Skip to main content

Full text of "Histoire de l'économie politique en Europe : depuis les anciens jusqu'à nos jours : suivie d'une Bibliographie raisonnée des principaux ouvrages d'économie politque"

See other formats


Google 


This  is  a  digital  copy  of  a  book  thaï  was  prcscrvod  for  générations  on  library  shelves  before  it  was  carefully  scanned  by  Google  as  part  of  a  project 

to  make  the  world's  bocks  discoverablc  online. 

It  has  survived  long  enough  for  the  copyright  to  expire  and  the  book  to  enter  the  public  domain.  A  public  domain  book  is  one  that  was  never  subject 

to  copyright  or  whose  légal  copyright  term  has  expired.  Whether  a  book  is  in  the  public  domain  may  vary  country  to  country.  Public  domain  books 

are  our  gateways  to  the  past,  representing  a  wealth  of  history,  culture  and  knowledge  that's  often  difficult  to  discover. 

Marks,  notations  and  other  maiginalia  présent  in  the  original  volume  will  appear  in  this  file  -  a  reminder  of  this  book's  long  journcy  from  the 

publisher  to  a  library  and  finally  to  you. 

Usage  guidelines 

Google  is  proud  to  partner  with  libraries  to  digitize  public  domain  materials  and  make  them  widely  accessible.  Public  domain  books  belong  to  the 
public  and  we  are  merely  their  custodians.  Nevertheless,  this  work  is  expensive,  so  in  order  to  keep  providing  this  resource,  we  hâve  taken  steps  to 
prcvcnt  abuse  by  commercial  parties,  including  placing  lechnical  restrictions  on  automated  querying. 
We  also  ask  that  you: 

+  Make  non-commercial  use  of  the  files  We  designed  Google  Book  Search  for  use  by  individuals,  and  we  request  that  you  use  thèse  files  for 
Personal,  non-commercial  purposes. 

+  Refrain  fivm  automated  querying  Do  nol  send  automated  queries  of  any  sort  to  Google's  System:  If  you  are  conducting  research  on  machine 
translation,  optical  character  récognition  or  other  areas  where  access  to  a  laige  amount  of  text  is  helpful,  please  contact  us.  We  encourage  the 
use  of  public  domain  materials  for  thèse  purposes  and  may  be  able  to  help. 

+  Maintain  attributionTht  GoogX'S  "watermark"  you  see  on  each  file  is essential  for  informingpcoplcabout  this  project  and  helping  them  find 
additional  materials  through  Google  Book  Search.  Please  do  not  remove  it. 

+  Keep  it  légal  Whatever  your  use,  remember  that  you  are  lesponsible  for  ensuring  that  what  you  are  doing  is  légal.  Do  not  assume  that  just 
because  we  believe  a  book  is  in  the  public  domain  for  users  in  the  United  States,  that  the  work  is  also  in  the  public  domain  for  users  in  other 
countiies.  Whether  a  book  is  still  in  copyright  varies  from  country  to  country,  and  we  can'l  offer  guidance  on  whether  any  spécifie  use  of 
any  spécifie  book  is  allowed.  Please  do  not  assume  that  a  book's  appearance  in  Google  Book  Search  means  it  can  be  used  in  any  manner 
anywhere  in  the  world.  Copyright  infringement  liabili^  can  be  quite  severe. 

About  Google  Book  Search 

Google's  mission  is  to  organize  the  world's  information  and  to  make  it  universally  accessible  and  useful.   Google  Book  Search  helps  rcaders 
discover  the  world's  books  while  helping  authors  and  publishers  reach  new  audiences.  You  can  search  through  the  full  icxi  of  ihis  book  on  the  web 

at|http: //books.  google  .com/l 


Google 


A  propos  de  ce  livre 

Ceci  est  une  copie  numérique  d'un  ouvrage  conservé  depuis  des  générations  dans  les  rayonnages  d'une  bibliothèque  avant  d'être  numérisé  avec 

précaution  par  Google  dans  le  cadre  d'un  projet  visant  à  permettre  aux  internautes  de  découvrir  l'ensemble  du  patrimoine  littéraire  mondial  en 

ligne. 

Ce  livre  étant  relativement  ancien,  il  n'est  plus  protégé  par  la  loi  sur  les  droits  d'auteur  et  appartient  à  présent  au  domaine  public.  L'expression 

"appartenir  au  domaine  public"  signifie  que  le  livre  en  question  n'a  jamais  été  soumis  aux  droits  d'auteur  ou  que  ses  droits  légaux  sont  arrivés  à 

expiration.  Les  conditions  requises  pour  qu'un  livre  tombe  dans  le  domaine  public  peuvent  varier  d'un  pays  à  l'autre.  Les  livres  libres  de  droit  sont 

autant  de  liens  avec  le  passé.  Ils  sont  les  témoins  de  la  richesse  de  notre  histoire,  de  notre  patrimoine  culturel  et  de  la  connaissance  humaine  et  sont 

trop  souvent  difficilement  accessibles  au  public. 

Les  notes  de  bas  de  page  et  autres  annotations  en  maige  du  texte  présentes  dans  le  volume  original  sont  reprises  dans  ce  fichier,  comme  un  souvenir 

du  long  chemin  parcouru  par  l'ouvrage  depuis  la  maison  d'édition  en  passant  par  la  bibliothèque  pour  finalement  se  retrouver  entre  vos  mains. 

Consignes  d'utilisation 

Google  est  fier  de  travailler  en  partenariat  avec  des  bibliothèques  à  la  numérisation  des  ouvrages  apparienani  au  domaine  public  et  de  les  rendre 
ainsi  accessibles  à  tous.  Ces  livres  sont  en  effet  la  propriété  de  tous  et  de  toutes  et  nous  sommes  tout  simplement  les  gardiens  de  ce  patrimoine. 
Il  s'agit  toutefois  d'un  projet  coûteux.  Par  conséquent  et  en  vue  de  poursuivre  la  diffusion  de  ces  ressources  inépuisables,  nous  avons  pris  les 
dispositions  nécessaires  afin  de  prévenir  les  éventuels  abus  auxquels  pourraient  se  livrer  des  sites  marchands  tiers,  notamment  en  instaurant  des 
contraintes  techniques  relatives  aux  requêtes  automatisées. 
Nous  vous  demandons  également  de: 

+  Ne  pas  utiliser  les  fichiers  à  des  fins  commerciales  Nous  avons  conçu  le  programme  Google  Recherche  de  Livres  à  l'usage  des  particuliers. 
Nous  vous  demandons  donc  d'utiliser  uniquement  ces  fichiers  à  des  fins  personnelles.  Ils  ne  sauraient  en  effet  être  employés  dans  un 
quelconque  but  commercial. 

+  Ne  pas  procéder  à  des  requêtes  automatisées  N'envoyez  aucune  requête  automatisée  quelle  qu'elle  soit  au  système  Google.  Si  vous  effectuez 
des  recherches  concernant  les  logiciels  de  traduction,  la  reconnaissance  optique  de  caractères  ou  tout  autre  domaine  nécessitant  de  disposer 
d'importantes  quantités  de  texte,  n'hésitez  pas  à  nous  contacter  Nous  encourageons  pour  la  réalisation  de  ce  type  de  travaux  l'utilisation  des 
ouvrages  et  documents  appartenant  au  domaine  public  et  serions  heureux  de  vous  être  utile. 

+  Ne  pas  supprimer  l'attribution  Le  filigrane  Google  contenu  dans  chaque  fichier  est  indispensable  pour  informer  les  internautes  de  notre  projet 
et  leur  permettre  d'accéder  à  davantage  de  documents  par  l'intermédiaire  du  Programme  Google  Recherche  de  Livres.  Ne  le  supprimez  en 
aucun  cas. 

+  Rester  dans  la  légalité  Quelle  que  soit  l'utilisation  que  vous  comptez  faire  des  fichiers,  n'oubliez  pas  qu'il  est  de  votre  responsabilité  de 
veiller  à  respecter  la  loi.  Si  un  ouvrage  appartient  au  domaine  public  américain,  n'en  déduisez  pas  pour  autant  qu'il  en  va  de  même  dans 
les  autres  pays.  La  durée  légale  des  droits  d'auteur  d'un  livre  varie  d'un  pays  à  l'autre.  Nous  ne  sommes  donc  pas  en  mesure  de  répertorier 
les  ouvrages  dont  l'utilisation  est  autorisée  et  ceux  dont  elle  ne  l'est  pas.  Ne  croyez  pas  que  le  simple  fait  d'afficher  un  livre  sur  Google 
Recherche  de  Livres  signifie  que  celui-ci  peut  être  utilisé  de  quelque  façon  que  ce  soit  dans  le  monde  entier.  La  condamnation  à  laquelle  vous 
vous  exposeriez  en  cas  de  violation  des  droits  d'auteur  peut  être  sévère. 

A  propos  du  service  Google  Recherche  de  Livres 

En  favorisant  la  recherche  et  l'accès  à  un  nombre  croissant  de  livres  disponibles  dans  de  nombreuses  langues,  dont  le  français,  Google  souhaite 
contribuer  à  promouvoir  la  diversité  culturelle  grâce  à  Google  Recherche  de  Livres.  En  effet,  le  Programme  Google  Recherche  de  Livres  permet 
aux  internautes  de  découvrir  le  patrimoine  littéraire  mondial,  tout  en  aidant  les  auteurs  et  les  éditeurs  à  élargir  leur  public.  Vous  pouvez  effectuer 
des  recherches  en  ligne  dans  le  texte  intégral  de  cet  ouvrage  à  l'adressefhttp:  //book  s  .google .  coïrïl 


HISTOIRE 


L'ECONOMIE  POLITIQUE 

EN    EUROPE. 


HISTOIRE 


^ 


L'ÉCONOMIE  POLITIQUE 

EN    EUROPE, 

DEPUIS  LES  ANCIEnS  JUSQU'A  NOS  JOURS, 


rai  sonnée  des  i 
d'kconomie  politique. 


M.  BLAIVQUI  aîné, 


Deuxième  Edition, 


PARIS, 

GUILLAUMIN,  LIBRAIRE, 

Ëdileur  du  Diclionnaire  du   Commerce  et  dei    Marchandises, 

KT  DK  u  coi.i.BCTia!«  UEB  pbi:mcipaiix  ^cono!iu«ie», 

(•Icrie  de  la  Bourte,  3,  pattage  dei  Panoramai. 

1842. 


HISTOIRE 


DE 


L'ÉCONOMIE  POLITIQUE. 


CHAPITRE  XXVII. 

De  Téconomie  politique  sous  Louis  XIY.  —  Ordonnances  du 
commerce. —De  la  marine. — Des  eaux  et  forêts. — Code  noir. 
— Conseils  de  prud'hommes. — Lois  sur  les  pauvres.  —  Fon- 
dation des  hospices  d'enfans-trouvés. — Création  de  compa- 
gnies commerciales.  — Opinion  des  économistes  contempo- 
rains :  Vauban,  Boisguilbert,  Tabbé  de  Saint-Pierre. 

Si,  comme  récrivait  naguère  un  de  nos  hommes 
d'état',  «  les  lois  sont  toujours  le  monument  le  plus 
important  et  le  plus  instructif  pour  Thistoire,  »  il 
n'est  pas  de  législation  plus  intéressante  pour  l'é- 
conomie politique  que  celle  du  règne  de  Louis  XIY . 
Nous  avons  déjà  fait  connaître  la  pensée  domi- 
nante du  grand  ministre  auquel  ce  règne  a  dû  tant 

'  M.  Thiers,  article  Law,  de  ÏEncyclopédie  progressive. 


6  HISTOIRE 

d'éclat;  il  est  temps  de  signaler  les  actes  qui  en 
furent  l'expression,  et  dont  l'ensemble  compose 
le  plus  bel  édifice  qui  ait  été  élevé  par  aucun  gou- 
vernement à  la  science  économique.  Seul,  en  effet, 
au  milieu  des  ruines  du  passé,  cet  édifice  est  de- 
meuré debout;  et  il  plane  encore  de  toute  sa  hau- 
teur sur  nos  institutions ,  qui  n'ont  pas  perdu, 
malgré  le  choc  des  révolutions,  l'empreinte  de  son 
imposanteoriginalité.  C'est  à  Colbert  qu'appartient 
l'honneur  d'en  avoir  doté  la  France ,  et  d'avoir 
compris  le  premier,  dans  toute  leur  étendue,  les 
ressources  de  la  production.  Sully  avait  voulu 
maintenir  la  France  dans  les  limites  étroites  d'un 
système  exclusivement  agricole  et  patriarcal  ;  il 
s'était  opposé  de  toutes  ses  forces  au  développe- 
ment des  manufactures,  et  il  n'avait  vu  dans  le 
commerce  qu'une  chance  dangereuse  d'exporta- 
tion pour  les  espèces.  L'austérité  de  son  économie 
politique  s'était  perpétuée  sous  le  règne  même  de 
Louis  XIII,  par  des  réglemens  somptuaires  et  des 
ordonnances  d'un  caractère  hostile  au  progrès  des 
richesses.  Colbert  ouvrit  la  carrière  au  travail  na- 
tional d'une  manière  régulière  et  savante,  et  nous 
ne  saurions  douter  que  sa  législation  ait  devancé 
d'un  siècle  au  moins  les  théories  de  l'économie 
politique  moderne.  Par  lui,  la  France  agrandit  ses 
frontières  et  se  mit  en  relation  avec  le  monde;  elle 
cessa  d'être  exclusivement  agricole,  et  elle  s'en- 


DE  l'Économie  politique.  7 

richit  tout  à  la  fois  de  la  valeur  nouvelle  donnée 
à  son  territoire  et  à  ses  habitans. 

Cette  époque  demeurera  éternellement  célèbre 
dans  les  annales  de  la  science,  parce  qu'elle  a  dé* 
montré  l'union  intime  du  progrès  matériel  et  du 
progrès  social.  Que  d'existences  commerciales  ont 
dû  leur  origine  à  ces  belles  ordonnances  sur  la 
marine,  sur  le  négoce,  sur  les  manufactures,  dont 
Golbert  était  le  dispensateur  et  l'organe!  Quand  on 
les  étudie  avec  attention,  il  est  facile  de  reconnaître 
qu'elles  ont  suscité  à  l'aristocratie  foncière  une  ri- 
valité formidable,  en  donnant  à  tous  les  citoyens 
la  facilité  de  s'élever  à  la  fortune  par  la  seule  in- 
fluence du  travail.  Les  forces  de  la  nation  en  ont  été 
doublées ,  et  Louis  XIV  a  pu ,  durant  les  longues 
années  de  son  règne,  élever  notre  pays  au  premier 
rang  des  puissances  ;  heureux  s'il  n'avait  point 
abusé  des  ressources  immenses  accumulées  par 
son  ministre!  Notre  temps,  si  fertile  en  essais  ha- 
sardeux, n'a  rien  qui  puisse  être  comparé  à  la  har- 
diesse des^  créations  de  cette  époque;  on  les  dirait 
toutes  fondues  d'un  seul  jet,  tant  elles  sont  sage- 
ment coordonnées  entre  elles  et  dirigées  vers  un 
but  identique. 

C'est  premièrement  la  situation  des  pauvres  qui 
attire  les  regards  de  l'autorité.  Tandis  qu'en  An- 
gleterre on  les  fustigeait,  on  les  mutilait  sous  les 
auspices  des  lois  draconiennes  de  Henri  YIII, 


8  HISTOIRE 

Golbert  faisait  rendre  un  édit  pour  établir  à  Paris 
une  maison  de  refuge  où  les  indigens  devaient  être 
reçus  comme  membres  vivans  de  Jésus-Christ ,  et  non 
pas  comme  membres  inutiles  de  l'état  ' .  Un  autre  édit 
de  juin  1662  veut  qu'il  soit  fondé  un  hôpital  en 
chaque  ville  et  bourg  du  royaume  pour  les  pauvres 
malades,  mendians  et  orphelins,  qui  y  seront  ins- 
truits aux  métiers  dont  ils  pourront  se  rendre  capables. 
Des  primes  d'encouragement  sont  accordées  aux 
compagnons  qui  épouseront  des  orphelines  de 
Fhospice  de  la  Miséricorde  :  le  roi  veut ,  dans  ce 
cas,  qu'on  leur  accorde  la  maîtrise  sans  frais.  Les 
ordonnances  rendues  sous  son  règne  témoignent 
des  efforts  constans  de  ce  prince  pour  extirper  de 
ses  états  le  fléau  delà  mendicité,  grave  question 
de  tous  les  âges,  et  que  le  nôtre  n'a  su  résoudre 
encore  qu'en  emprisonnemens  et  en  poursuites! 
En  même  temps,  la  sollicitude  du  pouvoir  établis- 
sait les  premières  maisons  d'enfans-trouvés  ',  de- 
venues depuis  lors  des  asiles  plus  meurtriers  pour 
l'enfance  que  ne  le  serait  l'abandon  même  ;  et 
notre  progrès  se  borne  encore  à  compter  les  vic- 
times *  ! 

*  Édit  d'avril  161$6,  dans  la  Collection  d'Isamberty  tom.  XVII, 

p.  526. 

«  Édit  de  juin  1670. 

'  M.  Mac  CuUoch  rapporte  que  dans  Thospice  des  enfans- 
trouvés  de  Dublin,  sur  12,786  enfans  exposés ,  il  y  eut  12,561 


DE  l'Économie  politique.  9 

J'ai  dit  ce  qu'avait  fait  Colbert  pour  les  manu- 
factures. Il  a  poussé  trop  loin  la  manie  réglemen- 
taire, et  nous  avons  peine  à  comprendre  aujour- 
d'hui ce  luxe  de  peines  appliquées  aux  erreurs  de 
la^hitnie  ou  de  la  mécanique,  comme  si  elles  étaient 
des  attentats  à  la  morale.  Cependant  une  telle  ri- 
gueur était  peut-être  nécessaire  au  succès  de  l'in- 
dustrie, comme  la  sévérité  de  la  règle  aux  commu- 
nautés naissantes;  et  Colbert  Ta  rachetée  par  tant 
de  bienfaits  qu'on  éprouve  beaucoup  d'embarras 
à  la  lui  reprocher.  Il  lui  sembla  que  la  discipline 
des  ateliers  était  le  plus  sûr  moyen  de  les  défendre 
contre  les  périls  de  la  concurrence  étrangère ,  et 
il  sut  l'y  maintenir  avec  une  sévérité  inflexible. 
Ainsi  se  répandait  par  toute  l'Europe  la  bonne  re- 
nommée des  produits  français,  et  leur  supériorité 
ne  tarda  point  à  être  constatée  sur  les  marchés  du 
monde.  L'industrie  française  commença  par  des 
chefs-d'œuvre  la  carrière  brillante  qu'elle  n'a  cessé 
de  parcourir,  et  nous  vivons  encore  des  traditions 
glorieuses  de  son  illustre  fondateur.  Une  impul- 
sion supérieure  et  unique  présidait  sur  toute  la 
surface  du  pays  aux  mouvemens  de  la  production, 
disciplinée  comme  une  armée,  et  si  quelquefois  le 
génie  individuel  a  rencontré  des  obstacles  dans 
la  sévère  uniformité  des  réglemens,  la  masse  des 

morts,  en  moins  de  six  années,  de  1791  à  1797.  (Principles  of 
political  economy^  p.  252,  édition  de  1850.) 


10  ^  HISTOIRE  -^ 

travailleurs  a  beaucoup  gagné  à  leur  promulgation. 
Tout  se  tenait  d'ailleurs  dans  les  vues  générales, 
de  Colbert.  Son  génie  protégeait  d'une  sollicitude 
commune  les  intérêts  de  l'agriculture,  de  l'indus- 
trie et^du  commerce.  C'est  là  sa  véritable  gloirj^, 
et  tandis  que  nous  dissertons  encore  sur  l'impor- 
tance relative  de  ces  trois  principaux  élémens  de 
la  prospérité  publique ,  il  en  encourageait  avec 
une  égale  ardeur  toutes  les  branches.  La  décla-. 
ration  du  25  janvier  1671  défendait  de  saisir  les 
bestiaux  du  fermier  ',  comme  Sully  avait  interdit 
la  saisie  des  instrumens  du  labourage.  L'ordon- 
nance de  juillet  1656  prescrivait  le  dessèchement 
des  marais.  Un  arrêt  du  conseil,  du  17  octobre 
1665,  portant  rétablissement  des  haras,  jetait  les 
bases  de  cette  institution  tout  agricole,  dont  nous 
aurions  retiré  depuis  long-temps  d'heureux  fruits, 
si  toutes  les  administrations  avaient  été  pénétrées 
de  l'esprit  de  son  auteur.  Eniin  le  magnifique  édit 
sur  les  eaux  et  forêts  ',  qui  coûta  huit  années  de 
travaux  à  Colbert,  est  devenu  la  base  de  notre 
Code  forestier.  Mais  il  ne  sufQsait  pas  d'aplanir 
les  difficultés  naturelles  delà  production  agricole  : 
de  quoi  lui  eût  servi  cette  fertilité  nouvelle ,  dé- 
pourvue de  débouchés  pour  la  vente  des  produits. 

*  «  Il  ne  voulait  pas,  dit  Necker,  que  le  malheur  fût  puni  par 
rimpuissance  de  le  réparer.  » 
«Août  1669. 


DE  l'Économie  politique.  11 

Goibert  avait  songé  à  l'importance  des  routes, 
et  il  les  fit  réparer  avec  tout  le  luxe  de  ressources 
que  lui  permettait  la  fortune  de  la  France.  L'ou- 
verture du  canal  des  deux  mers ,  le  projet  du  ca- 
nal  de  Bourgogne  et  toutes  ces  lignes  hardies ,  si 
savamment  tracées  depuis  sur  la  carte  de  notre 
pays,  sont  des  témoignages  frappans  de  sa  solli- 
citude à  cet  égard.  Ses  prédécesseurs  semblaieni 
n'avoir  songé  qu'à  isoler  tes  provinces  françaises 
entre  elles,  et  la  France  du  reste  de  l'Europe  :  Goi- 
bert eut  pour  système  d'abaisser  les  barrières  et 
de  multiplier  les  transactions.  Dans  l'industrie,  il 
crée  les  conseils  de  prud'hommes;  pour  le  com- 
merce, il  publie  successivement  sa  déclaration  ' 
sur  le  fait  et  négoce  de  la  lettre  de  change,  et  son  im- 
mortelle ordonnance  de  mars  1673,  notre  premier 
Code  de  commerce;  mais  c'est  surtout  la  naviga- 
tion qui  lui  doit  les  services  les  plus  éminens. 
Avant  V ordonnance  de  la  marine  '  SY^\  en  fixa  pour 

*  9  janvier  1664. 

*  Je  me  borne  à  citer  le  préambule  de  cette  ordonnance  pour 
donner  une  idée  de  la  manière  large  et  hardie  dont  Colbert  en- 
visageait toutes  les  questions  : 

«  Louis,  etc. 

»  Après  les  diverses  ordonnances  que  nous  avons  faites  pour 
régler  par  de  bonnes  lois  l'administration  de  la  justice  et  de  nos 
finances,  et  après  la  paix  glorieuse  dont  il  a  plu  à  Dieu  de  cou- 
ronner nos  dernières  victoires,  nous  avons  cru  que  pour  achever 
le  bonheur  de  nos  sujets  il  ne  restait  plus  qu'à  leur  procurer 
Tabondance,  par  la  facilité  et  Taugmentation  du  commerce,  qui 
<*st  une  des  principales  sources  de  la  félicité  des  peuples  :  et 


12  HISTOIRE 

la  première  fois,  d'une  manière  précise,  les  rè^ 
gles  essentielles  ,  le  commerce  maritime  était 
presque  nul  en  France  ;  Colbert  seul  lui  donna 
l'impulsion  et  la  vie.  Les  compagnies  des  deux 
Indes,  dignes  émules  des  villes  anséatiques  ,  s'é- 
tablirent sous  ses  auspices.  Une  colonie ,  partie 
de  La  Rochelle,  alla  peupler  Cayenne;  une  autre 
prit  possession  du  Canada,  et  jeta  les  fondemens 
de  Québec;  une  troisième  s'établit  à  Madagascar. 
Le  commerce  du  Levant  fut  ranimé ,  celui  du 
Nord  ouvert,  celui  des  colonies  étendu.  La  com- 
pagnie du  Sénégal ,  d'abord  organisée  en  mono- 
pole ,  vît  bientôt  son  commerce  tomber  dans  le 
domaine  public,  et  le  Code  noir  *  fut  la  première 

comme  celui  qui  se  fait  par  mer  est  le  plus  considérable ,  nous 
avons  pris  soin  d'enrichir  les  c6tes  qui  environnent  nos  états,  de 
nombre  de  havres  et  de  vaisseaux  pour  la  sûreté  et  la  commo- 
dité des  navigateurs  qui  abordent  à  présent  dans  tous  les  ports 
de  notre  royaume  ;  mais  parce  qu'il  n'est  pas  moins  nécessaire 
d'affermir  le  commerce  par  de  bonnes  lois,  que  de  le  rendre  li- 
bre et  commode  par  la  bonté  des  ports  et  par  la  force  des  armes, 
et  que  nos  ordonnances,  celles  de  nos  prédécesseurs,  ni  le  droit 
romain,  ne  contiennent  que  très  peu  de  dispositions  pour  la 
décision  des  différends  qui  naissent  entre  les  négocians  et  les 
gens  de  mer,  nous  avons  estimé  que,  pour  ne  rien  laisser  à  dé- 
sirer au  bien  de  la  navigation  et  du  commerce,  il  était  important 
de  fixer  la  jurisprudence  des  contrats  maritimes,  jusqu'à  pré- 
sent incertaine ,  de  régler  la  juridiction  des  officiers  de  Pami*- 
rauté ,  et  les  principaux  devoirs  des  gens  de  mer ,  et  d'établir 
une  bonne  police  dans  les  ports,  côtes  et  rades  qui  sont  dans 
l'étendue  de  notre  domination.  A  ces  causes,  etc.  » 
•  Mars  1685. 


DE  l'égonomib  politique.  13 

eharte  constitutionnelle  de  cette  race  infortunée 
que  l'Europe  éclairée  devait  affranchir  un  jour. 

On  ne  sait  ce  qu'on  doit  le  plus  admirer,  ou  de 
Vensemble  de  cette  vaste  législation  économique 
ou  de  la  netteté  des  considérations  sur  lesquelles 
ses  arrêts  étaient  motivés.  Colbert  prenait  soin  de 
s'entourer  de  tous  les  hommes  versés  dans  les 
matières  où  sa  main  vigoureuse  allait  porter  la  ré- 
forme ;  il  les  interrogeait ,  écoutait  leurs  objec- 
tions, modifiait  très  souvent  sa  pensée  d'après  la 
leur.  Il  faisait  planter  une  pépinière  dans  le  fau- 
bourg du  Roule,  et  il  établissait  des  coches  d'eau 
sur  la  Seine.  Il  créait  la  petite  poste  * ,  et  il  per- 
fectionnait la  grande;  il  creusait  la  rivière  de  Marne 
et  il  faisait  de  Dunkerque  un  port  franc.  Des  ré- 
glemens,  des  édits ,  des  déclarations ,  des  lettres- 
patentes  ,  des  ordonnances  eurent  pourvu  dans 
moins  de  vingt  années  à  la  solution  de  toutes  les 
difficultés  soulevées  par  le  commerce  des  grains, 
du  vin,  du  bois,  du  tabac,  des  métaux  précieux. 
On  eût  dit  que  la  France  ne  se  connaissait  point 
encore,  et  que  le  ministre  de  Louis  XIV  la  révé- 
lait à  elle-même ,  tant  elle  vit  surgir  de  son  sein 
d'usines  importantes  et  des  flottes  nombreuses 
appareiller  de  ses  ports.  Quoique  le  grand  Col- 
bert n'ait  jamais  eu  l'occasion  de  formuler  ses 

*  Mai  16i(5. 


14  HISTOIRE 

idées  en  sytème  '  et  de  publier  ce  que,  de  notre 
temps,  on  appelle  un  programme,  il  est  facile  de 
reconnaître  en  lui  un  des  novateurs  les  plus  ré- 
solus dont  l'histoire  fasse  mention.  Né  dans  la 
classe  laborieuse  et  parvenu  par  son  mérite  seul 
au  faite  des  honneurs,  il  ne  cessa  jamais  de  tra- 
vailler à  l'amélioration  du  sort  du  plus  grand  nom- 
bre, et  le  témoignage  des  écrivains  contemporains 
fait  foi  des  résistances  qu'il  eut  le  courage  d'op- 
poser aux  prodigalités  de  Louis  XIV,  La  France 
était  devenue  si  belle ,  avant  que  ce  prince  eût 
dévoré  toutes  les  ressources  dont  Colbert  l'avait 
enrichie'!  Jamais  on  n'avait  plus  clairement  re- 

*  Voici  ce  que  dit  à  ce  sujet  Forbonnais ,  son  meilleur  his- 
torien : 

«  Quoique  la  communication  de  ce  qui  reste  des  papiers  de 
»  ce  grand  homme  m'ait  été  accordée  pai*  sa  famille  ^  on  serait 
»  surpris  du  peu  de  secours  que  j'en  ai  tiré.  Quelques  projets 
»  d'état  des  dernières  années,  des  apostiHes  très  courteâ  et  par 
»  observations,  ne  pouvaient  contenter  qu'une  partie  de  ma  eu- 
»  riosité.  C*est  son  esprit  que  je  voulais  connaître  ,  et  le  seul 
»  monument  qui  en  reste  est  consacré  en  deux  feuilles  écrites  à 
»  mi-page,  en  forme  de  notes.  Les  édits ,  ordonnancés  et  arrêts 
»  rendus  sur  les  matières  économiques  aai  été  ma  seoie  res- 
»  source.  »  {Considérations  sur  les  finances  de  France^  tome  I, 
page  271.) 

'  Colbert  s'en  exprimait  en  termes  vifs  au  roi  lui-même ,  dans 
un  mémoire  dont  j'extrais  ce  passage  : 

«  A  l'égard  de  la  dépense ,  quoique  cela  ne  me  regarde  en 
»  rien^  je  supplie  seulement  votre  majesté  de  me  permettre  de 
»  lui  dire  qu'en  guerre  et  en  paix  elle  n'a  jamais  consulté  ses  fi- 
9  nances  pour  résoudre  ses  dépenses ,  ce  qui  est  si  extrâOrdi- 


DE  l'Économie  politique.  15 

connu  ce  ([ue  peut  le  génie  d'un  grand  peuple, 
quand  il  est  gouverné  par  des  hommes  dignes  de 
le  comprendre  et  de  le  diriger. 

Aussi,  même  après  les  revers  qui  suivirent  la 
vieillesse  du  roi ,  même  après  la  révocation  de 
redit  de  Nantes,  la  France  ne  descendit  point  sans 
retour  du  rang  élevé  qu'elle  s'était  acquis.  Ce  fut 
sans  doute  uncoup  horrible  pour  elle  queceluiqui 
lui  enleva  cinq  cent  mille  de  ses  enfans  les  plus 
industrieux,  car  cette  perte  cruelle  n'a  jamais  été 
réparée  ;  mais  les  habitudes  d'ordre  et  de  travail 
dont  ils  étaient  imbus  se  répandirent  dans  toute 
l'Europe,  et  c'est  ainsi  que  la  grande  rénovation 
opérée  par  Colbert  cessa  d'avoir  le  caractère  étroit 
de  nationalité  que  peut-être  elle  eût  conservé. 
Chaque  peuple  reçut  sa  part  des  bienfaits  de  cet 
hommed'état;  l'Allemagne,  l'Angleterre, la  Suisse, 
la  Hollande  recueillirent  avec  nos  proscrits  l'héri- 
tage de  nos  manufactures ,  et  malheureusement 
celui  des  idées  exclusives  qui  avaient  présidé  à 
leur  établissement.  Personne  ne  songea  que  Col- 

»  naire,  qu'assurément  il  n'y  en  a  pas  d'exemple;  et  si  elle  vou- 
»  lait  bien  se  faire  représenter  et  comparer  les  temps  et  les 
»  années  passés ,  depuis  vingt-cinq  ans  que  j'ai  l'honneur  de  la 
>  servir,  elle  trouverait  que  quoique  les  recettes  aient  beaucoup 
»  augmenté,  les  dépenses  ont  de  beaucoup  excédé  les  recettes; 
»  et  peut-ê^e  que  cela  convaincrait  votre  majesté  à  modérer  et 
»  retrancher  les  excessives,  et  mettre  par  ce  moyen  un  peu  plus 
»  de  proportion  entre  les  recettes  et  les  dépenses.  » 


16  HISTOIRE 

bert  n'avait  entendu  accorder  à  l'industrie  qu'une 
protection  provisoire ,  pour  lui  donner  le  temps 
de  grandir  et  de  se  consolider.  On  chercha  le 
progrès  dans  la  prohibition,  tandis  qu'il  le  vou- 
lait par  la  concurrence ,  et  la  prohibition  dure 
encore,  sous  des  formes  plus  ou  moins  restricti- 
ves, parce  qu'il  est  plus  facile  d'exclure  des  rivaux 
que  de  les  surpasser.  Voilà  comment  le  système 
de  Colbert  est  devenu  européen;  mais  il  n'a  été 
fatal  à  la  France  que  parce  qu'il  l'a  exposée  aux 
représailles  de  ses  voisins,  au  moment  même  où 
la  révocation  de  l'édit  de  Nantes  laissait  notre  in- 
dustrie désarmée.  Colbert  avait  semé  :  l'étranger 
recueillit. 

On  ne  saurait  attacher  trop  d'importance  à  l'é- 
tude de  ces  faits,  sans  laquelle  l'histoire  de  l'éco- 
nomie politique  sous  Louis XIV  serait  inexplicable. 
Colbert  lui-même  fut  réduit  plus  d'une  fois  à 
défaire  son  propre  ouvrage ,  par  le  malheur  des 
temps  et  par  la  nécessité  de  suffire  aux  exigences 
des  événemens.  Le  numéraire,  que  ses  tarifs 
avaient  pour  but  de  retenir  en  France,  en  sortit 
par  millions  pendant  la  longue  persécution  des 
protestans,  et  avec  eux  la  plupart  de  nos  arts  dont 
ils  emportaient  le  secret  :  nous  perdions  ainsi  tout 
à  la  fois  d'immenses  capitaux  '  et  les  industries 

'  Macpherson  {Annales  du  Commerce^  tome  11 ,  page  617)^ 


V 


DE  l'Économie  politique.  17 

capables  de  nous  dédommager  de  leur  perte.  C'est 
de  ces  temps  calamiteux  que  date  Torigine  des 
plus  brillantes  manufactures  étrangères  et  cette 
soif  de  monopoles  qui  caractérise  le  système  mer- 
cantile. Il  y  eut  un  moment  où  l'on  ne  faisait  plus 
d'autres  livres  que  pour  démontrer  l'avantage 
d'accaparer  le  numéraire  et  le  danger  de  le  laisser 
sortir^  Les  Hollandais  même ,  devenus  manufac- 
turiers,  proclamèrent  avec  ardeur  le  régime  des 
prohibitions,  et  les  écrivains,  contemporains,  de 
la  Grande-Bretagne,  ne  parlent  que  des  inconvé- 
niens  de  l'échange,  toutes  les  fois  qu'il  se  résout 
pour  leur  pays  en  exportations  d'espèces.  «  Le 
moyen  le  plus  sûr  d'enrichir  la  nation,  écrivait 
Thomas  Mun  ' ,  est  de  vendre  chaque  année  aux 
étrangers  plus  de  marchandises  que  nous  ne  con- 
sommons des  leurs.  »  Lord  Davenant,  sir  Josuah 
Ghild,  sir  Jandes  Stcuart,  ses  compatriotes,  Melon 
et  Forbonnais  en  France ,  Genovesi  et  son  école 
en  Italie,  Ustariz  en  Espagne  ont  tenu  le  même 
langage  et  il  n'est  pas  surprenant  que  l'Europe 
entière  ait  sanctionné  des  préjugés  empreints 
d'une  certaine  couleur  de  patriotisme. 

La  puissance  irrésistible  des  principes  modifia 
néanmoins,  même  à  son  origine ,  cette  tendance 

évalue  à  près  de  cent  millions  de  francs  les  richesses  métalliques 
importées  en  Angleterre  par  les  réfugiés. 
'  England*ê  treasure  by  foreign  trade^  page  li. 

DEUXIÈME  ÉDITION.  ti 


18  HISTOIRK 

exclusive  des  gouvernemens  en  matière  d'indus- 
trie. Nous  les  voyons  presque  tous  tempérer  par 
des  traités  de  commerce,  c'est-à-dire  par  une 
véritable  concession  de  privilèges,  la  rigueur  des 
nouveaux  tarifs.  On  dirait  qu'ils  éprouvent  le 
besoin  de  se  dédommager  mutuellement  du  tort 
que  le  système  prohibitif  ne  peut  manquer  de 
leur  causer.  Et  déjà,  sous  Louis  XIV,  ce  n'était 
pas  seulement  sur  de  telles  questions  qu'on  es^ 
sayait  la  controverse  ;  l'économie  politique  abor- 
dait des  discussions  plus  hautes  et  plus  périlleu- 
ses. Les  prodigalités  de  la  fin  de  ce  règne  avaient 
porté  au  comble  la  misère  publique.  Tout  ce  que 
le  génie  de  Golbert  avait  créé  de  ressources  était 
épuisé.  Lui-même  était  obligé  de  recourir  à  des 
expédiens  oppressifs  pour  suffire  aux  exigences 
de  son  maître,  et  plus  d'une  fois,  le  désespoir 
dans  l'âme ,  il  avait  augmenté  des  taxes  contre 
lesquelles  son  cœur  et  sa  raison  protestaient 
également  :  «  Il  faut  épargner  cinq  sous  aux  cho- 
ses non  nécessaires,  disait-il  à  Louis  XIY,  et  jeter 
lés  millions  quand  il  est  question  de  l'intérêt  ou 
de  la  gloire  du  pays.  Un  repas  mutile  de  3,000  /t- 
x>re$  me  fait  une  peine  incroyable ,  et  lorsqu'il  est 
question  de  millions  d'or  pour  la  Pologne,  j'en- 
gagerais ma  femme  et  mes  enfans  et  j'irais  à 
pied  toute  ma  vie  pour  y  fournir.  »  Tel  était 
l'homme  dont  un  peuple  aveuglé  troubla  les  fu- 


DE  L'KGONOMIE  politique.  19 

Dérailles  et  qu'il  fallut  ensevelir  de  nuit  à  Saint- 
Eustache,  comme  un  ennemi  public. 

Mais  ce  noble  héritage  de  franchise  fut  re- 
cueilli après  sa  mort,  et  il  se  trouva  des  voix  gé- 
néreuses qui  osèrent  prendre   la  défense  des 
principes^  et>des  peuples.  Le  maréchal  de  Yâuban 
n'hésita  point  à  faire  entendre,  dans  son  Prcjet 
d'uM  Dmie  royale,   d'austères  mérités  *  :  «  Par 
toutes  les  recherches  que  j'ai  pu  faire,  disait-il^ 
depuis  plusieurs  années  que  je  m'y  applique,  j'ai 
fort  bien  remarqué  que  dans  ces  derniers  temps 
près  de  la  dixième  partie  du  peuple  est  réduite 
à  la  mendicité  et  mendie  effectivement;  que  des 
neuf  autres  parties  il  y  en  a  cinq  qui  ne  sont  pas 
en  état  de  faire  l'aumône  à  celle-là,  parce  qu'eux- 
mêmes  sont  réduits,  à  très  peu  de  chose  près,  à 
cette  malheureuse   condition;   que  des  quatre 
autres  parties  qui  restent,  trois  sont  fort  malai- 
sées et  /embarrassées  de  dettes  et  de  procès,  et 
que  dans  la  dixième,  où  je  mets  tous  les  gens 
d'épée,  de  robe,  ecclésiastiques  et  laïques,  toute 
la  noblesse  et  les  gens  en  charge  militaire  et  ci- 
vile, les  bons  marchsinds,  les  bourgeois  rentes  et 
les  accommodés,   on  ne  peut  pas  compter  sur 

'  On  verra  dans  la  bibliographie  raisonnée  qui  termine  cet 
ouvrage,  les  motifs  sur  lesquels  je  me  suis  fondé  pour  recon- 
naître le  maréchal  de  Vanban  comme  Taateur  véritefble  de  la 
JHme  rùyale^  fai}ssement  attribuée  à  Boisguilbert. 


20  HISTOIRE 

cent  mille  familles,  et  je  ne  croirais  pas  mentir, 
quand  je  dirais  qu'il  n'y  en  a  pas  dix  mille  peti- 
tes ou  grandes,  qu'on  puisse  dire  être  fort  à  leur 
aise.  * 

Le  maréchal  de  Yauban  avait  été  frappé,  com- 
me Colbert ,  de  l'inégale  répartition  des  taxes , 
qui  était  le  plus  grand  fléau  de  son  temps,  et  il 
déplorait  l'abus  des  privilèges  en  vertu- desquels 
les  classes  les  plus  riches  étaient  exemptes  d'im- 
pôts. Il  lui  vint  à  l'idée  que  les  revenus,  obtenus 
à  si  grands  frais,  des  peuples,  pouvaient  être 
avantageusement  remplacés  par  une  contribution 
foncière,  unique,  générale,  proportionnellement 
égale,  Gxée  au  dixième  des  revenus  en  nature 
pour  les  fruits  de  la  terre ,  en  argent  pour  les 
autres  biens,  et  qu'il  nommait  par  cette  raison 
la  Dimê  royale. 

On  trouve  de  nombreux  rapports  entre  ses 
vues  économiques  et  celles  que  Turgot  devait 
faire  prévaloir  un  demi-siècle  plus  tard.  Il  de- 
mandait la  suppression  des  douanes  intérieures 
et  l'abaissement  des  tarifs  sur  les  produits  étran- 
gers; une  réduction  de  moitié  sur  l'impôt  du  sel 
et  Tabolition  des  impôts  indirects,  y  compris  la 
dime  ecclésiastique.  Il  y  avait  dans  son  projet 
de  réforme  beaucoup  d'améliorations  impratica- 
bles ;  mais  les  maximes  fondamentales  sur  les- 
quelles il  était  appuyé  lionorent  tout  à  la  fois  son 


DE  l'Économie  politique.  21 

jugeiûent  et  son  caractère  :  <r  Aucun  état,  disait- 
il,  ne  peut  se  soutenir,  si  les  sujets  ne  le  sou- 
tiennent. Or,  ce  soiuim  comprend  tous  les  besoins 
de  l'état  auxquels,  par  conséquent,  tous  les  su- 
jets sont  obligés  de  contribuer.  De  cette  néces- 
sité il  résulte  :  premièrement ,  une  obligation 
naturelle  aux  sujets  de  toute  condition  de  contri- 
buer à  proportion  de  leur  revenu  ou  de  leur  in- 
dustrie, sam  qu'aucun  d'eux  s'en  puisse  raisonna^ 
blement  dispenser;  deuxièmement^  qu'il  suffît, 
pour  autoriser  ce  droit,  d'être  sujet  de  cet  état  ; 
troisièmement,  que  tout  privilège  qui  tend  à 
l'exemption  de  cette  contribution  est  injuste  et 
abusif,  et  ne  peut  ni  ne  doit  prévaloir  au  préju- 
dice du  public.  » 

Mais  ce  n'est  pas  seulement  dans  ces  générali- 
tés linancières  que  brille  la  raison  supérieure  de 
Vauban  '  et  son  amour  ardent  de  l'humanité  ;  on 
retrouve  dans  les  moindres^  détails  l'administra- 
teur habile  et  l'économiste  éclairé.  Il  suffît  de 
lire,  dans  sa  Dime  royale,  le  chapitre  qu'il  a  con- 
sacré àf4'impôt  du  sel,  où  se  trouvent  mêlées 
des  considérations  de  la  plus  grande  profondeur, 
aux  détails  les  plus  familiers  et  les  plus  populai- 
res.  «  Le  sel,  selon  lui,  est  une  manne  dont  Dieu  a 

*  La  plus  belle  analyse  qu'on  ait  faite  des  idées  de  Vauban  se 
trouve  dans  l'ouvrage  de  Stcuarl.  {Recherches  des  principes  de 
l'écmomie politique^  lis.  \ y chap.  a ^ 


22  lilSTOIRK 

gratifié  le  genre  humam,  et  sur  lequel  ,  par  consé- 
quent, il  semblerait  qu'on  n'aurait  pas  dû  mettre 
d'impôt.  »  Puis  il  ajoute  :  «  La  cherté  du  sel  le 
rend  si  rare,  qu'elle  cause  une  espèce  de  famine 
dans  le  royaume,  très-sensible  au  menu  peuple, 
qui  ne  peut  faire  aucune  salaison  de  viande  pour 
son  usage,  faute  de  sel.  Il  n'y  a  point  de  ménage 
qui  ne  puisse  nourrir  un  cochon,  ce  qu'il  ne  fait 
pas,  parce  qu'il  n'a  pas  de  quoi  avoir  pour  le  sa- 
ler ;  ils  ne  salent  même  leur  pot  qu'à  demi  et  sou- 
vent point  du  tout.  »  Ne  croirait-on  pas,  en  lisant 
ces  réflexions  naïves ,  entendre  un  écrivain  de 
l'antiquité?  Et  cependant  le  livre  de  Yauban  est 
peu  connu,  quoiqu'il  renferme  les  principales 
bases  de  la  science  économique,  dont  nous  glo^ 
rilions  chaque  jour  les  modernes  fondateurs. 

Un  autre  économiste,  également  oublié,  du 
siècle  de  Louis  XIV,  Pierre  de  Boisguilbert,  a  re- 
tracé sous  les  plus  vives  couleurs  les  souffrances 
et  le$  besoins  de  ses  contemporains,  dans  un 
écrit  intitulé  :  Détail  de  la  France  sotiS  Louis  XIV. 
Il  y  signale  sans  ménagement  les  causes  de  la 
décadence  dont  les  symptômes  devenaient  visi- 
bles à  tous  les  yeux ,  et  il  insiste ,  comme  Yau- 
baq,  sur  les  iniquités  d'une  mauvaise  répartition 
des  taxes,  contre  laquelle  le  grand  Golbert  lui- 
même  avait  inutilement  protesté^  Les  douanes 
n'y  sont  pas  plus  épargnées  que  dans  le  livre  de 


DE  l'Économie  politique.  $3 

YaubaD  :  «  Elles  causent ,  dit-il ,  à  peu  près  les 
mêmes  effets  que  les  aides,  et  plus  de  mal  enoore, 
en  bannissant  les  étrangers  de  nos  ports  et  en  les 
obligeant  d'aller  chercher  ailleurs  ce  qu'ils  ve- 
naient quérir  chez  nous,  ou  d'apprendre  nos  ma- 
nufactures en  attirant  nos  ouvriers.  »  La  même 
rectitude  de  jugement  se  iaisait^  remarquer,  dans 
toutes  les  autres  appréciations  de  l'état  de  la 
France  à  cette  époque,  état  déplorable,  qui  arra- 
chait des  larmes  à  tous  les  hommes  généreux,  et 
qui  avait  pénétré  d'une  égal^  inquiétude  les  éco- 
nomistes et  les  poètes,  Boisguilbert  et  Yauban, 
Fénelon  et  Racine!  Partout  la  population  ne  ces* 
sait  de  décrottre  :  «  Le  mçnu  peuple  est  beau- 
coup diminué  dans  ces  derniers  temps ,  disait 
Yauban,  par  la  guerre,  par  les  maladies  et  par  1^ 
misère  des  dernières  années ,  qui  en  ont  fait 
mourir  de  faim  un  grand  nombre  ^i  réduit  beau- 
coup d'autres  à  la  mendicité.  » 

On  ne  saurait  disconvenir  pourtant  que  le  rè- 
gne de  Louis  XIY,  tant  décrié,  n'ait  Quvert  la 
carrière  à  des  réformes  importante^  dans  Tbis- 
totre  de  l'économie  politique.  L'industrie,  sévè- 
rement organisée,  fit  naître  des  chefe-d'œuvre  ^t 
doubla  nos  forces  productives  ;  le  commerce  s'é- 
leva à  une  hauteur  jusqu'alors  inconnue  sous 
l'empire  des  institutions  fondamentales  qui  de- 
vaient en  accroître  la  splendeur.  Le  toit  du  roi 


4  • 


24  HISTOIRE 

fut  de  dépenser  plus  d'argent  que  ne  lui  en 
fournissaient  les  impôts  et  d'empêcher  la  forma- 
tion des  capUaux  qui  auraient  complété  l'œuvre 
de  Colbert.  Les  profits  étaient  absorbés  avant  de 
naître ,  et  déjà  s'ouvrait ,  sous  les  auspices  de 
Louvois  9  le  gouffife  des  emprunts  qui  devaient 
changer  la  science  des  finances  et  perfectionner 
l'étude  du  crédit.  La  France  était  devenue  un 
immense  atelier,  d'où  nous  voyons  déjà  poindre 
les  quêtions  de  paupérisme,  malgré  le  peu  de 
développement  des  machines  et  les  Obstacles  op- 
posés à  l'encombrement  des  industries,  par  le 
sjrstème  des  corporations.  Le  projet  de  paix  per- 
pétuelle de  l'abbé  de  Saint-Piéi^re ,    considéré 
comme  une  utopie,  renferme  une  foule  d'aperçus 
ingénieux  sur  ces  difficultés  sociales,  et  la  grande 
école  Économiste  du  dix-huitième  siècle  se  révèle 
déjà  tout  entière  dans  ces  paroles  remarquables 
de  Boisguilbert  :   «  Bien  que  la  magnificence  et 
l'abondance  soient  extrêmes  en  France,  comme 
ce  n'est  qu'en  quelques  particuliers,  et  que  la 
plus  grande  partie  est  dans  la  dernière  indi- 
gence,  cela  ne  peut  compenser  la  perte  que  fait 
l'état  pour  le  plus  grand  nombre  '.  » 

*  Détail  de  la  France  sous  Louis  XI V^  chap.  vu  ,  1"  partie. 


•^•if^      - 


DE  l'Économie  politique.  26 


CHAPITRE  XXVIII. 

Propagation  du  système  mercantile  en  Europe  ,  sous  le  nom  de 
Colbertisme. — Il  est  neutralisé  par  la  contrebande. — In- 
fluence de  la;  contrebande  sur  la  solution  des  questions  éco- 
nomiques. 

> 

C'est  à  tort  qu'on  regarde  Colbert  comme  le 
fondateur  du  système  mercantile:  nous  avons  vu 
que  ce  système,  dont  la  prétention  est  de  vendre 
toujours  sans  acheter  jamais ,  venait  des  Espa- 
gnols et  qu'il  fut  l'œuvre  de  Charles-Quint.  On 
le  connaissait  déjà  par  toute  l'Europe  avant  qu'il 
eût  un  nom,  et  Colbert  n'en  était  pas  partisan 
dans  les  premiers  temps  de  son  ministère,  car 
toutes  les  ordonnances  de  cett^  époque  étaient 
favorables  à  la  liberté  du  commerce.  C'est  seule- 
ment quand  il  voulut  donner  une  impulsion  éner- 
gique à  nos  manufactures,  qu'il  réfléchit  au  parti 
qu'on  pourrait  tirer  de  la  prohibition  des  pro- 
duits étrangers.  Tous  les  fabricans  intéressés  à 
l'élévation  du  prix  des  marchandises  devinrent , 
dès  ce  moment,  ses  a4ixiliaires  et  prirent  avec  ar- 
deur la  défense  d'un  système  qui  leur  assurait 
d'immenses  bénéfices.  En  même  temps  ,  le  fisc 
avait  sa  part  des  droits  auxquels  étaient  assujé- 


26  HISTOIRE 

tis  les  articles  importés,  et  cette  alliance  contri- 
bua encore  à  fortifier  le  préjugé  public.  Personne 
n'aurait  osé  désapprouver  un  expédient  assez 
heureux  pour  enrichir  tout  à  la  fois  les  particu- 
liers et  l'état. 

On  ne  reconnut  point,  en  effet,  sur-le-champ, 
la  nature  véritable  du  dommage  causé  au  pays 
par  l'adoption  de  ce  système.  On  voyait  de  tou- 
tes parts  s'élever  des  fabriques;  le  haut  prix  de 
leurs  produits  procurait  aux  chefs  de  l'industrie 
des  profits  considérables  et  multipliait  leurs  ca- 
pitaux par  l'accumulation.  Les  manufactures 
françaises  de  soieries ,  de  glaces  ,  de  draps ,  de 
tapis  ne  connaissaient  plus  de  rivales,  et  l'Eu- 
rope entière  était  devenue  leur  tributaire  ;  mais 
il  vint  un  moment  où  les  étrangers  se  mirent  à 
user  de  représailles  et  à  repousser  les  denrées 
françaises.  Au  tarif  de  1667 ,  les  Hollandais  ré- 
pondirent, en  1671,  par  la  prohibition  des  vins 
et  des  eaux-de-vie  de  France;  et  cette  querelle, 
toute  commerciale,  n'en  fut  pas  moins  une  des 
princi(>alcs  causes  de  la  guerre  de  1672,  puis- 
qu'il fallut  adoucir  les  tarifs  à  la  paix  de  Ni- 
m«\gU(>.  Toutefois ,  la  contagion  avait  gagné  tous 
les  |>ouplos ,  et  les  guerres  de  douanes  n'ont 
ot>sS(^  d'aflligor  le  monde  depuis  cette  époque. 

lino  autre  oons<'H|uenco  fâcheuse  du  système 
in^rtNiniilo  ou  rt>strici.if ,  co  fui  rasscrvisseaient 


DE  l'Économie  politique.  27 

absolu  des  travailleurs  aux  capitalistes ,  et  Tac- 
croissement  de  la  misère  indiyfduelle  en  pré- 
sence de  là  richesse  générale.  Ce  terrible  con- 
traste n'a  cessé  d'effrayer  depuis  lors  les  sociétés 
modernes.  Une  production  artificielle  et  ardente 
a  pris  la  place  du  travail  régulier  et  paisible 
des  temps  antérieurs ,  et ,  par  une  contradiction 
étrange,  on  a  restreint  les  moyens  de  vendre  en 
limitant  la  faculté  d'acheter.  Le  système  mercan- 
tile est  né  de  l'idée  fausse  qu'un  peuple  s'enri- 
chit en  exportant  et  s'appauvrit  en  important  ; 
erreur  fondamentale,  dont  les  inconvéniens  ont 
été  mis  désormais  hors  de  doute  par  les  écono- 
mistes de  tous  les  pays.  Simple  historien,  je  ne 
retracerai  point  les  débats  mémorables  qui  se 
sont  élevés  sur  cette  grave  question  ;  it  me  sutBra 
de  rappeler  que  les  complications  dont  elle  est 
hérissée  doivent  leur  origine  aux  privilèges  pro- 
digués par  Golbert  à  l'industrie  française,  et  que 
l'industrie  des  autres  nations  s'est  fait  concéder 
à  son  tour. 

Il  y  a  lieu  de  penser  que  si  les  vraies  lois  de 
la  production  lui  eussent  été  mieux  connues, 
Golbert  n'aurait  entraîné  ni  son  pays  ni  l'Eu- 
rope dans  la  voie  périlleuse  où  ils  sont  aujour- 
d'hui engagés.  A  l'exemple  des  Espagnols ,  cet 
illustre  ministre  s'est  trop  préoccupé  de  l'in- 
fluence du  numéraire,  et  il  n'y  a  pas  vu  qu'en  dé- 


28  HISTOIRE 

finitive  chaque  nation  paie  avec  ses  propres  pro- 
duits les  produits  qu'elle  tire  de  l'étranger,  soit 
que  l'étranger  envoie  de  l'or ,  soil  qu'il  livre  des 
marchandises.  Il  a  partagé  le  préjugé  commua  '  à 
une  époque  où  la  découverte  récente  des  mines 
d'Amérique  avait  procuré  à  leurs  heureux  pos^- 
sesseurs  une  suprématie  enviée  des  autres  peu- 
ples. C'est  pour  obtenir  sa  part  de  l'or  répandu 
en  Europe  que  la  France  voulut  avoir  ses  comp- 
tes soldés  en  espèces,  malgré  le  cortège  de  vexa- 
lions  de  tout  genre  dont  cette  résolution  devait 
être  accompagnée.  - 

Jamais,  il  faut  le  dire,  aucun  paradoxe  ne  fut 
accueilli  avec  plus  d'enthousiasme  que  celui  sur 

'  Don  Bernard  de  UUoa  a  signalé  avec  une  grande  lucidité 
Terreur  générale  de  ses  concitoyens  au  sujet  des  richesses  mé- 
talliques : 

«  Quand  nous' nous  vîmes  maîtres,  dît-il,  du  Nouveau-Monde 
et  de  ses  mines,  nous  crûmes  avec  confiance  que  ce  vain  titre 
nous  assurait  à  jamais  la  jouissance  de  ces  trésors;  il  nous  sem- 
bla voir  les  natioâs  dans  une  humble  dépendance  venir  chercher 
chez  nous  le  superflu  de  nos  richesses.  Abusés  par  cette  flat- 
teuse chimère  et  contens  de  la  beauté  et  du  bon  marché  des 
étoffes  étrangères,  nous  abandonnâmes  le  soin  de  nos  manufac- 
tures; Tétranger  profita  d'une  négligence  si  favorable  pour  éle- 
ver les  siennes,  et  nous  enleva  bientôt  par  ce  moyen,  non  seu- 
lement tout  ce  que  les  Indes  nous  avaient  produit  d'or  et 
d'argent  pendant  plusieurs  années,  mais  même  les  matières 
précieuses  de  notre  cru,  dont  ses  manufactures  ne  peuvent  se 
passer.  »  [Du  rélablissemenl  des  manufactures  et  du  commerce 
d'Espagne,  page  5.) 


DE  l'économie  politique.  29 

lequel  reposait  toute  la  théorie  du  système  mer- 
cantile. En  France,  en  Angleterre ,  en  Allema- 
gne, en  Italie,  en  Espagne^  tous  les  écrivains  se 
montrèrent  unanimes  à  vanter  les  merveilles  de 
l'isolement  industriel,  sans  considérer  que  ce 
système  se  détruisait  en  se  généralisant,  et  que 
Tespoir  de  vendre  sans  acheter  serait  perdu  le 
jour  où  chaque  peuple  voudrait  forcer  ses  voi- 
sins d'acheter  ^ns  vendre.  Les  plus  sa  vans  éco^ 
nomistes  se  firent  les  propagateurs  de  cette  doc- 
trine, et  il  y  en  eut  un  sv  grand  nombre ,  que  la 
seule  nomenclature  de  leurs  écrits  occupera  plu- 
sieurs pages  de  cet  ouvrage'.  L'administration 
ne  tarda  point  à  s'associer  à  leurs  idées,  qui  ont 
donné  naissance  à  tous  les  obstacles  réservés  à  la 
grande  réforme  commerciale  dont  nous  entre- 
voyons l'aurore.  Si  de  grands  intérêts  privés  ont 
été  créés  sous  l'empire  de  ce  préjugé,  ce  n'est 
point  un  motif  pour  désespérer  des  améliora- 
tions impérieusement  réclamées  par  l'intérêt  gé- 
néral. «  Le  licenciement  d'une  armée,  dit  Adam 
Smith,  entraine  bien  aussi  quelques  inconvé- 
niens  :  faut-il  donc  demeurer  dans  un  élat  de 
guerre  perpétuel,  de  peur  de  renvoyer  qqdques 
soldats?  » 

Le  système  mercantile  n'a  vécu  si  long-temps 
que  parce  qu'il  fut,  dès  le  principe,  revêtu  d'une 

*  Voir  la  bibliographie  raisonnée  à  la  fin  de  ce  volume. 


32  HIST^OIRE 

malédictions  dont  ii  été  accablé  par  les  économis- 
tes du  dix-huitième  siècle;  il  règne  encore  de  nos 
jours  dans  tes  conseils  des  gouvernemens,  et  il 
maintieht,  sous  le  masque  d'un  patriotisme  in- 
téressé, tous  les  monopoles  dont  l'Europe  souffre 
et  se  plaint. 

Toutefois,  il  est  dans  la  nature  des  mauvaises 
institutions  de  n'être  jamais  respectées  et  de  don- 
ner naissance  à  des  protestations  qui  finissent 
par  en  amener  ta  réforme  :  la  contrebande  a  été 
pour  le  système  exclusif  la  plus  constante  et  la 
plus  expressive  de  ces  protestations.  La  contre- 
bande est  devenue  de  nos  jours  une  véritable 
puissance  moitié  commerciale,  moitié  militaire, 
qui  a  ses  stations  capitales  et  ses  tarifs  officiels, 
des  soldats  aguerris  et  des  chefs  expérimentés. 
Elle  est  aussi  exacte  dans  ses  livraisons  que  le 
négociant  le  plus  scrupuleux  ;  elle  brave  les  sai- 
sons et  les  lignes  de  douanes  les  mieux  surveil- 
lées, au  point  que  les  compagnies  d'assurance 
qui  la  protègent  comptent  moins  de  sinistres  que 
toutes  les  autres.  La  contrebande  est,  en  effet,  le 
seul  moyen  qui  reste  aux  industries  pour  se  pro- 
curer les  produits  prohibés  dont  Tusag^  leur  est 
indispensable.  Elle  n'^  cessé  de  grandir  en  même 
temps  que  l'extension  prise  par  les  affaires,  et 
sur  plusieurs  points  de  l'Europe,  elle  s'est  ré- 
gularisée avec  un  ordre  et  une  halnleté  qui  tien- 


DE  L*ÉGONOMIB  POLITIQUE.  33 

lient  du  prodige.  C'est  à  ta  contrebande  que  le 
commerce  doit  de  n'avoir  pas  péri  sous  Tinfluence 
du  régime  prohibitif  :  tandis  que  ce  régime 
condamnait  les  peuples  à  s'approvisionner  aux 
sources  les  plus  éloignées  ,  la  contrebande  rap- 
prochait les  distances ,  abaissait  les  prix  et  neu- 
tralisait l'action  funeste  des  monopoles.  Une 
concurrence  invisible  et  sans  cesse  renaissante 
tenait  les  privilégiés  en  haleine  et  dédommageait 
la  consommation  de  la  rigueur  des  tarifs.  Quoi- 
que son  existence  seule  soit  une  offense  à  la  loi', 
la  contrebande  n'a  pas  moins  contribué  à  la  so- 
lution de  presque  toutes  les  questions  d'économie 
politique  relatives  aux  échanges.  Tandis  que  les 
savans  discutent  et  que  le  commerce  supplie,  la 
contrebande  agit  et  décide  sur  les  frontières;  elle 
se  présente  avec  la  puissance  irrésistible  des  faits 
accomplis,  et  la  liberté  du  commerce  n'a  jamais 
remporté  une  seule  victoire  qu'elle  ne  l'ait  pré- 
parée. 

Si  l'on  examine  attentivement  les  époques  où 
la  contrebande  a  prospéré,  il  sera  facile  de  se  con- 
vaincre que  c'est  toujours  dans  les  pays  et  aux 
époques  où  le  système  mercantile  a  été  en  vigueur. 

'  Château,  maison,  cabane  ^ 

Nous  sont  ouverts  partout  ; 
Si  la  loi  nous  condamne, 
Le  peuple  nous  absout. 

BÉRANGBR,  chanson  des  Contrebandiers* 

DEUXIEME  EDITION.  5 


34  HISTOIRE 

Les  colonies  américaines  de  l'Espagne  en  furent 
de  tout  temps  le  foyer.  Quand  Napoléon  décréta 
le  blocus  continental,  la  Russie,  TAllemagne,  la 
Hollande  se  couvrirent  de  contrebandiers;  l'em- 
pereur lui-même  fut  obligé  d'autoriser  la  fraude 
au  moyen  des  licences ,  devenues  la  source  îrré- 
gulière  de  tant  de  fortunes.  La  guerre  de  i812 
déclarée  à  la  Russie  a  eii  pour  motif  principal  la 
résistance  opposée  par  les  Russes  aux  exigences  de 
la  prohibition  française,  et  il  y  eut  un  moment  où 
la  contrebande  fut  Tunique  ressource  du  com- 
merce européen.  Si,  dans  cet  aperçu  rapide  des 
révolutions  delà  science  économique,  il  nous  était 
permisde  citer  des  faits  particuliers  et  récens,  nous 
démontrerions  aisémentque  c'est  à  la  contrebande 
seule  qu'on  doit  attribuer  les  modifications  impo-* 
sées  au  système  exclusif.  Nos  fabricans  de  mous- 
seline n'ont  obtenu  Feutrée  conditionnelle  des  co- 
tons filés  étrangers  qu'après  s'en  être  pourvus 
long-temps  par  la  fraude;  et  nos  tarifs  sur  les  che- 
vaux n'ont  été  adoucis  qu'après  l'aveu  public  '  que 
le  contrebandier  montait  sur  sa  marchandise  et 
galoppait  avec  elle.  Que  de  marchandises  aujour- 
d'hui rares  et  chères  verraient  leur  tarif  abaissé, 
si  ia  contrebande  pouvait  les  prendre  en  croupe  et 
traverser  la  frontière  avec  elles  i  II  suffirait  d'un 

*  Cet  aveu  a  été  fait  dans  une  de»  séance»  de  la  session  parle- 
mentaire de  1856. 


DE  l'éconouie  politique.  36 

perfectionnement  notable  dans  la  fraude  pour  bou- 
leverser tous  les  tarifs  du  mondeet  pour  obliger  cha- 
que nation  à  se  maintenir  dans  le  genre  de  produc- 
tion spécial  à  son  sol  ou  au  génie  de  ses  habitans. 
Le  système  mercantile  n'a  pas  été  plus  heureux 
dans  ses  tentatives  opiniâtres  pour  attirer  le  numé* 
raire  des  pays  étrangers  que  pour  en  exclure  les 
marchandises.  En  vain  les  lois  prohibaient  la  sortie 
de  Tor  sous  des  peines  sévères;  en  vain,  comme  en 
Angleterre,  les  gouvernemens  ont  essayé  de  faire 
pencher  la  balance  en  leur  faveur  et  ils  ont  publié 
des  tableaux  d'exportations  supérieurs  à  ceux  de 
leurs  importations:  TAngleterren'ena  pasconservé 
une  guinée  de  plus,  et  c'est  aujourd'hui  le  pays  où 
l'on  rencontre  le  moins  d'espèces.  L'Espagne,  terre 
classique  de  la  prohibition,  n'a  cessé  de  fournir  de 
l'or  à  toute  l'Europe.  Le  papier-monnaie  a  chassé 
le  numéraire  toutes  les  fois  que  sa  présence  en  a 
fait  baisser  la  valeur,  et  malgré  la  peine  de  mort 
infligée  aux  contrebandiers.  C'est  que  la  peur  de 
payer  les  marchandises  étrangères  avec  des  métaux 
précieux  est  Une  peur  frivole;  les  métaux  précieux 
ne  vont  jamais  d'un  pays  dans  l'autre  pour  ac-» 
quitter  de  prétendus  soldes,  mais  pour  chercher 
le  marché  où  ils  se  vendent  le  plus  cher.  Il  nous 
convient  toiyours  de  consommer  les  produits  que 
l'étranger  fournit  meilleurs  ou  à  meilleur  compte 
que  nous,  bien  assurés  que  nous  sommes  que 


36  HISTOIRE 

l'étranger  se  paiera  par  les  choses  que  nous  pro- 
duisons à  meilleur  compte  que  lui.  «  Je  dis  qu'il  se 
paiera  ainsi ,  parce  que  la  chose  ne  peut  se  passer 
d'aucune  autre  manière  '.  »  L'histoire  est  toute 
pleine  des  démentis  que  les  événemens  ont  donnés 
à  la  politique,  lorsque  celle-ci  a  tenté  d'intervenir 
dans  des  intérêts  d'exclusion  ou  de  ressentiment. 
Quand  Philippe  II,  devenu  maître  du  Portugal, 
voulut  interdire  à  ses  nouveaux  sujets  toute  com- 
munication avec  les  Hollandais,  ceux-ci,  exclus  des 
entrepôts  de  Lisbonne  où  ils  avaient  coutume  de  se 
fournir  des  marchandises  de  l'Inde,  allèrent  cher- 
cher ces  marchandises  aux  Indes  mêmes,  et  ce  qui 
avait  été  fait  pour  causer  leur  ruine  fut  l'origine  de 
leur  grandeur.  Plus  tard,  la  Convention  nationale 
de  France  ayant  prohibé  à  l'entrée  les  cuirs  bruts 
d'Espagne,  sous  prétexte  qu'ils  nuisaientà  ceux  de 
notre  pays,  les  Espagnols,  obligés  de  consommer 
leuiis  cuirs  bruts,  se  mirent  à  les  tanner  eux- 
mêmes,  et  cette  industrie  passa  en  Espagne  avec 
une  bonne  partie  des  capitaux  et  des  ouvriers 
français.  La  même  chose  est  arrivée  dans  le 
royaume  de  Naples ,  où  les  droits  élevés  par  nous 
sur  les  laines  de  ce  pays  ont  forcé  les  produc- 
teurs à  en  tirer  parti,  c'est-à-dire  à  fermer  à  nos 
draps  un  débouché  de  la  plus  haute  importance. 

*  J.-B.  Say,  Traité  d'économie  politique^  nouvelle  édition 
de  1841 ,  fMge  178. 


DE  l'Économie  politique.  37 

Les  vices  du  système  mercantile  ont  été  signa- 
lés avec  la  dernière  évidence  par  les  écrivains  de 
l'école  économiste ,  et  réfutés  sans  réplique  par 
Adam  Smith  \  par  J.-B.  Say  %  et  par  les  auteurs 
les  plus  renommés.  Ce  système  ne  se  soutient 
aujourd'hui  que  par  les  difficultés  dont  sa  lon- 
gue existence  a  été  l'origine.  Aucun  homme 
éclairé  ne  croit  plus  en  Europe  aux  merveilles  de 
la  balance  du  commerce  ;  mais  les  graves  compli- 
cations que  ce  système  a  enfantées  ne  sauraient 
se  résoudre  sans  froisser  les  intérêts  nombreux 
auxquels  la  prudence  méticuleuse  des  gouverne- 
mens  se  refuse  à  porter  atteinte.  Intimement  liée 
d'ailleurs  aux  recettes  du  fisc,  la  doctrine  des  ta- 
rifs élevés  trouve  des  protecteurs  dans  les  hommes 
d'état  qui  craignent  de  compromettre  tout  à  la 
fois  les  revenus  publics  et  les  entreprises  parti- 
culières. C'est  par  les  progrès  du  crédit  public 
que  le  système  mercantile  périra  ;  le  jour  où  ses 
conséquences  auront  été  portées  à  leurs  dernières 
limites  en  produisant  un  encombrement  général 
dans  les  industries,  il  faudra  bien  revenir  au  sys- 
tème de  la  liberté  qui  seul  peut  rétablir  l'équili- 
bre entre  la  production  et  la  consommation. 

*  Bidkeiie  dei  nations ,  liv.  iv. 

*  Traité  d'économie  politique^  liv.  i^  chap.  XV,  nouvelle 
édition  de  1S41. 


38  UISTOIftB 


CHAPITRE  XXIX. 

De  la  première  lutte  du  système  mercantile  avec  la  liberté  du 
commerce  entre  l'Angleterre  et  la  Hollande. — ^Funestes  effets 
de  cette  lutte.— Acte  de  navigation. — ^Éloquente  philippique 
de  M.  d'Hauterive  contre  le  système  restrictif. 

Il  y  a  eu  un  moment,  en  Europe,  où  le  système 
mercantile  et  celui  de  la  liberté  du  commerce  se 
sont  trouvés  en  présence,  sous  les  drapeaux  de 
deux  puissantes  nations  :  l'Angleterre  et  la  Hol* 
lande.  Quand  la  première  jeta  le  défi  à  la  seconde, 
celle-ci  s'était  élevée  à  un  très  haut  degré  de  ri- 
chesse et  de  splendeur  par  le  libre  développement 
du  travail  de  ses  habitans  et  sans  le  secours  d'au- 
cune loi  restrictive.  Les  Hollandais  offraient  à  l'u- 
nivers un  exemple  frappant  de  ce  que  peut  le  génie 
d'un  peuple  laborieux,  lorsqu'il  est  secondé  par 
des  institutions  commerciales  fondées  sur  le  prin- 
cipe de  la  liberté.  Leur  territoire  ne  produisait 
presque  point  de  céréales,  et  cependant  les  disettes 
leur  étaient  inconnues,  au  point  que  l'Europe  s'a- 
dressait à  eux  dans  ses  extrémités.  «  Que  la  famine 
règne  ailleurs,  disait  l'auteur  de  la  riûhesse  de  la 
Hollande^  et  vous  trouverez  du  froment,  du  sei- 
gle et  d'autres  grains  à  Amsterdam;  ils  n'y  man- 


D£  L'ÉCONOIllK  POLITIQUE.  39 

queoi  jamais.  »  Par  leur  navigation,  les  Hollandais 
étaient  devenus  les  intermédiaires  obliges  du  cokn- 
merce  universel.  Sir  William  Petty  estimait  ^  en 
1690,  le  tonnage  de  leurs  navires  à  plus  de  900 
mille  tonneaux ,  c'est-à-dire  à  près  de  la  moitié 
de  tout  le  tonnage  de  l'Europe,  et  cependant  ils 
n'avaient  à  exporter  aucun  produit  qui  leur  fût 
propœ.  Leur  pays  était  le  magasin  général  de 
toutes  les  industries,  et  leurs  navires,  suivant 
l'expression  de  sir  William  Temple,  h  roulage  de 
r Océan.  La  division  du  travail  était  pratiquée  chez 
eux^  avec  une  admirable  intelligence  ;  non  seule- 
ment des  négocians,  mais  des  villes  tout  entières 
s'occupaient  exclusivement  d'une  seule  branche  dé 
commeroe.  Middelbourg,  par  exemple ,  faisait  le 
commerce  du  vin;  Flessingue,  celui  des  Indes  oc- 
cidentales; Saardam  était  peuplé  de  constructeurs 
de  navires;  Siuys,  de  pécheurs  de  hareûgs.  Dans 
chacune  de  ces  branches,  il  existait  une  concur>^ 
rence  active  et  toutes  étaient  conduites  avec  une 
habileté  et  uùe  économie  dignes  de  servir  de  mo- 
ùèk(d.  Lorsqu'après  le  traité  d' Aix-la-Ghapelle ,  le 
sCdthouder  fit  une  espèce  d'enquête  dans  le  but 
de  connaître  les  vues  utiles  qui  pouvaient  lui  être 
pt\)po8ées  par  ses  concitoyens,  les  négocians  expé- 
rimentés qu'il  consulta ,  mirent  au  premier  rang 
descaus^  de  l'ancienne  prospérité  delà  Hollande 
les  maximes  de  tolérance,  c'est-à-dire  de  liberté 


4. 


40  HISTOIRE 

politique  et  commerciale ,  dont  la  fédération  s'é- 
tait fait  une  loi.  Si ,  plus  tard ,  ce  pays  descendit 
du  haut  degré  où  cette  politique  littérale  l'avait 
élevé,  il  ne  faut  l'attribuer  qu'à  l'introduction  des 
monopoles ,  notamment  à  celui  de  la  compagnie 
des  Indes,  devenu  ia  source  des  plus  honteux  abus, 
j'ai  presque  dit  une  pépinière  de  crimes. 

C'est  alors  surtout  que  la  Grande-Bretagne  crut 
devoir  opposer  à  la  prospérité  des  Hollandais  son 
fameux  acte  de  navigation,  qui  assurait  à  la  marine 
anglaise  le  monopole  des  transports,  par  des  pro- 
hibitions absolues  en  certains  cas  et  par  de  fortes 
taxes  dans  d'autres ,  sur  la  navigation  étrangère. 
Il  fut  défendu  à  tous  les  bâtimens  dont  les  pro- 
priétaires, les  maîtres  et  les  trois  quarts  de  l'é- 
quipage ne  seraient  pas  sujets  anglais,  de  com- 
mercer dans  les  établissemens  et  colonies  de  la 
Grande-Bretagne  ou  de  faire  le  cabotage  sur  ses 
côtes,  sous  peine  de  confiscation  du  bâtiment  et 
delà  cargaison.  D'autres  mesures  restrictives  com- 
plétèrent ce  système  d'exclusion  d'où  sortit  la 
guerre  maritime  la  plus  acharnée  dont  l'histoire 
fasse  mention.  La  France  y  joua  son  rôle  contre 
les  Hollandais  par  la  publication  du  tarif  de  1664^ 
et  c'est  dépuis  cette  époque  que  les  nations  les 
plus  éclairées  de  l'Europe  n'ont  cessé  de  rivaliser 
d'efforts  pour  se  nuire,  au  lieu  de  trafiquer  en- 
semble sur  des  bases  loyales.  Ces  entraves  réci- 


D£  L^ÉCONOMIE  POLITIQUE.  41 

proques  ont  à  peu  près  anéanti  tout  commerce  large 
et  régulier  entre  elles  et  remis  aux  mains  des 
contrebandiers  la  principale  importation  des  mar- 
chandises anglaises  en  France  et  des  marchandises 
françaises  enAngleterre.  Le  commerce,  long*temps 
livré  au  monopole  des  compagnies  privilégiées,  a 
dégénéré  depuis  lors  en  exactions  et  en  rapines  dé 
toute  espèce.  Ainsi  nos  pères  ont  vu  trois  grandes 
compagnies  se  disputer  aux  Indes  l'exploitation 
des  épices ,  par  les  moyens  les  plus  violens.  Les 
Hollandais  ont  détruit  avec  une  rigueur  sacrilège 
les  gérofliers  des  Moluques,  pour  empêcher  leurs 
rivaux  de  participer  aux  récoltes.  La  seule  idée 
qui  préoccupait  ces  compagnies  était  d'exclure 
la  concurrence,  de  s'emparer  du  monopole  de 
certains  articles  et  d'en  limiter  l'approvisionne- 
ment, de  manière  à  en  élever  le  prix  à  des  taux 
énormes.  Si  l'on  voulait  avoir  une  preuve  frap- 
pante de  l'inQuence  ruineuse  de  ce  système  et  de 
sa  tendance  à  restreindre  l'étendue  naturelle  du 
champ  du  commerce  ,  on  la  trouverait  dans  ce 
fait  que  les  négocians  américains  qui  commercent 
librement  aujourd'hui  avec  les  possessions  des 
Pays-Bas,  dans  l'archipel  oriental,  emploient 
plus  de  navires  que  n'en  employaient  les  mono- 
poleurs hollandais.  L'abolition  récente  du  privi- 
lège de  la  compagnie  anglaise  des  Indes  n'a  pas 
moins  contribué  à  augmenter  les  relations  de 


42  HISTOIRE 

TAngleterre  avec  ia  presqu'île  indostanique.  Une 
simple  station  de  pêcheurs,  Ttie  de  Singapore,  est 
devenue,  sous  l'empire  delà  liberté  commerciale, 
un  établissement  du  premier  ordre  en  moins  de 
\ingt  années. 

Partout  où  le  principe  de  la  liberté  s'est  trouvé 
en  lutte  avec  celui  du  monopole,  les  mêmes  ré- 
sultats se  sont  manifestés.  C'est  en  vain  qu'on 
prétend  que  l'acte  de  navigation  a  été  la  source 
du  développement  industriel  de  la  Grande-Bre- 
tagne  ;  cet  acte  ne  peut  être  considéré  que  comme 
un  sacrifice  imposé  au  commerce  en  faveur  de  la 
politique.  Adam  Smith  ne  l'a  justifié  que  sous  ce 
rapport  *  et  encore  est-il  permis  de  douter  au- 
jourd'hui ,  en  présence  des  résultats  définitifs  de 
son  adoption,  que  cet  acte  ait  été  une  œuvre  de 
sa  politique.  Le  principal  résultat  de  sa  mise  en 
vigueur  a  été  de  réduire  chaque  jour  davantage  le 
commerce  de  l'Angleterre  avec  les  autres  nations 
européennes  et  d'obliger  cet  empire  à  chercher 
dans  ses  colonies  des  débouchés  que  l'exclusion 
des  étrangers  lui  faisait  perdre  chez  eux.  La  for- 
tune de  la  Grande-Bretagne  a  commencé  dès  ce 
moment  à  reposer  sur  des  bases  artificielles;  il 

*  «  Comme  la  sûreté  de  TÉtat  est  d'une  plus  grande  impor- 
tance que  sa  richesse ,  Tacte  de  navigation  est  peut-être  le  plus 
sage  de  tous  les  réglemens  de  commerce  de  TÂngleterre.  »  {Ri- 
ehesie  des  nations^  liv.  iv,  chap.  S.) 


DE  l'Économie  politique.  43 

lui  a  fallu  entretenir  des  flottes  considérables  pour 
protéger  des  établissements  lointains,  dont  l'é- 
mancipation menace  sans  cesse  de  frapper  au 
cœur  son  industrie  accoutumée  au  régime  des 
monopoles.  Il  y  a  à  peine  dix  années  que  M.  Hus- 
kisson  signalait,  au  sein  du  parlement ,  ces  dan- 
gereuses probabilités;  et  cependant,  ni  l'Angle- 
terre, ni  l'Europe,  ne  sont  encore  guéries  des 
doctrines  pernicieuses  de  Charles-Quint.  Ces  doc- 
trines ont  habitué  les  peuples  à  considérer  comme 
des  mesures  utiles  toutes  celles  qui  présentaient 
un  caractère  d'hostilité  contre  leurs  voisins  ;  elles 
ont  fait  passer  dans  tous  les  codes  un  nouveau 
droit  des  gens,  en  vertu  duquel  le  bien  de  cha- 
cun semble  avoir  pour  élément  principal  le  mal 
d'autrui.  Quelles  qu'aient  été,  depuis,  les  révo- 
lutions qui  ont  agité  le  monde ,  ce  préjugé  fatal 
est  demeuré  le  même,  pendant  la  guerre  des 
États-Unis  d'Amérique,  pendant  la  révolution 
française,  après  l'émancipation  des  colonies  es- 
pagnoles, après  celle  de  la  Grèce  et  même  après 
la  conquête  d'Alger.  En  vain  les  compagnies  pri- 
vilégiées ont  succombé  les  unes  après  les  autres; 
en  vain  dans  l'Amérique  du  sud,  le  monopole 
a-t-il  abruti  et  décimé  les  populations,  tandis  que 
la  liberté  les  décuplait  et  les  enrichissait  dans 
l'Amérique  du  nord  :  le  système  mercantile  pour- 
suit ses  ravages  et  ne  reçoit  des  gouvernemens 


44  HISTOIRE 

ies  plus  avancés  que  des  attaques  molles  et  de& 
coups  mal  assurés.  «  La  théorie  des  lois  prohibi-. 
tives,  dit  M.  d'Hauterive',  est  écrite  en  lettres  de 
sang  dans  l'histoire  de  toutes  le»  guerres  qui  de- 
puis quatre  siècles  mettent  partout  l'industrie 
aux  prises  avec  la  force,  oppriment  Tune,  cor- 
rompent l'autre,  dégradent  la  morale  politique, 
infectent  la  morale  sociale  et  dévorent  l'espèce 
humaine.  Le  système  colonial,  l'esclavage,  les 
haines  de  l'avarice  qu'on  appelle  haines  nationa- 
les, les  guerres  de  l'avarice  qu'on  appelle  guerres 
de  commerce,  ont  fait  sortir  de  cette  boite  de 
Pandore  l'inondation  des  erreurs ,.  des  fausses 
maximes,  des  richesses  excessives,  corruptrices 
et  mal  réparties,  de  la  misère,  de  l'ignorance  et 
des  crimes  qui  ont  fait  de  la  société  humaine 
dans  quelques  époques  de  l'histoire  des  peuples 
modernes,  un  tableau  si  odieux  qu'on  n'ose  s'y 
arrêter,  de  peur  d'avoir  à  prononcer  contre  le 
développement  de  l'industrie  et  contre  le  progrès 
même  de  la  civilisation.  » 

Cependant,  malgré  ce  sombre  tableau,  le  sys- 
tème prohibitif  portait  en  lui-même  les  germes 
d'une  rénovation  qui  en  a  beaucoup  atténué  les 
funestes  effets.  L'élan  incontestable  qu'il  a  im- 
primé à  la  production  en  Angleterre,  en  France 
et  en  Hollande,  surtout  dans  le  commencement, 

*  Èlémens  d'économie  polUique^  page  199. 


DE  l'Économie  i^olitique.  45 

contribua  beaucoup  à  élever  le  taux  des  profits 
dans  toutes  les  branches  d'industrie  protégées  et 
y  fit  affluer  d'immenses  capitaux,  qui  ne  tardèrent 
pas  à  devenir  insuffisans.  C'est  ainsi  que  la  ban- 
que de  Hollande  et  la  banque  d'Angleterre  fu- 
rent  appelées  à  pourvoir  par  le  crédit  aux  be- 
soins chaque  jour  croissans  de  l'industrie  et  du 
commerce  des  deux  pays.  La  fortune  de  ces  ban- 
ques se  lie  intimement  à  l'acte  de  navigation,  à 
rétablissement  des  manufactures',  et  elle  s'expli- 
que d'une  manière  naturelle  par  les  avantages  qui 
en  résultaient  pour  les  compagnies,  mises  en  me- 
sure de  braver  à  l'abri  du  crédit,  la  lenteur  des 
retours  des  deux  Indes.  C'est  aussi  au  crédit  que 
Louis  XIV  expirant,  demandait  la  réparation  des 
erreurs  et  des  prodigalités  de  son  règne,  qui  en- 
gendrèrent, comme  chacun  sait,  le  système  de 
Law. 

*  L'acte  constitutif  delà  banque  d'Angleterre  (27  juillet  1694), 
est  ainsi  intitulé  dans  la  charte  primitiTe  de  concession  :  An  aet 
for  graniing  to  (heir  maje$ties  several  duties  upon  tonnage  of 
skips  and  vesteU^  and  upon  beer^  aie  and  others  liquors ,  for 
seeuring  certain  reeompences  and  advantageê  in  the  said  act 
mentioned ,  to  such  persons  as  shall  voluntarily  advanee  the 
tum  of  fifteen  hundred  thousand  ponds,  towards  carryng  on 
the  war  with  France. 

(GiLBART,  Histoire  des  Banques,  page  27.) 


46  HISTOIRE 

CHAPITRE   XXX. 

Naissance  du  crédit  en  Europe.  —  Institution  desbancjues. — ^In- 
fluence qu'elles  ont  exercée  sur  la  marche  de  Féconomie  po- 
litique.— Des  banques  de  dépôt  et  en  particulier  de  celle 
d'Amsterdam.  — Des  banques  de  circulation»  —  De  la  banque 
d'Angleterre. 

