonDas ,  entre  Bonîfa. 
ne  foncea  plus  qu'à  1-exécution  dupro-  ce  ^^Jj^j^^^g; 
jet  qn  II  anroitformé  d'd»rper  ia.fouv«-  une  rréve''în- 
caxQjsté  jCfimporelle  fur  toutes  les  puiC-"«  i*  ^«*** 

E  vj 


loi     HrsTomB  de  France  i 
roîf ,  faûjuics  fances  de  la  chrétienté.  Il  y  eut  réuiS 
avoir  confui.  fan^  aoutc ,  &  Tindépendancc  des  rois 
M«eray,abr  ctoit  menacée  diï  plus  grand  danger, 
«ï.  sil  neut  trouve  dans  Pmlippe-le-Bel , 

un  jeune  prince  fier,  impérieux  ,  pea 
endurant ,  qui  fe  trou  voit  plus  puiffant 
qu  aucwn  de  fes  farédéceflèurs  ,  qiû 
d^aîHeurs^avoit  un  confeil  compofc  de 
gens  hardis ,  impétiïeux ,  que  rien  ne 
pouvoir  arrêter  dans  la  poucfuite  d  uh 
delTein  infpiré  par  la  jaftice.  Déjà  le 
pontife  avoit  décidé  en  fouverain  de  la 
fucceffion  an  trône  de  Hongrie  :  déjà 
fe  regardant  comme  étabh  de  Diea 
pour  diftribuer  les  couronnes ,  il  avoit 
donné  la  Sardaigne  &  la  Corfe  au  roi 
d'Aragon:  il  porta  enfuite  fes  regards 
fur  la  France  ôc  ^Angleterre  ,  qui  fe 
J»yn  an  iz^j .  faifoient  une  cruelle  guerre.  AuflS-tôt 
*  '  "^  il  QnY(^re  deux  cardinaux  Légats ,  Be- 
f ard  évèque  d'Albane  ,  &  Simon  évè- 
que  de  Paleftrine ,  avec  ordre  de  trai- 
ter de  la  paix  enire  les  monarques^ 
ou  s'ils  ne  pouvoient  y  parvenir  ,  de 
ménager  du  moins  une  trêve,  de  l'or- 
donner même  fous  peine  d'excommu- 
nication. Philippe  trop  délicat  peut- 
être  ,  lorfqu'il  croyoit  fon  aucprité 
léaée ,  répondit  avec  hauteur  ,  qu'un 
Roi  de  France  n'étoit  point  accoucuoié 


«^  i8< 


Phiixpfe  IV.  Ï09 
k  prendre  la  loi  pour  le  gouvernement 
de  fon  Etat  :  que  fon  différent  avec 
TAngleterre  n  ctoit  point  une  affaire 
de  religion  :  que  le  Pape  en  cette  oc- 
cafion  pouvoit  tout  au  plus  employer 
les  exhortations  ,  mais  qu*il  n  avoit 
point  d'ordres  à  donner ,  ni  les  Franr- 
çois  à,  en  recevoir.  Ce  fut  le  premier 
fujet  d'inimitié  entre  les  deux  puif- 
fances.  Boniface  reflèniit  vivement  la 
fierté  avec  laquelle  on  Tavoit  traité  : 
il  chercha  l'occaiion  de  s'en  venger  : 
bien-tôt  il  crut  1  avoir  trouvée  :  il  ne 
réuffit  pas  mieux  dans  cette  féconde 
entrepnfe. 

Le  comte  de  Flandre  ,  furieux  de  irfaîtfo»- 
n'avoir  pu  obtenir  la  liberté  de  fa  fîHe,  dTttld^U 
avoit  envoyé  à  Rome ,  pour  demander  pnnccfTc  de 
que  cette  affaire  fut  examinée  au  tri-  Dimvll^^iAi 
bunal  du  faint  fiége  :  l'appel  flattoit  la  ..''^T''"'-  ^• 
vanité  de  Boniface  ,  &  fembloit  favo- 
rifer  fes  projets  de  vengeance  :  il  le 
reçut  avec  la  plus  fennble  joie.  Le 

fremier  de  fes  foins  fut  d'ordonner  d 
évèque  de  Meaux  d'aller  trouver  le 
Roi ,  pour  le  fommer  de  faire  raifon 
an  comte  y  du ,  s'il  {^rfiftoit  dans  foii 
tefiis ,  pour  le  citer  au  pied  du  trône 
pontificat ,  où  fon  arrêt  feroir  pro- 
iionoé.  Le  prélat  n'oublia  aucune  diss 


iio  Histoire  de  France  ; 
circoxifUnces  de  fa  commiifian  ,  & 
voyant  que  le  monaraue  ne  téraoi- 
gnoit  qae  iiiépris  pour  tes  vaiaes  fom- 
macians ,  il  crue  Vincîmider  en  lui  de- 
cUranr  que  le  Pape  etok  téùÀu,  d'em- 
ployçr  jufqu'aux  foudres  de  V£glife , 
pour  fe  faire  obéir.  Philippe  plus  indi- 
gné de  l'audace ,  quefl&ayé  oe  la  m€; 
na^é  ,  répondit  en  grand  Prince  qai 
connoîc  louce  retendue  de  (es  droits: 
w  Qu'il  trouvoir  étrange  que  Boûifiice 
»»  o{at  lui  faire  parler  d'un  ton  û  haut , 
»  pour  des  cho/ès  qui  n'étoient  point 
»>  de  £a  jur ifdiâion  :  qu'il  avoit  fa  cour 
»>  où  fes  fnjets  &  fes  vaffaux  dévoient 
>»  être  jugés  :  qu'il  lae  xeconooiflbit  en 
»  matière  ceroporelle  d'amre  fupérieur 
»»  que  Dieu ,  à  quiieul  il  étoic  obligé 
9>  de  rendre  compte  de  (k  anidaite  : 
w  qu'il  confeilloit  au  jponùfe  de  s  é^t- 
w  gner  tant  d'inquiétudes  &  de  foins 
M  inutiles  :  que  toutes  fes  menaces  ne 
.  >*  patviendroient  point  à  iniroduirie 
w  daûs  l'empire  Françoiis  la  pcaûqa^ 
M  àos  œasitnes  ulcramontameis  ^. 
Il  défend  Bonî&ce  plus  irrité  que  Mbuté  de 
au  Clergé  de  l'inutilité  de  fes  entreprifc»  ,  fit  uns 

payer  aucune  .         C  i       t 

décime ,  fans  itutre  tBntative ,  qm  caujua  un  .plus  nor^ 

rapcimiffion.  rible  fracas ,  Sc-n'eut  .pas  un  (bccès  plui 

heureux.  Le  Roi  environné  d'euneici^ 


?riïi.r?^É  IV.  ihï 
puiffiintS  par  iears  propres  forces  , 
plus  redomabies encore  par  leur  réit- 
iiiott  ,  ûVôit  befoin  de  grands  fecours 
d'argent.  Il  comtxremça  par  impofer  sindi.tom.  j. 
une  taxe  très-^orte  pour  xxs  tems-U:  ^'  ^'' 
c'étoit  d^abord  le  ceritiéme  ,  puis  le 
cinquantième  de  tous  les  biens  :  mars 
elle  ne  regardok  qiie  les  matichands. 
Touché  enfin  de  la  mifére  tia  peti^ 
pie,  qui  ïe  trou  voit  épùifc  de  tant 
de  fubfides  ,  il  le  déchargea  du  nou- 
vel impôt  qu'il  rejerta  fur  les  -eccic-  ' 
fiaftiques.  Q^^^^^^s  particuliers  da 
clergé  ^  iwaiîvais  fujets  ,  en  |>ortc- 
rent  leurs  'plaintes  à  Rome.  Le  Pon- 
tife qui  ne  tef^iroit  que  la  ven- 
geance ,  fatfit  avec  avidité  l'occafion 
de  mortifier  tm  prince  qui  le  traitoit 
avec  fi  peu  de  ménagement  :  il  crut 
qu'en  prenaitt  vivement  la  dcffeniè  des  ' 
immunités  dn  clergé ,  il  fouleveroit 
Contre  le  ïouverain  ce  corps  fi  P^f-^ 
faut  par  fes  richeflès,  plus  refpeaaWe 
encore  ptr  4e  caraSére  que  la  Divi- 
nité  t»i  a  imprimé.  l\ .  connoiffcôt  jpeu 
fEglife  Gaîlicatne ,  fociété  atïffi  célèbre 
par  la  pureté  de  &  doârine  &  de  fes 
moeurs, que  par  Ton  attachement  in- 
violable à  fes  rois ,  dans  qui  elle  aroï»* 
joncs  trouvé  des  proteâ^urs  scéiés  fie 


tii  Histoire  de  France, 
des  bienfaiteurs  généreux.  Il  n'ofa  ce- 
pendant attaquer  ouvertement ,  &  1^ 
coup  qu'il  porta ,  ne  tomboit  qu  in- 
diredment  fur  le  monarque  Françoi*;. 
pieuv.  diff.  Cétoit  la  Dublication  de  cette  fa- 
/'  *^'  meufe  bulle  u  connue  fous  le  nom  de 

ÇUricis  Laicos  :  bulle  terrible ,  &  con- 
tre les  princes  qui  exigent  des  fubfides 
du  clergé ,  &  contre  les  eccléfiaftiques 
qui  sy  foumettent.  Elle  commence 
par  une  déclamation  vive  &  pathéti- 
que fur  l'ancienne  inimitié  des  kïques 
contre  les  clercs ,  fur  l'attentat  énorme 
des  rois ,  qui  dans  les  néceflltés  publi- 

3ues  s'attribuoient  le  pouvoir  de  lever 
es  impôts  fur  les  biens  temporels  de 
l'Eglife ,  fur  la  foiblefle  des  prélats, 
qui  timides  &  rampants  devant  des 
Majeftés  qui  n*ont  aucune  puijfa^^^ 
fur  leurs  perfonnês ,  ni  fur  leurs  biens  » 
autorilcnt  par  leur  filence  un  fi  détef- 
table  abus.  El}e  finir  par  cçtte  étrange 
décifion  ,  qu'aucun  clerc  ,  prélat  ou 
religieux ,  ne  doit  payer  aux  puiiTànces 
laïques  ,  pour  quelque  raifon  que  ce 
foit  ,  ni  décime  ,  ni  vingtième  ,  ni 
centième ,  ni  aucune  autre  taxe ,  fous 
les  noms  d'aides  ,  de  prêts ,  de  don 
gratuit ,  de  fubvention  ,  d'odroi,  de 
iubfide  ^fans  unepermijpon  exprejfi  du 


Philippe  IV.  iij 
fouverain  Pontife.  Ceux  qui  voudront 
Pexiger  ,  font  frappés  d'anathemes  , 
rois  ,  princes  ,  rhiniftres  ,  officiers  , 
commis  :  l'interdit  eft  la  peine  des 
Univerfitcs  qui  oferont  y  confentir  : 
la  dépofirion  eft  le  châtiment  des  pré- 
lacs qui  ne  s'y  oppoferont  pas. 

La  défenfe  étoit  générale  j  &  les  Conduite  du 

f)eines  qu  elle  inflige  ,  tomboienc  éga-  ocUtion.""* 
ement  fur  tous  les  fouverains  :  il  n'y 
eft  fait  aucune  mention  fpéciale  de  la 
France,  l  hilippe  néanmoins  crut  qu'el- 
le le  regardoit  plus  particulièrement. 
Il  écoit  informe  que  quelques  ecclé- 
fiaftîques  mécontents  s'étoient  plaints 
au  pape  des  levées  qu*on  avoit  été 
obligé  de  faire  fur  le  clergé  :  il  ima- 
gina de  l'artifice  dans  les  termes  gé- 
néraux ,  fous  lefquels  la  bulle  enre- 
loppoit  tous  les  princes  fans  excep- 
tion :  il  craignit  que  le  deflein  de 
Bonifacc  ne  fût  de  rendre  infenfible- 
ment  tous  les  Rois  feudataires  du  faint 
Siège  9  ou  de  les  gouverner  tous  com- 
me il  gouvcrnoit  fes  petits  princes 
d'Italie  :  il  ufa  de  réprélailles ,  &  fans 
nommer  Rome  ,  il  donna  deux  Edits , 
qui  rintércflbient  fenfiblement.  Le  Dîff.pr.i|s 
premier  eft  un  ordre  à  tous  fes  offi- 
ciers de  ne  laifler  forcir  hors  du  royaa? 


tlé       HlSTOXRB   DE   FrANCï, 

les  deux  rois  fes  ennemis  confentent! 
d'être  jugés.  Il  ânit  par  les  menaces 
ordinaires  d'employer  ,  pour  le  ré- 
duire ,  les  moyens  les  plus  forts  &  les 
plus  violents ,  c'eft-à-dire ,  les  excom- 
munications ,  les  interdits ,  ic  tous  1er 
foudres  que  le  Vatican  a  dans  fes  tré- 
fors. 
Manîrcfte       Philippe ,  pcu  effrayé  de  ces  grands  ' 

iiï  Roi.  jj^^jj  ^  publia  un  Ipng  manif^fte  ,  où 
paroît  une  vigueur  égale  à  la  fierté 
avec  laquelle  on  avoir  afredce  de  lui 
parler.  On  y  démontre  que  de  tout 
rems ,  même  avant  que  le  clergé  fit 

x>iflr.jrr.p.ii.  partie  de  l'Empire  François  ,  les  rois 
de  France  avoient  droit  de  faire  des 
ordonnances  pour  la  confervation  de 
leur  Etat  j  objet  impotcànr  qu'il  s'ctoit 
uniquement  propoié  dans  la  promul- 
gation de  fes  deux  Edits  :  que  TEglife 
eft  une  ,  compofée  fans  divifion  de 
laïques  &  de  clercs ,  tous  également 
délivrés  par  Jefus-Chrift  de  la  fervi- 
lude  du  péché  ,  tous  également  parti- 
cipants de  la  liberté  qu'il  nous  a  acqui* 
fe:qué  les  libertés  particulières  ,  ou 
immunités  ,  accordées  par  les  Papes 
aux  eccléfiaftiques ,  avec  la  permiflion 
des  princes  ,  ne  doivent  pas  préjudi- 
cier  au  bien  public  du  royaume  :  qu'ils 


P  H  I  L  I  ?  PiB     IV.  X!7 

(ont  membres  de  TEtat  comme  les 
fimples  fidèles  ,  par  conféqucnt  obli- 
gés de  contribuer  du  moins  de  leur 
argent  à  le  défendre  contre  les  entre- 
prifes  de  Tennemi  j  obligation  d'au- 
tant plus  étroite  ,  qu'ils  ont  de  plus 
grands  biens  j  qu'ils  ne  peuvent  par 
eux-mêmes  les  fauver  du  pillage ,  6c 
que  pour  les  mettre  en  fureté ,  la  no- 
ble (le  &  les  foldats  expofent  chaque 
jour  leurs  vies  :  qu'il  eft  contre  le? droit 
naturel  de  leur  interdire  cette  contri- 
bution fous  les  peines  les  plus  griéves ,' 
tandis  qu'on  leur  permet  de  tiépenfer 
impunément  leurs  revenus  eh  équipa- 
ges ,en  feftins,  en  meubles  précieux, 
en  fpeftacles  ,  en  mille  vanités  mon- 
daines ,  au  préjudice  des  pauvres  :  que 
c'eft  une  chofe  honteufe  dans  le  chef 
de  la  religion ,  de  lancer  des  anathe- 
mes  pour  empêcher  de  payer  à  Céfar 
un  tribut ,  que  Jefus-Chrift  lui-même 
&  fes  Apôtres  à  fon  exemple  ont  payé 
aux  Pnnces  qui  regnoieht  dans  les 
pais  qu'ils  habitoient  :  que  le  monar- 
que adore  Dieu  en  vérité  ,  qu'il  ho- 
nore les  miniftres  de  l'Eglife  y  mais 
qu'il  ne  craint-point  les  menaces  in- 
juftes  des  hommes  :  qu'il  a  fait  faifîr 
Ll  Gtticnne  y  fief  relevant  de  fa  cou* 


i^tj     Histoire  di  Franoi  , 
ronnç ,  parce  que  le  roi  d'AngUterrft 
fon  homme-lige  Ôc  fon  vaffal ,  refufoic 
4^  compaxoure  à  (a  cour,  où  il  avoic 
^cécité:  qu'il  z  conquis  le  comté  de 
Bourgogne ,  parce  qu  il  avoir  écé  ridi- 
culement provoqué  par  Adolphe  y  qui 
s'efl:  attiré  ce  malheur  par  fa  fierté  Se 
&L  mauvaiCe  conduire. 
Rcmon«an-      Dans  le  mcme-pems  Pierre  Barbet, 
r=Rhdmrfu«che»êque  de  Rb«ims ,  écrivoit  au 
Pape.  I?ape  ,  ^e  concert  avec  les  çvêques  & 

Diâfi  p.  16.  les  abbés  de  fa  province ,  pour  le  priée 
de  faire  çeiEer  le  fcandale  que  caufoit 
fa  bulle  fur  les  immunités  eccléûafii' 
ques.  Ce  digne  fucceflèur  de  Tintré* 

f»ide  Hincmar ,  qui  prit  fi  hautement 
a  défenfe  de  Charlesr-le-Gbauve  con- 
tre Adrien  II  y  repréfente  vivement  à 
l'impérueux  Boniface  ,  que  fa  fatale 
confticutioia  excite  d«  dangereux  mur'- 
mares  en  France  :  que  iès  foins  peut 
écendte  les  droits  <lu  clergé  ,  peuvent 
lui  devenir  très-funeftes ,  «  qu'en  vou- 
lant lui  procurer  des  prérogatives  qu'il 
n'a  pas  réellement  >  il  Texpoie  â  perdre 
dé  vrais  privilèges  qi^e  la  religion  & 
lagénérofîté  d0  fes  rois  lui  ont  affurés  ; 
que  k$  princes  &  les  feigneurs ,  qui 
tous  ou  prefque  tous  ,  ont  des  eccic- 
fiaftiques  pe^r  feudacMres»  f<3>m  âulU 


Philippe    t  V.        119 
choques  que  le  monarque  de  l'Impru- 
dente démarche  de  fa  Sainteté  :  qu'on 
parle  de  faiçe  une  affemblée  des  évê- 
ques,  la  plupart  hommagers  du  Roi» 
où  l'on  doit  prendre  des  mefures  pour^ 
mainrenir  les  libertqj  du  royaume  , 
l'honneur  du  fouverain  ,  &  Tindépen- 
dance  de  fa  couronne  :  que  tous  les 
prélats  ,  fes  confrères  ,  le  fupplient 
d'avoir  égard  à  leurs  engagements  , 
&  de  prendre  toutes  les  voies  que  la 
douceur  peut  fuggérer  ,  pour  allurer 
le  repos  de  l'Eglile  Gallicane  j  repos 
qui  lera  toujours  troublé ,  fi  elle  ne 
demeure  parfaitement   unie   avec  le 
Roi ,  les  princes  &  tous  les  feigneurs 
de  l'empire  François.   Quelques  évé- 
qnes  de  la  province  furent  députes  , 
pour  remettre  cette  lettre  au  Pontife , 
&  lui  repréfenter  de  vive  voix  la  né- 
ceflîté  urgente  ,  ou  de  révoquer  fa 
conftitution  ,  ou  de  l'expliquer  d'une 
manière  qui  pût  contenter  le  Roi  &  la 
nation. 

Philippe  cependant ,  pour  adoucir  Bonîfaceex- 
Taigreur  du  pape,  voulut  bien  fufpen-  fcïr'Lwi^!' 
dre  quelque  -  tems  l'exécution  de  fes  "'. 
deux  é^îts  :  mais  bien-tôt ,  convaincu  niffprpi*- 
de  l'inaiilité  de  fes  ménagements ,  il 
leur  redonna  vigueur  ,  Se  &t  expédier 


izo  HistoiR^  DE  France, 
les  ordres  les  plus  précis  de  punir  févé- 
rement  ceux  qui  oferoient  y  contreve- 
nir. Boniface  s'en  plaignit  amèrement 
par  un  bref,  où  il  répète  avec  afFeûa- 
tion  cette  maxime  tant  de  fois  r^ba- 
tue  ,  toujours  invinciblement  réfutée , 
que  U  Roi  na  aÈcun  droit ,  ni  aucun 
pouvoir  fur  Us  eccUJiaJiiq  es  j  qu^il  ne 
peut  dfpofer  ni  de  leurs  biens  ^  ni  de 
leurs  perfonnes  j  que  s*il  a  la  tétnériti 
éty  attenter  y  il  encourt  Us  peines  infli" 
gées  par  Us  canons.  On  le  laiflTa  décla- 
mer ,  &  les  deux  ordonnances  furent 
maintenues  avec  rigueur.  Cette  fer- 
meté étonna  le  fier  Pontife.  Déjà  il 
étoit  ébranlé  par  les  remontrances  de 
la  province  eccléfiaftique  de  Rheims  :  il 
parut  enfin  fléchir  ;  &  croyant  mettre 
fa  bulle  à  couvert  des  cenfures  que  lui 
avoir  attirées  la  nouveauté  de  fes  pré- 
tentions ,  il  confentir  à  donner  une 
'  déclaration  de  ce  qu  il  s  etoit  propofé 
en  la  publiant.  Cette  pièce  curieufe  eft 
adreflee  au  roi.  Elle  porte  en  fubftan- 
Rayn.n.^j.  ce  »»  que  fà  Sainteté  ne  trouve  point 
w  mauvais  que  le  clergé  de  France 
»  paye  quelques  contributions  au  Prin- 
»*  ce ,  pourvu  que  ce  foit  volontaire- 
»  ment ,  fous  le  nom  de  don  gratuit 
»  ou  de  prêt ,  non  de  taille  ou  d'impôt 

»  exigé 


Philippe  IV.  rit  * 
w  exigé  par  1  autorité  fauveraine  : 
i\qa*elle  ne  comprend  dans  les  exempt* 
»  tions  marquées  par  fa  bulle  ^  ni  le« 
N  eccléfîaftiques  qui  tiennent  des  fiefs 
»  de  la  couronne ,  ni  les  clercs  mariés  » 
n  ni  ceux  qui  ne  prennent  l'habit  clé* 
»  rical ,  que  pour  s'exempter  des  cbar- 
»  ges  publiques  :  qu'elle  permet  au 
»  Roi ,  ou  à  fes  officiers  en  fon  nom  ^ 
M  de  recourir  ap  faine  Siège  dans  les 
»  néceffités jpreflàntes  ,  pour  obtenir 
M  la  permimon  de  lever  des  fubfides^ 
»  fur  les  autres  prélats  9  ou  membres 
t>  du  clergé  ,  qui  par  leur  état  fonc 
»  excmpa  y  privilégiés  ,  indépendants  de 
w  r autorité  Jïculiért  &  de  la  jurifdiSioft 
»>  royale  «. 

On  fenc  tout  l'artifice  d'une  décla-    Konveilet 
ration  ,  où  en  paroifTain  fe  relacher^;^»!^^,^^^^^ 
d'une  grande  partie  de  fes  prétentions ,  puidàacei. 
ladroit  pontife  fe  ménage  des  reflbur- 
ces  pour  l'exécution  de  fes  deflfeins 
fur  la  puiiTànce  temporelle  de  tous  les 
Etats  du  monde.  Ce  ne  fut  pas  néan- 
moins ce  qui  empêcha  la  réconctlia-i 
tion  du  Sacerdoce  &  de  l'Empire.  Un 
Nouveau  bref  qui  enjoignoit  au  foa«- 
terain  de    donner  main  -  levée    des 
deniers  recueillis  dans  la  France  ,  où 
l'on  avoir  un  fi  grand  befoin  d*argeiic 
I        Tome  m.  F 


iti      Hi^fdiRB  »B  Franc* S 
pour  fournir  aux  frais  de  la  gaerre; 
de  nouvelles  menaces  d'excommunica- 
tîon  contre  ceux  qui  s'oppoferoienc  au 
ttanfport  de  ce  lubfide  exigé  par  le 
faine  Père ,  &  deftiné  à  fubju^^r  ceux< 
Difr.?r.p.i7.mcmês<jui  le  payoient;  une  tr^ve  en- 
fin ordonnée  oepui)»  long-ceen^  par  le 
Î>ape9  fous  peine  d'anatheme  ^  publiée 
ur  ces  entrefaites  par  ks  légats ,  fans 
la  permiffion  du  moçarque  ,  forent 
recueil  de  la  patience  du  prince  ,  &c 
brouillèrent  plus  que  jamais  les  deux 
paîdances.  Philippe  seleva  avec  force 
'  roncre  des  cncteprifes  fi  contraires  aux 
loix  de  fon  royaume  ,  &  prit  les  me- 
fores  les  plus. efficaces  pour  venger  la 
inajefté  du  trône  ,  qu'un  prêtre  ambi- 
rieux  omrageoit  fi  indignement.  Dans 
le  m^e>cemsil  fait  une  proteftation  ^ 
par  laquelle  il  déclare  :  »•  que  le  foin 
u  Se  radminiftration  du  teaiporel  dans 
I»  le  royaume  de  France  ,  h'appjirtient 
]»  qu a  lui' féal ,  à  l'exclufion  de  tour 
f»  autre  :  qu'il  ne  reconncwt  »  &  n'a 
H  réellement  à.  cet  égard ,  aucun  fupé- 
»  rieur  :  qu*il  prétend  exercer  avec  in- 
*»,  dépendance  laucorité  que  k  ciel  lui 
>»  a  donnée  for  fes  fttjets>  autorité  qu'il 
:M,fçaura  maintenir  contre  toutes  les 
;w  tentatives  de  Rome  :  xjuUl  n'a  ja- 


Ph  I  L  I  PPB     I  V.  Iij 

7,  mais  eu  intention  de  fe  foumettre 
,>  au  pape  dans  les  chofes  temporelles  ^ 
„4îi  de  partager  avec  lui  une  jurifdic- 
„  tion  qu  il  ne  tient  que  de  Dieu  &  de 
„  fon  épée  :  mais  que  pour  le  fpirituel, 
„  il  eft  toujours  prêt ,  à  l'exemple  de 
„  fes  prédcceflèurs  ,  d'obéir  au  faint 
„ Siège,  comme  le  peut  ,  &  comme 
„  le  doit  un  véritable  edîànt  de  TE- 
5,glife  ".  Les  Légats  lui  donnèrent 
afte  de  cette  proteftation  ,  &  l'inféré- 
rent  dans  les  lettres  circulaires  qu'ils 
adreflcrent  au  clergé  &  aux  fidèles, 

Auffi-tôt  le  monarque  fe  rendit  à"  An.  11,7. 
Compiegne,  où,  fuivant  un  uikge  aflèz    lc  roî  «i- 
ordinaire  dans  ces  tems-U,  quand  on  drc t^vidLk^ 
prèvoyoit  une  bataille ,  il  fit  chevaliers  ^«  ^««  &^^ 
Louis  comte  d'Evreux  fon  frère,  Louis  '^*"'* 
fikaîiw  de  Robert  conite  de  Clermont,    spkîi.  eom  : 
&  cent  vingt  autres  feigneurs  ou  geti-  **  ^*  *** 
tilshommes*  Delà  il  prt  pour  la  Flan- 
dre ,  force  les  troupes  qui  lui  en  dif- 
putent  l'entrée,  porte  le  fer  &  le  feu  de 
tous  cotés ,  de  vient  inveftir  Lille ,  ou 
commandoit  Robert  ,  fils  du  comte 
rebelle.  Cétoit  une  ville  forte,  dé- 
fendue par  une  nombreufe  garni  fon  , 
&  dont  chaque  habitant  étoit  foldat. 
Philippe  avoit  réfolu  d'en  faire  fa  pla- 
ce d'acmeS  ^  il  en  forma  le  fîége  dans 

Fij 


124  Histoire  db  Franck  ; 
les  règles  ;  &  cependant  détacha  di- 
vers corps ,  pour  harceler  lennemi  qui 
n'ofoic  r^nir  la.  campagne.  L'un  fous 
la  conduite  du  connétable  Raoul  de 
Nèfle  ,  de  Gui  fon  frère  ,  maréchal  de 
l'armée  ,  &  de  Gui  comte  de  Saint- 
Paul,  joignit  les  Flamands  près  de  Co- 
mines  fur  la  rivière  de^Li^,  leur  livra 
bataille  ,  les  défit  entièrement ,  pilla 
leur  camp ,  &  ramena  au  Roi  un  grand 
nombre  de  prifonniers  ,  parmi  lef- 
quels  on  compt;^it  plufîeurs  chevaliers 
Allemands ,  tous  gins  d^un  grand  nom. 
L'autre  fous  le  commandement  de 
Robert  comte  d'Artois  ,  l'un  ào,^  plus 
grands  capitaines  de  fon  flécle ,  fe  jerca 
fur  la  partie  de  la  Flandre  qui  confine 
à  Saint-Omer  ,*  où  il  fut  joint  par  la 
noblefle  du  pays  Artéfien ,  &  fit  en- 
fuite  le  ravage  aux  environs  de  Furnes. 
On  vint  lui  préfenter  la  bataille ,  qu'il 
accepta  avec  cette  conTSance  oui  pré- 
fage  la  viâoire.  Le  combat  rut  opi- 
niâtre :  mais  enfin  les  Flamands  furetit 
baitus  avec  un  horrible  carnage.  On 
met  au  nombre  des  prifonniers  Guil- 
laume comte  de  Juliers ,  Henri  comte 
de  Beaumont ,  &  plufieurs  autres  fei- 
gneurs  de  marque.  On  les  conduifit  à 
Paris ,  &  de-là  ea  diverfes  prifon$  du 


I 


Philippe  IV.  iij 
ïoyaume ,  montés  fur  deux  chars  traî- 
nés par  quatre  chevaux ,  ayant  deyant 
eux  rétendart  de  leur  vainqueur ,  qu'on 
portoit  comme  en  triomphe  par  tou- 
te la  France  :  honneur  que  ce  prince 
acheta  chèrement.  Philippe  ,  fon  fils 
unique  ,  avoir  attaqué  &  forcé  un 
pont  :  il  y  fut  bleffé ,  fait  prifonnier , 
enfuite  délivré  par  les  François  vi<Sto- 
lieux  :  mais  il  mourut  qoelque-tems 
après  de  fes  blefTures.  Si  quelque  chofe 
put  adoucir  le  chagrin-de  cette  perte , 
ce  fut  fans  doute  la  prife  de  Furnes , 
de  Caflel ,  &  dt  teutes  les  fortereffes 
de  cette  châtellenie ,  qui  couronna  U 
fuccès  d'une  journée  fi  fatale  aux  enne- 
mis 9  fi  glorieufe  à  la  France. 

Un  troifiéme  détachement  compofé 
de  Champenois  »  commandé  par  Gau- 
tier de  Crecî ,  feigneur  de  Châtillon  ^  î*»»^- 
avoit  eu  ordre  de  marcher  contre 
Henri  .comte  de  Bar  ,  aufs^étoit  jette 
fur  la  Champagne ,  le  fer  d'une  main , 
le  flambeau  de  l'autre  ,  maflacrant  & 
brûlant  tgut  ce  qui  fe  trouvoit  fur 
fon  pafiage.  La  vengeance  fut  promte. 
fiien*tôt  le  téméraire  ,  après  avoir  reçu 
un  fanglant  échec ,  fut  contraint  de  fe 
retirer  dans  fôn  Comté ,  où  les  Fran- 
çois à  leur  tour  portèrent  le  ravage  & 

F  iij 


îatf  Histoire  de  Frakge  ; 
la  défolation.  Quelques  Hiftoriens  dî- 
fent  qu'il  fut  battu  &  fait  prifonniet 
MftcMv.abf.  p^'it  la  reine  Jeanne  de  Navarre ,  qui 
**'™^*-f-''^'cammandoit  clle-mcme,  &  donna 
tous  les  ordres  pendant  le  combat  ; 
qu'il  fut  conduit  à  Paris ,  charge  de 
fers ,  obligé  pour  obtenir  fa  liberté  , 
de  faire  hommage  de  fa  terre ,  qu'il 
avoit  toujours  prétendu  tenir  en  franc- 
aleu ,  condamne  par  arrêt  du  parlement 
a  fe  croifer  pour  la  Terre-lainte  juf- 
qu'à  ce  qùUl  plût  au  Roi  de  le  rap^ 
peller. 
Lille  fe  rend  Lille  jufques  -  là  s'étoit  défendue 
auRoj.  avec  une  opiniâtreté  qui  faifoit  dou- 
«picii.ibîd.  jçf  du  foccès  des  armes  Françoîfes. 
Mais  enfin  les  habitants  eéfrayes  de  la 
rapidité  de  tant  de  vidoires  ,  fatigues 
des  différents  alTauts  qu'ils  avoient 
cffuyés  depuis  le  commencement  du 
fiége  ,  trilVes  témoins  des  horribles  ' 
brèches  aue  les  machines  de  guerre  | 
avoient  faites  à  leurs  murailles  ,  peu  , 
contents  d'ailleurs  du  fils  de  leur  com-  ' 
te  5  qui  n'avoit  ofé  tenter  ^cune  for- 
tie  ,  fongérent  férieufement  à  fauver 
'  leurs  biens  du  pillage ,  traitèrent  fec rc- 
tement  avec  le  Roi ,  &  fe  foumircnr  à 
toutes  fes  volontés»  Le  malheureux 
Hobert  fut  forcé  de  fortir  de  la  vill^ 


•ivec  le  pea  de  troupes  ^ui  lui  red 
coienc ,  &< fe  recita  pricipicarnment  à 
Bruges  ,  où  é«oic  le  comte  fon  père, 
qui  fe  dcfefpéroit  de  tant  de  fâcheujc 
revers,  Philippe  €«>ic  à  peine  «maître'*  •  *  ' 
de  cette  pk.ce  importaiite ,  qu'il  apprit 
tjaé  le  roi  d^Ançïecwrrè  vcnoit  d  arri:- 
ver  au  fecours  de  fes  alliés  avec  quel^ 
eues  renforts  9  Se  qu'il  fe  tenoîc  en- 
fermé dan$  Bruges  avec  4e  prince  Fla- 
mand :  il  marcha  vers  cette  ville  ,  prit 
CouF«ray  chemin .  faifant  v  &  continua 
fièrement  là  roate^  uns  trouver  aucun 
obftacle.  Ces  orgueilleux  vaiTaiix  ^  fi 
avantageux  dans  le  propos  y  fi^ntent 
route   leur  haxdieâè  s'éclipfer  à  Tap^ 

Î>roche  d'un  maîire  irrité  :  ils  n'ofent 
attendre ,  &  fe  fauvent  avec  précipi- 
ration  à  Gand ,  le  boulevart  de  la  Flan- 
dre. Bruges  confternée  ouvre  £es  portes 
au  monarque  ,  qui  détache  auffi-toc  le 
comte  de  Valois  &  le  connétable  de 
Nèfle ,  pour  aller  brûler  la  flotte  An- 
gloife  dans  le  port  de  Dam.  Mais  les 
Anglois  »  fur  la  nouvelle  de  la  fuite  de 
leur  prinde ,  avoient  regagné  la  pleii^e- 
mer  :  le  feofl  fiait  de  cette  expédition 
fut  la  prife  de  la  ville. 

Déjà  le  Roi  étoit  en  mardie  pour    ^l  accord* 
aller  attaquer  les  rebelles  jufques  dançrc»*  c^Zùs. 

F  iv 


XlS       HïSTOlRK    DB   FrANQB  , 

leurs  derniers  retranchements  ,  lort 
qu'il  reçut  des  envoyés  du'roi  d'Angle- 
terre ,  qui  demandoient  humblement 
une  fufpenfion  d*araies.  Il  ne  l'obtint  y 
t«iit  $.p.7,  jjt  Rapin  Thoyr^s^  qti^a  là-  con(i4ira' 
ùon  du  roi  de  Sicile  &:du  cofnte  de  Sa^ 
voie ,  qui  s\mployirent  pour  lui.  Jà  ï ou- 
tarde ,  répondit  Pnilipp©* ,  &  maigri^ 
mes  victoires  ^Jt  rte.  ferai  Jamais  éloigne 
de  la  paix  ,  quand  je  remarquerai  de  la 
jincérité  dans  le  procède  de  mes  enne* 
mis  ,  6»  de  lafoumiffion' dans  mes  vaf- 
faux.  Cet  armifticp  accordé  avec  xant 
de  généroficé ,  n  étoit  d'abord  que  pour 
quelques  mois  ;  il  fut  enfuice  prolonge 
pour  un  an.  Philippe ,  par  cette  con- 
vention ,  demeuroit  en  pofleffion  dô 
Lille  ,  de  Courtrai  ,  de  Furnes  ,  ^^ 
CaflTel ,  de  Douai ,  de  Bruges  ,  &  ^^ 
toutes  {q%  conquêtes ,  qu  il  dévoie  en 
ucyct.  grande  partie  ,  dit  un  Hilloricn  ,  à 
une  faâion  puiflTante  alors  en  Flandre, 
qnu'on  appelloit  les  gens  du  Us.  Auffi- 
tot  il  reprend  le  chemin  de  la  France, 
&  arrive  d  Paris  vers  la  fête  de  tous  les  ■ 
Saints.  '         ^    ^ 

Nouvenccx      Boniface  cependant  commençoit  a 
fitîuw  ^'  rabattre  de  fa  fierté.  La  d.^rniére  pro- 
tisuicos.     teftation  du  Roi  contre    fes   entre 
prifes,  proteftation  Soutenue  par  «^^ 


Philippe  IV.  i  z^ 
effets  ;  les  murmures  des  grands  &  des 
évêques  fi  vivement  repréfentés  dans  Diff.prp  5s 
la  lettre  de  la  province  eccléifiaftique 
de  Rheims  j  la  prottdtion  que  le  prin- 
ce irrité  ne  pouvoir  manque!"  d'accor- 
der aux  Colonnes  qu'on  perfécutoit  à 
outrance  ;  tout  Teffrayoït  ,  tout  lui 
préfentoit  un  avenir  funeft'e.  Il  fit  pu- 
blier une  bulle  ,  où  modérant  encore 
par  de  nouvelles  explications  la  fa- 
meufe  décrétale  CUricis  Laicos  ,  il  dé- 
clare enfin  ,  fans  aucune  ambiguiré  , 
qu*€lU  m  regarde  point  la  France  :  que 
le  Roi  &  fes  fuccejfeurs  ,  pour  la  défenfe 
de  l'Etat ,  peuvent  dans  les  niceffités 
urgentes  recevoir  desfubfides  du  clergé  , 
fans  demander  ni  la.  permijjion  ,  ni  le 
confentement ,  ni  favis  du  pape  :  que 
c^efi  aux  monarques  ,  ou  aux  gens  de 
leur  confeil prive  ,  à  juger  endeur  conf^ 
cience  de  ce  befoin  preffant  :  en  un  mot , 
qu'il  n'a  Jamais  prétendu  donner  aucu^ 
ne  atteinte  aux  libertés ,  franchifes  ou 
coutumes  du  royaume ,  ni  aux  droits  du 
Roi  y  des  Comtes ,  &  des  Barons^  Cette 
déclaration  fut  lue  dans  une  célèbre 
aflemblée  de  tous  les  prélats  de  1  em- 
pire Français  ,  non  comme  un  monu- 
ment néceflaire  pour  fonder  un  droit 
que  nos  Princes  tiennent  de  lefir  foa« 

Fv 


xjo      Histoire  db  Frakce  l 
spîcîi.  tom.  veraineté ,  mais  comme  un  témoigna- 
^  '    *        S^  authentique ,  que  Rome  reconnoif- 
loit  elle-même  cette  prérogative  in- 
conteftablê.  On  ne  doit  pas  néanmoins 
diffimuler  que  jufqu  au  concordat  entre 
Léon  X  &  François  I  ,  les  décimes  ont 
toujours  continué  de  fc  lever  avec  Ta- 
grément  des  Papes  :  mais  il  en  étôit 
de  cette  permiflîon  comme  du  confen- 
tement  du  clergé ,  fans  lequel  nos  Rois 
par  piété  n'exigeoient  point  ce  tribut. 
C'étoitde  laveu  m?mede  TEglife Gal- 
licane ,  un  privilège  inféparable  de  leur 
couronne  :  Rome  ne  pouvoir  pas  leur 
conférer  un  pouvoir  qu*elle  na  ja- 
mais eu  fur  le  temporel  dès  bénéfices 
du  royaume. 
Canonîfatîon      Le  Pontife  ne  fe  borna  point  à*  ce 
ic  s.  Louis,    fg^j  t^i^oignage  de  bienveillance  en- 
vers le  monarque  François.   Il  lui  ac- 
corda pour  trois  ans  une  décime  fur 
tout  le  clergé  de  fon  royaume  :  il  lui 
promit  d'employer  tout   fon   crédit 
pour  élever  le   comte  de  Valois  fon 
frère  fur  le  trône  Impérial  :  il  fit  plus 
encore  ,  il  canonifa  faint  Louis  foa 
ayeul.  On  fo  licitoit  depuis  plus  de 
vingt  aras  wne  faveur  Ci  glorieufe  à  la 
Maifon  de  France.  Grégoire  X  avoit 
oomiîïâs  Simon  de  Brie  ,  cardinal  du 


P  H  I  L-  I  P  P  È      I  V.  I  J  ï 

titré  de  fainte  Cécile  ,  pour  informer 
fecrétetnènt  des  vertiH  &  Aes  rrâra- 
cles  du  faine  Roî  :  mais  il  môiKUt 
avant  que  les  formalités  etiflent  été 
obfervées.  Innocptit  V ,  Adrien  V ,  & 
Jean  XXI ,  ne  firent  <jue  patokre  fur 
la  chaire  de  faint  Pierre  :  ils  ne  purent 
finir  \me  affaire  qit  oxi  ne  faifoit  pas 
légcretnent.  On  la  reprit  fous  Nicolas 
III ,  qui  ne  trouvant  pas  la  première 
information  fuffifante  ,  ordonna  au^"'^'^®™^- 
même  Simon  de  Brie  d'en  faire  une  ^ 
plus  ample  :  la  more  du  Pontife  inter- 
rompit encotJe  cette  procédure,  Simoii 
devenu  pape  fous  ie  nom  de  Martin 
iV  ,  nomma  de  nouveaux  commifïài- 
res  :  c'étoient  Guillaume  de  Fkvacourt 
archevêque  de  Rouen  ,  Guillaume  de 
Grès  évêque  d'Auxerre  ,  &  Roland  de 
Parme  évêque  de  Spolette.  Les  trois 
prélats  fe  tran(pori?érent  à  Paris  &  à 
laint  Denis  ,  iiatecrogéïent  pendant 
deux )outs  le  fit e  de  Join ville,  vérifiè- 
rent foixante-trois  miracles ,  &  reçu- 
rent  k  dépofition  &  le  ferment  de 
plus  de  trois  cents  témoins.  On  choifit 
trois  cardinaux  pour  examiner  cette 
nouvelle  enquête  :  mais  le  pape  mou- 
lut avant  qu  ils  en  euffent  fait  leur 
rapport; .  Honorius  IV  (on  fuccefleur 


131  HrsToxRB  DE  Francs  , 
fut  Cl  peu  de  tems  fur  le  crône  pôntl^ 
fical ,  qu'il  ne  pue  la  difcucer  entière- 
ment.  Les  trois  commillaires  nommés 
par  Martin  le  fuivirent  de  près  au  tonv 
oeau  :  Nicolas  IV  qui  fut  élu  après 
dix  mois  de  vacance ,  leur  fubftitua  le 
cardinal  Benoit  Caïetan  ,.révêque  de 
Porte) ,  &  Tévêque  d'Oftie  qui  éDant 
mort  peu  de  tems  après ,  fut  remplacé 
par  1  evêque  de  Sabine,  Ils  recommen- 
cèrent un  nouvel  examen ,  qui  fut  en-^ 
core  fufpendu  par  la  mort  du  pape^ 
Celeftin  V  9  pendant  les  cinq  mois  qu  il 
tint  le  fouverain  pontificat ,  ne  s'occu- 
pa que  du  foin  d'abdiquer ,  pour  aller 
s'enfermer  de  nouveau  dans  une  foli- 
tude  qu'il  n'avoir  quittée  qu'à  regret. 
Boniface  qui  lui  fuccéda ,  ne  changea 
point  les,  examinateurs  :  il  reprit  tou- 
tes les  informations  qui  avoient  été 
faites  ,  &  les  ayant  trouvées  juridi- 
ques ,  il  déclara  que  pour  l'édification 
de  TEjjlife  ,  la  lainteté  de  Louis  ne 
devoit  pas  demeurer  cachée.  Quelques 

i'ours  apr^Sjil  prononça  deux  difcoursâ 
a  louange  du  Saint^l'un  dans  fon  palais, 
l'autre  dans  l'EgUfe  des  jFreres  mmeurs 
de  yiterbe.  On  cherche  en  vain  le  bjil 
efprit  dans  cette  penfée  peu  noble  du 
premier  panégyrique  ^  qui  la  canonim 


Philippe  IV.  ijf 
Jation  Je  ce  grand  Roi  a  fait  faire  plus 
d'écritures  ,  qu*un  âne  n'en  pourrait 
porter  :  mais  la  bulle, qui  le  met  dans  ibid.  p.4Stf; 
le  catalogue  des  Saints  ,  eft  un  chef- 
d'œuvre.  Ceft  un  précis  des  vertus  & 
des  grandes  avions  du  pieux  monar- 
que :  elle  eft  adreflTée  a  tous  les  prélats 
du  royaume  de  Ftance ,  &  porte  qu'on 
célébrera  cette  nouvelle  fête  le  vingt- 
cinquième  d'Août, 

On  rie  peut  exprimer  la  joie  que 
la  publication  de  cette  bulle  répandit 
dans  tout  l'empire  François.  On  avoit  joint.?,  x»^ 
aflîgné  le  jour  même  de  la  mort  dé 
Louis ,  pour  lever  le  faint  corps  :  toute 
la  France  fe  rendit  à  Saint-Denis  j  où 
la  cérémonie  fe  fit  avec  une  magni- 
ficence jufques  là  fans  exemple.  On 
chanta  en  mufique  les  principales  ac^ 
tions  du  glorieux  confeflTeur  de  J.  G; 
il  y  eut  de  fuperbes  feftins  pour  le  pu- 
blic :  rien  enfin,  ne  fut  épargné  pour 
la  décoration  y  ni.  pour  la  célébrité  de 
lafète  Le  corps  fut  porté  en  proceffion 
à  la  Sainte-Chapelle  de  Paris ,  d  abord 
par  les  archevêques  de  Rheims  &  de 
Lyon ,  enfuite  par  plufiei^rs  autres  pré- 
lacs du  royaume  :  il  y  demeura  quel- 
ques jours  expofé  au  culte  des  fidèles: 
le  Roi,  les. Princes fes  frères,  6*  tous 


\ 
\ 


ÎJ4    HiSTdiRi   db.Frakcîe; 
ceux  it  leur  lignage  ,  le  reportèrent  î 
faint  Denis  fur  leurs  épaules ,  regar- 
dant comme  un  grand  honneur  les  de- 
voirs qu'ils  lui  readoient.  Bien  letton 
éleva  pac-totit  des  temples  fous  Tin- 
vocàtion  du  nouveau  bienheureux  : 
les  Jacobins  d'Evreux  érigèrent  le  pre- 
mier rlevèquc*  de  Tournai  immédia- 
tement après  ,  lui  coofacra  une  cha- 
pelle dans  Ta  cathédrale  :  Joinville 
imî'ta  l'exemple.    Un  certain  jour  , 
dit-il ,  i/  rne  fut  advis  qu^il  étoit  devaj:t 
mai  tQût  JQUttx  :  &  partiUemtnt  ttois 
kien  à  mon-  aifc  de  le  vcireà  mon  Châ- 
tek  Sire  t  Jui  difois-Je  ,  ^uandvoutpar- 
tire[  dHà  ,  /«  ^ous  mènerai  logier  dans 
une  mienne  maifon  que  j'ai  à  CheviUon. 
Sire  de  JoinvilU  ,  me  répondit^  il  en 
riam^foi  que  je  dois  à  vous  ^  je  ne  me 
partirai  pasji'tot  d'ici ,  puifque  f  y  fuis. 
Quand  j*  m^éveiUai ,  je  penjm  en  mai 
que  iç' étoit  le  plaifir  de  Dieu  &  de  Im , 
que  je  ie  hébergeafie  en  ma  chapelle  :  ce 
que  je  fis  inoontîMnt  après.  Car  yay 
fait  faire  un  autel  ^  &  là  y  ày  établi 
une  Meffe  perpétuelle  par  chacun  jour , 
bien  fondée  en  ^honneur  de  Dieu  &  de 
Monfei^eur  Saint  Louis.   Huit   ans 
après  5  il  y  eut  une  féconde  fête  auffi 
Ittperbe  que  lalpre^niére ,  à  Toccafion 


Philippe    I  V.        155 
de  la  tranflation  du  chef ,  &  d'une    r^^^-^r.  cnt 
des  côtes  du  Saint  ^  tranflation  ordon-  ^'''"^*  ^*  **^* 
née  par  Clément  V  ,  fur  les  infiances 
de  Philippc-le-Ëel.    Le  chef  fut  mis 
dans  la  Sainte-Chapelle  de  Paris  en  un 
reliquaire  extraordinairement  riche  f 
la  côte  fut  dépofée  dans  Téglife  de 
Notre-Dame  ,  où  elle  eft  demeurée. 
Depuis  5  nos  Rois  fe  font  efforcés  à 
Tenvi  de  marauer  leur  vénération  pour    • 
la  mémoire  de  ce  grand  monarque  ^ 
qui  fut  ,  dit  Join ville  ,  mouU  grand  Joiny.p.ix^i 
honneur  à  tautf&n  lignage ,  voire  ceux 
qui  U  voudront  enfuivre  :  aujfi  grand 
déshonneur  fera  à  ceux  defon  lignage  , 
qui  ne  U  voudront  tnfuivtt  :  ils  feront 
montrés  avec  U  doigt  ,  en  difant  qut 
jamais  U  bon  faint  homme  heût  fait 
telle  mauvaifiU ,  ou  lellt  vilenie. 

Tant  de  faveurs  de  la  part  de  Boni*-    An.  ii$s; 
face  ,  étoienc  moins  l'effet  de  Tamitié ,   Pi^^ippe  ac- 

11  |.   .  Ti  •  cepte  enfin  la 

que  de  la  politique.  .11  ne  pouvoir  par-  médiation  de 
donner  la  hauteur  avec   laquelle  on  ^onificc 
s'étoit  oppofé  i  fes  entreprifes  :  mais    Ray»  n^* 
les  circonftances  n'étoient  point  fàvo-    spond.  an; 
râbles  :  il  crut  devoir  différer  fa  ven-  ' 
geance  :  mériajrem  nt  où  l'intérêt  eut ,  ^I"?^'*^' 
plus  de  part  que  la  nexibilitc  de  Ion  ^•<>- 
caraftére.  U  vouloit  obtenir  main-levée 
d'une  décline  qu'il  avoit  ordonnée  dans 


tjtf    Histoire  de  Frange; 
la  France ,  décime  arrêtée  par  TEdît 
qui  défendoit  tout  cranfport  d'argent 
hors  du  royaume  :  il  feignit  de  fe  ré- 
concilier avec  le  Roi  ,  qu'il  affeda 
de  combler  de  mille  grâces.  Philippe , 
•prince  impérieux ,  mais  plein  de  fran- 
chife,fe  lailTa  gagner  par  ces  dehors  fpé- 
cieux  de  bienveillance  :  non-feulement 
il  permit  aux  traitants  Italiens  de  faire 
paflTer  à  Rome  les  fommes  qui  avoient 
été  mifes  en  féqueftre  par  un  arrêt  du 
Parlement  ,  mais  il  confentit  encore 
que  le  pontife  fut  le  médiateur  de  la 

{)aix  entre  la  France ,  TAngleterre  &: 
'Empire,  il  exigea  néanmoins  qu'il  fut 
ftipulé  dans  le  compromis  ,  que  Boni- 
face  daps  cette  afiaire  ne  décideroit 
point  comme  juee ,  mais  comme  arbi- 
tre reconnu  volontairement  par  les 
pui (Tances  belligérantes  :  claule  mor- 
tifiante pour  un  Pape  fi  orgueilleux. 
Chaque  intérefle  Jui  envoya  des  am- 
baffadeurs ,  pour  défendre  fa  caufe. 
Tour  fembloit  favorifer  Philippe ,  qui 
toujours  fuivi  de  la  viftoire ,  loutenoit 
glorieufement  les  droits  de  fa  couron- 
ne ,  &  vengeoit  avec  honneur  le  vio- 
lement  des  loix  féodales.  Tout  dépo- 
foit  contre  le  prince  Flamand  ,  qui  au 
aiépris  des  devoirs  attachés  à  la  valTa' 


E 


Phti.  ippe  IV.,  ij7 
Iité ,  avoir  ofé  traiter  du  mariage  de  fa 
fille  fans  le  confentement  de  fon  chef 
Seigneur.  Tout  enfin  parloir  contre 
Edouard  >  qui  refufoit  orgueilleufe- 
ment  de  comparoître  à  la  cour  de  fon 
fouverain  ;  prince  cruel  ,  qui  après 
avoir  forcé  Lf  olyn  à  prendre  les  armes    ^f^^'^  *»'^*»'* 

•      V'     i'  J  J      r    3e  fart. paie. 

'  pour  maintenir  1  indépendance  de  la 
principauté  de  Galles  ,  entreprife  où 
il  fut  tué  ,  lui  fit  couper  la  tête ,  Se 
}ar  une  dérifion  indigne  &  barbare  , 
a  fit  expofer  ,  couronnée  de  lierre , 
fur  la  porte  de  la  tour  de  Londres  j 
Goi  maître  de  la  perfonne  de  David , 
frère  du  malheureux  Leolyii  ,  le  fie 
condamner  par  fon  parlement  à  être 
ccartelé,  pour  avoir  voulu  revendi- 
quer les  droits  d  une  des  plus  ancien- 
nes maifons  fouveraines  de  TEurope  ; 
qui  choifi  pour  arbitre  entre  les  pré- 
rendants au  trône  d*Eco(Iè  ,  profita  de 
la  circonftance  pour  rendre  ce.^Toyau-  - 
me  un  fief  dépendant  de  l'Angleterre, 
entra  trois  fois  dans  cette  terre  infor- 
tunée ,  pour  la  dévafter ,  fit  couler  le 
fang  royal  {a)  fur  des  échafFauds ,  in- 

(*)  Il  fie  trancher  la  tcte  aux  trois  frères  de  Ro* 
'  bert  de  Brus  :  le  comte  d'Athol ,  de  la  famille  royale 
d'Ecoife  fut  pendu  :  la.  comteffe  de  Bogham  fut  en- 
fermée dans  une  cage  de  bols  >  fur  une  tpuc  4u  cbâ- 


ïj*     Histoire  ije  F&akce  , 
venta  même  des  fupplices  contre  des 
femmes.    Ce  fut  cependant  pour  ce 
monarqae  dont  le  caraâére  étoit  la 
férocité  ,  &  l'ambition  la  feule  loi , 
ce  fiit  pour  le  comte  de  Flandre ,  vaâàl 
ingrat  &  perfide ,  que  le  pérc  commun 
des  fidèles  ne  balança  [As  à  fe  décla- 
rer :  eux  feuls  en  effet  recueiiloient' 
tout  l'avantage  de  la  fetitence  arbitrale 
du  Powife. 
Sentence        Elle  Ordonne ,  que  pour  établir  une 

âd>itraie  du  p^^j^  durable  entre  les  deux  maifons 
Rymcf,îbîd.  royales  de  France  -&  d'Angleterre  , 

'•*''**  elles  s'allieront  par  le  double  mariage 
d'Edouard  avec  Marguerite  ,  &  de 
fon  fils  aîné  avec  Ifabelie ,  l'uïie  fosur , 
Tautre  fiUe  du  roi  Philippe  :  que  les 
navires  ,  marchandifes  Se  autres  cho- 
fes  femhlables  qui  ont  été  enlevées , 
&  fubfiftent  encore  ,  feront  rendues 
de  part  &  d'autre  ;  que  pour  ce  qui 
aura  é^é  confumé  ,  il  s'en  fera  une 
compenfacion  à  l'amiable  &  fans  pro- 
cès }  le  Pape  fe  réfervant  la  décifîon 
des  difficultés  qui  pourront  naître  à 
ce  fujet  :  que  la  Guienne  fera  reflituée 
au  prince  Anglois ,  pour  la  tenir  com- 

tcau  de  Barwkic  ,  pour  fervir  de  ridiciiic  foeûacU 
au  peuple,  Jiapin  Thoyréts  ^  tfim,  ^.  f.Stf. 


Philippe  IV.  159 
me  auparavant  à  foi  &  hommage  de 
la  couronne  de  France  ^  Boniface  fe 
conftituant  encore  le  feul  juge  des 
abus  quiptuvtntfurvtnir  dans  Ctxêrcict 
du  rejfort  :  que  toutes  les  places  que 
les  deux  rois  ont  prifes  Tun  fur  Tau^ 
tre  9  feront  mifes  en  féqueftre  entre 
les  mains  du  Pontife ,  qui  fe  charge 
d'employer  pour  Texécution  du  traité , 
tous  les  moyens  que  Dieu  lui  fuggé*- 
rera  j  Se  toute  l'autorité  que  lui  donne 
fa  qualité  de  médiateur  Se  de  Vicaire 
de  ]  eftis-Chrift  :  que  le  monarque  Fran-  Mezeray^t^tn; 

Î]ois  rendra  au  comte  de  Flandre  toutes  ^  Démets  de 
es  villes  qu'il  a  conxjuifes  fur  lui  ;  qu'il  ^°"p**^'' 
lui  remettra  fa  fille  qu'il  retient  depuis 
deux  ans  ;  qu'il  lui  iailïera  la.  liberté 
de  la  marier  comme  il  le  jugera  â 
propos  î  enfin  q^u'il  fe  croifera  pour 
aller  faire  la  guerre  aux  Infidèles  dans 
lorient. 

Toureft  indignement  violé   dans    te  Roi  e« 
cette  fentence  arbitrale  ;  bienféance  ,  ^lJ^?f^^"J*^^^ 
équité ,  bonne-foi.  Boniface  ne  cher- ben  d'Artois. 
che  pas  même  à  déguifer  la  paflion   idem ,  ihul 
qui  l'anime  :  il  s'y  montre  à  découvert 
Tennemi  du  Prince  pour  qui  feul  la 
juftice  fembloit  combattre.  La  rébel- 
lion y  eft  confacrée ,  lautorité  légiti- 
me avilie  >  le  droit  féodal  anéanti  > 


>4©  HcsToiRï  DB  France  , 
les  loix  les  plus  facrées  de  rhonneut 
Di/r«rpi;r«v.  honteufemenc  oubliées.  Le  Pontife 
s'étoit  engage  au  Roi  par  une  lettre 
particulière  »  à  ne  point  publier  fon 
jugement ,  qu'il  ne  lui  eût  envoyé  fon 
confentement  pour  la  publication  j  & 
cependant  au  mépris  de  fa  parole  , 
il  le  prononce  en  un  confiftoire  public  , 
dans  la  plus  grande  f aile  de  fon  palais  , 
devant  tout  le  facrè  Collège  ,  en  prefence 
d^une  multitude  infinie  de  gens  que  la 
célébrité  de  cette  caufe  avoit  attirés 
au  Vatican.  C'eft  trop  peu  dire  :  ou- 
bliant ou  feignant  d'oublier  qu'il  n*eft 
qu'arbitre  ,  il  prend  le  ton  d'un  juge 
fouverain ,  &  fait  expédier  fa  fentence 
en  forme  de  Bulle.  Ceft  un  Anglois-, 
levêauc de  Durham ,  miniftre  &  am- 
bafladeur  d'Edouard  ,  qui  eft  chargé 
de  la  rendre  au  monarque  François. 
Elle  fut  lue  dans  le  confeil  en  prefence 
du  Roi ,  du  comte  de  Valois  fon  frère , 
du  comte  d'Evreux  ,  du  comte  d'Ar^ 
tois ,  &  des  premiers  Seigneurs  de  la 
cour.  Tous  furent  indignés  ,  &  néan- 
moins eurent  la  force  de  fe  contenir 
fur  ce  qui  regardoit  l'Angleterre.  Mais 

2uand  on  vint  à  l'article  qui  ordonne 
e  rendre  au  comte  de  Flandre  toutes 
ks  places  conquifes>  &  lui  permet  de 


Philippe  IV.  14! 
marier  fa  fille  à  qui  il  jugera  à  propos , 
le  comte  d'Artois  entra  dans  une  fu- 
reur qui  ne  peut  s'exprimer.  Il  fe  /ette 
fur  le  Prélar  qui  en  faifoit  la  lefture, 
lui  arrache  fa  bulle  ,  la  déchire  avec 
les  dents ,  &  la  jette  au  feu ,  jurant 
qui  jamais  Roi  de  France  nefejoumettra 
à  des  conditions  Ji  honteufes  ,  ni  ne  re^ 
cevra  la  loi  de  perfonne  :  aSion  ,  dit  hî».  deFrîn- 
Mezeray ,  bien  digne  d^un  Prince  Fran^^  ni. 
çoij  ,  non  du  jugement  téméraire  qu'en 
a  fait  un  Auteur  ^  qui  prétend  qu^en  pu- 
n'uion  dt  cet  emportement ,  il  perdit  la 
vidoire  &  la  vie  à  la  bataille  de  Cour^ 
tray.  Quoi  qu'il  en  foit  de  cette  viva- 
cité peut-être  trop  militaire  ,  elle  ne  . 
déplut  pas  au  Roi ,  que  cette  partialité 
outrée  du  Pape  offenfoit  vivement.  Il 
protefta  devant  le  prélat  Anglois,  qu'il 
n'exécuteroit  rien  de  ce  qui  concernoic 
Gui  de  Dampierre  \  que  jamais  il\ne 
foufFriroit  qu'on  donnât  la  moindre 
atteinte  aux  maximes  inconteftable- 
ment  reçues  dans  le  gouvernement 
féodal,  &  jura  que  la  trêve  expirée, 
il  recommenceroit  les  hoftilités  contre 
le  comre  de  Flandre.  Un  autre  mau- 
vais office  qu'il  reçut  du  Pontife  vers 
ce  même  tems  ,  acheva  d'aigrir  les 
affaires.  Adolphe  de  NafTau,  roi  à&$ 


14*     Histoire  de  France  5 
Romains ,  avoit  été  tué  dans  un  com" 
bat  T  BoniÉace  ,  loin  de  s  employât 

I>ouf  le  comte  de  Valois  »  comme  il 
'avoit  folemnellement  promis  ,  fa- 
vorifa.  fecrécement  la  brigue  d*Âlberc 
d'Autriche  j  non  par  inclination  ,  il 
en  dût  fouhàité  un  autre  ;  mais  dans 
la  crainte  de  rendre  la  mai£on  de  Fran« 
ce  trop  puiflai^te  5,  il  cherchoit  au  con- 
traire ,a  lafibiblir  ,  &  comptoit  fe 
fervir  du  prince  Allemand  pour  affii- 
jettir  le  monarque  François  à  toutes 
fes  volontés.  Philippe  reflentit  vive- 
ment cette  infidélité  ,  &  chercha  tous 
les  moyens  de  s'en  venger.  Tels  furent 
les  préludes  de  ces  funeftes  brouille- 
ries  ,  qui  quelque-tems  après  commis 
rent  la  France  avec  Rome  ,  Ôc  caufc- 
rent  un  affreux  fcandale  dans  toute  la 
chrétienté. 

An.  ix<>$.  Les  deux  années  de  trêve  étoient  a 
Conquête  de  peine  expitées  ,  que  la  Flandre  fe  vit 
la  Flandre,    inondée  de  troupes  Françoifes  fous  le 

soicîi.  lom.  commandement  du  comte  de  Valois. 

'^■^  '  Tout  plia  fous  leurs  efforts  :  Douay  & 
Bethune  ouvrirent  leurs  portes.  Robert 
fils  du  Comte  rebelle  ,  eflaya  inutile- 
ment de  les  arrêter  dans  leurs  courfes 
viftorieufes  :  il  fut  battu ,  Dam  pris , 
^  tout  le  pays  fubjugué  »  à  la  réfer- 


P  H  I  L  I  r  P  B     IV.  I4J 

Te  de  Gand  »  où  le  malheureux  Gui 
s'étoic  retiré.  Il  n'avoir  plus  de  fecours 
à  efpérer  ,  ni  de  TAngleterre  y  ni  de 
rAUemagne  :  le  Pape  éroir  un  rrop 
foibte  appui  contre  une  armée  :  il  fça- 
voit  que  fa  capitale  effrayée  traitoic 
fecrétemenc  avec  Tennemi  :  il  aima 
mieux  recourir  à  la  générofité  de  fon 
vainqueur ,  que  d'attendre  lefFet  d'une 
trahifon ,  qu'il  n'étoit  pas  en  état  de 
traverfer.  On  lui  déclara  qu'il  n'y  avôrè 
point  d'autre  moyen  d'obtenir  fa  gra« 
ce  y  que  d'aller  à  Paris  avec  £es  deux 
fils  Robert  &  Guillaume ,  pour  fe  met^ 
tre  à  la  miféricorde  du  Roi  j  à  condi-  ^^'^'  p  "^ 
tion  que  s'il  ne  pouvoir  faire  fa  paix 
dans  l'çfpace  d'un  an ,  il  auroit  la  li- 
berté de  revenir  en  Flandre.  L'infor- 
tuné Comte  ,  abandonné  de  fes  prom- 
ptes fajets  ,  confeniit  à  tout,  fut  con- 
duit au  Roi ,  fe  jetta  à  fes  pieds  ,  &c 
kii  demanda  pardoci  de  tout  le  palTé. 
Philippe  fut  quelque-cems  fans  repon-* 
dre.  Le  reflenriment  contre  le  Pape  , 
dont  il  voyoit  le  plus  cher  protégé  en 
fa  puifllance  ;  l'indignation  contre  le 
téméraire  yallal ,  qui  au  mépris  des 
ioix  du  royaume  ,  avoir  ofé  appellec 
â  un  tribunal  étranger  ;  tout  excitoit 
d'étranges  aaouvements.dansfoa  ame. 


Ï44     Histoire  de  Firancc  J 
Enfin  il  rompit  le  filence ,  &  prononça 
ce  fatal  arrêt  :  qu'il  leur  accordoit  la 
vie  9  mais  qu'il  ne  fe  croyoit  point 
obligé  par  un  traité  ,.que  le  Prince  fon 
frère  avoir  conclu  fans  le  confulter. 
Gui ,  avec  les  quarante  feigneurs  Fla- 
mands qui  Tavoienr  accompagné,  fut 
enfermé  à  Conipiegne  :  on  conduifit 
fes  deux  fils  en  diverfes  prifons  du 
royaume ,  Robert  au  château  de  Chi- 
non ,  &  Guillaume  dans  une  fortereffê 
de  TAuvergne  :  enfin  il  fut  décidé  que 
le  Feudataire  par  fa  félonie  avoir  mé- 
rité la  confifcation.  Le  monarque  aufli- 
tôt  prend  poflTeflion  de  la  Flandre  ^  dé^ 
clare  qu  il  la  réunit  à  la  couronne ,  & 
en  confie  le  gouvernement  à  lacques 
de  Chaftillon  ,  oncle  de  la  reine  »  & 
père  du  comte  de  Saint -Paul  :  malheu^ 
reux  choix  y  que  l'incapacité  du  fujet 
tendit  très-funefte  â  la  France.  Ce  qui 
prouve  que  les  emplois  fuppoient  le 
mérite  ,  &  ne  le  confèrent  pas  :  que 
les  rois  peuvent  bien  élever  un  favori 
aux  places  le^  plus  importantes^  mais 
que  leur  fouveraineté  ne  s'étend  pas 
jufqu'à  lui  donner  les  talents  qu'elles 
exigent. 
Snrrevue  de      Philippe ,  maître  des  Etats  &  de  la 
K^tïV^  perfonne  du  vaflTal  le  plus  capable  de 

lui 


Philippe   TV.         145 
laî  donner  de  Tinquiétude ,  tant  par  la  soîcîî.tdm.j* 
(ituation  de  fon  pays ,  qae  par  la  pro-  ^  *'* 
teélion  que  Rome  lui  accordoit  fi  hau- 
tement ,  fongea  à  fe  faire  des  alliés , 
pour  traverler  de  plus  en   plus   les 
grands  •  deflèins   de   Boniface  fur  k 
louveraineté  temporelle  de  tous  les 
royaumes  du  monde  chrétiei>.  Ce  fijc 
pour  cet  effet  qu'il  eut  une  entrevue  i 
Vaacouleurs  avec  le  nouveau  roi  des 
Romains.  Les  deux  monarques  y  rd« 
nouvellérent  Tancienne  alliance   qui 
avoit  toujours  fubfifté  entre  la  France 
&  l'Empire  ;  union  qui  n  àvoit  été 
troublée  que  par  la  mauvaife  conduite 
d'Adolphe  de  Naflau.   Tous  deux  fe 
juréient  une  amitié  y  qui  fut  à  l'épreu- 
ve de  tous  les  artifices  que  leurs  enne- 
mis employèrent  pour  la  rompre  :  tous 
deux  promirent  de  s'entre-aider  pour 
la  défenfe  de  leurs  Etats  ,  &  pour  la 
confervation  des  droits  de  leurs  cou- 
ronnes. Albert ,  dit  Nangis ,  de  l'aveu 
de  tous  les  barons  Se  prélats  AUemans , 
confentit  que  le  royaume  de  France  , 
qui  jufques-là  étoit  borné  à  l'orient 
par  la  Meufe  ,  étendît  déformais  fes 
limites  jufqu'au  Rhin.  Quelques  Au- 
rears  ,  probablement  mieux  informés , 
prétendent  que  ce  Prince  renonça  fim- 
Tomc  FIL  G 


JJ^.ô  Histoire  de  France  t 
plement  aux  prétentions  que  TAlIe- 
magne  pouvoit  avoir  fur  le  r^oyaume 
d'Arles ,  8c  que  Philippe  de  fon  côté , 
en  faveur  du  mariage  de  Blanche  fa 
fœur  avec  Rodolfe  ,  fils  aîné  du  mo- 
narque Allemand,  céda  tous  les  droits 
S[u  il  avoir  fur  la  Lorraine  &  fur  TAl- 
ace.  On  ne  peut  exprimer  la  furprife 
du  Pape  à  la  nouvelle  de  la  contédé- 
ration  des  deux  Rois.   Il  avoit  efpéré 

f)ouvoir  les  commettre  ^  &  profiter  de 
eurs  divifions  :  il  n*apprit  qu'avec 
fureur  leur  traité  d'union.  Le  roi  des 
Romains  lui  parut  le  moins  redouta- 
ble ,  ce  ftu;  aufli  le  premier  objet  de  fa 
vengeance.  Ce  Prince  lui  avoit  envoyé 
des  ambailàdeurs ,  pour  lui  fairçi  part 
du  mariage  de  fon  nls  avec  la  princetTè 
de  France ,  &  pour  le  prier  en  même- 
tems  de  vouloir  bien  confirmer  fon 
éleûion.  Le  fier  Pontife ,  peu  content, 
de  leur  refufer  audience ,  leur  fit  direi 
^ue  rUccHon  de  leur  maîtrt  étoie  nulle  ,| 
&  quilfallou  le  traiter  comme  un  couA 
pable  homicide.  Il  affeâa  même  de  îà 
montrer  en  public  ,  Tépée  au  côté  J 
&  fous  Thabit  d'un  général  d'armée 
difant  qu*U  n'y  avoit  point  d^auti 
Cefar  ,  ni.  d^ autre  roi  des  Romains 
que  lefouverain  Pontife  des  Cliràie/A 


Philippe  IV.  T47 
Albert  avoit  pris  fes  précautions, ,  ea 
s  aiïuranc  de  la  France  :  il  fie  célébrer 
les  noces  des  deux  époux  avec  la  plus 
grande  magnificence  ,  &  laida  Boni- 
race  s'enivrer  de  chimères. 

Le  treizième  fiécle  expiroit  ,  &  le    An.  1300: 
<|uatorziéme  alloic  commencer  ,  lorf-     ludkuciou 
qu  il.fe  répandit  un  bruit ,  que  chaque  "*"  ^^^^ 
centième  année  tous  les  fidèles  qui  vifi-  Rayn.an  noo.- 
toientle  tombeau  des  faims  Apôtres,  j  vii!ani.i.ji* 
gagnoient  une  indulgence  plenière  de  "^  *^' 
tons  leurs  péchés.  On  coiuulta  les  li- 
vres anciens  qui  traitent  des  grâces 
accordées  par  TEglife  ,  on  n'y  trouva 
rien  qui  autorisât  cette   prétention. 
I^ais  le  peuple  étoir  déjà  perfuadé  : 
rien  ne  put  le  faire  revenir  d'un  pré- 
jugé qui  flattoit  fa  piété.  Le  foir  du 
premier  jour  de  Janvier  ,•  on  vit  uti 
concours,  prodigieux  de  perfonnes  de 
tout  âge  >&  de  cout;iexe  dans  la  b^^fili- 
que  de  faint  Pierre-  :,  concours  qui 
dura  près  ;  de  deux  mois.    Le  Pape 
obfecvoit  cette  dévotion  avec  cqqh-, 
plaifance*  Il  interrogea  quelques  vieil-- 
lards  qui  avoient  plus  de.  cent  ans ,  & 
for  leurs  réponfes ,  il  dreCavUne  BuUq.»  . 
par  laquelle ,  de  l'avis  des.  cardinaux  ^ 
li   accorde  une  entière  rémiffion  de 
toutes  les.  peines  dues  to  péché  à  tous 

Gij 


i^i     Histoire  dë  France  ^ 
ceux  ,  qai  éranc  vraimenc  repenranrs  i 
Se  s  ctânc  confeffés  ,  vificeront  refpec- 
tueufetnent  les  EgUfes  des  bienheureaic 
Apocres  pendant  le  cours  de  Tannée 
1300  ,  &  toutes  les  centièmes  années 
fuivantes.  Jamais  Bulle  ne  fut  reçue 
avec  une  plus  fenfible  joie.  On  accou- 
rut à  Rome  de  toutes  les  parties  du 
monde  chrétien  \  &  l'on  remarque 
comme  une  grande  merveille  ,  que 
pendant  toute  Tannée  cette  fuperbe 
ville  enferma  régulièrement   chaque 
jour  deux  cents  mille  pèlerins  dans 
fès  murs  :  ce  qui  lui  apporta  un  argent 
imnienfe ,  &  procura  de  grands  tréfors 
à  TËglife  par  la  .gènérofite  des.  fidèles , 
Meieay-Abi  oûi  jugeoicnt  alors^de  la;  piété  par  la 
7g*.  rlchefle  des  oftrandes.  Telle  eft  1  infti- 

tUtion  <lu' Jubilé ,  qui  femtle  tirer  fon 
drigine  des  Jeux  que  (es  anciens  Ro- 
mains célèbroiénc  tpus'  les  cent  ans. 
lie»§  peuples  devenus  chrétiens»,  ne  per- 
diteht  foïtkt  la  coutume  dervenir  de 
tou^  cotés  à  Rome  la  première  année 
de  chaque  iSécle  î  mais  fanclifiant  cette 
foltmniti ,  dit  Mezeray  ,  ils  faifount 
Uurs  divùiions  fur  U.tombuLU  dis  Apo^ 
trésfaint  Pum  &  famt  PauL  Boni  face 
VIII  i  pour  exciter  plus^  efficacement  i 
encore  cette  j^teuTe  ferveur ,  leur  oa^  ' 


P'RIIIPPI      IV.  145) 

Yrit  tous  les  trcfors  de  l'EgUfe.  Ce 
Jubilé  cependant  n'étoit  que  de  cent 
ans  en  cent  ans.  Clément  VI  ,  confia 
dérant  la  brièveté  de  la  vie  des  hom- 
mes ,  régla  qu'il  fe  célébreroit  tous 
les  cinquante  ans  :  Urbain  VI ,  en  me-  ,5<?  cange , 
moire  du  tems  que  Notre  Seigneur  mîuhs. 
pafla  fur  la  tçrre  ,  voulut  quil  fut 
renouvelle  tous  les  trente-trois  ans  : 
Paul  II  enfin ,  ayant  égard  à  la  fragi- 
lité humaine  qui  a  befoin  de  réitérer 
un  remède  (i  ialutaire  »  ordonna  qu  il 
feroit  ouvert  de  vingt  -  cinq  ans  en 
vingt  cinq  ans  :  ce  qui  a  été  fuivi  de-^ 
puis. 

Rome ,  par  cette  affluence  incroya-    Boniface 
ble  de  peuples,  étoit  devenue  un  théa-  $«tif,"^l^ 
tre  digne  de  l'ambition  de  Boniface.  *>ai>ic8  impé- 
II  cherchoit  à  fatisfaire  également  leur  "*"^' 
dévotion  Se  leur  curiofité  :  il  vouloit 
qu'ils  fe  formaflent  du  fouverain  Pon- 
tife une  idée  fupérieure  à  celle  qu'ils 
pouvoient  avoir  des  plus  puiflants  md- 
narqaes  de  la  terre: il  n'épargna  rien    peîîxofîusad 
pour  la  ponme  &  la  magnificence  de  **"^"*  ^''^^' 
cette  grande  fête.  On  dit  que  le  jour  ?  70. 71. 
de  l'ouverture  du  Jubilé  ,  il  parut  en  Mcïcray.tom. 
habits  pontificaux',  &  donna  là  béné-  *  ^' 
didtion  aux  fidèles  en  la  manière  ac- 
coutumée :  mais  que  le  lendemain  , 

Gii) 


j  50  Histoire  de  France  l 
ilfe  fit  voir  avec  tous  les  orneméntf 
d'un  Empereur  ,  la  coiuonne  fur  la 
tète  ,  le  fceptre  à  la  main  y  les  brode- 
qtiins  impériaux  aux  jambes  :  qu  il  tira 
lui-même  du  fourreau  Tune  clés  deux 
ëpées  qu'on  portoit  devant  lui  ,  Se 

3u*en  Tagitant ,  il  s'écria  d'une  voix 
e  tonnerre  \ll  y  a  ici  deux  glaives. 
Pierre  ,  tu  vois  ton  fuccejjeur  ;  &  vous , 
ô  Chrifi  ,  regarde^  votre  Vicaire.  On 
ajoute  que  durant  tout  le  tems  de 
cette  pieufe  cérémonie  ,  il  continua 
de  fe  montrer  aiufî  ,  tantôt  avec  les 
vêtements  facrés  d  un  Pontife ,  tantôt 
avec  la  pourpre  des  Ccfars,pour  faire 
entendre  qu'il  réuniffoit  dans  fà  per- 
fonne  toute  la  puiflfànce  fpirituelle  & 
temporelle  du  monde  :  imagination 
qu'il  fpndoit  fur  les  deux  épée^  qui  fe 
trouvèrent  dans  le  lieu  où  Jefus-Chrift 
fit  la  dernière  cène  avec  fes  Apôtres  ; 
comme  fi  faint  Pierre  s'étoit  lervi  de 
toutes  les  deux  ,  ou  comme  fi  étant 
toutes  deux  d'une  même  efpéce ,  elles 
dévoient  fignifier  deux  pouvoirs  de 
différente  nature. 
«coKînue  Le  peuple  par  fimplicité  applau- 
a-agit    avec  Ji(foit  au  Pontife  ,  &  par  fuperfti- 

beaucoup  de    .  .  '        .X  r  . 

hauteur  en-  tiou  ptcnoit  pour  magnibcence  ce  qui 
;^"  ^  ^"°- n  étoit  qu'un  fafte  orgueilleux.    Les 


Philippe  IV.  151 
princes,  plus  éclairés,  jugeoient  auflî 
plus  fainemenc  de  cette  conduite  al- 
ciére  ^  mais  par  ménagement  pour  les 
(impies  ,  &  dans  la  crainte  de  trou- 
bler la  dévotion  du  Jubilé  ,  ils  diflimu- 
lérent  fagement  une  indignation ,  qui , 
quoiaue  jufte  ,  pouvoir  caufer  quel- 
que icandale.  On  aflûre  même  que  le 
Roi  Philippe  ^  pour  donner  au  faint  D^mêi^sde 
Père  de  nouvelles  preuves  de  fes  inJhp-'^L^ 
tendons  pacifiques  ,  lui  envoya  vers  plff^^.pr.p.s. 
ce  même-tems  une  ambafTade  ,  à  la 
tète  de  laquelle  étoit  Guillaume  de 
Nogaret ,  perfonnage  fi  fameux  de- 
puis dans  notre  hiftoire  par  là  part 
qu'il  eut  aux  démêlés  qui  s'élevèrent 
entre  le  facerdoce  &  Tempire  j  d'a- 
bord fimple  prôfelTeur  en  droit  dans 
Tuniverfité  de  Montpellier  ,  enfui  te 
ennobli ,  fait  chevalier  du  Roi  ,  créé 
baron  de  CauviflTon  ^  enfin  élevé  i 
la  dignité  de  garde  des  Sceaux  ou  de 
chancelier  ,  qui  étoit  la  même  ,  & 
qu'on  ne  diftinguoit  pas  alors  {a)  ; 

(a)  Le  fameux  Nogaret ,  n^â  Saint-Felix  de  Ca rmaiii 
eu  Caraman  dans  le  diocéfe  de  Touloufe ,  n'écoic  point 
ooble  de  race.  x*.  Il  ne  prend  dans  le  treizième  fiecle 
que  la  liniple  qualité  de  DoBeur  h  Loix  :  ce  n*cft  que 
depuis  I  }oo  qu'il  y  joint  celle  de  Chevalier  du  Roi  » 
grâce  qui  lui  fut  accordée  en  récompcnfe  de  fes  fcrvî* 
ces.  i<>.  Il  eft  certain  qu^il  avoir  une  origine  commune 
avec  Jac<|ues  de  Nogaret  >  de  qui  defcendent  les  ducs 

Giv 


i$t  Histoire  de  France  , 
homme  confommé  dans  la  fcience  des 
loix ,  des  ufages  Se  des  franchifes  du 
royaume  j  d'une  fermeté  à  Tépreuve 
des  obftacles  ;  d*un  attachement  in- 
violable pour  fon  prince.  Ori  l'avoit , 
dit-on  ,  chargé  d'informer  le  pape  , 
que  le  monarque  François  fe  diipofoit 
à  partir  à  la  tête  de  fà  noble  (Te  ,  pour 
aller  délivrer  la  fainte  cité  de  1  op- 

})reffion  des  Infidèles  ;  que  pour  faci- 
iter  une  entreprife  fi  importante  ,  il 
fongeoic  à  ménager  une  paix  durable 
entre  la  France  &  l'Angleterre  j  que 
dans  cette  même  vue  ,  il  avoit  déjà 
fait  une  alliance  particulière  avec  le 
roi  des  Romains  ^  &  qu'il  n'avoir  rien 
eu  de  plus  prefTé ,  que  de  lui  faire  part 
d'une  fi  bonne  nouvelle.  C'étoit  ré- 
nouveller  cruellement  le  chagrin  que 
lui  avoit  caufé  ce  fatal  traité ,  qu'il  re- 

f;ardoit  comme  une  ligue  faite  contre 
ui  y  ou  plutôt  contre  fes  entreprifcs 

d'Epf  rnon  :  or  cette  dernière  branche  n'a  écé  ennoblie 
que  par  le  Roi  Charles  V.  La  baconiede  Cauviffon  8e 
les  fcigneuries  de  Maffillargucs  &  de  Manduei  au'il 
poiféia  dans  le  diocéfe  de  Nifmes ,  font  des  bientaits 
du  rot  Philippe  :  il  les  lui  donna  en  2304.  Ainfî  c'eft 
itial-à-proposqueleP.Daniel  &  M.  Bailler  le  qualififcnt 
baron  de  Cauviffon  ,  le  premier  en  ijoi ,  le  fécond  en 
fioo.  Ceft  en  1 307  qu'il  fut  fait  Chancelier  ou  garde 
du  fcel  royal ,  charge  quM  confcrva  jufqu'à  fa  mort , 
arrivée  en  i$n.  Voycx  hift.  de  iangucd.  toni.  4.  nota 


P  H  I  t  I  P  P  E     IV.  Î5J 

fur  Taucorité  temporelle  des  fouve- 
rains  :  il  ne  pue  dillimuler  fon  dépit , 
&  fe  répandit  en  inveâives  contre  le 
Roi.  Nogaret  de  fon  côté  ne  fut  pas 
adèz  maître  de  fa  vivacité  :  il  ofa  don- 
ner au  Pontife  fur  diverfes  aftions  de 
fa  vie  y  &  fur  fa  conduite  préfente  , 
des  avis  qui  pouvoient  pafler  pour  de 
véritables  reproches.  Boniface  étonné 
de  cette  liberté ,  lui  demanda  s'il  avoic 
c^rdre  de  fon  Souverain  de  lui  tenir 
de  tels  difcours  ?  Je  ne  craint  point  ^ 
répondit  Tintrépide  miniftre  ,  que  le 
Roi  mon  maître  défavoue  ce  que  je  viens 
éC avancer  :  mais  Je  ne  vois  qu^en  trem-^ 
blant  les  maux  que  doit  caufer  une  hau-^ 
teur fi  déplacée  dans  U  pire  commun  des 
fidélts.  Le  [éU  qui  m^  anime  pour  le  repos 
de  VEglife  &  pour  l'honneur  de  la  Fran- 
ce y  m* a  fait  dire  librement  à  votre  Sainr 
teté  tout  ce  que /ai  cru  capable  de  lui  ou» 
vrir  les  yeux  fur  le  danger  qu'il  y  a  dt 
fecommettre  mal-à-propos  avec  un  Prince 
au£i  infiruit  defes  droits  ,  que  jalùux  de 
fon  autorité.  On  ne  doit  pas  néanmoins 
diffimuler  mie  cette  anecdote  ne  fe 
trouve  que  dans  Thiftorien  des  démê- 
lés de  Boniface  avec  Philippe.  Pierre 
du  Puy  ,  dans  fes  preuves  du  même 
différend ,  ne  dit  pas  un  feul  mdt  de 

Gv, 


1J4      Histoire  de  Frakce  , 
cette  ambaffàde ,  qu'il  affirme  égale- 
ment dansThiftoire  qu'il  nous  a  donnée 
de  cette  fàmeufe  quepelle  :  ce  qui  fait 

nm.  tte  Lanf.  qu'un  fçavant  Bénédidin  la  regarde 

i°?p.J5^°^^  comme  apocriphe.  Il  convient  à  la 
vérité  y  que  vers  la  fin  de  Tan  1300  , 
le  Roi  envoya  des  ambafladeurs  à 
Rome  :  mais  il  donne  à  cette  députa- 
tion  un  autre  chef  &  une  autre  motif. 
Le  vicomte  de  Narboime ,  Amalric 
II,  venoit  de  fuccéder  à  Aymeri  V,  fon 
père  :  il  rendit  hommage ,  non  à  l'ar- 
chevêque fuivant  l'ufage  de  fes  prédé- 
ceflèurs,  mais  au  Roi,  pour  les  fiefs 
qu  il  poflfédoit  dans  Naroonne.  Gilles 
Aycelin  tenoit  alors  le  fiége  de  cette 
ville  :  il  en  porta  fes  plaintes  au»  mo- 

fi>iii.p.  98.  narque  qui  Ta  voit  admis  au  nombre 
de  les  confeillers  ;;  &  cependant  ne 

Rayn  an.i^oo.  P"^  obtenir  aucune  iatisfaâ-ion.  I>éXef- 
péré  de  ce  refus. ,  il  aflèmbla  ks  évc- 
ques  de  la  province  à  Béziers  ,  &  les 
engagea  à  députer  au  Prince  ,  pour  lui 
repréfenter  le  préjudice  que  la  démar- 
che du  vicomte  caufoit  à  fon  églife. 
Cette  féconde  tentative  fut  auflt  in- 
fruâ:ueufe  que  la  première^  Ainfî  le- 
Prélat  fe  ré(oIut  à  traiter  avec  Amalric 
pour  en  obtenir  un:  équivaleiît  dont  il 
Hzok  honmiage  au  Souverain^  i  ce  ^ 


'  17. 


Philippe  IVr  ryy 
feroic  expiimc  dans  le  ferment  de  fidé- 
lité que  larchevêque  étoit  obligé  de 
prêter  après  fa  promotion.  Il  en  écrivit 
au  Pape  ,  qui  loin  d'approuver  une 
réfolution  fi  fage  ,  lui  reprocha  avec 
beaucoup  d'aigreur  d'avoir  conçu  la 
penfée  d  affujettir  fon  églife  fous  le 
joug  d'une  fervitude  infâme ,  Texhorra 
vivement  à  s'expofer  plutôt  i  foufFrir 
les  derniers  tourments  ,  que  de  con<^ 
fentir  a  une  pareille  lâcheté  y  lui  dé- 
fendit enfin ,  en  vertu  de  Tobéiflànce 
quii  devoit  au  faint  Siège  ^  &:  fous 
peine  d'excommunication  ,  de  dépo^ 
fition  ,  &  de  privation  de  toute  dU 
gnité ,  d'entrer  en  aucun  accommode- 
ment ^  fans  une  permiâion  exprefTe  de 
Rome.  Auffi-tôt  il  fait  citer  le  vicomte^ 
à  fon  tribunal ,  &  dans  le  mcme-tems^^ 
écrit  au  Roi  pour  fe  plaindra  non- feu- 
lement des  entrepriiVs  d'Amalric  fur 
les  droits  de  rarehevêque ,  mw  en- 
core des  tentatives  des  tfÉSciers  royaux 
fur  le  comté  de  Melgueil ,  fief  dépen- 
dant de  t'égli^  de  Magiiçlonne>.  Il  1^ 
prie  de  ren^édier  à  tous  xes  abus^ ,  9ç 
déclare  qu'il  employer^  tous  les  fou^ 
dres  du  Vatican  pour  fe  faire  obéir:: 
menaces  trop  familières  au  Pontife  ^ 
peut- être  aufli  trop  i^oii>ipi?ufeme w 

Gvj 


J$6  ^  Histoire  de  France  , 
méprifées  du  monarque.  Ce  prince 
écoic  auflî  peu  d'humeur  de  foufFrir  les 
attentats  réitérés  de  Boniface  fur  l'au- 
torité temporelle  des  Rois  ,  que  ce 
Pape  paroidoit  ardent  à  vouloir  établir 
fon  empire  fur  toutes,  les  puifTances 
de  la  terre.  Philippe  néanmoins  vou- 
lut  encore  eflayer  u  la  douceur  pour- 
roit  fléchir  ce  caractère  jufques  là  in- 
domptable :  pour  cet  effet ,  il  lui  dé- 
puta VârcheVeque  même  de  Narbonne, 
qui  étant  partie  intéreCTée ,  ne  pouvoit 
^  lui  être  fufped:  dans  cette  affaire.  On 
ignore  quel  fut  le  fuccès  des  négocia- 
tions du  prélat  François  :  il  ne  paroit 
cependant  pas  qu'il  ait  réuifi  à  calmer 
l'aigreur  du  faint  Père.  Boniface  con- 
tinua de  traiter  le  Roi  avec  untfitrti 
&  uni  hauteur  qui  convenoknt  peu  au 
vicaire  de  JefusJOhriJi,  ^    * 

iicnToye  Vi-     Bien-tôc  on  vit  arriver  en  France  tin 

mZlzuloî'  ^^^^  ^**^"®  humeur  affez  femblable  à 
ca.aa.  de  ce  Celle  du  Pontifc ,  qui  connoiffant  toute 
prélat.  l'impécuofité  de  fon  génie  ,  l'avoit  re- 
tenu quelque-tems  auprès  de  fa  per* 
fonne ,  pour  en  faire  le  miniftre  de  fes 
entreprifes  fur  la  puiffance  fécuitére. 
C'étoit  Bernard  de  Saiffet  ,  d'abord 
abbé  de  S.  Antonin  de  Frédelas  ou 
de  Pamiers  »  enfuiie  évêque  de  cettç 


Philippe    IV.         157 
même  ville  par  réredkion  de  fon  Ab- 
baye en  évêché  J  homme  difficile ,  hardi^  ^'J^^  *^^ 
inquiet  ,  intriguant  ^  brouillon  ,  info^   ^ùl  d' '  ^'*  ,^' 
lent  ffans  foumiffion  &fans  refpeUpour  wm.  4..  p.  »?• 
fon  prince    légitime  ;  tout  dévoué  au 
Pape  y  qui  ne  Vavoit  élevé  fur  le  nou,-^ 
veaufiége  de  Pamiers  {a) ,  que  pour  le 
fendre  plus  formidable  aii  comte  de  Foix , 
avec  lequel  il  avoic  de  grands  démêlés 
au  fujct  de  la  feigneurie  de  cette  trille  ; 
enfin  peu  agréable  au  Roi  y  à  qui  fon 
caraâére  remuant  &  féditieux  n'étoic 
que  trop  connu.  On  remarquera,  pour 
Tiatelligence  de  ce  point  d'hiftoire , 
qu'anciennement  les  moines  de  S.  An- 
tonin  avoient  appelle  les  comtes  de 
Foix  en  pariiage  ,  pour  la  ville  &  le    itv.  p.  $« 
château  de  Pamiers ,  &  pour  les  autres 
domaines  de  leur  monaftére  :  aflbcia- 


(4)  L'ércâton  àt  Tabbaye  de  $  Aotonîn  rn  év^cké  eil 
^u  itf  (epcembrc  1x9^  :  mais  fui:  les  reptéfentaiions  de 
Hagues  Mafcaron  évêque  de  Touloufe  ,  qui  fouffroïc 
impatiemmenr  qu'on  démembrât  fon  diocéfe  tans  fa  p^rr- 
ticipacton ,  fionîFace  fufpendic  la  nominanon  à  la  lîou- 
▼cllcprélature,&  laifTa  les  chofcs  dans  leur  ancien  ctar. 
Hugues  écanc  more  â  Rome  dans  U  pourfuice  de  cette 
affiiire  ,  le  Pape  éleva  fur  le  fiege  de  Touloufe  Louis  , 
fils  de  Charles  II  roi  de  Sicile  ,  qui  n'avoir  encore 
qu'environ  vingc-<ieax  ans.  le  nouveau  prélat  gon- 
Tctna  le  diocéfe  en  entier  ;  mais  à  fa  mort ,  arrivée  le 
lyaoâc  11^  y  Boniface  confomma  enfin  réreéltoa  ciu 
nouvel  évêché ,  en  y  nommant  Bernard  de  Saiifet  abbé 
^  S.  Ancenin.  Hiâ.  de  Laa^.  lom.  4.  p.  87.  6c  noie  9» 


158  Histoire  be  France  y 
tion  qui  devoir  être  renouvellée  à  cha- 
que mutation  ,  mais  qui  fut  inter- 
rompue durant  les  troubles  excités  par 
rhcrélie  des  Albigeois-  Alors  les  Reli- 
gieux ,  mécontents  de  la  maifon  de 
Foix  ,  fe  donnèrent  d'abord  à  Simon 
de  Montfort ,  enfui  te  à  fon  fils  Amauri  y 

{mis  à  faint  Louis  ,  enfin  au  roi  Phi- 
ippe-te-hardi ,  mais  pour  dix  années 
feulement.  Ce  Prince ,  voulant  récom- 
penfer  les  fervices  qu'il  avoir  reçus  de 
Roger-Bernard  comte  de  Foix  dans  la 
guerre  de  Catalogne ,  lui  céda ,  quand 
ce  terme  feroit  expiré  >  toutes  les  pré- 
tentions qu'il  avoir  fur  Pamiers  ,  ex- 
cepté le  relfort  &  la  fouveraineté  j  & 
cependant  lui  aSignzfur/a  caffctu  une 
rente  de  deux  cents  livres  ,  jufqu  à  ce 
qu'il  fe  fût  accommodé  avec  Tabbé  & 
les  habitants  de  cette  ville.  Ceux  -  ci 
confentirènt  de  bonne  grâce  que  le 
Comte  rentrât  dans  les  droits  dont 
fes  prédécefleurs  avoient  joui  :  mais 
Wdp.88.  fabbé  ,  Bernard  de  SaiflTet,  craignant 
que  ce  Seigneur  ne  fît  trop  valoir  fon 
autorité  dans  le  pays  »  lai  fufcita  de 
furieux  obftacles.  Ce  fut  en  vain  que 
Philippe-Ie-bel  lui  écrivit  pour  le  prier 
de  donner  fon  agrément  à  ce  pariage  > 
qui  ctoic  plutôt  une  reftitutionb  qu,'une 


Philippe  IV.  159^ 
nouveauté  :  Tindompcabie  moine  de- 
meura inflexible.  Le  monarque  j  outré 
de  cette  obftination ,  ordonna  au  féné- 
chai  de  Bigorre  de  mettre  le  Comte 
en  poflèfEon  du  château ,  qu  il  avoir 
confié  â  fa  garde  :  ce  qui  fut  exécuté* 
Le  fier  de  Saiffèt  n'en  devint  que  plus 
intraitable.  Bien-tôt  Rome  retentit  de 
fes plaintes,  &  n*y  fut  que  trop  fenfî- 
ble.  Roger-Bernard  fut  excommunié  > 
&  rinterdit  fulminé  fur  tous  fes  do- 
maines (a).  L'élévation  de  l'Abbé  à 
répifcopat  >  fembla  pour  an  moment 
avoir  adouci  fon  caraâ:ére  :  il  confentic 
enfin  à  on  accommodement.  La  garde 
de  la  cour  nouvellement  conftruite  a 
Pamicrs  lui  fut  adjugée  :  le  Comte  eut 
celle  du  château  &  des  fortereflês  > 
fous  la  condition  de  lui  en  faire  hom-- 
mage.  On  régla  que  les  officiers  fe- 
roient  communs ,  &  que  Roger-Ber- 
nard pour  dédommager  l'évêque  des 
pertes  qu'il  lui  avoir  caufées ,  lui  affur 
xeroit  fur  Ces  terri  s  une  rente  de  mille 
livres  tournois  ,  ou  lui  payeroit  en. 
principal  la  fomme  de  vingt  mille 
livres  (é).  Boniface  confirma  cet  ac- 
cord {c}.  Auffi-tôc  te  Comte  va  trou- 
ver le  prélat ,.  fe  jette  à  fes  pieds  ^  les; 

0»).  Ann.  iipî.  "2«-  (^)  An.  itpj.  (0  Au.  i2^^9^ 


itfô  Histoire  de  France  , 
mains  jointes  ,  ôc  demande  humbk- 
ment  une  abfolution ,  qu'on  lui  accor- 
da avec  beaucoup  de  fafte  ,  en  pré- 
fence  d*un  grand  nombre  d^Evêques  ; 
d'Abbés  &  de  Seigneurs  (a).  Deux 
jours  après  il  fit  publiquement  hom- 
mage au  Pontife ,  pour  la  portion  de 
ieigneurie  qu'il  lui  vendoit  fi  chère- 
ment. 
An.  1301.  Tel  étoit  le  Légat  que  Boniface  en- 
sa  mauvaifc  voyoit  au  Roi  :  choix  qui  fut  regardé 
conduite.  Q^  comme  une  imprudence  ,  ou  corn- 
^p' Dan?tom:  "^^  une  infulte.  Bernard  avoir  ordre  , 
^b^upu;,  hift.  non-feulement  d'exhorter  le  monarque 
Bonifi^^.'i.**''  à  fe  liguer  avec  les  Perfans ,  pour  faire 
la  guerre  aux  Infidèles  de  Paleftine  , 
mais  encore  de  le  fonimer  de  remettre 
le  comte  de  Flandre  en  liberté.  Il  s'ac- 
Guitra  de  fa  commiflîon  avec  toute  la 
nerté  du  maître  quil  repréfentoit  : 
mais  bien-tôt  il  s'apperçut  que  ce  ton 
impérieux  ,  loin  de  perfuader ,  n'exci- 
toit  que  le  mépris.  Alors  il  fe  livra  à 
toute  rimpétuofité  de  fon  génie  atra- 
bilaire ,  &  perdit  le  refpeâ  qu'il  de- 
voit  à  fon  Souverain.  Il  ofa  lui  déclarer 
en  préfence  de  tout  le  confeil  ,  quil 
ne  tenait  rien  de  lui  ;  que  quoique  fa, 
ville  fût  enfermée  dans  les  limites  du 

{fi)  An.  1500. 