Peu  de  révolutions  ont  exercé  sur  la  marche 
de  la  civilisation  une  influence  pareille  à  celle  de 
la  fondation  du  crédit  en  Europe.  Ce  fut  une  con^ 
quête  nouvelle  du  génie  de  rhomme,  et  une  force 
immenseajoutée  à  toutes  celles  dont  il  pouvait  dis-» 
poser.  D'où  venait  cette  force  ?  par  quel  concours 
de  circonstances  se  manifestait-elle ,  au  moment 
même  où  la  découverte  des  mines  de  l'Amérique 
semblait  devoir  la  rendre  superflue  ?  Comment^ 
après  tant  de  bienfaits,  est-elle  devenue  tellement 
féconde  en  catastrophes,  que  des  esprits  éclairés 
ont  été  jusqu'à  maudire  son  existence?  Sa  source 
véritable  se  perd  dans  la  nuit  des  temps.  On  sait 
qu'il  y  avait  des  banquiers  à  Rome  et  à  Athènes, 
qu'il  y  en  a  eu  au  moyen-âge,  et  que  des  ban* 
ques  publiques  ont  été  fondées  en  1157  à  Venise, 
en  1349  à  Barcelone,  à  Gênes  en  1407,  à  Ams- 
terdam en  1609,  à  Hambourg  en  1619,  et  en 


DB  l'Économie  politique.  47 

1694  en  Angleterre.  Voilà  les  faits  et  les  dates  : 
il  nous  reste  à  expliquer  les  uns  et  les  autres. 

Le  premier  effet  de  la  découverte  du  Nouveau- 
Monde  fut  de  donner  une  impulsion  vraiment  fé- 
brile aux  spéculations  sur  l'Amérique.  Les  capi-^ 
taux,  attirés  par  l'appât  d'énormes  bénéfices ^ 
afQuèrent  vers  ce  genre  de  commerce,  au  détri-* 
ment  de  beaucoup  d'autres  industries  plus  utiles 
et  surtout  moins  aventureuses.  Des  matières  pre- 
mières jusqu'alors  inconnues,  le  sucre,  le  coton, 
le  tabac,. les  épices,  entrèrent  dans  la  consomma- 
tion et  devinrent  l'objet  d'un  commerce  immense  ; 
des  armemens  nombreux  partirent  de  tous  les 
ports  d'Europe  pour  y  revenir  avec  de  riches 
cargaisons;  mais  il  fallait  attendre  leur  retour 
afin  d'en  recueillir  les  bénéfices,  et  la  longueur 
des  voyages  nécessitait  des  avances  considérable^. 
Aussi  les  premières  banques  s'établirent -elles 
toutes  dans  des  villes  maritimes.  Plus  tard ,  le 
système  prohibitif,  en  appelant  vers  les  manu- 
facturés une  partie  des  capitaux  qui  s'étaient 
portés  vers  le  commerce  extérieur,  fit  sentir  cha- 
que jour  davantage  la  nécessité  du  crédit;  et  les 
nouvelles  banques  naquirent  encore  des  besoins 
du  travail. 

Rien  de  plus  sinxple  et  de  plus  ingénieux  que 
le  principe  fondamental  de  ces  banques,  dont 
l'établissement    sépare   en   deux   époques  très 


48  "  HISTOIRE 

distinctes  l'économie  politique  ancienne  et  mo-» 
derne.  Chez  les  anciens,  la  production  n'avait  de 
ressources  que  dans  le  travail  des  esclaves  et  dans 
les  capitaux  des  usuriers  ;  chez  les  modernes  elle 
eut  pour  appui  la  liberté  de  l'ouvrier  et  les  faci- 
lités du  crédit.  Dès  qu'on  se  fut  aperçu  que  le 
numéraire  que  les  marchands  étaient  obligés  de 
garder  en  caisse  pour  faire  face  à  leurs  paie-' 
mens,  devenait  entre  leurs  mains  un  capital  im-^ 
productif,  on  réfléchit  aux  moyens  d'en  tirer  un 
profit,  en  substituant  la  promesse  aux  écus,  et  en 
créant  les  banques.  «  L'or  et  l'argent  qui  circu^ 
lent  dans  un  pays,  dit  à  cet  égard  Adam  Smith  ', 
peuvent  se  comparer  précisément  à  un  grand 
chemin  qui,  tout  en  servant  à  faire  arriver  au 
marché  les  grains  et  les  fourrages,  ne  produit 
pourtant  rien  par  lui-même,  pas  même  on  grain 
de  blé.  Les  opérations  d'une  banque  sage,  en  ou- 
vrant en  quelque  manière  un  chemin  dans  les 
airs,  donnent  au  pays  la  facilité  de  convertir  une 
bonne  partie  de  ses  grandes  routes  en  gras  pâtu- 
rages et  en  terres  à  blé,  et  d'augmenter  par  là  le 
produit  annuel  de  son  territoire  et  de  son  tra- 
vail. Il  faut  convenir,  néanmoins,  que  si  le  com- 
merce et  l'industrie  d'un  pays  peuvent  s'élever 
de  quelque  chose  à  l'aide  du  papier-monnaie, 
ainsi  suspendus,  pour  ainsi  dire  sur  les  ailes 

*  Richesse  des  nations^  liv.  11^  chap.  ii. 


DE  l'Économie  politique^  49 

d'Ioare,  ils  ne  sont  pas  tout-à-'fàit  aussi  assurés 
dans  leur  marche  que  quand  ils  portent  sur  le 
terrain  solide  de  l'or  et  de  l'argent.  » 

Ce  passage  de  Smith  caractérise  d'une  manière 
exacte  et  pittoresque  les  véritables  propriétés  du 
crédit.  Mais  les  premières  banques  d'Europe  ne 
se  hasardèrent  point  à  \oler  avec  les  ailes  d'Icare, 
et  leurs  essais  timides  furent  bien  éloignés  des 
opérations  hasardeuses  des  banques  de  nos  jours. 
Elles  s'appelaient  modestement  des  banques  de 
dépôt,  et  leurs  coflFres  renfermèrent  toujours  en 
espèces  des  sommes  égales  au  montant  de  leurs 
billets.  Ces  billets  n'étaient  que  des  certificats 
transmissibiespar  endossement  comme  nos  lettres 
de  change,  et  ils  n'offraient  d'abord  d'autre  avan- 
tage que  l'économie  du  transport  des  espèces. 
Chaque  florin  de  papier  avait  sa  garantie  en 
écus;  seulement,  les  écus  étaient  d'un  poids  et 
d'un  titre  authentiquement  reconnus,  pour  ôter 
toute  incertitude  aux  porteurs  d'effets  de  com- 
merce et  pour  donner  à  la  monnaie  de  banque 
une  fixité  qui  la  rendit  supérieure  à  toutes  les 
autres.  En  vain  les  États  voisins  altéraient  leurs 
monnaies  ou  se  laissaient  envahir  par  des  espèces 
dépréciées  :  la  simple  stipulation  du  paiement  en 
un  ordre  où  transfert  sur  la  banque  de  dépôt  pro- 
tégée par  l'État,  assurait  à  ce  titre  une  supério- 
rité décisive,  et  bientôt  tous  les  paiements  furent 

PnnUÈHB  EDITION.  ^ 


50  HISTOIRE 

Stipulés  en  monnaie  de  banque.  Cependant,  les 
certificats  de  dépôt  étaient  limités  par  le  montant 
des  sommes  versées,  et  la  circulation  n'avait,  en 
se  faisant  au  moyen  du  papier,  que  Tavantage 
d'être  plus  commode  et  plus  prompte. 

C'est  la  banque  d'Amsterdam  qui  s'établit  la 
première  sur  ces  bases  simples  et  régulières,  car 
ce  que  nous  savons  de  la  banque  de  Venise  et 
de  celle  de  Gênes  ne  permet  pas  de  douter  que 
ces  banques  fussent  autre  chose  que  de  grandes 
régies  de  perception  à  l'usage  du  gouvernement. 
L'esprit  qui  présida  à  la  fondation  de  la  banque 
d*Âmsterdam  était  entièrement  différent.  Les  né- 
gociants habiles  qui  en  conçurent  la  pensée  avaient 
sagement  réfléchi  que  toute  épargne  dsans  là  dé- 
pense d'entretien  du  capital  f.xe  d'un  pays  est 
une  source  d'amélioration  pour  son  revenu.  Or, 
tout  ce  qu'on  n'engage  point  dans  ce  capital  im- 
mobile, se  reporte  au  capital  circulant  qui  fournit 
les  matières  premières  et  les  salaires  du  travail, 
et  qui  imprime  l'activité  à  toutes  les  industries. 
La  substitution  du  papier  à  la  monnaie  d'or  et 
d'argent  était  une  manière  de  remplacer  un  in- 
strument de  commerce  extrêmement  dispendieux 
par  un  autre  plus  simple  et  plus  économique.  Ce 
premier  avantage  devait  frapper  des  négocians 
ausîîi  éclairés  que  ceux  d'Amsterdam  ;  mais  ce 
n'était  pas  W  seul  que  leur  offrît  l'organisation 


DE  l'Économie  politique.  5i 

de  la  banque  dont  ils  devaient  tirer  tant  de  pro^ 
fit.  La  Hollande  était  alors  inondée  d'une  grande 
quantité  de  monnaie  étrangère,  usée  et  rognée, 
que  son  commerce  étendu  lui  apportait  de  toutes 
les  contrées  de  TEurope,  et  qui  avait  réduit  la 
valeur  de  la  monnaie  courante  à  neuf  pour  cent 
au-dessous  de  la  bonne  monnaie  neuve.  Aussi 
celle-ci  était-elle  fondue  et  exportée  aussitôt 
qu'elle  paraissait  dans  la  circulation,  et  les  mar- 
chands ne  savaient  où  trouver  des  espèces  pour 
acquitter  leurs  lettres  de  change,  dont  la  valeur 
devenait  cTe  jour  en  jour  plus  variable,  au  grand 
détriment  de  leurs  intérêts. 

Ce  fut  le  premier  objet  qui  attira  la  sollicitude 
des  fondateurs  de  l'établissement.  La  banque  ne 
reçut  les  monnaies  étrangères bonnesou  mauvaises 
et  la  monnaie  du  pays  elle-même,  que  sur  le  pied 
de  leur  valeur  intrinsèque,  et  elle  décida  qu'on 
ne  les  échangerait  contre  de  bonne  monnaie  au 
titre  légal,  qu'en  déduisant  les  frais  de  mon- 
noyage  et  d'administration.  L'argent  de  banque 
nbtint  dès  lors  une  faveur  marquée  sur  la  mon- 
naie courante,  et  cette  circonstance  augmenta 
considérablement  la  demande  des  billets.  La  ville 
d'Amsterdam  était  responsable  de  leur  paiement, 
et  les  facilités  que  l'emploi  de  ces  billets  offrait 
au  commerce,  en  élevèrent  sensiblement  le  prix 
au-dessus  de  leur  valeur  réelle.  Toutefois,  celte 


5^  HISTOIRE 

supériorité  n'élait  reconnue  qu'autant  que  la 
monnaie  (correspondante  restait  en  dépôt  dans  les 
coflFres  de  la  banque,  d'où  l'on  ne  pouvait  d'ail- 
leurs la  retirer  qu'avec  désavantage,  puisqu'il 
fallait  payer  une  certaine  somme  pour  leS  frais  de 
garde,  ou  plutôt  de  sortie.  Plus  tard,  la  banque 
donna  crédit  sur  ses  livres  en  échange  dés  dépôts 
de  lingots  d'or  et  d'argent,  et  cette  combinaison 
ajouta  de  nouvelles  facilités  à  toutes  celles  qu'of- 
fraient déjà  ses  billets  de  crédit.  On  conçoit  ai- 
sément que  la  valeur  de  ces  billets  reposant  tout 
entière  sur  la  présence  des  écus  donnés  en 
échange,  il  fallait  que  la  banque  surveillât  sé- 
rieusement la  garde  des  coffres,  et  que  le  gou- 
vernement sût  résister  à  la  tentation  d'y  puiser 
dans  un  moment  de  besoin.  Aussi  la  direction 
de  rétablissement  était-dlé  confiée  à  quatre  ma- 
gistrats renouvelés  chaque  année,  qui  vérifiaient 
l'état  du  trésor  en  entrant  en  fonctions,  le  com- 
paraient avec  la  situation  des  livres  et  sous  la 
responsabilité  du  serment.  Chacun  sait  que  lors- 
qu'à l'approche  ^es  Français^  en  1672,  la  ban- 
que voulut  faire  distribuer  aux  ayant-droit  le 
montant  des  dépôts,  les  espèces  retirées  de  ses 
caves  portaient  encore  les  traces  d'un  incendie  qui 
avait  éclaté  plusieurs  années  auparavant.  Ainsi, 
le  crédit  public  et  privé  commença  à  se  fonder 
par  la  confiance,  et  il  faut  rendre  honneur  aux 


DE  l'Économie  politique.  63 

hommes  qui  ont  donné  ce  noble  exemple  aux  so- 
ciétés modernes.  Dès  ce  jour,  la  science  économi- 
que eut  fait  un  pas  immense.  Il  fut  démontré 
qu'on  n'avait  pas  besoin  du  numéraire  métalli- 
que pour  développer  l'industrie  et  le  commerce, 
puisqu'il  suffisait  de  quelques  millions  de  feuilles 
volantes  pour  en  tenir  lieu  dans  toutes  les  trans- 
actions. Le  crédit  devint  ainsi  un  véHtable  capi- 
tal aux  mains  des  travailleurs,  et  prépara  leur 
émancipatioa  en  les  investissant  d'un  genre  de 
propriété  sans  limites  ^  la  plus  respectable  de 
toutes,  car  elle  est  fondée  sur  l'exercice  du  tra- 
vail et  le  respect  des  engagemens.  Rien  n'arrê- 
tera plus  désormais  l'effet  de  l'intelligence  hu- 
maine, comme  aux  temps  malheureux  de  l'usure 
romaine  et  du  servage  féodal  ;  et  l'histoire,  loin 
de  donner  un  démenti  aux  théories  de  l'économie 
politique,  né  fera  que  les  confirmer  chaque  jour.. 
La  banque  d'Amsterdam  et  les  autres  banques 
de  dépôt  établies  sur  des  base^  semblables  n'ét,aient 
pourtant  qu'un  premier  essai  dans  les  voies  du 
crédit.  Sans  doute  elles  donnaient  à  l'or  et  à  l'ar- 
gent, sous  la  forme  de  certificats  transférables, 
une  puissance  de  circulation  plus  active;  mais 
sauf  le  bénéfice  résultant  de  Vagio,  la  valeur  des 
capitaux  monétaires  n'était  point  augmentée  par 
leur  transformation  en  billets  de  crédit.  L'Eu- 
rope demeurait  avec  les  seules  ressources  de  son 


S4  HISTOIRE 

numéraire,  accrues  de  tout  l'or  et  l'argent  im- 
porté d'Amérique,  mais  insuffisantes  pour  ré- 
pondre au  besoin  de  production  que  ce  nouvel 
élément  de  richesse  y  avait  provoqué.  On  avait 
fait  un  grand  pas  ;  il  fallut  en  faire  un  plus  grand 
encore,  et  les  banques  de  dépôt  devinrent  des 
banques  de  circulation.  Puisque  les  certificats 
des  premières  étaient  acceptés  comme  monnaie, 
en  raison  de  la  confiance  qu'on  avait  dans  la  ga- 
rantie des  dépôts,  pourquoi  n'aurait-on  pas 
poussé  cette  confiance  un  peu  plus  loin,  en  aug- 
mentant le  nombre  des  billets  jusqu'à  concur- 
rence d'une  somme  plus  forte  que  le  montant  des 
dépôts  ?  Quel  inconvénient  pouvait-il  en  résulter 
pour  les  porteurs  de  ces  effets,  certains  d'être 
remboursés  en  espèces,  dès  qu'ils  en  manifeste- 
raient la  volonté?  Ne  voyait-on  pas,  tous  les 
jours,  les  billets  d'un  banquier  circuler  avec  tous 
les  privilèges  de  l'argent,  jusqu'au  point  de  por- 
ter intérêt  comme  la  monnaie  même? 

Il  ne  s'agissait  plus  que  de  déterminer  par  des 
calculs  certains  quelle  serait,  sur  yne  masse  d'af- 
faires donnée,  la  quantité  de  billets  qui  se  pré- 
senteraient au  remboursement,  afin  d'avoir  tou«- 
jours  en  caisse  la  somme  de  numéraire  nécessaire 
pour  y  faire  face.  La  moindre  économie  réalisée 
sur  le  fonds  de  réserve  devenait  un  bienfait  pour 
le  travail,  et  pouvait  servir  à  alimenter  des  indus- 


DR  l'Économie  politique.  5& 

triés  nouvelles.  On  était  inditre  d'en  disposer 
par  l'exportation,  pour  accroître  le  capital  consa- 
cré au  commerce  étranger.  C'est  comme  si  on 
eût  augmenté  d'autsnt  la  richesse  générale  du 
pays,  et  il  n'en  coûtait  que  l'impression  ou  la 
gravure  des  billets,  au  moyen  desquels  l'argent 
était  remplacé.  Ici  commence  à  se  manifester  la 
parfaite  justesse  de  la  comparaison  du  crédit  aux 
ailes  d'Icare,  si  poétiquement  imaginée  par  Adam 
Smith.  Personne  ne  saurait  atQrmer  dans  quelle 
proportion  la  somme  d'argent  en  circulation  dans 
un  pays  est  à  la  valeur  totale  du  produit  annuel 
qu'elle  fait  circuler.  Les  banques  de  circulation 
doivent-elles  réserver  le  tiers,  le  quart,  le  cin- 
quième ou  la  moitié  de  leur  capital  en  espèces, 
pour  êtrç  prêtes  sans  cesse  à  rembourser  la  por- 
tion de  leurs  billets  émis,  qui  viendraient  se  con- 
vertir en  écus?  N'y  a-t-il  pas  un  daiigcr  perpér 
tuel  pour  elles  à  se  trouver  en  présence  d'une 
chance  permanente  de  remboursement  ?  Car  c'est 
principalement  en  escomptant  des  lettres  de 
change,  c'est-à-dire  en  avançant  de  l'argent  sur 
ce  gage,  que  les  banques  émettent  leurs  billet^. 
Leur  profit  coasi^te  à  percevoir  un  intérêt  sur 
ces  billets  j  usqu'à  l'échéance  des  lettres  de  change. 
Le  paiement  seul  fait  rentrer  à  la  banque  les 
avances  qu'elle  a  faites,  avec  le  profit  de  l'inté- 
rôt  qu'elle  a  prélevé.  Qu'arriverail-il  donc  si, 


5a  HISTOlltK 

après  avoir  donné  ses  billets  en  échange  des  ef- 
fets du  commerce^  ces  effets  n'étaient  pas  payés 
à  leur  échéance?  Quelle  ressource  resterait-il  aux 
porteurs  de  billets  de  la  banque,  si  le  gage  de  ses 
créanciers  périssait  dans  ses  mains  ? 

C'est  surtout  sous  ce  point  de  vue  que  les  ban- 
ques de  circulation  sont  loin  de  présenter  les 
mêmes  motifs  de  sécurité  que  les  banques  de  dé- 
pôt. Elles  rendent  plus  de  services  que  celles-ci; 
mais  elles  offrent  moins  de  garanties.  Leurs  ad- 
ministrateurs ne  savent  pas  toujours  se  défendre 
de  la  tendance  naturelle  à  escompter,  c'est-à-dire 
à  réaliser  un  profit  assuré,  immédiat  et  palpable 
au  moyen  d'un  simple  billet  qui  n'est  qu'une 
promesse.  La  plupart  des  banques  ont  péri  par 
l'abus  de  leur  propre  principe ,  et  pour  n'avoir 
pas  calculé  qu'en  multipliant  leurs  escomptes, 
elles  s'exposaient  à  épuiser  leurs  réserves*  Adam 
Smith,  James  Steuart,  J.-B«  Say,  MM.  Storch,  et 
surtout  M.  de  Sismondi,  ont  exposé  de  la  manière 
la  plus  lucide  et  la  plus  admirable  toutes  les  com- 
plications qui  peuvent  résulter,  soit  pour  le  pu- 
blic, soil  pour  les  banques,  des  erreurs  de  calcul 
ou  de  l'avidité  de  leurs  actionnaires.  Us  ont  dé- 
montré jusqu'à  la  dernière  évidence  que  toute 
émission  exagérée  de  billets  obligeait  ces  établis- 
semens  à  des  amas  de  numéraire  dans  une  pro- 
portion d'autant  plus  grande,  que  l'inquiétude 


DE  l'egonomib  politique.  57 

des  porteurs  les  faisait  accourir  en  plus  grand 
nombre.  La  nécessité  de  racheter  des  espèces 
imposait  aux  banques,  dans  ce  cas,  des  sacrifices 
supérieurs  aux  profits  qu'elles  avaient  retirés  des 
escomptes,  et  elles  étaient  souvent  contraintes  de 
rappeler  à  grands  frais,  de  l'étranger,  le  numéraire 
dont  leurs  émissions  excessives  avaient  provoqué 
l'exportation.  L'Europe  a  vu  depuis  un  siècle  des 
exemples  mémorables  de  ces  crises  de  circulation  : 
la  suspension  des  paiemens  de  la  banque  d'An- 
gleterre et  la  ruine  des  banques  de  province  dans 
ce  pays,  sans  parler  du  système  de  Law  et  plus 
tard  des  assignats,  dans  le  nôtre;  révolution  im- 
mense-que  nous  étudierons  à  part,  à  cause  des 
graves  enseignemens  que  fournit  son  histoire. 

Cependant  le  crédit  a  survécu  à  toutes  ces  tem- 
pêtes ,  semblable  à  la  poudre  à  canon  qui  ouvre 
des  routes  au  sein  même  des  rochers ,  malgré  les 
périls  attachés  à  son  usage.  Quand  on  compare  de 
nos  jours  la  circulation  du  papier  à  celle  des  espè- 
ces, on  demeure  convaincu  que  le  crédit  a  opéré 
une  profonde  révolution  dans  les  relations  des 
peuples.  Chaque  instant  nous  révèle  des  matières 
nouvelles  dont  la  production  s'empare  au  moyen 
du  crédit,  et  que  le  crédit  seul  permet  d'expédier 
aux  extrémités  du  monde.  Les  entreprises  colos- 
sales dont  notre  siècle  ouvre  la  marche,  l'esprit 
d'association  qui  s'étend  comme  un  réseau  sur  la 


58  HISTOIRE 

surface  de  l'Europe,  la  lutte  qui  s'établit  partout 
entre  la  civilisation  et  les  débris  de  la  barbarie , 
tout  est  l'œuvre  ducrédit  ;  tout  vient  de  cette  idée 
si  féconde  et  si  simple,  qui  donna  naissance  aux 
banques  de  circulation  et  principalement  à  la 
banque  d'Angleterre.  Tout  homme  a  pu ,  dès  lors, 
porter  sa  tête  haute  avec  la  fierté  que  donne  l'es- 
poir d'une  indépendance  honorable.  La  propriété 
foncière  a  vu  s'élever  à  côté  de  ses  donjons  les  usi- 
nes de  l'industrie;  les  mers  se  sont  couvertes  de 
navires  et  les  rives  étrangères  de  colonies  euro- 
péennes. Tout  a  marché  d'un  pas  rapide  et  le  monde 
a  fait  plus  de  chemin  depuis  deu^  cents  ans  qu'il 
n'en  avait  fait  dans  les  dix  siècles  antérieurs. 
L'histoire  est  là  pour  prouver  que  cette  puis- 
sance de  crédit  est  celle  qui  doit  décider  désor- 
mais en  dernier  ressort  des  grands  débats  de  ce 
monde ,  témoin  la  Hollande  qui  finit  par  humilier 
Louis  XIV,  et  l'Angleterre  qui  a  envoyé  Napoléon 
mourir  à  Sainte^Hélène. 

Les  commencemens  de  cette  puissance  ont 
néanmoinsété  très  modestes,  même  en  Angleterre, 
où  la  première  banque  de  circulation  sembla  d'a- 
bord se  modeler  sur  celles  de  Venise  et  de  Gênes, 
et  ne  fut  pendant  long-temps  qu'un  bureau  de  la 
trésorerie.  En  1694  on  la  vit  tour-à-tour  prêter 
son  capital  entier  au  gouvernement  et  exiger  de 
lui  des  intérêts  de  huit  pour  cent;  puis  doubler  ce 


DE  l'Économie  politique.  59 

même  capital  en  1696  et  le  prêter  encore,  en  1708, 
après  l'avoir  doublé  une  seconde  fois.  EJn  vain  ses 
actions  perdent  la  moitié  de  leur  valeur;  en  vain 
ses  billets  souffrent  une  dépréciation  de  vingt  pour 
cent,  et  cessent- ils  un  moment  d'être  payés  :  on 
ne  se  lasse  point  de  souscrire  de  nouvelles  actions, 
malgré  la  baisse  énorme  des  premières,  parce  que 
c'est  l'état  qui  est  le  principal  débiteur  delà  ban-» 
que,  et  que  déjà  se  lait  sentir  l'influence  de  Isi 
garantie  nationale  sur  les  emprunts  publics.  On 
a  bientôt  compris  l'importance  d'une  telle  solida- 
rité et  fô  confiance  publique  s'attache  à  la  fortune 
de  f  état  comme  à  la  meilleure  ancre  de  salut.  La 
banque  d'Angleterre  a  fait  depuis  cette  époque 
des  fautes  capitales,  et  même,  un  jour,  en  1797, 
elle  a  osé  suspendre  totalement  ses  paiemens  en 
espèces,  sans  rien  perdre  de  son  importance,  mal- 
gré cette  faillite  déclarée.  La  nationo^atifia  la  dé- 
cision du  parlement  qui  autorisait  la  banqueroute, 
et  les  billets  de  la  banque  devenus  du  papier-mon- 
naie, de  véritables  assignats,  continuèï^ent  de 
circuler  comme  s'ils  eussent  toujours  été  rem- 
boursables en  écus.  Le  gouvernement  les  reçut  en 
paiement  des  impôts  et  l'emprisonnement  pour 
dettes  ftit  épargné  à  ceux  qui  se  libéreraient  par 
ce  moyen.  On  aurait  cru  qu'à  dater  de  ce  jour  ces 
billets  se  multiplieraient  outre  mesure;  mais  les 
actes  du  parlement  et  la  prudence  publique  en 


60  HISTOIRE 

continrent  rémission  dans  de  sages  limites ,  et 
l'Angleterre  a  pu  se  passer  pendant  vingt  ans  de  la 
plus  grande  partie  de  son  numéraire,  sans  cesser 
d'être  la  première  nation  commerçante  du  monde. 
Enfin  le  fameux  acte  de  M.  Peel  amena  la  re- 
prise des  paiemens  en  espèces,  vers  la  fin  de  l'an- 
née 1819,  et  cinq  années  après,  en  1824,  on 
comptait  en  Angleterre  près  de  sept  cents  com- 
pagnies •  organisées,  ou  près- de  l'être,  au  capi- 
tal de  10  milliards,  dont  le  quart  était  constitué 
en  1827,  avec  2  milliards  500  millions.  Dans  ce 
court  espace  de  temps ,  la  Grande-Bretagne  avait 
prêté  aux  étrangers  1  milliard  250  millions  de 
francs.  Tels  sont  les  effets  merveilleux  du  cré- 
dit '  et  son  influence  sur  le  développepient  de 

*  A  complète  view  of  the  joint  stock  companies  formed  du- 
ring  the  years  1824  and  1825  by  Henry  English. 

'  J^ai  dû  me  boraei' à  indiquer  ici  sommairement  la  révolution 
opérée  en  Europe  par  rétablissement  des  banques  de  dépôt  et 
de  circulation ,  et  les  principales  bases  sur  lesquelles  ces  ban- 
ques reposent.  Tous  les  détails  de  leur  organisation  ont  été 
exposés  die  la  manière  la  plus  complète  dans  Adam  Smith,  Ri- 
eheêêe  des  nations^  livre  TI ,  cbap.  2,  et  livre  IV,  chap.  5  ;  dans 
le  IV®  livre  de  Steuart ,  Recherches  des  principes  de  Véconomie 
politique^  et  dans  M.  de  Sismondi ,  Nouveaux  principes  d'éco- 
nomie politique ,  t.  ii^  ce  dernier ,  adversaire  déclaré  des  ban- 
ques ;  ce  sont  les  trois  auteurs  qu'il  faut  lire  de  préférence  sur 
cet  important  sujet.  M.  Storch,  J.-B.  Say,  Malthus,  Ricardo  lui- 
même,  ont  dû  leur  emprunter ,  surtout  aux  deux  premiers ,  les 
belles-anàlyses  qu'ils  ont  données  de  la  physiologie  des  banques. 
Pour  qui  désire  approfondir  la  matière,  V  Histoire  des  Banques^ 


DE  l/ÉCONOMIE  POLITIQUE.  61 

la  production,  que,  malgré  ces  exportations  con- 
sidérables de  numéraire  et  malgré  l'énorme  ca- 
pital engagé  dans  les  entreprises  de  mines,  d'é- 
clairage, de  bateaux  à  vapeur,  de  filatures  et  de 
forges ,  l'Angleterre  trouve  encore,  de  nos  jours, 
le  moyen  de  consacrer  5  ou  600  millions  à  ses 
chemins  de  fer.  Elle  commandite  les  travaux  de 
la  paix  avec  autant  d'énergie  qu'elle  poursuivait, 
il  y  a  vingt-cinq  ans,  les  travaux  delà  guerre. 
Et  cependant  l'Angleterre  est  le  pays  de  l'Europe 
où  il  y  aie  moins  d'espèces  métalliques,  de^sorte 
que,  chez  elle,  du  moins,  on  pourrait  croire  à  la 
vérité  de  cet  adage  économique  de  Ricardo  :  «  La 
monnaie  est  arrivée  au  maximum  de  la  perfec- 
tion, quand  elle  est  à  l'état  de  papier.  »  Je  n'expli- 
que pas,  je  raconte  ;  avant  d'en  croire  Ricardo, 
il  faut  voir  ce  qu'a  essayé  Law. 

de  M.  Gilbart,  le  fameux  pamphlet  de  Cobbett ,  intitulé  :  Paper 
agaimt  goldy  vrai  chef-d'œuvre  de  dialectique  et  de  netteté  fi- 
nancière, Touvrage  de  M.  Thomton,  And  inquiry  on  the  paper 
crédit^  et  l'enquête  publiée  par  le  parlement  d'Angleterre  à  l'oc- 
casion du  renouvellement  du  privilège  de  la  banque ,  sont  des 
documens  indispensables  à  consulter.  Toute  la  science  du  crédit 
est  là.  On  peut  consulter  aussi,  mais  avec  réserve,  l'ouvrage  de 
M.  Joseï^  de  Welz  ,  intitulé  :  La  magia  del  crédita  ivelatGy 
a  vol.  in-4.  Naples,  1824. 


63  HISTOIKR 


CHAPITRE  XXXL 


Du  système  de  Law. — Dès  circonstances  qui  lui  ont  donné  nais- 
sance.— ^Des  causes  principales  de  sa  ruine. — ^Influence  qu'il  a 
exercée  sur  la  marche  de  l'économie  politique. 


Au  commencement  du  dix-huitième  siècle,  il 
s'était  opéré  un  changement  profond  dans  l'éco- 
nomie politique  de  l'Europe.  L'extension  extra- 
ordinaire prise  par  le  commerce  extériieuret  l'éta- 
blissement du  système  restrictif  avaient  concen- 
tré les  capitaux  sur  la  navigation  et  sur  les  manu- 
factures. On  eût  dit  que  la  terre  était  abandonnée 
comme  un  élément  stérile,  et  il  ne  fut  plus  ques- 
tion que  de  compagnies  privilégiées,  soit  pour  le 
commerce  des  Indes-Orientales  ou  Occidentales, 
soit  pour  la  fabrication  des  draps ,  des  tapis  ou 
des  glaces.  Tous  les  fonds  se  portèrent  bientôt  vers 
ces  entreprises,  à  cause  de  la  faveur  et  des  profits 
que  leur  assurait  le  monopole.  Cliaqué  peuple 
d'ailleurs,  entrant  dans  la  voie  des  tarifs,  crut 
devoir  protéger  sa  production  contre  les  rivalités 
de  ses  voisins  et  chercher  son  élévation  dans  leur 
décadence  :  l'Espagne ,  au  moyen  des  prohibi- 
tions; l'Angleterre,  en  excluant  les  navires  étran- 
gers ;  la  France,  en  les  frappant  de  droits  diffe- 


DK   L'ÉCONOMIK  POLITIQUK.  (>S 

rentîels.  Toutes  les  habitudes  bienveillantes  de 
réciprocité  furent  remplacées  par  des  mesures 
répulsives  ,  véritable  image  de  la  guerre  au  sein 
même  de  la  paix. 

Pour  comble  de  malheur,  des  guerres  trop 
réelles  sortirent  de  ces  doctrines  pernicieuses, 
dont  Vacte  de  navigation  et  le  tarif  de  1664  n'étaient 
que  le  prélude.  Au  dommage  intérieur  que  se 
causaient  les  nations  par  l'abus  du  système  pro- 
tecteur, il  fallut  bientôt  ajouter  les  maux  affreux 
qui  résultèrent  d'une  lutte  ouverte  et  soutenue 
de  part  et  d'autre  avec  un  égal  acharnement.  On 
a  vu  ce  qu'avait  pu  produire  en  ce  genre  la  riva- 
lité de  l'Angleterre  et  de  la  Hollande,  et  de  quelles 
catastrophes  furent  troublées  les  dernières  an- 
nées du  règne  de  Louis  XIV.  Les  fmances  de 
tous  les  peuples  étaient  épuisées  ;  il  n'y  avait  plus 
de  capitaux  pour  pousser  la  guerre,  ni  pour  re- 
lever l'industrie.  Un  peuple  seul,  au  sein  de  ces 
désastres,  avait  conservé  une  attitude  fière  et  in- 
domptable, comme  plus  tard  l'Angleterre  en  pré- 
sence de  Napoléon  :  c'étaient  tes  Hollandais;  et 
ils  n'avaient  trouvé  de  ressources,  après  lew  pa- 
triotisme, que  dans  leur  crédit.  Nous  avons  dit 
quelles  vues  ingénieuses  avaient  présidé  à  sa  fon- 
dation et  les  développemens  rapides  que  prit  U 
banque  d'Amsterdam,  malgré  la  limite  imposée  à 
ses  émissions  de  billets,  par  la  nécessité  d'en  pos^ 


64  HISTOIRE 

séder  le  capital  équivalent  en  espèces.  Bientôt 
les  banques  de  circulation,  et  surtout  la  banque 
d'Angleterre,  donnèrent  une  impulsion  plus  ac- 
tive à  toutes  les  industries ,  et  le  travail  entra 
dans  une  ère  nouvelle. 

La  France  seule,  parmi  ces  grandes  nations; 
était  demeurée  en  retard ,  et  son  gouvernement 
mal  inspiré  se  livrait  aux  excès  de  la  révoccuionj 
tandis  que  l'Angleterre  et  la  Hollande  enfantaient 
des  merveilles,  sous  les  auspices  du  crédit.  Vau- 
ban  et  Boisguilbert  ont  décrit  en  termes  pathéti- 
ques le  triste  abaissement  de  la  puissance  pro- 
ductive de  la  France  en  ces  temps  déplorables. 
//  ne  leur  restait  plus  que  les  yeux  pour  pleurer,  di- 
saient-ils de  nos  pères,  et  force  nous  est  de 
croire  à  la  réalité  de  leurs  malheurs,  confirmés 
par  d'aussi  nobles  témoignages.  Ce  fut  en  cet  état 
que  Louis  XIY  mourant  laissait  notre  pays.  Jus- 
qu'au dernier  moment,  son  ministère  avait  vécu 
d'expédiens  misérables.  On  l'avait  vu  réduit  à 
multiplier  des  charges  ridicules  pour  tirer  quel- 
que argent  des  nouveaux  titulaires  ;  et  tandis  que 
l'Angleterre  et  la  Hollande  empruntaient  à  trois 
ou  à  quatre  pour  cent,  les  traitants  faisaient  payer 
l'argent  au  roi  de  France  dix ,  vingt  et  jusqu'à 
cinquante  pour  cent.  L'énormité  des  impôts  avait 
épuisé  les  campagnes,  veuves  de  leurs  laboureurs 
par  suite  des  consommations  cle  la  guerre;   le 


DE  l'Économie  politique.  65 

commerce  était  devenu  presque  nul  ;  l'industrie, 
décimée  par  la  proscription  des  protestans,  sem- 
blait condamnée  à  perdre  toutes  les  conquêtes 
dues  au  génie  de  Golbert. 

Telle  était  la  situation  de  la  France  quand 
Louis  XIY  mourut.  La  dette  publique  s'élevait 
alors  à  plus  de  trois  milliards,  et  la  banqueroute 
semblait  imminente.  Elle  fut  même  proposée  au 
régent,  qui  la  rejeta  noblement,  et  qui  se  borna 
à  établir  une  commission  (la  fameuse  commission 
du  visa ,)  pour  examiner  la  validité  des  droits  des 
divers  créanciers  de  l'État.  C'est  à  cette  époque 
que  Jean  Law  fit  la  proposition  d'une  banque  de 
circulation  et  d'escompte,  et  jeta  dans  notre  pays 
les  premiers  fondemens  du;crédit.  Il  nous  faut 
exposer  avec  quelque  étendue  les  idées  si  hautes 
et  si  long-temps  méconnues  de  cet  homme  cé- 
lèbre, qui  eut  le  tort  commun  à  tous  les  hommes 
de  sa  trempe,  celui  d'avoir  raison  cent  ans  trop 
tôt  et  de  mourir  sans  être  compris.  Sa  première 
jeunesse  avait  été  aventureuse,  mais  toute  pleine 
d'études  spéciales  sur  le  crédit  public  en  Angle- 
terre, en  Hollande,  à  la  source  des  grandes  af- 
faires. Il  avait  vu  de  près  ce  que  peut,  dans  un 
pays,  l'activité  de  la  circulation,  et  son  imagina- 
tion, exagérant  les  bienfaits  du  crédit,  lui  avait 
fait  croire  que  l'abondance  du  numéraire  était  la 
principale  cause  de  la  richesse  des  États,  puisque 

DEUXlàME  I^DITIOlf.  ^ 


66  HISTOIRE 

le  numéraire  seul  amenait  le  développement  de 
leur  industrie  et  de  leur  prospérité.  C'était,  à  quel- 
ques égards,  le  préjugé  général  de  l'Europe  au 
temps  où  il  vivait,  et  ce  préjugé  ne  contribua  pas 
peu  à  favoriser  l'adoption  de  ses  vues.  Il  lui  sem- 
bla qu'en  assurant  à  un  pays  la  possession  d'une 
quantité  de  numéraire  sufGsante  pour  comman- 
der le  travail,  on]  le  ferait  arriver  au  plus  haut 
degré  de  richesse  et  de  puissance.  Or,  les  ban- 
ques de  circulation,  permettaient  de  suppléer  le 
numéraire  par  le  crédit  qui  procure  au  papier  la 
valeur  et  l'utilité  de  l'argent,  et  comme  il  n'y  a 
point  de  limites  aux  émissions  de  papier-monnaie, 
la  richesse  publique  lui  paraissait  désormais  à 
l'abri  de  tous  les  obstacles. 

Telle  fut  l'erreur  de  Law  :  l'exagération  d'un 
bon  principe.  Il  avait  pris  l'effet  pour  la  cause,  en 
attribuant  au  crédit  des  résultats  dont  le  crédit 
n'est  que  la  conséquence.  Il  n'avait  pas  considéré 
que  le  numéraire,  espèces  ou  papier,  devait  tou- 
jours être  proportionné  à  la  quantité  de  valeurs 
en  voie  de  circulation  par  l'échange,  et  que  les 
écus  étaient  impropres  à  faire  naître  l'industrie 
chez  un  peuple,  «ans  le  secours  du  travail  préexis- 
tant«  L'augmentation  du  numéraire,  sans  l'ac- 
croissement correspondant  de  valeurs  échangea- 
bles, ne  ferait  qu'élever  le  prix  de  toutes  choses, 
au  lieu  d'accroître  la  richesse  réelle  d'unis  na- 


DE   L*ÉCONOMIE   POLITIQUE.  67 

tîon.  Maïs  le  génie  vaste  et  sûr  de  Law  avait  com- 
pris de  prime-abord  la  nécessité  de  fournir  à  bon 
marché  des  capitaux  au  travail.  Il  avait  remar- 
qué que  le  crédit  individuel,  c'est-à-dire  celui 
des  banquiers  et  des  marchands  d'argent  était 
souvent  funeste  à  l'industrie,  à  cause  du  despo- 
tisme exercé  par  les  prêteurs  sur  les  travailleurs; 
et  il  voulait  substituer  à  la  commandite  du  cré- 
dit individuel  la  commandite  du  crédit  de  l'État. 
«  N'oubliez  pas,  disait-il  au  régent,  que  l'intro- 
duction du  crédit  a  plus  apporté  de  changement 
entre  les  puissances  de  l'Europe  que  la  décou- 
verte des  Indes  ;  que  c'est  au  souverain  à  le  don- 
ner, non  à  le  recevoir.  » 

Toutes  ses  idées  se  tournèrent  donc,  dès  le 
principe,  vers  les  moyens  d'assurer  au  gouverne- 
ment la  direction  du  crédit  public,  en  mettant 
entre  ses  mains  l'administration  d^une  banque 
générale  chargée  de  percevoir  tous  les  revenus  de 
l'État  et  d'exploiter  tous  les  monopoles  dont  il 
serait  investi.  Mais  soit  qi^e  les  théories  de  fi- 
nances fussent  alors  comprises  de  peu  de  monde, 
soit  que  la  nouveauté  du  projet  eût  effrayé  les  es- 
prits, Law  n'obtint  que  le  droit  d'établir  unel)an- 
que  privée,  parfaitement  semblable,  à  beaucoup 
d'égards,  à  ce  qu'est,  de  nos  jours,  la  banque  de 
France,  et  dont  le  fonds  social  fut  de  six  millions, 
divisés  en  douze  cents  actions  de  cinq  mille 


68  HISTOIRE 

francs  chacune.  Cette  banque  était  autorisée  à 
escompter  les  lettres  de  change,  à  se  charger  des 
comptes  des  négocians  et  à  émettre  des  billets 
payables  au  porteur,  en  écus  du  poids  et  du  titre 
de  reçu  du  jour.  A  peine  cette  banque  était-elle 
fondée  que  le  crédit  reparaissait  de  toutes  parts  ', 
la  confiance  gagnait  même  les  étrangers,  et  Tu- 

*  Dutot  décrit  ainsi ,  en  les  exagérant ,  les  avantages  produits 
par  la  banque  de  Law  : 

<t  L^abondance  se  répandit  bientôt  dans  les  villes  et  dans  les 
campagnes;  elle  alla  y  tirer  les  uns  et  les  autres  de  Poppressicm 
des  dettes  que  Tindigence  avait  fait  contracter,  elle  réveilla  Pin- 
dustrie,  elle  rendit  la  valeur  à  tous  les  biens-fonds,  qui  avait  été 
suspendue  par  ces  dettes,  elle  mit  le  roi  en  état  de  libérer  et  de 
remettre  à  ses  sujets  plus  de  cinquante-deux  millicms  d^impo- 
sitions  des  années  antérieures  à  1716 ,  et  pour  plus  de  trente- 
cinq  millions  de  droits  éteints  pendant  la  régence;  elle  fit  baisser 
rintérét  des  rentes ,  elle  écrasa  l'usure ,  elle  porta  les  terres  aa 
denier  80  et  100,  elle  fit  élever  des  édifices  dans  les  villes  et 
dans  les  campagnes,  réparer  les  anciens  qui  tombaient  en  ruines, 
défiriphei*  les  terres,  donner  des  valeurs  à  des  matériaux  fîrés  da 
seifi  de  la  terre,  qui  n'en  avaient  point  auparavant;  elle  rappela 
nos  citoyens  que  la  misère  avait  forcés  d'aller  ailleurs  cbercber 
à  vivre;  enfin ,  cette  abondance  attira  les  richesses  étrangères, 
les  bijoux,  les  pierres  iH*écieuses,  et  tout  ce  qui  pouvait  accom- 
pagner le  luxe  et  la  magnificence,  nous  vinrent  des  pays  étran- 
gers. Que  ces  prodiges  ou  ces  merveilles  aient  été  produits  par 
Tart,  par  la  colufiance,  par  la  crainte  ou  par  des  chimères,  si  on 
le  veut,  on  ne  saurait  s'empêcher  de  convenir  que  eet  art ,  que 
cette  confiance,  que  cette  crainte  ou  que  ces  chimères  avaient 
opéré  toutes  ces  réalités,  que  l'ancienne  administration  n^aurait 
jamais  produites.  » 

(Réfl^xionê  p(^ilique$  sur  les  finances  et  sur  le  cam- 
meree  de  France^  tome  I®'.) 


DE  l'Économie  politique.  69 

sure  cessait  d'exercer  ses  ravages.  Le  gouverne- 
ment ajouta  sa  sanction  à  celle  du  public  en  re- 
cevant comme  espèces  les  billets  de  la  banque  de 
Law.  C'était  le  premier  essai  qu'on  faisait  en 
France  de  cette  monnaie  nouvelle,  et  l'on  peut 
affirmer  hardiment  que  Tusage  en  serait  devenu 
général,  s'il  n'avait  aussi  promptement  dégénéré 
en  abus.  En  effets  dès  que  le  régent  eut  rendu 
l'édit  du  10  avril  1717,  qui  obligeait  les  fermiers 
et  les  receveurs  des  impôts  d'acquitter  en  espèces 
les  billets  de  la  banque,  toutes  les  fois  qu'il  leur 
en  serait  présenté,  ces  billets  acquirent  une  im- 
portance considérable  ;  l'argent  cessa  de*  voyager 
et  se  réfugia  dans  les  caisses  des  provinces  ou 
dans  celles  de  la  banque,  pour  y  faire  face  aux 
remboursemens ,  d'autant  moin& demandés,  que 
le  papier  était  plus  commode  et  d'un  transport 
moins  coûteux.  Le  succès  fut  si  complet  et  si  dé- 
cisif, que  la  banque  put  émettre  jusqu'à  cin- 
quante millions  de  billets  avec  un  capital  de  six. 
Les  dépôts  d'or  et  d'argent  augmentaient  chaque 
jour  avec  la  demande  des  billets.  On  en  demandait 
Blême  plus  qu'on  n'en  demande  aujourd'hui  que 
les  billets  de  la  banque  ont  tant  de  peine  à  circu- 
ler, aussitôt  qu'ils  ont  franchi  l'enceinte  de  Paris. 
Ainsi,  Law  avait  réalisé  en  moins  de  deux  an- 
nées les  plus  brillantes  utopies  du  crédit  public 
et  privé.  Il  avait  obtenu  ,   sur  une  échelle  im- 


70  HISTOIRE 

mense,  des  résultats  qui  sont  encore,  après  cent 
ans,  concentrés  dans  quelques  villes  de  com- 
merce; il  était  parvenu  d'un  seul  trait  au  terme 
d'une  course  qui  semblait  devoir  exiger  plusieurs 
relais  de  générations.  Ce  sera  un  éternel  hon- 
neur pour  sa  mémoire  d'avoir  organisé  de  toutes 
pièces,  sans  y  omettre  aucun  rouage  essentiel^  un 
mécanisme  aussi  compliqué  que  celui  des  ban- 
ques de  circulation  et  d'avoir  familiarisé  ses  con- 
temporains, victimes  de  tant  de  déceptions  fi- 
nancières, avec  le  régime  de  la  confiance  et  des 
billets.  Qui  pourrait  dire  quelle  fut  sa  joie  ea 
voyant  le*succès  si  prompt  de  son  ouvrage,  le  tra- 
vail encouragé,  l'espérance  renaître,  et  la  France 
sourire  à  scjs  efforts  !  Mais  ces  jours  de  triomphe 
devaient  être  de  courte  durée,  et  la  Providence 
lui  réservait  pour  un  avenir  très  prochain ,  de. 
cruelles  compensations.  Nous  en  profiterons, 
comme  d'un  enseignement  grave  et  digne  de  fi- 
gurer dans  l'histoire  de  la  science. 

Déjà  la  banque  de  circulation  établie  à  Paris 
ne  suffisait  plus  à  l'ambition  de  Law.  Il  poursuis 
vait  toujours  le  premier  objet  de  ses  désirs,  l'éta- 
blissement d'une  banque  nationale  chargée  de 
percevoir  les  revenus  publics  et  d'exploiter  les 
privilèges  commerciaux  qu'il  plairait  au  gouver- 
nement de  lui  concéder.  La  possibilité  d'émettre 
des  billets  pour  une  somme  dix  fois  plus  élevée 


DE  l'Économie  politique.  71 

que  les  réserves  en  espèces  lui  semblait  désormais 
trop  bornée.  Il  avait  conçu  la  pensée  de  réunir 
en  une  association  commune  tous  les  capitalistes 
de  France  et  de  leur  faire  mettre  en  commandite 
tous  les  élémens  de  la  richesse  publique,  depuis 
la  propriété  foncière  jusqu'aux  éventualités  du 
commerce  colonial.  Quelle  plus  belle  hypothè- 
que que  la  France  !^et  quelle  valeur  une   telle 
garantie  devait  acquérir,  quand  le  crédit  assuré 
au  plus  humble  propriétaire,  ouvrirait  une  car- 
rière illimitée  aux  améliorations  de  toute  espèce  ! 
Mais  Law  ne  pouvait  pas  présenter  ce  projet  au 
public  dans  sa  majestueuse  simplicité;  la  confiance 
nationale  n'était  pas  assea  éclairée  pour  le  per- 
mettre. Il  lui  fallut  greffer,  si  Ton  peut  parler 
ainsi,  sa  banque  universelle  sur  quelque  institu- 
tion adaptée  aux  préjugés  de  ses  contemporains,  et 
le  malheur  voulut  que  la  manie  de  coloniser,  qui 
était  alors  fort  à  la  mode,  lui  fournit  l'occasion 
de  fonder  une  compagnie  de  commerce  sur  les 
bords  du  MississipC.  Ainsi  naquit  la  compagnie  des 
Indes-Occidentales,  au  capital  de  cent  millions, 
composé  de  deux  cent  mille   actions  de  cinq 
cents   francs   chacune,    sous  forme   de  billets 
au  porteur,  transmissibles  par  voie  d'endosse- 
ment. Pour  en  favoriser  la  réalisation,  Law  crut 
devoir  faire  autoriser,  par  l'édit  de  concession 
(  août  1717),  tous  les  actionnaires  à  verser  le 


72  HISTOIRE 

montant  de  leur  souscription,  un  quart  en  es- 
pèces et  les  trois  autres  quarts  en  certificats  de 
rentes,  connus  sous  le  nom  de  bUlets  d'Etat^  alors 
fort  dépréciés.  Cette  circonstance  leur  donna 
quelque  faveur  et  releva  sensiblement  le  crédit 
public;  mais  le  salut  de  l'entreprise  dépendait 
réellement  du  succès  oolonial  de  la  compagnie , 
et  quelle  que  fût  la  crédulité  des  contemporains, 
les  dividendes  ne  se  composèrent  jamais  que  de 
l'intérêt  des  billets  d'État,  payé  par  le  gouverne- 
ment aux  actionnaires.  Bientôt  une  opposition 
formidable,  sortie  du  sein  des  parlemens,  préten- 
dit contester  à  la  banque  nouvelle  le  droit  de 
percevoir  les  impôts  et  de  faire  les  paiemens  pu- 
blics, et  défense  fut  faite  aux  employés  du  fisc 
d'échanger  contre  des  espèces  les  billets  qui  leur 
seraient  présentés.  Il  fallut  un  lit  de  justice  pour 
y  mettre  ordre,  sans  parler  de  la  concurrence  des 
frères  Paris,  qui  organisèrent  Y arUi-systime'  sous 
l'influence  des  parlementaires. 

Enfin,  le  4  décembre  1718,  deux  ans  et  demi 
après  sa  fondation,  la  banque  de  Law  fut  déclarée 
banque  royale,  et  le  capital  fut  remboursé  en 

*  On  appela  anti-êystème ,  par  opposition  aux  idées  de  Law, 
connues  sous  le  nom  de  système ,  Tassociation  formée  par  les 
quatre  frères  Paris,  de  Grenoble,  pour  renverser  la  banque  de 
Law,  au  moyen  d'un  capital  de  cent  millions,  dont  les  intérêts, 
mieux  garantis  que  ceux  de  la  banque ,  devaient  naturellement 
faire  tomber  les  actions  de  celle-ci. 


DE  l'Économie  politique.  73 

écus  aux  actionnaires.  Le  roi  se  chargeait  désor- 
mais de  la  garantie  des  billets ,  dont  l'émission 
s'éleva  en  quelques  mois  à  une  somme  supé- 
rieure au  capital  de  l'ancienne  banque.  Malheu- 
reusement, pour  accréditer  les  nouveaux  billets, 
Law  crut  devoir  obtenir  du  régent  un  édit  qui 
défendait  les  transports  du  numéraire  entre  les 
villes  où  se  trouvaient  des  bureaux  de  la  ban- 
que. C'était  donner  un  cours  forcé  à  son  papier- 
monnaie,  et  ce  ne  fut  pas  la  seule  erreur  de  Law. 
U  était  dans  sa  destinée  d'importer  en  France , 
avec  les  plus  utiles  usages  du  crédit,  le  plus  dé- 
sastreux de  ses  abus,  l'agiotage.  L'agiotage  naquit 
des  relations  de  la  banque  royale  avec  la  compa- 
gnies des  Indes-Occidentales.  Les  actions  de  cette 
compagnie  ayant  baissé  considérablement,  Law, 
qui  voulait  les  soutenir ,  s'obligea  à  les  acheter 
au  dessus  du  pair  à  une  époque  donnée,  s'enga- 
geant  à  payer  une  prime  égale  à  la  différence  du 
prix  de  bourse  avec  le  pair.  Chacun  voulut  cou- 
rir la  chance  du  bénéfice  qui  en  résultait,  et  les 
actions  montèrent.  Elles  montèrent  bien  davan- 
tage encore,  quand  Law,  en  possession  de  la  fa- 
veur du  régent,  eut  fait  joindre  au  privilège  de  la 
compagnie  des  Indes-Occidentales  le  monopole 
des  Indes-Orientales,  avec  l'autorisation  d'émet- 
tre un  nouveau  capital  capable  de  suffire  à  la 
grandeur  de  cette  association.  Des  combinaisons 


74  UISTOIIΠ

habiles,  parce  qu'elles  étaient  neuves ,  firent  af- 
fluer les  espèces  dans  les  coffres  du  novateur 
écossais.  Il  donnait  du  temps  aux  actionnaires 
pour  acquitter  le  montant  de  leurs  actions,  sans 
songer  que  le  temps  lui  manquerait  à  lui-même 
pour  achever  son  œuvre,  et  qu'on  lui  reproche- 
rait bientôt  la  ruine  du  pays;  mais  ,  enfin ,  il 
donnait  du  temps,  le  temps  dont  les  Américains 
de  nos  jours  ont  dit  qu'il  valait  de  l'argent ,  time 
is  money.  Les  spéculateurs  achetèrent  à  la  fois 
des  actions  et  des  espérances.,  et  Law  redoubla 
d'efforts  pour  donner  de  la  valeur  aux  unes  et 
aux  autres.  L'argent  versé  à  grands  flots  dans  les 
caisses  de  l'état  lui  inspira  l'idée  d'une  refonte 
des  monnaies  :  il  s'en  fit  accorder  la  fabrication 
exclusive  par  un  édit,  dont  la  faveur  coûta  cin- 
quante millions  à  la  banque.  Ainsi  commencè- 
rent ces  concessions  réciproques  entre  le  gouver- 
nement et  le  système ,  le  premier  accordant  tou- 
jours, et  le  second  promettant  sans  cesse,  avec 
la  même  irréflexion  et  la  même  insouciance  de 
l'avenir.  Il  y  eut  pourtant  d'énormes  bénéfices 
recueillis  par  suite  de  la  refonte  des  monnaies,  et 
pour  peu  que  la  compagnie  des  Indes  eût  fourni 
sa  part  de  dividendes,  la  banque  royale  aurait  été 
assise  sur  des  bases  inébranlables.  L'avidité  des 
gens  de  cour  et  la  folie  des  spéculateurs  en  dé- 
cidèrent autrement. 


DE  l'Économie  politique.  76 

Déjà  les  actions  s'étaient  élevées  à  un  taux  que 
ne  justifiaient  ni  les  garanties  offertes  par  la 
compagnie ,  ni  même  les  chances  de  profit  les 
plus  exagérées.  Ce  ne  fut  plus  qu'un  jeu,  dont 
l'histoire  est  trop  connue  pour  qu'il  soit  néces- 
saire d'en  donner  les  détails.  Ils  suffît  de  dire  que 
la  hausse  des  actions  improvisa  des  fortunes  vrai- 
ment fabuleuses,  et  ançiena,  dans  la  propriété , 
des  déplacemens  qui  n'ont  pas  tous  été  sans 
avantage  pour  la  prospérité  générale  du  pays. 
L'aristocratie  foncière,  lasse  de  posséder  des  ter- 
res dont  les  revenus  modestes  ne  pouvaient  se 
comparer  aux  profits  éblouissans  de  l'agiotage, 
échangea  ses  prés  et  ses  bois  contre  des  actions; 
les  salaires  s'élevèrent  à  un  taux  inconnu  jusqu'a- 
lors, et  les  marchandises  qui  encombraient  les 
magasins  ne  purent  suffîre  à  l'empressement  des 
acheteurs.  Law  semblait  parvenu  au  comble  de 
ses  vœux.  Si  quelques  rivaux  mal  inspirés  ache- 
taient ses  billets  pour  l'inquiéter  par  de  fortes 
demandes  de  remboursement  en  écus,  il  faisait 
rendre  un  édit  qui  réduisait  la  valeur  des  espè- 
ces, et  il  déconcertait  les  coalitions  par  l'audace 
de  son  alliance  avec  le  gouvernement.  Jamais,  il 
faut  le  dire,  des  expériences  plus  hardies  ne  fu- 
rent faites  avec  une  telle  promptitude  et  sur  une 
telle  échelle;  jamais  des  théories  plus  aventureu- 
ses n'eurent  à  leur  service  un  pouvoir  plus  ab- 


76  HISTOIRE 

solu.  Il  ne  restait  plus  qu'une  dernière  tentative, 
la  plus  dangereuse,  il  est  vrai ,  mais  la  plus  sé- 
duisante de  toutes,  le  remboursement  de  la  dette 
publique.  Celle  là  devait  rencontrer  moins  qu'au- 
cune autre  des  obstacles  de  la  part  du  régent  ; 
mais  elle  eut  le  défaut  d'être  exécutée  sans  pré- 
caution et  d'une  manière  prématurée.  Quinze 
cents  millions  ne  pouvaient  pas  être  ainsi  dépla- 
cés légèrement  dans  un  pays  moins  habitué  aux 
vastes  opérations  du  crédit  que  l'Angleterre  et  la 
Hollande.  C'était  aussi  hasarder  beaucoup  que 
de  substituer  les  actions  de  la  compagnie  des 
Indes  aux  titres  des  créanciers  de  l'État  et  de  leur 
faire  troquer,  comme  on  le  disait  dans  le  temps, 
leurs  certificats  de  rentes  contre  les  brouillards 
du  Mississipi.  Cependant,  la  mesure  aurait  réussi 
sans  la  fureur  avec  laquelle  le  public  se  précipita 
dans  les  spéculations  dont  elle  devint  le  signal. 
Les  actions  ,  à  peine  émises  ,  montèrent  au  tri- 
ple, au  quintuple  et  même  au  décuple  de  leur  capi- 
tal nominal.  On  eût  dit  que  les  Français  ne  sau- 
raient plus  désormais  où  placer  leur  argent,  tant 
ils  se  pressaieilt  pour  obtenir  à  tout  prix  des  ti- 
tres du  nouvel  emprunt.  La  seconde  émission  vit 
se  réaliser  à  cinq  mille  livres,  cent  mille  actions 
de  cinq  cents  francs.  Ce  fut  une  frénésie  géné- 
rale, encouragée  d'ailleurs  par  la  latitude  accor- 
dée aux  souscripteurs  de  se  libérer  en  dix  ver- 


DE  l'Économie  politique.  77 

semens  de  mois  en  mois.  Il  suffisait  de  donner  des 
arrhes^  comme  dit  si  ingénieusement  M.  Thiers  % 
pour  s'assurer  dix  actions  au  lieu  d'une.  Les 
créanciers  de  l'État  ne  furent  pas  les  derniers  à 
se  prêter  à  leur  spoliation,  et  l'histoire  du  sys- 
tème est  toute  pleine  de  brigandages  qui  ont  ou- 
vert dignement  dans  notre  pays  la  carrière  de 
l'agiotage. 

Nous  ne  pouvons  exposer  ici  succinctement 
que  les  résultats  de  cette  grande  révolution  fi- 
nancière, qui  causa  de  grands  maux ,  comme 
toutes  les  révolutions,  mais  qui  produisit  aussi 
de  grands  biens,  des  biens  durables,  en  compen- 
sation de  maux  passagers.  La  morale  publique 
en  reçut  principalement  de  rudes  atteintes,  trop 
capables  de  détourner  les  honnêtes  gens  de  la 
voie  longue  et  épineuse  du  travail.  «  Les  varia- 
tionsdela  fortune  étaient  si  rapides,  dit  M.  Thiersf\ 
que  des  agioteurs,  recevant  des  actions  pour  al- 
ler les  vendre,  en  les  gardant  un  jour  seulement, 
avaient  le  temps  de  faire  des  profits  énormes.  On 
en  cite  un  qui,  chargé  d'aller  vendre  des  actions, 
resta  deux  jours  sans  paraître.  On  crut  les  ac- 
tions volées;  point  du  tout  :  il  en  rendit  fidèle- 
ment la  valeur;  mais  il  s'était  donné  le  temps  de 
gagner  un  million  pour  lui.  Cette  faculté  qu'a- 

'  Notice  sur  Lato,  dans  V Encyclopédie  progressive^  page  80. 
*  Article  Law^  déjà  cité. 


78  HISTOIRE 

vaient  les  capitaux  de  produire  si   rapidement, 
avait  amené  un  trafic  :  on  prêtait  les  fonds  à  l'heure, 
et  on  exigeait  un  intérêt  dont  il  n'y  a  pas  d'exem- 
ple; Les  agioteurs  trouvaient  encore  à  payer  l'in- 
térêt exigé  et  à  recueillir  un  profit  pour  eux-mê- 
mes. On  pouvait  gagner  jusqu'à  un  million  par 
jour.  Il  n'est  donc  pas  étonnant  que  les  valets 
devinssent  tout  à  coup  aussi  riches  que  des  sei- 
gneurs :  on  en  cite  un  qui,  rencontrant  son  maî- 
tre par  un  mauvais  temps ,  fit  arrêter  son  car- 
rosse et  lui  offrit  d'y  monter.  »  La  folie  en  vint  à 
ce  point,  que  les  actions  montèrent  à  trente  ca- 
pitaux pour  un,  et  que  l'agiotage  absorba,  comme 
un  gouffre,  toutes  les  économies  du  riche  et  du 
pauvre,  en  moins  de  quelques  mois.  Il  n'y  eut 
bientôt  plus  assez  de  galons  chez  les  marchands 
pour  dorer  la  nouvelle  aristocratie  qui  sortit  de 
cette  effervescence  de  bourse,  et  les  six  cent  mille 
actions  de  la  compagnie  des  Indes  en  vinrent  à 
représenter  plus  de  dix  milliards  imaginaires.  Il 
faut  avoir  été  témoin  de  quelques  engouemens 
financiers  du  temps  présent  pour  se  faire  uîfié 
idée  du  délire  de  l'époque  de  Law,  et  de  l'aveu- 
glement profond  où  la  fureur  des  spéculations 
avait  plongé  les  gens  les  plus  raisonnables. 

Cependant,  le  moment  de  la  crise  approchait, 
sans  que  personne  osât  la  prévoir,  pas  même  Law 
lui-même,  qui  semblait  croire  à  la  durée  indéfi- 


DE  l'Économie  politique.  79 

DÎe  de  son  système.  Il  n'y  avait  plus  de  garantie 
possible  pour  un  capital  porté  à  plus  de  dix  mil- 
liards; et  quand  même  le  Mississipi  eût  été  un 
véritable  Eldorado,  quatre  cents  millions  auraient 
à  peine  suffi  à  assurer  un  intérêt  de  4  ou  5  pour 
iOO  au  chiffre  idéal  des  actions.  On  fut  bientôt 
obligé  d'imposer,  par  autorité,  une  foule  de  me- 
sures qui  auraient  dû  être  le  résultat  de  la  con- 
fiance, et,  dès  ce  moment,  la  confiance  fut  ébran- 
lée. Law  crut  devoir  soutenir  les  billets  ^ie  sa 
banque  par  des  édits  qui  en  défendaient  la  con- 
version ,  à  Paris ,  contre  des  matières  d'or  et 
d'argent;  puis  il  fit  ordonner  que  les  impôts  se- 
raient payés  en  billets;  puis  enfin,  que  les 
créanciers  auraient  droit  d'exiger  aussi ,  en 
billets,  le  paiement  de  leurs  créances.  Mais  ces 
vains  expédiens  ne  firent  que  hâter  l'explosion 
de  la  catastrophe.  Les  plus  prudens  s'empres- 
sèrent de  réaliserj  c'est-à-dire  de  convertir  en 
terres,  en  meubles,  en  maisons,  le  montant  de 
leurs  actions  ou  de  leurs  billets,  et  l'on  vit  alors 
un  phénomène  entièrement  contraire  à  celui  que 
nous  avons  déjà  signalé ,  les  porteurs  d'effets 
courir  après  toutes  les  valeurs  solides,  tandis 
qu'auparavant  ils  semblaient  trop  heureux  de  se 
débarrasser  de  ces  valeurs  pour  avoir  des  effets. 
Les  prix  s'élevèrent  presque  subitement  à  un 
taux  inconnu  jusqu'alors  ,  et  l'afiluence  devint 


80  HISTOIRE 

de  jour  en  jour  plus  considérable  à  la  banque, 
pour  des  remboursemens  en  espèces.  On  crut 
pourvoir  à  ce  danger  en  forçant  le  cours  des  bil- 
lets ,  et  en  annonçant,  pour  maintenir  la  con* 
fiance  ébranlée,  des  dividendes  qui  ne  pouvaient 
être  payés.  Puis  vinrent  les  mesures  folles  :  la 
défense  de  porter  des  pierreries  et  des  diamans, 
de  peur  qu'on  n'en  achetât  en  échange  d'actions 
ou  de  billets  de  banque  ;  la  confiscation  des  vieil- 
les espèces  et  les  visites  domiciliaires  pour  les 
découvrir.  La  chute  des  actions  n'en  marchait 
pas  moins  d'un  pas  rapide ,  au  grand  désespoir 
des  malheureux  qui  avaient  échangé  des  biens 
réels  contre  des  richesses  fictives ,  et  au  bruit 
des  saturnales  de  tous  les  nouveaux  enrichis,  qui 
avaient  consolidé  leur  fortune  par  des  achats  de 
terres  ou  par  des  placemens  à  l'étranger.  Le  fa- 
meux édit  du  5  mars  1720  mit  le  comble  à  cet 
échafaudage  de  mesures  violentes  qui  a  déversé 
sur  le  système  de  Law  le  blâme  un  peu  partial  de 
la  postérité.  Cet  édit,  assimilant,  par  des  combi- 
naisons astucieuses,  les  billets  de  la  banque  aux 
actions  de  la  compagnie  des  Indes,  c'est-à-dire 
des  valeurs  obtenues  en  échange  de  titres  sérieux 
à  des  valeurs  éminemment  fictives  et  éventuelles, 
fut  une  véritable  banqueroute,  qu'aucun,  histo- 
rien n'a  essayé  de  dissimuler.  Nous  aurions  peine 
à  comprendre  aujourd'hui  à  quels  tristes  expé- 


DE  l'Économie  politique.  81 

dîens  Law  se  crut  oblige  de  descendre,  après  ce 
dernier  coup.  Les  édits  désespérés  qu'il  fit  ren- 
dre rappellent  quelques-unes  des  mesures  de  la 
lerreur  de  1793*,  y  compris  la  délation  contre 
les  détenteurs  de  l'or  et  de  l'argent,  et  la  pertur- 
bation du  système  monétaire.  La  science  n'a  que 
faire  de  ces  aberrations  d'uii  homme  de  génie  aux 
abois,  si  ce  n'est  de  regretter  qu'il  y  ait  été 
amené,  pour  ainsi  dire,  malgré  lui,  par  la  néces- 
sité où  il  se  trouva  de  subordonner  ses  opérations 
aux  exigences  de  la  cour  et  à  la  détresse  des 
finances. 

Dutot,  Fôrbonnais,  Steuart  et  M.  Thiers  '  ont 
parfaitement  exposé  les  derniers  momens  du  sys- 
tème et  les  fausses  combinaisons  qui  en  détermi- 
nèrent la  chuté.  Ce  qui  demeure  certain  aujour- 
d'hui, c'est  que  la  banque  de  Law  aurait  rendu 
d'immenses  services  à  la  France,  si  le  régent  n'en 
avait  fait  un  instrument  de  perception,  une  ma- 
chine financière  docile,  au  lieu  de  lui  laisser  l'in- 
dépendance d'une  institution  commerciale.  Quand 

*  n  était  défendu  de  gar^ler  plus  de  cinq  cents  francs  en  espè- 
ces ,  sous  peine  d'une  amende  de  dix  mille  francs.  Aucun  ou- 
vrage d'or  ne  devait  peser  plus  d'une  once.  On  fixa  le  poids  de 
tous  les  articles  d'orfèvrerie ,  celui  des  plats ,  des  sucriers ,  des 
flambeaux.  Le  ridicule  ici  le  disputait  à  l'odieux. 

*  Réflexions  politiques  sur  les  finances  et  le  commerce^  Re- 
cherches  sur  les  finances  de  France  ;  Recherche  des  principes  de 
^économie  politique  ;  article  Law ,  déjà  cité. 

DEUXliME  ÉDITION.  6 


82  HISTOIRE 

011  pense  que  cette  banque  établie  en  vue  d'activer 
la  circulation ,  en  était  venue  au  point  d'interdire 
celle  de  l'or  et  d'altérer  la  valeur  des  monnaies, 
il  est  di(Bcile  de  concilier  une  telle  fin  avec  le$ 
débuts  prospères  qui  ne  permettaient  pas  de  la 
prévoir,  A  dater  du  21  mai  4721,  on  réduisit  pro- 
gressivement les  actions  dé  la  compagnie  des  In- 
des et  les  billets  de  la  banque  royale  :  c'était  dé- 
créter la  banqueroute,  au  lieu  de  l'attendre  el  de 
la  subir;  c'était  dire  aux  créanciers  du  gouverne- 
ment qu'on  les  avait  indignement  trompés  et 
qu'on  leur  ouvrait  audacieusement  les  yeux.  Mais 
le  public  ne  recueillait ,  en  vérité ,  que  ce  qu'il 
avait  semé.  N'était-ce  pas  lui  qui  avait  fait  hausser 
le  taux  des  actions  jusqu'à  un  chiffre  exagéré,  et 
qui  avait  ainsi  augmenté  artificiellement  leur 
valeur,  de  manière  à  rendre  impossible  le  paie- 
ment des  intérêts,  dans  la  proportion  nécessaire 
à  un  capital  aussi  énorme  I  II  est  arrivé  à  la  ban- 
que de  Law  ce  que  nous  avons  vu  en  Amérique , 
lors  de  la  dernière  crise  qui  vient  d'agiter  ce  pays* 
La  plupart  des  banques  ont  péri  pour  avoir 
trop  multiplié  leurs  émissions  ,  c'est-à-dire  pour 
avoir  trop  spéculé  sur  la  hausse  des  terres  et  sur 
les  progrès  d'une  civilisation  qui  ne  peut  jamais 
marcher  que  du  pas  de  l'homme.  Sous  quelque 
point  de  vue  qu'on  envisage  le  système ,  on  se 
convaincra  que,  si  Law  fût  demeuré  fidèle  aux^  vrais 


DE  L'ÉCONOMm  POLITIQUE.  83 

principesi  du  crédit  qu'il  avait  si  bien  développés 
dans  ses  ConsidércUwns  sur  le  numéraire  ' ,  il  aurait 
élevé  la  France,  il  y  a  cent  ans,  au  premier  rang 
des  puissances  financières  et  peut-être  prévenu 
les  catastrophes  terribles  dont  la  fin  du  dix- 
huitième  siècle  a  été  agitée.  Lui  seul,  depuis 
Texistence  des  banques,  a  pu  impunément  mettre 
dix  fois  autant  de  billets  en  circulation  que  sa 
banque  renfermait  de  capitaux  en  espèces,  et  mal- 
gré l'imprudence  de  sa  conduite  au  sujet  de  la 
compagnie  des  Indes,  il  n'en  conservera  pas  moins 
l'honneur  d'avoir  créé  en  France  les  premières 
valeurs  industrielles. 

Cette  seule  création  était  une  pensée  haute  et 
grandiose.  Les  plus  petits  capitaux  trouvaient 
désormais  un  placement  /  et  les  travailleurs  jus- 
qu'alors condamnés  à  l'incertitude  du  salaire, 
étaient  mifin  admis  aux  privilèges  de  la  propriété. 
Les  actions  de  la  banque  et  de  la  compagnie  des 
Indes  offraient  aux  hommes  économes  les  avan- 
tagés d^utie  caisse  d'épargne,  avec  les  chances  de 
ptoût  d'une  grande  association  commerciale.  La 
conception  de  Law  nous  semble  admirable  sous 
ce  rapport.  Le  crédit  public  était  substitué  au  cré- 

*  C'est  dans  cet  écrit ,  traduit  en  français  et  réimprimé  en 
1790 ,  que  Law  a  exposé  avec  une  parfaite  lucidité  ses  idées  sut* 
le  crédit.  Beaucoup  d'éeonomistes  y  ont  puisé  d'utiles  rensei- 
gnemens ,  sans  rendre  à  Tautenr  la  justice  qui  lui  était  due. 


84  HISTOIRE 

dît  privé.  L'intérêt  de  Fargent  tombait  au  taux 
le  plus  bas  y  et  par  là  disparaissait  la  cause  la 
plus  efficace  de  l'inégalité  des  conditions.  Mal- 
heureusement, le  financier  écossais  partagea  Ter- 
reur commune  à  plusieurs  de  ses  plus  illustres 
contemporains ,  en  supposant  qu'il  suffisait  de 
multiplier  la  monnaie  pour  faire  diminuer  l'in- 
térêt de  l'argent;  et  il  aggrava  cette  première  er- 
reur par  Terreur  plus  grande  encore  et  toute  per- 
sonnelle, de  croire  qu'on  pouvait  multiplier  la 
monnaie  de  papier  (  les  billets  de  banque  ) ,  sans 
avoir  égard  au  capital  chargé  d'en  répondre.  L'é- 
vénement favorisa  son  illusion  plus  long- temps 
qu'il  ne  semblait  possible,  car  nous  avons  vu  que 
les  avantages  du  papier  furent  si  bien  compris  en 
France,  que  Law  put  hasarder,  même  au  début 
de  ses  opérations,  ce  que  nulle  banque  d'escompte 
n'oserait  tenter  aujourd'hui,  une  émission  de  bil- 
lets dix  fois  plus  considérable  que  le  capital  en 
espèces.  La  confiance  était  générale  ;  lé  tort  de 
Law  fut  d'en  abuser.  Le  régent  Y  y  entraîna  peu 
à  peu ,  dans  l'intention  de  rembourser  la  dette 
nationale  ;  et  il  le'  força  «  d'élever,  suivant  l'ex- 
pression d'un  contemporain  '  sept  étages  sur  des 
fondemens qu'il  n'avait  posé  que  pour  trois  ».  Les 
véritables  effets  du  système  nous  sont  à  peine  bien 
connus  à  présent.  Les  écrivains  du  temps  en  par- 

*  Dutot.  . 


DE  l'économiiî  politique.  85 

lent  tous  avec  cette  affectation  d'horreur  qui 
poursuit  trop  souvent  les  plus  grandes  renom- 
mées, quand  la  main  du  malheur  s'est  appe- 
santie sur  elles.  «  En  quittant  cette  partie,  dit 
M.  Lenaontey  ',  les  joueurs  heureux  eurent  trop 
d'intérêt  à  dissimuler  leurs  profits,  et  les  malheu- 
reux à  exagérer  leurs  pertes.  Les  appréciateurs 
de  cette  crise  compliquée  furent  exposés  à  con- 
fondre la  violence  du  remède  avec  celle  du  mal, 
et  ce  qui  n'était  que  déplacé  avec  ce  qui  était  détruit. ... 
Cependant  les  provinces  centrales,  où  la  civilisa- 
tion était  la  plus  retardée,  en  éprouvèrent  Un 
ébranlement  salutaire.  Ces  pays  pauvres  et  indo- 
leûs,  où  l'on  avait  vu  le  commerce  et  l'argent 
presque  ignorés ,  les  fruits  de  la  terre  sans  valeur, 
et  la  perception  des  impôts  aussi  pénible  qu'im- 
productive ,  s'animèrent  d'une  vie  nouvelle.  Sous 
le  rapport  de  la  richesse ,  du  prix  des  denrées , 
de  la  somme  des  contributions,  de  la  vie  sociale 
et  de  l'importance  politique,  la  renaissance  de  ce 
vaste  territoire  date  du  cataclysme  de  Law,  et  sa 
civilisation  progressive,  depuis  1720,  en  est  un 
meilleur  monument  que  les  billets  de  la  banque 
qu'on  y  conserve  dans  quelques  chaumières.  i> 

La  principale  cause  de  la  chute  du  système,  fut 
donc  la  trop  grande  émission  de  billets  de  banque 
et  d'actions  de  la  compagnie  des  Indes.  Des  capi- 

•  Jf ûtotre  de  to  r^^f nce,  tome' I, page 556. 


86  HISTOIRE 

taux  fictifs  étaient  impuissans  à  fournir  des  inté* 
rets  réels  :  il  n'en  résulta  que  l'élévation  exagérée 
du  prix  de  toutes  choses  et  un  déplacement  gé- 
néral des  fortunes,  d'autant  plus  dangereux  qu'il 
était  plus  rapide.  Des  catastrophes  semblables  ont 
signalé  depuis,  les  mêmes  abus  du  crédit ,  dans 
les  deux  mondes.  Nos  pères  ont  vu  les  assignâtes 
multipliés  outre  mesure,  tomber  avec  fracas  mal- 
gré la  garantie  des  biens  dits  nationaux;  l'Angle- 
terre a  éprouvé  à  son  tour  une  grande  crise  mo- 
nétaire ,  pour  atoir  dépassé  dans  les  prêts  de  sa 
banque  à  son  gouvernement ,  la  limite  naturelle 
des  espèces.  Au  moment  où  j'écris,  une  crise  plus 
grave  vient  de  bouleverser  toute  la  circulation  aux 
États-Unis,  et  l'on  se  croit  transporté  à  l'époque 
de  Law,  quand  on  étudie  les  causes  de  cette  per- 
turbation ,  qui  sont  presque  identiquement  les 
mêmes  que  celles  de  là  chute  du  système.  En 
vain  la  Convention  punit  de  mort  le  refus  de  la 
monnaie  de  papier;  en  vain  le  parlement  d'An- 
gleterre autorise  la  faillite  de  la  banque  et  les 
États-Unis  précrpitent-ils  la  banqueroute  des  leurs: 
ces  formidables  attaques  ne  font  que  rafTero^ir  les 
bases  fondamentales  de  la  théorie  du  crédit.  Le 
crédit  ne  doit  représenter  que  les  valeurs  solides, 
et  la  solidité  des  valeurs  ne  peut  être  appréciée 
que  par  la  confiance,  jamais  décrétée  par  la  force. 
Si  Law  eût  été  libre  dans  ses  opérations,  il  aurait 


DE  l'Économie  i>olitique.  87 

contenu  ses  émissions  de  billets  et  d'actions  dans 
les  proportions  indiquées  par  les  besoins  de  la 
circulation  et  par  les  revenus  probables  de  la  com- 
pagnie des  Indes.  Ses  premiers  succès  furent 
éblouissans.  Il  s'imagina  qu'il  pourrait  réduire  la 
France  entière  en  petite  monnaie  et  faire  circuler 
toutes.les  terres  sous  forme  de  papier.  Toutefois 
l'effet  qu'il  obtint  de  cette  tentative  gigantesque 
ne  fut  pas  stérile.  Les  mutations  innombrables 
qui  s'effectuèrent  sous  l'influence  du  système, 
commencèrent  le  morcellement  de  la  propriété, 
dont  la  France  a  tiré  de  si  grands  avantages.  L'es- 
prit d'entreprise  s'empara  de  toutes  les  classes  de 
la  société,  et  la  puissance  de  l'association,  incon- 
nue jusqu'alors,  se  révéla  par  des  combinaisons 
neuves  et  hardies  dont  nos  opérations  actuelles  de 
crédit  ne  sont  que  des  imitations.  Sans  les  pro- 
digalités de  la  cour,  la  dette  publique  eût  été 
considérablement  réduite  par  le  rembom'sement 
d'une  partie  des  créanciers  de  l'État,  et  la  baisse 
de  l'intérêt  aurait  bientôt  permis  de  rembourser 
les  autres. 

La  propriété  foncière  sortit  pour  la  première 
fois  de  l'état  de  torpeur  où  l'avait  si  long-temps 
maintenue  le  système  féodal.  Ce  fut  un  véritable 
réveil  pour  l'agriculture,  et  la  terre  s'éleva  dès  ce 
moment  au  rang  de  puissance  productive.  Elle 
venait  de  passer  du  régime  de  la  main-morte  à 


88  HISTOIRE 

celui  de  la  circulation.  Le$  nouveaux  propriétaires 
presque  tous  sortis  des  rangs  des  travailleurs,  cul- 
tivèrent la  terre  avec  toute  Tardeur  de  leurs  ha- 
bitudes et  avec  la  facilité  que  leur  en  donnait  l'a- 
bondance des  capitaux.  Aussi,  l'orage  qui  venait 
de  la  bouleverser,  semblait-il  n'avoir  fait  que  la 
rafraîchir ,  et  dès-lors  commença  pour  elle  une 
ère  nouvelle.  Tout  le  monde  s'y  attacha  comme  à 
la  plus  sûre  des  valeurs^  au  point  que,  malgré  les 
mécomptes  essuyés  par  les  autres  industries  pen- 
dant la  débâcle  du  système,  un  système  nouveau 
succéda  presque  immédiatement  à  celui  qui  ve- 
nait de  s'éteindre,  non  sans  jeter  un  vif  éclat  avant 
de  passer  comme  lui.  On  devine  aisément  qu'il 
s'agit  du  système  de  Quesnay  ou  des  économistes,. 


■  ^t»' 


DE  l'Économie  politique.  89 


CHAPITRE  XXXII. 


Du  système  de  Quesnay  et  de  Técple  Économiste.  —  Origine 
de  ses  doctrines.  —  Services  qu^elles  ont  rendus.  —  Des  di- 
verses nuances  de  Pécole  Économiste.  —  Goumay.  —  Mer- 
cier de  La  Rivière.  —  Turgot.  —  Admirable  probité  de  ces 
philosophes.  —  Détails  sur  Quesnay. 


Le  triste  dénoûment  du  système  de  Law  laissait 
la  France  entière  plongée  dans  une  véritable  stu- 
peur. On  ne  savait  plus  désormais  à  quels  prin- 
cipes se  fier,  après  avoir  vu  rapidement  naître  et 
mourir  tant  de  fortunes.  Les  uns  déploraient  la 
ruine  des  manufactures  si  laborieusement  fondées 
par  Colbert  ;  lès  autres  se  reportaient  à  cent  ans 
en  arrière  et  rappelaient  les  maximes  patriar^^ales 
de  Sully  :  labourage  et  pâturage  sont  les  mamelles  de 
l'Etat  ;  et  il  faut  avouer  que  les  circonstances 
étaient  devenues  bien  favorables  au  retour  de  ces 
idées.  De  toutes  les  valeurs  industrielles  écloses 
sous  Tatmosphère  embrasée  du  système^  il  ne  res- 
tait plus  rien  que  la  ruine,  la  désolation  et  la  ban- 
queroute. La  propriété  foncière  seule  n'avait  pas 
péri  dans  cette  tourmente.  Elle  s'était  môme  amé- 
liorée en  changeant  de  mains,  et  en  se  subdivisant 
sur  une  vaste  échelle,  pour  la  première  fois,  peut- 


90  HISTOIRE 

être  depuis  la  féodalité.  L'importance  qu'elle  ac- 
quérait ainsi  tout-à-coup  augmenta  considérable- 
ment sa  valeur,  et  bientôt  l'activité  des  esprits 
désillusionnés  de  spéculations  se  porta  vers  la 
culture  du  sol,  pour  lui  demander  réparation 
des  malheurs  du  système.  On  eût  dit  que  chaque 
homme  avait  besoin  de  se  reposer  à  l'ombre  de 
sa  vigne  et  de  son  figuier  des  secousses  et  deis 
agitations  de  la  bourse. 

Jamais  transition  ne  fut  plus  brusque.  On  y 
procédait  toutefois  au  travers  d'un  monceau  de  li- 
vres. Il  pleuvait  des  écrits  sur  la  circulation^t^sur 
le  crédit,  sur  l'industrie,  sur  la  population,  sur 
le  luxe;  chacun  voulait  expliquer  la  crise  dont  on 
sortait,  et  croyait  avoir  trouvé,  pour  sa  consola- 
lion,  le  mot  de  cette  énigme.  On  avait  pensé  pen- 
dant quelque  temps  que  l'argent  était  la  richesse 
par  excellence  et  qu'en  multipliant  le  papier  qui 
le  représentait ,  on  multipliait  la  richesse  elle- 
même.  Mais  le  renchérissement  de  toutes  choses 
et  la  chute  du  papier  avaient  dessillé  les  yeux  dés 
plus  aveugles,  et  comme  c'est  l'usage  dans  les 
circonstances  semblables,  on  avait  passé  de  l'en- 
gouement à  l'aversion,  du  fanatisme  à  l'incrédu- 
lité. Il  n'y  avait  plus  désormais  de  richesse  véri- 
table que  la  terre,  et  de  revenus  assurés  que  ceux 
qui  émanaient  de  son  sein.  C'est  de  cette  réaction 
qu'est  sorti  le  système  agricole,  plus  connu  sous 


DE  l'Économie  politique.  91 

le  nom  des  Economistes  ou  de  Quesnay  qui  en  fut 
le  principal  fondateur.  C'est  aussi  le  premier  sys- 
tème qui  ait  fait  école  et  qui  se  soit  formule  avec 
une  précision  dogmatique  assez  rare  dans  les  an- 
nales de  la  science.  Nous  le  résumerons  avec  sim- 
plicité, dans  les  personnes  et  dans  les  choses.  S'il 
n'eût  été  qu'un  exposé  de  doctrines  purement 
économiques,  peut-être  n'aurait-il  pas  obtenu  à 
un  si  haut  degré  l'attention  des  hommes  d'État; 
mais  il  se  présenta  tout  d'abord  comme  l'instru- 
m«it  d'une  réforme  politique,  qui  devait  faciliter 
la  perception  des  impôts  et  réparer  les  maux  dont 
la  France  était  accablée.  Il  venait  après  les  dé- 
sastres de  Lawetles  essais  un  peu  rudes  de  l'abbé 
Terray  *  en  matière  de  finances  :  on  l'accueillit 
avec  faveur  comme  une  nouveauté  ,  en  attendant 
qu'il  s'établît  par  droit  de  conquête. 

Et  vraiment ,  ses  premiers  manifestes  apparu- 
rent comme  une  révélation.  Chaque  peuple,  à 
son  tour,  avait  préconisé  la  puissance  de  l'indus- 
trie et  la  liberté  du  commerce;  nul  ne  semblait 
avoir  songé  à  l'agriculture,  si  ce  n'est  sous  le  point 
de  vue  exclusivement  pastoral.  Personne  n'avak 
eu  l'idée  que  le  gouvernement  dût  s'occuper  de 

•  '  L*abbé  Terray  n'était  pas  aussi  absurde  et  aussi  impitoyable 
que  la  plupart  de  ses  contemporains  Pont  prétendu.  «  Il  répondit 
un  jour  à  quelques  chanteurs  de  TOpéra  qui  réclamaient  leur 
arriéré  :  Il  est  juste  de  payer  ceux  qui  pleurent  avant  ceux  qui 
chantent.  » 


92  HISTOIRE 

la  culture  des  champs,  et  prendre  quelques  me- 
sures d'adaiinistration  relatives  à  ses  tra'vaux. 
Tout  ce  qu'on  avait  fait  jusqu'alors  en  ce  genre 
consistait  en  de  mauvais  réglemens  contre  l'expor- 
tation des  grains,  ou  pour  en  empêcher  l'impor- 
tation ,  comme  les  lois  céréales  qui  régnent  en 
Angleterre.  Et  cependant  l'agriculture  était  tou- 
jours considérée,  par  une  espèce  de  tradition  poé- 
tique, comme  la  mère  nourricière  des  peuples. 
Vers  Tan  1750,  deux  hommes  d'une  haute  portée 
d'esprit,  M.  de  Gournay  et  Quesnay  essayèrent 
d'entreprendre  l'analyse  de  cette  puissance  fé- 
conde; au  lieu  de  la  chanter ,  ils  l'expliquèrent. 
Ils  ravirent  à  la  terre  ses  procédés  mystérieux,  et 
s'ils  n'en  donnèrent  pas  la  meilleure  théoriç ,  ils 
en  préparèrent  du  moins  les  élémens  pour  la  pos- 
térité. > 

Leur  point  de  départ  était  admirablement  choisi . 
Us  voulurent  d'abord  établir  les  vrais  principes  de 
la- formation  des  richesses  et  de  leur  distribution 
naturelle  entre  les  différentes  classes  de  la  société. 
Il  leur  sembla  que  ces  richesses  provenaient  tou- 
tes d'une  source  unique  qui  était  la  terre,  puisque 
c'était  elle  qui  fournissait  aux  travailleurs  leur 
subsistance  et  les  matières  premières  de  toutes 
leurs  industries.  Le  travail  appliqué  à  la  culture 
de  la  terre  produisait  non  seulement  de  quoi  s'a- 
limenter lui-môme  pendant  toute  la  durée  de  Ton- 


DE  l'Économie  politique.  '      93 

vrage  ,  mais  eniîore  un  excédant  de  valeur  qui 
pouvait  s'ajouter  à  la  masse  de  richesses  déjà 
existantes  :  ils  appelèrent  cet  excédant  le  produU 
net.  Le  produit  net  devait  nécessairement  appar- 
tenir au  propriétaire  de  la  terre  et  constituait  en- 
tre ses  mains  un  revenu  pleinement  disponible. 
Quel  était  donc  le  produit  net  des  autres  indus-^ 
tries?  Ici  commencent  les  erreurs  de  ces  hommes 
ingénieux,  car  à  leurs  yeux  les  autres  industries 
étaient  improductives  et  ne  pouvaient  rien  ajouter, 
selon  eux,  ni  à  la  masse  des  choses  sur  lesquelles 
elles  s'exerçaient,  ni  au  revenu  général  de  la  so- 
ciété. Manufacturiers,  commerçans ,  ouvriers, 
tous  étaient  les  commis,  les  5a/arti^;s  de  l'agricul- 
ture, souveraine  créatrice  et  dispensatrice  de  tous 
les  biens.  Les  produits  du  travail  de  ceux-là  ne 
représentaient ,  dans  le  système  des  économistes^ 
que  l'équivalent  de  leurs  consommations  pendant 
l'ouvrage,  en  sorte  qu'après  le  travail  achevé,  la 
somme  totale  des  richesses  se  trouvait  absolument 
la  même  qu'auparavant,  à  moins-  que  les  ouvriers 
ou  les  maîtres  n'eussent  mis  en  réserve,  ç'est-à- 
dire^por^ce  qu'ils  avaient  le  droit  de  consom- 
mer. Ainsi  donc  ^  le  travail  appliqué  à  la  terre 
était  le  seul  productif  de  la  richesse,  et  celui  des 
autres  industries  était  considéré  comme  stMle^ 
parce  qu'il  n'en  résultait  aucune  augmentation 
du  capital  général. 


94  HISTOIRE 

En  vertu  de  ce  système,  les  économistes  admi^ 
rent  comme  une  nécessité  tout  à  la  fois  sociale 
et  naturelle  la  prééminence  des  propriétaires  fon- 
ciers sur  toutes  les  autres  classes  de  citoyensv 
Ils  devaient  recueillir  la  totalité  des  riches  pro^ 
duits  dont  ils .  distribuaient  leur  part ,  sous  le 
nom  de  salaire,  aux  non-propriétaires,  et  la  cir- 
culation des  richesses  n'avait  lieu  ,  dans  la  so- 
ciété, que  par  réchange  continuel  du  travail  et 
des  services  des  uns  contre  la  portion  disponible 
du  revenu  des  autres.  Que  devenait ,  dans  cette 
hypothèse,  car  ce  n'est  plus  qu'une  hypothèse 
aujourd'hui,  la  base  de  l'impôt?  U  était  évident 
qu'on  ne  pouvait  pas  établir  de  taxes  sur  des 
gens  réduits  au  salaire,  à  moins  d'attaquer  letir 
existence  dans  sa  source  :  au^si  les  économistes 
déclarèrent-ils  que  l'impôt  devait  être  exclusive- 
ment supporté  par  les  propriétaires  de  terres,  et 
prélevé  sur  leixt  produit  net.  L'intérêt  général  de 
tantes  les  classes  était  donc  de  multiplier  les 
produits  agricoles,  parce  que  les  propriétaires  y. 
trouvaient  un  revenu  plus  considérable  à  distri- 
buer à  toute$  les  professions  salariées.  La  popu- 
lation éftait  encouragée  et  accrue  par  l'abondance 
des  subsistances,  et  ainsi  se  vérifiait  la  maxime 
empruntée  par  la  nouvelle  école  aux  livres  saints  : 
Qui operatur  terram  suam,  satiabitur'. 

'  Prov.  C.  XIÏ ,  vers.  2. 


DE  l'Économie  politique.  95 

Nous  n'avons  pas  besoin  de  dire  en  quoi  les 
éeanomisles  se  trompaient.  Leur  principale  erreur 
venait  de  ce  qu'ils  attribuaient  à  l'agriculture 
seule  la  faculté  de  créer  des  produits  suscep- 
tibles d'aëcUmulation.  Les  belles  analyses  d'A- 
dam Smith  ont  complété,  depuis,  le  catalogue  des 
sources  de  la  richesse,  en  démontrant  que  la  va- 
Jeur  sociale  réelle  c'était  la  valeur  échangeable, 
et  qu'il  y  avait  profit  pour  la  société  toutes  les  fois 
que,  par  le  travail,  on  augmentait  cette  valeur. 
Le  blé  serait  d'une  bien  faible  utilité  si  l'on  n'en 
faisait  du  pain,  et  le  bois  n'aurait  pas  une  grande 
valeur  si  le  menuisier  et  l'ébéniste  ne  le  trans* 
formaient  pas  en  meubles.  L'expérience  a  prouvé 
même  que  l'industrie  el  le  commerce  étaient  bien 
plus  favorables  que  l'agriculture  à  l'accroisse- 
ment de  la  valeur  échangeable,  soit  par  la  divi- 
sion du  travail  qui  s'y  adapte  mieux,  soit  par  le 
perfectiotinement  des  machines.  Gomment  les 
villes  seraiejit-elle  devenues  le  foyer  de  la  richesse 
et  de  la  civilisation,  si  l'agriculture  seule  avait  le 
don  de  créer  des  valeurs?  Et  comment  explique- 
rait-on la  fortune  de  Venfse  et  de  Gènes,  qui 
n'avaient  point  de  territoire?  N'est-ce  pas  plutôt 
qu'au  moyen  du  commerce  el  des  manufactures, 
un  pays  peut  importer  annuellement  chez  Itii  une 
quantité  de  subsistances  beaucoup  plus  grande 
que  ses  propres  terres  ne  pourraient  lui  en  four- 


96  HISTOIRE 

nir  ?  La  théorie  des  débouchés^  si  bien  développée 
depuis  les  économistes,  par  J.-B.  Say ,  a  mis  cette 
vérité  dans  tout  son  jour  et  dignement  achevé  ce 
qu'Adam  Smith,  notre  maître  à  tous,  avait  si  bien 
commencé.  Mais  quelle  lumière  ont  tersée  sur 
cette  grave  question  les  hypothèses  hardies  de 
Técole  économiste!  Quelles  immenses  conséquen- 
ces nous  avons  tirées  de  cette  proposition  si  sim- 
ple, que  la  richesse  des  nations  ne  consiste  pas 
dans  les  richesses  non  consommables,  telles  que 
l'or  et  l'argent  *,  mais  dans  les  biens  consomma- 
bles reproduits  par  le  travail  incessant  de  la  so- 
ciété. -  ■  ■  ■ 

'  Cette  proposition  est  nettement  exprimée  dans  le  passage 
«uivant  de  Mercier  de  La  Rivière  : 

«  Qu'on  me  permette  de  répéter  ici  que  Pargent  ne  pleut 
point  dans  nos  mains ,  ne  croit  point  dans  nos  champs  en  natu- 
re. Pour  avoir  de  l'argent  il  faut  Tacheter,  et  après  cet  achat, 
on  n*est  pas  plus  riche  qu'on  Pétait  auparavant  ;  on  n'a  fait  que 
recevoir  en  argent,  une  valeur  égale  à  celle  qu^'on  a  donnée  en 
marchandises.  Une  nation  agricole  est  très  riche,  nous  dit-on  , 
quand  on  lui  voit  beaucoup  d'argent;  on  a  raison  sans  doute  de 
le  dire ,  mais  on  a  tort  de  ne  pas  voir  aussi  qu'avant  d^'àcquérir 
cet  argent ,  elle  était  également  riche ,  puisqu'elle  possédait  les 
valeurs  avec  lesquelles  elle  a  payé  cet  argent.;  elle  ne  peut  même 
jouir  de  cette  richesse  en  argent  sans  la  faire  disparaître  pour 
toujours,  à  moins  qu'elle  ne  l'entretienne  par  la  reproduction 
des  valeurs  dont  la  vente  ou  plutôt  l'échange  lui  ont  procuré  une 
richesse  en  argent  ;  cette  richesse  en  argent  n'est  ainsi  qu'une 
richesse  seconde  et  représentative  d'une  richesse  première  à  la- 
quelle elle  est  substituée.  »  {Ordre  naturel  et  essentiel  des  socié- 
tés politiques^  t.  Il ,  p,  558.) 


DE  l'Économie  politique.  97 

Pour  comble  de  bonheur,  les  économistes,  pré- 
occupés de  l'état  de  subordination  et  d'infériorité 
des  classes  non  propriétaires,  telles  qu'elles  leur 
apparaissaient  dans  leur  système ,  ne  trouvèrent 
rien  de  plus  juste  et  de  plus  indispensable  que  de 
réclamer  pour  elles  la  liberté  absolue  de  l'indus- 
trie et  du  commerce.  Le  bon  marché  des  vivres  et 
l'abondance  des  produits  bruts  ne  pouvaient  leur 
être  assurés  que  par  la  concurrence  illimitée  des 
vendeurs.  Cette  concurrence  était  le  seul  moyen 
de  stimuler  les  industries  et  de  favoriser  la  cul- 
ture de  la  terre  par  la  levée  de  toutes  les  entra- 
ves ;  doctrine  que  la  nouvelle  école  résumait  dans 
ces  paroles  mémorables ,  si  mal  interprétées  de- 
puis :  Laissez  faire,  laissez  passer.  C'est  à  partir  de 
ce  moment  que  sont  tombés  la  plupart  des  bar- 
rières qui  arrêtaient  le  développement  de  l'agri- 
culture, et  que  la  guerre  générale  a  commencé 
contre  les  corporations  et  les  douanes,  ces  deux 
forteresses  du  privilège ,  qui  les  recèlent  tous 
dans  leurs  flancs!  L'école  économiste  a  rendu  en- 
core beaucoup  d'autres  services  aussi  importans, 
en  analysant  les  principaux  phénomènes  de  la 
distribution  des  richesses.  C'est  principalement 
à  cette  occasion  que  le  docteur  Quesnay,  méde- 
cin de  Louis  XV  et  chef  de  cette^école,  publia  son 
fameux  Tableau  économique ,  si  lourdement  com- 
menté dans  VÀmi  des  Hommes  du  marquis  de  Mi- 

MUKlillB  ÉDITION.  7 


96  HISTOIRE 

rabeau  et  reproduit  dans  la  Physioeratie  de  Dupont 
de  Nemours. 

Ce  Tableau  économique^  dont  les  premières  épreu- 
ves furent  imprimées  à  Versailles ,  de  la  main 
même  du  roi,  avec   cette  épigraphe  :  Pawortê 
paysans  y  pauvre  royaum/e  ;  pauvre  royaume^  pauvre 
roij  présente  une  série  de  formules  hérissées  de 
chiffres,  dans  lesquels  l'auteur  indiquait  la  dis^ 
tribution  du  revenu  territorial  telle  qu'elle  lui 
semblait  résulter  de  l'opinion  qu'il  s'était  faite 
des  lois  générales  de  la  production.  C'est ,  de 
tout  le  système ,  la  partie  qui  a  fait  le  plus  de 
bruit,   et  qui  est  aujourd'hui  la  plus  oubliée, 
parce  qu'elle  repose  sur  des  bases  reconnues 
erronées.  Rien  ne  saurait  peindre  l'enthousiasme 
que  sa  publication  excita  parmi  les  adeptes  de  la 
secte.  Dupont  de  Nemours  l'appelait  «  cette  for- 
mule étonnante  qui  peint  la  naissance,  la  distri- 
bution et  la  reproduction  des  richesses  et  qui 
sert  à  calculer  avec  tant  de  sûreté  ,  de  prompti- 
tude et  de  précision,  l'effet  de  toutes  les  opéra- 
tions relatives  aux  richesses.    »  Mirabeau  ajou- 
tait :  «  Il  y  a  trois  inventions  merveilleuses  dans 
le  monde,  l'ecràtire,  la  monnaie  et  le  Tableau  écanth 
miique.   »  Ce  tableau  était  commenté,   amplifié^ 
et  développé  par  tous  les  adeptes ,  avec  la  même 
assurance  que  les  théorèmes  de  la  '  géométrie 
dans  nos  collèges.  On  l'apprenait  par  cœur  comme 


DE  l'Économie  politique.  99 

une  espèce  de  catéchisme ,  où  chaque  classe  de 
citoyens  devait  étudier  les  devoirs  qu'elle  avait  à 
remplir  dans  la  hiérarchie  sociale.  Mais,  à  présent 
que  nous  n'admettons  plujs  ces  professions  stéri-^ 
les  dont  parlait  l'auteur,  leur  classification  plus 
ou  moins  ingénieuse  n'offre  plus  aucun  intérêt 
pour  la  science. 

La  pensée  dominante  de  l'école  économiste  se 
révèle  davantage  dans  l'opuscule  de  Quesnay,  re- 
produit sous  le  titre  de  Maximes  générales  du  gou^ 
vemement  économique  d'un  royaume  agricole.  On  y 
découvre  plus  nettement  les  vues  politiques  de 
cette  école,  qu'on  a  accusée  avec  quelque  raison 
d'une  tendance  systématique  pour  le  gouverne- 
ment absolu.  Nous  citerons  quelques-unes  de  ces 
maximes,  isolées,  comme  elles  le  sont  dans  l'ou- 
vrage original,  sous  forme  d'aphorismes  : 

Que  l^autorité  souveraine  soit  unique,  et  supérieure  à  tous  les 
individus  de  la  société  et  à  toutes  les  entreprises  injustes  des  in- 
téréts  particuliers;  car  Tobjet  de  la  domination  et  de  Tobéissance 
est  la  sûreté  de  tous  et  l'intérêt  licite  de  tous.  Le  système  des 
eontreforces  dans  un  gouvernement  est  une  opinion  funeste,  qui 
ne  laisse  apercevoir  que  la  discorde  entre  les  grands  et  l'acca- 
blement des  petits. 

Que  le  souverain  et  la  Nation  ne  perdent  jamais  de  vue ,  que 
la  terre  est  Tunique  source  des  richesses,  et  que  c'est  Tagricol- 
tvve  qui  les  multiplie.  Car  l'augmentation  des  richesses  assure 
celle  de  la  population;  les  hommes  et  les  richesses  font  prospé- 
rer Tagriculture ,  étendent  le  commerce ,  animent  Tindustrie^ 
accroissent  et  perpétuent  les  richesses. 


100  HISTOIRE 

Que  l'impôt  ne  soit  pas  destructif ,  ou  disproportionné  à  U 
masse  du  revenu  de  la  Nation,  que  son  augmentation  suive 
l'augmentation  du  revenu,  qu'il  soit  établi  immédiatement  sur 
le  produit  net  des  biens-fonds  et  non  sur  le  salaire  des  hommes^ 
ni  sur  les  denrées ,  où  il  multiplierait  les  frais  de  perception» 
préjudicierait  au  commerce,  et  détruirait  annuellement  une  par- 
tie des  richesses  de  la  Nation.  Qu'il  ne  se  prenne  pas  non  plus 
sur  les  richesses  des  fermiers  des  biens-fonds ,  car  les  avances 
de  l'agriculture  d'un  royaume  doivent  être  envisagées  comme  un 
immeuble,  qu'il  faut  conserver  précieusement  pour  la  produc- 
tion de  l'impôt ,  du  revenu ,  et  de  la  subsistance  de  toutes  les 
classes  de  citoyens  :  autrement  l'impôt  dégénère  en  spoliation, 
et  cause  un  dépérissement  qui  ruine  promptement  un  État. 

Que  les  terres  employées  à  la  culture  des  grains  soient  réa^ 
nies,  autant  qu'il  est  possible,  en  grandes  fermes  exploitées  par 
de  riches  laboureurs;  car  il  y  a  moins  de  dépense  pour  l'entre- 
tien et  la  réparation  des  bâtimens ,  et  à  proportion  beaucoup 
moins  de  frais  et  beaucoup  plus  de  produit  net  dans  les  grandes 
entreprises  d^agriculture ,  que  dans  les  petites.  La  multiplicité 
des  petits  fermiers  est  préjudiciable  à  la  population.  La  popula- 
tion la  plus  assurée,  la  plus  disponible  pour  les  différens  travaux 
qui  partagent  les  hommes  en  différentes  classes ,  est  celle  qui 
est  entretenue  par  le  produit  net.  Toute  épargne  faite  à  son 
profit  dans  les  travaux  qui  peuvent  s'exécuter  par  le  moyen  de» 
animaiix,  des  machines,  des  rivières ,  etc.,  revient  à  l'avantage 
de  la  population  et  de  l'État ,  parce  que  plus  de  produit  net 
procure  plus  de  gain  aux  hommes  pour  d'autres  services  ou 
d'autres  travaux. 

Que  l'on  facilite  les  débouchés  et  les  transports  des  produc- 
tions et  des  marchandises  de  main-d'œuvre ,  par  la  réparation 
des  chemins,  et  par  la  navigation  des  cananx,  des  rivières  et  de 
la  mer;  car  plus  on  épargne  sur  les  frais  du  commerce ,  plus  ob 
accroît  le  revenu  du  territoire. 

Qu'on  ne  diminue  pas  l'aisance  des  dernières  classes  de  ci* 
toyens  ,  car  elles  ne  pourraient  pas  assez  contribuer  à  la  co»- 


DE  l'Économie  politique.  toi 

sommation  des  dem'ées  qui  ne  peuvent  être  consommées  que 
dans  le  pays,  ce  qui  serait  diminuer  la  reproduction  et  le  revenu 
de  la  Nation. 

Que  les  propriétaires ,  et  ceux  qui  exercent  des  professions 
lucratives,  ne  se  livrent  pas  à  des  épargnes  stériles  ,  qui  retran- 
cheraient de  la  circulation  et  de  la  distribution  une  portion  de 
leurs  revenus  ou  de  leurs  gains.  ^ 

Qu^on  ne  soit  pas  trompé  par  un  avantage  apparent  du  com- 
merce réciproque  avec  Fétranger,  en  jugeant  simplement  par  la 
balance  des  sommes  en  argent ,  sans  examiner  le  plus  ou  le 
moins  de  profit  qui  résulte  des  marchandises  mêmes  qpe  Ton  a 
vendues,  et  de  celles  que  Ton  a  achetées.  Car  souvent  la  perte 
est  pour  la  Nation  qui  reçoit  un  surplus  en  argent ,  et  cette 
perte  se  trouve  au  préjudice  de  la  distribution  et  de  la  repro- 
duction dés  revenus. 

Qu'on  maintienne  l'entière  liberté  du  commerce,  car  la  police 
du  commerce  intérieur  et  extérieur  la  plus  sûre ,  la  plus  exacte, 
la  plus  profitable  à  la  Nation  et  à  TÉtat ,  consiste  dans  la  pleine 
liberté  de  la  concurrence. 

Que  le  gouvernement  soit  moins  occupé  du  soin  d'épargner, 
que  des  opérations  nécessaires  pour  la  prospérité  du  royaume, 
car  de  très  grandes  dépenses  peuvent  cesser  d'être  excessives 
parPaugmentation  des  richesses.  Mais  il  ne  faut  pas  confondre 
les  abus  avec  les  simples  dépenses ,  car  les  abus  pourraient  en^ 
gloutir  toutes  les  richesses  de  la  nation  et  du  souverain. 

Qu'on  n'espère  de  ressources  pour  les  besoins  extraordinaires 
d'un  État,  que  de  la  prospérité  de  la  Nation  et  non  du  crédit  de^ 
financiers;  car  les  fortunes  pécuniaires  sont  des  richesses  clan- 
destines qui  ne  Connaissent  ni  Roi  ni  Patrie. 

Que  rÉtat  évite  des  emprunts  qui  forment  des  rentes  finan- 
cières, qui  le  chargent  de  dettes  dévorantes ,  et  qui  occasion- 
nent un  commerce  ou  trafic  de  finances  ,  par  IVntremise  des 


102  HISTOIRE 

papiers  commerçables,  où  Tescompte  augipente  de  plus  en  plus 
les  fortunes  pécuniaires  stériles.  Ces  fortunes  séparent  la  finance 
de  Tagriculture ,  et  privent  les  campagnes  des  richesses  néces- 
saires pour  Tamélioration  des  biens-fonds  et  pour  ^exploitation 
de  la  culture  des  terres. 


Les  maximes  qu'on  vient  de  lire  appartiennent 
surtout,  comme  on  a  pu  le  voir,  à  Tordre  poli- 
tique.   L'auteur  n'y  semble  préoccupé  que  du 
paiement  des  impôts ,  de  la  population,  des  em- 
prunts, des  dépenses  publiques.  C'est  qu'en  ef- 
fet les  économistes  envisageaient  la  science  d'un 
autre  œil  que  nous-mêmes,  et  presque  exclusi- 
vement dans  ses  rapports  avec  l'administration 
et  le  gouvernement.  Leur  but  était  de  fonder  la 
théorie  sociale  et  d'assujétir  toutes  les  intelligen- 
ces au  joug  d'une  autorité  tutélaire,  assez  voisine 
du  despotisme.  Ils  voulaient  d'abord  asseoir  sur 
des  bases  immuables  la  propriété  foncière  qui 
leur  semblait  la  première  de  toutes;  mais  ils  ne 
respectaient  pas  moins  la  propriété  personnelU,  et 
ils  n'admettaient  pas  de  devoirs  sans  droits,  ni 
de  services  sans  compensation.  L'intérêt  du  sou- 
verain était  naturellement,  selon  eux,  le  même 
que  celui  du  peuple;  un  roi  n'était  qu'un  père 
de  famille.  Ils  se  plaisaient  à  peindre  Louis  XY 
animant  Tagriculture  de  sa  présence  et  répan- 
dant sur  son  passage  l'abondance  et  la  paix. 
Mercier  de  La  Rivière  se  hasardait  jusqu'à  écrire  : 


DE  l'Économie  politique.  103 

«  11  est  physiquement  impossible  qu'il  puisse 
subsister  un  autre  gouvernement  que  celui  d'un 
seul.  Qui  e9t-ce  qui  ne  voit  pas,  qui  est-ce  qui 
ne  sent  pas  que  l'homme  est  formé  pour  être 
gouverné  par  une  autorité  despotique?  Par  cela 
seul  que  l'homme  est  destiné  à  vivre  en  société , 
il  est  destiné  à  vivre  sous  le  despotisme.  —  Cette 
forme  de  gouvernement  est  la  seule  qui  puisse 
procurer  à  la  société  son  meilleur  état  possible  '.  » 
L'abbé  BaudeaUy  l'un  des  interprètes  les  plus 
habiles  de  la  nouvelle  école,  partageait  les  opi^ 
nions 'de  Mercier  de  La  Rivière.  Il  avait  pensé, 
comme  lui,  qu'il  était  plus  aisé  de  persuader  un 
prince  qu'une  nation,  et  que  le  triomphe  des  vrm 
frinàpes  serait  plutôt  assuré  par  la  puissance  sou^ 
veraine  d'un  seul  homme,  que  par  la  conviction, 
difficile  à  obtenir,  de  tout  un  peuple.  Le  hasard 
voulut  qu'ils  rencontrassent  parmi  leurs  conteni* 
porains  plus  d'un  de  ces  princes  réformateurs  : 
l'impératrice  Catherine ,  en  Russie,  l'empereur 
Joseph  II,  en  Autriche,  le  grand^duc  de  Toscane, 
le  grand*duc  de  Bade.  Il  se  formait  insensible- 
ment en  France  une  pépinière  d'hommes  d'état 
imbus  de  leurs  maximes,  M.  de  Gournay,  M.  de 
Trudaine,  M.  de  Malesherbes,  M.  d'Argenson,  et 
l'illustre  Turgot,  qui  résumait  leurs  vertus  et 

'  Ordre  naturel  et  essentiel  etc.,  tomel,  pages  199,  2S0, 
2Si. 


104  HISTOIRE 

leurs  talens.  Tous  ces  hommes  de  bien  n'adop- 
taient pas  sans  réserve  les  doctrines  patriarcales 
de  Mercier  de  La  Rivière  ;  mais  ils  feisaient  pé- 
nétrer peu  à  peu  dans  le  gouvernement  les  maxi- 
mes de  tolérance  de  Técole  économiste^  et  ils  pré« 
ludaient  par  de  brillans  essais  dans  quelques 
provinces,  soit  comme  intendans,  soit  comme 
ministres,  aux  réformes  exécutées  par  la  révolu- 
tion française.   Les  abus  des  corporations,  des 
douanes,  des  corvées,  des  mesures  fiscales,  étaient 
signalés  par  eux  avec  une  persévérance  infatiga- 
ble; et  dans  leur  ardeur  de  conquêtes  scientifi- 
ques, ils  soulevaient  en  passant  les  plus  hautes 
questions  sociales.  Leurs  erreurs  mêmes  étaient 
utiles,  et  leurs  pressentimens  les  plus  vagues 
semblent  toujours  avoir  quelque  chose  de  pro- 
phétique. «  Modérez  votre  enthousiasme,  s'écriait 
Mercier  de  La  Rivière,  aveugles  admirateurs  des 
faux  produits  de  l'industrie  !  Avant  de  crier ^  mi- 
racle, ouvrez  les  yeux  et  voyez  combien   sont 
pauvres,  du  moins  malaisés,  ces  mêmes  ouvriers 
qui  ont  l'art  de  changer  vingt  sous  en  une  valeur 
de  mille  écus  ;  au  profit  de  qui  passe  donc  cette 
multiplication  énorme  de  valeurs  !  Quoi!  ceux  par 
les  mains  desquels  elle  s* opère ,  ne  connaissent  pas  l'ai- 
sance 1  Ah!  défiez-vous  de  ce  contraste!*  »  Mercier 
n'attribuait  sans  doute  les  misères  de  l'industrie 

'  Ordre  naturel  et  essentiel,  tome  II ,  page  407. 


DE  l'Économie  politique.  105 

qu'à  la  détresse  de  Tagriculture  et  à  l'insuffisance 
du  produit  net;  mais  quoiqu'il  se  trompât  sur  les 
causes,  il  signalait  très  bien  les  effets  ;  et  le  con- 
traite  dont  il  recommandait  de  se  défier,  renfer- 
mait le  problème  que  l'époque  actuelle  n'est  pas 
encore  parvenue  à  résoudre. 

Adam  Smith  n'a  rien  écrit  déplus  net  et  de 
plus  vigoureux  que  les  belles  démonstrations  des 
économistes  en  faveur  de  la  liberté  du  commerce. 
Ces  idées  de  fraternité  générale  parmi  les  na- 
tions, si  populaires  de  nos  jours ,  étaient  déve- 
loppées par  Mercier  dé  La  Rivière,  avec  une  verve 
entraînante  et  une  force  de  raison  à  laquelle \)n 
ne  saurait  désormais  rien  ajouter.  Il  y  a  même 
lieu  de  penser  que  cet  écrivain  remarquable  au- 
rait puissainment  aidé  les  gouvernemens  à  trou- 
ver la  meilleure  base  d'assiette  des  impôts,  s'il 
n'avait  été  dominé  par  la  doctrine  du  produit  net 
et  des  classes  réputées  stériles.  L'impôt,  disait-il, 
est  une  portion  du  revenu  net  de  la  nation,  ap- 
pliqué aux  besoins  de  son  gouvernemjent.  Or,  ce 
qui  n'est  qu'une  portion  du  produit  net,  ne  peut 
être  pris  que  sur  le  produit  net;  on  ne  peut 
donc  demander  l'impôt  qu'à  ceux  qui  se  trou- 
vent possesseurs  de  la  totalité  des  produits  nets 
dont  l'impôt  fait  partie.  En  conséquence,  les 
économistes  considéraient  comme  arbitraire  et  in- 
juste tout  impôt  personnel,  et  ils  enveloppaient 


1€6  HISTOIRE 

dans  une  réprobation  commune  toutes  les  taxes 
indirectes.  Qu'auraient-iis  dit  s'ils  avaient  \u,  de 
nos  jours,  c^s  taxes  produire  en  Angleterre  près 
d'c^n  milliard,  et  en  France  plus  de  cinq  cents 
millions  ? 

Cette  erreur  fondamentale,  qui  devint  pluà  tard 
|â  base  des  doctrines  financières  de  l'Assemblée 
constituante,  malgré  les  efforts  de  Rœderer  et  de 
quelques-uns  de  ses  collègues ,  était  le  résultat 
d'une  fausse  appréciation  des  principes  de  la  ri- 
chesse. La  théorie  de  la  valeur  créée,  depuis,  par 
Adam  Smith,  aurait  appris  aux  économistes  que  le 
travail  est  aussi  bien  que  la  terre  une  source  de 
richesses,  et  qu'ils,  avaient  eu  tort  de  ne  pas  as- 
similer la  multiplication  matérielle  résultant  d'un 
grain  de  blé  confié  à  la  terre,  à  la  multiplication 
des  valeurs  produites  par  les  procédés  de  l'indus- 
trie et  du  commerce.  Cette  malheureuse  doctrine 
du  produit  net  leur  ferma  les  yeux  sur  une  infi- 
nité de  vérités  qu'ils  auraient  déduites  de  l'ob- 
servation des  faits,  s'ils  avaient  suivi  la  méthode 
sévère  des  écrivains  qui  leur  ont  succédé.  Mais 
dans  leur  fausse  route,  ils  n'en  firent  pas  moins 
des  découvertes  admirables,  comme  ces  alchi- 
mistes qui  ont  trouvé  tant  de  substances  utiles, 
en  cherchant  la  pierre  philosophale.  Nous  leur 
devons  même  les  travaux  des  hommes  qui  les  ont 
surpassj^s,    et  personne  ne  doute   aujourd'hui 


DE  L'ÉCONOMIE  POLITIQUE.  107 

qu'Adam  Siuith  lui-même ,  qui  résiida  quelque 
temps  en  France,  et  qui  vécut  dans  T intimité  des 
écanomùtes^  ne  leur  ait  emprunté  ses  premières 
connaissances.  Il  ne  parle  d'eux  qu'avec  respect 
dans  ses  écrits,  et  il  se  proposait  de  dédier  son 
grand  ouvrage  sur  la  Richesse  des  Nations  à  Ques- 
nay,  si  cet  économiste  eût  vécu  au  moment  où  il 
en  fit  la  publication. 

On  a  souvent  accusé  les  économistes  d'une  ten- 
dance révolutionnaire  en  voyant  l'intimité  qui 
régnait  entre  ces  savans  et  les  philosophes  ency- 
clopédistes. Il  ne  faut  pas  oublier,  cependant, 
que  Voltaire  avait  cruellement  raillé  leurs  doc- 
trines sur  l'impôt,  dans  son  Homme  aux  quarante 
écuSf  et  que  Montesquieu  avait  répondu  à  leurs 
manifestes  en  faveur  de  la  liberté  du  commerce 
par  un  chapitre  intitulé  :  A  quelles  nations  il  est  dé- 
savantageux de  faire  le  commerce.  Ce  qui  est  certain, 
c'est  que  l'école  économiste  n'a  pas  moins  con- 
tribué que  l'école  philosophique  à  la  réforme  de 
l'ordre  social  européen.  Tandis  que  les  philoso^ 
phes  attaquaient  avec  vivacité  les  abus  de  tout 
genre,  sans  regarder  au  choix  des  armes,  les  éco- 
nomistes se  contentaient  d'en  faire  ressortir  avec 
un  calme  tout-à-fait  magistral  les  inconvéniens 
essentiels.  Ils  gardaient  une  réserve  digne  et  aus- 
tère au  milieu  du  feu  roulant  des  épigrammes 
ou  des  philippiques  dont  l'encyclopédie  pour- 
suivait le  passé,  et  ils  vivaient  tout  à  la  fois  en 


108  HISTOIRE 

bonne  harmonie  avec  la  cour  sans  être  courtisans, 
et  avec  les  philosophes  sans  être  frondeurs.  Leur 
gravité  impartiale  les  faisait  respecter  de  tous  les 
partis,  et  Louis  XV  lui-même  appelait  Quesnay 
son  penseur  ' .  Il  demeurait  à  Versailles  dans  le 
palais  du  roi,  qui  était  ainsi  devenu  le  rendez* 
vous  des  réformateurs  les  plus  hardis.  «  Tandis 
que  les  orages  se  formaient  et  se  dissipaient  au- 
dessous  de  l'entresol  de  Quesnay,  dit  Marmontel 
dans  ses  mémoires,  il  griffonnait  ses  axiomes  et 
ses  calculs  d'économie  rustique,  aussi  tranquille, 
aussi  indifférent  à  ces  mouvemens  de  la  cour,  que 
s'il  en  eût  été  à  cent  lieues  de  distance.  »  Il  ne 
se  mêla  jamais  à  aucune  intrigue,  et  il  mourut  à 
l'âge  de  quatre-vingts  ans,  laissant  un  nom  vé- 
néré dans  toute  l'Europe,  qui  ne  comprepait  pas 
la  portée  de  ses  doctrines.  Quesnay  écrivait  peu 
et  d'une  manière  presque  toujours  sententjieuse 
et  obscure.  Il  jetait  ses  idées  à  ses  sectateurs  en 
manière  d'oracle,  sans  paraître  y  attacher  d'im- 
portance et  comme  pour  leur  donner  à  penser. 
Mais  ses  formules  étaient  avidement  recueillies  et 
développées  par  la  nombreuse  pléiade  attachée  k 
ses  pas.  C'est  de  leur  sein  qu'est  parti  le  signal 
de  toutes  les  réformes  sociales  exécutées  ou  ten- 
tées en  Europe  depuis  quatre-vingts  ans,  et  l'on 
pourrait  dire  qu'à  quelques  maximes  près,  larévo- 

*  11  lui  avait  donné  pour  armes ,  trois  fleurs  de  pem^e^avec 
cette  devise  :  Prapter  excogilalionem  meniii. 


DE  l'Économie  politique.       -       109 

lution  française  n'a  été  queleur  théorie  en  action. 
Ils  se  présentent,  en  effet,  avec  les  avantages 
d'une  phalange  compacte  et  serrée  sous  les  mê- 
mes drapeaux.  Ils  ont  un  cri  de  ralliement  com- 
mun, une  doctrine  commune,  et  ce  langage  dog- 
matique qui  exerce  toujours  sur  le  vulgaire  son 
influence  accoutumée.  Leurs  principes  sont  par- 
tout proclamés  dans  les  mêmes  termes,  avec  la 
même  précision  mathémathique ,  et  Quesnay  ne 
dédaigne  pas  de  recourir  à  des  combinaisons 
spécieuses  de  chiffres,  pour  justifier  ses  apho- 
rismes.  Trois  pages  suffisent  pour  résumer  la 
science  nouvelle,  comme  ils  rappellent,  et  cepen- 
dant Mirabeau  le  père  la  délaye  en  deux  énormes 
volumes  in-quarto.  .L'essentiel  est  qu'elle  pénètre 
partout.  Elle  est,  selon  eux,  aussi  indispensable 
au  roi  qu'au  plus  modeste  citoyen.  On  la  répand 
sous  forme  de  tableaux,  d'instructions,  de  dialo- 
gues, de  traités,  de  lettres,  d'articles  de  journaux. 
Les  Ephémérides  du  citoyen,  lé  Journal  d'agriculture, 
le  Journal  économique,  la  propagent  sans  craindre  la 
censure,  tantles  économistes  sont  connus  pour  amis 
de  l'ordre  ,  au  point  de  lui  sacrifier  la  liberté.  La 
condition  du  paysan  jusque-là  si  modeste  et  si 
injustement  humiliée,  s'élève  au  premier  rang 
des  professions  les  plus  honorables.  On  réclame 
de  toutes  parts  des  communications ,  et  dès  lors 
commence  cette  fièvre  de  routes  et  de  canaux  qui 
se  rallume  si  heureusement  de  nos  jours.  Les 


110  -  HISTOIRE 

grands  chemins  se  multiplient  comme  par  en-* 
chatitement.  Sur  plusieurs  points  la  corvée  est 
abolie;  la  vaine  pâture  est  repoussée;  la  liberté 
du  commerce  des  grains  est  réclamée.  Les  cam-^ 
pagnes  ont  enfin  obtenu  un  regard  de  leurs  villes, 
et  l'agriculture  sort  de  l'état  affreux  où  elle  lan- 
guissait depuis  plusieurs  siècles. 

Les  économistes  n'étaient,  néanmoins,  pas  tous 
parfaitement  d'accord  sur  le  système  deQuesnay. 
Ils  s'entendaient  sur  les  doctrines;  ils  différaient 
d'avis  quant  aux  applications.  M.  de  Gournay, 
fils  de  négociant  et  négociant  lui-même,  fut  le 
véritable  auteur  du  fameux  adage  :  Laissez  faire  et 
laissez  passer;  c'est  lui  qui  commença  la  guerre 
contre  les  monopoles  et  qui  démontra  avant  tout 
la  nécessité  d'abolir  les  droits  sur  les  matières 
premières.  Quesnay,  fils  de  cultivateur,  avait 
tourné  plus  particulièrement  ses  regards  du  côté 
de  l'agriculture,  et  c'est  ainsi  qu'il  fut  conduit  à 
ses  hypothèses  ingénieuses  sur  l'influence  de  la 
production  agricole ,  avec  tout  leur  cortège  de 
déductions,  soit  en  ce  qui  touche  4'impôt,  soit 
par  rapport  au  travail.  M.  de  Malesherbes,  l'abbé 
Morellet,  Trudaine,  le  docteur  Price,  M.  Josiah 
Tucker,  appartenaient  à  la  nuance  de  Gournay; 
Le  Trosne,*  Saint- Fera vy,  Mirabeau  le  père,  Du- 
pont de  Nemours,  suivaient  de  préférence  les 
idées  absolues  de  Quesnay.  Mercier  d^  La  Rivière 
et  l'abbé  Bandeau,   plus  politiques   et  moins 


DE  l'Économie  politique.  114 

abstraits,  penchaient  vers  la  domination  du  pou- 
voir et  voulaient  l'investir  presque  exclusivement 
de  la  direction  du  mouvement  social.  Turgot  mar- 
chait à  part,  issu  d'eux  tous  et  destiné  à  réaliser 
leurs  idées  par  des  explications  promptes  et  dé- 
cisives. Il  était  éclectique  et  pratique,  comme  un 
philosophe  et  un  homme  d'état.  Mais  ce  qui  dis- 
tinguait par  dessus  tout  cette  généreuse  famille 
d'amis  du  genre  humain,  c'était  la  probité  admi- 
rable de  chacun  de  ses  membres  et  leur  désinté- 
ressement sincère  en  toute  chose.  Ils  ne  recher- 
chaient point  l'éclat  et  le  bruit.  Ils  n'attaquaient 
aucun  des  pouvoirs  établis ,  et  ils  n'aspiraient 
point  à  devenir  populaires,   quoiqu'ils  fussent 
animés  d'une  profonde  sympathie  pour  le  peu- 
ple '.  C'étaient  de  véritables  philantrhopes,  dans 
la  plus  noble  acception  de  ce  mot.  Leurs  livres 
sont  oubliés;   mais   leurs  doctrines  ont  germé 
comme  une  semence  féconde,  et  les  préceptes 
qu'ils  enseignaient  ont  fait  le  tour  du  monde,  af- 
franchi l'industrie,  restauré  l'agriculture  et  pré- 
paré la  liberté  du  commerce.  Après  Quesnay  vint 
Turgot;  après  Turgot,  Adam  Smith:  la  science 
désormais  marche  à  pas  de  géant. 

'  lis  ont  mérité  qu'on  leur  appliquât  ces  trois  vers  : 

Secla  fuil  servare  modum ,  finemque  lueri 
Naturam  que  sequi ,  vilam  que  impendere  verOy 
Nec  nbi  $ed  toio  genitos  $e  eredere  mundo. 


112  HISTOIRE 


CHAPITRE  XXXIIL 


Du  minisfère  de  Turgot.  -^  Réforme  qu'il  entreprend  dans  Tor- 
dre économique.  —  Résistances  quUl  rencontre.  —  Influence 
qu'il  a  exercée  sur  la  marche  de  l'économie  politique. 


Le  ministère  de  Turgot  ne  fut  que  la  doctrine 
des  économistes  en  action.  C'était  la  première  fois 
que  la  science  avait  le  bonheur  de  rencontrer  un 
ministre  disposé  à  réaliser  toutes  ses  conceptions 
et  à  tenter  sur  le  vif  toutes  ses  expériences.  Tur- 
got s'y  dévoua  avec  le  zèle  d'un  néophyte  et  la 
persévérance  consciencieuse  d'un  magistrat.  Le 
plus  illustre  de  ses  prédécesseurs,  Colbert,  avait 
osé  beaucoup  moins  ,  même  avec  l'appui  d'uiie 
volonté  comme  celle  de  Louis  XIY  :  ce  sera  donc 
un  spectacle  intéressant  de  voir  Turgot  aux  plai- 
ses avec  tous  les  préjugés  économiques  des  vieux 
âges,  qu'il  voulut  déraciner  d'un  seul  coup.  Les 
conséquences  de  cette  tentative  héroïque  méri- 
tent d'être  méditées  avec  un  soin  égal  par  les 
peuples  et  par  les  gouvernemens,  car  il  n'a  fallu 
rien  moins  qu'une  révolution  pour  en  assurer  le 
succès. 

Turgot  était  l'élève  des  écanomisteê  et  le  partisan 


DE  l'Économie  politique.  ii3 

de  leurs  doctrines,  principalement  en  tout  ce  qui 
concernait  la  liberté  du  commerce  des  grains  et 
l'impôt  territorial.  Ses  ouvrages  renferment  une 
foule  d'articles  dans  lesquels  il  se  montre  le  dé^ 
fenseur  des, maximes  fondaqsentales  du  système 
de  Quesnay.  Il  ne  Tétait  pas  pourtant  sans  con- 
ditions, et  son  expérience  administrative  lui  avait 
fait  sentir  plus  d'une  fois  combien  il  fallait  ap- 
porter de  ménagemens ,  même  dans  l'exécution 
des  améliorations  les  plus  indispensables.  Mais 
les  résistances  acharnées  qu'il  rencontra  irritè- 
rent sa  probité  et  ne  lui  permirent  pas  toujours 
de  garder  la  mesure  convenable ,  au  milieu  du 
conflit  des  opinions.  Il  avait  été  frappé  de  bonne 
heure  de  l'état  déplorable  du  peuple  des  campa- 
gnes, accablé  sous  le  poids  des  dîmes,  des  cor- 
vées, des  exactions  de  toute  espèce.  Dans  les  vil-^ 
les,  la  misère  des  classes  ouvrières  n'avait  pas 
moins  navré  son  âme,  et  le  régime  des  corpora- 
tions, ce  régime  si  contraire  au  respect  de  la 
propriété  personnelle,  avait  excité  au  plus  haut  de- 
gré son  improbation.  Aussi,  à  peine  arrivé  au 
pouvoir,  il  se  mit  à  l'œuvre  avec  la  précipitation 
d'un  homme  qui  craint  de  ne  pas  durer  et  qui 
veut,  du  moins ,  faire  tout  le  bien  possible  en 
passant.  Lesédits  de  réforme  se  succèdent  coup 
sur  coup,  longuement  motivés,  trop  longuement 
peut-être  pour  ne  pas  paraître  timides,  et  plus 

DEUXIEME  lÎDlTION.  8 


114  HISTOIRE 

semblables  à  des  dissertations  scientifiques  qu'à 
des  publications  de  Tautorité. 

Mais  aussi,  que  de  résistances  à  vaincre ,  que 
de  préjugés  à  réfuter  et  de  coalitions^  à  dissou- 
dre !  Turgot  frappait  sur  tout  :  nobles,  financiers, 
bourgeois,  prêtres,  gens  de  loi,  monopoleurs,  il 
voulait  tout  plier  au  joug  de  ses  réformes,  et  il 
semblait  ne  désespérer  de  rien.  «  f  ose  répondra j 
disait-il  au  roi,  que  dam  dix  ans  la  nation  ne  sera 
pas  reœnmmable  '.  »  Conformément  aux  habitu- 
des des  économistes ,  il  tourna  tout  d'abord  ses 
regards  vers  le&  campagnes,  et  il  crut  devoir  atta- 
quer l'absurde  législation  qui  défendait  l'expor- 
tation des  grains,  persuadé  que  le  meilleur  moyen 
de  prévenir  les  disettes  était  la  libre  circulation 
des  récoltes.  Ce  fut  pourtant  de  ce  côté  que  lui 
vinrent  les  résistances  les  plus  vives  et  les  diffi- 
cultés les  plus  inextricables.  Le  hasard  voulut  que 
l'émancipation  du  commerce  des  grains  coïnci- 
dât avec  une  année  de  disette^  et^le  peuple,  accbu-^ 
tumé  à  veiller  sur  ses  approvisionnemens  comme 
sur  un  dépôt  sacré,  s'irrita  sur  plusieurs  points 
contré  les  exportations  qui  semblaient  le  mena- 
cer de  la  famine.  Ces  exportations  n'étaient  en 
quelque  sorte  qn'intérieuresy  puisqu'elles  n'avaient 
lieu  que  de  province  à  province,  et  elles  ne  pou- 

*  Mémoire  au  roi,  dans  la  collection  de  Di^nt  de  Nemours, 
t.VU. 


DK  l'Économie  politique.  115 

vaienl  priver  la  France  de  la  possession  de  ses 
blés;  bien  plus^  Turgot  avait  favorisé  des  impor- 
tations de  grains  envoyés  de  l'étranger  ;  mais  que 
pouvaient  ces  argumens  contre  la  peur  et  contre 
la  calomnie  !  Et  que  restait-il  à  attendre  de  la 
multitude,  quand  des  écrivains  comme  Tabbé 
Galiani  et  M.  Necker  lui-même  descendaient  dans 
Tarène  pour  soutenir  les  plus  sots  préjugés? 
Turgol,  désespéré,  prit  le  parti  de  la  violence,  et 
il  fit  marcher  des  troupes  contre  les  bandés 
ameutées  qui  couvraient  les  campagnes,  arrêtant 
les  arrivages  et  procédant  au  pillage  des  grains. 

Tel  fut  le  résultat  de  la  première  tentative  de 
réforme  de  ce  ministre  honnête  homme,  dont 
Louis  XYI  disait  :  «  Il  n'y  a  que  M.  Turgot  et  moi 
qui  aimions  le  peuple.  »  Il  voulait  mettre  le  pain 
à  la  pprtée  de  toutes  les  bouches,  et  il  était  honni 
comme  un  ennemi  public.  On  le  représentait 
comme  le  protecteur  des  accapareurs  et  le  com- 
plice des  grands  propriétaires.  On  citait  quelques 
malenconireux  passages'  des  écrivains  économisa 
tes,  qui  avaient  soutenu  la  nécessité  d'un  prix 
élevé  pour  le  blé,  afin  d'augmenl^er  le  produit  net 
. .         •  '      « 

'  Quesnay  ayait  dit  :  a  Qu'oa  ne  <)roie  pas  que  le  bon  marché 
des  denrées  est  profitaMe  au  menu  peuple  ;  disette  et  cherté  est 
linëre ,  abondance  et  cherté  est  opulence,  o  (Maximes  généra- 
U$  du  §(mf)ememeiU  économique,  XIX,  XX). 

Mais  comment  concilier  la  cherté  et  l'abcmdattce? 


116  HISTOIRE 

de  Tagriculture,  et  Turgot  était  accusé  d -affamer 
le  peuple  pour  faire  réussir  une  absurde  utopie. 
Il  ne  pouvait  triompher  qu'à  force  de  lits  de  jus- 
tice de  l'opposition  du  parlement.  A  Rouen ,  le 
commerce  des  blés  était  entre  les  mains  d'une 
communauté  de  cent  douze  marchands.  Eux  seuls 
pouvaient  acheter  et  vendre  des  grains  dans  cette 
ville.  Une  confrérie  de  quatre-vingt-dix  portefaix 
jouissait  sous  leurs  ordres  du  droit  exclusif  de 
transporter  les  sacs  ;  une  autre  association  avait 
le  privilège  de  moudre  pour  la  consommation 
des  habitans.  Tout  était  monopole,  abus  et  ty-* 
rannie.  C'est  là  que  Turgot  voulait  porter  la 
hache;  mais  chaque  coup  qu'il  essayait  de  frap- 
per retombait  sur  lui-même.  En  lisant  les  longs 
préambules  de  tous  les  édits,  qu'il  fit:  rendre,  on 
ne  sait  de  quoi  s'étonner  le  plus  ou  de  la  patience 
des  hommes  qui  supportèrent  les  exactions  qui 
y  sont  signalées,  ou  dé  la  folie  de  ceux  qui  vou- 
laient empêcher  ce  grand  ministre  d'y  mettre  un 
terme.  Il  rencontra  les  mêmes  résistances,  lors- 
que, après  avoir  affranchi  le  commerce  des  blés, 
il  tenta  de  réprimer  les  abus  qui  entravaient  ce- 
lui des  vins.  Accoutumés  comme  nous  le  som- 
mes, depuis  l'Assemblée  constituante,  à  l'égalité 
des  citoyens  et  des  départemem  devant  la  loi,  nous 
avons  peine  à  comprendre  aujourd'hui  les  cris  de 
fureur  qui  accueillirent,  surtout  dans  le  Midi,  la 


DE  l'Économie  politique.  117 

réforme  des  privilèges  de  localité,  si  nombreux 
en  matière  de  vins.  Que  dirons-nous  donc  de  la 
lutte  qui  s'ouvrit,  au  sujet  de  la  suppression  des 
corvées,  entre  le  garde-des-sceaux  Miromesnil  et 
Turgot? 

11  faut  voir  dans  la  collection  des  œuvres  de  ce 
dernier  avec  quelle  verve  de  style  et  de  raison  il 
faisait  ressortir  la  rigueur  d'un  système  qui  im- 
posait à  la  classe  la  plus  malheureuse  et  la  plus 
pauvre  le  fardeau  de  la  construction  et  de  l'en- 
tretien des  routes*.  Et  combien  n'avait-il  pas 
déjà  dû  combattre  pour  obtenir  ces  routes  elles- 
mêmes  ?  Nous  ignorons  trop  en  France  que  c'est 
^u  système éeanomiste,  au  système  agricole,  que 
nou»  devons  l'idée  des  premières  grandes  com- 
munications dont  le  pays  ait  été  doté  ',  et  à  Tur- 
got leur  exécution.  Quand  H  fut  question  d'en 
répartir  les  charges  entre  les  diverses  classes  de 
citoyens,  Turgot,  fidèle  à  sa  devise ,  prit  la  dé- 
fense des  plus  pauvres  ;  M.  de  Miromesnil  s'at- 
tendrit sur  le  sort  des  plus  riches.  Voici   un 

'  Tome  VIII  de  Tédition  de  Dupont  de  Nemouis,  pages  178- 
262. 

'  a  Que  l'on  facilite  les  débouchés  et  les  transports  des  pro- 
ductions et  des  marchandises  de  main  d'œuvre ,  par  la  répara- 
tion des  chemins^  et  par  la  navigation  des  canaux,  des  rivières 
et  de  la  mer  ;  car  plus  on  épargne  sur  les  frais  du  commerce , 
plus  on  accroU  le  revenu  du  territoire.  » 

(M^iximes  générales  du  gouvernement  économique ,  XVU.) 


118  HISTOIRE  ^ 

échantillon  de  leur  dialogue,  écrit  par  le  premier 
sous  forme  (ï observations j  par  le  second  ,  sous  le 
titre  de  réponses.  Nous  regrettons  de  n'en  citer 
que  ce  fragment;  mais  ce  fragment  appartient  à 
l'histoire  de  la  science. 

I^  garde-des-sceaux.  «  Les  propriétaires  qui  pa- 
raissent au  premier  coup-d'œil  former  la  portion 
des  sujets  du  roi  la  plus  heureuse  et  la  plus  opu-^ 
lente,  sont  aussi  celle  qui  supporte  les  plus  for- 
tes charges,  et  qui  par  la  nécessité  où  elle  est 
d'employer  les  hommes  qui  n'ont  que  leurs  bras 
pour  subsister,  leur  en  fournit  les  moyens.  ]» 

Twrgot.  «  De  ce  que  le  propriétaire  ressent  le 
coup  de  la  ruine  de  son  fermier,  il  ne  s'ensuit  pas 
que  ce  fermier  ne  soit  encore  plus  malheureux 
que  son  maître  lui-même.  Quand  un  cheval  de 
poste  tombe  excédé  de  fatigue,  le  cavaliar  tombe 
aussi,  mais  le  cheval  est  encore  plus  à  plaindre» 
Les  propriétaires  font  vivre  par  leur  dépense  les 
hommes  qui  n'ont  que  leurs  bras,  mais  les  pro- 
priétaires jouissent  pour  leur  argent  de  toutes  les 
commodités  de  la  vie.  Le  journalier  travaille  et 
achète  à  force  de  sueurs  la  plus  étroite  subsis- 
tance. Mais  quand  on  le  force  de  travailler  pour 
rien,  on  lui  ôte  même  la  ressource  de  subsister  de 
son  travail  par  la  dépense  du  riche.  » 

Le  garde^eS'Sceaux.  «  Les  propriétaires  ne  pro- 
filent pds  seuls  de  ravanlage  des  grandes  routes 


DB  l'Économie  politique.  119 

bien  entretenues.  Les  voyageurs ,  les  rouliers  et 
les  paysans  même  qui  vont  à  pied  ,  en  profitent 
également;  les  voyageurs  font  plus  de  chemin  en 
moins  de  temps  et  à  moins  de  frais  et  les  rouliers 
fatiguent  moins  leurs  chevaux  et  usent  moins 
leurs  équipages;  le  simple  paysan  qui  va  à  pied 
marche  plus  facilement  dans  une  belle  route  que 
dans  un  mauvais  chemin.  De  là  résulte  que  le 
profit  des  grandes  routes  s'étepd  proportionnel- 
lement à  tous  les  sujets  du  roi.  » 

Turgot.  «  Les  voyageurs  gagnent  à  la  beauté  des 
chemins  d'aller  plu^  vite.  La  beauté  des  chemins 
attire  les  voyageurs,  en  multiplie  le  nombre,  ces 
voyageurs  dépensent  de  l'argeiit,  consomment 
les  denrées  du  pay$,  ce  qui  tourne  toujours  à  l'a- 
vantage des  propriétaires.  Quant  aux  rouliers, 
leurs  frais  de  voiture  $ont  payés  moios  cher  à 
proportion  de  ce  qu'ils  sont  moins  long-temps  en 
chemin  et  ménagent  davantage  leurs  équipages  et 
leurs  chevaux.  De  cette  diminution  des  frais  de 
voiture  résulte  la  facilité  de  transporter  les  den- 
rées plus  loin  et  de  les  vendre  mieux.  Ainsi  tout 
l'avantage  est  pour  le  propriétaire  des  terres  qui 
vend  mieux  sa  denrée.  A  l'égai^d  des  paysans  qui 
vont  à  pied,  M.  le  garde-des-sceaux  me  permettra 
de  croire  que  le  plaisir  de  marcher  sur  un  che- 
min bien  caillouté  ne  compense  pas  pour  eux  la 
peine  qu'ils  ont  eue  à  le  construire  sans  salaire.  » 


J20  '  HISTOIRE 

Dans  cet  échange  rapide  d'argumens,  le  garde* 
des-sceaux  elTurgot  appréciaient  incomplètement 
Fun  et  l'autre  les  véritables  effets  de  Tamélioratioa 
des  routes.  Ils  parlaient  tous  deux  comme  des 
hommes  étrangers  à  la  saine  théorie  des  richesses; 
mais  quelle  différence  de  langage  en  ce  qui  con- 
cerne les  intérêts  des  classes  laborieuses!  Quelle 
vive  sympathie  dans  Turgot!  quelle  froide  indif- 
férence chez  l'autre!  Voilà  pourtant  ce  qu'avaient 
déjà  produit  les  leçons  des  éœnomiste^,  et  sur  quel 
terrain  les  questions  d'économie  politique  avaient 
été  amenées!  Turgot  les  y  maintint  pendant  toute 
la  durée  de  son  ministère  et  il  poursuivit  invaria- 
blement une  à  une  et  pour  ainsi  dire  d'après  un 
programme  arrêté  à  l'avance,  la  solution  de  tou- 
tes celles  qu'avaient  soulevées  l'école  de  Quesnay. 
Après  l'édit  de  suppression  des  corvées ,  vint  le 
fameux  édit  de  février  1776,  l'œuvre  capitale  de 
Turgot,  la  charte  d'affranchissement  des  classes 
ouvrières.  L'historien  n'a  plus  aujourd'hui  qu'à 
saluer  le  souvenir  de  cette  grande  hardiesse,  pres- 
que immédiatement  suivie,  du  retour  du  monopole 
et  des  privilèges  ';  mais  triomphant  quelques  an- 
nées plus  tard  à  l'aide  d'une  révolution.  L'aboli- 
tion  des  corporations  fut  une  grande  et  belle  me- 
sure; mais  combien  le  mérite  en  fut  rehaussé  par 

V  L'édit  de  1776  fut  révoqué  trois  mois  après  sa  publica- 
tion. 


DE  l'Économie  politique.  121 

les  termes  de  ce  préambule  mémorable,  le  plus 
noble  peut-être  ^ue  l'administration  ait  jamais  em- 
prunté à  la  science!  «  Dieu  en  donnant  à  l'homme 
des  besoins,  disait  le  préambule,  en  lui  rendant 
nécessaire  la  ressource  du  travail,  a  fait  du  droit 
de  travailler  la  propriété  de  tout  hôriime,  et  celte 
propriété  est  la  première ,  là  plus  sacrée  et  la  plus  im- 
prescriptible  de  toutes.  Nous  voulons  en  conséquence 
iabroger  ces  institutions  arbitraires ,  qui  ne  per- 
mettent pas  à  l'indigent  de  vivre  de  son  travail  ; 
qui  éteignent  l'émulation  et  l'industrie,  et  ren- 
dent inutiles  les  talens  de  ceux  que  les  circon- 
stances excluent  de  l'entrée  d'une  communauté; 
qui  surchargent  l'industrie  d'un  impôt  énorme- 
onéreux  aux  sujets  sans  aucun  fruit  pour  l'État; 
qui  enfin  par  la  facilité  qu'elles  donnent  aux 
membres  des  communautés  de  se  liguer  entre 
eux,  de  forcer  les  meipbres  les  plus  pauvres  de 
subir  la  loi  des  plus  riches,  deviennent  un  ins- 
trumentdejnonopole  etfavorisent  des  manœuvres 
dont  l'effet  est  de  hausser  au-dessus  de  leur  pro- 
portion naturelle  les  denrées  les  plus  nécessaires 
à  la  subsistance  du  peuple.  »  Tout  le  reste  est 
écrit  de  ce  style  imposant  et  sévère,  qui  ne  fai- 
sait grâce  à  aucun  abus  et  qui  les  stigmatisait  tous 
à  la  face  des  hommes  étonnés  de  la  longue  op- 
pression de  leurs  pères  et  de  l'absurdité  de  tant 
de  vexations  inutiles.  Ce  que  nous  avons  déjà  dit 


122  HISTOIRE 

plus  haut  '  à  ce  sujet ,  nous  permet  de  ne  pas 
approfondir  davantage  cette  question  désormais 
résolue  et  dont  la  solution  a  obtenu  au  plus 
haut  degré  la  sanction  de  l'expérience  et  du 
temps. 

Après  avoir  affranchi  le  laboureur  de  la  corvée 
et  l'ouvrier  de  la  maîtrise,  Turgot  voulut  arracher 
le  commerçant  à  l'usure;  et  il  entama  cette  ré- 
forme avec  la  hauteur  de  vue  aventureuse  qui 
distinguait  son  caractère.  Il  avait  publié,  en  1769^ 
un  mémoire  extrêmement  remarquable  mr  les  prêts 
d^argefUj  où  se  trouvaient  signalés  les  vices  essen- 
tiels de  la  législation  restrictive  du  taux  de  l'in- 
térêt, et  victorieusement  réfuté,  depuis,  par  Jé- 
remy  Bentham  :  il  voulut  faire  davantage,  et  pour 
achever  l'œuvre  qu'il  avait  si  bien  commencée ,  il 
provoqua  l'établissement  d'une  caisse  d'escompte 
qui  devait  neutraliser,  par  le  bas  prix  de  l'intérêt, 
les  prétentions  exagérées  des  détenteurs  de  capi- 
taux,  11  lui  vint  même  à  l'esprit  de  donner  de  la 
publicité  aux  hypothèques,  de  manière  qu'il  eût 
été  impossible,  disait-il ,  que  les  propriétaires  de 
terres  ne  payassent  pas  leurs  dettes;  et  la  sûreté 
du  crédit  aurait  fait  baisser  T intérêt  de  l'argent. 
Qu'il  eût  tort  ou  raison  de  l'espérer,  on  ne  saurait 
trop  louer  la  sollicitude  avec  laquelle  il  songeait  à 

*  Voir  le  chapitre  xi\  de  cet  ouvrage ,  consacré  aux  institu- 
tions de  saint  Louis. 


DE  L'ÉCONOMlfi  POLITIQUE.  123 

toutes  les  réformes  qui  pouvaient  favoriser  le  tra- 
vail et  la  production,  dans  notre  pays. 

Il  restait  à  Turgot  une  grande  épreuve  à  subir^ 
celle  de  la  réforme  des  impôts,  et  c'est  à  cette  oc-^ 
casion  que  les  opinions  erronées  des  ic(momiste$ 
faillirent  lui  causer.de  sinistres  mécomptes.  La 
doctrine  absolue  duprodwtnet  pouvait,  en  effet, 
être  fort  innocente  tant  qu'elle  ne  sortirait  pas  du 
cercle  étroit  des  abstractions;  mais  il  y  avait  beau* 
coup  de  danger  à  bouleverser  de  fond  en  comble 
tout  le  système  fiscal  de  la  France,  pour  le  triom- 
phe d'une  simple  hypothèse.  Turgot,  préoccupé 
de  ridée  d'un  dégrèvement  général  des  classes 
pauvres  et  du  besoin  d'émanciper  toutes  les  in-f 
dustries ,  se  persuada  qu'en  réduisant  toutes  les 
taxes  à  un  impôt  territorial  unique,  il  atteindrait 
seulement  le  produit  net  y  c'est-à-dire  les  créations 
annuelles  du  travail  naturel  de  la  terre.  Son  plan 
était  d'en  consacrer  une  partie  aux  contributions 
et  de  laisser  l'autre  aux  mains  des  propriétaires^ 
distributeurs  nés  du  salaire,  selon  la  théorie  de 
Quesnay.  Mais  les  propriétaires  s'effrayèrent  jus- 
tement d'une  expérience  qui  attaquait  leur  revenu 
dans  sa  source  et  qui  avilissait  leurs  propriétés^ 
devenues  le  point  de  mire  de  toutes  les  taxes.  Le 
projette  Turgot  était  d'ailleurs  inique  en  ce  sens 
que  les  richesses  réelles  créées  par  les  travailleurs 
autres  que  les  agriculteurs,   étaient  exemptes 


124  HISTOIRE 

d'impôt  comme  si  elles  n'étaient  pas  des  richesses, 
quoiqu'elles  en  fussent  véritablement.  On  faisait 
ainsi  supporter  aux  propriétaires  de  terres  les  con- 
séquences fiscales  d'une  erreur  de  doctrine,  et  on 
les  ruinait  de  la  meilleure  foi  du  monde,  tout  en 
les  proclamant  les  producteurs  par  excellence.  Ce 
fut  un  grand  malheur  pour  la  science  que  Turgot 
ait  mis  tant  de  précipitation  à  appliquer  une 
théorie  aussi  hasardeuse  et  aussi  radicalement 
fausse,  comme  si  l'exactitude  en  eût  été  démon- 
trée avec  une  rigueur  mathématique.  Et  même 
dans  ce  cas,  le  passé  commandait  de  grands  mé- 
nagemens  à  un  homme  d'état.  Quelle  que  fût  la 
ferveur  de  ses  croyances,  il  ne  devait  pas  procéder 
à  de  pareilles  réformes  avec  la  vivacité  d'un  sec- 
taire, mais  avec  la  prudence  d'un  législateur.  Son 
erreur,  partagée  depuis  par  l'Assemblée  consti- 
tuante, a  précipité  la  France  dans  un  abîme  de 
maux,  en  privant  le  gouvernement,  pendant  plu- 
sieurs années,  des  ressources  immenses  qu'il  au- 
rait trouvées  dans  les  impôts  indirects,  dont  le 
principe  repose  sur  la  production  de  la  richesse 
immobilière,  comme  l'impôt  foncier  sur  la  pro- 
duction de  la  richesse  agricole. 

Turgot  ne  voulait  pas  non  plus  d'emprunts,  et 
sa  caisse  d'escompte  n'était  point  un  achemine- 
ment à  la  reconstitution  d'un  grand  crédit  public. 
L'école  économiste  niait  l'influence  du  crédit  pu- 


DE  l'économie  politique.  125 

blic  sur  la  prospérité  publique.  Elle  n'admettait 
pas  qu'on  pût  anticiper,  même  pour  d'utiles  mo- 
tif^, sur  le  revenu  annuel  de  l'État,  et  parce  qu'elle 
avait  rêvé  l'âge  d'or,  elle  ne  supposait  pas  qu'on 
eût  jamais  à  traverser  des  jours  difficiles.  C'est 
cette  confiance  philosophique  qui  avait  animé 
Turgot  lorsqu'il  fit  supprimer  les  corporations.  Il 
était  loin  de  penser  que  ce  grand  acte  d'émanci* 
pation,  qu'on  ne  saurait  d'ailleurs  trop  louer,  se- 
rait suivi  de  complications  formidables,  dont  la 
solution  exigerait  quelque  jour  un  génie  plus 
hardi ,  sinon  plus  loyal  que  le  sien.  Il  était  si 
heureux  de  rendre  la  liberté  du  travail  à  cette 
foule  de  compagnons  attachés  à  la  glèbe  de  l'ate- 
lier !  Il  présageait  de  si  brillantes  destinées  à  la 
nation  française,  remise  en  possession  de  tant  de 
forces  vives  !  Qui  lui  eût  dit  qu'après  un  demi- 
siècle,  la  concurrence  des  travailleurs  engendre- 
rait la  baisse  des  salaires,  le  paupérisme,  et  toutes 
les  misères  qui  ternissent  l'éclat  de  notre  civilisa- 
tion! Il  marchait  d'un  pas  aussi  ferme  à  la  pourr 
suite  des  utopies  qu'à  la  réforme  des  abus,  et  l'es- 
prit demeure  accablé  de  tout  ce  qu'il  entreprit 
avec  ses  seules  forces  de  ministre,  dans  un  temps 
où  les  ministres  n'en  avaient  pas  beaucoup.  Il 
avait  projeté  la  suppression  des  monastères  ;  l'égale 
répartition  des  impôts;  un  seul  code  civil  pour 
tout  le  royaume;  l'unité  des  poids  et  mesures; 


126  HISTOIRE 

un  régime  nouveau  pour  rinstrudion  publique; 
l'établissement  du  cadastre,  sans  parler  d'une 
foule  de  mesures  de  détail  qui  attestent  la  solli- 
citude de  l'administrateur^  autant  que  les  lu* 
mières  du  savant.  «  Il  agissait,  dit  Sénac  de  Meii^ 
han,  comme  un  chirurgien  qui  opère  sur  les 
cadavres,  et  il  ne  songeait  pas  qu'il  opérait  sur 
des  êtres  sensibles:  il  ne  voyait  que  les  choses  et 
ne  s'occupait  pas  assez  des  personnes.  Cette  ap- 
parente dureté  avait  pour  principe  la  pureté  de 
son  âme,  qui  lui  peignait  les  hommes  comme  ani- 
més d'un  égal  désir  de  bien  public,  ou  comme  des 
fripons  qui  ne  méritaient  aucun  ménagement.  » 
Aussi,  de  toutes  parts,  les  projets  de  Turgot 
rencontraient-ils  des  résistances  opiniâtres.  Il  en 
venait  beaucoup  de  la  cour;  il  en  venait  davan- 
tage encore  de  la  ville.  La  plupart  étaient  injustes 
et  honteuses,  parce  qu'elles  étaient  dictées  par 
l'intérêt  privé  V;  quelques-unes  semblent  au  con-- 

*  Parmi  les  créations  utiles  de  Turgot  qqi  soulevèrent  ponr^ 
tant  une  grande  rumeur,  il  faut  citer  TétBiblisseinent  des  pr«-' 
mières  messageries  publiques ,  dont  la  concurrence  blessait  les 
anciens  monopoleurs  de  transports.  C'était  un  service  immense 
rendu  à  toutes  les  classes  de  citoyens  ;  le  ministre  n'en  fut  pas 
moins  chansonné.  On  en  peut  juger  par  Tépigramme  snivantd 
publiée  à  cette  occasion  : 

Ministre  ivre  d'orgueil,  tranchant  du  souverain, 
.  Toi,  qui  sans  t'émouvoir,  fais  tant  de  misérables. 

Puisse  ta  poste  absurde  aller  un  si  grand  train , 
'Iju'elle  te  mène  à  tous  les  diables. 


DE  l'Économie  politique.  127 

traire  avoir  été  fondées,  parce  que  le  ministre 
réformateur  n'avait  pas  assez  tenu  compte  des 
exigences  du  passé.  Le  premier  germe  d'opposi- 
tion vint  des  parlemens,  que  trop  de  gens  se  sont 
habitués  à  considérer  comme  les  défenseurs  de 
toutes  les  idées  de  progrès,  et  qui  firent  à  Turgot 
la  guerre  la  plus  acharnée  qu'il  ait  eu  à  soutenir. 
On  ne  saurait  trop  honorer  ce  ministre,  vraiment 
vertueux,  du  courage  avec  lequel  il  persévéra  dans 
la  longue  lutte  dont  toute  sa  carrière  administra- 
tive fut  agitée.  Un  de  ses  amis  lui  reprochait  d'a- 
voir mis  trop  de  précipitation  dans  ses  réformes  : 
«  Gomment  pouvez-vous  me  faire  ce  reproche? 
répondit-il.  Vous  connaissez  les  besoins  dû  peu- 
ple, et  vous  savez  que  dans  ma  famille  on  meurt 
de  la  goutte  à  cinquante  ans.  »  Toute  l'explication 
de  sa  conduite  est  dans  ces  mots.  Turgot  n'a  eu 
d'autre  tort  que  celui  de  vouloir  trop  tôt,  et  à 
tout  prix,  le  succès  de  ce  qui  lui  paraissait  utile 
à  son  pays.  Son  amour  des  améliorations  s'éten- 
dait à  tout,  à  la  poésie,  à  l'éducation,  à  l'astro- 
nomie :  «  Vous  voilà  bien,  lui  disait  un  jour  l'abbé 
Morellet,  faisant  en  physique  comme  en  adminis- 
tration, combattant  avec  la  nature,  qui  est  plus 
forte  que  vous,  et  qui  ne  veut  pas  que  l'homme 
ait  la  mesure  précise  de  rien.  »  Jusqu'à  son  der- 
nier soupir,  malgré  les  mécomptes  et  les  échecs 
de  son  administration ,  il  persévéra  dans  les  doc- 


128  HISTOIRE 

trines  des  ^conomwïe*,  avec  toute  f  énergie  d'une 
conviction  religieuse.  Il  poussait  la  pliilantropie 
jusqu'à  vouloir  que  ses  domestiques  fussent  aussi 
bien  logés  que  lui,  et  il  lit  à  ce  sujet  des  dépenses 
considérables  dans  son  b6tel. 

Turgot  a  laissé  une  foule  d'écrits  qui  ont  été 
recueillis  avec  soin  par  Dupont  de  Nemours",  Les 
admiDistrateurs  de  tous  les  temps  et  de  tous  les 
pays  y  puiseront  d'utiles  renseignemens,  car  ja- 
mais ce  ministre  n'aborda  une  seule  question 
avant  de  l'avoir  approfondie,  et  presque  tous  ses 
préambules  d'édits  sont  des  traités  complets  de 
la  matière.  Mais,  le  plus  intéressant  de  ses  ou- 
vrages, est  son  Traité  de  la  formation  et  de  la  distri- 
bution des  richesses;  et  quoiqu'il  soit  tout  empreint 
des  idées  des  économistes,  on  y  voit  déjà  poindre 
les  premiers  symptômes  d'une  dissidence  qui 
mène  à  la  théorie  d'Adam  Smith.  La  division  du 
travail,  les  véritables  fonctions  de  la  monnaie,  les 
procédés  du  commerce  y  sont  exposés  avec  une 
lucidité  et  une  concision  remarquables.  Les  plus 
savans  économistes  du  dix-neuvième  siècle  n'ont 
pas  mieux  démontré  l'influence  du  taux  de  l'in- 
térêt sur  toutes  les  entreprises.  «  On  peut  le  re- 
garder, dit  Turgot,  comme  une  espèce  de  niveau, 

'  Celte  collection  se  compose  de  neuf  volumes  in-S  ,  qui  ont 
panide  1808  à  18H.  Dupont  l'a  Failprécéder  d'une  vie  deTurgot 
qui  pe  vaut  pas  la  notice  publiée  par  Condorcet. 


del'êco>ûmie  politique.  129 

au-dessous  duquel  tout  trikvail,  toute  culture, 
toute  industrie,  tout  commerce  cessent.  C'est 
comme  une  mer  répandue  sur  une  vaste  contrée  : 
lus  sommets  des  montagnes  s'élèvent  au-dessus 
des  eaux  et  forment  des  îles  fertiles  et  cultivées. 
Si  cette  mer  vient  à  s'écouler,  à  mesure  qu'elle 
descend,  les  terrains  en  pente,  puis  les  plaines  et 
les  vallons  paraissent,  et  se  couvrent  de  produc- 
tions de  toute  espèce.  Il  sudit  que  l'eau  monte 
ou  baisse  d'un  pied,  pour  inonder  ou  pour  ren- 
dre à  la  culture  des  plages  immenses.  C'est  l'a- 
bondance des  capitaux  qui  anime  toutes  les  en- 
treprises, et  le  bas  intérêt  de  l'argent  est,  tout 
à  la  fois,  l'effet  et  l'indice  de  l'abondance  des 
capitaux.  » 

Le  Traité  de  la  formalùm  el  de  la  distribution 
des  richesses  a  précédé  de  neul'  ans  la  publication 
de  l'ouvrage  d'Adam  Smith,  et  n'a  pas  été  sans 
influence  sur  les  doctrines  du  célèbre  économiste 
écossais.  Turgot  pensait  comme  lui  sur  le  prêt  à 
intérêt,  sur  la  liberté  du  commerce,  sur  la  liberté 
de  l'industrie,  sur  l'intluence  des  communica- 
tions, sur  les  élémens  du  prix  des  choses,  et  sur 
la  formation  des  capitaux.'  C'est  une  véritable 
gloire  que  d'avoir  ainsi  précédé,  dans  la  carrière, 
le  plus  grand  écrivain  qui  ait  honoré  la  science, 
et  de  pouvoir  être  considéré,  à  tant  d'égards, 
comme  son  précurseur;  mais  le  plus  incontes- 

ÉniTION.  H 


130  HISTOIRE 

table  honneur  qui  revienne  a  Turgot,  sera  tou- 
jours d'avoir  ouvert  le  champ  des  expériences 
aux  premières  théories  qui  aient  été  hardiment 
foîmulées  en  économie  politique;  ce  sera  de  les 
avoir  soumises  à  l'épreuve  de  la  pratique  et  d'a- 
voir appelé  aies  juger,  non  seulement  les  sa  vans, 
mais  les  peuples.  Toute  la  littérature  de  la  der- 
nière moitié  du  dix-huitième  siècle  porte  l'em- 
preinte de  cette  influence.  Montesquieu,  D'Alem- 
bert,  Marmontel,  Gondorcet,  Raynal,  Condillac, 
J.-J.  Rousseau,  Voltaire  lui-même,  parlent  d'éco- 
nomie politique  dans  leurs  écrits;  les  journaux, 
les  recueils  de  tout  genre,  lui  consacrent  une 
place,  à  dater  de  ce  temps.  On  commence  dès 
lors  à  comprendre  qu'il  y  a  une  physiologie  du 
corps  social,  comme  il  y  en  a  une  du  corps  hu- 
main, et  qu'il  existe  des  lois  suivant  lesquelles 
les  nations  prospèrent  ou  dépérissent,  comme  les 
individus.  La  science  économique  est  entrée  dé- 
sormais dans  les  conseils  des  gouvernemens  :  elle 
n*en  sortira  plus,  aussitôt  qu'Adam  Smith  lui 
aura  imprimé  le  cachet  de  son  génie. 


■^•■w 


DE  l'Économie  politique.  131 


CHAPITRE  XXXIV. 


Des  travaux  d'Adam  Smith  et  de  leur  influence  sur  les  progrès 
de  Téconomie  politique.  —  Différence  de  ses  doctrines  et  de 
celles  des  Économisteê.  —  Exposé  des  créations  qui  lui  sont 
dues.  —  Ses  belles  définitions  de  la  valeur^  du  travail^  des 
capitaux^  de  la  numnaie,  —  Immenses  coi^quences  de  ses 
découvertes. 


Le  principal  mérite  des  écanamisLes  fut  de  sou- 
lever les  plus  hautes  questions  de  Téconomie  po- 
litique,  et  celui  de  Turgot  d'en  essayer  la  solution 
pratique,  au  moyen  du  pouvoir  de  l'administra- 
tion. On  a  vu  avec  quel  talent  et  avec  quelle  ver- 
tueuse persévérance  ces  philosophes  s'étaient  dé- 
voués au  culte  d'une  science  qui  leur  semblait 
renfermer  dans  son  sein  les  destinées  du  genre  Au- 
main;  mais  ce  n'est  pas  à  eux  qu'était  réservé 
l'honneiir  d'en  poser  les  bases  d'une  manière  so- 
lide et  durable.  Ils  n'en  avaient  aperçu  que  sous 
un.&ux  jour  les  faces  principales,  et  leurs  erreurs 
avaient  servie  du  moins,  a  provoquer  un  examen 
approfondi  des  questions  qu'ils  s'étaient  vus  dans 
l'impossibilitéde résoudre.  Au  lieu  deprocéderpar 
la  méthode  expérimentale  et  par  l'observation  des 
faits,  ils  avaient  proclamé  comme  des  dogmes  in- 


132  mSTOIRK 

faillibles  certaines  formules,  qui  devaient  leurser- 
virà  expliquer  tous  les  phénomènes  de  la  physio- 
logie sociale.  Lorsqu'il  se  rencontrait  sur  leur  che- 
min un  argument  capable  de  modilier  leur 
croyance  en  ces  dogmes ,  ils  s'eflTorçaient  de  le 
rattacher  à  leur  système  par  des  hypothèses  in- 
génieuses ou  hardies,  et  ils  tombaient^  sans  s'en 
apercevoir,  dans  le  gouffre  des  utopies.  On  a  vu 
que  leur  aphorisme  du  produit  net  les  avait  empê- 
chés de  reconnaître  la  part  immense  que  îes  ma- 
nufactures et  le  commerce  prennent  à  la  produc- 
tion des  richesses,  et  que  leur  théorie  de  la  pro- 
priété les  avait  conduits  à  la  suppression  de  tous 
les  impôts  indirects.  Ils  avaient  touché  à  toutes 
les  questions  et  ils  n'en  avaient  résolu  aucune  ; 
mais  il  avaient  appelé  sur  les  matières  les  plus 
ardues  l'attention  de  toute  l'Europe,  et  l'Europe 
répondit  à  leur  appel. 

Un  philosophe  écossais,  de  cette  école  d'où  sont 
sortis  tant  de  penseurs,  enseignait  à  Glasgow,  en 
même  temps  que  les  économistes  à  Paris,  les  prin- 
cipes de  la  richesse  des  nations.  C'était  vers  l'an 
1752,  à  peu  près  au  moment  où  Quesnay  publiait 
son  Tableau  économique^  et  jetaient  les  fondemens 
de  sa  doctrine.  Mais  le  professeur  de  Glasgow  s'é- 
tait habitué  de  bonne  heure  à  étudier  les  faits ,  à 
les  rapprocher,  à  en  tirer  les  conséquences;  aussi 
fut-il  conduit  àdés  résultats  bien  différensdeceux 


DE  l/ÉCONOMIK  POLITIQUE.  133 

obtenus  par  les  économistes.  Les  deux  écoles  n'eu- 
rent de  commun  que  le  même  amour  du  bien,  la 
même  droiture^  la  même  fidélité  scrupuleuse  aux 
intérêts  de  la  vérité.  Pour  tout  ce  qui  regarde  Id 
science,  le  point  de  départ  étant  tout  à  fait  diffé- 
rent, les  résultats  ne  pouvaient  être  les  mêmes, 
et  bientôt  se  manifesta  le  dissentiment  le  plus  com- 
plet. Les  économistes  n'attribuaient  de  puissance 
productive  qu'à  la  terre:  Adam  Smith  trouva  cette 
puissance  dans  le  travail,  et  de  cette  idée  lumi- 
neuse il  fit  jaillir  les  conséquences  les  plus  impré- 
vues et  les  plus  décisives.  Ici  commence  l'histoire 
delà  révolution  produite  par  la  publication  de  ses 
Recherches  sur  la  nature  et  les  causes  de  la  richesse  des 
wjdionSj  qui  parurent  pour  la  première  fois,  en 
1776,  c'est  à  dire  vingt-quatre  ans  après  l'ouver- 
ture^ de  son  cours.  Un  jour  viendra  bientôt  où 
cette  publication  célèbre  portera  tous  ses  fruits,  et 
sa  date  mémorable  sera  gravée  dans  tous  les  es- 
prits. Essayons  donc  d'imiter  la  méthode  logique 
et  sévère  du  grand  écrivain  qui  en  fut  l'auteur, 
et  de  faire  apprécier  d'un  trait  rapide  l'importance 
de  ce  beau  travail  pour  l'avenir  de  la  civilisation. 
En  recherchant  les  causes  de  la  richesse  des  na- 
tions, Adam  Smith  reconnut  que  cette  richesse 
provenait,  non  seulement  de  la  fécondité  de  leur 
sol,  mais  encore  du  travail  de  leurs  habitans.  C'é- 
tait le  travail  qui  seul  pouvait  rendre  la  terre  lar- 


134  HISTOIRE 

gement  et  réguliéreraont  productive,  et  c'est 
encore  au  travail  que  la  société  humaine  devait  les 
produits  de  ses  manufactures,  et  les  profits  de  son 
commerce.  ÂdamSmith  résumaitsa  pensée  en  di* 
sant  que  le  travail  annuel  d'une  nation  était  la 
source  primitive  d'où  elle  tirait  ses  richesses,  c'est 
à  dire  les  produits  nécessaires  à  sa  consommation, 
ou  ceux  au  moyen  desquels  elle  se  procurait  ies 
produits  créés  par  les  autres  nations.  La  richesse 
consistaient  dans  la  valeur  échangeable  des  choses, 
et  l'on  était  d'autant  plus  riche  que  l'on  possé* 
dait  ou  que  l'on  produisait  plus  de  choses  ayant 

0 

cette  valeur.  Or,  comment  donnait-on  aux  cho- 
ses une  valeur  échangeable?  En  y  développant 
par  le  travail  une  utilité  qu'elles  n'auraient  pas 
eue  sans  lui.  La  richesse  pouvait  donc  être  créée,^ 
augmentée,  conservée,  accumulée,  détruite.  Cetter 
simple  définition  renversait  d'un  seul  coup  la  doc- 
trine des  économistes,  et  remettait  à  leur  place 
toutes  les  professions  laborieuses  et  honorables, 
que  Quesnay  considérait  comme  les  tributaires 
et  les  subordonnées  de  la  propriété  foncière.  Nul 
n'était  repoussé  du  banquet  de  la  vie;  le  travail 
avait  accès  partout  et  cessait  d'être  stérile;  la  ser- 
vitude féodale  maintenue  par  Quesnay ,  sous  le 
nom  de  reprises  du  propriétaire,  était  frappée  de 
mort. 