Pmiiippi  IV.  r^i 
royaume  de  France  ,  il  n^était  fujtt  de 
perfonne  ;  quil  ne  rcconnoiffoit  enfin 
tTautre  puijfance  que  celle  du  Pape  , 
dans  le  temporel  comme  dans  lefpiritueL 
Uinfolence  fut  même  portée  plus  loin  : 
il  alla  jufqu'â  lui  dire  ^que  la  conduite 
qiiïltenoit  envers  Boniface ,  mérUoitdes 
peines  qu'on  n'avoit  que  trop  différées  j 
que  dans  peu  il  verrait  fon  royaume  mis 
en  interdit  y&  fa  propre  perfonne  frap^ 
pét  d^anatheme  &  d excommunication. 
Déjà ,  pour  donner  plus  de  poids  à  fes 
menaces  ,  il  avoit  entamé  un  long  dis- 
cours ,  où  il  elïayoit  de  prouver  la 
fupéribrité  temporelle  du  Pape  fur 
tous  les  Princes  chrétiens  ,  lorfque 
Philippe  ,  à  qui  la  patience  commen- 
çoit  a  échapper  ,  le  fil  chaflèr  honteu- 
fement  de  fa  préfence.  Il  auroit  pu  le 
faire^  arrêter ,  &  le  punir  comme  un 
fujet  rebelle  &  féditieux  :  mais  il  aima 
mieux  le  renvoyer  à  Rome  ,  pour  y 
rendre  compte  de  l'inutilité  de  fôn 
ambaffàde.  Boniface  étoit  de  ces 
hommes  qu'un  mauvais  fuccès  n'eft 
point  capable  de  rebuter  :  il  ordonna 
au  nouveau  Prélat  de  retourner  dans 
fon  diocéfe ,  certain  que  fon  caradtére 
turbulent  ne  lui  permetttroit  pas  d'y 
demeurer  long-tems  fans  çabaler  cou- 


1 6i  HisTqmE  DE  France  , 
tre  an  Prince  que  fa  fermeté  lai  avoit 
rendu  odieux.  Bernard  rempUt  parfai- 
tement les  vaes  du  Pontife  Romain  , 
&  fe  croyant  fous  fa  proteâion  a  cou- 
vert  des  atteintes  de  la  cour  de  France  » 
raii.p.8i8x.;/yi  déchaîna  contre  h  Roi  aPcc  toute 

forte  de  licence  &  de  fureur. 
Son  Procès.      Lts  diportements  du  feditieux  Prélat 
ibid.      devinrent  enfin  fi  publics ,  qu  il  ne  fut 
pas  poflible  de  les  diflimuler  ou  de  les 
tolérer  plus  long-tems.  Le  Roi  nomma 
des  commidàires  qui  eurent  ordre  d'al- 
ler fur  les  lieux ,  pour  informer  fecré- 
cément  des  faits  dont  il  étoit  accufé  : 
Mattcfi-aneca.  c'étoicnt  Richard  Neveu ,  archidiacre 
&7iiw.^*''^* d'Auge,  dans  l'églife  de  Lifieux  ,  & 
Pr.  de  l'hift.  Jean  feigneur  de  Pequicni  ,  vidame 

du    di«t.    de    ..  .        •      °    /    »       Tl  ^      *^« 

Bonîf  p.  6i7.  d  Amiens  iaS.  11$  entendirent  vingc- 
&ruiv.é4o.  quatre  témoins  ,  la  plupart  gens  de 
Hift.deLang.  confidératiou ,  tels  que  les  comtes  de 
rcS.?oi!'^'Foix  &  de  Comminçes ,  les  cvcques 
de  Touloufe  ,  de  Béziers ,  de  Mague- 
lonne  >  &  Tabbé  de  S.  Papoul.  Tous 

{a)  Il  était  petit -£ls  d'£aguerrand  de  Pequigni , 

3ui  fondant  en  iiox  une  chapetle  dan$  Ton  château 
e  Haugcft  ,  dit  ,  qu'attendu  qu'il  eft  écrit  ,  Vchs  ne 
liere\  point  La.  bouche  au  betuf  qui  rumine  ^  il  donne  i 
Ton  chapelain  dix-huit  fetiers  d'orge  &  deux  muids 
d'aveine.  Cartul.  de  Pequigni  dans  ies  arch.  du  duché 
de  Chaulnes  ,  extrait  par  feu  M.  Torel  avocat  au 
Confeil ,  &  qui  nous  a  été  communiqué  avec  beau- 
coup d'autres  pièces  curicufcs  par  M.  Torcl  fon  £f6i« 
avocat  au  Parlement.  i 


Philippe    IV.         i^l 
ou  prefque  tous  acteftérent  la  vérité 
des  divers  chefs  d'accufarion  fur  lef- 
quels  la  cour  avoir  ordonné  des  infor- 
mations.  Ici  tout  l'orgueil  de  Bernard 
fe  démonta.  Inflxuit  qu'on  procédoit 
criminellement  contre  lui  ,  il  connut 
enfin  la  crainte ,  &  ne  fongea  plus  qu'à 
fe  fauver  à  Rome ,  pour  fe  mettre  fous 
la  protection  du  Pape.   Il  le  pouvoit 
fans  doute ,  mais  il  s'expofoit  a  la  fai- 
lle de  fon  temporel ,  s'il  le  faifoit  fans 
la  permiflion  du  Roi  &  de  fon  métro- 
politain. L'intérêt  pour  cette  fois  ,  le 
rendit  humble  Se  foumis  aux  loix  :  il 
chargea  l'abbé  du  Mas-d*Aiil  d'aller  à 
la  cour  folliciter  cette  grâce.  Celui-ci 
étoic  à  peine  parti  ,  que  le  vidame 
d'Amiens  fe  rendit  de  nuit  à  Pamiers  , 
fe  fie  ouvrir  les  portes  du  palais  épiC» 
copal ,  obligea  Tévêque  de  fe  lever  ,  , 
le  fomma   de  comparoître  dans  un 
mois  devant  le  monarque ,  vifita  fcru- 
puleufement  tous  fes  appartements , 
&  mit  fous  la  main  du  fouverain  tous 
fes  domaines,  fes  papiers,  fçs  livres^ 
ks  ornements  pontificaux ,  fon  argent, 
&  fon  argenterie.  Le  malheureux  de 
Sairtèt  n'eut  rien  de  plus  preflc ,  que 
de  faire  fçavoir  fon  aventure  à  l'arche* 
vcque  de  Narbonne  ^  qui  pour  le  tirer 


1^4  Histoire  de  Pitance  , 
d'un  fi  mauvais  pas ,  vint  trouver  k 
Roi  à  Château-Neuf- fur- Loire.  Phi- 
lippe reçut  le  métropohtain  avec  dif- 
tindion ,  &  parut  écouter  fes  repré- 
fentations  avec  bonté  :  mais  en  même- 
tems  il  lui  déclara  que  fon  fufFragant 
étoit  accufé  de  crimes  très -graves; 
qu  à  la  vérité  ,  il  avoit  peine  à  les 
croire  j  que  néanmoins  il  lavoit  fait 
citer  â  la  cour  ,  pour  lui  donner  occa- 
fion  de  fe  juftifier  \  que  fon  intention 
étoit  qu'on  lui  rendît  ,  &  fes.  biens 
qu'on  avoit  faifis  ,  &  fes  domefti- 
ques  qu'on  avoit  arrêtés.  Le  Garde  des 
Sceaux  ,  Pierre  Flotte  ,  qui  joua  un 
fi  grand  rôle  dans  la  fuite  de  cette 
affaire  ,  fut  chargé  d'en  faire  expédier 
les  lettres-patentes  :  mais  le  vidame 
d'Amiens  trouva  moyen  de  s'empa- 
rer de  Toriginal ,  &  refufa  de  les  met- 
tre a  exécution  ,  jufqu'à  ce  qu'il  eût 
reçu  un  ordre  particulier  du  Prince. 
L'accufé  cepehaant  fe  préparoit  à  par- 
tir ,  pour  comparoître  au  terme  de 
la  citation  :  mais  ayant  appris  qu'il 
n'étoir  ajourné  que  pour  le  hx  d'ofito- 
bre  ,  il  prit  le  parti  de  retourner  à 
Touloufe  ,  pour  y  attendre  ce  tems. 
On  lui  fignifia  dès  le  lendemain  un 
ordre  de  ie. rendre  inceflàmment  à  k 


Philippe   IV.         Kfj 
cour  :  il  obéit ,  &  fe  mie  en  chemin  , 
efcorté  du  maître  des  Arbalétriers  , 
du  fénéchal  de  Touloufe ,  &  de  deux 
fergents  royaux ,  qui  raccompagnoient 
fous  prétexte  de  lui  faire  honneur  » 
mais  dans  la  vérité ,  pour  s'afïurer  de 
fa  perfonhe.  Dans  cet  état  il  arrive  à 
Senlis  ,  fe  préfente  dans  la  chambre 
royale  du  palais  de  cttu  vïllc ,  &  paroîc 
aux  pieds  du  confeil ,  qui  étoit  com- 
pofé  de  divers  prélats  ,  comtes  ,  ba« 
rons  ,  chevaliers  ,  &  clercs.  Alors  le 
Garde  des  fceaux  ou  chancelier  fe  lève , 
expofe  les  différentes  accufations  in* 
tentées  contre  le  prélat  ,  offre  d'en 
fournir  des  preuves  manifeftes ,  toutes 
appuyées  fur  le  témoignage  de  gens 
irréprochables. 
Ces  divers  chefs  d'atcufation  étoient,  J^JfJS;"^^^-^; 
qu'on  avoit  fouvent  entendu  dire  au 
Prélat  qu'il  tenoic  de  Saint  Louis ,  que  t^m.'^fp^fo!: 
fous  le  règne  de  fon  petit  fils ,  prince  ;;,,,. ,„,.^,. 
lans  conduite ,  le  royaume  ieroit  de-  r.«5x.  &.fuiv. 
truit  Se  paileroit  fans  retour  aux  etran-    g,;,,  p  g^^ 
gers;  que  Philippe  en  effet ,  n'avoit  PDan.tom. 
aucune  qualité  louable  j  qu'il  n'étoic 
ni  de  la  race  de  Charlemagne  ,  ni  du 
vrai  fang  des  rois  de  France  ;  qu'il  def- 
cendoic  de  bâtards  {a)  ;  qu'il  n'étoit  ni 

U)  11  cnccndoic  parici  des  rois  d'AtagOû,  qui  éioieac 


iSS  Histoire  de  France  i 
homme  ,  ni  bete ,  mais  un  fantôme , 
une  beUe  image ,  qui  ne  fçait  rien  faire 
que  de  regarder  le  monde  &  fe  faire 
regarder  j  qu'il  ne  méritoic  au  fond 
d  autre  titre  que  celui  de  faux  mon- 
hoyeur  j  que  toute  fa  cour  étoit  fàiifTe, 
corrompue ,  infidèle  comme  lui  ;  qu'il 
avoir  fait  tout  le  mal  poflîble  aux  peu- 
ples de  la  langue  dt  Touloufe  ,  qui  gé- 
miffbient  foi^s  la  tyrannie  de  les  ex- 
torfions  j  qu*il  n'avoir  en  un  mot  au- 
cune autorité  fur  la  ville  de  Pamiers, 
qui  n  croit  ni  dans  le  royaume, ni  du 
royaume  de  France.  Cela  feul  fuffifoit 
fans  doute ,  pour  perdre  le  téméraire 
Bernard  :  mais  on  ajoutoit  qu'à  ces 
difcours  féditieux  &  puniffables  félon 
toutes  les  loix  ,  il  avoit  joint  àe^  ac- 
tions plus  coupables  encore.  On  l'ac- 
cufoiten  outre:  i^.  d'avoir  follicitcle 
comre  de  Foix  à  fe  liguer  avec  le  roi 
d'AngleterrCr^pour  chaflèr  les  François 
de  la  Province  j  de  lui  avoir  Dtomis 
de  le  rendre  maître  de  Toulouie  &  de 
fon  territoire  ,  par  le  moyen  de  fes 
amis  &  de  fes  parents  [a)  j  de  Favoir 

touf  bâtards  ,  de  qui  cependant  dcfccndoic  ifitclîe 
mère  du  roi  Philippe -le-be!. 

(^)  Bernard  fe  vanroit  d'être  de  U  rac^  des  Vicomtes 
de  Touloufe ,  qui  avoienc  uue  portion  confidérabic  àt 
ftigneurie  dans  k  ville  de  ce  nom  »  &  difoic  ^ue  Guil* 


Philippe    IV.         j6j 
détourné  de  marier  fon  fils  à  la  fille  de 
Philippe  d'Artois ,  lui  offrant  de  faire 
à  fes  dépens  un  voyage  en  Efpagne , 
pour  lui  faire  époufer  une  prince  (Te 
d'Aragon:  i®.  d'avoir  employé  toutes 
fortes   de   moyens   pour   engager  le 
comte  de  Comminges  à  fe  révolter 
contre  le  Roi ,  le  flattant  que  les  Tou- 
loufains  le  recevroient   volontiers  ^ 
parce  qu'il  defcendoit  de  leurs  an- 
vciens  Comtes  par  les  femmes  ;  de  lui 
avoir  envoyé  une  lettre  qu'il  écrivoit 
au  Pape  ,  où  il  y  avoir  plufleurs  faufles 
accufations  contre  Tévèque  de  Tou- 
ioufe ,  ^ue  fon  attachement  pour  le 
fouveram  lui  faifoit  juger  digne  de  la 
dépofition  j  de  l'avoir  vivement  prefle 
de  conclure.fa  paix  &c  celle  du  comte 
d'Armagnac  avec  le  comte  de  Foix , 
pour  conquérir  le  Languedoc  de  con- 
cert ,  &  y  établir  leur  domination  fur 
celle  des  François  •.3'^.  enfin  d'avoir 
tramé  toutes  ces  chofes  contre  la  Fran- 
ce dans  le  rems  qu'elle  étoit  en  guerre 
avec  l'Angleterre ,  circonftance  qui  lui 

{)arut  *plus  favorable  ,  pour  foulever 
es  peuples  ,  qui  i'étoit  en  effet ,  ce 

lelmerte  de  Recatd  fa  grand'mere  maternelle»  écoit 
fille  du  Viçomce  dé  Touloufe  dernier  more.  Pr.  da 
diff.  p.  ^40- 


i6i  Histoire  de  France  ," 
ce  qui  le  rend  encore  plus  coupable. 
M  Voilà  ,  feigneur  métropolitain  ,  con- 
»  cluc  le  Garde  des  fceaux  ,  en  a  iref- 
n  fant  la  parole  à  larchevèque  de  Nar- 
fi  bonne  ,  voilà  les  crimes  que  je  vous 
»«  dénonce  en  préfence  du  Roi,  comme 
»  au  juge  ordinaire  de  1  cvêque  de  Pa- 
*»  miers  ^  &  je  vous  focnme  au  nom 
»  du  monarque  votre  feigneur  &  le 
M  mien  ,  de  vous  aflurer  de  la  per- 
»  fonnc  du  Prélat,  afin  de  lempêcher 
»*  d'exécuter  fes  defleins  pernicieux  : 
w  gardez-le  de  manière  ,  que  celui  à 
»»  qui  il  appartient  ,  puifle  en  faire 
M  juftice  comme  d'un  criminel  de 
w  lèze-majefté  ,  &  conduifez-vous  de 
9»  façon  ,  que  le  Prince  ne  foit  pas 
5>  obligé  d'employer  d'autres  remédes«. 
Manen.anecd.  L'accufé ,  chofe  aflcz  Ordinaire ,  nia  ' 
p.ni9.&fuiv.^^^^  les  crimes  au'on  lui  imputoit, 
Hift.dcT.are.  protefta  de  nullité  touchant  les  pro- 
icTA^/"^*"  cédures  qu'on  avoit  faites  ,  foit  pour 
Tarrcter ,  foit  pour  faifîr  fon  tempo- 
rel ,  &  prétendit  que  la  crainte  des 
tourments  avoit  forcé  les  témoins  à 
dépofer  contre  lui.  L'archevêque  de 
fon  côté  ,  déclara  qu'il  étoit  prêt  de 
faire  ce  qu'on  exigeoit  de  lui  5  mais 
que  pour  y  procéder  félon  Dieu  ,  la 
juftîce ,  &  les  faints  canons ,  il  vouloir 

avoir 


PMItlPPE     IV.  1^9 

avoir  i  avis  de  fes  AifFragants  ,  &  celui 
du  Pape.  Alors  il  s'éleva  un  grand  mur- 
mure dans  le  confeil.  Plufieurs  de  ceux 
qui  le  compofoienc ,  adrellant  la  pa- 
role au  féciirieiiK  Prélat  »  s'écriérenc 
tumulcuairem.enc  :  Nous  ne  Jf avons  à 
quoi  il'iUni  que  nous  ne  vous  majja^ 
crions  fur  C heure.  Philippe  ,  pour  le 
fottftraire  à  l'indignation  publique  » 
ordonna  qu  pn  le  mît  en  lieu  de  fu- 
reté. Mais  le  métropolitain  ,  quoiqu'il 
en  (ut  requis  humblement  par  le  cou- 
pable ,  refufoit  conftamment  de  le 
prendre  en  fa  garde  comme  fon  pri- 
ibnnier  :  ainfi  l'embarras  étoit  toujours 
le  même.  Déjà  cependant  il  étoit  tard , 
la  féance  ayant  été  fort  longue  :  on  prie 
enfin  le  feul  parti  qui  reftpit,  ce  fut 
de  charger  les  gens  du  Roi  de  recon- 
duire Tévèque  -dans  la  maifon  où  il 
logeoit  à  Senlis.    Quelques  fergents 
couchèrent  dans  fa  chambre ,  ce  qui 
déplut  à  l'archevêque  de  Narbonne  , 
citti  en  porta  pluHeurs  fois  inutilement 
tes  plaintes  au  monarque  :  il  n'en  reçut 
d*autre  réponfe  ,  finon  ,  qû*on  Jeroit 
Sur  la  garJe  royale ,  s* il  vouloit  U  faire 
garder  lui-même. 

Cent  étrange  obftination  du  métro- 
poUcain  à  ne  point  vouloir  procéder 

Tome  FIL  H 


170.    HisToiaB  pm  FaX^É, 
conrre  fon  ûifFraganc  »  quoiqu'on  Uw. 
eue  fait  dooner.  cercicoire  dans  le  dio- 
céfe  de  Sentis  »  ocçafipnna  des  foap^ 
çons  qui  ne  lui  écoienc  poinc  avança-^ 
g^ux;  on  ûnagina  qu^,  fans  approu-r 
vçr  le  çrimç  »  il  ne  UliToic  pas  <jue  de^ 
f^vorifer  le  criiBiael.  Le  Roi  lui  en  fie 
des  reproches  très-viÊs,  Se  le  fomma. 
pac  la  fidélité  qu  il  lui  d^voit ,  de  ne 
pas  différer  plus  long-cei^s  à  lui  cen* 
dre  jutUcç.  Il  répondis  que  U  crainte 
de  Dieu  ,  cellç  de  déplaire  au  Pape  ». 
2c  de  pécher  contre  un  dç  fes  frères , 
école  Tunique  motif  de  fes  démarches: 

?|ue  cependant  il  écoit  difporé  â  faire 
on  devoir  ,  fî  on  lui  perixieccoic  de 
confulter  les  prélats  qui  f^  trouvoienc 
àlaco^^,On  en  comptoit  huit,  l'arche- 
veque  d'Auch  ,  &  Jes  évêques  d'AuRert* 
rp  ,  de  Troye$  ,  de  Beauvais  ,  de  Be- 
ziers ,  de  Maguelonne  ^  du  Puy ,  &  de 
Lefcar.  Dès  le  lendenaain ,  ils  eurent 
ordre  de  s  afTembler  dans  la  chapelle 
royale  de  Senlis  :  tous  furent  d'ayii 

3ue  1  accufé  devoit  être  reçu  à  la  garde 
e  TEgUfe.  Oq  reeU  i*»  qu'il  îeroic 
gardé  en  un  lieu  uir  »  où  il  n'y  eut 
qu'une  entrée  ,  fpacieux  »  où  il  put  ft 
ptomefiet,|9eiidAn^  le  |our  ,  Gins  per- 
mQtcrp  àd'ftRCii» «q^'âi^n^fiamoriei: die 


doucher  dans  fa  chambre ,  ce  qui  nfem* 
pèchoic  pas  que  le  Roi  ne  comniîr  uii 
chevalier  &  quelques  autres  peofonnet 
d'honnear  Se  de  probité ,  pcaii;  veiHet 
à  fa  (ureté  :  i^  qu'il  pour  toit  srmM 
deux  chapelains  avec,  un  &ére  de  foa 
ordre  ,  potir  redcer  Totfice  avec  lui  « 
un  clerc ,  pour  tenir  eootpite  de  &  d^ 
penfQ ,  trois  écu)(er&,  un  cai£nier ,  im 
^idede  ^{u»i  Se  (on  médeci»,  qui 
tous,  lufc^foiens  de;£e  conduire  ^iixléle*' 
wenf  ;  3/>.  qu'il  anroif  fii  â  fispt  tnuHr 
ktft  pçtiftr  fo«t  fervkfi  hors;  de  Tencciit^  ' 
te  de  fa  maifon  :  4".  que  les  clercs  ou 
Fetigî<|t^  qui  le  garderoii^oti  au  nom 
de  f  ^glifQ ,  feroîent  tek  que  le  Roi 
pur  fe' confier  en  eèx ,  qur'ils  ne  le  laif» 
ferqidjEit  parler  à  aucun  éi|ranger  qu'en 
L^ur  pcétencef  »  que-  dew  des.  pliis  iages 
d'm^§  fW  evamin^roientfes:  lettres  é 
fan»  iK^maiain$  Fempècher.  d'écrire  » 
foir  à  ^qme  pour  fa  d^téù ,  foit  i 
Pasuff st  pour  lAsi  affAuies  de  fôa  dio- 
cèff  »  foÂc  i  fes  qiEcieirs  de  â  fes  amis 
poiir  d^s  cb^fes.  honnêtes  &peraûfest 
}^.  quafii»  quril  M  fitf  cièn  fcctUéi 
fo^  puéjiftiËcie  ,  £oa  feeau  fer  oit.  mal 
dans  un  cqâre  y  ic  gardé  foust  deuif 
defs  ,  dont  il  aucoit  L'une ,  &  u»  de 
f<H  s^^^^'Mcre.  'y  ce  qui  dévoie  ùib* 


i7t  HiàToiRB'DE  Finance  , 
fifter  jufqu*a  ce  qu'on  fut  informe  de 
la  volonté  du  Pape.  L'archevêque  , 
fur  cette  décifîon  cle  l'aflfèmblée ,  con- 
fencit  enfin  à  fe  charger  de  la  garde 
du  Prélat  au  nom  de  TEglife  de  Nar- 
botine  :  mais  en  même-tems  il  déclara 

au  il  M  permettroic  jamais  (}u'il  fut 
étenu  prifonnier ,  ni  qu'il  lui  fût  fait 
aucun  mal  :  il  en  fit  dreilèr  un  afbe  , 
d'où  font  tirées  les  circonftances  qu'on 
vient  de  rapporter  ;  circonftances ,  dit 
wftdeiang.  uii  fçavant  Bénédiain  ,  qui  n'ont  pas 
^'"^  été  connues  de  noij  Hiftonens  mo- 

dernes. 

Le  Roi  y  prévoyant  que  cette  affaire 
pourroit  avoir  de  grandes  fuites  ^  ré- 
folut  d'envoyer  à  Rome ,  pour  y  faire 
connoître  la  juftice  de  fes  démarches. 
Les  inftruâions  qu'il  fit  dreflèr  à  ce  fu- 
|et  5  portent'que  voulant  être  plus  am- 
plement inftf  uit  des  accufationsinten- 
preuT.  iju  <\fi  tées  contre  Bernard  de  Saiflfèt ,  il  avoît 
p.(îi7-  &  cmv.  jjppgii^  ^  ç^  ç^m.  jQQg  jgj  témoins  ,  qui 

entendus  de  nouveau»  avoient  dépofé 
des  chofe^  encore  plus  fortes  que  cel- 
IeS'^qlli  ét(>ient  dans  les  premières  in<- 
formations  t  que  plufieurs  d'entre  eux, 
gens  graves '£^  dignes  de  foi  ^  afTuroient  ' 
'  que  le  Prélat  avoir  tenu  des  difcours 
fcandaleux  ^  erronés^  hérétiques  ^  pai 


Philippe  I  V/  17^ 
exemple  ^  que  le  Sacrement  de  pinitence, 
itoit  une  invention  humaine  ,  que  lu 
fornication  mime  dans  Us  perfrtmes  éle- 
vées aux  ordres  facris  n*étoit  point  un 
péché ,  que  le  très-Jaint  Père  notre  feir 
gneur  le  Pape  Boni/ace  étoit  un,  diable 
incarne  ,  qui  contré  DUu ,  ^firité  ùjuf- 
tice  ,  avoit  canonifé  faint  Louis  ,  qui 
étoit  dans  les  enfers  :  que  ,  quoiquHl 
eût  lié  arrêté  dans  le  confeil  des  grands 
du  royaume ,  que  fa,  Majefté  devoit  faire 
punir  cet  évêque  comme  traître  convain^ 
eu ,  crime  qui  exclut  tout  privilège  & 
toute  dignifi ,  &  qu^elle  fût  îf  ailleurs  en 
droit  de  pracéder  contre  lui  par  la  prih 
Vatican  defon  umpprel ,  ritanmoins  par 
TeJpiHpour  VEgli/e  ,  par  ménagemerte 
pour  fis  minières ,  par  déférence  pour  U 
faknhSiége ,  dU  avoit  cru  devoir  en  don^ 
neravisàfa  Sainteté.^  que  toute  la  France 
efpére  que  le  fouverain  Pontife  fe  por^ 
tira  d^atetant  plus  volontiers  àfairejuf> 
lice  du  ceupable ,  qu*il  e(l  obligé  de  ven^ 
ger  Vinjure  faite  à  Dieu  comme  auteur 
de  touu  puiffance  légitime ,  au  Roi  corn'- 
me  fils  de  l*Eglife^  au  royaume  comme 
portion  confidérahle  de  la  chrétienté  ; 
qu*ainjifa  SaintetéeflpriéetrisHnfiam- 
nunt.y  de  priver  au  plutôt  le  Prélat  de 

Hiij 


f  74      H^TOIRE  SE  FAAne^  y 
fa  dignité ipifcopalt  y  de  h  d'Ulanr  dic%m 
de  tout  privUége  tliricài^  dt  lui  éter  en 
un  mot  tout  <t  qui  tft  à  dit ,  ^i»  qui  U 
monarqut  puifft  tnfuinunjkmjkc  au 
public  ;  punition  d'^utum  plus  ntctf- 
foin  ,  qii^U  n^y  a  peint  d^uppartnct 
^uHl  fi  corrige  ,  4^ant  iU  méchunt  As 
fajtumfft^  On  prémot  dan^  ce-mé** 
moire  jufqa  aux  réponfes  <jae  le  Poti- 
kife  pourra  faire.  S^il  dit  que  Sufuftkt 
.   iir  permettant  pas  dé  condamner  quti* 
qu*un fans  Venandrgyilfàutmyoj^f 
tlviqut  â  Rome ,  pùur  y  Are  }ti'§t  y  on 
jte  doit  rien  oublier  ^  pour  4'engagêr  À 
ordonner -quê  le  procès  fiit  Ufj^mt  en 
Fràntc  :  s^itpte'nd  ce  dernier  pàfâ y  U 
faut  ffûpoir  yji  %efim  J$%^nrk  mttf^* 
falitain  uccoippagnré  dtfisfujfhagay^ts  y 
au  devant  un  Légat  dufkint  Siése-i'M 
quelq  -.  e  autre  commiffairt  nùmmi  parfit 
Sainteté.  \  ."   •:   •.  v  •  '  , 

Kttpture  ou-  i  Qaelqttes-uns  préren4Mr  qoe  ce(re 
S'pê*  &"  u  «nbaÏÏade  M  fat  quç  f  ro|ettée  i  quel- 
Koi.  -quet  autres  aflurénr  qu'elle  eut  lieu  \ 

4pie  le  garde  des  Sceaux ,  Pieite  Floue  » 
mt  fut  Te  chef  ;  qu'il  fe  montra  vrai* 
ihenc  courageux  dahscercè  alFaire  ^  fzsrV/ 
DIS.  p.  II.  tut  de  rudes  paroles  arec  Bohiface  /qu*an 
jour  que  celui-ci  ie  vancoic  d'avoir  l'uM 


Pu  11  11»  p  fi  IV,      M$ 
&  Vautre  puiflTance ,  il  lai  répondit  fier ç-     woifingh. 
ment  :  Ji  h  veux  bien ,  Seigneur ,  mais  ^'^g^^^  j^n 
lawâtrefurUicmporel^n'eflquêdemot^  '>^^;  ^^  ^.^* 
C€//f  4/11  if  m'  mon  maittt  efl  effective  <&  p  19»- 
ridU.  Quoi  qu'il  en  foir  »  le  Ponrife  , 
foit  ouUt  cies  égards  qu'il  deroit  ânir 
prières  d'un  ^rand  Prince,  qui  lui  de- 
mandoic  juftice  d*un  prêtre  fcdicieux , 
ibic  perfuafion  que  la  caufe  de  Bernard 
écoit  la  fienhe  ,  ne  fongea  plus  qu'aux 
moyens  de  fe  venger  de  Taflronc  qu'il 
précendoit  avoir  reçu  dans  Ta  pèrfon- 
ne.  Alors  il  frappa  ces  grands  ùoups 
qu'il  crûTOic  capables  danéantir  l'^u- 
toriré  des  rois ,  mais  qui  par  un  judie 
JugemeAt  de  Dieu,  retothbérent ' ft^r 
lui-même  ,  fie  tranchèrent  le  fil  d'uhfe 
vie ,  qu  il  autoit  pu  occuper- plus  fain- 
temenr* 

Aafli-tôt  on  vir  parôître  bulles  fur  nurcquîor- 
bulles,  toutes  datées  du  même  jour,  ^"""'^'^^V^^ 
totttés  plus  rulmmantes  les  unes  que  ^éqlle  de  Pa- 
ies ancres,  La  première  eft  une  décla-  "»»«"• 
cation  ,  que  Us  Princes  laïques  n'ont    Pr.  du  dîff. 
aucun  pouvoir  fur  les  perfonnes  eccli^  ^* 
Jîafiiquts  ;  une  ptiére ,  un  ordre  même 
au  Roi  de  permerrre  à  Bernard   de 
Saiiïer  de  fe  rendre  à  Rome ,  &  de  lui 
faire  reftituer  tous  fes  biens  j  un  aven- 
tiflemeut  enfin ,  que  s'il  n'a  de  bonnes 

Hiv 


176     Histoire  de  Francis  , 
raifons  pour  jndiHer  fa  conduite  i 
l'égard  de  ce  Prélat  »  il  a  encouru  k 
peine  portée  par  les  canons  contre 
ceux  oui  mettent  témérairement  la 
main  lur  un  évèque.  Les  Souverains 
ne  connoidbient  encore  qu'imparfai- 
tement leurs  droits  \  la  fuperftition 
les  leur  lailToit  â  peine  entrevoir  ^  ce 
bref  qu'on  fçauroit  fi  bien  apprécier 
de  nos  jours ,  caufa  alors  un  grand  tvor 
barras;  Philippe  balança  quelque-cems 
ibîd.  p.  é\7  fur  le  parti  qu'il  devoir  prendre.  Enfin 
déterminé  par  une  autre  bulle  du  Pon- 
tife ,  qui  enjoint  à  l'archevêque  de 
Narbonne  de  mettre  Bernard  en  pri- 
fon  fous  l'autorité  du  faine  Siège  , 
d'informer  fcrupuleufement  de  tous 
les  faits  ,.&  de  lui  envoyer  à  Rome  , 
ic  le  procès ,  &  le  coupable  fous  bonne 
garde  j  il  porta  la  condefcendance  juf-* 

3u'à  ordonner  â  fesprocureurs  d'aban- 
onner  toute  pourfuite  ;  &  par  confia 
dération  pour  la  dignité  épifcopale , 
il  remit  l'accufé  entre  les  mains  du 
Légat  y  avec  ordre  néanmoins  à  tous 
deux  de  fortir  inceflamment  du  royau- 
me. La  querelle  fur  l'autorité  tempo- 
relle s'étant  échauffée  de  plus  en  plus 
par  la  fuite ,  le  Roi ,  tout  occupe  de 
ce  grand  objet  »  parut  en  quelque  forte 


Philippe  IV-  177 
perdre  de  vue  l'affaire  du  Prélat.ll fie 
cependant  faifir  tous  les  biens  qui  lui  ^ 

appartenoient ,  foit  à  titre  de  béné- 
fice ,  foie  en  fon  propre  &  privé  nom. 
Le  malheureux  Bernard ,  dépouillé  de 
tout ,  fiit  obligé  de  demeurer  à  Rome 
jufqu'à  la  fin  de  ce  fameux  démêlé. 
Alors  il  revint  en  France ,  fe. fournit , 
obtint  fon  pardon,  &  main-levée  de  U 
faifie  de  fon  temporel. 

La  féconde  bulle  eft  un  commence-  ^ J"(PJî;Jf, 
joient  de  vengeance  de  la  part  du  fou-  accoVaa  à  u 
verain  Pontife  ;   une  fufpenfion  de  France. 
tous  les  privilèges  accordes  par  fa  Saifi-  ^^'^J^  ^^' 
reté  ,  non-feulement  au  Roi  &  i  fes 
fucceflèurs,  mais  encore  aux  eccléfiaf- 
tiques  &  aux  laïques  de  fon  confeil  j 
une  révocation  des  grâces  obtenues  du 
faipt  Siège  ,  pour  fournir  aux  frais  des 
guerres  que  la  France  avoir  à  foutenir  j 
une  défenfe  en  un  mot  aux  gens  d'églife 
de  payer,  ni  décimes  >  ni  fubfides ,  fans 
une  permiffion  expreffe  de  Rome.  Ce 
fmgulier  mandat  n'excita  aucun  trou- 
ble dans  le  royaume.  On  y  étoit  perfua- 
dé  que  le  droit  de  lever  ces  fecours, 
pour  les  befoins  de  l'Etat  ,  fur  les 
biens  temporels  du  clergé ,  ne  dépen- 
doit  ni  du  pouvoir, ni  de  la  volonté 
des  Papes.  Aufli  fut-il  rayé  des  regil- 
*  Hv 


178     Histoire  de  France  , 

très  du  Vatican  par  les  ordt^es  de  Be- 

ïtaynanijoi.  noît  XI  &  de  Clément  V  ,  tous  dfux 

"•  ^°*  fuccefleurs  de  Bonifacc. 

An.  i}oz.       ^e  n'étoit  eocore  que  le  prélude 

Précenctons  des  entTeprifes  du  Pontife.    Bieii-toc 

la"  ^u^ffan"c  *^"  "ouveau  Npnce ,  Jacques  des  Nor- 

temporeiie  ,  mans  y  arçhîdiacre  deNarbonne ,  arri- 

fe  Réitk?*'  ^*  ^^^^''g^  ^'^"®  P^ri^  ^"''^  i  ^"  ^^* 
i>îff  p.  p.  ^  prétentions  fonç  expliquées  fans  dé- 

^pemêip.jî.  ^^"^  >  ^  f^"^  aucqn  de  ces  artifices 
«c  fuiT.         qu*on  a  coutume  d*employer  pour  pré- 
parer les  efprits  â  des  chofes  extraor- 
dinaires. Les  termes  y  font  fi  peu  mé- 
nîigçs ,  Iç  ftyle  en  eft  fi  clair ,  n  concis, 
pat  U  même  fi  contraire  à  celui  de  la 
Cogr  de  Rome,  qui  eft  tou/ours  diffus 
ic  obfcur ,  que  bien  des  gens  ont  penft 
qqe  c'étoit  une  pièce  fuppofée   Mais 
Boniface ,  génie  fier ,  hautain ,  vioténr, 
ne  fç  piquoit  point  d'égards  pour  les 
tètes  couronnées  j  il  cherclioit  au  con- 
traire à  ofFcofer  le  Roi  ,  &  voulott 
lui   donner  un    précis   des  principes 
qu  il  fe  préparoit  à  hii  détailler  phi^ 
amplement.  On  ^  vé  u  trois  cents  ans 
dans  la  perfuafion  que  cette  bulfe  étott 
Anden-chron  téellc  :  elle  cft  daus  tous  nos  anciens 
îoi^'i^c""?!.  hiftoricns.qm  ont  traité  de  ce  fameux 
^ic!i  cmc .  ^^"^^^^  •  °^  ^^  trouvoit  enfi:n  dairs  ta 
nJâfxx^!  ^  '  gtofe  mè(ne  du  droit  caâon.  F.lie  écoit 


P  H  1  t  1  !►  P  E     l  V#  I7J 

conçae  en  ces  ceru^^^  :  **  Bcui&ce    gk  s»  cor.c; 


Pr.   du    d:fF. 


wde  Dieu,  â. Philippe,  roi  â/e^  Fra.n-  p.  190  "193 

.,çois,  craigne»  le  Seign«uT,  &  gar.  ,/g?c:àv6"iv 

»  dez  fes  commandements.  Nous  voa> 

»,  Ions  que  vous  fçachies  »  que  ^vous 

u  nous  êtes  fournis  dan$  le  tj^mporel 

>i  comme  dans  le  fpimiiel  ;  que  la  col^ 

„  ladon  des  bcnéfikes  &  des  prében- 

u  des  ne  vous  apparciene  en  aucune 

9$  manière  ;  &^que  n  vous  avez  la  garde 

Si  des  églifes  pendant  la  vacance  ,  ce 

»  n'eft  que  pour  eit  réferver  les  fruits  i 

v%  ceux  qui  feront  élus.  Si  vou9^  avex; 

j,  conféré  quelques  bénéfices ,  nous  dé- 

%%  clarons  cette  collation  nulb  pouc  le 

„  droit  i  &  pour  le  fait ,  nous  révot- 

t»  quons  tout  ce  qui  s'eft  paifê  en  ce 

»>  genre.  Ceux  qui  croiront  autcemenit» 

>9  ieroot  réputéf  hérétiques^  (^). 

Sa)  On.  trouve  a«  Tréfbr  dc&  cj»artr«  C  rcgiftrc  C 
p.  i.  )  un  ancien  manufcrit  inticulè  ,  corffultation  de 
Maiire  Pierre  df  Bp/fo ,  OU  du  B«4$,<wc**  d»  JtaiÀ 
Coutanxis  ^  f»p^f*  nnt  Uttn  du  Pafit  Amain  ,  fù 
tùmmcnci  p^f  f<*  »»«'  -icirt  trvplunoMS  quod  in  ffk- 
rHualil?u«&  wippotalibus^&c.  L'avtteft^Me  (wr  rrm 
6i*iZ«  i*  Pape  eft  <^  4o*t  ère  réfuté  i»*réhftr,  r$l  m  s'en 
reptnt  publi<fMmên$ ,  C^  »*«»  fti*  f*tiîfa»iou  4K  i?«l. 
La  raifon  <\ii^  ei>  mmxt  ,  ^  f«*i7  i«*i  «««f  '-««»>• 
^4  f>/iw  Mif  préfo^étîve  de  fa  xmnatiae  ,  ^»  «^  »  W* 
4  Uui^ri  4t4  défais  plut  de  miUe  ans ,  de  n'être  /tp- 
mis  à  p€Kfomie,er  de  commander  à  Hut  U  r^téitm^y 
fms  crainte  d'ancnne  correHion  humaine.  Ce  moo»- 
oitoc  &  curWux  m;  lui-mfcme  ,  piouic  en  mèmt- 
tcmt  rckiftcDcc  ié  €ect«.|«tiac  i)iill^.  C*«ft  éau  m 


i8ô     Histoire  i>t  France  , 

itépo&fedu      La  poHrique  exigeoic  fans  doure 

Roi  plus  in-  q^j*on  prie  des  précautions  contre  de 

trop  pet»  me  pareiIs  attentats  :  mzits  en  meme-tetns 

fwéfc  la  pntdence  devoir  empêcher  Téclar 

Dém^e^,  p.  toujours  pen  féantdans  un  particulier, 

plus  indécent  encore  dans  un  prince. 

Pr.  du  âifr.  Malheureufement  Philippe ,  ne  ienfi- 

**  ^'         ble  ,  portoic  trop  loin  peut-être  la  ja- 

louée  de  l'autorité  ;  &  les^  courtifanr, 

toujours  trop  habiles  â  pénétrer  Tanie 

du  prince  ,  ne  ce(Tbient  d'enflammer 

fa  coléjre  »  Se  de  Texciter  à  une  ven^ 

geance  éclatante.  Ce  futàleur  inftiga- 

rion  que  perdant  toute  confidératioa 

pour  le  Pôntile  ,  il  voulut  lui  répons 

^re  fur  le  même  ton  ,  &  même  en^ 

xhérir  fur  lui  par  la  dureté  des  expref- 

iions.    Quelques  efprits  fcrupuleux  y 

mais  bien  intentionnés  ,  pour  fauver 

tout  à  ia  fois  l'honneur  du  pape  &  du 

monarque ,  fe  font  efforcés  de  rejetter 

•vain  qu'on  voudroif  la  contefter.  Voyez  preuve  da 
Àiff,  p.  44. 45. 4tf»  47.  Elle  étoit  rapportée  ,  ainfi  que 
la  rcponfc  du  Roi ,  daut  un  ancien  manufcric  de  la 
Bibliothèque  de  S.  Germain  des  Pre:^ ,  n.  3^4  :  on  le» 
y  vote  encore  annoncées  dans  le  fommaire  qui  eft  i 
la  lète  du  Livre  ;  mais  on  ks  en  a  arrachées ,  de  même 

Sue  toute  l*hiftoire  de  ce  diffllrent  »  comme  it  eft  évi- 
ent  par  le  gran4  nombre  de  feuillets  qui  font  coupés. 
On  trouve  encore  un  extrait  de  cette  bulle  dans  us 
snanoTcrit  de  cette  même  BU>Hothequc  >  n.  loStf  :  i!  f 
eft  die  que  le  Pape  déclare  que  U  Jtoi  lui  efi  foitmif 
•  dam-  U  Hmporei  comme  dans  U  fpirùuel  :  ^e  foiJêÊt 


Pkilippb  IV.  181 
rune  &  l'autre  pièce  fur  ie  Garde  des 
Sceaux ,  Pierre  Flotte  :  on.  loue  le  mo^ 
tif  qui  leur  a  infpiré  ce  fubterfuse  : 
on  fouhaiteroit  que  la  fidélité  de  l'hif- 
toire  n'en  fut  point  bleflTée.  Tous  les 
anciens  monuments  qui*  atteftent  la 
bulle  de  Boni&ce,  atteftent  en  même- 
tems  la  lettre  de  Philippe.  Il  éf  oit  fait 
mention  de  toutes  les  deux  dans  la 
glofe  du  Sixu  des  décrétales  ^  ouvrage 
de  Jean-André  de  Boulogne,  qui  vi-  liK.deeha. 
voit  quarante  ans  après  ce  démêlé  tJ^/^/^'cîJI 
elles  en  furent  retranchées  par  les  Ro- &«««/. 
mains  ,  fous  prétexte  de  correftion  : 
ce  qui  a  été  fuivi  depuis  par  tous  les 
éditeurs  du  droit  canon  :  chofe  ,  dk 
M.  Baillet,  très- préjudiciable  à  la  vé- 
rité ,  &  contre  la  foi  publique  ju*on  doit 
garder  à  la  poflériti.  Nous  avons  rap- 
porté la  première  comme  un  monu- 
ment pitoyable  de  la  foibleflfe  humai- 
ne ;  nous  rapporterons  la  féconde  fous 
le  même  point  de  vue  :  rien  de  plus 
fuccint.  »>  Philippe  ,  par  la  grâce  de 
m  Dieu ,  roi  des  François ,  â  Boniface 
»  prétendu  Pape  ,  peu  ou  point  de 
»  lalot.  Que  votre  très-erande  fatuité 
M  /cache ,  que  nous  ne  (ommes  fbumis 
I»  à  perfonne  pour  le  temporel  ;  que  la 
ai  collation  des  bénéfices  ,,  U%  iiégef 


i8t  HisroiRB  »fi  France  , 
M  vacants ,  cous  ap^partienc  par  le  droit 
->«  <ic  noere  couronne  ;  que  les  revenus 
»'  des  cgiifes  qui  vaquent  en  régale  , 
»  font  a  nous  y  que  les  provifions  que 
»>  nous  avons  données  y  &  que  nous 
^  donnerons  »  font  valides ,  &  pour  le 
^  paflTé  &  pour  Va  venir  ;.  Se  que  nous 
-»»  maimiendcons  de  couc  nacre  pour 
99  voir  ceux  que  nous  avons  pourvus  y 
M  &  que  noas  pourvoirons.  Ceux  qui 
M  croiront  autrement  y  feront  réputés 
M  fous  &  infeofés  <<  («)• 
Quatrième     On  a  dit  que  la  petite  bulle  n*étoit 

îî;  atiii:  T^"^"}  ^«»i^  ^>'^,  pi^  &^i^  >  ^«^ 

plus  ample  devoit  ctre  prelentee  au  Roi  dans  ies 

"m^nV 'l-ur  f^^«^«^  ordinaircs.  Elle  arriva  enfin 

l'aut.  tempo  cette  picce  iînguliére  y  &  parut  digne 

wu«-  .jg  fQif,  auteur.  On  en  peut  juger  par 

pr.  da  A'ff  ce  début  emphatique»  »  Ecoutez  .  6 

»  mon  nis  ,  les  préceptes  oe  votre 

»»  père  ^  ouvrez  votre  cœur  aux  enfei*- 

M  gpemenrs  d*un  maître  y  qui  tient  la 

»  place  de  celui  qui  eft  le  feul  mdîtce 

»  &  feîgneur  j  recevez  avec  docilité 

«les  avia  de  la  fainte  EgUfQ  vocce 

U)  On  voie  etKfHT  cette  lettr©  ^arpiî  les  mC  de  Ia 

.  BibliorhfCjue  du  Vatican  [n.^i<^i5.  x.  vol.  io-fol.]» 
Un  fçavant  Académicien  ,  confommé  dans  notre  hif- 
tqite  ,  %«.  de  Sainte- l*a lais  ,  l'a  copiée  de  fa  maia. 
Slle  cft  entièrement  conforme  i  celle  qui  cft  rappoitéc 
fat  MM.  ëtt  »ur  8c  Baiikt. 


Phi  i  i  p  pi    I V%       18} 

»  tnéfe  i  eiécuter  fes  ordres  avec  fidé- 
*»  lité }  &  foumetcez-voûs  avec  refpeâ; 
y*  à  fa  volonté  ,  qui  eft  la  nôtre.  «.  Le 
pontife  entre  enfuite  en  macicre ,  & 
citant  la  fainte  Ecriture  à  faux  (a)  ^ 
il  dit  que  £>ku  i*a  iiabtifur  ks  rois  & 
ies  royaumes ,  pour  arracher  ,  détruire  y 
perdre  ,  dij/iper ,  idifer ,  &  planter.  Puis 
exhortant  le  monarque  à  ne  point  fe 
laiflVr  perfuâder  qu'il  n  a  aucun  fupé- 
lieur  fur  la  terre  ,  &  çu*il  riefl  point 
fournis  au  chef  de  la  hiérarchie  eccléjîafli- 
que ,  il  lui  déclare  que  penfcr  de  fa  forte 
efi  cire  fou  ,  infenfi ,  infidèle.  Enfin  ,  il 
defcend  dans  le  détail  des  défordres 
qui  pouvoienr  régner  danis  le  royau- 
me ,  où  njr  en  a-t'il  point  ?  maïs  qui 
n'étolent  pas  fous  la  corrtftion  de  Ja 
cour  de  Rome ,  dont  cependant  elle  fe 
plaint  d'avoir  plutieurs  fois  averti  fort 
inucilementyô/i  trh-cherfils.  Les  prin- 
cipaux  font  y  •*  qu'il  foule  fes  fujets  , 

{0)  \ïnj  a  poinrëass  le  tocr»  ;>  vpm  4i  éubii  fur 
Uj  Hw  9  qp^it  fîm^lcuicnc  ^  fur  Us  nattons,  tcct 
tûnflittU  te  hcdiâ  fufcr  gintij.,  ut    eueitaj.,  &"  pian» 

ns.  JNtttiK  c.  1.  t*  XQ.  U'atUcwi.»  4ic  M.  Fleurjr 
r  com.  if .  1.  80..  ^.  I  tf'.  }  ('ordre  doQoé  â  Jeremie 
à'arrMchtr . ,  ^  du  ^anttr ,  ne  regarde  aue  fit  million 
Coinnif  Pr«|»k<CQ  ,  fti  fa  «oi9iiii(fio«  de  prédira  1«#  . 
tfcvolujti  B|  des  Etars  :  Dieu  ne  iui  donne  aucim  {ou- 
^ir  pour  IVzécution.  C'eft  donc  faoffemenc  aue 
lonifyo  aligne  ce  paCagA,  fovf:  6tabiir  f^.dckubW 
puiSsuicc  >  Ac  dans  le  fpicituel,  &  dans  le  cesipoick 


184  Histoire  de  France, 
M  cane  par  k  mulcitude  des  impots 
»  dpnc  il  les  accable^  que  par  les  fré- 
w  quences  altérations  des  monnoies  : 
M  qu'il  opprime  les  eccléfîaftiques  ,  les 
»9  traînant  de  force  à  fon  tribunal  9 
>>  faifant  faiiir  leurs  biens  »  exigeant 
99  d'eux  des  décimes  &  des  fubndes , 
9»  quoique  les  laïques  n'aycnt  aucun 
w  pouvoir  fur  le  clergé ,  ne  leur  per- 
»  mettant  ni  d'employer  le  glaive  fpi- 
M  rituel  contre  ceux  qui  les  ofFenfent , 
M  ni  d'exercer  leur  jurifdiftion  fur  les 
M  monaftéres  dont  il  prétend  avoir  la 
M  garde  ,  tourmentant  avec  la  plus 
i>  horrible  tyrannie  la  noble  églife  de 
M  Lyon  ,  quoiqu'elle  ne  foit  pas  de 
i>  fon  royaume,  &  la  traitant u cruel- 
»>  lement ,  qu'elle  fe  voit  réduite  à  la 
»  plus  affreufe  pauvreté  :  qu'il  fcanda- 
u  life  tous  les  erands  de  l'Etat  par  fes 
M  violences ,  ulurpe  leurs  terres  ,  leur 
V  refufe  juftice ,  lorfqu  ils  la  deman- 
•>  dent ,  &  ne  veut  reconnoître  aucun 
M  juge  pour  les  torts  que  lui  où  les 
M  fiens  ont  faits  :  qu'il  pourvoit  anx 
»  bénéfices  vacants  en  cour  de  Rome 
»  ou  autrement  5  fans  la  permiffiondu 
M  Pape  ,  qui  en  a  feul  la  fouveraine 
»  dilpofition  :  qu'il  empêche  Texéca-^ 
•t  tion  des  collations  faites  par  le  faiat 


Phi  L  I  PPE  IV.  1^5 
M  Siige'  y  quand  elles  précédent  les 
M  fiennes  :  qu'il  perçoit  les  revenus  des 
9»  cathédrales  vacantes ,  &  les  conver- 
•»  tit  â  fon  profit ,  fous  prétexte  de  ré- 
M  gale  'y  droit  injufte  qui  ouvre  la  por- 
M  te  à  toutes  fortes  d*extor(îons ,  d'où 
u  il  arrive  que  ceux  qui  doivent  être 
••  les  gardiens  des  églifes ,  en  font  les 
M  deftruâeurs  9  &  confument  facrilé- 
w  gement  ce  qui  ne  leur  a  été  confié  , 
M  que  pour  être  confervé  faintement  : 
••  qu'en  vain  il  eflàyeroit  de  s'excufer 
»  iar  fes  mauvais  miniftres  ;  qu'il  peur , 
M  qu  il  doit  même  les  changer,;  que 
»  Rome  l'en  a  fou  vent  averti  «. 

M  Vous  n'ignorez  pas,  continue  te 
CI  Pontife  y  que  nous  avons  plufieurs 
I»  fois  élevé  notre  voix  contre  ces  dé- 
»  fordres  affreux.  Nous  vous  avons 
M  annoncé  vos  forfaits,  éfpérant  vous 
*>  xatnener  à  la  pénitence  :  mais ,  corn- 
M  me  Tafpic  qui  n'entend  point ,  vous 
»  avez  ferme  l'oreille  à  nos  enfei- 
»  gnements  falutaires.  C'eft  pourquoi , 
w  nous  vous  averciiïbns  que ,  de  l'avis 
M  de  nos  frères  les  cardinaux  ,  nous 
f»  avons  ordonné  au  clergé  de  votre 
»  royaume  de  nous  venir  trouver  en 
»  Italie  ,  afin  de  délibérer  conjoin- 
«  tçmenc  for  la  réformation  de  l'Etat. 


t8^  Histoire  de  FRAmss  , 
„  Vou$  pourrez  vous  y  rendre  ert  pet- 
>)  Tonne  ,  ou  y  envoyer  quelqa'iin  de 
,)  votre  part  ,  pour  écouter  le  juge- 
,y  ment  de  Dieu ,  &  k  nôtre  u. 
ciiM|ai£ine  On  vic  en  etfet  paroirre  dans  le 
bulle  par  la-  nième  -  ttttis  UM   cinquième    bulk 

quelle  11  cou-      »      /r»/  /a  *         i        • 

voqaeieder-adreUee  aux  éveques^  aux  chapitres  , 

f^Rome!*""^^*  urtivecficés  de  France.  Boniface  y 

ibid.p.5i.f4.  déclaré  j  ,,  qu'ayant  apprit  de  gens  di- 

spïcii.  com  3,  ânes  de  foi  les  violences ,  les  info- 

i.p.  X14.       ^^  lences ,  les  injuftices ,  que  le  Roi  & 

3^  Tes  officiera  exercent  contre  le  cler- 

,^  gé  &  la  noblefle  »  il  a  réfolu  de  con^ 

^,  voquer  un  concile  >  pour  remédier  à 

9^  de  (i.  grands  défordres  ;  qu'en  confir- 

,,  quence  il  enjoint  à  tous  les  prélats 

„  Sç  doâedrs  François  de  fe  rendre 

.^,  auprès  de  lai  pour  le  premier  jour 

.„  de  Novembre  prochain  j  qu  il  veut 

,^  avoir  leur  avis  fur  les  moyens  d'é- 

^,  tendre  la  vraie  religion  »   dé  con- 

,,  fer  ver  les  libertés  Se  Thonneur  de 

.,,  l'Eglife  catholique ,  de  réformer  le 

.^,  royaume  »  de  corriger  les  excès  du 

y.  Roi»  Se  d'établir  un  bon  gouver* 

,f  nement  dans  TEtat  ;  qu'au  refte  il 

.  „  fçfiura  châtier  très-févérement  ceux 

„  qui  fe  difpenferonc  de  ce  voyage  ^ 

j ,  foie  par  mépris ,  foit  par  négligence  ••  • 

il  y  avoir  auffî  d'autres  bulles  pour  les, 


f 

pHiiipp^i  IV.  iiy 
abbés  de  CîteàiHC ,  de  Prémontré  ,  de 
Saint-Donis  en  France  ,  &  de  Mar* 
inourier.  Tous  éroient  également  man* 
dés  à  Rome ,  foas  peine  de  fe  rendre  >^ 

coupables  d  une  aéfobéiflance  quon 
menaçoit  de  ne  pas  laifl[èr  impunie: 
Le  pontife  avoii  u  bonne  opinion  de 
l'exaôe  docilité  des  do^urs  François, 
que  la  crainte  de  vpir  déferter  les  éco-  ^ 

fes,  le  fit  fouvenir  d'avertir  les  deux 
chanceliers  de  l'Uni verfité  de  Paris ,  oémS'  a/if 
de  veillet  à  ce  qu'il  reftât  allez  de  pro-  p-  '»»• 
fedeufs  )  pour  enfeigner  8^  retenir  les 
écoliers:pendant  Fabfence  de  ceuxqai 
feroiçnt  â  Rome. 

'    Ici  toute  l'inquiétude  de  Boniface  iDjumceiaii 
le  ïftôntre  à  découvert  ;  il  ne  cherché  ^*p«* 
point  à.  couvrir  d'un  voile  léger  la  paf- 
iion  qui  l'anime  contre  le  Roi  :  il  ne    m.  rioan . 
rougit  pas.  ,mème^e  fe  charger  de  î^mT?*  1.^12* 
WiorVible  fortjJHbn'  de  fonlever  luni-  ^  if^iôi.  <i« 
Vers  contre' liiii? Tout  eft  employé  ,  jTSli;.^'  ^ 
ttPi^ètàiîcm ,  équivoque' ,  menfohge  ^ 
pour  rendre  ce  TPrince  fufpeft  â  la  f<^- 
riété  des  fidèles  i  odieux  à  tous  les  orl 
dres  de  fon  royaume.  On  affeâe  de  lè 
p'èitîdre  comme  un  rebelle  i  rEglife  i 
quoiqu'il  protefte  d'être  parfaitement 
lonrtiis  au  chef  de  la  hiérarchie  ecclc- 
iiaftique  pour  le  iptrituèl  ;  mais  ce 


4*  p.  1180. 


Mit  HisToms  D£  Francc» 
n'écoic  point  a(Ièz  aux  yeux  de  Tambî- 
tîeux  Pontife.  Il  eft  évident  qu*il  vou- 
loit  étendre  plus  loin  cette  foumiffion  ^ 
puifqu'il  pretendoit  lui  faire  rendra 
compte  du  gouvernement  de  fon  Etat  j 
Se  fe  conftituer  juge  fouverain  entre 
lui  &  fes  fujets  :  prétention  nouvelle , 
infolite ,  réprouvée  par  les  faints  ca* 
con^îi  tom.  Bons.  „  Il  y  a  deux  puifTances  établies 
.,,  pour  gouverner  les  hommes,  dit  le 
^,  Pape  Gélafe  ^  la  puidànce  tempo- 
„  relie ,  par  rapport  aux  biens  &  aux 
„a€kions  qui  regardent  la  vie  civile  j 
3,  la  puiffance  fpiriruelle  ou  ecdéfiafti- 
3,  que  ,  par  rapport  à  la.confciepcp  6C 
3)  aux  aâions.qui  regardent  la  reljgioii 
3,  ou  la  vie  fpirituelle  -y  Tune  &  Tajutre 
yy  fouveraine  dans  ce  qui  eft  de  fon  reC- 
„  fort  ;  toutes  deux  ij'ayax^t  qiie  Dieu 
„  au-deflus  d'elles  ". 

On  s'efforce  de  le  jreprifenter  com-r 
me  un  tyran ,  parce  quUl  levé  des  imr 
pôt^ ,  qtj'il  hauflè  ,  qu'il  baifle  >  qu!^ 
chabge  les  monnoies  ;.  pouvoir  qu'on 
ne  s'eft  pas  encore  avifé  de  cÊfputer  au 
moindre  prince  d'Italie  &  d'Allema- 
gne ,  où  cette  pratique  eft  très-orclî- 
naire.  Il  y  avoir  à  la  vérité  quelque^ 
abus  dans  l'exercice  de  ce  pouvoir  : 
on  voit  en  effet  par  l'hiftoire  de  ces 


î*  H  I  L  I  P  PB.    IV.  189 

tems  -  là  que  ces  fubfides  trop  fré« 
qiients ,  &  ces  changements  trop  répé^^ 
tés  avoient  excité  de  grands  murmu* 
res  dansie  royaume  :  mais  le  jugement 
n'en  appartenoit  pas  au  pape  :  le  Roi 
n'en  devoir  compte  qu'à  Dieu. 

On  l'accufe  d'opprimer  la  liberté  de 
l'Eglife  ',  parce  qu  il  ne  fe  rend  point 
1  exécuteur  fervile  de  toutes  les  bulles 
de  Rome  j*qu'il  refufe  de  rèconnoître 
cet  empire  defpotique  &  abfolu  qu'elle 
Veut  établir  ;  qu'il  s'applique  comme 
proteâeur  de  fa  foi  ôc  des  canons  p 
a  reflerrer  dans  les  bornes  légituneu 
Fufage  de  la  pui (Tance  des  dets;  qu'il  • 
défend  même  à  fes  officiers  d'obéir 
aux  juges  ëcpléiiaftiques  ,  quand  ils 
n'agifTent  point  de  concerr  ;  ordon- 
nance infpirée  par  lé  motif  le  plus 
fage  ,  6c  rendue  fur  les  plaintes  d& 
toute  une  province.  Voici  quelle  em^yRrcfor^dcs 
fiit  l'oecafion.  Un  certain  frcre  Foui-  tooiouic.  fie. 
ques  de  faint  George ,  religieux  Jaco-^ 
bin  ,  Inquifiteur  de  la  foi  ,  exerçait 
desextorhons  &  des  violences  inouies 
dans  le  Toutoufain  ;  faifoit  fouSrir 
des  tourments  horribles  à  ceux  qu'il 
avoit  fait  émprifonner  fous  prétexte 
d'héréfie  »  pour  leur  faire  avouer  des 
crimes  donc  ils  n'^étoient  point  coupa* 


^9a  HïSToiiu  DE  Franc*  , 
bles  'y  Se  fubornoit  les  témoins  ,  pour 
pouvçir  les  condamner  qùoiqu^mnoccms. 
Tout  lé  pays ,  indigné  de  cette  con- 
duite ,  éç)atoit  en  murmures  ,  &  pa- 
roifloit  difpofc  à  la  tévolte.  Philippe , 
poor  rem^édier  i  tous  ces  abus',  régla 
<ju*à  ravenit  ringuifiteur  ne  forpit 
;^rrcter  perfonne  ,  (ans.  en  ayoir  déli-^ 
béré  avec  Tévêqu?^  \  décida  que  s'ils 
n'étoieut  point  d  accgrd  ,  Hs  s'en  rap- 
porreroient  au  jugen^enc  dû  Gaçdien 
&  dq  Ledeur  des  Cordeilietçi  du  i^rieu; 
&  du  Leâeur  des  J^cobim  y  à&^,  deiiiç 
Arcl^idiacres  de  Tauloufe  j^  ou  de  q^eU 

^  ques  ai^trps  eççl4fiaftiqae&  d'une  prpH 
bité  recçnnue  \  défendit  enÇn  à  fçs 
officiers  de  déférer  i  leur  autorité  , 
Iprfqu  ils  i^e  ferpient  pi^.  du  mêmQ 
^yis.  Çar^dit  le  «Jpnarqffeiy  ,,npn^ 
„  ne  fçaucionsifoufFrir  que."  la  vie  a? 
y^  la  mort  4^  nos  fuj^ets  déper^^eioic.du 

'  ^  caprice  iî:  de  la  fa^itaifie  d'une  feule 
y^  peifonne ,  quelquefois  peu  inftrqite , 
„  fouvent  aveyglée  par  la  pafSoa  "  : 
fentiment  digne  d'ijin  grand  Roi  ,  9^ 
qui  n'enrr^  jaimais.  dans  V^mei  4'w 
oppre0çiir. 

On  le  traire  de  perfécujteflr  ,  ^/pm 
^voir  exerce  fa  fouver^iiOeté  fur  i'E^ 
gUfe  4e  typA  ^  qu^  re^oj^oît  avoiç 


Philippe  IV.  tft 
reçu  t^iis  les  biens  donc  elle  jouit  de  la 
libéralité  des  Rois  de  France  ;  d'urur** 
paceur  ,  pour  avoir  fait  des  concjuêtes 
ipgitiines  fur  des  vaâT&ux  féditieux  Si 
rebelles  y  d'indocile  >  pour  avoir  r«fpf^ 
de  fe  foumeccre  au  tribunal  de  Rome 
dans  ttPe  affaire  purement  civile  &  fç>* 
liciquf  ,  telle  que  celle  du  comte  de 
Flandre  j  d'infidèle  en  un  mot  »  poup 
avoir  prétendu  que  fon  autorité  étant 
fottveraioe  dans  les  choCes  cempor«I« 
les  9  il  ne  p^ut ,  lorfqu'il  s'éléve  queU 
que  différent  entre  lui  &  fes  (uj9t$ , 
avoir  d'autres  juges  que  ceux  qu'il 
établie  loi-mèiQe. 

On  lui  fait  un  crime  de  maintenir 
avec  fermeré  fon  droit  de  Régale  , 
Tuiie  des  plus  belles  prérogatives  de 
fa  couronne j  droit  que  lui  ont  acquis 
fes  pçédéceileurs  »  ou  comtne  fonda-» 
teurs ,  ou  comme  gardiens  &  protec- 
teurs des  églifes  9  droit  qui  lui  donne 
la  propriété  des  fruits  pendant  la  va- 
cance ,  de  forte  aue  s'il  les  rend  quel- 
quefois au  nouvel  él^ ,  c^eft  fans  obli- 
gation &  par  pure  bienveillance.  Voilà 
us  forfaits  que  Boniface  découvre  dans, 
ladminiftration .  du  Roi  :  Voilà  us 
S^iUrateJfcs  qu^il  lui  annonce  comme  la 


ï9i  Histoire  DE  France,  | 
la  matiirc  tTunc  fcvirt  pcniuna.{a), 
Tant  iefpcic  de  rhomme  peuc  s'écar- 
cet  des  régies  de  la  juftice  6c  de  U 
vérité  f  quand  il  £e  laKTe  emportera 
la  paffion  (^)  !  . 
Tr©pgran-  On  ne  prétend  pas  néanmoins  jufti- 
deviv«.édu  gg^  Philippe  fur  tous  fe$  procédés  dans 
cette  fameufe  querelle.  Il  ayoit  fans 
doute  l'avantage  de  foutenir  une  bonne 
caufe  :  mais  en  fortant  quelquefois  des 
bornes  de  la  modération  ,  il  perdit  une 
partie  de  la  gloire  qu'il  pouvoir  ac- 
quérir à  la  pourfuite  d'un  droit  iégi^ 
time.  On  applaudit  ala  fageflè  quiiui 
fît  publier  deux  Edits  ,  dont  l'un  dé- 
fend i  tous  fes  fujets  de  fortirfansû 
permiflion  ,  ni  de  transporter  or  ou 
argent  hors  du  royaume  ,  &  Tâutre 
prefcrit  à  fes  officiers  ce  qu'ils  doivent 
faire  pour  la  conCetysLtiondes RégaUs, 

^  (a)  Ce  fontLics  propret  termes  de  la  buUc  :  -^»«<»- 
iîdv'mtu  fieUrd  ,  deliBx  deteximni  ,  fierantes  te  d 
fcenitentidm  falubriter  rtvccare, 

(b)  Les  Remams  eux-mêmet  eurent  hoBtc  à'm 
bulle  fi  infoureoable  :  ils  Tont  rayée  des  xcgiftf"  ^^ 
Vatican ,  où  l'on  ne  trouve  plus  que  rarticle  con- 
cernant rcxpédition  de  la  Terre -Sainte,  Clcmenf^' 
par  confîdération  pour  Philippe  le-flel^  ne  fc  contenta 
pas  de  la  révoquer  ,  il  en  fit  encore  retrancher  tout 
ce  qui  pouvoît  déplaire  à  ce  Prince  dans  le  fr»*'"?? 
aflez  inutile  qu'on  en  voulut  confcrver.  Pr.  du  o'"* 
p.  51. 

OJÏ 


Philippe    IV.         i^j 
ou  revenus  des  évèchés  vacants.    On  ^J^vîiian.î.«i 
donne  de  grands  éloges  à  la  conduite»  'chron-  mj. 
qu  II  tint  a  1  eeard  du  Nonce  ,  qui  ofa  Jei'ibbaycde 
le  lommer  de  reconnoitre  qu  //  unou  os^: 
du  Pape  lafouvtrainui  umpordU  de  fort 
toy^Lumt ,  &  le  menacer  de  tous  les 
foudres  de  Rome ,  s'il  refufoic  de  faire 
cet  aveu.  Il  pouvoir  le  faire  arrêter  : 
il  mcprifa  cette  forfanterie ,  &  fe  con- 
tenta de  le  chaflTer  honteufement  de 
fes  Etats.   On  loue  cette  noble  fierté 
avec  laquelle ,  pour  fe  venger  du  pape  p.^9,**"  ^'  ' 
qui  n'avoic  pas   voulu  entendre  un 
ambafladeur  François ,  il  refufe  â  fon 
tour  de  donner  audience  à  un  nou- 
veau Légat  ,  &  lui  envoyé  ordre  de 
forcir  ince(Tàmment  de  fon  royaume  : 
ce  qu'il  fut  obligé  de  faire.  On  admire 
ce  généreux  orgueil  qui  lui  fait  dire 
aux  Princes  fes  enfants  en  préfence  de 
toute  la  cour  ,  qu'i/  ies  dtshcriuroii , 
s'ils  iioient  jamais  ajfe^  lâches ,  ou  pour 
avouer  qu'ils   tiennent  la  couronne  dt 
Franu  d* aucun  homme  vivant ,  ou  pour 
reconnoitre  au-dejfus  d'eux  dans  Us  cho^ 
fes  temporelles  une  autre  puijfance  que 
celle  de  Dieu.   Mais  on  auroit  voulu 
plus  de  ménagement  pour  une  puif- 
(ance  ,  dont  il  eft  quelquefois  à  propos 
de  réprimer  les  excès  >  toujours  ce-. 
Tome  m.  I 


1^4'      HiSTOtR»  9W  FrAHC£',^ 

p^adant  fans  ceffer  .  de  cefpeûer  le 
caraâéce  donc  elle  eft  revécue.  On 
ne  le  voie  qu  à  reetec  faire  brûler  en 
pcéfence  de  tous  les  feigneurs  qui  fe 
rrouvoienc  à  Pari» ,  &  qu  il  sivoic  ap- 
pelles au  palais  pour  ce  fujec  ,  une 
ibid.  DuUe  {a)  concre  laquelle  il  ne  falloir 
que  fe  précaucionner  avec  fermecé. 
Peu  concenr  de  cecce  flécrlflTure  »  il 
la  fie  publier  à  fon  de  crompe  dans 
tpuce  la  capitale ,  d'où  te  aécri  de 
cette  pièce  paflTa  enfuice  dans  les  pcoh- 
'  yinces. 
Origine  dei  Philippe  cepexKlant  n'étoic  pas  fans 
Erais  Gêné  inquiétuûe  fur  la  façon  de  penfer  de 
fes  fujets  dans  une  circonftance  fi  cri- 
tique. Il  comioiflbic  leur  attachement 
inviolable ,  &  pour  TEglife  >  &  pour 
leur  Roi.  On  pouvoicaifément  confon- 
dre »  &  prendre  pour  une  rébellion  au 
faint  Siège ,  ce  qui  nr*écoit  qu'une  |afte 
défenfe  de.  fes  droits  :1a  fuperftitioa 
eft  aveugle ,  Se  par-U  cnême  toujours  à 
craindre.  Iln^oublia  rien  pour  les  in« 
téreflèr  dans^  ia  caufe  ,  &  voulut  fe 
munir  de  leur  approbation  concre  les 
encreprifes  injiiftes  d^  pontife.  Ce  fut 

«  (#)  Céiï'  h  griBifo  bulle  qui  comoience  pai  ces 

8M>ts  »  Aufculéé  ,  fiU^  Cecec  exÀ^civft  fit  fie  le  Di« 
xnandie  après  l'o^ve  àt  U- Purification  i  jei.-  Pr.  du 


ilsm  cette  vae  qu*il  convoqua  à' Paris 
les  grande  &  les  prélats  du  royaume  , 
deux  dépurés  des  villes  ,  communau- 
tés ,  chapitres,  drtiverfitcs ,  &  les  fu-  . 
t)érieur5  des  maifons  religieufes.  C'eft 
â  première  fois  que  nos  Rois  ont  ap- 
pelle les  communes  ,  pour  prendre- 
leur  avis.  SavaroU  s-écartfef  du  vrd  , ,  ^^^P-  J^ 

,    .,  i\      1      /•       1        Etats gén. Para 

quand  11  avance  ,  c]|ue  dès  la  fonda-  i^M-i»»- 
tioti  de  la  monarchie  ^  elles  avoient 
eneric  ,  fiance   &   opinion  dans   nos 
aflètoblées.  Quelque  nom  qu'on  don- 
ne à  ces  diètes  ,  champs  de  mars ,  ou 
champs  de  mày  ,  ou  parlements ,  il  e(t 
certain  que  fous  la  première  Race  » 
elles  n'ètoient  composées  que  de  la 
nobleflè ,  &  que  fous  la  féconde ,  ainfi 
que  fous  une  partie  de  la  troifiéme  » 
elles  n'admettoient  que  le  clergé  avec 
la  nobIe(!e.  Mais  tous  nos  Auteurs  ne 
font  pas  d'accord  fur  1  époque  de  celles 
qu  on  a  notnmées  depuis  Etats  gêné" 
rauXi  Joâchim  le  Grand ,  dans  un  trai-  wk.  cîté  dan« 
té  particulier  fur  cette  matière  y  refu-  is  lcIoi^.  Z 
fe  ce  riôtn  à  raflèmblée  qui  fe  tint  le  '"*''' 
loavrU  i)ot  dans  Tèglife  de  Notre-» 
Dame^  dé  Paris  :  la  rai(on ,  dit-il ,  c'eft 
que  le  Tiers  Etat  n'y  fut  pas  confultè 
confointethent  avec  la  nôWelïe  &  le  ' 
ckr^é  j  mais  fèparèaient.  Ceft  fans 


19^'   HistolRB  OB  France  ^ 

d^Mé  ce  qui  a  décer miné  PaCqaier  à  V6-^ 

caler  leur  infticurion  jufqij'en  x  ^  14  (a)»  ' 

(<i)  c'en  le,  fencimenc  que  nous  avons  adopté  att 
.  tome  }•  de  cette  hiftoire  ,  page  71  ,  où  comme  l'a 
très-bien  remarqué  TAuteur  d  une  Lettre  qnr  nous  eft 
adrefHe  ,  il  s'ed  glide  uns  erreur  d*Jmpre(Con  dans  ce 
nombre  i  ^04  [  lignent  ]  Mais  il  nous  permettra  de  lut 
repréfencer  que  notre  inteniion  n'cft  pas'qii'on  life 
jjei  y  mais  i)i4t  époque  que  Pafquier  donne  aux  ' 
premrers  Erars.  Nous  n'avons  ni  parle  ,  ni  voulu  parler 
de  raffemblée  convoquée  contre  les  entrèprifes  dé  Bi>- 
niface.  i^.  Quelques  Auteurs  ne  la  mettent  point  au 
nombre  des  Etats  généraux  :  i^.  il  n*y  fut  queftion  ni 
de$  he/nirts ,  ni  des  JéicHltés  du  peuple  :  j*.  elle  eft  iii- 
conteftablement  dii  xo  avril  1501.  D'ailleurs  il  ne 
nous  eft  rien  échappé  qui  puiiTe  faite  aoire  ,  que  homx 
regardiMt  ces  Etdis  cmnme  remplaçants  les  anciens,  perle* 
ments  ,  ni  ifue  nous  les  privions  de  vùix  délibérAtive  s 
c'efl  une  matière  que  nous  n*avoBs  point  touchée,  con* 
tents  de  caraÉ^iifer  nos  diverfes  affeniblées  par  la 
différence  des  objets  qu'on  y  rraitoit ,  <les  perfonncs 
qui  les  compofoient  ,  &  du  pouvoir  qui  leur  éroit 
attribué.  On  a  dit , à  la  vérité,  quç  les  communes  y 
parurent  la  première  fois  ,  pour  repre'fenter  leurs  befoins 
0*  leurs  facultés  :  mais  on  ajoute  en  mèmie  tcms  ,  que 
les  honneurs  augmentèrent  à  profortion  des  fecçnrs  qu'eues 
fournirent  i  if u' enfin  elles  acantrcnt  «ne  autorité  égale  01» 
mtme  fupérieure  À  celle  de  ta  noble fe  O*  du  clergé,  epti 
autrefois  avaient  J^uls  voix  délibérative  dans  les  diètes  de 
la  naticn.  ^-ce  donc  là  leur  ô:er  la  délibération  ,  pour 
ne  leur  laifier  que  la  repréfentation }  N*eft-ce  pas  dire 
au  contraire ,  qu'elles  eurent  enfin  plus  de  part  que  les 
Prélats  6c  les  Seigneurs ,  aux  réfolutions  prises  dans  ces 
affemblées  générales  ?  Il  eft  vrai  qu'on  n*y  délibéroic 
pas  comme  anciennement  de  la  guerre  6e  de  la  paix  , 
mais  tous  les  vices  qui  regnoient  dans  Tadminiftrarfon 
de  la  juftice,  de  la  police  ,  des  finances  ,  y  éroiebc 
difcucés  &  réfprmés ,  les  ful>()des  fixés ,  6c  ja  manière 
de  les  lever  réglée  &  déterminée.  Au  refte  ,1c  judideuic 
Auteiir  qui  veut  bien  nous  iaftruite  dans  cette  Lettre  , 
fait  voir  tant  de  politelTe  ,  que  nous  ofons  nous  fiattec 
qu'il  agréera  quelques  queftions  qui  naiffènt naturelle* 
fopoi  d'uo  fujec  fi  imponant,  i  ^«  Pourqaoi  ces  aQcmr 


.  Pb  I  L  I  p  p  E  I*V.  '  ^97 
&  à  leur/ donner  une- àtttte^  origine 
que  le  fameux  démêlé  de  Philippe 
avec  Boniface.  On  ne  fe^a  point  fil* 
chéde  Tencendre  dans  ùm  langage, 
vrai  modèle  de  candeur  &  de  naï- 
veté. •   :      .  ,     r 


Wfcs  -augmentées  <!u  Tien-£rat  ,^  cefTcroîent-elles  de 
teprifemer  une'  narioA , 'xjui  dam  les  prerniers  cems 
écoit  teotéCemée  par  la  feolv  noblefle  ,  &  depuis  par 
cette  même  ni'blcilc  jointe  au  clergé  ?  x^.  Si  ta  naiicn 
n  corps  i  Cmutorité  de  fairt  des  Tçix  ,  comment  le- 
fufer  ce  pouvoir  aux  ;tioif  Etats  réunis ,  &  ayant  le 
Souveraine  leur, téce  }  Ôira-t-on  que  U  tiéition  ne  leur 
eo^M  paficomeUê  ci  droiï  ,  Ht  ite  pouvoient  Vtxercet  f 
Mais  qu'eftrCC  que  la.  nation  ,  £noo  les  crois  ^Etats 
réunis  &  préùdés  pat  leur^hef  ?  3^.  Comment  prouver 
id  préémtttence'du  J^arUment  fur  Us  Euts  généraux  t 
dont  il  fait  lui-même  partie  ,  le  auxquels  le  Roi  pré- 
side en  perfonne  ?  Que  devient  alors  cet  axiome  incon* 
teftable  en  philofophie  ,  que  lo  tout  dt'plus  grand 
qoe  fa  partie  ?  On  répondra  ians  doute  ,  que  le  parle- 
ment eft  le  tout ,  puisqu'il  répréfente  la  nation;  d'ac- 
cord»  Mais  la  nation  repréfentée  peut-elle  juger  la  na- 
tion afTemblée  }  4**  S$  U  Roi  é/è  fiul  lé^tjlateur  4» 
trance  ;  oue  (ff^nifie  cette  vertu  légiflative  qu'on  veut 
.donner  à  lenregijirement ,  qu'on > nous  accufe  de  regar- 
der comme  une  pure  formalité  ^.exprcffion  qui  ne  nous 
th  jamais  échappée  ,  mdii  qu*on  a  été  bien  aife  de 
.nous  prêter  pour  des  raifooi  qu'dn  peut  aifémènt  de- 
viner. Nous  avons  dit  *  avec  la  Mare ,  que  l'enregif-  »  Tom.  4. 
ttement  atoHjomrs  été  jugé  rtécejjaire  à  ia  notoriété  des  p.  U8* 
volontés  du  Prince  :  que  veut-on  de  plus  i  Qu'on  ajoure 
avec  le  critique  f  qu'au  Pariemeni  feul  appartient  de 
donner  k  ces  volontés  le  cardBére  de  loix  i  Mais  com- 
ment accorder  un  .ù  beau  privilège  avec  ce  pctntoir  //- 
giflatif  abfoluqui  a  toujours  réfidé  dans  la  perfonne  feule 
de  nos  Jfûis  f  fions  fommesCans  iôvitc  dans  un  fiéde 
de  lumière f  y  o}k  let'tfrmfsjprimipes  s'exppfint  librement  f 
ttaisil  faut  1^.  que  ce  foit  des  principes  ,  x^*  qu'ils^ 
^eai- cUitt  j  Bum^cr  j  iyidens. 

liij 


19*     Hfrr0iRB  De  Fiiiakce  , 
pafquier,  rech;     ^^  Quoi!qae  c^talns  beaux  efprics^qcti 
cf  yf'^'^iî;,,  penf^nc  avok  bonne  paît  auxihiftoi- 
'^'  ,9  res  dela.FranjCe,nrenr£aflfimblée  des 

yy  Etats  ;d'iiine  bien  longue  aBcienneté^ 
M  4c  fiféiSndent  itabUr  fiir  jsUô  toute 
»3  la  liberté  du  peuple  ^  toutefois  ci 
,,  Tun  ni  Tautre  n'eft  .véritable.  On 
yy  fçait  au  avant  &  aprps  la  conquête 
3,  dé  Jules  Céfâr'j  on  tenbit  des  dictes 
,,  générales  dans  la  Gaule,:  mais  vous 
,5  ne  voyez  pas  que  le  mena  peuple  y 
yy  fut  appelle  :  <>»  n^en  faifoit  iioa  plus 
,y  d'état  que  d  un  ç  en  chiâre.  Vous 
„  trouverez  bar^eillet^ent  fous  la  pre- 
,3  miére  ^  teconde  £^mille  de  nos 
,,  Rois  des'coijvocations  foIeoinj^Her  : 
3,  mai^  §B  iceUes  s  écoienjt  maadés 
„  qire  les  princes,  grands  feignejjrs , 
3,  nobles  3  Se  ceux  qui  tiennent  les 
3,  premières  dîgnicés  en  Té^ife.  Or 
33  en  nos  aflefîiblées  des  trois  Etats  3 
3,  non-feulement  on  y  appelle  le  peu- 
3,  pie  avec  la  i>oblette  ôc  l^  clergé  ^ 
33  mai^  qui  plus  eft  3  il  en  fait  la  plus 
33  grande  &  meiilletire  péir t.  Ceft  pour- 
„  quoi  ceux  qui  miren.t  les  pfçnjîers 
3,  cette  invention  en  vivant ,  te  voulu- 
3,  rent  reblaiidir  d'un  i?^ot  plus  doux 
3,  &  nioins  bas ,  que  nous  difons  Tiers 
3,  Etat  :  faveur  qu'où  lui  fit  acheter  par 


PHI1.IPPE  IV.  15^9 
yy  une  infinité  de  fubfides  3  qu  on  ne 
39  connoifToit  en  France  ni  fous  les 
y.  Mérovingiens ,  ni  fous  les  Carlovin- 
yy  giens  ,  ni  même  bien  avant  ions  les 
„  Capétiens.  Ce  n*eft  pas  qae  nos  Rois 
„  ne  contraignirent  de  fois  à  autre 
3,  leurs  fujets  de  leur  payer  quelques 
yy  deniers  >  qu'on  appelloit  tailies  ou 
y  y  divifions  y  parce  qu'ils  étoient  levés 
,,  paT<:apitatK>ns  &  par  départements  : 
,,  mais  ces  exaâiions  caufoient  foxt 
yy  fouvent  des  émotions  populaires. 
,3  Ainfi  les  fages  mondains  qui  ma- 
yy  nioient  les  affaires  du  royautiie  , 
,»  pour  faire  avaler  avec  plus  de  dou- 
yy  ceur  cette  purgation  au  commun 
yy  peuple  ,  furent  d'avis  4  y  apporter 
quelque  beau  refped.  Ce  bit  de 
^ire  mander  par  nos  Rois  à  routes 
,,  leurs  provinces ,  que  les  trois  cr- 
„  dres  euflTettt  d'abord  i  s'aflèmbler 
,,  dans  les  lieux  de  leur  diftriâ ,  tant 
y^  pour  avifer  d'appliquer  remède  aux 
3,  défauts  généraux  de  l'Etat ,  que  pour 
„  délibérer  Ats  moyens  de  fubvenir  â 
„  la  néceffité  des  guerres  qui  fe  pré- 
^y  fentoient ,  puis  à  députer  certains 
,,  peribnnages  d'entre  eux  y  pour  con- 
„  térer  tous  enfemble  en  la  ville  qui 
3,  leur  écoit  indiquée  <«, 

liv 


loo     Histoire  de  France  i 

9,  On  s'y  rendoic  de  cous  côtés.  Le 
>,  chancelier ,  en  la  préfence  du  Roi , 
»,  remoncroit  le  deur  que  fa  Majeilé 
^id.  »>  apporcoit  à  la  ré  formation  de  r£tat  y 
yy  peignoit  des  plus  vives  couleurs  les 
9,  urgentes  néceffirés  qui  fe  préfen- 
yy  toiont  pour  le  fait  <le  la  guerre  y  les 
„  conjuroit  d'y  concourir  chacun  fe- 
yy  Ion  fon  talent  ,  &  de  contribuer 
,,  d!un  commun  vœu  i  ce  qui  fe  trou- 
3,  veroit  nécefTaire  pour  la  manuten- 
9>  tion  du  royaume.  Alors  les  députés 
>3  de  cha(jue  ordre  fe  retiroienc,  s'af- 
9,  fembloient  en  particulier  ,  délibé- 
yy  roient  des  fubdaesque  cha<jue  pro- 
.»>  vince  fourniroit,  &c  drefibient  leur 
,y  cxhiet  y  ou  repréfentations  :  ce  qui 
yy  donnoit  fonvenc  lieu  à,  de  bonnes 
9>  ordonnances  ,  mais  qui  n'étoient 
^y  aue  belles  tapifTeries  ,  pour  fcrvir 
9,  leulement  de  parade  à  une  poilérité. 
„  L'impôt  cependant  que  l'on  accor- 
yy  doit  9  étoit  fort  bien  mis  à  effet. 
>,  De  forte  que  le  roturier  y  contre 
>,  l'ancien  ordre  de  France  y  ne  fur 
yy  ajouté  à  cette  aflemblée ,  que  parce 
,,  que  tout  le  faix  tomboit  principa- 
3,  lement  fur  lui  :  afin  qu'étant  en  ce 
„  lieu  engagé  de  pronieffe ,  il  n'eût 
9>  puis  après  oceauon  de  xêcivec  oa 


I^H  I.t  î  P  P  E     IV.  :  loi 

V)  murmurer  :  invention  grandement 
yy  fkge  &  politique.  Car  comme  ainfi 
yy  ibit  que  le  commun  peuple  trouve 
yy  coujôurs  à  redife  fur i  ceux  oui  font 
9,  appelles  oux.plu^  grandes  charges, 
>>  itpenfe.qu  en  découvrant  fes  doléan- 
>s)Qe$  ^  .OA  tétabjica  toutes  thofes  de 
,,  mal  en  bien  :  chatouillé  dHiilleurs 
.  yy  du  vain  hoôneûr  qu  on  lui  fait  en  le 
yy  confulcant  y  enchanté  de  la  débon- 
,)  tiaireté  du  Prince,  y  qui  par  honnêtes 
9»  remoftcances  vent  tirer  de  fes  fu- 
>»  jets  i  ce  que  quelques  efprits  hagards 
^,  penfeiroiem  pouvpir  rtre  exigé  par 
y^  mxe.pttifraoce.abfolue:^  il  court  avec 
^9  )oie  a  ces  diètes  générales  y  &fe  rend 
yy  plus  hardi  prometteur  â  ce  qu*on  lui 
yy  demandé  :  mais'ayant  une  fois  pro- 
yy  mis  y  il  nejui  eft  plus  loifible  de  ré- 
9,  filier  de  fa  par  oie:»  po^ur  l'honnête 
^y  obligation  qu'il  a  contraâée  avec 
yy  fon  Roi  en  une, congrégation,  fi  fo- 
3,  letanelle.  rTèllement  que  fous  ces 
3,  beaux  Se  dom  apnas  de  convoca- 
,y  ti<»)s  y  il  en  prend  a  nos  monarques 
y  y  tout  d'une,  autre  forte  qu'il  ne  fait 
y  y  aux  Papes  dans  les  conciles  gàiéraux 
^y  de  TEglife.  On  dit  qu'il  ne  fe  tiept 
„  guére/de  cooicile ,  auquel  on  ne  re- 
yy  tranche  aucunement!uhe  partie  jes 

Iv 


201  Histoire  oe  Frakge  , 
3,  encrepiifes  de  la  cour  de  Rome  fiir 
^>  les  évèqae»  Se  ordinaires  :  au  cor- 
99  traire,  jamais  on'n'aflèmbla  les  trois 
.  9,  £c6it$  en  France ,  &tis  accroître  les 
9,  finances  de  nos  Rois  à  la  dimtfmnpn 
99  de  celles  du  pespte  t  le  r^raîn  gé- 
9,  néraLd*icettK^eanc4K>tt joues  de-ncer 
99  de  tarant #».  "  • 
tkid.  9,  Le  pemier  qui  mit  cette  inven- 

9)  tion  en  av^ant  v  nit'  Pbiiippe^e  Bel  » 
9,  fous  lequel  advînrem  pluâeurs  tnu- 
9,  tarions  »  tint  en  k  police  £kuliére  , 
99  qu'ecciâtaftk]oe«  Ce  prince  tivoit 
9,  innoiré  cenaîn  tribist  qui  4f€oit  pour 
99  la  pnmiéce  foi»  y  le  .oemiéiae  ,  pour 
9,  la  féconde  $  le  cinquamiéme  détour 
99  notre  bien.  Cet  impôt  6it  catiié  que 
99  les  habitans  de  RarisyRbuen  9  Or- 
99  léans  ,  fe  révolcéirent  ,'ifc  initient  à 
99  mont  tous  ^eux  qui  fftfenc  dépucés 
9,  pour  la  levée  de  ces  deniers»  Q119I* 
-9,  quei'fems  aptes;/  au  reoDur  «4qh^ 
^expédiciop  contré! les  flammds  9 
9,  ppeffê  par  -  le  beiom  d^argenr  ,  il 
/99yonlutimpo(èrune4itttv0  charge  de 
99  fiz  deniers  pour  livre  de  cfeique 
,9  deivnée  vendue  :  tomefeis  on  ne  lai 
^9  voulut  obéir.  jEugu^rcatidde  Mari- 
^  gui  y  fiiriiiitevulani;  de  ies  finances  9 
99'mîûiftfe  plttsjcéléi»re  encore  >pat  ies 


PHîIIPPI      IV.  20} 

,,  malheurs ,  que  par  Ton  grand  talent 
yy  dans  les  affaires  f  potlr  obvier  à  ces 
,,  émeutes,  pourpetifa  d^obtenit  cela 
„  du  peuple  avec  plus  de  douceur* 
),  Dans  cette  vue  ,  il  engagea  le  mo** 
„  narque  à  convoquer  à  Paris  les  Etats 
,,  généraux  du  ix)yaame.  On  fit  drefler  Grand,  chron; 
„un  échaffaud  :  là  ,  en  préfence  du  ï.%:"^".''""- 
„  Roi ,  le  furintendânt  ,  après  avoir  dSÎ!"'^?'8|; 
5,  loué  hautement  la  capitale ,  l'appel-  de^^JSSil'di- 
„  lant  la  chambre  royale  où  les  Souve-  ^^  Iwt.  ^  '  *' 
yy  rains  anciemiemenc  prenoient  leurs 
yy  premières  nourritures  ,  expofa  avec 
„  oeâucoup  de  force  les  motifs  qaV 
,j  voit  ce  Prince  d*aller  punir  la  défo* 
,,  béiflànce  des  Flamancils  ,  exhortant 
„  vivement  les  trois  Etats  à  le  fecôurit 
„  dans  cette  néceiEté  publique  ,  où  il 
y\  s^agiflbir  du  fait  de  tous.  Il  parla 
yy  avec  tant  d'éneteie ,  que  Taflcmblée 
„  entraînée  pat  (on  éloquence  ,,  lui 
,,  préfenta  corps  &  bien  y  Se  d'une 
yy  commune  voix ,  lui  accorda  la  levée 
yy  d'une  fubvention  ou  taille  qui  firt 
„  extrêmement  onéreufe  :  ce  qui  le 
„  rendit  odieux  au  peuple.  L'heureuk 
,,  foccès  de  ce  jpreinier  coup  d'elfai  Ib 
„  tourna  depms  en  coutume  :  fpécia- 
yy  ientient  fous  le  Roi  Jean  ,  aidé  en 
,)6eci  des  iufttuâHQns  6c  mémoires 

Ivj 


204  Histoire  de  France  J 
yy  de  Charles  V  fon  fils  ,  que  fa  rare 
3,  prudence  à  fait  furnommer  le  Sage  » 
„  après  fa  mort  :  c'eft  qu'en  toutes  fes 
,,  aâions  il  eut  cette  propofition  fta- 
.  3,  ble  de  les  faire  autorifer  par  les  trois 
3,  Etats,  ou  bien  en  une  cour  de par- 
.  „  lement  »  cbofe  qui  n'étoit  pas  h  fa- 
,,  miiiére  à  nos  Rois  auparavant  lui  : 
,,  ce  n'eft  pas  que  de  fois  â  autres,  il 
„  n'ait  reçu  quelques  trayerfes  de  ces 
3,  aflèmblées^  par  les  follicitations  & 
3,  menées  du  roi  de  Navarre  :  fouvenc 
3,  même  il  fut  contraint  d'acquiefcer 
3,  contre  fon  opinion  à  leurs  volontés  : 
„  mais  leurs  colères  refroidies ,  ou  la 
py  diète  diiTolue ,  il  rétabli(Ibit  toutes 
„  chofes  conformément  à  fon  defir*'. 
Telle  eil ,  au  rapport  d'un  homme  par- 
faitement inftruit  de  nos  ufages ,  non- 
feulement  l'époque  précife  ,  mais  en« 
cote  la  véritable  origine  des  Etats  gé- 
néraux» 
'Frécautroas  Philippe  à  l'aflèmblée  de  r  5  o  i  reçut 
^u  Roi  contre  j.Qug  \q^  témoignages  de  cet  attache- 
les   enttepri-  •      •    i  t  P     **    •    i  •  # 

fn  de  Boni-  ment  inviolable ,  qui  de  tems  immé- 
^*^^'  morial  lie  la  nation  à  fes  Rois.  On  y 

expofa  en  fon  nom  Se  par  fon  ordre 
les  prétentions  monftrueufes  du  Pon- 
tife Romain  ,  &  la  merveilUufi  imjpu^ 
dcncc  (Tun  tel  homme  ^  jui  n*avoù  fos 


Philippe    IV.        loj 
honu  (taffïïrcr  que  U  royaume  de  Fran^  ^^'f;-*^'*!; 
ce  étoit  tenu  en  foi  &  hommage  de  la  l'^p  p^i-  & 

*   n  I     T%  »^^»  i-f»  miht.  des  Rois 

majeftc  ravale  ^  &  fujet  a  icelle  :  ce d« f'^*" M?*- 

r  \  ^  f  /;         f       /       DuPuy,nift, 

lont  les  expreflions  au  révérend  père ^^^^^^^-^^^^^ 
en  Dieu  nieffire  Jean  du  Tillet  ,  évéque^^f^-^  ^^^ 
de  Meaux  :  prétentions  qu'il  vouIoit-^jK  toi  ly! 