Le  travail  une  fois  reconnu  comme  source  de 


DE  l/ÉCOr^OMIE  POLITIQUE.  135 

toute  richesse  9  V économie ,  Vépargne  devinrent  le 
seul  moyen  de  l'accumuler,  c'est-à-dire  de  créer 
les  eapitaux.  Et  ici,  Adam  Smith  profitait  avec  sa 
haute  intelligence  des  travaux  de  ses  prédéces- 
seurs. Il  ne  bornait  pas  les  capitaux,  comme  les 
partisans  du  système  mercantile,  à  Tor  et  à  l'ar^ 
gent;  mais  il  y  comprenait  les  richesses  de  tout 
genre  amassées  par  le  travail  de  l'homme,  sur- 
tout quand  elles  étaient  employées  à  en  créer  de 
nouvelles  à  l'aide  d'un  travail  nouveau.  En  même 
temps ,  il  donnait  du  travail  la  plus  belle  ana- 
lyse qui  soit  sortie  de  la  plume  d'aucun  écrivain. 
Cette  analyse  sert  en  quelque  sorte  de  frontis- 
pice à  son  immortel  ouvrage,  et  l'auteur  y  a  dé- 
ployé une  netteté  de  déductions  et  une  noblesse 
de  langage  vraiment  dignes  d'admiration.  C'est  là 
qu'ont  été  signalés  pour  la  première  fois  les  mer- 
veilleux effets  de  la  division  du  travail^  souvent 
entrevus  avant  Adam  Smith,  mais  nulle  part  dé- 
montrés avec  cette  évidence  irrésistible  et  cette 
simplicité  familière  qui  ne  laissent  aucun  refuge 
au  doute  et  à  l'hésitation.  D'autres  auraient  cher- 
ché leurs  exemples  dans  les  grands  travaux  de 
l'industrie  ;  Adam  Smith  s'empare  d'une  épingle, 
en  décrit  les  diverses  façons,  et  fait  voir  comment 
dix  ouvriers  peuvent  faire  quarante-huit  mille 
épingles  dans  un  jour,  au  lieu  de  quatre  ou  cinq 
cents ,  c'est-à-dire  cent  fois  moins   qu'ils  n'en 


136  HISTOIKE 

feraient,  sans  cette  division.  Après  cet  exemple 
modeste  et  concluant,  il  passe  en  revue  les  avan- 
tages du  principe  de  la  division  du  travail ,  et  il 
les  signale  d'une  manière  si  vive  et  si  ferme  que 
personne,  depuis  ce  moment,  n'a  songé  à  les  con- 
tester. «  Chaque  ouvrier,  dit-il,  se  trouve  avoir 
une  grande  quantité  de  son  travail  dont  il  peut 
disposer,  outre  ce  qu'il  applique  à  ses  propres 
besoins;  et  comme  les  autres  ouvriers  sont  aussi 
dans  le  même  cas,  il  est  à  même  d'échanger  une 
grande  quantité  de  marchandises  fiibriqpiées  par 
lui  contre  une  grande  quantité  des  leurs,  ou,  ce 
qui  est  la  même  chose ,  contre  le  prix  de  ces 
marchandises.  Il  peut  fournir  abondammeût  ces 
autres  ouvriers  des  choses  dont  ils  ont  besoio^  e% 
iUrouve^^également  à  s'accommoder  auprès  d'eux, 
en  sorte  qu'on  voit  régner  parmi  les  diifférentes 
classes  de  la  société  une  abondance  universelle'. 
Une  fois  la  division  du  travail  analysée,  Adam 
Smith  devait  expliquer  par  quelles  combinaisons 
les  produits  du  travail  s'échangeaient  entre  eux 
au  moyen  de  la  monnaie.  Qui  réglerait  ce  qu'on 
entend  par  le  prix  des  choses?  quels  sont  les  élé- 
mens  de  ce  prix  ?  quelles  sont  les  fonctions  de  la 
monnaie?  Graves  questions  qu'il  a  résolues  avec 
une  supériorité  et  une  lucidité  incomparables. 
C'est  lui,  en  effet,  qui  a  établi  le  premier,  victo- 

*  Richesi»  des  nations  ,  liv.  I,  chap.  1. 


DR  l'Économie  politique.  137 

rieusement,  rinfluence4e  Voffre  et  de  la  demande 
sur  la  hausse  et  la  baisse  des  prix  j  en  même 
temps  qu'il  expliquait  les  fonctions  de  la  monnaie 
dans  la  circulation  des  produits.  Les  applications 
qu'il  a  faites  de  sa  théorie  aux  billets  de  banque 
et  au  papier-monnaie  sont  de  la  plus  haute  im- 
portance dans  la  pratique,  et  peuvent  être  consi- 
dérées comme  Tune  des  plus  utiles  conquêtes  de 
la  science.  Il  est  désormais  impossible  d'écrire 
sur  le  système  monétaire  sans  adopter  les  bases 
qu'il  en  a  posées  d'une  manière  indestructible. 
Chemin  faisant,  Adam  Smith  dévoilait  les  mystè- 
res de  la  constitution  des  banques  et  déduisait 
des  conséquences  même  de  leur  établissement, 
les  principes  sur  lesquels  elles  devaient  reposer 
pour  n'être  point  funestes.  Tout  homme  désireux 
d'approfondir  la  science  du  crédit  devra  com- 
mencer ses  études  par  celle  des  analyses  que  l'il- 
lustre économiste  écossais  a  données  des  banques 
de  circulation  et  des  banques  de  dépôt.  Ce  sont 
des  traités  complets  qu'on  ne  surpassera  jamais, 
parce  qu'ils  ne  renferment  ni  une  lacune,  ni  une 
superfluité.  Mais  c'est  surtout  dans  la  parfaite 
clarté  de  ses  définitions  que  réside  le  principal 
mérite  d'Adam  Smith.  Elles  sont  généralement 
basées  sur  l'observation  rigoureuse  des  faits.  Une 
fois  posées ,  il  en  déduit  les  conséquences  avec 
une- méthode  qui  lui  est  propre  et  qui  sui&rait 


13»  HISTOIRE 

seule  i>our  iui  assurer  un  rang  élevé  parmi  les 
plus  beaux  génies  des  temps  modernes.  On  en 
pourra  juger  par  le  rapide  exposé  de  ses  doc- 
trines. 

Ainsi  que  nous  l'avons  vu  ,  selon  l'auteur,  la 
qualité  essentielle  qui  constitue  les  richesses ,  et 
sans  laquelle  elles  ne  mériteraient  pas  ce  nom, 
c'est  la  valeur  échangeable.  La  valeur  échangeable 
diffère  de  la  valeur  en^usage  ou  d'ut%lUe\  en  ce  sens 
qu'avec  la  première  on  peut  se  procurer  beau- 
coup de  choses^  tandis  que  la  seconde,  quoique 
utile,  ne  saurait  être  l'objet  d'un  échange.  11  nfy 
arien  de  plus  utile  que  l'eau;  mais  elle  ne  peut 
presque  rien  acheter.  Un  diamant,  au  contraire, 
pourvu  de  peu  d'utilité,  peut  servir  à  l'achat 
d'une  foule  de  marchandises.  Le  rapport  qui 
existe  entre  deux  valeurs  échangeables,  exprimé 
en  une  valeur  convenue,  qui  est  la  monnaie ,  se 
nomme  prix.  Le  prix  nominal  des  choses  diffère 
de  leur  prix  réel,  qui  représente  la  quantité  de 
travail  qu'elles  ont  coûté.  Le  prix  des  richesses 
dépend  des  circonstances  accidentelles  qui  font 
dévier  le  prix  actuel  ou  courant  du  prix  naturel. 
Le  prix  se  compose  ordinairement  de  trois  élé- 
mens  distincts  :  le  salaire  du  travail,  le  profit  de 
l'entrepreneur  et  la  rente  de  la  terre  qui  a  fourni 
la  matière  première  du  travail.  Après  avoir  étaUi 
aveé  un  ordre  parfait  ces  prol^omènes  si  sim- 


D£  l'Économie  politique.  139 

pies  et  si  ingénieux,  Adam  Smith  détermine  les 
lois  d'après  lesquelles  s'établit  naturellement  le 
taux  des  salaires ,  et  les  circonstances  acciden- 
telles qui  le  font  sortir  momentanément  des  li- 
mites de  ce  taux  naturel.  Il  examine  ensuite  les 
lois  en  vertu  desquelles  se  fixe  le  taux  des  pro- 
fits et  les  exceptions  à  ces  lois;  puis  il  définit 
la  rente  de  la  terre,  que  nous  nommons  fermage^ 
et  que  les  économistes  appelaient |?roc{ut^  net. 

La  richesse  une  fois  créée,  Adam  Smith  la  di* 
vise  en  deux  parts  :  celle  qui  doit  être  immédia- 
tement ou  prochainement  consommée,  et  celle 
qui  est  employée  comme  capital  à  fournir  un  re* 
venu.  Le  capital  est  fiooe  ou  engagé^  lorsqu'on  le 
transforme  en  une  usine  avec  tous  ses  instru- 
mens  de  production  ;  il  est  circulant  ou  roulant^ 
quand  on  s'en  sert  pour  payer  le  salaire  des  ou- 
vriers et  renouveler  les  achats  de  matières  pre- 
mières. Les  améliorations  faites  à  la  terre  for- 
ment partie  du  capital  engagé;  la  monnaie,  les 
vivres  appartiennent  au  capital  circulant.  Le  pre- 
mier se  transforme  quelquefois  dans  le  second, 
et  le  second  prend  parfois  à  son  tour  la  route 
qui  le  confond  avec  le  premier.  L'argent  appa- 
raît comme  l'instrument  de  cette  double  méta- 
morphose ;  mais  les  billets ,  les  promesses  de 
payer  le  remplacent  souvent  et  même  avec  avan- 
tage. Cet  avantage  dépend  des  conditions  aux- 


140  HISTOIRE 

quelles  on  l'emprunte  et ,  par  conséquent ,  du 
taux  (le  rintérêt.  Adam  Smith  adopte  à  cet  égard 
les  théories  libérales  de  Turgot,  et  il  en  démon- 
tre, par  des  argumens  irrésistibles,  l'incontesta- 
ble équité. 

Le  travail  est  maintenant  armé  de  toutes  piè- 
ces ;  il  est  en  possession  des  capitaux  :  nous  al- 
lons donc  le  voir  à  Tœuvre.  Rien  n'est  plussim^ 
pie  et  plus  admirable  que  la  manière  dont  Adam 
Smith  en  explique  les  merveilles,  et  nous  avons 
cité  son  exemple  tiré  de  la  fabrication  des  épin- 
gles. Mais  que  ses  nombreuses  revues  de  l'armée 
des  travailleurs  offrent  de  nobles  sujets  de  médi- 
tations! Gomme  il  a  naturellement  rendu  coinpte 
du  progrès  des  nations,  par  les  progrès  de  la  di- 
vision du  travail!  Gomme  il  a  amené  avec  bonheur^ 
à  la  suite  de  celte  division,  la  nécessité  des  échau: 
ges!  Gomme  il  explique  avec  succès  l'accroisse* 
ment  de  la  richesse,  le  perfectionnement  des 
produits  et  leur  prix,  devenant  plus  accessible  de 
jour  en  jour  !  G'est  lui  qui  a  révélé  le  secret  des 
machines,  ces  puissantes  modifications  du  bras  c)^ 
l'homme,  ces  bienfaitrices  du  genre  humain 
qu'un  philanthrope*  distingué  a  eu  le  tort  de 
méconnaître.  Nul  n'en  a  plus  habilement  signalé 
les  services  variés,  infinis,  durables,  sans  en  dis- 
simuler les  inconvéniens  passagers.   En   même 

'  M.  de  Simondi. 


DE  l'Économie  politique.  141 

temps,  Adam  Smith  posait  avec  netteté  les  limi- 
tes de  leur  emploi ,  et  démontrait  que  l'étendue 
du  marché  devait  être  le  régulateur  habituel  de  la 
division  du  travail/C'est  pour  avoir  oublié  ces  sa- 
ges doctrines  que  plus  d'un  peuple  manufacturier 
a  vu  éclater  des  crises  redoutables ,  résultat  de 
Tencombrement  de  la  circulation  et  des  mesures 
restrictives.  Ainsi,  Adam  Smith  arrivait  à  la  li- 
berté du  commerce  par  un  chemin  bien  différent 
de  celui  qu'avait  suivi  l'école  de  Quesnay  ;  mais  il 
y  était  conduit  par  une  appréciation  bien  plus 
juste  des  phénomènes  de  la  production. 

Sa  doctrine  sûr  les  impôts  différait  aussi  essen- 
tiellement de  celle  des  économistes.  Après  avoir 
prouvé  que  toute  production  venait  du  travail, 
aidé  des  capitaux,  il  ne  lui  était  pas  difficile  de 
démontrer  que  chaque  citoyen  étant  apte  à  créer 
des  valeurs,  et  par  conséqueht  à  faire  des  profits, 
devait  à  l'État  sa  part  contributive  de  secours  et 
de  taxes.  Chacun  obtenait  la  liberté  de  son  in- 
dustrie en  échange  de  sa  coopération  aux  charges 
publiques,  et  il  n'y  avait  plus  de  professions  sté- 
riles, puisque  tout  le  monde  était  capable  de 
donner  aux  choses  une  valeur  échaogeable ,  au 
moyen  du  travail.  Quel  encouragement  pour  les 
hommes  disgraciés  de  la  fortune ,  et  pour  tous 
ceux  qui  n'attendaient  pas  la  faveur  de  l'héri- 
tage !  Ils  apprenaient  dès  lors  à  quel  prix  on  ac- 


142  HISTOIRE 

quîert  son  indépendance  ;  VfcoHomie  n'était  plus 
une  sorte  de  vertu  ascétique,  mais  la  compagne 
du  travail  et  lâ  source  des  capitaux.  Au  lieu  des 
bornes  imposées  aux  productions  de  l'agricul- 
ture, par  la  nature  du  sol  et  par  la  rotation  des 
saisons,  on  avait  devant  âbi  l'horizon  illimité  dea 
valeurs  échangeables,  c'est-à-dire  la  richesse  in- 
définie. Adam  Smith  n'avait  pas  prévu  sans  doute 
toutes  ces  conséquences,  et  beaucoup  d'écrivains 
avaient  avancé  avant  lui  des  principes  aussi  vrais  : 
mais  il  a  montré  le  premier  pourquoi  ils  étaient 
vrais.  Il  a  fait  plus  :  il  a  indiqué  la  vraie  méthode 
de  signaler  les  erreurs.  Son  ouvrage  se  compose 
d'une  suite  de  démonstrations  qui  ont  élevé  plu- 
sieurs propositions  au  rang  de  principes  incon- 
testables, et  qui  ont  anéanti  pour  jamais  une 
foule  d'erreurs  jusqu'alors  considérées  comme 
des  principes.  C'est  lui  qui  a  pulvérisé  le  système 
prohibitif  et  la  doctrine  du  produà  net ,  avec  son 
cortège  de  rêveries  sur  l'impôt,  et  de  classifica- 
tions imaginaires.  Enfin,  et  c'est  peut-être  l'un, 
des  plus  grands  services  qu'il  ait  rendus  à  l'in- 
dustrie, cet  immortel  économiste  a  fait  voir  corn* 
ment  l'intérêt  privé,  débarrassé  d'entrave$,  por- 
tait nécessairement  les  possesseurs  de  capitaux  à 
préférer,  toutes  choses  égales,  l'emploi  le  plus  fa* 
vorabie  à  l'industrie  nationale,  parce  qu'il  est 
aussi  le  plus  profitable  pour  eux-^ 


DE  L'ÉCONOMIE  POLITIQUE.  143 

Il  est  vrai  qu'Adam  Smith  s'est  quelquefois 
égaré  dans  uoe  foule  de  digressions  qui  ne  per- 
mettent pas  de  suivre  aisément  le  fil  de  ses  idées. 
Dés  qu'il  rencontre  un  yieil  abus,  un  préjugé 
nuisible,  un  système  erroné,  il  ne  s'arrête  point 
qu'il  n'en  ait  fait  justice,  et  ces  escarmouches  par- 
tielles le  détournent  souvent  du  plan  de  ses  opé- 
rations. Mais  jamais  il  ne  quitte  définitivement 
un  sujet  avant  de  l'avoir  épuisé,  et  il  présente  ha- 
bituellement 1^  même  idée  sous  toutes  les  formes, 
,  jusqu'à  ce  que  le  lecteur  se  soit  familiarisé  avec 
elle.  Il  avait  tant  de  résistances  à  vaincre  et  tanit 
de  fausses  doctrines  à  combattre  !  Les  écanonmtes 
eux-mêmes,  qu'il  estimait  et  qui  certainement 
ont  contribué  à  la  direction  de  ses  idées,  ne  sont 
pas  ceux  qui  lui  ont  rendu  sa  tâche  le  moins  dif- 
ficile. Il  avait  à  lutter  contre  les  innombrables 
ouvrages  qu'ils  venaient  de  publier  et  qui  s'étaient 
répandus  dans  toute  l'Europe,  bien  ou  mal  com- 
pris, avec  l'autorité  des  noms  les  plus  vénérés, 
tels  que  ceux  de  Gournay,  de  Turgot,  de  Tru- 
daine.  Il  lui  fallait  détruire  la  plupart  des  théo-» 
ries  qu'ils  venaient  de  fonder  au  prix  de  tant 
d'efforts ,  et  lutter  avec  elles  sous  des  auspices 
défavorables  :  ce  fut  le  premier  discord  mémora- 
ble qui  éclata  parmi  les  fondateurs  de  l'économie 
politique,  et  il  n'a  pas  peu  contribué  à  faire  nattre 
l'indécision  générale  du  public  sur  les  matières 


144  HISTOIRE 

économiques.  Lequel  croire,  de  Quesnay  ou  de 
Smith,  soutenant  avec  une  égale  assurance  des 
doctrines  contraires,  et  tous  deux  invoquant  de 
concert  l'autorité  des  faits  ?  Mais  on  oublie  qu'il 
n'est  pas  une  science  qui  n'ait  commencé  par  des 
querelles  intestines  entre  ses  chefs  les  plus  il- 
lustres, et  que  ces  dures  épreuves  ont  contribué 
presque  autant  que  leurs  découvertes,  aux  pro- 
grés dont  nous  sommes  si  fiers  aujourd'hui. 

Adam  Smith  n'eut  pas,  pourtant,  l'honneur  de 
créer  l'économie  politique  d'un  seul  jet,  et  le  res- 
pect que  nous  portons  à  sa  mémoire  ne  doit  pas 
nous  empêcher  de  rendre  justice  à  ses  prédéces- 
seurs et  à  ses  successeurs.  C'est  déjà  un  si  grand 
fait  historique,  que  la  démonstration  de  toute  la 
théorie  des  valeurs ,  des  effets  de  la  division  du 
travail  et  des  fonctions  véritables  de  la  monnaie! 
De  telles  analyses  suffiraient  à  l'immortalité  d'un 
auteur,  et  l'on  peut  hardiment  critiquer  ce  que 
ses  écrits  renferment  d'incomplet,  après  avoir 
exposé  ce  qu'ils  ont  mérité  de  gloire  et  de  consi- 
dération. Les  économistes  s'étaient  trop  préoccupés 
de  l'importance  de  la  terre;  Adam  Smith  accorda 
une  prépondérance  trop  exclusive  au  travail  dans 
la  création  des  produits.  Il  négligea  l'action  de 
la  terre  et  celle  des  capitaux,  et  malgré  ses  ma- 
gnifiques expositions  du  concours  des  machines, 
il  n'en  présente  pas  la  théorie  la  plus  fondée  sur 


DE  l'économib  politique.  145 

la  réalité  des  choses.  En  réservant  exclusivement 
la  qualité  de  richesses  aux  valeurs  fixées  dans  des 
substances  matérielles,  il  raya  du  livre  de  la  pro- 
duction cette  masse  illimitée  de  valeurs  immaté- 
rielles, filles  du  capital  moral  des  nations  civilisées, 
et  qui  forment  une  partie  de  leur  apanage  et  de 
leur  gloire.  Il  destitua  d'un  trait  de  plume,  avo- 
cats, médecins,  ingénieurs,  artistes,  fonction- 
naires publics,  tous  producteurs  de  services  réels 
et  échangeables  contre  des  produits  matériels, 
puisqu'ils  en  vivent  et  qu'ils  vivent  bien,  quand 
ils  ont  assez  de  mérite  pour  se  faire  rétribuer 
noblement.  Il  ne  s'était  pas  aperçu  que  le  talent 
de  ces  hommes  était  un  capital  accumulé,  très 
capable  de  donner  des  profits  en  or  et  ep  argent, 
très  utile  à  la  société,  qui  profite  à  son  tour  de 
leurs  services. 

L'influence  du  commerce  et  sa  manière  d'agir 
sur  la  production  générale  ne  semblent  pas,  non 
plus,  avoir  été  suffisamment  appréciées  par  Adam 
Smith,  et  quelques-unes  de  ses  plus  belles  dé- 
monstrations sont  exposées  comme  des  hors- 
d'œuvre,  dans  une  place  qu'elles  ne  devraient 
point  occuper.  Tels  sont  les  principes  relatifs  au 
prix  réel  et  au  prix  nominal  des  choses,  qui  se 
trouvent  dans  une  dissertation  sur  la  valeur  des 
métaux  précieux  pendant  les  quatre  derniers  siè- 
cles, et  les  notions  sur  les  monnaies  que  l'auteur 

DEUXIÈME  ÉDITION.  10 


146  HISTOIRE 

a  égarées  dans  le  chapitre  des  traités  de  com- 
merce. C'est  le  désordre  qui  règne  autour  d'une 
mine  abondante,  où  les  fragmens  du  métal  le  plus 
pur  gisent  quelquefois  pêle-mêle  auprès  du  mi- 
nerai le  plus  grossier.  Aussi  les  Recherches  sur  la 
nature  et  les  causes  de  la  richesse  des  nations  ne  sont^ 
elles  pas  généralement  comprises  par   tout  le 
monde^  et  ce  n'est  pas  par  ce  livre  que  nous  conseil- 
lerions de  commencer  l'étude  de  la  science.  Il 
faut  le  lire  à  plusieurs  reprises  pour  en  deviner 
la  belle  architecture  et  pour  estimer  à  leur  juste 
valeur  les  résultats  qu'il  a  produits.  C'est  alorà 
qu'on  se  hasarde  à  contester  quelques-unes  des 
propositions  qu'Adam  Smith  a  émises  sous  là 
forme  la  plus  dogmatique;  telle  est  celle  en  vertu 
de  laquelle  l'intérêt  privé,  libre  d'entraves,  lui 
semblait  devoir  toujours  déterminer  l'emploi  des 
capitaux  le  plus  favorable  à  la  communauté,  puis- 
qu'il était  profitable  aux  entrepreneurs.  Cette 
doctrine ,  qui  a  prévalu  en  Angleterre,  et  qui  a 
donné  à  l'industrie  une  impulsion  extraordinaire, 
commence  néanmoins  à  porter  des  fruits  amers  ; 
elle  a  créé  des  richesses  immenses,  à  côté  d'une 
affreuse  pauvreté;  elle  a  enrichi  la  nation,  en 
traitant  souvent  bien  cruellement  une  partie  de 
ses  citoyens.  Est-ce  là  le  but  social  de  l'accrois- 
sement des  richesses,  ou  plutôt  n'est-ce  pas  une 
déviation  malheureuse  de  la  voie  sociale  ?  Peut-on 


DE  l'Économie  politique.  147 

Téritablement  appeler  richesse  cette  exagération 
de  profits  prélevés,  selon  M.  de  Sismondî,  sur  la 
part  des  pauvres,  et  selon  nous,  par  le  capital 
sur  le  travail  ? 

Ainsi  naquit  la  concurrence  universelle ,  de  la 
liberté  illimitée  de  l'industrie,  et  de  cette  concur- 
rence s*est  déversé  sur  le  monde  un  torrent  de 
richesses  qui  fertilise  bien  des*  provinces,  mais 
qui  a  laissé  dans  plus  d'une  contrée  des  traces 
funestes»  de  son  passage;  semblable  à  un  char 
brillant  et  mystérieux,  dont  les  voyageurs  qu'il 
emporte  ne  peuvent  pas  même  voir  et  plaindre 
lespassans  qu'il  écrase.  La  question  en  est  venue 
au  point  qu'on  se  demande  s'il  faut  s'applaudir  ou 
s'inquiéter  des  progrès  d'une  richesse  qui  traîne 
à  sa  suite  tant  de  misères,  et  qui  multiplie  les 
hôpitaux  et  les  prisons  autant  que  les  palais.  Voilà 
le  grand  problème  du  dix-neuvième  siècle,  celui 
qu'Adam  Smith  n'avait  pas  prévu  et  ne  pouvait 
pas  prévoir,  à  une  époque  où  la  machine  à  va- 
peur et  la  machine  à  filer,  ces  deux  <x)losses  de 
l'industrie  anglaise ,  ne  faisaient  que  de  naître , 
comme  son  livre  !  Nous  sommes  obligés,  aujour- 
d'hui, de  chercher  un  régulateur  et  de  mettre  un 
frein  à  ces  instrumens  gigantesques  de  la  pro- 
duction, qui  nourrissent  et  affament  les  hommes, 
qui  les  vêtissent  et  qui  les  dépouillent,  qui  les 
soulagent  et  qui  les  broient.  Il  ne  s'agit  plus  ex- 


148  HISTOIRE 

clusivement,  comme  du  temps  de  Smith,  d'^^atccé- 
iérer  la  production  ;  il  la  faut  désormais  gouver- 
ner et  contenir  dans  de  sages  limites.  Il  n'est 
plus  question  de  richesse  absolue,  mais  de  ri<-* 
chesse  relative;  l'humanité  commande  qu'on 
cesse  de  sacrifier  aux  progrès  de  l'opulence  pu- 
blique des  masses  d'hommes  qui  n'en  profiteront 
point.  Ainsi  le  veulent  les  lois  éternelles  de  la 
justice  et  de  la  morale,  trop  long-temps  méeon-* 
nues  dans  la  répartition  sociale  des  profits  et  dea 
peines,  et  nous  ne  consentirons  plus  à  donner  le 
nom  de  richesse  qu'à  la  somme  du  produit  na- 
tional équitablement  distribué  entre  tous  les  pro- 
ducteurs. Telle  est  l'économie  politique  françaîde 
à  laquelle  nous  faisons  profession  d'appartenir^ 
et  celle-là  fera  le  tour  du  monde. 

Telle  qu'elle  apparut,  néanmoins,  la  doctrine 
d'Adam  Smith  opéra  une  révolution  complète  dans 
la  marche  de  l'économie  politique. 'Ses  opinions 
sur  les  colonies  acquirent  un  grand  poids  des 
événemens  qui  se  passaient  en  Amérique ,  et  ses 
analyses  des  banques  préparèrent  le  réveil  de  l'Eu- 
rope, en  matière  de  crédit  public.  L'industrie 
lui  dut  la  suppression  de  presque  toutes  ses  en- 
traves, et  le  commerce  un  commencement  de  ré- 
duction de  tous  les  tarifs.  Restaient  les  questions 
d'agriculture  et  de  population  que  ce  grand  éco- 
nomiste n'avait  fait  qu'effleurer  et  dont  la  soiu- 


DE  l'ëconomib  politique.  140 

tion  regarde  nos  en  fans;  mais  les  préjugés  les  plus 
dangereux  avaient  disparu  devant  son  argumen- 
tation puissante,  et  leur  règne  est  fini  pour  jamais. 
Balance  du  commerce,  système  restrictif,  système 
agricole,  tout  a  été  précipité  dans  le  gouffre  des 
rêveries;  Adam  Smith  a  tout  démonétisé  par  sa 
logique  sévère  et  par  son  impartiale  observation 
des  faits.  Une  seule  incer4;itude  survit  à  ses  doc- 
trines :  quel  rapport  y  a-t-il  entre  la  population 
et  les  subsistances  ?  Pourquoi  la  misère  privée 
s'accroit-elle  dans  nos  sociétés,  en  même  temps 
que  la  richesse  publique?  Pourquoi  le  soleil  de 
rindustrie  ne  luit -il  pas  pour  tout  le  monde?  Deux 
écrivains  anglais  vont  nous  dcmner ,  chacun  à  sa 
manière ,  l'explication  de  cette  anomalie  sociale; 
on  devine  que  nous  voulons  parler  de  Godwin  et 
deMalthus.  Il  est  temps  de  les  entendre,  car,  après 
Adam  Smith ,  ils  sont  devenus  chefs  d'école  au 
même  titre  :  ils  ont  eu  l'un  et  l'autre  une  grande 
pensée,  une  pensée  nette  et  saisissante,  qui  com- 
mande l'attention  et  qui  inspire  par  momens  la 
terreur. 


lÔO  HfêTOIRK 


CHAPITRE  XXXV. 


Du  système  de  Malthus  sur  la  population.  —  Exposé  de  ses  for- 
mules. —  Tableau  de  ses  conséquences.  —  Doctrine  de  God- 
win.  —  Elle  a  le  défaut  d'être  aussi  absolue  que  celle  de 
Malthus.  —  Elle  est  plus  humaine.  —  Hardiesse  rem^quable 
du  livre  de  Godwin.  —  Des  divers  écrits  siir  la  même  question. 
—  Nouvelles  idées  sur  la  population^  par  M.  Everett.  —  Du 
livre  de  la  charité ,  par  M.  Duchâtel.  —De  l'économie  politi^ 
que  chrétienne^  de  M.  de  Villeneuve-Bargemont.  —Protes- 
tations de  M.  de  Sismondi  et  de  M.  Tabbé  de  La  Mennais. 


Peu  d'années  s'étaient  écoulées  depuis  la  pu- 
blication de  l'ouvrage  d'Adam  Smith,  et  déjà  ses 
doctrines  étaient  adoptées  par  les  économistes  de 
tous  les  pays.  Son  argumentation  lumineuse  et 
pressante  avait  dissipé  la  plupart  des  rêves  que 
beaucoup  d'esprits  prenaient  encore  pour  des  réa- 
lités. On  était  enfin  d'accord  sur  les  bases  fonda- 
mentales de  la  science.  Le  travail  était  remis  en 
honneur;  la  valeur  échangeable  était  définie;  l'em- 
ploi des  capitaux  était  désormais  sujet  à  des  lois 
régulières.  On  savait  comment  les  richesses  se 
produisent  et  comment  elles  se  consomment;  mais 
il  restait ,  comme  nous  l'avons  dit ,  un  problème 
à  résoudre  :  Pourquoi  les  richesses  sont-elles  ré- 
parties si  inégalement  dans  le  corps  social?  Pour- 


DE  l'Économie  politique.  161 

quoi  y  a-t-il  toujours  des  malheureux?  Et  ce 
problème  fut  jeté,  un  jour,  par  la  main  redoutable 
du  peuple  français,  comme  un  défi  à  tous  les  gou- 
vernemens  de  l'Europe.  Turgot,  qui  avait  essayé 
de  le  résoudre,  était  mort  à  la  peine ,  et  la  révo- 
luUon  française  avait  versé  des  torrens  de  sang 
pour  en  trouver  la  solution,  sans  être  plus  heu- 
reuse queXurgot. 

Le  tnal  venatt-il  de  la  nature  ou  de  la  société? 
Était-il  sans  remode,  ou  bien,  avec  l'aide  du  temps, 
parviendrait-on  à  le  guérir?  Frappé  de  ce  que  peu- 
vent les  lois  sur  les  mœurs  et  sur  la  condition  des 
peuples,  d'illustres  écrivains  avaient  pensé  que 
les  misères  de  l'homme  étaient  son  ouvrage,  et 
qu'il  dépendait  de  lui  d'y  mettre  un  terme,  bien 
moins  en  modifiant  ses  passions  que  les  institu- 
tions politiques.  On  était  en  1798;  un  essai  mémo- 
rable venait  d'être  tenté  en  France ,  et  l'on  avait 
vu,  en  un  petit  nombre  d'années,  les  réformes  les 
plus  hardies,  tour  à  tour  appuyées  par  le  raison- 
nement ou  par  la  force,  laisser  l'espèce  humaine 
en  proie  aux  mêmes  incertitudes  et  aux  mêmes 
inégalités  que  par  le  passé.  On  avait  substitué  le 
morcellement  parcellaire  des  propriétés  à  l'ancien 
système  de  concentration;  on  avait  remis  le  pou- 
voir aux  masses  les  plus  pauvres,  qui  ne  s'étaient 
refusé  ni  le  maximum,  ni  les  emprunts  forcés ,  ni 
la  banqueroute,  ni  la  suppression  des  impôts  in- 


162  HISTOIRE 

directs;  et  il  y  avait  toujours  des  pauvres  ,  des 
hommes  vêtus  de  haillons,  des  vieillards  sans  pain, 
des  femmes  sans  secours,  des  enfans-trouvés,  des 
malfaiteurs,  des  prostituées.  Que  restait-il  à  faire 
après  ce  qu'on  avait  fait?  Quelle  monarchie  ten- 
.  terait  ce  que  n'avaient  pu  faire  réussir  les  har- 
diesses de  1793?  Les  philosophes  et  les  écono- 
mistes, frappés  de  stupeur,  éprouvaient  ce  désap- 
pointementamerquisuitlesrévolutionspolitiques, 
quand  tout-à-coup  parurent,  à  peu  de  distance 
r^in  de  l'autre,  deux  écrits  de  deux  hommes  di- 
versement célèbres,  le  livre  de  M.  Godwin  sur  la 
Justice  politique  j  et  celui  de  Malthus  sur  la  Popu- 
lotion. 

M.  Godwin  attribuait  dans  son  ouvrage  tout  le 
mal  social  à  l'imperfection  des  institutions  politi- 
ques et  aux  vices  des  gouvernemens.  Malthus  était 
plus  frappé  des  résistances  que  l'homme  oppose 
au  progrès  social,  par  les  passions  inhérentes  à  sa 
nature  et  par  son  peu  de  disposition  à  les  répri- 
mer. La  lecture  d'un  article  de  M.  Godwin  sur  la 
prodigalité  et  l'avarice  ',  le  détermina  à  publier  ses 
idées  à  ce  sujet,  et  après  quelques  remaniemens 
faciles  à  concevoir  dans  un  travail  de  cette  im- 
portance, l'essai  sur  le  Principe  dépopulation  parut 
en  Angleterre  dans  la  dernière  année  du  dix-hui- 

*  Inséré  dans  un  numéro  du  journal  VExaminateur  {the  In- 
quirer). 


DE  L'ëCONOMIë  politique.  153 

tième  siècle  «  comme  une  espèce  de  résumé  du 
désencliantement  universel  des  esprits.  Ce  livre  a 
(ait  grand  bruit,  parce  qu'il  repose  sur  une  idée 
simple,  facile  à  comprendre  et  à  retenir;  et  on  en 
a  cruellement  abuséj  parce  qu'il  semble  favoriser 
plus  d'une  mauvaise  disposition  de  l'homme,  l'é- 
goîsme,  la  dureté,  l'indifférence  aux  maux  de  ses 
semblables.  Les  principes  sur  lesquels  il  reposa 
ont  obtenu,  néanmoins,  la  sanction  de  plusieijuçit, 
gouvernemens,  et  ils  tendent  si  rapidement  à  pé- 
nétrer dans  les  institutions,  qu'il  n'y  aura  bientôt 
plus  qu'à  enregister  leurs  conquêtes,  au  lieu  de 
discuter  leur  valeur*  Il  faut  donc  les  exposer  ioî 
dans  toute  leur  nudité ,  avant  d'en  examiner  1^ 
conséquences ,  double  tâche  qui  réclame  toute 
l'impartialité  de  l'historien. 

Cette  doctrine  se  présente  avec  le  caractère  ia-^ 
flexible  et  absolu  de  la  fatalité.  L'auteur  s'est  dis- 
pensé de  précautions  oratoires;  il  établit,  sans 
sourciller,  comme  un  fait  évident,  continuel,  né- 
cessaire, que  l'espèce  humaine  obéit  aveuglément 
à  la  loi  démultiplication  indéfinie,  tandis  queW 
subsistances  qui  la  font  vivre  ne  se  multiplient 
pas  avec  elle  dans  les  mêmes  proportions.  Ce  fait 
lui  parait  tellement  démontré,  qu'il  ne  craint  pas 
de  le  formuler  comme  un  axiome  de  mathémati- 
ques, et  il  affirme  que  les  hommes  s'accroissent 
en  progression  géométrique,  et  les  vivres  en  pro- 


IM  HISTOIRE 

gression  arithmétique.  Il  arriverait  donc  un  mo- 
ment où  les  provisions  seraient  insuffisantes  pour 
les  voyageurs,  si  ces  sinistres  correctifs  qu'on  ap- 
pelle les  maladies,  la  misère,  la  mort,  n'interve- 
naient régulièrement  pour  rétablir  l'équilibre. 
Malthus  prononçait  cette  sentence  des  malheu- 
reux en  termes  inhumains  :  «  Un  homme  qui  naît 
dans  un  monde  déjà  occupé,  disait-il  ',  si  sa  fa- 
mille n'a  pas  les  moyens  de  le  nourrir  ou  si  la 
Mooiété  n*a  pas  besoin  de  son  travail,  cet  homme  n'a 
pas  le  moindre  droit  à  réclamer  une  portion  quel- 
conque de  nourriture,  et  U  est  réellement  de  trop  sur 
la  terre.  Au  grand  banquet  de  la  nature,  il  n'y  a 
point  de  couvert  mis  pour  lui.  La  nature  lui  com- 
mande de  s'en  aller  et  elle  ne  tarde  pas  à  mettre 
elle-même  cet  ordre  à  exécution.  »  Voilà  quel  est 
le  fond  de  la  doctrine  de  Malthus  sur  la  popula- 
tion. Il  faut  voir  à  présent  sur  quels  argumens  il 
a  essayé  de  l'établir. 

Au  lieu  d'observer  rigoureusement  ce  qui  se 
passe  dans  les  sociétés  civilisées  de  longue  date, 
l'auteur  se  transporte  en  Amérique,  aux  États- 
Unis,  pays  vierge,  fertile,  immense,  où  la  popula- 
tion double  tous  les  vingt-cinq  ans.  C'est  ce  pays 

'  Ce  passage  cruel  a  été  supprimé  par  Malthus  dans  les  der- 
nières éditions  de  son  livre  ;  mais  Tesprit  de  sa  doctrine  n'y  est 
pas  moins  résumé  avec  une  énergique  vérité,  et  c'était  la  doctri- 
ne plutôt  que  le  langafj^e  qu*il  fallait  modifier. 


DE  l'Économie  politique.  155 

qu'il  prend  pour  type  du  reste  du  monde,  et  il 
admet  sans  hésiter  queTespèce  humaine  s'accroî- 
trait avec  la  même  rapidité  partout  ailleurs ,  si  la 
force  des  choses  ne  contenait  ce  développement 
dans  de  certaines  limites.  Une  fois ,  en  effet,  que 
la  population  s'est  élevée  jusqu'au  niveau  des  sub- 
sistances, celles-ci  venant  à  manquer,  les  vices, 
les  maladies,  les  calamités  de  tout  genre  commen- 
cent à  pleuvoir  sur  les  hommes  qui  sont  de  trop,  se- 
lon Malthus,  et  la  population  diminue  jusqu'à  ce 
qu'il  y  ait  des  vivres  pour  tout  le  monde.  L'his- 
toire en  main  ,  il  s'efforce  de  prouver  que  les 
mêmes  conséquences  ont  toujours  découlé  des 
mêmes  situations,  et  que  dans  l'état  barbare 
comme  dans  l'état  civilisé,  il  n'y  a  jamais  eu  de 
compromis  entre  la  disette  et  la  mort.  Et  encore 
si  la  mort  venait  seule!  mais  elle  ne  parait  jamais, 
dans  ces  tristes  conjonctures,  sans  être  accompa- 
gnée d'un  cortège  de  crimes  et  d'horreurs  de  tout 
genre;  sans  arborer  son  lugubre  étendard  sur  les 
hôpitaux,  dans  les  bagnes  et  sur  les  échafauds. 
Ainsi  la  peint  Malthus,  telle  que  nous  l'avons  vue 
bien  des  fois,  sans  oser  croire  avec  lui  qu'elle 
vînt,  sous  cette  forme,  par  ordre  de  Dieu  même 
et  comme  une  nécessité  de  notre  ordre  social. 

Nous  commençons  par  contester  la  double  pro- 
gression établie  par  Malthus  ;  mais  avant  de  si- 
gnaler cette  erreur  fondamentale  de  son  système, 


156  HISTOIRE 

il  faut  voir  quelles  conséquences  terribles  il  en 
tirait.  Il  proclamait  d'abord  le  danger  des  aumô- 
nes, des  secours  publics  ou  privés,  permanensou 
temporaires;  il  défendait  le  mariage,  hormis  à  cer- 
tains hommes,  et  il  condamnait  à  mort  des  mil- 
liers d'enfans  prés  de  naître.  Les  charités  prodi- 
guées aux  pauvres  dans  un  esprit  religieux,  ou 
par  amour  delà  bienfaisance,  n'étaientà ses  yeux 
que  des  faveurs  meurtrières  dont  le  principal  ré- 
sultat élait  d'encourager  la  paresse  et  de  multi- 
plier le  nombre  des  infortunés.  Car  rien  ne  mul- 
tiplie comme  la  misère,  disait-il,  et  les  gens  qui 
n'ont  rien  à  perdre  se  soucient  fort  peu  de  ce  qiû 
adviendra  de  leurs  descendans.  C'est  ce  que  Mon- 
tesquieu avait  déjà  dit  en  termes  ironiques  :  «  Les 
gens  qui  n'ont  absolument  rien,  comme  les  men- 
dians,  ont  beaucoup  d'enfans  :  car  il  n'en  coûte 
rien  au  père  pour  donner  son  art  à  ses  enfans, 
qui  même  sont  en  naissant  les  instrumens  de  cet 
art  '.  »  Mais  Montesquieu  n'avait  rien  conclu  de 
cette  disposition  générale  des  prolétaires  à  Tia- 
souciance;  il  s'était  borné  à  la  préciser  sans  en 
rechercher  la  cause.  Malthus  crut  avoir  trouvé 
cette  cause  dans  les  encouragemens  offerts  à  la 
paresse  par  la  bienfaisance,  et  portant  ses  regards 
dans  les  hospices,  dans  les  maisons  d'enfans- 
trouvés  ,  il  fit  voir  toutes  les  misères  qu'avait 

'  Esprit  des  Lois^  livre  XXllI,  chap.  xh 


DE  l'Économie  politique.  157 

engendrées  l'abus  de  la  charité  publique.  It  s'a- 
dressa dès  lors  aux  sentimens  les  plus  fiers  et  les 
plus  généreux  de  Thomme.,  et  il  chercha  à  dé- 
montrer la  supériorité  de  la  prévoyance  sur  toutes 
les  autres  ressources  offertes  à  la  vieillesse  ou  aux 
infirmités. 

Jamais  peut-être,  jusqu'alors,  aucun  système 
ne  s'était  formulé  en  termes  aussi  absolus.  Les 
économistes  eux-mêmes  admettaient  quelques  mo- 
difications à  leur  théorie  du  produit  net;  mais  Mal- 
thus  ne  connaissait  pas  de  capitulation  possible 
dans  la  lutte  des  hommes  contre  la  nature  :  ces 
débats  lamentables  devaient  toujours  finir  par  des 
arrêts  de  mort.  Il  se  mit  donc  à  prêcher  sous  le 
nom  de  contrainte  morde,  une  doctrine  peu  favora- 
ble au  mariage.  Il  chercha  à  démontrer  aux  clas- 
ses laborieuses  qu'en  multipliant  le  nombre  des 
enfans ,  elles  se  créaient  des  concurrences  qui 
amenaient  la  baisse  des  salaires,  et  que  le  plus  sûr 
moyen  de  réduire  les  capitalistes  à  transaction, 
c'était  de  ne  pas  leur  fournir  l'occasion  perma- 
nente de  choisir  les  travailleurs  au  rabais.  La  sp- 
eiété  elle-même  était  intéressée  à  opposer  des 
obstacles  salutaires  aux  unions  irréfléchies,  puis^ 
que  la  conséquence  inévitable  de  ces  unions  était 
la  multiplication  des  crimes  et  des  misères  de 
toute  espèce.  Malheureusement  Malthus  ne  tarda 
point  à  s'apercevoir  que  le  célibat  n'empêchait 


158  HISTOtRE 

pas  les  naissances  ;  il  les  rendait  seulement  illégi- 
times, et  c'était  iin  malheur  de  plus.  Que  faire 
donc  pour  mettre  un  terme  à  l'accroissement  de 
la  population,  puisqu'on  ne  pouvait  désormais 
empêcher  les  enfans  de  naître  ?  Malthus  vit  cet 
obstacle  et  n'en  fut  point  effrayé.  Il  s'arma  d'un 
courage  stoïque  et  il  crut  devoir  mettre  les  enfans 
hors  la  loi,  même  avant  qu'ils  fussent  nés.  Il  pro- 
posa de  rendre  une  loi  déclarant  «  qu'aucun  en- 
fant issu  d'un  mariage  contracté  après  Tannée 
qui  suivrait  la  promulgation  de  cette  loi,  et  qu'au- 
cun enfant  illégitime  né  deux  ans  après  la  même 
époque,  n'aurait  droit  à  l'assistance  de  la  paroisse. 
Ce  serait,  disait-il,  un  avis  clair,  distinct  et  précis, 
sur  le  sens  duquel  nul  ne  saurait  se  méprendre. 
Personne  ne  serait  trompé  ni  lésé,  et  par  consé- 
quent personne  n'aurait  le  droit  de  se  plaindre.  » 
Ainsi  les  enfans  au  berceau  devenaient  responsa- 
bles de  l'erreur  qui  leur  avait  donné  le  jour. 
«  Pourquoi  frémissez-vous,  disait  Malthus,  votre 
charité  est  plus  cruelle  que  ma  rigueur ,  et  vos 
hospices  d'enfans-trouvés  ne  sont  que  des  cata- 
combes. »  Il  déroulait  en  même  temps  les  tables 
lugubres  de  la  mortalité  des  enfans  dans  ces  hos- 
pices, et  Ton  était  forcéde  convenir  qu'ils  y  mour 
raient  presque  tous  dans  la  première  année  de 
leur  naissance  '. 

•  D'après  les  calculs  de  M.  Benoiston  de  Châteauneuf,  1»  mor- 


DE  l'Économie  politique.  159 

Ces  terribles  rapprochemens  produisirent  une 
grande  sensation  en  Europe,  Malthus  les  poursui- 
vait avec  une  constance  inflexible.  Il  voulait  effrayer 
rhumanité  de  ses  propres  écarts  et  forcer  tous  les 
hommes  de  cœur  à  faire  un  retour  salutaire  sur 
eux-mêmes  avant  de  se  marier.  En  comprimant  le 
penchant  naturel  à  tous  les  gouvernemensde  mul- 
tiplier les  institutions  de  bienfaisance,  il  espérait 
mettre  un  terme  aux  abus  de  ces  institutions  qui 
ne  servaient,  selon  lui,  qu'à  aggraver  les  maladies 
sociales,  au  lieu  de  les  guérir.  Le  célibat,  naguère 
honni  comme  une  profession  égoïsfie,  était  réha- 
bilité et  presque  élevé  au  rang  de  vertu.  On  fer- 
mait les  hôpitaux,  les  lieux  d'asile;  on  cessait  de 
distribuer  des  aumônes;  on  ne  s'inquiétait  plus 
de  rien  en  matière  de  bienfaisance  et  de  secours 
publics.  La  dureté  seule  était  désormais  conforme 
aux  vrais  principes  de  la  science,  aux  lois  de  la 
nature  :  l'insensibilité  était  érigée  en  système.  Il 
faut  avouer  qu'une  telle  innovation  devait  révol- 
ter profondément  les  âmes  généreuses  et  tendres 
pour  qui  le  plaisir  de  répandre  des  bienfaits  est  un 
besoin  de  tous  les  momens;  Aussi,  de  toutes  parts, 
il  s'éleva  contre  la  doctrine  de  Malthus  un  cri' 

talité  des  enfans-trouvés  était  de  67  pour  100  à  Madrid ,  en  1817; 
de  92  pour  lOOà  Vienne ,  en  1811  ;  de  79  pour  100  à  Bruxelles, 
année  moyenne,  de  1802  à  1817  ;  ^  Thospice  des  enfans-trou- 
vés  de  Dublin ,  de  1791  à  1797 ,  sur  12,785  enfans ,  il  en  mourut 
12,561 ,  en  six  années.  Quelle  boucherie  ! 


160  IIIStOlRK 

général  d'improbation.  Peu  s  en  fallut  que  Fau- 
teur ne  fût  signalé  comme  un  homme  sans  en- 
trailles, qui  venait  jeter  avec  impudence  au  genre 
humain  l'horrible  ironie  de  son  système.  C'était 
jpour  la  première  fois,  disait-on,  qu'on  osait  ainsi 
faire  l'éloge  de  la  peste,  de  la  guerre,  de  la  famine 
et  de  tous  les  fléaux  qui  désolent  l'humanité,  en 
les  présentant  comme  des  lois  naturelles,  desti- 
nées h  maintenir  l'équilibre  entre  la  population 
et  les  subsistances.  Les  prêtres,  les  femmes ,  les 
philosophes  se  révoltèrent  contre  l'audace  d'une 
telle  supposition,  et  Malthus  se  vit  long-temps  en 
butte,  malgré  ses  qualités  privées,  aux  imputa- 
tions les  plus  calomnieuses. 

L'orage  s'est  enfin  apaisé  sur  la  tombe  de  ce 
grand  écrivain,  et  la  justice  de  la  postérité  a  com- 
mencé pour  lui.  Lui-même  convenait  dans  ses 
derniers  jours  qu'il  avait  exagéré  les  conséquen- 
ces de  son  principe.  «  Il  est  très  probable,  disait- 
il;  qu'ayant  trouvé  l'arc  courbé  d'un  côté ,  j'aie 
été  porté  à  le  trop  courber  de  l'autre,  dans  la  vue 
de  le  rendre  droit  ;  mais  je  serai  toujours  disposé 
à  faire  disparaître  de  mon  ouvrage  ce  qui  sera 
considéré,  par  des  jugescompétens,  comme  ayant 
une  tendance  à  empêcher  l'arc  de  se  redresser  et 
à  faire  obstacle  aux  progrès  de  la  vérité.  »  Et,  en 
effet,  nous  avoasvu  qu'il  avait  supprimé,  dans  les 
dernières  éditions  de  $on  livre ,  les  passages  les 


DE  l'Économie  politique.  161' 

plus  durs  et  les  plus  révoltans.  Son  erreur  prin- 
cipale est  d'avoir  attribué  presque  exclusivement 
à  la  trop  grande  multiplication  de  Tespèce  les 
malheurs  de  Thumanité,  et  d'avoir  pour  ainsi  dire 
absous  à  l'avance  de  tout  reproche  les  gouverne- 
mens  de  tous  les  pays*  Les  causes  morales  sont 
ordinairement  complexes  et  c'est  les  méconnattre 
que  de  ne  les  envisager  sous  une  seule  face.  Mal- 
thus  n'a  pas  assez  tenu  compte,  non  plus  de  Tac^ 
croissement  des  moyens  de  production,  sous  l'in^ 
fluence  du  travail  et  par  le  concours  des  machi- 
nes. Il  a  feint  de  ne  pas  s'apercevoir  que  les  po-^ 
pulations  de  notre  temps,  quoique  infiniment  plus 
nombreuses  que  celles  des  temps  passés,  jouis- 
saient néanmoins  de  beaucoup  plus  de  douceurs, 
étaient  mieux  vêtues,  mieux  logées,  mieux  nour- 
ries, et  qu'elles  étaient  moins  exposées  que  jamais 
au  danger  de  se  dévorer  entre  elles.  Peut-être 
éprouvent-elles  plus  de  souffrances  morales  par 
l'excès  des  tentations  qu'elles  ne  peuvent  pas  tou- 
jours satisfaire;  mais  ces  teûtations  même  sont 
un  stimulant  énergique  auquel  il  faut  rapporter 
une  bonQC  partie  des  progrès  qu'ont  faits  toutes 
les  industries.  En  adoptant  l'hypothèse  de  Mal- 
thus,  à  mesure  que  la  population  se  rapproche 
du  niveau  des  subsistances,  la  demande  de  pro- 
duits nouveaux  amène  des  découvertes  utiles  dont 
l'humanité  tout  entière  profite;;  les  émigrations 

PBUXIÈMB  EDITION.  11 


162  HISTOIRE 

conduisent  peu  à  peu  la  race  humaine  vers  les  lieux 
inoccupés  qu'elle  fertilise  en  les  peuplant,  et  la 
civilisation  pénètre  ainsi  dans  des  contrées  incon- 
nues, qui  rendront  au  centuple  les  avances  néces- 
sitées pour  leur  exploitation.  C'est  ainsi  que  TA- 
mérique  du  Nord  a  yu  ses  prairies  et  ses  bois  dé- 
frichés par  les  colons  européens,  et  les  vallées  de 
ses  grands  fleuves  se  couvrir  de  villes  opulentes, 
où  naguère  erraient  des  hordes  misérables  de 
chasseurs  et  d'anthropophages. 

Quand  on  examine  avec  quelque  attention  la 
carte  du  globe  et  la  fertilité  d'un  grand  nombre  de 
régions  à  peine  explorées,  on  cesse  de  craindre 
pour  l'espèce  humaine  les  malheurs  dont  elle  est 
menacée  par  les  prédictions  de  Malthus.  L'émigra- 
tion n'apparaît  même  que  comme  une  ressource 
extrême,  en  présence  des  améliorations  que  le  gé- 
nie de  l'homme  ne  manque  jamais  de  prodiguer  à 
la  terre,  parce  qu'il  y  trouve  de  nouveaux  profits 
à  mesure  qu'elle  est  appelée  à  suffire  à  des  de- 
mandes nouvelles.  M.  Ricardo  '  n'a  rien  laissé  à 
désirer  à  cet  égard  aux  antagonistes  de  Malthus, 
et  nous  sommes  persuadés  que  l'auteur  du  livre 
de  la  population  a  dû  être  rassuré  lui-même  contre 
les  conséquences  de  son  propre  système ,  en  ap- 
préciant à  leur  juste  valeur  les  belles  analysesilu 
progrès  agricole  présentées  par  son  illustre  con- 

*  Dans  son  ouvrage  sur  le  principe  de  l'impôt. 


DE  l'Économie  politique.  163 

citoyen.  11  se  fait  d'ailleurs  un  échange  continuel 
des  produits  manufacturés  contre  les  produits 
naturels,  entre  tous  les  peuples ,  de  sorte  que  le 
commerce  remédie  à  l'insuffisance  de  l'agriculture 
et  ne  laisse  jamais  sans  subsistances  aucun  peuple 
intelligent  et  laborieux.  Les  relations  chaque  jour 
plus  intimes  qui  s'établissent  parmi  les  nations 
civilisées,  leur  rendent  aussitôt  communes  toutes 
les  découvertes  utiles;  témoins  la  navigation  à  la 
vapeur,  l'éclairage  par  le  gaz,  les  chemins  de  fer 
qu'on  voit  adopter  presque  en  même  temps  en 
Europe,  en  Asie,  en  Amérique  et  même  en  Afri- 
que. C'est  ainsi  qu'aujourd'hui  les  bateaux  à  va* 
peur  sillonnent  la  mer  Rouge  et  l'Adriatique,  re- 
montent le  Nily  le  Gange  et  le  Mississipi^  comme 
la  Seine  et  la  Tamise,  et  rapprochent  d'avance, 
pour  un  cas  de  famine,  les  blés  de  la  mer  Noire 
et  des  États-Unis ,  de  nos  villes  populeuses. 
Malthus  n'est  pas  le  premier  qui  ait  poussé  un 
cri  d'alarme  au  sujet  de  l'accroissement  de  la  po- 
pulation, et  nous  pourrions  citer  plus  d'un  écri- 
vain de  son  pays  qui  déplorait,  il  y  a  cent  ans, 
enstyle  de  Jérémie,  les  dangers  immédiats  de  cet 
accroissement.  Que  diraient  ces  prophètes  de 
malheur,  à  l'aspect  de  l'Angleterre  de  nos  jours, 
riche,  puissante  et  deux  fois  plus  peuplée? 

La  doctrine  de  Malthus  n'en  aura  pas  moins  le 
mérite  d'avoir  appelé  l'attention  des  gouverne- 


164  HISTOIRE 

mens  y  aussi  bien  que  celle  des  citoyens,  sur  le 
danger  des  unions  imprévoyantes  et  des  secours 
prodigués  sans4iscernement.  Déjà  cette  doctrine 
a  préservé  la  France  de  l'imitation  des  lois  vicieu- 
ses qui  ont  créé  en  Angleterre  la  taxe  des  pauvres 
et  qui  y  ont  fait  delà  mendicité  une  profession  ré- 
tribuée. Dans  le  pays  même  où  ces  lois  ont  si 
long-temps  régné  en  souveraines,  elles  viennent 
d'être  modifiées,  et  la  générosité  publique,  dé- 
sormais éclairée  par  l'expérience  du  passé,  ap- 
prend à  distinguer  le  malheur  immérité  de  la  pau- 
vreté volontaire.  Le  christianisme,  avons-nous 
dit,  découvrit  la  bienfaisance  ;  l'économie  poli- 
tique l'a  régularisée.  Les  hommes  prudens  ont 
aussi  appris  à  réfléchir  sur  les  conséquences ^du 
mariage ,  et  cet  acte  solennel  de  la  vie  a  cessé 
d'être  considéré  aussi  légèrement  qu'il  Tétait, 
avant  que  Malthus  eût  fait  apprécier  l'immense 
responsabilité  qu'il  impose.  La  société,  en  se  mon- 
trant plus  sévère  dans  la  distribution  des  secours 
publics,  a  mis  chaque  citoyen  en  demeure  de 
pourvoir  lui-même  par  l'épargne  aux  besoins  de 
ses  vieux  jours  et  de  ses  jours  de  souffrance;  et  si 
elle  n'a  point  encore  osé,  selon  l'avis  de  Malthus, 
fermer  les  asiles  ouverts  à  l'enfance  abandonnée, 
elle  a,  du  moins,  pris  des  mesures  pour  rappeler 
un  plus  grand  nombre  de  mères  aux  devoirs  de 
la  nature,  qu'elles  méconnaissent  moins  souvent 


DE  l'Économie  politique.  165 

par  vice  de  cœur  qae  sous  rinfluence  de  la  mi- 
sère. II  faut  donc  pardonner  à  Malthus  d'avoir 
frappé  fort  au  lieu  de  frapper  juste,  et  d'avorr 
trop  cx>urbé  Tare  d'un  côté,  comme  il  le  dit  lui- 
même,  pour  le  redresser  de  l'autre.  Il  a  cédé  à 
Tentrainement  bien  naturel  de  généraliser  une 
idée  simple  et  saisissante  et  de  la  jeter  comme  un 
spectre  au  monde  épouvanté.  Son  but  était  de 
profiter  de  l'effroi  qu'une  telle  idée  devait  inspi- 
rer, pour  commander  à  ses  contemporains  une 
plus  grande  activité  en  toutes  choses,  et  leur  dé- 
montrer le  sens  économique  du' cri  menaçant  de 
Bossuèt  :  Marche!  marche! 

On  a  vu  que  Malt  h  us  avait  été  entraîné  à  la 
publication  de  son  ouvrage  par  la  lecture  des 
écrits  politiques  de  M.  Godwin  ,  cet  énergique 
utopiste  qui  voulait  rendre  les  gouvernemens  ex- 
clusivement responsables  de  toutes  les  imperfec- 
tions de  l'humanité.  C'était  aussi  la  doctrine  de 
J.-J.  Rousseau,  et  Jl  l'avait  exprimée  en  termes 
dogmatiques,  le  jour  où  il  avait  dit  :  <  Tout  est 
bien  en  sortant  des  mains  du  Créateur^  tout  dégé- 
nère entre  les  mains  de  l'homme.  »  Gondorcet 
avait  poussé  la  hardiesse  plus  loin,  et  il  n'avait  pas 
craint  d'affirmer  que  si  l'homme  voulait  suivre  la 
nature,  il  reculerait  indéfiniment  les  limites  de 
son  existence  sur  la  terre.  Godwin  s'imagina  qu'il 
ne  faisait  que  tirer  les  conséquences  de  leurs 


166  HISTOIRE 

idées  en  proposant  la  destruction  des  gouverne- 
mens,  des  religions,  de  la  propriété,  du  mariage 
et  des  institutions  d'une  moindre  importance , 
qui  dérivent  de  celles-là.  Il  faut  se  reporter  à  ces 
exagérations  pour  s'expliquer  l'exagération  du 
système  de  Malthus.  «  Les  institutions  humaines, 
dit-il,  quelques  maux  qu'elles  puissent  occasion- 
ner à  la  société,  ne  sont  réellement  que. des  cau- 
ses légères  et  superficielles ,  rien  que  des  plumeg 
qui  flottent  à  la  surface ,  en  comparaison  de  ces 
sources  de  mal  plus  profondes  qui  découlent  des 
lois  de  la  nature  et  de  la  passion  d'un  sexe  pour  Vaiur 
tre.  Loin  que  les  malheurs  de  l'humanité  doivent 
être  imputés  à  l'impéritie  des  gouvernemens  et  à 
leur  répugnance  pour  les  réformes ,  c'est  plutôt 
à  l'exubérance  de  la  population  qu'il  faut  attri- 
buer tous  les  maux  dont  elle  est  accablée.  «L'am- 
bition des  princes  manquerait  d'instrumens  de 
destruction,  si  la  misère  ne  poussait  pas  sous  leurs 
drapeaux  les  basses  classes  du  peuple.  »  Malthus 
pensait  que  la  multitude,  sans  cesse  aiguillonnée 
par  la  détresse,  ne  pouvait  être  contenue  que  par 
le  despotisme  le  plus  dur;  à  son  avis ,  les  cris 
des  démagogues,  en  ralliant  autour  du  pouvoir 
établi  les  classes  aisées  de  la  société,  dont  ils  me- 
naçaient l'existence  *  étaient  la  cause  de  toutes 
les  mauvaises  lois  et  de  la  conservation  de  tous 
les  abus.  Il  ne  concevait  pas  qu'une  nation  éçlai-^ 


DE  l'Économie  politique.  167 

rée  pût  supporter  long-temps  les  inslitutions  vi- 
cieuses et  les  malversations  d'un  gouvernement 
corrompu,  si  elle  ne  se  croyait  pas  menacée  de 
maux  plus  graves  par  une  populace  aveugle  et  af- 
famée *  • 

Il  est  facile  de  concevoir  avec  quelle  faveur 
cette  doctrine  devait  être  accueillie  dans  un  pays 
comme  l'Angleterre,  dont  l'aristocratie  soutenait, 
à  l'époque  où  parut  le  livre  de  Malthus,  une  lutte 
acharnée  contre  les  principes  de  la  Révolution 
française.  Babeuf  n'avait  pas  encore  écrit;  mais 
on  se  souvenait  des  pamphlets  de  Marat  et  des 
tentatives  sanglantes  de  nos  niveleurs.  On  avait 
vu  à  l'œuvre  les  réformateurs  de  cette  école,  et 
le  sentiment  général  d'horreur  qu'ils  avaient 
inspiré  ne  contribua  pas  peu  au  succès  de  la  doc- 
trine de  Malthus.  Sa  théorie  de  la  population  fut 
célébrée  avec  un  enthousiasme  de  parti,  car  elle 
plaçait  sous  la  protection  de  la  Providence  et 
comme  son  œuvre  même,  les  inégalités  sociales 
les  plus  profondes  et  toutes  les  misères  qu'elles 
traînent  à  leur  suite.  Les  écrivains  populaires  se 
mirent  d'un  côté,  les  partisans  des  privilèges  se 
retranchèrent  de  l'autre,  les  uns  pour  attaquer, 
les  autres  pour  défendre  ce  nouveau  dogme  de  la 
fatalité.  Ce  ne  fut  plus  une  discussion,  ce  fut  une 

*  Qï.  Comte,  Notice  historique  sur  la  vie  et  les  travaux  de 
Malthus,  lue  à  Tlnstitut ,  le  28  décembre  1856. 


168  HISTOIRE 

mêlée  d'où  la  vérité  aurait  eu  beaucoup  de  peine 
à  sortir  saine  et  sauve,  si  le  temps,  qui  met  cha- 
que chose  à  sa  place ,  n'avait  forcé  les  partie  à 
reconnaître  enfin  ce  qu'il  y  avait  d'outré  dans 
leurs  prétentions  respectives.  Godwin  était  déjà 
beaucoup  plus  modéré  dans  ses  Recherches  sur  la 
population  que  dans  son  traité  De  la  justice  politique  ; 
et  Malthus  lui-même  ,  comme  nous  l'avons  dit, 
s'était  amendé  en  présence  des  juges  compitens^ 
c'est-à-dire  des  événemens  qui  avaient  modifié 
ses  idées. 

Sa  doctrine,  en  effet,  ne  pouvait  soutenir  un 
examen  sérieux  dans  les  termes  absolus  où  il  l'a- 
vait exposée.  Ces  arrêts  de  proscription  lancés 
contre  des  enfans,  contre  des  vieillards  et  des  in- 
firmes, ne  méritaient  pas  d'être  sanctionnés  par 
la  conscience  publique.  Une  voix  intérieure  criait 
à  chaque  homme  que  les  sentimens  les  plus  im- 
périeux et  les  plus  doux,  celui  de  l'amour,  celui 
de  la  paternité,  ne  lui  avaient  pas  été  donnés  par 
le  Créateur  comme  une  source  d'amertume  et  de 
misères.  Les  vices  et  les  crimes  ne  devaient  pas 
avoir  la  même  origine  que  les  vertus.  La  plus  sim- 
ple analyse  du  travail  humain  suffisait  pour  dé- 
montrer, d'un  autre  côté,  que  si  la  population, 
en  s'accroissant,  exigeait  une  plus  forte  quantité 
de  subsistances,  elle  possédait  en  elle-même  les 
moyens  d'y  pourvoir.  On  voyait  tous  les  jours  un 


DE  l'Économie  politique.  169 

seul  homme  créer  par  son  travail  assez  de  pro- 
duits pour  nourrir  dix  de  ses  semblables.  On  ex- 
ploitait des  terrains  nouveaux  quand  le  besoin  de 
vivres  y  assurait  aux  capitaux  de  l'agriculteur 
des  profits  réguliers.  Les  lois  en  faveur  des  pau- 
vres, que  Malthus  avait  sijgnalées  comme  si  désas- 
treuses', ne  devaient  être  considérées  que  comme 
une  compensation  aux  aumônes  répandues  par 
les  monastères ,  dont  le  protestantisme  anglais 
avait  confisqué  les  revenus,  et  non  comme  un 
encouragement  au  vice  et  à  la  paresse.  L'auteur 
avait  eu  beau  dire  «  qu'il  fallait  laisser  à  la  na- 
ture le  soin  de  punir  le  pauvre  du  crime  d'in- 
digence, »  personne  ne  regardait  l'indigence 
comme  un  crime  et  la  richesse  comme  une  vertu. 
M.  Godwîn  a  réfuté  avec  une  grande  supério- 
rité de  raison  toute  cette  partie  de  la  doctrine  de 
Malthus,  si  bien  accueillie  par  l'aristocratie  an- 
glaise, parce  qu'elle  s'accordait  parfaitement  avec 
ses  sympathies  naturelles.  «  Malheur  au  pays , 
dit-il,  où  un  homme  de  la  classe  du  peuple  ne 
peut  se  marier  sans  avoir  la  perspective  de  per- 
dre sa  dignité  et  son  indépendance!  Malheur  au 
pays  où,  lorsque  des  revers  imprévus  accablent 
cet  homme,  on  lui  crie  qu'il  n'a  nul  droit  à  ré- 

*  Malthus  appelait  ces  lois  «  un  mal  en  comparaison  duquel  la 
dette  nationale ,  avec  toute  la  terreur  qu'elle  inspire ,  n*est  que 
de  peu  dimportance.  » 


170  HISTOIRE 

clamer  des  secours  qai  l'aident  à  se  tirer  de  sa 
situation  difficile!  On  peut  être  sûr  qu'il  existe 
quelque  vice  dangereux  dans  l'ordre  social,  là  où 
un  tel  homme  n'aura  pas  une  espérance  raison- 
nable de  nourrir  sa  famille  au  moyen  du  travail 
de  ses  bras,  quoiqu'il  ne  possédât  rien  au 
moment  de  se  marier  '  »  Et  loin  de  recomman- 
der aux  gouvernemens  l'insouciance  ou  la  du- 
reté pour  le  malheur,  Godwin  pensait  avec  jus- 
tesse qu'il  leur  appartenait  de  travailler  nuit  et 
jour  aux  améliorations  dont  le  oorps  social  a 
besoin . 

L'expérience  n'a  cessé  de  justifier  cette  opinion. 
La  richesse  publique  continue  de  s'accroître  dans 
presque  tous  les  pays  deJ'Europeen  même  temps 
que  la  population,  et  ce  phénomène  se  reproduit 
d'une  manière  tellement  générale  et  compacte, 
qu'un  économiste  américain,  M.  Alexandre  Eve- 
rett,  a  été  jusqu'à  considérer  l'accroissement  de 
la  population  comme  la  cause  essentielle  de  ses 
progrès  en  tout  genre.  Il  a  pensé  que,  puisque 
les  produits  du  travail  sont  toujours  en  raison  du 
travail  lui-même  et,  par  conséquent,  de  la  popu- 
lation, les  moyens  de  subsistance  pour  les  indi- 
vidus ne  dépendent  que  de  la  répartition  plus  ou 
moins  équitable  des  profits  entre  les  employés  des 
diverses  industries.  Ces  industries  elles-mêmes 

*  Recherches  sur  la  popuiaiion^  liv.  VI,  chap.  vi. 


DE  l'Économie  politique.  171 

se  développent  chaque  jour  davantage  sur  un  ter- 
ritoire limité ,  soit  par  le  perfectionnement  de 
l'agriculture,  soit  par  l'extension  du  commerce. 
Les  jeunes  branches,  loin  d'épuiser  le  tronc,  lui 
donnent  une  vigueur  nouvelle  et  deviennent  des 
élémens  de  prospérité,  au  lieu  d'être,  comme  le 
suppose  Malthus,  une  cause  de  ruine  et  de  dépé- 
rissement. ^ 
Au  reste,  les  terreurs  relatives  au  développe- 
ment de  la  population  datent  d'une  époque  anté- 
rieure de  beaucoup  à  la  publication  du  célèbre 
ouvrage  de  Malthus.  Les  anciens  écrits  d'écono- 
mie politique  sont  tous  empreints  de  l'inquiétude 
qui  agitait  nos  pères,  à  l'aspect  de  la  grande  fa- 
mille qu'ils  contribuaient,  d'ailleurs,  si  vaillam- 
ment à  accroître.  Leurs  cris  de  détresse  se  fai- 
saient principalement  entendre  dans  les  villes 
capitales,  et  plus  d'un  roi  de  France,  éperdu, 
crut  nécessaire  de  restreindre  l'étendue  de  la 
ville  de  Paris,  dont  les  barrières,  sans  cesse  re- 
culées, tendent  à  reculer  encore.  Le  même  phé- 
nomène a  été  observé  à  Londres,  ville  aussi  peu- 
plée que  certains  royaumes ,  et  dans  laquelle 
plus  d'un  million  de  consommateurs  vivent  à 
l'aise  sur  un  espace  qui  ne  suffirait  pas  à  la 
nourriture  de  cinq  cents  personnes,  s'il  était  des- 
tiné à  y  pourvoir.  Mais  ces  vaines  terreurs  dis- 
raissent  devant  l'absurdité  du  prétendu  accrois- 


172  HISTOIRE 

sèment  de  la  population  en  progression  géomé- 
trique. Malthus  lui-même  a  reconnu  qu'on  ne 
pouvait  citer  aucune  nation  dont  la  population 
n'ait  été  maintenue  par  des  influences  physiques 
ou  morales ,  au-dessous  du  niveau  fixé  par  les 
produits  du  sol;  sans  quoi  nous  aurions  vU  des  di- 
settes permanentes,  ou  des  épidémies  périodiques, 
tandis  que  ces  fléaux  n'ont  généralement  éclaté 
qu'aux  époques  où  les  diflérentes  nations  étaient 
infiniment  moins  peuplées  qu'elles  ne  le  sont  à 
présent.  Le  choix  que  Malthus  a  fait  de  l'Améri- 
que, où  la  population  double  tous  les  vingt-cinq 
ans ,  n'est  pas  plus  concluant  que  celui  de  la 
Suède,  où,  selon  M.  Godwin,  elle  ne  double  que 
tous  les  cent  ans.  Les  sociétés  ne  procèdent 
point  ainsi  par  périodes  régulières,  comme  les 
astres  et  les  saisons,  nous  l'avons  dit  ;  et  les  in- 
stitutions politiques  exercent ,  avec  les  mœurs  , 
une  influence  qui  modifie  profondément  la  ten- 
dance naturelle  de  l'homme ,  arithmétique  ou 
géométrique,  à  se  multiplier. 

Malthus  a  donc  vraiment  déclaré  la  guerre  aux 
affections  domestiques ,  à  la  charité  publique  et 
privée,  à  l'enfance,  à  la  vieillesse,  dans  l'intérêt 
mal  entendu  de  l'humanité.  Le  ciel  n'a  pas  voulu 
que  la  richesse  eût  le  monopole  de  toutes  les 
jouissances ,  y  compris  celles  de  l'amour  et  du 
mariage ,  ni  qu'une  partie  de  l'espèce  humaine 


DE  l'Économie  politique.  173 

fût  sacrifiée  en  holocauste  à  l'autre;  en  un  mot, 
la  société  ne  doit  pas  plus  être  un  -couvent 
qu'une  garenne.  Toutefois,  en  a\agérant  les  dan- 
gers de  la  population,  Malthus  a,  du  moins,  pré- 
muni les  gouvernemens  contre  les  abus  des  in- 
stitutions de  bienfaisance ,  et  il  a  fait  sentir  à 
chaque  homme  que  la  loi  sociale  lui  imposait 
des  devoirs  sacrés  de  prévoyance  et  de  conserva- 
tion pour  lui  et  pour  ses  enfans.  L'Angleterre  a 
commencé,  dés  lors,  la  réforme  de  ses  lois  sur 
les  pauvres  ,  et  les  autres  pays  se  sont  mis  en 
garde  contre  le  danger  de  leur  imitation.  La  cha- 
rité, désormais,  ne  sera  pas  moins  vive,  mais  elle 
sera  plus  éclairée.  Elle  se  croira  soumise  à  des 
régies,  comme  toutes  les  autres  vertus,  et  déjà, 
ces  règles  lui  ont  été  tracées,  en  France,  dans  un 
ouvrage'  qui  participe  tout  à  la  (ois  de  la  sévère 
prudence  de  Malthus  et  de  la  pkUantropie  généreuse 
dé  Godwm.  On  dirait  même  que  cette  transaction 
a  paru  insuffisante  aux  esprits  religieux,  pour  qui 
la  bienfaisance  est  le  plus  saint  des  devoirs.  Un 
de  nos  magistrats  les  plus  honorables  '  a  publié, 
sous  le  titre  d' Économie  politique  chrétienne^  un  ma- 
nifeste souvent  éloquent  et  toujours  sincère  con- 
tre les  doctrines  de  Malthus.  Il  les  attaque,  sans 
doute  ,  beaucoup  plus  en  apôtre  qu'en  écono- 

*  De  la  charité ,  par  M.  Duchâtel ,  in-8o. 

*  M.  deVilleneuve-Bargemont,  ancien  préf«t. 


174  HISTOIRE 

miste  et  en  homme  d'État;  mais  il  a  signalé  très 
bien  leur  impuissance  à  moraliser  les  populations 
et  à  prévenir  l'vivasion  des  misères  dont  l'hu- 
manité est  affligée.  Déjà  plusieurs  années  avant 
l'apparition  de  son  livre,  une  protestation,  qui  a 
eu  du  retentissement  en  Europe ,  avait  signalé  à 
l'animadversion  publique  la  doctrine  du  travail 
illimité  des  ouvriers  et  le  droit  d'abandon  exercé 
à  leur  égard  par  les  maîtres.  M.  de  Sismondi  n'a- 
vait pas  craint  de  proposer  une  loi  en  vertu  de 
laquelle  les  entrepreneurs  d'industrie  seraient 
tenus  de  pourvoir  à  tous  les  besoins  de  leurs  ou- 
vrierSj  en  santé,  en  maladie,  à  tous  les  âges  de  la  me, 
à  condition  que  ceux-ci  ne  pourraient  se  marier 
qu'avec  l'autorisation  des  premiers.  Il  rétrogra- 
dait ainsi  jusqu'aux  jurandes  et  aux  maîtrises,  et 
il  demandait  aux  classes  ouvrièi^es  leur  liberté  en 
échange  de  leur  pain.  Tant  la  question  est  grave 
et  difficile,  tant  elle  est  effrayante,  quand  on  se 
souvient  des  essais  de  1793  et  des  souffrances 
de  1830;  des  Luddistes  de  Manchester  et  des  in- 
surgés de  Lyon  ! 

Tous  les  gou  vernemens  de  l' Europe  n'ont  cessé, 
depuis  ce  moment,  de  lutter  contre  le  principe 
de  désordre  et  de  perturbation  que  l'incertitude 
de  cette  question  traîne  partout  avec  elle.  En  vain 
la  production  a  marché  à  pas  de  géant  :  les  débou- 
chés ne  lui  offrent  pas  toujours  un  écoulement 


DE  l'Économie  politique.  175 

favorable,  et  la  répartition  des  profits  ne  se  fait 
pas  avec  cette  évidente  équité  qui  rallie  toutes  les 
convictions  et  tous  les  intérêts.  La  contrainte  morale 
de  Malthus  n'empêche  pas  un  seul  mariage  im- 
prudent, et  ne  prévient  aucune  naissance  illégi-^ 
time.  Les  conseils  de  M.  Duchâtel  ne  s'adressent 
qu'aux  hommes  éclairés  et  l'intervention  de  la 
loi,  telle  que  M.  de  Sismondi  la  réclame ,  n'est 
pas  moins  repoussée  par  nos  institutions  que  par 
nos  mœurs.  La  discussion  en  est  encore  au  point 
où  l'a  laissée  Màlthus;  et  quoique  cet  auleur  ait 
trouvé,  comme  Turgot,  un  gouvernement  disposé 
à  favoriser  ses  expériences,  ces  expériences  ne 
sont  pas  encore  assez  concluantes  pour  qu'on  en 
espère  une  solution  vraiment  scientifique  et  déci- 
sive. Nous  verrons  bientôt  à  l'œuvre  des  assem- 
blées délibérantes,  des  novateurs  hardis  qui  es- 
saieront de  délier  le  nœud  gordien  et  d'établir 
sur  de  meilleures  bases  la  distribution  des  profits 
du  travail  :  la  Constituante,  la  Convention,  l'école 
Saint-Simonienne,  l'école  Socialiste  et  beaucoup 
d'autres  ;  eu  quoi  leurs  grands  essais  nous  ont-ils 
avancés?  Nous  entendons  gronder,  comme  une 
voix  partie  de  l'abîme,  la  parole  austère  de  M.  de 
La  Mennais,  le  père  Bridaine  de  l'économie  poli- 
tique ;  mais  il  se  plaint  des  ouvriers  autant  que 
des  maîtres  et  il  se  borne  à  recommander  la  cha- 
rité aux  uns  et  la  résignation  aux  autres.  Sespa- 


176  HISTOIRE 

raboles  véhémentes  rappellent  quelquefois  VHis^ 
toire  philosophique  et  politique  de  l'abbé  Raynal; 
mais  on  n'a  pas  oublié  non  plus  les  désastres  de 
Saint-Domingue.  Ce  n'est  pas  l'éloquence  fiévreuse 
de  Raynal  qui  a  émancipé  les  noirs  ;  c'est  la  rai- 
son de  Wilberforce,  et  la  sagesse  du  parlement 
d'Angleterre* 


DE  l'Économie  politique.  177 


CHAPITRE  XXXVI. 

De  rinfluencedes  écrivains  du  dix-huitième  siècle  sur  la  marche 
de  Péconomie  politique  en  Europe.  —  Esprit  des  Lois.  — 
Œuvres  économiques  de  J.-J.  Rousseau. — Opinions  économi- 
ques de  Voltaire.  —  L'abhé  Raynal. 

II  est  juste  de  rapporter  aux  philosophes  du 
dix-huitième  siècle  une  partie  de  l'honneur  qui 
revient  aux  économistes  pour  toutes  les  réformes 
exécutées  ou  tentées  à  la  fin  de  ce  siècle.  Leurs 
écrits  en  contenaient  le  germe,  et  quoiqu'il  y 
règne  une  incertitude  vague  sur  la  plupart  des 
questions  sociales,  si  hardiment  abordées  par  l'é- 
cole de  Quesnay,  par  celle  d'Adam  Smith  et  par 
Malthus  lui-même,  on  ne  peut  s'empêcher  de 
convenir  que  Montesquieu ,  Rousseau,  Voltaire , 
l'abbé  Raynal  ont  été  les  précurseurs  de  ces  grands 
maîtres  dans  la  science  économique.  L'immense 
éclat  dont  les  œuvres  littéraires  des  encyclopé- 
distes ont  brillé,  semble  avoir  exclusivement 
absorbé  l'attention  de  la  postérité  ;  mais  la  partie 
qui  nous  échappe  aujourd'hui,  celle  qu'on  lit  le 
moins,  est  le  véritable  point  de  départ  de  toutes 
les  théories  économiques  modernes.  Elles  y  sont 
à  l'état  d'embryon,  toutes  prêtes  à  naître  sous 

BEUXIÈMK  JISOITION.  12 


178  HISTOIRE 

l'atmosphère  brûlante  de  la  Révolution  française, 
et  il  suffit  de  Tœil  le  moins  exercé  pour  les  re- 
connaître et  les  signaler. 

Montesquieu  occupe  le  premier  rang  parmi  les 
publicistesqui  ont  porté  leurs  regards  sur  les  plus 
hautes  questions  d'économie  politique ,  et  quoi- 
qu'il se  trompe  souvent,  quoiqu'il  ait  partagé  à 
beaucoup  d'égards  les  préjugés  de  ses  contempo- 
rains, nous  lui  devons  les  premiers  aperçus  vrai- 
ment neufs  et  hardis  qui  aient  été  publiés  sur 
l'influence  du  commerce,  et  quelques  curieuses 
analyses  de  la  théorie  des  monnaies.  Quoi  de  plus 
vrai,  aujourd'hui  même,  que  cette  belle  appré-* 
ciation  du  caractère  des  impôts  :  «  L'impôt  par 
tète  est  naturel  à  la  servitude;  l'impôt  sur  les 
marchandises  est  plus  naturel  à  la  liberté,  parce 
qu'il  se  rapporte  d'une  manière  moins  directe  à 
la  personne.  »  C'est  Montesquieu  qui  a  osé  dire 
le  premier  que  les  gouvernemens  les  plus  libres 
étaient  aussi  les  plus  chers  ',  et  si  cette  doctrine 
est  vraie  de  nos  jours,  pour  d'autres  motifs  que 
ceux  dont  parlait  ce  grand  homme,  il  n'en  a  pas 
moins  eu  le  mérite  de  l'avoir  découverte.  Il  a  com- 
mencé par  marcher  :  plus  tard,  on  a  expliqué  le 
mouvement. 

Nous  avons  vivement  attaqué ,  depuis  trente 
ans,  le  système  colonial  et  la  traite  des  noirs; 

'  Esprit  des  leis^  liv.  XIII,  chap.  xii. 


DB  l'Économie  politique.  179 

mais  à  part  l'acte  d'affranchissement  rendu  par 
le  parlement  d'Angleterre,  qu'y  a-t-il  de  plus 
éloquent  au  monde  que  le  chapitre  de  Montes- 
quieu sur  l'esclavage  des  nègres!  «  Ceux  dont  il 
s'agit,  dit-il  ',  sont  noirs  depuis  les  pieds  jusqu'à 
la  tête,  et  ils  ont  le  nez  si  écrasé  qu'il  est  presque 
impossible  de  les  plaindre.  On  ne  peut  se  mettre 
dans  l'esprit  que  Dieu,  qui  est  un  être  très  sage, 
ait  mis  une  ame,  surtout  une  ame  bonne,  dans 
un  corps  tout  noir...  11  est  impossible  que  nous 
supposions  que  ces  gens-là  soient  des  hommes, 
on  commencerait  à  croire  que  nous  ne  sommes 
pas  nous-mêmes  chrétiens.  De  petits  esprits  exa- 
gèrent trop  l'injustice  que  l'on  fait  aux  Africains  : 
car,  si  elle  était  telle  qu'ils  le  disent,  ne  serait-il 
pas  venu  dans  la  tête  des  princes  d'Europe,  qui 
font  entre  eux  tant  de  conventions  inutiles,  d'en 
faire  îms  générale  en  faveur  de  la  miséricorde  et  de  la 
pùiét  »  Cette  convention  a  été  faite,  grâce  à  Dieu; 
mais  qui  pourrait  nier  qu'elle  soit  principalement 
due  à  l'ironie  sublime  du  plaidoyer  de  Montes- 
quieu !  L'économie  politique  a  prouvé  la  cherté 
du  travail  des  nègres,  et  la  supériorité  relative  de 
la  culture  par  des  mains  libres  ;  Montesquieu  a 
mieux  fait  :  il  a  inspiré  l'horreur  de  l'esclavage; 
il  l'a  flétri,  il  l'a  marqué  au  front;  les  législateurs 
n'ont  eu  qu'à  enregistrer  son  arrêt,  L'Esprit  des 

•  Esprit  des  /ow,  liv.  XV,  chap.  v. 


180  HISTOIRE 

lois  avait  déjà  tranché  cette  grave  question,  bien 
avant  les  déclamations  de  Raynal  et  les  décrets 
de  la  Convention. 