J  /r  jciF  -  .  l.  80.  p.  X7. 

lendre  efteftives  ,  en  convoquant,  le 
clergé  de  France  à  Rome  ,  pour  y  dé- 
libérer fur  la  réformation  du  gouver-^ 
nemenr.  Le  garde  des  fceaux  ^  c'étoic 
toujours  Pierre  Flotte,qui  parloit  pour 
le  monarque ,  obferva  très-judicieufe- 
ment  que  cette  convocation  déceioit 
tous  les  mauvais  defleins  de  Boniface  : 
yy  qu'il  vouloit  épuifer  la  France  de  fes 
,^  richeilès  ,  &  V expofer  â  fa  ruine  y 
9,  en  la  privant  de  fon  plus  précieux 
„  tréfor  ,  qui  eft  la  fageflfe  des  prélats 
yy  &  des  autres,  par  le  confeil  defquels 
yy  elle  doit  être  gouvernée  :  qu'il  étoit 
»  coupable  de  beaucoup  d'autres  vexa- 
yy  tiens  envers  l'Eglife  Gallicane ,  par 
,,  fes  réferves,  par  les  cotations  arbi- 
„  traires  des^évcchés ,  par  les  provi- 
^y  fions  des  bénéfices  qu'il  donne  à  des 
3,  étrangers  &  4  ^^^  inconnus ,  qui  ne 
,^  réfîdent  jamais  ^  ce  qtii  fait  que  le 
yy  fer  vice  divin  eft  diminué,  l'intention 
„  des  fondateurs  firuftrée ,  les  pauvres 
9j  privés  de  leurs  aumônes  ordinaires , 


io6     HrsToiRï  de  France, 
„  le  royauQie  appauvri  :  que  les  pré- 
„  lats  ne  trouvent  plus  de  fujets  pour 
„  deflervir  les  cglifes  ,  n'apnt  de  bé- 
„  néfices  adonner ,  ni  aux  nobles  dont 
„  les  ancêtres  les  ont  fondes ,  ni  aux 
„  gens  de  lettres ,  dont  ils  ont  éprouvé 
,5  la  vertu ,  &  dont  ils  connoiffènt  le 
5,  mérite  j  d'où  il  arrive  qu'on  ne  don- 
„  ne  plus  rien  aux  églifes ,  cjui  ne  font 
„  d'ailleurs  gue  trop  chargées  de  pen- 
„  fions ,  de  lubfides ,  &  d'exaiftions  de 
„  diverfes  fortes  :  qu'on  ôte  aux  mé- 
,,  tropolîtains  la  liberté  de  donner  des 
„  coadjuteurs  à  leurs  fufFragans  j  qu'on 
,,  prive  dé  même  tous  les  évèques  de 
,,  l'exercice  de  leur  miniftére  ,  pour 
,,  obliger  de  recourir  à  Rome  ,  oà 
„  rien  ne  fe  fiiit  que  par  argent  :  que 
„  tous  ces  abus  font  augmentés  fous 
„  le  Pontife  régnant ,  &  augmentent 
„  tous  les  fours  :  que  le  Roi  ne  peut 
5,  les  tx)lcrer  plus  long-tems  :  qu'il  leut 
„  commande  comme  leur  maître ,  & 
„  les  prie  commç  leur  ami,idelni  don- 
„  ner  leurs  confeils  &  lecn:  fecours  > 
„  pour  la  confervation  de  Tancienne 
,;  liberté  ,  '&   le  rétablïflemenr  des 
5,  bonnes  coutumes  dans  le  royaume  : 
j,  guîl  fçanra  réprimer  les  enrreprifes 
^,  de  fes  ofEciers  contre  les  droits  dt 


P  H  IL  I  F  P  E     IV;  107 

,,  l'Eglîfe ,  s'ils  font  coupables  de  quel- 
„  qaesviolences  rquUavoitréfoludy 
„  remédier  avant  l'arrivée  du  Nonce 
^  du  Pajpe  :  cpj'il  Tauroit  déjà  fait,  s'il 
„  n'avoir  voulu  éviter  ^^qu'on  l'attri- 
„  bûât  à  la  crainte  4è  fes  menaces  , 
yy  ou  i  la  ibumidion  à  fes  cirdres  : 
„  qu'au  refte  ,  pour  cet  intérêt  génç- 
„  rai ,  il  étoit  prêt  4'cxpofer  tous  fes 
„  biens',  ik  jperfonne  même  ,  &  £es 
3,  epfants ,.  s'il  étoit  be{^in.*S  Tou^e 
l'affembiée'  applaudie  à  ^:etre  généreufe 
réiblûtion.  On  protefta  qu'on  ;nei  i^- 
connoîtroit  |a^ats  en  Fnanqeiy  kjue 
Dieu^  ie'^oi  pour  Cupéricués  Ai^s 
le  letiipùteL  Le  monarque  fut  prié  de 
prendre  t<»is  les  ordres  /du  royaume 
fous  fa  gar^^' parti cniiéce  y  &  de. les 
protéger  «entre   lbs-ént4?eprifes   des 


une  ac-  RKoimiMt 
r^ééhappée  à  rindigaationi,  ^^fn  ^^ 
qu'une  ôpiiiion  infpirée  par  la  raifon.  dies  contre 
Philippe  ^  quoique  cliarmé  de  cette  |«^;"^*;;^« 
di(îx>(ition  généwile  ,  voulut  encore  comin.  nW 
avwr  4'avis  de  chaque  Etat  eu  parti-  *"M.^7i*cury  . 
cutieif  for  Farricie  de  la  mouvance.  Les  "^.  aaiiiet . 
wjs  &Ue$  autres  lui  répondirent  au  '^'^,\  du  dm, 
gré  dt  fes  défirs.  Le  Comité  d'Artois  ?  ^7- 
poitam  U  parole  pour  1*  noUelfe; 


lîo^  Histoire  dœ  Frakcc  , 
qae  le  ciecgé  écriroit  far  ce  fajet  à  fk 
Sainteté  »  6c  la  nobleflè ,  ainfi  qae  hs 
coWimvtnes  ,  aa  collège  des  cardinaux. 
P.V7/&  fuiv.  Plïi'ippe  de  fon  côté  <fepccha  un  prélat 
â  Rome  :  c'éioit  Pierre  de  Mornay  , 
évèque  d'Aitxerre  ,  qui  fut  depuis 
chancelier  tle  France  (  <i  )  ;  il  avoir 
ordre,  de  prier  le  Pontife  de  remettre 
fon  concile  i  un  rems  plus  favora- 
ble :  que  les  affaires  préfentes  rfe  per- 
metcoient  point  aux  éveques  de  s'ab- 
Tenter  du  royaume  :  qu'au  refte  on 
vouloir  bien  lui  épargner  toutes  les 
peines  qae  ne  pouvoit  manquer  de  lui 
donner  un  auffi  grand  ouvrage  que 
celui  de  la  réformation  du  gouverne- 
ment François  ,  que  le  Roi  y  travail- 
loit  loiHneme  avec  les  gens  de  fon 
confeil. 

tetr.ducicr-     Les  Evêqucs  députèrent  auffi  trois 

géaaPapc*    ^^^i^^  ^  ^u  nom  du  clergé  de  France, 

tant  féculier  ,  que  régulier.  Ils  témoi- 

gnoknfau  Pape  Tétonnement  fîngu« 

(4.)  Piecre  4e  Mornay  ,  qupi  qu'en -dife  M.  Batllcti 
n'étoic  point  chancxdier  ,  au  moment  «le  Cço  m- 
baffade.  Pierre  Flotte  poUédoic  alors  cette  grande 
dignité.  Etienne  de  Suizi  lui  Aiccéda  en  1502, ,  ic  /ac 
remplacé  par  Mornay  en  15  04.  Celui  ci  mounit  en 
X)Of  ,  &  eut  pour  fuccefiêur  dans  cette  charge, 
comme  dans  fon  évêché  y  Pierre  de  Belle-percbe , 
à  qui  Nogarct  fuccêda  en  1507.  Voy.  hill.  ac  Lang. 
tom.  4*  noce  ix.  p*  fn* 


'PiriLi^pr  IV.  iii 
fier  que  leui:  ^voit  cauféla  commiflion 
du  Nonce  Jacques  des  Normands  -: 
yy  Que  c'écoit  une  maxime  inouïe  que  ibia. 
,,  le  Roi  fut  obligé  de  reconnoître 
„  qu'il  relevoit  du  Pape  pour  le  tem- 
„  potel  :  qu'on  regatdoit  leiir  convo- 
,,  cation  à  Rome  fous  le  prétexte  de 
53  réformer  le  royaume  ,  comme  un 
„  moyen  imaginé  pour  défoler  toutes 
5,  les  égiifes  de  France  ,  pour  priver 
„  le  Souverain  de  confcils ,  &  le  peu- 
„  pie  de  Sacrements  :  qu'on  Taccuroit 
„  d'être  la  caufe  de  tous  ks  défordres 
,,  qu'il  feignoit  vouloir  réformer  : 
„  qu'il  chargeoit  lés  meilleurs  bénéfi^ 
yy  ces  -de  p<:nfion$ ,  de  fubfides ,  &  de 
,5  di  verfes  exactions ,  ce  qui  changeoît 
„  la  Éice  de  l'Eglife  j  excès  auxquels 
„  les  Etats  avoiem  réfolu  de  remé- 
5,  dier  t  qu'ils  s*éte>ient  engagés  de  tra- 
„  vailler  de  concert  avec  le  Roi  ,  la 
j,  noblefle  &  les  communes  ,  à  la 
„  confervation  des  libertés  de  l'Eglife 
3,  Gallicane ,  à  la  défenfe  des  franchi- 
„  fesde  la  nation  ,  &  à  la  réformaûon 
„  de  tous  les  abus  qui  fe  trouveroienc 
„  dans  l'Etat  :  qu'ils  n'avoient  rieh 
„  oublié  pour  adoucir  l'efprit  du  mo- 
„  narque  ,  &  pour  effacer  les  impref- 
„  (ions  facheufes  qu'on  lui  avoit  don- 


ai 2     Histoire  pe  Franci  ,' 
.,  hée$  de  fa  Sainteté  ^  mais  epie  1 
3,  crainte  du  fcandale  ,  &  par-dedus 
y,  tout ,  Tamour  de  la  juftice  ôc  de  la 
„  patrie  les  avoient  obli,gés  de  s'expli- 
^,  quer  en  faveur  des  droits  de  la  cou- 
^y  ronne  :  que  puifqu'on  ne  vouloit 
yy  pas  leur  permettre  d  aller  4.  Rame  y 
j,  ils  le  prioient  d*avoir  égard  à  la  né- 
3,  ceflité  des  tems  ;  de  ne  pas  expofer 
„  la  France  à  un  fchifme  j  &  de  révo- 
,,  quer  la  citation  qu  on  leur  avoit 
,)  faite  de  fa  part  5'. 
XcpoBfc  du      On  devine  la  réponfe  de  Boniface  : 
^*^*'  elle  fut  digne  de  lui.  Il  y  traite  l'Eglife 

Gallicane  de  filU  folle  ,  infenfée  ^  dont 
TËglife  Romaine  ,  comme  une  mère 
pleine  de  tendreflc ,  fouffré  avec  com- 
ibid.  paflîon  les  paroles  indifcrctes.  Le  Gar- 
de des  Sceaux,  Pierre  Flotte,  eft  un 
yrai  Bilial ,  un  malheureux  cyclope  , 
borgne  de  corps ,  plus  aveugle  encore  des 
ytuxdeVefprit ,  qui  cherche  a  conduire 
le  monarque  dans  le  précipice  (â). 
Quelle  honte  pour  des  évêques  de 
n'avoir  rien  oppofé  aux  difcours  fchif- 
matiques  de  ce  miniftre  violent ,  de 
-    '  s'être  laifle  intimider  par  des  mena- 

ce) On  apprend  par  cect^  bulle  ,  que  Pierre  Flotte 
étoit  borgne  ;  Semi^Mens  co^pcn  ,  mfnfe^ue  touUttr 


.  Phi  L  I  p  p  E  ^I  V.  2TJ 
ces  frivoles ,  de  n'avoir  pas  même  ofé 
fe  retirer  d'une  affemblée  ,  où  tout 
tendoit  à.  rompre  Tunité  de  TEglife  ! 
N'tfi^ct  pas  établir  deux  principes ^  à 
t exemple  déi  Manichéens ,  que  defoute^ 
nir  que  te  temporel  tftft  poitH  fournis  au 
fpirieuti  ^  hsL  bulle -finit  ainfi  :  »  Soyez 
»3  aflurés  cjùe  nous  'verrons  avec  plaifir 
»»  ceux'qm  obéiront  ;&  que- nous  pu- 
»  nirons  ceux  qui  fè  moiirreroot  re- 
»*  belles  à  nos  ordres ,  félon  la  qualité 
w  de  leur  faute  «;  ^  / 

La  Lettre  ât%  Ducs  ,  Comtes  )  Ba«   Lettre  de  là 
rons.  &r  Nobles  ;  à  honorables  pères  lors  cati^^ux?^ 
chiers  &  anciens  ,atMS\  les  Cardinaux 
de  la/alttu  Egl^e-  de  Rome  ,  étoit  écrite 
en  François  ;  fans  doute  ,  pour  mon- 
trer qu'on  ne  les  faifoit  pas  parler    i»r.  du  dîflr. 
autretnent  qu  ils  ne  penloient  :  c  etr 
qu'alors  les  gens  de  condition  ne  fe 
piquoient  pas  de  fçavoir  le  Latin. -Elle 
contient  à  peb  près  les  mêmes  chofes 
que. celle  du  clergé  :  mais  les  termes  y 
font  moins  ménagés;  Ils  repréfentent 
que  cette  vraie  unité  qui  a  fi  longuement 
conjoint  fenfembU  le\fçinâ. Siège  &  la 
France  s  fe  dénj^tnmfc  St.  difaiUit^ntain'^ 
tenant  par,  la  ^male  volonté  ^  par  In     r 
nimfic  longuement  nourrie  fous  l'ombré 


M  4     Histoire  db  pRAKcr, 
it aminé  f  enfin  par  Us  iorcionniérts  & 
*  infuftes  &  desfcnoilcs  *  éntrcprifcs  de  celui  j  qui 
blés.  ^^  préjent  eji  au  /lege  du  gouvernemtnt 

de  l'Èglife  ;  entreprifes  qui  rompront 
a,bfolumt7U  cetUMnion~£  agréable  aux 
yeu3f  de  Dieu  jji  rtéceffaire  à  Ct£auct^ 
ment  de.  la  foi  chrétienne  jjipftrft 
défordenée  volonté  elles  font  f^urfui- 
vies  ;  qu^ilsne  peuvent ,  ru  ne  veulent 
lesfouffrir  en  nulle  manière ,  pour  peinte 
Af  méchiefçui  fuiffifH  leur  artiver  y  in 
perfonnes  ,  en  enfants  ,.  en  héritages  ^ 
ne  en  autres  Uens:  qu^iU  leur  ^&tificnt 
^  ^  pat  la  uneùr  de  ces.  pr^entU  aucunes 
rltauvaifes  6r  ou$s(agei^es  nouvelletei 
qtt*il  vient^  de  faite  t  en  avançant  par 
^^ff^g^^  ^  P^  f>uUes  ,  que  le  Roi  lui 
efifounds  pour  fon  temporel  y  &  doit 
tenir  de  lui  untcomonrie .,  qu*on  a  tou- 
jours dis  ttt  France  êire^fufuttzn  tempo- 
raUié-de  Dim  tantfeulanem  y  fi  comme 
c*efi  chofe  notoire  à  tout  icmond^:  que 
dtplus  il  a  fait  appdUr  Us  Prélats ,  les 
JDoSeurs  en  Divinité  ,  &:  Us  MaUns 
en  carufrt  &  ers  t&ix'ipcfur  amànier  6 
corrige  Us  exis^y  Ut'  <fppreffionSy  &  Us 
dommages  ^^H  éUt^itt^fàitP  par  U  Sire 
Roi  y  parfcs^miniftres&^parfesiaUUfs  , 
aax  prélats  J  aux  égides  ,  aux  clercs , 


P  H  I  t  I  ^P^B      IV.  115 

kla  nohltffk  ,  aux  univtrjitis  ,  &  au 
ftupU  ;  jacoU  *  ce  que  ne  la  nobleffc  ,  *  quoique 
ne  Us  univcrjités  y  ne  li  peuple  ne  requi-^ 
Tint  ,  ne  ne  veuillent  avoir  omendemefH 
fur  Us  chûfis  dites  par  lui ,  ne  par  fort 
authonte  ,  ne  par  fan  pouvoir  y  ne  par 
autre  s  fors  que  par  Ledit  fire  Roi  :  qut 
jà  ledit  Sirù  avoit  pourvu  à  meure  retni^ 
de  à  ces  griefi  ,  s^ aucun  y  avait  ;  mais 
pour  et  a  retard  ,  qu^il  ne  veut  mie 
paroitre  le  faire  par  cremeur  *  ^  ou  par  *  ctaîntc. 
commandement  ,  ou  par  correSion  de 
lui ,  ou  d*autrui  :  qu'il  rte  fuffit  point 
a  celui  qui  fiége  .maintenant  à  Rome  , 
de  mutre  U  défbrdrc  dans  k  rrjyaume 
far  Us  penfions  nouvelles  ,  par  Us  fer» 
vices  outrageux  &  difaccoutumes  ,  par 
ks  exactions  &  extorfions  diverfes  y  & 
far  les  dommageufes  nauvdletis  quHl- 
introduit-;  qu'il  veut  encore  empêcher 
les  collations  dés  bénéfices  ,  qtu  le  Roi 
&  Us  aut&trsde  la  nobbjjïoru  fondis  , 
en  Je  rifervant  U  droit  -  d-y  nommer  ;. 
droie  qui  kur  a  toujours  appartenu  j. 
mais  tpi^il  prétend  ajouter  &  traire  A- 
vers  lui  par  grand  canvoiti^  f.potêrplus' 
ferons  exoBians  ;  attentats  (ftt*one^biet^ 
rifolu  de  rte  point  tolérer  des  ores  er^ 
ayant  :  qu^à  grand  douUur  &.  à  grand 


x\â  Histoire  de  France  ,' 
'méchief ,  ils  Uur  font  àfçavoir  que  ce 
font  chofcs  qui  ne  plaifent  à  Dieu ,  ne 
ne  doivent  plaire  à  nul  homme  de  bonne 
volonté  ,  ne  oncques  mes  ne  defcenil' 
rent  en  coeur  d'homme  ,  ne  ne  furent 
vues  y  ne  jamais  ne  fe  verront  »  fors 
avec  antechri/i  :  qu'on  ne  f^auroit  croi- 
re en  Franu  que  le  facré  Collège  ait 
donné  fon  ajferuerruns  à  fi  grands  er^ 
reurs  &  Jî  folles  entreprifes  ,  ni  quil 
voie  tranquillement  cette  ancienne  unité 
fe  diffoudre  par  la  perverfe  volontés 
ou  par  la  folle  envie  d*un  tel  homme  : 
qu'on  les  prie  comme  établis  &  ap- 
pelles en  partie  au  gouvernement  de 
fEglife  9  de  mettre  en  cetu  befogne  tel 
confeil  &  tel  remède  ^  que  ti  malices 
qui  efi  efmeus  ,  foit  arriére  mis  & 
anientis  ;  &  que  de  ces  excès  qu'il  a 
accoutumé  a  faire  »  il  foit  châtié  de 
manière  que  li  état  de  la  chrétienté  foit 
&  demeure  en  fon  bon  point  :  que  la 
nobleffe  Françoife  attend  la-deffus  une 
réponfe  claire  ,  neue ,  &  précifc-:  qu*au 
rêjle  ils  doivent  être  certains  ,  que  m 
pour  vit  ,  ne  pour  mort  ,  elle  ne  fe 
départira  jamais  des  réfolutions  prfcs 

♦qnandmê-yî^^  cc  fajct  ,  fut  ores  ainfi  *  ûue  li 

youdrQic.      fire  Roi  le  voulut  bien» 

L'ufage 


me 


Phili^ppe    IV.         tij 

L'ufage  dans  ces  tems-là  netpit 
point  de  (igner  les  aâes  ,  mais  d'y 
mettre  fon  Iceau  {a)  :  il  fut  réfolu  , 
pouru  que  trop  longue  choft  feroit ,  que 
les  principaux  feigneurs  fcelleroienc 
cette  Lettre  à  la  nquêu  &  en  nom  de 
tous.  On  en  compte  trente  &  un  ;^ 
Louisj£/i  le  Roi  de  France  [  de  Philippe- 
le-Hatdi]  ,  comte  ,  ou  comme  on 
parloir  alors  ^  Cuens  d'Evreux  j  Robert 
comte  d'Artois  \  les  ducs  de  Bourgo- 
gne ,  de  Bretagne  ,  de  Lorraine  ^  les 
comtes  de  Hainaut ,  de  Luxembourg , 
de  Saint-Paul*,  de  Dreux ,  de  la  Mar« 
che ,  de  Boulogne ,  de  Nevers ,  d'Eu , 
de  Comminges ,  d*AumaIe ,  de  Forez  , 
de  Perigord ,  de  Joigny  ,  d'Auxerre , 
de  Valentinois ,  de  Sancerre ,  de  Mont-  / 

belliard  j  le  connétable  Raoul  de  Nèfle; 
les  (ires  de  Coucy  y  de  Breban  ^  de 
Château- Vilain ,  de  Lille ,  de  Darl^y , 
de  Chateau-Roux-Chavigny ,  de  Beau- 
jeu  f  &  le  vicomte  de  Narbonne. 

Rome  fut  étrangement  embarraflce  Réponfcdcs 
de  ce  merveilleux  concert  de  tous  Iesî;"o^icî[S& 
ordres  du  royaume.   Les  Maires  eti  aux  comma- 


net. 


{a\  Le  p.  Daniel  [  tom.  y.  p.  71.  ]  parle  îraproprc- 
Bcnc  9  quand  il  die  que  cette  Lettre  fut  (ignée  des 
ptiocipauz  Seigneurs.  On  y  affûte  ptécifément  le  con- 
traire :  Notf/  V/ys  ,  &c,  avons  mis.,  en  nom  de  nous  9 
V'foHT  tous  Us  Autres  ,  nos  fieaux  en  ces  pré  fentes. 

Tome  FIL  K 


itS  HiisTomÈ  DE  France  , 
effet ,  les  Echevins ,  Jurats ,  Confuls, 
Univerfités ,  Communes ,  &  Commu- 
nautés des  villes  &  bourgs  de  Fran- 
ce y  écrivirent  dans  le  même  tems  au 
Tr.  du  dîff.  facré  Collège  fur  le  mcme  fujet.  On 

''  '^''  n'a  point  cette  Lettre  :  mais  par  la  ré- 
ponfe  des  Cardinaux ,  il  paroit  qu'elle 
ctoit  conçue  â  peu  près  de  mcme  que 
celle  de  la  noblefle  ;  que  le  Pape  y  eft 
traité  avec  encore  moins  de  ménage- 
ment ;  qu'on  afFeûe  de  lui  refufer  la 
qualité  de  fouverain  pontife  y  qu'on 
ne  le  défigne  jamais  que  par  un  long 
circuit  de  mots.  Cette  vigueur  étonna 
cette  cour  d'ailleurs  fi  £ére.  On  prit 
le  parti  de  nier  „  que  Boniface  eût 
5,  écrit  au  Roi  qu'il  lui  étoit  fournis 
i,  pour  le  temporel  ,  ou  qu*il  tenoit 
yy  de  lui  le  royaume  qu'il  poflede.  On 
„  protefte  qu'il  n'en  a  jamais  eu  la 
5,  prétention  y  ni  la  penfée  ;  que  le 
,,  Nonce  ,  Jacques  des  Normands  , 
3,  aflTure  qu'il  n'a  rien  dit  ni  de  bou- 
y  y  che ,  ni  par  écrit ,  qui  approche  de 
„  ce  qu'on  lui  impute  fur  cela  ;  qu'ainfi 
„  les  déclamations  de  Pierre  Flone 
„  dans  l'aflcmblée  des  Etats  n'ont 
Hîft    ïcci.  9)  aucun  fondement  réel  ".  Dijkvcu 

^iS'.p^l^,^' remarquable  ,  dit  M.  Fieury  j  mais  , 
ajoute- t'il  >  U  U3eur  peut  juger  s*Uefi 


ftncirt.  On  s'efforce  de  fuftifier  la  con- 
vocation du  clergé  de  France  »  qui  ^ 
9»  dic-on ,  loin  d'être  fufpeâ;  au  Roi , 
,»  lui  doit  être  infiniment  agréable  , 
j,  puifaue  ce  font  tous  fujets  fidèles 
»,  &  anedionnés  à  fon  fervice  'S  On 
ne  fait  pas  réflexion  que  c'eft  détruire 
cette  indépendance  qu'on  vient  de  re« 
connpître ,  puifque ,  de  Tavru  même 
des  Cardinaux  ,  cuu  convocation.  n*a 
d*autr€  objet  que  la  riformation  des  abus 
qui  rtgmne  dansVtmpirt  François  f 
fous  le  fpécieux  prétexre  que  le  Chef 
de  la  hiérarchie  euUfiaJiique  a  droit  de 
reprendre  de  piche  tout  homme  vivant  : 
naaxime  qui  peut  ouvrit  la  porte  aux 
plus  grands  excès.  C'eft  que  le  facré 
Colite  ne  parloir  que  par  Torjgane  de 
fionirace  ,  qui  n'étoit  pas  réfolu  d'a- 
bandonner entièrement  fon  fyftème  de 
fapérioricé  fur  le  temporel  des  royau- 
mes. On  entreprend  encore  fa  juftica* 
tien  fur  les  horreurs  qu'on  Iti  repro- 
che dans  la  diftribution  des  bénéfices  : 
on  finit  par  des  plaintes  de  ce  que  la 
noblefiè  8c  les  cbmmunes  ,  contre  la 
biehjcance ,  la  civilité  y  &  le  refptH  du 
aujouverain  Pontife  de  tEglife  univers- 
fille  ,  n*ont  pas  daigne  le  nommer  par 
fim  nom  ,  mais  fe  font  ftrvis  pour  le 

Kij 


XIO         HiSTOIRHD*  FkAMCË  , 

dtjigntr  5  d'uM  piriphraft  conçue  êk 
termes  indévots  ,  défobligeanu  ,  noit-* 
veaux  ,  &  pleins  de  mépris. 
Grand  COQ-     Boniface  cependant  commençoic  à 
p^^"dTbé!c  ^^"^^^  ^^^^  ^^  danger  de  la  démarche 
fuHcs^afFai-  où  il  s'écolc  engagé  :  pour  fe  ralTurer , 
rcs  de  France,  il  youlut  avoir  laVis  du  facré  Collège 
p.Vx  &  fdv:  ^""^  les  affaires  préfentes  du  royaume 
de  France.  Il  tint  à  ce  fujet  un  grand 
confiftoire ,  où  le  cardinal  de  Porxo , 
qui  lui  étoit  tout  dévoué  ,  ouvrit  les 
opinions ,  &  fit  un  difcours  plus  long 
que  conféquent  &  raifonné.  Il  com- 
mence par  nier  lexiftence de  cette peti-« 
te  Lettre  ou  bulle ,  qui  excitoit  une  fi 
grande  rumeur  parmi  la  nation  Fran* 
çoife  \  il  ne  croit  pas  qu'elle  vienne 
du  Pape  ,  par  la  raifon  qu'il  ne  Ta 
point  communiquée  aux  Cardinaux.; 
comme  (i  le  fier  Pontife  eût  eu  Thabi-* 
tude  de  les  confulter  fur  tout.  Puis 
oubliant  ce  défaveu  (i  folemnel  de  la 
doârine «contenue  dans  cette  pièce, 
il  effaye  de  prouver  „  que  la  puiflancc 
,,  du  Pape  eft  univerfelle  &  abfolue  ; 
iy  qu'on  ne  peut  douter  de  cette  pléni^ 
„  tude  de  pouvoir ,  fans  fe  rendre  cou- 
yy  pable  d  néréfie  ;  qu'il  n'y  a  qu'aa 
„  chef  dans  l'Eglife ,  qui  eft  le  Papej 
u  qu'en  viçrtu  de  ce  titre ,  il  devient 


P  M  X  t  X  p  p  E  I  V,  'm 
ly  le  feigneur  de  toutes  chofes ,  tant 
,>  pour  le  temporel ,  que  pour  le  fpi- 
s,  rituel ,  parce  qu'il  eft  le  vicaire  de 
yj  Jcfus-Chrift ,  à  qui  tout  doit  obéir  ; 
y  y  que  quoique  la  jurifdiâion  tetnpo^ 
,,  relie  loit  entre  les  mains  des  Rois , 
yy  elle  appartient  néanmoins  de  plein 
,3  droit  au  fouverain  Pontife  qui  leur 
^,  en  laiflè  Tufage  &  Texécution  3  parce 
9y  qu'ils  portent  l'épée  ,  mais  qui  fe 
,,  rcfctve  le  pouvoir  de  juger  de  toutes 
,,  les  affaires  temporelles  d#s  royau-* 
3,  mes  par  rapport  au  péché  qui  s'y 
•3  commet  ^  affaires  qui  font  edentiel- 
3,  lement  de  la  jurifdiâion  fpirituelle  ^ 
,3  en  ce  qu'on  doit  néceffairement  les 
),  regarder  comme  bonnes  op  mau« 
,,  vaifes  ".  Enfin  ,  détruifant  d'une 
main  ce  qu'il  fembloit  avoir  édifié  de 
l'autre  ,  il  conclut  „  que  le  Roi  des 
9,  François  n'a  aucun  fujet  de  fe  plain- 
„  dre  y  qu'il  faut  prier  Dieu  que  la 
„  grâce  du  Saint  Efprit  l'illumine  , 
„  afin  qu'il  fe  convertilTe  ,  &  demeure 
„  bon  fils  de  l'Eglife  &  du  fouverain 
3,  Pontife  ,  qui  l'embraffera  "de  fes 
yy  deux  bras,  s'il  vient  à  réfipifcence  *^ 
.  Le  Pape  piit  enfuite  la  parole ,  & 
diflilla  le  nel  le  plus  amer  fur  le 
Garde  dQ$  Scçaux ,  Pierre  Flotte ,  qu'il 

Kiij 


ti2  Histoire  de  Francs  » 
ihu.  appelle  un  Architophtl  ,  un  homme 
paitri  dt  noirceurs  ,  un  hirétique  ,  un 
démon  qui  perd  U  Roi  &  U  royaume  ; 
minière  pervers  y  ennemi  de  tout  bien , 
qui  a  pour  fatellites  le  comte  d^ Artois^ 
U  comte  de  Saint-Paul  ^  &  autres  gens 
du  même  caractère.  Son  texte  écoic , 
quon  ne  doit  point  féparer  ce  que  Dieu 
a  joint  enfemhle  :  il  applique  ces  pa« 
rôles  à  l'union  de  la  monarchie  Fran- 
(oife  avec  TEglife  Romaine  j  union 
concradée  par  le  baptême  de  Clovis, 
à  qui  faint  Rémi  a  prédit ,  ,,  que  les 
93  Rois  &  le  royaume  feront  heu* 
^y  reux  s  tandis  qu  ils  demeureront 
99  unis  à  cette  Eglife ,  mais  qu'ils  pé« 
99  riront,  dès  qu'ils  viendront  â  s*en 
9,  féparer  *S  C'étoic  une  allufîon  à  ce 
vieux  proverbe  François ,  quelle  Pon^ 
tife  n'eut  garde  d'achever ,  parce  qu  il 
rend  la  prédiftion  réciproque  : 

''Mariage  eft  de  boa  devis 
De  TEglife  &  des  Fleuts-de-Iis. 
Q^and  l'an  de  l'autre  partira  9 
Chacun  d'eux  fi  s^en  fentira. 

Ce  qui  lui  donne  occafion  d'étaler  afcc 
oftèntation  tous  les  avantages  qu'il  pré« 
tend  que  cette  union  a  procurés  à  U 


Philippe  *I  V.  ia.3 
couronne.  Il  fait  retnarquer  entre  au* 
très  9  '  que  fous  le  règne  de  Philippe* 
f»  le^Grand  [  Augufte  }  ^  les  Rois  de 
f>  France  n  avoient  pas  plus  de  dix- 
M  huit  mille  livres  de  revenu  ,  au  lieu 
M  que  fous  fon  pontificat ,  ils  en  ont 
»»  plusde  quarante  mille,  par  le  moyen 
»»  des  grâces  &  des  difpenfes  que  TE* 
9»  glife  leur  a  accordées  «<•  Delà  il  paflè 
i.  U  rupture  entre  les  deux  puif^inces» 
nie  qu'il  ait  écritt^u  fait  éctire  que  le 
Roi  eût  à  reconnoître  qu'il  tenoit  fon 
royaume  du  Pape  »  protefte  qvLum  fi 
grande  fatuité  (d\  n'eft  jamais  entrée 
dans  fon  efprit,  qu'il  ne  veut  rien  ufur« 
per  fur  la  jurifdiâion  du  monarque  ^ 
mais  qu*on  ruptut  nier  quil  ne  lui  foie 
fournis^  quand  il  s*agit  de  piche ;  que 
fon  intention  eft  de  bien  vivre  avec 
lui  s  non  de  le  traiter  dans  toute  la  ri- 
gueur j  qu'il  a  toujours  aimé  la  France 
&  le  Roi  en  narticulier  ^  mais  que  ce 
Prince  doit  (e  fouvenir  que  Rome  a 
dépofé  trois  de  fes  prédéceflèurs  pour 
de  moindres  fujets  j  que  s'il  ne  de- 
vient plus  fage  f  il  U  châtiera  comme 
un  petit  garçon  ,  &  lui  ôtera  la  coU'^ 
ronnc.  On  ne  fera  aucune  réflexion  fur 

(M)  Peut-être  fait-il  alluiîoii  à  la  petite  lettre  que 
il  Roi  lui  écttvit  en  i^onfe  i  la  petite  buiie, 

K  iv 


214  Histoire  DE  France  , 
la  iîngularité  de  cette  m-snace.  On  Ce 
contentera  de  remarquer  qu'il  efl: 
bien  cirange  que  Boniface  ,  par  un 
défaveu  fî  formel  de  la  petite  bulle  , 
Il  ait  pu  obtenir  croyance  parmi  les  au- 
vr.  du  dîff.  teurs  contemporains.  Italiens  ,  Fran- 
'"^  *  ***^'  çois ,  Allemands ,  Poloiiois ,  Flamands, 
tous  dépofent ,  malgré  les  protefta- 
tions  ,  que  fon  Nonce  ,  Jacques  des 
Normands  ,  avoir  ordre  de  fommer 
Philippe  de  nconnoîtrcfon  royaume  du 
Pape.  Eft-ce  prévention  particulière 
contre  le  faint  Père  ,  ou  conviftion 
générale  qu'il  n'agiffoit  pas  de  bonne 
foi?  . 

Tentatives       Bouiface  dans  (on  difcours  avoir 
dLc'de'BoSr-  infiuué.quil  étoit  prct  de  foumettre 
gognc   pour  fa  Conduite  au  jugement  de  quelques 
atiTx^pdïiS'  barons  François ,  gui  ne  feroient  point 
ces,    ,         àts  fatellites  d'iniquité,  mais  gens  de 
probité ,  tels  que  les  ducs  de  Bourgo- 
gne &  de  Bretagne  ,  tous  deux  de  la 
ihaifon  de  France,  tous  deux  d'un  rare 
mérite.    Le  prince  Bourguignon  fur 
cette  ouverture  qu'il  croyoit  fincére  , 
demanda  Se  obtint  la  permiflîon  d'é- 
crire à  trois  cardinaux  de  fes  amis, 
donrlun  , nomnié  Matthieu ^^  j^qua- 
Sparta,^  avoit  l'honneur  de  lui  appar- 
tenir. Il  les  prioit  d  adoucir  l'efpric  du 


Philippe  IV.  izf 
Pontife ,  &  les  aflfuroit  que  pourvu 
qu'il  révoquât  la  fufpenfion  des  grâces 

Î[u'il  avoir  aurrefois  accordées  >  qn*il 
upprimâr  la  bulle  qui   appelloit  le 
clergé  de  France  en  Italie  ,  &  qu'il 
voulût  écrire  au  Roi  une  lettre  hon- 
nête ,'  on  le  trouveroit  difpofé  à  une 
réconciliation  fincére.   Les  moindres 
démarches  font  dangereufes  ,  quand 
on  eft  réduit  à  traiter  avec  un  ennemi 
orgueilleux.  Rome  crut  que  Ion  cqm- 
jnençoit  à  craindre  :  elle  fe  montrii 
inexorable  :  la  négociation  du  Duc  fur 
infruâueufe.  On  le  loue  du  zélé  qu'il  rr  ê^im^ 
fait  jxiroître  pour  la  paix  de  TEglift  ;^ 
on  laflure que  le  Pape  a  pour  lui  une 
confidération  toute  particulière  :  nikis 
on  ajoute  en  même-tems  que  ce  père 
Ji  bénin  ,  Ji  tindre  ,  ji  affcSuenx ,  eft 
tellement  irrité  de  lingratitude  des 
François ,  qu'il  né  veut  prefque  plus 
foufirir  qu'on  lui  parlç  de  leurs  afFai- 
res.  Qu'il  faut  que  le  Roi  commence 
à  s'humilier  ,  à  reconnoître  fa  faute  , 
à  donner  des  marques  de  pénitence^ 
à  faire  une  fatisfaâîon  pfublique  au 
Pape ,  à  défavouer  la  conduite  de  fes 
niniftres  j  qu'alors  il  trouvera  le  Pon- 
tife difpolé  à  lui  faire  grâce  j  que  fans 
cela  il  ne  doit  point  efpérer  de  pardon  j 

Kv 


2Z4?       HiSTOIRI    DE    FRANCE  9 

qae  ce  feroic  une  infamie  au  chef  cfe 
TEglife,  s*il  écrivoic  le  premier  â  un 
Prince  qu'il  a  excommunié.  Philippe 
étoic  bien  éloigné  de  ces  fenriments 
^  humbUs  &  Ji  contrits.   Outré  que 
Boniface  eût  favorifé  la  révolte  des  i 
Flamands  >  tant  de  fes  conièils  ,  que  I 
des  fubfides  qu*il  avoit  fait  lever  fut  . 
les  églifes  d'Angleterre  &  d'Irlande ,  | 
îl  renouvella  avec  plus  de  rigueur  que 
jamais  les  défenfes  qu'il  avoir  faites  à  ' 
tous  fes  Aijets  de  fortir  du  royaume 
fans  fa  permiifîon  ,  ni  d'en  faire  for* 
fir  aucun  argent  ;  fie  en  même-tems 
très-expreffe  prohibition  de  tranfpor- 
ter  hors  de  fes  Etats ,  ni  chevaux ,  ni 
^mes  ,  ni  vivres  »  ni  autres  chofes  ' 
i  Tufage  de  la  guerre  ,  &  rendit  une 
ordonnance  pour  faifir  le  temporel  de 
lous  les  béneficiers  qui  étoient  allés  â 
Home .  ct)ntre  ria  difpoiition  des  an^ 
ciens  édits. 
condie  de     Quelque  févéres  en  effet ,  que  fuf« 
*'®"*"         fent  les  définies  de  fortir  du  royaume , 
un  grand  nombre  de  prélats  &  d'abbés 
ne  craignit  point  de  les  enfreindre, 
pour  fe  rendre  aux  ordrjss  du  pape.  On 
en  compte  quarante  j  quatre  archevè- 
iiM*p.86.  ques  ,  Tours  ,  Bordeaux  ,  Bourges  , 
Auch  j  trente  évcques ,  Angers ,  Nan- 


Phxlippb  IV.  ii7 
teS)  Vannes  »  Rennes,  Cornouailles 
aujourd'hui  Quimper-Corentin  ^  Saint- 
PoI-de-Leon ,  Treguier ,  Saint-Brieiix , 
Touloufe ,  Pamiers ,  Perigueux ,  Sain- 
tes ,  Comminges  >  Agde  ,  TÉfcar  , 
Leâoure  ,  Oiéron  ,  Aire  3  Mende  , 
Nifmes,  Carcalfpnne ,  Bazas ,  le  Puy  y 
Aucun  3  Châions-fur-Saonne  ,  Maçon  ^ 
Albi ,  Dax ,  Cleraiont,  Limoges  ^  fîx 
abbés  y  Cluni  ,  Cifteaux  ,  Marmou- 
tiers 3  Prémontré,  Beaulieu  en  Argon- 
ne  ,  la  Chaife-Dieu  en  Auvergne. 
On  voit  encore  dans  cette  aHèmolée 
quatre  autres  prélats  François ,  Pierre 
de  Mornay  évêque  d'Auxerre  >  Pierre 
de  Perrière  nouvellement  élu  évêque 
de  Noyon ,  Robert  d'Harcourt  évçaue 
de  Coutances ,  Se  Berenger  de  Frédol 
évêque  de  Beziers  :  mais  le  premier  y 
avoit  été  envoyé  avec  la  qualité  d'am- 
bafTadeut  du  Roi  9  &  les  trois  autres 
croient  députés  du  clergé,  pour  re- 
prcfentec  au  Pape  rimpoifibilité  où 
étoient  les  évcques  de^Pfance  de  (e 
trouver  à  fon  fynode  le  jour  de  Taffi- 
gnation.  . 

Le  concile  ouvrit  le  jo  Oélobre^ 
Boniface  y  fit  beaucoup  de  bruit  , 
iclata  en  menaces  contre  le  Roi  , 
Aais  (ans  eo  venir  si  l'exécution.  On 

Kv) 


%i9  Histoire  de  France  J 
regarde  feulement  comme  l'ouvrage 
de  cette  aflèmblée ,  la  fameufe  Décré- 
tale  (a) ,  où  il  déclare  ,  définit ,  &  pro^ 
iWd.  54.  noncù  ,  »*  que  TEglife  eft  une ,  fainte  , 
j^  catholique ,  apoftolique ,  qu  elle  n'a: 
„  qu'un  chef,  non  pas  deux  comme 
^,  un  monftre  -,  que  ce  chef  unique  e(t 
*  ■  j,  J.  C.  faint  Pierre  fon  vicaire ,  &  le 
y^  fucce(!èur  de  ce  bienheureux  apô-t 
yy  tre  :  qu'il  y  a  dans  cette  Èglife  deux 
>,- glaives,  le  fpirituel  &  le  temporel , 
3,  tous  les  deux  fous  la  puiflance  ecclé- 
3,  fîaftique  :  que  le  premier  doit  être 
,,  employé  par  l'Eghfe  même  ,  le  fe- 
^,  cond  par  les  Rois  ou  guerriers  pour 
>,  le  fervice  de  FEglifc ,  fuivant  Por- 
9,  dre  ou  la  permiffîon  du  Pontife  : 
>,  que  l'autorité  temporelle  eft  foumi- 
,,  fe  à  la  puiflànce  fpirituelle  qui  l'info 
,,  titue  ,  qui  la  juge  ,  iqui  a  feule  le 
^,  privilège  de  n'être  jitgée  que  de 
„  Dieu  :  que  l'on  ne  peut  avoir  d'atr- 
„  tre  croyance  fur  ce  point ,  fans  tom- 
ber dans  rhéréfîe  de  Manès  ,  qui 
admettoit  deux  principes  :  qu'il  eft 
,,  de  néceffité  de  ialut  de  croire  que 
i,  toute  créature  humaine  eft  &  doit 

U)  C'cft  cette  DéCTécale  (î  coimue  fotis  le  titre 
^XlnAnn  janaam  ,  parce  q^u*cllç  cpmmcnQC  par  ccf 
mots  Latins>. 


5> 


Philippe  IV.  ii^ 
i,  être  foumife  au  Pontife  Romain  ««. 
Ici  ,  dit  M.  Fleury  ,  il  faut  diftingues 
foigneufement  rexpofé  ^  &  la  décifion. 
Tout  Texpofé  tend  a  prouver  que  la  toS^i9Vi!8*< 

J>ui(nince  temporelle  eft  foumife  a  p-  37. 
a  fpirituelle  ,  Se  que  le  Pape  a  droit 
d'inftituer ,  de  corriger ,  &  de  dépo- 
fer  les  fouverains  :  Boniface  cepen- 
dant »  tout  entreprenant  qu'il  écoit , 
n'ofa  tirer  cette  conféquence  qui  fui- 
voit  naturellement  de  fes  principes  » 
on  plutôt  Dieu  ne  le  permit  pas  :  il  fe 
contente  de  décider  en  général  que 
tout  homme  eft  foumis  au  Pape  ;  vé- 
rité dont  aucun  catholique  ne  doute , 
pourvu  qu'on  reftreigne  la  propofî- 
tion  à  la  puiflànce  fpirituelle.  Cent 
ans  auparavant  le.  Pape  Innocent  III 
ayouoit  formellement^  que  le  Roi  de 
France  ne  reconnoît  point  de  fupé* 
rieur  pour  le  temporel  :  depuis  Clé- 
ment V ,  par  une  bulle  datée  du  pre- 
mier Février  1305  >  déclara  que  la 
décrétale  de  Boniface  ne  portoit  au- 
cun préjudice  au  royaume ,  qui  n'en  . 
devenoit  pas  plus  dépendant  du  faine 
Siège  qu'il  l'ctoît  auparavant. 

Boniface  ne  tarda  pas  i  mettre  en    Nouyctre» 
pratique  les  maximes  impcrieufes  qu  il  Papc. 
crabUffoit  dans  fa  décrétale.  Bien^toc 


1  }0      Histoire  de  Franci  , 
on  en  vit  paroîcre  une  autre ,  par  la- 
pr.  du  4îff.  quelle  il  déclare  tous  les  Rois ,  Ernpe* 
^  '  ''         reurs ,  ou  autres  Princes  fouverains 
tels  qu'ils  puifTent  être  ,  fournis  com- 
me le  refte  des  hommes ,  aux  citations 
de  l'audience  ou  du  palais  apoftolique  > 
&  obligés  d'y  comparoître  ,  quand 
même  l'ajournement ,  pour  quelque 
^   caufe  que  ce  foit ,  ne  leur  auroit  pas 
été  fignifié  à  perfonne  ou  domicile  : 
car  uUt  efi  notre  volonté ,  nous ,  qui  par 
la  p€rmi]p.on  du  S dgncur  commandons 
à  tout  l'univers.  Le  même  jour  on  ful- 
mina une  autre  bulle ,  que  lespartifans 
outrés  de  la  cour  de  Rome  ont  coutu- 
me de  produire  comme  un  monument 
de  la  modération  de  ce  pontife.  Ceft , 
à  les  entendre  ,  le  plus  grand  des  mé- 
nagemens ,  de  n'avoir  pas  nommé  Phi- 
lippe dans  une  pièce  ^  où  il  eft  excom- 
'    munie  &  anatnématifé  fous  le  terme 
Kayn.irn 3  02.  général  de  Quiconque  ofe  détourner  ou 
"*  '^'  empêcher  ceux  qui  veulent  faire  le  voyt^e 

de  Rome  ,  ou  qui  en  reviennent ,  &  les 
maltraite  jufqu*à  faire  faijir  leurs  tiens 
ou  leurs  personnes ,  fûtM  reyétu  de  la 
dignité  de  Roi  ou  d'Empereur,  On  épar- 
gnoit  à  la  vérité  le  nom  du  monarque  : 
mais  les  circonftancçs  le  déceloient  : 
Boniface  lui-même  ne  s'expliquoit  qœ 
trop  hautement. 


Phiiifpe    IV.        251 
Les  efprits  s'échaufFoient  de  plus  en  An.  M05. 

i)lus;  &  les  foupçons  ,  les  défiances ,  J^^l'y*^*? 
es  jatôunes  alloient  toujours  croil- préUcs  &  der 
fant.  L'aigreur  enfin  ,  fuite  naturelle  Baf^n»  F^aa- 
de  toutes  ces  paffions  ,  augmentoit  ^^'** 
chaque  jour.  Philippe ,  pour  ne  rien 
oublier  des  précautions  que  la  pru- 
dence peut  infpirer ,  convoqua  les  ba- 
rons ,  &  ceux  des  prélats ,  qui  n'a  voient 
pa5  quitté  le  royaume  :  mais  entre  ces 
derniers ,  il  n'y  eut  que  les  archevê- 
ques de  Sens  &  de  Narbonne ,  &  les 
evèques  de  Meaux  >   de  Nevers  & 
d'Auxerre  »  qui  fe  trouvèrent  à  l'af- 
femblée.  Elle  fe  tint  au  Louvre  le  1 1 
mars  1 303  •  On  compte  parmi  les  prin- 
ces qui  la  compoloient  ,  Charles  , 
comte  de  Valois,  frère  du  Roi,  em- 
pereur titulaire  de  Conftantinople  , 
dtfchef  de  fa  féconde  femme  Cathe-* 
rine  de  Courtenay  ,   petite  fille  de 
Baudouin  II ,  le  dernier  des  princes 
François  qui  régnèrent  fur  les  Grecs. 
Charles ,  loit  ambition ,  foit  mécon- 
tentement ,  comme  ^quelques-uns  le 
difent ,  étoit  paffé  avec  une  armée  en 
IraUe  ,  où  il  fut  reçu  avec  de  grands 
honneurs ,  &  fait  général  des  troupes 
du  faint  Siège.  Auffi-tôt  il  fe  rendit 
ea  Tofcane  ,  entra  dans  Florence  ,  y 


aji  .  Histoire  de  FrAkcs  ; 
demeura  quelque-tems ,  &  ne  réufîir 
que  médiocrement  à  diffiper  les  fac- 
tions qui  défoloient  ce  malheureux 
pays.  Delà  il  marcha  en  Sicile,  où  il 
répandit  d'abord  la  terreur  :  mais  Fré- 
déric d*Aragon ,  en  rèmporifant ,  don- 
na le  tems  aux  troupes  Frànçoifes  de 
fe  fatiguer  5  les  maladies  s'y  niirent, 
elles  en  firent  périr  une  grande  partie. 
Enfin  il  fut  rappelle  à  1  occafion  des 
démêlés  qui  s'élevèrent  entre  les  deux 
puidances  y  le  Roi  ne  jugeant  pas  con- 
venable  que  foh  frère  dans  ces  circonf- 
tances  commandât  les  armées  du  pon- 
tife. On  dit  ,  mais  fans  fondement  > 
que  Charles ,  à  la  prière  de  Boniface  > 
s*étoit  chargé  de  travailler  à  ramener 
le  monarque  &c  la  nation  :  il  ne  paroîr 
pas  du  moins  qu'il  fe  foit  mis  en  de- 
voir de  remplir  fa  promeflè  :  il  fut 
uu  des  premiers  à  adhérer  aux  vigou- 
reufes  réfolutions  prifes  dans  cette 
aflemblée  contre  les  entreprifes  de 
Rome. 
Reqaftt  de      Guillaume  de  Nogaret ,  chevalier 

Se!c%aper  ^"  ^^^'  ^  ^^  ^^  fouftion  d'avocat  gé- 
néràl  ,  &  prononça  un  dtfcours  fan- 
glant ,  ou  il  foutient  ,  &  s'offre  de 
prouver  ,  •»  que  Boniface  n'dt  point 
^3  Pape  ,  qu  if  a  employé  la  fouroe  Se 


PHiLIPPt     IV.  l^J 

y  l'impofture  pour  s'emparer  du  faint 
,  Siège  ,  après  avoir  fcduit  Celeftin  •    ^-^^f^^] 
,  que  quoique  le  facré  Collège  aie  con- 
>^  ienci  de  nouveau  à  fon  éleâion  de- 
,  puis  la  more  de  fon  prédécefleur ,  fon 
,  intrufion  n'a  pu  erre  rediôée ,  étant 
y  vicieufe  dans  fes  motifs  &  dans  fes 
,,  moyens  j  que  n'étant  pas  entré  dans 
,  la  bergerie  par  la  porte ,  il  n'eft  ni 
,  vrai  pafteut ,  ni  même  mercenaire , 
y  mais  aux  termes  de  l'Evangile  ,  un 
y  voleur  &  un  brigand ,  qui  eft  venti 
,  fondre  fur  le  troupeau  de  J*  C.  pour 
,  le  perdre  &   pour  le  maflacrer  ; 
,  qu'infatiable  d'or  &  d'argent  ,  il 
,,  dépouille  les  églifes  ,  le  pauvre  &  le 
,  riche ,  Se  fait  un  infâme  commerce  de 
,  tous  les  fidèles  ;  qu'il  eft  hérétique 
„  manifefte  \  qu'il  elt  firtiôniaque  hor- 
.,  rible  ,  jufqu'i  dire   qu'il  ne  peut 
>  commettre  de   fimonie  \  quil  eft 
,  fouillé  de  mille  crimes  énormes  , 
,dans  lefquels  il  eft  tellement  en- 
,  durci ,  qu'il  ne  peut  plus  être  toléré  , 
fans  expofer  l'Eglife  à  un  renverfe- 
_  ment  inévitable**.   L'orateur  con- 
dut  qu  il  eft  de  toute  néceffité  ,  non- 
feulement  d'arrêter  ce  malheureux ,  de 
le  mettre  en  prifon  ,  &  de  nommer 
un  vicaire  pour  gouverner  en  atten- 


1.34  Histoire  x>t  pRiifici , 
danc  9  mais  encore  de  convoqaer  4m 
concile  général  <»  où  après  fa  condam- 
nation ,  les  cardinaux  pourvoient  TE- 
glife  d'un  pafteur  :  il  repréfence  au 
monarque  qu'il  eft  obligé  de  pourfui- 
vrè  vivement  cette  affaire ,  &  comme 
chrétien ,  pour  maintenir  la  foi  ,  & 
comme  Roi ,  dont  le  devoir  eft  d  ex- 
terminer les  méchants  ,  &  comme 
fuccefleur  de  ces  héros  intrépides  » 
dont  le  conrage  invincible  a  délivré 
d  oppreflion  TEglife  Romaine  :  il  finit 
par  demander  que  fa  requête  foit  mife 
par  écrit  &  enregistrée  y  ce  qui  lui  fut 
accordé. 
Boniface  Tel  étoit  l'état  des  chofes  »  lorfqae 
*°^°j^""*-Hes  gens  de  bien  crurent  voir  briller 
^*pr!  dl*d»[  quelque  efpérance  de  conciliation.  Un 
p.  88.  Légat  ,  François  de  nation  ,  homme 

d'efprit  &  de  conduite  »  qui  étoit 
agréable  à  la  cour  ^  &  grandement 
confidéré  du  Roi  ,  arriva  en  France 
chargé  de  plufieurs  propofitions  de 
ia  part  de  Boniface,  Cetoit  Jean  le 
Moine  >  natif  de  Picardie,  Dodbeut 
en  droit  civil  &  canon ,  cardinal  prc^ 
tre  du  titre  de  S.  Marcellin  ,  &  ton- 
dateur  du  collège  de  Paris ,  qui  porte 
encore  aujourd'hui  fon  nom  {a).  On 

(4)  La  foadauon  de  ce  Collège  eft  de  Tannée  x  }0)  | 


Philip»!  IV.  135 
imagina  que  Rome  l'envoyoït  pour 
négocier  un  accommodement.  Cétoit 
en  effet  le  prétexte  de  fa  légation  : 
mais  au  fond ,  elle  avoit  pour  princi^ 

{>ai  objet  de  foulever  contre  le  Roi  ; 
es  prélats  ,  qui  étoient  demeurés  en 
France  maigre  lés  ordres  dufaintPére. 
Il  ne  réuifit  point  fur  cet  article  :  rien 
ne  put  ébranler  k  fidélité  de  la  plus 
grande  &  de  la  plus  faine  partie  du 
clergé  François  :  peut-être  auffi  le  mi-* 
niftre  du  Pape  n*avoit  il  aucune  envie 
d'exécuter  une  commifEon  (i  odieufe: 
c'eft  du  moins  ce  que  femble  atteftec 
la  (ageflè  avec  laquelle  il  fe  conduifit 
dans  une  circonftance  fi  délicate. 

Quoi  qu'il  en  foit ,  le  nouveau  Légat   ^*  qa'îi  d*- 
r     ^  r      r\         r         ~  nonccauR.01. 

expola  relpeaueufement  au  monar-  ^^^ 
que  tous  les  points  fur  lefquels  Rome  &&!▼• 
vouloit  avoir  fatisfaâion.  Boniface 
detnande  que  le  Roi  reconnoiffe  j 
1®,  qu'il  a  péché  contre  Dieu  &  con* 
tre  i'Eglife ,  en  défendant  aux  prélats 
François  d'aller  à  Rome.  z^.  Que  le 
Pape  a  feul  la  fouveraine  puiflànce 
de  pourvoir  aux  bénéfices  vacants  en 
cour  de  Rome  ou  autrement ,  &  que 
perfonne  n'a  pouvoir  de  les  conférer 

c'eil-à-dircydc  l'année  même  de  la  Légaciou  4c  foa 
'oodaccur  j  qui  xnouiuc  à  Avignon  en  1 3 1  j. 


1^6  Histoire  m  Framcê  , 
fansfapermiflîon.  j®.  Qu'il  peutefl«> 
voyer  les  Légats  par  tous  les  royau- 
mes ,  fans  le  conlencement  des  prin« 
ces.  4^.  Que  radminîftration  des  biens 
de  rÉglife  n'appartient  qu'à  lui  ,  que 
lui  feul  a  droit  d'exiger  du  clergé 
telle  impofition  qu'il  juge  à  propos , 
fans  en  demander  congé  a  perfonne. 
5  ^.  Qu'un  Roi  ne  peut ,  ni  faire  faifir 
les  biens  d'églife ,  excepté  en  certains 
cas  marqués  dans  le  droit ,  ni  forcer 
les  ecclétiaftiques  de  comparoître  à  fa 
cour  pour  les  aârions  perfonnelles  , 
ou  pour  des  immeubles ,  à  moins  qu'ils 
ne  les  tiennent  de  lui  en  fief.  6^.  Qu'il 
n'y  a  point  de  réparations  que  Rome 
ne  foit  en  droit  d'exiger  d*un  prince , 
qui  a  ToufFert  qu'on  brûlât  en  fa  pré- 
fence  une  bulle ,  dont  le  fceau  portoit 
les  images  des  faints  apôtres  ,  &  le 
nomduchefdeTEglife  (a).  7®.  Que  ce 
que  par  abus  on  appelle  régale  n  auto- 
rife  ,  ni  à  dégrader  les  bois  &  les  bâti- 
mènes ,  ni  à  confumer  les  fruits  au- 
delà  des  frais  néceflfaires  pour  la  garde 
des  cathédrales  vacantes.  8**.  Que  les 
privilèges    accordes   aux  monarques 

(d)  On  ignore  s'il  eft  ici  aueftion  de  la  bulle  qoe  le 
Roi  Ri  brûler  publiquement  à  Paris ,  ou  fîmplement  de 
selle  donc  ce  prince  parle  dans  (k  réponfb. 


PjwtWrpE  IV-  2|7 
François ,  quekjuegrandsqu  ils  foient» 
ne  leur  donnent  point  le  pouvoir  de 
fufpendre  l'exercice  du  glaive  fpiri- 
tuel.  9^.  Quil  eft  dû  de  grands  dé- 
dommagements au  peuple  pour  les 
changements  trop  fréquents  de  la  mon- 
noie.  i(g^  Que  la  couronne  de  France 
n'a  aucun  droit,  pas  même  de  refTorc 
fur  1  eglife  de  Lyon  ,  qui  n'eft  point 
dans  les  limites  du  royaume.  Le  pon- 
tife, enfin  conclut  par  des  menaces 
d'employer  les  armés  fpirituelles  & 
temporelles  contre  le  Roi ,  s'il  ne  fait 
fatisfadion  pour  les  excès  commis  fur 
tous  ces  points ,  fatisfaâion  prompte  » 
&c  telle  que  le  faint  Siège  ait  lujec 
d  erre  content. 

t>es  propofitions  fi  extraordinaires ,    Réponrc  de 
fi  choquantes  ,  fi  oppofées  aux  ufages  ^^^bîT"'  su 
&  aux  libertés  du  royaume  ,  ne  pou-  *  ^"'^' 
voient  manquer  de  révolter  un  prince 
oaturellemeht  fier  ,   &  qui   portoit 
fort  loialafaloufie  de  l'autorité.  Phi- 
lippe en  les  lifant  ,  fut  faifi  d'indi- 
gnation ,  mais  ne  s'emporta  point. 
U  répondit  avec  beaucoup  de  modé- 
ration ;  1®,  Qu'il  avoit  défendu  à  fes 
lajets  de  fortir  du  royaume  pour  de$ 
raifons  qui  regardoient  le  bien  &  la 
trancjailUté  de.  fon  Etat  j  qu'en  cela  il 


%^t  Histoire  DCrFRAMCB, 
s*étoît  fervi  <iu  droit  qu  ont  tous  les 
fouverains ,  toutes  les  républiques ,  & 
les  princes  les  moins  puiflants.  i®,Que 
pour  la  collation  des  bénéfices ,  il  en 
«foit  félon  fon  droit ,  félon  la  coutu- 
me immémoriale ,  &  fuivant  Texem- 
Ele  de  faint  Louis  &  de  toutpl^  Rois 
?s  prédéccflèurs  ;  qu'il  ne  prétendoit 
rien  innover  ,  qu'il  fe  flattoit  que  le 
pape  étoit  dans  les  mêmes  feijitiments. 
3**.  Que  fon  intention  n'étoit  point 
d'empêcher  les  Légats  d'entrer  dans 
fon  royaume  ,  à  moins  qu'ib  ne  lui 
^       -  '    -  a'iln'c^ 


fulTent  fufpeâs  ,  ou  qu'il  n'eût  quel 


rien  faire  contre  le  droit  &  contre  la 
coutume.  5^.  Qu'à  l'égard  des  faifies 
du  temporeL  &  des  citations  des  gens 
d'Eglife  devant  fa  cour ,  il  s'en  tenoit 
pareillement  au  droit  &  à  la  coutume. 
6^  Que  l'évêque  de  Laon  &  les  éche- 
vins  ayant  eu  procès  pour  quelques 
droits ,  &  le  prélat  qui  avoir  obtenu 
une  bulle  du  Pape ,  y  ayant  renoncé  ^ 
elle  avoir  été  apportée  à  Paris ,  &|et- 
tée  au  feu  comme  inutile ,  (ans  qu'on 
eût  voulu  par4â  manquer  au  refpeâ: 
dû  au  fouverain  Ponâter^  C*éioic  peut' 


P  Kl  t  I  P  F  fc     I  V.  lif 

hf^e  moins  fur  ce  fait ,  que  fur  la  flé-^ 
rr idare  de  la  bulle  AufcuLtajili  ^  qu'on 
demandoic  une  réparation  authenti- 
que :  mais  Philippe  ,  foit  qu'il  n'o(at 
entreprendre  de  juftifier  ce  procédé  > 
cûtnmt  il  U  pouvoit ,  dir  M,  Bailler , 
foit  qu'il  voulut  ménager  le  pape» 
dont  il  recherchoit  Ancérement  Vami- 
tié  ,  fut  bien  aife  de  détourner  ce 
qu'il  7  avoir  d'odieux  dans  cette  ac- 
tion y  fur  ce  qui  étoit  arrivé  au  bref 
qui  regardoit  la  ville  de  Laon.  7^.  Que 
pour  les  droits  de  régale  ,  il  s'en  te- 
noie  i  l'exemple  de  faint  Louis ,  &  è^^ 
Rois  fes  prédéceflèurs  ^  que  Ç\  fes  ofK^ 
cier s  en  avoient  mal  ufé ,  il  étoit  prêt 
de  dédommager  les  intére0es  ;  qu'il 
avoir  fait  de  nouveaux  règlements  fur 
ce  point  â  la  requête  de  fes  fujets. 
to.  Qu'il  n'entendoit  point  empêcher 
Tufage  légitime  du  glaive  (pirituel  ; 
qu'il  étoit  au  contraire  difpofé  à  le 
fourenir  9  pourvu  que  le  clergé  ne 

Eaflat  point  les  bornes  que  le  droit  ic 
i  coutume  prefcrivent  ;  que  (i  par 
hazard  fes  officiers  avoient  commis 
quelque  excès  en  ces  fortes  de  matié* 
tes  ,  il  promettoit  d'en  faire  le  châti- 
ment. 9**.  Qu'en  changeant  le  prix  & 
la  qualité  des  monnoies  >  il  avoit  ufé 


^o  Histoire  de  France  , 
de  fon  droit  »  fondé  fur  la  coatume 
immémoriale  de  fes  prédéceflèurs  ; 
qu'il  a  donné  ordre  de  facisfaire  plei- 
nement ceux  de  fei  fujets  qui  en  ont 
pu  fouffrir  j  que  bientôt  on  n  enten- 
dra plus  aucune  jplainte  fur  cet  arti- 
de.  1  o°.  Qu'il  étoit  prêt  d'entrer  en  ac- 
commodement avec  réglife  de  Lyon  ; 
.que  tout  le  défordre  etoit  venu  de 
rarchevêque  ,  qui  avoir  négligé  de 
prêter  le  lerment  de  fidélité  j  qu'il  ne 
vouloit  rien  ufurper  fur  perfonne  , 
mais  qu'il  fçauroit  toujours  maintenir 
fes  droits  avec  vigueur.  Qu'au  refte  ^ 
il  ne  fouhaitoit  rien  plus  ardemment 
que  de  conferver  Tunion  qui  avoir 
toujours  été  entre  le  faint  Siège  &  la 
France  j  qu'il  fupplioit  fa  Sainteté  d'y 
coopérer  de  fon  côté  avec  la  même 
fincérité ,  fur-tout  de  ne  rien  entre- 
prendre fur  les  libertés ,  franchifes  , 
privilèges  y  &  induits  du  royaume  ; 
que  il  elle  n'étoit  point  contente  de 
ces  réponfes ,  il  confentoit  de  remet- 
tre tous  fes  intérêrs  entre  les  tnains 
des  ducs  de  Bourgogne  &  de  Bretagne  » 
à  qui  elle  avoit  propofé  elle*même  de 
s'en  rapporter, 
te  Pape  peu  Cette  réponfe ,  dit  M.  Fleuigr ,  étoit 
tZ7^onê:]  affez  réfpeftueufe  pour  un  Roi  ,  qui 

devoir 


Philippe    IV.        241 
ne  devoir  compte  à  perfonne  du  gou-  <i^Ura  le  mî 
vernement  de  Ion  Etat.  Toutefois  Bo-  "«^o»^'^»'*^ 
niface.n'en  fut  pas  content.    Il  trouve  ^^^^  ^^f^ 
quelle  contredit  des  vérités  certaines,  »*•**• 
qu  elle  ne  s'accorde  ni  avec  la  raifon  ^  >.  97/"  ^' 
ni  avec  l'équité,  quelle  n'eft  point  con- 
forme enfin  aux  a(!urances  qu'on  lui 
avoir  données  des  bonnes  difpofitions 
du  monarque.  C'eft  ainfi  qu'il  s'en  ejc- 
plique  dans  deux  brefs  qu'il  adreâa 
en  cetfe  occaiion  ,  l'un  au  comte  de 
Valois ,  l'autre  à  l'évêque  d'Auxerre, 
On  voit  encore  les  mêmes  expreffions 
d'humeur  &  de  mécontentement  dans 
une  buUe  ,  où  il  mande  au  cardinal 
Légat  de  répéter  au  Roi,  que  s'il  ne  ibid.p.jî.ys, 
prend  d'autres  voies  de  fatisfaire  le 
fairit  Siège ,  on  emploiera  contré  lui 
tous  les  foudres  fpirituels  &  tempo- 
rels. Enfin  il  éclata  ,  &  fon  miniftre 
reçut  ordre  de  déclarer  au  prince  Fran* 
çois,  qu'il  étoit  excommunié  j  de  dé-    iwd.p.^»^ 
fendre  fous  les  mêmes  peines  à  tout 

i>têtre  ou  p/élat  d^  célébrer  devant  lui 
es  faints  myftéres  j  de  publier  cette  / 
défenfe  par  tout  le  royaume  de  Fran-i> 
ce ,  &  d'enjoindre  au  P.  Nicolas  de 
l'ordre  de  iaint  Dominique  ,  confef- 
feur  du  monarque ,  de  venir  aux  pieds 
da  pape  j  ppur  y  rendre  compte  de  fa 
Tome  ni.      ,  L 


t^t     Histoire  de  FiU-ncé  , 
.  conduite  ,  ou  plutôt  de  la  confcience 
du  Roi  fon  pénitent.   Une  troifiéme 
bulle  datée  du  même  jour ,  commande 
au  Légat  d'avertir  ceux  du  clergé  Fran- 
çpis  5  qui  ne.  fe  font  point  trouvés  à 
ibid.p.  88.  Rome  le  premier  Novembre  de  l'an- 
née dernière  ,  de  ne  point  manquer 
d'y  comparoîcre  en  perfonne  dans  crois 
mois.  Les  archevêques  de  Sens  &  de 
Narbonne  y  font  expreffement  nom- 
més ,  ainfi  que  les  évêques  de  SoiiTons, 
de  Beauvais  ,  de  Meaux ,  &  l'abbé  de 
faint  Denis  :  la  peine,  s'ils  ne  fe  ren- 
dent point  à  l'affignation ,  eft  la  dépo- 
fition  &  la  privation  de  toutes  dignités 
eccléfiaftiques  :  peine  quils  encourront 
par  le  feut  fait.  On  nomme  auffi  les 
prélats  qu'on  veut  bien  difpenfer  de 
ce  voyage.  Ce  font  ,  outre  l'archevc- 
que  de  Rouen ,  les  évêques  de  Paris , 
d'Amiens ,  de  Langres  ,  de  Poitiers , 
&;  de  Bayeux  ,  pour  leurs  infirmités  j 
1  cvêque  d'Arras  ,  pour  le  zélé  &  la 
fidélité  qu'il  a  toujours  fait  paroître 
envers  le  faint  Siège  ;  &  l'éveque  de 
Laon ,  pour  les  différentes  pertes  qu'il 
a  effuyées.  Ceux-ci  profitèrent  d'une 
grâce  qu'ils  ne  detnandoient  peut-être 
pas:  ceux-là  mépriférent  des  mena- 
ces qu  ils  croyoient  injuftes  :  tous  de- 


Philippe  îV.  245 
tneûrérent  tranquillement  dans  leurs 
diocéfes. 

Un  certain  archidiacre  de  Coutan-    sonmcflà- 
ces,  &  Nicolas  Bonefrafto  ,  domef-  T^l  ruIiIî 
tique  du  cardinal  le  Moine  ,  furent  fa»fics. 
chargés    de  lui  apporter  ces    arrêts  ^^nu.  cmcs , 
fangianrs  jufques  dans  la  capitale  du  ^rhron.'acFr. 
royaume.  Une  commiflîon  u  odieufe   M<^t*dcshut. 
devoit  les  faire  trembler  :  elle  leur 
infpira  de  la  vanité  :  ils  eurent  l'îndif- 
crécion  d'en  faire  parade.  Le  Roi  en 
fut  averti ,  &  de  l'avis  de  fôn  confeil , 
fie  commandement  j  fes  officiers  d'ar- 
rêter les  téméraires  meflagers  ;  l*ô'fdre 
fut  exécuté  ,  l'Archidiacre  &  Bene- 
frado  enfermés  dans  une  étroite  pri- 
fon  a  Troyes  en  Champagne  ,  &  les 
foudres  de  Rome  confifqués  au  mo« 
ment  qu'ils   fembloient  devoir  tout 
embrafer.  On  faiiît  auflî  quelques  prê- 
tres ,  à  qui  l'imprudence  de  ces  aeux 
hommes  avoir  laifTé  prendre  des  copies 
de  toutes  les  bulles  dont  ils  étoienc 
porteurs^,  &  qui  s'en  fervoient  déjà 

ijour  foulever  le  peuple.  On  juge  de 
a  confternation  du  Lcgat  à  la  nouvelle 
de  cette  détention  :  il  n'oublia  rien 

Siour  obtenir  leur  élargiffement.  Mais 
e  Roi ,  outré  du  peu  de  iîncérité  du 
Pape  y  n'étoit  plus  dans  des  di^ofi* 

Lij 


144  Histoire  dé  Franch  ,  v 
tions  fi  favorables  :  il  fit  effuyer  ^u 
miniftre  Romain  cous  les  genres  de 
mortifications.  Cétoit  trop  fans  dou- 
ce ,  pour  un  'homme  de  ce  mérite  » 
mais  beaucoup  moins  encore  que  ne 
méritoit  Boniface  par  des  entrepri- 
fes  toujours  très-choquantes  pour  des 
princes  ,  qui  ont  quelque  fentimenc 
de  leur  grandeur.  On  refufa  de  lui 
donner  main-levée  des  bulles  qu*on 
vt.  du  difF.  avoir  faifies  :  on  renouvella  fous  fes 

^  ^^  yeux  TEdit  qui  confifque  le  cemporel 

des  eccléfiaftiques  ,  qui  s'étoient  ren- 
dus à  Rome  ;x)n  afficha  jufque  fur  les 
murs  de  faine  Martin  de  Tours  ,  oà 
il  s'étoit  retiré  ,  Tordre  qui  convo- 
quoit  une  aflemblée  générale  de  tous 
les  Etats  du  royaume  contre  les  atten- 
tats du  Pape  (on  maître.  Humilié  de 
tant  de  mauvais  traitements  qu'il  juC 
tifioit  peut-être  dans  Ton  cœur ,  fati- 
gué de  fe  voir  environné  de  gardes  qui 
obfervoient  toutes  fes  démarches ,  il 
prit  le  parti  de  retourner  à  Rome  : 
réfolution  qu'il  exécuta  avec  tant 
d  égards  &  de  ménagements  pour  les 
deux  puiflances ,  qu'il  fçut  plaire  au 
Pontife  fans  déplaire  au  Roi  ,  &  fit 
approuver  fa  conduite  à  tous  les  deux, 
îl  aonnc  le     Boniface    cependant  ne   comproit 

fZZ^Uih.  p5  tellement  fur  ces  foudres ,  tou- 


?e 


1^  H  I  t  1  P  ^  E     IV.  14Î 

jours  fans  force  ,  &  par  conféquent  J'Auttiche  , 
moins  redoutables ,  lorfqu'ils  ne  fotw:  "^"^  ^^  *^^^"^*'' 
point  lancés  par  la  main  de  la  juftice ,  n.Tp"io.jL* 
mil  ne  cherchât *d*autrcs  moyens  de 
e  fortifier  contre  la  puiflànce  de  Phi- 
lippe. On  a  vu  qu'il  s'étoit  déclaré 
vivement  contre  Albert  d'Autriche  , 
qu'il  traitoit  de  fujet  rebelle  ,  &  de 
meurtrier  du  roi  Adolphe.    Mais  les 
fervices  qu'il  en  efpéroit  dans  fes  dé- 
mêlés avec  le  Roi ,  lui  firent  bien- tôt 
changer  de  langage  :  après  lui  avoir 
prodigué  les  excommunications  ,  il 
lui  prodigua  les  bénédictions.  Alors 
il  fupplée  par  la  plénitude  de  fa  puif- 
fance  à  l'irrégularité  de  l'éleârion  de 
ce  Prince  :  il  porte  la  faveur  plus  loin 
encore  3  il  lui  donne  le  royaume  de 
France  ,  qu  il  prétend  appartenir  de 
droit  aux  Empereurs  ;  royaume  trop   uiti  de  Fr. 
tcau  f  dit  Mezeray ,  pour  être  enfermé^ iS^x^xh^^îk. 
dans  un  morceau  de  parchemin.  C'eftp.iu,^*^"^**' 
ainfi  ,  remarque  un  célèbre  moderne^ 
que  l'intérêt  jchange  Tes  démarches  , 
êc  employé  à  fes  fins  le  facré  &  le 
prophane.  On  aflure  qu'Albert  acheta 
chèrement  cette  réconciliation  ;  qu'il 
reconnut  tenir  du  Pape  la  puidànce 
du  glaive  matériel  ^  qu'il  lui  fit  fer- 
m^nt  de  fidélité  y  qu'il  lui  promit  fe- 

L  iij 


14^  Histoire  de  Francî,>^ 
cx>urs  contre  toiw  fes  ennemis  j  qu'il 
s'engagea  même  de  leur,  faire  la  guerre, 
s'il  Pordonnoit.  Mais  en  même-tenas 
on  lui  fait  répondre  ,  qu'il  acceptera 
la  couronne  de  France ,  fi  1g  Pontife 
veut  aflurer  dans  fa  maifon  la  fuccef- 
fion  héréditaire  à  l'Empire  :  c'étoit  lui 
dire  refpeftueufement ,  que  l'un  éroit 
au(n  peu  poffible  que  l'autre*  On  fait 
le  même  honneur  au  roi  d'Angleterre  , 
qui  probablement  l'auroit  moins  mé- 
rité ^  fi  les  embarras  qu'il  avoir  chez 
lui ,  n'euflent  formé  un  ôbftacle  in- 
vincible à  fon  ambition. 
AfTembUe  de  Le  Roi  informé  de  tott£  ce  qui  fe 
r  riyaum"  P^A^ûit  à  la  cour  dc  Rome  ,  vie  bien 
pr.  du  difF  qo^  Boni&ce  donnant  dans  toutes  lés 
y.««i.&fah.  extrémités,  il  ne  falloit  plus  le  ména- 
ger. U  avoir  convoqué  une  aiïeiliblée 
générale  de  tous  les  ordres  du  royau- 
'  me  :  elle  fe  tint  le  i  j  juin  dans  fon 
château  du  Louvre.  Là ,  Louis,  comte 
d'Evreux ,  frère  du  monarque  ,  Gui 
comte  de  Saint-Paul ,  Jean  comte  de 
Dreux ,  Se  Guillaume  de  Plafian  {a) , 

(a)  C*cft  mal  à-propos  que  tous  nos  modernes  le 
noramenc  Guillaume  du  Ple/I^s.  Il  eft  cerrain  que 
celui  qui  eft  appelle  Guillelmus  de  PUffciano  ,  dominus 
yicenobrii ,  miles  ,  eft  le  même  qui  cft  nommé  GmlleU 
tniis  de  Playpano  ,  dominns  de  Vicenobrio  y  mites  , 
«Uns  Taâe  d'appel  des  communes  du  CarcaCrn.*  U 


P  M'I  t  I  P  P  E     IV.  247 

chevalier  leigneur  de  Vezenobre ,  re- 
préfentérenc  que  la  république  chré- 
tienne écoic  en  grand  danger  fous  la 
conduite  de  Boniface  j  qu'il  étoit  tout 
couvert  de  crimes  ,  [  ce  qu*  ils  jurèrent 
furies  Evangiles']  j  qu'il  itnportoit  gran- 
dement de  pourvoir  TEglife  d'un  paf- 
teur  légitime  j  que  le  Roi  ,  comme 
champion  de  la  foi  ,  étoit  obligé  de 
procurer  la  tenue  d'un  concib  géné- 
ral ;  que  les  Prélats ,  comme  les  co- 
lonnes de  la  religion»  &  les  nobles» 
comme  les  braves  d'Ifraël  ,  devoîenr 
concourir  unanimement  à  une  fi  bon- 
ne œuvre.  Les  évêques  répondirent 
qu'une  affaire  de  cette  importance  de- 
mandoit  une  mure  délibération ,  &  fe 
retirèrent. 

Le  lendemain  Guillaume  de  Pla-    Accufation 
fian ,  en  préfence  du  Roi  ^  des  prélats  GuiUaarne^dé 
&  des  feigneurs ,  lut  un  écrit  ,  où  il  tiafian. 
avançoit  contre  le  Pape  des  chofes  fî        ^"'^* 
fortes ,  que  bien  loin  de  les  croire  ,  on 
n'ofe  prefque  en  parler.  Il  l'accufoit 
w  de  nier  l'immortalité  de  l'ame  ,  & 
w  la  vie  éternelle  ;  de  foutenir  que 
»  tout  le  bonheur  de  l'homme  con-  • 

eft  encore  fait  mention  de  lui  dans  plufîîurs  autres 
a^es  femblables  :  partout  il  eft  appelle  de  Plafiano^ 
de  Plaifance ,  ou  de  PUjian  ,  jamais  du  Plcflis.  Voycx 
Jiift.  de  Lang.  tom.  4.  noce  1 1.  p.  n4* 

L  iv 


148  Histoire  de  France, 
M  fiftoic  dans  les  joies  de  ce  monde  ; 
»  aue  par  conféquent  les  plaifirs  des 
»  iens  ne  font  point  des  péchés  ;  de 
9>  douter  de  la  réalité  du  corps  de  J.  C. 
»  dans  TEuchariftie  y  dé  traiter  la  for- 
»y  nication  de  bagatelle  j  d'avoir  dit 
»  que  pour  abailTer  le  Roi  &  les  Fran- 
»  çois  ,  il  fe  précipiteroit ,  &  tout  le 
M  monde,  &  toute TEglife  j  d'être  for- 
*•  cier  ,  d'avoir  un  démon  familier , 
»*  de  confulter  les  devins  j  d'avoir  prê- 
»i  ché  publiquement  que  le  Pape  ne 
9»  peut  commettre  de  fimonie ,  ce  qui 
*»  eft  une  héréfîe  j  de  femer  la  difcor- 
»  de  &  la  guerre  par  tout  l'univers 
»  chrétien  ^  d'appeller  les  François 
j#  Patarins  ,  parce  qu'ils  ne  veulent 
M  pas  donner  dans  Tes  erreurs  ;  d'être 
w  notoirement  fouillé  du  péché  con- 
»»  tre  nature  j  d'avoir  fait  frapper  en 
9»  fa  préfencc  plufîeurs  clercs  ,  qui  en 
»  font  morts  5  d'avoir  contraint  quel- 
»  ques  prêtres  à  lui  révéler  les  confef- 
»  fions  y  qu'il  a  depuis  publiées  ;  de 
w  n'obferver  ni  les  jeûnes ,  ni  les  abfti- 
i»  nences  de  TEglife ,  mangeant  de  la 
w  viande  indifféremment  en  tout  temy, 
«  &  fans  caufe ,  foutenant  qu'il  n'y  a 
»  point  de  pçché  j  de  déprimer  les  cac- 
»  dinaux>  les  moines  noirs  ôc  blancs, 


Philippe  IV.  249 
V)  &  les  ordres  des  frères  Mineurs  ôc 
»  Prêcheurs ,  difant  qu'ils  perdent  le 
«  monde  j  que  ce  font  des  hypocrites  ; 
»  que  jamais  il  n'arrivera  de  bien  à 
»»  celui  qui  fe  confefle  à  eux ,  ou  qui 
»  les  retient  chez  lui  j  d'avoir  dit  plu- 
>*  fleurs  fois  ,  qu'il  aimeroit  mieux 
y9  être  chien  ,  que  '  François  ,  &  de 
w  s'être  vancc ,  avant  qu'il  fût  Pape  , 
M  que  fi  jamais  il  parvenoit  au  fouve- 
9>  rain  pontificat,  il  ruineroit  toute  la 
3>  chrétienté  ,  ou  détruiroit  la  fierté 
»  Françoife  j  de  n'avoir  épargné  ni 
i>  démarches ,  ni  argent ,  pour  empê- 
M  cher  la  paix  avec  1  Angleterre ,  pour 
"  engager  Frédéric  cjui  tient  la.Sicile , 
)>  à  exterminer  le  roi  de  Naples  avec 
>9  tous  fes  François ,  &  pour  commet- 
99  tre  avec  Philippe^l'Empereur  Albert, 
»  dont  il  n'a  confirmé  Téleftîon  que 
»  dans  le  deffein  de  s'en  fervir  pour 
»  écrafer  la  nation  Françoife  ,  nation 
w  fuperbe  ,  qui  dit  qu'elle  n'eft  fou- 
♦*  mife  à  perfonne  pour  le  temporel , 
•»  ^ui  en  a  menti  par  ta  gueule  ,  &  qui 
»»  par- là  même  mérite  d'être  frappée 
9>  ce  tous  les  ânathémes  ,  ainfî  que 
»  quiconque  foutient  la  même  choie  y 
»  fut-ce  un  ange  defcendu  du  ciel  j 
V  d'être  la  caufe  de  la  ruine  de  U 


3> 

99 


2.50  Histoire  de  France  , 
*>  Terre-fainte ,  qu il  aperdue  par  fon 
„  avance ,  en  divertiffanc  les  deniers 
3,  deftinés  à  la  fecourir ,  pour  enricK'- 
3,  fes  parents  ,  leur  acheter  des  mar- 
3,  quifats  ,  des  comtés ,  des  baronies , 
&  leur  élever  des  palais  &  des  châ- 
teaux ^  d'avoir  rompu  plufieurs  ma- 
,,  riages  légitimes ,  entre  autres  celui 
„  de  fon  neveu  ,  homme  fort  ignp- 
,,  rant  &  digne  à  peine  de  l'air  qu'il 
3,  refpire  ,  qu  il  a  cependant  honoré 
5,  de  la  pourpre  Romaine  ,  ne  lailîant 
„  que  le  cloître  &  le  voile  à  fa  mal- 
3,  heureufe  nièce ,  qu'il  a  féduite  de- 
3,  puis ,  &  dont  il  a  eu  deux  bâtards  ; 
3,  enfin  d'avoir  fait  mourir  le  faint 
3,  pape  Celeftin  o.  Il  étoir  bien  vrai 
que  par  fon  ordre  ,  Celeftin  avoit  été 
lire  par  force  de  fon  hecmit^e  f  & 
mis  aans  une  prifon ,  où  il  étoic  mort 
après  dix  mois  d'incommodités  5  de 
mauvais  traitements  Se  de  foufftan- 

Ces  accufations   fembloient   aller 

(a)  Voyez  Bail.  rom.  i  y.  j>.  49^.  Le  lieu  ou  Boni- 
face  avoiftnfetmé  Celeftin  ,  etoit  fi  ferré ,  que  la  Doit 
ea  dormant ,  il  avoit  la  tête  au  même  endroit  cà  il 
pofoit  fes  pieds  le  jour  en  difant  la  méfie.  Les  Frères 
de  fon  ordre  qu'on  lui  donnoit  pour  célébrer  avec  lui 
Toffice  divin,  ne  pouvoîent  foutenir  loilg-tems  Icshor- 
"reurs  d'une  prifon  fi  étroijce  :  on  Us  en  tiroir  malades  j 
âa  d'autres  leur  fuccédoient. 