J'ai  hâte  de  payer  à  Montesquieu  la  dette  de  la 
science  et  de  l'époque  actuelle.  Écoutez  sa  défini- 
tion du  commerce,  qu'on  croirait  tirée  de  quel- 
que discours  du  trône;  cette  année,  en  France  ou 
en  Angleterre  :  «  L'effet  naturel  du  commerce 
est  de  porter  à  la  paix.  Deux  nations  qui  négo- 
cient ensemblent  se  rendent  réciproquement  dé- 
pendantes :  si  l'une  a  intérêt  d'acheter,  l'autre  a 
intérêt  de  vendre,  et  toutes  les  unions  sont  fon- 
dées sur  des  besoins  mutuels.  »  N'est-ce  point, 
en  deux  lignes  le  programme  de  la  politique  mo- 
derne ?  Nous  marchons  à  grands  pas  vers  la  réa- 
lisation de  cette  grande  pensée  harmonique, 
qu'il  fut  donné  à  Montesquieu  d'énoncer,  saris 
pouvoir  en  démontrer  la  justesse.  Cette  tâche 
était  dévolue  aux  économistes,  et  jamais  peut- 
être  leurs  travaux  ne  se  distinguèrent  plus  nette- 
ment de  ceux  des  philosophes  du  dix-huitième 
siècle,  que  dans  tout  ce  qui  a  rapport  à  ce  sujet. 
En  effet,  Montesquieu  n'a  pas  plus  tôt  exposé  les 
véritables  bases  du  commerce  des  nations,  que  la 
démonstration  lui  échappe  et  qu'il  tombe  dans  les 
plus  graves  contradictions  *.  «  La  liberté  du  com- 

'  La  réfutation  la  plus  complète  des  erreurs  de  Montesquieu 
en  économie  politique ,  est  due  à  M.  le  comte  Destutt  d«  Tracy, 


DE  L  ECONOMIE  POLITIQUE.  181 

merce  n'est  pas,  à  ses  yeux,  une  faculté  accordée 
aux  négocians  de  faire  ce  qu'ils  veulent;  ce  serait 
bien  plutôt  la  servitude.  Ce  qui  gêne  le  commer- 
çant ne  gêne  pas  pour  cela  le  commerce.  »  Plus 
loin,  il  ajoute  :  «  Il  faut  que  TÉtat  soit  neutre  en* 
tre  sa  douane  et  son  commerce,  et  qu'il  fasse  en 
sorte  que  ces  deux  choses  ne  se  croisent  point  ;  et 
alors  an  y  jouit  de  la  liberté  du  commerce.  »  L'in- 
slinct  généreux  et  éclairé  de  cet  illustre  écrivain 
lui  faisait  deviner  les  vrais  principes,  et  les  pré- 
jugés de  son  temps  les  dérobaient  par  momens  à 
ses  regards,  témoin  son  opinion  sur  les  impor- 
tations et  sur  les  exportations,  entachée  des  plus 
vieilles  erreurs  de  la  balance  du  commerce.  «  Un 
pays,  dit-il,  qui  envoie  toujours  moins  de  mar- 
chandises qu'il  n'en  reçoit,  se  met  lui-même  en 
équilibre  en  s'appauvrissant  :  il  recevra  toujours 
moins,  jusqu'à  ce  que  dans  une  pauvreté  extrême, 
il  ne  reçoive  plus  rien.  » 

Cette  étrange  assertion  se  trouve,  il  est  vrai, 
dans  un  chapitre  intitulé  :  A  quelles  nations  il  est 
désavantageux  de  faire  le  commerce,  et  Montesquieu 
y  désigne  le  Japon  comme  l'un  des  pays  avec  les- 
quels il  y  a  le  moins  d'inconvéniens  à  trafiquer, 
«  parce  que  la  quantité  excessive  de  ce  qu'il  ^eut 
recevoir,  produit  la  quantité  excessive  de  ce  qu'il 

dont  rexcellent  commentaire  sur  VEsprit  des  lois  est  estimé 
presque  à  Tégal  du  livre. 


182  HISTOIRE 

peut  envoyer;  »  mais  on  n'en  d€>it  pas  moins  re- 
gretter que  de  telles  erreurs  déparent  un  ouvrage 
dont  la  publication  a  rendu  tant  de  services  à 
l'humanité.  Ailleurs',  l'auteur  s'écrie  :«  Ce  n'est 
point  à  moi  de  prononcer  sur  la  question,  si 
l'Espagne,  ne  pouvant  faire  le  commerce  des 
Indes  par  elle-nnême,  il  ne  vaudrait  pas  mieux 
qu'elle  le  rendît  libre  aux  étrangers.  Je  dirai  seu- 
lement qu'il  lui  convient  de  mettre  ace  commerce 
le  moins  d'obstacles  que  sa  politique  pourra  lui 
permettre.  »  C'est  ainsi  qu'entraîné  tour  à  tour 
par  des  idées  contraires,  Montesquieu  a  défendu 
la  liberté  et  les  prohibitions,  et  que  ses  œuvres 
ont  servi  d'arsenal  à  tous  les  partis,  philosophi- 
ques, économiques  et  politiques,  parce  qu'on  y 
trouve  des  argumens  pour  toutes  les  causes, 
comme  dans  le  moment  de  la  fermentation,  on 
voit  la  lie  bouillonner  avec  une  foule  de  produits 
impurs,  mêlés  aux  liquides  les  plus  généreux.  Il 
était  difficile  de  ne  pas  confondre  beaucoup  de 
choses  différentes,  en  les  remuant  d'une  manière 
aussi  vive  que  l'immortel  auteur  ^e  Y  Esprit  d$s 
lois  y  et  cette  considération  explique  très  bien 
*  pourquoi  il  n'a  pas  été  donné  aux  mêmes  hommes 
de  poser  les  questions  et  de  les  résoudre.  Les  phi- 
losophes du  dix-huitième  siècle  n'ont  entrevu  la 
solution  du  problème  social  qu'au  travers  du 

*  Esprit  des  lois,  liv.  XXï,  chap.  xxiii. 


Dfi  l'Économie  politique.  183 

prisme  de  leur  imagination  et  comme  en  poètes  : 
les  économistes  seuls  y  ont  appliqué  la  mélhode 
expérimentale,  et  ce  n'est  réellement  qu'entre 
leurs  mains  que  l'économie  politique  est  devenue 
une  science  d'observation. 

On  trouve  dans  les  œuvres  économiques  de 
J.-J.  Rousseau  les  mêmes  contradictions  et  les 
mêmes  incertitudes  que  dans  Montesquieu.  11  fait, 
comme  lui,  la  guerre  au  luxe,  et  il  s'attache  prin- 
cipalement à  vanter  les  merveilles  de  l'agricul- 
ture. Le  commerce  et  les  iinances  ne  lui  parais- 
sent propres  qu'à  énerver  les  peuples  et  à  les 
corrompre.  «  Dès  qu'on  ne  veut  que  gagner,  dit- 
il',  on  gagne  toujours  plus  à  être  fripon  qu'hon- 
nête homme.  Ceux  qui  manient  l'argent  appren- 
nent bientôt  à  le  détourner,  et  que  sont  tous  les 
surveillans  qu'on  leur  donne,  sinon  d'autres  fri- 
pons qu'on  envoie  partager  avec  eux?  »  Pour 
éviter  ce  maniement  funeste,  J.-J.  Rousseau 
proposait  de  payer  les  fonctionnaires  publics  avec 
des  denrées,  et  de  faire  exécuter  les  services  pu- 
blics au  moyen  des  corvées*  Tel  est,  selon  lui, 
l'esprit  qui  devrait  régner  dans  un  bon  système 
économique  :  «  Peu  songer  aux  étrangers,  peu  se 
soucier  du  commerce,  supprimer  le  papier  tim- 
bré, taxer  les  bestiaux,  surtout  taxer  les  terres 
comme  le  proposaient  les  physiocrates,  car  enfin 

•  Du  gouvernement  de  Pologne  ^  chap.  xi. 


184  HISTOIRE 

c'est  ce  qui  produit  qui  doit  payer.  »  Et  encore  ia 
taxe  des  terres  ne  devait  être,  à  soû  gré,  qu'une 
dime  mise  en  régie,  «  aûn  que  l'État  eût  de 
l'argent  sans  que  les  citoyens  fussent  obligés  d'en 
donner.  » 

Cette  économie  politique  était  la  conséquence 
naturdle  des  paradoxes  fameux  dont  Rousseau 
n'a  jamais  cessé  d'être  l'éloquent  propagateur. 
Elle  condijiisait  droit  au  régime  de  Sparte  et  aux 
lois  de  Lycurgue.  «  Cultivez,  disait-il  ',  les  scien- 
ces, les  arts,  le  commerce,  l'industrie;  ayez  des 
troupes  réglées,  des  places  fortes,  des  académies, 
surtout  un  bon  système  de  finances  qui  fasse  bien 
circuler  l'argent,  qui  vous  en  procure  beaucoup: 
de  cette  manière  vous  formerez  un  peuple  intri- 
gant, ardent,  avide,  ambitieux,  servile  et  fripon 
comme  les  autres;  vous  entrerez  dans  tous  les 
systèmes  politiques ,  on  recherchera  votre  al- 
liance, on  vous  liera  par  des  traités;  il  n'y  aura 
pas  une  guerre  en  Europe  où  vous  n'ayez  l'hon- 
neur d'être  fourrés.  Mais  si  par  hasard  vous  ai- 
mez mieux  former  une  nation  libre,  paisible  et 
sage,  appliquez  vos  peuples  à  l'agriculture  et  aux 
arts  nécessaires  à  la  vie  ;  rendez  l'argent  mépri- 
sable, et  s'il  se  peut  inutile.  »  Rousseau  ne  pen- 
sait pas  que  pour  appliquer  les  peuples  à  la  cul- 
ture des  arts  nécessaires  à  la  vie,  il  fallait  des 

*  Du  gouvernement  de  Pologne  ,  chap.  xi. 


DE  l'Économie  politique.  185 

capitaux,  comme  il  en  faut  à  l'agriculture  elle- 
même,  à  moins  qu'elle  ne  soit  exploitée  par  le 
régime  patriarcal  des  temps  héroïques  et  des  pe- 
tits pays,  tl  ne  suflit  pas  de  crier  :  «  Cultivez  bien 
vos  champs  sans  vous  soucier  du  reste  ;  bientôt 
vous  moissonnerez  de  l'or,  et  plus  qu'il  n'en  faut 
pour  vous  procurer  ce  qui  vous  manque;  »  i»  ré- 
sultat même  ne  peut  être  obtenu  que  par  le  couh 
merce  et  par  les  spéculations  auxquelles  il  faiil 
de  grands  capitaux.  Aussi  le  philosophe  de  Ge- 
nève était-il  conduit  par  son  système  à  demander 
la  suppression  des  villes,  c'est-à-dire  de  la  civi- 
lisation elle-même,  contre  laquelle  il  avait  ouvert 
les  hostilités  dans  ce  mémorable  discours  qui  fut 
couronné  par  l'académie  de  Dijon. 

Rousseau  voulait  des  impôts  sur  les  marchan- 
cljses,  comme  nous  en  avions  naguère  sur  les 
maisons  de  jeu;  puis  il  songeait  à  la  contrebande 
et  il  proposait,  pour  l'éviter,  d'exempter  de  tout 
droit  la  dentelle  et  les  bijoux,  trop  aisés  à  cacher. 
Tristes  moyens  pour  empêcher  cette  inégalité  des 
conditions,  dont  le  fantôme  lui  faisait  peur  et  qui 
est  inhérente  à  la  civilisation  même  !  «  Si ,  par 
exemple,  disait-il*,  le  gouvernement  peut  inter- 
dire l'usage  des  carosses ,  il  peut,  à  plus  forte 
raison,  im^poser  une  taxe  sur  les  carosses  ;  moyen 
sage  et  utile  d'en  blâmer  Image  sans  le  faire  cesser. 

'  De  l'économie  politique  ^  à  lafinde.rardcle. 


186  HISTOIRE 

Alors  on  peut  regarder  la  taxe  comme  une  espèce 
d'amende  dont  le  produit  dédommage  de  l'abus 
qu'elle  punit.  »  Qui  croirait  qu'après  cette  sortie, 
digne  d'un  vieux  censeur  romain  des  jours  les 
plus  austères  de  la  république,  Rousseau  ait  pris 
la  défense  des  gouvernemens,  contre  certains 
économistes  qui  veulent  les  exclure  de  toute  par- 
ticipation aux  affaires  industrielles  de  l'État  !  «  Il 
faut  rejeter  de  pareilles  idées.  Si  dans  chaque 
nation ,  ceux  à  qui  le  souverain  commet  le  gou- 
vernement des  peuples  en  étaient  les  ennemis 
par  état,  ce  ne  serait  pas  la  peine  de  rechercher 
ce  qu'ils  doivent  faire  pour  les  rendre  heureux*.  » 
Et  il  avait  raison.  Que  conclure  donc  de  cet 
amalgame  incohérent  de  doctrines  libérales  jus- 
qu'à l'anarchie,  et,  comme  on  dit  de  nos  jours, 
gouvernementales  jusqiï k  l'arbitraire!  Que  les  véri- 
tables principes  de  la  physiologie  sociale  étaient 
encore  peu  connus,  parce  que  les  expériences 
décisives  n'étaient  pas  encore  faites,  et  que  l'éco- 
nomie politique  était  encore  pour  les  plus  beaux 
génies  une  science  d'imagination. 

Les  excursions  de  Voltaire  dans  le  domaine  de 
l'économie  politique,  nous  offrent  une  preuve 
nouvelle  de  cette  vérité.  En  attaquant  les  théories 
des  autres,  il  a  eu  occasion  d'exposer  la  sienne 

'  C'est  la  dernière  phrase  de  son  article  Économie  poliUque^ 
dans  \  Encyclopédie. 


DE  l'Économie  politique.  187 

sur  ces  graves  matières,  et  j'ai  regret  de  dire  qu'il 
s'est  borné  à  jeter  le  vernis  de  sa  prose  élégante 
sur  les  lieux  communs  les  plus  surannés  de  son 
époque.  Son  Homme  aux  quarante  écus  ',  composé 
dans  l'intention  de  ridiculiser  les  physiocrates,  et 
principalement  leur  plus  habile  interprète,  Mer- 
cier de  La  Rivière,  n'est  qu'une  reproduction 
spirituelle  de  tous  les  préjugés  en  faveur  de  la 
balance  du  commerce  et  des  prohibitions.  Vol- 
taire y  soutient  que  les  petits  ne  vivent  que  du  luxe 
des  grands,  et  il  pense  comme  Louis  XIV,  que  les 
princes  font  l'aumône  en  dépensant  beaucoup. 
•^  Partout,  dit-il  *,  le  riche  fait  vivre  le  pauvre.  Voilà 
l'unique  source  de  l'industrie  et  du  commerce. 
Plus  la  nation  est  industrieuse,  plus  elle  gagne  sur 
l'étranger.  Si  nous  attrapions  de  l'étranger  dix 
millions  par  an  pour  la  balance  du  commerce,  il 
y  aurait  dans  vingt  ans  deux  cents  millions  de 
plus  dans  l'État.  Mais  il  n'est  pas  sûr  que  la  ba- 
lance de  notre  commerce  nous  soit  toujours  favo- 
rable ;  il  y  a  des  temps  où  nous  perdons.  —  J'ai 
entendu  parler  beaucoup  de  population.  Si  nous 

'  Les  économistes  avaient  prétendu  que  dans  un  état  organisé 
selon  leurs  doctrines ,  «ne  somme  moyenne  de  cent  vingt  francs 
(quarante  écus) ,  devait  suffire  à  Texistence  de  chaque  citoyen. 
De  là ,  le  titre  que  Voltaire  crut  devoir  donner  à  la  réfutation 
burlesque  de  leur  système. 

"  Voir  l'Homme  a waî  quarante  ccus^  tome  XIV,  page  12,  édition 
de  Dupont. 


188  HISTOIRE 

nous  avisions  de  faire  lé  double  d'enfans  de  ce 
que  nous  en  faisons  ;  si  nous  avions  quarante  mil- 
lions d'habitans  au  lieu  de  vingt,  qu'arriverait-ii? 
—  Il  arriverait  que  chacun  n'aurait  à  dépenser 
que  vingt  écus,  ou  qu'il  faudrait  que  la  terre 
rendit  le  double  de  ce  qu'elle  rend,  ou  qu'il  y 
aurait  le  double  de  pauvres,  ou  qu'il  faudrait 
avoir  le  double  d'industrie  et  gagner  le  double 
sur  l'étranger,  ou  envoyer  la  moitié  de  la  nation 
en  Amérique,  ou  que  la  moitié  de  la  nation  man- 
geât l'autre.  » 

Quoique  ces  lignes  soient  très  légères,  elles 
n'en  contiennent  pas  moins  le  résumé  des  doc- 
trines économiques  qui  étaient  en  faveur  à  l'épo- 
que où  parurent  les  premiers  écrits  des  physio- 
crates.  C'est  ainsi  qu'on  pensait  alors  dans 
presque  toute  l'Europe ,  et  Voltaire  n'était  que 
l'écho  des  contemporains,  lorsqu'il  écrivait  dans 
sa  défense  du  Mondain  : 

i(  Sachez  surtout  que  le  luxe  enrichit 
»  Un  grand  État,  s'il  en  perd  un  petit. 
»  Cette  splendeur,  cette  pompe  mondaine, 
»  D'un  règne  heureux  est  la  marque  certaine. 
»  Le  riche  est  né  pour  beaucoup  dépenser; 
»  Le  pauvre  est  fait  pour  beaucoup  amasser.  » 

Il  y  a  loin  de  ces  doctrines  élastiques  aux  pre- 
mières analyses  de  la  production  par  Â.dam 
Smith,  mais  c'était  déjà  beaucoup  qu'on  leur  ac- 


DE  l'Économie  politique.  189 

cordât  autant  de  place  dans  tous  les  ouvrages  de 
quelque  importance  ,  et  que  les  plus  beaux  ta- 
lens  de  notre  littérature  s'en  fussent  rendus  I^ 
organes.  Quand  les  fondateurs  de  la  science  mi^ 
rent  la  main  sur  les  matériaux  épars  dans  les  li- 
vres des  philosophes,  ils  trouvèrent  l'opinion  pu- 
blique préparée  aux  discussions  d'intérêt  social, 
et  ils  n'eurent  plus  qu'à  prendre  la  parole  pour 
se  faire  écouter.  Mercier  de  La  Rivière  était,  as- 
surément, moins  éloquent  que  J.-J.  Rousseau  , 
et  certes  Adam  Smith  n'est  pas  aussi  grand  écri- 
vain que  Montesquieu  ;  mais  ces  économistes  avaient 
sur  les  pkUosopJm  l'avantage  d'une  dialectique 
plus  serrée,  d'une  méthode  plus  sûre  et  plus  so- 
lidement établie  sur  le  terrain  des  faits.  C'est  ce 
qui  donne  sur-le-champ  un  caractère  particulier 
de  gravité  à  leurs  ouvrages,  mieux  accueillis  des 
gouvernemens  que  les  œuvres  des  encyclopédis- 
tes, hardis  frondeurs,  qui  semblaient  plus  occu- 
pés de  détruire  que  de  réformer.  Aussi  leur  triom- 
phe a-t-il  précédé  de  long -temps  celui  des 
économistes,  et  la  révolution  politique  dont  ils 
furent  les  premiers  apôtres,  a-t-elle  eu  le  temps 
de  faire  le  tour  du  monde ,  avant  que  la  révolu- 
tion économique  ait  seulement  choisi  ses  pre- 
miers champs  de  bataille.  La  liberté  civile  et  re- 
ligieuse est  assurée  dans  presque  toute  l'Europe; 
la  liberté  commerciale  y  est  encore  à  naître.  Il  y 


190  HISTOIRE 

a  un  droit  des  gens  politique;  il  n'y  a  pas  de 
droit  des  gens  industriel.  Les  nations  respec- 
tent un  arpent  de  neige  sur  la  frontière  qui 
les  sépare,  et  elles  se  volent  sans  pudeur  leurs 
propriétés  littéraires  ,  comme  le  feraient  des  fli- 
bustiers. Ici ,  des  taxes  énormes  pèsent  sur  le 
commerce;  ailleurs,  le  commerce  est  moins  taxé. 
On  a  vu  des  souverains  prétendre  à  la  domina- 
tion exclusive  de  l'embouchure  d'un  fleuve; 
d'autres  veulent  fermer  les  mers ,  interdire  les 
ports,  altérer  les  monnaies  ;  tout  est  encore  anar- 
chie dans  la  production,  tandis  que  l'ordre  règne 
dans  la  politique. 

Raynal  est  le  premier  écrivain  économiste  du 
dix-huitième  siècle,  dont  les  ouvrages  ofl*rent 
l'image  de  cette  lutte  intérieure  des  deux  révo- 
lutions. On  sent,  en  le  lisant,  qu'il  travaillait  de 
préférence  à  la  révolution  politique;  il  déclame 
comme  un  tribun  du  peuple;  il  apostrophe,  il 
invective  à  la  manière  des  démagogues;  mais  ses 
philippiques  véhémentes  contre  la  traite  des; 
noirs,  ses  peintures  animées  du  monopole  et  de 
ses  conséquences  dans  les  deux  Indes,  lui  assi- 
gnent une  place  respectable  parmi  les  fondateurs 
de  l'émancipation  industrielle  et  commerciale. 
Bien  que  ses  aperçus  soient  par  momens  un 
peu  vagues  et  mal  arrêtés,  Raynal  a  pressenti  la 
révolution  économique  du  dix-neuvième  siècle, 


DE  l'écowomik  politique.  191 

dont  Tabondance  des  États-Unis  forme  le  premier 
épisode.  On  voit  qu'il  a  rêvé  des  jours  plus  heu- 
reux pour  les  classes  laborieuses,  soit  qu'il  nous 
les  dépeigne  errantes  sur  un  navire ,  ou  renfer- 
mées dans  un  atelier;  soit  qu'il  s'indigne  des 
abus  de  la  force  européenne  envers  les  races  fai- 
bles du  continent  américain.  On  ne  le  lit  plus 
guère  aujourd'hui;  on  traite  ses  écrits  à  la  ma- 
nière des  échafaudages  .que  Tarchitecte  démonte 
et  retire  à  mesure  que  son  édifice  s'élève;  mais 
Y Hisioire  politique  restera  comme  un  souvenir  des 
premiers  efforts  consacrés  à  la  défense  du  travail 
et  à  la  régénération  des  travailleurs.  Ce  livre 
semble  écrit  sur  la  brèche;  il  y  règne  une  fou- 
gue de  style  qui  annonce  l'approche  des  révolu- 
tions; c'est  un  dernier  défi  lancé  avant  le  com- 
bat. Il  nous  reste  donc  à  voir  les  combattans  à 
l'œuvre;  œuvre  sublime  et  convulsive  où  tout  de- 
vint instrument  de  destruction  et  de  guerre;  où 
la  philosophie  elle-même  crut  devoir  recourir  à 
la  hache  pour  déblayer  le  terrain  sur  lequel  nos 
enfans  seront  appelés  à  bâtir. 


192  HISTOIRE 


CHAPITRE  XXXVn. 


Des  doctrines  économiques  de  la  révolution  française.  —  Elles 
ont  ioutes  un  caractère  socîal  plutôt  qu'industriel. — ^EUessont 
cosmopolites  en  théorie  et  restrictives  dans  la  pratique.  —  La 
Convention  et  TEmpire  en  font  des  armes  de  guerre.  —  Vue 
générale  des  conséquences  du  blocus  eontinentaL  —  Il  existait 
de  fait  avant  d'être  décrété.—Fâcheux  préjugés  qu'il  a  répan- 
dus en  Europe. 


Il  y  a  une  parole  célèbre  de  l'abbé  Sîeyes  qui 
caractérise  très  bien  la  tendance  de  l'économie 
politique ,  au  commencement  de  la  révolution 
française  :  «  Qu'est-ce  que  le  Tiers-État?  disait- 
'  il.  —  Rien.  —  Que  doit-il  être?  —  Tout.  »  Ce 
mot  profond  résumait  la  pensée  du  dix-huitième 
siècle;  il  remettait  en  honneur  le  programme 
oublié  de  Turgot,  et  il  annonçait  Tavénement  de 
la  force  capable  de  le  faire  exécuter.  Aussi  à 
peine  ce  mol  fut-il  prononcé,  qu'on  se  mit  à 
l'œuvre;  et  dans  quelques  mois  de  session,  l'As- 
semblée constituante  avait  fait  justice  des  privilè- 
ges ,  détruit  les  douanes  intérieures ,  adouci  te 
régime  des  douanes  frontières,  supprimé  les  cor- 
porations, assujéti  tous  les  citoyens  au  paiement 
de  l'impôt  et  préparé  Témancipation  du  travail. 


DE  l'Économie  politique.  IM 

Jamais  à  aucune  autre  époque  on  n'avait  fait  pa- 
reille moisson  d'abus  invétérés  et  manifesté  une 
volonté  aussi  ferme  de  marcher  hardiment  dans 
la  voie  des  réformes.  L'édifice  social  fut,  pour 
ainsi  dire,  repris  en  sous-œuvre^  et  il  n'y  eut  pas 
une  seule  institution  importante  qui  ne  fut  mo- 
difiée plus  ou  moins  profondément. 

L'immortelle  nuit  du  i  août  1789  vit  se  réali- 
ser la  plupart  de  ces  changemens  mémorables. 
Quelques  heures  suffirent  pour  l'abolition  des 
jurandes,  de  la  main-morte,  des  droits  féodaux, 
des  privilèges  de  naissance ,  des  inégalités  fisca- 
les. En  même  temps ,  l'Assemblée  constituante 
jetait  les  fondemens  d'une  division  territoriale 
qui  détruisait  les  privilèges  des  provinces ,  en 
créant  l'unité  nationale.  La  France  pouvait  dé- 
sormais s'avancer  comme  un  seul  homme  vers 
les  nouvelles  destinées  que  la  révolution  venait 
de  lui  ouvrir.  Le  travail  était  libre  ;  les  citoyens 
l'étaient  aussi;  nulle  carrière  n'était  fermée  à  leur 
capacité ,  nulle  espérance  interdite  à  leur  ambi- 
tion. Lq  gouvernement  central,  vigoureusement 
organisé,  pouvait  faire  exécuter  ses  ordres  d'une 
extrémité  du  royaume  à  l'autre.  Les  expériences 
décrétées  à  Paris  ne  rencontraient  pas  de  résis- 
tance sérieuse  dans  les  départemens,  et  c'est 
ainsi  que  commença  cette  série  de  tentatives  plus 
ou  moins  heureuses  qui  ont  fourni  tant  de  sujets 

DEUXIÈME  EDITION  15 


194  HISTOIRE 

d'études  et  de  méditations  aux   économistes  et 
aux  hommes  d'État. 

Tout  était  à  faire  en  matière  d'industrie,  de 
commerce,  de  finances  :  l'Assemblée  constituante 
mit  hardiment  la  main  à  l'œuvre.  La  suppression 
des  corporations  fut  suivie  de  la  création  des  pa- 
tentes; l'abolition  des  douanes  intérieures  fut  ac- 
compagnée d'un  adoucissement  dans  le  régime 
des  douanes  extérieures;  l'impôt  foncier  fut  éta- 
bli sur  le  principe  de  l'égalité  de  tous  les  Fran- 
çais devant  la  loi.  Il  y  eut  sans  doute  beaucoup 
d'erreurs  commises  dans  cette  période  d'essais 
hasardeux,  trop  souvent  effectués  au  milieu  des 
préoccupations  politiques  les  plus  vives;   mais 
ces  erreurs  mêmes  sont  devenues  pour  nous  de 
graves  sujets  d'enseignement ,  et  la  science  en 
profite  aujourd'hui ,  comme  d'un  phare  destiné 
à  nous  éviter  de  nouveaux  naufrages.  Toutefois, 
quelle  que  fût  la  hardiesse  et  l'originalité  des  ré- 
formateurs de  1789,  ils  étaient  encore  trop  im- 
bus des  principes  qui  dominaient,  à  cette  épo- 
que, dans  le  monde  philosophique  et  économique, 
pour  ne  pas  céder  à  leur  influence  quand  l'occa- 
sion se  présenta  d'en  faire  l'application.  Ainsi, 
les  idées  des  physiocrates  déterminèrent  l'Assem- 
blée constituante,  malgré  les  sages  remontrances 
de  Rœderer  et  de  quelques  esprits  avancés ,  à 
concentrer  tout  le  poids  des  impôts  sur  la  pro- 


DE  l'Économie  politique.  195 

prîété  foncière.  A  peine  on  consentit  à  y  joindre 
les  taxes  mobilières  et  les  droits  de  douanes.  La 
France  se  vit  privée  d'un  trait  de  plume  des  res- 
sources immenses  qu'elle  aurait  pu  retirer  des 
contributions  imposées  à  tous  les  producteurs 
qui  ne  vivaient  pas  de  leurs  rentes,  et  il  lui  fal- 
lut bientôt  chercher  dans  \es  assignats  une  com- 
pensation à  ce  déficit  volontaire,  ajouté  au  déficit 
delà  vieille  monarchie. 

La  création  des  assignats  a  été  une  source  ora- 
geuse, mais  féconde,  de changemens  avantageux 
dans  notre  ordre  social.  Elle  a  favorisé  la  division 
du  sol  et  rendu  à  la  culture  une  foule  de  terrains 
jadis  consacrés  à  des  emplois  stériles.  Elle  a  mul- 
tiplié le  nombre  des  producteurs  en  leur  procu- 
rant le  premier  élément  de  la  production,  la  terre, 
et  le  plus  énergique  stimulant  du  travail ,  la  pro- 
priété. C'est  dans  les  rapports  des  principaux 
membres  de  nos  grandes  assemblées  délibérantes 
que  les  hommes  sérieux  de  nos  jours  trouveront 
lin  ample  sujet  d'études  sur  ces  matières  impor- 
tantes.-Mirabeau ,  Necker ,  ÏElœderer,  Dallarde, 
Cambon  nous  ont  laissé  des  travaux  auxquels  la 
postérité  commence  à  rendre  justice,  et  qui  mé- 
ritent de  figurer  parmi  les  monumens  intéressans 
de  l'économie  politique.  Quoi  de  plus  favorable  à 
l'industrie  que  la  législation  des  brevets  d'inven- 
tion et  que  les  belles  discussions  qui  eurent  lieu 


196  HISTOIRE      * 

à  ce  sujet  dans  le  sein  de  rAss^emblée  constituante? 
Ptus  tard,  la  Convention  nationale  assurait  par  un 
décret  la  propriété  littéraire;  elle  consolidait  Tu- 
nité  des  poids  et  mesures  dans  toute  la  France 
par  Tadoption  du  système  décimal,  et  elle  répa- 
rait noblement  les  atteintes  que  les  circonstances 
la  forçaient  de  porter  à  la  fortune  des  citoyens, 
par  des  créations  gigantesques  qui  ont  puissam- 
ment contribué  à  augmenter  la  fortune  de  l'État. 
11  y  eut  un  moment  où  elle  osa  décréter  les  con- 
quêtes industrielles  comme  les  conquêtes  mili- 
taires; le  télégraphe,  la  chimie,  la  physique  étaient 
aux  ordres  de  ses  comités,  comme  la  victoire  aux 
ordres  de  ses  généraux. 

.  Nous  ne  pouvons  cependant  passer  sous  silence 
les  expédions  formidables  auxquels  cette  assem- 
blée fut  obligée  de  recourir  pour  lutter  contre  la 
coalition  des  rois.  Le  jour  de  la  justice  commence 
à  luire  pour  elle ,  et  personne  n'ignore  qu'à  ses 
yeux  le  maocimum ,  les  réquisitions ,  les  emprunts 
forcés ,  n'étaient  pas  des  ressources  régulières, 
mais  des  mesures  de  salut  public  commandées 
par  la  plus  inflexible  nécessité.  Dans  le  péril  ex- 
trême où  se  trouvait  la  patrie,  il  lui  fallait  pour- 
voir  au  plus  pressé,  et  néanmoins  ses  résolutions 
les  plus  violentes  se  distinguèrent  toujours  par 
une  hauteur  de  vues  qu'on  rencontre  rarement 
chez  les  gouvernemens  les  plus  éclairés,  dans  les 


DE  l'Économie  politique.  197 

temps  les  plus  calmes.  li  faut  se  reporter  au  point 
de  départ' de  ces  grandes  mesurés  ■  pour  en' ap- 
précier ayéc  ^quîtë'les*conséquencës  rigoureuses 
et  inévitables.  Qu'on  se  figure  doiic  là  Côhvènttoii 
rédmtè  aux  seuls  biens-  du  clergé  et  d<?s  émîgftvés^ 
poùr-ftirè  face  à'  TEurope  entière  et  à  la  guèrt^ 
civile.  Afin  dé  mettre  en  circulation  la  valeur  da 
ces  biens,  elle  avait  imaginé  les  assignats  qui  en 
étaient  là  représentation  et  qui,  par  le  mioyen  d0& 
achats,  devaient 'rentrer  au  trésor  et  être  brûlés; 
mais  peu  dé  gens  achetaient  les  biens.  En  vain  on 
multipliait  les  assignats  par  anticipation;  plus  on 
en  créait,  plus  on  en  dépréciait  la  valeur.  Il  fallut 
intérdiire  l'emploi  du  numéraire,  et  reconimencer 
les  édUS'dù'rége;Ht  contre  l'O)"  et  l'argent,  comme 
on  I-àvàit  vu  à  la  fiii  du  système  de  Law.  Chaque 
jour  les  prix  s'élevaient  avec  les  émissions  dé  pa- 
pier-monnaie. C'est  alors  qu'on  voulut  établir  le 
maxinunf:  mars  les  marchandises  disparurent. 

II  est  facile  de  s'indigner  aujourd'hui,  au  nom 
de  la  science  ,  des  infractions  qu'elle  eut  à  subir 
dans  ces  temps  agités.  Nous  en  parlons  encore 
soiis'  riàfluenee  de  la  terreur  de  pos  pères  ;  mais 
quand  oii  voit',  après  la  banqueroute^^  Gambon 
rouvrir  d'une  main  si  ferme -et  si  tranquille  le 
grand  ttére  de. la  dette  publique  et  faire  passer  sous 
le  même  niveau  les  créanciers  de  toutes  les  épo- 
ques, en  attachant  leur  garantie  à  la  conservation 


198  HISTOIRE 

du  nouveau  régime,  on  ne  peut  se  défendre  d'un 
sentiment  d'admiration  et  de  respect.  L'intérêt 
était  ramené  à  un  taux  unique;  toutes  les  créan- 
ces étaient  converties  en  une  rente  perpétuelle 
non  remboursable,  à  moins  que  le  gouvernement 
ne  voulût  la  racheter  quand  elle  descendrait  au- 
dessous  du  pair,  ce  qui  équivalait  à  un  véritable 
amortissement.  La  science  du  crédit  public  re- 
naissait au  sein  même  de  l'assemblée  qui  semblait 
avoir  creusé  son  tombeau.  En  même  temps ,  la 
Convention  tentait  la  grande  réforme  du  paupé- 
risme par  de  nombreux  décrets  rendus  en  faveur 
des  classes  indigentes.  Elle  proclamait  l'éducation 
une  dette  nationale;  et  si,  depuis,  ce  grand  prin-^ 
cipe  n'a  pas  reçu  une  entière  application ,  il  de- 
meure comme  un  monument  de  la  sollicitude 
officielle  de  la  France  pour  l'amélioration  du  sort 
de  tous  ses  enfans.  On  eût  dit  que  la  Convention 
travaillait  pour  le  genre  humain,  tant  son  horizon 
était  vaste  et  ses  pensées  hautes  et  généreuses. 

Au  milieu  de  tous  les  essais  économiques  tentés 
par  nos  grandes  assemblées,  il  en  est  un  seul  qui 
n'a  pas  pu  recevoir  la  sanction  de  l'expérience, 
même  pendant  un  temps  fort  court  :  c'est  la  li- 
berté du  commerce.  Elle  seule  est  demeurée  in- 
connue aux  Français,  pendant  la  période  où  ils 
les  essayèrent  toutes.  La  Constituante  adopta  un 
régime  de  douanes  Irès-modéré  ;  mais  elle  pen- 


DE  l'Économie  politique.  199 

cliâil  visiblement  vers  le  système  restrictif.  La 
Convention  se  fit  des  douanes  une  arme  de  guerre, 
dirigée  principalement  contre  TAngleterre,  et  ses 
préjugés,  soigneusement  entretenus  sous  l'Em- 
pire, n'ont  pas  peu  contribué  au  triomphe  des 
idées  étroites  qui  régnent  encore  en  France  sur 
les  questions  commerciales.    C'est  un   malheur 
qu'on  ne  saurait  trop  déplorer.  Il  eût  été  si  im- 
portant pour  la  science  que  ce  grand  procès,  ou- 
vert depuis  plusieurs  siècles  ,  fût  au  moins  jugé 
en  première  instance  !  Loin  de  là,  la  liberté  n'a 
renversé  que  les  barrières  intérieures  ;  elle  n'a 
affranchi  le  travail  que  d'une  partie  de  ses  en- 
traves et  ce  qui  en  reste  sufQt  pour  compliquer 
toutes  les  questions  d'économie  politique,  au 
point  de  les  rendre  presque  insolubles.  Ainsi,  en 
Angleterre,  la  taxe  des  pauvres  est  une  des  causes 
principales  du  maintien  des  lois  céréales,  qui  sont 
prohibitives  ;  et  les  embarras  croissans  de  notre 
commerce  sont  le  résultat  incontestable  de  la  vie 
artificielle  que  les  tarifs  ont  faite  à  notre  indus- 
trie. Napoléon  qui  la  jeta  définitivement  dans 
cette  voie,  par  l'établissement  du  blocus  conti- 
nental, n'en  dissimulait  pas  les  graves  conséquen- 
ces :  «  Il  nous  en  a  coûté ,  disait-il,  de  revenir, 
après  tant  d'années  de  civilisation ,  aux  principes 
qui  caractérisent  la  barbarie  des  premiers  âges 
des  nations  :  mais  nous  avons  été  contraints  à 


200  HISTOIRE 

opposer  à  rennemi  commun  les  mêmes  armes 
dont  il  se  servait  contre  nous  '.  » 

Le  blocus  continental  peut  être  considéré  comme 
la  dernière  expression  du  système  économique 
adopté  par  la  France  depuis  le  commencement  de 
la  révolution.  Quoique  Napoléon  n'en  eût  voulu 
faire  qu'un  acte  légitime  de  représailles  contre  le 
gouvernement  britannique ,  le  décret  de  Berlin 
devint  la  base  du  régime  industriel  et  commercial 
de  la  France  et  de  l'Europe  continentale  pendant 
toute  la  durée  de  l'Empire.  Ce  décret  qui  mettait 
l'Angleterre  en  interdit,  faisait  tomber  les  bar- 
rières qui  séparaient  les  autres  nations.  Il  éta- 
blissait une  sorte  de  fédération  entre  elles  contre 
l'ennemi  commun  et  il  ouvrait  le  continent  tout 
entier,  en  fermant  une  île.  Pour  la  première  fois 
la  liberté  semblait  renaître  de  l'excès  de  la  pro- 
hibition. Les  difTérens  états  européens,  soumis 
aux  mêmes  lois  commerciales  par  la  conquête  ou 
par  les  traités,  ne  formèrent  plus  qu'un  seul  peu- 
ple de  producteurs  ,  et  jamais  le  développement 
de  leurs  manufactures  ne  prit  un  plus  grand  essor 
que  sous  l'influence  de  cette  concurrence  qui  les 
animait  tous.  Ce  furent  les  plus  beaux  jours  de 
l'industrie  française,  et  cependant  alors  la  France 
possédait  la  Belgique,  l'Italie,  la  Prusse  rhénane, 

'  Message  de  Napoléon  au  sénat  en  lui  envoyant  le  décret  de 
Berlin,  le  21  novembre  1806. 


DE  l'Économie  politique.  201 

dont  les  fabriques  de  draps,  de  soieries,  de  toiles, 
rivales  des  nôtres,  loin  de  nuire  à  leur  prospérité, 
en  rehaussaient  l'éclat  et  la  valeur.  Le  blocus 
continental  aurait  ouvert  l'ère  de  la  liberté  du 
commerce  en  Europe,  si  elle  avait  pu  naître  d'une 
pensée  de  guerre  et  de  représailles  ,  comme  celle 
qui  avait  inspiré  l'empereur. 

Maïs  le  résultat  définitif  de  ce  système  fut  d'ac- 
coutumer riqdustrie  européenne  à  vivre  de  pro- 
tection et  de   tarifs.   Toutes  nos  manufactures 
prirent  un  essor  immense,  encouragées  par  l'ex- 
clusion des  produits  dont  la  rivalité  pouvait  leur 
être  la  plus  dangereuse,  et  par  les  débouchés  cer- 
tains que  nous  offrait  l'Europe  entière,  à  peu  près 
soumise  à  nos  armes.  Le  fer  et  la  houille  de  Bel- 
gique, les  toiles  de  Hollande,  les  soieries  italien- 
nes, les  laines  de  l'Allemagne  admises  sur  nos 
marchés  comme  marchandises  françaises ,  n'em- 
pêchèrent point  alors  le  développement  de  nos 
fabriques  nationales:  comment  donc  a-t-il  fallu» 
pour  les  soutenir,  après  la  paix  de  1815,  des  ta- 
rifs chaque  jour  croissans  et  dirigés  contre  ces 
mêmes  peuples  dont  la  concurrence  n'avait  causé 
aucun  préjudice  à  la  France,  pendant  leur  réu- 
nion à  son  territoire  ?  Chacun  d'eux  s'est  en- 
fermé, depuis,  dans  un  triple  cercle  de  douanes, 
et  nous  avons  vu  la  guerre  industrielle  la  plus 
acharnée  succéder  aux  guerres  politiques,  comme 


202  HISTOIRE 

si  la  paix  générale  était  une  chimère,  une  utopie 
incapable  de  se  réaliser  jamais.  En  vain,  la  ré- 
volution avait  émancipé  le  travail  par  la  suppres- 
sion des  jurandes  et  des  maîtrises  :  en  laissant 
subsister  le  système  prohibitif,  elle  a  maintenu 
une  véritable  féodalité  commerciale,  qui  assure  à 
certaines  classes  de  producteurs  des  bénéfices 
obtenus  aux  dépens  de  la  communauté;  elle  a 
donné  naissance  à  ces  guerres  intestines  du  tra- 
vail, dans  lesquelles  tant  de  travailleurs  succom- 
bent victimes  des  lois  qui  semblent  faites  pour 
les  protéger.  La  grande  erreur  de  ce  système  est 
d'avoir  traité  les  producteurs  étrangers,  c'est-à- 
direlescréateursde produits  échangeables,  comme 
des  adversaires  plutôt  que  comme  des  cliens.  On 
a  fait  servir  les  vieilles  rancunes  politiques  à  la 
conservation  des  préjugés  de  Tindustrie,  en  pla- 
çant sous  les  auspices  du  patriotisme  les  calculs 
intéressés  du  privilège  et  des  monopoles.  La  Con- 
vention et  l'Empire  avaient  fait  de  la  prohibition 
une  arme  de  guerre  :  notre  civilisation  continue 
de  s'en  servir  après  vingt  ans  de  paix. 

Il  ne  faut  donc  pas  chercher  dans  les  grands 
travaux  de  la  révolution  française,  le  germe  des 
réformes  économiques  dont  l'aurore  semble  luire 
parmi  nous.  Tout  ce  que  la  révolution  française 
a  fait  dans  ce  but,  elle  l'a  fait  d'une  manière  in- 
directe et  oblique;  elle  l'a  résumé  dans  ses  co- 


DE  l'Économie  politique.  203 

des,  et  c'est  pour  cela  qu'ils  ont  cessé,  à  beau- 
coup d'égards,  de  se  trouver  en  harmonie  avec 
nos  besoins.  La  suppression  du  droit  d'aînesse, 
l'égalité  à  peu  près  absolue  des  partages  en  ligne 
directe,  la  législation  des  sociétés  de  commerce, 
l'unité  des  poids  et  mesures,  sont  des  bienfaits 
incontestables;  mais  l'égalité  devant  la  loi  cesse 
d'être  une  vérité,  quand  on  voit  les  travailleurs 
de  tout  ordre  déjà  tributaires  du  capital  pour  le 
salaire,  le  devenir  encore  pour  la  consommation. 
Dans  l'état  actuel  de  la  législation,  nulle  garantie 
ne  protège  le  travail  dans  ses  relations  avec  la 
richesse  qui  le  commande  et  qui  le  salarie;  nulle 
garantie  n'assure  au  salarié  la  libre  disposition 
de  son  salaire.  Le  prix  du  travail  tend  sans  cesse 
à  la  baisse  et  celui  des  consommations  à  la  hausse, 
parce  que  l'un  et  l'autre  sont  réellement  fixés  par 
une  seule  des  parties  contractantes.  La  révolution 
française  s'est  trouvée,  comme  nous,  en  présence 
de  ce  problème  formidable,  dont  elle  a  voulu 
brusquer  la  solution  par  des  supplices;  mais  les 
supplices  ont  été  aussi  impuissans  que  les  lois 
pour  en  venir  à  bout.  Le  maximum  a  produit  la 
famine;  la  fixation  arbitraire  des  salaires  a  sup- 
primé le  travail.  Les  libéralités  faites  aux  pauvres 
ont  créé  la  mendicité;  l'exclusion  des  produits 
étrangers  a  ouvert  la  carrière  aux  monopoles. 
Les  essais  hardis  de  cette  époque  ne  manquent 


204  HISTOIRE  .   ~  . 

pas  de  ressemblance  avec  ceux  que  Tiirgot  avsiit 
tentés,  sous  la  monarchie,  dans  l'intërét  des 
classes  laborieuses.  La  seule  différence  qui  .lp$ 
distingue,  c'est  que  les  réformateurs  de  là  Convénf 
tion,  pluspuissans  que  le  ministre  de  Louis  XYI^ 
ne  tinrent  aucun  compte  des  faits  et  des  rë$is4 
tances ,  devant  lesquels  Turgot  avait  été  obligé 
de  reculer.  On  eût  dit  qu'à  leurs  yeux  l'espèce 
humaine  était  une  matière  inerte  capable  de  sup*« 
porter  toutes  les  expériences,  tant  ils  proposèrent 
de  systèmes  absurdes,  anarchiques  e^  dëskrii<[t 
teurs  de  toute  société.  Marat,  Sàitit-lust,  Babei!i(| 
nous  ont  laissé  des  monumens  curieux  de  cette 
monomanie  qui  troublait  les  esprits,  avides  de 
nouveautés  et  disposés  à  mettre  en  pratique  les 
rêveries  sociales  les  plus  extravagantes,  comihilr 
on  essaie  dans  un  laboratoire  des  procédés  chf^ 
miques  et  des  combinaisons  de  substances.  Il  n^y 
eut  bientôt  plus  qu'un  seul  mot  dans  le  voçabtii- 
laire  économique  de  la  langue  française;:  ce  fiil^Fè 
mot  célèbre  de  Danton  :  De  l'audace ,  encore  de 
l'audace^  et  toujours  de  l'audace.  Quand  la  Com- 
mune de  Paris  venait  solliciter,  à  la  Convention 
nationale,  l'établissement  du  maximum,  son  pré- 
sident disait  :  «  Il  s'agit  de  la  classe  indigente, 
pour  laquelle  lelégislateur  n'a  rien  fait,  quand  il 
n'a  pas  tout  fait.  Qu'on  n'objecte  pas  le  droit  de 
propriété;  le  droit  de  propriété  nepeut  être  le  droit 


DB  l'Économie  politi  que.  205 

â'affamçr  ses  éoncHoyèns.  Les  fruits  de  la  terre, 
commel-air,  appartiennent  à  tous  les  hommes'.  » 
Marat  avait  été  beaucoup  plus  loin,  et  nous  pour- 
rions citer  des  exagérations  semblables  de  cet  éner- 
gumène,  si  la  postérité  qtii  ai  commencé  pour  lui, 
ne  l'avait  déjà  mis  au  rang  des  insensés. 

Saint-Just  fut  l'expression  la  plus  hardie  et  la 
plus  élevée  de  cette  école  de  tribuns,  renouvelée 
des  Gracques,  et  près  de  laquelle  ces  illustres  fac- 
tieux étaient  des  hommes  modérés.  Les  écrits  qu'il 
a  laissés  renferment  sa  pensée  économique  tout 
eutière,  si  énergiquement  résumée  par  l'orateur 
de  la  Gonimune  de  Paris,  et  si  nettement  formu- 
lée dans  les  décrets  rendus  par  la  Convention  na- 
tionaié  pendant  la  domination  des  Montagnards. 
11  était  réservé  à  Babeuf  de  renchérir  sur  ces 
doctrines  et  de  prêcher  ouvertement  la  loi  agraire, 
l'abolition  de  la  propriété  et  l'insurrection  per- 
manente des  pauvres  contre  les  riches.  Mais  ces 
témérités  n'ont  eu  d'autre  résultat  que  d'éloigner 
pour  long-t^tnps  les  meilleurs  esprits  de  toute 
spéculation  sociale,  tant  ils  ont  craint  de  se  voir 
confondus  avec  les  démagogues  forcenés  de  l'école 
anarchique.  Une  leçon  sérieuse  est  sortie,  en  ou- 
tre, de  tous  les  essais  hasardeux  de  la  révolution 
française  :  c'est  que  l'on  ne  réforme  pas  aussi  fa- 

*  Hiiloire  parUmeniaire  de  la  révolution ,  tome  ii? i , 
page  92. 


206  HISTOIRE 

cilement  leâ  mœurs  que  les  institutions,  et  que 
les  plus  belles  lois  ne  suffisent  point  pour  assurer 
à  chaque  citoyen  une  condition  prospère,  s'il  n'y 
concourt  par  son  travail  et  sa  moralité.  Ces  rêves 
séduisans  sont  désormais  évanouis.  Tout  ce  que 
la  philantropie  des  législateurs  pouvait  décréter 
de  richesse  et  de  félicité  publique  a  été  décrété, 
et  il  a  été  reconnu  que  la  richesse  publique  sui- 
vait d'autres  lois  que  celles  de  la  force  et  de  la 
tyrannie.  N'eût-on  fait  que  ce  pas,  c'est  un  pro- 
grès immense,  car  il  a  forcé  les  gouvernemens  et 
les  individus  de  chercher  ailleurs  que  dans  des 
programmes  législatifs  les  élémens  de  leur  gran- 
deur et  de  leur  avenir.. 

Que  reste-t-il  donc  de  tous  ces  rêves  brillans  et 
généreux  qui  ont  agité  le  monde,  depuis  Tqrgot 
jusqu'à  nos  jours,  et  quelles  conquêtes  sociales 
l'économie  politique  a-t-elles  faites,  qui  aient  en- 
fin jeté  quelque  gloire  sur  elle?  Nous  en  pourrons 
citer  deux  mémorables,  l'émancipation  des  colo- 
nies anglaises  et  espagnoles  de  l'Amérique  et 
l'abolition  de  l'esclavage  des  nègres;  à  quoi  peut- 
être  il  convient  d'ajouter  la  suppression  des  pri- 
vilèges de  corporations,  c'est-à-dire  l'affranchis- 
sement du  travail.  Nous  avons  encore  deux  autres 
victoires  à  remporter:  l'affranchissement  des  tra- 
vailleurs et  celui  du  commerce,  œuvre  difficile  et 
compliquée  dans  un  temps  comme  le  nôtre,  où 


DE  L^ÉCONOMIE  POLITIQUE.  207 

les  gouvernemens  eux-mêmes  partagent  les  pré- 
jugés vulgaires  contre  la  liberté  commerciale  et  la 
considèrent  comme  hostile  au  travail  national. 
De  toutes  les  erreurs  économiques  de  la  révolu- 
tion, celle-là  seule  a  survécu,  plus  vivace  que  ja- 
mais, et  elle  s'est  élevée  triomphante  sur  les 
ruines  des  autres.  On  ne  défend  plus  l'esclavage, 
ni  les  corporations,  ni  les  compagnies  privilé- 
giées; les  haines  nationales  ont  à  peu  près  disparu 
pour  faire  place  aux  rivalités,  aux  jalousies  in-" 
dustrielles.  Le  champ  de  bataille  n'est  plus  dans 
les  plaines,  il  est  dans  les  ateliers.  C'est  là  que  la 
guerre  continue,  savante,  acharnée,  infatigable, 
et  qu'elle  fait  des  victimes  dans  tous  les  partis 
occupés  à  se  nuire,  au  lieu  de  s'entr'aider  ;  guerre 
véritable,  où  les  combattans  se  servent  de  ma- 
chines ingénieuses  et  puissantes  qui  laissent  sur 
le  terrain  du  paupérisme  des  millions  de  travail- 
leurs haletans,  hommes  et  femmes,  sans  pitié 
pour  la  vieillesse  ni  pour  Tenfance  ! 

Celte  guerre  est  aujourd'hui  la  dernière  ex- 
pression de  la  vieille  économie  politique  en  Eu- 
rope, et  le  dernier  retentissement  de  la  grande 
querelle  sociale  soulevée  par  la  révolution  fran- 
çaise. Ce  n'est  pas  seulement  une  lutte  interna- 
tionale; c'est  un  combat  sérieux  entre  les  diver- 
ses classes  de  travailleurs.  La  France  a  sans  doute 
l'air  de  rivaliser  avec  l'Angleterre;  mais  le  capi- 


208  HISTOtRE 

tal  lutte  bien  plus  profondément  avec  l'ouvrier. 
Sous  prétexte  de  faire  triompher  le  pays  dans  le 
premier  de  ces  combats,  on  maintient  dans  le 
travail  une  organisation  qui  a  cessé  d'être  en  har- 
monie avec  ses  besoins  et  les  progrès  de  la  civili- 
sation. Aussi  n'y  a-t-il  rien  de  nouveau  dans  la 
science,  de  1789  à  1814,  si  ce  n'est  l'expérience 
des  faits  accomplis  et  la  facilité  d'en  tirer  les  con- 
séquences pour  marcher  en  avant  et  pour  achever 
l'œuvre  de  nos  pères.  Toutefois,  il  sortira  bien- 
tôt du  sein  de  l'industrie  une  puissance  irrésisti- 
ble, destinée  à  guérir,  comme  la  lance  d'Achille, 
les  maux  qu'elle  aura  faits  ;  puissance  née  de  nos 
discordes  commerciales  et  qui  unira  par  les  étein- 
dre toutes  :  c'est  V association ,  importée  d'Angle- 
terre, où  l'excès  des  impôts  nécessités  par  la 
guerre,  lui  a  fourni  les  moyens  d'y  suffire  à  force 
de  prodiges;  mais  il  est  bon  de  remonter  aux 
causes  principales  de  ce  nouvel  élément  de  pro- 
grès social,  et  d'étudier  les  faits  qui  ont  préparé 
sa  venue. 


DE  L  ÉCONOMIE  POLITIQUE.  209 


CHAPITRE  XXXVIII. 


De  la  révolution  économique  opérée  en  Angleterre  par  les  décou- 
vertes de  Watt  et  d'Arkwright.  —  Conséquences  économiques 
de  rindépendance  des  États-Unis.— Réaction  de  la  révolution 
française  sur  le  système  financier  de  T Angleterre.  —  Accrois- 
sement des  impôts.-^Suspension  des  paiemens  de  la  banque. 
—  Développemens  et  abus  du  crédit.  —  Énormité  de  la  dette 
publique.  -—  Conséquences  de  la  paix  générale. 


Tandis  que  la  révolution  française  faisait  ses 
grandes  expériences  sociales  sur  un  volcan,  l'An- 
gleterre commençait  les  siennes  sur  le  terrain  de 
rindustrie.  La  fin  du  dix-huitième  siècle  y  était 
signalée  par  des  découvertes  admirables,  desti- 
nées à  changer  la  face  du  monde  et  à  accroître 
d'une  manière  inespérée  la  puissance  de  leurs  in- 
venteurs. Les  conditions  du  travail  subissaient  la 
plus  profonde  modification  qu'elles  aient  éprou- 
vée depuis  l'origine  des  sociétés.  Deux  machines, 
désormais  immortelles,  la  machine  à  vapeur  et  la 
machine  à  filer,  bouleversaient  le  vieux  système 
commercial  et  faisaient  naître  presque  au  même 
moment  des  produits  matériels  et  des  questions 
sociales,  inconnus  à  nos  pères.  Les  petits  travail- 
leurs allaient  devenir  tributaires  des  gros  capita- 

DEUX1EME  EDITION.  14 


210  HISTOIRE 

listes;  le  chariot  remplaçait  le  rouet,  et  le  cylin- 
dre à  vapeur  succédait  aux  manèges.  En  même 
temps  les  beaux  essais  de  canalisation  du  duc  de 
Bridgewater  commençaient  à  porter  leurs  fruits, 
et  le  perfectionnement  des  transports  coïncidait 
avec  l'accroissement  des  marchandises,  h^  pro- 
duction du  fer  et  celle  des  autres  métaux  s'amé- 
liorait avec  celle  des  houilles,  activée  par  l'emploi 
de  la  vapeur  dans  les  travaux  d'épuisement.  On 
eût  dit  que  l'Angleterre  avait  découvert  des  mines 
nouvelles  et  s'était  enrichie  tout  à  coup  de  trésors 
inattendus. 

La  génération  contemporaine,  plus  occupée  de 
recueillir  les  profits  de  ces  conquêtes,  que  d'en 
rechercher  les  causes,  ne  paraît  pas  avoir  apprécié 
à  leur  juste  valeur  les  embarras  qu'elles  traînaient 
à  leur  suite.  Cette  transformation  du  travail  pa^ 
triarcal  en  féodalité  industrielle ,  où  l'ouvrier , 
nouveau  serf  de  l'atelier,  semble  attaché  à  la  glèbe 
du  salaire ,  n'alarmait  point  les  producteurs  au*- 
glais,  quoiqu'elle  eût  un  caractère  da  4Qu4(m9lé 
bien  capable  de  troubler  leurs  hahitade&*  Us 
étaient  loin  de  prévoir  que  les  macbinda  \wv  ap^ 
porteraient  tant  de  puissance  et  tant  de  fiiQUCiis. 
Le  paupérisme  ne  leur  apparaissait  p^  encore 
BOUS  les  formes  menaçantes  qu'il  a  revêtueis  de^ 
puis,  et  les  métiers  mécaniques  n'avaient  pa^  dé- 
veloppé cette  puissance  de  travail  qui  devait  être 


DE  l'Économie  politique.  211 

momentanément  si  fatale  à  tant  de  travailleurs. 
Cependant,  à  peine  éclose  du  cerveau  de  ces  deux 
hommes  de  génie,  Watt  et  Arkwright,  la  révolu- 
tion industrielle  se  mit  en  possession  de  T  Angle- 
terre. A  .la  fin  du  dix-huitième  siècle,  il  ne  se 
consommait  pas  en  Europe  une  seule  pièce  de 
coton  qui  ne  nous  vint  de  l'Inde,  et  vin^t-cinq 
ans  après,  T Angleterre  en  envoyait  au  pays  même 
d'où  elle  aurait  tiré  jusque  là  tous  les  produits 
semblables,  t  Le  fleuve^  dit  J.-B.  Say,  était  re- 
monté yevs  sa  source  ' .  » 

Ainsi  y  tl  avait  suffi  de  deux  petits  cylindres 
tournant  en  sens  inverse,  pour  changer  de  fond 
en  comble  les  rapports  de  l'Europe  avec  l'Asie, 
et  les  traditions  séculaires  du  travail.  En  même 
temps,  l'émancipation  des  États-Unis  portait  un 
coup  décisif  au  système  colonial  et  donnait  le 
signal  de  la  retraite  à  toutes  les  dominations  mé- 
tJropolitaiiie&.  La  ville  de  Bristol,  qui  avait  adressé 
au  parlement  des  pétitions  si  animées  contre  la 
paix  avec  les  insurgés  américains,  sollicitait  quel- 

^  Ayant  Tinveiition  des  machines  à  filer ,  on  ne  comptait  dans 
la  Grande-Bretagne  que  cinq  mille  fileases  an  rouet  et  trois  mille 
tisseurs  d'étoffes  de  coton,  en  tout,  environ  huit  mille  ouvriers; 
tandis  qa^aujourd'hui  ce  nombre  s'élève ,  en  Angleterre  seule- 
ment, à  plus  de  huit  cent  mille.  La  valeur  totale  des  tissu»  de 
eeton,  dans  ce  pays,  a  été  évaluée,  en  1856,  à  la  somme  énor- 
me de  huit  cent  cinquante  millions  de  francs.  On  peut  consulter 
âcet  égard  les  statistiques  de  M.  Mac  CuUoch,  de  M.  Porter,  et 
les  documens  publiés  par  ordre  du  parlement. 


212  HISTOIRE 

• 

ques  années  après  la  signature  de  cette  paix,  l'au- 
torisation de  creuser  de  nouveaux  bassins  deve- 
nus nécessaires  à  l'extension  de  son  commerce 
avec  les  colonies  émancipées.  Ainsi  se  préparait 
l'indépendance  générale  du  nouveau  continent , 
dont  le  dernier  établissement  '  soumis  aux  lois 
européennes,  lutte  en  ce  moment  pour  compléter 
l'œuvre   de  Franklin  et  de  Washington.  Il  fut 
prouvé  dès-lors,   que  les  colonies  étaient  plus 
nuisibles  qu*utiles  à  leurs  métropoles,  et  qu'il  y 
avait  plus  de  profits  à  faire  avec  un  peuple  libre 
et  laborieux,  qu'avec  des  vassaux  asservis  et  pres- 
surés. Les  États-Unis  ont  donné  à  l'Europe  cette 
leçon  d'économie  politique,  qui  fera  le  tour  du 
monde  et  qui  vengera  les  générations  coloniales 
de  l'état  d'oppression  où  vécurent  leurs  pères. 
Les  prophéties  de  Raynal  se  sont  réalisées.  Des 
nations  riches  et  puissantes  ont  succédé  aux  éta- 
blissemens  faibles  et  précaires  des  Européens  dans 
l'une  des  deux  Indes,  et  l'on  dirait  à  vcûr  l'état 
dé  langueur  de  quelques  vieilles  métropoles,  que 
le  plus  pur  de  leur  sang  a  passé  ^ans  retour  dans 
les  veines  de  leurs  colonies. 

C'est  là,  quoi  qu'en  souffre  l'orgueil  de  l'ancien 
continent,  une  révolution  immense  dont  les  con- 
séquences commencent  à  nous  atteindre.  Nous 
sommes  tributaires  de  nos  anciens  vassaux  pour 

*  Lt  Canada. 


DE  l'Économie  politique.  213 

une  Toule  de  matières  premières  et  de  produits 
spéciaux,  sans  lesquels  le  travail  de  nos  manufac^ 
tares  cesserait  d'exister.  C'est  l' Amériquequi  nous 
envoie  les  monceaux  de  coton  dont  s'alimentent 
nos  innombrables  fabriques  de  tissus,  et  les  bois 
de  teinture  qui  servent  à  leur  impression.  Le  café, 
le  cacao,  le  quinquina  qui  guérit  la  fièvre,  les 
drogues  qui  la  donnent,  tout  nous  vient  du 
dehors.  Nos  besoins  nous  mettent  chaque  jour 
davantage  dans  la  dépendance  des  peuples  d'ou- 
tre-mer; la  ville  de  Lyon  tremble  jusqu'en  ses 
fondemens  des  secousses  qui  agitent  Philadel- 
phie Qu  Nev^-York.  Une  faillite  à  la  Nouvelle- 
Orléans  peut  ruiner  dix  négocians  à  Liverpool.  Le 
développement  extraordinaire  que  la  découverte 
des  madiines  a  donné  à  la  production,  réclame 
des  débouchés  toujours  croissans,  qu'il  faut  aller 
chercher  au  loin  et  disputer  par  la  baisse  des 
prix  aux  nations  plus  avancées.  Les  marchés  sont 
devenus  des  champs  de  bataille.  La  diplomatie 
ne  marchande  plus  des  provinces,  mais  des  ta- 
rifs, et  les  armées,  quand  elles  s'ébranlent,  res- 
semblent à  des  nuées  de  fourriers  qui  vont  faire 
les  logemens  du  commerce.  Voilà  ce  qu'à  pro- 
duit l'émancipation  du  Nouveau-Monde,  dont 
DOS  grandes  manufactures  d'Europe  ne  seront 
bientôt  plus  que  les  colonies. 

Aucun  siècle  n'a  vu  s'accomplir  en  aussi  peu 


214  IIISTOIKE 

dcf temps  de  telles  révolutions  économiques,  et 
Il  n'est  pas  surprenant  que  des  métamorphoses 
aussi  inusitées  aient  déconcerté  tous  les  systèmes. 
C'était  un  démenti  si  solennel  à  toute  la  vieille 
école  de  Charles-Quint,  que  cette  soifdaine  pros- 
périté des  États-Unis!  Que  devenaient  en  pré- 
sence de  ce  grand  événement,  les  théories  de  la 
balance  du  commerce  et  les  habitudes  administra* 
tives  du  régime  colonial?  On  n'avait  donc  soutenu 
tant  d'odieuses  guerres  et  tant  de  maximes  plus 
odieuses  encore,  que  pour  être  réduit  un  jour,  au 
plus  humiliant  désaveu  !  Ces  lois  protectrices  du 
commerce  n'étaient  donc  qu'un  horrible  abus  de 
la  force!  Jamais,  il  faut  l'avouer,  la  vanité  hu- 
maine n'avait  reçu  de  plus  sanglant  échec,  et  mal- 
gré l'éclat  de  la  leçon,  les  prétentions  des  métro- 
poles se  sont  peu  adoucies.  Il  faut  qu'elles  boi- 
vent, toutes,  ce  calice  d'amertume,  avant  de  se 
départir  de  leurs  coutumes  despotiques;  sembla- 
bles, en  ce  point  aux  monarchies  de  droit  divin, 
qui  croient  que  tous  les  droits  reposent  sur  une 
épée,  jusqu'au  moment  où  cette  épée  se  brise 
entre  leurs  mains. 

La  révolution  d'Amérique  n'est  pas  le  seul  fait 
économique  décisif  de  la  fm  du  dix-huitième  siè- 
cle. Nous  avons  vu  que  la  découverte  des  deux 
machines  de  Watt  et  d'Arkwright  avait  complète- 
ment changé  les  conditions  du  travail,  en  substi- 


DE  l'économie  politique.  SMS 

tuant  la  mécanique  aux  bras  des  hommes,  etles 
grandes  associations  aux  petites  industries.  Cîe 
âeul  coup  devait  frapper  de  mort  toutes  les  cor4 
porations^  et  réduire  en  poussière  leurs  code» 
routiniers  et  barbares;  mais  il  ne  pouvait  mai^- 
quer  de  réagir  en  môme  temps  sur  le  systèiue 
financier  de  l'Europe/ Le  but  naturel  des  im puis 
étant  d'atteindre  les  revenus  partout  où  ils  se 
présentent,  on  devine  aisément  que  la  science 
des  finances  s'empressa  d'exploiter  le  nouveau 
champ  qui  lui  offrait  ses  récoltes.  L'extrême  ac- 
croissement des  produits  industriels  appela  sur 
celte  jeune  branche  de  la  richesse  publique  l'at** 
tention  des  législateurs  et  des  hommes  d'État,  et 
c'est  ainsi  qu'en  Angleterre,  l'élévation  des  impôts 
indirects  a  marché  de  front  avec  le  développa 
ment  de  la  production  manufacturière.   On  a 
cessé  tout-à-coup  de  chercher  à  diminuer  les 
charges  des  peuples;  il  a  paru  plus  avantageux 
de  leur  donner  la  force  de  les  supporter.  Puisqu'il 
fCeapoêpossMê  de  diminuer  le  fardeau^  fortifions  la 
monture,  disait  un  ministre  anglais,  et  ce  mot  ca^ 
ractérise  très  bien  la  tactique  financière  des  gou- 
vernemens  modernes.  Les  peuples  comme  les  in- 
dividus ont  cessé  de  s'enfermer  dans  le  cercle 
étroit  des  privations;   ils  ont  plus  de  besoins 
parce  qu'ils  ont  plus  de  moyens  de  les  ^tisfaire  : 
il  leur  suffit  d'augmenter  la  dose  du  travail. 


21G  HISTOIRE 

L'Angleterre  était  parvenue  à  ce  point  de  ses 
expériences  économiques,  lorsqu'il  lui  fallut  su- 
bir sa  part  de  réaction  des  idées  répandues  par 
la  révolution  française.  Singulier  contraste,  en 
effet,  que  celui  de  deux  peuples  dont  l'un  se  pré- 
cipitait vers  les  impôts  indirects ,  tandis  qu'Us 
étaient  abolis  par  l'autre  !  Et  ces  antipathies  sont 
aisées  à  expliquer.  L'aristocratie,  toute-puissante 
en  Angleterre,  trouvait  simple  de  rejeter  sur  le 
travail  tout  le  poids  des  impôts;  la  démocratie, 
victorieuse  en  France^  commettait  la  même  in- 
justice envers  la  propriété.  Ici,  l'on  vendait  les 
biens  des  émigrés  et  on  décimait  la  richesse  fon- 
cière; ailleurs,  on  taxaitlesmpindresarticles.de 
consommation  et  jusqu'à  l'air  nécessaire  aux  pou- 
mons. Il  n'est  pas  surprenant  qu'une  guerre  im- 
placable ait  éclaté  entre  deux  principes  si  oppo- 
sés ,  et  cette  guerre  n'a  cessé  de  régner  qu'au 
moment  où  l'économie  politique  a  opéré  une 
transaction,  fondée  sur  l'analyse  véritable  des 
élémens  de  la  richesse.  Lorsqu'Adam  Smith  eut 
démontré  que  les  manufacturiers  et  les  commer- 
çans  étaient  producteurs  au  même  titre  que  les 
cultivateurs,  il  fallut  bien  reconnaître  la  nécessité 
d'imposer  la  production  manufacturière  et  com- 
merciale comme  la  production  agricole^  et  cha- 
cune d'elles  proportionnellement  à  son  revenq. 
Ce  qui  reste  à  décider  aujourd'hui,  c'est  de  sa- 


DE  I/ÉCONOMIK  POLITIQUE.  2 17 

voir  jusqu'à  q^uel  point  l'équité  et  Tanalyse  per- 
mettent de  taxer  les  classes  qui  vivent  de  salaires 
et  non  de  profils;  et  c'est  pour  cela  que  la  ques- 
tion, d'abord  posée  entre  l'aristocratie  et  la  bour- 
geoisie, est  descendue  dans  l'arène  des  passions 
populaires. 

Les  longues  guerres  de  la  révolution  entre  la 
France  et  TAngleterre,  en  jetant  les  deux  pays 
dans  la  nécessité  des  mesures  extrêmes  et  des  es- 
sais hasardeux,  n'ont  pas  moins  contribué  que 
les  écrivains  économistes  à  la  solution  de  plu- 
sieurs problèmes  importans.  Nous  sommes  loin 
d'admettre,  avec  Ricardo,  par  exemple,  que  l'aug- 
mentation des  impôts  ait  été  la  principale  caiise 
du  développement  de  la  production  manufactu- 
rière de  l'Angleterre.  Personne  ne  travaille  uni- 
quement pour  payer  des  impôts,  et  il  n'y  a  pas 
de  production  possible  à  cette  condition;  mais  on 
ne  saurait  disconvenir  que  le  besoin  de  se  pro- 
curer une  foule  d'objets  de  consommation  indis- 
pensables, atteints  par  les  taxes,  n'ait  dû  exciter, 
chez  la  plupart  des  hommes,  des  dispositions  très 
énergiques  pour  le  travail.  Malheureusement,  le 
gouvernement  anglais,  entraîné  par  lés  exigences 
de  la  guerre,  abusa  de  ces  dispositions,  qui  de- 
vinrent bientôt  insuflisantes,  et  la  manie  des  ex- 
pédiens  sembla  renaître  à  la  fin  du  siècle,  comme 
elle  avait  régné  au  commencement.  Les  théories 


âl8  HISTOIRE 

de  flnances  les  plus  extravagantes  furent  procla- 
mées comme  des  maximes  positives  de  gouverne- 
ment. Les  impôts  cessèrent  de  répondre  à  la  dé- 
tresse du  trésor  :  il  fallut  recouriraux  emprunts,^ 
les  multiplier,  les  combiner  de  mille  façons  in- 
génieuses, pour  combler  les  déficits  sans  cesse 
croîssans;  et  c'est  de  la  que  naquit  la  théorie  de 
l'amortissement,  cette  chimère-dont  l'Angleterre 
devait  être,  en  quelques  années,  le  berceau  et  le 
tombeau*. 

Les  Anglais  n'en  ont  pas  moins  eu  l'honneur 
de  fonder  le  crédit  public  mpderne,  en  Euroi>e, 
en  prouvant  qu'il  pouvait  très  bien  survivre  aux 
circonstances  les  plus  critiques,  et  même  aider 
un  grand  peuple  à  en  sortir  avec  honneur.  En 
effet,  malgré  l'accroissement  perpétuel  des  im- 
pôts et  dés  emprunts ,  la  population  de  l'Angle- 
terre n'avait  cessé  d'augmenter,  son  agriculture 
de  s'enrichir  et  son  industrie  de  produire  chaque 
jour  davantage.  De  nouveaux  canaux  avaient  été 
ouverts,  des  docks  creusés,  des  entreprises  colos- 

*  M.  Pebrer  (  Histoire  financière  de  l'empire  Britannique  ) , 
évalue  à  près  decinquante  milliards  de  francs  la  somme  des  re- 
venus perçus  et  des  emprunts  consommés  par  le  gouvernement 
anglais ,  depuis  le  commencement  de  la  révolution  française 
jusqu'à  la  paix  de  1815.  C'est  une  somme  cinq  fois  plus  consi- 
dérable que  toute  la  masse  de  numéraire  existant  en  Europe  à 
cette  époque ,  pendant  laquelle  les  métaux  précieux  furent  le  plus 
aboiidans. 


DE  l'Économie  politique.  219 

sales  exécutées  avec  une  rapidité  admirable  ;  le 
capital  national  s'était  accru  avec  la  production 
elle-même:  de  telle  sorte  qu'aujourd'hui  le  peu- 
ple anglais  est  peut-être  celui  qui  dispose  du  re- 
venu le  plus  élevé,  quoiqu'il  paie  d'énormes  im- 
pôts. Ce  qui  devait  le  mener  à  la  banqueroute  le 
conduisit  à  la  fortune,  et  sa  banqueroute  même, 
car  il  a  passé  par  cette  épreuve  comme  la  France, 
fat  encore  pour  lui  une  occasion  de  progrès  et 
une  source  d'améliorations.  On  eût  dit  qu'il  lui 
était  donné  de  bouleverser  les  systèmes  reçus, 
en  toute  chose,  et  d'étonner  le  monde  par  ses  opé^ 
rations  de  flnances  autant  que  par  les  procédés 
de  son  industrie.  Pitt  osa  soutenir  que  le  capital 
fictif  créé  par  les  emprunts,  était  transformé  en 
capital  fixe,  et  devenait  aussi  avantageux  pour  le 
public,  que  si  un  trésor  réel  équivalent  était 
ajouté  aux  richesses  du  royaume.  Quoi  de  plus 
absurde  qu'une  telle  assertion,  et  de  plus  sur- 
prenant, aussi,  que  les  résultats  merveilleuse- 
ment féconds  de  ces  emprunts  multipliés ,  sous 
le  poids  desquels  devait  succomber  l'Angleterre  ! 
C'est  ainsi  que  les  Anglais,  non  contons  de 
leur  dette  fondée ^  inventèrent  la  dette  flottante^  au 
moyen  de  ces  prodigieuses  émissions  de  bons 
du  trésor,  dont  l'emploi,  sagement  régularisé 
dans  les  temps  de  calme,  est  devenu  l'une  des 
ressources  les  plus  commodes  et  les  plus  sûres 


220  HISTOIRK 

des  États  modernes.  Les  administrateurs  ont  fait 
comprendre  aux  économistes  qu'il  y  avait  sour 
vent  beaucoup  d'économie  à  pouvoir  employer 
par  anticipation  en  janvier  le  revenu  de  décem- 
bre; et  la  hardiesse  d'un  essai  justifié  par  l'état 
de  crise  où  se  trouvait  l'Angleterre,  a  permis  de 
substituer  une  institution  financière  utile,  aux 
expédiens  onéreux  des  temps  passés.  La  dette 
flottante  est  devenue  l'asile  de  tous  les  capitaux 
inactifs  et  la  réserve  des  gouvernemens  constitu- 
tionnels. Il  n'est  plus  nécessaire  d'entasser  à  l'a- 
vance des  capitaux  enlevés  au  travail  pour  subve- 
nir à  des  besoins  imprévus.  Qui  aurait  persuadé 
de  telles  choses  à  l'école  des  physiocrates ,   et 
même  à  celle  d'Adam  Smith,  avant  que  les  expé^ 
riences  vraiment  gigantesques  de  la  Grande-Bre- 
tagne eussent  permis  d'y  croire  et  d'en  recon- 
naître le  fort  et  le  faible  1 

Le  même  étonnement  frappa  le  monde  écono^ 
mique  à  la  nouvelle  de  la  suspension  des  paie- 
mensdela  banque  d'Angleterre  en  1797,  Certes, 
si  quelque  doctrine  était  judicieuse  et  solide, 
c'était  celle  d'Adam  Smith  sur  la  constitution  des 
banques,  et  sur  la  nécessité  pour  elles  de  limiter 
leurs  émissions  de  billets,  sous  peine  d'être  obli- 
gées de  racheter  à  grands  frais  des  espèces  après 
avoir  vu  leurs  billets  dépréciés  :  un  jour,  pour- 
tant, la  banque  d'Angleterre,  épuisée  par  les  es- 


DE  l'Économie  politique.  221 

comptes  de  bons  du  trésor,  se  trouva  forcée  de 
suspendre  ses  paiemens  en  numéraire.   C'était 
une  véritable  banqueroute,    puisque  les  billets 
étaient  payables  au  porteur  et  en  or;  et  une  telle 
banqueroute,  dans  les  circonstances  où  se  trou- 
vait l'Angleterre ,  semblait  devoir  entraîner  les 
plus  affreuses  catastrophes.  Il  n'en  fut  point  ainsi, 
parce  que  le  gouvernement  eut  le  bon  espritde 
s'arrêter  sur  cette  pente  et  de  ne  pas  multiplier 
outre-mesure  les  billets  de  la  banque,  convertis 
en  papier-monnaie.  A  peine  on  s'aperçut  d'une 
différence  légère  entre  le  taux  de  l'or  et  celui  du 
papier,  et  l'exportation  des  espèces  sembla  n'a- 
voir eu  d'autre  conséquence  que  de  donner  une 
destination  plus  productive  aux  richesses  moné- 
taires. Quand,  plus  tard,  les  émissions  dépassè- 
rent les  limites  dans  lesquelles  la  fabrication  du 
papier-monnaie  avait  été  contenue,  il  n'en  résulta 
qu'une  hausse  générale  des  salaires  et  des  prix. 
La  nation  semblait  être  devenue  plus  riche,  parce 
que  le  chiffre  des  salaires  était  plus  élevé,  et  cette 
élévation  produisit  une  surexcitation   générale 
dans  le  travail  national. 

D'un  autre  côté,  et  pendant  que  ces  phénomè- 
nes curieux  se  manifestaient  en  Angleterre ,  des 
expériences  contraires  s'achevaient  péniblement 
en  France.  Les  assignats  et  les  mandats,  quoique 
garantis  par  des  biens  nationaux,  supportaient  une 


222  HISTOIRE 

dépréciation  inouïe  dans  les  fastes  financiers  de^ 
puis  la  chute  du  système  de  Law.  Ils  tombaient  au 
dernier  degré  de  démonétisation,  en  présence  des 
billets  de  la  banque  d'Angleterre  qui  se  soute- 
naient malgré  la  banqueroute.  Les  uns,  échangea- 
bles contre  des  terres,  ne  valaient  plus  rien;  les 
autres ,  dépouillés  de  leur  garantie  en  espèces  , 
conservaient  leur  valeur  nominale.  La  France  était 
plongée  dans  l'anarchie  avec  tous  les  élémens  de 
prospérité  ;  l'Angleterre  prospérait  avec  tous  les 
élémens  de  l'anarchie.  La  production  semblait 
redoubler  dans  ce  pays  à  mesure  qu'on  lui  reti- 
rait les  espèces  ;  elle  était  paralysée  en  France, 
malgré  la  vente  des  biens  qui  créait  des  millions 
de  propriétaires,  et  par  conséquent  le  plus  éner- 
gique stimulant  de  la  production ,  comme  nouisi 
l'avons  dit,  la  propriété.  Aucune  époque  ne  fut 
plus  fertile  en  graves  enseignemeps  économiques^ 
si  ce  n'est  celle  qui  suivit  le  retour  aux  paiemens 
en  espèces,  quand  la  paix  de  1815  permit  i  l'An- 
gleterre de  les  reprendre ,  en  vertu  du  fameu& 
acte  de  M.*  Peel.  Les  conséquences  de  cette  re- 
prise faillirent  être  plus  désastreuses  pour  la 
Grande-Bretagne,  que  ne  l'avait  été  la  suspension, 
ou  plutôt,  qu'elle  n'avait  paru  devoir  l'être.  La 
peuple  anglais  s'était  accoutumé  aux  petits  Ullets 
de  banque,  et  il  les  avait  adoptés  pour  monnaie. 
Les  propriétaires,  les  employés  du  gouvernement. 


DE  l'Économie  politique.  223 

les  rentiers ,  les  salariés  de  tout  rang  ,  s'étaient 
bercés  de  Tillusion  d'un  accroissement  dans  leur 
fortune,  parce  qu'ils  touchaient  des  fermages^  des 
émolumens  ou  des  rentes  plus  élevés.  Tout-à-coup 
l'arrivée  des  espèces  inondant  comme  un  flux  le 
marché  national ,  trouva  des  transactions  nom* 
breuses  accomplies  sous  l'empire  du  papier-mon* 
naie  et  en  hausse  ;  tel  qui  avait  traité  à  ces  con- 
ditions, fut  forcé  de  s'acquitter  en  espèces.  On 
devine  aisément  de  quelle  perturbation  dut  être 
accompagnée  cette  péripétie  financière  qui  affec- 
tait particulièrement  les  baux  de  l'agriculture  et 
qui  ressemblait ,  en  sens  inverse,  à  la  crise  défi- 
nitive de  notre  papier-monnaie.  Il  fallut  prévenir 
la  ruine  des  fermiers  par  des  remèdes  héroïques, 
et  les  travailleurs  vivant  du  salaire  furent  con- 
damnés, par  les  lois  céréales,  à  acquitter  la  dette 
des  agriculteurs  envers  les  propriétaires  fonciers. 
Cette  crise  ne  fut  pas  la  seule  qui  atteignit  le 
peuple  britannique,  et  l'Europe  allait  être  témoin 
de  plus  d'ujne  révolution,  le  jour  où  fut  signée  la 
paix  qui  semblait  devoir  les  clore  toutes.  On  a  vu 
que  le  blocus  continental  avait  donné  une  impul- 
sion extraordinaire  à  la  fabrication  française,  dé* 
sormais  presque  seule  investie  des  débouchés  du 
continent.  L'Angleterre,  sous  l'influence  de  ce 
même  blocus,  s'était  emparée  des  mers  et  de  tous 
les  marchés  coloniaux  que  lui  assurait  sa  prépon** 


224  HISTOIRE 

dérance  maritime.  Il  en  était  résulte ,  pour  elle 
aussi,  une  grande  activité  manufacturière,  à  la- 
quelle la  contrebande  prêtait  en  outre  son  appui. 
Tout-à-coup  la  paix  éclatej  comme  aurait  fait  une 
guerre  complète  et  subite  ;  et  les  traités  qui  ren- 
dent le  repos  au  monde,  préparent  au  commerce 
des  luttes  nouvelles ,  mille  fois  plus  sérieuses  et 
plus  inextricables  que  la  lutte  des  armes.  La 
France,  réduite  à  ses  anciennes  limites,  est  en- 
tourée d'un  triple  cordon  de  douanes,  presque 
aux  portes  de  sa  capitale,  et  TAngleterre,  qui  ap^ 
provisionnait  les  colonies  ,  se  voit  forcée  d'en 
céder  le  marché  à  leurs  métropoles  pacifiéees. 
L'Espagne  essaie  de  reprendre  l'Amérique  du 
Sud;  les  Hollandais  reprennent  Java;  chacun  veut 
ressaisir  sa  proie,  et  la  guerre  des  baïonnettes  se  * 
change  en  une  guerre  ignoble  de  sondes  et  de 
douaniers.  Les  conditions  du  travail  étaient  donc 
modifiées  encore  une  fois  dans  toute  l'Europe, 
par  le  renversement  de  la  domination  française 
et  par  l'ouverture  des  mers ,  si  long-temps  an- 
glaises, au  commerce  de  toutes  les  nations. 

L'administration  européenne  donna  alors  un 
spectacle  bien  fait  pour  exciter  les  peuples  à  l'é- 
tude de  l'économie  politique.  On  vit  des  États  qui 
prospéraient  naguères  malgré  la  rivalité  de  voi- 
sins qui  étaient  leurs  sujets,  solliciter  contre  ces 
mêmes  voisins,  devenus  libres,  des  restrictions 


DK  l'Économie  politique.  Sfâ5 

chaque  jour  plus  sévères  et  se  fermer  leurs  fron- 
tières en  leur  interdisant  les  leurs.  On  vit  l'An- 
gleterre plus  repoussée  du  continent  par  les  tarifs 
de  ses  alliés,  qu'elle  ne  l'avait  été  par  les  armes 
de  sesennemisy  et  la  misère  envahir  ses  ateliers 
déserts,  lorsque  sa  politique  victorieuse  semblait 
lui  assurer  le  monopole  du  monde.  Il  ne  lui  res- 
tait de  tant  d'efforts  que  le  chiffre  alarmant  de  sa 
dette  publique  et  des  populations  exténuées  par 
les  taxes  que  leur  avait  imposées  une  aristocratie 
inexorable.  Quel  magnifique  sujet  d'études  pour 
les  économistes!  Que  de  faits  présentait  à  leur 
observation  cette  longue  série  d'événemens  nou- 
veaux dans  l'histoire  de  la  science,  la  division  de 
la  propriété,  l'abolition  des  jurandes,  les  impôts 
indirects,  les  emprunts  publics,  l'amortissement, 
le  papier-monnaie,  la  suspension  et  la  reprise  des 
paiemensdela  banque  d'Angleterre,  et  par  dessus 
tout,  ce  contraste  étonnant  de  résultats  opposés 
pour  des  causes  semblables  et  de  conséquences 
semblables  pour  des  causes  opposées!  De  ce  jour 
on  comprit  qu'il  n'y  avait  rien  d'absolu  dans  la 
physiologie  sociale  ;  elle  passait  naturellement  au 
rang  des  sciences  d'observation,  et  ses  jugemens 
devaient  être  fondés  sur  l'expérience  et  la  com- 
paraison des  faits  accomplis  ,  plutôt  que  sur  des 
théories  primitives.  Je  ne  crains  pas  d'affirmer  que 
c'est  de  cette  vaste  encyclopédie,  qui  date  de  1789 

DEUXIÈME  ÉDITION.  15 


226  .  HISTOIRE 

et  qui  finit  à  i830 ,  que  Téconomie  politique  a 
tiré  ses  matériaux  les  plus  précieux  et  les  bases 
les  plus  solides  de  ses  doctrines.  Les  économistes 
abordent,  à  partir  de  ce  temps,  les  questions  po- 
sitives et  ils  se  mêlent  sérieusement  aux  choses 
humaines;  ils  sortent  du  terrain  aride  des  abs- 
tractions pour  s'élever  à  la  pratique ,  c'est-à-dire 
pour  devenir  utiles  et  vraiment  populaires,  hon- 
neur insigne  et  qui  appartient  principalement  à 
Tun  de  nos  compatriotes,  à  J.-B.  Say. 