Philippe    IV,        251 
trop  loin  ,  &  fortir  de  la  vraifTem-     Appel  du 
blance:de  Plafian  néanmoins  protefte  f^^^^^  ^^Z 
qu'il  ne  s'y  eft  porté  par  aucune  haine  Pape  futur. 
particulière  contre  Boniface  ^  mais  par  ibia.  p.  107 
zélé  pour  le  bien  de  l'Eglife ,  jure  fur 
les  livres  facrés  qu'il  le  croit  héréti- 
que ,  s'offre  de  prouver  dans  ufi  con- 
cile tout  ce  qu'il  avance  contre  lui, 
fupplie  le  Roi  &  les  prélats  de  procu- . 
rer  la  convocation  de  cette  a(femblée 
générale ,  appelle  à  ce  fynode  fi  né- 
celTaire  ,  au  Pape  futur  ,  &  au  faine 
Siège  >  de  toutes  les  pourfuites  qu'on 
pourroit  faire  contre  lui ,  &  déclare 
qu'il  adhère  aux  procédures  de  GuiU 
laume  de  Nogaret.   Âudî-tôt  le  Roi 
fait  lire  fon  afte  d'appel.  Il  porte  en 
fubftance  ,  qu'après    avoir   entendu 
Nogaret  &c  de  Plaiian  ,  il  eft  d'avis  de 
convoquer  un  concile ,  où  il  prétend 
afSfter  en  perfonne  ^  promet  de  le 
procurer  de  tout  fon  pouvoir  j  prie 
inftammenc  les  prélats  d'y  travailler 
de  leur  côté  ,  &  cependant  appelle 
au  futur  concile  &  au  Pape  futur,  con- 
tre tout  ce  que  pourroit  attenter  celui 
qui  Siège  maintenant  au  gouverne** 
ment  de  l'Eglife.  Ce  reméce  même,  Eflaîfuri*hrft. 
4it  un  de  nos  plus  célèbres  Ecrivains,  p.'isél^*^'*' 
tênoit  un  peu  de  la  foiblefle.  Car 

L  vj 


i$i     Histoire  de  France,' 
appellec  au  Pape  ,  c*étoit  recomioître 
fon  autorité  ^  &  quel  befoin  les  hom- 
mes ont-ils  d'un  concile -&  d'un  pape,  ' 
pour  fçavoir  que  chaque  gouverne- 
ment eft  indépendant ,  &  que  pour  le 
temporel  on  ne  doit  obéir  qu'aux  lois 
de  la  patrie  ? 
Appel  du      Les  Evèques  ,  les  Abbés  ,  6c  les 
^TI«'cu"PJ^î«"«  ».  ne  s'oppoférent  point  à  la 
&i.  convocation  d'un  cc^ncile ,  dirent  hau- 

tement que  cela  étoit  néceïïake  pour 
la  juftiBcation  du  Pape  ,  formèrent 
auflî  leur  appel  dans  la  même  forme , 
mais  en  même  tems  déclarèrent  qu'ils 
ne  vouloieht  point  fe  rendre  parties 
contre  le  Pontife.  On  en  comptoit 
trente-neuf  :  cinq  archevêques  ,  ceui 
de  Nicofie  ^  de  Rheims ,  de  Sens  >  de 
Narbonne ,  &  de  Tours  j  vingt  &  un 
cvêques,  ceux  de  Laon ,  de  Beauvais» 
de  Châlons-fur-Marne ,  d'Auxerre  ^  de 
Meaux  ,  de  Nevers ,  de  Chartres  , 
d'Orléans  y  d'Amiens ,  de  Terouerine , 
dont  on  a  depuis  compofé  Saint-Omer , 
Boulogne  &  Ypres,  de  Senlis,  d'An- 
gers ,  d'Avranches  ,  de  Coutances , 
d'Evrçux  ,  de  Lizieux ,  de  Seez ,  de 
Clcrmont ,  de  Limoges  ,  du  Puy  y  & 
de  Mâcon  ;  onze  abbés ,  ceux  de  Clu^ 
ni ,  dç  Prémontré ,  de  Marmoutiers , 


PhÏ  t  IPPE    I V,  25  f 

de  Cîteaox ,  de  Saint- Deni« ,  de  Com- 
piegne  ,  de  faint  Viélor  ,  de  fainte 
Geneviève ,  de  faint  Martin  de  Laon  , 
de  Figeac ,  de  Beaulieu  dans  le  Limou- 
fin  }  &  deux  Prieurs ,  celui  de  faint 
Martin-des-champs,  &  frère  Hugues , 
religieux  commis  pour  vifiter  en  Fran- 
ce les  maifons  des  Templiers  &  des 
Hofpitaliers  de  farnt  Jean  de  Jérufa- 
lem.  Ici  M.  Fleury  remarque  le  refpedl  .J^f^-  ^«'^f; 
des  évcques  &  de  tout  le  clergé ,  qui    '^'^  ^'^*' 
laiflerent  aux  Laïques  le  perlonnage 
d  accufateurs  contre  Bonitace ,  &  ne 
confentirent  à  la  convocation  du  con- 
cile que  par  la  néceflîtè  des  maux  de 
l'Eglife.  Il  n'avoit  pas  vu  fans  doute  le 
diicours  où  Gilles  Aycelin  ,  archevê-^^a^»^»^^  j»« 
Que  de  Narbonne  ,  produit  dix  chefs  ?Tïi." 
aaccufation  contre  le  Pontife  ,  les 
mêmes  à  peu  près  qu'avoit  produits 
Guillaume  de  Plafian ,  finon  qu'il  lui 
reproche  de  plus  d'avoir  féduit  deux 
de  fes  nièces  mariées  ,  &  d'en  avoir 
eu  plufieurs  enfants  :  ce  qui  lui  donne 
occafion  de  s'écrier  allez  plaifamment  : 
9  pin  irh'fécond  ! 
Onfe  raflfembla  le  lendemain  quinze  AdhérîojKîe 

j  A  •        »  /i  *■  tous  les  ordr. 

eu  même  mois.  Les  prélats  ,  par  un  du  royaume  à 
aûe  particulier  fcelié  de  trente-deux  "'^•'^pp^*- 
fceaux,  promirent  d'aflSfter  le  Roi  de 
tout  leur  pouvoir ,  &  de  ne  point  s'en 


254  Histoire  de  France  i 
pr.  du  dîff.  féparer  ,  quelques  foudres  que  Bonî- 
p.^ lit  IM4'  £-^^ç  pA^  lancer  contre  fa  perfonne  fa- 
crée ,  quand  même  il  prononceroit  la 
dèpoCcion ,  ou  abfolucion  du  ferment 
de  fidélité.  Philippe  de  fon  coté  >  la 
reine  Jeanne  de  Navarre  fa  femme  , 
&  les  princes  leurs  enfants ,  promirent 
leur  protection  au  clergé  ,  à  la  no- 
bleife ,  à  tous  ceux  «qui  avoient  donné 
leur  confentement  à  la  convocation  du 
concile  :  ce  qu'ils  firent  jurer  fur  leurs 
âmes  par  le  comte  de  Saint-Paul.  Auffi- 
tôt  le  monarque  envoya  des  commif- 
fairesdans  les  provinces,  pour  y  fol- 
liciter  &  recevoir  ladhéfion  à  Tappel 
interjette  par  les  Etats,  Déjà  il  avoit 
ibTd,p.iî7  obtenu  celle  du  chapitre,  de  Tuniver- 

l0*     XI*    JX7*  * 

«te-  fîté ,  &  des  frères  Prêcheurs  de  Paris  : 

bien-tôt  il  eut  plus  de  fept  cents  aâes 
femblables ,  tant  des  archevêques  & 
évêques  qui  ne  s'étoient  pas  trouves  à 
raflTemblée  ,  que  des  chapitres  de  ca- 
thédrales &  collégiales  ,  des  abbés , 
f)rieurs  ,  abbedes  ,  religieux  de  tous 
es  ordres  ,  des  univerntés ,  des  vil- 
les, des  communautés ,  des  princes, 
&  des  feigneurs ,  non-feulement  del 
France  %  mais  encore  de  Navarre.  Ow 
îbid,p.ii9.  vit  même  des  Cardinaux  parmi   lei 
défenfeurs  de  la  caufe  de  Philippe  :  oi 
len  compte  neuf ,  qui  acquiffcérent 


iji 


Philippe  IV.  25 j 
la  demande  d'un  concile,  approuvèrent 
les  dedeins  du  monarque ,  aucoriférent 
fes  pourfuites.  Mais  on  ne  doit  pas 
diflimuler  qu'alors  ils  n'avoienc  plus 
rien  à  redouter  de  Boniface,  qui  n'exif-  . 
toit  plus.  On  remarque  encore  que 
dans  une  û  prodigieufe  multitude  d'ac« 
ces ,  il  ne  s  en  trouve  pas  un  feul  qui 
ne  porte  c^s  deux  claufesl  i®.  m  Que  Eaiii  p-iç»» 
w  ceux  qui  les  font  ,  fe  foumettencDupuy,?.!?. 
w  avec  toutes  les  perfonnes  qui  dépen- 
93  dent  d'eux  ,  à  la  proteâion  de  TE- 
M  glife  y  du  concile  ,  &  autres  qu'il 
w  appartiendra  ,  en  ce  qui  concerne 
»  le  fpirituel  feulement  :  2^.  Que  le 
u  Roi  a  reçu  de  Dieu  la  puiflance  pour 
9>  la  défenfe  Se  l'exaltation  de  la  Foi , 
9>  &  que  les  prélats  font  appelles  pour 
99  partager  les  mêmes  foins  «• 

Nogaret,  lors  de  ce  grand  parle-  Nouveiiff 
tnent  9  étoit  en  Italie  ,  où  U  Roi  lui  cnrreptifcs 
envoya  la  réfolution  de  l'aflèmblée  Z"^"^'- 
avec  ordre  de  la  fignifier  au  Pape ,  ôc 
àe  la  publier  dans  Rome.  Il  attendit 
<^ue}qaes  jours ,  efpérant  que  le  Pôn- 
cife  inftruic  d'ailleurs  de  ce  qui  venoit 
de  fe  pafler  en  France  ,  rentreroit  en 
lui-même ,  &  prendroit  enfin  lès  voies 
de  la  douceur.  Mais  bien-tôt  il  apprit 
qu'il  s'étoit  retiré  à  Agnanie ,  lieu  de  fa 


1^6  Histoire  de  France  , 
naiflânce ,  où  il  croyoit  être  plus  e# 
fureté ,  &  trouver  plus  de  facilité  à  la 
vengeance  qu'il  méditoit.  Il  y  tint  un 
grand  confiftoire  ,  où  après  s'être  pur- 
gé par  ferment  des  crimes  qu'on  Ici 
imputoit ,  il  fulmina  quelques  bulles  ^ 
qui  n'étoient  encore  que  les  préludes 
des  fanglants  arrêts  qu'il  préparoit. 
pr.  du  diff.  L'une  eft  une  apologie  ,  non  de  fes 
^'^^^'  mœurs  ,  mais  de  fa  foi ,  une  déclara- 
tion que  le  concile  général  ne  peut 
être  adèmblé  fans  lui  ,  une  menace  en 
un  mot  de  procéder  vivement  contre 
le  Roi  ,  malgré  fon  frivole  appel- ^ 
ny  ayant  rUn  ,  dit-il ,  de  plus  grand 
p.  i6x.  que  lui ,  ni  même  d^égal  à  lui,  Uaurre 
eft  une  inveftive  contre  Gérard  arche- 
vêque de  Nicofie  ,  un  reproche  fatv- 
glant  d'ingratitude  ,  un  interdit  de 
radminiftrarion  de  tous  les  biens  tant 
fpirittiels  que  temporels  de  fon  Egli- 
fe.  Une  troifiéme  ôte  à  tous  les  corps 
eccléfiaftiques  de  France  le  droit  des 
Fi  1^$.  élections  :  une  quatrième  prive  les 
univerfitcs  de  grades  &  du  droit  d'en- 
feigner  :  comme  s'il  révoquoit  des  grâ- 
ces qu'il  eût  données. 

Peu  content  d'avoir  frappé  ces 
fÇrands  coups  ,  il  avoir  réfolu  de  pcir- 
blier  le  huit  de  feptembre  une  der- 


Philippe  IV.  157 
nicre  bulle  ,  ou  après  avoir  fait  un 
un  long  détail  de  la  conduite  qu'il 
avoit  tenue  avec  le  Roi ,  &  dts  pro- 
cédés de  ce  Prince  à  fon  égard  >  il  dit, 
»  que  ,  comme  vicaire  de  J.  C.  il  a  le  p*  ''** 
»  pouvoir  de  gouverner  les  Rois  avec 
«  ta  verge  de  fer ,  &  de  les  brifer  com- 
»  me  des  vafes  de  terre  :  mais  que 
M  comme  un  bon  père  ,  il  fe  contente 
»  d'ufer  d'une  correârion  falutaire  : 
«*  €yx*en  conféquence  ,  il  déclare  Phi- 
»  lippe  excommunié ,  pour  avoir  em- 
vt  jpeché  les  prélats  de  fon  royaume  de 
M  le  rendre  àRome ,  incapable  de  con- 
»  férer  aucun  bénéfice ,  quand  même 
»il  eu  auroit  eu  quelque  droit  ,  in- 
t>  habile  à  commander  par  foi  ou  par 
I»  autrui  :  qu'il  délie  tous  fes  vafTaux 
a  Se  fujets  de  leur  ferment  de  fidélité  : 
M  que  par  l'autorité  fouveraine  qu'il 
w  a  reçue  de  Dieu ,  il  leur  défend  lous 
9»  peine  d'anatheme  de  lui  obéir  &  de 
»  lui  rendre  aucun  fervice  :  qu'il  caflè 
.  »>  &  annuUe  tous  les  traités  de  ligue  oa 
w  confédération  qu'il  pourroit  avoir 
w  faits  avec  d'autres  prmces  :  qu'il  l'a- 
'  sertit  enfin  de  trembler  à  la  vue  de 
i  l'arc  préparé  pour  le  percer ,  de  ren- 
M  trerious  le  joug  d'une  obéiflance  lé- 
»»  gitime  ^  &  de  recoutii:  à  la  mii^ri- 


x^i  Histoire  db  France, 
•»  corde  du  Seigneur  ,  s'il  veut  éviter 
M  un  châtiment  encore  plus  rude  «  : 
châtiment^qui  ne  peut  être  que  la  dé- 
pofition  ,  ce  qu'il  ne  dit  pas  néanmoins 
exprefTément ,  mais  ce  qu'il  fait  aflfez 
entendre. 
Le  Roi  le  Philippe  y  pour  le  malheur  du  Pape , 
fait  eaicver.  ^^^^^  mieux  ptis  fes  mefures.  Déter- 
miné à  le  traiter  comme  un  prince 
temporel  qui  lui  faifoit  la  guerre, il 
avoit  formé  le  deSein  de  le  furpren- 
dre ,  de  l'enlever  »  de  le  conduire  à 
Lyon ,  &  de  le  faire  dépofer  dans  un 
concile  général.  Nogaret  &  Sciarra 
Colonne  fe  chargèrent  de  Tentreprife, 
Tous  deux  paflTérent  en  Tofcane  avec 
beaucoup  d'argent ,  &c  répandirent  le 
bruit  qu'ils  venoient  traiter  de  la  paix 
avec  le  Pontife.  Ils  s'arrêtèrent  au  châ- 
teau de  Staggia  près  de  Sienne  ,  cor- 
ronipirent  par  leurs  largeffès  beaucoup 
de  feigneurs  des  environs ,  enrôlèrent 
fecrètement  un  grand  nombre  de  fol- 
dats ,  qui  la  plupart  avoient  fervi  dans 
l'armée  du  comte  de  Valois ,  lorfqu'il 
commandoit  en  Italie ,  &  leur  don- 
nèrent ordre  de  fe  rendre  à  certain 
jour  &  à  certaine  heure  fous  les  murs 
d'Agnanie.  Tout.ètant  prêt  pour  l'exé- 
cution ,  Nogarer  &  Colonne  s'appro- 


V  itîiipvt    IV.        259 

cWrcnt  de  la  ville  à  la  pointe  du  jout 
le  feptiéme  de  Septembre  ,  trouvè- 
rent les  portes  ouvertes ,  y  entrèrent 
en  arborant  l'étendart  François  ,  & 
criant ,  meure  le  pape  Boniface  ,  vive  joan.vîn»». 
U  Roi  de  France.  Ils  croyoient  aller  ^'^'^  *^** 
d'abord  au  palais  du  Pontife  \  mais  ils 
furent  obligés  de  forcer  auparavant 
celui  du  marquis  de  Caïetan  fon  ne- 
veu ,  &  ceux  de  trois  ou  quatre  car- 
dinatu  qu'ils  firent  prifonniers  ,  après 
avoir  pillé  leurs  maifons.  Nogarec 
allarmé  de  cette  réiîftance  ,  craignit 
qu'elle  n'eût  At%  fuites  fâcheufes.  Il 
s'avance  vers  la  place  publique ,  efcor- 
té  de  quelques  cavaliers  %  fait  fonner 
la  cloche ,  aflemble  les  principaux  ha-  pr.  du  difir. 
bitants ,  leur  déclare  que  fon  deflTein 
ne  tend  qu*au  bien  de  l'Eglife ,  &  les 
conjure  de  fe  joindre  à  lui.  Les  bour- 
geois entraînés  par  fon  éloquence  ^ 
corrompus  par  fon  argent  ,  courent 
aux  armes  j  &  fous  le  commandement 
d'Arnulfi  ,  l'un  des  premiers  barons 
Romains,  fici'ennemi  mortel  du  pape, 
vont  aifiéger  le  palais  de  concert  avec 
Colonne. 

Boniface  furpris  ou  par  unefécurité  jonn.  viiiaui* 
trop  prifomptueufe ,  ou  en  punition  de  '   ' 
fis  grands  péchés  ,  abandonné  d'une 


léù     HistdiRE  DE  France, 

farcie  des  oflîciers  de  fa  maifon ,  ttabî 

par  fes  propires  concitoyens  ,  oublia 

la  fierté  naturelle  j  &  s'abaiffa  jufqu  à 

demander  iitiè  trêve  ,  qui  ne  lui  fut 

accordée  que  pour  quelques  heures. 

ywACiûgh.  Il  employa  ce  tems  à  iolliter  le  peuple 

iuft.aa.i303.   1,*    *.*'         r   c     '  .rr*' 

a  Agname  en  la  taveur  :  mais  toutes 

fes  promefles  ne  purent  ramener  une 
populace  animée  par  fon  chef,  &  fé- 
duite  par  Tappas  d'un  prodigieux  bu- 
tin. Alors  il  envoya  priçr  Sciarra  de 
lui  donner  par  écrit  ce  qu'il  defiroit 
de  lui.  Le  fier  Italien  trop  fenfîble  au 
plaifir  de  la  vengeance  ,  lui  fit  dire 
qu'il  ne  lui  accordoît  la  vie  qu'à  deux 
conditions  ;  la  première ,  qu'il  réta- 
bliroit  les  deux  cardinaux  Colonnes  j 
la  fécondé  ,  qu'il  renonceroit  à  la  pa- 

J>auté.  Confterné  de  ces  demandes  , 
e  Pontife  jetta  un  profond  foupir  ,  & 
s'écria  ,  ah  !  que  une  propojition  tft 
dure!  Ceft  tout  ce  que  la  colère  & 
l'indignation  lui  permirent  de  répon- 
dre, Il  avoir  le  cœur  fi. ferré ,  qu'il  pa- 
rut quelgue-tems  avoir  perdu  la  pa- 
role. Puis  tout-â-coup  fe  furmontant 
lui-même  ,&  reprenant  cette  hauteur 
d'ame  qui  fembloit  l'avoir  quitté  , 
Fdix  oS  il  ,dit  :  o  Puifque  je  fuis  trahi  comme 
M^'ff-  p.  1^0,  w  le  Sauveur  4u  monde  ,  &  livré  in- 


I*  M  I   L  I  î>  P  E     IV.     *     l6l 

»  dignement  entre  les  "mains  de  mes 
»»  ennemis ,  pour  être  mis  à  mort ,  au 
»  moins  je  mourrai  Pape  «.  Auffi-tôc 
il  fait  mettre  fur  fes  épaules  le  man* 
teau  de  faint  Pierre ,  fur  fa  tête  la  tiare 
ou  bonnet  pontifical ,  auquel  il  avait 
ajouté  une  féconde  couronne  ,  pour 
Cgnifier  les  deux  puiflances ,  &  renant 
à  la  main  la  croix  Se  les  clefs  ^  il  s'ailied 
gravement  fur  fon  trône. 

La  trêve  étoit  finie  :  bien- tôt  Tatta-'  ^es  rré'brs 
que  recommença  avec  plus  de  fureur 
que  jamais.  La  cathédrale  d'Agnanie 
formoit  une  efpéce  de  rempart  qui 
fervoit  de  défenfe  au  palais  :  Sciarra  y 
fit  mettre  le  feu ,  &  s'ouvrit  un  paflage 
d  travers  les  flammes.  Le  marquis  de 
Caïetan ,  réduit  aux  feules  forces  de 
fa  maifon ,  vit  bien  qu'une  plus  lon- 
gue réfiftance  ne  pouvoit  être  que  dan- 
gereufe  :  il  capitula ,  &  fe  rendit  pri- 
fonnier ,  lui ,  les  fils  &  fes  gens  ,  fans 
autre  condition  que  la  vie  fauve.  Les 
portes  du  château  furent  enfoncées, 
&:  les  tréfors  de  Boniface  demeurèrent 
expofés  à  l'avidité  d'une  foldatefque 
effrénée.  Ce  fut  en  vain  que  Nogaret  ^^"^Ij^  **^* 
qui  avoit  de  bonnes  vues  ,  employa 
folUcitations  ,  prières  ,  &  menaces  , 
pour  empêcher,  &  la  violence ,  &  le 


1^1  '  Histoire  de  France, 
faccagement  :  il  ne  fiic  point  écouté. 
On  pilla  les  coffres  du  Pontife  :  on  fit 
main- baflfe  fur  fa  tréforerie  ,  où  Ton 
trouva  tant  d'argent ,  de  pierreries , 
de  meubles  précieux ,  qu'au  rapport 
d'un  hiftorien  Anglois  ,  tous  les  rois 
du  monde  joignant  leurs  richefles  en- 
femble  ,  n'auroient  pu  fournir  en  ub 
an  tout  ce  qui  fut  pris  en  un  feul  jour 
dans  le  palais  du  pape  ,  dans  celui  du 
marquis  fon  neveu ,  &  dans  ceux  des 
trois  cardinaux  qui  avoient  été  faits 
prifonniers  le  matin. 
!i  eft  fom-      Boniface  ,  toujours  enfermé  dans 

ftni  de  convo-  /•  '  i    • 

queruQ  con-  ^^^  appartement,  attendoit  avec  cou- 
cii€  i^teérai.  rage  ce  que  le  fon  lui  deftinoit.  Mais 
ibid.      ^    inftruit  que  fes  richeffès  étoienc  deve- 
nues la  proie  du  foldat  ,  il  retomba 
dans  fon  premier  abattement  j  &  cette 
nouvelle  jointe  au  danger  qu*il  cou- 
roit ,  le  fit  pleurer  amèrement.   Dc;a 
cependant  on  brifoit  les  portes  &  les 
fenêtres  de  la  chambre  où  il  s*étoit 
retiré.  Alors  il  revient  à  lui ,  rappelle 
toute  fa  fierté ,  eduye  fes  larmes  ,  & 
demeure  fur  fon  trône  dans  la  pofture 
pr.  «lu  difF.  la  plus  majeftuenfe.  Nogaret  s'appro- 
''  ^  che  avec  refpeâ: ,  lui  fignifie  la  procé- 

dure faite  en  France  ,  &  laccufation 
formée  contre  lui  j  protefte  qu'il  n'en 


Philippe  IV.  x^f  - 
veut  point  à  fa  vie  j  qu  il  précend  feu- 
lement empêcher  qu'il  n'excite  du  fcan- 
dale  dans  TEglife, fur- tout  contre  le 
Roi  &  le  royaume  de  France  ;  qu  en 
conféquence  il  lui  donne  des  gardes  > 
non  pour  lui  faire  infulce ,  mais  pour 
la  défenfe  de  la  foi  &  rintérêt  de  TE- 
glife-i  le  fomme  enfin  de  fe  repréfen- 
cer  au  concile  général ,  qu'il  le  requiert 
de  convoquer ,  pour  y  entendre  le  ju- 
gement qui  fera  prononcé  contre  lui. 
»>  Je  me  confolerai  aifément  >  répondit . 
»  froidement  le  Pontife  ,  de  me  voir 
n  condamné  par  des  Patarins  "  :  c'eft  ^[;Slî.'l,?f61^*^ 
le  nom  qu'on  donnoit  aux  hérétiques 
Albigeois.  Le  malheureux  Nogaret 
fentit  touce  la  force  de  ce  moc  :  il  le  . 
faifoit  fouvenir  du  fupplice  de  fon 
grand  père  ,  qui  avoit  été  brûlé  vif 
comme  fauteur  de  cette  feâe  :  il  de- 
meura confus  ,  &  fon  filence  décela 
toute  fa  honte. 

Alors  Sciarra ,  qui  n'avoir  ni  la  pu- 
deur ,  ni  la  modération  de  Nogaret , 
prîjt  la  parole  ,  &  demanda  brufque- 
ment  au  Pontife ,  s'il  ne  vouloit  pas 
céder  la  tiare  ?  t^  Non  ,  dit-il ,  je  per-  wai/îngh. 
»  drai  plutôt  la  vie  :  voilà  mon  cou  ,  hjft.prcuv.du 
»  voila  ma  tête  :  au  moms  je  mourrai 
ii  far  le  trône  où  Dieu  ma  élevé  «.^ 


X(Î4  HlSTÔrHE  DE  Framcb  , 
ïl  fit  enfuite  de  fanglants  reprocKefi^ 
au  chevalier  François ,  qu'il  rcgardoit 
comme  Tauteuc  de  fon  malheur  ^  6c 
s'emporta  oucrageufement  contre  le 
Roi  Philippe ,  qu'il  maudit  jufqu'â  la 
quatrième  génération.  Colonne  y  hom- 
me violent ,  ne  put  Tentendre  profé- 
rer ces  malédiâions ,  fans  entrer  en 
fureur  :il  Taccabla  d'injures grofficres, 
ofa  même  le  frapper  fur  la  joue  avec 
fon  gantelet ,  Se  l'eût  tué  ,  u  Nogaret 
ne  Ten  eût  empêché ,  en  difant  lôtoi^ 
chron.Ci(\nt€héùf.Pape  ,  cotifidén  &  regarde  de 
Nicoi.  Gilles.  Monfiigneur  le  Rôi  de  France  la  honte , 

Pr.   du  dUF.         .  -^     '^   ,    .        y,    ,         ,    >,  ' 

C9I- 1^7.  qui  tant  loin  ejt  de  toi  fon  royaume  ,  te 
garde  par  moi  &  défend  de  tes  ennemis , 
.  ainjiquefes  prédicejjeurs  ont  toujours 
gardé  les  tiens.  Le  généreux  François , 
non  content  de  l'avoir  fouftrait  aux 
coups  du  vindicatif  Italien  ,  le  prit , 
waifuigh.  lui  &  fes  neveux  ,  fous  fa  proteâion 

*^^'^*  particulière ,  &  le  confia  à  la  garde 

d'un  capitaine  Florentin ,  lui  ordon- 
nant de  le  traiter  avec  tous  les  égards 
qu  exigeoit  fa  dignité ,  la  première  du 
monde.  Mais  il  fut  mal  obéi.  Boniface 
craignant  d'être  empoifonné ,  refii/i 

•  toute  nourriture  j  &  Renaud  de  Sup- 

pino,  c'étoit  le  nom  du  gardien  ,  ne 
ie  mil  pas  en  devoir  de  le  rafliirer  : 

il 


P  H  I  L  I,P  P  B      IV.  itfj 

il  feroic  morc>de  faim ,  fi  une  pauvre 
femme  ne  lui  eue  donné  un  peu  de 
pain  &  quatre  œufs  ,  qui  le  firent  vi- 
vre trois  jours  :  on  ajoute  qu'on  le 
força  de  monter  fur  un  jeune  cheval , 
qui  n'avoir  ni  bride ,  ni  felle ,  le  vifa-^ 
ge-  tourné  vers  la  queue  de  Tanimal  » 
&  qu'en  cet  état  on  le  fit  courir  jufqu  à 
perdre  haleine  :  anecdote  très-apocry- 
phe. On  ne  la  trouve  que  dans  Wal- 
iingham.  Les  défenfeurs  tiu.  pontife 
n'en  font  aucune  mention  dans  le  pro* 
ces  qu'ils  intentèrent  depuis  à  Noga* 
ret  :  ce  n'étoit  cependant  pas  une  cir* 
conftance  à  négliger  :  tous  au  contraire 
admirent  la  retenue  de  ce  Seigneur  ^ 
&  l'attribuent  à  une  protedion  vifible 
du  ciel  fur  le  vicaire  de  J.  C. 

Telle  étoit  l'extrémité  où  Bonifacesadéiivrmce. 
fe  trouvoit  réduit,  lorfque  les  habi-  itden.ibtA. 
tants  d'Agnanie  touchés  de  compaf- 
ilon ,  de  honte  Se  de  repentir  y  s'auem- 
blérent  tumultuairement ,  prirent  les 
armes  au  nombre  de  dix  mille ,  &  cou- 
rurent à,  l'appartement  où  le  Pontife 
étoit  détenu  prifonnier ,  criant  que  la 
garde  de  leur  concitoyen  leur  appar- 
cenoit ,  non  â  des  étrangers.  Tout  ce 
qoi  ofa  leur  réfifter ,  fut  paflfé  au  fil  de 
répée  ,  &  les  François  mis  en  (iiite 

Tome  FIL  M 


i66  Histoire  de  France  , 
avec  leurs  chefs.  La  révolution  fut  fi 
fubite  ,  &  la  confufion  fi  grande  , 
qu'on  n'eut  pas  le  tems  de  lauver  la 
bannière  de  France  qu'on  avoit  arbo- 
rée fur  le  pavillon  du  palais.  Le  Pape , 
devenu  libre  par  la  vidoire  de  fes 
compatriotes  ,  (e  fit  porter  dans  la 
place  publique  ,  où  il  harangua  le 
peuple  d'une  manière  très-pathétique. 
Il  lui  conta  »  que  fes  ennemis  étoient 
M  venus  l'attaquer ,  lui  avoient  enlevé 
M  tous  fes  biens  ,  &  l'avoient  laide 
M  plus  pauvre  que  Job  ;  qu'il  avoir  été 
M  trois  jours  fans  manger  j  qu'il  n'a- 
>'  voit  ni  pain  pour  raflaflier  la  faim  , 
V  ni  eau  »  ni  vin  ,  pour  éreindre  fa 
^  foif  y  que  fi  quelque  bonne  femme 
9>  Taidoit  de  Cqs  aumônes^  illuidon^- 
if  neroit  la  béncdidion  de  Dieu  &  la 
i>  fienne  ;  que  tous  ceux  enfin  qui  lui 
M  apporteroient  quelque  chofe ,  rece- 
M  vroient  rabfolution  de  tous  leurs 
5,  péchés  'S  Ce  difcours  fe  reflfentoit 
un  peu  du  défordre  de  fa  fituation  :  il 
lit  impreiSon  néanmoins ,  Se  tira  les 
larmes  des  yeux.  Toute  la  populace 
s'écria  ,  vive  le  faint  Père  ;  &  courue 
lui  porter  des  rafraîchiflements  ,  & 
recevoir  fa  hénédiâ;ion.  Alors  il  par* 
dionnai  tops  ceux  des  habitants  qui 


P  H  I   LI  1>  P  B      IV.  l^f 

avaient  pris  les  armes  contre  lui ,  n'ex- 
ceptant que  les  facriléees  qui  avoient 
pillé  le  tréfor  de  rEglife.  Il  déclara 
même  que  pour  le  bien  de  la  paix , 
&  pour  imiter  le  Sauveur  du  monde, 
il  avoir  réfolu  de  rétablir  les  deux  car- 
dinaux de  la  maifon  de  Colonne  ; 
qu'oubliant  les  outrages  qtfil  avoic 
reçus  de  Nogaret  &  de  Sciarra  \  il 
les  déchargeoit  de  rexcommunicarion 
qu'ils  avoient  encourue  ;  qu'il  vouloir 
fe  réconcilier  avec  la  France  ,  &  que 
dès  ce  momeni^  il  commettait  au  cardia  nic.  çiiiet. 
nal  Mattlùm  Roffi,  la  ie/bgnc  du  déiat  ?99?^  ^'^'  ^ 
de  Philippe  &  de  lui. 

Mais  ce  nK^uvement  de  religion  ne  sam«t. 
paflk  pas  la  durée  de  fes  befoins.  Quel^ 
ques  jours  après  »  il  partit  avec  toute 
(a  cour  ,  &  fe  rendit  bien  efcorté  à 
Rome ,  où  il  prétendoit  allèmbler  un 
concile,  &  fe  venger  hautement  du 
monarque  François.  Il  y  étoit  â  peine 
arrivé ,  que  de  chagrin  d'avoir  fouf- 
fert  de  fi  gxands  outrages  ,  il  tomba 
malade  d'une  fièvre  chaude  [  maladie 
qui  convenoiti  fon  humeur  violente  J 
éc  mourut  le  onze  d'oâobre ,  la  neu- 
vième année  de  fon  pontificat.  Nicole 
Gilles ,  Ciaconius  &  Sponde  ont  écrie 
ot'il  fe  ca0â  la  t^ç  contre  les  murail^ 


t69       HlSTOIHE    DE   FrAKCÏ  ^ 

les ,  qu'il  rongea  fes  doigts  ,  &  fîmt 

en  déiefpéré ,  fans  donner  aucun  figne 

de  pénitence  :  fans  doute  qu'ils  avoient 

lu  cet  endroit  de  l'ancienne  chronique 

pr.  du  diff.  de  faint  Denis ,  où  il  eft  die  :  Que  celui 

P^pe  ,  fans  dévotion  &  fans  provifion 

de  foy ,  cheut  en  frinifie  ^fi  qu  *il  man^ 

geoitfes  mains  y  &  furent  oiiis  eonnoirres 

^foudres  non  apparens  aux  contrées 

waifingh.  vci/ines.  Ainfi  fut  vérifiée  la  prophétie 

irpr'.'dude  fon  faint  prédécefleur  ,  qui  en  lui 

iiff.  p.  t^6.  reprochant  £on  indignité  »  lui  difoit  » 

Tu  es   monté  fur  le   tronc  pontificat 

comme  un  renard  ,  tu  régneras  comme 

un  lion  ,  tu  mourras  comme  un  chien. 

Soncmaére.      Telle  fut  la  fin  malheureufe  de  Bo- 

v^pr.  du  dîff  niface  VIII ,  „  qui  aorès^  avoir  été  la 

p^^icx.  t9\.  ^^  fei-fÇQf  des  Rois,  des  Pontifes ,  & 

yy  des  peuples  ,  mourut  lui  -  fnème 
y,  viâdme  de  la  crainte  &  de  la  dou- 
,,  leur  ^S  On  ne  peut  nier  qu'il  ne  fut 
né  pour  commander.  Il  avoir  toutes 
les  qualités  qui  attir^ent  le  refpeâ  ; 
beaucoup  d'élévation  daos  Tame  ,  de 
pénétration  dans  Tefprit ,  de  fermeté 
dans  le  caraéfcére ,  une  grande  habileté 
danç  les  afiaires  ,  ane  conn^illànce 
profonde  des  faintes  Ecritures ,  Se  àxi 
droit  civil  &  canon.  On  a  de  lui  une 
çonftitution  ^ngoliére  >  qui  défend  ^ 


PwitlPPB     IV.  16^ 

ibus  peine  d'anathème ,  de  mectre  en 
pièces  les  corps  morts  des  perfonnes 
élevées  en  dignité  ,  pour  les  faire 
bouillir  ,  coniumer  les  chairs  ,  Se 
tranfporter  les  os  en  pays  éloigné  s 
coutume  qu'il  traite  de  barbarie  dé- 
leftable.  La  principale  caufe  de  fa^^^^^j  ^I^p; 
perte  ,  dit  Mariana  ,  fut  l'ambition ,  c»-48  p  j»^«- 
une  avarice  infatiable  ,  &  Id  paflion 
déméfurée  d'enrichir  fa  famille  même 
âux  dépens  des  feign^urs  Romains  ) 
vice  dangereux  dans  un  Souverain  ^ 
plus  honteux  encore  dans  un  Pape  i 
il  éleva  vingt-deux  de  fes  parents  à 
Tépifcopat ,  &  deux  autres  à  la  qualité 
de  comtes.  Unfitrifte  défaftre  montre 
aflfezque  Tautorité  des  fupérieurs  ecclé*  -«^ 

fiaftiquesfe  conferve  plus  aifément  par 
Teftime  &  la  vénération  que  les  fidèles 
ont  pour  eux ,  que  par  la  force  &'par 
U  violence  :  qu'ainfi  ils  doivent  plutôt 
penfer  à  fe  rendre  refpeâiables  par  les 
vertus  &  les  bonnes  œuvres  <yie  de- 
mande le  haut  rang  qu'ils  tiennent 
dans  TEglife ,  que  redoutables  par  leur 
pouvoir.  Quelques  jours  après  la  more 
du  Pontife ,  Nicolas  de  Trevife ,  neu- 
vième Général  de  Tordre  des  Frères 
écheurs  ,  cardinal  évçque  d'Oftic  » 
ut  élu  en  fa  place  d'une  voix  unani- 
Miij 


F 

foi 


;!i7o     HrstoiM  M  FnAMCï  ; 

me  y  &  prie  le  nom  de  Benoit  Xf. 

Cécoic  un  Prélat  d'une  rare  vertu } 

qui  i  beaucoup  de  mérite  ,  joignoit 

une  grande  douceur  ,  qui  le  rendoit 

aimable  à  ccmt  le  monde.  Le  premier 

de  Tes  foins  fut  de  rétablir  l'ancienne 

«nion  entre  le  faint  Siège  &  la  France. 

Mais  ayant  que  de  raconter  la  manière 

dont  il  exécuta  ce  pieux  deflèin ,  il  eft 

néceflaire  de  reprendre  la  fuite  des 

autres  affaires  ,  qu'on  a  été  obligé 

d'interrompre ,  pour  ne  point  embar- 

radèr  le  técit  de  ce  fameux  démêlé. 

An.  1301.       On  a  vu  que  le  Roi  ,  maître  de  la 

Nouveaux  perfonue  &  de  toutes  les  places  da 

Fiandlc*.   '"  ^^^^^  ^^  Flandre  ,  avoir  rcuni  cette 

contin.Nang.  proviuce  à  la  couronne  ;  qu'il  y  alla  » 

Mczeray^totn.non  plus  eu  ennemi ,  ui  en  conque* 

*D'an!^m.  5.  Tant ,  mais  en  fouverain  pacifique }  & 

^Mpy?*!!: qu'il  fut  reçu  dans  toutes  les  villes 

Ml  p.  89.      J^^J^  acclamations  des  peuples,  charmés 

de  foti  affabilité  &  de  fes  manières 

populaires.  La  Reine  étoit  du  voyage  ; 

&  fut  furprife  en  arrivant  à  Bruges  y 

de  la  munificence  des  Dames.  ,,  Je 

,,  croyois ,  dit-elle ,  paroître  ici  com- 

3,  me  la  feule  reine  ,  mais  j'ai  trouvé 

^y  plus  de  (ix  cents  femmes  qui  me 

,,  pourroient  difputer  cette  qualité  par 

3,  la  richeflTe  de  leurs  habits  "•  Elle 

réuflît ,  ainfi  que  le  Prince  fon  époux 


Philippe  IV.  xji 
i  gagner  le  cœur  des  Flamands.  Mais 
celai  que  le  monarque  laifTa  pour  gou- 
verner le  pays  en  Ion  nom ,  ne  Suivie 
pas  la  même. méthode,  &  rendit  la 
domination  Françoife  odieufe  â  une 
nation  toujours  fidèle ,  quand  elle  fe 
voit  aimée  ;  toujours  farouche  ,  indo- 
cile ,  féditieufe ,  quand  elle  fe  croit 
niéprifée.  Ce  commandant  étoit ,  com^ 
me  on  la  dit ,  Jacques  de  Châtillon » 
comte  de  Saint-Paul ,  feigneur  fans  ex- 
périence »  qui  fuivoit  aveuglément  les 
ordres  de  Pierre  Flotte ,  homme  dur , 
impitoyable ,  inventant  tous  les  jours 
de  nouveaux  impôts,  &  fe  fouciant  peu 
d'accabler  le  peuple ,  pourvu  qu'il  eût 
de  largent.  Châtillon ,  fuivant  cette 
maxime  monftrueufe  &  tyrannique , 
traitoit  fa  province  avec  une  hauteur 
infupportable.  Il  remit  tous  les  fubfides 
que  le  Roi  avoit  ôcés  pour  fe  conci- 
lier TafFeâionde  fes  nouveaux  fujets; 
exerça  des  rigueurs  inouies  contre 
ceux  qui  ofoient  fe  plaindre  ^  ne  laifla 
occuper  les  charges  que  par  des  gens 
à  fa  dévotion  ;  &  fit  bâtir  â  leurs  dé« 
pens  y  pour  les  tenir  en  bride ,  des  ci-* 
tadeiles  à  Bruges ,  à  Courtray ,  à  Caflel, 
à  Lille.  Alors  ces  peuples  fiers  &  amou- 
reux de  leur  liberté ,  fc  voyant  pouflTés 

Miv 


"X7i     Histoire  db  Francj?  J 

A  bout ,  fe  révoltèrent  ouvertement.' 
f.fo.foi.vcri.Le  chef  de  la  révolte  fut  un  Tifferand 
de  Bruges  ,  nommé  Pierre  le  Roi , 
vieillard  d'environ  foixante  ans ,  d'une 
petite  taille,  d'une  mine  atfcz  groflîé- 
re  ,  mais  intrépide ,  d'un  grand  fens  , 
&  d'un  efprit  capable  par  les  feules 
lumières  de  la  nature  ,  de  conduire 
l'affaire  la  plus  difficile.  Il  avoir  pour 
principal  lieutenant  un  Boucher,  ap^ 
pelle  Jean  BreyeL,  qui  s'étoit  fait  une 

f;rande  réputation  par  la  vigueur  avec 
aquelle  il  avoir  redfté  à  Gobert  d'E-* 
pinoi  5  commandant^de  Maie  ,  petite 
place  voifîne  de  Bruges.  Ce  Seigneur 
vouloir  le  faire  arrêter ,  pour  avoir  tué 
un  de  fes  domeftiques  dans  une  que- 
relle :  Breyel  fe  défendit  avec  tant  de 
courage  ,  qu'il  donna  le  rems  à  fepi 
cents  Dourgedis  de  Bruges  d'^ccoutir 
i  fon  fecours.  Auffi-tot  il  fe  jetta  fur 
'  la  troupe  du  gouverneur ,  ta  tailla  en 
pièces ,  &c  d'Epinoi  lui-même  fut  tué 
^  dans  la  mêlée. 

séiîcion  â  Bruges  vit  naître  ces  premiers  mou- 
'"^^''  vements  de  fédition  :  ils  furent  excités 
iwd.p.3,  i  Toccafion  de  la  dépenfe  qui  avoic 
été  faite  pour  la  réception  du  Roi  & 
de  la  Reine.  Les  bourgeois  vouloient 
qu  elle  fût  prife  fur  les  impôts  ordi- 
naires :  les  magiftrats  ne  s  y  oppofoieoc 


Philippe    IV*       275 
point  ;  pour  ce  qui  les  regardoic  :  rare- 
ment les  plus  riches  contribuent  le  plus 
aoi  fèces  publiques  :  mais  ils  ordonnè- 
rent qu'on  répartiroit  fur  chaque  par- 
ticulier des  corps  de  métier  les  frais 
qu  ils  avoient  faits  de  leur  côté.  On 
murmura*  Pierre  le  Roi  écoic  un  de 
ceux  qui  avoient  le  plus  éclaté ,  il  fut 
arrêté  ,  Se  mis  au  cachot  avec  vingt- 
cinq  autres  des  plus  mutins.  Le  peuple 
à  cette  nouvelle  court  aux  armes ,  en- 
fonce les  portes  de  la  prifon ,  &  déli- 
vre les  coupables.  Cetoit  un  attentat 
fans  doute  ,  mais  une  nation  nouvel- 
lement conquife  demandoit  quelque 
ménagement.  Châtillon ,  homme  ner 
&  hautain  ,  excité  d'ailleurs  par  ceux 
qui  auroient  du  implorer  fa  clémence 
pour  des  concitoyens  ,  crut  devoir 
mblir  fon  autorité  fur  la  terreur.  U 
marche  à' la  tête  de  cinq  cents  che.- 
vaux ,  &  s'approche  de  la  ville ,  pour 
foutenir  les  magiftrats  ,  qui  au  fon 
d  une  certaine  cloche  dévoient  pren- 
dre les  armes ,  &  s'emparer  de  toutes 
les  iflîîes  des  rues ,  pour  feire  enfuite 
main-bafle  fiu:  les  fcditieux.  Ceux-ci , 
avertis  du  complot ,  firent  leurs  prépar 
ratifs  en  conféquence ,  mais  plus  fécré- 
legaent ,  &  fe  donnèrent  pour  fignal> 

Mv 


174  Histoire  m  France  Î 
celai -"U  même  que  leurs  ennemis 
avoient  pris.  Tons  au  fon  de  la  fatale 
cloche  forcent  de  leurs  maifons ,  fon- 
dent fur  la  faârion  qu'on  appelloit  les 
gens  du  Lis,  les  mettent  en  défordre, 
&  les  obligent  de  fe  fauver  dans  un 
petit  fort  voifin  de  Tcglife  de  S.  Dona- 
tien ,  où  ils  les  pourfuivent  ôc  les  for- 
cent avec  grand  carnage.  Le  Gouver- 
neur ,  inftruit  de  cette  déroute  »  n  ofa 
fe  préfenter  avec  fa  cavalerie.  Bientôt 
joint  par  un  corps  de  troupes  que  lui 
amenoit  le  comte  de  Saint- Paul  fon 
frère  ,  il  vint  inveftir  la  place  qu'il 
deftinoit  au  plus  aflfreux  châtiment. 
Les  rebelles  de  leur  côté  fe  préparoient 
a  une  vigoureufe  défenfe  :  mais  enfin 
le  magiftrat  fe  fit  médiateur  :  emploi 
donc  il  auroit  dû  fe  charger  dès  le 
commencement  de  cette  funefte  que- 
relle. 

On  convint  que  les  plus  coupables 
fortiroient  de  la  ville ,  pour  n'y  pins 
revenir ,  ce  qui  ht  exécuté  j  Se  que  les 
autres  fe  foumettroient  à  la  clémence 
ibid.  du  Gouverfteur  :  vertu  cpie  Châtillon 
ne  connoidbit  pas.  Peu  content  de  rai- 
ner routes  les  fortifications  de  cetre 
malheureufe  place ,  d'abattre  fes  por- 
tes ,  de  faire  plufieurs  brèches  à  fes 


Philippe    IV.         275 
thurailles  qui  n  écoiertt  que  de  terre  , 
il  déclara  qu'en  punition  de  fa  révolte 
elle  étoit  déchue  de  privée  de  tous  fes 
privilèges.  Ce  fut  en  vain  que  fes  dé- 
putés préfentérent  requête  fur  requête, 
pour  obtenir  du  monarque  la  calTa* 
cion  de  ce  rigoureux  arrêt  :  ils  ne  fu- 
rent point  écoutés  ,  &  revinrent  la 
rage  dans  le  cœur  contre  leurs  nou- 
veaux maîtres.  On  s*imagina  que  l'a- 
bondance entretenoit  leur  orgueil  : 
pour  le  rabattre ,  on  les  chargea  d'im- 
pôts jufques-là  inconnus  dans  le  pays. 
Le  défefpoir  enfin   s'empara  de  ces 
infortunés  :  ils  rappellérent  Pierre  le 
Roi ,  qui  traitoit  depuis  long-tems  à 
Namur  avec  Gui  &  Jean  fils  du  comte 
de  Flandre ,  &  s'étoit  engagé  de  faire 
foulever  toute  la  province  en  leur  fa- 
veur. L'intrépide  Tiflerand  fignala  fon 
retout  en  chaffant ,  &  les  travailleurs 
qui  achevoient  de  démolir  les  fortifi- 
cations dé  fa  patrie  ,  &  les  magiftrats 
qui  lui  avoient  fait  perdre  fes  privilè- 
ges :  bientôt  il  y  difpofa  de  tout  en 
louverain. 

Gand  fuivit  l'exemple  de-Bruges.  Les  Autre révoi- 
habitants  irrités  qu'on  remît  certains  '^^^  ^1  Xr- 
impôts  que  le  Roi  avoit  ôtés ,  fe  fou-  acmbourg. 
ievérent  >  prirent  les  armes  ,  chargé-  i^ià.?.  90. 9u 

Mvj 


27^  Histoire  de  France  9 
renc  avec  furie  les  troupes  qui  gat- 
doienc  la  ville ,  les  taillèrent  en  pièces , 
&  chaiïerent  ou  tuèrent  leurs  magif- 
trars.  Toutes  ces  nouvelles  portées  à 
Namur ,  réveillèrent  les  efpèrances  à^^ 
fils  du  comte  de  Flandre.  Auflî  tôt  ils 
envoyèrent  au  fecours  des  rebelles  , 
leur  neveu  Guillaume  de  Juliers  avec 
quelques  troupes.  Ce  guerrier  ecclé- 
lïaftique  [  il  ètoit  Diacre  &  \^tés6t  de 
l'èglife  de  Maftricht  ]  parut  à  peine  à 
la  tête  de  quelque  cavalerie ,  que  tour 
fe  déclara  pouI^  lui.  Dam&Ârdem- 
bourg  lui  ouvrirent  leu:s  portes  :  Maie 
fe  rendit  après  une  vigour^ufe  rèfif- 
tance ,  &  tout  ce  qu'il  y  a  voit  de  Fran- 
çois fut  paflfê  au  fil  de Icpèe.  On  vint 
fur  ces  entrefaites  lui  propofer  de  fe 
confèdèrer  avec  la  ville  de  Gand  :  la 

Î)ropofition  fut  reçue  avec  joie  :  mais 
es  députés  de  retour  dans  leur  patrie  y 
trouvèrent  que  les  gens  du  Lis  avoienr 
regagne  le  peuple.  Ainfi  la  confédéra- 
tion n'eut  point  d'efFet.  Ce  petit  échec 
déconcerta  le  général  Flamand  ,  &  lui 
ouvrit  les  yeux  fur  les  dangers  de  fon 
entreprife.  Il  n'ignoroit  pas  que  les 
François  a  voient  une  puiflTante  fac- 
tion dans  Bruges  :  il  connoiflbir  Fin- 
conftance  d'une  populace  toujours  ié« 


Philippe  IV.  177 
gère  :  il  fçavoit  d'ailleurs  que  Châtil- 
lon  adembloic  des  croupes  de  cous 
côcés  :  il  prit  le  parti  de  fe  retirer  fé- 
crétement  à  Namur ,  &  d'abandonner 
la  partie.  Le  feul  Pierre  le  Roi  ne  per- 
dit point  courage  :  il  partit  à  la  tète  de 
feize  cents  hommes ,  &  s'avança  vers 
Gand  dans  Tefpérance  de  ranimer  les 
bourgeois  de  cette  ville.  Mais  loin  de 
faire  aucun  mouvement  en  fa  faveur , 
on  fortit  en  armes  ,  pour  lui  offrir  le 
combat ,  qu'il  ne  jugea  pas  à  propos 
d'accepter.  Dans  le  même-tems  il  ap- 

{>rend  qu  Ardembourg  eft  rentré  fous 
'obéiflance  du  Roi  :  il  y  court,  infulte 
la  ville ,  l'emporte  du  premier  affaut , 
déchire  l'étendard  de  France  ,  &  re- 
met à  la  place  celui  du  Prévôt  de 
Maftricht ,  que  les  gens  du  Lis  avoienc 
renverfé&  foulé  aux  pieds.  Ilrcvenoit 
triomphant ,  de  jouiifoit  en  idée  dds 
applaudiUements  qu'il  alloit  recevoir 
à  Bruges  ,  qui  cependant  lui  fit,  fermer 
fes portes: effet  trop  ordinaire  de  l'in- 
conilance  de  cette  multitude  qui  s'at- 
tache au  vrai  comme  au  faux  y  tou- 
jours également  changeante  dans  le 
bien  comtne  dans  le  mal.  Peu  s'en  fal- 
lut que  le  malheureux  Tilferand  ne 
payât  de  fa  tête  la  grâce  de  ceux  qui 


17*  HiSTOmî  DE  FrAncï  ^ 
ravoienc  fuivi  dans  /on  expédition  : 
il  échappa  néanmoins  ,  &  fe  fauva  en 
toute  diligence  à  Namur  ,  qui  étoic 
alors  le  refuge  de  tous  les  féditieux. 
Horrible  Châtillon  cependant  s'avançoit  avec 
"^rfnçoîs  là"  ""®  armée.  Bruges ,  faifie  de  frayeur , 
Bruges  prit  le  parti  de  capituler  ,  &  lui  en- 
^Md.  p.  91  voya  des  députés ,  qui  furent  favora- 
blement écoutés  :  on  convint  que  les 
auteurs  de  la  révolte  auroient  la  per- 
miflion  de  fe  retirer  où  ils  voudroient  : 
que  les  François  entreroient  dans  la 
ville ,  non  en  ennemis ,  mais  en  amis  : 
que  le  Gouverneur  enfin  n'y  viendroit 
qu'avec  trois  cents  chevaux.  La  capi- 
tulation fut  exécutée  fidèlement  de  la 
part  des  bourgeois  :  cinq  mille  forti- 
rent  de  la  place  ,  &  fe  rendirent ,  les 
uns  à.  Dam ,  les  autres  à  Ardembourg  : 
mais  une  partie  furprit  Oftbourg ,  maf- 
fàcra  les  François  qui  la  défendoient, 
&  pilla  les  magafins  qu'on  avoir  faits 
pour  la  fubfiftance  des  troupes.  Châ- 
tillon ,  outré  de  ce  nouvel  afte  d'hofti- 
lité  9  s'abandonna  un  peu  trop  aux 
mouvements  de  fon  chagrin  ,  &  té- 
moigna  une  défiance  indifcrette  de 
ceux  qui  étoient  demeurés  dans  la 
ville.  Il  y  entra  avec  un  air  menaçant , 
accompagné, non  de  trois  cents  che- 


PHItIPPÉ     IV.  179 

▼aux ,  comme  il  Tavoit  promis ,  mais 
de  dix-fej>t  cents ,  &  d'un  corps  confî- 
dérable d'infanterie ,  qu'il  difpofa  dans 
tous  les  quartiers  &  dans  toutes  les 
places.  On  ne pouvoit  laborder , fans 
efluyer  des  reproches  &  des  injures  : 
on  craignit  quelaue  fanglanjce  exécu- 
tion. Il  fe  répandit  même  un  bruit  \ 
que  parmi  le  bagage  du  Général ,  il  y 
avoir  des  tonneaux  remplis  de  cordes, 
pour  faire  pendre  un  grand  nombre 
d*habitants.  La  crainte  s'empara  de 
tous  les  cœurs ,  mais  n'en  bannit  pas 
Tefpcrance.  On  s'adrelTa  aux  exiles  , 
qui  accoururent  la  nuit  au  nombre  de 
fept  mille ,  fous  la  conduite  de  Pierre 
le  Roi ,  enfoncèrent  les  portes ,  efca- 
ladérent  les  murailles  ,  &  aflbmmé- 
rent  tout  ce  qui  fe  trouva  fur  les  rem- 
parts &  dans  les  rues.  Alors  le  fier 
Tiflerand  ordonne  de  s'arrêter  ,  dé- 
fend de  forcer  les  maifons  ,  &  pro- 
met au  peuple  que  pas  un  François 
n'échappera.  Dans  le  même  tems,il 
fait  jgarder  toutes  les  portes  &  toutes 
les  brèches  ,  &  donne  pour  mot  du 
guet  ces  paroles  Flamanctes  ,fcili  tndc 
yrundt  ,  qui  fignifient  en  François  , 
houclier  &  ami.  Quiconque  vouloir  for- 
tir  de  la  ville  étoit  obligé  de  les  pro- 


i8:r     HisTdïRB  DE  France  i 
contîn  Nang. chevaux  &  dc  quaratitc  mille  hommes 
SM.cn.  tom. 5.  j^  pied.  Il  en  donna  le  commande- 
^  Mcyer,p.95  ^enc  au  comte  d'Artois ,  l'un  des  plus 
grands  capitaines  de  fon  iSécle  ,  mais 
violent ,  emporté ,  ennemi  mortel  des 
Flamands  fes  voifîns ,  pour  lefquels  il 
^  témoigna  trop  de  mépris.  U  s'avança 

contre  eux ,  &  ne  prit  aucune  des  pré- 
cautions que  la  prudence  peut  Aiggé* 
rer.  Ils  croient  fans  nobleffe  ,  fans  ca- 
valerie :  ils  ne  laiflerent  pas  néanmoins 
de  fe  préparer  au  combat ,  &  Pierre 
le  Roi  leur  chef  reçut  l'ordre  de  che- 
valerie à  la  tète  du  c^mp.  Ils  étoient 
fortement  retranchés  entre  Bruges  & 
Courtrai ,  couverts  au  feptentrion  par 
la  Lis  ,  fortifiés  à  l'orient  ôç  à  l'occi- 
dent par  des  foûTés  rrès-profonds ,  & 
défendus  au  midi  par  un  canal  rempli 
d'eau ,  large  de  cinq  brades ,  profond 
de  trois,  &  que  l'on  n'appercevoit  que 
lorfqu'on  étoit  fur  le  bord.  Le  conné- 
table de  Nèfle  &  quelques  autres  Gé- 
néraux étoient  d'avis  de  leur  couper 
les  vivres ,  fans  les  attaquer  dans  un 
pofte  prefque  inacceflîble  :  mais  le 
comte  d  Artois  qui  ne  voyoit  dans 
l'armée  ennemie  qu'un  vil  ramas  de 
gens  fans  difcipline  &  fans  expérien- 
ce y  ne  crut  pas  devoir  garder  tant  de 


ménagement  :  il  ordonna  latcaque y 
&  reprocha  publiquement  au  Conné- 
table ,  qu'il  vouloir  épargner  cette  po- 
pulace féditieufe  ,  parce  qu'il  avoit 
marié  fa  fille  à  un  des  fils  du  comte  de 
Flandre.  Fous  vcrrc^ ,  lui  répondit  ce  I 

généreux  guerrier ,  que  je  ne  fuis  point 
un  traître:  Fous  n^ave^  qu^à  mefuivre^ 
je  vous  mènerai  Ji  avant ,  que  vous  n^en 
reviendrez  jamais.  L'événement  vérifia 
la  prédiâion. 

On  donna  le  Ggnal ,  &  tout  marcha  cnieicarna- 
prefque  fans  ordre  contre  des  payfans  ^^^f^^  ^'**' 
qu  ils  méprifoient  ,  perfuadés  qu'en 
les  voyant  de  loin  ,  ils  prendroient  p/'j*^"^- ^*^' 
auflî-tôt  la  fuite  :  ce  qui  n'arriva  pas.  Mey«*ibid. 
L'amour  de  la  liberté  en  avoit  fait  des 
foldats ,  qui  tinrent  ferme  ;  &  la  folle 
confiance  fit  .précipiter  les  François 
dans  à^s  marais ,  où  fuivant  quelques 
Hiftoriens ,  près  de  vingt  mille  hom- 
mes furent  tués ,  fans  pouvoir  mettre 
répée  à  la  main.  Le  refte  fe  difperfa. 
On  compte  parmi  les  morts  ,  Jacques 
deChâtillon  ,  comte  de  Saint- Paul, 
principale  caufe  de  cette  guerre,  le 
connérable  de  Nèfle,  qui  rut  tué  en 
combattant ,  fans  vouloir  de  quartier  9 
quoique  les  ennemis  le  priaffent  de  fe 
rendre ,  Gui  de  Nèfle  fon  frère  >  mare- 


it4  HisTomi  DE  France  , 
chai  de  France  ,  Pierre  Flotte ,  garde 
des  Sceaux  ou  chancelier  de  France, 
Godefroi  de  Brabant  ,  &  le  feigneur 
de  Vierzon  fon  fils ,  les  comtes  d*Eu , 
d'Aumale  y  de  Dammartin ,  de  Dreux , 
&  de  Sôiflbns ,  Jean  fils  du  comte  de 
Hainaut,  le  comte  de  Tancarville, 
grand  chambellan  ,  Renaud  de  Trie, 
Henri  de  Ligni ,  Alberic  de  Longue- 
val  ,  le  comte  de  Vimeu  ,  Simon  de 
Melun  ,  maréchal  de  France  (a) ,  près 
de  deux  cents  chevaliers ,  &  un  grand 
nombre  d'Ecuyers  (t).  Le  comte  d'Ar- 
tois fut  trouvé  au  milieu  d'un  tas  de 
cadavres  ,  percé  de  plus  de  trente 
^Damtern.j. coups  de  Unce  j  &  ce  brave  prince, 
vi(3:ime  de  fa  préfomption  ,  vérifia 
dans  fa  perfonne  une  maxime  aufli 
ancienne  que  la  guerre  ,  qu'il  ne  faut 

(a)  Simon  de  Melun  cft  Tautcur  de  la  branche  de 
la  Loupc-Mafchcvillc-la- Saille  &  Viczvy.il  écoic  le 
quatrième  fils  d'Adam  lU  du  nom  ,  vicomce  de 
Melun ,  8e  de  Gomteflc  de  Sanccrrc ,  Dame  de  la 
Loupe.  P.  Anf.  hift.  général,  tow.  i.  p.  yoo. 

(b)  Mezeray  met  encore  au  nombre  des  Seigneurs 
tués  à  cette  bataille  ,  D.  Jayme  L  roi  de  Majorque  : 
mais  il  eft  certain  que  ce  Prince  ne  mourut  que 
vers  la  fin  du  mois  de  juin  ijii  ,  voyez  hi/è 
ëe  Lang.  tom.  4.  p.  1^..  U  P.  Daniel  augmenre 
auffi  cette  lifte  des  morts  d'un  Alain  ,   fils  âné  du 

Tr!^l  t^  ?'"T«  ^*^*  '''•  ^""  "  **"  nom,  qui 
poffédou  alors  la  Bretagne ,  avoit  le  titre  de  Duc 
depuis  11^7.  lO.  On  ne  trouve  aucun  Alain  parmi  Ces 
enfants.  Voyez  P.  Anf.  hift.  général,  tom.  i.  p.  lu, 
K  lui/.  * 


Philippe  IV.  185 
Jamaîs  méprifer  fon  ennemi  ,  quel- 
que lïiéprifable  qu'il  paroifle.  Gui, 
comte  de  Saine-Paul  ,  qui  comman- 
doit  l'infanterie  ,  ^abandonna  lâche- 
ment ,  &  fe  fauva  honteufement.  Les 
vainqueurs  fortirent  enfin  de  leurs 
retranchements  ,  &  tuèrent  beaucoup 
de  fuyards  :  ils  n'oférent  cependant 
pas  trop  fe  livrer  à  la  pourfuite  ,  plus 
de  la  moitié  des  vaincus  leur  échappa. 
On  difoit ,  fuivant  la  fuperftition  de 
ces  tems-là ,  qu'une  comète  couleur 
defang  qui  avoit  paru  Tannée  précé- 
dente ,  préfageoit  ce  tragique  événe- 
ment. Un  fait  très-conftant ,  dit  Me-  co«t.  Nang. 
ïeray,  c'eft  que  jamais  la  France  neMcîcVay.tom, 
reçut  un  tel  affront  ,  d'autant  plus^'^'^^^' 
honteux  qtu  ce  fut  par  la  faute  de  fes 
chefs ,  &  par  la  main  d'une  canaille  ra-- 
majfie  ,  &  plutôt  armée  pour  une  fédi^ 
tïon  ,  que  pour  un  combat  honorable^ 
On  raconte  qu'Ànnibal  ,  pour  faire 
connoîcre  au  Sénat  dç  Cartbage  ,  la 
grandeur  de  la  viftoire  qu'il  avoit 
remportée  à  Cannes ,  lui  envoya  trois 
boiflèaux  remplis  d'anneaux  d'or ,  or- 
nements de  cinq  mille  fix  cents  trente 
ckevaliers  Romains  tués  dans  cette  fa- 
meufe  journée  :  on  peut  juger  de  la 
perce  des  François  dansceite  malheii^ 


xi6     HISTOIRE  DE  France  , 
reufe  déroute  par  les  quatre  mille  pai- 
res d*éperons  dorés  y  dépouilles  d  au- 
tant  de  gentilshommes  ,  qui  ornèrent 
le  triomphe  des  Flamands  ,  &c  dont  ils 
fufpendirent  cinq  cents  dans  Téglife 
de  Courtrai. 
Cette  déFaîtc     Le  fruit  de  cette  victoire  fut  la  con- 
u  fe«e'  t^^^^^  de  toute  la  Flandre ,  qui  s'em- 
touiciafian-  preila  de  fe  rendre  aux  enfants  de  ion 
**Mêyer,p.p4.^^cien  maître.  Le  Gouverneur  de  la 
^^'  citadelle  de  Courtrai  ,  qui  avoir  fait 

une  fi  belle  dcfenfe ,  fut  forcé  <le  ca- 
pituler ,  &  ne  put  obtenir  les  hon- 
neurs de  la  guerre  :  il  demeura  prison- 
nier ,  &  depuis  on  Téchangeii  avec 
trois  autres  chevaliers  François,  pour 
quelques-uns  des  feigneurs  Flamands 

auon  retenoit  en  France.  Gand  ,  oà 
y  avoir  beaucoup  de  nobleflè  qui 
tenoit  pour  le  Roi  ,  commençoit  a 
chanceler  :  le  peuple  enfin  fe  fouleva, 
traîna  fes  magiftrats  en  prifon  ^  &  fe 
fournit  au  parti  victorieux-  Le  château 
de  Caflel ,  Lille  &  Douay,  fui  virent 
l'exemple.  Ainfi  toute  la  province  fut 
perdue  pour  les  François  ,  excepte 
Dender monde  ,  qui  tint  contre  tous 
les  eflorts  de  lennemi  jufques  bien 
rt v^nt  dans  Thiver.  Alors ,  Jean  comte 
de.Namur  ,  fils  amé  4^  çpmw  de 


Philippe    IV.  287 

landre  ,  de  fa  féconde  femme  ,  fut 
econnu  pour  Lieutenant  général  de 
out  le  Comté  ,  jufqu'à  ce  que  fon 
►ère  ou  fon  frère  aîné  euflènt  été  dé- 
ivrcs  de  prifon. 

La  nouvelle  d'un  fi  trifte  défaftre  LcRoîmar- 
épandit  la  confternation  en  France.  ^^^  ^"/^i^^j 
1  n  y  avoir  pas  une  famille  confîdéra-  fans  avoir 
>le  qui  ne  fut  en  deuil ,  ici  d'un  père ,  "^'^  ^*''^* 
a  d  un  époux ,  ailleurs  d'un  fils,  d'un 
rére ,  d*un  parent ,  d^un  ami.  Le  Roi 
ur-tout ,  prince  également  impétueux 
!c  fier ,  n'apprit  qu'avec  le  plus  vif 
eflèntiment ,  une  fi  cruelle  cataftro- 
>he.  Plein  d'idées  de  vengeance  ,  il 
convoqua  le  ban  &  l'arriére- ban  de 
outes  les  provinces  ,  &  obligea  tous 
es  ordres  du  royaume  à  lui  fournir  , 
elon  leurs  forces ,  un  certain  nombre 
le  troupes  bien  armées.  C'étoit  pour 
a  noblefle  ,  tout  ce  qui  pouvoit  mon- 
er  à  cheval  ,  &c  pour  le  peuple ,  un 
brgent  a  pied  par  chaque  vingtaine 
le  feux*  Le  tiers  de  ces  fergents  étoit 
rmé  d'une  lance  ,  d'un  dard  ,  d'un 
rand  couteau ,  d'un  poignard  ^  les 
atres  d'arbalêtres  &  de  flèches  :  tous 
corroient  des  épées.  Le  tréfor  cepea* 
lanc  étoit  épuifé  ,  il  fallut  avoir  re- 
cuis à  djes  taxes  extraordinaires  :  cha-«: 


tt%     Histoire  de  France  , 

3ue  particulier  fut  taxé  au  cinquième 
e  fon  revenu  ,  &  ceux  qui  avoienc 
cinq  cents  livres  en  meubles ,  à  vingr- 
cinq  livres.  On  augmenta  auffi  le  prix 
des  monnoies ,  moyen  dont  on  fe  fer- 
voit  dans  les  grandes  ncceflîtés  de 
l'Etat  :  mais  jamais  on  ne  l'avoir  porté 
fi  haut  :  fans  changer  le  poids  ,  on 
donna  à  chaque  pièce  un  tiers  de  pks 
de  valeur  qu'elle  n'avoir  fous  les  ré- 
gnes précédenrs  :  ce  qui  excita  de 
grands  murmures  tant  au  -  dehors 
qu'au  dedans  du  royaume. 

Le  Roi  par  ces  reflburces  fi  rutneufes 
pour  le  peuple,  alTembla  quatre-vingts 
'  mille  hommes ,  &  s'alla  camper  entre 
spicîi.tom.3  Arras&  Douay.  Une  fi  belle  armée, 
dit  le  Continuateur  de  Nangis,  fuffifoit 
pour  détruire  toute  la  Fkndre  avec 
tous  fes  habitants  :  mais  on  he  lui  per- 
mit ,  ni  d'attaquer  l'ennemi  ,  qui , 
quoique  beaucoup  plus  foible ,  s'étoii 
avancé  jufqu  à  une  lieue  du  camp  Fran- 
çois ,  ni  d'infulter  aucun  village  Fla- 
mand. Le  mois  de  feptembre  s'écoula, 
fans  avoir  rien  fait  :  les  pluies  d'oâo- 
bre  qui  furviurent,  rendirent  les  che- 
mins impraticables  :  il  faUut  fe  reti- 
rer ,  Se  fe  contenter  de  mettre  dci 
garnifons  à  Calais  >  â  Saint-Omerj 


Pkiluppe  IV.  i8^ 
i  Beihune,  à  Uns^  à  Tournai ,  vill« 
libre  ,  mais  qui  tenoit  pour  la  France, 
Le  brui<  courut  que  la  Reine  d'Angle-  ^y^^^  p-  9^« 
terre,  fœur  du  Roi  ,  l'avoir  averti  en 
fecret  ,  qu'il  y  avoir  dans  fon  armée 
plufîeurs  feigneurs  qui  le  rrahifloient , 
&  qu'il  s'expofoit  beaucoup  ,  s'il  en-  • 
gageoit  une  bataille.  Le  prince  fon 
époux  qui  favorifoir ,  dit-on  ,  la  ré- 
volte des  Flamands  ,  fans  néanmoins 
ofer  fe  déclarer  ouverrement  ,  lui 
en  avoir  fait  la  fauflè  confidence. 
On  ajoutoi^  que  cette  pt inceilè  ,  qui 
cioyoit  à  Tattrologie  ,  lui  avoir  fait 
dire  en  même- tems,  que  les  attresle  .  , 
nienaçoient  jufqu'à  lafin  de  cette  an- 
née. Quoi  qu'il  en  foit  de  cette  der- 
nière hiftoriette  ,  il  eft  certain  que  le 
monarque  congédia  fes  troupes  ,  & 
revint  fans  gloire. 

Les  rebelles  ,  perfuadés  qu'on  les  Avantages 
craignoit,  imaginèrent  que  les  Fran-[:,"^P^^5^^ 
çois  n'oferoient  olqs  paroître  devant 
eux.  Dans  cette  folle  confiance ,  ils  fe 
jettérent ,  le  fer  d'une  main ,  le  feu  de 
l'autre  ,  fiir  le  comté  d'Artois  ,  âpnt 
Othon  IV  comte  de  Bourgogne  venoit 
de  recevoir  l'invettiture  du  chef  de  fa 
femme  Mahaud ,  au  préjudice  de  Ro- 
bert neveu  de  cette  princelTe  :  c'eft 

Tome  y II.  '     N 


190  HiSToiRi  DE  France  , 
ibîi.  que  la  repréfencation  même  en  direAe 
n*avoic  pas  lieu  ,  fui vanc  la  coutume 
de  cette  province  ;  difpofition  conôi- 
mée  par  deux  arrêts  foleriinels  ,  mais 
qui  dans  la  fuite  catifa  bien  des  mal- 
heurs* Villes ,  bourgs ,  villages ,  tout 
ce  qui  croît  fans  délenfe  ,  fut  pillé  , 
&  livré  aux  flammes,  La  vengeance 
fat  prompte.  Gétte  troupe  de  brigands 
revenoit  en  défordre  ,  lorfquelle  tom- 
ba dans  une  embufcade  auprès  d'Aire  : 
elle  fut  attaquée ,  enfoncée ,  culbutée, 
&  laidà  environ  huit  cents  morts  fur 
la  place.  Ce  ne  furent  pas  les  feules 
An.  1303  pertes  qu*e(Iuyérent  les  Flamands  :  on 
parle  de  divers  combats  où  ils  per- 
dirent bien  des  hommes ,  cinq  cents 
dans  les  plaines  de  Lille  ,  mille  fous 
les  murs  de  Bergne ,  quinze  mille  dans 
les  environs  de  Saint  Orner.  Tous  ces 
fuccès  étoient  dûs  à  la  fage  conduite 
de  Gaucher  de  Châtillon ,  qui  avoir 
fuccédé  à  Raoul  de  Nèfle  dans  la  char- 
ge de  connétable  de  France  :  il  ne  put 
cependant  empêcher  que  Terouane  ne 
fût  forcée  &  faccagée. 
Philippe  fait  La  fituatîon  des  affaires  du  Roi , 
rUtccîrTfoi^  ^  ï^rd  de  l'Italie  ,  il  étoit  alors 
au  plus  fort  de  Ces  démêlés  avec  Boni- 
hce , foit  à  Icgard  de  la  Flandre  ,  il 


Philippe    IV.         19 1 
venoît  de  perdre  cette  province  avec 
la  même  rapidité  qu'il  Tavoic  conqui- 
fe  j  ne  lui  permettoit  point  de  faire 
cclacer  fon  reflentiment  contre  cer- 
tains vaflàux  ,  qui  n'étoienr  pas  fâchés 
de  le  voir  dans  l'embarras ,  qui  même 
fous  main  excitoient  les  Flamands  à  la 
révolte.  C'eft  ce  qui  l'engagea  à  ter- 
miner fes  différends  avec  le  roi  d'An- 
gleterre y  qui  dans  la  circonftance  pou-  / 
voit  devenir  un  ennemi  dangereux. 
On  a  vu  que  les  deux  Rois  en  1 297 , 
avoient  conclu  à  Vive-Saint-Çavon  fur  ^Rymer^aa* 
la  Lis  {a)  ,  un6  fufpenfion  d'armes  ,  po'p^'?®- 
ou  comme  on  parloir  olots  y  une  fouf- 
fiance  de  guerre ,  de  royaume  à  royaume  , 
de  terre  à  terre ,  de  gène  a  gène  ,  par  mer 
6^  par  terre  :  mais  cette  trêve  qui  com- 
niençoit  à  la  faint  Denis ,  ne  devoit 
durer  pour  le  duché  4'Aquitaine,  que 
jufqu'au  jour  des  Rois  \  &  pour  la 
Flandre ,  que  jufqu'à  l'oftave  de  faint 
André.  Depuis  ,  par  un  traité  daté  de    p.  192.. 
Grotninge^C Abbaye  ,  près  de  Cour" 

^)  Ce  traité  eft  du  9  o£lohrc  1197.  Le  P.  Daniel 
[tom.  ^.  p.  44,]  dit  qu'il  fut  conclu  à^Fifme»  en 
Champagne  :  c*eft  une  erreur  que  fon  Editeur  aâroic 
dd  corriger  fur  Icf  aftesdc  Rytner.  Fifra^s  cft  fur  la 
Vefle,  &  les  aûes  originaux  de  cette  ttive  font  dm- 
»eV  i  FineS'Saint-Banoun  ou  Suivi-Banon  fur  U  Lis  , 
aujourd'hui ,  Vive-Saini-Bavon. 

Nij 


i$i  Histoire  de  France  , 
irai  (a)  ,  on  la  prolongea  jufqiiau 
caréniC'prcnant ,  cane  pour  la  Flandre , 
p.  :5>4  I9S  que  pour  TAngleterre,  Enfin,  par  une 
autre  cranfaâion  pafTée  en  Tabbaye  de 
faint  Martin  de  Tournai ,  il  fut  arrêté 

3u*elle  auroit  lieu  jufqu'au  lendemain 
e  TEpiphanie  1 19^)  {h),  Onferaflein- 
^  bla  enfuite  à  Montreuil-fur-mer  (c)^ 

&  les  miniftres  des  deux  Princes ,  en 
préfence  des  légats  du  Pape ,  fîgnérent 
un  traité  par  lequel  il  fur  convenu  : 
p  108  109.  i<>.  Que  le  roi  Edouard  épouferoit 
madame  Marguerite  ,  fceur  du  Roi 
Philippe ,  &  lui  affureroit  fur  fes  do- 
maines d*Angleterre  ou  de  France  un 
douaire  de  quinze  mille  livres  de  pe- 
tits tournois  :  2°.  Que  pour  rendre 
Ja  paix  plus  ferme  &  plus  durable  , 
meflîre  Edouard  ,  fils  aîné  du  monar- 
que Anglois ,  prendroit  madame  Ifa- 
belle  de  France ,  fille  du  Roi  y  à  époufc 
&  à  femme  yfitôt  qii  elle  feroit  à  âge  dt 
faire  mariage  ,  &  lui  aflîgneroit  ,  en 
lieux  convenables  &  fuffifants  ,  un 
douaire  de  dix-huit  mille  livres  pe- 
tits tournois  :  3®.  Que  les  prifonniers 
faits  de  part  &  d'autre  feroient  remis 
en  liberté ,  fous  caution  néanmoins  > 

(4)  Le  13  Novsmbrc  1197.  {h)  Le  jx  Janvier  ii^§. 
ic)  Le  i^  J^io  i»p^. 


Philippe  IV.  1.9 5 
ic  avec  obligation  de  revenir  à  leuc. 
prifon ,  fi  ce  traité  n'étoit  point  exécu- 
té :  4^.  Que  monfieur  de  Bailleui ,  roi 
d'Ecoflè ,  allié  de  la  France ,  &  prifon^ 
nier  d'Edouard  ,  feroit  mis  entre  les 
mains  du  légat  du  Pape ,  qui  ordonne- 
roit  de  fon  fort ,  comme  il  jugeroit  k 
propos  (a)  :  3°,  Que  le  monarque  An- 
gïoïsJirvU  &  promenroit  tn  bonnefoyy 
qut  de  ci  en  avant  il  ferait  bon  ami  & 
loyal  au  roy  de  France  &  à  fon  héritier 
•Toyde  France  :  6^.  Que  fi  Ion  ne  par- 
venoit  pas  d  terminer  fes  différends  qui 
fe  font  élevés  ,  les  deux  Rois  pour- 
roient  pourfuivre  leur  droit  ,  en  la 
manière  qui  leur  plairoir. 

On  voit  que  cette  convention  étoit 
plutôt  un  projet  de  pacification  , 
qu'un  vrai  traité  de  p^ix.  Ainfi  pour 
empêcher  que  de  part  ou  d'autre  on 
ne  procédât  par  des  voies  de  fait  , 
Benoît  Caïetan  5  en  qualité  de  média- 
teur ,  non  comme  fouverain  Pontife  , 

(4)  Jean  Hc  Bailleui  pafla  en  France  ,  où  il  termina 
ûcarticrc  après  quelques  années  d'exil.  On  ignore  le 
tcms  de  fa  mort ,  &  même  le  lieu  de  fa  retrairc.  S'il 
éroit  permis  de  bazarder  ici  une  con|câ:ure ,  on  diroic 
qu'il  fe  relira  probablement  en  Normandie  dans  le 
pays  de  Caux  >  d'où  la  famille  des  Bailleuls  ,  qui  fub- 
iide  encore  aujourd'hui  dans  cetie  province  ,  eft 
otiginaiie  :  ne  feroit  ce  pas  là  l'origine  du  royaume 
d'Yvecotyque  les  Sçavantc  ciberchent  depuis  (i  long' 
tcms  î  Voyez  l'art  de  v&ificr  Ici  date»    î>î  ^«y, 

Niij 


p.  IXX'  irt» 


294  Histoire  de  France  , 
ordonna  une  fufpenfion  d'armes  qui 
devoir  durer  depuis  les  Rois  1300 
jufqu'au  lendemain  du  même  jour 
ijoi  (a).  Quelques  jours  après  (^) , 
il  parut  une  aucré  bulle  qui  décidoit 
que  chacun  garderoitce  qu'il  pofledoit 
au  moment  de  la  ceffation  d'hoftiliré. 
3  V'SI*"™'  Alors  la  princefle  Marguerite  parût 
pour  l'Angleterre  :  elle  fut  reçue  par- 
tout  avecles  plus  grands  honneurs  ;  & 
fon  mariage  avec  Edouard  fut  célébré 
à  Cancorberi  (c) ,  où  la  cérémonie  du 
couronnement  ft  fit  avec  une  magni- 
ficence peu  commune.  Ce  ne  furent 
pendant  long-tems  que  prorogations 
de  trêves  encre  les  deux  couronnes. 
On  en  compte  jufauà  quatre  :  les 
deux  premières  arrêtées  par  la  média- 
tion de  Boniface  {J)  ,  les  deux  autres 
convenues  entre  les  miniftres  des  deux 
puiflances  (e) ,  Philippe  ayant  récufc 
l'arbitrage  d'un  pontife  qui  fe  décla- 
loit  fi  hautement  fon  ennemi.  Enfin 
elle  fut  entièrement  confommée  à 
Paris   (/)    cette  paix  fi  ardemment 

U)  Cette  bulle  cft  datée  d'Agnaniele  ii  juillet  ii^?. 
(b)  Le  19  iuillcc  1199.  U>  Le  8  fcptembre  ii,^. 
(a)  La  première  eft  du  ii  odobre  1300:  la  féconde 
4u  13  décembre  ijoi.  fe)  La  première  eft  do  zi  no- 
vembre 1301  i  la  féconde  du  u  mars  1305,  {fy  u  10 
mai  1 30 j,  '  •' 


P  H-rt  1  P  P  E     î  V.  2Ç5 

fouhaitce,  &  trop  long  tems  reculée 
au  gré  des  eens  de  bien.  Il  fut  arrêté  ^ymer^to-r,. 
que  le  roi  d  Angleterre  rentrerait  enlaut  ^%  ^^' 
foi  &  obéijjance  du  monarque  François  ; 
que  comme  duc  d* Aquitaine  &  pair,  de 
France^  illuiferoit hommage-lige  ^pure^  \ 
ment^Jimplfmentyfiins  condition'^  que 
fis  procureurs  prêter  oient  d* abord  le  fer»       ' 
m^nt  de  fidélité  j  qu  *ilfe.  rendrait  enfuite 
lui-même  à  Am'uns,  ,  pour  le  prêter  en 
ftrfonne  ;  qu*en  cas  de  maladie  ou  de 
quelque  autre  empêchement  notoire  ,  le 
prince  de  Galles  fori  fils  ferait  tenu  de 
venir  en  fa  place ,  avec  plein  pouvoir  de 
jurer  ladite  féauté  y  fanf  préjudice  de> 
V obligation  de  s^ acquitter  lui-mêrru  de 
Ci  devoir  ,  dïs  qu  il  ferait  en  état  de  le 
faire  ;  qu*â  ces  conditions  ,  il  ferait 
remis  en  pleine  poffejjîon  de  toutes  les 
cités,  y  châteaux  y  bourgs  ^  villes  ^  terres  y 
rentes  ,  fiff^  ^  hommages ,  obéiffancès  , 
feigiteuries  ^  &  de  toutes  autres  manières 
dcjujlices  ^  de  tenances  y  de  droitures  ,. 
à  d'autres  cbofes  ^ôn  mouvantes ,  en  la 
duché  d'Aquitaine. 

AuflG-tôt  Henri  de  Lacî  fit  l'hom- 
roage  au  nom  de  fon  maître ,  &  l'or- 
dre fut  expédié  de  délivrer  aux  An- 
glais touter  les  (places  de  Guienne. 
.'.  ::'        r         •  .Niv 


29^     HisToïRï  DE  France  ; 
La  réconciliarion  écoic  iincére.    Les 
deux  Rois  la  fcellérent  par  une  Kgu& 
Aé(cnCiye  contre  tout  homme  qui  peut 
ttid.        vivre  &  mourir.   On  déclarait  néan- 
moins très-expreflemenc  ,  que  cette 
confédératiou  n'étoit  point  contrt  té- 
giife  de  Rome  :  mais  il  paroît  qu'on  dif^ 
tinguoit  le  faint  Siège  d'avec  le  pape 
fioniface  ;  car  il  écoit  dit  immédiate- 
ment après  y  que  cette  alliance  étoic 
contre  quiconque  voudroit  defpaintery 
tmpêchier ,  ou  troubler  les  deux  Rois  ïs 
franchifes  ,  is  libertés  y  Is  privilèges  > 
hs  droits  ,  jts  droitures  ,  is  coutumes 
d*eux  y&  de  leurs  royaumes.  On  txcep^ 
toit  encore  ^  pour  le  Roi  de  France  , 
monfieur  Auhert  [Albert]  roi  tTAlle* 
magne  ,  &  mejjire  Jean  ,  comte  de  Hai- 
naut  ;  &  pour  le  roi  d Angleterre ^mej[p,re 
Jean  ,  duc  de  Brabant  ^fùn  gendre, 
Lfi  jour  iîiême,deia  fignaturedu  traité» 
les  deux  miriiftres  Ângioi^  ^  Amédée 
de  Savoie  &>  Henri  dô  Laci ,  fiancè- 
rent la  ptincellfe  liabeUe  au  nom  dit' 
jeune  Prince  ,  fils  aîné  d'Edouard  , 
&,  rhéricier  préfomptif .  de  fa  cou- 
ronne. . 
Invention    < ,Ce fut ,  dit-ron , vers «emcme tems 
foie!*  ^®"^' [jesï.ijioi']  >  qacailcommença  à  par- 
ler de  la  boudole  ou  aiguille  aimantée 


i  Philippe    IV.         297 

1  fi  Utile  pour  la  navigation.  Un  Napo« 
litain  ,  que  quelques-uns  nomment 
Jeari  Gira  ou  Goya  ,  d'autres  ,  Flavia 
Gioia  ,  en  paflbit  alors  pour  Tinven- 
teur  ;  de-là  vient  que  la  ville  d'Amalfi, 
dont  il  éroic  originaire  ,  à  pris  une 
boudble  pour  fes  armes.  Quelques 
Auteurs  ont  cru  que  vers  Tan  1x60, 
Marc- Paul  ,,  Vénitien,  rapporta  cette 
invention  de  la  Chine,  &  ils  fe  fondent 
fur  ce  qu'on  s'en  fervoit  au  commen- 
cement comme  font  encore  les  Chi* 
nois  >  qui  la  font  flotter  fur  un  petit 
morceau  de  liège  {a).  Mais  Fauchet 
rapporte  des  vêts  de  Guiot  de  Provins  > 
pocte  François ,  qui  en  fait  mentipn 
fous  le  nom  de  Marinetu ,  ou  Pierre 
Marinière  :  ce  qui  prouve  qu'on  la 
connoiflbit  en  France, non- feulement 
avant  le  Napolitain  ,  mais  même  plus 
de  cinquante  ans  avant  le  Vénitien. 
Guiot  en  effet  écrivoit  fur  la  fin  du  ^^^  ^^i'a- 
douzième  fiécle ,  ou  pendant  les  pre-  H^^  '^i'p^xpV. 
miéres  années  du  treizième.  On  peut 
encore  ajouter  que  la  fleur  de  lis  que 
toutes  les  nations  du  monde  mettent 
fur  la  rofe  au  point  du  nord ,  devient 

ia)  Les  Chinois  difenr  que  leur  Empereur  Cliinin- 
|us  ,  qui  écoic  un  grand  adroiog'.^e ,  en  avoic  coU' 
sciifance  1 1 lo  ans avaxu  J. C. 

Nv 


298      Histoire  de  France  , 

une  nouvelle  preuve  que  les  Françofs 

Tont  ou  inventée  ,  ou  perfie<î^onnéc. 

^  Uufage  de  la  bouflole  eft  de  rcttkr  la 

latkude,  c'eft-àdire,  de  marquerlf  dif- 

tance  de  l  equateur  au  zénith ,  ou  point 

vertical  de  l'endroit  où  Ton  fe  trouve , 

tant  fur  mer  que  fur  terre.  On  n'a  pas 

«ncore  trouve  les  longitudes  ,  c'eft-à- 

dire ,  une  invention  qui  marque  I  cloi- 

gnement  du  méridien  du  lieu  où  l'on 

eft ,  jufqu'au  premier  méridien  :  il  7  a 

de  grandes  récompenfes  promifes  à 

celui  qui  fera  cette  découverte. 

ordoiman'     La  guerre  de  Flandre ,  ni  les  entre- 

forSndt  P"f«s  de  Boniface  ,  n'émpêchoient  pas 

royaume,      le  monatque  de  fonger  au  eouverne- 

Laur.    ord.  J     r        r  r\  •  ^^ 

de  not  Rois  >  meut  de  ion  Etat.  On  vit  paroitre  au 
£7ûiV.^'^^^*  milieu  de  ces  troubles  {a}  cette  ordon- 
nance fameufe ,  où  les  abus  qui  rc- 
gnoient  alors  dans  Tadminittration  du 
royaume ,  font  notés  ,  réprouves ,  & 
réformés.  Les  officiers  du  Prince  ne 
ceflbient  d'attenter  aux  droits  du  cler- 
gé ,  ce  qui  caufoit  de  grands  fcanda^ 
les.  Le  Roi  déclare  qu'il  prend  tous 
les  eccléfiaftiques  fous  fa  proteâion 

(a)  Le  18  mars  MO.  D.  Vaîffettc  date  cette  ordon- 
nance du  1}  mars  de  la  même  année  :  c*cft  une  erreur 
échappée  â  ce  fçavant  BénédiAin.  Elle  fut  donnée  le 
Innrti  d'après  la  tni-carême  î  or  en  1 503 ,  ce  lundi  eft  iar 
conceftablemenc  k  t8  mArs  ^  Pâque  combaac  le  7  avcil* 


r 

i 

P  H  IL  I  p  i»~^  I  V.»  ♦  i99 
royale  ;  veut  qu'ils  jouif^ènt  des  liber- 
tés >;franchifes  &  Unmùnités,  donc  ils 
jouiiToient  fous  le  règne  de  S.  Louis  ; 
défend  de  les  troubler  dans  l'exercice 
de  leur  jurifdiâipn  fpirituelle  ou  tem- 
porelle, j  prétend  que  lorfqu  ils.  feront 
obligés  de  venir  au  parleïxjçnt  ,  oa 
les  expédie,  promptement,  félon  leur 
r^ng ,  &  riniportarice  de  leurs  affai- 
res j  ordonne  que  quand  il  enverra 
des- (.ettres  pour  faifir  ou  confifquer 
leur  temporel ,  on  ne  les  mettra  à  exé- 
cution >  qu'après,  s'être  informé  fi  ce 
qu'QB  lui  a,  mapdé  eft.  véritable  ;  ne 
permcît  de  faifîr  leurs  biens  que,  juf- 

3u'à  la  concurrencé,  de  l'amejiae  qu'ils 
oiventj  décerne  de  icigoureufes  pei- 
nes contre  les  gardiens  des  régales  » 
qui  commettront  quelque  dégât  dans 
la  perception  des  rruits  d'un  bénéfice 
vacant ,  qui  abattront  Içs  hautes  fu- 
taies y  OU  couperont  le^  bois  taillis 
avant  le  tems ,  ou  détruiront  les  étangs» 
les  viviers ,  les  maifons^  &  condamne 
ceux  qui  font  coupables  de  quelques- 
uns  de  ces  excès  ,  à  réparer  &  payer 
tous  les  dommages  qu'ils  ont  caufés. 
Alors  ,  comme  de  nos  jours  ,  les 
gens  de  JofVice ,  quoique  leurs  char- 
ges ne  fuflfent  pas  encore  vénales  ^ 

Nvj  ^ 


300'        HiSTOIRE  DE  FHAKCB  ^ 

lietoient  exemcs  ni  de  pailîoti  ,  ni 
Jtintétct  j  Se  leurs  leiitears  afifedSbées 
Aéfùloient  Sd  raifioient  les  mafhearéiix 
^^'  plaideurs.  Pour  remédier  à  ces  défor- 
dres ,  il  eft  dit  que  perfonne  i^exer- 
cera  la  magillrarure  dans  le  lieu  de  Csl 
naîflfance  j  que  les  Jugéir ,  loin  d'avx^r 
droit  de  rien  exiger ,  ne  pourront  pas 
même  acceptei  ce  <ju*on  leur^  ofmra 
librement  ;  que  les  offices  db /ûdica- 
ture  ne  feront  donnés  qu*à  des  petfon- 
nesfages ,  fidèles ,  éclairées ,  capables» 
de  bonne  renommée  ;  que  les  gen^  da 
confeil  du  Rbf  ne  recevront  de  pèn- 
fion  ni  du  clergé  ^ïii  des  villes  /ni  des 
communauté*  {a)  j"  que  les  fergetits  à 
cheval  ne  prendront  ^[ue  t^ois  lois  par 
Jour  ,  &  les  fergents  a 'pied  dix-huic 
deniers  j  que  les  notaires  n'auront 
qu'un  denier  pour  trois  lignes  d'écri- 
tures y  &  que  les  enquêtes  portées  a  la 
cour,  feront  expédiées  &  jugées  du 
moins  dans  deux  années  :  terme  beau- 
coup trop  lohg  pour  un  infortuné  , 
guun  injufte  procès  réduit  à  la  plus 
affreufe  mifére.. 

ia)  Cette  fage  difpofîti©n  a  été  renonvcllée  par 
Charles  VI ,  Charles  VTII ,  Louis  Xll  j  fie-  les  Rois 
le«rs  fucccflcurs  ;  mais  fan^  fuccês  ,  Tavidicé  àvL 
£ain  l'ayant  erapottéfur  Je  dcvoii.  Ukr»  or 4*  lom.  u 
p.  >^o.  fiote  f 


pHltlM»!     rV.  JOÏ 

Tant  de  précautions  ne  raffuroienr 
poîht  le  fage  Lcgiflateur.  On  pouvoir 
éluder  Tautorité  de  la  loi  :  la  cupidité 
à  des  reffburces  infinies  :  il  voulut 
encore  retenir  les  magiftrats  par  les 
liens  façrés  di|  ferment.  Il  ordonne 
que  Fes-iSénéchaùx  ,  Baiîlis  v  Juges  , 
Vigurers  i  Vîèomtes  ,  Prévôts  »  &  au- 
tres^ officiers-,,  Jureront  qu'ils  feront  iwir- 
juftice  ^ux  -grands  &  aux  petits  ,  fans 
acception  de  perfonne  j  qu  ils  confer-  ' 
verom  lés  droits  du  Roi  ,  fans  nuiref 
à  ceux  de  fes  vaflTaux  &  fujets  y  qu'ils 
ne  recçvront  'ni  or ,  ht  argent ,  ni  au-  • 
cun  alitlPé  don  quel  qu'il  foit ,  fi  ce 
n'eft  dè'clïôfes  à  manger  ou  à  boire  j 
qu'ils -rie-  permettront  point  que  leurs 
femmes  ,  leurs  enfants,  leurs  frères, 
leurs  neveux  ,  leurs  niétfes  ,  reçoivent 
aucun  préfent  ou  bénéfice  -,  qu'ils  ne 
ne  prerïdront  rien  à  titre  de  prêt ,  des 
perfonnes  de  leurs  baillages ,  ni  de 
eettx  qtii  auront  des  caufes  devant 
eux  ;.qp'ils  n'emploieront  ni  préfents, 
ni  intrigues,  pour  captiver  k  bien- 
veillance de  ceux  qui  font  du  confei! 
du  Roi  ,  ou  qui  ont  droit  d'infpec- 
tion  fur  eux  i  qu'ils  ne  feront  aucun» 
acquifition  d'immeubles  dans  Péten?- 
due  de  leur  jurifdiôion  j  qu'ils  n'J; 


30X  Histoire  de  France  , 
contraâreront  point  mariage  ,  ni  ne 
fouffrironc  que  leurs  enfants  ou  pro- 
che-parents s'y  marient  j  enfin  qu'ils 
exécuteront  fidèlement  &  de  bonne 
foi  tout  ce  qui  eft  prefcrit  par  cette 
ordonnance.  > ,      • 

Mais  de  tous  les  articles  de  ce  £à- 
te  Parle  meux  Edît ,  le  foixante-deuxiéme  {a) 
ftjcnt.itc"^à  ®*  ^®  ?^^  remarquable  ,  parce  qu'il 
Paris.  forme   une  époque  célèbre   dans  la 

^'^'  Monarchie.  Voici  conime  il  eft  conçu, 
w  Pour  la  commodité  de  nos-  fujets, 
»  &  pour  l'expédition  des  caufes  » 
.  »)  nous  nous  propofons  d'ordonner 
V  quon  tiendra  deux  fois  Tan.  le  Par- 
«>  lement  à  Paris ,  TEchiquier  à  Rouen , 
w  les  grands  jours  à  Troyes  ;  &  qu'il 
M  y  aura  un  Parlement  à  Touloufe  , 
M  jEi  les  gens  dç  cette  province  confen- 

{a)  Non  le  foixantc-fixiéme  ,  comme  Viffutt  le 
nouvel  Editeur  du  P.  Daniel  ,  tohi..^.  p.  io<^.  Ce 
xi'tlï  pas  la  feule  faute  qui  I.ui  fait  échj^pée  daos 
fon  obfcrVation  fur  cet  érabliltcnient  :  i^'.  Le  texte 
y  é(l  corrompu  :  propontrnus  quoi'  dm  Parlament*  : 
si  )K  a  pToponimus  ordinare  :  i®.  La  traduâion  eft  dou- 
blement infidèle  :  nous  ordonnons  :  Ce  mot  proponere 
coût  fcul  ne  (îgnifie  point  ordonnée  :  il  faut  dire  avec 
le  texte,  noMJ  nous  propafons  d'ordonner,  :  j**.  On  fixe 
répoque  Je  cette  ordonnance  â  l'année  xjot  :  ofl 
dcvoïc  ajouter  ,  vieux  ftyle  ,  c'eft  ijo<  ,  Cclon  fc 
nouveau,  4^.  Qn  veut  qu'ellç  foit  du  14  mari  : 
mais  le  lundi  de  la  mî-carôme  ,  jour  de  fa  date  g 
•étqit  le  i  avrii'en  iioi»  le.rS'viarsen  xjc^. 


Philippi  IV.  )oj 
w  tent  qu'il  n'y  ait  point  d'appel  de 
»»  ceux  qui  y  fiégeront  r. .  Voilà  ce  qui 
a  donné  lieu  à  prefque  tous  nos  mo- 
dernes de  fixer  en  1302  [ijoj]  le 
tems  où  le  Parlement  qui  fuivoit  le 
Roi  ,-  «fla  d'être  ambulatoire  ,  & 
commença  à  tenir  fes  féances  à  Paris* 
Le  monarque  néanmoins  ne  dit  pas 
qu'il  ordonne  :  ».  mais  qu'il  fe  propo£b 
9»  d'ordomier  que  tous  les  ans  on  tien- 
»  dra  deux  Parlements  à  Paris  «  ,  pa- 
roles qui  fèmblent  plutôt  indiquât  le 
projet ,  que  l'exécution  d'un  établifle- 
menc.  Ceft  ce  qui  fait  que  Pafquier  v 
recule  de  quelques  années  ce  grand 
événement*  Ce  que  Philippe  promit  i^wiv  de  ra 
alors ,  dit  ce  célèbre  écrivain ,  il  l'exé- 1  "^^Ï.T  1? 
cura  en  1 504  ou  1305  :  ce  qui  fe  prou-  ^*'  ^^' 
ve  par  une  ancienne  ordonnance  qu'on 
trouve  dans  un  vieux  regiftre  des  char- 
tes du  Roi.  Elle  porte  >»  qu'il  y  aura 
5,  deux  Parlements  ,  que  Tun  com4. 
5,  mencera  à  l'oûave  de  Pâque ,  l'autre 
„  à  l'odave  de  la  Touflaint  ,  &  que 
^,  chacun  ne  durera  que  deux  mois  ; 
„  qu'ils  feront  compotes  de  deux  pré- 
„  lats ,  [  l'archevêque  de  Narbonne  &  * 
,,  l'Evêque  de  Rennes]  ,  de  deux  fe^- 
„  gneurs  laïques ,  [  le  comte  de  Dreux 
,j  &  le  comte  de  Bourgogne  ]     de 


504  Histoire  de  France  , 
,j  treize  confeillers  clercs,  &  de  treî- 
„  ze  confeillers  laïques  i  que  chaque 
„  chambre  des  enquêtes  n  excédera 
3,  point  le  nombre  de  cinq  ,  l'Echi- 
„  quier  dix ,  les  grands  jours  de  Troyes 
5,  huit  *'.  La  preuve  que  ces  grands 
tribunaux  ne  tenoient  pas  dans  le  mê- 
me tems ,  c*eft  que  fuivant  cette  même 
Sèdoniiance  ,  les  mêmes  qui  avoietic 
préfidé  à  Paris  ,  fe  trouvent  encore 
préfîder  dans  la  même  année  à  Rouen 
&  à  Troyes. 

-  C'eft  une  chofe  étrange ,  continue 
Pafquier  «  que  nous  ignorions  ce  que 
„  chacun  devroit  fçavoir  ,  l'origine 
„  de  ce  Parlement  ,  qui  eft  la  plus' 
„  riche  pièce  du  royaume  ,  fous  l'au- 
5,  torité  de  nos  Rois.  De-là  vient  que 
„  quelques-uns  en  attribuent  le  pre- 
,,  miet  plan  au  roi  Louis  Hutin ,  ce 
y,  qui  eft  une  véritable  héréfie  **.  Ce 
Prince  n'a  fait  que  fuivre  les  erre- 
ments de  foh  père  ,  »*  en  nommant  à 
3,  la  Grand*chambte ,  pour  préfîdent , 
„  le  chancelier  ,  pour  confeillers  , 
,5  douze  clercs  &  dix-huit  laïques  ; 
„  aux  enquêtes  ,  pour  jugeurs  ,  Us 
,,  évêques  de  Mende  &  de  Soi(Ibns> 
,,  les  abbés  de  S.  Germain-des-Présic 
if  de  S.  Denis  3  fept  autres  clercs  \  fiz 


Philippc  IV.  30J 
5,  laïques ,  &  neuf  rapporteurs  *S  Le 
Parlement  ,  fous  Philippe-le-Long  , 
frère  &  fucceffeur  de  Louis  ,  étoit  à 
peu-près  compofé  du  même  nombre 
d'omciers  :  il  n'y  fit  d'autre  change- 
ment que  d'en  exclure  les  prélats  , 
fc  faifant  confcknu  ,  dit- il ,  dt  ks  cm-  tom^i.^yST 
pêcher  de  vaquer  au  gouvernement  de 
leurs  rpiritualités  {a).  lAzxs  ,  comme 
lobferve très-judîcieufement  l'Auteur 
des  Recherches  de  la  France ,  „  Nous  ,  ï\"ï-  *J«  ï» 
55  fommes  en  un  royaume  ,  auquel 
5,  pour  la  facilité  de  nos  Rois,  lescho- 
„  les  viennent  fort  aifément  à  l'effbr. 
5,  Il  n'y  eut^fi  petit  feignent  un  peu  en 
5,  crédit ,  qui  ne  voulût  être  immatri- 
j,  culé  dans  cette  compagnie  :  bien-tôt 
„  le  nombre  en  fut  effréné  **.  Philippe  p.^'^J/*^**' 
de  Valois ,  pour  remédier  à  ce  déior- 
dre  9  régla  [b)  qu'è  dorénavant  il  n^ 
auroit  que  trente  cbhfeillérsd  la  grand-* 
chambre ,  fansf  y  comprendre  les  oré- 
fidents  ,  quarante  aux  enquêtes ,  huit 
aux  requêtes  :  règlement  qui  fut  long-' 
tems  en  vigueur. 

Ce  feroit  une  erreur  ,  c'eft  toujours 
Pafquier  qui  parle  ,  d*im.aginer  avec* 
quelques  modernes.,  que  cette  der-  . Jj^/'|;;»'j|r 

(n)  Cette   Ordonnance   eft   du  5  décembre  i}!^. 
il)  te  II  mats  1344.  Ci545'I 


jotf  Histoire  dï  Prance  , 
niére  ordonnance  oonfticue  le  Parle- 
ment dans  letac  où  il  eft  aujourd'hui, 
c'eft-à-dire ,  dans  une  féance  fixe  & 
continuée  pendant  tout  le  cours  de 
l'aïuiée  :  le  contraire  eft  démontré  par 
pludeurs  mémoriaux  de  ces  anciens 
tems.  Ici  c'eft  le  même  Philippe  de 
Valois,  qui  en  1347  {a)  mande  aux 
gens  des  comptes ,  qu'attendu  que  le 
Parlement  n'eft  point  affèmblé  ,  il  a 
délégué  quelques  confeillers  Se  maî- 
tres ,  pour  faire  le  procès  aux  Lom- 
bards ufuriers ,  &  que  fon  intention 
eft  qu'ils  foient  payés  de  leurs  vaca- 
tions ,  félon  ce  qui  eft  ordonné  par 
chacun  jour  :  li  c'eft  Charles ,  le  pre- 
mier des  fils  de  France  qui  ait  pris  ie 
titre  de  Dauphin ,  qui  en  i  357  ,  pen- 
dant la  prifon  du  Roi  fon  père  ,  dé- 
clare qu'il  aura  foin  que  les  chambres 
du  Parlement ,  enquêtes  &  requêtes  , 
fe  tiennent  à  l'avenir  fans  difconti- 
nuation  ;  ce  qui  fuppofe  qu  alors  elles 
n'étoient  point  encore  dans  cet  ufage. 
Mais  cette  déclaration  du  jeune  Prince 
demeura  fans  effet  :  il  régna ,  il  mou- 
rut ,  fans  l'avoir  exécutée.  La  minorirc 
de  Charles  VI  fon  fils ,  la  foibleffè  de 
fan  cerveau ,  les  fadtions  des  Princes 

(a)  Le  iz  du  mois  d'aoûc 


P  utL  11?  p  n  IV.  J07 
qiiî  défolérent  le  royaume  ,  furent 
caufe  qu'on  ne  fongea  point  à  envoyer 
de  nouveaux  râles  de  confeillers  :  ceux 
qui  fe  trouvoient  en  place ,  ne  laiflc- 
rent  pas  échapper  1  occafion  de  s'y 
maintenir  :  ils  commencèrent  à  tenir 
des  féances  fixes  &  continues  :  ce  qui 
a  toujours  fubfifté  depuis. 

Jufques-là ,  nul  pré(îdent ,  nul  con« 
teiller  à  titre  d'office  ;  ce  n'étoient 

3ue  des  commi fiions ,  pour  lefquelles 
s  croient  payés  par  jour ,  félon  le  fer- 
vice  qu'ils  avoient  rendu.  Le  Roi  les 
changeoit comme  il  jugeoit  à  propos: 
rarement  il  les  continuoit  :  à  chaque 
féance  ,  nouveaux  juges.  Les  Pairs , 
tant  eccléfiaftiques  que  laïques  ,  les 
feals  qui  fuflent  membres  nés  du  Par- 
lement ,  étoient  auffi  les  feuls  confeil- 
lers à  vie.  On  n'admettoit  dans  cet 
augufte  corps  aucun  laïque  ,  qu'il  ne 
fut  chevalier  ou  gentilhomme  :  fi  SIX  p.  m?: 
quelquefois  on  y  appelloit  des  gens  h»- 
de  loix  ,  ce  n'ctoit  que  pour  les  con- 
fulter.  Infenfîblementils  y  eurent  voix 
délibérative  ,  &  fiégérent  avec  la  no-  , 
blefle.  Cela  fir  de  la  bigarrure.  Les 
chevaliers  ,  à  l'ordinaire  ,  s'y  trou- 
voient  Tépée  au  côté  &  avec  leur 
manteau  y  lés  gens  de  Loi  au  contraire. 


fo9     Histoire  de  France  , 
n'ofanc  prendre  le  manteau ,  qai  étoic 
rhabit  de  chevalier  ,  n'étoiem  vêtus 
que  d'une  robe  qui  n*étoit  ni  ample, 
ni  traînante  comme  celle  d'aujour- 
d'hui ,  mais  ferrée  comme  une  fouta- 
ne.  On  donnoit  la  qualité  de  M^tn 
aux  eccléfiaftiques  du  fécond  ordre , 
comme  aux  doyens  des  chapitres, aux 
chantres ,  aux  prieurs  ,  &  aux  autres 
clercs  ,  qui  étoient  faits  confeillers  : 
elle  paffa  depuis  aux  légiftes  qui  par- 
vinrent à  cet  honneur ,  même  a  la  pre- 
-  miére  préfidence.  Les  regiftres  du  Par- 
lenient  ne  qualifient  que  de  Mamk 
premier  préfident  Mauger ,  qui  mou- 
rut en  141 8.  Le  titre  de  Monfieurétdii 
^fFedté  à  ceux  des  confeillers  gentils- 
hommes ,  qui  n  croient  pas  encore 
admis  dans  Tordre  de  la  chevalerie. 
On  appelloit  le  chevalier  Mcffino^ 
Monftigntur  :  c'eft ,  dit-on ,  m  mémoire 
de  ces  anciens  preux  ^  qu'on  traiu  en- 
core aujourd'hui  le  Parlement  dt  Nofi- 
gneurs.  Philippe  de  Morvilliers,  quoi- 
que premier  préfident ,  d'ailleurs  hom- 
me de  qualité,  ne  fut  point  traité  de 
MeJJire.,  qu'il  n'eût  été-  fait  chevalier. 
Les  Préfidents  au  mortier ,  qui  repré- 
fentent  les  chevaliers  ,  en  ont  con- 
jfervé  rhabic ,  &  la  robe  des  gradués 


Philippe  IV.  30^ 
eft  demeurée  aux  confeiUers  qui  leur 
ont  fuccédé. 

Il  paroît  qu'alors  les  gens  des  en« 
quêtes  &  des  requêtes  ne   tenoient 
point  le  même  rang  que  Meilleurs  de 
Grand-chambre  ,  ceft  à-dire  ,  qu  ils  p^R^;,f f  [• 
n'étoient  point  regardes  comme  fai-c^piioi- 
fant  partie  du  Parlement  :  vérité  at- 
reftée  par  une  mulptude  de  témoi- 
gnages cirés  des  archives  de  la  nation. 
Ici  ce  font  des  Lettres  de  nos  Rois 
adrefices  ,,  aux  gens  qui  tiennent  ou 
„  tiendront  leur  Parlement ,  aux  gens 
„  tenants  les  comptes  ,  aux  enquêtes , 
55  aux  requêtes"  :  là  ,  c  eft  Philippe- 
le-Lone  qui  ordonne ,  „  que  Meflîeurs    Qrd.  ûc  noi 
5,  des  enquêtes  &  des  requêtes  vien-p.730  751. 
„  dront  &  demeureront  en  leur  cham- 
5,  hï^  à  l'heure  &  en  la  manière  que 
^3  ceux  du  Parlement  ;  que  les  maîtres 
5,  du  Parlement   &   les  jugeurs   des 
5,  enquêtes  s'aflèmbleront  à  Paris  huit 
5,  jours  avant  que  la  féance  foit  ou- 
3,  verte  ;  que  ceux  des  requêtes  n'en-  , 
,,  treront  en  la  chambre  du  Parle- 
,,  ment ,  s'il  n'y  font  mandés ,  ou  s'ils 
„  n'y  ont  aflFaire  pour  leurs  propres 
3,  befogne  'S  Ailleurs  c'eft  Philippe  de  ibia.  tom.», 
yalpis  qui  régie  ,  „  qu'en  fon  Parle-  ^*"'- 


jïo  HisToiiLE  DE  Frange, 
»,  ment  il  y  aura  quinze  clercs  &  quinze 
„  iaïs ,  outre  trois  préfidents  j  vingt- 
,,  quatre  clercs  &c  feize  laïs  en  fa 
,)  chambre  des  enquêtes  \  cinq  clercs 
„  &  trois  laïs  en  fes  requêtes  du  w- 
„  lais  "  :  tous  monuments  qui  era- 
bliflent  une  diftinétion  réelle  entre  le 
Parlement ,  les  enquêtes  &  les  requê- 
tes. Elle  fubflfta  julqu'au  rems  eu  les 
féances  dé  la  cour  commencèrent  à 
être  fixes  &c  perpétuelles  :  ce  qui  n  em- 
pêcha pas  que  la  grand'chambre  ne 
confervât  de  grandes  prérogatives  fur 
Wfch.dcUFr.  les  autres.  On  fe  plaignoit  en  I405>» 
d  un  jugement  rendu  aux  enquêtes. 
Elle  ordonna  que  le  procès feroit  revu: 
ce  qui  fut  exécuté.  Il  fut  dit  à  la  vé- 
rité, qu'il  avoit  été  bien  juge  :  niais 
cet  arrêt  même  prouye  la  fupériorite 
de  la  chambre  qui  le  rendoit,  Ce  ne 
fut  qu'en  1411  ,  qu'on  accorda  aux 
enquêtes  U  pouvoir  de  mearc  les  apfd^ 
laitons  au  néant.  „  Telle  cft  encore 
„  aujourd'hui ,  dit  Pafquier  ,  l'auto- 
„  rite  de  cette  grand'chambre  ,  W 
j,  n'y  a  celui  des  enquêtes  qui  avccfc 
„  tems  n'efpére  &  ne  défire  y  avoir 
„  féance  ,  comme  dernière  reffoofce 
„  de  fes  penfements.  Une  place  y  va- 


Philippe  IV.  jii 
^,  quoiC  fur  la  fin  du  règne  de  Charle»s 
,,  VI  {a)  :  Jacques  Brularc&  Guillaume 
„  Gui  la  difputérent  vivement.  Celui* 
y  y  ci  âllégttoic  fon  ancienneté  de  ré« 
yy  ception  ;  celui-là  fa  qualité  dé  pré- 
,,  fident  aux  enquêtes.  Les  chambres 
„  afleûtiblée^  prononcèrent  que  Bru* 
„  lart  feroit  préféré.  On  dit  les  cham^ 
yy  bces  a({emblées  :  chofe  inouie  avant 
,,  que  le  Parlement  fut  établi  perpé* 
„  tuel  «. 

L'arrivée   des    Légiftes    caufa   deîï«««&«««* 

&  des Ft. p.  MO. 

grands  changements.  Ces  gens  pleins 
des  formalités  iqu'ils  avoient  puifées 
dans  le  droit ,  introduifirent  la  procé^ 
dure ,  Se  par-là  fe  rendirent  maîtres 
des  affaires  qu'ils  avoient  fçu  em^ 
brouiller.  Ce  jargon  de  chicane  re- 
buta les  chevaliers  ,  qui  n'y  enten- 
doient  rien*  Une  autre  mortification 
fut  de  £e  voir  afiez  fouvent  préfidés 
par  un  gradué  ,  aulieu  que  dans  les 

Eremiers  tems  ,  c'étoit  toujours  un 
aat  baron  qui  les  préfidoit.  Ce  qui 
acheva  enfin  de  les  dégoûter ,  c'eft  que 
le  Parlement  devint  perpétuel.  Cette 
affiduité  ne  leur  lairfbit  le  tems ,  ni 
d'avoir  foin  de  leurs  affaires  ,  ni  de 
rendre  pendant  la  guerre  le  fervice 

(a)  Le  2,9  mai  t^u.. 


j  1 1  Histoire  de  Fr anci  , 
qu'ils  dévoient  au  Roi  :  ils  prirent  k 
parti  de  fe  retirer,  &  d'abandonner 
une  de  leurs  plus  illuftres&  plas  an- 
ciennes prérogative^,  qui  étoit  de  ju- 
ger les  peuples.  Déjà  on  avoît  exclu  les 
Prélats  de  ces  aflemblées ,  où  ancien- 
nement ils  avoient  droit  d'opiner: 
ainfi  les  ligifles  y  reftérent  feuls  ;  ce 
qui  a  donne  à  la  robe  la  confidêratioD 
où  elle  a  toujours  été  depuis.  Delà 
vient  la  diftindkion  qu'on  ne  connoif- 
foit  pas  autrefois  ,  de  la  noblefe 
d'épée  ,  &  de  la  nobleffe  de  robe. 

Les  lumières  &  la  probité  des  pre- 
miers Légiftes  qui  eurent  fcance  au 
Parlement  ,  les  mirent  dans  une  hau- 
te réputation.  Ils  fe  laifloient  rare- 
ment furprendre  ,  jamais  corrom- 
pre. Ils  ne  recfi voient  ni  préfents,nï 
vifites  :  un  grand  fond  d'honneur  tai- 
foit  toute  leur  richeffe  :  l^urs  gag^^ 
ibîd.p.  Mi.fuffifoient  pour  leur  entretien.  Lo"' 
qu'ils  n'étoient  point  payes  ,  il^  re- 
tournoient i  leurs  écoles ,  pour  y  ^|!' 
feigner  le  droit.  Cette  noble  m^ 
cité  ,  loin  d'afFoiblir  ,  augmentoit  ^ 
confidération  qu'on  avoir  P^'^'J/t' 
La  principale  attention  de  ces  ^ 
magiftrats  fetoir  d'expédier  les  parn^sj 
On  vuidoit  tous  les  procès  en  û 


^ 


Philippe  IV.  31J 
mois ,  pour  ne  point  remettre  les  pl|i- 
dears  â  4in  autr«  Parlement ,  qui  fou- 
vent  ne  s'aflTemWoit  qu'une  fois  Tan- 
née. La  juftice  étoit  adminiftréc  fans 
frais.  L'arrêt  même  no  coutoit  rien. 
Le  greffier  en  ctoit  payé  fur  un  fond 
que  faifoit  le  Souverain.  Un  malheu* 
reus  commis ,  ayant  emporté  ce  fond 
*fous  Charles  VIII ,  ce  Prince  qui  avoir 
une  grande  guerre  avec  fes  voifîns  « 
&  fort  peu  d'argent ,  fe  laiiïà  perfua- 
der ,  qu'il  n'y  avoir  nulle  injuftice  à 
faire  payer  aux  parties  l'expédition  de 
leurs  arrêts. 

Dans  l'origine  ,  c'étoit  le  Roi  qui  itia.p.tfir 
siommoit  les  officiers  dju  Parlement. 
Charles  V  ,  pour  montrer  qu'il  étoit 
moins  jaloux  de  maintenir  fon  autori- 
téyque  de  procurer  le  bien  public,  vou* 
lut  que  les  confeiller-s  ,  les  préiSdents ,  g^^jrtfîom'?: 
&  le  chancelier  même  ,  tuflènt  élusp  Vy/iyî'' 
par  fcrutin  à  la  pluralité  des  «oix.  C'eft 
ainfi  cju'en  prélence  de  <:e  monarque , 
des  princes ,  des  barons ,  des  feigneurs 
du  Parlement  Se  des  comptes ,  aflèm- 
biés  au  Louvre  ,  Pierre  d'Orgemont 
fîic  élu  chancelier  dé  France  ,  le  20 
novembre  1573  :  ainfi  que  Henti  de 
4e  Marie  fut  élevé  en  1403  à  la  pre- 
nmére  préfidence ,  tant  par  les  ptovi- 

Tome  rfl.  O 


5  H  Histoire  de  France  , 
fions  du  Roi ,  Charles  VI  ,  que  par 
lefedion  du  Parlement.  Charles  VU , 
devenu  paifible  fur  le  trône  ,  rentra 
dans  la  pofleffion  où  étoienc  fes  prédé- 
cedeurs ,  de  remplir  les  places  qui  va- 
quoient  p^r  démiffion ,  ou  par  mott. 

dSTF^Sid!"^'  ^°^^5  XI ,  pour  paroître  plus  abfolu, 
fans  attendre  qu'il  y  eût  des  .places  va- 
cantes, changeoit  continuellement  les 
of&ciers  de  la  cour.  Matthieu  de  Nan- 
terre  étoit  depuis  quelques  années  chef 
de  cette  éotiipagnie  :  il  le  fit  defcen- 
dre  au  rang  de  fécond  préfident ,  fans 
autre  raifon  ,  difent  nos  hiftoriens , 
finon  qu'il  vouloir  faire  voir  qn  iUtoic 
le  maître. 

Bien- tôt  il  s'éleva  un  nouvel  ordre 
de  chofes  ;  &  ces  places  qui  n'étoienc 
d'abord  que  de  fimples  commiffions , 
devinrent  ,  par  TintroduAion  de  U 
vénalité  ,  des  charges  perpétuelles  & 

ibid,p.is5.  nonfujettes  à  changement.  Ce  fut  a 
l'oçcafion  de  la  guerre  d'Italie  fous 
Çrançois  I ,  que  Ton  commença  de  les 

defhîft.^déF":  vendre  :  mais  pour  fauyer  le  ferment 

5k  ftiii/-^**^-  q^'oi^  étoit  obligé  de  faire ,  de  n'avoir 
point  acheté  fon  office ,  ce  commerce 
qui  allarmoit  le  peuple ,  fut  coloré  da 
titre  de  prêt  pour  les  befoins  de  l'Etat 
La  plupart  xs  François  avides  de  rang 


P  M  I  t  I  P  I>  B     I  V.  ^j 

&  tl*«mploi  ,  mirent  U  leur  argent 
comptant  :  elles  devincem  une  mine 
d'or.  Henri  II  fe  contraignit  moins  : 
il  ordonna  en  15  54 ,  fans  faire  aucune 
difiinâion  de  judicature  ou  de  finan- 
ce,  que  tous  ceux  qui  voudroifent  fe 
faire  pourvoir  d'office ,  foi$  par  va^ 
cation ,  rtjîgnaùon  ou  création  nou* 
vtlU  ,  feroient  enrcgîftrer  leurs  noms 
chaque  femaine,  &  que  le  contrôleur 
général  feroit  des  notes  contenant  les 
noms  &  qualités  des  offices  qui  fe*' 
roient  à  taxer.  François  II  voulut  faire 
revivre  l'ancienne  forme  deséleftions  : 
mais  pour  éviter  les  brigues ,  il  fut  dit 

Îiue  le  Parlement  préietneroit  trois 
ajets ,  entre  lefquels  le  Roi  choifiroit. 
Les  chofes  n'en  allèrent  pas  mieux* 
Tous  les  offices  vacants  furent  rem- 
plis de  gens  dévoués  tantôt  au  conné- 
table ,  tantôt  aux  Guifes  ,  tantôt  au 
prince  de  Condé  ,  rarement  au  Sou- 
verain^ &  ce  fut  une  des  principales 
caufes  des  défordres  des  guerres  civi^ 
les.  Enfin  fous  le  règne  de  Charles 
IX  ,  le  fyftème  de  la  vénalité  reprit 
abfolument  le  deffiis.  Ce  prince  per- 
mit  à  tous  les  poflellèfirs  de  charges , 

2  ni ,  fans  être  vénales  de  leur  nature , 
[oient  cenfées  telles  à  caufe  des  finan» 

Oij 


)i€  Histoire  de  France, 
ces  payées  pour  les  obtenir ,  de  les  ré- 
figner  en  payant  le  tiers  denier.  Les 
offices  de  judicacure  étoient  dans  ce 
cas  :  ils  tombèrent  comme  les  autres 
aux  parties  cafuelles  :  le  trafic  en  de- 
vint commun  entre  particuliers,  chofe 
inouie  jufquçs-U.  Lorfqu*ils  devinrent 
dévolus  au  fiic ,  faute  par  les  réfignants 
d'avoir  farvécu  quarante  jours  â  leur 
réCignation  ,  on  les  taxa  comme  les 
autres  ,  ôc  Ton  donna  des  quittances 
de  finances  dans  la  forme  ordinaire. 
Telle  eft ,  au  jugement  de  1  élégant  & 
judicieux  hiftorien  que  nous  avons 
cité ,  la  véritable  époque  de  la  véna- 
lité des  charges  de  judicature. 

OnimaginafousHenriIV[en  1^04] 
de  vendre  jufqu  à  la  difpenfe  de  la  ré- 
gie des  quarante  jours  pour  la  validité 
de  la  réiienation  :  H  fut  dit  que  les 
officiers  de  judicacure  ,  payant  cha- 
que année  au  Roi  le  foixantiéme  de 
la  finance  de  leurs  charges  ,  elles  de* 
meureroienc  à  leurs  veuves  &  à  leurs 
héritiers  ;  finon  qu'elles  tomberoient 
aux  parties  cafuelles.  Les  financiers 
donnèrent  â  ce  nouveau  droit  le  nom 
de  Droit  annuel  ;  le  peuple  Tappella 
ia  PauUtu  ,  du  nom  d'un  certain 
Charles  Panier  ^  qui  en  fut  l'iov^nteur  ^ 


Pm  ilïppé  IV.  J17 
6c  le  premier  fermier.  »  UJàuc  avoir 
"un  double  bandeau  fur  les  yeux  ^  Hîft.dcFrm- 

1.     -  -  \         /  ce   ,   toiTï.  i, 

»  dic  Mezeray  ,  pour  ne  pas  voir  que  p.  ix^}. 
»  cet  édic ,  en  perpétuant  la  vénalité 
»>  des  o£Bces ,  doit  rehauffer  leur  prix 
»  à  un  monftrueux  txchs  ,  tel  qu'en 
»eflFet  nous  lavons  vu  j  qu'il  peut 
^  rendre  ceux  qui  les  tiendront,  d  au- 
»tant  moins  dépendants  du  Roi  , 
»»  qu'ils  n'en  feront  obligés  qu'à  leur 
»  bourfe  j  qu'il  donne  fujet  à  leurs 
"  enfents  de  fe  livrer  à  l'orgueil  ,  â 
»  rinjuftice ,  &  de  croupir  dans  une 
w  honteufe  ignorance  ,  parce  qu'ils 
»  font  aflîirés  de  poilcder  ks  charges 
»  de  leurs  pères  j  qu'il  fournit  à  la  chi- 
"*  cane  un  moyen  de  devenir  plus  ma-- 
»  ligne ,  plus  altiére ,  plus  iniupporta- 
«  ble  j  qu'il  ferme  la  porte  des  hon- 
•^  neurs  à  des  perfonnes  dont  la  vertu 
**  égale  la  nobleflè  j  &  l'ouvre  à  des 
»  gens  fans  naidance  ,  fans  capacité  , 
»  ians  honneur  \  à  des  procureurs  ,  i 
»<les  fils  de  fergent ,  à  aes  maltotiers , 
»'  qui  n'ont  quelquefois  d'autre  mérite 
"  qu'un  bien  fouvent  mal  acquis  «. 

Ce  ne  font  pas  les  feuls  change- 
ments qu'éprouva  l'ordre  de  la  Ma^ 
;  pftrature.  D'abord  la  grand'chambre , 
9a'on  appelloit  alors  le  Parlement  y 

O  iij 


}l3       HlstoritB    DE   FltAKCB  , 

Rech  aeiaTr-navoîc  quc  trois  préiidencs  :  bien- toc 
4™p/i«.%5'.  on  en  viï  un  quatrième.  Il  y  en  eut 
^^'  cinq  fous  Charles  VI  &  fous  Fran- 

çois I  i  huit  fous  Henri  II ,  qui  rendit 
le  Parlement  femeftre ,  Ce  le  divifa  en 
deux  féances  ,  qui  avoiqnc  chacune 
leVirs  préfidents  &  leurs  confeillers. 
L'une  tenoit  depuis  le  premier  de 
Janvier  jufqu'au  dernier  de  Juin  ; 
l'autre  depuis  le  premier  de  Juillet 
jufqu'à  la  fin  de  Tannée  :  »  ce  qui  fut , 
„  du  Pafquier ,  une  des  plus  grandes 
yy  mutations  Se  craverfes  que  reçot 
,3  jamais  cette  cour.  Il  eft  vrai  qu  elle 
yy  avoir  vu  fous  les  règnes  précédents 
y,  une  criic  de  préfidents  ,  de  confeil- 
„  Icrs  ,  &  d'avocats  pour  le  Roi: 
,,  toutefois  ceux-ci  étoienc  toujours 
yy  unis  enfemble  y  &  repréfentants  un 
yy  niême  corps.  Mais  aa  femeftre  la 
^y  divifion  ètoit  telle  ,  que  ce  que  les 
yy  courtifans  ne  pouvoient  obtenir  en 
yy  une  féance  ,  ils  le  pratiquoient  en 
^,  Tautrie ,  rendant  par  ce  moyen  Tau- 
yy  torité  de  la  cour  à  demi  illufoire. 
„  Heureufemenc  cette  invention  ne 
„  fubfifta  que  depuis  1554  jufqu'eo 
„  1557.  Elle  fut  annuUée ,  &  les  cho- 
^»  fes  remifes  en  leur  premier  état". 
Un'y  avoic  dans  Torigine  qu'une  cham- 


P  nitit  T  É    IV.        319 

bre  des  enquêtes  ?  la  multitude  des 
procès  obligea  depuis  d*en  établir  trois^ 
François  I  en  créa  unç  quatrième ,  que 
Ion  appella  la  chambre  du  domaine  ;  / 
»>  invention  qu'il  trouva  pour  tirer  d^ 
M  Targent  de  vingt  nouvelles  confeil- 
«  leries ,  qu'il  expofa  alors  en  vente  *'. 
Une  cinquième  fut  érigée  en  15^8 , 
fous  le  règne  de  Charles  IX.  Alors'oii 
fupprima  celle  du  conjiilfurnuméraire  , 
où  fe  vuidoient  les  appointés ,  &  qui 
avoir  été  établie  fous  Henri  II.  Oh 
vit  paroûre  en  1 5  80 ,  un  Edit  portant 
création  d'une  féconde  chambre  des 
requêtes,  &  de  vingts  nouveaux  con- 
feiîjers  9  qui  furent  épars  aux  enquêtes  * 
nouveauté  cm  fut  blâmée  dans  Henri 
III  :  la  néce(fiti  publique  ne  le  conviait 
point  de  ce  faire.  On  a  fupprimé  de 
nos  jours  la  quatre  &c  la  cinq  j  Se  les 
places  de  prefidents  aux  enquêtes  Se 
aux  requêtes  font  devenues  comme 
autrefois  de  fimples  commiilions  :  les 
motifs  exprimés  dans  la  déclaration  , 
démontrent  la  profonde  fageffe  du 
Légiflateur. 

Pafquier  donne  de  grands  éloges  à  ibid.p.70: 
cette  augufte  Compagnie,  «qui,  dit- 
w  il ,  a  toujours  été  fort  recommandée 
»  enFrance ,  comme  celle  par  laquelle 

Oiv 


5ZO  Histoire  de  Fhak^ce  , 
«  fans  efclandre  font  vérifiées  l'es  vo^ 
f>  lônrés  de  notre  Princç.  Cepemlant, 
»>  il  ne  fçaaroit  lui  pardonner ,  ni  cette 
w  partialité  notable  qui  défend  aux 
99  membres  des  autres  tribunaux ,  de 
p-  prendre  à^s  titres  qu*elle  prétend  af- 
»>  fe6kés  à  fes  ieuls  officiers ,  ni  cette 
»>  longueur  ennuyeufe  de  procédures, 
»»  qui  femble  y  avoir  h\i  fa  dernière 
t»  preuve  par  la  fubtilité  de  ceux  qui 
9»  manient  les  caufes  d'autrui.  Toute 
9»  leur  application  eft  d'ombrager,  de 
*»  revêtir  leurs  menfonges  de  quelques 
»  traits  de  vrai- femblance,  &  de  maiv 
»  dier  d'une  contrariété  de  loix  ,  la 
»  décision  de  leurs  procès:  ce  qui  tient 
**  toujours  une  pauvre  partie  en  fuf- 
»  pens.  On  crut  y  remédier  à  l'aide 
w  d'une  Chancellerie ,  qui  fut  premiè- 
»  ment  introduite  pour  fubvenir  aux 
»  affligés  par  bénéfice  du  Roi ,  qui 
^,  s'en  veut  dire  le  protedleurj  néan- 
3,  moins  les  plus  fins  &c  rufés  en  ufent 
,5  comme  d'une  chofe  inventée  pour 
^,  trouver  quelque  reffburce  à  une  cau- 
,, fe  défefpérée.  Delà  vient  que  les 
„  Avocats  &  les  Procureurs ,  tirent  de 
^y  telles  longueurs  f  j'ai  cuidé  dire  lan- 
j,Çueurs]  un  très-grand  profit.  D'oà 
^  il  arrive  que  plufieurs  bons  efprits 


pHitiPPE     IV.  Jli 

\,  delà  France ,  piqjaés  de  Tamorce  du 
),  gain ,  latHent  bien  fouvenc  les  bon- 
3,  nes-Ieccres^  pour  fuivre  le  craiji  da 
3y  Palais^  Se  s'afToupilTent  par  cette 
„  voie ,  pendant  que  comme  des  ânes 
),  voués  au  hioulin»  ils  confomment 
^9  leurs  efprits  à  fe  charger  de  facs  au 
5,  lieu  de  livres* 

Les  Flamands  cependant,  toujoucs  leRofm^r' 
obftinés  dans  leur  haine  contre  les  '^l  ^'J^"!": 
François  ,  aflîcgeoient  de  nouveau  vicnc  fans  a- 
Tournai  i  &  quoiqu'ils  euOent  perdu  ]Suntft 
prés  de  trois  mille  hommes  dans  deux  comté  de  u 
forties,  leur  fureur  ne  fe  ralentiffbit  ^^t^J  ** 

Eoint.  Le  Roi  à  cette  nouvelle  raflèm-  spicu.^tom, 
U  {0n  armée,  ôc  s'avança  jufqu'à 
Peronne  ^  mais  vaincu  par  les  prières 
du  Comte  de  Savoye ,  ou ,  comme  le 
dit  Nangis ,  féduit  par  les  artifices  de 
ce  Prince ,  il  fe  laiflâ  défarmer ,  ac- 
corda aux  rebelles  une  trêve  de  huit 
mois  yôc  revint  une  féconde  fois  fans 
gloire.  Auffi-tot  il  fe  rendit  en  Lan- 
guedoc,  où  par  les  grâces  qu'il  fçuc 
répandre  à  propos ,  il  regagna  tous  les 
cœurs  que  la  malignité  vouloir  lui  dé- 
baucher^ &  chemin  faifant ,  il  réunit 
à  fa  couronne  les  com^s  d'An^oulème 
Se  de  la  Marche ,  avec  la  Seigneorié 
de  Lofignan  en  Poîtoo.  On  raconte 

Ov 


ji%  Histoire  di  Francs  i 
Gue  le  dernier  poflefleur  de  ce  gran  j 
nef  9  Hugues  le  Bran,  nié  à  la  bataille 
de  Courtray  ;  avoic  fait  un  ceftameni 
par  lequel  il  léguoit  au  Roi  plufieucs 
chofes  confidérables;  mais  que  Guy 
fon  frère  le  jetca  au  feu ,  pour  en  ôter 
la  connoiQànce  au  monarque.  L*infi* 
dèle  valTal,  fur  ces  enccefaires ,  fur  ac- 

/  cufé  d'avoir  confpiré  contre  l'Etat  :  ce 

fut  pour  la  cour  un  jnfte  fujet  de  s'em- 
parer par  d|:oit  de  confifcation  y  non- 
ieulement  du  comté  dont  il  venoic 
d'hériter ,  mais  encore  de  ta  feigneur- 
rie  de  Fougères  ou'il  pofTédoit  en  Bre- 
tagne. Il  s'en  fallut  peu  que  la  chofe 
ne  réudit  pas.   La  Comteflle  de  San- 
cerre ,  fœur  de  Hugues  &  du  coupa- 
ble ,  ié  porta  pour  hçritiére  de  totts 
'  les  biens  de  fa  M^ifon  ;  mais  depuis , 
du  confentement  des  autres  conéri- 
tiers ,.  elle  céda  tous  fe$  droits  fur  cet-- 
,  le  fttçceûion  au  Roi  »  qui  s*cn  £ù£t. 
urueYre  Je      On  ttavaitloit  dans  cet  entre-temps 

l^!^  ^^^'  ^  «nénager  la  paix  des  Flamands  avec 
ibi^  leur  Souverain.  Gui ,  leur  ancien  com- 
te y  vieillard  de  quatre-vingts  ans  y  ob- 
tint la  jpermiffion  d'aller  en  Flandre, 
pour  eflâyex  d'adoucir  ces  efprirs  in- 
domrables  ^.rdorit  l'audace  étoit  mon- 
tée aux  derniers  excès  depuis  leur  vie- 


Philippe  IV.  jif 
toire  de  Courtrai  ;  mais  il  ne  put  les 
déterminer  à  aucune  des  foumiffions 
que  le  monarque  exigeoir.  Dcfefpcré 
de  Tinurilité  de  fon  voyage ,  il  revint 
à  faprifon  de  Compiegnej  tant  pour 
farisraire  à  fes  engagemens ,  que  par 
tendrefTe  pour  fes  deux  fils  prifon- 
niers,  dont  la  tète  devoir  rlépçndre 
de  fa  fid^ité  &  de  fon  retour;  Il  ne 
fnrvécut  point  à  cette  nouvelle  dif- 
grâce ,  &  mourut  quelques  mois  après, 
iaiffant  trois  de  fes  fils  dans  les  fers , 
&  fon  pays  affligé  d'une .  cruelle  & 
dangereufe  guerre  ^  jufte  châtiment  de 
fa  révolte  contre  fon  Souverain ,  &  de 
fon  ingratitude  envers  les  François^ 
qui  lui  avoient  acquis  la  poflTeffion  de 
la  Flandre  au  prix  de  leur  fang. 

Toutes  les  négociations  étoientrom-  Aa.  ijo^ 
pues ,  &  la  trêve  expiroit.  On  ne  s'oc-^^'**  ^'P'^^' 
cupa  plus  de  part  &  d'autre  que  du 
foin  de  continuer  une  guerre  cruelle  , 
qui  avoir  déjà  coûté  tant  d'homme» 
à  la  monarchie.  Jean  de  Hainaut  avoit 
hcritc  depuis  peu  du  comté  de  Hollan- 
de ,  par  îa  mort  du  Comte  Florent ,  Se 
de  Jean  fon  fils.  Les  Flamands  préren- 
doient  que  cette  principauté  étoit  une 

niouvance  de  la  Flandre  :  ils  attaquè- 
rent U  Zélandc ,  battirent  GuillauiiiC 

O  vj 


^14  HifrTMRE  DE  FaAKCE  ; 
fils  du  nouveau  comte  ,  firent  pri' 
fonnîer  i'évècjue  de  Maftricht  fon  oa- 
de  9  &  s'emparèrent  d'une  grande  par^ 
tie  de  la  Province.  Guillaume  cepen- 
dant eut  le  bonheur  d'échapper,  8c 
s'enferma  dans  une  Place  forte:  L'in- 
térêt de  la  maifon  de  Hai^iaut,  qui 
avoit  toujours  tenu  1er  parti  de  la 
France ,  obligea  b  Roi  à  faire  un  ar- 
mement naval  >  pour  aller  au  fecours 
d'un  fidèle  allié  ;  il  prit  à  fa  folde  Rai- 

fnier  de  Grimaldi  ,  noble  Génois» 
omme  d'une  grande  expérience  ,  ic 
d'une  grande  habileté  dans  les  corn*' 
bats  de  mer^  qui  étoient  alors  bien 
plus  fréquens  fur  la  Méditerranée  que 
fur  l'Océan^  Grimaldi  amena  feize  ga- 
lères :  la  France  y  joignit  vingt  autres 
vaifleaux  bien  armés  :  cette  flotte  eut 
ordre  d'aller  faire  lever  le  fiége  de  Ziric- 
•  Zée,  qui  étoit  vivement  preuée  par  une 
armée  de  quinze  -  mille  Flamands  ôc 
de  quelques  rebelles  Zélandois.»  fous 
la  conduite  de  Gui  de  Flandre.  Bien- 
tôt on  fut  à  la  vue  de  Tennemi  qui 
étoit  de  beaucoup  fupérieur  en  nom»- 
bre.  Il  avoir  quatre-vingts  vaifieaux, 
montés  chacun  de  cent  hommies.  Se 
fur  lefquels,  fuivant  la  coutume  de 
ce  tems-lâ^  il  7  avoit  des  eipèces  de 


P  R  I  I  I  P  P  E     I  V,  flf 

petits  châteaux ,  d*où  le  foldac  lançoic 
une  grêle  de  flèches.  On  s'attacha  fur-* 
tout  au  navire  du  prince  Flamand. 
Les  François  ôc  les  Génois  [abordè- 
rent à  i'envi ,  fautèrent  dedans  le  fa- 
bre  à  la  main ,  s*en  rendirent  maîtres,  * 
Se  le  malheureux  Gui  fut  fait  pcifon* 
nier.  La  prife  du  général  décida  la  vic- 
toire :  le  refte  de  fa  flotte  fe  diffipa  , 
plafleurs  vail3êaux  furent  pris  dans  la 
fuite,  &  Ziric-Zéefiitdéhvréedufié- 
ge.  C'étoit  tout  ce  que  jportoit  la  com« 
miflîon  de  GrimaUu^  il  rentra  triom- 
phant dans  les  pprts  de  France,  Sc&t 
partir  fon  prifonnier  pour  la  capitale 
du  royaume. 

Le  Roi  avoit  affèmblé  la  plus  belle  .  ^J?'^^^' 

,  ••«     A  •/*    /*        .    <■    de  Mons  en- 

armée  qu  tl  eut  encore  mile  lut  pied,  pueiie. 
&  pour  attirer  la  bénédiction  de  Dieu  M<a«ayftom. 
fur  fes  armes,  avoit  été  faire  fa  prié-  'p*  **^**** 
re  à  faint  Denis ,  6c  prendre  fur  le 
combeaa  des  bienheureux  apôtres  de 
la  France  l'oriflâme  qu'il  dépofa  entre 
les  mains  d'Anfelme  de  Chevreufe, 
vailknt  chevalier.    Il  entra  dans  la 
Flandre  à  la  tête  de  cinquante  miile 
hommes  d'infanterie  &  de  douze  mrl^ 
le   chevaux,  ayant  fous  lui  les  deux 
princes^  fes  frères^  Charles  comte  de 
Yalois  &  Loai$  comte  d'Evieux  >  avec 


jttf  Histoire  de  France, 
un  grand  nombre  de  feigneurs  ÔC  ie 
noblefle.  Les  ennemis ,  fous  la  condui- 
te de  Philippe  de  Flandre  qui  avoir 
quitréla  Sicile  où  il  jouifToic  de  grands 
biens,  pour  venir  au  fecours  de  fa 
patrie ,  écoient  campés  entre  Lille  & 
Douai  à  quelque  diftance  de  Mans  en 
Puelh  ou  Pevtlc.  Le  monarque  s'avança 
j^fqu'à  deùxiieues  de  ceEce  dernière 
place ,  &  fore  près  des  rebelles.  Ceux- 
ci  s'étoient  retranches  fonement ,  en 
faifant  de  cous  leurs  chariots  une  ba- 
ricade  en  rond ,  qui  avoit  près  d'une 
lieue  &  demie  de  tour  :  ils  efpéroient 
que  le  Roi  les  fetoit  attaquer  dans 
leurs  retranchemens  \  mais  il  fe  fou* 
venoit  dû  ixyalheureux  combat  de  Cour- 
rray,  &  prit  le  parti  de  les  affamer 
dans  leur  camp.  Ce  qui  n'empêcha 
pas  de  faire  approcher  un  corps  d'in- 
£interie  avec  des  pierriers ,  qui  eurent 
bien-tôt  rompu  une  partie  de  la  pa- 
li(tàde.  Alors iarbalètrier  françois  lau- 
te  fur  les  chariots ,  d'où  il  décoche 
àts  traits  qui  portent  partout  la  ter- 
reur &  le  carnage.  Tout  leur  ba^ge 
fut  pillé,  &  leurs  vivres  enlevés,  L'fti- 
«ention  n'étoit  pas  d'engager  une  affai- 
re  générale  :  4e  Roi  fît  fonner  la  rt* 
traite,  il  fut  obéi» 


PSXXIPPE     IV.  J17 

On  fe  flatcoic  qu'un  doux  repos  al-      ibid; 
loit  fuccéder  aux  fatigues  d*une  (i  ru» 
de  journée.  Le  foldat  comme  TOfficier 
avoir  quitté  Tes  armes  :  le  Roilui-mè* 
me  fe  prcparoit  â  prendre  quelque 
rafraîchiiïement  ^  lorfqu  on  vinç  lui 
annoncer  que  les  Flamands  furieux 
étoîenc  entrés  dans  le  camp  ,    après^ 
avoir  maflaCté  les  grandes  gardes.  Tout 
plia  fous  leur  premier  e^ort;  &  les- 
corps  avancés  des  François  fe  culbu- 
tant fur  les  plus  éloignés  y  jettérent 
dans  toute  l'armée  un  effroi  dont  les 
plus  intrépides  ne  curent  fe  garantir. 
Le  comte  de  Valois  5   Tun  des  plus 
grands  capitaines  de  fon  fiecle ,  fentic 
pour  la  première  fois  la  terreur  entrer 
dans  fon  ame  :  il  faute  fur  fon  cheval  r 
ic  s'enfuit  avec  une  troupe  de  gen- 
tilshommes qui  paflfoient  pour  les  bra-^ 
ves  de  la  nation.  Tout  retentiflbit  des 
hurlemens  de  cette  populace  effrénée,, 
des  gémiflemens  de  ceux  qu'on  égor- 
geoit  ^  des  cris  de  ceux  qui  rappeU 
K>ient  aux  armes.  Tel  crcyoit  fe  ran- 
ger fous  fa  bannière,  qui  fe  voyoit 
enveloppé ,  aflbmmé ,  maffacré  :  tel 
cherchoit  fes  armes,  qui  les  trouvoic 
prifes  par  le  Flamand  ,  an  par  un 
compagnon  pbs  diligent  que  lui  :  tcus 


3 18  Histoire  db  F& aj4CB  9 
couroient  ça  &  là ,  les  uns  pour  re- 
poufler,  les  autres  pour  éviter  renne- 
mi  ,  qui  bien-tôc  fut  répandu  part-tout, 
jufques  dans  la  tente  même -du  Roi« 
Cet  invincible  Prince ,  dit  Villani  , 
fut  le  falut  de  fon  armée.  La  rage  pein- 
te fur  le  vifage  de$  affaillans,  leurs 
rugi(femens,  leur  nombre^  la  fuite 
même  de*  fes  braves ,  rien  ne  fut  ca- 
pable de  rébranler  :  il  mit  Tépée  à  la 
main ,  arrêta  quelque  tems  la  fureur 
de  ces  forcenés,  qui  ne  le  connoir* 
foit  point ,  parce  qu'il  n*avoit  pas  f^ 
cotte  d'armes,  ôc  rendit  le  courage  i 
ceux  qui  écoient  auprès  de  lui.  Alors 
il  fe  ht  avec  lui  &c  à  fes  cptés  un  mer- 
veilleux combat  de  vingt  gentilshora* 
mes  contre  une  multitu-de  effroyable.. 
Tous  ,  rangés  autour  de  leur  Souve- 
rain ,  s'empreflbient  à  Tenvi  de  lui 
fervir  de  bouclier  ,  &  bien-  tôt  lui 
eurent  fait  une  efpéce  de  rempart  des 
corps  de  ceux  qui  tombèrent  fous  leurs 
coups.  Mais  épuifés^de  fatigues,  tout 
couverts  de  bleffures ,  [  la  plupart  n'a- 
voient  d'autre  armure  qpe  leur  épée 
ou  leur  hache  d'armes  ]  étouffés  par 
la  pouffiére ,  plufieurs  exwrérenft  aai 
pieds  de  leur  Roi  i  qui  le  défendoit 
toujours  avec  une  valeoc  digne  des 


Philippe  IV.  ji^ 
pins  grands  éloges.  Cependant  le  conf- 
ie de  Valois  y  donc  un  événement  im^ 
prévu  avoit  pu  furprendre ,  non  abat« 
tre  le  courage,  eut  bien- tôt  rallié  un 
gros  de  cavalerie ,  &  vint  k  toute  bri- 
de joindre  le  Roî  fon  frère ,  qu'il  fça- 
voit  en  très- grand  danger.  Philippe 
dégagé  par  ce  fecoiirs  qu  il  n*efpéroit 
prefque  plus  ,  fauta  fur  un  cheval  , 
chargea  l'infanterie  Flamande  qui  étdf  c 
en  défordre  ,  lui  pafla  plusieurs  fois 
fur  le  ventre ,  &  ne  ceflà  de  tuer  &  de 
pourfuivre  ,  que  la  nuit  ne  l'eût  forcé 
de  faire  fonner  la  retraite.  Il  demeura 
f\x  mille  Flamands  fur  la  place ,  Meze- 
ray  dit  trente-iîx  mille  ,  parmi  lef- 
quds  on  compte  Guillaume  de  Julters  , 
petit- fils  par  fa  mère  du  malheureux 
Gui  comte  de  Flandre.  Tous  leurs  cha- 
riots furent  pris  ,  &  le  refte  de  leur 
armée  ne  fe  fauva  qu'à  la  faveur  des 
ténèbres. 

On  peut  dire  avec  Mezeray  ,  que 
cette  célèbre  journée  fut  moins  heu* 
reufe ,  que  glorieufe  pour  le  monar- 
que. Il  y  perdit  cinq  cents  gentilshonv 
mes ,  &  plufieursfeigneursde  marque* 
On  tnet  de  ce  nombre  ,  Jean  fils  da  . 
comte  de  Boulogne ,  jeune  homme  de 
treize  à  quatorze  ans ,  qui  faifoit  fes 


j  jo      HisfTomi  DE  France  , 
premières  armes  ;  Guillaume  cotnre 
d'Auxerre  ,   que  fe$  grandes   vertus 
firent  également  regretter  de  la  caur 
&  du  peuple  ^  le  comte  Ânfelme  de 
Chevreufe  ,  qui  par  mille  proueflès 
avoir  mérité  l'honneur  de  porter  l'ori- 
flamme }  Pierre  &  Jacques  de  Gen- 
cien ,  deux  illuftres  ftéres  Parifiens , 
tous  deux  tués  en  faifant  des  prodiges 
<fc  valeur  pour  fauver  leur  Roi ,  qui 
témoin  de  leur  courage  héroïque  >  & 
voulant  éternifer  la  mémoire  de  ce 
fervice ,  permit  à  leur  poftérité  d  ajou- 
ter à  leur  écu  >  qui  étoit  d  argent  à  trois 
faces  vivrées  de  gueules  y  une  bande 
d'azur  femée  de  fleurs  de  lis  d'or  j  & 
>^         Hugues  de  Bouville  ,  preux  &  hgrdi 
chevalier  >  qui  éroit  chambellan  du 
Roi ,  &  fecrétaire  du  cabinet.  Ceft 
ce  même  Hugues  ,  que  l'Empereur 
Du  cinp.c Albert,  fans  doute  avec  la  permiffion 
mi/i  .^""^^fdu  Roi ,  avoir  adopté  quelques  années 
auparavant  pour  ion  chevalier  ,  lui 
accordant  par-tout  l'Empire  ,  les  mê- 
mes droits  ,  honneurs  ,  privilèges  , 
franchifes  y  dont  jouiflbient  les  fami- 
liers de  fa  maifon.  C'éroit  alors  Pufage 
.  des  braves  de  s'attacher,  à   quelque 
Prince  ou  grand  feignent.   Nos  Rois 
fur- tout ,  nos  Reines  aàmes  >  avoient 


^H  I   L  rP  F  1      IV.  *^T 

un  certain  nombre  de  chevaliers  qui 
compofoienr leur^ottr,  &  qui  croient 
à  leurs  gages.  On  les  appelloit  ckcva^ 
Ikrs  le  Roi ,  chevaliers  la  Reine  ^  ou  che- 
valiers de  i'hSul  le  Roi^  chevaliers  de 
rhoul  la  Reine.  On  lit  dans  un  vieux 
règiftre  ,  que  la  àépenUe  faite  en  la  voie 
d"" Aragon  pour  les  gages  des  chevaliers 
de  V'hâtei le  Roi ,  montôit  a  1 70  5  41  H v. 
1 9  fols  :  elle  croit  dé  1 90! 5  4  liv.  1 5  f. 

Sour  les  chevaliers  qui  nctoient  pais 
e  t  hôtel  le  Roi ,  ni  à  gages ,  mais  Jim* 
pUment  à  retenues. 

Tant  de  pertes  he'purent  abartre  le 
courage  des  Flamands.  Réfolusde  périr 
tous  5  plutôt  que  de  perdre  leur  liberté, 
ils  revinrent  au  nombre  de  foixante 
mille ,  pour  traiter ,  ou  pour  combat- 
tre. Philippe  étoit  alors  occupé  au  fiége 
de  Lille  ,  <jui  venpit  de  capituler  ,  & 
grotnettoit  de  fe  rendre  >  n  elle  n  etoit 
pcrint  fecourue  avant  le  premier  d'oc- 
tobre. Il  fut  furpris  qu'après  un  fan- 
glant  échec  ,  les  rebelles  euffent  pu 
ralïèmbler  en  fi  peu  de  tems  une  armée 
il  nombreufe.  N^aurons-nous  jamais 
fait ,  s'écria-t-il?  je  croi  qu'il  pleut  des 
Flamands.  Mais  fa  furprife  augmenta  9 
lorfqu'il  vit  arriver  leurs  hérauts  > 
pour  lui  demander  la  bataille  ^  ou  une 


;it      Histoire  de  France, 

f»aix  honorable.  Philippe  en  prÎDre 
âge  choisie  ce.  dernier  parti  :  il  voyoit 
beaucoup  de  danger  à  les  réduire  au 
défefpoir  »  peu  de  gloire  à  les  corn- 
battre  :  il  voulue  bien  écouter  leurs 
députés.  Le  comte  de  Savoie  &  le  duc 
de  Qrabant.qui  arrivèrent  fur  ces  en- 
trefaites  achevèrent  de  le  déterminer. 
On  convint  d'un^  trêve ,,  &  Tannée 
fui  vante  on  fit  la  paix ,  a  condition 
que  Robert  fils  aîné  du  comte  Gui  fe- 
roit  délivré  de  prifon  ,  &  rentreroit 
en  poflTeffion  du  cpnjité  de  Flandre, 
dont  il  feroit  hommage  au  Roi  y  qu  on 
mettroit  en  liberté  tous  les  feignears 
Flamands ,  qui  époient  prifonniers  ; 
que  la  Flandre  jouiroit  des  privilèges 
6c  franchifes ,  dont  elle  jouiUoit  avant 
la  guerre  j  que  le  Roi  retiendroit  pour 
les  frais  de  fon  expédition  les  villes 
de  Lille ,  de  Douai  ,  d'Orchies  ,  de 
Be  thune  ,  &  qu'on  lui  payer  oit  deux 
cents  mille  francs  à  divers  termes. 
Mais ,  dit  Mezeray  ,  ni  ce  traité  ,  ni 
beaucoup  d  autres  conclus  depuis  avec 
ce  peuple  indomptable  y  ne  purent  lui 
faire  oublier  fa  fierté  brutale  ,  &  h 
haine  invétérée  contre  les  François. 

Le  Roi  revint  triomphant  &  cou- 
vert de  gloire  j  ordonna  dans  tour 


P  HILIJ^  V  î     IV.  5JJ 

îon  royaume  de  folemnelles  aâions 

de  grâces  pour  une  fi  grande  viftoire  ; 

fonda  une  rente  de  cent  livres  à  Tcgli- 

fe  de  Notre-Dame  de  Paris  y  afin  qu'on* 

priât  Dieu  jpour-lûl ,  pour  la  reine, 

pour  fes  enfants  ,  pour  la  tranquillité 

de  TEcat  ;  &  fit  élever  dans  la  nef" 

de  cette  illuftre  cathédrale  la  ftatue 

équeftire  (ju'on  y  voit  encore  aujour-  ? 

d  nui ,  vis-i  vis  de  f  autel  confacré  ' 

fous  rinvocation  de  la  fainte  vierge. 

Le  défaut  d'infcription  a  donné  lieu  ' 

i  des  méprifes  fur  cette  figure  ,  que 

giielques  Auteurs  attribuent  à  Philippe 

de  Valois  après  la  bataille  de  Caflèl  en 

1  j  25  :  mais  pour  ^afibrer  de  la  vérité 

du  fait ,  il  fuffit  de  s'en  rappeller ,  Se 

le  motif ,  &  les  circonftances.  L'un 

8c  Taotre  déterminent  à  l'adjuger  à  **" 

Philippe-le-Bel,  que  ce  monument ,  *M«m,jerA-' 

lit  un  Içavant  Académicien  ,  reprc-  3.  i^-^tçia.  s* 

fente   précifément  dans  l'état   ou  iP'* 

Fut  fufpris  par  les  Flamands ,  èc  forcé 

le  monter  à  cheval  ,  fans  autres  ar- 

nes  que  foncafque  ,  fes  gantelets  ,  & 

on  épée.  Ce  fut  dans  cet  inftatit  que 

:c  Prince  voyant  fa  perforine  en  dan* 

;er  ,  fit  le  vœu  dont  parlent  les  Hifto-' 

rieas ,  &  voulut  être  rejpréfenté  dans 

a  même  poftnre  oà  il  fe  trouvoit 


5J4  Histoire  i>b  France, 
alors ,  tout  défarmé  au  milieu  de  Ces 
ennemis  :  ce  qui  eft  bien  contraire  a 
Topinion  du  vulgaire ,  qui  s'eft  ima- 
giné fans  aucun  fondement  que  cette 
ftatue  n*avoit  été  placée  dans  Téglife 
de  Paris ,  qu'à  cauie  que  ce  Prince  j 
étoit  entré  à  cheval  Se  tout  armé  ,  à 
fon  retour  de  cette  expédition.  On  ne 
trouve  rien  de  (emblable  dans  l'avun- 
ture  de  Caffel ,  où  Philippe  de  Valois, 
furpris  de  même  par  les  Flamands  : 
spicîi.  ton»,  i®.  ne  courut  pas  le  même  danger, 
5.  p  s»®-       ^o^  gm  Iq  JÇUJ5  Je  Çq  f^ii-e  armer  , 

iinon  par  fon  écuier  ou  chevalier  , 
qui  étoit  abfi^nt  »  dumoins  par  les 
clercs  de  fa  chapelle ,  qui  les  premiers 
Tavoient  averti  du.  péril  où  il  étoir. 

Brev.  Par.  D'ailleuts  le  nécrologe  &  le  bréviaire 
Pa^s  «àv.  r^  jg  p^^iifg  de  p^^jj  q^i  fojjj  commé- 
moration de  l'heureux  événement  en 
mémoire  duquel  cette  ftatue  fiu  éri- 
gée y  le  placent ,  non  au  23^  du  mois 
d'août  ,  jour  auquel  fe  donna  la  ba- 
^       taille  de  Cailèl ,  mais  au  mardi  d'après 
3.?lt!*&5S:  l^AlTomption  ^  qui  en  1 304 étoit  le  1 8 
du  même  mois ,  jour  auquel  le  conri- 
nuateur  de  Nangis  fixe  l'époque  delà 
vi£koire  de  Mons  en  Puelle.  Ce  même 
Auteur  i  hiftorien  contemporain ,  ra- 
conte que  Philippe  de  Valois ,  au  re- 


P  HI  L  1  P  PB     IV.  335 

tour  de  fon  expédition  de  Flandre  , 
fe  rendit  à  Chartres,  qu'il  entra  dans 
la  cathédrale  couvert  des  mêmes  ar- 
mes y  monté  fur  le  mêmp  cheval  qu'il 
avoic  à  la  bataille  de  Caflel,  &  que 
pour  accomplir  le  vo&u  qu'il  avoir  fait 
a  la  fainte  Vierge  >  s'il  échappoit  au 
danger  >  il  donna  à  l'églife  confacrée 
fous  fon  invocation  ,  &  le  courfier  , 
fc  l'armure.  Eft-il  croyable  qu'il  eue 
oublié  la  ftatue  élevée  dans  Notre- 
Dame  de  Paris ,  fi  c'étoit ,  comme  on 
le  prérend  s  un  monument  de  la  recon^ 
noiflânce  &  de  la  piété  de  ce  Prince  ? 

La  joie  d'un  événement  fi  glorieux  a„,  ,^0^, 
pour  la  nation  ,  fut  troublée  par  des  •  Grande  di- 
malheiirs  ,  auxquels  le  monarque  ^it  j^o7t%^"'{^ 
très-fenfible.  Le  premier  fut  une  gran-  princef.  BUn- 
de  cherté  de  vivres  qui  défola  la  capi-  *^^;^jj^  p^  ^j, 
taie  du  royaume ,  où  le  bled  fut  vendu    Laur.  ordon. 
jufquà  fix  livres  le  fetier,  c'eft-à-dire ,  '^11^^'^^" 
quarante  francs  de  notre  monnoie  cou- 
tante.  On  crut  y  remédier  €n  le  fixant  à 
juarantefols  :  ce  qui ,  loin  de  diminuer 
e  mal ,  ne  fervit  qu'à  l'empirer.  Les 
Joulangersfe  virent  contraints  de  fe 
barricader  dans  leurs  maifons  ,  pour 
l'ctre  pas  expofés  au  pillage  de  la  po- 
mUce  ,  que  la  faim  fjreuoit  violem- 
nent  :  eimala  révocation  de  TEdit  qui 


335  Histoire  dï  France  ^ 
rédaifoitle  pain  à  une  valeur  trop  mo- 
dique 5  &  les*  recherches  ordonnées 
dans  les  greniers  de  quelques  riçhw 
parcicuUers  ,  qu'on  força  de  vendre  a 
un  jufte  prix,  tons  ramener  l'abondan- 
ce ,  firent  du  moins  ceiTer  Textrême 
difecte.  Sur  ces  entrefaites  ,  Blandie 
de  France ,  fœur  du  Roi ,  mourut  em- 
poifonnée  avec  le  fils  unique  qu  elle 
avoit  eu  de  Rodolfe  III  ,  dit  le  Dé- 
bonnaire ,  duc  d'Autriche  ,  &  depuis 
roi  de  Bohême  :  elle  fut  enterrée  dans 
Tèglife  des  Cordeliers  de  Vienne ,  ca- 
pitale des  Etats  du  Prince  fon  époux. 
Mott  de  la  Une  autre  mort  très-affligeante  pour 
foné£gï!°*'  le  monarque ,  fut  celle  de  Jeanne  fa 
4^.^îiS.n'dc  fe^ï»®  j  reine  de  Navarre  ,  comteflè 
«717.  jl  ^99  de  Champagne ,  de  Brie  &  de  Bigorre  ; 
princedè  qui  régna  véritablement ,  & 
joignit  les  follicitudes  du  gouverne- 
ment  aux  honneurs  de  la  royauté 
qu'elle  tenoit  de  fes  ancêtres ,  &  dont 
le  Roi  fon  époux  qui  l'aimoit  tendre- 
ment ,  lui  kiffa  toujours  l'entier  exer- 
cice. Elle  fyxt  par  ks  foins  accompa- 
gnés d'une  rare  prudence ,  chaflèr ,  & 
rAragonoi^ ,  &  le  Caftillan  ,  de  la 
Navarre  ,  où  elle  maintint  heureufe- 
ment  la  paix ,  tant  par  la  fagelfe  des 
GQuvernejuts  qu'elle  liii  *4onna  ^  que 


Philippe  IV,  fjy 
par  La  beauté  des  règlements  qu'elle  j 
éràDiit.  Les  Navarrois  refpeftoient  en 
elle  jufqu*à  la  fc vérité  que  lui  infpiroit 
le  zélé  de  la  juftice  ,  parce  qu'elle  fça- 
voit  la  tempérer  par  une  douceur  la- 
luraire*  »  On  eût  dit ,  c'eft  rexpre/ïîon 
99  de  Mezeray ,  qu'elle  tenoit  tout  le 
99  monde  enchaîné  par  les  yeux ,  par 
»  les  oreilles  ,  par  le  cœur ,  étant  éga- 
w  lement  belle,  éloquente ,  généreufe, 
»>  libérale  «.  L'amour  de  la  gloire  fuc 
fa  paflîon  dominante,  Ôc  tout  Tobjec 
de  fes  défirs  de  laiflèr  à  la  poftérité 
un  illuftre  fouvenir  de  fon  esdftence. 
Ce  fut  pour  s'aflurer  cette  immorta- 
lité fî  défîrable,  quelle  fît  élever  dans 
la  Navarre  cette  ville  fi  connue  fou€ 
le  nom  de  Piunit^-Riyna  ,  qu'elle 
bâtit  &  dota  labbaye  de  la  Barre  au 
feuxbourgde  Château-Thierry,  qu'elle 
donna  de  grands  biens  aux  Chartreux  , 
aux  Cordeliers ,  aux  Jacobins  >  qu'elle 
récompenfa  fi  généreufeoient  les  gens 
de  Lettres  \  enfin  qu'elle  fonda  le  col- 
lège de  Navarre  &  de  Champagne  , 
ricok  de  la  nobleffc  Francoifc ,  &  i  hon* 
ncur  de  CunivtrfiU  de  Paris.  Elle  eut 
toujours  la  première  place  après  le  Roi, 
tton-feulement  dans  les  confeits  de 
politique  &  de  finance^ mais  encore 
Jomc  VIL  P 


jy9     Histoire  dh  France, 
dans  ceux  où  Ton  craicoic  de  la  guerre 
6c  des  expéditions  militaires*   On  l'a 
vue  marcher  en  Champagne  à  la  tète 
d'une  armée  ,  forcer  le  comte  de  Bar 
i  s'humilier  devant  elle ,  Se  lamener 
prifotinier  à,  Paris.   Si  la  calomnie  a 
diftillé  fon  poifon  fur  une  fi  belle  vie , 
c*eft  l'effet  de  cette  malignité  trop  na- 
turelle à  rhotûlttie  >  c}m  pour  fe  conïb- 
1er  de  fa  petiteffe ,  n'a  pas  honte  de 
prêter  fes  défauts  aux  grandes  am^s 
dont  le  mérite  offiifque  fa  vanité.  Cette 
grande  Reine  mourut  au  château  de 
Vincennes  le  i  avril  1305  ,  &  fut  en- 
spicîi. tom.^ terrée  dans  règlife  des  Cordeliers  de 
^'^  '         Paris  ,  non  par  inclination  pour  l*or- 
^re  des  frér^es  mineurs  »  mais  par  con- 
defcehdance  à  leurs  itnportunirés  :  ce 
font  les  proptes  termes  du  côntinua- 
'tteur  de  Nangis  ,  moine  de  S.  Denis , 
rttop  Jaloux  peut-être  de  l'honneur  de 
fon  couvent. 
Fïaîfantepro-      Alots  <:ette  ttiême  laloiifie  de  corps 
Srtcon^cattf^^'f^»^  grand  fcandàle  dans  la  ca- 
irc  le  prcvôt  pitale  du  royaume.  Pierre  le  Jumeau , 
de  Pans,       prévôt  de  Paris  ,  avoir  fait  ajrrcrer  & 
Jf f;/^"^  »  pendre   lïn  écolier  nommé   Philippe 
Lubouiaî.tom.  B^^bier  i  hârif  de  Rouen.  L"Univerfité 
f(Ç  plâignit'viVémenr ,  non  de  rinjufti- 
'^e  d^  rarr^t ,  le  coupable  méritoic  h 


VniLivvn   IV.       j^^ 

ciortjtnais  du  viôlement  de  fes  prî- 
yiléges ,  chofe  plus  griéve  à  fes  yeux  : 
'^Me  ceflTa  ks  leç  ns,  Ôc  fit  fermer  tou- 
ie*s  les  écoles.  Auflî-tôt  lofficial  donna 
un  mandement  ,  qui  porcoit  la  peine 
de  fufpenfe  &  d'excommunication 
contre  le  magiftrat.  Tous  Us  cm  es  fe 
rendirent  proceffionnellement  avec  le 
peuple  à  la  maifon  de  Tinfradteur  des 
immunités  doctorales, &  jetrérert  d.s 
pierres  contre  fa  porte  ,  en  criant  : 
»  Retire-toi ,  retire-toi,  maudit  fatan , 
>*  reconnois  ta  méchanceté ,  rends  hoii- 
99  neur  à  notre  mère  fàinte  Eglife  que 
>»  tu  as  déshonorée  entant  qu'il  eft  en 
M  toi  ,  &  bleiïee  en.  (es  libertés  :  au- 
«>  trement  que  ton  partage  foie  avec 
»»  Datan  &  Abiron ,  que  la  terre  en- 
M  gloutit  tout  vivants".  On  riroit  au- 
jourd'hui de  cette  comédie  burlefque  : 
elle  fut  regardée  dans  ce  bon  vieux 
tems  comme  une  affaire  très-férieufe. 
Le  Prévôt  fut  obligé  de  fatisfaire  runi- 
verfité  :  on  exigea  qu'il  iroit  à  Rome 

{>our  obtenir  ion  aDfolution  :  le  Roi 
ui-mème  voulut  bien  contribuer  à  la 
réparation  ,  en  aflîgnant  fur  fon  tré.for 
quaçante  livres  de  rerite ,  pour  fonder 
deux  chapellenies  à  la^difpofition  de 
runiverfué.  Elle  parue  contente  ,  8c 

pij 


^4o     HisTomE  M  France  , 
(es  graves  doâeurs  ,  triomphants  IC 
couverts  de  gloire  ,  reprirent  enfia 
leurs  leçons.  Tan]c  la  fuperftition  .e 
redoutable  ,  même  aux  yeux  dejs  P.ti' 
ces  les  plus  jaloux  de  leur  autorité! 
-  Quelque!        Toujouts  OU  prefque  toujours  Thé- 
^^f"^^  rcfie  eft  fillç  de  la  fuperbe  ,  ou  de  la 
5picH.  iWd  dépravation.    Un   certain  Jacobin  , 
l>uboûui.ibui;  nommé  Jean  de  Paris  ^  dodteor  en 
''  ^''  théologiç ,  homme  d'un  grand fçavoir, 

de  qui  vouloir  être  bel  efprir ,  ima- 
gina une  nouvelle  manière  d'expli- 
quer  Texiftence  du  corps  de  J.  C«  dans 
1  euçhariftje.  Il  prétendoit  qu'il  éroit 
poflîble  quç  ce  divin  Sauveur  prît  la 
lubftance  du  pain  ;  explication ,  difoit- 
il  y  plus  populaire  ,  pli^s  raifonnable 
peut-ècre ,  &  plus  véritable ,  comme 
lauvant  mieux  l'apparence  des  efpéces 
fenfibles  qui  demeurent.  Cette  nou- 
veauté répandit  Tallarme  dans  toutes 
les  écoles ,  &  fut  rejettée  comme  con- 
traire à  la  foi  :  ce  qui  h'empêçha  pas 
fon  auteur  de  la  foutenir  opiniâtre- 
ment. Guillaume  d'AurilIac ,  cvcque 
de  Paris  ,  aflfèmbla  quelques  pré- 
|ats  pour  avoir  leur  avis  fur  ce  fin- 
gulier  fyftême ,  &  pour  délibérer  des 
moyens  d'en  arrêter  lé  progrès.  L'opi- 
nioi}  de  frère  Jean  fat  fcrupuleufe* 


P  H  î  t  I  P  î»  £  IV,  34Ï 
ment  examinée  :  il  eut  défenfe  d'en- 
feigner ,  6c  fiit  condamné  à  un  filence  ^ 

perpétuel ,  fupplice  bien  tude  pour 
un  docteur.  Il  en  appella  au  Pape  , 

3 ai  lui  donna  des  commidàires  :  mais 
mourut  avant  que  iaffaire  fut  ter- 
minée. 

Un  autre  faux  prophète  ,  Doucin  ,  «pî^îï-  î«>»'^- 
jfils  d'un  prêtre  italien ,  répandoit  vers 
le  même  tems  aux  environs  de  Verceil 
une  dodtrine  pernicieufe  ,  embraffeô 
depuis  par  un  certain  Amauri  de  Leva, 
qui  en  I  j  1 2  fe  mit  à  dogmatifer  dans 
le  voifînage  de  Monifort.  Doucin  di- 
foit  que  l'ancienne  Loi  avoir  été  le 
règne  du  Pcre  j  que  le  Fils  avoir  régné 
depuis  Ton  Incarnation  jufqu'à  fa  morr; 

Sue  le  faint  Efprit  regnoit  depuis  fa 
efcente  fur  les  apôtres ,  &  regheroit 
jufqu'à  la  fin  du  monde  j  que  la  pre- 
miere  Loi  étoit  une  loi  de  juftiçe; 
la  féconde  une  Loi  de  f^^Te  5  la  troi^ 
fîéme  une  Loi  d'amour  y  que  tout  ce 
qui  étoit  accordé  par  chariré ,  la  prof- 
ritution  même  ,  n'éroit  point  un  pé- 
ché ;  &  ce  qui  paroîtroit  iiicroyabre  , 
s'il  n'étoît  artefté  par  une  foule  d  Ecri- 
vains véridiques  ,  qu'une  femme  ne 
pouvoir  fans  péché  refufer  un  homme  » 
qui  fous  le  beau  nom  de  charité  la  fot- 

Piij 


^4^  Histoire  db  France  ^ 
îicicoic  à  Ton  déshonneur.  On  fut  obligé 
de  publier  une  croifade  contre  ces  in- 
fâmes fedaires  ,  qui ,  réduits  à  s'enfuit 
des  villes ,  vivoient  fur  les  moncaznes 
&  dans  les  forets  comme,  des  betes. 
Doucin  fut  pris  avec  Marguerite  de 
Trente  fa  concubine ,  qui  paflbic  pour 
forciére  :  tous  deux  furent  déclarés 
hérétiques ,  livrés  à  la  cour  féculiére  , 
démembrés ,  coupés  en  pièces ,  &  brûr 
lés  :  ce  qui  n  éteignit  point  lafeâe. 

Le   fanacifme  ,   monftre    toujours 
combattu  ,  ôc  toujours  furvivant  â  fes 

.  défaites ,  étoit  alors  le  goût  dominant. 
Tout  ce  qui  afFedfcoit  plijs  particulier 
rement  les  dehors  de  la  piété,  vouloir 
avoir  des  viflons  9  des  extafes  ,  des 
révélations  ^  &:  le  peuple  audî  peu 
fenfé  que  ces  dévots ,  leur  diftribuoit 
félon  fon  caprice ,  ou  le  titré  de  faints , 
ou  rèpithéte  de  magiciens.  Une  bé- 
guine ,  originaire  de  Metz ,  fe  vantoit 

•  d'avoir  un  ccromerce  familier  avec  la 
divinité ,  &  par  fes  faufles  prédidtions 
trompoi  t  le  roi,  la  r^ine  &  les  feigneurs 
ibid.p.  f  .  de  la  cour.  Il  fe  répandit  un  bruit  qu'a 
la  foUicitation  des  Flamands,  elle  vou- 
loit  faire  périr  le  comte  de  Valois  par 
fes  maléfices  ,  &  par  un  poifon  qu'un 
jeune  homme  à  fes  or d^re^  dévoie  mêles 


P  Rit  IVVM      IV.  34) 

isins  la  boifTon  du  Prince.  Elle  fut 
arrêtée.  Appliquée  à  la.queftion  ,  elle 
i^voua  tout  :  mais  le  généreux  comte, 
après  l'avoir  retenue  quelquje  rems,  en 
prifon  ,  lui  rendit  enfin  la  liberté  » 
content  d'avoir  d^fabufé  le  jpeuple  ^ 
qui  ne  vit  plus  qu'une  forciere  dans 
une  fenune  qu*il  avoit  révérée  comme 
une  fainte.  On  parle  aufli  d'une  Mar-^  ibM.p  <s* 
guérite  Porrete ,  native  da  Hainaut , 
autre  illuminée ,  qui  s'avifa  de  dog-r 
matifer  dans  Paris  ,  &  de  faire  un  . 
Livre  où  elle  difoit ,  qu'une  ame  une 
fois  parvenue  à  Tétat  d'anéantiffement* 
dans  l'amour  de  fon  créateur  ,  ne  pé« 
choit  plus  »&  pouvoit  fans  fcrupule, 
laifler  agir  l'appétit  inférieur, &  lui 
permettre  toutes  les  chofes  a,uxquelle$ 
il  fe  portoit  naturellement  :  étrange 
Ulu/îon  du  cœur  humain ,  ou  plutôt  ' 
corraption  afieâée ,  oui  ne  s'eft  que 
trop  louvent  renouvellèe  même  dans 
les  beaux  (îecles  de  TEglife.  Margue- 
rite condamnée  par  les  prélats  &c  par 
les  doâeurs ,  demeura  obftinée  dan; 
fon  erreur  ,  &  fut  brûlée  vive  en  la 
place  de  Grève.  On  dit  que  la  vue  du 
fuppiice  lui  infpira  plus  de  docilité  » 
2ç  qu'elle  mourut  dans  de  grands  fen- 
ciments  de  pénitence. 

Piv 


}44     Histoire  de  Frakc)?  J 

On  peut  encore  regarder  comme 
une  produâion  de  ce  fiecle  9  ou  da 
moins  de  celai  qui  le  précède  »  un 
Poëme  ou  traduâriôn  en  vers  fraiiçois 
d*un  ouvrage  latin  compofé  en  Thon-- 
neur  de  la  fainre  Vierge  par  Hugues 
Li  Farjis ,  ou  Farjitus ,  contemporain 
de  faint  Bernard  :  ouvrage  qui  contient 
le  détail  de  foixame  quinze  miracles  » 
tous  fi  abfurdeS)  qu'ils  n'ont  pu  être 
débités  que  dans  un  tems  on  la  fu- 
perftition^fille  de  rignorance,fe  faifoit 
de  la  plus  fainte  àts  religions  une  idée 
aufli  contraire  à  fa  pureté  qu  à  fa  gran« 
deur.  On  en  peut  jager  par  ce  traie 
choifi  entre  plufieurs  de  même  nata- 
Jdfmîe**its*'^-  >'^"  Bénédiftin  revenant  d'une 
*hlT-^''- j*  maifon  où  la  débauche  Tintrodui- 
9,  loit  toutes  les  nuits ,  avoit  une  rr- 
9,  viére  à  traverfer.  Satan  renverfa  fon 
,,  bateau  ;  &  le  malheureux  inoine 
,y  fut  noyé  comme  il  commençoit  Tin- 
„  vitatoire  des  matines  de  la  Vierjge. 
,,  Auffi-tôc  deux  diables  fe  faifi(Ient 
9»  de  fon  ame  ;  mais  ils  font  arrêtés 
„  par  deux  efprits  céleftes  qui  la  ré- 
„  clament  comme  chrétienne.  Sti' 
„  gncurs  anges,  difent  les  démons, 
,5  il  eft  vrai  que  Dieu  eft  more  pour 
^^  fes  amis  ^  ce  n'eft  pas  anefable  ;  mais 


P  H  I  t  I  !»  P  Ê     IV.  J4J 

i\  eêlui-ci  écoic  du  nombre  de  {es  en- 
„  nemis;  &  puifqué  nous  1  avons  trou-r 
^,  vé  dan$  l'ordure  du  péché ,  nous  al- 
„lons  le  jetrer  dans  le  bourbier  de 
„  l'enfer.  Nous  en  ferons  bien  mieux: 
„  récompenfés  de  nos  prevofts ,  que  fi 
„  nou5^  leur  amenions  quelqu'autre  : 
„  notre  gloire  n'eft  jamais  u  grande 
5,  que  quand  nous  pouvons  furprendre 
„  ces  moines  ,  chanoines  &  prêtres  , 
,,  toujours  occupés  à  chanter  les  louan-" 
„  ges  du  Seigneur  :  nous  employons' 
,^  pour  les  avoir  une  paflîon  qui  nous 
,^  lert  bien.  Les  Anges  propoferent  de 
„  porter  le  différend  au  tribunal  de 
,,  la  Vierge  :  les  diables  répondirent 
,,  qu'ils  prendroient  volontiers  Dieu 
^,  pour  juge  »  parce  qu'il  jugeroit  fe- 
,,  Ion  les  foix.  Mais  pour  la  Vierge, 
3,  ajourent-ils ,  nous  n'avons  point  de 
,,  juftice  à  en  attendre  :  elle  briferoic 
,,  toutes  les  portes  de  l'enfer ,  plutôc 
„  que  d'y  laiffer  un  feul  jour  celui  qui 
,,  de  foh  vivant  à  fait  quelques  révé- 
rences à  fon  image.  Eneu  ne  la  con- 
tredit en  rien  :  efle  peut  dire  que  la^ 
pie  eft  noire  ,  &  que  l'eau  trouble 
efl  claire  :  fon  fils  eit  complaifanr  , 
illui accorde  tout.  Nous  ne  fçavoBS 

Pv 


>> 


jl4^     Histoire  be  France  » 

yy  plus  où  nous  en  fomtnes  :   d'un 

9,  ambefas  elle  fait  un  terne  ,  d'un 

yy  double  -  deux  un  quine  :  elle  a  les 

„  dez  &  la  chance  :  le  jour  que  Dieu 

,,  en  fit  fa  mère  fut  bien  fatal  pour 

3)  nous.  Les  diables  eurent  beau  récu« 

„  fer  la  Vierge  j  elle  jugea  le  procès, 

\y  &  décida  que  lame  du  moine  ren- 

y,  treroit  dans  (on  corps.  Il  avoit  été 

,,  retiré  de  la  rivière  &  rap[>orté  au 

„  couvent ,  ou  Ton  fe  diijpolbit  a  Ten- 

„  terrer  :  on  fut  bien  lurpris  de  le 

,,  voir  fe  relever  :  les  moines  s*enfui- 

3,  rent  d'abord  :  mais  quand  ils  furent 

3,  inftruits  du  miracle ,  ils  chantèrent 

,3  le  Te  Deum  ".  On  rougit  de  répéter 

ces  pieufes  extravagances  >  qu  on  pour- 

roit  â  la  rigueur  traiter  de  blafphemes, 

fi  l'on  ne  raifoit  grâce  i  l'intention  du 

poëte ,  &  à  Tignorance  de  fon  fiécle. 

An.  u«>4.      ^'^^  cette  ignorance ,  toujours  voi- 

Le  Roi  en  ^^^  ^®  ^^  fuperftition  ,  par-là  même 

▼oyfUMaiM  toujours.! craindre,  qui  excitoit  la  dé- 

me  î  r'cq^êîe  fi^nce  du  Roi  Philippe ,  &  ne  lui  per- 

préfeméecon  mettoit  pas  d'être  (ans de  vives  inquié- 

"pr^ï'dTff  tadesducôtédeRome.  Dès  qu'il  fut  in- 

p.  "0.         formé  que  le  cardinal  d'Oftie  avoit  été 

élu  Pape  fous  le  nom  de  Benoît  XI ,  il  lui 

écrivit  pour  le  féciliter  de  fon  exalta-. 


Philippe  IV.  J47 
tion  ;  &  nomma  trois  ambaffadeurs  , 
Berard  feigneur  de  Mercœuil ,  Guil- 
laume de  Plafian  chevaliçr  feigneur  dç 
Vezenobre ,  &  Pierre  de  Belle-Perche, 
alors  doyen  de  Téglife  de  Paris ,  de- 

Suis  cvêque  d'Auxerre  ,  enfin  Garde 
es  Sceaux  de  France  ^  pour  lui  pré- 
fenter  fes  lettres ,  où  Bonifaee  eft  trai- 
té de  faux  pafteur  &  de  mercenaire  , 
qui  par  fes  mauvais  exemples  6c  par 
(es  crimes ,  avoir  expofé  TEglife  à  des 
périls  extrêmes.  Déjà  Pierre  de  Peredo, 
prieur  de  Chéfa ,  qu'il  avoir  envoyé  à 
Rome  du  vivant  de  Benoît  Caïetan , 
avoit  préfenté  au  nouveau  Pontife  un 
mémoire  où  l'on  détailloit  fort  au  long 
les  excès  &  les  déportements  de  foii 
prédécefleur  :  c'étoit  un  parallèle  d'op- 
pofition  entre  fa  conduire  &  celle  des 
anciens  papes.  On  y  difoit  »>  qu'an- 
j»  ciennement  on  ne  trafiquoit  point 
f>  les  bénéfices  j  que  les  évêques  n  a- 
9?  chetoient   point   la  permiffion  de 
»  fortir  de  la  cour  de  Rome  ;  que  les 
w  cleâtions  étoient  libres  j  qu'on  ne 
»  procédoit  qu'avec  de  grandes  pré- 
jj  cautions ,  contre  les  évèques  &  con- 
j>  tre  les  cardnaux  ^ -qu'on  exigeoit 
w  fort  peu  de  chofe  pour  les  provi- 
»  fions  expédiées  à  la  daterie  ou  par 

Pvj 


J48     Histoire  de  France  l 
9»  voie  de  confîftoire  j  qu*^on  ne  ven- 
»  doit  ni  les  difpenfes,  ni  les  grâces , 
^  ni  les  indulgences  j  qu'on  ne  faifoic 
•#  des  divifions  d'evêchcs  que   rrès- 
»  rarement ,  pour  des  befoins  connus 
n  de  tout  le  monde  ^  jamais  fans  te 
M  confentement  des  rois  &  des  pa- 
fj  trons  i  que  les  premiers  cvëques  de 
f>  Rome  ne  fe  difoient  point  feigneurs 
99  du  tem^rel  des  Princes  féculiers  ; 
M  qu'ils  ne  prétendoient  pas   q.u'6n 
»  dut  appeller  â  leur  cour  de  tout  les 
99  tribunaux  du  monde  *,  qu'ils  ne  dé- 
f»  tioient  point  les  fufecs  du  ferment 
M  de  fidélité  *y  enfin  qu'ils  n'appli- 
99  quoient  pas  à  leur  profit  particulier 
w  un  argent  qui  n'avoît  étc  levé  cjue 
99  pour  Te  bien  générât  de  ta  fociété 
f>  chrétienne  :  mais  que  Boniface  avoir 
»  indignement  violé  cette  (ainre  dif- 
»  cipline  ^  qu'il  étoit  coupable  de  tous 
»  les  crimes  qu'elle  profcrit,  &  qu'on 
9»  avoir  fait  en  France  un  livre  de  fes 
9»  vices   &c   de  fes   exactions  ».  On 
finidoit  par  demander  la   convoca- 
tion d'un  concile  i  Lyon  ,  ou  dans 
un  lieu  qui  ne  fût  ni  fufpeâ: ,  ni  éloi- 
gné ,  ni  incommode ,  ni  dangereux , 
pour  le  Roi  &  fon  royaume. 


Benoît  ne  jugea  pas  que  le  confif-  Bullcsenf** 
toire  dur  délibérer  for  la  demande  de^ ^^cgf*  ^ 
Peredo  2  il  répondit  qu'il  falloir  atten- 
dre un  nouveau  pouvoir  du  Roi ,  & 
de  nouvelles  lettres  de  créance.  Ce 
bon  Pape  cependant  cherchoit  tous 
les  moyens  de  faire  cefler  le  fcandale  : 
il  crut  qu'il  était  defon  ^^s  voir  d'accor- 
der ce  qu'on  n'avoir  pas  même  penfé 
à  lui  demander.  Il  adxefTa  au  monar- 
que ,  qui  ne  Ven  priait  pas ,  une  bulle  y^^^^*  ?•  *®7» 
par  laquelle  il  lui  donnoit  rabfolatior» 
de  toutes  les  cenfures  fulminées  con- 
tre lui  fous  le  pontificat  précédent , 
fuppojî  que  par  hasard  il  Us  eût  encou^ 
rues  :  ce  qui  donneroit  lien  de  croire 
ou  il  n'étoit  pas  perfuadé  que  des  cen- 
fures lancées  par  la  hainei  puflent  lier 
un  prince  ,  qui  n'avoir  d'antre  crime 
que  d'avoir  défendu  les  droits  de  fa 
couronne.  1-es  ambaffàdetrrs  qui  reçu- 
rent cette  abfolution  pour  le  Roi  leur 
maître  ,  ifétc(iem  point  ceux  qu'il 
venoit  de  nommer  ,  ils  n'étoient  pas 
encore  arrivés  à  Rome  j  mais  Guil- 
laume de  Châtenaye  &  Hugues  de 
Celle  ,  qui  avoient  été  envoyés  en 
Italie  dès  l'année  précédente  ,  pour 
pourfuivre  la  convocation  d'un  con- 
cile général.  Bien-iôc  cette  première 


)50     Histoire  de' Fjiancb  » 

ibîd.p.  119  bulle  fut  fui  vie  d'une  féconde  qui  réta- 
blie les  chanceliers  desuniverficés  dans 
tous  leurs  droits  y  ne  leur  permettant 
pas  feulement  de  bénir  comme  au* 
paravant  les  Maures -es -arts  &  les 
Doâeurs ) foit  en  théologie,  foit  en 
droit  civil  ou  canon ,  mais  encore  dé- 
clarant  valides  &c  légitimes  toutes  les 
licences  oui  s'étoient  données  depuis 
la  fufpenie  prononcée  en  punition  de 
leur  prétendue  défobéifTance  à  TEglife. 

iwd.p^ioç.  Une  troifiéme  révoque  la  réferve  qui 

ôte  à  tott!»  les  corps  le  pouvoir  de  faire 

aucune  éleâion  ,  &  aux-coUateurs  la 

^  faculté  de  pourvoir  à  aucun  bénéfice 

ibid.p  los.  vacant.  Une  quatrième  lève  toutes  les 
cenfures  publiées  contre  ceux  qui  ont 
ou  empêché  le  commerce  de  k  France 
avec  la  cour  de  Rome ,  ou  contribué 

ibid.p.ii9  à  la  prife  de  Boniface:  une  cinquième 
abfout  de  contumace ,  s'il  y  en  à  ^  les 
ptélats  y  théologiens  >  canoniftes  ,  & 
religieux  François  ,  oui  n'ont  point 
comparu  à  Rome  fur  l'ordre  qu'ils  en 

nia.  p.  130.  avoient  reçu  du  feu  Pape  :  une  fixiéme 
enfin  déclare  de  nulle  valeur  tous  les 
arrêts  émanés  de  ce  Pontife  ,  non- 
feulement  ceux  qui  portent  fufpenfion 
des  privilèges  accordés  au  royaume  , 
mais  au(B  ceux  qui  délient  les  François 


Phi  i  I  p  p  B  IV.  }ji 
dtt  ferment  de  fidélité  qu'ils  doivent 
à  leur  Prince  j  &  rétablit  le  Roi ,  fon 
royaume  ,  fes  miniftres  ,  fes  confeil- 
lers  ,  fes  amis  ,  tous  fes  fujets  en  un 
mot ,  dans  le  même  état  où  ils  étoienc 
avant  Iclévation  de  Benoît  CTaictan 
fur  le  trône  Pontifical  :  on  n'en  excepte 
que  Nogaret ,  dont  le  Pontife  fe  ré- 
ferve  l'abfolucion  à  lui-même  &  au 
faint  Siège. 

Les  Colonnes  s'étoient  mis  fous  la  RequéreJet 

Eroteftion  de  la  France.  Inftruits  de  la  aoiT"icÛc 
onne  difpoficion  du  Pape  à  l'égard  éconcîita- 
du  Roi ,  ils  ne  manquèrent  pas  de  pro-  |-^^°  tu?'^lt 
fiter  de  la  circonftance ,  pour  deman-  cabiiCemeut 
der  d'être  rétablis  dans  leur  premier  f;°',  ^^^^ 
état.  Dans  cette  vue  ils  préfentérenc 
au  monarque  un  mémoire ,  où  ils  élé« 
vent  fort  haut  les  privilèges  du  cardi- 
nalat. Ils  prétendent  9  »  que  la  caufe    pr.  an  aîff. 
99  d'un  cardinal  ne  doit  être  traitée  p*'***^^* 
f9  que  dans  un  concile  général  :  que 
»  louffrir  qu'un  Pape  le  dépofe  quand 
99  bon   lui  femble  y  c'eft  détruire  le 
>j  gouvernement  de  TEglife  ,  parce 
M  que  les  cardinaux  «  confeillers  nés 
99  du  pontife  >  juges  avec  lui  ,  menv 
n  bres  inféparables  d'un  même  corps» 
»  font  établis  de  Dieu  ,  pour  l'aider 
»  de  leurs  lumières ,  &  modérer  f» 


ffï  Histoire  de  FraîTce  , 
9»  puiflTance  :  que  le  royaume  de  J.  C. 
rt  eft  menacé  cTune  ruine  prochaine , 
M  fi  on  leur  ôce  le  droit  de  lui  réiifter  ^ 
»  quand  il  s'écartera  de  la  vérité  &  de 
•r  la  joftice  ,  ou  qji'il  ^roudra  établir 
M  un  empire  defpo tique  dans  Texer- 
w  cice  de  fon  rainiftére  :  que  les  Co- 
M  lonnes  en  particulier  n'ont  été  ni 
jy  dénoncés ,  ni  cités  ,  ni  convaincus 
»  d'aucun  crime  qui  ait  pu  leur  attirer 
^l  tout  ce  qu'ils  ont  fouffert  de  la  parc 
»  de  Boniface  :  qu'ayant  déjà  de  fi 
w  grandes  obligations  k  fa  Majiefté^ 
»>  ils  efpérent  qu'elle  y  mettra  le  com- 
99  ble  ,  en  les  réconciliant  avec  fa 
w  Sainteté  «.  Philippe  (enfible  à  leur 
prières  ,  intercéda  pour  eux  ;  &  Be^ 
Hoir ,  toujours  guidé  par  le  âambeais 
de  réquité  ,  révoqua  toutes  les  fen- 
rences  d'excommunication  ,  d'irré-- 
gularité  ,  d 'interdit  ,  de  bannifle- 
ment  ,   fulminées    contre   eux  :  ce- 

Eendant  il  ne  les  rétablît  ni  dans 
îurs  dignités ,  ni  dans  leurs  béné- 
fices ,  m  dans  leurs  biens.  Ceft  qtie 
les  uns  &  les  autres  avoient  parte  en 
d'autres  m^ins  :  il  craignit  de  cho- 
quer deux  puiffàntes  maifôns  qui  ea 
avoient  la  poflTeflron  ;.  celle  des  Urfins 
èc  celles  des  Caïecansé  Mais  ce  qu'il 


PHILIfPE     IV.  5JJ 

tfofa  entreprendre  dans  des  cirponC- 
tances  fi  critiques^  ce  qu'il  réfervoit 
fans  doute  à  un  rems  plus  favorable  , 
le  peuple  Romain  Texécuta  peu  de' 
tems  après  d*une  façon  bien  glorieufe  * 
aux  Colonnes,  Il  fit  publier  un  décret  ^ 
qui  leur  reftitue  toutes  les  terres  donc 
ils  ont  été  dépouillés ,  qui  annuUe  tout 
ce  qui  a  été  fait  contre  eux  ,  contre 
leurs  créatures  ,  contre  leurs  amis  9 
&  qui  condamne  les  Caïetans  Se  les 
Urfîns  à  les  dédommager  des  pertes 
qu'ils  ont  faites.  Il  fut  même  aécidé 
que  cet  arrêt  du  Sénat  de  Rome  fe- 
roit  regardé  comme  une  loi  du  peu- 
ple ,  de  qu'il  auroit  lieu  nonobftane 
toutes  coutumes  contraires. 