DE   I/ECONOMIF.  POLITIOUK.  227 


CHAPITRE    XXXIX. 

De  J.-B.  Say  et  de  ses  doctrines. ~  Conséquences  importantes  de 
sa  théorie  des  débouchés.  —  Exposé  des  services  que  cet 
écrivain  a  rendus  à  la  science.  —  Caractère  de  son  école.  — 
C'est  elle  qui  a  popularisé  Véconomie  politique  en  Europe. 

Il  était  impossible  que  les  grandes  expériences 
exécutées  en  France  et  en  Angleterre,  pendant  la 
longue  lutte  que  ces  deux  nations  ont  soutenue 
Fune  contre  l'autre,  ne  fournît  pas  à  l'économie 
politique  de  nouveaux  élémens  d'observations,  et 
ne  contribuât  point  à  son  avancement.  Adam  Smith 
avait  posé  sans  doute  les  bases  essentielles  de  cette 
science  d'une  main  ferme  et  assurée  ;  mais  nous 
avons  vu  qu'il  avait  laissé  à  ses  successeurs  de 
hautes  questions  à  résoudre.  Ce  qui  restait  surtout 
à  faire,  c'était  de  poser  les  bornes  de  la  science 
et  de  bien  déterminer  le  champ  où  doivent  s'é- 
tendre ses  recherches.  Adam  Smith  avait  jeté  la 
plus  vive  lumière  sur  la  théorie  des  banques,  sur 
la  division  du  travail,  sur  les  fondemens  de  la  va* 
leur  des  choses  ;  il  avait  fait  de  véritables  décou- 
vertes :  mais  il  n'avait  pas  assez  vécu  pour  en 
observer  les  applications.  C'est  seulement  après 
8à  mort  que  l'on  a  pu  juger  les  effets  de  la  con-^ 


MR  HISTOIRE 

currence  illimitée  dont  il  fut  un  des  premiers 
apôtres;  et  le  paupérisme  compliqué  de  nos  jours 
ne  troublait  pas  encore  la  sérénité  de  ceux  où  il 
vécut.  L'économie  politique  n'était  que  la  science 
de  la  production  des  richesses.  Il  était  réservé  à 
un  Français  de  compléter  l'œuvre  et  de  nous  ini- 
tier aux  mystères  de  la  distribution  des  prolits  du 
travail,  en  môme  temps  qu'il  nous  faisait  connaî- 
tre les  phénomènes  si  variés  de  la  consommation 
des  produits. 

La  situation  de  la  France  était  très  favorable  à 
cette  étude,  après  les  orages  de  notre  révolution. 
N'avait-on  pas  essayé  de  tous  les  systèmes  et  poussé 
jusqu'à  leurs  dernières  conséquences  les  principes 
les  plus  hasardés?  N'avait-on  pas  vu  de  près  la 
banqueroute,  le  gaspillage  des  capitaux  par  la 
guerre,  la  destruction  momentanée  du  commerce 
par  le  maocmum,  le  blocus  des  mers  et  cette  foule 
de  catastrophes  industrielles  et  financières  dont 
l'histoire  du  temps  est  toute  remplie?  Le  moment 
était  venu  de  conclure,  et  de  résumer  en  un  corps 
de  doctrine  les  théories  qui  ressortaient  naturel- 
lement de  cette  masse  de  faits  nouveaux  et  inouïs. 
Il  fallait  expliquer  ce  cataclysme  économique  sans 
pareil  dans  le  monde  et  qui  apparaissait  pourtant 
comme  le  précurseur  d'une  rénovation  générale. 
C'est  ce  que  fit  J.-B.  Say,  en  publiant  la  première 
édition  de  son  Traité  d^éconamie  politique  ,  sous  k 


DE  L'ÉCOjyOMlE   POLITIQUE.  229 

consulat  de  Bonaparte.  De  ce  livre  date  réellement 
en  Europe  la  création  d'une  méthode  simple,  sé- 
vère et  savante  pour  étudier  l'économie  politique, 
et  le  moment  est  venu  pour  nous  de  la  juger. 

Le  principal  mérite  de  cet  ouvrage  fut  d'avoir 
défini  nettement  les  bases  de  la  science.  J.-B.  Say 
en  sépara  la  politique  avec  laquelle  les  économistes 
du  dix-huitième  siècle  l'avaient  sans  cesse  con- 
fondue, et  l'administration,  dont  les  Allemands  la 
croyaient  inséparable.  Ainsi  réduite  à  des  limites 
plus  précises ,  l'économie  politique  ne  risquait 
plus  de  se  perdre  dans  les  abstractions  de  la  mé- 
taphysique et  dans  les  détails  de  la  bureaucratie. 
i.-B.  Say  la  rendait  indépendante  en  l'isolant,  et 
il  prouvait  que  son  étude  convenait  aux  monar- 
chies aussi  bien  qu'aux  républiques.  Partout  on 
avait  besoin  de  connaître  ses  lois,  parce  que  sous 
toutes  les  formes  du  gouvernement,  la  production 
des  richesses  était  la  source  la  plus  féconde  de  la 
prospérité  des  États.  En  même  temps,  il  exposait 
ses  principes  de  la  manière  la  plus  claire  et  la 
plus  méthodique,  et  il  créait  la  nomenclature  dé- 
sormais adoptée  par  tous  les  économistes  de  l'Eu- 
rope. Sa  théorie  de  la  valeur  fondée  sur  l'utilité, 
complétait  celle  d'Adam  Smith ,  et  quoiqu'elle 
laissât,  comme  toutes  les  théories,  quelques  la- 
cunes à  remplir,  il  ne  s'en  servait  pas  moins  pour 
résoudre  les  questions  les  plus  difliciles ,  avec 


.* 


Î30  HISTOIRE 

tout  le  degré  de  certitude  dont  elles  sont  suscep- 
tibles. 

Quelques  controverses  qui  se  soient  élevées 
depuis  sur  plusieurs  points  de  ses  doctrines,  tout 
le  monde  reconnaît  aujourd'hui  la  supériorité  de 
sa  méthode  sur  toutes  celles  de  ses  contempo- 
rains. L'économie  politique  n'est  à  ses  yeus 
qu'une  science  qui  traite  de  la  production,  de  la 
distribution  et  de  la  consommation  des  richesSies. 
Les  richesses  se  produisent  au  moyen  des  trois 
grandes  branches  qui  résument  tout  le  travail 
humain  :  l'agriculture ,  l'industrie  et  le  com- 
merce. Les  capitaux  et  les  fonds  de  terre  so«il 
les  instrumens  principaux  de  la  production  ;  par 
l'épargne  et  l'accumulation  on  obtient  les  pre- 
miers;  la  propriété  garantit  la  libre  action  des 
autres.  Le  travail  de  l'homme,  combiné  avec  ce- 
lui de  la  nature  et  des  machines,  donne  la  vie  à 
tout  cet  ensemble  de  ressources  duquel  seul  éma- 
nent les  richesses,  qui  sont  le  fonds  commun  des 
sociétés.  Smith  avait  admirablement  démontré 
les  avantages  de  la  division  du  travail;  J.-B.  Say 
a  perfectionné  son  œuvre  et  fait  ressortir  quel-^ 
ques-uns  des  abus  de  cette  division,  exagérés  plus 
tard  par  M.  de  Sismondi  '. 

Mais  ce  qui  assure  une  renommée  immortelle 
à  l'écrivain  français,  c'est  sa  Théorie  des  débouchés, 

'  Nouveaux  principes  d'économie  politique. 


DE  l'Économie  politique.  231 

qui  a  porté  le  dernier  coup  au  système  exclusif 
et  précipité  la  chute  du  régime  colonial.  Cette 
belle  théorie,  toute  fondée  sur  l'observation  scru-' 
puleuse  des  faits,  a  prouvé  que  les  nations  ne 
payaient  les  produits  qu'avec  des  produits,  et 
que  toutes  les  lois  qui  leur  défendent  d'acheter 
les  empêchent  de  vendre.  Aucun  malheur,  dès 
lors ,  n'est  sans  contrecoup  dans  le  monde; 
quand  la  récolte  manque  sur  un  point,  les  ma^ 
nufactures  souffrent  sur  un  autre  ;  et  quand  la 
prospérité  règne  dans  un  pays ,  tous  ses  voisins 
y  prennent  part,  soit  à  cause  des  demandes  qui 
en  viennent,  soit  à  cause  du  bon  marché  qui  ré- 
sulte de  l'abondance  des  produits.  Les  nations 
sont  donc  solidaires  dans  la  bonne  cx>mme  dans 
la  mauvaise  fortune  ;  les  guerres  sont  des  folies 
qui  ruinent  même  le  vainqueiir,  et  l'intérêt  gé* 
néral  des  hommes  et  de  s'entr'aider,  au  lieu  de 
se  nuire  comme  une  politique  aveugle  les  y  a 
poussés  trop  long-temps.  Nous  commençons  à 
comprendre  les  conséquences  de  cette  doctrine 
vraiment  savante  et  élevée,  et  déjà  l'on  peut  ju- 
ger par  la  sollicitude  des  gouvernemens  à  éviter 
la  guerre,  que  les  principes  de  J.-B.  Say  ont  pé- 
nétré dans  les  conseils  des  rois.  Son  titre  le  plus 
glorieux  est  d'avoir  démontré  comme  une  vérité 
positive  et  d'intérêt  matériel  ce  qui  ne  paraissait 
qu'une  utopie  philosophique,  et  ce  mérite  est 


232  HISTOIRE 

d'autant  plus  grand  que  Montesquieu,  Voltaire/, 
La  Fontaine,  nos  plus  beaux  génies,  ont  professé 
Terreur  contraire. 

Le  système  restrictif  ne  saurait  subsister  plus 
long-temps  en  présence  des  argumens  accablans 
par  lesquels  J.-B.  Say  en  a  provoqué  la  destruc- 
tion. «  On  achète  davantage,  dit-il,  toutes  les  fois 
qu'on  recueille  davantage.  Une  branche  de  com- 
merce qui  prospère  fournit  de  quoi  acheter  et 
procure  conséquemment  des  ventes  à  tous  les  au- 
tres commerces;  et  par  contre,  quand  une  partie 
de  manufactures  ou  certains  genres  de  com- 
merce languissent,  la  plupart  des  autres  en  souf- 
frent. . .  Une  nation ,  par  rapport  à  la  nation  voi- 
sine, est  dans  le  même  cas  qu'une  province  par 
rapport  à  une  autre  province  ^  qu'une  ville  par 
rapport  aux  campagnes  ;  elle  est  intéressée  à  les 
voir  prospérer  et  assurée  de  profiter  de  leur  opu- 
lence. C'est  donc  avec  raison  que  les  États-Unis 
ont  cherché  à  donner  de  l'industrie  aux  tribus 
sauvages  dont  ils  sont  entourés  ;  ils  ont  voulu 
qu'elles  eussent  quelque  chose  à  donner  en 
échange,  car  on  ne  gagne  rien  avec  des  peuples 

'  On  lit  dans  le  Dictionnaire  philosophique^  à  Farticle  Patrib  : 
»  Telle  est  la  condition  humaine ,  que  souhaiter  la  grandeur  de 
»  son  pays,  c*est  souhaiter  du  mal  à  ses  voisins....  //  est  clair 
)i  qu'un  pays  ne  peut  gagner  sans  qu'un  autre  ne  perde,  » 

Heureusement,  tout  cela  n'est  plus  si  clair  aujourd'hui. 


DE  l'Économie  politique.  233 

qui  n'ont  rien  à  vous  donner.  »  Que  d'expérien- 
ces n'avons-nous  pas  dû  faire,  avant  d'arriver  à 
ces  conclusions  généreuses  !  Aussi  J.-B.  Say  s'é- 
criait-il vers  la  fln  de  sa  carrière  :  «  Quarante 
années  se  sont  écoulées  depuis  que  j'étudie  l'éco* 
nomie  politique,  et  quelles  années!  Elles  valent 
quatre  siècles  pour  les  réflexions  qu'elles  ont  fait 
naître.  »  . 

Cet  auteur  a  eu  sur  tous  ses  prédécesseurs  et 
sur  la  plupart  de  ses  contemporains  l'avantage 
inappréciable  d'avoir  suivi  la  marche  des  événe- 
mens  en  observateur  judicieux,  et  d'avoir  profité 
des  nombreuses  expériences  dont  ces  événemens 
lui  offraient  l'occasion.  Aussi  ne  s'est-il  pas  boTué 
à  l'étude  des  phénomènes  de  la  richesse  d'une 
manière  purement  théorique  ejt  abstraite  :  on  re- 
connaît à  chaque  pas  l'homme  pratique,  accou- 
tumé à  suivre  les  conséquences  de  ses  doctrines 
et  à  subordonner  celles-ci  à  l'utilité  plus  ou 
moins  grande  de  leurs  applications.  Le  caractère 
tlistinctif  de  ses  écrits,  la  lucidité  brille  surtout 
dans  les  questions  qui  avaient  été  embrouillées 
par  les  économistes  de  tous  les  temps  et  de  tous 
les  pays,  et  principalement  dans  celle  des  mon- 
naies. Il  en  expose  les  élémens  avec  une  netteté 
admirable,  et  il  réduit  au  néant  cette  masse  in- 
nombrable d'écrits  qui  ont  pullulé  en  Italie,  en 
Espagne,  en  France  et  en  Angleterre,  à  l'époque 


234  HISTOIKK 

OÙ  les  gouvernemens  faisaient  à  tour  de  rôle  de 
la  fausse  monnaie.  S'il  parle  des  diverses  classes 
de  travailleurs  qui  concourent  à  la  production, 
on  sent  qu'il  a  vécu  avec  elles,  qu'il  connaît  leurs 
besoins  et  qu'il  a  une  idée  exacte  de  leurs  maux. 
C'est  à  lui  que  les  savans  doivent  leur  réhabili- 
tation dans  la  hiérarchie  industrielle,  et  quoique 
les  produits  immatériels  ne  soient  pas  susceptibles 
d'accumulation,  J.-B.  Say  a  démontré  leur  salu- 
taire influence  sur  la  prospérité  des  États.  Les 
fonctionnaires  publics  seuls  et  les  services  qu'ils 
rendent  à  la  société,  ont  trouvé  moins  de  faveur 
auprès  de  cet  illustre  économiste  ;  l'indignation 
qu'il  éprouvait  à  la  vue  de  l'Angleterre  surchar- 
gée d'impôts ,  et  sa  haine  contre  le  despotisme 
de  l'Empire  ,  ne  lui  ont  pas  permis  d'être  équi- 
table envers  l'empereur,  ni  de  mesurer  d'un  œil 
juste  la  distance  qui  sépare  l'usage  de  l'abus. 
J.-B.  Say,  malgré  la  supériorité  de  son  esprit, 
n'était  point  inaccessible  aux  passions  politiques, 
et  quoique  ses  écrits  présentent  peu  de  traces  des 
préventions  auxquelles  il  fut  exposé  pendant  nos 
longues  réactions  politiques,  on  ne  peut  s'empê- 
cher de  reconnaître  qu'il  a  cédé  plus  d'une  fois  à 
des  ressentimens  bien  excusables  dans  ces  temps 
agités. 

Mais  ces  généreux  ressentimens  se  manifestent 
bien  plus,  dans  ses  écrits ,  par  quelques  bouta- 


DE  l'économik  politique.  236 

des  épigrammatiques,  que  par  des  théories  pas- 
sionnées. Les  sujets  qui  nous  touchent  le  plus  vive- 
ment aujourd'hui  ceux  même  qui,  de  tout  temps, 
ont  eu  le  privilège  de  remuer  le  plus  vivement 
les  esprits,  les  questions  de  salaires,  de  popula- 
tion, semblent  l'émouvoir  à  peine  ;  il  procède  à 
leur  examen  avec  sa  rigidité  naturelle,  et  il  adopte 
entièrement  à  leur  égard  les  idées  de  Malthus. 
C'est  par  là  désormais  que  ses  écrits  seront  vul- 
nérables ,  et  qu'ils  ne  peuvent  manquer  d'être 
dépassés  par  l'École  de  M.  deSismondi,  malgré  les 
erreurs  qu'elle  a  commises  et  l'impossibilité  où  elle 
s'est  vue  jusqu'ici  de  trouver  un  remède  aux  maux 
qu'elle  a  si  vivement  dépeints.  J.-B.  Say  a  trop 
considéré  la  production  indépendamment  des 
producteurs.  Il  a  été  séduit  par  les  prodiges  de 
l'industrie  anglaise,  de  la  grande  industrie  manu^ 
facturière,  et  il  n'a  pas  eu  le  temps  d'apprécier 
tous  les  fléaux  qu'elle  traîne  à  sa  suite.  Il  a  obéi 
au  préjugé  contemporain  qui  considérait  le  sa- 
laire comme  suffisant,  non  point  parce  qu'il  fai- 
sait vivre,  ipais  parce  qu'il  empêchait  de  mourir. 
Ses  études  sur  la  distribution  des  profits  du  tra- 
vail sont  dominées  par  l'influence  du  capital,  et 
ses  considérations  sur  les  effets  des  consommations 
publiques  portent  trop  visiblement  l'empreinte 
de  sa  rancune  contre  les  abus  de  la  tyrannie. 
Il  y  a  eu  deux  puissances  que  ce  grand  écrivain 


236  IIISTOIKE 

a  inégalement  traitées ,  quoique  avec  une  égale 
injustice  :  les  capitaux,  en  leur  faisant  la  part  trop 
belle,  et  les  goû  vernemens  en  leur  refusant  aucune 
action  efficace  sur  le  bonheur  des  citoyens  *. 

Mais  nul  n'a  popularisé  la  science  économique 
au  même  degré  que  J.-B.  Say.  En  vain  on  lui  a 
reproché  de  l'avoir  réduite  aux  proportions  étroi- 
tes de  la  chrématistique ,  ou  de  la  science  des  ri- 
chesses, il  a  très  bien  prouvé  que  l'économie 
politique  n'avait  commencé  à  être  une  science 
qu'à  dater  du  jour  où  ses  limites  avaient  pu  être 
exactement  tracées ,  et  il  a  protesté ,  dans  ses 
derniers  écrits  contre  le  projet  qu'on  lui  uvait 
supposé  de  la  vouloir  restreindre  à  l'analyse  abs- 
traite des  lois  de  la  production'.  11  détestait  sur- 

'  «  ...L'administration  insignifiante  du  cardinal  de  Fleury,  dit- 
il  ,  prouva  du  moins,  qu'à  la  tête  d'un  gouvernement,  c'est  déjà 
faire  beaucoup  de  bien  que  de  ne  pas  faire  de  mal.  »  (  Discours 
préliminaire,  page  25,  édition  de  1841.) 

*  «  L'objet  de  l'économie  politique ,  dit-il ,  semble  avoir  été 
restreint  jusqu'ici  à  la  connaissance  des  lois  qui  président  à  la 
formation,  à  la  distribution  et  à  la  consommation  des  richesses. 
C'est  ainsi  que  moi-même  je  l'ai  considéré  dans  mon  Traité  d'é- 
conomt^po/t'a'çue,  publié  pour  la  première  fois  en  1805.  Cepen- 
dant on  peut  voir  dans  cet  ouvrage  même ,  que  cette  science 
tient  à  tout  dans  la  société.  Depuis  qu'il  a  été  prouvé  que  les 
propriétés  immatérielles,  telles  que  les  talens  et  les  facultés  per- 
sonnelles acquises ,  forment  une  partie  intégrante  des  ridiesses 
sociales,  et  que  les  services  rendus  dans  les  plus  hautes  fonctions 
ont  leur  analogie  avec  les  travaux  les  plus  humbles  ;  depuis  que 
les  rapports  de  l'individu  avec  le  corps  social  et  du  corps  social  avec 
les  iudividus,  et  leurs  intérêts  réciproques  ont  été  clairement  éta- 


DR  l'Économie  politique.  237 

tout  les  hypothèses  et  les  systèmes ,  comme  la 
source  de  presque  tous  les  maux  qui  ont  pesé  sur 
les  populations ,  et  Téconomie  politique  ne  lui 
semblait  vraiment  utile  que  parce  qu'elle  était 
appelée  à  réfuter  sans  réplique  les  préjugés  dé- 
sastreux dont  l'espèce  humaine  est  affligée.  Aussi 
ne  laisse-t-il  pas  une  seule  objection  sans  ré- 
ponse, et  l'utilité  de  ses  ouvrages  consiste- t-el le 
bien  plus  dans  les  erreurs  qu'il  a  dissipées,  que 
dans  les  vérités  qu'il  a  découvertes.  J.-B.  Say-a 
tracé  le  premier  programme  complet  de  l'écono- 
mie politique,  et  les  écrivains  iifième  qui  ne  par- 
tagent pas  ses  principes  se  sont  accordés  à  re- 
connaître l'excellence  de  sa  méthode  et  la  justesse 
rigoureuse  de  ses  déductions.  Grâce  à  cette  mé- 
thode, on  s'explique  aisément  les  crises  commer- 
ciales qui  ont  désolé  la  France  et  l'Angleterre  à 
diverses  époques ,  et  l'on  peut  en  prévenir  le 
retour  ou  en  atténuer  les  effets  par  des  mesures 
efficaces. 

L'influence  de  J.-B.  Say  a  contribué,  plus  que 
celle  d'aucun  écrivain  contemporain,  à  répandre 
le  goût  de  l'économie  politique  en  France  et  en 
Europe.  Ses  théories,  si  naturellement  applica- 

blis ,  réconomie  politique  ,  qui  semblait  n'avoir  pour  objet  que 
les  liens  matériels,  s'est  trouvée  embrasser  le  système  social  tout 
entier.  »  (Cours  complet  d'économie  politique  pratique,  tome  I, 
page  4,  édition  de  1840.) 


238  HISTOIRE 

bles  aux  questions  politiques ,  furent  étudiées 
avec  ardeur  sous  la  Restauration  comme  un  in- 
strument d'opposition  et  de  guerre,  et  peut-être 
doivent-elles  une  partie  de  leur -succès  aux  servi- 
ces qu'elles  rendirent  dans  les  discussions  parle- 
mentaires de  répoque.  Les  publicistes  y  cher- 
chaient des  argumens  décisifs  contre  l'énormité 
des  charges  imposées  à  la  nation,  et  ils  s'accou- 
tumaient à  ces  analyses  minutieuses  du  budget, 
qui  ont  dégénéré  plus  tard  en  disputes  de  chiffres 
ou  en  querelles  de  portefeuilles.  J.-B.  Say  ne 
voulait  pas  que  les  gouvernemens  se  fissent  en- 
trepreneurs de  travaux  publics,  et  il  blâmait  sé- 
vèrement leur  intervention  dans  les  affaires  in- 
dustrielles du  pays.  La  plupart  des  impôts  lui 
semblaient  des  fléaux,  comme  la  grêle,  les  incen- 
dies et  les  invasions,  et  quoique  sa  philantropie 
fôt  sincère  et  profonde,  il  se  montrait  plus  hos- 
tile au  pouvoir  que  favorable  aux  masses  labo- 
rieuses. Il  travaillait  pour  elles  avec  persévérance, 
sans  rechercher  leur  faveur  ni  craindre  leur  dis- 
grâce. Il  disait  des  vérités  austères  aux  peuples 
et  aux  rois,  avec  l'impartialité  dédaigneuse  et 
stoïque  d'un  philosophe  uniquement  occupé 
des  intérêts  de  la  science  et  de  l'humanité.  Toutô 
là  presse  française  se  pénétrait  de  ses  doctrines, 
sans  en  connaître  l'auteur,  qui  vivait  à  l'écart, 
entouré  de  sa  famille  et  d'un  petit  cercle  d'amis, 


DE  l'Économie  politique.  239 

tandis  que  ses  ouvrages,  traduits  dans  toutes  les 
langues,  obtenaient,  en  moins  de  vingt  ans,  cinq 
éditions  successives,  tirées  à  un  nombre  considé- 
rable d'exemplaires. 

C'est,  en  eflfet,  à  la  voix  de  J.-B.  Say  que  les 
premières  attaques  furent  dirigées  en  France 
contre  le  système  économique  de  la  Restaura^ 
tion.  La  réaction  de  1815  voulait  reconstituer  le 
droit  d'atnesse,  les  substitutions,  les  corporations, 
les  privilèges,  plus  tard,  battue  sur  ce  terrain, 
elle  essayait  de  refaire  une  aristocratie  foncière, 
moitié  féodale,  moitié  industrielle,  en  élevant  le 
tarif  des  fers  qui  augmentait  le  prix  des  bois  et 
le  revenu  des  propriétaires  des  forêts.  Puis  vin- 
rent les  lois  céréales,  la  taxe  sur  les  bestiaux 
étrangers,  l'emprunt  des  émigrés,  les  droits  dif^ 
férentiels  sur  les  sucres  coloniaux;  et  chacune 
de  ces  mesures  était  flétrie  à  l'avance  dans  des 
chapitres  du  Traité  d'écimomie  politique^  empreints 
de  la  plus  haute  raison,  et  qui  n'avaient  pas  été 
faits  dans  ce  but  ni  pour  la  circonstance.  L'Eu- 
rope entière  profitait  de  ces  rudes  leçons  qui 
semblaient  destinées  à  la  France  puisqu'elles 
étaient  publiées  dans  un  livre  français }  et  plus 
d'une  fois,  l'auteur  se  trouva  engagé  dans  une 
lutte  vive  avec  les  plus  savans  économistes  de 
son  temps.  Malthus,  Ricardo,  M.  de  Sismondi, 
M.  Storch,  soutinrent  contre  J.-B.  Say  des  thèses 


240  HISTOIRE 

mémorables  sur  quelques  points  de  doctrine^ 
mais  tous  s'accordèrent  à  reconnaître  en  lui  le 
plus  infatigable  athlète  de  la  science,  et  son  plus 
illustre  propagateur,  après  Adam  Smith. 

J.-B.  Say  était  partisan  des  idées  de  Malthus 
sur  la  population,  il  les  adoptait  pleinement, 
franchement,  sans  restriction,  et  il  les  a  fait  pré- 
\aloir  en  France  jusqu'au  moment  où  les  doc- 
trines saint-simoniennes  leur  ont  porté  le  pre- 
mier coup.  Il  était  peu  préoccupé  des  excès  du 
système  manufacturier  anglais,  et  il  attribuait  la 
plaie  du  paupérisme,  dans  ce  pays,  à  des  causes 
purement  politiques.  L'encombrement  des  mar- 
chés lui  semblait  la  conséquence  uniqtte  des  res- 
trictions commerciales.  On  ne  vendait  pas  assez 
sur  un  point,  selon  lui ,  parce  qu'on  ne  produi- 
sait pas  suffisamment  sur  un  autre.  La  produc- 
tion et  la  consommation  étaient  à  ses  yeux  des 
opérations  corrélatives,  et  il  ne  cherchait  pas  d'au- 
tre motif  à  la  détresse  de  certains  pays ,  que  le 
défaut  de  production  des  pays  avec  lesquels  ils 
entretenaient  des  rapports.  L'expérience  nous  a 
déjà  appris  que  ce  n'est  point  sur  cette  base  uni- 
que qu'il  est  permis  d'établir  des  relations  com- 
merciales, et  qu'un  peuple  ne  doit  pas  livrer  ex- 
clusivement aux  hasards  du  commerce  extérieur 
le  sort  de  ses  manufactures.  Aussi,  J.-B.  Say  in- 
sistait-il pour  démontrer  que  les  meilleurs  con- 


DB  l'Économie  politique.  241 

sommateurs  des  produits  d'une  nation  étaient  les 
producteurs  nationaux  eux^mèiiies,  auxquels  Té-* 
change  assurait  des  débouchés  réguliers  et  sta«* 
blés,  quand  l'impéritie  des  gouvernemens  n'y 
mettait  pas  obstacle.  Les  analyses  qu'il  a  données 
du  mécanisme  des  échanges ,  ont  jeté  la  plus 
^ve  lumière  sur  toutes  les  questions  qui  s'y  rat- 
tachent, questions  bien  importantes,  puisque 
c'est  sur  elles  que  repose  la  prospérité  des  na^ 
tions.  <  Presque  toutes  les  guerres  livrées  depuis 
cent  ans,  dans  les  quatre  parties  dû  monde,  l'ont 
été  pour  une  balance  du  commerce  qui  n'existe  pas« 
Et  d'où  vient  l'importance  attribuée  à  cette  pré- 
tendue balance  du  commerce  ?  De  l'application 
exclusive  qu'on  a  faite  du  mot  capital  à  des  ma- 
tières d'or  et  d'argent  *.  » 

C'est  par  des  rapprochemens  aussi  simples  et 
aussi  frappans  que  J.-B.  Say  est  parvenu  à  dépo- 
pulariser la  guerre,  et  à  adoucir  les  préjugés  na- 
tionaux qui  tendaient  à  la  perpétuer.  Cette  œuvre 
immense  dont  la  seule  idée  avait  fait  reléguer 
l'abbé  de  Saint-Pierre  au  rang  des  visionnaires , 
s'accomplit  sous  nos  yeux.  Loin  d'élever  des  bar- 
rières nouvelles  entre  les  peuples,  on  travaille  à 
aplanir  celles  qui  existent;  on  jette  des  ponts 
sur  les  fleuves-frontières,  on  trace  des  chemins 
de  fer  mitoyens,  on  supprime  la  plupart  des  pro- 

*  Traiié  d^Èemomie  politique ,  6«  édit.  en  i  vol.,  page  IK6i. 

DBinaàllB  EDITION.  16 


942  HISTOIRE 

hibitions.  Cette  belle  partie  du  programme  de 
J.-B.  Say  s'est  exécutée  avant  sa  mort,  et  nous 
voyons  tous  les  jours  les  progrès  de  l'opinion  pu- 
blique favoriser  l'exécution  du  reste.  Il  n'a  man-* 
que  à  cet  écrivain  que  d'envisager  d'un  point  de 
vue  plus  social  et  plus  élevé  les  questions  de  pau^ 
périsme  et  de  salaires.  On  sent,  en  le  lisant,  qudi-^ 
que  chose  de  dur  et  de  repoussant  qui  rappelle 
les  formules  abstraites  de  Malthus  et  de  Ricardo. 
Sa  logique  est  sans  pitié  quand  il  s'agit  de  secou- 
rir des  infortunes  qui  lui  paraissent  méritées,  et 
l'on  dirait,  à  entendre  ses  avertissemens  sévères 
à  la  bienfaisance',  qu'elle  a  plus  d'encouragé-^ 
mens  pour  l'inconduite  que  de  consolations  pour 
lemalheur.  Mais  pour  tout  cequi  regardeles  grands 
principes  de  la  science,  dans  les  questions  de  dousi- 
nes,  demonnaies,  de  crédit  public,  de  colonies,  cet 
auteur  est  devenu  le  guide  le  plus  sûr  qu'on  puisse 
suivre,  et  l'écrivain  le  plus  classique  de  l'Europe. 
Le  dernier  de  ses  ouvrages,  qui  est  aussi  le 
plus  volumineux  ',  présente  des  modifications  wh 

*  a  L'homme  qui,  par  son  incurie  et  sa  paresse,  est  tombé 
dans  la  misère,  après  avoir  avoir  épuisé  ses  capitaux,  est-il  fon- 
dé à  réclamer  des  secours ,  lorsque  ses  fautes  mêmes  privent  de 
leurs  ressources  les  hommes  dont  ses  capitaux  alimentaient  f  in- 
dustrie? »  {Traité  d'Économie  politique ,  liv.  IIÎ,  chap.  vu.) 

*  II  est  intitulé  :  Cours  complet  d'économie  politique  prati- 
que^ 6  vol.  in-8,  réimprimés  en  1840  en  2  volumes  grand-in-8. 
(Voyez  la  Bibliographie ,  à  la  fin  de  ce  volume.) 


DB  L*ÉCON0ltIB  POLITIQUE.  243 

tables  aUx  premières  opinions  professées  par 
l'auteur.  Il  y  règne  moins  d'aigreur  contre  les 
gouvernemens,  soit  que  M.  Say  eût  reconnu  dans 
certains  cas  l'utilité  de  leur  influence,  soit  qu'il 
ait  cru  devoir  faire  quelques  sacrifices  à  la  posi- 
tion qu'il  occupait.  Tous  ceux  qui  connaissaient 
$on  caractère  adopteront  de  préférence  la  première 
hypothèse,  qui  se  trouve  d'ailleurs  confirmée  par 
des  passages  remarquables,  où  il  est  évident  que 
cet  écrivain  obéissait  à  une  conviction  nouvelle. 
C'est  ainsi  que  dans  une  circonstance  importante 
il  avait  soutenu  que  le  travail  des  esclaves  était 
plus  économique  que  celui  des  hommes  libres,  et 
il  eut  la  bonne  foi  de  reconnaître  publiquement 
qu'il  s'était  trompé.  Il  ne  pardonnait  pas  la  per^ 
sévérance  dans  l'erreur,  et  il  ne  laissait 'passer 
aucune  occasion  de  stigmatiser  les  mauvais  livres 
d'économie  politique.  Les  erreurs  en  cette  science 
lui  paraissaient  plus  funestes  qu'en  aucune  au«* 
tre,  et  il  les  poursuivait  partout  où  il  en  croyait 
voir,  même  chez  ses  émules  les  plus  célèbres, 
dans  1* espoir  d'établir  l'économie  politique  sur 
des  fondemens  inébranlables.  Mais  il  est  ternes 
de  signaler  les  travaux  de  ces  économistes  re« 
nommés. 


244  HISTOIRE 


CHAPITRE  XL. 


De  réconomie  politique  en  Angleterre  depuis  le  commencemeHC 
du  dix-neuvième  siècle. — Système  dePitt,  soutenu  par  Thom- 
ton,  attaqué  par  Cobbett.  —  Doctrines  de  Ricardo.— Écrits  de 
James  Mill.  —  De  M.  Torrens.  —  De  M.  Mac  CuUoch.  •—  De 
M.  Tooke.— Travaux  de  M.  Huskisson. — ^De  sir  Henry  Pamell. 
—  Traités  De  M.  Wade.— De  M.  Poulett  Scrope.— économie 
des  manufaeture$,yar  Babbage. — Phihiophie  de»  manufac- 
tures ,  par  le  docteur  Ure-^-Grande  popularité  de  Téconomie 
politique  en  Angleterre. 


La  longue  nomenclature  des  économistes  an^ 
glais  postérieurs  à  l'époque  d'Adam  Smith  et  la 
concordance  de  leurs  ouvrages ,  prouvent  com- 
bien l'impulsion  donnée  à  l'économie  politique 
par  son  illustre  fondateur,  avait  été  vive  et  fé- 
conde. Les  idées  qu'il  venait  de  populariser  por- 
taient déjà  leurs  fruits.  Les  questions  économi- 
ques'avaient  cessé  d'être  abandonnées  au  hasard, 
et  le  gouvernement  lui-même  éprouvait  le  besoin 
de  soumettre  au  contrôle  de  ta  science  ses  réso- 
lutions les  plus  importantes.  On  en  eut  un  té- 
moignage frappant  à  l'époque  de  la  su^ension 
des  paiemens  de  la  banque  d'Angleterre  en  1797. 
Ce  fut  la  première  circonstance  où  l'on  invoqua 
des  théories  à  l'appui  d'une  grande  mesure  finan- 


DE  L'ECONOMIE  POLITIQUE.  245 

ciére,  et  dés  lors  la  discussion  passa  de  la  soli- 
tude des  livres  au  sein  du  Parlement.  Une  fois  im- 
primé, le  mouvement  ne  s'arrêta  plus;  chacun 
crat  devoir  recourir  à  l'autorité  des  principes 
pour  appuyer  son  opinioh',  et  la  tribune  devint 
l'un  des  plus  puissans  auxiliaires  de  l'économie 
politique.  Ainsi ,  les  Redierches  sur  la  nature  et  les 
causes  de  la  richesse  des  nations  doivent  être  consi- 
dérées comme  la  source  de  tous  les  bons  écrits 
publiés  sur  cette  matière  cfepuis  environ  cin- 
quante ans. 

Avant  la  longue  lutte  de  la  France  et  de  l'An- 
gleterre, sous  l'influence  de  notre  révolution  de 
4789,  les  doctrines  d'Adam  Smith  n'avaient  en- 
ù9€e  reçu  qu'une  grande  et  solennelle  applica- 
tion :  l'émancipation  des  États-Unis.  On  com-^ 
mençait  sans  doute  à  apprécier  les  avantages  de 
la  division  du  travail  et  de  l'emploi  des  machines^ 
mais  nulle  grave  question  n'avait  encore  mis  à 
l'épreuve  les  théories  du  célèbre  Écossais  sur  la 
constitution  des  banques  et  sur  les  maladies  du 
système  monétaire  :  il  fallut  que  le  génie  aventu- 
reux de  Pitt  osât  risquer  la  banqueroute ,  pour 
qu'on  reconnût  toute  la  justesse  des  analyses 
qu'Adam  Smith  avait  données  du  phénomène  de 
la  circulation.  Alors  parurent  à  divers  intervalles 
une  foule  d'ouvrages  pour  attaquer  ou  pour  dé- 
fendre les  doctrines  de  Smith  ,  et  l'opinion  pu- 


246  HISTOIRE 

blique  commença  à  se  former  au  bruit  de  ces 
querelles  mémorables.  L'un  des  ouvrages  les 
plus  intéressans  publiés  à  cette  époque  '  par 
M.  Henry  Thornton ,  avait  pour  but  de  justifier 
la  suspension  des  paiemens  en  numéraire;  et 
quoiqu'il  fourmille  d'erreurs ,  nul  autre  n'a  ja- 
mais fait  comprendre  avec  plus  de  clarté  les  avan-^ 
tages  de  la  circulation  monétaire,  soit  en  papier, 
soit  en  espèces.  L'auteur  y  soutenait  que  les  ban-^ 
ques  pouvaient  favoriser  indéfiniment  le  travail 
et  multiplier  la  production  sans  avoir  besoin  de 
numéraire,  à  la  -seule  condition  de  régler  leurs 
émissions  avec  prudence.  Il  proclamait  les  bien*' 
faits  du  crédit  en  présence  d'une  mesure  qui  sem-* 
blait  devoir  l'anéantir,  et  l'avenir  a  pris  soin  de 
justifier  ses  prédictions  les  plus  raisonnables. 

Cependant,  vers  la  fin  de  l'année  1810,  l'An- 
gleterre épuisée  par  les  efforts  qu'elle  avait  faits 
pour  renverser  la  puissance  de  Napoléon,  voyait 
tout  son  or  exporté  sur  le  continent  pour  sou- 
doyer les  coalitions,  et  le  prix  des  denrées  élevé 
à  un  taux  qui  rendait  très  difficile  la  continuation 
du  régime  financier  imaginé  par  Pitt.  C'est  alors 
que  parurent  les  fameuses  lettres  de  Cobbett  ', 

^  '  An  Enquiry  iiUo  the  nature  and  effeets  of  Ihe  pdper  crédit 
0/  Great  Brilain ,  Londres ,  1802. 

'  Paper  againsl  Gold,  or  the  History  and  Mysteryof  the  Bank 
of  England,  Ce  pamphlet  prodigieux  a  eu  plus  de  sept  éditions. 


DE  l'économib  politique.  247 

qui  attaquaient  avec  une  énergie  indomptable  les 
abus  du  papier-monnaie  et  les  déceptions  Qnan- 
cières  du  gouvernement.  Nous  ne  connaissons  pas 
d'étude  plus  intéressante  que  celle  de  ce  livre 
pour  quiconque  veut  apprécier  à  leur  juste  valeur 
les  avantages  et  les  inconvéniens  du  système  de 
crédit.  Jamais  la  verve  d'un  écrivain  n'avait  eu  à 
lutter  contre  un  sujet  aussi  diflScile,  et  jamais, 
depuis  les  Provinciales  de  Pascal  et  les  Mémoires  de 
B^umarchais ,  on  n'avait  mis  plus  d'esprit  au 
service  de  la  raison.  Les  partis  politiques  ont  pu 
attaquer  Gobbett  comme  un  pamphlétaire  sans 
tenue  et  sans  dignité;  mais  la  postérité,  plus  juste 
pour  lui  qu'il  ne  l'était  envers  ses  contemporains, 
lui  assignera  un  rang  très  distingué  parmi  les 
économistes  populaires.  Si  toutes  les  questions 
d'économie  politique  avaient  été  traitées  avec 
cette  clarté  vigoureuse  et  naïve,  il  n'y  aurait  peut- 
être  pas.  aujourd'hui  un  seul  point  de  doctrine  en 
litige  et  cette  science  serait  devenue  accessible  à 
toutes  les  classes  de  la  population.  Gobbett  ne 
dierchait  pas  ses  argumens  dans  des  hypothèses 
contestables  ou  dans  les  traités  dogmatiques  des 
écrivains  qui  l'avaient  précédé;  il  attaquait  avec 
les  seules  ressources  du  bon  sens,  et  sa  logique 
inflexible  portait  la  lumière  la  plus  vive  au  fond 
des  discussions  les  plus  ardues.  Ses  pamphlets 
économiques,  presque  tous  datés  de  la  prison 


24«  HISTOIRE 

d'état  de  Newgate,  sont  des  chefs-d'œuvre  de  rai- 
son et  de  style  et  ne  sauraient  être  étudiés  avec 
trop  de  soin  par  les  hommes  jaloux  d'approfondir 
les  mystères  du  crédit  public. 

Presque  en  même  temps,  l'Angleterre  s'enri- 
chissait des  premiers  écrits  de  M.  Ricardo  ,  qui 
devaient  jeter  un  si  brillant  éclat  sur  l'économie 
politique.  On  était  en  1809;  la  hausse  dans  le 
prix  de  l'or  et  la  baisse  dans  le  cours  du  change 
qui  eurent  lieu  cette  année,  avaient  vivement 
préoccupé  l'attention  publique.  Ricardo  publia 
une  brochure  intitulée  :  Le  hatU  prix  du  lingot 
prouve  la  dspréciaJtion  des  billets  de  banque  ' .  Il  y  dé- 
montrait scientifiquement  la  thèse  soutenue  par 
Gobbett,  c'est-à-dire  les  inconvéniens  d'une  trop 
grande  émission  de  papier-monnaie.  Il  faisait  voir 
que  la  hausse  et  la  baisse  du  cours  ne  sont  que 
des  termes  relatifs  et  que  tant  que  la  circulation 
d'un  pays  se  compose  uniquement  de  monnaies 
d'or  et  d'argent  ou  de  papier  conversible  en  ces 
monnaies,  il  est  impossible  que  le  cours  s'élève 
au  dessus  ou  tombe  au  dessous  du  cours  des  au- 
tres pays,  d'une  somme  plus  forte  que  cellei  qui 
est  nécessaire  pour  les  frais  d'importation  d'es- 

*  The  high  priée  of  buUian ,  a  proof  of  the  deprieiation  of 
Bank-note$^ 

Cet  écrit,  aujourd'hui  assez  rare,  est  un  des  documens  les 
plus  remarquables  de  réconomie  politique  par  sa  simplicité  et 
sa  précision  nette  et  pratique. 


DE  l'économib  politique.  249 

pèces  ou  de  lingots  eo  cas  de  rareté,  ou  pour  les 
frais  d'exportation  d'une  partie  du  superflu ,  en 
cas  de  surabondance.  Mais  lorsqu'un  pays  émet 
un  papier-monnaie  non  conversible,  comme  c'é- 
tait alors  le  cas  en  Angleterre,  ce  papier  ne  peut 
être  exporté  quand  il  est  trop  abondant  sur  la 
place,  et  par  conséquent  toutes  les  fois  que  le 
change  avec  l'étranger  baisse ,  ou  que  le  prix  du 
lingot  s'élève  au  dessus  de  son  prix  en  espèces 
monnayées  de  la  somme  nécessaire  pour  l'expor- 
tation des  monnaies,  il  est  évident  qu'on  a  émis 
trop  de  papier  et  que  sa  valeur  est  tombée  en  rai- 
son de  l'excès  des  émissions.  Ricardo  contribua 
beaucoup  à  la  nomination  d'un  comité  chargé 
d'eouuniner  cette  question ,  et  les  mesures  qu'il 
proposait  pour  remédier  au  mal ,  ajournées  d'a- 
bord par  l'ignorance  ou  le  mauvais  vouloir  furent 
adoptées  depuis,  aux  applaudissemens  de  son 
pays  et  de  tous  les  amis  éclairés  de  la  vérité. 

C'est  à  cette  occasion  que  l'auteur  imagina  un 
système  de  banque  dans  lequel  les  billets  seraient 
échangeables,  non  contre  des  espèces  monnayées, 
mais  contre  des  lingots.  La  sécurité  des  porteurs 
de  billets  se  trouvait  ainsi  conciliée  avec  celle 
des  banques.  Celles-ci  étaient  obligées  de  res- 
trdndre  leurs  émissions,  pour  n'avoir  pas  à  aug- 
menter leur  garantie  en  lingots;  et  comme  les 
n'avaient  pas  cours  de  monnaie,  les  ban- 


250  HiSTOIRB 

ques  étaient  moins  exposées  à  des  demandes  de 
remboursement.  Rien  n'était  plus  ingénieux  que 
ce  système,  puisqu'il  présentait  tous  les  avanta^ 
ges  du  crédit  sans  en  avoir  les  dangers,  et  loutee 
les  garanties  d'une  monnaie  d'or  sans  en  en- 
traîner les  frais  :  aussi  est-il  probable  qu'on  en 
fera  l'essai  quelque  jour  avec  succès  dans  plus 
d'un  pays  *. 

Le  principal  ouvrage  de  Ricardo  sur  les  /Vm- 
c^es  de  F  économie  politique  et  de  l'impôt ,  publié  en 
1817 ,  a  excité  dans  le  monde  économique  des 
s  sensations  profondes,  mais  diverses.  Quelques 
écrivains  l'ont  considéré  comme  le  plus  remar^ 
quable  qui  ait  paru  depuis  Adam  Smith;  d'autres 
lui  ont  reproché  d'avoir  jeté  l'économie  politique 
dans  les  abstractions  et  de  l'avoir  hérissée  de  for- 
mulesalgébriques.  Simple  historien  et  peu  disposé 
à  rentrer  dans  des  controverses  aujourd'hui  épui-« 
sées,  je  me  bornerai  à  signaler  les  caractères  dis^ 
tinctifs  de  cet  ouvrage.  Ricardo  y  soutient  que  le 
revenu  est  tout  à  fait  étranger  aux  frais  de  pro«* 
duction;  que  la  hausse  des  salaires  amène  la  baisse 
dans  les  profits  et  non  dans  le  prix  des  denrées, 
et  que  la  baisse  des  salaires  amène  la  hausse  dans 
les  profits  et  non  la  baisse  dans  les  prix.  Après 
avoir  établi  que  la  variation  des  profits  est  en  rai-* 

*  Ce  projet  est  exposé  dans  un  écrit  de  Ricardo,  intitulé  :  Pro- 
posais for  an  Economical  and  êeeure  Currmcy^  Londres,  1816. 


DB  l'Économie  politique.  251 

son  lAiferse  de  celle  des  salaires,  il  chercha  à 
découvrir  les  circonstances  qui  déterminent- le 
tabx  des  salaires  et  conséquemment  celui  des  pro- 
0tft*  Il  crut  les  avoir  trouvées  dans  les  frais  de 
(HToduction  des  articles  nécessaires  à  la  consom- 
mation du  travailleur.  Quelque  élevé  que  soit  le 
prix  de  ces  articles,  il  est  clair  que  le  travailleur 
doit  toujours  en  recevoir  une  quantité  suffisante 
pour  son  existence  et  pour  celle  de  sa  famille. 
Toutefois,  comme  les  produits  bruts  doivent  tou- 
jours former  la  partie  principale  de  la  subsistance 
du  travailleur  et  que  leur  prix  a  une  tendance 
constante  à  monter,  en  raison  de  la  stérilité  con- 
stamment croissante  des  terrains  auxquels  il  faut 
avoir  recours  dans  les  sociétés  avancées ,  il  suit 
que  les  salaires  doivent  avoir  aussi  une  tendance 
constiante  à  s'élever  et  les  profits  à  baisser  avec 
Taccroissement  de  la  richesse  et  de  la  population  '• 
En  somme,  la  doctrine  fondamentale  de  Ricardo 
sur  le  fermage  se  réduisait  à  soutenir  que  le  profit 
que  fait  un  propriétaire  foncier  sur  sa  terre,  c'est 
à  dire  ce  que  lui  paie  son  fermier,  ne  représente 
jamais  que  l'excédant,  à  égalité  de  frais,  du  pro- 
duit de  sa  terre,  sur  le  produit  des  plus  mauvaises 
terres  cultivées  dans  le  même  pays. 

Cette  opinion,  appuyée  de  développemens  re- 

'  Notice  sur  la  vie  et  les  ouvrages  de  JRt car<fo ,  par  M.  Con- 
stancio,  son  traducteur,  page  52. 


252  HISTOIRE 

marquables,  fut  vivement  attaquée  par  Malthuset 
par  J.-B.  Say;  et  cependant  ces  auteurs  arrivaient 
par  des  chemins  diflërensaux  mêmes  conclusions  : 
seulement,  les  adversaires  de  Ricardo  soutenaient 
que  si  les  mauvais  terrains  étaient  cultivés ,  c'é- 
taient rétendue  des  besoins  de  la  société  et  le  prix 
qu'elle  est  en  état  de  payer  pour  avoir  du  blé, 
qui  permettaient  de  trouver  un  profit  foncier  sur 
les  terres  meilleures  ou  mieux  situées.  Dire  que 
ce  sont  les  mauvaises  terres  qui  sont  la  cause  du 
profit  que  Ton  fait  sur  les  bonnes,  c'était  admet- 
tre en  d'autres  termes  un  principe  déjà  cpnuu , 
que  les  frais  de  production  ne  sont  pas  la  cause 
du  prix  des  choses,  mais  que  cette  cause  est  dans 
les  besoins  que  les  produits  peuvent  satisfaire '•  La 
controverse  élevée  sur  ce  point,  n'était  donc  plus 
qu'une  querelle  de  mots]  néanmoins,  Ricardo  a 
jeté  dans  son  livre  de  si  hautes  considérations  sur 
l'influence  réelle  des  impôts  en  matière  de  reve- 
nus, de  profits,  de  salaires  et  de  produits  bruts , 
que  même  en  contestant  la  théorie  de  l'auteur,  on 
ne  peut  s'empêcher  de  reconnaître  les  lumières 
qu'il  a  répandues  sur  cette  partie  difficile  de  la 
science.  Il  est  fâcheux  que  cet  écrivain  se  soit 
placé  trop  souvent  dans  des  hypothèses  hasardées, 
pour  en  tirer  des  conséquences  abstraites  et  inap- 

'  J.-B.  Say,  Traité  d'économie  politique  ^  page  410,  édition 
de  1841,  en  un  volume. 


DB  l'Économie  politique.  253 

plicables  :  semblable  à  un  mécanicien  qui  appré- 
cierait l'action  des  machines,  sans  tenir  compte 
du  frottement  et  des  matériaux  dont  elles  sont 
construites.  Ricardo  aimait  trop  à  généraliser  ;  il 
se  jetait  souvent  dans  une  sorte  de  métaphysique 
économique,  toute  hérissée  d'argumens  et  de  for- 
mules ardues  ,  dont  on  accuse  la  science,  quoi- 
qu'elle en  ait  eu  beaucoup  à  souffrir.  C'est  ainsi 
que  «  sous  prétexte  de  l'étendre,  disait  J.-B.  Say, 
on  l'a  poussée  dans  le  vide  * .  » 

Pour  nous ,  le  plus  grand  reproche  que  nous 
croyons  qu'on  puisse  adresser  à  Ricardo ,  c'est 
d'avoir  considéré  la  richesse  d'une  manière  abs- 
traite et  absolue,  sans  égard  pour  le  sort  des  tra- 
vailleurs qui  contribuent  à  la  produire.  M.  Ricardo 
s'est  montré  beaucoup  plus  préoccupé  de  la  puis- 
sance collective  des  nations,  que  du  bien-être 
individuel  des  citoyens  qui  les  composent  ;  et  sa 
logique  sévère  a  trop  considéré  les  hommes  comme 
des  instrumens  au  lieu  de  les  ménager  comme  des 
êtres  sensibles.  Son  livre  est  séduisant  au  premier 
abord  par  ses  formes  dogmatiques  et  nettement 
dessinées.  Il  y  traite  les  questions  humaines  à  la 
manière  des  sayans  qui  ont  fondé  la  théorie  des 

*  «  Le  chef  de  la  nouvelle  école ,  M.  Ricardo ,  a ,  dit-on ,  dé- 
claré lui  même  quHl  n^y  avait  pas  plus  de  vingt-cinq  personnes 
en  Angleterre  qui  eussent  entendu  son  livre.  »  Sismondi ,  Jfou- 
VMiMP  |Nrjnclpe#  »  tome  II ,  page  574. 


S54  HtstOlRË 

proportions  chimiques  et  qui  se  croient  sûrs  de 
retrouver  dans  l'analyse  de  certains  sels  les  mêmes 
quantités  d'acide  et  de  base,  qu'ils  y  ont  copibi- 
nées  par  la  synthèse.  Il  était  d'avis  de  lever  les 
subsides  pour  une  guerre  de  l'année ,  par  une 
augmentation  d'impôts  équivalente,  et  il  pensait 
qu'il  était  commode  et  praticable  d'acquitter  la 
dette  publique  par  une  cotisation  sur  le  capital. 
C'est  certainement  l'homme  qui  a  eu  le  plus  d'i^ 
dées  neuves  en  économie  politique  depuis  Adam 
Smith;  mais  les  seules  qui  lui  survivront  sont 
'  celles  qu'il  dut  à  l'observation  des  faits  plutôt 
.qu'aux  hardiesses  de  ses  raisonnemens.  Le  der^ 
nier  écrit  qu'il  a  publié  sur  l'agriculture  '  ren- 
ferme des  aperçus  de  la  plus  grande  profondeur 
relativement  à  l'influence  du  prix  du  blé  sur  les 
profits  et  les  salaires  et  aux  effets  des  taxes  sur 
l'agriculture  et  les  manufactures.  Ce  seul  travail 
suffirait  pour  faire  placer  son  auteur  au  premier 
rang  des  économistes. 

Avec  ses  qualités  et  même  avec  ses  défauts, 
M.  Ricardo  devait  naturellement  fonder  une  école  : 
cette  école  compte  déjà  plusieurs  disciples  eélé^ 
bres,  parmi  lesquels  il  convient  de  citer  M.  Mill, 
M.  Torrens  et  M.  Mac  CuUoch.  James  Mill,  que 
la  science  vient  de  perdre ,  est  principalement 

*  Il  est  intitulé  Protection  io  agrieuUure,  C'est  une  Inrodiufe 
d'environ  100  pag . ,  vrai  chef-d'œuvre  de  logique  etde  é&aeamWÊ. 


DE  L^ÉCONOMIE  POLITIQUE.  i&5 

connu  par  son  excellente  histoire  de  Tlnde-Bri* 
tannique;  il  a  laissé  un  traité  élémentaire  d'éco- 
nomie politique  qui  se  ressent  un  peu  de  l'obscu- 
rité du  maître,  et  qui  résume  ses  doctrines  comme 
les  écrits  de  Justin  résument  les  fragmens  perdus 
de  Tite-Live.  M.  Torrens  s'écarte  davantage  des 
doctrines  fondamentales  de  cette  école,  dans  son 
Essai  sur  la  production  de  la  richesse^  et  il  n'accepte 
qu'avec  des  restrictions  notables  les  doctrines  de 
son  illustre  concitoyen^  Cet  écrivain  se  montre  en 
général  éclectique;  il  n'attache  pas  aux  disputes 
de  mots,  qui  ont  trop  longtemps  divisé  les  éco- 
nomistes, une  importance  exagérée,  et  il  explique 
très  bien  comment  la  plupart  d'entre  eux  sont 
parvenus  à  se  mettre  d'accord  sur  les  bases  es- 
sentielles de  la  science.  Le  livre  qu'il  a  publié  en 
1834  sur  les  salaires  et  les  coalitions  ^  tout  plein 
d'une  sympathie  généreuse  pour  les  classes  ou- 
vrières, sera  consulté  avec  fruit  sur  la  question 
des  machines  et  sur  les  circonstances  qui  font 
hausser  ou  baisser  les  salaires  dans  les  pays  ma- 
nufacturiers. L'auteur  y  attaque  vivement  les  lois 
céréales,  ainsi  que  l'avait  fait  Ricardo,  avec  une 
indépendance  très  honorable  dans  un  grand  pro- 
priétaire de  terres. 

C'est  à  M.  Mac  Gulloch  qu'était  réservé  l'hon- 
neur de  vulgariser  les  idées  de  Ricardo ,  en  les 
modifiant  de  toute  la  supériorité  de  son  esprit 


256  HISTOIRE 

éminetnitient  positif  et  pratique.  Déjà  l^auleur 
avait  publié  une  excellente  édition  d'Adam  Smith 
avec  des  notes;  il  lui  appartenait  donc  plus  qu'à 
aucun  autre  de  nous  faire  connaître  les  principes 
de  Ricardo,  et  de  compléter  par  des  analyses 
moins  abstraites  les  travaux  de  cet  économiste 
célèbre.  Malheureusement ,  M.  Mac  Gulloch  nous 
semble  avoir  adopté  l'inflexible  absolutisme  du 
système  manufacturier  qui  consiste  à  faire  avan- 
cer la  production  sans  ménagement  pour  le  pro- 
ducteur, sinon  par  indifférence  pour  l'humanité 
du  moins  par  abus  des  principes.  M.  Th.  Tooke 
est  demeuré  plus  fidèle  à  la  méthode  expérimen- 
tale d'Adam  Smith  ',  et  il  ne  s'est  pas  attaché 
d'une  manière  aussi  étroite  que  plusieurs  de  ses 
prédécesseurs  à  ces  définitions  pointilleuses  des 
^  mots  valeur j  utUité^  rickessej  dont  le  sens  précis  et 
applicable  est  dès  long-temps  fixé.  Homme  pra- 
tique ,  négociant  versé  dans  la  science  des  affai- 
res, il  s'empare  des  doctrines  les  plus  légitime- 
ment reconnues  et  il  les  applique  immédiatement 
aux  questions  industrielles,  comme  M.  Mac-Gul- 
loch  a  su  faire  les  plus  heureuses  applications  de 
la  statistique  à  l'économie  politique  *.  C'est  en  ne 

*  On  lira  surtout  avec  intérêt  ses  deux  écrits  intitulés,  le  pre- 
mier: Thoughliand  détails,  etc.,  Pensées  et  développemens 
sur  le  prix  des  choses  dans  les  trente  dernières  années;  et  le 
second.  Considérations  on  the  state  ofthe  Currency^ 

*  Voyez  son  Dictionnaire  du  commerce  et  sa  Statistique  de 


DE  l'Économie  politique.  257 

li^ligeant,  ainsi,  aucune  occasion  d'utiliser  la 
science,  que  les  économistes  anglais  Font  rendue 
populaire  et  l'ont  élevé  du  rang  des  utopies  au 
premier  ordre  des  connaissances  utiles. 

Deux  ministres  anglais,  M.  HuskissonetM.  Henri 
Parnell,  ont  aussi  contribué  avec  succès  à  cet 
heureux  résultat.  Le  premier  de  ces  hommes 
d'État,  dont  la  science  pleure  encore  la  perte  ré^- 
cente  et  prématurée,  ne  manque  pas  de  ressem- 
blance avec  Turgot.  Frappé  des  tristes  consé- 
quences du  régime  prohibitif  et  des  abus  du 
système  protecteur,  il  avait  résolu  de  porter  une 
main  hardie  sur  ce  vieil  édifice,  indigne  de  notre 
temps  et  funeste  aux  progrès  de  la  civilisation. 
Mais  il  savait  allier  l'esprit  de  réforme  avec  la 
prudence  du  législateur,  et  il  n'entreprit  jamais 
aucune  amélioration  avant  de  s'être  entouré  des 
documens  les  plus  consciencieux  et  d'avoir  pro^ 
cédé  à  de  minutieuses  enquêtes.  L'économie  pO" 
litique  aurait  vu  des  jours  glorieux  et  prospères, 
si  ce  ministre  courageux  et  éloquent  avait  assez 
vécu  pour  mener  à  bonne  fin  les  réformes  qu'il 
avait  entreprises'.  «  Quand  je  parle  d'améiiora- 

V Angleterre ,  où  de  graves  questions  d'économie  politique  sont 
souvent  traitées  avec  une  grande  habileté,  malgré  les  difficultés 
naturelles  de  Tordre  alphabétique. 

'  On.  sait  que  M.  Huskisson  eut  les  deux  jambes  écrasées  par 
un  wagon,  le  jour  même  de  Tinaugurationdu  chemin  de  fer  de 

SIUXliMB  SDITION.  17 


258  HISTOIRE 

lions,  disait-il  à  la  chambre  des  communes,  j'en- 
tends ces  changemens  graduels,  réfléchis,  qui, 
dans  une  société  de  formation  ancienne  et  com- 
pliquée, sont  les  préservatifs  les  plus  assurés 
contre  des  innovations  imprudentes  et  périlleu- 
ses; à  des  changemens  de  ce  genre  il  est  de  notre 
devoir  à  tous  de  concourir  de  tout  notre  pouvoir. 
C'est  en  restant  fidèles  à  ces  principes,  en  y  per- 
sévérant, que  nous  conserverons  la  haute  position 
que  nous  occupons  parmi  les  nations  civilisées. 
Cette  position,  avec  toute  la  gloire,  toute  l'influence 
dont  elle  est  si  justement  environnée,  comment 
l'avons-nous  acquise,  si  ce  n'est  en  marchant  les 
premiers  dans  cette  noble  carrière  d'honneur  et 
d'utilité  ?  jSous  sommes  tenus  d'y  marcher  en 
avant,  entraînés  par  le  souvenir  du  passé,  par  un 
juste  sentiment  de  notre  grandeur  présente  et  par 
celui  des  obligations  que  le  présent  et  le  pas^sé 
nous  imposent  envers  les  générations  qui  doivent 
nous  remplacer.  Notre  pays  ne  saurait  demeurer 
stationnaire,  tant  qu'il  y  aura  hors  de  l'enceinte 
des  murs  du  Parlement  une  presse  libre  pour 
recueillir  en  faisceau  toutes  les  influences  de  l'o* 
pinion,  et  tant  qu'il  y  aura  au  sein  du  Parlement 
une  discussion  libre  pour  guider,  et  diriger  ces 
mêmes  influences.  » 

I4verpool  à  Manchester.  U  mourut  quelques  heures  après  des 
suites  de  cet  accident/ 


DE  l'économib  politique.  259 

Les  deux  circonstances  à  propos  desquelles 
M.  Huskisson  fut  amené  à  ces  solennelles  décla- 
rations de  principes,  sont  trop  connues  pour 
qu'il  soit  nécessaire  de  les  exposer  longuement. 
Il  suffira  de  dire  que  dans  l'une,  il  s'agissait  de 
l'admission  des  soieries  étrangères,  et  dans  l'au- 
tre d'amender  les  lois  relatives  à  la  navigation, 
demeurées  si^xclusivement  restrictives  depuis  le 
fameux  acte  de  Gromwell.  Des  réclamations  ar- 
dentes s'élevèrent  aussitôt  de  la  part  des  fabri- 
cans  de  soieries  et  des  armateurs  de  navires,  les 
uns  et  le$  autres  prétendant  que  le  ministre  vou^ 
lait  livrer  l'industrie  nationale  sans  défense  à  la 
concurrence  extérieure.  M.  Huskisson  ne  s'émut 
pas  un  instant  de  cette  double  tempête,  et  réfu-^ 
tant  ses  adversaires  les  uns  par  les  autres,  oppo- 
sant les  récriminations  de  ceux-ci  aux  lamenta- 
tions étudiées  de  ceux-là,  il  obtint  le  plus  beau 
triomphe  qu'un  homme  d'État  puisse  désirer,  l'a* 
doptipn  de  ses  projets  sans  aucun  amendement 
restrictif.  Quelques  années  après,  les  doctrines 
de  $es adversaires  recevaient  un  éclatant  démenti  : 
non  seulement  les  fabriques  de  soieries  anglaises 
n'avaient  pas  succombé  devant  la  concurrjence 
étrangère,  mais  elles  s'étaient  accrues  et  perfec-* 
tiônnées  au  point  de  lutter  \ictorieusement  avec 
die  ;  et  le  chiffre  de  la  navigation  avait  dépassé  les 
espérances  les  plus  exagérées.  Quelques  pétition^^ 


260.  HISTOIRE 

naireSi,  feignant  de  redouter  la  marine  prussienne 
à  propos  de  l'association  de  douanes  dont  ce 
pays  venait  de  se  faire  le  centre,  proposaient  d'em- 
ployer le  canon  pour  le  réduire  à  reconnaître  l'an- 
cien  monopole  de  la  Grande-Bretagne.  «J'espère 
bien,  répliqua  M.  Huskisson,  que  je  ne  ferai  plus 
partie  des  conseils  de  l'Angleterre ,  quand  il  y 
sera  établi  en  principe  qu'il  y  a  une  règle  d'in- 
dépendance et  de  souveraineté  pour  le  fort  et  une 
autre  pour  le  faible,  et  lorsque  l'Angleterre,  abu- 
sant de  sa  supériorité  navale,  exigera  pour  elle, 
soit  dans  la  paix,  soit  dans  la  guerre,  des  droits 
maritimes  qu'elle  méconnaîtra  pour  les  autres 
dans  les  mêmes  circonstances.  De  pareilles  pré- 
tentions amèneraient  la  coalition  de  tous  les  peu- 
ples du  monde  pour  les  renverser.  » 

Telles  furent  les  doctrines  économiques  et  po- 
litiques de  M.  Huskisson  pendant  sa  trop  courte 
existence  ministérielle.  Elles  n'ont  pas  cessé, 
depuis  sa  mort,  de  prévaloir  dans  les  conseils  du 
gouvernement  britannique,  et  la  lenteur  avec  la- 
quelle nous  les  avons  vu  adopter  par  les  États 
civilisés  doit  être  attribuée  aux  résistances  de 
l'intérêt  privé,  beaucoup  plus  qu'à  la  mauvaise 
volonté  de  l'administration.  Tous  les  bons  esprits 
sont  d'accord  aujourd'hui  sur  les  résultats  infail- 
libles de  l'abaissement  des  taxes,  et  les  gouver- 
nemen s  éclairés  s'empressent  de  prévenir,  à  cet 


DE  L*£CONOMlB  POLITIQUE.  261 

égard  ,  le  voeu  des  populations.  M.  Huskisson  à 
trouvé  un  digne  successeur  dans  M.  Henri  Par- 
nell  '.  Cet  écrivain  distingué  a  passé  en  revue  tout 
le  système  économique  de  l'Angleterre ,  dans  ua 
ouvrage  intitulé  :  De  la  Réforme  financière ,  qui 
contient  le  germe  de  tous  les  perfectionnemens 
dont  la  législation  anglaise  est  susceptible ,  en 
matière  de  finances ,  de  douanes  et  d'intérèta 
commerciaux.  Ce  travail  est  un  modèle  à  offrir  à 
tous  les  gouvernemens  jaloux  de  réformer  le& 
abus  d'une  manière  prudente  et  progressive. 
L'auteur  y  expose  l'ensemble  des  faits  relatifs  à 
chaque  question,  et  les  inconvéniens  attachés  à  la 
conservation  de  l'état  actuel,  toutes  les  fois  que 
cet  état  lui  semble  contraire  aux  intérêts  géné- 
raux. Il  se  montre  plus  hardi  que  M.  Huskissoa 
pour  tout  ce  qui  touche  à  la  liberté  du  com- 
merce, et  jamais  les  principes  sur  lesquels  repose 
la  nécessité  de  celte  liberté  n'ont  été  appuyés  de 
développemens  plus  concluans  et  d'argumens 
plus  irrésistibles.  Sir  Henri  Parnell  a  fait  ressor- 
tir avec  le  dernier  degré  d'évidence  les  avantages 
de  la  réduction  des  taxes ,  soit  sur  les  matières 
premières^  soit  sur  les  produits  fabriqués;  il  a 
ouvert  une  ère  nouvelle  à  la  science  en  suivant  un 
système  d'application  particulier  à  chaque  ques- 

'  Son  Traité  de  la  réforme  financière  en  .Angleterre  a  été 
traduit  en  français  par  M.  Benjamin  Laroche 


Md  HISTOIRE 

tk>n  économique,  de  manière  à  en  provoquer  là 
solution  dans  un  avenir  peu  éloigné. 

Deux  publicistes  anglais,  appartenant  à  la  mê- 
me école,  M.  Wade  et  M.  Poulett  Scrope ,  ont 
publié  récemment*  de  petits  traités  populaires 
dans  lesquels  l'économie  politique  était  mise  à  la 
portée  des  classes  laborieuses.  Celui  de  M.  Wade 
est  précédé  d'un  résumé  historique  de  la  condi- 
tion des  travailleurs,  et  l'auteur  y  a  traité  avec 
une  grande  supériorité  les  questions  de  salaires, 
de  paupérisme,  les  lois  céréales  et  l'influence  de 
l'éducation  sur  les  masses.  M.  Poulett  Scrope 
s'est  déclaré  l'antagoniste  absolu  des  doctrines 
de  Malthus  sur  la  population,  et  il  s'est  élevé  à 
de  hautes  considérations  sur  les  phénomènes  de 
la  distribution  des  richesses.  Son  livre  est  un  de 
ceux  ou  les  causes  de  la  pauvreté  publique  et  pri- 
vée ont  été  le  mieux  exposées ,  ainsi  que  l'effet 
dés  restrictions  sur  les  échanges.  «  Le  bonheur 
de  l'espèce  humaine,  s'écrie  l'auteur  en  finissant, 
peut  facilement ,  au  moyen  de  la  prévoyance , 
égaler  et  même  dépasser  l'accroissement  de  la 
population.  »  La  doctrine  de  MM.  Wade  et  Scrope 
diffère  essentiellement  de  celle  qui  a  été  dévelop- 
pée à  peu  près  à  la  même  époque  dans  les  ouvra- 
ges de  M.  Babbage  et  du  docteur  Ure,  sur  l'éco- 
nomie des  manufactures.  Le  livre  de  M.  Babbage 

*  Kîi  1855. 


1>B  l'écohomie  politique.  26S 

n*esl  autre  chose  qu'une  série  d^aperçus  ingé** 
nieux  sur  la  division  du  travail  et  l'emploi  des 
machines;  celui  du  docteur  Ure  est  un  hymne  en 
honneur  du  système  manufacturier,  que  cet  au- 
teur proclame  le  plus  favorable  au  soulagement 
des  classes  ouvrières.  Babbage  croyait  du  moins 
qu'il  restait  beaucoup  à  faire  aux  fabricans  pour 
profiter  des  découvertes  industrielles  et  pour 
améliorer  l'état  moral  des  travailleurs;  le  docteur 
Ure,  apologiste  plus  prononcé  de  la  grande  indus* 
trie,  en  dissimule  habilement  les  imperfections  et 
la  considère  comme  le  dernier  terme  de  la  civili- 
sation. Tel  est  caractère  dominant  de  l'école  éco- 
nomique anglaise,  et  c'est  avec  raison  qu'on  lui 
reproche  de  ne  pas  assez  tenir  compte  des  com- 
plications inhérentes  au  travail  manufacturier, 
malgré  les  avertissemens  sévères  de  la  taxe  des 
pauvres  et  les  crises  périodiques  dont  l'Angle- 
t^re  est  affligée  depuis  quarante  ans.  A  l'aspect 
de  ce^  milliers  d'enfans  étiolés  et  de  filles  cor- 
rompues qui  pullulent  dans  les  manufacturer 
anglaises,  on  est  surpris  de  lire  dans  un  ouvrage 
qui  s'intitule  :  Philosophie  des  manufactures,  un  pa^^ 
sage  tel  que  celui  :  «  Lorsque  les  enfans  travail- 
lent à  domicile,  ils  sont  renfermés  toute  la  jour- 
née avec  leurs  parens  ;  ils  ne  connaissent  ni  les 
hommes,  ni  les  choses  qui  les  entourent.  Ainsi , 
le  seul  sentiment  qu'ils  puissent  percevoir  est 


26i  HISTOIRE 

celui  de  Tégoïsme'.  »  Mais  Técole  anglaise  n'a  vu 
dans  la  production  des  richesses  qu'un  élément 
de  puissance  nationale ,   et  les  économistes  de 
cette  école  se  sont  trop  accoutumés  à  considérer 
les  ouvriers  comme  de  simples  instrumens  de  la 
production.  A  peine  il  leur  échappe  un  cri  de 
commisération  à  l'aspect  des  hôpitaux  encombrés 
et  des  prisons  remplies  de  toutes  les  victimes  de 
nos  inégalités  sociales.  Ils  ferment  leurs  oreilles 
^  la  plainte,  et  ils  se  laissent  éblouir  par  le  pres- 
tige de  la  civilisation,  sans  se  demander  si  ce  bril- 
lant édifice  n'est  pas  cimenté  de  pleurs  et  de  lar- 
mes ,  et  si  la  base  en  est  tellement  solide  qu'on 
n'y  ait  point  à  redouter  des  secousses.  Heureuse- 
ment ,  la  France  a  revendiqué  son  privilège  ac- 
coutumé de  défendre  les  droits  de  l'humanité,  et 
tandis  que  la  Grande-Bretagne  avance  à  pas  de 
géant  dans  la  carrière  de  l'industrie ,  nos  écri- 
vains la  rappellent  aux  principes  sacrés  d'une 
répartition  équitable  des  profits  du  travail:. Noua 
entrons  dans  l'ère  sociale  de  l'économie  politique. 

■  Philosophie  des  manufactures^  par  le  docteur  Ure,  troisiè- 
fne  partie,  chap.  m. 


DE  L  ECONOMIE  POLITIQUE.  265 


CHAPITRE  XLI. 

Des  économistes  sociaux  de  Técole  française.  —  Nouveaum 
principes  d'économie  politique  de  M.  de  Sismondi.  —  JVioii- 
veau  traité  d'économie  sociale  de  M.  Dunoyer.  —  Ècono- 
mie  politique  chrétienne  de  M.  de  Villeneuve  -  liargemont. 
—  Traité  de  législation  par  M.'  Ch.  Comte.  —  Économie  po» 
Ktique  de  M.  Droz. 


Il  y  avait  déjà  plusieurs  années  que  les  doctri- 
nes d'A.dam  Smith,  de  Malthus  et  de  l'école  in- 
dustrielle étaient  adoptées  sans  discussion  dans 
toute  l'Europe,  lorsque  M.  de  Sismondi  fit  paraî- 
tre la  première  attaque  sérieuse  contre  les  abus 
de  ces  doctrines  ,  tout  en  acceptant  ce  qu'elles 
avaient  d'inconstable  et  de  positif*.  Frappé  du 
contraste  de  la  grande  opulence  et  de  la  misère 
extrême  dont  il  avait  été  témoin  en  Angleterre, 
surpris  de  voir  les  perfectionnemens  de  l'indus- 
trie profiter  presque  exclusivement  à  quelques 
hommes ,  sans  avantages  sufiisans  pour  la  com- 
munauté, il  rechercha  les  causes  de  cette  anoma^ 
lie,  et  il  crut  les  avoir  trouvées  dans  la  constitu- 
tion même  de  l'industrie,  mal  appropriée,  selon 

*  Témoin  son  premier  ouvrage  intitulé  :  De  la  richesse  com- 
merciale^ publié  en  1805 ,  la  même  année  que  la  première  édi** 
tion  du  Traité  de  J.-B.  Say. 


266  HISTOIRE 

lui,  aux  besoins  généraux  des  travailleurs.  <  J'ai 
voulu  prouver ,  dit-il ,  que  l'augmentation  de  la 
production  n'est  un  bidli  qu'autant  qu'elle  est 
suivie    d'une    consommation    correspondante  ; 
qu'en    même   temps   l'économie    sur   tous    les 
moyens  de  produire  n'est  un  avantage  social 
qu'autant  que  chacun  de  ceux  qui  contribuent  à 
produire  continue  à  retirer  de  la  production  un 
revenu  égal  à  celui  qu'il  en  retirait  avant  que 
cette  économie  eût  été  introduite;  ce  qu'il  ne 
peut  faire  qu'en  vendant  plus  de  ses  produits.   » 
En  examinant  sous  ce  point  de  vue  neuf  et 
hardi  la  constitution  industrielle  de  la  société  eu- 
ropéenne, M.  de  Sismondi  rencontrait  les  ques- 
tions immenses  de  la  concurrence,  des  prohibi- 
tions, des  banques  et  de  la  population.  La  con- 
currence entre  les  travailleurs  lui  semblait  davoir 
amener  de  jour  en  jour  davantage  la  baisse  des 
salaires,  tandis  que  les  machines  fournies  par  les 
banques,  diminuaient  graduellement  la  demande 
du  travail.  Il  y  avait  sans  doute  une  plus  grande 
majsse  de  richesses  produites  ;  mais  le  revenu  des 
populations  laborieuses  n'en  était  point  augmenté 
et  par  conséquent  leurs  moyens  d'existence  de- 
venaient insullisans;  de  là  résultaient  tous  les 
fléaux  dont  l'humanité  était  affligée  dans  les  pays 
civilisés,  et  M.  de  Sismondi  se  voyait  conduit  à 
adopter  les  théories  de  Malthus ,  sinon  comme 


DE  l'Économie  politique.  267 

une  fatalité  inévitable ,  du  moins  comme  une 
conséquence  de  la  constitution  imparfaite  de  Tin- 
dustrie.  Le  bonheur  public  étant  attaché ,  selon 
lui,  à  un  juste  équilibre  entre  la  population  et  le 
revenu,  et  le  revenu  des  travailleurs  se  trouvant 
chaque  jour  réduit  par  la  concurrence  et  Temploi 
des  machines,  la  société  ne  pouvait  manquer  d'ar- 
river à  une  série  de  catastrophes  dont  les  signes 
précurseurs  éclataient  de  toutes  parts.  Ne  voyait- 
on  pas  partout;  au  dedans,  la  concurrence  avec 
son  cortège  ignominieux  ,  la  baisse  des  salaires, 
les  fraudes  commerciales,  la  mauvaise  qualité 
des  produits;  et  au  dehors,  les  guerres  de  doua- 
nes, la  contrebande  et  tous  les  crimes,  qu'elle 
traîne  à  sa  suite  ? 

Cette  tendance  nouvelle  de  l'industrie,  la  vic- 
toire par  les  gros  bataillons,  et  la  lutte  infruc- 
tueuse des  travailleurs  contre  les  capitaux,  ont 
inspiré  à  M.  de  Sismondi  des  pages  éloquentes. 
Il  pousse  un  cri  d'effroi  à  Taspect  des  banques  qui 
ajoutent  des  armes  nouvelles  aux  armes  déjà  si 
bien  trempées  des  entrepreneurs  d'industrie.  Si 
du  moins  ces  créations  éphémères  d'instrumens 
productifs  profitaient  à  la  grande  famille  des 
travailleurs!  Mais  non;  les  banques  ne  font  qu'a- 
jouter aux  moyens  existans  d'empirer  la  condition 
de  l'ouvrier;  elles  multiplient  les  machines,  ré- 
duisent le  prix  des  journées,  et  en  jetant  la  pro- 


268  HISTOIRE 

ductioh  dans  une  arène  sans  limites,  elles  facili- 
tent ces  encombremens  déplorables  suivis  de 
crises  dans  le  commerce  et  de  ruine  dans  les  ma- 
nufactures. Toute  Thabileté  consiste  désormais  à 
vendre  au  plus  bas  prix  possible;  on  se  croit  du 
patriotisme,  parce  qu'on  a  ruiné  des  fabriques 
étrangères;  mais  on  n'a  pas  ménagé  davantage 
les  usines  nationales.  On  a  substitué  des  machines 
plus  productives,  mais  plus  dispendieuses,  à  cel- 
les qui  existaient  précédemment;  on  a  obtenu  un 
rabais  sur  le  loyer  des  bâtimens ,  sur  celui  des 
capitaux,  sur  le  revenu  des  propriétaires.  Une 
fabrication  annuelle  de  cent  mille  francs,  portée 
à  un  million,  fait  périr  neuf  usines  rivales;  les 
machines  nouvelles  anéantissent  le  capital  re- 
présenté par  les  anciennes.  Il  y  a  perte  de  revenu 
pour  la  société  par  la  diminution  de  l'intérêt  de 
l'argent,  par  la  diminution  des  profits  de  l'in- 
dustrie, par  la  perte  du  loyer  de  toutes  les  usines, 
par  la  réduction  du  nombre  total  des  ouvriers  et 
des  salaires  de  chacun.  Il  y  a  donc  diminution 
dans  la  consommation  de  toutes  ces  classes;  et 
tandis  que  le  manufacturier  travaille  de  toute  sa 
puissance  à  augmenter  la  quantité  et  à  améliorer 
la  qualité  des  tissus  qu'il  expose  en  vente,  il  tra- 
vaille tout  aussi  activement,  tout  aussi  efficace- 
ment à  diminuer  le  nombre  des  acheteurs  des 
uns  ou  des  autres,  et  à  décider  tous  ceux  qui  s'ap* 


DE  l'Économie  politique.  269^ 

pauvrissent  à  faire  servir  leurs  habits  plus  long- 
temps et  à  se  contenter  de  qualités  toujours  plus 
grossières  ' . 

II  n'est  donc  pas  vrai,  suivant  M.  de  Sismondi, 
que  la  lutte  des  intérêts  individuels,  tant  préco- 
nisée par  l'école  anglaise,  suffise  pour  produire  le 
plus  grand  bien  de  tous,  puisque  sous  l'influence 
de  cette  lutte,  nous  Voyons  naître  chaque  jour  les 
complications  les  plus  graves  et  se  consommer  les 
injustices  les  plus  criantes.  Ainsi ,  Malthus  avait 
raison  de  conseiller  la  prudence  aux  victimes  pré- 
destinées à  ces  holocaustes  industriels,  qui  se  cé- 
lèbrent sur  l'autel  de  la  concurrence,  et  nos  pères 
n'étaient  pas  si  mal  avisés  lorsqu'ils  retenaient 
dans  les  liens  des  jurandes  et  des  maîtrises  cette 
fatale  exubérance  de  production  qui  a  transformé 
le  monde  en  un  champ  de  bataille,  où  les  grands 
entrepreneurs  dévorent  les  petits.  Au  moins,  sous 
ce  régime,  il  y  avait  un  frein  naturel  au  mariage; 
on  frappait  des  mêmes  entraves  la  multiplication 
des  hommes  et  celle  des  produits;  on  maintenait 
dans  de  sages  limites  la  concurrence  des  travail- 
leurs et  celle  des  marchandises.  Le  plus  grand 
vice  de  l'organisation  sociale  actuelle,  c'est  que  le 
pauvre  ne  peut  jamais  savoir  sur  quelle  demande 
de  travail  il  peut  compter,  et  que  la  puissance  de 

'  Sismondi,  du  REVEifu  social  ,  dans  la  Revue  d'économie  poli- 
tique ,  tome  IV ,  page  âao. 


270  HIS1X>!RÈ 

travailler  ne  soit  jamais  pour  lui  un  revenu  précis 
et  assuré.  Telle  est,  en  résumé,  la  doctrine  sou- 
tenue par  M.  de  $>ismondi  dans  ses  Nouveaux pvvh' 
c^es  d'économie  politique,  et  développée  par  lui  avec 
une  supériorité  de  talent  qui  n'a  pas  réussi,  néanr 
moins,  à  dissimuler  le  côté  paradoxal  de  son  sys- 
tème. 

Nous  convenons  volontiers  qu'une  famille  qui 
n'a  que  mille  francs  de  revenu,  ne  dépensera  que 
mille  francs,  quel  que  soit  le  prix  de  la  plupart  des 
denrées  qu'elle  doit  acheter.  Mais  si  elle  se  pro^ 
cure  avec  ces  mille  francs  plus  d'objets  qu'elle 
n'en  obtenait  avant  la  diminution  de  leurs  frai§ 
de  production,  elle  jouira  en  réalité  d'une  aisance 
plus  grande;  elle  achètera  plus  de  produits  et 
donnera  carrière  à  de  plus  grandes  demandes  de 
travail.  Que  le  sucre  diminue,  par  exemple,  soit 
par  un  progrès  de  l'art,  soit  par  une  découverte 
dans  la  nature ,  la  portion  du  revenu  précédem- 
ment employée  à  acheter  du  sucre,  pourra  être 
employée  à  d'autres  achatset  favoriser  de  nouvelles 
industries  ou  le  développement  de  celles  qui  exis- 
tent. Si  le  progrès  des  manufactures,  leperfecr 
tionnement  des  machines  ou  la  multiplication  des 
moyens  de  travail  par  les  banques  étaient  de  vé- 
ritables fléaux,  comment  s'expliqueraient  donc 
le  développement  progressif  de  la  prospérité  pu- 
blique et  cet  accroissement  de  bien-être  qui  a 


DE  l'Économie  politique.  271 

pénétré  jusque  dans  les  rangs  des  plus  humbles 
travailleurs?  N-'est-ce  pas,  plutôt,  que  toutes  les 
économies  obtenues  sur  les  frais  de  production 
sont  des  conquêtes  dont  profite  la  société  tout 
entière,  trop  inégalement,  sans  doute,  mais  néan* 
moins  d'une  manière  incontestable?  M.  de  Sis« 
mondi  s'est  laissé  entraîner  parla  séduction  d'une 
idée  simple  et  saisissante,  comme  celle  de  Mal- 
thus,  lorsqu'il  proclama  son  fameux  principe  de 
population;  et  il  a  cru  avoir  trouvé  le  vrai  prin- 
cipe de  la  félicité  publique  ,  dans  sa  théorie  du 
revenu  social.  Mais ,  à  vrai  dire ,  l'illustre  çcono- 
miste  n'a  fait  que  découvrir  une  de^  plaies  de 
l'industrialisme  poussé  à  ses  dernières  limites 
actuelles.  Navré  à  l'aspect  des  abus,  il  s'est  attaqué 
à  l'usage  même,  qu'il  a  voulu  rendre  responsable 
de  tous  les  maux  de  la  société  moderne;  et  après 
avoir  décrit  en  termes  pathétiques  les  souffrances 
des  classes  laborieuses  ,  il  s'est  vu  réduit  à  con- 
fesser son  impuissance  d'y  remédier. 