Benoît  cependant  ,  quoique  bien  MmAuv»- 
intentionné  pour  la  France ,  ne  laiffbit  foa«ogc-^^* 
pas  que  de  vouloir  venger  Jes  outra-   ibid.6.iî*j 
ges  taits  à  fon  prédéceflëur  ;  outrages 
qu'il  croyoit  intéreflèr  l'honneur  de 
toute  l'Eglife,    Il  commença  par  ex-; 
communier  tous   ceux   qui   avoient 
trempé  dans  la  confpiration  d*Agna- 
nie  fil  nommoit  les  principaux  ,  dC 
proteftoit  que  jamais  il  ne  traiteroit 
d'aucune  affaire  avec  Nogaret ,  que  le 
Roi  avoit  déclaré  l'un  de  fes  ambaflà- 
deurs  en  Italie  ;  ce  qui  ne  l'empêcha 


554  Histoire  de  Fràkce^ 
pas  d'écouter  favorablement  les  autrôf 
miniftres  da  monarque ,  de  leut;  accor* 
der  mie  partie  de  ce  qu'ils  deman* 
dolent ,  de  former  même  le  projet 
d'une  croifade  en  faveur  du  comte  de 
Valois  ,  pour  lui  donner  les  moyens 
de  faire  valoir  les  droits  qa'il  avoit 
par  (a  femme  fur  le  trône  de  Conf- 
tantinople.  Mais  il  perGftpit  toujours 
dans  la  réfolution  de  procéder  crimi- 
nellement contre  ces  enfants  dHniquité , 
qui  avoient  porté  leurs  mains  facrilé- 
ges  fur  la  perfonne  &  fur  les  tréfors  de 
Boniface.  Déjà  il  les  avoir  fait  citer  à 
fon  tribunal ,  pour  y  entendre  ce  qu'il 
ordonneroit  contre  eux  »  lorfqu'une 
mort  imprévue  l'enleva  de  ce  monde 
dans  le  neuvième  mois  de  fon  ponti- 
*"  ficat. 
joan.  vaiani.  On  dit  qu  il  fut  empoifonné  par  un 
nommé  Bernard  Ùeliciofî  ,  qui  fous 
le  Pape  Jean  XXII  fut  at* cu(c  de  ce 
crime,  &  nVn  étant  pas  entièrement 
convaincu,  fut  feulement  condamné 
â  une  prifon  perpétuelle  au  pain  &  à 
l'eau.  Voici  comme  on  raconte  la 
chofc.  Benoît  étoit  à  table  à  Peroufe 
où  il  réfidoit,  lorfqu'un  jeune  homme 
habillé  en  fille ,  qui  fe  difoir  touriére 
des  religieufes  de  fainte  Petronille , 


pHitiïPi  IV.  J5J 
vint  lui  prcfenter  de  la  part  de  labl 
beflfe  un  baffin  rempli  de  belles  figues. 
Le  Pontife  qui  les  aioioit  ,  les  reçut 
avec  grand  plaifir  '^  Se  parce  qu'elles 
venoient  d'ime  perfonne  confacrée  â 
Dieu ,  qui  ctoit  d'ailleurs  fa  péniteme , 
il  en  mangea  beaucoup  ,  &  fans  dé- 
fiance. Audi  tôt  il  tomba  malade  ,  8c 
mourut  en  peu  de  jours.  Il  fut  enterré 
i  Péroufe  même  y  fans  cérémonie  ^ 
dans  un  tombeau  d'abord  fort  (impie» 
cnfuite  orné  d'une  architeûure  gothi- 
que à  la  manière  du  tems.  On  allure 
qu  il  s'y  fit  plufieurs  miracles.  Cétoit 
réelleinent  un  faint  homme  :  peut-être 
même  que  fa  vie  auftcre ,  que  quel- 
ques cardinaux  regardoient  comme 
une  cenfure  de  leurs  dérèglements  > 
fiit  la  caufe  de  fa  mort.  Quelques-uns 
néanmoins  rejettent  ce  parricide  fur 
les  Caïetans ,  qui  étoient  encore  tout 
puifTants  alors  :  quelques  autres  en 
accufent  Ncgnret  &  Sciarra  Colonne, 
mais  l'abfence  du  chevalier  François 
devient  fa  juftificarion  ;  il  y  avoit  plus 
de  fix  mois  quHl  n'ctoit  plus  en  Italie. 
On  rapporte  un  trait  qui  peint  parfai- 
tement le  caraftére  de  ce  fairt  Pape. 
Un  jour  fa  mère  fe  préfenta  devant 
lui  habillée  magnifiquement  ^  il  ne  fit 


35^  Histoire  1>e  Frakcb; 
pas  femblanc  de  la  connoître  :  elle 
revint  un  moment  après  vccoe  fort 
amplement  Se  à  fon  ordinaire  ;  il 
Tembraflà  avec  beaucoup  de  ten- 
dreilè.   Malheureufement  il  ne  vécut 

f>as  affez  ,  pour  réparer  cous  les  dé- 
brdres  du  précédent  pontificat. 
FroteftâtioDs     Nogaret  ne  s*oub!ioit  point  durant 
de^Nogarct ,  |g^  yacauce  du  faint  Siège ,  &  ne  né- 

contre     les       ,.         .  ^     &   .' 

pourfuices  de  giigeoit  aucune  des  précautions  que  la 
^^*du  d  rf  prudence  peut  fuggerer  pour  une  dé- 
ÎVz^Miîl?.  f^"^®  légitime.  Il  nous  refte  cinq  aftes 
•74Ï7Î.  qu'il  fit  à  cette  occafion  devant  l'offi- 
cial  de  Paris  :  quelques-uns  contien- 
nent des  proteftacions  contte  les  pour- 
.  fuites  de  Rome  :  quelques-autres  font  ' 
f  apologie  de  fa  conduite  dans  la  prife 
de  Boniface  a  Agnanie  :  tous  prouvent 
qu'il  entendoit  auffi-bien  la  procédure 
que  la  guerre.  On  la  voit  vu  ,  on  le 
voyoit  encore  folliciter  Tabfolution 
des  anathémes  qu'on  lui  avoit  pour 
ainfi  dire  prodigués  :  on  en  pouvoit 
tirer  avantage  contre  lui  :  il  déclare 
qu'il  ne  s*y  eft  dccerminé  que  pour  fa- 
ciliter fa  négociation  ,  non  pour  ac- 
quiefcer  à,  ce  qui  a  été  fait  contre  lui, 
n  ne  fe  croyant  lié  ni  devant  Dieu  y 
M  ni  devant  PEglife  ,  par  aucune  de 
*•  ce9  cenfures  :  que  tout  ce  qu'il  a  diç 


Phi  tï  PI»  8     IV.        3J7 
'*»  contre  Boniface  eft  vrai  ,  quelque 
»  énormes  que  foient  les  crimes  d*hé-' 
•»  rcfie  ,  de  fchifme  ,  dldolatrie ,  de 
w  iimonie  ,  de  facrilcge  ,   d'ufure  > 
w  d'homicide  ,  &  d'infamie  dont  il 
w  étoit  charge  :  qull  perfifte  dans  fa 
w  première  accufation  >  qu'il  n'a  in- 
w  tentée  que  pour  le  bien  de  la  reli- 
«  gion  que  le  Pontife  déshonoroit  par 
M  les  excès  fcandaleux ,  &  pojur  Tamour 
«  de  fa  patrie  que  ce  pafteur  mercé- 
w  naire  avoit  entrepris  de  ruiner  par 
»  fes  violentes  exactions  :  qu'il  fe  fou- 
w  met.au  jugement  d§  l'Eglife  ^(Tem- 
w  blée  ;  qu'il  confent  même  d'aller  à 
»  Rome  plaider  fa  caufe  au  tribunal 
»  da  faint  Siège  ,  s'il  peut  obtenir 
M  (utreié  contrç  lies  CaïfStans  &  leurs 
w  fauteurs  :  qu'il  s*ofFre  enfin  ,  s*il  eft 
»>  jugé  coupable ,  à  fubir  les  peines 
M  qae  le  concile  ou  le  fai^t  Siège  bien 
»  informé  4éce|:pera  contre  lui  y  mais 
)>  que  fi  les  cardinaux  emportés  par  la 
»»  brigue  des  Caïetans,  élifent  un  Pane 
w  du  caraftére  de  Boniface ,  il  appelle 
n  à  toute  l'Eglife  qui  doit  s'aflèmbler 
y  çn  conpile  ,  &  au  Pape  futur  qui 
9»  fj^ra  légitimement  élu  ,  d^  tout  ce 
«»  qui  fe  &ra  dans  le  préfent  conclave 
i»  contre  la  difponûon  des  canons  ^. 


J58     Histoire  m  France  ; 
An.  ijoî.       On  fçavoit  en  effet  que  le  conclave 
Païetiémcm  aflemblé  à  Péroufe  étoic  divifé  en  deux 
V  :  fcs  ton-  faftions  puiirantes.  L'une  qui  étoit  ac- 
vemioosavcc  ç^^^^^e  à  k  famille  du  prédécefleur  de 
jj«>a^-vmaiij,  Benoît  XI ,  avoit  pour  chefs  deux  car- 
s.  Àmon  par  •  (iinaux  confommés  dans  la  politique , 
Matthieu  Roflî  dç  la  maifon  des  IJrfins 
&  François  Cafetan  neveu  de  Boniface. 
L'autre  qui  étoit  amie  des  Colonnes  & 
dans  les  intérêts  de  la  France  ,  avoit  à 
fa  tête  deux  cardinaux  également  ha- 
biles dans  les  affaires  ,  Napoléon  des 
Urfins  del  Monte  &  Nicolas  di  Prato , 
Dominicain  ,  évêque  d'Oftîe  :  toutes 
deux  vouloient  un  Papis  de  fon  parti , 
la  première  un  Italien  ,  la  féconde  un 
François.  Le  nombre  étoit  égal  de  part 
&  d'autre',  &  Topiniatrefé  la  même  : 
ce  qui  faifoit  craindre  que  l'éleftion 
ne  pût  fe  faire.  Il  y  avoir  neuf  mois 
que  ces  cotiteftations  dtiroient  ,  & 
totites  les  xtifes  parbiflToient  lépuifées 
des  «deux  côtés  ,  loffque  le  cardinal 
di  Prato  imagina  un  expédient  qui 
contenta  les  Italiens ,  &  les  fit  donner 
dans  le  piège  que  cet  homme  adroit 
leur  tendit.  Il  fur  convenu  que  ceux  ci 
propoferoient  trois  fujers  qui  ne  fe- 
-  roient  point  de  leur  pays  ;  &  que  celui 
des  trois  que  les  François  nommeroienc 


Pbilipps    IV.         JS9 
dans  Tefpace  de  quarante  jours ,  feroic 
unanimement  proclamé  par  tout  ie 
facré  Collège.  Il  fambloit  que  touc 
l'avantage  du  traité  fût  pour  les  Caïe* 
tans  :  ils  fe  flartoient  enfin  qu'ils  au« 
roient  un  Pape  à  leur  gré  ,  puifque«la 
fadkion  Françoife  ne  pouvoir  choiGr 
qu'un  de  ceux  qu'ils  auroient  nom- 
més. Ils  propoférent  donc  trois  arche- 
vêques ,  tous  créatures  de  leur  oncle  , 
fes  confidents ,  &  jufqu'alors  ennemis 
déclarés   du  Roi.    Le    premier  étoit 
Bertrand  de  Got ,  archevêque  de  Bor- 
deaux y  d'une  des  premières  maifdns 
de  Gafcogne  ,  intime  ami  de  Boni- 
face  ,  le  plus  animé  de  tous  contre  les 
François,  qui  dans  leur  expédition  de 
Guienne ,  fous  la  conduite  du  comte 
de  Valois  ,  avoient  fort  maltraité  fa 
famille ,  &  par  là  même  le  plus  agréa- 
ble à  la  faftion  ItaHenne  ,  qui  efpé- 
roifque  cet  efprit  fier  &  vindicatif 
ne  manqueroit   pas  d'éclater    contre 
Philippe.  Mais  eft-il  une  injure  qu'on 
n'oublie  ,  même  avec  plaifir  ,  quand 
par  ce  moyen  on  peut  parvenir  à  la 
plus  éminente  dignité  où  un  homme 

Ïmiffe  afpirer  ?  c'eft  ce  qui  ralTuroit 
e  cardinal  di  Prato.  Il  connoilToit  le 
caraélére  ambitieux  Ôc  intérefle  du 


}60      HfSTOIHE  DE  FaANCc; 
Prélat  :  il  crut  qu'il  facrifieroit  uni 
peine  fon  refTentiment  i  Ihonneur  de 
de  la  tiare  :  il  ne  fût  point  trompé 
dans  fon  attente. 

Âufli-tot  il  envoya  au  Roi  »  le  com« 
promis  des  deux  faâions ,  avec  la  pro- 
mçilè  des  cardinaux  du  parti  François  y 
d'élire  1  archevêque  de  Bordeaux,  s'il 
vaiâm*  ibui.  agréoit  à  ù.  Majefté.  Il  y  joignit  une 
Lettre  par  laquelle  iH'exliorte  à  ren- 
dre fes  bonnes  grâces  au  prélat  Gaf- 
con ,  qui  a  trop  d'ambition  pour  ne 
lui  pas  accorder  tout  ce  qu'il  fouhai- 
tera  «  s'il  lui  fait  voir  qu'il  eft  maître 
de  lui  procurer  la  tiare  :  il  le  prie 
feulement  de  lui  faire  promettre  àe 
rétablir  les  Colonnes  dans  leurs  biens 
&  dans  Uurs  dignités^.  Philippe  dont 
toute  l'appréhenùon  étoit  que  le  choix 
descardmaux  ne  tombât  fur  quelqu'un 
de  la  faâioj;!  des  Ceïetans ,  fut  ravi  de 
l'offre  qu'on  lui  faifoit  de  choifir  un 
homme  qui  lui  auroit  obligation  du 

fontificat.  Il  écrivit  fiir  le  champ  à 
Archevêque  dans  les  termes  les  plus 
affe<aucux,  le  priant  de  fe  trouver  en 
un  certam  lieu ,  pour  coxtférer  enfenn 
ble  fur  des  chofes  de  la  dernière  im- 

fortance  :  l'endroit  ou  fe  devoir  faire  , 
entrevue  ^  étoit  un  bois ,  aiîu  d'avoir 

tuoini  ' 


ilnoins  de  témoins  du  marché  qu'ils  y 
ftUoient  faire.  Ce  bois ,  c'étoic  la  foret 
de  Sainc-Jean-d' Angeli ,  enfermoit  une 
Abbaye  »  où  Philippe  &  Bertrand  fe 
rendirent  chacun  île  fon  côté ,  très* 
fecrétement.  i  &  avec  peu  de  fuite» 
D'abord  ils  entendirent  la  ttieflè:  puis 
ils  firent  ferment  fur  l'autel  de  fe  gar- 
der fidélité  &  fecret.  Enfulte  le  mo- 
narque tirant  le  Prélat  i  lecart ,  lui 
demanda  fi  à  fa  confidération  il  vou- 
loit  bien  fe  réconcilier  avec  le  comte 
de  Valois  fon  frère;  Le  Prélat  répondit 
que  fa  Majefté  lui  faifoit  trop  d'hon- 
neur y  6c  qu'il  n*avoit  garde  de  refu<- 
fer  ce  que  lui  demandoit  un  fi  grand 
Prince.  „  Ce  n'eft  pas  feulement  ce 
I,  qui  m'amène ,  reprit  le  Roi  :  il  dé^ 
9>  pend  abfolument  de  moi  de  voiij 
iihire  Pape  :  mais  pour  mériter  la 
f»  grâce  que  je  vous  ôffire^  il  faut  que 
M  vous  m'accordiez  fîx  ckofes  *\  Alors 
il  liii  montre  les  lettcé&  dos  Clrdi-»* 
iuuz^&  lui  découvre  tout  le  manégé 
du  cardinal  di  Praro. 

L'archevcqne ,  traniporoi  de  joidt 
fe  jette  aux  pieds  du  monarque:  »  Sî^ 
91  re,  lut  dit-il^  je  vois  maintenant 
9>Que  vous  m'aimeiL  véiirableiiient  : 


j^z     HïSToiaE  Di  FaAi^CE  , 
^,  tout  mon  regrec  eft  de  n'avoir  pas 
^'^^'       „  mérité  vos  bontés  j  mais  commaa- 

•  ^»  dez  9  &  vous  ferez  obéi  ".  Le  Roi 
yip  releva^  i'embraflfa,  &  lui  expliqua 
-ainfî Tes  volontés:  >,Ce  que  je  vous 
.,,  demande  ,  c'eft  i^.  x]ue  vous  me 

•  ,y»réconciliez  parfaitement  avec  la  fain- 
•".„te  Eglife:  z^.  que  vous  révoquiez 

,,  toutes  les  cenfures  fulminées  con- 
^1  tre  ma  perfonne^  mes  mimftres, 
,>  mes  fttjets  6c  mes  alliés  :  5  ^.  que 
9,  votis  m'accordiez  pour  cinq  ans  les 
9,décimesi.de  mon  royaume:  4^.  que 
3,  vous  condamniez  authentiquement 
,^  la,  mémoire  de  Boniface  :  5^  que 
,,  vous  rétabliffiez  les  Colonnes  dans 
j,  leurs  dignités ,  &  que  vous  éleviei 
^,  au  cardinalat  auelques-uns  de  me$ 
^,  amis.  Quant  à  la  fixiéme  demande  9 
^,  je  me  réferve  à  la  déclarer  en  tems 
„  &  lieu  y  parce  qu'elle  eft  fecréte  & 
_  ^,  importance.. -Quelques-uns  croient 
qu'il  voulpit  lui  demander ,  comme  il 
;  dans  la  fuite ,  Textinâion  de  l'or- 
dre des  Templiers.    Quelques-autres 


t 


ipeireut  après 
d'Albert  d'Autriche» 


Philippe  IV.  jtf} 
VarchcvêquCj  die  Saint  -  Antonio  , 
ttoit  Gafcon ,  par  confiqmnt  avide  de 
gïoirc:  il  ne  vit  rien  dans  toutes  ces 
demandes,  qui  ne  fût  au-delTous  du" 
pontificat  :  il  eût  acheté  plus  cher  uiie 
fi  haute  dignité.  Il  accorda  tout ,  ju- 
ra fur  le  corps  de  Notre-Seigneur  d# 
tenir  fa  promeilè ,  &c  donna  pour  ota- 
ges fon  Arere  &  deux  de  fes  neveux. 
Philippe  de  fon  coté  lui  promit  avec 
ferment  de  le  faire  élire  pape  ;  &  ftar 
le'  champ  dépêcha  un  courier  à  Pérou* 
fe  ,  pour  inrocmer  le  cardinal  di  Pra- 
to,  que  la  faâion  françoife  pouvoic 
en  toute  fureté  faire  tomber  fon  choix 
fur  ce  prélat.  Auffi-tôt  on  propofa  d'af- 
fembler  le  conclave ,  pour  faire  l'élec- 
tion fuivant  le  compromis.  On  ratifia 
de  nouveau  le  traité  par  lettres  &  par 
fermens.  Alors  le  cardinal  di  Prato  dé- 
clara que  des  trois  que  la  faâion  Ita- 
lienne avoir  propolés  il  choififlToic 
avec  tous  ceux  de  fon  parti ,  Bertrand 
de  Got,  archevêouè  de  Bordeaux.  Les 
Caïetans  applaudirent  au  choix  :  on 
chanta  le  Te  Dtum  *,  &  Téleâion  fat 
publiée  avec  toutes  les  marques  d'une 
joie  &  d  une  fatisfaâion  univerfelle. 
On  fit  partir  promptement  un  courierj^ 

Q  i; 


jff4  HiSTOiRB  DE  France  , 
pour  en  porter  la  nouvelle  au  prelac 
Gafcon,  qat  l'atcendoici  m  patiemment. 
Ainfi  fiirent  trompes  ceux  de  la  fadion 
de  Boniface ,  qui  croyoienr  avoir  pour 
pape  rhomme  du  monde  en  qui  ils 
avoicnt  le  plus  de  confiance. 

On  ne  doit  pas  diflimuler  que  ViU 
lant  eft  prefque  le  feut  écrivain  de  ce 
tems ,  qui  raconte  1  élévation  de  Clé- 
ment V,  avec  des  circonftances  (i  peu 
^concî».  tom.  fégulicres.  On  lit  au  contraire  dans  le 
décret  d*éleâion  qui  fut  envoyé  an 
nouveau  Pontife ,  qu  on  a  commencé 

Eay  choifir  dtk  fcrutaiturs  d'une  pro* 
ité  reconnue  \  qu'ils  ont  pris  en  fecret 
les  fuffrages  des  quînae  Cardinaux  oui 
compofoient  le  conclave  \  qn'ifs  U% 
ont  enfuite  publiés  ;  qu'il  s'cft  trouvé 
que  dix  lavoient  élu  pour  pape ,  & 
qu'auflî-tôt  les  cinq  autres  s'etoient 
rangés  à  leur  avis  par  voie  d'acceffiôn: 
ce  qui  avoir  rendu  Tékâion  unanime. 
Mais  on  n'en  peut  rien  conclare  ccn^ 
tre  ririfterim  de  Florence.  Jamais  ces 
fortes  d'a£fces  ne  font  mention  des  in- 
trigues qui  les  ont  précédés  ;  c*eft  roa- 
jours  une  unanimité  ^lorieuièâréltti 
btv  irai,  pas  un  fenl  mot  des  brigues  x\m  Tooc 
p!'io'i4.^"*  '*  préparé.  On  appctnd  d'ailleurs  dei^ 


fuitijfvn    IV.        î«j 
m  de  Vicence ,  autre  auteur  concem* 

I)orain ,  que  les  cardinaux  preâes  pat 
es  clameurs  des  habicaBS  de  Peroufe , 
vaincus  par  les  foUicitacions  de  Pierre 
Coloane»  gagnés  par  lesiargeflès  di^ 
Roi  de  France ,  fe  déterminèrent  en- 
fin â  élire  Bertrand  de  Got ,  archevê* 
qae  de  Bardeaux  j  &  guc  Philippe  U 
Btl  ayant  amené  Us  chofes  au  point 
qu'il  sUtoit  p^Qpoféy  écrivit  au  prélat 
pour  le  prier  d'accepter  la  tiare:  nar* 
ration  beaucoup  moins  détaillée)  mais 
d'où  il  réAilte  »  nonfeulemenr  que  Té- 
leâion  de  Clément  V  eft  l'ouvrage 
de  Philippe-le^Bel ,  mais  qu'elle  a  été 
précédée  de  piufieurs  intrigues ,  dont 
Villaoi  a  été  mieux  informe.  Si  les  au- 
tres chroniqueurs  du  tems  gardent  Ur 
defTus  un  pro£ond  filence,  c'eft  que  U 
plupart  fe  contentent  d'indiquer  l'é»  ibidtom.  i». 
poque  M  cet  événement,  fans  entrer  u  v.  177.C0. 
dans  aucun  détail.  On  ne  dira  rien  de  ^'  ^'  ^^  * 
quelques  chroniques  où  il  eft  rappor» 
i^é:  M  que  les  cardinaux  s'ennuyoïent 
»  d'être  enfermés;  que  pour  fe  met* 
»  tre  en  liberté ,  Ùs  élurent  Bertrand 
9i  de  Got  qu  ils  croyaient  mort  ;  mais 
»»  que  l'ayant  trouvé  vivant  ,  ils  fu* 
urent  obligés  de  }e  reconnoitre  pour 

Qiij 


^66  Histoire  de  France  , .  ^ 
yy  pape  *S  Ceft  abjurer  toute  envie  de 
pérfuader ,  que  d'avancer  de  pareilles 
abfurdicés.  Elles  rendent  Téleâion  de 
Clément  encore  moins  canonique  , 
puifqueile  eft  contre  l'intention  for- 
melle des  votans ,  par  conféquent  nul- 
le jufques  dans  fon  eflfènce  6c  dans  fon 
principe.  On  loue  la  piété  9  on  recher- 
che le  jugement  de  ce  bon  moine  Fla- 
mand, qui  prétend  que  la  promotion 
de  Bertrand  de  Got  ne  fe  nt  que  pai 
une  afiftance  (inguliére  du  fainc-£f^ 
pri^,  dont  on  célébroit  alors  la  folem- 
nité^  c'écoit  le  famcdi  qui  précède 
immédiatement  la  Pentecôte.  Dieu 
fans  doute  veille  d'une  façon  par- 
ticulière au  gouvernement  de  fon 
Eelife  :  mais  n'y  a-t-il  pas  trop  de  fini' 

{mcicé  à  ne  donner  a  Texaltatiôn  de 
^archevêque  de  Bordeaux  d'autre  prin- 
cipe qu'un  mouvement  fccret  ae  la 
Divinité  ?  On  ne  trouve  aucun  de  ces 
dé&uts  de  vraifemblance  dans  \2l  nar- 
ration que  nous  avons  adoptée.  La 
conduite  de  Clément  à  l  égard  de  Phi- 
lippe-le-Bel ,  les  grâces  fans  nombre 
qu'il  lui  accorda ,  l'obéiflince  aveq- 

{;le  qu'il  témoigna  toujours  aux  vo- 
onces  de  ce  Prince  >  tout  fuppofe  qu'il 


Pjii  L  i  piPB  IV-.  \  3^7 
lai  avôic  les  plus  grandes  obligatiQtis  ; 
tout  confirme  le  récit  de  Villani  :  tout 
lui  aflure  le  caradète  jd'une  vérité  pal- 
pable Se  confiante. 

Bertrand  ctoit.  à  Lufignan  dan»  le  iieftcouron- 
Poicoa,  lorfqu'il  reçut^les  [ectres  du ^^ ^" ^^*'*'*- 
h^tç  collège:  il:  k  rendit  y  auflî- tôt  à 
^rdeaux,  ou  il  fit  publier  le  décret' 
dç  fon  éleAion ,  &  prit  le  nom  de 
Clément  V.  On  crut  qu*il  paflcroit  en 
Italie  ,  pour  fe  faire  couronner  ;  maiâ 
il  manda  aux  cardinaux  de  le  venir 
trouver  à  Lyon,  ou  il  vouloit  que  Ce 
fk  la  cérémonie  dû  Ton  exaltation.  Ce 
fut  Mathieu  Roffi  ,  leur  xioyeii.,  qui; 
mit  la  couronne  fur  la  tête,  du  nouveau 
Pontife ,  en  préfence  du  Roi ,  des  prin^ 
ces  ,    &  d'un  grand  nombre  de  fei- 
grteurs  François.  Le  Monarque  au  for- 
tir  de  l'eglife  >  marcha  quelque  cems  à 
jHed;,  .çenam ,  >  à .  l'exemple  de  •  iquël*, 
qu/es-uns  de  fes  pcédéceUeurs  ^  les^i:è-^^p;<^|^j/«»- 
i^ de  la  muk  duPape.  Rnis étant  i[e-i/ 
monté  (ur  fon  cheval,  Charles,  com-», 
te  de  Valois'*  louis:,'  comte  d'Evreux, 
fes  frères , .  &.  Jean  j  duc  dfil  Bretagne, 
rendirent  le  même  bonnearau  laine 
Père.  Mais  un  Acccidenr  tràgiqu©  chàn-  ^ 
gea  tout-à-conp  en:deml  la  j<>ie  &:la'      .  . 
pompe  d'ua  À  beau  jour.  ;  Un  vieux . 

Qiv 


i66       HiSTéiRE   DE  Fha/X 
perfuader,  que  d  ay^ /*^;""'*  /" 

înelledesvr^  awès.   Clément   Un- 
ie ju{que$;^^W^^  «"^^  ^r^^«^ 
principe  ^^  ^^^  ^^^^\  tombée ,  il 
«he  le  y^®^^^"^^^"^^^  eftimce  fiï  mil^ 
mar/^*  ^^^^"^  préfage  <jai  annon* 
i^y^s  malheurs  que  devoir  caufer  la 
.piûztion  du  faine  fiége  à  Avignon  : 
^^jour  fi  funefte  aux  Italiens,  qut  l'ap- 
oellenc  la  ^aptivui  dt  B^ibilonc  ;  fi  per- 
mcieux  i  la  France ,  où ,  die  Mezerajr, 
il  inrroduific  crois  grandis  défordres; 
95  la  fimonie  y  filk  du  luxe  &  de  Tim- 
^i  piété;  la  chicane ,  exercice  de  grate* 
95  papier  Se  de  gens  oififs ,  tels  qu'é* 
^9  toienc  une.  infinité  de    clercs  fat- 
9,  néants  qui  fiiivoient  cette  coarj  6c 
95^  un  autre  dérèglement  exécrable ,  aa-^ 
quel  la  nature  ne  (çauroit  donner  de 


rJiom 


Fermtréde  ,  Mais  la  mort  dn  duc  de  Bretagne 
^'Archevêque  np  fut  pas  lefeul  accident  qui  rendit 
rtnïePz^'  funefte  le  féiour  du  Pape  dans  la  ville 
pad?t'£S^d5  ^  Lyon.  Clément  avoir  un  neveu, 
SîivVîif.  î^^ïWî  débauché^  qui  toates  les  nuits 
'^''-  coorok  les  rues^„  Us  bonnes  filUs  di* 


tlItirPB     IV.  $b$ 

y  i;rtout  celles  des  bourgeois. 

qy^^  -         ^bortérent  leurs  plaintes  à 
%'  -^  ^gui  écoic  leur  feigneuc 


l^élar,  homme  d'une 
comptoir  dans  fa 
irs  chevaliers  de  grande 
fitoit  dt  ceux  dt  VUlarSy  die 
fque ,  qui  nohUsfont  dt  tonus 
Touché  du  fcandale  3  il  va  trou* 
/ér  le  Pontife ,  &  le  prie  d'y  mettre 
ordre  \  mais  il  ne  fut  point  écouté. 
Alors  il  afiêmble  fon  confeil ,  ordon- 
ne vxL  babitans  de  prendre  les  armes, 
&  leur  commande  de  courir  fus  aux 
Gafeons  qui  infulreront  les  perfonnes 
du  fexe  :  ce  qui  fut  exécuté.  Chaque 
jour  il  y  avoir  de  rudes  mêlées ,  où 
les  bourgeois  avoient  quelquefois  l'a- 
vantage: le  plus  fouvent  néanmoins  ils 
fe  retiroient  par  refpeâ  pour  le  faint 
fiége.  Villars  en  fut  mformé ,  &  oian-  ^ 
dacfttjT  dt  fon  Hgnagt.  Il  fut  réfolu 
cntr*eux ,  qu'ils  fe  chargeroient  de  la 
garde  de  la  ville  ;    qu'ils  n'épargne- 
foienc  aucun  de  ceux  qui  feroient  fur- 
ffis^n  forfait,  j8c  qu'ils  l'ameneroient 
^ort  ou  vif  à  la  cour  de  l'archevêque. 
Clément  inftruit  de  cette  réfolution  , 
iG^c  venir  le  prélat ,  &  à  la  foUicitation 
4$  Coq  neveo  >  n'eue  pas  honte  de  lui 

Qv  . 


J70      HXSTOIHE   DE   F&AUGC  , 

faire  des  reproches  fur  fa  catidirite: 
„  Sire ,  répondit  Villars  avec  une  na- 
9,  ble  fermeté ,  quand  j'employe  mes 
iy  gens ,  pour  corriger  les  malfaiteurs  , 
,,  je  ne  fais  que  le  devoir  d'un  paf- 
j,  teur  vigilant ,  d'un  juge  équitable, 
„  &  d'un  noble  chevalier ,  tel  que  je 
>,  fuis  par  mon  extraébion,  comme  je 
y,  le  prouverai  foit  en  guerre  foie  en 
,,  tournoi.  J'ai  juré  de  garder  la  ville  y 
,yôc  a  ferai-je  par  faint  Gilles.  Je  ne 
5,  vous  dirai  pas  que  votre  vie  »  eft 
y^  pas  en  fureté  dans  ce  pays  ^  fi  vous 
yy  m'ôtez  Tanuel  &  la  preftrerie  :  je 
,y  vous  avertis  dumoins  que  votre  pou- 
yy  voir  ne  s'étend  pas  jufqu'à  m  ôter 
^y  la  chevalerie.  Je  n'en  dis  pas  davan* 
y  y  (âge  'y  mais  que  vos  Gafcons  fe  gar- 
3y  dent  du  fnrplus  »  s'ils  ont  l'audace 
yy  de  méfaire  à  mes  gens ,  hommes  i 
„  feniimes  ou  fergens  ". 
^dcm ,  îbia.  Clément,  plus  choqué  qu'effrayé  de 
cette  fiére  remontrance ,  ne  donna  au- 
cun ordre  pour  faire  ccflèr  le  brigan- 
dage :  il  en  arriva  un  grand  malheur. 
Un  jour ,  les  Gafcons  infuttérent  les 
gens  de  l'archevêque, ^ui  leur  répon- 
dirent fur  le  même  ton.  On  mit  1'^- 
pée  à  la  main.  Le  neveu  du  Pape  fat 
tué ,  de  tous  cçux  de  fa  fuite  qui  ne 


Philippe  IV.  371 
purent  gagner  le  châceau  faint  Juft> 
furent  mis  à  moru  Auflî-tôt  Villars 
dépêcha  un  courier  au  Roi  y  (jui  venoic 
de  quitter  Lyon ,  &  le  fupplia  inftam- 
ment  de  revenir ,  pour  lui  faire  jufti- 
ce.  Le  monarque  à  cette  nouvelle  re*. 
tourna  fur  fes  pas^  &  cotnme  juge  en* 
tendit  les  deux  parties.  Le  Pontifç,Ro-: 
main  demandoit  vengeance  de  la  more, 
de.fon  neveu  &  de  Tinfulte  faite  à  fa 
iOQâifpn  :  l'arche vè.;ae  avouoit  fes  gens 
de  tout  ce  qui  s'étoit  paflé,  &  foute- 
noit  qu'ils  n'a\  oient  rien  fait  que  par 
fes  ordres  &  félon  tout  droit  »  puif- 
que  plufieurs  fois  il  avoit  inutilement 
av^erti  le  Pape  de  remédier  au  défor- 
dte^  Philippe  eût  bien  voulu  pouvoir 
iavorifer  la  cour  de  Rome  ^  mais  tout 
dépofoit  contre  elle.  Il  fit  retirer  Vil- 
lars;  &  demeuré  feul  avec  Clément, 
il  lui  repréfenta  le  tort  qu'il  avoit  eu 
dé  ne  point  arrêter  la  licence  de  fa 
famille  ^  que  celle  du  prélat  n'étoit 

Î>oint  (ortie  des  bornes  d'une  jufte  dér 
enfe  \  que  malheureufement  il  ne 
Yoyoit  aucun  moyen  de  lui  procurer 
quelque  fatisfaâion.  Le  faint  Père  ce- 
pendant le  conjuroit ,  que  du  moins, 
pour  fauver  fon  honneur ,  il  lui  fît 
remettre  les  clefs  du  château  de  Pierre- 


j72  HisTotRf  t>t  Francs^ 
^cî(e.  C'ccoic  fansnioare  trop  exiger 
d'un  homme  tel  que  l'archevêque  s  le 
Roi  le  fencoic  bien  ;  néanmoins  il  pro*- 
mit  d'employer  toutes  le»  voies  de 
douceur  ^  pour  l'engager  à  cette  défé« 
rencté 

Villars  fur  donc  mandé  de  nouveau. 
H  parut  bien  accompagné ,  &  fur  la 
propofition  qui  lui  fut  faite,  il  de^ 
Éianda  as  monarque  la  permiffion  de 
idem.ibid.  prendre  confeil  de  fo»  lignage»  la 
réiolution  fut  prompte.  Bientôt  il  ren* 
tra  dans  la  falle  oà  étoit  lé  Roi}  ic 
\  Monfeigntur  J$an  dû  Chaton ,  Tan  de 
iês  proches  parens  »  dit  au  nom  de  \k 
£imille:  „ Sire,  nous  voulons  bien 
3ue  bon  accord  foît  entre  nous  & 
fa  Sainteté  ;  mais  nous  ne  confen- 
,,  tkons  jamais  que  l'archevêque  jper* 
i^  de  rien  de  fon  fief:  il  a  juré  de  le 
^,  garder ,  il  feroit  parjure .  s'il  l'aban-» 
j,  donnoité  Loin  de  permettre  qu'il 
),  fouffre  aucune  diminution,  il  efpere 
>»au  contraire  l'accroître  ,  ou  il  en 
„  arrivera  malheur*  Si  quelqu'un,  tant 
,»  foit'il  haut ,  clerc  ou  lai ,  le  Roi  oté 
,,  &  les  Royaui  {a) ,  enueprend  de  te 

:  («I)  C*eft  à-ilke.  excep'é  le  Roi  &  les  Princes  du  fang* 
Ce  qui  fait  voir  que  mal  à  -propoi  certains  Auteurs 
•Dc  avancé  qu'auccefoitnos  FûBcts  dtt  fiug  a'avoieai 


««fa 


,t »  ï  t  t  pp  B  IV.  J7f 
,,  trcmbiet  dans  fon  héritage  ,  nous 
y,  fçaurôtis  l'en  faire  repentir  <^  Phi* 
lippe  admira  cette  noble  fierté ,  laiflà 
k  Pape  fe  démêler,  de  cet  embarras  , 
de  reprit  le  chemin  de  fa  capitale* 
Clémenc  de  fon  c6té  fe  défifta  de  conte 
pourfuite  9  quitta  promtement  un  fé^ 
|our  fi  funefte  à  fa  famille  ,  &  partit 
poiir  aller  établir  ùl  cour  dans  AyU 
gnon  9  dévorant  à  tort  6*  à  travers  tùut 
u  qui  fi  trouva  fur  fa  rouH ,  ville  »  cité, 
abbaye  >  prieuré.  L'intrépide  Villars  , 
âuikre  du  champ  de  bataille ,  ne  per« 
dit  ni  fa  forterelfe  ,  ni  fon  pallium  ^ 

l'autre  confidérâtîtfn  que  celle  que  leur  donaelt  Umt 
iciuietirie ,  ni  d*a>ifre  diftin⻩»  ou  préroçative  qutf 
celles  qu'ils  tenoienr  de  la  nobîefle  de  leurs  fiets.  Tou- 
tes oot  hiftoirci  font  pleines  d'exeitiplet  qui  prouvent 
k  contratre.  On  y  voie  des  Preui  fans  npmbte  qui 
défient  tout  homme  vivauc  ,  mais  qui^  toujours  exce^ 
ttnt  par  refpea  ,  6c  le  Monarque ,  U  les  Princes  de 
fon  fapg.  Tènoifi  Louis  comte  de  Kcvers  ,  qui  accule 
de  trahifon  dit  t 

Ne  ne  fi»  kemmc  mbfmenanl» 


Se  il  n'cft  Roy  »  ou  des  Royaux, 
Qiïe  lie  l'en  tienne  comme  fauE 
Et  comme  traicre  ne  le  prouva* 

T&nob  encore  Eûguerrand  de  yAzxipsf  » 

Qpi  contre  tous  autres  vonloît 
$oy  défendre  comme  Loyaux  » 
iMepié  fins  pu»  let  R«f«uu 


374     Histoire  m  France, 
de  pour  nous  fervir  des  cernies  de 
la  chronique  ,  cil  qui  fui  mon  yfi  fiu 
mort. 

:  .Clément  commença  Tesécucion  de 
fon  tiraicé ,  par  lever ,  à  l'exemple  de 
fon  prcdécefleur  ,  toutes  les  cenfures 
fulminées  contre  le  Roi  &  contre  fon 
royaume  ,  par  lui  accorder  pour  cinq 
ans  le  dixième  du  revenu  de  toutes  les 
églifesde  France ,  par  rétablir  les  Co- 
lonnes ,  Jacques  &  Pierre ,  dans  1  erac 
où  ils  étoient  avant  que  Boniface  les 
eût  accablés  de  fes  anachémes ,  enfii» 
pat  créer  dix  cardinaux  ,  dont  neuf 
François  ou  Gafcons ,  tous  amis ,  créa- 
tures ,  ferviteurs  ou  fufets  de  fa  Ma- 
jefté.  Quelques  mois  après  ,  il  donna 
deux  bulles,  qui  deviennent  une  nou* 
velle  preuve  des  engagements  que 
Villani  fuppofe  qu'il  avoit  pris  avec 
An.  ijotf.Ie  monarque  François.  Lune  déclare 

Rayiian.i3o«,  que  la  fameufe  décrétale  qui  com-^ 
pr^  du  difF  mence  par  ces  mots  Unam  fanSam  y 

'^  '  ne  porte  aucun  préjudice  au  Roi ,  ni  à 
fon  royaume  ^  qu  elle  ne  rend  pas  les 
François  plus  fujers  à  TEglife  Romai- 
ne y  qu'ils  letoient  auparavant  ^qu  elle 
doit  être  cenfée  nulle  &  de  nulle  va- 
leur par  rapport  à  la  France  ^  où  les 
chofes  demeureront  au  même,  état  ^ 


Philippe  IV,  575 
tant  à  i*égard  de  l'Eglife ,  âne  du  mo- 
narque y  de  la  noblefTe  &  du  peuple  ; 
laucre  révoque  la  célèbre  conftitucion 
£  connue  fous  le  nom  de  CUricis  LàlcoSs 
qui  a  faic  tant  de  bruit  dans  le  monde  ^ 
condamne  roue  ce  qui  s'eft  faic  en  con- 
féquence  du  côté  de  Rome  ;  ordonné 
que  pour  faire  cefler  le  fcandale  qu'elle 
a  caufé  ^  on  obfervera  inviolablemenc 
ce  qui  a  écé  décidé  au  concile  de  La^ 
tran  fur  les  féculiets  y  qui  exigent  des 
tailles  y  des  fnbfîdes ,  &  d'autres  fub*^ 
ventions  des  eccléfiaftiques. 

Quelques-uns  ont  écrit  que  le  pon-    Horribles 
life  donna  dans  le  même  tems  une  ^^Jf;,^^ J^ 
autre  bulle  ,  par  laquelle  il  abfout  le  noies  :  mm-r 
Roi  des  cénfures qu'il  avoir  encourues ^up",*!"^. 
en  afFoibiiffant  fes  montioies  :  c'eft  une  diûon àPam. 
erreur  qu'une  leâure  plus  réfléchie 
leur  eûjt  épargnée.  Le  bref  qu'ils  ci- 
tent ,'  ne  parle  des  monnoies  ,  que 
pour  expo(er  les  raifons  de  leur  afToi^'* 
oliflement  :  tout  fon  objet  eft  de  dif- 

f  enfer  le  monarque  de  refticuer  les 
iens  enlevés  pour  k  défenfe  de  l'Etat  > 
tant  aux  gens  d'Eglifè ,  qu'aux  Juifs  , 
&  aux  ufuriérs  :  ce  qui  paroîtra  fan^ 
doute  très-fingulier.  Cet  enlèvement 
étoit  en  effet  ,  ou  un  aâe  de  juftice  » 
ou  une  oeuvre  d'iniquité  :  dans  U 


^jiS  HisToiRft  DB  Faamcb  ; 
première  fappofition  ,  Pktlippe  n'a^ 
voie  befoin  aaucane  difpenfe  :  dans 
la  faconde  ,  il  étoic  obligé  i  reftinv- 
ti«n  par  la  loi  naturelle  contre  laquelle 
^Mienne  paiflance  ne  peut  prescrire. 
On  convient  que  ce  Prince  epuifépar 
^  les  guerres  qu'il  eut  à  fourenir  contre 

les  Angloîs  &  contre  les  Flamands  , 
fe  vit  louvent  dans  la  néceffité  d'alté^ 
rer  fes  monnoies  ;  que  par  un  très- 
mauvais  confeil  ,  il  eut  trop  facile- 
ment recours  à  ce  dangereux  moyen 
d'amaflèr  de  l'argent  ;  que  manquant 
de  matière  poqt  fabriquer  des  efpé^ 
Hm.T^  H^.  ^*  ,  il  obligea  iouie  manière  Je  gem  , 
jTx  jTp.  excepte  Us  prélats  &  U$  barons  ,  de 
porter  à  la  monaoie  la  moitié  de  leur 
Taitièlle  d'argent  ;  que  peu  content  de 
défendre  l'exponation  de  Vor  &  de 
l'argent  hors  du  royaume ,  il  ordonna 
fous  les  plus  rigouteufes  peines  â  tous 
fes  fu|ets  de  recevoir  cette  foible  mon^^ 
noie  qu'il  introduifoit  dans  fon  £rat  : 
,  mais  tous  ces  objets  n'écoient  point 
ibumis  aux  cenfures  de  Rome  :  le  910- 
•arque  n'avoît  li-defliis  que  la  conf- 
cience  pour  juge ,  que  les  mnrouiref 
de  fon  peuple  pour  accufateurs ,  que 
la  ruine  du  commerce  ^  la  honte 
^    toujours  infcparable  d'^iM  oauvaile 


Phïlippb  IV.  37^ 
ftdminiftraûon^poor  châtiment  &  poitf 
fnpplice. 

Bien- tôt  en  efFet ,  il  fentit  par  Talié-^ 
nation  du  cœar  des  François  ^  qu'on 
fnpporcoic  impatiemment  cette  per« 
nicieufe  nouveauté  :  il  s'obligea  par 
Lettres  -  patentes  datées  du  mois  de 
mai  1195  .  a  dédommager  ceux  qui  laur.  «4. 
recevroieiit  la  nouvelle  monnoie  anoi- 
blie  y  &  pour  le  poids ,  &  pour  l'aloi. 
On  pouvoir  foupçonner  la  fincérité 
de  (es  promeiïès  :  pour  lever  touc 
doute  ,  il  hypothèque  fa  terre  y  fes 
biens ,  ceux  ue  fes  fucceflenrs  ,  tous 
fes  domaines ,  &  particulièrement  les 
revenus  de  la  Normandie  :  il  va  plus 
loin  encore  ,  il  fait  intervenir  le  con- 
fentement  de  la  Reine  fa  femme ,  qui 
ratifie  cet  engagement ,  &  ce  dui  ne 
s*étoit  point  encore  vu,  appoie  fonr 
fceau  à  côté  de  celui  du  Roi  fon 
époux.  Cet  affoiWiflèment  des  efpé- 
ces  dura  jufqu'en  150^:  ce  qui  caufa 
on  fi  grand  dommage  ,  que  vers  l'an 
1305  y  les  Prélats  du  royaume  offrirent  lc  Bitne  » 
au  monarque  les  deux  vingtièmes  du  noies, p!7»T 
revenu  annuel  de  tous  leurs  bénéfices  , 
à  condition  que  ni  lui ,  ni  fes  fucctC* 
feurs  n'affoiolirotent  point  les  mon«^ 
noies  fans^une  néceflité  indifpenfablcy 


J7?      HiSTOiRB  DE   FRANCr, 

qui  fetoit  cerciiîée  d'abocd  par  U» 
confeillers  du  confeil  fecrec  ,  enfuice 
confirmée  par  une  aÛèmblée  de  la  no- 
I^le0è  &  du  clergé  :  ce  qui  ne  devoir 
p^s  empêcher  qu'on  ne .  revînt  à  la 
Donne  ôc  primicive  nionnoie  »  dès 
que  cette  nécefficé  ne  fubfifteroir  pluSr 
Mais  la  propofirion  ne  fut  point  ac« 
ceptée  :  ce  qui  prouve  combien  ces 
altérations  éroient  avancageu  fes  au 
Roi  y  par  conféquent  difpendieufes 
pour  le  peuple. 

:  Le  malheureux  combat  de  Cour- 
tray  ,.  en  remplidant  la  France  de 
deuil,  n*avoit point  abattu  le  courage 
des  François  :  ils  ne  refpiroient  que 
vengeance  :  mais  les  finances  étoienc 
^i,  épuifées.  Toutes  fortes  de  perfonnes  fe 
çotiférent  pour  entretenir  un  certain 
nombre  de  troupes  .pendant  les  mois 
de  Juiôy  juillet,  qu)Ut,  leptembre.LeRpi 
fut  fi  couché  de  cette  nouvelles  preuve 
detendrede  deia  part  de  fes  fujet^,, 
qu'il  leur  promit  ,5^  s'obligea  par  de 
nouvelles  Lettres -patentes,,  de  faire 
dans  un  an. ,  à .  compter  depuis  la 
-Touflàint  prochaine  ,  bonne  monnoic , 
de  petits  tournois  &  de  petits  parifis^ 
du  poids  ,  de  Taloi  >  de  la  valeur  de 
ceux  qui  avoient  êours  du  temps  de 


P.MILIPPB      IV.*         }79 

Saint  Louis  ,  Se  de  rabattre  le  prix 
des  foibles  pour  les  égaler  aux  bons* 
C'étoit  tout  ce  qu'ils  demandoient 
pour  récompenfe  de  leur  zélé  :  mais 
ce  terme  leur  paroiflbit  bien  long  :  il 
j  avoit  huit  ans  qu'ils  fouffroient  hor« 
riblement  de  ces  akéracions.  Ils  fup- 
plièrent  de  nouveau  le  monarque  de 
iTiectre  au  plutôt  fin  à  leurs  malheurs. 
Philippe  eut  éeard  à  leur  demande  r,«J:T«HÎÎ' 
il  ordonna  que  les  monnoies  ruflenr+o^» 
lemîfes  en  leur  premier  état  :  promit 
4JU  en  attendant  cette  rédu6tion ,  il  ne 
ttreroit  pas  un  fi  gros  feigneuriagt  ; 
ôc  fit  publier  par  tout  le  royaume  y 
que  ceux  qui  avoienrde  foibles  mon* 
noies  ,  euflènt  i  les  rapporter  ,  qu'on 
leur  en  donneroit  de  bonnes  ,  &  que 
la  perte  tomberoit  fur  lui  :  Ordon- 
nance qui  fut  confirmée  par  plufieurs 
Lettres-patentes  adrelfées  à  différents 
prélats  y  toutes  datées  de  Tan  1304. 

Le  faint  pape  Benoît  XI ,  pour  cor- 
rigcr  les  emportements  de  fon  prédé- 
cefleur,  &  pour  gagner  l'amitié  du- 
Roi ,  entreprit ,  non  d'ordonner ,  mais 
de  faciliter  cette  réforme  fi  nécefiaire 
ail  royaume.  Ce  fut  dans  cette  vue,  te  bimic. 
&  pour  aider  le  monarque  à  rétablir  **>^  ?•"*•• 
fes  momioies  avec  moins  de  perte  j 


3 


jSo       HlSTOlRB  DB   FrANCB  ; 

fu'il  Itti  accorda  une  année  da  rerena 
tes  bénéfices  même  a  charge  d'ames  > 
qui    viendroienc  à  vaquer   dans  fes 
États  ,  Se  le$  décimes  de  toutes  les 
églifes  pendant  deux   ans.    Mais    le 
clergé  s'oppofa  à  l'exécution  de  cène 
bulle  y  &  repréfenta  que  lorfque  ce 
Prince  avoir  commencé  cet  afFoiblif* 
iement  des  efpéces  ^  il  avoit  promis  , 
en  engageant  fes  domaines  ,  de  les 
remettre  fur  Tancien  pied  â  fes  dé« 
pens  9  Se  de  dédommager  ceux  qui  fe 
trouveroient  lézés  de  toutes  ces  altéra* 
cions.  Ainfi  les  chofes  demeurèrent  au 
même  état ,  &  même  empirèrent.  On 
voit  en  effet ,  que  le  marc  d'argent 
qui  avoir  valu  55  f.  <^  den«  au  corn* 
mencement  du  règne  de  Philippe  ^ 
valoir  en  i  foj ,  8  hv.  10  f.  ;  &  qu'en 
1 50^,  la  valeur  de  la  montioie  d'argent 
étoir  tellement  hauflee  >  qu'un  denier 
de  l'ancienne  en  valoit  trois  de  k 
nouvelle. 

Enfin ,  importuné  par  les  plaintes 
continuelles  de  fes  fujers ,  le  monar* 
que  fe  détermina  à  mettre  quelque 
ordre  dans  fes  monnoies.  Il  réduifit  le 
prix  du  marc  d'argent  à  5  J  f.  ^  d.  tour* 
nois  ;  &  fit  fabriquer  <ies  gros  tour- 
nois d'argent ,  ôc  des  deniers  parifis> 


PHlZ,tP»B     IV.  j8t 

fmffi  bcMis  que  ceux  de  faiiit  Louis. 
Xfais  en  faifanc  faire  de  la  forte  mon-sofcir. 
noie  ,  il  laiflà  courir  la  foible  ,  fans  en^  ^^' 
réduire  la  valeur,  pour  la  proportion^ 
ner  i  la  boifne  :  ce  qui  caufa  une  hor- 
zibte  fédicion  dans  Paris.  Les  proprié* 
taires  des  maifons  exigeoienc  que  lès 
locataires  payaifent  en  forte  monnoie  ; 
ceux-^i  ne  vouloietit  payer  qu'en  mon- 
noie foible.  On  avoit  de  juftes  raifpns 
de  part  &  d'autre  :  il  y  avoit  les  deux 
fiers  de  perte  pour  les  uns  oupour  le$ 
autres  ,  fi  la  réduâion  fe  fùu>iu  Le$ 
propriétaires ,  a  la  folliçitation  Se  par 
Ije  confeil  d*Etienne  Barbette  ,  Voyer 
de  Paris ,  furent  maintenus  dans  leur 
prétention  :  ce  qui  rédùifit  le  petit 
peuple  au  défefpoir  :  n'ayant  plus  rien 
a  perdre ,  il  perdit  le  refpeâ:  dû  à  la 
Kiajefté  royale.  Le  Roi  futaffiégé  dans 
le  Temple  où  il  ie  trouvoit  alors ,  les 
vianties  qu'on  portoit  pour  fon  dîner» 
arrêtées ,  ;ettées  dans  la  bouc  »  foulées 
aux  pieds ,  la  belle  maifon  de  Barbette 
près  (àint  Martin-des^champs ,  forcée, 
pillée  »  Ôc  Tes  jardins  délicieux  boule-- 
varies^  faccagés.  Philip]!^  ,  malgré  fa 
fierté ,  fut  contraint  de  diifimuler  pefr 
dant  qiaejques  jours  :  il  laiflà  d'abord 
calmer  cette  pcenûcie  âueur  :  eofiiite 


jti  Histoire  de  Frakcb  ; 
ayant  fait  venir  quelques  troupes ,  il 
ordonna  d'arrêter  les  plus  féditieux } 
6c  vingt-huit  des  plus  coupables  furent 
pendus  aux  portes  de  la  ville  ,  pour 
fervir  d'exemple,  à  ceux  qui  arrivoient 
des  provinces  ,  fur-tout  de  la  Nor- 
mandie ,  ou  une  impofition  de  dix 
deniers  pout  livre  avoir  excite  un  fou- 
lévement  fi  furieux,  que  le  confeil fut 
oblige  de  la  révoquer.  Quelques-uns 
prétendent  que  les  Templiers  eurent 
beaucoup  de  part  à  cette  révolte  des 
Parifiens  j  qu'il  leur  échappa  en  cette 
occafion  quelques  paroles  trop  libres; 
que  W  monarque  en  conçut  un  reffèn- 
timent  fi  vif,  quil  réfolutde  les  per- 
dre ;  que  d?s-lors  ^abolition  de  leur 
ordre  fut  décidée ,  &  que  c'étoit  Tobjet 
de  la  fixiéme  demande  que  ce  Prince 
fit  à  Bertrand  de  Got.  Mais  pour  dé- 
truire cette  opinion ,  il  fuffit  de  re- 
marquer que  la  fédition  eft  de  ijo^, 
&  le  traité  avec  rarchevêque  de  Bor- 
deaux,  de  i  j  o  5 . 

Tant  de  clameurs  fi  juftes  dans  leur 

principe  ,  fi  redoutables  par  leur  uni- 

verfalité  ,  forcèrent  enfin  le  Roi  de 

faire  cefler  le  défordre  qui  regnoit 

le  Blanc,  !bî<) .  dans  fes  monuoies.  Il  afièmbla  les  Etats 

p.i9i.ecfuiv.^^^^^  même  année  ,  &  de  leur  avis 


Ph  II.  I  p  p  B  IV.  jSj 
^ordonna ,  qu'on  feroit  de  bonnes  mon- 
noies  qui  auroienc  cours  dans  un  mois  : 
<jue  là  monnoie  fôible  ne  feroit  point 
décriée  ,  mais  qu'on  lui  donaeroit 
cours^  félon  fa  valeur  intrinféqae  , 
c'eft  â^dire  ,  que  trois  deniers  n'en 
vaudroient  qu'un  de  la  bonne: que  le 
tnatc  dargenft  feroit  réduit  à  :5  5  i;  ^  4- 
^u^le  marc  d'or  demeureroit  commfe 
auparavant  à  44  liv.  tournois  :  mais 
ce  fage  réglem^snt  ne  fut  pas  long-tems 
obfervé  :  il  y  eut  un  fécond  afioiblit 
fement  en  1310  ,  &  un  troifiéme  eli 
1JI4.  La  patience  des  peuples  écoît 
^puifëe  <  on  ne  vit  par-tout  que  Médi- 
tions &  révoltes.  Ce  qui  obligea'  te 
monarque  d'aflèmbler  les  notables  des 
bonnes  villes ,  pour  délibérer  fur  les 
moyens  de  remédier  au  mal  :  il  fut 
arrêté  de  rétablir  les  chofes  an  même 
état  où  elles  étoient  fous  faint  Louis. 
Philippe  6n  confécpence  drelTa  le  pro^ 
|et  d'un  Edit  qui  profcrivoit  toute 
monnoie  foible  :  qui  ordonnoit  de 
porter  aux  monétaires  un  quart  de  la 
vaiHèlle  d'argent  répandue  dans  tout 
le  royaume  ,  pour  la  convertir  en 
efpéces  :  qui  défendoit  pour  deux  an^  » 
aux  particuliers  ,  de  fabriquer  au« 
wn  ouvrage  en  argent  j  aux  feigneurs  » 


3'84     Histoire  DE  France  ^ 
de  faire  battre  aucune  monnoiCé  On 
ignore  s'il  écoit  ep6a  dans  l'intentiofi 
de  remplir  des  engagements  tant  de 
fois  contraûés  ,  toujours  violés  avec 
une  facilité  qui  défefpéroit  les  gens 
de  bien  :  la  mort  lui  enyia  la  gloire 
de  Texécution  :  on  fçait  feulement  -que 
par  fon  teftament  il  recommanda  très- 
exprefféoient  y  Se  fur  routes  chqfes , 
i  ion  fils  ,  de  ne  point  l'imiter  dans 
l'altération  des  efpcces  :  mais  Texpé- 
nence  &it  voir  ce  qu'on  doic  penfer 
de  ces  fortes  de  recommandations  » 
qu'arrache  la  vue  du  tombeau ,  qu'un 
iucceffeiir^  frappé  d'un  fpeâacle  fii- 
oebre ,  écoute  avec  quelques  larmes , 
qu'il  oublie ,  dès  qu'elles  (ont  féchées  » 
ce  qui  eft  l'ouvrage  d'un  inftant  :  rare- 
ment en  changeant  de  maître  »  on 
devient  plus  heureux, 
tes   Juifs.    Les  Juifs,  toujours  les  objets  et 

Frawc.  ^"^  **  l'«écration  du  public»  qu'ils  rqinoient, 
spicii  tom.  Se  coomie  ufuriers ,  &  comme  fer- 

'^^^'  miers  des  impots 9  étotent  fans  cède 
expofés  a  toutes  fortes  d'infukes.  Dans 
les  croifades ,  dans  les  fédi tions  »  queU 
que^is  mêaie  dans  le  calme  de  la  plus 
profiandepaix,  ils  fe  vofoient  atta- 
qués  ,  pourfmvis,  dépoiuilà  y  égor- 
ges. Oonecenbkdekisacciifer^oa 

d'avoir 


PmiPippE    IV.         3U5 
^aroic  outragé  la  faifite  hoftie ,  oa 
'd'avoir  crucifié  destnfaas  le  vendredi 
faim,  00  d'avoir  prophané  Timsige 
de  Nocre-Sdgneur.  S*ûs  échappoienc 
à  k  févérité  de  la  Juftice ,  ils  ne  fe 
iàuvoienc  pas  de  la  fureur  ^e  la  popu- 
lace.  Les  princes  mêmes,  après  en 
avoir  fait  les  inftrumens  de  leurs  exac-* 
ûons,  les  chaflbient  fouvenc,  pour 
leur  faire  achecer  leur  rappel  au  poids 
de  l'or.  Tout-à-coup  il  parut  une  or- 
donnance de  Philippe,  en  vertu  de 
kqneUe  Hs  furent  arrêtés  par  toute  la 
fxance  en  -un  même  jour ,  bannis  du 
loyauaie,  avec  défeafes  dy  rentrer 
ibus  peine  de  ia  vie  ,  &  tous  leurs 
biens  confifqués.  Quelques-uns  fe  fi- 
rent baptifer,  6c  demeurèrent  :  plu- 
iieurs  d'entre  les  antres  moururent  en 
chemin ,  de  fatigue ,  de  chagrin  ou  de 
mifére:  on  ne  leur  avoît  permis  d'em* 
porter  que  ce  qu'il  leur  failoit  d'ar* 
gent  pour  les  conduire  hors  des  limi- 
tes de  l'empire  François.  On  doute  fi 
le  zèle,  ou  la  cupidité,  diâa  te  ri- 
goureux édic 

On  trouve  encore  plus  d'animofîté    Ao«  1)04. 
que  de  religion  dans  l'acharnement  que  p^""*ï?^.  J" 
le  monarque  fit  paroitre  contre  la  mé-  Km  à  poi- 
jnoire  d'un  ennemi  que  la  mortavoit  ^^^ 

Tome  m.  R 


}i6       Histoire  ds  France  , 
Tbîd.  p.  ï9.  rois  hors  d'écatde  lui  nuire ,  6c  dont  iî 
*Ra%.  n.  8.  eue  été  plus  glorieux  de  laiffer  les  ex- 
'*  '^*  ces  enfevelis  dans  robfcurité  du  tom- 

beau qui  le  couTtoic*  Philippe  devoir 
fe  trouver  à  Poitiers ,  pour  «onférer 
avec  le  Pape  fur  quelques  objets  im- 
pôt tans  ;^  il  y  arriva,  accompagné  des 
trois  Princes  fes  61$  «  du  comte  de  Va- 
lois &  du  comte  d'Evrleux  fes  frères , 
6c  d*un  grand  nombre  de  feignexus. 
Robert ,  comte  de  Flandre  s^y  rendit 
audî  :  Clément  confirma  le  traité  que 
le  Roi  venoit  de  faire  avec  ce  Prince: 
l'archevêque  de  Rheims  >  Tévcquc  de 
Senlis ,  &  Tabbé  de  faim  Denis ,  eurent 
commidion  de  lexcommunier   arec 
tous  fes  fauteurs  ,  s*il  entreprenoit  de 
violercette  paix.   Un  autre  objet  de 
cette  entrevue  étoit  de  terminer  enfin 
les  différends  qui  divifoient  la  France 
&  TAngleterre.  Edouard  I,  prince  caa* 
.  teleux  &  rufé  »  mais  fort  heureux  à  la 
guerre ,  venoit  de  mourir  dans  la  tren- 
te -  cinquième   année  de  fon  règne. 
Edouard  1 1  >  fon  fils  &  fon  fuccefleur, 
fif  naître  des  difficultés  qu'on  croyoit 
îhfurmonràbles-  Il  fe  plaignoit  que  le 
Roi  ne  donnoir  rien  en  dot  à  la  prin- 
ceflc  Ifabelle  de  France ,  &  deman- 
dpit  la  fouveraineté  de  la  Guyenne , 


PHItIPPE     IV.  J87 

3uin*ctoiCj  difoit-il,  qu'une  fource 
e  querelles  encre  les  deux  Etats.  Ce* 
toit  peu  connoître  le  caraâére  de  Phi- 
lippe ,  le  plus  jaloux  des  princes  fut 
larticle  de  l'autorité:  il  répondit  avec 
fermeté ,  qu'il  donnoit  pour  le  ma- 
riage de  fa  fille  ce  même  duché  de 
Guyenne,  qui  avoit  été  juftement  con- 
fifqué  fur  le  feu  roi  Edouard  I  ^  &  au'il 
ne  le  donneroit,  ainfi  que  fes  predé- 
cefleurs ,  que  comme  un  fief  mouvant 
de  la  couronne.  Le  monarque  Anglois 
fut  trop  heureux  de  l'accepter  à  ces 
conditions.  Il  vint  l'année  fuivante  â 
Boulogne,  fit  hommage  au  Roi  de 
l'Aquitaine  &  du  Ponthieu ,  époufa 
la  princefle  ,^&  l'emmena  en  Angle^ 
terre  ,  où  elle  fe  fit  autant  chérir  de 
fa  nation ,  que  fon  imbécile  époux  fe 
rendit  odieux  &  méprifable. 

Mais  ce  qui  avoit  fur-tout  amené  ^  J  vînani , 
Philippe  à  Poitiers ,  étoit  le  deffein  de 
pourfuivre  la  mémoire  de  Boniface  , 
de  le  faire  condamner  folemnelle- 
ment  ,  déterrer  ignominieufement , 
&  brûler  honteufement  fes  os  comme 
ceux  d'un  hérétique.  Clémenr  l'avoir 
promis  avec  ferment  :  il  fe  trouva 
aans  un  étrange  embarras.  C'étoit 
couvrir  le  faine  Siège  d'ignominie  , 

Ri) 


■  Se.  91. 


|88  HisTWRB  01  Francs^ 
fcandalifer  tome  TEglife  qui  avoît  rê^ 
connu  Benoit  Caiecan  pour  pape  légi- 
time 9  dégrader  tous  les  cardinaux  de 
fa  création  ,  qui  devenoic  nulle  ,  s'il 
avoit  ceffe  d'être  le  vrai  pafteur ,  re-- 
noncer  lui*  même  à  la  tiare  ,  qu'il  ne 
cenoit  que  de  ces  mêmes  cardinaux  ^ 
dont  la  promotion  étoit  fuppofée  vi- 
cieufe  dans  fon  eflence  &  dans  fon 
principe.  D'un  autre  côté  le  pontife , 
•  engagé  par  tout  ce  que  la  religion  a 
de  plus  lacré ,  n  ofoit  s'oppofer  ouver- 
tement aux  volontés  du  monarque  : 
il  n'oublia  rien  pour  le  détournes 
d'une  telle  pourfuite  ;  il  demanda  du 
moins  quelc^ue  tems  pour  délibérer 
fur  une  affaire  de  cette  importance. 
Le  cardinal  di  Prato  fut  le  leul  con« 
fuite,  parce  qu'il  fçavoit  feul  tout  le 
fecret  de  Tintrigue  &  du  traité  de 
Philippe  avec  CKment.  L'adroit  poli- 
tique lui  confeilla  d'ufer  de  diflSmula* 
tion  ,  de  ne  point  rebuter  le  Roi  en 
lui  refufant  abfolument  ce  qu'il  de- 
mandoit ,  de  lui  repréfenter  feule-* 
ment  que  les  cardinaux  s'oppoferoient 
infailliblement  à  ce  qu  il  fouhaitoit , 
que  la  chofe  étoit  auèz  importante , 
pour  être  traitée  dans  un  concile  gé« 
oéral ,  que  la  réparation  qu'il  foilici*» 


Ptt  I  L*I  P  P  E     IV.  5ÎiJ 

toit  3  en  feroir  plus  folemnelle ,  plus 
authentique ,  &  par  conféquent  plus 
infamante  pour  fioniface.  Le  iainr 
Père  eut  bien  de  la  peine  â  faire 
agréer  cet  expédient  :  mais  après 
quelques  inftances,  le  «Prince  parut 
content  :  il  ne  pouvoit  raifonnable- 
ment  refufer  rottre  du  concile  ,  qu  il 
avoir  lui-même  demandé.  On  traita 
enfuite  de  l'affaire  deis  Templiers  » 
te  ce  fut  alors  que  commencèrent  ces 
procédures ,  qui  eurent  des  fuites  fi 
terribles  pour  cet  ordre  militaire  : 
mais  pour  ne  point  interrompre  la 
narraaun  d'un  événement  fi  remar* 
quable  ,  nous  en  renvoyons  le  détail 
à  Tannée  où  le  décret  de  leur  abolie 
tion  fut  prononcé  dans  le  concile  gé- 
néral de  Vienne. 

On  fut  informé  dans  le  même  tems  ^  louîs,  ait 
qu*un  certain  chevalier ,  nommé  Dom  êft  Muronnl 
Forcunio  Âlmoravid ,  à  qui  Ton  avoir  roi  de  Na- 
confié  le  gouvernement  de  la  Navarre ,  sofcu-tom.  s. 
abufoit  du  crédit  que  lui  donnoit  fa^*^ 
place  pour  fe  £ûre  un  puifiànt  parti 
dans  le  royaume ,  &  portoit  fes  re- 
gards téméraires  jufques  fur  le  trône, 
Aufli-tot  le  fils  aîné  du  Roi  >  Louis 
dit  le  Hutin  »  roi  de  Navarre  do  chef 
de  (a  méce  «  fe  met  en  campagne  » 

Ruj 


>  60. 


j^o  HiàTôiRi  BE  France  ; 
accompagné  de  Gaucher  de  Châdllon,^ 
connétable  de  France  ^  da  comte  de 
Boulogne  ,  Se  d'un  grand  nombre  de. 
jeune  nobledè  qui  btûloic  de  feiigna- 
1er  fous  Tes  étendarts.  Pampelane  ravie 
de  revoir  enfin  le  fang  de  Tes  maîtres  > 
le  reçut  avec  des  honneurs  extraordi- 
naires :  il  y  fut  couronné  aux  accla- 
mations des  grands  6c  du  peuple»  Il 
fit  enfuite  la  vifite  de  fes  Etats ,  força 
le  rebelle  jufques  dans  fes  derniers* 
retranchements  ,  le  prit  prifonnier , 
rétablit  ptar-tout  le  calme  &  la  tran- 
quillité  ,  revint  triomphant  à  Paris  » 
&  ramena  avec  lui  près  de  trois  cents 

{rentiishommes  Navarrois  ,  à  qui  Phi- 
ippe  donna  des  établi  déments  confor*!* 
ta^s  à  leur  qualité.  .Cétoient  autant 
d'otages  ,  pour  répondre  de  leurs  fk- 
ihilles  qu'ils  laiflbient  dans  le  pays , 
&   pour  les   maintenir  dans  la  fou- 
miffion  due  â  leur  Souverain. 
.Aa.  x3c8.      Alors  fe  formoit  une  république 
comn^cncc'  invincible  ,  qui  doit  attirer  nos  re- 
PacsluK  P^^^-.  Albert  d'Autriche,  parvenu  i 
fei.  l'Empire ,  voulut  faire  de  k  SuilTe  une 

principauté  pour  un  de  fes  enfants. 
Déjà  une  partie  des  terres  du  pays 
étoit  de  fon  domaine.  On  y  envofa 
4ei  gouveraem^  ^févéres  i  t^  abufé^ 


P  H  1  L  î  P  f»  E     IV.  J9I 

îent  de  leur  pouvoir.  La  tyrannie  ftit 

portée  à  un  tel  excès  9  que  ce  peuple 

naturellement  patient ,  courut  de  tous 

cotés  aux  armes  ,  pour  fe  mettre  en 

liberté ,  ou  plutôt  pour  conferver  celle 

dans  laquelle  il  étoit  né  ,  &  qu'on 

vouloir  lui  ôcer.  Trois  payfans  furent 

les  premiers  conjurés  :  chacun  d'eux 

attira  ceux  de   fon  bourg  dans  fon 

parti  :  ces  trois  bourgs  gagnèrent  trois 

cantons  confidérables ,  Schwitz ,  Uri , 

Underwald.  Schwitz  fut  le  premier 

4\m  fe  déclara  »  Se  devint  le  théâtre  de 

ia  première  bataille  gagnée  fur  les  ty- 

rans  de  la  patrie.  De-là  vient  que  tous 

ceux  de^  la  Ligue  parent  le  nom  de 

SuilTes  ,  qui  leur  rappelle  encore  le    . 

Souvenir  précieux  de  la  viâoire  qui 

leur  acquit  la  liberté.  Dans  la  haine 

<ju'ils  avoient  conçue  contre  là  m'aifon 

d'Autriche ,  ils  tuèrent  tous  les  paons 

qui  fe  trouvoient   dans    leur  pays  , 

parce  que  les  ducs  d'Autriche  por- 

toient  dans  le  cimier  de  leurs  armes 

la  queue  de  cet  oifeau  :  il  y  alloit  R<p.de«T,eN 

même  de  la  vie  d avoir  une  plume  de  com.j.p.i^a; 

cet  animal  fur  fon  chapeau  ,  ou  fur 

fon  bonnet.  On  raconte  qu'un  Suiflè 

écânr  à  table ,  &  ayant  devant  lui  un 

verre  de  vin  >  quelqu'un  de  la  compa- 

N  iv    . 


^9^  HisTozns  Di  F&ANeir; 
gnie  s'apperçut  qae  le  foleil  y  repré^ 
féntoir  une  qaeuc  de  paon  ;  il  le  ficce^ 
marquée  aux  convives.  A  cette  vue  Le 
zélé  pacriote  Suiilè  fe  lève  en  fureur  , 
vomit  mille  imprécations  contre  toute 
la  race  Autrichienne  y  tire  fon  fabre  » 
fracaffe  le  verre ,  &  fe  rafleoic  a^vec 
autant  de  fierté,  que  s'il  eut  défait  le 
plus  irréconciliable  ennemi  de  fa  na- 
tion. Albert  eut  bien  -  tôt  radèmblé 
une  armée,  pour  aller  châtier  un  pea* 
pie  que  Toppreffion  de  fes  gouve»- 
si|«ei7;^«n.Kneurs  rendoit  plus  malheureux  que- 
^  *'  coiipable.  Déjà  il  avoir  patle  le  Riiin> 

lorfqu  il  fut  a(ïàffiné  près  de  Rhinsfel  J 
par  fon  propre,  neveu  Jean  duc  der 
Suabe.  Ce  tragique  événement  dévoila 
enfin  le  myftere  de  la  fixiéme  deman*^ 
de  que  Philippe  avoir  faite  au  Pontife 
Romain  dans  leur  entrevue  de  Sainc- 
Jean^d'Angeli.. 
ArûEttt        Lenu>Rar(|ue,in(iruitqtteres  Eîec« 
fmjMec'  ^^f*  peu  d'accord  fur  celui  qu'ik  d&. 
ci<Mi  de  Char-  voient  nommet  à  Tempire,  ne  s*aflèm-« 
àv^fMT^^^oi^tpzs  fî-tôt ,  cruç  que  cette  di- 
j*  vnianî  t  vifibn  liû  of&oit  une  occafion  avan- 
i.t.c.ioi.    jageufe,pour  faire  fa  brigue  en  fa- 
veur de  Charles  de  Vabis  ù>n^  frére^ 
Il  découvrit  fon  deflèin  à  fes  minif* 
très  ^  &  leur  apprit  que  l'élévation  de 


te  Prince  fur  le  crène  Impérial  écoit 
la  {îziéme  condirion  de  fon  traité  avec 
Cléiiienc  ^  condition  fî  long-teœs  en-^ 
févelie  fous  le  fecrec  ,  qai  avoit  tant 
exercé  les  politic^ues ,  &  que  le  Pon-» 
ùfe  fgnoroic  lui-même..  Tous  furent 
d'avis  que  la  chofe  demahdoir  une 
grande  célérité  ^  qu'il  devoit  aller  in«> 
ceiïàmment  trouver  le  Pape  y  qui  dç-^ 
puis  peUr  avoit  fixé  fa  demeure  â  Ari« 
gnon  \  que  pour  Tintimider ,  il  falloii; 
marcher  avejc  toute  fa  cour  y  fa  geiv 
darmerie ,  un  corps  confidérable  ain<* 
fancerie ,  d'une  manière  enfin  à  faire 
entendre  qu'on  ne  vouloit  pas  être 
le&fé.    Malheureufement  il  y  avoie 
des  traîtres  dans  le  confeil  :  Clément 
fut  informé  de  tout  ce  pro;et«  Il  vie 
d'un  coup  d'œil  que  cet  accroi{Ièn>enc 
.  de  puî (Tance  livreroic  ie  faim  Siège  à 
la  difcrécion  de  la  maifcn  de  France  ^ 
qu'après  ce  qu  elle  avoit  fait  fous  le 
pontificat  de  Boniface  ,  &  ce  qu  elle 
entreprenoit  encore   contre  fa  mé- 
moire ,  elle  ne  ménageroit  plus  rien  , 
fi  elle  vojrok  la  couronne  Impériale 
fur  la  tète  d'un  de  fes  Princes  ;  qu'un 
Roi  des  Romains  frére  du  Roi  de 
f  rance  ,  uni  d'intérêt  avec  lui .  repren- 
droit  bien-tot  l'avantage  que  les  papes» 

ELv 


194     Histoire  ©e  France  ,; 
avûient  ufarpé   fur  les  Empereots  ; 

aue  lai  "  même  fe  trouvant  fous  la 
omination  du  monarque  François  , 
s'artireroit  detranges  perfécutions  » 
g'il  ofoit  foutenir  les  préroeatives  de 
fon  Eglife  par  les  foudres  Spirituels , 
feules  armes  qu'il  avoir  en  fon  pou» 
voir.  Il  eut  recours  au  cardinal  tli  Pra- 
€o  ,  fon  oracle  ordinaire.  Celui-ci  bii 
fuggéra  un  expédient ,  qui  lui  réufGt. 
Ce  fut  de  dépêcher  fecrétement  di- 
vers couriers  aux  Eleveurs ,  pour  les 
avertir  du  dellein  de  Philippe  ,  les 
preflTer  de  fe  réunir  pour  rompre. fes 
mefures ,  &c  leur  repréfenter  que  leur 
xhoix  ne  ^  pou  voit  mieux  tomber  que 
spicu- tom  fur  Henri  de  Luxembourg,  dont  la 
bravoure  ,  la  franchife  &  la  droiture 
:ctoienc  connues,  de  tout  le  monde. 
X'inrrigue  fut  conduite  fi  heureufe- 
«lent  >  que  dans  Tefpace  de  huit  jours 
les  Elefteurs  s'alTemblérent ,  ôc  d  une 
voix  unanime  élurent  celui  que  le 
faint  Père  leur  avoir  recommandé. 
Le  l^oi  à  cette  nouvelle  entra  en  fti- 
reur  :  il  devina  d'où  parioit  le  coup, 
&  fit  paroître  le  plus  vif  reflTentiment. 
Ce  fut  en  vain  que  le  Pontife  eflfaya 
.  de  s'excufer  fur  ce  qu'il  ignoroit  les 
intentions  du  monarque  :  depuis  ce 


P  Hi  XI  p  p  B  IV.  395 
motaent  la  francfaife  fut  bannie  de  leur 
commerjce ,  il  n'y-eut  plus  que  de  la 
politique  &c  de  la  diifîaiularion. 

Il  arriva  fur  ces  entrefaites  une  de  Avanturerî- 
ces  avanturcs  j  qui  en  apprêtant  à  rite  'i"id ',  p.  6i. 
au  public  y  cQttvrent  de  confufion  ceux 
qui  en  font  les  dupes.  Celle-ci  prou- 
»  ve  ou  la  (implicite ,  ou  le  libertinage 
affeéké  de  quelques  Dames  de  ce  bon 
yieujcxems.  Des  avanturiers  Hamands 
partirent  en  France  Ibus  un  extérieur 
fimple  ,  &  répandirent  lé  bruit  ,  que 
le  comte  d'Eu,  Godefroy  de  Brebant , 
Jean  de  Brebant  fon  fils^ ,  feigneiu:  de 
Vierzon:,  &  pluûeurs  autres  gentils- 
liomnaes  quon  croyoit  tués  à  la  ba- 
taille de  'Courtray  ,  avoient  échappé 
miraculeufement  au  carnarge  de  cette 
tBaibeureufe.  journée  r  qu'en  recon- 
nbiâaince  d«un  û  grand  bienfait  ,  ils 
«voient  tous  voué  à  Dieu  d'errer  pen- 
dant fept  ans  Tous  l'habit  de  pauvres 
par. toute  la  France  ,  mandiant  Tau- 
iBoae,'&:  cachant  leur  état  à  tout  le 
inonde,  même  à  leurs  familles:  que 
ce  terme  expiré  j  ils  fe  rendroient  tous 
à  Boulogne-fur-mer ,  &  d^couvriroienc 
l&fecret  de  leur  nàiflance.  On  crut  en 
reconnaître  quelques-uns  à  certaines 
marquer  :  il  n'en  ullpt  pas  da,yantage 


j9^  HisTeiM  M  VnÂHcm  r 
pour  reityerfer  les  cèces  de  pluf^dT 
perfonne$  desr  deux  feites  :  coûtes  le9 
maifons  leur  écotenc>  ouvertes  :  par- 
tout ils  étx>ient  comblés»  d'honneurs»- 
Quelques^  Dames  imaginèrent ,  ou  fei- 
gnirenr  d'imaginer  quelques  craies  de 
reiïemblan'ce  avec  kurs  défuncs  maris> 
elles  (è  livrérenc  à  cetce  idée  fédoi-^  - 
£mce  ,^&  porcécem  la  complaifance 
|ufqu'â  les  recevoir  dans  leur  lie.  La 
fourberie  fe  découvrir  enfin  :  elles  de^ 
vinrent  la  fable  du  peuple. 
Afl.  1309.  LeRoi  cependanc  n'oublioit  point 
inihuâ'o)  le  fujec  dt  mécomencemem  que  le' 
î^nifoce^  '•  Pape  venoit'  de  kt  dbnner  :  pour  le 
myn^u)  1309.  chagriner  ».  il  recommença  â  le  preilèr 
de  travailler  au  procède  Boniface; 
Dé;a  Clëmenc  avoir  usé  le  cems  &  le 
lieu  dû  concile  général  ,  ^  dévoie 
s'afTembler  pour  juger  la  mémoire  da 
Poncife  accufé  :  le  jour ,  écoit  le  prei> 
mier  oûobre  1310  jJe  lieu  »  Vienne  en- 
Paup6iné,  ou  le  monarque  ,  fuivant 
V  la  réflexion  du  cardinal  di  Pracov  au- 
foic  moins  de  crédit  qu'a  Lyon  ou  i 
Poitiers  ,  parce  que  cecce  ville  aétoic 
pas  encore  du  royaume  de  France  : 
mais  le  terme  dé  certe  adèmblée  qui 
fut  encore  reculée  depnts  lufqu'ei^ 
1 5  u  9  p&^ttt  trop  long  »  l'impadeoci 


Pfti  t  ivpt  ÎV.  fpf 
da  'Prince  ,  qui  vouloir  du  moins^ 
que  la  caufe  f&c  pkinement  inftfuieeys 
&  en*  ëtat  d'ccre  promtement  jugée  y 
quand  le  fynode  leroit  ouvert  :  il  in- 
nfta  vivenienc  ,  6c  demanda  qu'il  fut 
permis  ^ux  accufateurs  de  produira 
leurs  pièces,  &  qu'elles  fnfkm  exami-* 
nées  iuridiquemenc.  Clément  cennoift 
{bit  rhnpéruQfité  du  caraâére  de  Phr-i*^ 
lippe  i  il  n'ofa  refufer ,  &  publia  unr 
bulle  où  il  dîfoit,  que  le  Roi  de  France 
animé  d'un  bon  zéfe  ,  avoit  foUicité' 
le  faint  Siège  d'écouter  les  accufatioflS' 
intentées  contre  ki  mémoire  de  Bôni- 
isice  \  que  le  crime  d'héréfîe  étant  le 
plus  grand  de  tous  les  crimes,  ilétoir 
fâcheux  qu  un  Pape  fut  ftétri  du  moin-^ 
dre  foapçon  en  cette  matrére  'y  qu'en^ 
tonféquence  ilaccordoit  aux  inflanccs^ 
du  manarqoe  ,  de  Louis  eomce  d'E- 
vreux-  fou  frère  ,  de  Gui  comte  de 
Saint  Paal  y  de  Jean  comte  de  Dreux , 
&  de  Guillaume  de  Plafian ,  chevalies 
feignet»r  de  Vezenx}bre  ,  Kandience 
qu'ils  lui  demandoient  pour  le  lende- 
main de  la  Purification  y  qu'ils  pour- 
voient comparoâtre  ,  foit  en  perfonne^ 
foit  par  leurs  agents.  Le  Pontife  ce- 
pendant travailToit  fous  main  ,  pour 
aciètet  le  fcandale  ^'one  femblable 


99?  Histoire  du  Frakcjt, 
procédure  ne  pouvok  manquer  icfe 
caufer  :  il  écrivit  au  comte  de  Valois 
la  lettre  la  plus  prelFante ,  poiu  le  prier 
d'engager  le  Roi  à  permettre  que  cecce 
affaire  6it  étouffée  :  mais  Philippe  fe 
montra  inflexible. 

.  Bien-tôt  Avignon  ftit  remplie  de 
libelles  injurieux  à  la  mémoire  de  Be- 
noît Caietan*  On  lui  imputoic  en  tout 
genre ,  des  horreurs  qui  font,  frémir  ; 
en  matière  d'impureté ,  dès  crimes  dé- 
«eftables,  dont  le  détail  fouilleroit 
cette  hiftoire  j  en  matière  d^  morale» 
des  maximes  fcandaleufes  >  donc  lex- 
pofitioh  offenferoit  les  oreilles  chaf- 
tes  ;  en  matière  de  foi ,  des  impiétés, 
dont  le  fouvenir  doit  être  à  jamais 
éd^^'iVlTIo  p^^dtt*  O^  ^  »  ^"  Mezerai ,  un  gros 
X.  p.  x8i.  volume  de  ces  abominatiims ,  où  par- 
mi quelques  vérités  ,  on  remarque 
beaucoup  d'ànimo^té  ,  quelquefois 
peu  de  vrai-femblance ,  fouvent  de  la 
contradidion.  On  lui  fait  proférer  de- 
vant treize  témoins  ce  qu'on  dit  rare* 
ment  à  un  feul  :  oh  l'accufe  en  même- 
tems  d'athéifme  &  de  magie,  de  nier 
Texiftence  d'un  Dieu  &  d  admettre 
celle  du  diable,  de  ne  pas  croire  rim- 
monalité  de  l'ame  &  d'avoir  livré  la 
fienne  au  déaK>n.  On  padèra  donc  lé- 


Philippe    IV.         35^ 
geremenc  fur  tous  les  écrits  qui  cou-* 
lurent  alors  :  un  feul  mérite  une  confî* 
dération  particulière  :  c'eft  le  mémoi' 
te  de  Bertrand  de  Rupenegâda ,  pro- 
cureur de  Guillaume  de  Nogaret:  mé-    Pr  du  d». 
moire  plein  de  fageffe  &  de  modéra-  **' 
tion ,  où  Ton  expofe  fans  fiel ,  mais 
(plidement,  les  prétentions  in Ju(les  de 
.  Boniface  >  ôc  les  droits  inconteftables 
de  la  couronne  de  France.  On  y  fait 
voir,  que  de  tems  immémorial  nos 
Rois,  n'ont  reconnu  que  Dieu  au-def* 
£qs  d'eux  pour  le  temporel  ^  qu'ils  ont 
toujours  confervé  les  droits  &  les  U-^ 
bertés  de  l'eglife  félon  lès  anciennes 
coutumes  de  la. monarchie^  qu'étant 
fondateurs  ou  bienfaiteurs  des  églifes 
de  leur  royaume ,  ils  peuvent  empê-* 
cher  que  leurs  biens  ne  fe  diflîpent , 
&  qu'on  ne  fa  de  fur  elles  aucune  le^ 
vée  de  deniers  y  que  de  tout  tems  ilf 
ne  plaident  qu'en  leur  cour  propre  , 
tant  en  demandant  qu  eii  défendant  ^ 
fans  confidércr  la  qualité  du  défen- 
deur ,  hors  dans  les  caufes  purement 
fpirituelles  &  qui  touchent  la  foi  ; 
qu'ils  ont  ^e  toute  ancienneté  le  droit 
de  régale  fur  les  biens  immeubles  de 
plufieurs  églifes,  &  qu'ils  en  joui^Tent 
jufqu  a  cç  que  les  nouveaux  prélats 


'400       HiStOÏRE   DE   FaAKcV^ 

ayenc  reçu  d'eux  Tinvellicure  du  cetc^ 
poret }  qu'ils  onr  droit  de  percevoir 
les  truies  des  églifes  vacances,  &^de 
(à  les  approprier  jufqu'à  ce  que  les 
élus  leur  ajenc  prêté  ferment  de  fidé^ 
lité  'y  que  pendant  la  régale  ils  donnent 
les  bénéfice»  qui  vacpent  i  la  colla* 
tion  de  1  evèqne  ;  qu'ils  font  en  droit, 
brfque  les  préUts  ou  leiKS  oSciaux 
veulent  troubler  la  juftice  royale  dan» 
fes- fondons,  de  faire  faifir  leur  rem* 
porel ,  jufqu'à  ce  qu'ib  ayenc  ceflë 
leurs  entreprxfes^  que  pour  le  bien 
de  leur  Etat ,  ils  peuvent  faire  garder 
les  paiTages  du  royaume ,  &  empêcher 
qu'il  n*en  forte  de  l'or  ou  de  l'argent^ 
que  Boniface  eft  le  premier  des  Papes^ 
qui  leur  a  difputé  tous  ces  droits,  ou» 
bliant  qiie  ces  princes-  ont  toujours 
défendu  la  religion  catholique  &  l'é- 
glife  Romaine.. 
le  Roi  fe     Toute  l'Eutope  avoir  les  yeux  ou^ 

Clément  ca(t::  &  gémiUoit  amèrement  for  ces  pro- 
•^wit**fa?t"'  ^édures  fcamdaleufes ,  qui  tendoient  è 
com.ccPrin-  ^«shoiiorer  le  faiiK -Siège  &  l'Eglife 
^  entière.  Les  Roi$.deCaftiJ)e  de  d'Ara>- 

gqn ,  on  ignore  fi  ce  fur  dé  leur  pro- 
pre mouvement ,  ou  à  la  folUcitatio» 
feccéte  du  Pape  ,  loi  envoyèrent  de» 


pHItl^Fl     IV.  4CW 

âtnbaflàdeurs ,  pour  le  prier  de  faire 
ceflèr  le  fcandale  que  ce  procès  cau- 
foic  parmi  les  fidèles.  On  lui  eti  écri- 
vit auffi  d'Allemagne,  d'Italie  ,   de 
Flandre.    Il  montra  tontes  ces  lettres 
au  Roi:  pria,  prefià,  conjura  fi  effi- 
cacement, que  le  monarque  touché 
lui-même  du  fracas  que  cette  affaire    pt  du  «rfr. 
faifoit  dans  le  monde,  remit  tout  le  sVi^^/ozJtll 
différent  à  l'arbitrage  du  Pontife  &  ^«,;/^*  î>*- 
des  cardinaux  ,  promit  d'acquiefcer  n!!ï!;*p'*ît't; 
fans  réferve  à  ce  qu'ils  décideroiem ,  %p"cm.  tom. 
ordonna  au  priAce  Louis  fon  frère ,  &  **  '•^** 
&  i  tous  ceux  de  fa  cour  qui  s'étoienc 

Jiortés  pour  accufateurs  contre  Boni* 
ace,*  de  fe  défifter  de  toutes  Ieur$ 
pourfuites.  Il  fut  obéi  :  tous  écrivirent 
^tiu  faint'Pere  des  lettres  pleines  de 
foumiffion ,  &  jurèrent  une  entière  dè^ 
férence  à  fon  jugement.  Clément  ètoic 
au  comble  de  Ces  vœux  :  pour  témoi* 
gner  fa  reconnoi fiance  au  Roi ,  il  crut 
devoir  lui  prodiguer  tes  fatisfaâions^ 
Il  cafia  toutes  les  bulles  que  Bonifa- 
ce  avoit  données  contre  tes  droits  de 
la  couronne ,  qu'il  rétablit  en  leur  en- 
tier. S'il  en  excepte  deux  conftitutions, 
dont  l'une  commence  par  ces  mots 
Unam  fanSam ,  Tautre  par  ceux  -  ci 
fitm  non.  navam^  U  décbre  que  leur 


401     Histoire  de  France, 
exécution    ne    s'écend   point  fur    k 
France  ,  où  toutes  choies  demeure- 
ront dans  rétat  accoutumé  :  il  révo- 
que toutes  fufpenfions  de  privilèges, 
toutes  cenfures,  excommunications, 
interdits ,  privations  >  déportions ,  & 
généralement  tous  les  anathèmes  laa- 
cés  par  les  deux  derniers  Papes,  an 
fujet  de  ce  fameux  différend ,  tant 
contre  le  Roi,  les  princes  Tes  enfans, 
fes  frères ,  le  royaume  &  Etat  de  Fran- 
ce ,    que  contre  les  dénonciateurs , 
pélats,  bai?ons  &  autres  regnicoles: 
il  abolir  toute  note  d'infamie ,  dont 
on  auroit  voulu  »  ou  dont  on  voudroit 
par  la  fuite  flétrir  la  poftérité ,  le  nom 
ou  la  réputation  de  ceux  qui  auroicnt 
eu  quelque  part  dans  cette  malheo- 
reufe  affaire ,  de  queloue  manière  que 
ce  fàt:  il  ordonne  d'effacer  des  reg^" 
très  de  la  chancellerie  Romaine ,  te  .. 
ce  qui   pourroit  choquée  le  mona. 
que ,  ou  blellèr  les  prérogatives  de  ^. 
couronne  :  il  defFend  enfin  de  rec 
voir  à  l'avenir  aucun  aâ:e  où  l'on  b- 
meroit  le  louable  zélé  &  les  bonn^ 
intentions  que  Philippe  avoit  fait  p. 
roître  dans  tout  le  cours  de  ce  célèbre 
démêlé,  (a) 

.  (4>  Ceue  bulle  ciè4u  17  awil  j  j  1 1  :  ociUrapporte  i 


.Philippe    IV.        40} 
Nogaret  étoit  le  feul  François  ex- 
clus des  ecaces  du  Pontife.  Clément    spîcîi.  ih\^ 

,  .  o         .  1    •       1  /•  1  Pr.  du   dm. 

néanmoins  qui  vouloit  abloiument  ga-  p*  ^o'. 

Î;ner  le  Roi  ^  qui  d'ailleurs  craignoit 
e  crédit  du  chevalier ,  ne  tarda  pas  à 
lever  toutes  les  cenfures  qu'il  pouvoit 
avoir  encourues,  à  condition  qu'au 
premier  voyage  de  la  terre- fainte,  il 
iroit  faire  la  guerre  aux  inâdeles ,  qu'il 
j  demeureroit  jufqu'à  la  fin  de  fa  vie^ 
n  le  Pape  ne  l'en  difpenfoit  ^  qu'en 
attendant  il  vifiteroit  dévotement  les 
églifes  de  Notre-Dame  de  Vauvert, 
de  Roquemadour ,  du  Puy ,,  de  Bou-' 
logne-fur-mer ,  de  Chartres,  de  faint 
Eloi ,  de  Mont-Majour ,  de  S.  i^içfiiçs 
en  Galice  ;  enfin  que  s'il  venoit  à  mou- 
riç  ayant  que  d'avoir  exécuté  toutes 
ces  chofe^ ,  fqn  héritier  en  demeure- 
toit  chargé.  Le  Roi ,  pour  qui  Nogaret 
s'étoit  facrifié ,  le  combla  d'honneurs 
&  de  biens,  &  le  fit  fon  chancelier  » 
dès  que  le  faint  fiége  lui  eut  donné 
Tabfolution  ;  mais  il  mourût  avant  l'ac- 
compliflfement  de  la  pénitence  qu'on 
lui  avoit  impofée, 

àt  toftme  que  coptes  les  autres  procédures  qui  fe  font 
faites  pendant  les  années  1)09  &  >  po ,  pour  ne  pa» 
trop  paitager  l'acrentien  du  Leâeui  fur  cette  tongiaè 
8c  facheuCe  aâàiie. 


4<»4    Histoire  m  Franci  , 
Aa.  ijio.       Le  calme  a  voit  â  peine  fuccédé  aa 
tri:Sl":°«ble,  que  Philippe  fe  vie  oblige 
la  couronne,  d  etivoyâr  une  armée ,  pour  maintenir 
fon  autorité  dans  Lyon,  Ce  point  d'hit 
toire  exijge  qu'on  reprenne  les  chofes 
de  plus  haut.  Mathilde  de  France ,  fille 
de  Louis  d'Outremer  ,  en  époufant 
Conrad  I,  roi  d'Arles  (^>,  lui  porta 
en  dot  (i)U  ville  &  le  comté  de 
Lyon.  De  ce  moment  ce  grand  fief  dé* 
taché  de  la  monarchie  Françoifè>  de:* 
vint  partie  du  royaume  d*Arles ,  qui 
lui-même ,  dit-on  ,  finit  par  être  réu- 
ni â  TEmpire.  C*eft  en  vertu  de  cette 
réunion  vraie  ou  prétendue ,  que  l'Em- 
per^ur^Frédéric  I ,  pour  fignaler  foa 
autorité,  accordai HéracHus  de  Mont-' 
boiflîer ,  pour  lui  &  fes  fucceflèurs  ar- 
chevêques de  Lyon ,  le  titre  d'exarque 
ou  vicaire  de  l'Empire  dans  cette  par- 
tie de  fes  domaines»  avec  tous  les 
droits  régaliens  fur  fa  ville  archiépif- 
copale,  &  dans  fon  diocefe  au-deÛ 
de  la  Sàone  :  faveur  qui  fit  naître  de 
grands  différends  entre  ce  prélat  &  le 
comte  de  Forez  ,  qui  fe   qualifioit 

U)  On  appdla  rajraume  d'Arles ,  l'Etat  formé  des 
royaumes  de  Provence  &  de  la  Bourgogne -Trans. 
Juraye  réunis  enfcmblc  :  réunioA  qui  fc  fit  Tans i«w 

{9)  Aaxu  >fî.  " 


Philippe    IV.       405 
comte  de  Lyon.  Rome  commit  Tar-^ 
chevèque  de  Moutier  en  Tarentaife 
7(mt  les  accommoder.  D'abord  ils  par- 
:agërent  entr'eux  la  ville  &  la  jurif- 
Jiâion  :  le  comte  enfuite  céda  fa  por- 
tion à  Tarchevèqae  &  à  fon  chapitre  : 
il  reçut  en  échange  onze  cent  marcs 
d'argent  &  plufieurs  terres  (a).  On  gra^iiRrft^ 
aflure  que  Philippe  Augufte  ratifia  ce  ^'  '7^' 
traité  :  ce  qui  n'a  pu  fe  (aire  que  fept 
ans  après  fa  conclufion ,  tems  où  ce 
Prince  monta  fur  le  trône  (i).  Si  ce 
fait  étoit  vrai ,  il  prouveroit  que  l'au- 
torité des  rois  d'Arles  commençoit  de 
jl^yfFoiblir^  &  que  les  rois  de  France 
prétendoient  être  hauts  feigneurs  de 
Lyon.  On  a  vu  que  faint  Louis,  choi- 
iît  pour  arbitre  entre  les  habitans  &le    -^ 
chapitre,  mit  en  fa  main  la  juiHce  & 
la  cour  féculicre  de  cette  ville,  que 
PhiIippe-le-Hardi ,  fon  fils  &  fon  (uc- 
cefleiu:,  reprit  l'arbitrage ,  qu  il  fe  fai- 
fit  également  de  la  jurifdiâion,  juf- 
qu'à  ce  que  le  fiége  fut  rempli ,  Sc 
qu'il  ne  la  remit  au  nouvel  élu ,  Pier- 
re de  Tarentaife ,   qu'après  qu'il  lui 
eut  prêté  ferment  de  fideUté. 

La  ville  de  Lyon  fut  toujours  de- 
puis fous  la  prpteâion  de  k  France  ^ 

(-)  An.  117)^  (h)  ii9o. 


4oS  Histoire  de 'France, 
&  quoiqu  en  vertu  de  fes  anciens  pri- 
vilèges ,  elle  fe  gouvernât  comme  une 
république ,  elle  ne  fe  croyoit  pas  in- 
dépendance, puifqu'elle  appelloit  au 
Roi  des  fentences  rendues  par  les  oflS- 
ciers  de'  larchevcque  &  du  chapitre. 
Il  y  a  des  lettres  patentes  de  Philippe- 
le-Bel  (a),  où  il  eft  dit  exprelFémem 
que  Lyon  étant  une  dépendance  de  fa 
couronne,  il  veut  bien  avoir  égard 
aux  prières  d^s  habitans  ;  qu'il  les  re- 
çoit &  les  met  en  fa  fauve-garde.  Oa 
voir  de  plus  un  aèle  d'appel  interjet- 
te, par  ces  mêmes  bourgeois  contre 
une  défenfe  faite  au  nom  de  Tarche- 
vêque  d'avoir  ni  chevaux,  ni  armes; 
&  de  lever  aucun  deniers  fans  fa  per- 
mi{&on.  Us  déclarent  qu'ils  en  appel- 
lent au  Roi  comme  à  celui  qui  a  la 
fupériorité  pour  le  temporel  dans  leur 
ville.  Philippe  pro6 ta  de  la  circonf- 
tance ,  &  pour  les  maintenir  dans  lear 
franchifes ,  établit  un  ofScier  avec  la 
qualité  de  Gardiat€ur  de  U  ville  de 
Lyon.  Ce  fut  en  vain  que  les  arche- 
vêques réclamèrent  contre  cette  noa- 
veautc,  en  vain  que  Boniface  lança 
tous  fes  foudres  pour  TétoufFer  dans 
(a  nai^fance ,  le  monarque  tint  ferme , 

(«>  An.  lA?!. 


P  H  I  L  I  P  I»  B     IV.  407 

c  Clément  V ,  qai  lut  avoir  oUiga- 
bn  de  fon  exaltation^  ne  prit  aucun 
tarci  dans  cette  querelle  :  il  pria  feu* 
stnenc  le  Roi  d'oublier  le  paflTé ,  6c 
le  donner  à  cetre  noble  ëglife  des 
narques  de  fa  >  bon  té.  Alors  ce  Prince 
mblia  cette  célèbre  conceflion  appel-  ' 
ce  communément  Philippine ,  par  la- 
quelle il  lui  accordoit  de  grands  pri- 
nleges  ^^ntr'aatres^  que  tous  les  biens 
du  chapitre  ,  fiefs ,  arriére  iSefs ,  péa* 
ges,  &  autres  droits  »  fuflent  tenus  à  . 
titre  de  comté:  de-là  vient  que  les 
chanoines  font  nommés  comtes  de 
Lyon.  Mais  le  ftyle  raême  de  cette 
conceffion  eft  celui  d'un  (buverain  qui 
parle  en  tnakre  y  qui  en  oette  qualité 
difpenfé  tes  grâces  ;  qui  comme  un 
prince  clément  &  généreux,  donne 
amniftie  à  des  fujets  coupables  de  fé- 
lonie.   -     '  - 

Telle  ctoit  ta  fituation  dés  affaires, 
lorfque  Pierre  de  Savoie  fut  élevé  fur 
le  fiégc  de  Lyon.  Sommé  de  prêter  le 
ierment  de  fidélité;  il  le- refufa,  dé- 
favouant  le  concordat  par  lequel  Louis 
de  Villars  fon  prédéceflTeur ,  avoir  re- 
connu en  termes  formels  la  fouve- 
taineté  du  monarque  François.  On  s'é- 
chauffa de  part  &:  d'autre.  Le  prélat   |p»-  *"»• 


4oS  Hi^toiRi  M  Fràkcb  , 
eat  le  iecrec  d'enga«t  leé  faabîtaas 
dans  ÙL  querelle  :  ils  te  lettérent  for  le 
châteaa  de  faiat  Jnft,  qai  étoit  une 
dépendance  du  royaume,  le  rafcrenc^ 
8c  pour  fe  mettre  en  état  de  défenfe, 
firent  de  nouvelles  fortifications  ilear 
ville.  Philippe  ne  cherchoic  qu'un 
prétexte  pour  afliirer  par  le  droit  de 
conquête  une  fouveraineté  qu*il  avoit 
fçu  établir  par  la  négociation  :  il  faific 
i'occafion  avec  eœpreflèment,  aflèm- 
bla  une  armée ,  ic  lui  donna  pour 
commandant  Louis  fon  fils  aîné  roi  de 
Navarre»  quoiqu'il  ne  fut  pas  encore 
armé  chevalier  :  chofe  extraordinaire 
en  ce  tems-lâ.  Déjà  les^  troupes  dont 
le  jeune  prince  avoit  icn  réunir  tous 
les  fuffraees ,  fe  difpo(oieni:  à  l'atta- 
que, lorfque  rarchevèque ,  le  chapi- 
tre &  les  bourgeois  faius  de  frayeur , 
demandèrent  a  capituler  ,  Çc  don- 
nèrent des  otages  pour  aflurance  de 
leur  foumiflion.  Le  prélat  par  le  con- 
feil  du  c^mce  de  Savoie  >  (on  parent, 
fe  laiilà  conduire  à  Paris,  demanda 
humblement  pardon ,  &  Tobtim  à  la 

Eriére  des  grands  du  royaume.  Les 
abitans  proteftérent  qu'ils  n*avoient 
pris  les  armes,  aue  parce  que  le  der- 
nier concordat  les  rendoit  fujets  du 

prélat  I 


,  9n  itipfi    IV.       409 

Frékt  ^  au  Ueu  qu'ils  ne .  précendoienc 
être  que  des  rois  de  France ,  qu'ils 
ceconnoiiloienc  feuls  pour  leurs  pro* 
teâeurs,  leurs  fouverains,  &  leurs 
maîtres  :  proceftacion  qui  ne  déplue  . 
pas  au  monarque.  On  fie  un  nouveau 
traitée  L  archevêque  céda  au  Roi  la 
^rîfdidion  temporelle  fur  la  ville  iC. 
fur  ks  appartenances  y  avec  le  château 
de  faint  Jaft  $  ne  fe  réservant  que  U 
fbrtereflfe  de  Pierre-Encife ,  avec  le 
droit  de  battre  pionnoye  &  d  avoir 
des  troupe^.  Philippe  de  fon  côté  dé- 
dommagea le  pontife  en  lui  donnant 
quelques  terres,  qui  relevôient  immé- 
diatement de  U  couronne.  L'affaire 
s^anmoins  jie  foc  enti^^rement  con- 
ibmmée  qu'en  1515.  Ainfi  fut  réunie 
à  la  monarchie  la  féconde  ville  de  TE* 
tat. 

:   Un  autre  événement  célèbre  de  cet-  vidtdc  rh©- 
te  même  année  eft  la   conquête  de  p"  lêTchc- 
l'ifle  de  Rhodes  par  les  chevaliers  de  ^^'ic"  de  s. 
faint  Jean-de-Jerûfalem,  d'où/ils  fu-Lî.m'î' '^"' 
rent  appelles  chevaliers  de  Rhodes# 
Ils  l'enlevèrent  aux  Turcs,  qui  Tay oient 
conquife  fur  les  Sarrazins ,  &  les  Sar- 
razins  fur  les  empereurs  Grecs.  Otto- 
man tige  des  empereurs  Turcs  de  ce 
^oav>  fiç  les  plus^  grands  çffprts  pour 
Tomç  FIL  S 


4IO      HlstôIRB  DE  FRAITCE  , 

là  reprendre  ;  mais  ces  braves  cheva- 
liers,  (ousla xondaite de  lear  grande 
maître  Foulques  dé  Villaret.,  fçarene 
Hîft.  de  Mil-  if  maintenir  glatieufemehc.  Quel- 
î  wTf  iV  ques  hiftorieos  prétendent  qu'ils  ne 
durent  leur  falut  qu'à  la  valeur  d'A- 
médée  Y,  dit  le  grand,  comte  de 
Savoie ,  qui  étant  venu  à  leur  fecours 
avec  une  pui(làntê  ftotte  9  débarqua 
fes  troupes  9  marcha  aux  ennemis  »  les 
défit  dans-  une  bataille ,  &  les  obli« 
gea  de  lever  le  fiége  &  de  fe  rembar- 
quer: Ort  a)oute  que  poui;  conferver 
la  mémoire  de  ce  gramd événement, 
il  prit  alors  pour  fa  devife  ces  quatre 
lettres  majufculès,  àc  féparées  par  une 
pondaatiôn ,  F.  E.  R.  T. ,  qu'on  a  ex- 
pliquées depuis  par  ces  mots  latins  : 
jortitudo  ijus  Rhodum  tcnuit  :  ce  qui 
fignifie  que  la  bravoure  de  ce  prince 
a  confervé  la  ville  de  Rhodes.  On 
veut  même  qu  après  cette  célèbre  vic- 
toire ,  il  ôta  de  fes  armes  Taigle  de 
Savoie,^  &  lui'fubftitua  la  croix  d'ar- 

§ent  dé  faint  Jean  de  Jérufâlem.  Mais 
eA  certain  i**.  qu'Amédée  ne  quitta 
point  l'Europe  en  1 3 10 ,  ni  dans  les 
années  qui  précédèrent,  ou  qui  fui- 
virent  immédiatement  la  conquête  de 
î^ifle  do  Rhodes  ;    x^.  qu'en  ijoi. 


P«inppî     IV.        411 
c^eft-à-dire  ,    plufieurs  arniées  ayan^ 
rexpédition  d'Ottoman^  cette  devife 
myltérieufe  étoit  gravée  ^  mais  fan* 
aucune  ponâ:iiation ,  fur  lesmonnoies 
de  Louis  de  Savoie  ,  baron  de  Vaud* 
mort ,  &  ou  on  la  voit  encore  aujour- 
d'hui fur  le  tombeau  de  Thomas  der 
Savoie,  père  d'Amédée -le- Grand  : 
3^.  que  la  croix  de  Tordre  de  faine 
Jean  fe  trouve  dès  Tan  1504  dans  un 
fceau  du  même  Thomas  de  Savoie  » 
attaché  à  un  traité  que  ce  prince  avoit 
fait  la  même  année  avec  Etienne  de 
Coligni ,  feigneur  d'Andelot.  Ainfi  le$ 
chevaliers  ne  durent  qu'à  leurs  arme^ 
feules  &  à  leur  propre  valeur  ^  la  pre-r 
miére  défehfe  de  Rhodes. 

Le  jour  fixé  pour  la  célébration  du  An.  13 xr. 
cor\pile  de  Vienne  étoit  enfin  arrivé  ;    concile  de 
l'ouverture  s'en  fit ,  félon  quelques- ^**°*'*' 
wis  ,  le  premier  ,  félon  quelques  au* 
très ,  le  feize  oâobre.  Il  étoit  comr 
pofé  de  trois  cents  évèques  ,  &  dç 
|)lufîeurs  prélats  d'un  moindre  rang^ 
abbés  ôc  prieurs.  Quelques  Auteurs 
ont  avancé  que  l'affaire  de  Boniface 
7  fut  examinée  9  Se  jugée  définitive»* 
ment  :  c'eft  une  erreur  qui  n'a  aucun 
fondement  dans  l'hiftoire.  Il  eft  conf- 
tant  que  le  faint  fynode  fe  contenta. 

Sij 


'4t2;  Histoire  de  Frangi  ; 
de  confirmer  fans  aucune  difcuffioa 
le  jugement  que  le  faint  Père  avoir 
rendu  fans  éclat.  Ceft  pour  cela  qu  il 
n*eft  fait  aucune  mention  de  ce  procès 
fameux  dans  les  motifs  de  la  convo- 
cation  du  concile.  Le  Pontife  ^  dans  le 
fermon  qu'il  prononça  en  cette  occa- 
fion  >  nç  lui  en  donne  point  d'autres , 
que  Texcinékion  de  Tordre  des  Tem-^ 
Kayn.an.x311.  Hliers,  le  recouvrement  de  la  Terre- 
lainte ,  la  réformation  des  mœurs ,  & 
l'extirpation  de  quelques  hérélies  du 
fems,  On  ne  trouve  d'ailleurs  aucun  vef- 
tige  de  cette  querelle  dans  les  conftitu^ 
lions  de  cette  célèbre  afTemblée ,  foit 
qu'çUe  ait  adopte  purement  &  fimple* 
ment  le  décret  du  Pape ,  foit  qu  elle  ait 
voulu  étouffer  cette  affaire  qu'elle  ne 
croyoit  honorable  ni  pour  Boniface ,  ni 
pour  Philippe.  Quoi  qu'il  en  foit ,  Clé* 
itient,  que  le  défîflement  du  Roi  fem- 
bloit  relever  du  ferment  qu'il  avoit  fait 
à  Saintr  Jean-d'Angeli^  crut  pouvoir  dé^ 
cider ,  Se  décida  en  effet  que  Benoîc 
Caïetan  avoit  été  légitime  pafteur  de 
l'Eglife  ,  (ju'il  écoit  mort  catholique , 
que  jamais  il  li'avoit  été  hérétique , 
-  &  que  les  preuves  alléguées  pour  le 
flétrir  de  cetteinfamie  ^  n*étoient  poinç 
flï^faifWSt    -'       . 


L 


.Ï^HItlP^E      IV.  41  j' 

Oh  alloit  ouvrir  la  féconde  feffion ,  An.  13  n: 
Jorfque  le  Roi  arriva  accompagné  des  j.^J',*''^*î!°"*' 
.  princes  &  des  feigneurs  de  fa  cour: 
.  il  fut  reçu  avec  les  plus  grands  hon- 
neurs 3  prit  féatice  au  concile  ^  s'afEt  à 
la  droite  du  Pape,  mais  fur  un  fiége  un 
peu  plus  bas.  Durefte,il  eut  le  cha- 
grin de  voir  que  les  Pérès  afTemblés , 
lans  faire  aucune  mention  des  autres 
crimes  dont  Boniface  écoit  accufc  , 
adoptèrent  unanimement  le  décret  » 
<]ui  le  déclaroit  bon  catholique.  Trois 
célèbres  Dodeurs ,  l'un  en  thçologie , 
l'autre  en  droit  canon ,  le  troifiéme  en 
droit  civil  ,  haranguèrent  pour  jufti- 
fier  cette  déclaration  :  de  plus  deux  j.  vniani  ; 
chevaliers  Catalans  fê  préfentérent^*'*'^'*** 
tout  armés  pour  la  foutenir  par  le 
combat  y  oférent  en  face  du  Roi ,  dé- 
fier ceux  qui  feroient  alfez  téméraires 
pour  dire  le  contraire  ,  &  jetrérent 
un  gage  de  bataille  ,  que  perfonne 
ne  releva.  Philippe  étonne  de  la  ré-  y 
falution  de  ces  deux  braves  cham- 
pions ,  fe  rendit  enfin ,  acquiefca  au 
jugement  ,  Se  fe  défifta  de  toutes  de- 
mandes. Le  concile ,  pour  reconnoître 
ce  facrifice  quoiqu^un  peu  forcé ,  dé- 
clara que  ce  Prince  ni  fes  fucceflèurs 
ne  pourroient  jamais  être  recherché^ 

Siij 


;4.T4    Histoire  0C  Frakce^ 
ou  blâmés  pour  tout  ce  qui  s'ctoît  fait 
contre  le  Pape  ,  foit  en  France ,  foît 
•en  Italie,  par  les  Colonnes,  par  No- 
garet ,  ou  par  toute  autre  perfonne 

3ue  ce  put  être.  Ainfi  finit  c«;  grand 
ifférend ,  qui  avoit  duré  dix  ans  au 
fcandale  de  tous  les  gens  de  bien. 
Philippe  en  remporta  tout  {^avantage  ; 
les  droits  de  fa  couronne  furent  recon- 
'Bus  :  les  bulles  par  lefquelles  on  avoit 
Youlu  y  donner  atteinte  ,  caflees  & 
révoquées.  Il  eft  vrai  que  la  mémoire 
de  Boniface  ne  fut  pas  condamnée  t 
mais  il  faut  convenir  que  la  pourfuite 
qu  on  fit  contre  lui  huit  ans  après  fa 
t  mort ,  marquoit  trop  de  paflîon,  &  ne 

devoir  pas  ètfc  écoutée.  Le  monarque 
voulut  au  moins  que  te  fouvenir  du 
Pontife  fe  perdît  en  France  i  il  défen- 
dit d'alléguer  le  fixiéme  livre  des  dé- 
crétâtes ,  qui  étoit  de  fa  compilation» 
AfiFaîredcs  Mais  le  principal  motif  de  la  con- 
Tcnoplieri.  y^^^^Q^  ^^  concile  étoit  Kabolition 
de  Tordre  des  Templiers  :  événement 
n!ionftrueux ,  qui  étonna  fEurope  & 
f  Afie  y  Se  fur  kquel  nos  Ecrivains  mo- 
dernes ont  donné  le  plus  de  liberté  à 
leurs  conjectures.  Ce  point  d*hiftoire 
mérite  d'être  rapporté  avec  toutes 
4tes  €irc6hilances«    Nous  expoferoDS 


PHItlPPElV.  4V^ 

d^abcrd  rorigine  de  cet  Qcdre  relii^^ 
gieux  Se  milit^ice  ,  puis  b  tnmîérip 
4onc  Um$  crimes  furent  dcçptt^ectf^^^ 
les  excès  dont  ils  écoien»?  açcufé^*, 
ji'âyeu  qa'ils  en  firent,  leur  ïht^â^- 
xion  i  leur  fermeté  au  milxm  des  Âaixif- 
tnes ,  leor  condamnation  ,  ia  diTponr 
tion  de  leurs  biens  >  la  mort  &  la  conf- 
iance du  Grand-maîcre:  Se  des  ^VAtiâs 
officiers  ,  enfin  les  divers  femimeots 
<Ie$  Auteurs  fur  cette  grande  aifaire  : 
}t  JLeAeur  cnfuite  Jugera. 

L*ordre  des  Templiers  avoit  été 
établi  à  Jerufalem   en    iii8   y  pair 
iHugues  de  Payens  »  par  Geofiroi  de 
5aint-Omer  ,  &  par  lept  autres  gen- 
tilshommes François  9  qni  firent  vœm 
-de  chafteté  8c  d'obéiflance  entre  les 
mains  dû  Patriarche  »  Se  promirent 
d'employer  leurs  biens  &  leur  vie  au. 
fervice  &  a  la  défenfe  des  pèlerins  de 
la  Terre-fainte.  Le  roi  Baudouin  II 
leur  affieha  un  logement  près  du  Ti^m- 
ple  y  d'où  ils  furent  appelles  Templiers. 
Le  concile  de  Troycs  en  Champagne^ 
xenn  fous  le  Pape  Honortus  H  ,  leur 
donna  une  régie,  qui  fut  dreflee  par 
faint  Bernard ,  approuvée  par  le  Pa- 
triarche de  Jerufalem  ,  &  confirmée 
par  le  fouverain  Pontife.   Alors  ili 

S  iv  V 


'4^6     Histoire  fii  FKAKcfi; 
prirent  un  habit  blanc  ,  &  le  Papif 
EagèHeltt ,  Tan  114^ ,  leur  fit  porter 
^ne  croix  rolîge  fur  leurs  manteaux. 
Ils  dévoient  tous  les  -jours  entendre 
l'office  divin ,  ne  manger  de  la  viande 
çie  trois  fois  la  femaine  ,  n'avoir  cha- 
cun que  trois  chevaux  ,  &  ne  point 
aller  à  la  chafle ,  même  à  celle  de  Toi- 
feau-  Leur  habillement  ainfi  que  celui 
des  autres  religieux  ,  ne  differoit  de 
celui  de^  laïques  que  par  la  couleur: 
il  étoit  long  &  traînant  Jufqu  a  terre, 
avec  une  ceinture  qui  fervoit  à  le  re- 
lever ,  lorfqu  on  marchoit  en  campa- 
gne :  Thabit  court  n'ctoit  que^pour  les 
j)ayfans  &le petit  peuple.  Us  avoienr 
<iuffi  une  efpéce  de  chajperon  ou  de 
capuce  :  on  ne  cofinoiflbîc  point  alors 
Tufage  des  chapeaux.  Les  religieux  ont 
•  confervé  les  anciennes  modes  ,  que 
les  gens  du  monde  ont  fort  changées. 
Les  Temphers  firent  une  infinité  de 
belles  actions  fous  les  rois  de  Jerufa- 
lem  >  &  acquirent  de  grandes  richef- 
fes  danstous  les  royaumes  de  TEurope  ; 
mais  ces  grands  biens  les  perdirent! 
Bien-tôt  IWucil ,  la  fierté,  Tindépen- 
dance  ,  1  efprit  du  monde  ,  le  luxe 
la  volupté  ,  &  les  plaifirs  de  la  table 
eurent  infedé  tout  Tordre.  Le  pro- 
yerbc  ancien ,  &  qui  dure  encore  aproi 


Philippe  IV.  417 
tarit  de  tems ,  boire  comme  un  Templier^ 
.fait  voir  quelle  étoit  leur  réputation 
fur  ce  dernier  article.  Ils  ne  recon- 
noidbient  de  fupérieur  que  leur  grand 
maître  ,  qui  n'étant  pas  plus  réglé  que 
les  autres  ,  ne  fongeoit  guère  à  les  ré- 
former. On  croit  que  leur  Ixautear  , 
ennemie  de  toute  fuhordination  ^  leur 
attira  la  févéricé  ,  pour  ne  pas  dire , 
la  dureté  de  la  plupart  des  évêques 
leurs  juges  ,  avec  qui  ils  avoient  eu 
auparavant  de  grands  démêlés  au  fujet 
de  leurs  privilèges.  Toutes  les  hiftoires 
font  pleines  des  trahifons  qu'ils  fai-> 
foient  aux  Princes  chrétiens  de  con- 
cert avec  les  Infidèles ,  des  briganda- 
ges qu'ils  exerçoient  contre  les  peu- 
ples qu'ils  dévoient  protéger  par  leur 
inftitut ,  des  fcandales  qu'ils  caufoient 
jufques  dans  un  pays  où  le  défordre 
çtojt  porté  àTexcès.  Mais  leurs  myfté- 
res  d'iniquité ,  Jeur  libertinage  fur  le 
point  de  la  religion  »  leurs  infamies 
monftrueufes  n'avoient  point  encore 
tout-à  fait  éclaté. 

On,  n'eft  point  d'accord  fur  la  ma-.  Manière iknt 
-oiére   dont  ces  abominations  furent  ^"J"^*^'^^*^^^^^ 
découvertes.  Les  uns,  a'après  Villani ,  vertes. 
aflùrent  qu'un  Templier  >  prieur  de  c!^9i»"  ' 
Momfaucon,  dans  le  Touloufairi  ,  & 

S  V 


41  s  MistomE  0B  Frakge  9 
Hti  Florentin  {a) ,  nommé  NofFodeîV 
deux  fcéléracs^  arrêtés^  pour  crimes  ,. 
concertéreac  dans  robiccrité  de  leur 
cachot  l'accufatîon  de  tour  Tordre , 
dans  refpérance  d'obtenir  leur  grâce 
du  Roi ,  qu'ils  fçavoient  fort  indif- 
tSl?4*pî'Î3Î.  P^^  cptitre  Ls  chevaliers  i  mais  on 
.,  8*'f   V''  ne  connoît  dans  le  Touloafain  aucun 

pap-  Aven.  to.      „  .  i      •       i 

•  ih  99*  heu ,  ni  aucune  eommandene  du  nom 
de  Montfaucon.  Ain  fi  cette  anecdote 
à  tout  l'air  d'une  fable.  Les  autres  , 
fur  le  témoignage  de  l'auteur  de  la 
vie  de  Clément  V  ,  racontent  la  chofe 
tout  différemment ,  &  peut-être  avec 
plus  de  vraifemblance.^  Ils  prétendent 
qu'un  bourgeois  de  Beziers  ,  nommé 
-Squin  de  Florian^  ,  6c  nn  Templier 
^  apoftac  ,   tous  deux  faifîs  pour  des 

crimes  énormes,  enfermés  dans  une 
même  prifon ,  &  défefpérant  de  leur 
vie ,  fe  confeflférent  Vun  l'autre  ^  ufage 
aflèz  ordinaire  en  ce  tems-lâ  ,  où  l'on 
nedonnoif  point  de  confelleurs  aux 
crinsineb.  Ainfi  ces  malheureux  exé- 
cutoient  à  la  lettre  le  confeil  de  l'apÀ- 
Ép!ft.B.jAc.  trè  faint  Jacques  ,  detonfeffcrfis  pi* 

*^'  ^*  *  '     ckés  Us  uni  awc  atares  :  ce  qui  fe  pra- 

'  (4)  Le  P.  Daniel  [tom.  5.  p.  14^;.  ]  prétend  qne 
Noffbâei  écoic  Templier  lui-cnèmes  mais  Vtilaiii  qu'il 
cite  en  témoignage  ,  ne  le  dit  point.  Cela  1  * 
dnebbrecvacion  <£ms  la  nouvelle  édiciotx* 


Philippe    IV.        41^ 

tîqaoic  aufli  fur  mer ,  quand  on  écoit 

menacé  de  naufFcage ,  &  qu'il  ne  fe 

trouvoit  point  de  prêtre  dans  le  yaif- 

feau*  Squin  ayant  entendu  la  confeir- 

.ilon  du  Templier ,  fit  appeller  le  Ma-* 

.  giftrat  y  &  lui  dit  qu'il  écoit  prêt  de 

révéler  au  Roi  un  fecret  fi  important  ^ 

qa'il  tireroit  plus  d'utilité  de  cette ^oa- 

jioiflance  ,  que  de  la  conquête  d'un 

royaume  entier  ;  mais  qu'il  ne  $!eA 

ouvriroit  jamais  qu'au  feul  monarque» 

Philippe  impatient  de  découvrir  ce 

jnyftere  ,  ordonna  de  lui  amener  le 

firifbnnier  à  Pari^ ,.  voulut  Te^tendce 
ui-même  ,  lui  promit  une  itppuni|;é 
-entière  ,  &  même  des  récompenies;, 
y  il  difoit  la  vérité.  Alors  Squin  y  qi|i 
avoit  dreiré  le  plan  de  Ton  accufation, 
chargea  tout  le  corps  des  Templiers 
4e  criiî)es  û  attroces  ,  qu'il  n'eft  p^s 
:vrairemblable  qu'vin  or.4i^e  çntier  aie 
.pu  s'y  alpa^idonner  ^,  mais  en  :mèpf)e- 

tems  cpnAatés  paf  des.  mémoires  i(i 
f^thentiqtt^s,  qu'il  fcmble  qu'on  .ne 

peut  fans  imprudc^nçe  ne  pas  y  ajouter 

foi. 

.  ^  ,Çq$  cbofes;  épouvantables  .^toi^pt, ;    itch  dmot 
.qu  çn  prenant  rhabit ,  le  .novice  baiîpit  '^^r^f  ^"**^" 

le fupéjrieur  àla  bouche i  s^XjnqtûhxiÛy  du puj , hm. 
;&;à  me  partie  ^jui^pïj^fixth  paroifliiit  f "  &  rX  ^' 


'^4*0     HiSTomE  BE  Francîe  ,, 
cfefon.dcs/pcu  d^ftinée  à  cet  ufage  j  qu'on  em- 
?/phîMiVei!-ployoît  exhortations  ,  menacés  ,  tor- 
înEduirdfn  tures- mêmes  ,  pour  Ihi  faire  renier 
p.  7?.  Jefus-Chrift ,  &  cracher  trois  fois  fur 

hHt.i.7^p":';*ùn  crucifix  qu'on  lui  préfentoit;  pra- 
ifos'^JJ'^ioT?  tique  ordonnée  par  un  mauvais  Grarid- 
fcift"dn"oic'.  maître ,  qui  ayant  été  pris  par  un  Sou- 
^Notoad  *h!ft  dan ,  ne  put  obtenir  fa  liberté  ,  qu'en 
^HiSr/cMat  promettant  de  Tintroduire  datis  Tor- 
chc^iom.  i.p.  jj^  j  qjj^  j^^5  |çyj5  affemblées  ,  qui 

^.%%,  ^'^'  fe  faiforent  prefque  toujours  k  nuit  , 
les  chevaliers  adoroient  une  idole  qui 
avoir  une  longue  barbe  ,  des  moufta- 
ches  toufftïes&  pendantes  ,  &  pour 
jreux  deux  grofles  efcarboucles  qui 
étincelloient  comme  le  feu  y  qu'on 
leur  défendoit  d'iavoir  aucun   com- 
merce criminel  aVec  tes  femmes  ,  de 
peur  qu'elles  ne  les  diffamàifent ,  mats 
qu'en  récompenfe  on  leur  permettoîc 
^  de  s'abandonner  avec  leurs  confrères 
aux  plus  horribles  exbès  &  aux  plus  in* 
fameé  défordres  j  que  fi  par  hazard  il 
naiiïbit  un  garçon  d'une  fiUe  &  d'un 
Templier' ,  ils  fe  rangeoient  tous  en 
rond  y  fe  jettoient  cet  enfant  de  main 
en  main  >  6c  ne  ceffoienr  de  fe  te  ren- 
voyer fvtri  à  1  «utire ,  Qu'îï  hé  fto  mort  j 
iju'albrs  ils  le  faifoient  rôtir ,  &  de  la 
graiffè  qui  en  forioit  >"  fr^ttotent  la 


'  Philippe  IV.  411 
t>arbé  ôcles^  môuftaches  de  leur  infâme 
ftatue  y  qui  écoic  couverte  d  une  peau 
humaine  ;  que  lôrfqu'un  Templier 
mouroic  ,  ils  brùloient  fon  corps  ,  le 
téduifoî^nc  en  cendres ,  mêloient  ces 
cendres  dans  un  breuvage ,  &  buvoient 
à  Tenvi  cette  dcteftable  liqueur  ;  efti- 
mant  qu'ils  en  deviendroient  plus  in- 
trépides ,  Se  plus  fidèles  les  uns  aux 
autres  ;  que  les  Prêtres  de  Tordre  , 
quand  ils  céiébroient  la  fainte  meflè  , 
omettoient  les  paroles  de  la  confécra- 
tion  i  enfin  qu'étant  devenus  Mahomé- 
lahs  cathés,  par  une  infime  trahifon  , 
ils  avoient  vendu  la  Terre-fainte  aux 
Sultans  &  aux  Princes  de  cette  feâe. 

Le  Roi  frémit  de  tant  d'Horreurs,  ilsTontarré- 

ft'»  •       1  '  •  •      /•   *    tes  en  un  fcul 

Se  ne  pouvoir  les  croife  :  mais  loitjour  partout 
curiofité  ',  foit  haine  contre  les  Tem-ie  rovaume. 
phets ,  ou  z41e  de  la  juftice,  il  ne  ctutspîcii  .om^'jî 
pasdevoir^:négHger  un  avis  û  impôr-^* 
tant  ,'i8c  réfblut  d'éclaircir  ce  terrible 
myftére.  La  chqfe  inréreflpit  toute  la 
chrétienté  :  ilen  parla  plufieurs  fi3is 
au  Pape  ,  d'abord  à  Lyon  ,  lors  du^ 
couronnement  du  Pontife  ,  enfuite  à 
Poitiers  U)  ,  où  tous  les  deux  s'é^  ' 

toient  rendus  pour  .'traiter  de  cett« 
grande  atfaire.  Mais  dl  ne  paroît  pat 

i*}  Au  mois  de  noû  ijoy» 


411     Histoire  de  Fhahcm  , 
que  Cléoienr  eue  encore  pris  d'autre 
parti   que    celui  d'une  information 
iecrcce  :  il  fuc  même  long-tems  à  fe 
décider  pour  une  pourfuice  ouverte* 
On  voit  une  bulle  poftérieure  à  cecce 
entrevue  (a) ,  par  laquelle  il  témoigne 
^ue  tout  ce  qu'on  impute  aux  Tem- 
pliers, lui  paroît  incroyable  >  impoÛir 
ble  ;  que  les  principaux  de  Tordre  in* 
formés  de  la  dénonciation  »  deman- 
dent juftice  contre  les  délateurs  ,  & 
laccufation  eft  mal  fondée ,  &  fe  fou- 
mettent  aux  plus  rigoureufes  peines , 
^'ils  font  trouvés  coupables'  ^  qu'en 
conféquence  il  va  ordonner  d'infor- 
mer joridiquemem  pour  la  fatisfac- 
tion  du  monarque ,  &  qu'il  le  prie  de 
lui  envoyer  tout  ce  qu'il  a  pu  amaflfer 
depreuves  à  cet  égard.  Philippe  étoit 
vif,  impatient  :  tant  de  lenteur  le 
défefpéroit.    Tout- à -coup  ,  par  un 
ordre  fecret  qui  fut  exécuté  tô  ven- 
dredi 1  ^  odbabre  1 507 ,  on  vit  arrêter 
en  un  feul  jùm  ,  le  Grand-maître  & 
tous  les  Templiers  qui  fc  trouvèrent 
à  Paris,  &  dans  les  différentes  pro- 
vinces du  royaume.  Auili-tôt  le  mo- 
narque s'empâta  du  Tempie  ,  y  alla 
iog^r  y  y  n^it  fon  tréfôr  ,  &  les  chattes 

<<!>  Le  14  août  J>07»; 


I 

Philippi  IV;  42 j 
•  de  France.  On  faific  en  mcme-tems  tous 
-leurs  biens ,  qiïi  furent  mis  en  la  maia 
du  Roi.  Mais  de  peur  qu'on  ne  le 
foupçonnât  de  n'agir  que  par  paflion  , 
Nogaret  eut  ofdre  d'aflembler  les 
chanoines  de  Notre-Dame  de  Paris  » 
avec  tous  les  dofteurs  de  TUniverfité, 
pour  leur  feire  part  des  raifons  qui 
avoient  détermine  le  confeil  à  s'aflù- 
xer  de  ces  malheureux  chevaliers  ;  8c 
deux  jours  après ,  on  publia  à  fon  de 
trompe  ,  que  le  clergé  &  le  peuple  des 
églifesparoifllialeseufrentà  fe  trouver 
dans  le  jardin  du  palais  royal ,  pour  y 
entendre  la  leâlure  des  abominariona 
dont  on  les  accufoit.  Elles  firent  hor- 
reur à,  la  jpopulace  :  elles  parurent  aux 
fens  fenles  plus  ridicules  que  croya* 
les. 

Plùlippe  eut  bien  voulu  faire  inC-    Le  Pape  fe 
truire  leur  procès  par  fes   officiers  ;P'*'7 s*** it 
'mais  l  Umverlité  qu  il  contulta  ,   lui  aoi. 
•répondit  que  le  juge  féculier  ne  peut  ouPuy,p.ro. 
•connoître  de  l'héréfîe,  (î  l'Eglife  ne  h"  ?t^^: 
Pen  requiert  ;  que  des  gentilshommes  ^'  ^^^^ 
•qui  font  vœu  de  chafteté  &  d  obéiÏÏan- 
ce  dans  un  ordre  approuvé  par  le  faint 
fiége ,  font  cenfés  de  véritables  reli- 
gieux ,  par  conféquent  exemts  de  la 
jurifdi^on  laïque^  que  par  rapport 


Pttïny ,  p, 


424  Histoire  de  Frawce  J 
à  leurs  biens ,  ils  doivent  être  conféra 
vés,  pour  être  employée  conformé- 
ment à  rintention  de  ceux  qui  les  ont 
donnés,  he  Roi ,  fur  cette  décifion , 
commit  fon  confeiïeur  Guillaume  de 
Paris 9  Dominicain,  inquifîteur  de  la 
Toi,  pour  interroger  les  prifonniers^ 
en  préfence  de  plu(ieurs  témoins  choi^ 
fis  parmi  la  nobleile.  Le  moine  s'ac- 
quica  de  fa  commiilion  avec  tout  le 
zélé  que  fon  pénitent  po^voit  defirer. 
Guillaume  de  Npgaret ,  fi  fameux  alors 
par  la  hardielTe  de  fes  entreprifes  con-* 
tre  Boniface ,  conduifoit  avec  lui  cette 
terrible  affaire. 

La  prifon  du  grand  maître  &  de 
.  tous  les  Templiers  caufa  une  furprife 
générale  dans  toute  la  chrétienté.  Le 
Pape  fur-tout  ne  l'apprit  qu'avec  in- 
dignation ,  &  regarda  la  procédure 
.4^  1  inquifîteur  comme-  une  entrepri- 
"  fe  fur  fon  autorité.  Datiisla  première 
chaleur  de  fon  redentiment*,  il  fufpèn- 
dit  les  pouvoirs  de  Guillaume  de  Pa- 
ris ,  &  interdit  aux  évèques  de  France 
la  connoiffance  de  cette  affaire ,  qu'il 
fe  réferva.  Il  écrivit  en  même  tems 
au  Roi,   pour  fe  plaindre  qu'il  eût 
fait  emprifonner  de^  religieux  qui  ne 
.  relevaient  que.  du  faint;  $iége  :  il  lui 


PttïtippE  IV.  4Z5 
marqnoit  par  une  lettre  aflèz  vive  , 
qu'il  lui  envoyoir  les  cardinaux  Beren- 
ger  de  Frédoie ,  &  Etienne  de  Sufy , 
Se  que  fon  intention  étoit  qu'il  leur 
remît  inceflàmment  les  perfonnes  SC 
les  biens  <lès  Templiers  \a). 

Le  monarque  3  irrité  des  obftacles  Réponfc  4» 

3u'oiî  oppofoit  à  fes  volontés ,  répon-  ^°**  ibw, 
it  avec  fierté  ,  qu'il  n'avoit  rien  fait 
que  fur  le  réquifitoire  de  l'inquifiteur^ 
officier  de  la  cour  de  Rdnieij  que  la 
fufpenfion  des  pouvoirs  de  ce  reli- 
gieux, &  de  ceux  des  évêques,  juges 
nés  en  matière  de  doâ:rine ,  étoit  fort 
préjudiciable  à  la  Religion  j  que  les 
Templiers  ne  manqueroient  pasdes'èn 
prévaloir;  que  déjà  ils  commençaient 
a  varier  dans  leurs  dépofitïons  ;  qu'ils 
fe  flattoient  même  de  trouver  dé  l'ap- 
pui à -fa  cour;  qu'il  eft  honteux  dans 
un  Pontife  Romain  de  faire  paroître 
tant  de  lenteur  à  féconder  un  Prince 
dans  une  fi  jufte  pourfuite;  que  Dieu 
détefte  les  âmes  tiédes  ;  que  c'eft  en 
quelque .  façon  approuver  le  crime  , 
que  de  né  pas  le  punir  promptementj 
que  bien  loin  d'interdire  aux  prélats 
1  s  fonârions  eflentielles  de  leur  digni-  > 
té,  il  devroit  au  contraire  exciter  îeuc 

i  0  I^  17  oâobtc  1307. 


41^     Histoire  de  France  , 
zélé  pour  l'extirpation  d'un  ordre   B 
corrompu;  qu'après  tour  les  êvèques 
font  appelles  avec  lui  pour  partager 
les  foins  de  l'Eglife  de  Dieu;  qu'on 
leur  feroic  une  cruelle  injuftice  ,    (x 
on  leur  défendoit  l'exercice,  d'un  mi- 
niftére  qu'ils  ont  reçu  immédiatement 
de  Jefus-Chrift  s   qu'ils  n'onc    point 
mérité  un  traitement  fi  injufte  ;  qu'ils 
ne  le  foufFriroient  point  ;  que  lui  me* 
me  ne  pourroic  le  diffimuler ,  fans 
violer  le  ferment  qu'il  a  fait  à  fon  fa« 
cre  'y  que  ce  feroit  un  très-grand  péché 
de  manquer  d'égard  pour  ceux  à  qui 
le  Seigneur  a  dit  :  celui  qui  vous  mé- 
prife,  me  méprife.   Quel  eft  donc. 
Père  faint  y  continue  ce  Prince,  le  fa- 
crilége  afTez  téméraire  pour  vous  con^- 
feiller  de  ménrifer  ces  prélats,   ou 
plutôt  Jefus-Chrifl:  qui  les  a  envoyés  ? 
Il  finit  mie  lettre  fi  vive  par  des  ma- 
ximes &  des  exprefiions  encore  plus 
dures  :  il  prétend  que  le  Pape  eft  (ujec 
aux  loix  de  ceux  qui  l'ont  précédé ,  & 
qu'il  peut  k  trouver  compris  par  le 
Jcul  fait  ,  dans  lè  canon  d^une  fen- 
tence  prononcée  fur  une  matière  de 
p.  II.       foi.    Cependant  pour  convaincre  lu- 
nivers  que  l'intérêt  n'çtoit  point  l'ame   I 
de  fes  démarches^  il  confentit  que  la 


PHiiri>Pi  IV.  427 
ptrfonne  &  les  biens  des  Templiers 
rodent  remis  aux  minières  de  Rome  : 
ce  qui  fut  auffi  rôt  exécuté,  Quoiqu'ils 
fuirent  toujours  gardés  par  les  fujets 
du  Roi. 

Ce  Prince  avoit  convoqué  les  Etat»  Entrevue  rf» 
de  fon  royaume  à  Tours ,  pour  le  pre-  ^^.  arncio» 
mier  mois  d'après  pâques,  c'eft-à-dire,  accordés  en- 

I  •      j  •  /   \      ▼  >   /r      iwtrc eux  furie 

pour  le  mois  de  mai  {a).  Laflembleef^iicdMTcm^ 
fut  très-nombreufe.   Le  monarque  ypHers. 

i)réfida  en  perfonne,  &  fon  chance- oJ!'^^^.^*  *^' 
r     >     r  Y  Hift  de  Mal'^ 

1er  expofa  de  fa  part  toutes  les  preu- thcp.n». 

ves  qu'on  avoit  recueillies  contre  tes 

Templiers.  De-là  il fe  rendit  à  Poitiers,. 

où  il  eut  avec  le  Pape  une  féconde 

entrevue,  que  la  plupart  des  mod.er- 

nés  n'ont  pas  afTez  diftinguée  de  la 

première.  Le  réfu^tat  de  cette  confc- 

rence  fut  :   »*  que  les  chevaliers  fe- 

a»  roient  gardés  fous  l'autorité  du  Roi» 

M  au  nom  du  Pape ,  des  prélats  &  de 

»  l'Eglife  ;    que  les  deux   puilTances: 

w  s'engageroient  par  lettres,  fi  l'ordre 

»  eft  aboli ,  à  employer  leurs  biens 

*»  pour  le  fervice  de  la  terre  fainte  j 

*»  que  les  devenus  qui  en  provieri- 

»  aroient ,  ne  feroient  point  divertis 

w  â  d'autre  ufage ,  qu'on  les  mertroit 

M  eu  feqiîeftre  »  6ç  que  le  monarque 


4i8  Histoire  db  France, 
»»  les  feroic  conduire  fûrement  horS 
w  du  royaume  ;  qu'ils  feroienc  admi- 
»  niftrés  par  de  fidèles  gardiens  que 
M  le  Pontife  choifiroit  lui-même;  ce 
»  qui  n'empèchoit  pas  que  le  Roi  ne 
M  pût  préfenter  quelques  fujets  qu'on 
*ê  s'obligeoic  d'agréer ,«.  On  compte 
en  effet  parmi  ces  adminiftrateurs , 
deux  valets-de-chambre  du  Prince , 
Guillaume  Pidoue  &  René  Bourdon  : 
ce  qui  fait  voir  qu'en  tout  cela ,  il 
n'y  eut  de  changement  que  dans  le 
ftyle  &  dans  la  forme,  Philippe  néan- 
moins fçut  faire  valoir  ce  léger  facri- 
fice ,  &  pour  retour ,  exigea  que  le 
faint  Père  levât  la  fufpenfîon  qu'il 
avoit  faite  des  pouvoirs  de  fon  con- 
feCTeur,  &  que  ce  moine  chéri  pût 
continuer  d'aflifter  au  procès  des  Tem^ 
pliers.  Bien  que  ce  fait  contre  mon  au-- 
toriUy  ànCXim^m  y  Je  permets^  puif- 
que  le  Roi  lèvent ,  que  Vinquifittur pro^ 
ctde  avec  les  ordinaires.  Mais  il  y  met 
.  une  condition ,  c'eft  que  chaque  évc- 
que  ne  pourra  examiner  que  les  Tem- 
pliers  particuliers  de  fon  diocéfe  j  que 
ces  religieux  ne  feront  même  juges 
que  par  des  métropolitains  &  dans 
un  concile  de  chaque  province  ;  qu'au- 
cun de  ces  prélats  ne  prendra  con: 


P  H  r  1 1  p  p  H  IV.  415 
noiilance  de  i'écac  général  de  tout  1  or- 
dre  y  ni  de  ce  qui  concerne  la  perfonne 
du  grand -maître  &  des  principaux 
officiers ,  dont  il  fe  réferve  Texamea 
Se  le  jugement* 

Ainfi  fut  aflbupie  une  querelle  d'au-   Précautîoat 
tant  plus  dangereufe ,  qu  elle  étôit  ex-  ra"ppo«^  aux 
citée  par  la  jaloufie  de  l'autorité.  Auf-  i>»cns  des 
fi- tôt  on  vit  paroître  plufieuîs  bulles,  ^^Duva"i  p» 
qui  règlent,  &  la  forme  qu'il  faut '°^**'^"'^* 
garder  dans  le  jugement  des  Tem- 
pliers 9  &  la  manière  dont  leurs  biens 
dévoient  être  adminiftrés.    ]Les  unes 
envoyées  aux  archevêques ,  »ux  évê- 
ques,  ôc  auxinquifiteurs  du  royaume  ,\ 
leur  permettent  de  procéder   contré 
les  cnevaliers,  mais  aux  conditions 
prefcrites  dans  le  traité  conclu  à  Poi« 
tiers  (a) ,  leur  enjoignent  de  commet- 
tre, chacun  dans  fon  diocefe,  des 
gens  fidèles ,  pour  recevoir  les  reve- 
nus, de  Tordre  (i),  leur  ordonnent  ^0 
s  alTocier  dans  Texamen  de  cette  affai-* 
re,  deux  chanoines  de  leur  Eglife, 
deux  frères  Prêcheurs ,  deux  frères  Mi- 
neurs (c).  Les  autres  adrelTèes  au  Roi , 
font  des  répétitions  de  ce  qui  étoit 
convenu  \  que  les  biens  des  Templiers  i 

(4()  te  s  iuiliet  1308.  ib)  U  zt  iuiileç  1308.  {ç)  U 


4JO  Histoire  de  Frakce^ 
ne  feront  employés  qu'au  recoovtc* 
ment  de  la  terre-fatnte  ;  qu  on  n'en 
pourra  détourner  la  moindre  partie  i 
d'autres  iifages  {a)  ;  qu'il  a  nommé 
des  perfonnes  intégres,  pour  les  gérer; 

Î|ue  le  monarque  en  peut  nooamer  de 
on  coté,  à  charge  d'en  rendre  un  bon 
&  fidèle  compte;  que  l'argent  reçu 
par  les  adminiftrateurs  ,  fera  envoyé 
en  un  lieu  (ur  hors  de  la  France  fous 
la  proteâion  du  Prince ,  pour  être 
,  employé  félon  que  le  faint  Siège  en 
ordonnera  (i)  ;  que  ceux  qui  retien- 
nent meubles  ou  immeubles  apparte- 
tenans  à  l'ordre,  feront  frappés  de 
tous  les  anathèmes  de  regU(e(c); 

3ue  le  Roi  enverra  au  faint  Père  vingt 
oubles  des  lettres  qu'il  a  données  à 
Poitiers ,  pour  obliger  fes  fujets  à  ref- 
tituer  ce  qu'ils  ont  ufurpé  fur  ces  re^ 
ligieuxmiHiaires(^).  Tant  de  précau- 
tions décèlent  quelques  foupçons  de 
la  part  du  Pontife ,  que  dans  le  pro- 
cès intenté  contre  les  Templiers ,  on 
en  vouloir  antant  à  leurs  grands  biens, 
qu'au  dérèglement  de  leurs  mœurs. 
^  ^^lîT"^**  I*  "^«  difficile  qu'un  Prince  jaloux 
cion  du  Pape  oe  les  OToits  9  ne  crut  pas  ion  autori'* 

(a)  Le  9  juillet  i  ;o8.  (b)  Le  5  |utllet  1 50s.  (c)  Le  M 
aoûc  1508.  (d)  vj  décembre  1 308. 


Philippe    I V.         4)1 
té  bleffce  par  mille  expreffions  (échap-pour  rapjaî- 
pées  dans  toutes  ces  bulles:  plus  dîm-^*[bid,  p.  t$. 
cile  encore,  qu'il  n'en  témoignât  pas'°** 
le  plus  vif  reâèntiment.  Philippe  te- 
préfenca  vivement  au  Pontife,   que 
n'ayant  jrien  entrepris  fur  les  libertés 
de  TEglife ,  il  prétendoit  qu'on  ref* 
peâât  les  prérogatives  de  fa  couron- 
ne.   Clément  connoi(G)it  le  caraâére 
du  monarque:  il  appréhendoit  d'avoir 
pour  ennemi  un  prince  ferme  &  in* 
capable  de  fe  défifter  de  fes  préten'^ 
tions   qu'il  portoit  quelquefois  trop 
haut  :  il  déclara  par  une  bulle  {a) ,  que 
tout  ce  qu'il  avoir  fait,  tout  ce  qu'il 
feroit  par  la  fuire  dans  cette  affaire , 
ne  pourroit  caufer  aucun  préjudice  au 
Roi ,  aux  prélats ,  ducs ,  comtes ,  ba- 
rons ,    &  smtres  feigneurs  François , 
Sour  les  hommages  ,  fiefs ,  &  autres 
roits  qu'ils  avoient  fur  les  biens  des 
Templiers ,  lors  de  leur  emprifonne- 
tnent.  Cette  déclaration  prévint  l'ora- 
ge oui  alloit  fe  former;  &  la  bonne 
intelligence  fe  rétablit  entre  le  facer- 
doce  &  l'empire. 

Les  deux  cours  étant  d'accord,  on  Aveax  ât» 
commença  à  travailler  de  concert  à  d^^pu"'p. 
rinftruâion  du  procès  des  Templiers,  il:  êc^l'  ^* 

(d)  Le  II  juiIieci3o8. 


4j  t     Histoire  de*  France  » 
On  interrogea  d*abord  cenc-qaarante 
chevaliers  du  Tenaple  de  Paris  :  il  n'y 
en  eue  que  trois  qui  nièrent  abfolu- 
ment  tous  les  crimes  qu'on  leur  impu- 
toit.  Les  autres  avouèrent^  qu'à  leur 
xéception ,  on  exigeoit  d'eux  ces  bai- 
fers  infâmes  dont  il  a  été  parlé  y  qu'on 
leur  fâifoit  renier  Jefus-Chrift  j  qu'on 
JMir  permet^oit  entr'eux,  qu'on  leur 
ordonnoit  même  le  péché  abomina- 
ble. Quelques-uns,  mais  en  fort  petit 
nombre  ,  conférèrent  qu'ils  avoient 
adoré  une  tête  de  bois  dorée  6c  ar- 
gentée ,  qui  avoit  une  grande  barbe  ; 
myftére  d'iniquité  ignoré  de  plufieurs 
de  leurs  confrères ,  parce  qu'il  ne  fe 
pratiquoit  que  dans  les  chapitres  gé- 
néraux ,  où  l'on  n'admectoit  que  les 
principaux  de  l'ordre.   Ud  feul  prêtre 
dépofa  que  le  chevalier  qui  le  reçut, 
)ui  fit  jurer  que  dans  la  célébration  du 
faint  facrifice ,  il  ne  prononceroit  point 
les  paroles  de  la  confécration,  ce  quil 
avoit  fidèlement  obfervé  pour  leshof- 
ties   qu'il  diftribuoit  aux  confrères; 
mais  qu'il  n'avoir  jamais  manqué  de 
confacrer  celle  qu'il  mont  roi  t  au  peu- 
ple à  l'autel  :    pluficurs  déclarèrent 
qu'ils  n'avoient  pu  voir  les  ftatuts  de 
l'ordre,  que  deux  mois  avant  qu'ils 

fuflèJir 


fUilèor.iarTêtéSrprironniers  j  ce^t^u^^ 
faifoiC'  fqupçonper  qu'il  y-  eix  ^ypi^  w 
deox.fortçf^les^un^  qu'on  ihonaoïc^a 
public  y  les, :  autres  qu'on,  çachoît  ayjéc 
loin  ,  &  qui  n'étoieqt  pas  îxiêmè  con-  . 
nus  de  tous  les  chevaliers.  On  trouve  r^K'^'J^^^^ 
enco^p  iWW;  1  fl\ftoiré  de.  ce.  ta^^i^VX  9o.uu< 
;prpfès^  ies\a<^es.die|)lpGp^iiç  iiW^ 
gat;oixeï5  fpl?is,,en  '^ytti^iL^ 
du.  r  py  aupe  9  ;  où^lef .  fjéppm^ 
conformes;. à  ceUes qm.fureptfaicesfà 
Paris.    Owee  T^ra^lîers/dàns  la  fénf- 
chaufTée  de  Bigorre,  deu^aa  diocele 
de  Troyes  en  Chaqipagne  ,  cinq,) a 
Bayenx^  treize, à  Caep;  fept  st  j^^- 
hoi^,,  dix  au  Pont-de-rArche,,  ^^^^^ 
Carca(Ioniie^  q»a:rantje-^cinq  i  ^f^fj- 
Caire  ^'cpnfeflerent  les  mècn^s  ctiôiest ^ 
excepté  l'article  de  la. tête  dorée /par* 
ce  qae  tous,  ainfi.  qu'il  a  été  dit  >  n'è^ 
toient  pointa^dmis  i  cette  cérémonie 
;  facr^lége  :  .tops  n^onuments  ^heo^ti- 
ques^qui  pf^uyent  qu'il  y.^^voif  .lin 
jufte .  raet .  de ,  pouri^îyre^  r^lition 
.  d'an  prdiqe^  pu  (a  corruptiQn  .étpit  -û 
gcnérde.  .,  , 

C>n^0bjeûe,  pour  in^rmer.cefavJnux»  «h^î^to^*/*,': 
qu'ils  pni;  été.  ^«orques  par^fecviploi-  ^^'^'-^^^^i^'- 
ce.  ^Les,  pjçifons ,  di^n»  étoLçnt'çém- 
^^glic^  5^f  ces,  ^piaÛieureux  ;ch?:valîers  > 

Tome  yii. T^ 


'4tj^     HÏstoKiE  W  riAvés  , 

Seàieiit  .'"riat 'eftjHt  aë  ijJëWkèrice,  oi 
''fkt'&QùétibtiÛ  'lëtôhnvitetit  cYiicni 
"A^tsji'fufèht' appliqués» la  qœftion  li 
Wus  riidié:  'Oft;fi'efi;rendoit  <Jue  xtis 
^^ié  'gérÂifffemeWs  âe  ceux  qu'on  tè- 
*^haiHoit ■y-'qiyoïfbHfoitiqu'on  âémem 
•'fciïoft 'flans  la'téHttité.  %n  grand  tibifr 
^'hiè  ,''ttt)tf  ;MBleS.,"3)cJtjr  foiîtenir  dfes 

''IfeVëvi.tiét^'.qàefF^'àés^iitresr,  pifefles  p4r 
ia  fairtiT  <>tt  les  hiflbit  mafhqûer  ^e 
'  .tout  l^x  pjâpàrt ,  tiifft'iyés  dès  menaces 
•qu'on  leur'faîfbit,  bû  etonifjr'éis  dés  Jïor- 
Tteti^  d-t|rt  <È^(;h«^t  ,''pkffiîrent  -"d'abord 
"ttftrfes','-tés  détFattaHtms 'xjit'tïfi  «igea 
"H'ëttHf  Wi'ifs'''en;ïf»îihe-ret«i  ,-ifVen 
<!A)aV^  '^lafîéUyi,  •  qùV.'àn  *^''«"»  *s 
■  j>Ius  affreux" -flippltces ,'  fëutiftrtttt  avec 
""ùtte  fetm^é  mm<^ble,'qa^ï'étoieht 
'lfittbtèwrt.^DW-l%ricdrfclutMqtfeM- 
^lâlre  des  YdôiBIfers  «ftl'èhigîae-'la  pliis 
%ièpîi^Fa1)teîâu^'KiWsJHc«fti%flé- 

Mte'd^si<îft<yi'i€îi5'4it5Mfiré-iè  de- 

'VMlt^aftÉ'^fes'riMjrt;  Ori''éÔrfvien- 

dra  du  moins,  qu'il  n'y  eut"hi  qaef- 

i  'ïM'l  îîij'tbi'ifàïe"^àilïfie;gràha-Maître 

"Jaé'qu'es'.idè';Mérlâ(y;'^e«ti^horbmèBéHt- 

"èiilBttn  ,-'^poitf'«tfi'rKHipKiri-,  'coni- 


Daaplim  d' Auvergne  ,  pour  Hugues 
<le  Peralde  ,  grand-prieur  de  France, 
«nfin  pour  les  maîtres  &  précepteurs 
^'Outremer ,  «l'Aquitaine ,  de  Poitou, 
de  Provence ,  dont  le  Pape  s  croit  ré- 
fervé  le  iueement.  Or ,  tous  ces  grands    ^^  puy*  p. 
-omciers  convinrent  de  tous  les  crimes  »v. 
-qui  éooienc  imputés  à  leur  ordre  , 
d'abord   à  Paris  élevant  linquifiteur 
Cuiilaume.,  pui^à  Poitiers  devant  le 
Pape,  enfuite  à  Chinon ' devant  les 
cardioaux  Berenger ,  Etienne ,  &  Lan- 
dulfe  ,  que  le  faint  Pereavoit  députés 
pour  les  entendre.  Clément  interro- 
gea lui  iBcme  foixante-dojize  Tem- 
pliers, qui  tous  ie  reconni||:ent  cou- 
pables ^  &  fi  Ton  en  croit  le  Pontife , 
un  che.valier ,  qui  étoit  officier  de  fa 
maifon  »  lui  avoua  ingénument  tout 
le  mal  qu'il  avqit  découvert  parmi 
fes  confrères.  On  remarque  feulement  ^p^^^  ^<^'  ^ 
que  le  "Grand -maître  protefta  qu'il ^' 
n'avoir  j^floais  commis  le  péché  îô- 
ilme ,  ni  cr^hé  fur  le  çri^ijBx,  mais 
â  coté  ,&  par  terre  :  on  a;oute  qu'en 
conféquexue  de  l'aveu  quru£t  à  Paris    * 
devant' Us  Maîtres  de  rUniverfité.^ 
il  écrivit,  une  lettre  circulaire  à  toids 
fes  religieux  ,  pow  les  exhorter  i 

Tij 


» 


4i$     Histoire  be  Faancb  , 

rimiter  dans  fa  confe/Iîon  &  dans  fa 

pénitence. 

Ils  font  arrê.      Le  Pape  cependant  fit  expédier  dî- 

u7hîS!verfes  bulles  («)jqu*  envoya  dans 

Du  pa/ ,  p.  toutes  les  parties  du  monde  chrétien , 

^Hift.dÏMai-  avec  ordre  d'informer  contre  une  So- 

\^xV  &"fu'v?*  ciété  dont  les  crimes  méritoienc  une 

EcTp^ToV-^^extindion  totale  &  entière.  Auflî-tôt 

yaifingh.  iç5  foi3  d'Angleterre. ,  de  Caftille 

m  Eduardll.  .  j^  r-   -l  l  j 

p.  9c.  d  Aragon  ,  de  Sicile  ,  le  comte  de 

d?°?lSv.  *a2:  Provence  ^  la  plupart  des  Princes  , 
M?rTina,hîft.  &  mcmc  les  archevêques  d'Italie» 
K'f5^;'°^J:  firent  arrêter  tous  les  Templiers  qui 
^  zurira,!.  5.  fç  trouvérent  dans  leurs  Etats.  On  mit 
des  garnifpns  dans  leurs  commande- 
ries  ,  onk  faifit  tous  leurs  i>iens ,  on 
travailla  fans  relâche  de  tous  côtés  à 
leur  procès.  Ils  çonfellcrènt  en  Angle- 
terre ,  en  Provence  ,  à  Ravenne  ,  a 
Pife,  à  Florence  ,  les  mêmes  abomi- 
nations que  ceux  de  France  :  dans  le 
royaume  de  Léon ,  tin  concile  les  dé- 
clara  innocents,  &  cependant  les  ren- 
vova  au  Pape.  Ceux  d'Aragon  fe  réfu- 
gièrent d'abord  dans  des  fortereflès 
3u'iis  avoient  fait  conflxuire  à  leurs 
épens ,  pour  défendre  le  pays  contre 
les  incurfions  des  Maures  ;  de-U  ils 

*      (il)  Le  }o  décembre  i|ol.  -     . 


Philippe  IV.  4J7 
écrivirent  au  Pontife  Romain  pouir 
leur  jufliification.  11$  lui  remontrèrent 
:}uon  les  perfécutoit  injuftemeotyqae 
leur  foi  étoit  pure ,  &  qu'ils  en  avoient 
fouvent  fcellé  la  confelîîon  par  Tefïu- 
fion  de  leur  fang  ;  qu'un  grand  nom-» 
bre  de  Templiers  gémifloient  aduel- 
lement  chez  les  Maures  en  d'affireufes 
prifons ,  dont  on  leur  ofFroit  tous  les 
jours  de  leur  ouvrir  les  portes  ,  s'ils 
vouloient  changer  de  religion  3  qu'il 
étoit  honteux  qu'on  fît  bruîet  comme 
infidèles  des  chevaliers ,  dont  ks  con- 
frères ,  efclaves  chez  les  ennemis  du 
nom  de  Dieu  ,  étaient  expofés  aux 
plus  cruels  fupplices  comme  chré«> 
tiens  'y  que  (i  quelques-uns  de  Tordre 
s'étoient  déclarés  coupables  de  gtands 
crimes  ,  foit  qu'ils  les  euflent  commis 
réellement ,  foit  pour  fe  délivrer  des 
tourments  de  la  queftion ,  il  étoit  jufte 
de  les  punir ,  ou  comme  des  fcélérats , 
ou  comme. des  lâches  qui  avoient  trahi 
leur  confcience  ,  l'honneur  dé  leur  re- 
ligion  ,  &  la  vérité  :  mais  qu'un  grand 
Ordre  ,  qui  depuis  deux  fiécles  avoir 
fi  bien  mérité  de  l'Eglife  ,  ne  devoit 

Eas  fouffrir  de  la  fcélérate(Iè  ,  ou  de 
i  prévarication  de  quelques  'parci'^ 
cuUers  i  qu'il  étoit  aifé  de- voir  que 

Tiij 


43^       HïSTOÏRB  D1&  FftAlfCF, 

leurs  grandes  richeflès  étoient  la  vé- 
ritable caùfe  de  la  pcrfécution  qu'ils 
éffuyoienc  ;  qu'ils  fupplioient  fa  Sain-* 
teté  ,  ou  de  les  honorer  de  fa  protec- 
tion ,  ou  de  leur  permettre  ,  laivanr 
l^ufage  de  ce  tems-lâ  ,  de  défendre 
eux-mêmes  leur  innocence  les  armes 
i  la  main  ,  contre  des  méchants  & 
des  calomhiateufsi  On  ignore  ce  que 
Clément  répondit  à-  leur  requête  r  on 
Yoit  feulement  que  fe  roi*  d* Aragon  les 
afliégea  dans  leurs  châteaux  ^  les  força  » 
.  les  Sx  prifonniers ,  les  envoya  en  dif* 
férentès  prifons  de  fon  royaume  ^  & 
que  l'évêqiie  de  Valence  eut  commit- 
fion  du  Pape  de  teur  faire  leur  procès, 
flufieury     ♦  On  fe  difpofoit  en  France  à  conti- 
Frîicl^^''"  rtuer  de  femblables  procédures ,  lorf- 
^f.»Jj^"^*  qu'on  apprit   avec  étonnement  que 
pj^-  fe  plus  grande  partie  des  chevaliers 

avoient  révoqué  letnrs  confeflîons  f 
qu'ils  foutenoient  qu'on  tes  leur  avoir 
arrachées  à  force  Je  tourmens  ;  qu'ils 
déteftoient  hautement  Tàmniftie  que 
le  Roi  leur  avoit  offerte  j  qu'ils  la  re- 

Êardoient  comme  le  prix  de  l'infidé- 
té  &  la  récompenfe  de  la  pliis  hon- 
teufe  des  prévarications.  Cette  rétrac- 
tation embarrafla  les  juges  :  ils  tin- 
rent confeil  ,  &:  délibéréi^eiK  long- 


retns  ^  s'ils,  dévoient,  avoir  égard  à  ces 
nouvelles  prpte j3:atiop?. .  Exifin.  par  unie . 
jurifp;rudence  aflez  fioguliér^;,  i(  fyf^ 
décidé  qu'pn  craiteroijc  coi^e ,  tiçlapf 
cçwjç^qiji  riéruAeroient  leurs  prepiers, 
aveuz^  Il  efi  probable ,  noBobuanc  lâ 
àiv£j^iifi^c$  d^tes ,  que  cp  fuç.ei),çQJa- 
féquen^e.  de,  ceçt^i.îrélqluuo'n  ,^  qu^  Içt 

cuxiL  fallqft.reovb^çr  î^bïpjjji  cei:}^  i^^f* 
chevaliers,  qui  ne  s'écoi^nt.  ppi^tToi^r 
mis  ^i«K  formalités  fkcriléges  e?^çeçj 
dans,  leur  tcceptjpa  ^  q^i'ilrcQnveixçj^^ 
de.  laiflTef  aJlçr  eialibercè!,  imais  apr^, 
qails  auroienot  fubi  la  p^nixe^e  q^'9f^^ 

quer  i'iwtffiïr:99  Éifvs*^  de  h}^^ 
qrdre  u  ep  avo^nS  5î"i«f: irt^^^.^^^ 

pQrr,aîçx^ç,^  ffjiy^l  ut^  Pfi^ï^- 
taux  jque  cei^x...qui  avpieru;  eu  cora- 
munic^cion  des  aoomin^bie^  txiydiére^ 
de.ceçte  Spciiççé  miUujf ç ^ q^W)^^'ils{ 
pçrfc vcr^(f^it  4^$^  ]a^  .çpçfeflîoaj  cje^ 

a,^ne.prUp9,pefj)^xi^çl%  j  ^^i^f^^^^ 
de  ceux  qui.  aipi:ç^  AXOJtf^ïyçyeîlÇUf^. 
Cf  imçs ,  s^toicat  rérraâ:é5  ,  &;  tf^f^:] 
toient  à  protefter  de  leur  innocence, 
ils  fecoient  traités  avec  toute  forte  de 

Tiv 


I  tdm.  1. 


44<5  Histoire  m  Francs  , 
cbronjq.  éc  rigueur,  CJiKjuantê  iiéuf ,  parmi  IcC- 
^^Detus.  ^^.  -  j^  n:y*^piru(i  aum&mer  dû'Roi, 
ft^tftnl^akiofhnturaVbit  cureh  ce  monde , 
ftfeiirMégradés  coi^me  lëlaps ,  & 
vréis  au  "brés  flèûriçr.  .t)ii  les  conduifit 
hors  la  poirte  faint  Antoine  ,  dans  un 
champ  voifin  de  T Abbaye  du  même 
nom  , -oà  ils  furent  l^riilés  tout  vifs  & 


x  i- 


:,  à^petît  fefa  (<i).  Toàs;'au  milieii  des 
fïatfïiiïes/,  înVbcjuojen't  le  faittè  riom  de 
D.içu;-&f  ïë  qui  eft  de.  pîus  fûrprenanr , 
il  îî*jr  en  eùwiicun ,  oui ,  pour  fe  déli- 
vrer d*un  il  afFPeàx  fupphce  ,-  vonlût 
profiter  de  T^mniftie qu'on  luioffirpit , 
s^il  rehonçoit'  à .  fes  proteftationst  :  ce 
qiiv  fît  uri  tick^mauyais  effet  fur  lé  peu- 
ple', cjui  les^régaTéà  co.nime  des  inno-' 
cebtis  ift^ililément  èaldiniûésl  Jl  y  en' 
.  eût  nèvif^Sènliv,^&''ùn.^^  nom- 
bre eh  'différèhts''atSttes  "endroits  de  la 
Frapçe  ,  iqûi  fotrffrirenr  ce  cruel  tpur- 
lïjent  avec  là  mèpie  fefpieté  :  on  les 
brûla  ; inirîs  oh  ;ie put  jamaijjléiff  arra- 
cher' la  Veu' des  excès  qu'on- but  im- 
Ex  feonU poi'oît.  Châjc étonnante ^ dit tm Evêqae 
Axi  ciem.  V.  de cetértis  H  ;  que^cés'infireums  qucfn 
ifyfoie  aàx'  j^/às  Hgoùreux  fupplicts^ 
ntreàdoiint.  polr^e  d'autre  raifon  de  leur 

,.    en  1510'rûivjûic  lè.tominuàtèui:  deNangisV  . 


Pmilippi  IV.  441 
ritraclation  ,  qtu  la  honte  &  U  remors 
d^avoir  par  ta  violtnct  de  la  quejlion  , 
avoué  des  crimes  dont  ils  fe  pritendoient 
tous  innocents. 

Toutes  les  informations  étoient  fki-    Commfrraî- 

tes  contre  les  Templiers  particuliers  :p"„r "c T«igt' 
plufieursavoient  été  brûles>  quelques- mcm de lor- 
uns  renvoyés  abfous*,  quelques-;iutres  ^^7  TÉstîs 
renfermés  pour  toujours  :  il  fut  quef-  imcrrogatoi- 
tiori  du  jugement  de  l'Ordre  en  %i'"^^:,^Tt 
néral  ,  &  par  confécjuent  du  Grandr  réFonfcs. 
maître  &  des  principaux  officiers  :^9^!Jo!"''^ 
jugement  que  le  Pape  s'étoit  réfervé. 
Clément ,  pour  y  procéder  en  fortxie^ 
nomma  huit  commiSàires,  qui  furent 
l'archevêque  de  Narbonne  ,  les  évê- 
ques  de  Bayeux  ,  de  Mende  ,  de  Li- 
moges ,  les  archidiacres  de^Rouen  , 
de  Trente  ,  de   Maguelonne  ;  &  le 
Prévôt  d'Aix.  Rendus  dans  la  capitale 
du  royaume ,  ils  citèrent  tout  l'ordre 
de  France  à  comparoître  en  leur  pré- 
fence  le  premier  jour  après  la  laine 
>Martin  [  1J09]  dans  la  falle  de  l'E-     • 
vêché.  On  avoit  transféré  le  Grand- 
maître  de  Chinon  à  Paris  :  il  fut  ame- 
né devant  les  commilTaircs  ,  &  quoi- 
que revêtu  d'une  dignité  qui- l'égalait 
aux  Souverains ,  il  parut  chargé  de  fecs 
comme  un  vil  fcélérat.  Interrogée  s'il 

T  V 


44^     Histoire  db  Francf  , 
avoic  quelque  chofe  à  dire  pour  It 
défenfe  de  fes  religieuse ,  il  répondit  , 
que  Tordre  avoir  écé  confirmé  pr  le 
winc  Siège  y  quil  croit  érrange  qu'on: 
voulûr  procédet  fi  promf>temcnt  i  fou 
abolition ,  fans  fe  foinrenir  que  la  Sen- 
tence de  dépofition  contre  TEmpereur 
Frédéric  avoir  éré  fufpendue  pendant 
trente-deux  ans  j  qu  il  n-étoit  pasafféz 
habile  pour  défendre  par  lui-même  la 
caufe  d'une  fociété  h  méchamment 
calomniée  ,  mais  qu'il  en  avoir  reça 
tant  de  biens  &  tant  d'honneurs ,  qu'il 
fe  regatderoit  cooïme  un  miférable  ^ 
s'il  ne  faifoit  tous  fes  efforts  pour  que 
fon  innocence  fut  connue  de  tonte  la 
terre  j  qu'il  reconnoiflfbir  fans  peine 
tgue  quelques  -  uns  de  fes  conhréres 
avoient  été  trop  ardents  à  foutenir 
leurs  privilèges  Contre  rautorité  des 
jbrélars  ,  rtiais  que  '  cette  jafoufie  de 
leuts  droits  ne  prou  voit  point  qu'ils 
fuffènt  coupables  dés  horreurs  dont 
on  ofoit  les  accufet  j  qu'il  pretidroit 
donc  en  main  leurs  intérêts ,  quoique 
la  chofe  fut  diflîïcile  j  qu'il  étorr  pri- 
fonniet:  du  Pape  &.duRoi ,  fans  autre 
Yui|te  qu'an  Frcré  fef  vnrnt  ;  qu'il  ne  fça- 
voit  ni  lire, ni  écrire  ,  qu'on  ne  lui 
avoir  pas  même  hriflTé  quatre  tiemcn 


4'l^ri?/ft?  Ï.9P ^P^jtf cpr4oj't  .f^ix'prf veT- 
n^f ,  iîi,jçqji^l^  ni  fftço^rs  d'avocat }, 


f.  4<* 


lier  i  il.j6ïo4ç«ai3«jil?u/$gnf:4eJ» 

4ire.  ;Qp  .J»w.refnw¥*<lRe  ^s.jjrçjfttf  p.  u».' 
D'é%w#nr  pas  f»it|,|W!î;^"  f^çey/^ff.  .-^  ,  ,,,-  . 
grigf  fl?  m<.fiUêï  S'il}  L|\^<*eftar  »  SiJ^ftÇ 

55  #^.:flW  4ft?!€ifr&«V^\méritç^«ît.l^ 
&eaçpftfta8fceFè9^èSs.P?r.>:S  ^^"^ 


444     UwtoW  i»*  fB-^^ti*     j 

*,»»«.  '1^  />     ':  P°'*f  «$  charger 

T        L^''^  ajouté  ae,  cV 

If  ^^*^^*'"f^  •  '  Fot  ^  être 

.a^    '^«^'etaure,.. Quoi  qu'il  eW 

£W  le  htc«lrtjMi'ôrtre'(<fe  nda^^eati  deT 

flereht  s  ij'etûrtidùj'otu,  dan,  fimei»^" 

îî^"î^i  *■  -t  P'^''""  >»''  àff^hteva  de 
^.  p.  I  Ordre  Vit  i-épionait  qu^t  émTun  ch^ 
^  vaRsffans  kitrts,  &  trh-pàuvrt  ;  'm'ÎL 

Jifowtiioît  ^ai^oir  triùnâk%rt  unainé 
Itttre  à^èjhliqiic  M  U  éoii  dit  tnit  & 
P,ap,'ntà\t  rifiX^Ur/Ûgeme^é^Z 
Ptrfiritié ,'  &'mpibtcîpiitt\c  i^^sde 
la  retigwn  /  qii*eft  çbiifé<}uéttce'iï  tià 
lopplioit  de  le  rerivoyeraii  Çonrife  • 
qq;âu  refte il fi';»vioît,<piHïirttioUtliré 
a  fa  Sàifiteté ,  c'çft  <jtf if  tichdit  autant 
qu'il  pouvoir  de  faite  K^i^r  à  J.  G, 


,  P  H/i  t  ï9vt  l  y.  44$ 
&  âi'pEgUfe.U  aJQuca  qtie  ppqr  U  dié-;. 
cha»^  de  fa  cofifcieç^^  9  U  ayoîc  crqis; 
choies  àieiii;xepréfenceî:€r|  faveur  de^ 
ion  iOfdre::.  1  «.iQu'exç^pté  les  églifesP-  ^^^^  **»^^- 
cathédrales»  il  n'y  en  avoit.pQinc.dai^s. 
toute  là  chrcrieqrté  >;oà  le  fervice  divin 

y  dit  dfe|>lu$  t\çi^  Mtiejuopnj^s,  &,9^il ,   , .,  ♦.  :   ' 

le  trouv^t^un  plfls  giàiidri&çftibtfeil^  ïSt^ 
b^tties  3  àP:4  jQiii'Qq  ^£ii£9^.tnuile  par%  '  >  ] 
plàs"d'aum6nes^'qi^e  chç^-^ux ,  pu^f- 
qu'on  la  diftrîbaQic  troiç  fois  la^À^n 
maîoe  daps  touipiei?  ÇQmiDa,nd];ries:» 
$?!•  Qu'il,  n  y  4V9>t  JkW^o.  6rdre%  ni 
aucune  mwrir  w  M^  ichpyaliers  &  U$ 
gdniilshQ^fnes,expQfaflfin|jpius.  géq^ 
rèufemeî}«:leuf:'  vie.ppfuçla 44^9^^  ld$ 
la  rêUgio.O  cb(é»^i^5  On  lai:C^jeâa 
que.  tout  c4\iéiç>\f  i9i*rUe  ff$^  la,  fç>ir;  .  .  i 
maknl  Xi^pliq^a  qu_e  lf|s  TempUen; 

l'EglîiVoe^iî^  ^:^UiP  c'étoic Mpoj^ 
ttiâuitetsiii  ;w4  rfi  /î^i9^^.(pfqyé«icft,p 
i^«ttî  AigtajçKlj ^anaferg  de  tfes^]iey% 
UQr^byf<]|ttot:K4p^l^d^  l^^  fang^coii^trç 
le3  ^açiaûns  y/c;ûi>«e  lesTurç^,,  contre 
lef$  lyisiurisi^  À^ttp-tgtïl  fe^inità  faire 
fa  j>çpf^pn ^ie  fiâi.^.f?»  îdifant.; ,: V« 
^rt^.^fif  H/^Jiui  Omu  j^  la  TriniUy  4f 
/c^«/  f^^9«4^ii^•  comçnu  dans  h/ymbol^ 


J^s^A}>âtns\  Eofiû-  il  ieinaiïda  qù  ohj 

lîHf  permît  d'avoi*  fa  chapelle  8c  fe» 

dhapelàins  i*  âfo  tfenc^<t«e  ïa  meflè  y 

"'   &<!'a{ïîfter'à  Toftice  dWin  :ce^^  qn'ioa 

Ilii  prbmic.  .  ; 

cwîiqucs       Une  apoiogie  celle  laae  celle  du* 

"X"^:n"  ©rattd^maîiar^^  pouv^irPfeireiqiiebque 

la  défenfe  dcmrp^éfficMf^'p^àï  *^  ^Tâttdè^i^i^ôce  i 

L^^;\pi^^^^^  mir  cite  itéW  Wét  «iibte  ,^p^Widé^ 

»'<:•  trmré  les  b(»Frvbte(s  '^'cuAii^otis  'ècvxc 

fes  r^l^îetrx^toieftt  ctergès;  Auflllcs 

eénihii  flat^eiî  ^frô  cfurefÂ-iis  pas*  d«vai|c 

rien  décider  fur  une  pareille  défenfe. 

ft  eûr  '  été  odieux  d^  doi:idainaer  uii 

O'^df e entier j  fans  lui  pâi?fB^inire  defe 

^ftifier'attt'rêinent  queipària  bouche 

p-  ^  7.  âne  caufty  -  C^eft  ce  ijpif  obligea  te  Rqi 
de  dpfrtier  de«  Lettres -pï|tenWs  4»)  * 
pbnr  faire  wnir  â^Pàïtk'ëéu*  d^!f|çhe- 
taU^rs^  déte^nnsf'ldarw  ici  c^foVîfiiçtjp« , 
<qm  rotidrbiéi^t-  defèhckfieilai  fUligbn 
feTetnpte.  ©â  en  iittérta^fSixô«»eUJï 
i|uat6t:^0,  q\à c&vàpifè^PérfiiâmÈÂ^^hl 
ie  de  t'Eycché  (A^:  oh  l«%ic*t^  4i«  cote- 
Tnifficw  du  Pape  ,  &  lés  ârticteV  fat 
f efqiiéls  ils  '  fl»vo}%  ^r é^  ^i^T^©gés\ 
bnles  remit  ênfôféé  en  »'pliibn  i  offd^ 


P»ïHfH»»    IV.    .     447^ 

NiKftirâs  Tinrent,  prendre  leuf^  défen- 

fcs  par  écrie*  Le  Frcre  Pier,re  de  Boa-, 

logne  y  prerre  &  procureur  général  dç, 

l'Ordre, -leur  di^  au  nom  de  cous 

une  courte  apologie  ,  où  U  diibic  ;, 

»  que  les  Templiers  avmenc  uq  ckef  „  p-  «4-9.  n^i 

»  fans  la  perci)i(&on  doqael  ils  ne  pou-: 

If.  vaîear  poinr  <^pnfti|Duec  (çie  procar 

9»  reuTs  ^  <^  cependanc  ib  ecoieni; 

n  prêts  à  coçQparoître  devfant  Us  comr 

»  mtflâiires  ae  fa  Sainteté  ,  pour  fe 

1»  juftifier  des  crimes  qi^'on.  leur  tm*  ' 

»  diitai^^  que  les  articles  envoyés  paf 

»  le  faine  Père ,  étoient  infa«xje«  ,  dét        ^ 

f»  teftables  ^  abomiiiables  ,  horrible^ 

»  mène  faux  y  f^iq^  par  des  imr 

»  pofteurs  lenrs  ennejEniss  qne  Ja  reli^ 

m  gidn  dii  Temple  étoît  f^ore  ,  fan» 

M  cache  ,  exemre  des  horreurs  quoa* 

«>  ofoit  lui  attribuer  I  que  cetix  qui,4ir 

i>*iaient  ti^  cantraire^  rparloieiv-  c^^mr 

^  tnede9  infidèles  Se  des  hérctiqu^s  ;^ 

1^  qu  ils  étoient .  réibljis  ile  défend^f^ 

n  l'bonneur  du  cojrps  au  péril  de  leng 

s»  vie  *y  que  pour  cet  effet  ils  demaai- 

p  daient  qu'on  leur  rendît  la  liberté  ^. 

i>&  qu'on  l^r  permît  d'.aiSfter  aii^ 

»  concile^  général ,  ou  do  moins  de 

!•  cooimettreteuf^  mitm  i  c^qx  d< 

»  leurs  Frères  qu'on  7.  J^iJÛT^pi^t  ^Ucf  ; 


44'     HistoiRE  DE  Trancb  , 
»  que  ceux  de  la  religion  qui  avoient 
>>  dépofc  ces  menfonges  comme  des 
»  vérités ,  étoienr  ou  des  lâches  à  qui 
w  la  crainte  des  touraients  avoir  arra- 
>j  ché  de  pareils  aveux ,  ou  des  mifé- 
»  râbles ,  qui  s'étoient  laiflTé corrompre 
M  par  argent ,  par  foUicitations  9  p^^ 
V  promeffes ,  ou  par  menaces  y  qu'ainfî 
**  leurs  dépofitions  ne  dévoient  porter 
w  aucun  préjudice  à  l'Ordre  «. 
Seconde apo-      Le  même  jour  {a) ,  iis  parurent  de 
^'du  Pu        nouveau  devant  les  commiflaires  >  & 
i$*"&ftliV*  leur  préfentérent  une  apologie  plus 
longue  &  plus  étendue  que  la  pre- 
mière ,  où  ils  periîftoient  à  nier  les 
faits  j   à  récufer  les  témoignages ,  à 
infirmer  tes  aveux  qu'on  leur  oppo- 
foit,  comme  étant  des  effets  de  la 
crainte  ou  de  la  féduâion.    Ils  ajoa* 
tent  que  hors  le  royaume  de  France , 
x>n  ne  trouveta  auôun  Templier  qui  aie 
dépofé  ce  dont  on  les  accufe  j    qoe 
(dès  impoftures  ont  été  forgées  par  des 
àpoftats  chaires  de  Tordre  pour  leurs 
impiétés  ;    que  ces  méchans  en  ont 
fuDornéd'autres  auffi  méchants  qu'eux, 
qui  ont  excité  le  Roi  &  fon  confeil 
contre  de  braves  chevaliers  dont  la 
HchefTe  fait  tout  le  crime*,  que  le  Roi 

f   UJ  le7  avtil  ijio»' 


PttM  1  F  P  E    IV.  449 

a  informé  le  Pape  comme  il  Tavoic 
écé^  qa'ainfi  l'un  &  laatre  ont  été' 
trompés  ;  que  plufieors  de  ceux  qui 
ont  confejQlè  si Ja  tormre ,  font  prêts. 
de  changer  ,  fi  on  leur  accorae  la 
parmi flîon  de  dire  la  vérité,  ou  du 
moins  fi  o»  leur  promet  que  leur  dé- 

f^ofition  fera  tenue  fecrete  y  qu  un  de . 
èurs  privilèges  eft  de»  n'avoir  a  ré- 
pondre que  devant  le  fquve«rin  Pon- 
tife $  du  devant  ceux  qu'il  jugera  â 
piopos  de  nommer  ;.  qu'un  religii^ux 
n'eft   point  recevable  à    dire  choie, 
pré)  udiciable  à,  fon  ordre  ;  qu'au  refte  » . 
pour  prouver  la  juftice  de  leur  caufe»: 
il^-  offrent  decbmbattre  toutes  perfoxb . 
âèsF ,  -/ers  ft  P^À^  &)ée  Boii i  •    .  .     '   i 

tjftnlois  Après  -(«),  parut  tm^noa"'^  Troî/î&ue 
▼ei  écrit,  oà  le^  chevaliers: Yeiiplai-^;^^®*®**** 
gnoictit  de  la  violence  des  pcocèdure»* 
que   i'oil  avôit  faites  contre*  leur  or- 
dre 5  (ans  gnrxier  prefque  aucune  for« 
me  fudiciaite.'  lis  repréfentérent  aux; 
cor^'iftiiflaires,^  que'pour.tirer  l'avea: 
des   ctimes  qu'on  imputoit  à  leurs.        ^    . 
dbnfréfês,    cm  avoir  également  em^ 
plôye  kpromedè  de  1  impunité >&.> 
ïei  menaces  des  fupplices  \  qu'on  les     p-  ^^7} 
avoit  aflurés  que  leur  ordre  étoit  u- 

(«}; Le  7 4nai  I fjo.  .      ...:: t 


^a  ^^^J^df,  «^  que  k  Pftpe  fet 

cU^JJiic^  /blôttinellfeineiu  4^n?  le 

/  ^^'^Jf  Vienne^  qa*cmî  leio:  aiipoif 

^^'  ties  letires  pertes,  cm  cto« 

^fitsm,  àisL  Roc,  par  lefqaeUes  oa 

^  jN7oni£tcoîc  la  vie,   la  libeircé  & 

j^  penfion  visite,.  s^U  faiibienf 

/  ies  av^i»  qaoft  cléfiroic y  qaà  l'égard; 

/  de  ceux  qa'on  aa^vok  pu  lédoke  par 

/  ces  promeâes.,  on  le&  avait  •  preffib  par. 

db  violences  txiirciuies;  qa'il  croie  écoa-*^ 

^^j.  If 4.  isant  qtt!ont ajoutât  plus  de  Foi  aux. dé* 

Doficions  de  queJi^ca  hDnvuea  loi* 

blés,  qui,  po|Etr  fedékvser  des  (apj^U- 

ces  y  onc  parlé  canibf méœexu:  ài  Tia-* 

temiot»  de<  ceax   qui  les.,  eetovio^q^' 

totenc  >   qaaiaz  .téinotgtiages  de  cet 

généeens  atUete$  de  JMiis* Cbiift  ,. 

qui  gncitipporcé  courageii£^nnrei»t  k^ 

plfisi  a£fTea«  touenieas ,  plitiGK  qqç  <jb 

tfahic  k  vérité  f  ^M  pluGeurs  de  ces 

inforcunés  chevaliois  oat  expiré  d^n^ 

rxAifcuricè.de  tctfrs  Qachots ^ deiK d<Hi^ 

IcuEs  qu'ils  avoienr£ç»$Qm».  4  iftge- 

9. 1^9'     ne  ;  que  les  frérea  dii  Teix^le  f  eq^é- 

roienr  que  leqss  hoiirreuix,  ^  \«^x% 

geôliers  fui&nt  fiùeeriizxgéfi:,  f>o«r«  fçj^ 

^r  dans  quels  fentimeas  ils  écoieirc 

Boorcs,  &  s'il  n'écoirpas  visàî.  que  d«DS 

t^  terribles  momens  cm,  les  hpaimes 


Philip  PI    IV.        ^fii, 
n*ont  plus  rien  à  efpérer  ni  â  craio* 
à^e  y  ils  avoienc  perfifté  jufq^'au  der- 
nier foapir  â  fomenir  leur  inaacencty 
^  la  paret^  de  la  religion,  du  Tenv*. 
pie  'y  que  tontes  les  préiamptions  leur    p  >^^^ 
éroienr  favorables  j  qu'il  n'écoir  pas 
croyable-  qp'un  homme  fenfé  voulue/ 
eprrer  ou  perfévér^  dans  une  fociécé» 
où  il  étoit  fût  de  perdre  fon  atzie  j  que^ 
leur  ordre  écoit  compofé  de  g/snicils^ 
hommes  des  premières  familles  dui 
monde  chrérienj  qu'il- netoit  pas  pror 
bïbbld  que  eouce  cette  généreu£s  no* 
blefle  le  fôc  tu,  fi  elle  avoit  fçû ,  yùy 
oa  entendu  les  abominations  donc  oi^ 
vouloî-t  les  noircir. 