Son  admirable  livre  finit  par  un  cri  de  déses* 
poir  :  t  Je  l'avoue,  dit-il,  après  avoir  indiqué  où 
est  à  nos  yeux  le  principe,  où  est  la  justice,  je  ne 
me  sens  pas  la  force  de  tracer  les  moyens  d'exé- 
cution; la  distribution  des  profits  du  travail  entre 
ceux  qui  concourent  à  les  produire  mp  paraît  vi- 
cieuse; mais  U  me  senMe  presque  au-dessus  des  forces 
hemamis  de  concevoir  un  état  de  propriété  abso- 


272  HISTOIRE 

lument  différent  de  celui  que  nous  fait  connaître 
l'expérience.  »  Et  en  effet,  M.  de  Sisniondi  a  bien 
démontré  que  la  culture  des  denrées  tropicales 
était  odieuse  et  ruineuse  avec  des  esclaves  ;  mais 
il  n'a  rien  proposé  pour  résoudre  la  grande  ques- 
tion de  r émancipation  des  noirs,  sans  nuire  à  leur 
subsistance  même  et  à  leur  propre  sécurité.  11  a 
signalé  avec  une  rare  perfection  et  une  connais- 
sance parfaite  de  la  matière,  les  abus  du  papier- 
monnaie  et  les  dangers  de  la  monnaie  de  papier  ; 
mais  son  ouvrage  n'offreaucun  tempérament  qu'on 
puisse  appliquer  à  leur  emploi.  Nous  savons  seu- 
lement qu'il  s'agit  d'une  puissante  machine  à 
vapeur  qui  peut  faire  explosion  et  des  victimes  ; 
mais  l'auteur  ne  parle  point  d*une  soupape  de 
sûreté,  et  la  conclusion  serait  donc  de  renoncer 
à  l'emploi  de  la  machine  pour  échapper  à  ses 
dangers.  Les  perfeclionnemens  de  la  mécanique 
ont  excité  au  plus  haut  degré  ses  inquiétudes,  et 
par  momens  son  courroux  ;  mais  il  ne  nous  a  of- 
fert aucune  vue  pratique  et  sérieuse  pour  adou- 
cir les  rigueurs  de  ces  époques  de  transition  et  de 
ces  longs  chômages  qui  mettent  des  populations 
entières  aux  abois.  C'est  qu'il  est  des  plaies  so- 
ciales, filles  du  temps  et  des  moeurs,  lentes  à  se 
former,  plus  lentes  à  guérir,  et  sur  lesquelles  il 
ne  suffit  pas  de  pleurer  éloquemment  comme  Jé^ 
rémie,  pour  qu'elles  disparaissent  d'elles-mêmes. 


DE  LECONOMIE  POLITIQUE.  273 

Assurémenf  9  tous  les  capitalistes  ne  sont  pas  sans 
entrailles,  et  tous  les  ouvriers  sans  prévoyance  ; 
mais  que  de  mariages  prématurés  \  que  d'enfans 
qui  n'auraient  pas  dû  naître!  quede  récoltes  dé- 
truites par  les  orages!  que  de  guerres  imprévues! 
que  de  crises  commerciales  difficiles  à  prévoir  î 
Voilà  ce  qui  déconcerte  chaque  jour  les  théories 
de  l'économiste  et  les  calculs  de  Thomme d'État. 
Ce  sont  des  maladies  qui  accompagnent  la  crois- 
sance, mais  qui  ne  l'arrêtent  pas. 

M.  de  Sismondi  a  été  l'historien  de  cette  partie 
fugitive  et  douloureuse  des  dévëloppemens  de 
l'industrie  moderne.  Nul  écrivain  n'avait  montré 
jusqu'à  ce  jour  une  sympathie  plus  noble  et  plus 
touchante  pour  les  classes  laborieuses;  nul  n'a 
flétri  avec  plus  d'énergie  l'égoïsme  des  riches  et 
l'insouciance  des  hommes  chargés  de  veiller  aux 
intérêts  du  plus  grand  nombre.  Son  livr^  est  le 
meilleur  ouvrage  critique  qui  existe  en  économie 
politique;  mais  un  livre  meilleur  sera  celui  qui 
doit  le  réfuter.  La  plus  légère  observation  des 
feits  suffit  pour  démontrer  que  la  condition  des 
classes  laborieuses  est  bien  supérieure  aujour- 
d'hui à  ce  qu'elle  était  avant  la  découverte  des 
grandes  machines  de  l'industrie  moderne.  Les  ou- 
vriers, même  les  plus  mal  payés,  participent  in- 
directement aux  bienfaits  de  la  civilisation;  ils 
circulent  dans  des  rues  plus  propres,   mieux 

DEUXIEME  ÉDITION  18 


274  HISTOIRE 

éclairées  :  ils  reçoivent  le  bienfait  gratuit  de  l'é- 
ducation  élémentaire  ;  ils  voyagent  plus  commo^ 
dément  et  plus  économiquement  que  leurs  pè*<- 
res,  et  chaque  jour  voit  la  richesse  ou  du  moins 
Taisance  arriver  à  des  classes  nombreuses  dont 
elle  n'eût  jamais  été  le  partage  sans  le  perfectîoa- 
nement  des  machines.  Le  principal  défaut  de  la 
méthode  de  M.  de  Sismondi,  c'est  de  trop  géné- 
raliser, comme  Ricardo  lui-même,  son- plus  il- 
lustre antagoniste.  Il  ne  ménage  rien;  il  va  droit 
à  son  but,  et  il  tire  quelquefois  des  conséquences 
exagérées    d'un    principe    raisonnable.    L'abus 
qu'on  a  fait  des  banques  en  Angleterre  et  aux 
États-Unis,  où  elles  ne  servent  qu'à  enrichir  que 
ceux  qui  sont  riches,  et  à  multiplier  les  machines 
sans  savoir  comment  on  écoulera  leurs  produits^ 
lui  a  paru  suffire  pour  motiver  les  malédictions 
dont  il  poursuit  ce  précieux  instrument  de  for- 
tune publique.  «  Les  capitaux  si  facilement  obt^ 
nus,  dit-il,  excitent  à  des  entreprises  hasardeu- 
ses, pour  lesquelles  les  auteurs  auraient  hésité^ 
s'ils  avaient  dû  exposer  leurs  propres  fonds.  » 
Cela  est  vrai^  sans  doute;  mais  faut-il  en  con- 
clure la  nécessité  de  supprimer  les  banques? 
M.  de  Sismondi  n'a  pas  reculé,  pour  les  machi- 
nes, devant  les  conséquences  rigoureuses  de  son 
système.  11  n'hésite  pas  à  déclarer  qu'un    noU'* 
veau  perfectionnement  industriel  serait  un  mal- 


DE  l'Économie  politique.  276 

heur  national,  car  le  nombre  des  consommateurs 
ne  peu!  guère  s'accroître,  d'après  ses  idées,  et  le 
nombre  des  producteurs  diminuerait  par  rem- 
ploi des  nouvelles  machines.  Il  demande  ce  que 
deviendrait  T Angleterre  gouvernée  par  un  roi  qui 
ferait  à  lui  seul,  au  moven  d'une  immense  mani- 
velle,  toute  la  besogne  de  ses  sujets  mourans  de 
faim,  parce  que  sa  mécanique  puissante  leur  au- 
rait ôté  leur  travail.  Et  nous  répondons  volontiers 
que  l'Angleterre  serait  un  pays  bien  heureux  de 
pouvoir  se  reposer  de  sa  subsistance  sur  la  solli- 
citude d'un  prince  capable  d'exécuter  à  lui  seul 
tant  d'immenses  travaux. 

Cependant ,  et  malgré  le  caractère  paradoxal 
qui  les  distingue,  les  opinions  de  M.  de  Sismondi 
ont  exercé  une  grande  influence  en  Europe. 
C'est  lui  qui  a  révélé ,  le  premier ,  le  secret  de 
ces  douleurs  sociales,  principalement  concentrées 
dans  les  pays  de  manufactures,  et  qui  a  donné 
l'éveil  sur  le  danger  des  banques,  bien  avant  les 
catastrophes  récentes  qui  ont  si  tristement  jus- 
tifié ses  prédictions.  Grâce  à  lui,  la  condition  de 
l'ouvrier  est  devenue  chose  précieuse  et  sacrée; 
il  a  eu  son  couvert  au  banquet  de  la  vie  ,  dont 
les  théories  de  Malthus  avaient  voulu  l'exclure; 
et  désormais,  les  progrès  de  la  richesse  ne  seront 
considérés  comme  vraiment  utiles  qu'autant  que 
les  bienfaits  s'en  répandront  sur  tous  ceux  qui 


276  HISTOIRE 

y  auront  concouru.  Le  principe  est  posé;  c'est 
aux  législations  qu'il  appartient  d'en  tirer  les 
conséquences.  Déjà  de  hautes  questions  indus- 
trielles et  commerciales  sont  tombées  dans  le  do- 
maine de  la  discussion  parlementaire;  elkis  ne 
tarderont  pas  à  y  être  résolues,  sous  les  auspices 
de  la  nouvelle  école  économique  *,  avec  la  géné- 
rosité de  sentimens  et  la  hauteur  de  vues  qui 
doivent  caractériser  un  jury  spécial  de  savans. 

M.  de  Sismondi  a  fait  preuve  d'un  véritable 
courage  en  signalant ,  le  premier ,  d'une  main 
ferme  les  dangers  du  système  artificiellement  et 
aveuglément  producteur  préconisé  par  l'Angleterre 
el  adopté  par  la  plupart  des  économistes  de 
l'Europe.  Assurément  s'il  n'eût  fallu  qu'un 
homme  de  cœur  pour  appeler  les  sympathies 
publiques  sur  le  sort  des  travailleurs ,  victimes 
d'une  organisation  industrielle,  égoïste  et  par- 
tiale, cethomme  n'eût  pasmanquéenFrance:  mais 
il  fallait  faire  expliquer  les  vices  cachés  de  ce 
régime;  il  fallait  voir  comment  la  misère  privée 
augmentait  en  même  temps  que  la  richesse  pu- 
blique et  par  quel  affligeant  contraste  les  profits 
du  travail  se  concentraient  plus  souvent  aux  mains 
de  l'oisiveté ,  qu'au  foyer  du  travailleur.  M.  de 

*  Témoin  la  question  des  prisons,  celle  de  l'esclavage,  celle 
da  travail  des  enfans  dans  les  manufactures,  les  grandes  entre- 
prises d'utilité  publique ,  etc. 


DE  l'Économie  politique.    '  277 

Sismondi  n'a  pas  résolu  ce  problème,  mais  il  y  a 
répandu  la  plus  yi\e  lumière  et  il  l'a  posé  hardi- 
ment aux  économistes  et  aux  hommes  d'État. 
Les  prohibitions  ont  commencé ,  dès  lors ,  à  se 
montrer  sous  un  aspect  bien  différent  de  celui 
d'autrefois;  l'impulsion  factice  qu'elles  donnent 
à  la  production-,  s'est  troavée  compensée  par  les 
entraves  qu'elles  apportent  à  la  consommation. 
On  a  vu  que  l'ouvrier  perdait  en  qualité  de  con^ 
soàimateur,  tout  ce  que  les  chefs  des  industries 
protégées  gagnaient  en  qualité  d'entrepreneurs. 
Le  concours  des  machines,  si  énergique  et  si 
utile,  quand  il  a  pour  but  d'économiser  le  temps 
et  la  fatigue  des  hommes,  a  paru  meurtrier  aus- 
sitôt qu'on  a  prouvé  qu'il  avait  trop  souvent 
pour  résultat  de  broyer  l'humanité  dans  des 
engrenages.  Peut-être  M.  de  Sismondi,  vivement 
ému  du  tableau  des  souffrances  si  communes 
dans  les  pays  de  manufactures,  a-t-il  exagéré  des 
maux  qui  ne  dépendaient  pas  tous  de  la  même 
cause;  mais  ce  sera  l'honneur  éternel  de  son 
nom  d'avoir  donné  l'éveil  à  l'Europe  *  et  de  s'être 
mis  à  la  tête  d'une  croisade  en  faveur  des  classes 
les  plus  injustement  disgraciées  de  notre  ordre 
social.  Nous  entendrons  bientôt  son  cri  d'alarme» 
répété  d'une  voix  solennelle  par  les  Saint-Simo- 

•  Voir  surtout  les  chapitres  xii,  viii  et  ix  du  VU®  livre  de    ses 
Nouveaux  principes  d'économie  politique. 


278  HISTOIRE 

niens,  retentir  au  sein  de  nos  villes  et  dans  le 
tumulte  des  insurrections;  lugubre  avertissement 
que  la  politique  ne  saurait  méconnaître,  ni  la 
science  laisser  plus  long-temps  stérile! 

Aussi,  de  nombreux  écrivains  se  sont-ils  em- 
pressés de  répondre  à  l'appel  généreux  de  M.  de 
Sismondi.  Parmi  les  sectateurs  les  plus  éclairés 
de  ses  doctrines,  la  France  compte  l'auteur  de 
V Economie  politique  chrétienne,  M.  le  vicomte  Alban 
de  Villeneuve-Bargemont,  dont  les  recherches 
sur  le  paupérisme  ont  obtenu  moins  de  succès 
que  n'en  méritait  un  ouvrage  aussi  recommanda- 
ble,  à  cause  de  rinsufHsance  évidente  de  la  partie 
thérapeutique.  M.  de  Villeneuve  renchérit  encore 
sur  les  doléances  de  M.  de  Sismondi  à  l'égard  du 
système  manufacturier;  il  décrit  sous  les  cou- 
leurs les  plus  vives  les  fléaux  de  tout  genre  dont 
les  classes  laborieuses  sont  accablées;  mais  les 
remèdes  qu'il  propose  sont  d'un- apôtre  plus  que 
d'un  économiste,  ou  d'un  administrateur  expéri- 
menté *.  Quelque  grandes,  en  effet,  que  soient 

*  Je  citerai  un  fragment  de  sa  préface  qui  me  semble  résumer 
tout  l'ouvrage  : 

«  Ce  qui  paraît  certain ,  dit-il,  c'est  que  les  temps  de  mono- 
pole et  d'oppression  sont  accomplis  sans  retour  et  qa^une  gran- 
de transition  approche.  Or ,  elle  ne  peut  s'opérer  que  de  deux 
manières  :  ou  par  l'irruption  violente  des  classes  prolétaires  et 
souffrantes  sur  les  détenteurs  de  la  propriété  et  de  l'industrie  , 
c'est-à-dire  par  un  retour  à  l'état  de  barbarie  ;  ou  par  Tapplica- 


DE  L'ÉCONOMIE  POLITIQUE.  279 

les  ressources  de  l'esprit  religieux,  elles  ne  sau-^ 
raient  remédier  à  toutes  les  plaies  sociales.  Lft 
charité  chrétienne  ne  peut  subvenir  toute  seule 
aux  besoins  matériels  de  l'humanité.  Il  est  dési-« 
rable,  sans  doute,  qu'elle  pénètre  dans  la  politi- 
que et  ^ans  les  mœurs;  mais  même  en  supposant 
qu'elle  y  pénétrât  profondément ,  il  resterait  & 
savoir  si  son  intervention  serait  âsse2  efficace 
pour  guérir  un  mal  aussi  invétéré  et  aussi  inhé- 
rent aux  sociétés  civilisées  que  la  misère  généra-' 
Usée  sous  le  nom  de  paupérisme.  A  une  époque 
déjà  fort  éloignée  de  nous,  l'esprit  religieux  a  ré- 
gné en  souverain,  sans  pouvoir  remédier  aux  mi- 
sères humaines;  et  si  l'on  comptait  en  Europe 
moins  de  pauvres  que  de  nos  jours,  c'est  qu'il  y 
avait  moins  d'habitans. 

Cependant,  on  ne  saurait  douter  que  la  misère 
publique  ne  soit  un  grand  fait  social,  particulier 

tion  pratique  et  générale  des  principes  de  justice ,  de  morale , 
d^humanité  et  de  charité  !  Tout  le  génie  de  la  politique,  tous  les 
eflbrts  des  hommes  de  bieii,  doivent  donc  tendre  à  préparercette 
transition  par  des  voies  de  persuasion  et  de  sagesse.  Évidem- 
ment c'est  une  nouvelle  phase  du  christianisme  *  qu'appelle  Tuni- 
vers.  La  charité  chrétienne ,  mise  enfin  en  action  dans  la  poli- 
tique, dans  les  lois ,  dans  les  institutions  et  dans  les  mœurs , 
peut  seul  préserver  Tordre  social  des  effroyables  dangers  qui  hs 
menacent:  hors  de  là  osons  le  dire,  rien  n'est  qu'illusion  ou  men- 
songe. V 

*  Les  Saiot-Simoniens  appelèrent  nn  moment  leur  doclrine  du  nom  de 
Novmeau  christianisme.  C'est  le  titre  d'un  des  écrits  de  Saint-Simon. 


280  HISTOIRE 

aux  États  modernes  et  qui  se  manifeste  de  plus  en 
plus,  à  mesure  que  la  civilisation  se  répand. 
Faut-il  admettre  qu'un  tel  fait  soit  inévitable  et 
fatal,  ou  qu'il  dépende  des  institutions  humaines 
de  le  modifier  dans  un  sens  favorable  ?  Si  la  po- 
litique n'y  peut  rien,  la  religion  y  pourra-t-elle 
davantage?  L'auteur  de  VEcimonUe  politique  chrétienne 
a  sincèrement  adopté  ce  dernier  espoir,  et  j'ai 
regret  de  dire  que  la  lecture  de  son  livre  ne  per- 
met pas  de  le  partager.  Ses  conclusions  sont  à 
peu  près  les  mêmes  que  celles  de  M.  de  Sismondi  : 
tout  est  remis  aux  mains  de  Dieu  et  l'auteur  se 
réfugierait  volontiers  dans  la  prière ,  tant  sa  fer- 
veur est  grande  et  sa  piété  sincère  ;  mais  que  peu- 
vent des  vœux  en  présence  de  la  terrible  et  poi- 
gnante réalité?  En  vain  M.  de  Villeneuve  rap^ 
pelle-t-il  avec  regret  l'ancien  système  des  corpora- 
tions et  la  vie  monastique  qui  limitaient  sagement 
l'accroissement  des  populations  :  à  quoi  bon  re- 
gretter ce  qui  a  cessé  d'être  en  harmonie  avec  les 
mœurs  actuelles ,  en  un  mot  ce  qui  n'est  plus 
possible?  Oui,  sans  doute,  il  est  facile  de  mettre 
en  évidence  les  embarras  qu'éprouvent  les  savans 
et  les  hommes  d'État  à  résoudre  ce  problème 
formidable;  mais  la  main  des  prêtres  de  nos 
jours  '  est  bien  plus  impuissante  encore^  à  nous 

'  M.  Guizot  a  très  bien  exprimé  cette  impuissance  dans  un 
fragment  récemment  publié  par  la  Revue  fraiiçaise  :  «  De  nos 


DE  d'Économie  politique.  â8i 

en  donner  une  solution  équitable.  M.  de  Ville- 
neuve n'a  rien  pu  faire  sortir  de  cette  donnée-là, 
quoiqu'il  prêche  avec  Malthus  et  l'apôtre  saint 
Paul  la  contrainte  morale  \  la  frugalité,  la  tem- 
pérance et  d'autres  vertus  semblables,  à  des  gens 
affamés.  Il  en  est  réduit  à  regretter  le  célibat  reli- 
gieux, tout  en  attaquant  les  doctrines  de  Malthus 
qui  conseillent  l'abstinence  par  d'autres  raisons,, 
et  à  déplorer  les  services  des  machines,  malgré  le 
soulagement  qu'elles  ont  apporté  aux  travaux  les 
plus  rudes  des  classes  ouvrières.  L'économie  po- 
litique n'a  donc  reçu  aucune  lumière  nouvelle  de 
cette  éloquente  lamentation,  dans  laquelle  M.  de 
Villeneuve  a  déploré,  sans  proposer  de  remède 
efficace  pour  les  guérir,  toutes  les  souffrances  so- 
ciales de  l'humanité.  Sa  conclusion  est  cellcrci  : 
ff  V  L'instruction  morale,  religieuse  et  indusirielh 
donnée  gratuitement  et  avec  obligation  d'en  pro- 
fiter, au  moyen  d'écoles  charitables  aux  frais  des 

jours ,  dit-il ,  par  le  cours  des  événemens ,  par  des  fautes  réci- 
proques, la  religion  et  la  société  ont  cessé  de  se  comprendre  et 
de  marcher  parallèlement.  Les  idées ,  les  sentimens,  les  intérêts 
qui  prévalent  maintenant  dans  la  vie  temporelle ,  ont  été,  sont 
chaque  jour  condamnés,  réprouvés  au  nom  des  idées ,  des  sen- 
timens,  des  intérêts  de  la  vie  éternelle.  La  religion  prononce  ana- 
thème  sur  le  monde  nouveau  et  s'en  tient  séparée;  le  monde  est 
près  d'accepter  Tanathème  et  la  séparation.  » 

*  «  L'abstinence  du  mariage  ne  saurait  jamais  être  plus  effi- 
cacement inspirée  aux  pauvres  que  parle  sentiment  religieux.  • 
(  Èeon.  pol.  ehrét, ,  tome  I ,  page  255.  ) 


28Î  HISTOIRE 

communes;  2®  des  caisses  d'épargne  et  de  pré- 
voyance étaliilies  aux  frais  des  villes  et  communes 
manufacturières,  ou  des  associations  de  charité 
avec  obligation  de  la  part  des  ouvriers  d'y  placer 
une  portion  de  leur  salaire,  lorsque  le  taux  de  ce 
«alaire  le  permettra  sans  inconvénient  ;  3^  l'insti- 
tution de  corporations  d'ouvriers  qui,  sans  gêner 
l'industrie  et  avoir  les  fâcheuses  conséquents 
des  anciennes  maîtrises  et  jurandes,  favoriseraient 
l'esprit  d'association  et  de  secours  mutuels,  don- 
neraient des  garanties  d'instruction  et  de  bonne 
conduite  et  remplaceraient  la  déplorables  insti- 
tution du  compagnonnage  '.  »  Mais  il  est  évident 
que  ces  palliatifs,  d'ailleurs  salutaires,  n'auraient 
aucline  action  importante  sur  la  concurrence  uni- 
verselle, sur  l'abus  des  privilèges  politiques,  sur 
la  lutte  des  gros  capitaux  contre  les  petites  fortu- 
nes et  sur  l'inégale  répartition  des  impôts. 

M.  Droz  nous  semble  avoir  plus  justement  ap- 
précié le  véritable  caractère  de  l'économie  poli- 
tique. «  Ne  prenons  pas,  dit-il,  les  richesses  pour 
but;  elles  ne  sont  que  le  moyen.  Leur  importance 
résulte  du  pouvoir  d'apaiser  les  souffrances,  et  les 
plus  précieuses  sont  celles  qui  serveiit  au  bien- 
être  d'un  plus  grand  nombre  d'hommes.  Le  bon- 
heur des  États  dépend  moins  de  la  quantité  de 
produits  que  de  la  manière  dont  ils  sont  répartis. 

*  économie  politique  chrétienne  ,  tome  III ,  page  156. 


DE  l'Économie  politique.  283 

Aucun  pays  n'est  aussi  remarquable  que  TAn- 
gleterre  sous  le  rapport  de  la  formation  des  ri* 
chesses  ;  en  France ,  leur  distribution  est  meil- 
leure :  j'en  conclus  qu'il  y  a  plus  de  bonheur  en 
France  qu'en  Angleterre.  En  lisant  certains  éco- 
nomistes, on  croirait  que  les  produits  ne  sont 
pas  faits  pour  les  hommes,  mais  que  les  hommes 
sont  faits  pour  les  produits.  »  Telle  est  la  direc* 
tion  donnée  à  la  science  par  les  économistes  de  la 
nouvelle  école  française,  que  j'appelle  l'école  so- 
ciale, parce  qu'elle  rapporte  tous  les  progrès  au 
perfectionnement  général  de  la  société,  sans  ac- 
ception de  race,  ni  de  caste,  poursuivant  dès 
mêmes  anathèmes  la  traite  des  noirs  et  l'exploi- 
tation des  blancs.  M.  Droz  est  celui  de  tous  les 
écrivains  de  cette  école  qui  en  a  le  plus  nette* 
ment  formulé  le  programme,  sans  hostilité  pour 
le  présent  et  sans  illusions  sur  l'avenir.  M.  de 
Sismondi,  esprit  éminemment  critique,  avait  à 
déraciner  des  préjugés  répandus  à  la  faveur  des 
noms  les  plus  respectés  dans  la  science,  et  il  n'a 
pu  s'empêcher,  dans  son  ardeur  généreuse,  d'être 
plu»  d'une  fois  entraîné  vers  le  paradoxe.  Lui 
aussi,  selon  l'expression  de  Malthus,  ayant  trouvé 
l'arc  trop  tendu  d'un  côté  s'est  cru  dans  la  né- 
cessité de  le  forcer  de  l'autre;  voilà  pourquoi  ses 
doctrines  n'ont  pas  produit  tout  le  fruit  que  l'hu- 
manité devait  en  attendre.  Il  a  trop  espéré  des 


ÛM  HISTOIRE 

gouvernemens ,  comme  M.  de  Villeneuve  a  trop 
espéré  de  la  Providence  ;  mais  la  Providence  et 
les  gouvernemens  ont  fait  à  Thomme  de  sévères 
conditions  ! 

Deux  ouvrages  remarquables  à  des  titres  divers, 
le  Traité  de  législation  de  M.  Gh.  Comte  et  le  nou- 
veau Traité  d'économie  sociale  de  M.  Du  noyer,  ont 
rappelé  les  économistes  à  des  idées  plus  justes, 
sinon  aussi  séduisantes,  de  la  véritable  difficulté 
des  questions  économiques.  M.  Ch.  Comte,  fidèle 
à  la  méthode  expérimentale  suivie  par  J.-B.  Say, 
a  démontré  par  les  faits  historiques  les  plus  ha- 
bilement choisis  et  les  plus  ingénieusement  com- 
parés, que  la  plupart  des  obstacles  aux  amélio- 
rations sociales  venaient  de  ceux  même  qui  en 
devaient  profiter  davantage  et  qui  conspiraient 
perpétuellement  pour  en  empêcher  Taccomplis- 
sement.  Il  a  fait  voir  comment  les  funestes  habi- 
tudes de  la  servitude  avaient  corrompu  les  maî- 
tres en  abrutissant  les  esclaves ,  et  combien  de 
résistances  attendaient,  à  chaque  conquête  de  la 
civilisation»  les  hommes  de  dévouement  placés  à 
l'avant-garde.  «  Car,  dit-il  ',  la  nature  des  choses 
ou  des  hommes  ne  se  modifie  point  selon  nos  dé- 
sirs. Les  fondateurs  de  l'esclavage  ne  sont  jamais 
parvenus  à  exempter  les  maîtres  de  tous  maux, 
ni  à  leur  assurer  le  monopole  des  jouissances;  les 

*  Trjiilé  de  législation ,  tome  IV ,  page  i!W)5. 


DE  l'Économie  politique.  285 

hommes  qui  oat  tenté  de  répartir  les  plaisirs  et 
les  peines  d'une  manière  égale,  entre  tous  les 
membres  d'une  société,  n'ont  pas  mieux  réussi. 
Les  premiers  ont  échoué,  parce  qu'ils  ont  eu  à 
lutter  contre  la  nature  humaine;  les  seconds  ont 
écheué  parce  qu'ils  ont  eu  à  lutter  contre  les 
mêmes  obstacles.  »  Il  m'a  semblé  qu'un  tel  aveu 
dans  la  bouche  d'un  écrivain  dont  la  vie  entière 
a  été  consacrée  h  des  travaux  de  civilisation,  mé- 
ritait d'être  médité  par  les  esprits  généreux,  qui 
seraient  disposés  à  adopter  d'enthousiasme  les 
doctrines  de  M.  de  Sismondi  ou  de  V Économie  po- 
lûiqt^e  chrétienne. 

M.  Dunoyer  a  gourmande  avec  plus  d'énergie 
encore  les  rêveurs  de  perfectibilité  indéfinie  en 
économie  politique.  Selon  lui ,  l'initiative  des 
améliorations  en  toutes  choses  appartient  aux 
nations.  «  Ce  sont  les  agriculteurs  qui  perfection- 
nent l'agriculture  ;  les  arts  sont  avancés  par  les 
artistes,  les  sciences  par  les  sa  vans,  la  politique 
et  la  morale  par  les  moralistes  et  les  politiques.  Il 
y  a  seulement  entre  les  choses  qui  sont  l'affaire 
particulière  de  chacun  et  celles  qui  sont  l'affaire 
de  tout  le  monde,  cette  différence  que,  dans  les 
premières,  les  perfectionnemens  sont  immédiate- 
ment applicables  pour  celui  qui  les  invente,  tan- 
dis que  daps  les  secondes,  à  savoir  dans  les  poli- 
tiques, les  applications  ne  peuvent  avoir  lieu  que 


286  HISTOIRE 

lorsque  la  pensée  du  publiciste  esl  devenue  la 
pensée  commune  du  public  ou  du  moins  d'une 
portion  très  considérable  du  public.  Jusque-là, 
on  ne  peut  faire,  pour  les  réaliser,  que  des  ten- 
tatives impuissantes.  Il  est  possible  qu'un  pou- 
voir de  bonne  volonté  entreprenne  de  les  établir; 
mais  il  ne  fera  point  œuvre  qui  dure,  il  est  pos- 
sible que  la  chose  soit  essayée ,  malgré  le  pou- 
voir, par  un  parti  qui  le  renverse  et  le  remplace; 
mais  les  insurrections  les  plus  heureuses  n'au- 
ront pas  plus  d'effet  que  les  concessions  les  plus 
bienveillantes.  La  chose  ne  s'établira  que  fort  à 
la  longue,  à  mesure  qu'elle  passera  dans  les  idées 
et  les  habitudes  du  grand  nombre'....  Ainsi, 
dans  l'état  social  le  plus  exempt  de  violences,  il 
serait  très  difficile  qu'il  ne  s'établît  pas  des  iné- 
galités dans  les  conditions  ;  et  lorsque  ces  inéga^ 
Utés  sont  une  fois  établies,  il  est  encore  plus  dif- 
ficile qu'elles  s'effacent.  On  ne  parvient  jamais, 
qu'avec  une  peine  extrême,  d'une  condition  infé- 
rieure à  un  état  un  peu  élevé,  et  les  familles  tom-. 
bées  dans  un  certain  abaissement  sont  exposées 
à  y  rester  par  cela  seul  qu'elles  s'y  trouvent.  » 

Tel  est  le  caractère  sévère  des  doctrines  de 
M.  Dunoyer,  qu'on  ne  saurait  mieux  faire  que  de 
les  opposer  à  la  philanlropie  aventureuse  de  M.  de 
Sismondi  et  aux  prédications  religieusesde  MM.  de 

*  Nouveau  traité  d'économie  sociale ,  tome  I ,  page  9. 


DE  l'Économie  politique.  Î87 

Villeneuve  et  de  La  Mennais.  M.  Dunoyer  n'est 
pas  moins  pénétré  que  ces  généreux  écri\ains 
d'une  vive  sympathie  pour  les  classes  souffrantes^ 
dont  se  compose  la  majeure  partie  de  l'espèce 
humaine  ;  lui  aussi  souhaiterait  pour  elles  des 
jours  plus  prospères  et  des  destins  plus  doux  : 
mais  sa  froide  raison  l'oblige  de  réprimer  les  élans 
d'une  sensibilité  irréfléchie  et  de  ne  pas  admettre 
aveuglément  la  possibilité  d'un  état  de  bonheur 
égal  pour  tous,  comme  si  tous  les  hommes  avaient  ^ 
la  même  valeur  intellectuelle  et  morale  et  les  mê-* 
mes  droits  à  une  quiétude  assurée,  qui  détruirait 
tout  principe  d'activité,  d'honnêteté  et  de  vertu- 
M.  Dunoyer  a  eu  le  courage  de  dire  aux  peuples 
les^  vérités  austères  que  d'autres  adressent  aux 
rois.  Il  a  très  bien  démontré  qu'il  y  avait  impru*- 
dence  et  témérité  à  promettre  à  tous  les  hommes 
un  océan  de  félicité  dont  il  n'est  donné  qu'à  un 
petit  nombre  d'entrevoir  les  rivages.  La  civilisa- 
tion qui  n'est  autre  chose  que  le  progrès  dans  la 
marche  vers  le  bien  général,  est  sujette  elle-même 
à  des  conditions  rigoureuses,  lentes  ,  graduées , 
qui  supposent  surtout  le  concours  de  ceux  qu'il 
s'agit  de  rendre  plus  heureux.  C'est  donc  à  eux» 
que  s'est  adressé  cet  économiste,  pour  leur  signa-' 
1er  les  lois  inévitables  du  progrès  industriel  et 
social.  Ce  progrès  lui  semble  impossible  sans  les 
inégalités  dont  on  suppose  à  tort  qu'il  doit  ame- 


ÎBB  HISTOIRE 

Ber  l'entière  abolition.  C'est  par  ces  inégalités 
qu'existe  la  division  du  travail ,  sans  laquelle  il 
n'y  aurait  pas  de  production  suffisante  pour  sa- 
tisfaire aux  besoins  de  la  société.  Où  seraient  les 
ouvriers,  si  tous  voulaient  être  entrepreneurs? 
Que  deviendrait  une  armée  dont  tous  les  soldats 
prétendraient  faire  le  métier  de  généraux  ? 

M.  Dunoyer  a  développé  cette  thèse  hardie  dans 
le  temps  où  nous  sommes ,  avec  une  vigueur  de 
logique  et  une  netteté  de  langage  peu  communes» 
Il  ne  s'est  point  ému  des  clameurs  qu'elle  pouvait 
soulever,  sûr  de  ses  intentions  et  de  Tassentiment 
des  amis  éclairés  du  progrès  économique.  Sa  mo- 
rale un  peu  rude  n'est  point  hostile  aux  amélio- 
rations compatibles  avec  notre  état  social  com- 
pliqué, et  il  convient  franchement  que  s'il  n'est 
pas  possible  d'assurer  à  tous  les  hommes  une 
somme  égale  d'avantages  matériels ,  c'est  chose 
praticable  et  par  momens  facile  d'améliorer  d'une 
manière  relative  la  condition  particulière  de  cha- 
cun. Mais  il  faut  que  chacun  s'y  aide  par  la  pra- 
tique des  vertus  sociales  ,  telles  que  le  travail , 
l'économie,  la  prévoyance,  qui  sont  des  conditions 
de  réussite,  comme  la  tempérance  est  une  condi- 
tion de  ^nté.  La  société  ne  saurait  pas  plus  as- 
surer des  avantages  à  tous  ses  membres  que  les 
médecins  guérison  à  tous  leurs  malades.  Soutenir 
le  contraire ,  ce  serait  flatter  toutes  les  passions 


DE  l'economif.  politique.  289 

humaines  el  en  préparer  le  débordement  sous  les 
auspices  de  l'impunité!  M.  Dunoyer  n'en  recon- 
naît pas  moins  que  les  principales  causes  de  la 
misère  viennent  du  partage  inégal  qui  s'est  fait 
d'abord  de  la  richesse,  de  l'expropriation  origi- 
I  saire  des  classes  les  plus  nombreuses  de  la  so- 
|.dété,  de  l'état  de  servitude  où  elles  ont  été  rete- 
lues  pendant  des  siècles,  des  impôts  dont  od  les 
tcrase,  des  lois  qui  les  empêchent  de  tirer  de  leur 
lavail  le  meilleur  parti  possible  et  de  l'ensemble 
s  institutions  vicieuses  qui  les  attaquent  dans 
feur  subsistance  ou  dans  leur  moralité  '.  «  Tou- 
r  lefois,  ajoute  l'auteur,  l'état  des  classes  inférieures 
Lbe  tient  pas  seulement  aux  torts  que  peut  avoir 
ibs  envers  elle  la  partie  sdpérieure  delà  société; 
la  aussi  sa  racine  dans  les  vices  qui  leur  sont 
•opres,  dans  leur  apathie,  leur  insouciance,  leur 
ignorance  des  causes  qui  font  hausser  ou  baisser 
le  pris  du  travail.  Leur  dét  resse  est  pour  le  moins 
autant  leur  propre  ouvrage  que  celui  des  classes 
qu'on  peut  accuser  de  les  avoir  opprimées  ;  et 
quand  la  société  se  serait  originairement  établie 
«ur  des  bases  plus  équitables,  quand  les  forts  se 
[  feraient  abstenus  envers  les  faibles  de  toute  es- 
pèce de  domination,  je  ne  doute  point  qu'il  ne  se 
fût  développé  au  fond  de  la  société  une  classe  pi  us 
on  moins  nombreuse  de  misérables.  » 

'  iïwveaw  (rtti(e  d'économif  sociale ,  tome  I ,  pa^e  ^87. 
DEUXIÈME  ËniTio»,  19 


1 


aW)  HISTOIRE 

Certes,  ce  sont  là  des  avertissemens  sévères  et 
bien  propres  à  calmer  l'exaltation  des  philosophes 
qui  croient  pouvoir  assigner  le  vice  des  institu- 
tions comme  la  cause  exclusive  des  souffrances 
morales  et  physiques  de  plusieurs  millions  d'hom- 
mes. M.  Droz  j  dont  personne  ne  contestera  les 
nobles  sentimens  comme  économiste  et  moralistây 
avait  déjà  fait  pressentir  que  la  science  et  Tad- 
minîstration  ne  pouvaient  pas  pourvoir  seules  à 
tous  les  besoins  de  l'humanité.  En  proclamant 
nettement  que  l'économie  politique  avait  pour  but 
de  rendre  V aisance  aussi  générale  quU  est  possible  y  il 
ne  s'était  fait  aucune  illusion  sur  les  limiter  de 
son  influence ,  assez'  semblable  à  celle  de  la  loi 
dans  les  pays  constitutionnels,  c'est-à-dire  sou- 
mise à  la  condition  essentielle  d'un  parfait  accord 
entre  tous  les  pouvoirs.  A  la  différence  des  prin- 
cipaux fondateurs  de  l'école  économique  sociale, 
qui  rejetaient  toute  la  responsabilité  des  misères 
publiques  sur  les  gouvernemens  ou  sur  les  insti- 
tutions^ MM.  Dunoyer  et  Droz  ont  cru  que  cette 
responsabilité  devait  être  partagée  par  les  popu- 
lations gouvernées ,  qui  opposent  trop  souvent  la 
force  d'inertie  aux  réformes  les  plus  utiles.  Ils 
ont  voulu  la  coopération  des  travailleurs  dans  la 
distribution  des  profits  du  travail ,  et  le  concours 
de  toutes  les  forces  dans  l'œuvre  destinée  à  l'amé- 
lioration de  toutes  les  existences.  C'est  là,  si  nous 


DE  l'Économie  politique.  291 

ne  nous  trompons  point,  une  phase  nouvelle  de 
rhistoire  de  la  science ,  et  nous  ne  savons  aux- 
quels des  économistes  qui  Tout  amenée  il  est  dû 
le  plus  de  reconnaissance ,  ou  de  ceux  qui  ont 
révélé ,  avec  MiM[.  de  Sismondî  et  de  Villeneuve, 
les  griefs  des  classes  pauvres,  ou  de  ceux  qui  ont 
rappelé  ces  classes  au  sentiment  véritable  de  leur 
dignité  et  de  leurs  devoirs,  comme  MM.  Droz'et 
Dunoyer.  Les  deux  premiers  auteurs  ont  pris  à 
partie  la  richesse  et  lui  ont  reproché  son  égoïsme; 
les  deux  autres  ont  grondé  la  pauvreté  et  ils  ont 
blftmé  son  insouciance  :  double  tâche  difficile  à 
remplir  et  qui  portera  ses  fruits  quelque  jour , 
qoand  viendra  le  moment  d'une  transaction  entre 
le  présent  et  le  passé ,  entre  le  capitaliste  et  le 
travailleur!  Cette  transaction  a  été  tentée  satift 
sucoès  par  les  économistes  de  l'école  que  j'appel*- 
lerai  ieleeiique  :  nous  allons  jeter  un  coup-d'œii 
sw  des  organes  les  plus  distingués. 


392  HISTOIRE 


CHAPITRE  XLll. 

De  réconomie  politique  éclectique  et  de  ses  principaux  organes. 
—  M.  Storch.  —  M.  Ganilh.  —  M.  Delaborde.  —  M.  Flotez 
£strada. 

Les  grands  économistes  de  la  fin  du  dix-hui- 
tième siècle,  auteurs  des  traités  célèbres  d'où  la 
science  est  sortie  pour  la  première  fois  sous  une 
forme  méthodique ,  avaient  presque  tous  adopté 
des  théories  absolues  que  Texpérience  et  les  faits 
devaient  nécessairement  modifier.  Ainsi  les  pkif^ 
Mocro^e^avaient  considéré  la  terre  comme  la  source 
unique  des  valeurs;  Adam  Smith  n'avait  accordé 
ce  privilège  qu'au  travail  ;  Ricardo  subordonnait 
tous  les  phénomènes  de  la  circulation  à  sa  théorie 
de  la  rente]  M.  de  Sismondi  à  celle  du  revenu; 
J.-B*  Say  à  l'étendue  des  débouchés,  c'est-à-dire  à 
la  liberté  du  commerce  ;  Malthus  attribuait  la 
plupart  des  maladies  sociales  à  l'excès  de  la  po- 
pulation; Godwin  en  accusait  l'indifTérence  des 
gouvernemens.  Il  était  évident ,  néanmoins ,  que 
si  toutes  ces  causes  réunies  avaient  encore  une 
part  d'influence  sur  le  développement  social,  au- 
cune d'elles  ne  pouvait  être  regardée  comme 
cause  exclusive,  c'est-à-dire  que  les  doctrines  des 


DE  l'économie  politique.  293 

économistes  n'étaient  applicables  qu'en  certains 
cas  et  à  certaines  conditions.  Tandis  qu'ils  se 
faisaient  la  guerre  pour  soutenir  leurs  systèmes 
les  uns  contre  les  autres ,  il  s'établissait  parmi 
leurs  élèves  même  des  nuances  intermédiaires, 
véritable  émanation  de  ces  couleurs  vives  et  tran^ 
chées  qui  distinguent  particulièrement  les  fon- 
dateurs. Les  écrivains  dont  les  ouvrages  repré- 
sentent le  mieux  ces  nuances  de  transition,  sont 
très  nombreux  en  Europe.  Ils  n'ont  point  un 
cachet  qui  leur  soit  propre;  ils  n'ont  rien  inven- 
té, rien  découvert  ;  mais  ils  ont  admirablement 
perfectionné  l'œuvre  de  leurs  devanciers  et  adouci 
les  aspérités  des  théories  absolues  devant  les- 
quelles reculaient  la  raison  ou  les  préjugés  des 
^contemporains. 

M.  Henri  Storch  se  place  au  premier  rang  de 
ces  économistes  éclectiques,  cherchant  la  vérité 
de  bonne  foi,  dans  le  système  agricole  aussi  bien 
que  dans  le  régime  industriel,  et  disposés  à  faire 
des  concessions  à  tous  deux.  Observateur  judi- 
cieux et  convenablement  placé  '  pour  juger  sai- 
nement une  foule  de  faits  spéciaux,  M.  Storch  a 
su  emprunter  à  ses  prédécesseurs  en  homme 

'  M.  Storch  a  été  instituteur  du  grand-duc  Nicolas,  aujour- 
d'hui empereur  de  Russie.  Il  a  parlé  avec  une  indépendance  qui 
honore  également  son  pays  et  son  caractère ,  des  funestes  effets 
de  Tesclavage  dans  tous  les  États. 


SM  HISTOIRE 

déjà  riche  de  son  propre  fonds,  et  il  a  jeté  la  plus 
vive  lumière  sur  la  question  de  l'esclavage  dans 
le  pays  où  îl  semblait  le  plus  difficile  d'en  parier 
librement.  Il  n'appartient  précisément  à  aucune 
école ,  et  il  aurait  mérité  d'en  fonder  une  par 
l'importance  des  documens  qu'il  a  fournis  à  la 
science,  si  la  hardiesse  de  son  esprit  avait  répon- 
due à  l'étendue  de  ses  connaissances*  Â  ses  yeux 
l'économie  politique  n'avait  d'autre  but  que  de 
procurer  aux  hommes  les  moyens  de  satisfaire 
leurs  besoins  moraux  et  physiques,  et  de  leur  ap* 
prendre  à  bim  produire  pour  les  mettre  en  état 
de  consommer  avec  profit.  C'est  par  le  travail 
qu'on  y  parvient  comme  chacun  sait;  mais  jus* 
qu'alors  on  n'avait  étudié  que  l'action  dii  travail 
libre  :  M.  Storch  a  exposé  les  phénomènes  du  tra* 
vail  forcé,  c'est  à  dire  de  celui  des  esclaves,  si 
commun  encore  en  Russie,  qu'il  contribue  puis-* 
samment  à  la  richesse  nationale  de  cet  empii?e^ 
C'est  ainsi  que  l'auteur  fait  figurer  au  rang  4lei& 
moyens  de  transport  le  trainagej  inconnu  chez  la 
plupart  des  peuples  de  l'Europe.  Rien  de  plus 
ingénieux  que  sa  théorie  de  la  richesse  relative 
des  nations  qu'il  appelle  prêteuses,  emprunteuses  et 
indépendantes j  comme  aussi  ses  belles  analyses  de 
la  reme  des  talens  et  des  qualités;  analyses  d'autant 
plus  dignes  d'attention  qu'elles  démontrent  la  su- 
périorité de  cet  clément  de  richesse,  trop  long^ 


/ 


DE  l'Économie  politique.  n5 

temps  mécoDDU,  que  j*ai  proposé  le  premier  d'ap- 
pekat  h  eapkal  moral  ' .  Le  capital  moral  n'est  au- 
tre chose  que  la  somme  des  capacités  de  tout 
gemre  dont  les  nations  s'enrichissent  en  se  civili- 
sant et  qui  leur  permet  de  s'enrichir  et  de  se  ci-  . 
vilîser  chaque  jour  davantage. 

A  r^M>que  où  M.  Storch  publiait  ses  leçons 
aux  grands -ducs  de  Russie,  la  doctrine  de  Ri- 
cardo  sur  le  fermage,  qu'il  nomme  rente  des  ter- 
res, n'avait  pas  encore  paru;  et  j'avoue  que  la 
théorie  de  l'économiste  russe  me  semble  beau- 
coup plus  simple  et  plus  naturelle  que  celle  du 
célèbre  écrivain  britannique.  M.  Storch  appelle 
rmUe  fimcStre  le  prix  payé  pour  l'usage  d'un  fonds 
de  t^re;  rente  primitive ^  la  rente  d'une  terre  in- 
culte,  fondée  sur  le  droit  exclusif  qu'a  le  pro- 
priétaire de  disposer  de  sa  propriété  ;  et  renie  de 
ta  terre  oméliorée^   le  loyer  des  améliorations  au 
taux  courant,  combiné  avec  la  rente  primitive* 
c  La  rente  des  terres  fertiles,  dit-il,  détermine  le 
taux  de  la  rente  de  toutes  les  autres  terres  qui  se 
trouvent  en  concurrence  avec  elles.  Ainsi,  tant 
que  le  produit  des  terres  plus  fertiles  suffît  pour 
la  demande,  les  terres  moins  fertiles  qui  sont 
dans  la  concurrence,  ne  peuvent  point  être  ex- 

'  Voif  le  compte-rendu  de  mes  leçons  au  Conservatoire  des 
Arts  et  Métiers,  rédigé  et  puhlié  par  MM.  Biaise  et  Garnier  en 
1857  ;  un  vol.  in-8. 


296  HISTOIRE 

ploitées,  ou  du  moins  ne  donnent  point  de  rente. 
Mais  aussitôt  que  la  demande  surpasse  la  quantité 
de  produits  que  les  terres  fertiles  peuvent  four- 
nir, le  prix  du  produit  hausse,  et  il  devient  pos- 
sible de  cultiver  les  terres  moins  fertiles  et  d'en 
tirer  une  renie  '.  »  Il  est  remarquable  que  cette 
doctrine  soit  exactement  la  même  que  celle  que 
Ricardo  développait  presque  en  même  temps  en 
Angleterre,  tout  en  concluant  que  ce  sont  les  ter- 
res les  mains  fertiles  qui  déterminent  le  taux  de  la 
rente  de  toutes  les  autres.  Il  serait  trop  long  de 
déduire  ici  les  motifs  qui  me  déterminent  à  adop- 
ter de  préférence  la  théorie  de  M.  Storch;  mais 
je  considère  les  développemens  dont  il  l'a  accom- 
pagnée, comme  l'un  des  travaux  les  plus  remar- 
quables qui  aient  honoré  l'économie  politique. 

Storch  a  été  moins  original,  mais  plus  profond 
dans  son  exposé  de  la  théorie  des  monnaies,  où 
il  a  essayé  de  tenir  la  balance  entre  les  partisans 
exagérés  des  banques  et  les  défenseurs  exclusifs 
du  numéraire.  Il  avait  vu  de  près  les  abus  des 
émissions  de  papier  et  de  monnaies  de  billon  ;  et 
sa  vieille  expérience  ne  lui  permettait  pas  de  se 
faire  illusion  sur  les  inconvéniens  des  assignatSy 
de  quelque  nom  qu'il  plût  aux  gouvernemens  de 
les  baptiser.  Toutefois,  sa  physiologie  des  banques 
ne  saurait  être  comparée  au  travail  immortel 

'  Cours  d'économie  politique^  liv.  lit,  chap.  xu. 


DE  l'Économie  politique.  297 

d'Adam  Smith  sur  le  même  sujet.  M.  Storch  a 
complété  les  démonstrations  du  grand  écono- 
miste écossais;  il  les  a  enrichies  d'une  foule 
d'exemples  tirés  de  l'histoire  financière  de  tous 
les  peuples,  et  il  a  fait  connaître,  le  premier, 
Torganisation  de  presque  toutes  les  banques  de 
l'Europe.  C'est  dans  son  ouvrage  que  l'on  peut 
sérieusement  apprendre  à  les  connaître  et  à  distin- 
guer nettement  les  écueils  dont  elles  ont  à  se  dé- 
fier. La  dernière  partie  de  ce  livre  important  est 
consacrée  à  la  consommation.  L'auteur  y  a  très 
bia[i  exposé  les  motifs  pour  lesquels  le  commerce 
et  l'industrie  s'enrichissent  plus  rapidement  que 
l'agriculture.  Ce  qu'il  dit  des  effets  de  l'esclavage, 
principalement  en  Russie,  le  seul  pays  peut-être 
où  l'esclavage  existe  encore  à  l'état  d'institution 
sociale,  mérite  d'être  médité  par  les  économistes 
et  fait  le  plus  grand  honneur  à  l'indépendance  de 
cet  écrivain.  Ce  n'est  pas  sans  motif  que  nous 
l'avons  rangé  parmi  les  éclectiques  :  sa  haute  rai- 
son, la  modération  de  son  caractère ,  sa  grande 
érudition  qui  ne  semble  étrangère  à  aucun  tra-^ 
vail  antérieur,  lui  donnent  des  titres  à  cette  qua- 
lification, noblement  justifiée  par  une  impartialité 
d'autant  plus  digne  d'éloges  que  l'auteur  était , 
comme  on  sait,  précepteur  impérial  à  la  cour  de 
Saint-PétersbouTg. 

Il  convient  aussi  de  compter  parmi  les  éclecti- 


I 
« 


296  HISTOIRE 

ques  l'infaltigableGanilh,  Vs^uieuv  des  SyUèmeâ  m 
économie  politique  ^  mort  récemment  dans  un  âge 
fort  avancé,  sans  avoir  laissé  aucune  création 
vraiment  originale.  Ganilh  était  plus  financier 
qu'économiste  et  ses  travaux  ont  beaucoup  plus 
contribué  aux  progrès  de  la  science  des  finances 
qu'à  l'avancement  de  l'économie  politique.  Aussi 
la  plupart  de  ses  ouvrages  n'ont  pu  survivre  aux 
circonstances  qui  les  avaient  vus  naître.  Il  écri-- 
vait  sous  le  régime  de  la  censure,  et  il  cherchait 
à  concilier  les  ménagemens  commandés  par  la 
susceptibilité  impériale ,  avec  les  intérêts  de  la 
vérité  qui  le  préoccupaient  sincèrement.  Rien  ne 
semblait  indiquer  alors  la  gravité  des  questions 
que  notre  époque  aurait  à  résoudre;  M.  Ganilh 
suivait  paisiblement  l'ornière    accoutumée  des 
débats   entre  le  produit  net  et  le  produit  brut, 
entre  le  système  restrictif  et  la  liberté  du  com- 
merce;   mais   la  France,  distraite  par  le   tu- 
multe des  batailles ,  prêtait  peu  d'attention   à 
ses   nombreux  écrits*.  Son  mérite  consiste  à 
n'avoir  pas  désespéré  de  l'avenir  de  la  science  et 
à  avoir  renoué  pour  elle  la  chaîne  des  temps,  in^ 

'  M.  Ganilh  a  laissé,  outre  son  Exposé  des  systèmes  en  écono- 
mie politique,  publié  en  4  809,  un  Essai  politique  sur  le  revenu 
public^  une  brochure  sur  le  Revenu  national^  en  réponse^  quel- 
ques mesures  financières  de  M.  de  Villèle;june  Théorie  d'écono- 
mie politique  et  un  Dictionnaire  d'économie  politique^  œuvre 
incomplète  et  sans  valeur. 


DE  ^«'ÉCONOMIE  POLITIQUE.  209 

terrompue  par  le  fracas  des  armes*  Ganilh  faisait 
de  réconomie  politique  à  la  manière  des  solitai- 
res retirés  du  monde,  qui  écrivent  pour  eux-mê- 
mes, sans  souci  de  l'effet  que  produiront  leurs 
livres  et  sans  les  approprier  non  plus  aux  besoins 
de  leur  temps.  Ses  ouvrages  sont  à  la  science  ce 
que  les  résumés  sont  à  T histoire.  C'est  le  seul 
économiste  de  l'Empire. 

L'essai  sur  l'fjprà  d'associaiian  de  M.  le  comte 
Delabordë,  publié  en  1818,  a  obtenu  beaucoup 
plus  de  succès.  Ce  livre  est  surtout  remarquable 
par  là  justesse  de  ses  prévisions  et  par  mm  ex- 
cellente appréciation  des  institutions  les  plus  fa- 
vorables au  développement  de  la  prospérité  pu- 
blique. Toutes  les  forces  étaient  divisées  en 
France  comme  toutes  les  opinions,  lorsque  M.  De* 
laborde  publia  cet  exposé  des  avantages  de  l'esprit 
d'association,  riche  de  faits  et  plein  d'aperçus 
lumineux  sur  les  véritables  sources  de  la  puis- 
sance industrielle  et  politique  des  États.  C'est 
dans  ce  livre  qu'on  trouve  si  bien  exprimées  les 
souffrances  que  l'industrie  et  le  commerce  eurent 

à  essuyer  sous  le  régime  militaire',  les  formalités 

"i 

*  «  Le  plus  grand  défaut  du  gouvernement  impérial ,  dit  M. 
Delaborde',  fiit  cette  jalousie  constante  de  Tindustrie  et  du  com- 
merce ;  il  étendait  son  esprit  de  domination  sur  les  moindres 
existences  ,  et  il  aurait  voulu  exploiter  toutes  les  branches  de 
rindustrie,  comme  il  dirigeait  toutes  les  affaires.  On  le  vit  mar- 
chand de  sucre ,  de  café ,  de  toiles  peintes ,  propriétaire  de  toua 


300  HISTOIRE 

nouvelles  qu'il  leur  fallut  subir  et  les  lenteurs 
de  la  bureaucratie  malencontreusement  impor- 
tées de  l'administration  dans  la  législation  du. 
travail.  M.  Delaborde  n'en  reconnaissait  pas  moins 
l'utilité  de  Tintervention  du  gouvernement  dans 
les  questions  de  richesse  publique  et  de  produc- 
tion matérielle;  mais  il  la  voulait  selon  les  prin- 
cipes de  la  division  du  travail,  sans  despotisme, 
sans  empiétement  sur  le  terrain  exclusivement 
dévolu  à  l'industrie.  C'est  ainsi  qu'il  comprenait 
des  associations  pour  le  crédit  public  ;  des  asso- 
ciation«  pour  le  travail;  des  associations  pour  la 
protection  du  travail.  L'armée  avait  son  rôle,  ici, 
comme  le  commerce  avait  le  sien ,  comme  les 
employés  du  gou^^ernement  avaient  le  leur.  L'au- 
teur voulait  qu'un  pays  laborieux  fût  modérément 
gouverné,  et  sans  adopter  la  doctrine  absolue  du 
laissez-faire  et  du  laissez-passer,  il  croyait  qu'il 
y  avait  profit  à  compter  sur  l'intelligence  indivi- 
duelle et  sur  la  concurrence  des  intérêts. 

Ces  doctrines  judicieuses  ont  pénétré  peu  à 
peu  dans  les  esprits,  et  nous  avons  vu  se  multi- 
plier depuis  lors  en  France,  les  caisses  d'épar- 
gne, les  compagnies  d'assurances,  les  sociétés  en 

les  bois,  vendeur  de  moutons,  administrateur  des  canaux,  en- 
trepreneur des  travaux  publics,  gérant  du  bien  des  communes , 
des  hôpitaux,  fermier  des  jeux,  etc. 

(  De  rEsprit  d'associaUon,  page  44.) 


DE  L'ÉCONOMIE  POLITIQUE.  301 

commandite,  tout  à  la  fois  effet  et  cause  delà 
prospérité  croissante  de  la  nation.  M.  Delabordè 
a  très  heureusement  démontré  de  quelle  influence 
pouvait  être  sur  cette  prospérité  le  concours  des 
étrangers  attirés  dans  nos  associations  par  Tes-^ 
poîrd'y  faire  fructifier  leurs  capitaux.  Cette  opi- 
nion, hardie  à  l'époque  où  elle  fut  émise,  com- 
mence à  se  populariser  en  France,  au  point  qu'on 
a  proposé,  un  moment,  d'établiîr  entre  la  ban* 
que  de  France  et  la  banque  d'Angleterre  des  re- 
lations toul-à-fait  semblables  à  celles  qui  existent 
entre  plusieurs  négocîans  par  l'entremise  des 
eompt^HXMrans.   C'était  préluder  aux  réformes 
d'où  sortiront  quelque  jour  les  destinées  nou- 
velles de  l'industrie  et  du  commerce,  quand  la 
concurrence  universelle,  refoulant  sur  chaque 
nation  les  produits  de  ses  manufactures,  les  for^ 
cera  toutes  de  signer  un  pacte  enfin  dépouillé  de 
l'esprit  de  monopole  et  de  prohibition.  Et  que 
sont  aujourd'hui  ces  entreprises  de  bateaux  à  va- 
peur, de  chemins  de  fer,  de  canalisation,  qui 
tendent  à  réunir  tous  les  États  par  des  lignes  de 
communications  tributaires  les  unes  des  autres, 
si  ce  n'est  le  commencement  de  la  grande  fusion 
des  intérêts  européens  ? 

Jamais,  peut-être,  une  doctrine  économique 
n'obtint  à  un  si  haut  degré  que  celle  de  l'asso- 
ciation, la  sanction  de  l'expérience  et  des  événe- 


^ 
i 


302  HtStoIRË     • 

mens.  Son  éclectisme  même,  c'est-à-dire  la 
transaction  qu'elle  opérait  entre  les  faits  et  les 
principes,  devait  contribuer  à  favoriser  son  buc- 
cé8«  Aussi  n'a-t-elle  cessé  de  marcher  de  victoire 
en  victoire,  et  nous  avons  vu  en  peu  d'années 
l'Europe  entière  demander  à  l'esprit  d^association 
la  réalisation  d'une  foule  d'entreprises  qui  sem- 
blaient non-^seulement  au-dessus  des  forces  des 
I^rticuliers  I  mais  encore  au-dessus  de  la  puis- 
sance des  gouvernemens.  Il  n'y  a  plus  rien  d'im* 
possible  désormais  à  ces  armées  de  travailleurs 
qui  marchent  à  la  conquête  des  richesses  avec  les 
fprces  accumulées  de  tout  un  peuple,  et  qui  sa- 
vent sur  leur  chemin  dompter  les  fleuves,  aplanir 
les  montagnes  ou  les  percer  de  part  en  part,  au 
gré  de  l'industrie.  On  n'avait  essayé  jusqu'à  ce 
jour  que  d'associer  des  choses;  depuis  qu'on  a 
entrepris  d'associer  des  hommes,  tout  a  changé 
de  face  autour  de  nous.  Il  y  a  des  pays  que  ce 
levier  puissant  a  presque  soudainement  rendus 
méconnaissables;  témoin  TAmérique  du  Nord , 
dont  les  forêts  vierges  sont  traversées  par  des 
chemins  de  fer  et  les  fleuves,  naguère  solitaires , 
parcourus  par  des  flotilles  de  bateaux  à  vapeur.  Il 
se  fait  à  présent  deux  parts  de  la  richesse  publi- 
que, l'une  qui  va  au  fisc,  l'autre  qui  retourne  au 
travail;  révolution  profonde  qui  met  sans  cesse 
en  présence,  sur  le  pied  de  l'égalité,  l'industrie  et 


BB  l'Économie  bolitique.  303 

le  gouternemént,  la  production  et  la  consomma- 
tion!  La  bienfaisance  même  a  emprunté  des^res- 
sources  nouvelles  à  l'esprit  d'association,  et  notre 
civilisation  moderne  n'a  pas  de  plus  beau  fleuron 
à  sa  couronne,  que  ces  nombreuses  sociétés  phi* 
lantropiques  dont  te  christianisme  est  le  prin- 
cipe, et  l'association  le  moyen  « 

L'éclectisme  économique  a  pénétré  jusqu'en 
Espagne,  cette  vieille  terre  des  doctrines  abso- 
lues, et  l'un  de  ses  plus  honorables  proscrits, 
M.  Florez  Estrada,  ndus  a  donné,  sous  le  titre  de 
Cow%  éclectiqtie  d'économie  polùiquej  l'un  des  traités 
les  plus  remarquables  qui  aient  été  publiés  depuis 
celui-  de  J,-B.  Say.  La  méthode  de  M,  Florez 
Estrada  ne  manque  pas  de  ressemblance  avec 
celte  du  célèbre  économiste  russe,  Henri  Storch. 
Il  commence  par  examiner  consciencieusemcint 
les  opinions  de  ses  prédécesseurs,  qu'il  adopte 
ou  qu'il  réfute  selon  le  degré  de  valeur  que  cet 
examen  lui  a  fait  reconnaître.  C'est  ainsi  qu'il  a 
ajouté  des  considérations  vraiment  neuves  aux 
théories  de  Malthus  sur  la  population.  Sa  belle 
exposition  des  doctrines  de  Ricardo  sur  la  rente 
est  accompagnée  d'une  série  d'analyses  fines  et 
ingénieuses,  qui  élèvent  ce  morceau  de  critique 
au  rang  des  créations  originales.  Nul  écrivain 
n'avait  abordé,  ayant  M.  Florez  Estrada,  les  ques- 
tions d'impôt  avec  cette  sagacité  profonde  qui  le 


304  HISTOIKE 

caractérise^  et  quoique  l'auteur  y  ait  donné  une 
attention  particulière  aux  impôts  établis  dans^ 
son  pays,  les  hommes  d'État  de  tous  les  autres 
pays  trouveront  dans  ce  travail  des  indications 
utiles  et  de  précieux  enseignemens.  M,  Flores 
Estrada  a  démontré  jusqu'à  la  dernière  évidence 
l'inégalité  et  l'injustice  du  système  fiscal  qui  pèse 
aujourd'hui  sur  toutes  les  nations  de  l'Europe,  et 
la  nécessité  d'y  apporter  des  modifications  déci- 
sives dans  un  avenir  peu  éloigné.  Il  a. complété 
par  des  aperçus  nouveaux  toutes  les  discussions 
relatives  aux  banques,  aux  papiers-monnaie,  à  la 
circulation,  en  reprenant  ces  questions  au  point 
où  les  avaient  laissées  Adam  Smith,  Ricardo, 
J.-B.  Say  et  M.  de  Sismondi.  V Economie  politique 
éclectique  serait  un  excellent  livre  d'étude,  si  quel- 
ques obscurités  n'en  déparaient  pas  l'ordonnance 
simple  et  sévère.  Tel  qu'il  est  néanmoins,  ce  livre 
peut  être  considéré  comme  le  complément  né- 
'  cessaire  de  tous  ceux  qui  l'ont  précédé  :  métho- 
dique avec  Say,  social  avec  Sismondi,  algébrique 
avec  Ricardo,  expérimental  avec  Adam  Smith,  il 
diffère  à  beaucoup  d'égards  de  tous  ces  grands 
maîtres,  et  il  participe  de  leurs  qualités  sans  tom* 
ber  dans  tous  leurs  défauts  '/ 

*  Le  Cours  éclectique  d'économe  politique  de  M.  Florez  Es- 
trada, a  ëté  traduit  en  français  avec  une  rare  habileté,  par  M.  L. 
Galibert,  directeur  delà  Aefue  ^t^annigtitf. 


ra:  r/ÊcôNOMKE  politique.  '305 

Citoyen  espagnol ,  M.  Floi^ez  Ëstrada  devait 
natureUement  avoir  en  vue  les  intérêts  de  sa  par- 
trie,  et  il  a  signalé  atec  une  rare  netteté  les  plaies^ 
du  ^stème  éeonoini<]|ue  c^îf  régît  l'Espagne  de- 
puis GharleS'Quint.  Les  questions  relatives  aux 
dîmes ,  aux  substitutions  ji  aux  droits  d'ainesse, 
aux  majorais  n'ont  été  traitées  nulle  part  avec 
plus  de  supériorité  que  ëans  son  livre.  C'est  là 
qu'on  peut  étudier  mieux  en^core  que  dans  l'ou- 
vrage de  Jovellanos  ' ,  leb  causes  véritables  de  la 
décadenee  de  l'Espagne  et  du  dommage  qu'ont 
causé  à  ce  beau  pays  les  mauvaises  lois  économie 
ques  dont  il  est  affligé  depuis  près  de  trois  cents^ 
ans.  M.  Florez  Estrada  en  a  iait  la  crkîq.ue  avec 
une  hauteur  de  vues  qui  s'étend  j^usqu'à  l'orga- 
nisation fiscale  des  principales  puissances  de 
l'Europe;  et  ses  belles  analyses  de  l'influence  des 
taxes  sur  les  diverses  industries  resteront  comme 
le  point  de  départ  obligé  de  toutes  les  réformes 
dont  ces  taxes  sont  susceptibles.  Tels  sont  les  ti- 
tres essentiels  de  l'auteur  à  k  reconnaissance  des 
économistes,  et  nous  regrettons  qiu'il  n'ait  pas 
abordé  les  questions  sociales,  sur  lesquelles  nul 
n'était  plus  capable  ,que  kii  de  jeter  une  vive  lu- 
mière. M.  Florez  Estrada  appartient  par  ses  doc- 
trines à  l'école  anglaise  ;  il  est  partisan  du  système 
de  MalthuSy  et  sa  théorie  du  revenu  de  la  terre 

'  Informe  en  el  eœpedienle  de  ley  agraria.- 

DBUXIBMB  lÎDlTIOlf.  9^' 


906  H19*rOIRE 

n'est  autre  que  celle  de  Ricardo,  perfectionnée  et 
illustrée  par  des  comparaisons  et  des  exemples 
également  ingénieux.  M.  Florez  Estrada  s'est 
montré  d'ailleurs  plus  éclectique  à  l'égard  dès 
personnes  qu'à  l'égard  des  choses.  La  produon 
tion  semble  avoir  beaucoup  plus  attiré  ses  regards 
que  la  consommation,  et  bien  qu'il  ait  proposé 
d'ajouter  au  programme  habituel  de  l' économie 
politique  une  division  relative  aux  échanges  ;  9à 
critique  s'est  arrêtée  devant  les  complicatîoils 
que  fait  naître  chaque  jour  le  système  industriel 
exagéré  par  l'Angleterre,  et  déjà  naturalisé  en 
France.  La  plupart  dés  économistes  éclectiques, 
excepté  M.  Delaborde,  ont  partagé  cette  réserve, 
que  nous  appellerions  de  la  timidité,  s'il  ne  nous 
était  pas  démontré  que ,  dans  l'opinion  de  ces 
écrivains ,  la  liberté  du  travail  et  celle  du  cobi- 
merce  devaient  suffire  pour  mener  à  bonne  fin 
toutes  les  difficultés  sociales  de  notre  temps. 
Mais  chaque  siècle  a  son  problème  à  résoudre,  et 
quand  le  moment  suprême  est  arrivé ,  ce  n'est 
point  en  hésitant  entre  des  doctrines  également 
impuissantes  qu'on  peut  espérer  une  solution 
sérieuse  et  durable.  Dans  l'état  actuel  des  cho- 
ses ,  l'économie  politique  éclectique  n'est  plus 
qu'une  science  d'observation,  tandis  que  la  mar- 
che des  événemens  exige  une  économie  politique 
d'action.  Quand  leis  gouvernemens,  débordés  par 


DE  l'Économie  politique.  307 

le  flot  des  intérêts  contraires ,  demandent  à  la 
science  des  r^fionses  catégoriques ,  celle-ci  ne 
saurait  demeurer  dans  le  vague  ou  se  réfugier 
dans  des  dissertations  :  il  faut  agir  ;  il  faut  exé- 
cuter les  réformes  devenues  nécessaires  avec  cette 
vigoeor  impartiale  et  prudente  qui  distinguait 
M*  Hoskisson.  Telle  fut  la  tentative  hardie  d'une 
école  désormais  célèbre,  malgré  ses  erreurs,  et 
dont  les  essais  ont  échoué  pour  avoir  manqué  de 
mesure,  mais  en  laissant  une  trace  lumineuse 
après  eux.  Cette  école  est  celle  de  Saint-Simon, 
qui  Youlut  être  à  la  vieille  économie  politique  ce 
que  FAssemblée  constituante  fut  à  l'ancien  ré- 
gime, et  qui  a  disparu,  comme  cette  Assemblée, 
dans  une  tempête. 


308  Hisroirtiîî 

CHAPITRE  XUIL 

De  Péçonomie  politique  saint-simonienne.  —  Premiers  écrits  dp 
Saint-Simon.  —  Hardiesse  de  ses  attaques.  —  Théories  de  ses 
disciples.  —  Le  Producteur,  — -  Ce  qu'ils  entendaient  par  /n^ 
duslrialisme,  —  Ils  fondent  une  église.  —  Leurs  attaques 
contre  Théritage. — ^Vue  générale  et  appréciation  de  leurs  tra- 
vaux. 

Quand  les  prènniers  écrits  des  saint-simonienè 
virent  le  jour,  toutes  les  grandes  questions  po^ 
sées  par  les  économistes  attendaient  une  solution: 
L'Europe  n'avait  jamais  pris  une  part  plus  activé 
à  cette  polémique,  malgré  les  incertitudes  qu'elle 
traînait  à  sa  suite ,  et  qu'augmentaient  chaque 
jour  les  débats  soutenus  par  les  chefs  des  diver- 
ses écoles.  En  même  temps,  l'immense  dévelop- 
pement de  l'industrie,  provoqué  par  la  paix  géné- 
rale, avait  fait  naître  des  complications  nouvelles, 
auxquelles  il  fallait  remédier  par  des  mesures 
efficaces  et  appropriées  aux  circonstances.  Le 
moment  était  venu  d'agir,  comme  nous  l'avons 
dit  :  des  plaies  nombreuses  affligeaient  le  corps 
social  ;  le  paupérisme  envahissait  de  plus  en  plus 
les  pays  manufacturiers;  on  avait  assisté,  sans 
espoir  qu'elles  disparussent  pour  long-temps,  à 
des  discussions  relatives  aux  salaires,  aux  enfans^ 


DE  l'Économie  politique.  309 

trouvés,  aux  débouchés,  sans  que  les  gouverne- 
mens  osassent  prendre  l'initiative  de  ces  mesures 
décisives,  qui  détruisent  le  mal  ou  qui  l'aggravent, 
selon  l'habileté  avec  laquelle  elles  sont  appli- 
quées. C'est  dans  cet  état  que  le  saint-simonisme 
trouva  la  France  et  l'Europe,  lorsque  ses  premiè- 
res publications  commencèrent  à  éveiller  l'atten- 
tion publique.  Les  doctrines  de  cette  école  ont 
exercé  trop  d'influence  sur  la  marche  de  l'éconor 
mie  politique  pour  qu'il  nous  soit  permis  de  les 
passer  sous  silence,  même  en  présence  des  lixttes 
orageuses  qu'elles  ont  soulevées. 

Un  homme  original  et  méconnu  pendant  toute 
sa  vie ,  devint ,  probablement  à  son  insu ,  quoi 
qu'en  aient  dit  ses  disciples ,  le  fondateur  de  la 
secte  des  saint  -  simoniens  ;  c'était  le  comte  de 
Saint-Simon,  descendant  de  la  famille  célèbre  de 
ce  nom,  entraîné  pendant  sa  jeunesse  dans  l'ex- 
pédition d'Amérique,  et  réduit  pendant  le  reste 
de  sa  carrière,  soit  par  le  malheur  des  temps , 
soit  par  des  excès  personnels ,  à  une  existence 
précaire  et  misçrable.  Il  paraît  qu'au  milieu  de 
ses  vicissitudes,  Saint-Simon,  déjà  préoccupé  de 
projets  de  réforme ,  avait  formé  le  plan  d'une 
réorganisation  de  la  société  sur  des  bases  qui  lui 
semblaient  préférables  à  toutes  celles  qui  parta- 
geaient les  économistes  de  son  temps.  Il  y  pro- 
céda successivement  par  une  série  de  publica- 


310  HISTOIRE 

tioiis  courtes  et  substantielles,  qui  résumaieni; 
ses  idées  sous  des  formes  incisives  et  pittores*- 
ques.  Dans  l'-ùn  de  ces  pamphlets  régénérateurs', 
il  proposait  de  remettre  le  pouvoir  spirituel 
aux  mains  des  savans ,  le  pouvoir  temporel  aux 
mains  des  propriétaires,  et  de  payer  les  gOuver- 
nemens  eii  considération.  Mais  ses  conseils  eurent 
peu  de  succès  à  cette  époque  ;  c'était  vers  la  fin 
du  règiie  de  Napoléon,  et  les  circonstances  ù'é- 
taientguères  favorables  aux  utopies  de  ce  genre. 
Saint-Simon  trouva  le  champ  plus  libre  au  com* 
mencement  de  la  Restauration,  et  ce  fut  en  4819 
qu'il  fit  paraître  la  première  expression  nette  et 
hardie  de  ses  théories  industrielles.  Le  petit  écrit 
qu'il  publia,  sous  le  titre  de  Parabole,  était  ex- 
trêmement remarquable  de  la  part  d'un  homme 
de  si  haute  extraction,  quelque  modeste  que  fût 
sa  fortune  présente.  Saint-Simon  y  développait, 
sous  la  forme  d'une  hypothèse  railleuse,  sa  doc- 
trine favorite  de  la  suprématie  des  professions 
industrielles  sur  toutes  les  autres  professions  dé 
la  société.  H  feignait  de  ne  pas^  concevoir  com- 
ment les  hommes  les  plus  habiles  dans  les  arts 
et  dans  les  manufactures  n'occupaient  pas  dânis 
l'État  les  postes  les  plus  avantageux,  en  leur  qua- 
lité de  créateurs  de  tous  les  produits  et,  par  con- 
séquent, de  toutes  les  richesses  ;  et  la  situation 

'  Lettre  d'un  habitant  de  Genève  à  ses  contemporains. 


DE  l'Économie  politique.  311 

inférieure  où  il  les  voyait  lui  semblait  le  mande 
renoersi.  Voici  comment  il  s'exprime  à  cet  égard 
dans  sa  Parabole^  dont  nous  citons  textuellement 
un  extrait  pour  donner  tout  à  la  fois  une  idé^  de 
son  style  et  de  ses  vues  pratiques  : 

«  Je  suppose,  dit-il,  que  la  France  perde  subitement sescin- 
qaante  premiers  physiciens ,  ses  cinquante  premiers  chimistes , 
ses  calquantes  premiers  peintres,  architectes ,  médecins ,  en  un 
mot  ses  trois  mille  premiers  artistes,  savans  et  artisans. 

»  Ckmime  ces  hommes  sont  les  Français  les  plus  essentielle- 
ment producteurs,  ceux  qui  donnent  les  produits  les  plus  impo- 
sans ,  ceux  cpii  dirigent  les  travaux  les  plus  utiles  à  la  nation , 
«tqui  la  rendent  productive  dans  les  beaux-arts  et  dans  les  arts 
et  métiers,  ils  sont  réellement  la  fleur  de  la  société  française.  : 
ib  sont  de  tous  les  Français  les  plus  utiles  à  leur  pays ,  ceux 
qui  leur  procurent  le  plus  de  gloire,  qui  hâtent  le  plus  sa 
civilisation  et  sa  prospérité.  Il  faudrait  à  la  France  au  moins 
une  génération  entière  pour  réparer  ce  malheur ,  car  les  hom- 
mes qui  se  distinguent  dans  les  travaux  d'une  utilité  positive, 
sont  de  véritables  anomalies ,  et  la  nature  n'est  pas  prodigue 
d'momalies ,  surtout  de  cette  espèce. 

»  Passons  à  une  autre  supposition  :  admettons  que  la  France 
conserve  tous  les  hommes  de  génie  qu'elle  possède  dans  les 
sciences ,  dans  les  beaux-arts  et  dans  les  arts  et  métiers;  mais 
qu'elle  ait  le  malheur  de  perdre  le  même  jour  Monsieur  ,  frère 
da  roi,  Mgr.  le  duc  d'Ângouléme,  Mgr.  le  duc  de  Berri,  Mgr.  le 
duc  d'Orléans,  Mgr.  le  duc  de  Bourbon ,  madame  la  duchesse 
d'Ângouléme,  madame  la  duchesse  de  Berri,  madame  la  duchesse 
d'Orléans,  màîdame  la  duchesse  de  Bourbon  et  mademoiselle  de 
Condé; 

«  Qu'elle  perde  en  même  temps  tous  les  grands  officiers  de  la 
couronne,  tous  les  ministres  d'État,  tous  les  maîtres  des  requê- 
tes, tous  les  maréchaux,  tous  les  cardinaux,  archevêques,  évé- 
ques ,  grands-vicaires  et  chanoines ,  tous  les  préfets  et  sous-pré- 


312  HiSTOinE 

fet» ,  Ums  les  employés  dans  les  ministères ,  -tous  les  juges  et  en 
sus  de  cela,  les  dix  mille  propriétaires  les  plus  riches  parmi  ceux 
qui  vivent  noblement. 

»  Cet  accident  affligerait  certainement  les  Français,  parce  qu'ils 
sont  bons,  parce  qu'ils  ne  sauraient  voir  avec  indififéeence  la  dis- 
parition subite  d*un  aussi  grand  nombre  de  leurs  compatriotes; 
mais  cette  perte  de  trente  mille  individus ,  réputés  les  plus  im- 
portans  de  rÉtat,  ne  leur  causerait  de  chagrin  que  sousunrapport 
purement  sentimental,  car  il  n'en  résulterait  aucun  mal  pour  l'État. 

»  D'abord  par  la  raison  qu'il  serait  très  facile  de  remplir  les 
places  qui  seraient  devenues  vacantes.  Il  existe  un  grand  nombre 
de  Français  en  état  d'exercer  les  fonctions  de  frère  du  roi ,  aussi 
bien  que  Monsieur^  beaucoup  sont  capables  d'occuper  les  places 
des  princes,  tout  aussi  bien  que  Mgr.  le  duc  d'Ângouléme,  Mgr. 
le  duc  d'Orléans ,  etc. 

»  Les  antichambres  du  château  sontpleines  de  courtisans  prêts 
à  occuper  les  places  de  grands-officiers  de  la  couronne  ;  l'armée 
possède  une  grande  quantité  de  militaires  aussi  bons  capitaines 
que  nos  maréchaux  actuels.  Que  de  commis  valent  nos  ministres 
d*Etat!  que  d'administrateurs  plus  en  état  de  gérer  les  affaires 
des  départemens  que  les  préfets  et  sous-préfets ,  présentement 
en  activité;  que  d'avocats  aussi  bons  jurisconsultes  que  nos  juges! 
que  de  curés  aussi  capables  que  nos  cardinaux,  que  nos  archevê- 
ques, que  nos  évéques,  que  nos  grands-vicaires  et  que  nos  cha^ 
noines  !  Quant  au  dix  mille  propriétaires ,  leurs  héritiers  n'au- 
raient besoin  d'aucun  apprentissage  pour  faire  les  honneurs  de 
leurs  salons  aussi  bien  qu'eux.  » 

Ce  pamphlet  audacieux  produisit  assez  de  sen- 
sation pour  exciter  )a  sollicitude  des  magistrats  et 
pour  obtenir  un  acquittement  malgré  leurs  pour- 
suites. C'était  le  programme  du  pouvoir  industriel 
que  Saint-Simon  se  proposait  de  fonder,  et  il  fut 
bientôt  suivi  par  une  foule  d'autres  publications 
qui  ont  été  religieusement  recueillies,  depuis,  par 


DE  l'Économie  politique.  3lS 

M.  Olincle-  Rodrigoes ,  l'un  do  ses  disciples.  Lies 
plus  curieux  de  ces  écrits  portaient  le  titré  de 
rOrgamateur ,  le  Catéchisme  des  industriels ,  le  Sysf* 
(èmeiniustriet.  «  Nous  invitons,  disait-^il,  tous  les 
industriels  qui  sont  zélés  pour  le  bien  public ,  et 
qui  <x>nnaissent  les  rapports  existans  entre  les  in- 
térêts généraux  de  la  société  et  ceux  de  Tindus^ 
trié,  k  ne  pas  souffrir  plus  long-temps  qu'on  les 
désigne  sous  le  nom  de  libéraux'^  nous  les  invitons 
k  arborer  un  nouveau  drapeau  et  à  inscrire  sur 
leurs  bannières  la  devise  :  industrialisme.  La  dési-^ 
gnation  du  libéralisme  ayant  été  choisie ,  adoptée 
et  proclamée  par  les  débris  du  parti  patriote  et 
du  parti  bonapartiste,  cette  désignation  a  de  très 
grands  inconvéniens  pour  les  hommes  dont  la 
tendance  essentielle  est  celle  de  constituer  un  or* 
dre  de  choses  solide  par  des  moyens  pacifiques. 
Nous  ne  prétendons  pas  dire  que  les  patriotes  et 
les  bonapartistes  n'aient  pas  rendu  des  services  à 
la  société;  leur  énergie  a  été  utile,  car  il  a  fallu 
démolir  avant  de  pouvoir  construire.  Mais  aujour- 
d'hui Tesprit  révolutionnaire  qui  les  a  animés  est 
directement  contraire  au  bien  public;  aujourd'hui 
une  désignation  qui  n'indique  point  un  esprit 
absolument  contraire  à  l'esprit  révolutionnaire  , 
îfie  peut  convenir  aux  hommes  éclairés  et  bien  in- 
tentionnés. »  Nous  avons  cité  ces  divers  passages 
afin  de  faire  remorquer  l'étrange  amalgame  de 


314  HISTOIRE 

seatimens  contraires  qui  distinguait  la  dQCtrin9 
saint-€iiaianienne  à  cette  première  période  de  sou 
développement.  Depuis  lors»  cette  école  n'a  ceisé 
de  professer  une  sorte  de  respect  aveugla  pour. t^s 
prescriptions  de  l'autorité,  jusqu'au  point  de  l'in^ 
vestir  d'une  haute  surveillance  sur  tous  les  prpr 
cédés  du  travail  et  de  créer  ainsi  une  intervention 
universelle  de  l'administration  dans  les  intérêts 
de  tous  les  particuliers.  On  conçoit  sans  peine 
que  Saint-Simon  eût  d'autant  plus  de  propension 
à  ce  despotisme  de  l'autorité  que ,  d'après  ses 
idées,  c'est  aux  mains  des  industriels  qu'il  devait 
naturellement  échoir. 

Nous  n'avons  point  à  examiner  ici  la  portion 
purement  religieuse  des  doctrines  de  Saint-Simon, 
telle  qu'elle  ressort  de  son  nouveau  çhristianimef 
oeuvre  fort  remarquable  et  dans  laquelle  l'auteur 
a  proclamé  la  nécessité  pressante  d'améliorer  le 
sort  des  classes  les  plus  nombreuses  et  les  plus 
pauvres^  Encore  moins  critiquerons^-nous  la  mé- 
tamorphose de  toute  cette  école  industrielle  en 
une  église  métropolitaine  ayant  ses  doctrines  et 
ses  casuistes.  Cette  partie  de  l'histoire  des  saii^t- 
simoniens  appartient  à  l'histoire  des  erreurs  re- 
ligieuses, ainsi  que  les  tentatives  d'émancipation 
de  la  femme  et  le  cortège  de  hardiesses  dont  elles 
furent  accompagnées.  Notre  but  n'est  que  de  si- 
gnaler les  travaux  économiques  de  la  secte  et  les 


DE  l'Économie  politique.  315 

résultats  acquis  de  ces  travaux.  En  effets  aussitôt 
après  la  mort  de  Saint-Simon ,  ses  disciples  pu^ 
blièrent ,  sous  le  nom  du  Producteury  un  recueil 
périodique  destiné  à  la  propagation  des  doctrines 
du  maître,  mais  en  les  appropriant  aux  nécessités 
du  temps  et  avec  des  ménagemens  dont  ils  jugè- 
rent à  propos  de  s'affranchir,  après  la  révolution 
de  1830.  Quoi  qu'il  en  soit ,  les  auteurs  de  ce 
recueil  étaient  parvenus  à  répandre ,  parmi  les 
hommes  les  plus  avancés  de  la  presse ,  des  idées 
favorables  au  développement  de  la  puissance  in- 
dustrielle et  à  affaiblir  le  prestige  qui  s'attachait 
exclusivement  alors  aux  moyens  politiques.  Ils 
attaquaient  par  des  argumens  simples  et  vigou- 
reux le  vieux  système  prohibitif  exagéré  par  la 
Restauration;  ils  signalaient  avec  une  fierté  calme 
et  digne  l'importance  du  rôle  des  savans,  des  in- 
dustriels et  des  artistes  ,  trinité  nouvelle  de  la 
religion  d'amour  et  de  travail  qu'ils  se  proposaient 
de  fonder.  A  partir  de  cette  époque  il  s'opère  un 
véritable  changement  dans  les  idées  absolues 
de  la  presse  militante,  directrice  de  l'opinion 
populaire  en  France  :  les  tendances  militaires 
perdent  beaucoup  de  leur  empire;  la  guerre  est 
obligée  de  rendre  des  comptes ,  et  pour  la  pre- 
mière fois  depuis  long-temps,  on  commence  à 
s'apercevoir  qu'il  existe  en  dehors  des  classes  pri- 
vilégiées de  la  fortune  et  de  la  politique  une  niasse 


316  HISTOIRE 

immense  de  troDailleurs^  dont  le  tour  est  venu  de 

« 

figurer  sur  la  seène  du  monde  et  d'y  avoir  ses 
représentants  légitimes. 