Ici  le  Procureur-général ,  carc'ctoi^ 
toujours  Pierre  de  Boulogne  qui  par* 
I0ÎC  2(u  nom,  du  corps  »  rappella  Taven^ 
tuve  d'un  Templier ,  nommé  frère 
Adam  de  Valincourt  ,  que  le  defic 
d'une  plus  grande  perfe<Stion  avoit  fait 
endrer  depuis  parmi  les  Chartreux ,  ^  r49. 170. 
mAis  qui  n'en  ayant  pu  foutenir  le& 
aiiftérités^  avoit  demandé  â  rentrer. 
parmi  Tes  anciens  confrères.  Ceu^-ci. 
^^okne  regardé  fon  premier  change- 
ment coonne  une  apoftafie  :  ilsTotni*' 
g^enc ,  avant  que  de  le  recevoir ,  de 
Hi  pfé£meff  ea  ebasiiie  i.k  pi^^c^.  dm 


4jt      Histoire  de  France  , 
Temple,  où  ils  lui  rendirent  rhabir,^ 
mais  à  des  conditions  très-diires.  On 
le  condamna  à  manger  à  terre   pen- 
dant un  an  entier,  i  jeûner  iau  pain 
;8c i  Teau  les, mercredis  &  les  ven- 
dredis de  chaque  femaine  ,  &  à  rece«^ 
voir  la  difcipline  tous  les  dimanches 
de  la  main  dii  ptfttre  qui  officipir. 
L'orateur  demande ,  s'il  eft  vrai-fem- 
blable  qu*une  fi  belle  arpe  fe  fut  foa- 
mife  à  une  pénitence  fi  rude ,  pour 
rentrer  dans  une  compagnie  fouillce 
de  crimes,  qui  d'ailleurs  n'auroit  ofé 
traiter  avec  tant  de  févcrité  un  fugi- 
tif, qui  pouvoir  s'en  venger ,  en  ré- 
vélant le  plus  horrible  des  fecrets*  U 
conclut  à  ce  que  ce  bon  chevalier  foie 
interrogé ,  infifte  fur-tout  à  être  lui- 
même  entendu  en  plein  concile  avec 
fes Supérieurs ,  afin  de  faire  connoltre 
leur  innocence  à  la  face  de  toute,  la 
p.ni.      chrétienté  ,    &  finit  par  appeller  au 
fouverain  I^ntife  de  tçut  ce  que  les 
archevêques  pburroient  décider  con- 
tre Tordre  dans  leurs  conciles  provin- 
ciaux. 
Lescommir-      Mais  il  ne  paroît  pas  que  cet  appel 
fiTauT^nfor- aî'^  cu  aucuu  effet.    On  continua  les- 
madons.      informations  comme  auparavant ,  & 
deuxcencs  rieme  &  un  cémoinsfurçm 


P  H  I  t  X  P  P  B      IV,         .45J 

.entendqs  :  procédure  -qni  dura>depuis 
le  moi$  ^  d'août.  J  3  05)  j afqu'ai^  mois  ^ 
.mai  I  i  ï  u  l-'hirtôire  ne  nous  a  coi^- 
fervé  xju  une  îcule  dépo&ion  de  t^- 
.  moiiu  étrangers  à,  Tordre  :  c'eft  celle 
de  Raoul  de  Preile ,  avocat  en  la  cour 
du  Roi.  Ce  Jurifconfulte  affure  que-  .  p- ^^^ 
tant  à  Lapn  :^ii  y  ayoic  connale  prieur 
des  Templiers^de  cette  ville  ^  nommé 
frère  Gerv^is  de  Beauvais»  qui  lai 
avoir  die  (bu vent  devant plufieui;s.pei:-     ;     ^ 
fbnxies  »  qu'ail  fe  pafibit  dans  leur  io- 
ciété  des  chofes  fi  finguliéres ,  qu'il 
aitneroit  mieux  qu  ou  lui  coupât  la 
tiète  ,  que  4^  les  révéler  :  ^qu'il  ymvbît^.    .   .  ^ 
/ur-tput  dans  leur  chapitre,  général^n    — 
point  fi  fecret,  &  d'une. telle  impor- 
tance,  que  jfi  lui  Raoul  de  Preflei  041 
le  Roi  même  le  voyoit,  rien  n'em- 
pècheroit  les  frères  afièmblés  de  les 
tuer ,  s'ils^  Je  pouvoient.  .  Quant,  aux 
<:hev4l^er«;wij  fuwnt  imctrpgés,  pir 
les  commiflaires ,  les  uns^  c'étbit  le 
.  pl^S:grand  nombre ,  reconnurent  les 
^times  énoncés  dans  les  articles  en- 
voyés pr  le  Pape;  :  les  autres  protef" 
térent  contre  la  calomnie.  Un  de.  ceux-     ?.  4»« 
ci.  Aimer i  de  Yillars,  déclara  qu'il 
,  avoir  dépofé  faux ,  vaincu  par  les  toux* 
mens  que  lui  firent  fouffirir  L.  de  Ma]> 


'454  Hi^toniB  M  France  , 
xîlly  &  ^Hapfes  aè4a  Gétté  ,  éhévà- 
^iers  députes  de  k  part  du  Roi  j  cjoe 
4^and  il  vit  dans  des  thare«:es  ciA- 
4^uante  tjuatre  dîe  fes  coriftércs,  qu'on 
allait  btûlerpour  rfavoir  rkn  coh- 
•feUe,  irftt  ïaifi  de  frayeur;  que  la 
crainte  du  feu  lui  fit  dire  ee  tjui  né- 
^èolt  pas^:  qu'il  en  eût  dit  daTantage , 
.-pcmr  fe  fcmftrifire  aux  flatrimes*  *€et 

*  aveu  îngôiu  termina4ei  îrtformâtî  ons, 
I».  iy«.     ^Oti  en  fit  deux-  éxjJctHtipns  v  Tune  ftt 

.^portée  au  foirverain  Potttife  par  tieux 
'  licentiiés  (  a  ) ,  T-autre  fut  dëpofce  dans 
-4a  tréforerfe'dè  >Î0tre-Datiie  de  Paris. 
Condanma-  Ob  lut/tQtttes  txs  /ptécédures  en 
totiu.  '^'"•iflen^'coodle/lETTfuîteléTPape  deman- 
"da  a  cHi^uh  des  pères ,  shXs  ne  trou- 
'  voient  pasà  propos  de  Supprimer  ùa 
'^ordre,  contre  lequel  onavoit «nten- 

Al  "plus  de  deux  mîHe  ^témoins  ;  or- 
*dre  pervers ,  où  H.siçtoit  découvert 

dè.fî^gtâitds  abus'&'^e^^  énor- 

;ixres.'TFoa^fes  pt^t^tsifcles  |Ais  cclc- 
^ln:és'^4t>4ftëàts*^^ur  t,e^^^ 
Téiintemetir  ,   qd'avânt  que  d'éteindre 

«ne  ibtiété'fi  iHnftre ,  &  qui  depuis 
'fon'étâbliflênienr  avoir  ïî  bien  tnÀité 

delà  Religion,  il  conv^noit  de  i'eh- 

*  ft^ncïre  en  (es  dëfénfes.dans  \z  pet foà- 


,  rPftilt  I»  Vit  IVr  y^^s 
\duï%iptmd'mdâitXbtc  4e$  principaux 
x>dKciers  \  que  la  jufttcc  l'exigeoio; 
jque   l^humiamoé  enfin  ne  pçrmettoit  j^|*cf^""J* 

Ïiâs  de  lé.  reftlferauxinftancesdecouC;' 4i- 
*ordre.  Cctoit  lavis  de  tous  ks  évê- 
•qoju  de  France.»  d'Italie ,  d'Efpagne., 
jd'Al^ienBigne»  de^^EHarinemftrck ,  d*An- 
•gkiferte  ^ .  d'ficoHè  y  &•  d'Irkrïde  :  on 
•n'enCéxcèpêe  j^u^un  fcul  Icalien  Jk  tpois 
-Ecàn^ftfJès  arche  vêqKie^dç  Rheims, 
^de  Sens  aSC'  dé  ftoa^o^  C^i&  -qoacre  piié- 
Jats.,  contre  les  pieanetsprinci|>es  de 
4^éqQLcé  /natdvâite ,  prétendirent  qtte 
les.  :Beia8pbers.ay oient  été  .défendes 
Mmnc  qifds  ipooMoient  ^'êtredeyaîlt 
4es  toii[iaiîffîâresoon:)ni^rpa£  leXai^t 
-Siège;  quHbnjjrDayQit>pUis.tien',â oc6i- 
•îcer  de  itottvçaitî>;]qa*on  avoir  ui^^.  plrf- 
-ne^&  e]citt0fie^x:obiioi0àncedei'affaire* 
CléôiQnt'^ojc^t  tous  les  pères. ^u  coq- 
,ieîle.^diàtis.  im\Q(»m4tài  cântuaire ,.  ne 
^jagèaipasiàoptQp^Sîde/prefler  lejiige-  .  ^ 
NlnmcrtËl^énicif^^^ 

-iOdclibqrwivfitf'  4e ugr^tt.d^^^çibjeti,  <xa. 
i^tàeâsnc^oiervieçrésemeiH;  ,.\f>oar 
:obtenif  d^s^peéliafô.^i^  d^t^unecau- 
rfe  ^qui  pàr/âifloit  3(1  rhien  i  eGlaircie ,  on 
ipa6^ipWft4bfli«[il9îî  fotfnea  ^ordinai- 
res. On  raçf)mjt:48  9i9i>ii^^!que  le  P09-  mut  de  Mat. 
tife  irritéde. ria  iéaftiM»çç.V'il  .ttptt-5:%'j^f«*-  "^ 
:.0      ^ 


45^  Histoire  db  France, 
les  ennemis  de  la  gloire  de  ce  Prince» 
il  ne  prie ,  pour  fubvenir  aux  frais  im^ 
menfes  de  ce  grand  procès ,  que  les 
?  J07.  deux  tiers  des  meubles  &  de  Targent 
comptant.  L'Angleterre  imicacecexem- 
pie.  L'Allemagne  partagea  entre  les 
chevaliers,  de  Rhodes  Se  ceux  de  l'or* 
dre  Teutonique.  U  n'en  fut  pas  de* 
même  dans  les  Efpagnes..  L'Aragon 
réunit  tous  ces  biens  à  l'ordre  de  Ca- 
latrava,  le  Portugal  à  Tordre  de  Chrift, 
la  Caftille  au  domaine  royal. 
Supplice  da      II  ne  reftoit  plus  qu'à  décider  du 

ç""^'^^^»'"-  fort  du  grand-maître.  &  des  hauts  offi- 
Du  puy  f,  ciers  de  1  ordre.  Le  Pape  qm  s  en  etoit 

'•  ^3, 64.  r^fervé  le  jugement,  avoit  réfolu  de 
lie  les  condamner  qu  à  une  prifon  per« 
pétuelle  ;  mais  pouj:  convaincre  le 
peuple  de  la  juftice  de  tant  de  feux 
qu'on  avoic  allumés  en*  différentes 
provinces  du  royaume,  il  vouloir  qu  ils 
fidènt  un  aveu  public  des  abus  &  des 
crimes  qui  fe  commettoieot  dans  leur 
^ciçté..  Deux  cardinaux  furent  dépu*" 
tés  ,  pour  affilier  i  cette  trifte  ceré* 
monie.  On  dre0à  dans  le  parvis  de 
l'églife  de  Notre-Dame  de  Paris  un 
échaffaut,  où  les  deux  légats  montée 
rent ,  ôç  fe  firent  amener  les  chefs  de 
la  religion  du  Temple*  Ils  étoienc  qua^^ 


tre:  Jacques  de  Molajr,  grand-maî- 
cre ,  qui  avoir  eu  l'honneur  de  reniir 
ûxt  les;  fbncS'Un  dts  enfans  du  Roi; 
Gui  ,  commandeur  de  Normandie, 
frcre  du  daiipbin  d'Auvergne  ;  Hugueir 
dePéTalàé ,  grand  vifiteur  de  France  ;' 
&  le  grahd-prieùr  d'A^uiraine ,  qui 
avant  fa  déremion  i  avoir  eu  la  direc- 
tion des  finances  du  Roi.  On  lut  k 
haute  voix-la  confeffiôn  qu'ils  avoiénc 
faite  pluiîeurs  fois  des  abominations 
de  kùr  ordre ,  6c  la  fentence  qui  les 
condamnott  à  être  enfermés  pour  tou- 
f ouirs.  '  Auffi-tot  un  des  miniftres  de 
Ronàé  fe  leva ,  &  prononça  un  long 
difcburs  ,  qu'il  finit  par  fommer  le 
grand -maître  de  renouveller  publi- 

S[uement  lés  aveux  qu'il  avoir  faits 
ècrétement  devant  le  Pape.  Mais  il 
fut  ctrangetnent  furpris»  lorfque  ce 
tefpeâable  captif,  fecouant  les  chaî^» 
nés  dont  il  étoit  chargé ,  s'avança  fut 
lé  bord  de  l'échaffaut ,  avec  une  con- 
tenance afliirée ,  &  dit  en  élevant  la 
voix ,  &  regardant  un  bûcher  que  les 
bo\irreâux  dreflToient  »  comme  fi  on 
eut  dû  le  brûler  fur  le  champ ,  en  cas 
qu'il  révoquâr  fa  première  confeffion  : 
»*  L'affreux  fpeâmcle  qu'on  me  prcfen-^viiiaii-,  l  t. 
»  te,  n'eft  tioint  capaole  de  me  faire *"  *** 

Vij 


$60      HlSTOIKI  DE   FaANCK  , 

phif.%5î*^*  *"  •'  conficmçr  un  premier  menfonge  par 
în'cmi.  ^"*'  **  ^^  fécond  :  j'ai  trahi  ma  çonfcience:. 
$^i*  m"*'ÏÏÎ;  '*  ^'  ^^  ^^^^  ^^^  i®  ^*^  triompher  la 
•»  vérité.  Je  jure  donc  à  la  face  du  qiei 
f»  2^  de  la  terre ,  que  tout  ce  qu'qa 
M  vient  de  dire  des  crimes  &  de  i'ini- 
n  piété  des  Templiers ,.  eft  une  horri- 
39  ble  calomnie^  Ceft  un  ordre  fitint , 
9>  jufte ,  orthodoxe  ;  je  mérite  la  mort» 
M  pour  lavoir  accufé  à  la  foUicita* 
»  tion  du  Pape  &  du  Roi,  Que  ne 
M  puis -je  expier  ce  forfait  par  un  fup- 
»  plice  encore  plus  terribte  qu^  celui 
n  du  feu  !  Je  n'ai  que  ce  feul  moyen 
V  d'obtenir  la  pitié  des  hommes  ôc  la 
»»  miféricorde  de  Dieu  »»•  Gui  ^  frère 
dp  pirinçç  Dauphin,  tint  à  peu-près  le 
même  langage ,  Se  protefta  haucement 
de  l'innocence  4e  fes  cpnfréres.  Les 
deux  autres^  foit  de  bonne  foi ,  foit 
par  crainte  des  plus  rigoureux  tour- 
ment ,  pçr(îftérent  dans  leurs  premiers 
aveux,  &  furent  traités  avec  douceur. 
On  remarque  qu'ils  périrent  miférap 
blement. 

On  devine  l'embarras ,  pour  ne  pas 
dire ,  le  dépit  &  la  confufion  des  lé* 
gats ,  qui  ne  s'attendoient  point  à  cette 
étrange  fcêne  :  ils  remirent  au  lende« 
main  i  dcUb^rçr  fui:  ççt  iacideRTi 


-  P  lÉ  î  1 1  *  p  E   î  V.      44r 

ûïeût  defcendre  ces  infortunés  (ei^- 
gneurs  de  dedus  réchaffauc,  les  li- 
vrèrent au  Prévôt  de  Paris ,  &  fe  re* 
tirèrent  <:ouverts  de  honte.»  Le  Roii 
informé -de  cette  généreufe  rétrafta- 
tioh*;-  aflettîbla  fon  confeil  fur  le 
champ^^/ails  toutefois  y  appellèr  les  ^^^'^^'^^* 
xlercs  i  &  le^même  jour  vers  le  foir  (<«),  - 

les  deux  cc^upables,  Jacques  de  Molay 
Se  Guy , frère  du  dauphin ,  furent  brûlés 
tout  vifs  &  à  petit  feu  dans  une  ifle 
de  la  Seine-,  qui  étoit  entre  le  jardin 
d«^  monarque  j  &  lé  couvent  des  Au- 
guftins.  Tous  deux  montrèrent  au  mi- 
lieu des  flammes  la  même  fermeté 
qu'ils  avoient  fait  paroître  dans  le  par- 
vis de  la  cathédrale ,  &  y  tinrent  i 
'peu-près  les  mêmes  difcôurs.  Ils  pro- 
leftèrenr  de  nouveau  de  l'innocence 
de  leur  ordre ,  &  reconnurent  hum- 
blement qu'ils  méritoient  la  mort , 
pour  être  convenus  du  contraire  en 
préfence  du  Pape  &  du  Roi.  Cette  papwaflon, 
conftance  étonha  le  peuple ,  qui  don-  *  *  ^*  ^  * 
na  des  larmes  â  un  (i  tragique  fpec* 
tacle  ;  il  crut  qu'ils  mouroient  inno- 
cents ;  plufieurs  perfonnes  dévotes  re- 
cueillirent  leurs  cendres,  &  les  con« 
fervérent  comme  de  précieufes  reli«r 

\4i}  Le  iS  ID4CI  i3i4«  : 

V*»  • 


if^i  Hi^TomB  M  Frakci  , 
,ques.  On  dit  que  k  grand -maître 
n'ayant  plus  que  k  langue  de  libre ,  6c 
prefqué  étouffé  de  fumée,  s'écria  à 
haute  voix:  CUmtnt^  juge  inique ^  & 
çrutl  bourreau^  jt  t^Ofournc  A  çompa- 
roitrt  dans  qtfaranie  Jours  dtvani  U 

"TT/*"^*  /ri^ttntf/^i^ywy<rai»  /i/gîfrf  Quelques- 
uns  ajoutent  qu'il  ajjourna  p^rçillemenc 
Philippe  d  y  comparoître^dans  un  an  : 
fans  doute  quejk  mort  de  ce  Prince 
&  celle  du  Pape ,  qui  arrivèrent  pré- 
cifément  dans  its  lïiêmes  termes  ^  ont 
donné  lieu  depuis  à.  Thi^oire  de  cet 
ajournement  tabt(l^ux..    /. 

Dans  le  même-tems,  fi  Ton  en  croît 
les  hiftoriens  Allemande  ,  Mayence 
étoit  le  théâtre  d'une  fcêne  moins 
fanglante  à  la  vérité,  mais  bien  fin- 
gubére.  L*archevcque  avoir  reçu  or- 
dre du  Pape  de  publier  la  bulle  de 

4f^\lV.  '  ^*  fuppj^effioî^  àts  Templiers.  Déjà ,  pour 
y  procéder  avec  la  plus  grande  folem- 
nité ,  il  avoit  aflemblé  le  clergé  de  fa 

frovince ,  lorfqu'un  des  premiers  de 
ordre  ,  Hugues  Waltgraff ,  accom- 
pagné dé  vingt  chevaliers  armés ,  fe 
préfenta  au  fynode  avec  un  air  refpec- 
îueux 3  mais  ferme,  afluré,  &  quiref- 
piroit  je  ne  fçais  quoi  de  menaçant. 
•»  Je  ne  viens  point,  dit-il  ^  pourexer- 


P  nitïvp  i    I  V.        4<î^5 
o  -cer  aucune  violence  contre  des  genjS 
»  que  la  religion  nous  ordonne  d'ho- 
>ï  noter  ,  parce  qu'ils  font  les  minif- 
»>  très  de  Jefus-Chriftj  mais  j'ai  ap- 
»>  pris  que  vous  étiez  aflemblés  pour 
:»*  nous  proicrire,  moi  &  mes  frères., 
**  pour  nous  frapper  des  plus  terribles 
.*>  anathêmes  ,   enfin   pour  nous  dé- 
»  vouer  aux  plus  affreux  fupplices.  Je 
.»  demande  qu'auparavant  vous  aye^ 
M  a  publier  Taâe  que  je  tiens  en  main: 
s^  c'eft  une  apologie  de  la  faintè  reli-^ 
;••  gion  du  Temple,  un  appel  de  la 
»  Icntence  de  Clément ,  le  plus  ini- 
99  que  &  le  plus  incUment  des  juges , 
r»?  une  proteftation  en  un  mot  contre 
-91  la  condamnation  injufte  d'une  fo- 
w  ciété ,  dont  nous  offrons  de  prou- 
j9  ver  rinnocence  à  la  face  de  l'uni- 
.»>  vers-«.  Auffi-tôt  ils  étendent  leurs 
^nantéaux  par  terre,  les  couvrent  de 
charbons  embrafés ,  &  cependant  au- 
cun ne  brûle.  Le  Prélat  ^  étonné  du 
prodige  &  de  la  noble  intrépidité  de 
ces  braves  gentilshommes ,  reçut  leur 
appel ,  le  fit  publier ,  &  fur  le  champ 
écrivit  au  Pape ,  qui  lui  permit  d'in- 
former de  nouveau  ,  &  de  décider 
du  fort  de  ces  généreux  chevaliers.  Il 

Viv 


> 


:4^4    MisTelRi  DE  Francs  ; 
convaqaa  les  Evèques  de  fa  province  : 
les  Templiers  furent  déclarés  inno- 
cents ,  mais  on  les  obligea  de  changer 
leur  habit  :  plufieurs  furent  promus 
aux  ordres  facrés. 
Divers fewtî-     Qn  ne  prétend  point  tirer  aucune 
trursfur  raf-  înduéiion  de  tous  ces  faits.  Il  y  a  trop 
faire  des  tcm-  ^  variété  dans  les  anciens  Hiftoriens  9 
^  ^"'         trop  de  partialité  parmi  les  modernes, 

}»our  pouvoir  prendre  aucun  parti  avec 
urete.  Les  uns  plus  décififs ,  Bocace  , 
Villani  ,  Saint- Antonin  ,  Aventin  , 
Boulainvilliers  ,  Se  toute  cette  foule 
d'Ecrivains  modernes  qui  fe  piquent 
di  penfcr  hardinunt ,  prétendent  que 
_  j:et  ordre  malheureux  fut  injuftemenc 
facrifié  à  la  paflion  du  Roi  éc  â  Tava- 

rice  du  Pape,  Les  autres  plus  mefurés, 

Mariana  ,  Mezeray  »  prennent  une 
efpéce  de  milieu  ,  Se  fans  les  croire  > 
ni  toys  innocents ,  ni  tous  coupables 
des  crimes  qu^on  leur  reprochoit ,  du 
fent  que  leur  condamnation  eft  l'hif- 
toire  la  plus  impénétrable  que  les  an- 
ciens ayent  laillée  à  la  poftérité.  PIa« 
£eurs  autres  ,  plus  fcrupuleux  fur  l'au- 
thenticité des  monuments,  Walfin- 
gham  ,  Platine  y  Albert  Krants  ,  Zu- 
rita ,  Volaterran ,  Blondus ,  Belleforeft^ 


fpHïtiT^t  IV.  4^5 
Al  Puy ,  le  P.  Daniel  5  foutiennent  au 
contraire  qu  on  ne  peut  réfléchir  fur 
la  fuite  des  procédures  ,  fur  la  mulri- 
fude  iniinie  de  témoins  entendus ,  fur 
la  conformité  des  accufations  inten- 
tées contre  les  Templiers  dans  tous 
les  royaumes  du  monde  chrétien  ,  fur 
Tanifermité  des  dépofitions  ,  fur  la 
qualité  des  coupables  ,  fur  celle  des 
juges  y  fur  le  peu  de  penchant  que  le 
Pape  avoit  d'abord  à  les  condamner  , 
fur  les  précautions  qu'il  prit  par  rap- 
porr  â  leurs  biens ,  fur  le  témoigna- 
ge de  plufieurs  Ecrivains  étrangers  , 
qu*on  ne  peut ,  dis-|e ,  réfléchir  fur  la 
nature  &  l'amas  de  ces  différentes  cir- 
conftances ,  fans  être  perfuadé  de  la 

{*uftice  de  leur  condamnation.  Si  on 
eur  objefte  qu'il  eft  peu  croyable  que 
tous  les  chevaliers  en  général  &  cha- 
cun eu  particulier  fuflent. coupables  » 
que  tout  l'Ordre  en  un  mot  fut  fouillé 
des  abominations  qu'on  lui  imputoit  : 
ils  répondent  qu'il  n'eft  pas  moins 
contraire  à  la  vraifemblance  de  dire  ' 
qu'un  concile  général  ait  jugé  un  Or- 
dre entier  coupable ,  fur  des  dépofi- 
tions faufles  ,  &  vifiblement  extor- 
quées par  la  violence  des  tourments. 

Vv 


466       Hl^TpIAiE  D2   KrAKCE  i 

Mais  ne  peut-on  pas  leur  té{4iqûef  9 
que  la  condamnation  des  Templiers 
n'eft  point  Touvcage  du  concile  :  qu'elle 
fut  d  abord  arrêtée^,  enfuite  pronon- 
cée dans  un  confiftoire  fecrec  ,  puis 
publiée  en  préience  ,  non  de  lauto- 
rité  ,  ni  de  Vapprobation  du  concile  , 
où  de  trois  cents  évêques  il  n'y  en 
eue  que  quatre  ,  qyi  opinèrent  con- 
formément aux  vues  du  fouverain 
Pontife  ? 

On  eft  cependant  forcé  de  convenir 
qu'ils  juftifient  pleinement  Philippe 
du  reproche  qu'on   lui  fait  d'avoir 
profité  de  la  dépouille  de  ces  infor- 
.tunés  chevaliers.  Les  précautions  qu'il 
prit  pour  écarter  de  lui  tout  foupçon 
â  cet  égard  ;  les  Lettres  qu'il  donna 
en  pluheurs  occafions  ,  pour  empê- 
cher la  diffipation  des  biens  de  cet 
ordre  malheureux  ^  les  bulles  par  lef- 
Dtt  p«y ,  p.  quelles  Clément  déclare  ^ue  ce  Prince 
^•^'  n  *a  été  mû  dans  cette  affaire  par  aucun 

fentinunt  JC  avarice  ,  n* ayant  jamais  eu 
intention  de  s* approprier  Uurs  richeffes  ^ 
dont  il  laiffoit  Vadminiftration  générale 
aufaint  Siège  ^  &  VadminiAration  par^ 
ùculiére  dans  chaque  diocefe  aux  Eve- 
r  ^t6.     ques  ;  l'arrêt  du  Parlement  qui  met  les 


Philippe    IV.        4?^ 
Ho{picaliers  en  poflfeffion  de  tous  les 
effets  des  Templief  s ,  fans  en  rien  ex- 
cepter que  ce  ^ui  a  été  prélevé  pour 
les  frais  de  régie  ,  de  nourriture  ,  6c 
de  pourfuite  \  toutes  les  pièces  enfin 
qu'ils  produisent  à  ce  fujet ,  devien* 
nent  autant  de  démonftrations  y  que 
rintérêc  n'eut  aucune  part  dans  la  dé- 
marche du  monaraue«  Il  fe  peut  faire 
qu'il  y  ait  été  excite  par  la  haine  :  mais 
un  ennemi  peut  accufer  jufte.  Que  de 
procès  intentés  par  des  princes  irrités  > 
ou  par  des  miniftres  vindicatifs  ,  fans 
qu'on  puillè  blâmer  les  juges  qui  ont 
prononcé  !  Ceft  la  vengeance  qui  met 
en  caufe  »  c'eft  la  juftice  qui  condam- 
ne. C'efl:  également  à  tort  &  fans  au- 
cune preuve  qu'on  ofe  avancer  que 
Clément  V.  s'empara  d'une   grande 
partie  des  tréfors  de  cette  puiflfante 
Société  :  il  n'efl:  aucun,  monument 
authentique  qui  atcefte  ce  fait  :  on 
en  pourroit  citer  plufieurs  qui  le  dé-' 
truifent.  On  prie  le  célèbre  auteur  de 
rEtTai  fur  l'hiftoire  générale  ,  de  citer 
l'endroit  ,  où  le  Jincirt  &  PexaS  du 
ffiy  dit  que  U  Pape  ne  s*outliapas  dans 
U  partage  :  du  Puy  ,  dis-je ,  qui  n'a-^ 
Wtrepcis  Thiftoire  de  ce  fameux  pro^^ 

Vvj 


Oeuvres  Je 
M.  de  voltaire 
tomii.p  16  S. 


4^8  HlSTOZltB  DB  Frakcb  i 
ces  ,  qae  pour  juftifter  PhtUp(^  8C 
oupuytp.i.  Ciémenc}  pour  prouver  que  Us  Tern^ 
plUrs  itoUnt  tombés  en  de  fi  detefiables 
crimes  ,  que  c^fi  même  horreur  d^y  pen^ 
fer  9  Se  pour  convaincre  l'univers  » 
quily  eût  eu  de  Cimpiete  à  tien  pour^ 
fuivre  rextinSion^ 

Onoppoferoit  inutilement  pour  la 
)ufti(ication  de  ces  religieux  militai* 
res ,  qu'on  ne  leur  a  repréfencé ,  ni  ces 
ftatucs  affreux  qui  prefcrivoient  l'im- 
piété ,  ni  cette  monftrneufe  idole  qui 
étoit  adorée  dans  les  chapitres.  La 
raifon  en  eft  fimple.  L'Ordre  depuis 
long-tems  s'attendoit  à  une  informa- 
tion contre  fes  mœurs  :  il  y  eût  eu 
de  l'imprudence  à  laiflèr  fubfifter  des 
preuves  qui  le  perdoient  i  ï\  étoic 
naturel  qu'il  les  nt  difparoître.  Mais 
le  Grand-maître ,  le  frère  du  dauphin 
d'Auvergne  ,  cinquante- neuf  chev^ 
liers  brûlés  à  Paris  ,  neuf  à  Senlis  » 
un  grand  nombre  en  Provence ,  quoi- 
qu'adurés  de  la  vie ,  s'ils  convenoient 
de  la  dépravation  de  leur  Société  » 
•ooi;  j}er£fté  jufqu'au  milieu  des  flam- 
mes à  fotttenir  la  pureté  de  fa  fby 
&  la  fainteté  de  fes  confticutions. 
Qu'en  coioclure  ?  ou  que  le  vice  a  fes 


Ph  1 1 1  ?pi  I  V.  4^9 
martyrs  ainfi  que  la  vertu  ,  ou  que 
Taffaire  des  Templiers  eft  remplie  de 
circonftances  inexpliquables  (a)^ 

Une  autre  caufe  de  la  convocation  Projet  innci* 
du  concile, écoit  le  recouvrement  de l.^i^j.""^';^?^: 
la  Terre- fainte  :  pieufe  manie  tant  deie. 
fois  funefte  à  la  chrétienté ,  dont  néan^  Ra7n.ait.i}Ti« 
moins  elle  ne  pouvoit  guérir.  On  fe"'"' 
flattoit  qu'une  croifade  générale  réuflt 
roic  infailliblement ,  fur-tout  dans  une 
circonftance  ,  où  les  Hofpitaliers  ve« 
noient  d'arracher  l'ifle  de  Rhodes  auit 
Infidèles  :  elle  fut  donc  réfolue.  Lé 
faine  fynode  ordonna  la  levée  d'une 
décime  pendant  Rx  ans  :  mais  défen- 
dit d'exécuter  ce  décret  avec  trop  de 

<<t>  Voici  comme  t'exprime  an  Auteur  qui  fut 
témoin  de  leur  fupplice.  Ceft  Gndefroi  de  Paris  y 
dont  la  chronique  en  vers  fe  trouve  à  la  ûiiie  d% 
a^oman  de  FaiiveL  Mfl*.  du  Rojr»  n.  ^ftixr 

DÎTerTemenc  de  ce  l'on  ]»arle , 

Et  atr  monde  en  eft  grand  bataitle  t 

Wi  je  ne  rçaitque  v»us  en  dâe* 

Lî  uns  dient  que  par  envie , 

Li  autres  dîcnt  autrement  i 

NeraiquîditToir'^.oa^quimenia  f  taU 

Vienne  en  ce  qu'en  doit  avenir. 

Le  monde  convieat  de  finir* 

Tel  vit  en  bîau  commencement  « 

Qiii  a  mauvais  définement. 

t'on  peut  Won  d^ccvmr  i'Igl îfe  « 

Mes  l'on  ne  peut  en  nulle  guifie 

Dieu  décevoir.  Je  n'en  dia  pkv  y 

Qpi  TOttdn  die4e  rurplui. 


470     Histoire  de  France  , 
rigueur  ,  ^n  prenant  les  calices^,  les 
livres ,  &  les  ornements  des  églifes. 
Tous  les  Princes  chrétiens  témoigné- 
rerît.,  ou  parurent  témoigner  le  plus 
grand  empreflèment  pour  ce  nouveau 
yoyage.  On  a  peine  à  croire  que  ces 
démonftrations  fuffènt  fincéres  :  une 
trifte  expérience  avoir  dû  les  convain- 
cre de  Tinutilitc  de  ces  fortes  d  entrc- 
prifes.  Âuffi  ce  projet  n'elit-il  point  de 
fuite  :  la  plupart  des  fouverains  s'ap« 
propriéreftt  l'argent  qu  on  avoir  levé 
lur  le  clergé  pour  cette  expédition  : 
aucun  ne  ^rcit  defes  Etats. 
Kiformation     Mais  de  tQu$  les  objets  qui  dévoient 
ôbjcriSyôr''  ^^^^  ïr^ité^.  au  concik>  le  plus  impor- 
tant, mais  né- tant  étoit  la  tcformation  de  TEglife 
Pér^ln'Jn*  dans  fon  chef  &  dans  fes  membres  : 
ciic.  c  eft  tourerois  celui  qui  paroit  avoir 

Rain.an.1511.  été  le  plus  négligé.  On  propofa  beau- 
TracisdcSi>  coup  de  choies  ,  dit  le  continuateur 

doconc.  p.  7,  j      JJj  .  1  M*i    / 

«cfcq.  de  Nangis,  on  délibéra,  on  ne  put 

s*accorder  :  tout  fut  laiffe  à  la  déci- 
fion  du  fouvérain  Pontife.  Rien  ce- 
pendant n'étoit  plus  néceflaire  que 
cette  réformation  ,  s*il  en  faut  croire 
les  mémoires  préfentés  au  faint  fyno- 
de  par  deux  prélats  François  (^  ).  On  7 

U)  On  peut  voir  ces  deux  Mémoites  plus  en  décail 
dans  rhiiloice  Ecdéûa^iique  de  M.  f  leary  ,  tom.  x^. 


Philippe  IV.  471 
voir  un  portait  peu  flatté  des  défordres 
qui  fouiJIoient  alors  le  faccfdoce.  L'i- 

fnorance  ,  la  dépravation  des  mœurs, 
îmmodeftie  des  habits ,  la  débaucJie 
de  la  cable,  &  tous  les  excès  que  cqs 
vices  exitpînent ,  deflionorpient,  dic- 
çn,  les  différens  ordres  du  clergé.  Les 
archidiacres  dans  leurs  vifices  ,   foit 
défaut  de  fcience ,  foit  abus  du  pou-* 
voir  dçs  clefs ,  foit  tous  les  deux  en-, 
femble  ,   excommunioient  pour  des 
caufes  très-légères ,  fouvcnt  même  fans 
aucune  raifon.:,un  des  deux  évçqijes!^ 
témoigne  qu'il  a  vu  jufqua  fept  cent3 
excommuniés  dans  une  feule  paroidè^ 
Les  chanoines ,  pendant  l'office  divii^ 
fe   promenoient   indécernmeht  dans 
leur  églife,  &  revenoient  à  Ifl.  çoni 
dufîon  de  chaque  heure,  pour  rece^ 
voir  leur  diftribution  :  ou  s'ils  demeu^ 
roient  au  chœur,  c'étoit  pour  y  eau-» 
fer  avec  fcandale,  &  pour  f^ire  de 
grands  éclats  de  rire ,  tandis  que  des 
chantres  â  gages  entonnoient  les  louant 
ges  du  Seigneur.  Quelques  cle.rc<i  pa-: 
roiflbient  en  public  avec  des  cbaufT^i; 
déchiquetées  rouges  ou  vertes ,  vêtus 

Î'.  )0).  &  fuiv.  L'un  eft  d'un  Evêqae  doot  on  ignore 
e  nom  ,  mais  François  j  il  ne  parle  que  des  abus  qui 
Ce  commetroienc  en  France  :  L'autre  eft  de  Guillauoie 
Duianci  le  jeuae  >  éviÊque  de  Mcade. 


472*  HisTôiHË  Dt  Vaâmé  ; 
d  habits  rayés  ou  mi-partis  de  deiuC 
couleurs,  fouvent  même  avec  des  ac« 
mes.  Les  religieux  quittoient  leurs 
cloîtres  pour  courir  les  foires  &  les 
marchés  ,  trafiquant  comme  des  fé^ 
cttliers ,  &  s'abandonnant  aux  vices 
les  plus  honteux ,  au  grand  fcandale  du 
peuple.  Les  religîeufes  jportoienc  des 
étoffes  de  foie  &  des  fourrures  pré* 
cièufes ,  fe  coëfFoient  en  cheveux  8c 
avec  beaucoup  de  coquetterie  ,  fré^ 
quentoient  les  adèmblées  de  danfes^ 
ù  trouvoienr  dans  toutes  le$  fètes  pu^ 
bliques  ,  &  fe  ptomenoient  par  les 
rues,  même  la  ifuic.  On  ne  dit  rien 
des  évêques  ;  mais  ilsd'étoienc  pas  fans 
reproche ,  puifqulls  toléroient  de  fem- 
blabies!  abus.  Rome  étoit  le  fiége  du 
defpotifme ,  de  la  cupidité ,  du  liber- 
tinage. Les  évcaues  y  étoient  fort  mé- 
Cîfcs ,  leur  jurildiétion  peu  refpeâpe, 
urs  droits  violés  fans  aucun  ména- 
gement par  les  appellations  &  par  les 
réferves  fans  nombre  de  bénéfices  va- 
cans  ou  non-vacans.  On  y  faifûit  un 
commerce  honteux  des  chofes  fain- 
tes  î  d'où  il  arrivoit  que  des  fujets 
riches,  mais  vils,  méprifables  ,  indi- 

Eies ,  foie  pour  la  fcience ,  foit  pour 
s  mœurs  >  écoieat  pourvus  d^s  meil- 


Phïlippi  IV.  4f I 
lears  bénéfices ,  Ôc  deshonoroic  la  Re« 
ligion  par  leur  vie  fcaïKlaleufe.  L'in- 
continence enfin  y  écoit  fi  commane, 
qu'on  voyoic  des  lieux  infâmes  à  côté 
des  églifes  :  il  y  en  avoit  |ufqu'anprè$ 
du  palais  du  Pape  :  le  maréchal  dfe  fa 
cour  tiroir  un  tribut  des  femmes  p«>f- 
titttées.  On  accufoit  même  le  faint 
Père  d'une  galanterie  avec  une  Dame 
de  grand  nom  ;  &c  quelques  hifto* 
riens  >  tels  que  Villani  &  Saint  Anto-  ^  viuani,!.  pj 
nin,  n*ont  point  fait  de  fcrupule  d'at-  «  Anton  d« 
tribuer  la  tranilacion  du  famt  Siégô  ^i  p^^s*  s- 
en  France  à  l'attachement  que  ce  Pon- 
tife avoit  pour  la  comteffe  de  Péri* 
gord  y  filie  du  comte  de  Foix ,  prin- 
cède  d'une  rare  beauté  ,  dont  il  ne 
pouvoir  fe  féparer.    - 

Voild  ce  qui  excitoit  le  zélé  de^ 
deux  évèques  François.  Us  confeiU 
loient  y  pour  remédier  à  tant  de  maux, 
de  rappeller  l'obfervation  des  anciens 
canons ,  fur-tout  des  quatre  premierà 
conciles  ^  mais  ib  ne  furent  point  fe- 
cohdés  dans  leurs  pieux  defleins.  On 
fit  néanmoins  quelques  conftîtucions 
fur  quelques-uns  de  ces  grands  objets. 
Il  fut  défendu  aux  cletcs ,  de  porter 
d'autre  habit  que  celui  de  leur  état  ; 
^  nuz  moines  noirs  y  d'avoir  aucune  £\ir» 


«|.74  HistoiRE  D£  France  ^ 
perâuicé  dans  leur  nourriture  y  leurs 
•vêcempns ,  leurs  montures  y  à  toucre- 
)igieux  9  de  combiercer  Se  trafiquer  ; 
à  toute  religieufe  y  de  courir  le  mon- 
tde  indécemuient  y  a  toute  perfonne 
confacrée  à  Dieu  ,  de  médire  des 
ciem.  Reii-  Prélats.  On  réprima  aufil  l'avarice  des 

**®^' ^'P"^- clercs  ï  qui  appliquoient  à  leur  profit 
les  revenus  dt$  hôpitaux  donc  ils 
avoient  Tadminidration  :  il  fut  déci« 
dé  que  le  gouvernement  de  ces  lieux 
de  piété  feroit  confié  à  des  hommes 
prudents ,  capables ,  de  bonne  répu- 
tation ,  qui  prèteroient  ferment ,  tien- 
droient  un  regiftre  exaâ  de  tout  ce 
qu'ils  recevroient,  &  rendroient  comp« 
cicm.  Q:in  te  tous  Ics  ans.  Telle  eft  Torigine  des 

«ug^ioni.  *'*  adminiftrateurs  laïques  des  hôpitaux. 
Oii  crut  encore  devoir  reftreindre 
quelques  privilèges  imprudea^ment ac* 
cprdes  aux  moines  :  mais  la  cour  de 
Rome  fut  refpedée  ;  on  ne  parla  point 
de  la  réformer  j  &  le  Pape  retourna 
à  Avignon  avec  la  comtefle  de  Péri- 

Tnfiitution .     On  ne  doit  pas  oublier  que  le  concî- 

i'tJtctzM,^^-  ^*^"»^  renouvella  la  fète  du 

ciem,/î4;*wm  faint  Saccement ,  inftituée  d  abord  à, 

à'.tdii.       pitgii  en   ii4$,  fur   une  révélation 

qu  a  voit  eue  une  fainte  fiUe,  nomoiée 


V  H  I  11  P'P  B  I V^  •  475 
Julienne,  religieufe 'Hofpicaliére  a 
.Mont-  Cornillon ,  enfuice  confacrée  en 
1x64.  fous  le  pape  Urbain  IV.  par  une 
bulle  folemnelle ,  qui  cependant  n'a- 
voit  pas  eu  dexécuUQn.  Clcmenc  V» 
en  la  conârmanc ,  n'y  chang^^  ^^^^  • 
iU'adopta  telle  qu  elle  ctoir.,  fans  au- 
ijune;  mention  <iie  proce/Iiou  >  ni  d'ex-- 
pofiçion  du  faint  Sacrement.  • 

^e  Roi  a  voit  promis  en  plein  con-  An.  13  ij. 
cile,,  4e  fe  croifçr  avec  le^  princes  fes    ^J  ^^'^  £t 
^U:i&;  iV§  frères  j  pour  1^  recouvrer  bu  &  ic  roi 
mepc  de  ia  Terre-iainte  :  ce  fut  auffi '^'A"»^*""*^' 
celui  de  tous  les  princes  chrétiens  qld^^yaT^^pV 
pi^ut  le  plus  zél^  txput  ce  :pieax  yoyar  %icttoaù.i. 
ge.  jQuelquesdcAnelcs  étpiertt  fur  venus  ?*'  ^^' 
>  ent{«  la  France  &  l'Angleterre  au  fujec 
de  la  Guienne  :  foi)  premier  foin  fut  de 
)es;  terminer  5  afin  de  pouvoir  l'occu- 
pe^ enti4ri9iDenc  de  la  délivi:wce  des 
faints  lieux»  Pour.c^ç  effet  ie  roi  d'An- 
gleterre fut  mafidé  »   il  obéit  5  &  fe 
rendit  à  Ppifly  ^  où;  1^ mooarque  Fran- 
çois ,  en  confidéc^tion  de  la  reine  Ifa- 
belle  ia  fille  9   voulut  bien  recevoir 
ion  honim^age  »  lui  pardonna  toutes 
les  far£ai|tj»res  que  jles  Anglois^avoient 
çomniii^s.  dans  l'Aquitaine  >  &  renou- 
yella  tou^  les  anciens  traités  de  pais 
f (>]^lus  epcre^  k$  deux  nations,  tes 


47*  Hisiro»R«  BK  Frahci, 
deux  Princes  s'étoient  vus  à  Paris  »  oâ 
Philippe  dans  une  aflemblée  des  grands 
du  royaume  qu'il  avoic  convoqués 
pour  le  jour  de  la  Pentecôte ,  avoit 
armé  chevaliers  les  trois  princes  £ès 
fils,  Hugues  duc  de  Bourgogne,  prin* 
ce  de  fon  faiig.  Gui  comte  de  Biois^ 
&  pluGeuTs  autres  feigneurs.  Cette 
iche Valérie  de  l'héritier  préfompcif  de 
la  couronne  fut  une  occafion  de  levée 
un  nouveau  fubfide  :  c  etoit  le  droit 
de  nos  rois  en  de  femblables  circonf? 
rances.  On  remarque  que  la  feule  ville 
de  Paris  paya  dix  mille  livres ,  fomme 
jMtfpoy  de  alors  très-conûdérable.  La  cérémonie 

Fans  ,  cbron.     ,  ,      ^  .•/•!, 

**fli  du  Rw  f  dura  rrois  jours  :  lamais ,  fi  1  on  ea 

n«  6»ii,   fol,  •     I         A  *  t 

to.  croit  les  Auteurs  du  tems ,  on  ne  vie 

une  pareille  magnificence*  On  donna 
fmvant  la  coutume  dés  to4>es  neuves 
à  roûs  les^^  Grands -du  royaume  ,  aux 
Damosi,  at«  ChevàKers  ,  aux  Bânne- 
tfiis-,  aux  Ecttyfcrs ,  à  tous  les  officiers 
du  Roi  ,>•&  aux  gens  des  comptes. 
On  àk  que  tomes  les  perfonnés  de  la 
cour  changèrent  trois  fois  par  jour 
d'atours  ou  d'habillements  ,  tous  plus! 
fuperbes  les  uns  que  les  autres  :  luxe 
inconnu  jufques  là.  Tous  les  corps  de 
métiers  de  la  cajHtale  parurent  vctus  i 
l'avantage ,  chacun  avec  les  marquei 


P  H  it  I  p  p  1  I V,  477 
6c  les  ornements  de  fon  arc.  Tontes 
les  rues  de  là  ville  étoienc  capifTées» 
&  les  foirs  on  aliamoit  une  innnicé  de 
flambeaux. 

On  éleva  des  théâtres  ornés  de  fu<« 

perbes  courtines ,  où  Ton  joua  main*» 

tes  féeries.  •>  La  ^  vit-on  Dieu  manger 

M  des  pommes  ,  rire  avec  fa  mère  j 

»*  dire  fe$  patenôtres  avec  fes  Apôtres , 

*»  fofciter  &  jugier  les  morts.  Là ,  fu*  "«».  am; 

»  rent  entendus  les  Bienheureux  chan-* 

'•»  ter  en  paradis ,  dans  la  compagnie 

w  d'environ  quatre-vingt-dix  Anges  , 

»Sc  les  damnés  pleurer  dans  un  enfer 

M  noir  &  puant ,  au  milieu  de  plus  de 

f«  cent  diables  ,  qui  rioient  de  leur 

»»  infbrtiine.  Là  ,  furent  repréfeniés 

M  maints  Tujets  de  l'Ecriture  fainte  , 

»rétac  d'Adam  Se  d'Eve  devant  ôc 

*  après  leur  péché  ^  la  cruauté  d'Hç^ 

n  rode  ,  le  mafTacre  des  Innocents  , 

p  le  martyre  de  faint  Jean-Baptifte  ^ 

»  l'iniquité  de  Caïphas ,  &  la  préva^ 

wrication  de  Pilate>  qui  cependant 

9*  fes  mains  lave.  Là  ,  fiit  vu  maître 

»  Renard  ,  d'abord  fimple  clerc  qui 

»  chante  une  Epître  >  enfuite  évèque  , 

^  puis  archevêque,  enfin  Pape  y  tou- 

«  jours  mangeant  pouffins  ^  j)oules« 

ftQn  vit  encore  dans  cette  fête  àw 


47*  Hi'sTèiRÊ  BfB  France  , 
^  hommes  lalivages  6^  dès  rois  de  la 
♦ftandcsjotes.  »  fcve  mener  grands  ngolas  *  ;  des 
w  ribaux  en  blanches  chemifes  agacier 
w  par  leur  biauré ,  lieflTe  &  gaieté  ;  des 
f»  animaux  de  éouce  eljpéce  marcher  en 
$>  proceffion  ;  des  enrants  de  dix  ans 
»  jouter  dans  un  tournoi  ';  dés  dames 
i>  carôler  de  biaUx  tours  ;  de^  fontiai- 
»>  nés  de' vin  couler  j  le  grand  Guet 
1»  faire  lii  garde  en  habit  urfifbrme; 
w  toute  la  ville  ballet ,  danfer  ,  &  fe 
»  dcguifer  en  plaifantes  niânicres  «• 
Tout  cela  prouve  que  l'afa^e  de  jouer 
les  myftéresdê  là  Religion'^it  connu 
bien  ayant  le  regite  de  Charles  VI , 
&  qu'on  peut  àh  moins  faire  remonter 
Tôt igiirie  de  ces  fpeâàcîes  jirétendus 
pieux  jufqu'âi  l'année  1 3 1 3 . 

Le  Roi  donna  le  premier  jour  un 
feftin  où  rien  ne  fut  épJrgné  :  Ton  fils 
aîné  Louis  roi  de  Navarre  ,  traita  la 
cour  Sç  la  ville  le  fécond  jour  :  le  troi- 
fiéme  fut  célébré  par  le  roi  d'Angle- 
terre dans  les  jardins  de  fainr Germain 
des  Préé ,  où  il  avoir  fait  dreffer  des 
tentes  d'étoffes  de  foie  brochée  d*or. 
Dn  remarque ,  comme  une  chofe  fin- 
guliére  ,  qu'on  fervit  les  convives  â 
•chev^âl,  &  que  la  falle  du  feftin  fut 
léclairéd  d'une  infinité  de  flambeaux  ^ 


Philifpe  IV,  475> 
)Uoîqu*on  fut  en  plein  midi.  Quelques 
^ours  après,  Philippe  traita  toutes  les 
Dames  au  Louvre  ,  &  leur  fit  des  pré- 
fents.  Le  comte  de  Valois  &  le  comte 
i'Evreux  donnèrent  au0î  des  fêtes  » 
qui  eurent  l'applaudilTement  public. 
On  croyoit  tout  fini ,  lorfque  les  bour- 
geois de  Paris  partirent  en  bon  ordre 
de  réglife  de  Notre-Dame. ,  bien- ar- 
més ,  équipés  leftement ,  &  vinrent 
paflèr  au  nombre  de  vingt  mille  che^ 
vaux  &  de  trente  mille  hommes  de 
pied  y  auprès  du  Louvre  où  le  Roi 
etoit  aux  fenêtres.  Ils  allèrent  de-là 
dans  la  plaine  de  faint  Germain^des- 

(>rés  fe  mettre  en  bataille  ,  &  faire 
'exercice.  Les  Anglois  étoient  étonnés 
3ue  d'une  feule  ville  il  pût  fortir  tant 
e  gens  bienfaits,  &  prêts  â  combattre. 
Mais  toutes  ces  réjouiilànces  n'é- 
toient  pas  Tunique  fujet  de  cette  aflfem-  ,  . 

blée  :  elle  étoit  fur-tout  convoquée 
pour  l'expédition  d'Outremer.  Le  len- 
demain de  cette  cérémonie,  le  Roi, 
fes  trois  fils  ,  (ts  deux  frères  ,  le  roi 
d'Angleterre  fon  gendre ,  &  plufieurs 
gr^ads  Seigneurs  des  deux  cours  ,  spicii.  ibid» 
reçurent  la  croix  des  mains  du  cardi- 
nal Nicolas  de  Fréauville  ,  légar  dîi 
Pape«  Les  Dames  la  prirent  aufli ,  à 


480     Histoire  de  France; 
condition  roucefois  que  fî  leurs  maris 
pour  quelque  raifon  n'accompli  (Ibienc 

!>as  leur  vœu ,  elles  feroiènt  libres  du 
eur.  La  croifade  fut  enfuite  prèchée 
publiquement  en  France ,  les  tournois 
défendus  »  les  joutes  profcrites.   Ce 
voyage  cependant  ne  fe  fit  pas.  Tout 
Teffct  que  produifît  cette  généreufe 
xéfolution ,  tut  d'affermir  la  paix  entre 
les  deux  couronnes.  Edouard  retourna 
en  Angleterre ,  comble  d'honneurs ,  & 
fortement  réfolu  d'être  à  jamais  fidèle 
au  Roi  fon  fouverain  8c  fon  bcau-pére. 
Troubles        Tandis  que  ces  chofes  fe  pafloient 
^'Italie.       en  France  ,  l'Empereur  ,  Henri   de 
Âra.*Sm*?.  Luxembourg ,  defcendu  en  Italie  avec 
cômfi.^iî^9S.  une  armée  d'Allemands ,  ajoutoit  dans 
PMîs'l**ïhî<if.  Milan  la  couronne  de  fer  à  celle  d'ar- 
Sir,"^«8'i*ï!gent  qu'il  avoir  reçue  dans  Cologne 
îcS"i.**p5"8:  &  foumettoit  les  villes  de  Lombardie. 
Jf9*4t/'^'Il  marcha  enfuite  à  Rome  ,  pour  y 
prendre  le  diadème  d'or*  Mais  Rome  > 
fiére  de  fon  ancienne  grandeur  ,  ou- 
blioit   quelquefois  fa   foiblefle  pré- 
fence  ;  elle  ne  vouloir  reconnoître  ni 
l'autorité  de  l'Empereur ,  ni  celle  du 
Pape }  elle  ferma  fes  portes  au  nou* 
veau  Céfar.  Il  fçut  les  forcer  ,  entra 
dans  la  ville  avec  l'aide  des  Colonnes, 
fie  alla  loger  au  palais  de  Latran.  Déjà 
^  U 


'   P  H  I  t  I  P^  1     IV.  481 

SI  fe  préparoit  à  s'ouvrir  un  chemin 

pour jpafler  i  faint  Pierre  où  il  devoit 

ccre  (acre  ,  lorfqu  il  fut  arrêté  par  les 

croupes  de  Jean  prince  d'Acliaïe,  frère 

ide  Robert  roi  de  Naples  ,  qui  étoit 

Courenu  par -la  faâion  des  Urtins.  Il  7 

«ut  on  combat  très»fanglaiit.  Les  Aile- 

in^as  furent  battus  »  plufieurs  feig^eurs 

tu&  j  entre  autres  révêquè  de  Liège 

Thibaud  de  Bar  V'&f  Emperisur  obligé 

âe  fe  faire  Couronner  à  (aint  Jean  de 

l^atran.  I!^  renouvella  le  ferment  qu'il 

avoir  fait  à  Laufahne ,  de  défendre  la 

£oi  catholique, d'exterminer  les  hëré* 

tiques,  4^  ne  faire  aucune  alliance 

avec  les  ennemis  de  l'Ëglife,  cie  pro- 

téger  le  Pape  ,  &  de  conferver  les 

-biens  ,  les  âr^ôits ,  Se  les  privilèges  du 

^int^ège.  Attfli-t6t  il  ordonna  que 

^ous  les  princes  d'Italie  lui  paya(Ienc 

*4in  tribut  annueU  Le  royaume  de  Na- 

|>ie^'étoît  compris  dans  cet  ordre  :& 

le  roi  Robert ,  qui  rffafa'  de  fe  fou- 

inettre  ,  fut  cité  i  comparoître  ,  mis 

ati  ban  de  l'empire-,  défié  ,  condamné 

jl  petdi^e  la  tète  :  procédé  qui  choqua 

vivement  le  Pape.  Bien  tôt  Henri  re« 

'^ut  un  commandement  exprès  de  ref- 

*peâer  un  prince ,  qui  comme  lui  étoit 

xvàflkl  de  l^EgUfet  Piqué  à  fon  tour  de 

Tcm  Fil  X 


4St         HlSTOIRB  DB  KaAKCS  9 

la  fierté  ppntificale ,  il  protefta  qoe  le 
ifçrment  <}tt'll  avait  fait  à  (on  fsLçte , 
n'étpii;  point  un  fecnMinç  de  fidélitç} 
&  if  ailoif.  fpm^nir  fa.  -  prétention;  p^r 
Baïuz.Mifceii.  fes^iiies ,  ouan^  il  fut  attaai^  àBoii- 
inn  Bar  c     Çcfnvento  d  une  mateaie,,  qui  eii  pea 
wïï.  ^p.iSj'  de  jours  le  mil  autombôaUf  Oaaipré- 
f f ndu  qa*il .  av-çit:  çtéj  «wppifoi^né  i  par 

de  MontepulciaHO  ifqui  mêla  »  dit-an, 
du  aoifon  dans  h  vin  dp  l'i^t^lution 
qu'il  lui  avait  donnée  «après  la  cûm« 
fî^union  :  de-ià  vient  .,.^îou.t^t-on, 
que  pour^réteriicUe  e^^iti^nde  ce 
erime  ,  ies  Dominicains  ^.  lptfqi^*ik 
diÇ^t  la  mefle  i  fb^t  vk^^  à^^  fè 
çomaHUU)?r  de  la  I9a^ib|ii<}ch^  ^Çeft 
une  calonniaier4ét|uitet;^T'^  témoi- 
gnage mêkne  des  Wdecms ,  ^jû^  ^(Ta- 
xèrent le'  Pape  4u  contra^e  ;  plafieurs 
perfonnes  di^nf s  dp  foi  dépoféreac 
^'il  écw  «ior<(:dîuii  ftbeè^ à  la  euifle  : 
en^ti  trQiîyce-trois  Mï«  aprçt^.JeaQ  de 
Lwetnhoiirg  roi  M  ^oheme.,  fiU  dç 
Henri ,  dont)a«de.s  {^enire^-p^tentes  ^ 
qui  j^ftifient  pleinement  Bernard  8ç 
Effaifuti'hift.  tout  l'ordre  Je  fa^nçjâQqiiniqtie»  lO/ 

Lmm  *•  nwis(;qûf4W^fetfiHlpçe  Uiilè- 
t-on.à  rinnQç#]»i;^pppiiflt}éeL;  fi  l'oa 


Philippe  IV.  ^%f 
ttouvc  de  l'opprobre  jufques  dans  les 
arrêts  qui  la  font  criompner  ? 

La  Flandre  ,  théâtre  éternel  de  ré-  ^^IJ^^^^^f: 
vbkes  &  de  {éditions ,  n'étoit  guère  maLds.'* 
plus  tranquille  que  l'Italie.  Le  Roi  in- 
formé de  quelques  cabales  qui  s'y  for- 
motent  ,  envoya  ordre  au  Comte  de 
le  venir  trouver,  &  d'amener  avec  lui 
fon  fils  Louis ,  comte  de  Rethel  ôc  de 
Ne  vers.  Il  obéît ,  fe  difculpa  ,  &  eut  spîcn.  tom.  j, 
permiffion  de  retourner  dans  fes Etats.  ^'  ^^'  **' 
Mais  le  prince  Louis  ,  convaincu  de 
plufieurs  chofes  faites  contre  le  fer- 
vice  de  la  France,  fiit  arrêté ,  6c  gardé 
trcs-étroitement ,  d'abord  à  Moret  , 
enfuite  à  Paris.  La  crainte  du  châti- 
ment qu'il  méritoît ,  lui  fit  tout  ofer  : 
il  eqt  le  bonheur  de  fe  fauver  de  fa 
prifon  ,  Se  regagna  la  Flandre  plus 
animé  que  jamais  contre  les  François. 
Philippe  à  cette  occafion  aflèmbla  les 
Grands  du  royaume ,  8c  par  un  arrêt 
prononcé  juridiquement  en  plein  pa-» 
lais ,  le  fugitif  fiit  dépouillé  &  privé 
de  fes  deux  Comtés  (a).  On  ne  voulut 
pas  rendre  le  père  refponfable  de  la- 
foite  du  fils  :  mais  il  fut  mandé  â 
Taflemblée  ,  où  le  monarque  fit  fes 
trois  fils  chevaliers.  L'infortuné  Comte 

-  (m)  Aim.  xjii.    ■ 


4^4  Histoire  bi  Fblanci  » 
n'ofa  s'y  trouver  ;  ii  redootoic  la 
courroux  d'un  prince  qu'on  n'offen- . 
foie  pas  impiinén^ent.  Rome  cepen* 
d^RC  intercéda  pour  luit  On  tin<  une 
conférence  â  Arras ,  où  Robert  fe  ren^ 
dit  en  perfonne ,  pour  traiter  avec  le$ 
miniftres  François  :  mais  on  ne  put 
rien  conclure.  Le  Comte  fe  retira 
fecrérement  »  réfolu  d^  toup  rifquer» 
pluç&t  que  dç  fe  fopmettre  aux  condi- 
lions  qu'on  exigeoit  de  Ivà.  Alors  le 
]^oi  ne  ménagea  plus  rien.  Le  malheu- 
reux vaflàl  fut  cité  à  comparoître  à  la 
cour  de$  Pairs  -y  Se  fur  fon  refus  ,  le 
comté  de  Flandre  fut  confifqué  ,  &• 
réuni  poi^r  toujours  à  U  couronne 
comme  un  Fief  qui  lui  étoit  déyolii. 
par  féloniç. 

Déjg  ,  pour,  mettre  cette  arrêt  i 
ei^écution  , .  le  monarque  avoit  fait 
î^vancer  ks  troupes  jufqu'à  Courtray , 
lorfque  le  Comte ,  frappé  des  maU 
keurs  qui  le  menaçoient ,  offrit  de  fe 
fo^metcre  à  tout  ce  qu'on  voudroit, 
Les  feigneurs  des  deux  arasées  s'a^m- 
miA'f.éé,  biérent  :  il  fut  dit ,  que  les  Flamands 
achéveroient  de  payer  au  Roi  le  refte 
4e  la  fopime  dont  on  étoit  convenu 
par  le  dernier  traité  de  paix  j  que  le 
Comce  feroit  démanteler  toi^tes  fes 


fortéfeflfès  au  cem$  que  le  monarque 
lui  indiqueroic ,  en  commençant  par 
Bruges  &  par  Gand  j  que  cette  démo* 
licion  fe  feroit  aux  frais  des  Flamands , 
en  préfence  des  commifTaires  nommés 
par  te  Roi  j  que  jufqu  a  ce  que  toutes 
ces  chofes  fulTent  exécutées  ,  Cour- 
tray  feroit  livré  aux  François  avec 
toutes  fes  citadelles,  &  quon  leur 
dotineroit  en  otage  le  fils  puîné  du 
Comte  j  Robert  de  Cauel.  Mais 
lUndocilité    de jl    Flamands    ne   leur    An.  1514. 

Sermit  pas  de  jouir  long-tems  des  ibid.p.6«. 
ouceurs  de  cette  paix.  Bien-tôt  ils  fe 
révoltèrent ,  &  chaflcrent  le  commah* 
dant  que  Philippe  avoit  laifTé  dans 
Courtray.  Il  fallut  envoyer  contre  eut 
-une  nouvelle  armée  :  expédition  qui 
coûta  beaucoup  »  &  n'aboutit  a  rien. 
Le  Comte  fit  de  nouvelles  propofî- 
tions  de  paix ,  &  fut  écouté.  Il  promit 
de  fe  rendre  à  Paris  au  tems  qu'on  lui 
marqua  :  on  lui  rendit  fon  fils  Robert 
*&  les  autres  otages  qu'il  avoit  donnés 
rahnée  précédente  :  i  ces  conditions 
il  voulut  bien  accepter  la  trêve  qu'on 
lui  ofFroit  ignominieufement.  Ainfi  la 
France  ne  recueillit  que  de  ropprobre 
d'un  armement  y  qui  Tépuifoit  à  U 

Xiv 


jfi6        HlST^IRB   PB  FRAKCI9 

vérité  y   mais  qui  dévoie  coll^uérk 
coure  la  Flandre. 

On  dit  à  la  juftification  du  Monar- 
que ,  qu  il  manqupic  d'argent  pour 
i^oucenir  les  frais  de  la  guerre  y  que 
les  peuples  mécontents  murmuroient 
hautement  des  nouveaux  impots  qu'on 
venoit  d'établir }  qu'une  nouvelle  alcé- 
ration  des  monnoies  avoit  penfé  eau- 
fer  une  révolce  générale  par-tout  le 
royaume  ;  qu'il  7  avoit  des  confédé- 
ration^ en  Champagne,  en  Picardie  » 
en  Artois  >  en  Forez  >  en  Bourgogne  > 
tant  pour  s'oppofer  à  ces  fubfides  ju£- 
qu'alors  inconnus ,  que  pour  obtenir 
le  rétabli  (Tement  de  certains  privilé- 
;es  dont  la  noblefle  prétendoit  avoir 
té  injuftement  privée  j  oue  la  Nor« 
mandie  étoit  également  pleine  de  fac-* 
rions  ^  qu'on  étoit  enfin  fur  le  point 
de  voir  tout  TEtat  en  combuftion  »  fî 
Von  ne  ceflbit  ces  ezaâions  honteu- 
fes.  Philippe  en  effet  ordonna  de  les 
fufpendre  y  Se  en  rejetta  toute  l'envie 
fur  fes  minières  »  en  infinuant  que 
cela  s'étoit  fait  â  fon  infçu.  Ce  qui 
fut  caufe ,  dit  Mezerai ,  que  toute  la 
France  appella  la  juftice  du  ciel  fur  la 
tète  de  Marigny  ^  qu  elle  regardoic 


i; 


PHtIIPPB     IV.  487 

comme  rauuur  de  tcuuscts  icotckerits^ 

Niais  un  chagriti  plus  cuifant,  dé     chagrms 
.  que   le  Roi  iQ&t\m  bien  plus  vive^  duRol!*^"*' 
(nenc ,  fut  celui  qu'il  trouva  dans  £)  spici.tom.  ). 
propre  famille.  Il  avoic  trois  fils ,  les  *"'  ^^' 
plus   beaux-  hommes  de  lefur  tems  , 
Louis  dit  Hutia,  roi  de  Navarre  du 
chef  de  fa  mère ,  Philippie  dit  le  Lon^, 
comte  de  Poiriers ,  &  Charles  dit  lé 
Bel  5  qui  n'avoir  point  «ncôre^d'ftpa* 
nage  :  tous  trois  étoient  matins  â  de! 
coquettes ,  qui  toutes  trois  furent  ac* 
culées  d'adulcére.    Marguerite,  reine ^^chromq.  en 
de  Navarre,  fille  de  Robert  II.  duc^y  rf^  parfs" 
de  Bourgogne,  &  Blanche,  fille  ca-n.  6^x1*'*'^' 
dette  dX)thon  I V.  comte  Pâlati»  de 
Bourgogne,  femme  de  Ciiârks,  fu- 
r<int  convaincues  dtr  efime  5  renfer^ 
tnées  au^  Château-GaiJfard'd^Andely  ^ 
f  afées  &  tondues ,  fuppiice  des  fem^ 
mes    adultères^    La  première   y  fut. 
étranglée  peu  après  par  Tordre  de  fon 
nvàri  {a ).  La  féconde  y  refta  fept  ans-» 
fut  enfaite  répudiée  fous  prétexte  de 
parenté  ,  puis  transférée  au  château 
de  Gauray  près  de  Coutances  ,  d'où 
elle  ne  fortit  que  pour   prendre  le 
voile  en  l'abbaye  de  Maubuiiïon ,  où 
elle  yccut  le  refte  de  fes  jours  dans 

{•)  L'an,  15 1 y. 

Xiv 


4f  '       MlSTCIRI   DI   FjlÀKCE  9 

une  grande  pénitence.  Jeanne ,.  cotn« 
tefTe  de  Poitiers ,  fœar  aînée  de  Blan- 
che ,  &  rhéritiére  du  cojmte  de  Bquf- 
gogne ,  étoit  violemment  foupçonni^e} 
inais  après  de  févéres  informations  » 
il  fut  jugé  au  Parlement,  en  préfence 
du  comte  de  Valois  »  du  comte  d'E- 
yreux^  &  de  beaucoup  de  noblefle, 
quelle  étoit  abfolumtnt  fans  reproche  & 
fans  tache  (â).  Le  comte  fon  mari  eut 
Je  bon  efprit .  de  recontK>Σre  le  pre- 
mier fon  innoçenjce  :  il  la  tira  du  cfiâ- 
teau  de  Dourdan,  où  elle  avoir  été 
enfermée  près  d  ua  an ,  &  la  reprit 
j:»m  i-p.ïo2.  avec  lui  :  plus  heureux^  dit  Mezeray , 
oU  dumoins  plus  fag$  que  fis  frites^ , 

•  Les  amaDS  des  Prin<;efles  coupables 
étoienc  deux  frères  ^  Philippe  &  Gau- 
per  de  Launai ,  deux  gentilshonnmes 
Normands  aflèz.  mal-faits  3  tous  deux 
çiSciers  de  la  maifon  des  Princes  ou« 

S|)icn.  ibid.  fragés  dans  leur  honneur.  l\s  furent 
jugés  dans  une  aflemblée  qiup  le  mo** 
iparque  avoit  convoquée  à  Pontoi* 
le  (c)  ,  pour  venger  d'une  manière 
terrible  l'opprobre  de  la  famille  ro^a- 
k.  Rien  en  effet  de  plus  rigoureux  & 
de  plus  infâme  pour  des  gens  de  cecre 

*  U)  Inculpahilis  &  omtiho  innojii*  judiaUtir^ 
ih  Le  î>  avril  1514» 


Phiiippi    IV.        4tf 
tiaiffance  5  que  le  fdpplîce  qu*on  lear 
fit  fbufffir  ;  mais  il  étoit  proportianhc 
à    l'atcentat  de  deux  domeftiques  in- 
Tolents  ,  qui  abafoient  de  la  confiance 
de   leur  maître,  &  des  facilités  que 
leur  donnoit  la  domefticicé ,  pour  f&- 
dùire  ,    corrompre  ,  deshonorer  de 
Jeunes  princeflTes  fans  expérience,  6c 
qui  malheureufemenr  n'avoient  que 
trop  de  penchant  â  la  galanterie.  Ils 
furent  écorchés  vifs,  enfuite  traînés 
dans  la  prairie  de   Maubuiffon    qui 
étoit  nouvellement  fauchée ,  puis  mu* 
tilcs  des  parties  qui  avoient  péché, 
décotes ,  enfin  pendus  par-deflous  les 
bras  à  un  gibet.    On  j  attacha  avec 
eux  rhuiflier  de  la  chambre ,  qui  pen* 
dant  trois  ans  avoir  favorifé  ce  mé- 
ehant  commerce.   Bien  des  gens  des 
deux  fexes ,  nobles  &  roturiers ,  fo- 
rent enveloppés  dans  cette  malheurea- 
fe  affaire ,  ou  comme  fauteurs  Se  corn* 
plices ,  ou  comme  fufpeâs  d'un  cou- 
pable (îlence.    Quelques-uns   furent 
noyés ,   quelques  autres  étouffés  fe-  ,. 
crétement,   la  plupart  renvoyés  ab- 
sous.  On  parle  fur-tout  d'un  évèque 
de  1  ordre  de  faint  Dominique ,  hom» 
me  fameux  dans  la  connoiflance  des  »»; 

farciléges  qui  excitent  au  mal  :  il  fat 

Xv 


490  HisToim  ds  Franci," 
accufé  d'avoir  été  le  miniftre  Se  lé 
confident  de  cette  intrigue  criminelte* 
On  n'eft  point  d'accord  fur  le  cimti- 
ment  de  ceprélar.  Les  uns  difent  qu'on 
le  remit  entre  les  mains  des  frères 
Prêcheurs  de  Paris  y  qui  le  condam^ 
nérenc  à  une  prifon  perpétuelle.  D*au-< 
très  alTurent  qu'il  fut  livré  aux  cardi- 
naux ,  pour  être  puni  félon  les  ca- 
nons. On  blâma  fort  le  Roi  de  n'avoir 
point,  ou, prévenu 3  ou  étouffé  cette 
infamie. 

Le  chagtin  que  ce  Prince  eut  de  la 
honte  publique  de  fa  famille ,  lui  caU" 
fa  une  maladie  de  langueur ,  dont  il 
ne  put  jamais  revenir.    Il  Aiyoit  fa 
maifon  fouillée  d'un  opprobre  éter- 
nel ,  &  l'ennui  )e  fuivoit  par-tout.  Il 
voyoit  d'ailleurs  le  royaume  prêt  à  fe 
révolter.  Le  peuple  accablé  d'impôts  , 
le  clergé  furchargé  de   décimes  j  la 
XK>blene  troublée  dans  la  jouiflànce  de 
fes  privilèges,  tous  les  états  mécon- 
tents, éclatoient  en  murmures.    On 
fe  plaignqit  que  de  tour  ce  qu'on  le- 
voK  de  fabfides,  il  n'en  entroit  pas 
U  dixième  partie  dans  les  coffres  du 
Roi:  pn  ne  pouvoir  concevoir  qu'il 
fut  toujours  pauvre ,  tandis  que  fes 
miniftres  avoient  des  maifons  fuper- 


P  H  ï  1  I  P  P  E     I  V.  491 

bcs  ,  &  des  meubles  ^e  drap  d'orfrifc, 
Menacé  d'un  foalévemenc  général  ^ 
il  comprit  qu  il  falloir  ou  fe  préparer 
à  faire  la  guerre  à  cous  fes  fujecs ,  ou 
relâcher  de  foa  autoriré  ,  &  chan- 
ger les  Miniftres  qui lavoient  portée 
crcip  loin  :  ce  qui  lui  frappa  telle- 
ment 1  efprit  ,  que  fa  fanté  en  fut 
eonfidérablement  altérée.  Il  eut  de 
grandes  foiblefles,  &  fe  fit  porter  à 
Fontainebleau,  pour  y  refpirer  Tair 
natal ,  qui  ne  lui  rendit  pas  fes  forces. 

Dans  ce  trifte  état  il  s  occupa  du    H  reftrcînt 
foin  de  pourvoir  fa  famille.  Philippe ,  ^Jx  *ftSu" 
le  cadet  de  fes  fils ,  avoit  été  apana-  i^»»"  «^âi"' 
gé  du  comté  de  Poitiers  en  1311: 
Charles  ,  le  plus  jeune  des  trois  ^  n  e? 
toit  pas  encore  partagé  :  il  l'invedic 
du  comté  de  la  Marche  ,   mais  aux 
mêmes  conditions  que  fou  frère.    l\ 
ordonne  par  (es  lettres  patentes ,  qvi^^ 
Les  deux  cpmtés  retourneront  à  la  cou* 
ronne ,  défaillant  Us  hoirs  mâles.  Alors 
commença  un  nouvel  ordre  de  jur if- 
prudence  ;  &  les  apanages ,  tenus  au 
commencement  de  la  troifiéme  race 
à  titre  de  propriété ,  devenus  enfuite 
une  efpèce  de  fubftiiution ,  puis  chatr 
gés  de  retour  à  la  couronne  au  défaut  v 

d'hmùers  nés  4e  l'apanagifte ,  furent 

Xvj. 


enfin  reftreints  aux  fiuls  hoirs  mâS^* 
L'efprit  de  la  loir  écoic   d'empêcher 
qu'ils  ne  pa(ïa(Iènc  à  des  étrangers  prar 
mariage  :  ce  qui  écoic  fort  dangereo^ 
lamcrt.        Une  maladie  longue  &  de  langueur 
kiiToit  au  monarque  te  cems  de  pen- 
fer  à  l-éternicé.  Il  fe  remit  devant  les 
yeux  la  mifére  de  fon-  penpte ,  qu'i) 
avoir  ruiné  par  fes  exaâions ,  &  eut 
its  fcrupul^s  un  peutardifs»  Il  doBaa 
i  Louis  roi  de  Navarre,  fonfîls  aî&é 
,&  Ton  fiiccefîèar  ^  de  ces*  beaux  avis*, 
qui  ne  coûtent  guère  ^  quand  on  n'eflr 
plus  enr  état  de  les  pratiquer.  Il  dé^ 
fendit  de  continuer  la  levée  àt%  nou- 
veaux impôts,  révoqua  tous  les  édits 
qu'il  avoit  donnés  à  cette  occafion* , 
conjura  fesehfans  de.  foulager  de  mal- 
àeureux  fujets  qu'il  n'avoit  que  trop 
t€àrmentés ,  ordonna  de  céduire  les 
Bionnoies  à  leur  ju(te  valeur  9  Se  fur- 
tout  de  réparer  les  torts  qu'il  pouvoir 
avoir  faits.   Il  n'eft  aucun  teftamenr 
des  premiers  rois  de  la  troifiéme  lace» 
où  l'on  ne  voye  de  femblables  ordres 
de  fatisfaire  ceux  qui  fe  plaignoienc 
d*eux  avec  ^uftice,  de  payer  leurs  det-* 
tes,  de  refticuer  ce  qu'ils  avoieoc  du 
Abff.  iof.4<'.  bien  d'autrui:  on  nen  Joie  pas  conclu^ 
'*  ^   '        njr  ditMezerai^  qu*Us  tuffcnt  commis 


l?iri£iF9B  IV.  49 f 
plus  iFinJuJUces  que  Us  autres ,  mais 
JiuUmtnt  qu*Us  avoicm plus  de  reUgi&n 
&^  deconfcience.  Il  légua  une  fotncne 
confidér^jble  pour  le  fecours  de  la 
Terre-fainte ,  &  fit  pIuGeurs  autres 
pieufes  donations.  Il  recommanda  ^f2^|V*^'^ 
auffi  à  fon  fils  l'abbaye  de  faint  Denis, 
&  le  monaftére  des  religidlifes  de 
Poiflfy ,  qu'il  avoir  fait  bâtir  en  l'hon- 
neur de  laint  Louis  fon  ayeul.  Déjà  il 
fentoit  l'heure  fatale  approcher  :  il 
demanda  les  facremens  de  TEglife ,  & 
les  reçut  avec  une  ferveur  qui  édifia 
cous  les  affiftants. 

Ce  fut  avec  ces  grantîs  fentiments  sejcnfimrs. 
de    piété   qu'il  mourut   à  FoiTtaine-^^;^^^^;^!*^^* 
bleau  (  tf  ) ,  dans  la  trentième  année  de p-  ï *•  ' 
fon  règne ,  &  la  qjnranté-fixiéme  de 
fon  âge.   Oït  porta  fon  corps  à  faint 
Denis,  &  fon  cœur  à  Poifly ,   ou  il 
fut  découvert  en  1^87,  renfermé  en- 
tre deux  baffins  d'argent ,  cimentés  & 
enveloppés  d  une  toile  d'or  femée  de 
fleurs  de  lys ,  ayec  une  infcription  fur 
une  lame  de  cuivre.  Il  eut  de  ta  Reine 
Jeanne  de  Navarre  ,  fa  femme ,  qua- 
tre fils  &  trois  filles.   S^  fils  fiirei^r 
Louis,  Philippe,  Charles  ,  qui  re^ 
gnérenc  cous  crois,  &  Robert,  qui 

V^t  ^ttf  BOT.  1314-  i&RgQ»^^  an»  {f  ipuru 


494    Histoire  de  France  > 
fur  accordé  avec  Confiance  d'Aragon  , 
fille  de  Frédéric  III,  roi  de  Sicile,  & 
mourut  à  faine  Germain  en  Laye ,  âgé 
d'environ  douze  ans:   il  fiic  enterré 
dans  Téglife  de  faint  Louis  du  prieuré 
de  Poifly.  Marguerite ,  l'aînée  de  fes 
filles ,  fut  promife  à  Ferdinand  IV, 
roi  de  Caftille ,  ic  mourut  fans  être 
mariée:  Ifabelle,  la  féconde,  époufa 
Edouard  II ,  roi  d'Angleterre:  la  troi- 
fiéme ,  nommée  Blanche  ,    fiancée  â 
Ferdinand  infant  de  Caftille ,  mourut 
jeune,  &  fut  enterrée  auprès  du  Roi 
fon  père, 
soficaraâére.    .  Philippe  fll^le  plus  beau  prince ,  & 
le  cavalier  le  mieux  fait  de  fon  tems. 
Il  écoic  vaillant,  généreux,  magnifique, 
avide  de  gloire ,  mais  encore  plus  avi- 
de d'argent,  dépenficr  jufqu'à  la  pro- 
digalité, trop  févére  quelquefois,  tou- 
jours trop  vindicatif  II  fut  bon  mari, 
ceux  qui  ont  dit  le  plus  de  mal  de  lui, 
ne  lui  ont  jamais  rien  reproché  en 
matière  d'incontinence  ^  bon  père ,  il 
faifoir  les  délices  de  fa  famille  j  boa 
frère,  il  aima  toujours  tendrement  les 
comtés  de  Valois  &  d'Evreux ,  &  n'ou- 
blia rien  pour  mettre  la  couronne  im- 
périale fur  la  tête  de  l'aîné.   Ceft  le 
premier  de  nos  rois  qui  ait  altéré  la 


Phiixppe  IV.  49J 
monnoie  :  ce  qui  lui  a  fait  donner  le 
nom  de  faux  monnoyeur*  Quelques**^ 
uns  prétendent  que  fes  miniftres,  gens 
impitoyables,  avares,  entreprenants, 
eurent  plus  de  part  gue  lui  a  tout  ce 
qui  s'eu  fait  fous  (on  règne  \  qu'il 
n'eut  que  le  nom  de  Roi  \  que  fes  fa- 
voris gouvernoient.  On  ne  voit  pas 
fur  quoi  ce  reproche  peut  être  fondé  : 
jamais  prince  ne  fut  plus  jaloux  de 
fon  autorité.  On  cite  en  vain  les  fré- 
quens  avertiflemens  que  lui  donnoit 
Bonifàcè ,  de  ne  pas  trop  écouter  les 
confeils  de  ceux  qui  lapprochoient : 
c'eft  un  tour  alTez  ordinaire ,  en  par^ 
lant  aux  fouverains,  de  rejetter  fuc 
ceux  qui  lès  entourent ,  ce  qu'on  ne 
pourroit,  fans  les  choquer  ouverte- 
ment, leur  reprocher  \  eux-mêmes* 
Rome  du  moihs  apprit  par  expérien- 
ce ,  qu'il  avoir  le  cœur  haut  &  fier  ^ 
Tefprit  prompt  &  vif,  Tame  grande , 
&  louvent  trop  impécueufe  \  qu  ilétoit 
ferme  dans  {t%  entteprifes,  quelque- 
fois trop  ardent  à  les  pourfuivre  \  Se 
[ue  fur  l'article  du  temporel,  un  Roi 
e  France  ne  fe  foumettoit  pas  auffi 
aifément^que  les  Empereurs  au  pou- 
voir arbitraire  de  la  tiare.  Nous  he 
diflimulerons  p^s  que  rfiiftoiien  Fla« 


3: 


49*     Histoire  m  France  ; 
mand  le  fait  mourir  d'une  chute  de 
cheval ,  &  qu'il  attribue  fa  mort  & 
rextinftioh  de  fa  lignée  à  une  puni- 
tion du  ciel ,  qui  vouloit  venger  l'hon- 
neur du  faint  Siège  :  mais  on  fçait  ce 
Gu'on  doit  pènfer  de  cet  Auteur  fi  paf- 
hoané  pour  la  gloire  de  fes  Prince» , 
quoique  d'ailleurs  exaâ:  &  curieux, 
qu'il  ne  peut  prefque  point  dire  de 
bien  de  nos  Rois ,  fur-tout  de  ceux 
qui  ont  eu  quelques  démêlés  avec  k 
fom.î^pîj?  Flandre.  Une  feule  chofe  me  mettrôU 
tn  colère ,  dit  Mcxeray ,  Jî  un  hifiorkn 
devoit  être  fufctptibU  de  paffion  ,   c*eft 
que  certain  François  y  pourftmbUr  dire 
quelque  chofe  de  nouveau ,  oupourjlat^ 
ur  les  puijfancts  éirangires ,  font  état 
de  cette  faujfe  opinion  ;  plus  rigoureux 
en  cela  que  les  Papes  mirrus ,   qui  pa- 
roijfent  avoir  approuvé  la  conduite  de 
ce  Prince  envers  Bonifact. 
TonaatioQ     Le  Roi  Philippe  aima  les  belles- 
féd^riL"f,^^^>^«^>  les  cultiva,  protégea,  fevo- 
&  de  quel-  rifa  ceux  qui  fe  diftmguoient  par  la 
Tpaife?^^*^"  fcience.  l/Univerfitéd'Orléansluidoit 
fon  eredfcion:  il  la  confirma  par  des 
lettres-patentes  9  lui  donna  un  fceaii^ 
&  le  pouvoir  de  graduer.  Le  Pape 
Clément  V  ^  qui  avoir  étudié  dans  cette 
école  >  célèbre  depuis^  plus  de  cent  a&s^ 


PnjtivvË  IV.  497 
avoît  voulu  par  reconnoiflànce ,  loi 
donner  de  grands  privilèges  j  maiski 
bourgeois  s'y  éroienc  oppofés  :  ils  ne 
ie  rendirent  qu^aux  ordres  du  monar* 
que.  Le  goût  du  prince  eft ,  ou  paroît 
toujours  être ,  celui  dacourcifan  :  cha« 
cun  à  fon  exemple  s'empreflfà  d'élever 
des  temples  aux  mufes.  Plufieurs  col- 
lèges furent  fondés  fou»  fon  régne  : 
celui  de  Navarre  par  la  reine  Jeanne 
la  femme,  celui  du  cardinal  le  Mome 
par  un  prélat  de  ce  nom ,  celui  de 
Montagu  par  Gilles  AyceHn  de  Mon* 
tagu,  arcnevêque  de  Narbonne^  ôc 
garde  du  fcel  royal. 

On  compte  parmi  les  hommes  ce-  Hommu  - 
lébres  qui  ont  illuftré  le  règne  de  Phi-  îj;^/."  ^'  «^ 
lippe,,  un  Guillaume  de  Nangis,  un 
Jean  de  Meun ,  un  Guillaume  Durati- 
tî,  un  Jean  Duns,  un  Gilles  de  Ro* 
me.  Guillaume  de  Nangis,  religieux 
de  l'Abbaye  de  faint  Denis,  acheva 
la  vie  de  faint  Louis  entreprife  par  un 
de  fes  confrères,  nomme  GiUon  de 
Rheims,  compofa  celle  du  Roi  Phi« 
Itppe-le-Hardi ,  &  continua  Thiftoire 
de  Sigebert,  moine  de  Gemblours, 
depuis  1114 Jufqu'en  ijoo.  Il  écrie 
avec  plus  de  uncérité  oue  d'élégance  j 
mais  il  parle  des  choies  de  fon  rems 


4^8  HisToim  DE  Frahc», 
en  homme  d'autant  mieux  inftmit  ^ 
qu  il  écoit  en  liailcn  avec  les  perfon- 
nés  <iui  âvoient  le  plus  de  part  aux 
^ffaices.  Jean  de  Meun,  dit  Clopinel, 
parce  quil  étoit  boiteux  )  eft  ce  poëte 
ifameux  qui  continua  le  roman  de  la 
Rofe ,  commencé  quarante  ans  aupa- 
ravant par  Guillaume  de  Lorris  :  il  eft 
encore  auteur  d  une  traduâion  Fran- 
çoife  des  Livres  de  la  confolation  de 
Boëce ,  des  Epitres  d'Abélard ,  &  de 
quelques  autres  Ecrits. 

.  Guillaume  Duranri,  natif  de  Pui« 
mifTon  dans  le  diocéfe  de  Beziers  ,. 
l'un  des  plus  fçavants  Jurifconfultes 
de  fan  fiée  les  fat  d  abord  Profedèur 
en  droit  à  Boulogne  &  à  Modene  , 

mis  chapelain  8c  auditeur  du  (acre 

}alaïs ,  gouverneur  du  patrimoine  de 
:  *aint  Pierre  ,  général  des  croupis  de 

'Etat  eccléfiaftique  ,.  légat  du  Pape 
Çrégoire  X  au  concile  de  Lyon  ^  cha- 
noine de  Beauvais  &  de  Narbonne^ 
doyen  de  Chartres  ,  enfin  évêque  de 
Mende.  Il  nous  a  laifTé  plutieurs  ou- 
vrages  curieux.  Les  deux  principaux 
font,  le  Miroir  du  dvoit  y  Jpeculum 
juris ,  qui  lui  a  fait  donner  le  furnom 
dt  fpéculateur  j  &  le  Rarional  des 
oâices  divins  «  RationaU  divinorum 


PHitiFPB    IV.  45^ 

0fficiorum.  Ce  dernier  eft  conCdérable 
par  les  veftiges  qa  on  y  troave  de  l'an- 
cienne difcipline  {a).  On  y  voit  ooe 
fous  le  règne  de  Philippe  on  bapci(oic 
encore  par  immerfion  \  qu'on  regar^ 
doit  comme  une  règle  de  ne  conférer 
le  baptême  qu'à  Pâque  &  à  la  Pente^ 
c&re  ,  règle  qu'on  ne  fuivoit  pas  tou- 
jours ,  donc  on  vouloir  du  moins 
conferver  la  mémoire  \  en  bapcifanc 
quelques  enfants  à  la  bénédidfcion  des 
Foms  \  que  l'office  du  famedi-Sainc 
le  faifoit  encore  de  nuit  dans  la  plu- 

{>art  des  provinces  ,  &;  que  ceux  qui 
e  faifoient  de  jour  »  ne  le  comme»- 
çoient  qu'à  quatre  heures  du  foir  ; 
enfin  que  la  confirmation  fe  donnolc 
avec  le  baptême  ,  ou  (ept  jours  aprètf. 
Le  fameux  Jean  Duns ,  dit  Scot  ^ 
étoit  more  quelques  années  avant  le 
Roi  {*).  L'Angleterre  ,  l'Ecoflè  & 
l'Irlande  ,  s'attribuent  l'honneur  de 
lui  avoir  donné  la  naiffance.  Il  entra 
fort  jeune  dans  Tordre  des  frères  Mi- 
neurs ,  fit  fes  études  à  Oxfort ,  y  en- 
feigna  la  théologie  pendant  qûelque- 
tems ,  pafTa  en  France  ,  flc  prit  des 

<4)  La  première  édition ,  qui  eil  ciès-rarc  >  eft  ilo 
Mayence  ,  en  i4S9> 
\b)  Le  8  novembre  \yè%% 


500    Histoire  m  Frakce» 
.dégrés  dans  Taniverficé  de  Paris,  if    < 
-  entreprit  de  foutenir  fur  la  fchoiafti- 

3 lie  des  opinions  contraires  à  celles 
e  faint  Thomas  ,  ce  qni  a  produit 
l'école  des  Thomiftes  &  celle  des 
Scotiftes  :  il  le  fît  avec  tant  de  capa« 
cité ,  qu'il  mérita  les  noms  de  Doc-^ 
uur  fubùl ,  &  de  I^oStur  trcs-rifo^ 
\lutif.  Mais  quoiqu'il  écrive  avec  beaa* 
:€oup  de  fubciiité  ,  il  a  néanmoins 
un  talent  admirable  pour  exprimer 
fes  jpenfées  '  avec  clarté.  On  prétend 
^u'il  a  le  premier  foutens  l'immaculce 
conception  de  la  faihte  Vierge,  non 
xpmme  un  dogme  certain  ^  mais 
comme  une  opinion  y  qui  a  éié  de«- 
.puis  adoptée  par  FEglife  dans  le  con^ 
cile  de  Bafle.  Cependant  il  eft  conf- 
tant  que  pludeurs  Dôdeurs  de  Paris 
lavoient  enfeignée  avant  lui.  Scoc  a 
taifTé  des  commentaires  fur  la  Phyd- 
que  d'Ariftote ,  fur  les^  quatre  Livres 
du  maître  des  fentences  ,  avec  plu« 
lieurs  que(l;ions*de  Métaphydqoe  :  la 
meilleure  édition  de  fes  ouvrages  eft 
celle  de  Lyon  en  1 6  j  9  ,  10  voL  m-fol. 
Quelques  Auteurs  ont  écrit ,  qu'étant 
tombe  en  apoplexie  ,  on  Tavoit  en- 
terré ,  quoiqu'il  ne  fut  pas  mort  j 
qu  ayant  enfuite  repris  fes  lens>  &  ne 


Philippe  IV.  5ai  ' 
pottYant  fe  faire  entendre  pour  avoir 
du  fecours ,  il  fe  rongea  les  mains  de 
défefpoir  ,  &  £e  caOa  la  tête  contre  ^ 
la  pierre  du  tombeau  c  c'eft  une  fable 
mille  fois  réfutée  ^  &  toujours  avec 
fuccès. 

Gilles  de  Rome ,  de  rilluftre  fa* 
]i&ille  des  Colonnes ,  hermite  de  faint 
Augu(tin  ,  que  fon  mérite  éleva  à  la 
dignité  de  général  de  fon   Ordre  ^ 
padbit  pour  le  plus  grand  doâeur  de 
Paris.  Il  étudia  long- tems  fous  faint 
Thomas ,  &  devint  le  plus  zélé  dé^- 
fenfeur   de   fes  fentimencs.    Le   Roi 
Philippe  *  le  -  Bel  ,  dont  il  avoit  été 
précepteur ,  le  fit  archevêque  de  Bour«' 
ges.  Il  fut  furnommé  le  DocUur  très-- 
fondt  y  &  lai  (Ta  plufieurs  traités  de* 
Théologie  ,  où  il  prouve  que  J-  C#» 
n'a  donné  à  rEslife  aucun  domaine 
temporel,  que  le  Roi  de  France  ne 
tient  fon  royaume  que  de  Dieu  ,  iC^ 
ne  recomioît  de  fupérieur  que  dans; 
le  fpirituel.  Nous  avons  aum  de  lui 
plufieurs  écrits  fur  la  Philofophie  j  il 
avoit  commenté  prefque  tous  les  ou*' 
vrages  d'Ariftote  :  on    lui   attribue 
encore  un  Livre  de  Tindicution  des 
Princes ,  <ju'il  dédia  i  fon  difciple», 
H  mourut;  en  X5i5f 


5^1     HisroiRi  DB  France, 

Ainfî  le  monarque  >  en  diftribotiit 
les  réconipenfes  à  propos ,  excicoic 
une  noble  émuladon  dans  les  études^ 
&  cette  cmulatiQnreinpliflQic  la  Fran- 
ce de  fçavants  pcrfonnages.  Il  eut  en- 
core d'autres  vertus  dignes  d'un  grand 
Roi.  Il  fignàla  fa  magnificence  par 
la  conftriwaion  du  Palais  près  de.  la 
fainte-ckapelle  {à)  ;  Ça  piété  ,  par  la 
fondation  de  labbaye  de  fainte  Per- 
rine  de  la  Villette  ,.&  d'un  monaftcic 
de  Céleftins  à  Çhanteau  dans  la  Solo* 
gne  (t)  ;  fon  humanité ,  par  l'ordon- 
lunce  qui  abolit  dans  le  Languedoc 
la  fecvitude  de  corps ,  qu'elle  change 
en  un  cens  annuel  ;  fa  juftice  ,  par 
l'édit  qui  défend  pour  toujours  les 
duels  en  matière  civile  (c).  Ce  fut  lui 
qui  ordonna  que  les  Quinze-Vingts 
fondés  par  (kint  Louis  ,  porteroient 
une  Aeur-de-tis  fur  leur  habit ,  pour 
les  diftinguer  des  autres  congrégatituis 
d'aveugles  inftituées  avant  eux  {d)  ; 
lui  qui  commença  à  réduire  les  Hauts* 
ieigneursi  vendre  leur  droit  de  battre 
monnoie  ,  au  pioyen  d'un  édit  par 
lequel  il  gènoit  fi  fort  la  fabrication 

(4).  p.  Anf.  ^Vl.  $héa\.  tom.  i.  é'  $1.  i^)  Mfxstaf  » 
c6hi.  1.  p.  {37.  (c)  M«  le  PréfideBC  Hen^uCi  tom.  i* 
p.  1^4.  &f8.  {d)  Idem.  p.  «xi.'  ^  -  -  ' 


Philippe  IV.  $b^ 
qui  fe  faifoit  dans  leurs  terres  ,  qu'ils 
trouvèrent  plus  utile  d'y  renoncer  {a)  ; 
lui  enfin  qui  régla  qu'il  y  auroit  tou* 
jours  près  de  la  perfonne  du  Roi ,  trois 
Clercs  du  fecret ,  &  vingt- fept  Clercs 
ou  Notaires  fous  eux.  Le  Chance- 
lier avoir  long-tems  réuni  toutes  ces 
fondions  :  mais  frère  Guerin ,  évêque 
de  Senlis  ,  ayant  infiniment  relevé 
cette  charge  ,  le  fecrétariat  fut  aban« 
donné  aux  notaires  &  fecrétaires  du 
Roi ,  fur  lefquels  cepepdant  le  Chan- 
celier fe  réferva  l'inlpedtion.  Ceux-ci 
qui  approchoient  du  Prince ,  s'étant  à 
leur  tour  rendu  plus  confidérables , 
il  y  en  eut  quelques-uns  qu'il  diftin- 
gua  des  autres ,  &  qui.furent  nommés 
Clercs  du  fient  :  c'eft  la  première  ori- 
gine des  Secrétaires  d'Etat  (b). 

(4)  Idem.  p.  i«). 
0)  Idem.  p.  x60m 

Fin  du  Tome  Fil. 


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