Les  saint^simoniens  en  étaient  à  ce  point  lors« 
que  la  révolution  de  Juillet  éclata.  Je  ne  crois  pas 
exagérer  l'influence  de  leurs  premiers  écrits,  en 
affirmant  que  ce  fut  sous  leur  inspiration  que  les 
troubles  de  Tépoque  prirent  ce  caractère  social 
dont  l'Europe  se  montra  si  vivement  préoccupée. 
Le  Producteur  avait  cessé  de  paraître,  mais  pour 
être  dépassé.  Une  exposùûm  nouvelle  de  la  doc- 
trine sain t-srmonienne,  mûrement  discutée  en 
conseil  des  pontifes  du  grand  collège ,  proclama 
hardiment  l'abolition  de  l'héritage  et  le  classement 
des  positions  suivant  les  capacités.  On  sent  com- 
bien ce  dogme  devait  sourire  à  la  vanité  humaine, 
toujours  disposée  à  se  juger  avec  bienveillance,  et 
quelles  conséquences  flatteuses  pouvaient  tirer 
de  l'abolition  des  héritages  les  hommes  qui  n'a- 
vaient rien  à  y  perdre.  Les  saint-simoniens  pro- 
fitaient habilement  des  circonstances  qui  avaient 
donné  aux  masses  insurgées  une  victoire  illustrée 
par  le  plus  admirable  désintéressement  dont  l'his- 
toire fasse  mention.  Ils  commentaient  en  hommes 
pratiques  le  fameux  mot  de  Sieyes  :  le  tiers-étai  est 
tout  et  ils  voulaient  que  le  tiers-état  de  i830  ne 
fut  pas  réduit  aux  minces  proporlionsd'une  bour- 
geoisie. Mais  tandis  qu'ils  affectaient  dans  leur 


De  L'ÉCONOMtE  l*OLiTIQUE.  3l7 

latigage  les  formes  les  plus  pacifiques,  les  masses 
peu  éclairées  marchaient  droit  à  leur  but  êl  pour- 
suivaient, au  moyen  des  insurrections  ^  la  réalisa- 
tion, de  cette  promesse  décevante  :  «  Â  chacun  sa 
capacité,  à  chaque  capacité  suivant  ses  œuvres.  » 
Il  ne  manquait  pas  de  hardis  commentateurs  pour 
&ire  ressortir  le  contraste  affligeant  de  la  misère 
des  uns  et  de  l'opulence  des  autres.  Plus  d'un  tri- 
bun de  carrefour  démontrait  facilement  les  hauts 
profits  que  Yhumamté  devait  retirer  de  l'abolition 
de  ces  inégalités  odieuses,  représentées  comme 
de  véritables  spoliations.  Telle  n'était  pas,  pour- 
tant y  la  pensée  des  saint-simoniens  en  publiant 
leur  c^ëbre  symbole.  Ils  n'avaient  pas  entendu 
prêcher  la  communauté  des  biens,  ni ,  ce  qu'on 
leur  reprocha  plus  tard,  la  communauté  des 
femmes  ;  et  le  manifeste  qu'ils  adressèrent  à  ce 
sujet  à  la  chambre  des  députés  ne  laisse  aucun 
doute  sur  leurs  véritables  intentions.  Voici  le  pas- 
sage le  plus  rërdarquable  de  ce  document  : 

«  Le  aystème  de  communauté  des  biens  s^entend  uhiverselle- 
meiït  du  partage  égal  entre  tous,  les  membres  de  la  société ,  soit 
du  fonds  lui-même  de  la  production^  soit  du  finiit  du  travail  de 
tous. 

n  Les  Saint-Simoniens  repoussent  ce  partage  égal  de  la  pro- 
priété^ qui  constituerait  à  leurs  yeux  une  violence  plus  grande, 
une  injustice  plus  révoltante  que  le  partage  inégal  c(ui  s'est  ef- 
fectué primitivement  par  la  force  des  armes ,  par  la  conquête. 

»  Car  ils  croient  à  Tinégalité  naturelle  des  hommes,  et  régar- 


318  HISTOIRE 

deiU  cette  inégalité  comme  la  condition  indispensable  de  Tor- 
dre social. 

>y  Ils  repoussent  le  système  de  la  communauté  des  biens ,  car 
cette  communauté  serait  une  violation  manifeste  de  la  première 
des  lois  morales  qu'ils  ont  reçu  mission  d'enseigner,  et  qui  veut 
qu'à  l'avenir  chacun  soit  placé  selon  sa  capacité  et  rétribué  selon 
ses  œuvres. 

•  »  Mais  en  vertu  de  cette  loi,  ils  demandent  Tabolition  de  tous 
les  privilèges  de  naissance,  sans  exception,  et  par  conséquent  la 
destruction  de  Vhéritage ,  le  plus  grand  de  ces  privilèges,  celui 
qui  les  comprend  tous  aujourd'hui,  et  dont  l'effet  est  de  laisser 
iib  hasard  la  répartition  des  privilèges  sociaux'^  parmi  le  petit 
BOiQbire  de  ceux  qui  veulent  y  prétendre ,  et  de  condamner  la 
classe  la  plus  nombreuse  à  la  dépravation ,  à  l'ignorance ,  à  la 
misère. 

'  »  Ils  demandent  que  tons  les  instrumens  du  travail,  les  terres 
et  les  capitaux  qui  forment  aujourd'hui  le  fonds  morcelé  des 
^propriétés  particulières,  soient  exploités  par  association  et  hié- 
rarchiquement, de  manière  à  ce  que  la  tâche  de  chacun  soit 
^expression  de  sa  Capacité  et  sa  richesse  la  mesure  de  ses  cen- 
vres. 

»  Les  Saint-Simoniens  ne  viennent  porter  atteinte  à  la  consti- 
tution de  la  propriété  qu'en  tant  qu'elle  consacre  pour  quelques- 
tins  le  privilège  impie  dé  Toisiveté,  c'est-â-dire  de  vivre  du  tra- 
vail d'autrui;  qu'en  tant  qu'elle  abandonne  au  hasard  de  la 
naissance  le  classement  social  des  individus.  » 

Malgré  cette  protiestation  des  saint-simoniens, 
il  était  facile  de  voir  que  leurs  attaques  contré  la 
transmission  des  propriétés  par  l'héritage  abou- 
tissaient à  une  véritable  spoliation  des  familles. 
Ils  menaç^ent  ainsi  les  citoyens  dans  la  jouis- 
sance de  celui  de  leurs  droits  considéré  comme 
le  plus  sacré;  ils  atteignaient  les  pères  d^ns  leur 


DE  l'Économie  polijique.  319 

espoir  le  plus  doux,  et  ils  frappaient  ia^ société 
eiie-mème  dans  sa  fortune,  en  étouffant  chez 
rhomme  le  stimulant  le  plus  énergique  du  Ira* 
vail  et  de  Téconomie.  Qui  donc  exercerait  dans 
chaque  pays  les  fonctions  de  répartiteur  des  jouis* 
sances  et  des  fonctions  ?  Quelle  intelligence  se 
trouverait  assez  haute,  et  quel  esprit  assez  im^ 
partial  pour  être  à  l'abri  des  erreurs  et  des  in- 
justices? Ce  ne  devait  pas  être  moins  qu'un  grand- 
prêtre,  aussi  infaillible  que  le  pape,  et,  de  plus, 
souverain  dispensateur  des  produits  du  travail. 
Les  adeptes  de  la  doctrine  ne  reculèrent  pas  même 
devant  cette  difficulté,  et  ils  se  donnèrent,  sous 
le  nom  de  père-suprême,  ce  souverain  dispensateur 
des  plaisirs  et  des  peines.  C'est  à  partir  de  ce 
moment  que  le  saint-simonisme  dégénère  en  une 
sorte  de  théocratie  mondaine,  et  cesse  de  s'arrè* 
ter  à  la  limite  des  utopies  économiques.  On  ne  le 
considère  plus  comme  une  école,  mais  comme 
une  église,  et  déjà  il  est  poursuivi  par  le  ridicule 
qui  s'attache  impitoyablement  en  France  à  tous 
les  fondateurs  d'églises.  En  même  temps,  les  fol- 
les tentatives  d'émancipaition  des  femmes  achè- 
vent de  déconsidérer  ce  qu'il  pouvait  y  avoir 
de  bon  et  d'utile  dans  les  autres  propositions 
saint-simoniennes.  On  les  enveloppe  toutes  dans 
une  commune  réprobation.  On  rit  et  Ton  s'indi- 
gne de  cette  lutte  entre  deux  personnages  éminens 


(le  la  seotc,  dont  l'uit,  homme  marié,  prétend 
([uedans  la  famille  tout  tiiifant  doit  pouvoir  con- 
naître son  ])ère,  tandis  que  l'autre,  célibataire, 
soutient  que  la  femme  seule  doit  être  appelée  à 
s'expliquer  sur  cette  grave  question.  Les  hommes 
sérieux  ne  voient  plus  qu'une  débauche  d'esprit 
dans  ce  délwrdement  de  propositions  licencieuses 
qui  conduisent  au  bouleversement  de  la  famille 
et  de  la  propriété.  Les  magistrats  s'en  alarment, 
ia  société  s'en  émeut.  En  vain  ,  les  saint-simo- 
niens  organisent  des  temples,  durinenl  le  mot  de 
leur  énigme  dans  des  prédications  éloquentes,  où 
leur  parole  attire  les  riches  et  les  pauvres  par 
une  espèce  de  fascination  irrésistible  ;  eu  vain 
même  ont-ils  l'art  de  recueillir  des  adhésions  et 
de  multiplier  tes  prosélytes  :  leur  décadence  ap- 
proche et  leurs  théories  les  plus  rationnelles  sont 
confondues  avec  les  écarts  de  leur  imagination. 
Les  insurrections  qui  éclatent  de  toutes  parts 
passent  pour  être  le  fruit  de  leurs  excitations,  et 
en  présence  du  sang  qui  coule,  le  rire  fait  place 
à  la  colère.  L'autorité  fait  fermer  leurs  salles  de 
conférences,  et  les  tribunaux  les  poursuivent 
comme  perturbateurs  du  repos  public. 

Quelle  triste  lin  pour  des  débuts  qui  parais- 
saient si  favorables  !  Qui  aurait  pu  croire  que 
les  savantes  analyses  des  procédés  de  l'industrie, 
pub}iées  par  le  Producteur,,  devaient  .ayQir..pQiir 


Dr,  l'économir  politique.  321 

conclusion  la  femme  libre  et  la  création  d'un  père- 
tuprême  !  Mais  en  dépit  de  ces  extravagances,  une 
pensée  profonde  avait  survécu  à  la  dispersion  des 
saint-simoniens,  dégagée  de  l'alliage  impur  des 
sensualités  de  la  rue  Monsigny'.  Cette  pensée 
avait  été  formulée  par  l'un  des  principaux  orga- 
nes de  ta  secte:  n  La  société,  selon  eux,  ne  se 
compose  que  d'oisifs  et  de  travailleurs.  La  poli- 
tique doit  avoir  pour  but  l'amélioration  morale, 
physique  et  intellectuelle  du  sort  des  travail- 
leurs, et  la  déchéance  progressive  des  oisifs.  Les 
moyens  sont,  quant  aux  oisifs,  la  destruction 
de  tous  les  privilèges  de  la  naissance,  et  quant 
aux  travailleurs,  le  classement  selon  tes  capacités 
et  la  rétribution  selon  les  œuvres.  »  Les  saînt- 
Simoniens  comprenaient  très  bien  qu'il  leur  se- 
rait impossible,  dans  l'état  présent  de  la  société, 
d'arriver  promptement  à  leur  but  ;  aussi  procla- 
maient-ils eux-mêmes  la  nécessité  d'une  transition 
mesurée,  et  ils  repoussaient  l'idée  d'une  sup- 
pression immédiate  du  privilège  de  succession. 
Leur  projet  étaitdeprovoquer  d'abord  l'abolition 
de  l'héritage  en  ligne  collatérale  à  d 


'  C'est  dans  cette  rue  que  les  saînl-simoniens  avaient  établi 
la  métropole  de  leur  culte,  quand  ils  se  firent  prêtres.  Ils  y  don- 
DaientdesBoirËes  très  suivies  etdesconrërences  qui  nerétaien!  pas 
moins.  On  peut  croire  que  l'ivresse  de  ces  succès  de  salon  n'a 
pas  peucontribuéà  la  tendance  vers  l'épicurisme  quia  égaré  ces 
hommes  remarquables. 

DEDXIÈMB  ÉDITION.  31 


aSS  HISTOIRE 

éloignés,  afin  d'accoutumer  insensiblement  les 
esprits  à  des  réformes  plus  décisives.  Ils  vou- 
laient faire  seryjr  à  la  réduction  des  impôts  la 
valeur  acquise  à  l'État  des  propriétés  qui  vien- 
draient accroître  son  domaine ,  et  le  produit 
des  droits  de  successioQ  en  ligne  directe,  qui  eus- 
sent été  considérablement  augmentés.  Au  moyen 
de  ce  budget  de  création  nouvelle,  ils  donnaient 
une  impulsion  active  à  toutes  les  industries, 
creusaient  des  canaux,  traçaient  des  routes,  ils 
élevaient  des  monumens  publics,  et  fondaient  les 
établissemens  d'instruction  réclamés  par  les  be-* 
soins  du  pays. 

On  ne  peut  lire  aujourd'hui  sans  un  vif  intérêt 
les  vues  qu'ils  présentaient  chaque  jour  dans  le 
journal  le  Globe,  devenu  leur  propriété.  Par  une 
singularité  assez  remarquable,  ce  jourpal  avait 
appartenu  avant  eux  à  une  association  d'hommes 
distingués,  que  le  flot  de  1830  venait  de  porter 
au  pouvoir.  Ce  que  l'ancien  Globe  avait  essayé  de 
conquérir  pour  la  pensée,  pour  les  classes  moyen- 
nes, les  Saint-Simoniens  le  revendiquaient  pour 
le  travail,  pour  les  classes  inférieures.  Us  pre- 
naient une  part  active  à  tous  les  projets  de  ré- 
forme favorisés  par  le  mouvement  rénovateur  de 
Juillet.  Leur  feuille,  distribuée  gratuitement  à 
plusieurs  milliers  d'exemplaires,  traitait  avec  une 
supériorité  incontestée  les  questions  de  finances. 


DE  l'économib  politique.  323 

de  travaux  publics,  de  bauques,  d'association, 
de  paupérisme,  et  il  faut  convenir  que  jamais  au- 
cune réunion  de  savans  n'avait  mis  en  circulation 
unepareilte  masse  d'idées.  Ces  idées,  assurément, 
n'étaient  ni  toujours  justes,  ni  toujours  pratica- 
bles; il  s'en  trouvait  souvent  de  bizarres  et  dont 
l'expression  ét^it  empreinte  d'un  néologisme  af- 
fecté :  maifii,  à  mesure  que  les  esprits  se  sont 
calmés,  la  postérité,  qui  commence  pour  U^, 
Saint-Simonîens,  a  fait  le  départ  de  l'alliage,  et- 
il  est  resté  beaucoup  de  métal  pur  au  fond  de  leur 
creuset.  C'est  à  eux  que  nous  devons  la  ten- 
diAiice  industrielle  de  l'époque^actuelle  et  la  dî^ 
rection  peut-être  trop  exclusive  aujourd'hui,  de 
tomles  les  activités  vers  ce  but.  En  réhabilitant» 
soit  par  leurs  prédications,  soit  par  leurs  analy-*. 
sds,  1^  cujte  du  travail,  ils  ont  appelé  sur  leç, 
ehsses  laborieuses  la  sollicitude  trop  long-^temps 
indifférente  du  pouvoir  et  des  classes  élevées. 
lsf)sB  savantes  expositions  de  la  théorie  d^s  ban- 
que^^  leurs  vues  originales  sur  le  régime  hypo-» 
thécaire,  sur  l'insuffisance  de  l'instruction  publi* 
qoe^  siir  les  enfans-trouvés,  ont  familiarisé  les 
homiaes  les  plus  étrangers  à  la  science  énonomi-* 
que  avec  les  principes  fondamentaux  de  cette 
actence*  Tandis  que  les  économistes  dissertaient, 
sur  les  théories ,  les  saint-simoniens  abordaient 
atec  courage  les  hasards  de  la  pratique ,  et  fdh' 


324  -  HiSTOittÉ 

saieût,  à  leurs  risques  et  périls,  les  expériences 
préparatoires  de  Favenir.  Leur  désintéressemeiit 
pfersoiinèl  égalait  leur  enthousiasme  religieux  podr 
la  cause  qu'ils  avaient  embrassée,  et  tnalgré  les^ 
accusations  contraires  qui  ont  plané  sur  eux^ 
c'est  un  fait  avéré  qu'ilà  sont  tous  sortis  pauvres' 
ou  ruinés  de  leurs  temples  et  de  leurs  ateliers. 

le  ne  dirai  rien  de  Tessai  malheureux  qu'ils 
firent  sur  eux-mêmes,  en  se  retirant  sur  les  hau- 
teurs du  village  de  Ménilmontant,  dansTintentiOU 
d'y  glorifier  le  travail.  Ce  fut  Un  déplorable spec^ 
tacle  de  voir  des  chimistes  habiles,  des  ingénieurs 
distingués,  des  penseurs  originaux  et  profonds 
ravalés  au  dernier  rang  des  manœuvres ,  et  ré- 
duits par  une  aberration  de  leur  propre  volonté 
aux  travaux  les  plus  vulgaires  de  la  vie  domesti* 
que.  En  agissant  ainsi ,  ils  dégradaient  rihtelli- 
gence  et  méconnaissaient  les  premières  règles  dé 
la  division  du  travail.  Qu'auraient-ils  dit,  eux  si 
sérieusement  hiérarchiques,  si  les  classes  labo- 
rieuses, quittant  le  soc  de  la  charrue  ou  le  mar^ 
teau  de  l'industrie,  s'étaient  emparées  des  do*- 
lUaines  de  l'intelligence  pendant  que  les  chefs  de 
la'  religion  industrielle  se  livraient  humblement 
à  des  travaux  manuels?  Quelle  contradiction 
(kns  les  actions  et  dans  les  paroles!  Et  ce  n'était 
pas  la  seule  :  on  est  surpris,  en  étudiant  leurs 
doctrines,  de  l'indépendance  dés  principes  et  de 


DB  l'Économie  ,  POLITIQUE.  u9Sô 

l'absolutisme  des. prescriptions;  on  a; de  la  ^ine 
à  associer  ces  projets  d'émancipation  ^iei  travisûl^ 
leura  avec  les  règles  sévères  qui  leur  étaient  imr 
posées.  Les  saint-simoniens  oi|t  un  point  de  rei&- 
semblance  avec  les  physiocrates ,  auxquels  ils 
semblent  aussi  avçir  emprunté  le  dogme  de  IV 
béissance  passive  et  d'un  respect  idolâtre  pour 
r^utorité-  Cette  erreur  pourtant  a  été  moins  nui- 
sible qi^^'ulile.  On  s'était  trop  habitué  en  France 
9qil9..1a  Restauration,  et  malheureusement  avec 
quelques,  motifs,  à  fronder  le  pouvoir  :  on  l'ob*- 
.servait  avec  défiance;  on  lui  obéissait  avec  hit- 
meur«  fine  hpstilité  systématique  accueillait  la 
plupart  de  ses^  mesurer  oju  en  paralysait  les 
effets  i  de  sorte  que  la  puissance  publique  allait 
s'affaiblissant  chaque  jour,  au  grand  détriment 
A^.M  pi'ospérité  et  de  la  dignité  du  pays.  Les 
j^n^rsimpniens,  envers  lesquels  le  pouvoir  s'est 
fl^ontr^  fçrt  ingrat,  apprirent  au  peuple  français 
.q}i!un  gouvernement  est  bon  à  quelque  chose  : 
jçf^tait  vraiment  une  nouveauté  par  le  temps  qui 
qouf  ait  alorsy  et  surtout  au  moment  où  chacun  se 
faisait  un  mérite  d'avoir  contribué  au  renverse- 
ment de  la  dynastie  qui  venait  de  tomber.  Le 
saint-simonisme  essaya  d'arrêter  toutes  les  mains 
armées  d'instrumens  destructeurs,  qu'un  pre- 
mier élan,  brusquement  arrêté,  n'avait  pas  en- 
core déshabituées  de  la  démolition;   il   voulut 


9tê  HISTOlitE 

att8sî  exciter  au  coeur  des  iiautes  claèises  ces 
sympathies  pmir    les  plus    humbles,    qu'elles 
avaient  rarement  éprouvées.  On  peut  échouer 
dans  cette  noble  tâche,  en  y  commiettànt  des  er- 
reurs; fit  qui  n'enlrommet  pas,  même  en  faisant 
le  bien?  Mais  il  reste  toujours  une  trace  lumi- 
neuse de  ces  essais  hardis,  que  les  générations 
suivantes  ne  manquent  jamais  de  reprendre  m 
sous-œuvre;   Aujourd'hui    les    saint-^imoniens 
répandus  dans  le  monde,  y  ont  repria  l'exercice 
des  professions  auxquelles  ils  étaient  individuel- 
lement destinés  par  leurs  premières  études;, ils 
construisent  des  chemins  de  fer'^  ils  font  ées 
voyages  utiles  à  leur  patrie;  ils  sont'entrépre»- 
neurs  d'usines  et  partout  on  les  voit  à  la  tète  (tes 
projets  d'amélioration.  Us  Honorent  leur  passé 
par  la  dignité  même  de  leur  silence,  satisfaits 
d'avoir  posé  les  plus  grandes  questions  du  teônpis 
présent  et  d'avoir  préparé  les  prindpaux  élë- 
mens  d6  leur  solution.  L'Europe  qui  le^  ba- 
fouait, suit  leurs  conseils,  et  le  gouvernement 
qui  les  pourchassait,  les  emploie.  Est-ce  donc 
ainsi  qu'on  traite  des  vaincus  ?  ' 


DE  l/ÉCONOMIE  POLITIQUE. 


387 


J  ;■«  I 


•«mU 


CHAPITRE  XLIV. 


Des'éoonoilistM  uhpistet.^-^-ïkL  sys\épié  êoetétaire  de  Fouri^r^ 
^— Revue  de  ses  princ^aiix  ouvrages.-— Idée  fondamentale  de 
sa  doctrine.  —  Développemens  qu'eOe  parait  susceptible  dé 
recevoir.  —  Do  système  sociai  de  M.  Oweli.  —  Essais  ii^^id^ 
tÉMm  tentés  par  lui  à  New-Lanark  et  à  New-Hatmony.  -rr; 
£sqttuiMi  des  vues  particulière^  de  cet  économiste. 


Dansl'ordrechronologique,  les  saint-simoniens 
110  soot  f)ûs  les  premiers  économistes  réformateur^ 
du  dix-neuvième  siècle.  Déjà,  quelques  aonée^ 
àtaat  la  publication  de  leurjs  écrits,  deux  hommes 
remarquables  à  des  titres  divers,  MM.  Fourier  et 
Oweo,  avaient  jeté  les  fondemens  d'une  réforme, 
appelée  par  le  premier  sodéiaire,  et  sociale  par  Je 
second;  cdle-ci  fondée  sur  la  communauté,  l'autre 
gttf  ^association.  Tous  deux  partaient  du  même 
point,  sans  tendre  au  même  but;  L'un  et  l'autre  ils 
étaient  frappés  du  malaise  de  la  société  contempo- 
raine, des  vices  de  nos  mœurs,  des  souffrances  du 
plus  grand  nombre  de  nos  semblables ,  et  de^  la 
nécessité  d'y  mettre  un  terme;  mais  ils  différaient 
easeniîellement  sur  les  moyens.  Les  saints-simor 
niens  ont  fait  plus  de  bruit  et  plus  de  chemini 
parce  que  le  chef  de  leur  école,  enlevé  le  premier 


^i .  ■ 


3S&  HISTOIRE 

à  ses  disciples ,  a  laissé  des  sectateurs  ardens  et 
résolus  auxquels  rien  n'eût  manqué  pour  assurer 
le  triomphe  de  ses  doctrines,  si  quelque  grande 
rénovation  en  avait  pu  sortir. 

Les  idées  deFourier  et  d'Owen  n'ont  obtenu  que 
fort  tard  le  privilège  de  cette  publicité  bruyante 
qui  commande  l'attention  et  quelquefois  le  succès. 
Fourier  est  mort  il  y  a  un  peu  plus  d'une  année  \ 
et  M.  Owen  vit  encore.  Cette  double  circonstance 
explique  l'intérêt  différent  qui  s'est  attaché  aux 
prédications  des  saint  -  simoniens  et  aux  écrits 
d^Owen  et  de  Fourier.  Cependant,  les  essais  de  ces 
deux  philosophesont  précédé  de  plusieurs  années 
Tes  premiers  travaux  de  Saint-Simon,  et  ils  se  pr^ 
sentent  avec  une  organisation  plus  complète  et 
plus  vaste  que  celle  de  l'école  saint-simonienne. 
Fourier,  dont  ses  disciples  veulent  faire  aujour- 
d'hui un  grand  homme ,  l'emporte  évidemment 
sur  ses  deux  rivaux  par  la  hardiessede  ses  vues  et 
par  là  constance  admirable  de  son  caractère;  mieux 
qu'eux ,  il  croyait  avoir  résolu  le  problème  socfol, 
et  il  accusait  de  stérilité  toutes  les  doctrines  éco- 
nomiques contemporaines,  sans  s'apercevoir  qu'il 
n'apportait,  comme  elles,  que  sa  part  d'incerti- 
tudes et  de  rêveries  au  foyer  universel  de>t6tts  les 
doutes  et  de  toutes  les  utopies  de  la  civilisation. 
Un  examen  rapide  permettra  d'en  juger. 
^  Fourier  avait  été  frai)pé  de  bonne  heure  des 

'  M.  Blanqiii  écrivait  ceci  en  1858.       {Noie  de  l'édiieur.) 


DB  l'Économie  politique.  3d9 

mensoiiges  de  convention  dont  l'ordre  social  est 
infesté.  Il  avait  vu  l'eiifance  aux  prises  avec  des 
passions  impérieuses  et  des  maîtres  exigeans;  plus 
tardy  dans  le  monde,  sa  probité  s'était  révoltée  à 
l'aspect  des  fourberies  du  commerce,  des  discor-» 
des  de  la  famille  et  des  corruptions  de  la  politi- 
que. Il  avait  été  choqué  du  contraste  de  la  piau- 
vreté  honnête  et  du  vice  opulent.  Avant  que  sa 
raison  lui  eût  démontré  que  la  Providence  devait 
avoir  eu  des  vues  plus  hautes,  son  cœur  avait  gémi 
des  contradictions  et  des  désappointemens  amers 
de  notre  société.  Quoi  donc  !  en  présence  de  ce 
magnifique  spectacle  de  la  nature,  de  ce  soleil  qui 
luit  pour  tous,  de  ces  fruits  si  abondans  et  si  sa- 
voureux ,  de  ces  fontaines  si  limpides ,  il  y  a  des 
hommes  qui  vivent  dans  les  ténèbres,  qui  lan- 
guissent dans  les  hôpitaux,  dans  les  prisons ,  qui 
meurent  de  faim  et  de  soif!  Il  y  a  des  hommes 
mille  fois  plus  malheureux  que  les  bêtes,  puis- 
qu'ils ont  à  subir  la  torture  morale»  outre  la  soiif-. 
franco  physique!  Tout  marcherait  d'un  pas  ré- 
gulier dans  ce  monde  créé  pour  l'homme,  excepté 
l'humanité  elle-même!  La  maison  ne  serait  si  belle 
^  I9  lumière  des  astres  aussi  brillante,  que  pour 
contenir  et  éclairer  les  douleurs  ineffables  du 
matlre!  Quel  blasphème  et  quelle  absurdité! 
.  Frappé  de  ce  contraste  cojoime  d'une  révélation, 
Fourier  en  rechercha  les  causes  avec  la  sagacité 


8dO  lllSTOiRl'.  ' 

persévérante  el  profonde  qui  le  dîstin^ait.  H  hii 
samUa  que  les  ^ssions,  chargées  de  tout  le  poids 
dé  nos  iniquités,  pouvaient  servir  à  nous  conduire 
au  bien  e^  qu'il  était  facile  de  les  utiliser  comme 
toute  force  vive,  en  leur  assignant  un  emploi  in- 
telligent et  raisonnable  ;  c'est  ainsi  qu'il  jeta  les 
foodemens  de  son  système  dans  le  premier  de  ses 
ouvrages^  la  théori&des  quatre  mmnioemeM.  €es  quatre 
mouvemens  prenaient  les  noms  de  mouvement 
Moùi/,  de  mouvement  aiMimal^  dé  mouvement  orga^ 
in2!tie,  de  mouvement  matériel.  \j^  théorie  du  pre^ 
ilui^  devait  expliquer  les  lois  selon  lesquelles  Dieu 
régla  J'ordonnance  et  la  succession  des  divers  mé- 
canismes sociaux  dans  tous  les  globes  habités.  La 
théorie  du  second  expliquerait  les  lois  selon  les- 
quelles la  Providence  distribue  les  passions^  et  les 
instincts  à  tous  les  être»  créés  dans  lesdivers  gld- 
bes.  La  théorie  du  troisième  aurait  rendu  compte 
des  lois  selon  lesquelles  l'auteur  des  choses  dis^ 
tribue  les  propriétés^  les  formes ,  les  couleurs  et 
les  saveurs  aux  substances.  Enfin  la  tliéorie  du 
mouveiloient  matériel ,  véritable  cosmogonie  nou^ 
velle,  devait  faire  connaître  les  lois  de  ta  gravita- 
tion, selon  les  idées  de  l'auteur.  Il  n'est  pas  facile 
de  deviner  au  premier  abord  à  quelles  applica- 
tions cet  étalage  prétentieux  de  théories  pouvait 
aboutir  ;  ce  fut  le  pi^e<nier  tort  de  Fourier:,  et  il 
eut  le^  tort  plus  graml  d'y  persister.  Il  tranfôrma 


DE  l'ÉCONOMIR  POLITIQUE.  '3Sl 

iesélaiis  de  son  imagination  en  théorèmes  géd- 
métriques,  dont  lui  seul  était -en  état  de  donner 
la  démonstration ,  et  sur  lesquels  il  n'^dmeUast 
aucune  oontroverse.  Il  fallait  croire  ou  être  exooiDh 
munié.  Fourier  ne  reculait  devant  aucune  o^^ 
brité,  devant  aucun  nom.  Les  philosophes  étaient 
la  honte  xld  monde  ;  le  monde  allait  de  travers 
dq[>ai8  cinq  mille  ans.  La  science,  la  morale v  ta 
politique  de  tous  les  siècles  n'étaient  qu'un  tisM 
d'extravagances  et  d'inepties. 

'  Poirier  vécut  ainsi  plusieurs  années,  en  proie 
à  cette  fièvre  dévorante  de  haine  et  de  dénigratioa 
envers  le  passé,  qui  ne  l'a  point  abandonné  jus^ 
qu'à  ses  damiers  momens.  Son  style  plus  étrange 
que  celui  des  saint*-simoniens,  semblait  un  défi 
portée  la  langue  française;  il  était  hérissé  de  (p- 
eiitions  bizarres  et  de  termes  vraiment  cabalisti^ 
ques.  Cependant^  sa  pensée  dominante  parvenait 
à  se  faire  jour  au  milieu  de  ces  obscurités.  Fou^ 
rier  iFoulaît  faire  prévaloir  l'association  sur, le 
morcellement,  et  organiser  les  forces  isolées  par 
le  'moyen  de  ce  qu'il  appelait  l'Mr(wtionpa9iiùimi$. 
Son  but  était  d'associer  les  hommes ,  comme  il 
disait,  lui-même,  en  capital,  traoail  et  talttu.  Pour 
y  parvenir,  il  combinait  les  efforts  des  agricul* 
teurs,  abrégeait  les  heures  de  travail,  distribuait 
les  âges  et  les  fonctions  par  $Aie$^  et  transformait 
le  labeur  accablant  des  diverses  professions  en  'une 


332  •       :  JilSTQlEK 

dî^lradioD  parpétueUe,  assafisonnée  d^  plati$irs  et 
de  aensâtions  agréables.  Il  n'est  pas  facilei  mêipe 
depuis  que  ses  disciples  ont  débarrassé  ses  thépr 
ries  des  digressions  critiques  sous  lesquelles  elles 
étaient  étouffées^  de  distinguer  nettement  ce  que 
ifoulait  l'auteur  :  on  comprend  beaucoup  mieux 
ee  qu'il  ne  \oulait  pas.  Il  espérait  pourtant  ren* 
opntrer  l!occasion  de  mettr&àexéculioi^quelques- 
unes  de  ses  idées  ^  lorsqu'il  fit  paraître  soii  Droite 
de  fousodaiion  domestiqua  ogriccie^  où  se  déyeleppept 
«ur  une  ligne  immense  les  ^^s  iiiiAair«i:|MMMtm- 
ndte  qu'il  avait  substituées  à  l'ieolement  aetuei  des 
travailleul^.  Au  lieu  de  nos  tristes  villages  si  épar- 
fHllés,  si  malpropres  >  si  mal  bâtis ,  Fourier  ima- 
gina dans  chaque  localité  une  vaste  construction 
appelée  pAa/an«^èr#9  habitée  par  (es  phalanges  as- 
sociées de  travailleurs  de  toute  espèce.  VéMra^ 
tum  fomownieyX^  désir  du  bien-être  ne  po^vl^ent 
manquer  de  faire  comprendi^e  à  ces  associations 
(qu'il  voulait  de, dix-huit  cents  personnes),  les 
avantages  de  la  vie  nouvelle  dans  laquelle  elles 
entraient.  Plus  de  chaumières,  plus  de  hangars ^ 
mais  un  édifice  simple  et  commode,  surmonté 
d*une  tour  d'ordre,  armée  de  sou  télégraphe  et 
ornée  d'une  horloge.  Toutes  les  communications 
devaient  se  faire  à  couvert  dans  des  rues-galeries, 
ventilées  en  été  et  chauffées  en  hiver.  Chaque  fa- 
mille pourrait,  se.  loger  selon  sa  fortune  et  vivre 


DE  l'Économie  politique.  dSS 

en^'^conBéquence.  Ce  n'était  pas  le  régime  d'un 
courent,  ni  la  discipline  d'une  caserne;  mais  une 
assbeiation  dans  laquelle  chaque  sociétaire  aurait 
sa  part  de  profit  d'une  cave  substituée  à  trois  cents 
caves,  d'un  grenier  à  trois  cents  greniers,  d'une 
cuisine  i  trois  cents  cuisines. 

Jusqu'ici  la  conception  de  Fourier  ressemble 
beaucoup  à  ce  que  nous  voyons  dans  les  col- 
l^eS',  dans  les  manufactures,  dans  les  lieux  de 
grande  réunion ,  où  la  vie  commune  produit  des 
économies  incontestables  et  des  avantages  de 
différens  genres.  Mais  de  quoi  vivront,  riches  ou 
l^uvres,  les  habitans  d'un  phalanstère?  Fourier 
n'était  point  arrêté  par  cette  difficulté.  Chaque 
propriétaire  devait  recevoir ,  en  échange  de  des 
terres ,  des  actions  transmissibles  qui  en  repré- 
sentaianit  la  valeur;  et,  dès  lors,  tombaient  les 
murs,  les  haies  vives,  les  clôtures  qui  séparent 
les  héritages.  Le  morcellement  de  la  propriété 
disparaissait  devant  cette  synthèse.  Cinq  cents 
parcelles  se  transformaient  en  un  seul  domaine; 
il  n'y  avait  plus  de  travail  morcelé;  plus  d'agri- 
culture irlandaise.  A  l'intérieur,  de  vastes  ate- 
liers succédaient  aux  granges  froides  et  poudreu- 
ises  de  nos  hameaux.  La  tâche  de  chacun  était 
^  shnpiiiiée  par  une  division  du  travail,  non  plus 
absolue  et  permanente,  comme  celle^des  écono- 
mistes, mais  douce,   agréable  et  variée  ,  comme 


334  '  HI8T01RE 

les  déisksaetnens  de$  grands  seigneurs,  comme 
UD  exercice  utile  à  la  santé.  En  agriculture,  en 
industrie,  chacun  suivait  son  penchant,  et  comme 
lea  travailleurs  vivaient  sans  cesse  en  présence 
les  uns  des  autres,  en  rivalité  de  perfection,  de 
vitesse  et  de  dévDûment,  les  produits  de  leurs 
œuvres  devaient  naturelleihent  et  nécessairement 
surpasser  tpus  les  produits  du  travail  contiçu^  et 
forcé.  L'association  phalan^rienne  donnait  ain^ 
des  bénéfices  bien  plus  considérables  que  tous 
les  niodes  surannés  d'exploitation  ^ïste;  il.  ne 
s'agissait  que  de  les  distribuer  équitablement. 
Ici^  l'auteur  nous  semble  avoir  poussé  trop  loto, 
l'esprit  d'association.  Il  suppose  que  les  capital- 
listes  du  phalanstère ,  intéressés  à  ménager  leurs 
ouvriers,  sans  lesquels  les  capitaux- demeujre- 
raient  stériles,  leur  feront  une  part  raisonnable, 
et  que  les  travailleurs,  convaincus  de  l'irapossibi- 
lité  de  travailler  sans  c^pitaux^  ménageront  k 
leur  tour  les  capitalistes  dans  la  répartition  des 
profits*  Il  y  aura  donc  un  lot  pour  le  capital,  un 
pour  le  travail,  un  pour  le  talent.  Mais  comment 
apprécier  justement  le  travail,  le  talent?  Selon 
leur  utilité;  car  Fourier  donne  la  préférence  aux 
arts  utile»  sur  les  arts  agréables.  Il  reconnaît  des 
travaux  de  nécessité,  de  simple  utilité  et  d'agréé 
ment.  Les  premiers  seront  les. plus  récompensés;, 
comme  étant  généralement  les  plus  pénibles;  les 


DE  L^ÉCONOMIE  POLITIQUE.  385 

travaux  agréables  trouveront  une  partie  de  ieur 
récompense  dans  leur  agrément  même.  Les  ma- 
nœuvres seront  mieux  rétribués  que  les  artistes. 
Fourier  pensait,  ainsi,  relever  les  classes  pauvres 
de  Tétat  de  misère  où  elles  sont  tombées,  et  il 
s'imaginait  faire  disparaître  les  causes  de  haine 
ou  d'envie  qui^  les  séparent,  depuis  Torigine  du 
monde,  des  classes  riches.  Il  n'y  aurait  plus  de 
pauvres.  La  moindre  dose  de  travail  r^potiMom 
oonduirait  à  un  salaire  élevé  ,  et  Ybarmanie  uni- 
verselle ne  tarderait  pas  à  s'établir  entre  des  cas- 
tes trop  long-temps  ennemies.  Le«grand  homme, 
dans  les  beaux-arts,  dans  les  sciences,  dans  Tin- 
dastrie,  serait  l'élu  de  toutes  les  phalanges,  le 
pensionné  de  tous  les  travailleurs.  ,Plus  de  pro- 
eès,  plus  d'hôpitaux,  plus  de  prisons,  plus  dln- 
gratitudesou  de  rigueurs  sociales  1 

J'oublie  de  dire  aussi  :  plus  d'armées  t  plus  de 
guerres  I  ou  plutôt  quelles  armées  I  quelles  guer- 
res! des  armées  d'industriels  d'élite,  marchant  à 
l'exécution  des  travaux  les  plus  gigantesques,  sur 
toute  la  surface  du  globe,  les  unes  coupant 
l'isthme  de  Suez,  d'autres  l'isthme  de  Panama; 
celles-ci,  creusant  le  lit  des  fleuves,  celles-là,  fai- 
sant communiquer  les  lacs,  desséchant  les  marais 
ou  épuisant  les  mines.  On  a  vu  ce  que  seraient 
les.  villages  :  jugez  ce  que  devront  être  les  villes  I 
Les  sympathies  qui  unissent  les  phalanges  pré^ 


986  HISTOIRE 

sideroDt  aux  relations  d'un  ordre  plus  élevé  qui 
s'établiront  entre  les  cités,  et  quand  leurs  forces 
individuelles  n'y  suffiront  pas,  les  armées  se 
mettront  en  marche,  non  plus ,  dè3  lors ,  pour 
détruire  et  piller  comme  aujourd'hui,  mais  pour 
édifier  et  embellir.  Dans  l'ordre  politique,  élec- 
tion Juniverselle ,  liberté  absolue-^  égalité  corn-* 
plète,  absence  de  gouvernement,  en  un  mot.  ^A 
quoi  bon  songer  aux  tempêtes  y  quand  on  sup^ 
prime  tous  les  vents,  excepté  les  zéphyrs?  L'au- 
teur pouvait,  du  même  point  de  vue,  proclamer 
le  printemps  perpétuel. 

On  ne  saurait,  pourtant,  parler  avec  ironie  de& 
rêves  de  Fourier.  Un  homme  qui  voue  sa  vie  eor 
tière  au  culte  d'une  telle  idée,  qui  veut  faire  con- 
courir les  passions  au  bien  de  l'humanité ,  qui 
entreprend  d'associer  les  familles  et  les  intérêt^^ 
et  qui  travaille  avec  une  telle  énergie  à  l'abolition 
des  misères  sociales,  n'est  point  une  utopiste  vul- 
gaire, quoique  tous  ses  projets  tiennent  de  Fu^ 
topie.  Une  utopie  n'est  souvent  qu'une  opinion 
avancée,  proclamée  à  la  face  d'une  génération 
qui  ne  la  comprend  pas  encore,  et  destinée  à  d^ 
venir  un  lieu  commun  pour  la  génération  qui 
suit.  Fourier  a  jeté  les  fondemens  d'une  théorie 
qui  commence  à  porter  ses  fruits,  car  les;hom-' 
mes  même  qui  ne  l'ont  pas  étudiée  y  obéissent 
par  une  sorte  d'instinct,  en  s'associant ,  sous 


DE  l'Économie  politique.  337 

toutes  sortes  de  formes,  dans  des  intérêts  maté- 
riels ou  moraux.  L^ école  sociétaire  eût  fait  beau- 
coup plus  de  prosélytes  encore  j  si  Fourier  n'a- 
irait  pas  affecté  un  si  profond  dédain  pour  tous 
les  écrÎYains  du  monde,  en  manquant  au  premier 
devoir  de  tout  homme  de  sens,  au  respect  des 
ûeux,  Qn  a  des  aïeux  dans  la  science  comme 
dans  la  nature ,  et  c'est  une  preuve  de  mauvais 
goût  ou  de  mauvais  principes  que  de  manifester 
du  mépris  pour  eux.  Le  travail  de  ces  aïeux,  qui 
est  celui  des  siècles,  quelque  défectueux  qu'il  ait 
pu  être,  ne  se  défait  pas,  d'ailleurs,  dans  un 
jour ,  et  ce  fut  l'erreur  de  Fourier  d'imaginer 
qu'il  y  parviendrait  tout  d'une  pièce,  en  dépit 
des  institutions;  des  habitudes  et  des  préjugés. 
Aussi  se  réfugiait-il ,  surtout  vers  la  fin  de  sa 
carrière ,  vers  l'enfance ,  plus  apte  à  recevoir 
rimpression  de  ses  doctrines.  Ce  qu'il  dit  au 
sujet  des  enfans  est  d'une  exactitude,  d'une  frai- 
cheur  et  d'une  délicatesse  admirables.  Il  attache 
avec  raison  un  prix  infini  à  leur  éducation ,  et 
quoique  le  système  qu'il  propose  ne  nous  sem- 
ble pas  conforme  à  la  nature ,  puisque  sa  pre- 
mière conséquence  serait  de  soustraire  les  fils  à 
leurs  pères  pour  les  élever  tous  en  commun, 
nous  n'en  convenons  pas  moins  qu'il  ren* 
ferme  les  vues  les  plus  ingénieuses  qu'on  ait  ja- 
mais publiées  sur  cette  matière  difficile. 

DBUXiillIB  lÎDITION.  SS 


3S8  HISTOIRE 

Il  serait  téméraire  de  prédire  quelles  seront 
t€ft  conséquences  prochaines  de  la  théorie  socié* 
taire  dé  Fourier.  Nous  n'avons  pas  encore  ?u  ce 
système  à  ToBuvre;  nul  établissement  de  phalùm^ 
tèré  n'a  permis  de  réaliser  une  expérience  déci«* 
sive  à  ce  sujet.  Rien  ne  mériterait  plus  d'intérêt 
que  l'analyse  exacte  du  revenu  social  d'un  de  ces 
établissemens-^modèles  dont  nous  regrettons  que 
le  gouvernement  lui-même  n'ait  pas  encouragé 
la  fondation.  Quel  échec  pour  les  novateurs,  si 
sous  un  tel  patronage  une  expérience  fût  venue 
à  échouer  ;  mais  aussi  quel  trait  de  lumière ,  si 
elle  venait  à  réussir!  Fourier  est  mort,  le  cœur 
navré  de  n'avoir  pu  obtenir  cette  faveur  de  ses 
contemporains,  et,  dans  son  désespoir,  il  accU'^ 
sait  les  économistes  d'avoir  étouflPé,  autant  qu'il 
avait  dépendu  d'eux,  l'exécution  de  sa  pensée. 
Que  pouvaientHls  gagner  à  empêcher  un  essai 
d'une  telle  importance?  L'accusation  tombe  donc 
d^elle^même,  et  la  cause  du  mal  remonte  jusqu'à 
l'auteur  du  système,  auquel  il  ne  fut  pas  donné 
d'en  faire  un  essai  capital,  parce  que  les  cir«- 
constances  ou  ses  forces  ne  lui  permirent  |amais 
de  s'y  décider.  Son  livre  restera  comme  le  travail 
critique  le  plus  hardi  qui  ait  été  publié  contre 
l'économie  politique  moderne  ;  mais  il  n'a  pas 
été  plus  heureux  qu'elle  dans  la  découverte  des 
solutions  sociales.  C'est  que  de  telles  solutions 


DE  l'Économie  politique.  339 

sont  filles  du  temps  et  n'apparaissent  qu'à  de 
longs  intervalles,  appropriées,  pour  un  moment 
peut-être^  aux  besoins  essentiellement  mobiles  de 
l'humanité  et  changeantes  comme  eux. 

M.  Owen  s'est  mis,  en  Angleterre,  à  la  recher- 
che  du  même  problème  que  Fourier ,  sans  être 
plus  heureux.  Leurs  doctrines,  qu'on  a  souvent 
confondues,  ne  se  ressemblent  que  par  un  petit 
nombre  de  points.  Les  sociétés  coop^atives  du  soda^ 
Kite  anglais  n'avaient  presque  rien  de  commua 
a^ec  les  phalanges  du  sociétaire  français.  Ce  n'est 
pas  par  des  réformes  économiques  que  M.  Owen 
tenta  d'améliorer  la  condition  des  travailleurs/ 
mais  plutôt  par  de  bonnes  mesures  d'àdministra-* 
don  et  de  moralisation  exécutées  avec  intelligence 
et  fermeté.  L'établissement  de  Mew-Lanark^  con-" 
sidéré  mal  à  propos  comme  un  essai  social,  n'é-^ 
tait  qu'une  grande  manufacture  envahie  par  l'i- 
vrogùerie,  par  la  débauche  et  par  l'indiscipline, 
quand  M.  Owen  y  appliqua  ses  principes  de  régé^ 
nératiou  et  de  rigidité  un  peu  puritaines.  Il  ût  des 
réglemens  sévères,  infligea  des  amendes,  arran- 
gea de  petits  procès  à  l'amiable  et  parvint  à  des 
résultats  satisfaisans  sous  le  rapport  des  produits 
et  de  l'ordre,  comme  aurait  pu  les  obtenir  un 
manufacturieractif  et  judicieux.  En  même  temps, 
les  habitations  des  ouvriers  devinrent  plus  pro^ 
pres}  des  magasins  furent  ouverts  pour  la  vente 
d6S  objets  de  consommation  au  plus  bas  prix 


340  HISTOIRE 

possible  et  de  la  meilleure  qualité.  Le  système 
de  M.  Owen  appliqué  pendant  seize  années 
à  la  population  de  New-Lanark,  composée  de  plus 
de  2,000  âmes,  valut  à  ce  philantrope  une  ré- 
putation brillante  et  de  nombreux  visiteurs  à  sa 
manufacture;  mais  U  ne  hasardait  aucune  idée 
absolue,  de  peur  de, blesser  les  susceptibilités 
ombrageuses  de  ses  concitoyens,  et  c'est  en  France 
seulement  que  je  lui  ai  entend^  dire  d'austères 
vérités  à  Taristocratie  anglaise. 

M.  Owen  n'en  admettait  pas  moins  téméraire- 
ment l'abolition  de  la  propriété.  Il  voulait  sup- 
primer toutes  les  inégalités  sociales,  et  il  récla- 
mait en  même  temps  la  clôture  des  cabarets,  la 
réforme  de  l'enseignement,  celle  de  l'iglise,  celle 
de  tous  les  abus.  Sa  doctrine  avait  ainsi  quelque 
chose  de  déclamatoire  et  de  vague ,  et  ses  pres- 
criptions ressemblaient  trop  aux  commandemens 
d'un  prédicateur.  Tant  qu'il  fut  présent  à  New- 
Lanark,  dans  la  manufacture  où  se  faisaient  ses 
expériences,  l'ordre  y  régna,  le  travail  y  fut  pro- 
ductif, la  discipline  s'y  maintint;  mais  après  son 
départ,  chacun  reprit  son  allure  accoutumée,  et 
le  système  disparut.  M.  Owen  ayant  espéré  que 
des  essais  réussiraient  mieux  sur  une  terre  vierge, 
était  allé  fonder  en  Amérique  son  fameux  établis- 
sement deNew-Harmony.  Il  amena  avec  lui  beau- 
coup de  prosélytes  des  deux  sexes,  et  l'emplace- 
ment de  son  domaine  semblait  heureusement 


DE  L'ÉœifOMIE  POLITIQUE.  Ht 

choisi.  Cependant,  au  bout  de  peu  de  temps,  les 
passions  humaines  avaient  repris  leur  empire  ;  il 
se  trouva ,  dans  cette  société  régénérée ,  des  lâ- 
ches, des  jaloux,  des  fainéans,  des  intempérans 
comme  dans  la  nôtre,  et  la  sérénité  du  fondateur 
en  fui  plus  d'une  fois  troublée.  Un  voyage,  qu'il 
se  vit  obligé  de  faire  en  Ecosse,  acheva  la  ruine 
de  rétablissement  dans  lequel  régnait  l'anarchie^ 
et  qui  fijt  définitivement  vendu  à  un  illuminé  al- 
lemand, nommé  Rapp.  Miss  Martineau,  qui  visita 
cette  congrégation  en  1835,  rapporte  que  les  dé- 
bris de  la  colonie  Owéniste  ressemblaient  à  une 
communauté  de  frères  Moraves,  et  que  le  nou  veau> 
dief  n'était  parvenu  à  les  contenir  qu'en  les  iso- 
lant de  tout  contact  étranger,  à  la  manière  du 
dictateur  Francia  au  Paraguay. 

Malgré  ces  graves  échecs,  la  popularité  de 
M.  Oviren  n'avait  fait  que  s'accroître.  Plusieurs^ 
éditions  de  ses  théories,  plus  heureuses  que  sa 
pratique,  s'étaient  promptement  épuisées,  et  l'on 
ne  parlait  partout  que  des  magnificences  promi- 
ses par  le  nouveau  réformateur  anglais.  C'était  à 
r^que  de  la  réaction  philosophique  soulevée  en 
France  par  les  tentatives  des  jésuites,  et  en  An- 
^eterre  par  la  discussion  du  bill  d'émancipation 
des  catholiques.  M.  Owen  lança  un  manifeste  vio- 
lent contre  toutes  les  religions^  qu'il  accusa  de  tous 
les  maux  du  genre  humain,  et  chose  étrange I 


Ht  HISTOIRE 

eette  publication  hardie ,  tirée  à  trente  mille 
exemplaires  et  répandue  dans  tous  les  journaux, 
ne  lui  fit  'rien  perdre  de  la  bienveillance  de  plu* 
sieurs  souverains  qui  s'étaient  intéressés  à  ses  ex- 
périences. Le  duc  de  Kent,  frère  du  roi  d'Angle- 
terre, Tun  de  ses  plus  chauds  admirateurs,  consens 
tit  même  à  présider  une  assemblée  publique  eè 
elles  devaient  être  exposées.  C'estqueM.  Qwen  était 
un  partisan  inébranlable  de  Tordre;  il  avait  beau 
signaler  les  imperfections  sociales  et  le  contraste 
inquiétant  de  la  grande  richesse  et  de  la  pauvreté  : 
chacun  savait  qu'il  voulait  arriver  à  ses  fias  p^ 
une  discipline  sévère ,  à  laquelle  il  aurait  soumis 
la  richesse  elle-même,  çt  ce  genre  de  réforme 
ne  pouvait  être  vu  de  mauvais  œil  par  des  gWer 
vernemens  absolus.  ^        , 

Les  vues  économiqueè  de  M.  Owen  ont  été  ré- 
sumées de  la  manière  la  plus  complète  dana  un 
mémoire  qu'il  adressa  aux  représentans  des  pvisn 
sancei?  alliées ,  réunies  au  congrès  d'Aix.-liip« 
Chapelle.  Il  y  exposait  succinctement  l'immense 
augmentation  qui  s'était  effectuée  depuis  peu 
d'années  dans  les  forces  mécaniques  de  la  pror 
duction,  et  il  déclarait  que  ces  forces  étaient  phis 
que  suffisantes  pour  satisfaire  très  libéralement  à 
tous  les  besoins  de  la  population  du  globe.  Il  sir 
gnalait  avec  énergie  les  conséquences  fâcheuâes 
de  Tabsence  de  tout  ordre  fbans  la  production  et 


D£  l'Économie  politique.  84d< 

la  dÎBtributioD  des  richesses,  la  nécessité  de  rem^ 
placer  la  concurrence  par  l'unité  d'intérêt;  il  dé- 
montrait enfin  comment  une  surabondance  de 
produits  privant  de  travail  les  classes  ouvrières, 
les  plongeait  dans  une  affreuse  misère  au  sein:  de 
rabondance,  et  comment  il  était  devenu  urgent 
de  remédier  à  ces  maux,  en  organisant  les  choses, 
de  manière  à  aider  le  travail  manuel  par  le  tra- 
vail mécanique,  au  lieu  de  substituer  le  dernier 
au  premier,  en  laissant  sans  garantie  l'existence 
des  classes  laborieuses'.  M.  Owèn  avait  proposé, 
à  diverses  époques,  des  souscriptions  destinées  à 
fonder  des  établissemens  agricoles  et  manufao** 
turiers,  basés  sur  l'unité  de  production  et  de 
consommation;  mais  le  parlement  consulté,  ne 
donna  aucune  suite  à  ces  projets.  On  suppose 
que  telle  a  pu  être  l'origine  des  colonies  agrico- 
les établies  à  Frédéricsoord,  en  Hollande,  et  qui 
n'ont  pas',  d'ailleurs,  produit  des  résultats  aussi 
satisfaisans  qu'o»  l'avait  espéré.  Toutefois  l'infa- 
tigable réformateur  ne  se  rebuta  point  et  après 
une  série  de  vicissitudes  qui  prouvent,  au  moins, 
l'extrême  difficulté  de  ces  improvisations  socia- 
les, après  avoir  parcouru  toute  l'Eure^  pour  ; 
exposer  ses  programmes,  M.  Ov^en  est  revenu 
dernièrement  en  France,  un  peu  découragé  det 

*  Voir  une  série  d'articles  remarquables  sur  Owen ,  dans  le 
Journal  de  la  tdenee  sociale t  par  M.  6.  Duhury. 


344  flISTOIRB 

hommes  ^résolu,  comme  Fourier  mourant,  à 
s'adresser  aux  eafans. 

C'est  surtout  par  Tenfance  qu'il  est  possible 
d'arriver  à  une  réforme  sérieuse  de  l'ordre  éco- 
nomique actuel.  Tant  que  les  enfans  d'une  so- 
ciété industrielle  seront  élevés  au  hasard,  pres- 
que tous  pour  des  professions  libérales  dont  le 
nombre  est  restreint ,  il  y  aura  insuffisance  de  ca- 
pacités sur  beaucoup  de  points  et  encombrement 
sur  plusieurs  autres.  Après  avoir  essayé  de  tous  les 
systèmes,  après  avoir  critiqué  les  gouvernemens, 
les  institutions,  les  méthodes,  les  peuples  et  les 
rois,  on  est  inévitablement  amené  à  reconnaître 
que  c'est  rintelligence  qui  manque  aux  ressour- 
ces et  non  les  ressources  à  Tintelligence.  Les 
trois  quarts  des  forces  vives  de  la  société  languis- 
sent dans  une  déplorable  atonie,  et  il  y  a  encore 
plus  d'hommes  improductifs  que  de  terres  stériles. 
Les  gouvernemens  né  peuvent  pas ,  sans  doute, 
assurer  à  tous  les  citoyens  une  existence  agréable 
et  douce;  mais  il  serait  moins  difficile  qu'on  ne 
pense  de  leur  faciliter  les  moyens  de  se  la  procu- 
rer. La  valeur  personnelle  des  hommes,  dans 
iotUes  les  professions,  nous  semble  susceptible  d'un 
accroissement  indéfini  par  une  éducation  qui  ne 
laisserait  rien  perdre  à  l'enfance  du  développe- 
ment de  ses  facultés.  Fourier  et  Owen  sont  d'ac- 
cord sur  ce  point  et  l'on  peut  considérer  comme 


DE  L'ECONOMIE  POLITIQUE.  345 

une  découverte  les  exagérations  même  de  leur 
ccmfiance  à  cet  égard.  La  grande  association  doit 
commencer  dans  les  collèges  et  se  poursuivre  au 
dehors  :  n'est-ce  pas  au  collège,  en  effet,  que  do- 
minent les  supériorités  réelles  de  l'intelligence  et 
du  travail,  malgré  l'égalitéabsolue  qui  présideà  tou« 
tes  les  relations? Il  suflSrait  qu'on acœrdât  à  l'édu- 
cation des  enfans  la  sollicitude  qu'on  dépense  à  la 
police  des  hommes,  pour  changer  en  peu  d'années 
la  face  des  questions  économiques.  En  augmentant 
le  ccgpàal  moral  des  nations,  on  augmenterait  leurs 
ressources,  et  Ton  préviendrait  les  catastrophes 
dont  elles  sont  affligées.  Il  y  a  bien  des  réglemens 
sanitaires  pour  prévenir  la  contagion  physique  : 
pourquoi  n'en  ferait-t-on  pas  pour  prévenir  la 
contagion  morale  de  l'ignorance,  de  la  paresse  et 
de  l'incapacité?  Vous  vous  plaignez  de  l'envahis- 
sement de  la  pauvreté  qui  frappe  à  vos  portes  et 
qui  encombre  vos  hôpitaux  et  vos  prisons  :  mais 
que  faites- vous  de  vos  enfans?  Quelle  richesse  es- 
pérez-vous donc  voir  naître  de  ces  myriades  de 
créatures  abandonnées ,  qui  pullulent  dans  la 
boue  de  vos  villes  et  de  vos  villages,  ou  qui  s'é- 
tiolent dans  l'atmosphère  impure  de  vos  manu- 
Ssicture^  ?  Respectez  les  utopistes  qui  vous  accu- 
sent d'insouciance  et  rougissez  de  leurs  erreurs, 
car  ils  consument  leur  vie  à  penser  pour  des  mil- 
lions d'ingrats. 


34ê  HISTOIRE 


CHAPITRE  XLV. 


/ 


T^e  iéttériië  â%a  systèmes  en  économie  politique.  —  Caractère 
«ational  des  diverses  Écoles,  r- École  italienne.  "—École  esr 
pagnole. —  École  françaises. — École  anglaise. — École  alle< 
mande»' 


Nous  approphons  du  terme  de  notre  earriere* 
Nous  avoa$  parcouru  d'un  pas  rapide  l'histoire 
d^  expériences  qui  ont  été  faites  chez  les  peu- 
ples civilisés  pour  améliorer  la  condition  physi- 
que et  morale  de  l'homme.  La  Grèce,  Rome,  \e 
moyen-âge,  les  temps  modernes  ont  successive- 
ment passé  sous  nos  yeux,  et  partout  le  même 
problème  s'est  présenté  ;  partout  la  lutte  de  l'es- 
claye  et  du  maître,  du  riche  et  du  pauvre,  de  l'en- 
trepreneur et  de  l'ouvrier.  Cette  lutte  qui  duré 
encore  sous  des  formes  nouvelles,  a  donné  nais- 
atno^.à  tous  les  systèmes  d'économie  politique 
qui  se  sont  succédé,  depuis  les  économiques  de 
Xénophon,  qui  proposait  de  marquer  au  front 
les  esclaves,  pour  les  empêcher  de  s'échapper, 
ji^u'àla  théorie  sociétaire  de  Fourier  et  aux  so- 
ciétés coopératives  d'Owen.  L'esprit  demeure 
confondu  de  la  monotonie  de  ces  expériences 


DB  l'économib  politique.  347 

sociales,  toujours  entra  véas  et  sans  cesse  renaissao- 
tes,  pour  mourir  et  renaître  encore  de  génération 
en  génération.  Aux  deux  extrémités  de  Vèvfi 
chrétienne,  et  aux  extrémités  du  monde,  dans  la 
vieille  ftomeetaux  États-Unis,  on  retrouve  toujours 
l'esclavage  tel  qu'il  fut  continué  par  les  Barba*- 
resetmaintenupar  la  féodalité;  et  l'on  croirait  que 
l'humanité  est  resté  stationnaire,  à  voir  Tei^trôiiic^ 
lenteur  de  ses  conquêtes,  et  son  insouciance  à 
les  conserver.  Cependant  le  progrès  social  ne  s'est 
jamais  arrêté  depuis  l'antiquité,  quoiqu'il  noufi 
apparaisse  confus  et  désordonné  à  certaines  épo- 
ques. L'avènement  du  christianisme,  l'invasion 
des  Barbares,  les  croisades,  les  persécutions 
même  contre  les  juifs,  l'établissement. des  villes 
Anséatiques,  l'affranchissement  des  commune^ 
l'organisation  des  corporations  par  saint  Louis, 
le  mouvement  industriel  et  commercial  des  répu- 
bliques italien  nés ,  le  protestantisme ,  la  décou- 
verte de  l'Amérique  ont  apporté  des  changemens 
graduelsdans  la  marche  de  l'économie  politique* 
Les  expériences  n'ont  pas  discontinué,  précédant 
toujours,  les  théories.  Nous  avons  assisté  à  ces 
développemens  laborieux  de  la  scieace,  dans  les 
faits  :  il  est  temps  de  les  résumer  dans  les  sys* 
tèmes. 

Ces  divers  systèmes  ont  toujours  emprunté 
quelque  chose  du  caractère  des  nations  chez  les*^ 


348  HISTOIRE 

quelles  ils  ont  pris  naissance.  L^Italie  qui  a  eu 
rhonneur  de  rallumer  le  flambeau  de  toutes  les 
sciences,  est  la  première  qui  se  soit  livrée  à  l'é- 
tude de  l'économie  politique.  Tandis  que  la  plu- 
part des  grands  États  de  l'Europe  étaient  en  proie 
aux  expédiens  financiers  et  à  la  misère,  des  ban- 
ques s'établissaient  à  Venise,  à  Milan  et  à  Gènes; 
on  dressait  à  Florence  les  premiers  budgets  des 
dépenses  et  des  recettes  publiques;  on  substi- 
tuait la  noblesse  de  soie  et  de  laine  à  la  noblesse 
d'épée.  D'excellens  écrits  sur  les  monnaies  révé- 
laient les  secrets  du  crédit  et  créaient  la  science 
des  finances.  Il  n'est  pas  jusqu'aux  malheurs  de 
la  Péninsule  qui  n'aient  favorisé  les  progrès  de 
l'économie  politique,  en  faisant  éprouver,  aux 
Italiens,  sous  Charles-Quint,  la  funeste  influence 
des  monopoles,  des  hautes  taxes  et  des  prohibi- 
tions. Dès  l'année  1582,  Gaspard  Scaruffî  publiait 
son  travail  sur  tes  momam  et  sur  la  vraie  proportion 
enire  l'or  et  l'argent.  11  proposait  la  création  d'un 
médium  universel  de  la  circulation  et  la  marque 
de  tous  les  ouvrages  d'orfèvrerie.  Le  Napolitain 
Serra  qui  écrivait  en  1613  son  Traité  des  eausesqui 
peuvent  faire  abonder  l'or  et  l'argent  dans  les  royaumes^ 
comprenait  déjà  le  pouvoir  productif  de  l'indus- 
trie. Bandini,  précurseur  de  Quesnay  et  des  phy- 
siocrates,  signalait  les  avantages  d'un  impôt  uni- 
que, comme  plus  facile  et  plus  économique; 


DB  L'ÉGOIfOMIB  POLITIQUE.  349 

Bro^^a  publiait  le  premier  écrit  méthodique 
sur  la  théorie  des  impôts.  Mais  le  plus  célèbre 
des  économistes  italiens  est  sans  contredit  le  pro- 
fesseur Genovesi,  que  l'on  peut  considérer  à  juste 
titre  comme  le  rival  d'Adam  Smith ,  sinon  pour 
la  justesse  de  ses  doctrines,  au  moins  pour  l'im- 
pulsion qu'il  sut  donner  à  l'enseignement  de  la 
science  dans  toute  l'Italie. 

Aucun  écrivain  ne  représente ,  en  effet ,  plus 
exactement  le  caractère  de  l'école  économique 
italienne.  Cette  école  a  été  de  tout  temps  philo- 
sophique et  réformatrice;  elle  se  plaît  aux  ha^ 
sards  de  la  politique  et  ses  conseils  s'adressent 
moins  souvent  aux  peuples  qu^aux  rois.  Genovesi 
a  eu  le  courage  de  la  maintenir  dans  cette  ligne 
périlleuse  et  honorable.  Il  a  combattu  pour  la 
liberté  du  commerce  des  grains,  pour  l'abolition 
des  lois  sur  l'intérêt  de  l'argent  et  pour  la  réduc- 
tion du  nombre  des  communautés  religieuses. 
Il  a  proclamé  la  supériorité  du  travail  sur  la  fé- 
condité des  mines  pour  enrichir  les  nations.  Il 
prévoyait  nettement,  en.  1764,  l'émancipation 
des  États-Unis  d'Amérique  et  la  ruine  du  sys- 
tème colonial.  Sa  haute  moralité,  son  éloquence, 
sa  vaste  érudition  n'ont  cessé  d'attirer  près  de 
lui  une  foule  de  disciples,  et  quoique  ses  doctri- 
nes fussent  favorables  au  système  mercantile,  on 
peut  le  considérer  comme  le  fondateur  de  l'écô- 


âSd  HtSTOlKE 

nomie  politiquô  en  Italie.  Algarotti,  l'un  de  ses 
ptoâ  célèbres  successeurs ,  nous  a  donné  la 
première  analyse  des  phénomènes  de  la  division 
dû  travail,  dont  le  marquis  de  Beccaria  devait 
compléter  la  théorie  presque  au  même  moment 
où  elle  recevait ,  en  Angleterre,  les  belles  dé- 
momstrations  d'Adam  Snnth*  Beccaria,  dans  son 
langage  pittoresque,  appelait  le  fer  métal-^ère;  il 
était,  d'ailleurs,  sectateur  des  éeonomist^es  français, 
de  l'école  de  Quesnay. 

Les  MédUcaions  sur  V économie  politique ,  du  comte 
Verri,  n*ont  pas  moini^  contribué  au  succès  de 
récole  italienne.  Verri  est  le  précurseur  d'Adam 
Smith.  Sofi  style  concis  et  énergique,  ses  compa-* 
raisons  ingénieuses  et  frappantes  ont  donné  beau- 
coup de  popularité  à  ses  ouvrages,  malgré  les  lacu-< 
nés  importantes  qu'on  y  retnarque.  Yascoet  Ricci 
qui  écrivaient  sur  la  mendicité  et  sur  les  établisse- 
mens  de  bienfaisance,  représentent  les  théories 
de  Godwin  et  de  MaUhus  en  Italie.  Lé  premier 
soutenait  que  les^  gouvernemens  devaient  secours 
aux  pauvres;  le  second  établissait  l'inxitilité  et 
te  danger  de  toute  assistance  systématique  et  obli-* 
gée.  On  trouve  dans  Yasco  l'idée  saint-^imonienne 
de  l'abolition  de  l'héritage.  Ortès,  son  contempor' 
rain,  a  été  trop  vanté  ;  mais  cet  auteur  a  le  mérite 
d]avoir  signalé  le  premier,  en  Italie,  l'envahisse^ 
ment  du  paupérisme  et  les  moyens  d'y  remédier* 


DB  l'Économie  politique*  951 

Il  a  très  bien  fait  ressortir  le  contraste  de  la  mi^ 
sère  et  de  l'opulence  dans  les  grandes  villes.  Se- 
lon lui,  «  la  population  se  maintient ,  augmente 
ou  diminue  toujours  proportionnellement  aux 
richesses;  mais  jamais  elle  ne  précède  les  riches- 
866.  Les  générations  des  brutes  sont  limitées  par 
Taction  de  l'homme  ;  les  générations  des  hommes 
sont  limitées  par  la  raison.  Les  populations  di- 
minuent par  les  impôts  excessifs  et  par  Tescla- 
irage.  Le  célibat  est  aussi  nécessaire  que  le  ma- 
riage pour  conserver  la  population.  Reprocher 
le  célibat  à  un  célibataire  serait  la  même  chose 
que  de  reprocher  le  mariage  aux  hommes  mariés. 
Les  maisons  de  travail  pourvoient  quelques-uns 
et  dépourvoient  un  plus  grand  nombre.  » 

Filangieri  a  été  en  Italie  l'un  des  plus  habiles 
défenseurs  de  la  liberté  du  commerce,  Tennemi 
-constant  des  nombreuses  armées  permanentes. 
«  Tant  que  les  maux  de  l'humanité  ne  seront  pas 
guéris,  s'écriait-il,  tant  que  les  erreurs  et  les  pré- 
jugés qui  perpétuent  ces  maux  trouveronit  des 
partisans;  tant  que  la  vérité,  connue  seulement 
de  quelques  hommes  privilégiés,  restera  cachée  àla 
plus  grande  partie  du  genre  humain;  tant  qu'ellese 
montrera  loin  des  trônes,  le  devoir  du  philosophe 
économiste  est  de  la  prêcher,  de  la  soutenir,  de 
kl  provoquer  et  de  l'illustrer.  Si  les  lumières  qu'il 
répand  ne  sont  pas  utiles  à  son  siècle,  à  sa  patrie, 


362  HISTOIRE 

elles  le  seront  certainement  à  un  autre  siècle^  à 
un  autre  État*  Citoyen  de  tou^  les  pays,  contem- 
porain de  tous  les  âges,  T  univers  est  sa  patrie,  la 
terse  est  sa  chaire,  ses  contemporains  et  ses  desr 
cendans  sont  ses  disciples.  »  Jamais  peut-être 
l'expression  cosmopolite  de  l'école  italienne  ne 
s'était  manifesté  d'une  manière  plus  vive  que  dans 
cet  auteur,  si  ce  n'est  dans  les  nombreux  écrita 
de  Mekhior  Gioja,  l'atlas  de  la  science,  en  Italie. 
Son  fameux  Pro^ectus  des  sciences  économiques,  avait 
pour  but  de  réduire  en  système  raisonné  tout  ce 
que  les  écrivains  ont  pensé ,  les  gouvernemens 
sanctionné  et  les  peuples  pratiqué  en  économie 
politique  et  privée.  Il  y  a  examiné  les  opinions 
de  tous  les  écrivains  italiens  et  étrangers.  C'est 
une' véritable  encyclopédie  de  la  science;  mais 
elle  n'est  pas  toujours  impartiale,  surtout  envers 
les  Français. 

Le  caractère  distinctif  de  l'école  économique 
des  Italiens  consiste  principalement  dans  leur 
manière  large  et  complexe  d'envisager  le&  ques- 
tions. Us  ne  s'occupent  pas  de  la  richesse  sous  le 
point  de  vue  abstrait  et  absolu,  mais  sous  le  rap- 
port du  bien-être  général.  Pour  qu'une  mesure 
économique  leur  paraisse  importante,  il  ne  faut 
pas  seulement  qu'il  s'y  rattache  une  question 
d'argent,  mais  un  intérêt  moral  ou  politique.  Le$ 
sociétés  ne  sont  pas  à  leurs  yeu^t  des  maisons  de 


DE  l'Économie  politique.  353 

banque  et  les  ouvriers  des  machines.  Ils  considè- 
rent rhomme  comlne  l'objet  perpétuel  de  leur 
sollicitude  et  de 'leur  étude.  Ils  sont  publicistes 
autant  qu'économistes.  Montesquieu  représente 
le  mieux  dans  notre  langue  le  véritable  type  <le 
Téconomiste  dans  la  leur.  Les  questions  dans  les- 
quelles ils  ont  excellé  sont  celles  des  monnaies, 
des  ports  francs,  de  l'agriculture ,  des  monts-de- 
piété,  des  établissemens  de  bienfaisance.  Si  leurs 
nombreux  ouvrages  n'ont  pas^  obtenu  un  grand 
retcintissement,  il  faut  l'attribuer  aux  précautions 
ombrageuses  de  presque  tous  les  gouvernemens 
et  à  la  position  personnelle  des  auteurs  ,  les  uns 
ministres,  les  autres  conseillers,  quelques-uns 
ecclésiastiques;  mais  l'économie  politique  leur 
doit  sa  propagation  en  Europe  et  d'excellens  trai- 
tés sûr  une  foule  de  spécialités  importantes.  La 
plupart  de  ces  économistes  ont  eu  à  braver  l'in- 
quisition de  Rome,  celle  de  Venise ,  les  préjugés 
contemporains  et  le  despotisme  de  leurs  gouver- 
nemens. Us  ont  écrit  contre  les  abus  existans  et 
en  quelque  sorte  sur  la  brèche.  Leur  vie  fut  un 
combat  et  l'économie  politique  est  restée  pour 
eux  la  science  sociale,  la  science  universelle: 
partout  ailleurs  elle  n'est  que  la  science  des  ri- 

diesses. 

.  En  Espagne,  elle  fut  toujours  considérée  com  me 
ralliée  du  fisc.  Toute  la  législation  économique  de 

DEUXIÈME  ÉDITION.  25 


354  HISTOIRE 

ce  pays  esl  empreinte  d'un  caractère  exclusif  qui 
remonte  jusqu'à  l'expulsion  des  Maures,  et  à  la 
découverte  du  Nouveau-Monde.  La  liberté  de  l'in* 
dustrie  y  succomba  de  bonne  heure  devant  Fêta- 
blissenoent  des  manufactures  de  monopole  sei-- 
gneurial  ou  royal ,  et  le  besoin  d'assurer  à  l'Es- 
pagne le  marché  de  l'Amérique  y  donna  naissance 
au  système  prohibitif  qui  a  infecté,  depuis,  toute 
l'Europe.  Tous  les  fléaux  économiques  découlent 
de  cette  source.  En  poursuivant  à  outrance  les 
Maures  et  les  juifs,  les  Espagnols  ont  détruit  dans 
la  Péninsule  l'esprit  d'entreprise  et  de  spécula- 
tion; en  multipliant  les  couvens  et  les  moines, 
ils  ont  donné  une  prime  à  l'indolence  et  élevé  la 
mendicité  au  rang  d'une  profession.  Les  majo^ 
rats,  la  main-morte,  la  haine  pour  les  étrangers 
ont  causé  un  égal  préjudice  à  l'agriculture,  à  l'in- 
dustrie et  au  commerce.  Il  n'y  a  peut-être  pas  de 
pays  au  monde  où  l'administration  économique 
ait  causé  plus  de  maux  ;  et  l'on  pourrait  dire  que 
l'Espagne  a  essayé  sur  elle-même  tous  les  mauvais 
systèmes,  comme  certains  expérimentateurs  es- 
saient des  poisons.  Que  pouvaient-on  tenter  d'u- 
tile sous  la  menace  des  rigueurs  de  l'inqiusitioii 
et  en  présence  des  mines  d'Amérique ,  dont  les 
produits  inépuisables  semblaient  improvisés  tout 
exprès  pour  réparer  toutes  les  erreurs,  pour  faire 
illusion  sur  tous  les  dangers  1  Cette  prospérité  a 


DE  L^BOOlfOMIE  POLITIQUE.  SU 

été  ansâ  blale  ji  TEspaigiie  que  les  plus  gnnds 
malhears.  Elle  l'a  endormie  dans  ane  sécurité 
fîmeste;  elle  lai  a  fait  croire  que  la  poissaoce  des 
ÉMs  résidait  dans  les  métaux  précieui  et  non 
dans  le  travail;  elle  a  engendré  les  préjugés  ab- 
swdes  de  la  balance  du  commerce  et  les  lois  dra- 
coniennes contre  l'exportation  du  numéraire; 
die  a  couvert  de  fleurs  les  bords  du  précipice  où 
cette  monarchie  de^it  un  jour  s'engloutir. 

C'est  dans  les  écrits  même,  publiés  sous  Tin- 
floence  de  ces  préjugés  déplorables,  qu'il  faut 
di^rcher  l'explication  de  la  décadence  de  l'Es- 
pagne et  du  progrès  des  mauvaises  doctrines  éco- 
nomiques dans  ce  pays.  Presque  tous  rédigés  par 
des  prêtres  ou  par  des  employés  du  fisc,  ces  trai- 
tés sont  de  véritables  manifestes  contre  les  prin*> 
eipes  fondamentaux  de  la  richesse  des  nations. 
Oppression  au  dedans,  exclusion  au  dehors,  telle 
est  leur  devise.  On  dirait,  en  les  lisant,  que  Tes^ 
pèoe  humaine  a  été  créée  pour  le  bon  plaisir  de 
quelques  familles  ou  de  quelques  corporations. 
Toutefois,  vers  la  fin  du  dix-huitième  siècle,  le 
mouvement  philosophique  parti  de  France  péné**- 
tra  en  Espagne  et  y  produisit  une  réaction  favo- 
rable à  l'économie  politique,  sous  le  règne  de 
Gharlesi  III.  Des  commissaires  furent  nommés 
pour  explorer  les  possessions  américaines;  des 
canaux  furent  tracés,  des  routes  ouvertes  dans  la 


356  HISTOIRE 

métropole  et  la  banque  de  Saint-Charles  semUa 
vouloir  initier  les  Espagnols  aux  avantages  da 
crédit.  En  même  temps,  Gabarrus,  Jovellanos, 
Danvila^  Martinez  de  la  Mata,  Semperé  y  Guari» 
nos,  et  de  nos  jours,  Yalle  Santoro,  Florez  Ex- 
trada, et  plusieurs  membres  distingués  des  cor- 
tés  essayaient  de  rappeler  la  nation  aux  prindpes 
trop  long-temps  méconnus  de  l'économie  politi- 
que. 

Mais  tous  ces  efforts  ont  été  impuissans  contre 
l'opiniâtreté  des  préjugés  nationaux  et  contre  les 
malheurs  dont  l'Espagne  a  été  accablée  depuis  le 
commencement  du  dix-neuvième  siècle.  Le  sys- 
tème prohibitif  lui  a  fait  perdre  ses  plus  belles 
colonies;  les  monopoles  industriels  ont  détruit 
toutes  ses  manufactures  ;  la  dime ,  les  majorats 
ont  frappé  son  agriculture  de  stérilité  ;  la  guerro 
a  dissipé  ce  qui  lui  restait  de  capitaux  et  l'anar* 
chie  paralyse  encore  les  efforts  qu'elle  fait  pour 
reprendre  son  rang  parmi  les  nations.  Jamais 
peuple  n'offrit  un  exemple  plus  frappant  des  châ- 
timens  qui  suivent  les  erreurs  en  économie  po* 
litique,  et  jamais  les  citoyens  d'aucun  pays  n'ex- 
pièrent d' une  manière  plus  cruelle  les  fautes  de  leur 
gouvernement.  Il  n'y  a  pas  une  seule  plaie  sociale 
de  cette  monarchie  qui  ne  soit  le  résultat  d'une 
mauvaise  doctrine  et  l'on  pourrait  dire  qu'elle  a 
servi  d'exemple  à  toutes  les  autres  en  leur  appre- 


DE  l'Économie  politique.  367 

nant  à  profiter  de  ses  mécomptes.  L'école  écono- 
mique espagnole  est  en  effet  celle  qui  a  répandu 
le  plus  de  préjugés  commerciaux  dans  le  monde^ 
et  l'Espagne  est  le  pays  qui  en  a  le  plus  souffert. 
Son  économie  politique  est  encore  la  même  que 
celle  de  Charles-Quint  et  les  protestations  élo- 
quentes de  Jovanellos  et  de  Florez  Estrada  n'ont 
pu  parvenir  à  l'entamer. 

L'économie  politique  a  eu,  en  France,  des  des- 
tinées plus  heureuses.  Il  ne  s'est  pas  passé  un 
siècle  sans  que  des  voies  généreuses  se  soient 
élevées  pour  le  triomphe  des  principes  éternels 
de  justice  dans  la  répartition  des  profits  du  tra- 
vail. Dés  le  règne  de  saint  Louis,  les  corporations 
assuraient  à  chaque  corps  de  métier;  si  ce  n'est  à 
chaque  travailleur ,  une  certaine  indépendance  ; 
rx>uvrier  était  assu}éti  à  une  discipline  sévère, 
mais  du  moins  la  corporation  était  libre.  Sous 
Henri  lY ,  l'agriculture  eut  son  tour ,  et  les 
paysans  affranchis  d'une  foule  de  vexations,  sor- 
tirent pour  la  première  fois  de  l'état  de  torpeur 
où  le  régime  féodal  les  avait  plongés.  On  voit,  en 
lisant  les  écrits  de  Sully,  que  ce  grand  ministre 
travaillait  d'une  manière  systématique  à  émanci- 
per l'agriculture,  et  que  cette  branche  mère  de  la 
production  occupait  déjà  dans  son  esprit  le  rang 
qui  lui  est  du.  Colbert  organisa  l'industrie  sur 


358  HISTOIRE 

des  hases  nouvelles  ';  il  lui  donna  des  enooura- 
gemens  et  des  lois  et  nous  avons  prouvé  qu'il  fut 
moins  hostile  qu'on  ne  pense  aux  intérêts  agrico- 
les.  Puis,  vinrent  la  période  de  Law,  la  fondation 
et  les  orages  du  crédit,  douloureuses  expériences 
qui  eurent  du  moins  l'avantage  de  faire  connaî- 
tre à  la  France  un  des  principaux  élémens  de  sa 
richesse  future.  Les  économistes  du  dix*huitième 
siècle  achevèrent  de  compléter  l'œuvre  des  siècles 
précédons,  en  exposant  la  première  théorie  éco* 
nomique  qui  ait  servi  d'introduction  à  la  science. 
Ce  fut  comme  un  signal  donné  à  l'Europe,  et  dés 
ce  mioment,  la  pensée  humaine  sembla  n'avoir 
plus  de  relâche.  Chacun  comprit  que  la  science 
sociale  intéressait  les  citoyens  les  plus  modestes 
autant  que  les  têtes  les  plus  augustes.  La  société 
voulut  se  connaître  elle-même  :  elle  étudia  les 
phénomènes  de  sa  propre  physiologie,  et  c'est 
ainsi  que  d'expériences  en  expériences,  même  au 
prix  de  ses  malheurs,  la  France  est  parvenue  à 
poser  le  problème  de  l'avenir  avec  sa  netteté  ao* 
coutumée,  à  tous  les  peuples  et  à  tous  les  gouver* 
nemens.  L'économie  politique  a  été  philosophi- 
que en  Italie  et  fiscale  en  Espagne;  c'est  seulement 
en  France  qu'elle  a  pris  le  caractère  organisateur 
et  social. 

L'Angleterre  lui  a  donné  une  physionomie  et 

•  Voir  le  chapitre  xxvii  de  cette  Histoire. 


DE  l'ëcoisomib  politique.  350 

une  tendance  exclusivement  industrielles.  L'éco- 
nomie politique  n'est  considérée  dans  ce  pays  que 
comme  la  science  des  richesses.  Los  écrivains  an- 
glais ont  étudié  les  richesses  d'une  manière  abs- 
traite et  indépendante  des  maux  qui  en  accom- 
pagnent trop  souvent  la  production.  On  leur  a 
reproché  avec  raison  d'avoir  trop  séparé  le  bien- 
être  des  travailleurs  des  questions  de  manufac^ 
tures  et  de  machines,  et  de  se  montrer  insensi- 
bles aux  souffrances  des  classes  ouvrières.  La 
l^upart  des  écrivains  modernes  de  cette  école , 
renonçant  aux  séductions  du  slyle,  si  puissantes 
pour  le  triomphe  même  de  leurs  doctrines,  ont 
traité  l'économie  politique  comme  l'algèbre,  et 
ils  se  sont  hasardés  à  soutenir  que  toutes  les  pro- 
positions de  la  science  pouvaient  être  démontrées 
avec  une  exactitude  mathématique.  Cette  ten- 
dance ne  les  a  pas  conduits  aux  solutions  les  plus 
philan tropiques ,  mais  elle  leur  a  permis  de 
poursuivre  avec  une  logique  inflexible  les  consé- 
quences de  leurs  principes.  Ils  sont  ainsi  parve- 
nus à  donner  à  la  langue  économique  une  préci- 
sion qui  a  beaucoup  contribué  aux  progrès  des 
idées.  Ce  sont  les  Anglais  qui  ont  le  mieux  dé* 
fini  les  mots,  production,  capital,  concurrence,  crédu 
et  une  foule  d'autres  non  moins  importans.  Ik; 
ont  créé  une  nomenclature  qui  a  fini  par  être 
adoptée  par  tous  les  économistes  de  l'Europe  et 


360  HISTOIRE 

•  * 

qui  servira  de  point  de  départ  à  leurs  travaux 
futuirs. 

Nous  avons  signalé  le  vice  radical  de  cette  éoole 
sévère  et  positive  et  le  danger  des  complications, 
que  ses  doctrines  ont  fait  naître.  £n  sacrifiant 
toutes  les  considérations  sociales  au  besoin  de 

créer  de  la  richesse,  les  Anglais  ont  développé 
outre  mesure  la  puissance  productive  de  la  nation, 
mais  ils  n'ont  pas  ajouté  en  proportion  au  bien- 
être  des  travailleurs;  heureux,  ceux-ci,  quand  le$ 
crises  commerciales  n'en  ont  pas  fait  des  victimes 
de  la  concurrence  ou  de  la  baisse  des  salaires!  L0 
moment  n'est  pas  encore  venu  d'affirmer  jusqu'à 
quel  point  ce  système  d'excitation  à  consommer 
a  pu  contribuer  au  développement  de  la  produc^ 
tion,  en  multipliant,  avec  les  besoins,  l'ardeur 
pour  le  travail,  qui  seul  permet  de  les  satisfaire. 
L'accroissement  continuel  des  impôts,  principa- 
lement sur  les  matières  de  consommation,  a  con- 
damné les  habitans  de  ce  pays  à  une  fièvre  con- 
tinuelle de  perfectionnement.  L'Angleterre  est 
devenue  une  immense  usine,  un  comptoir  uni- 
versel. Assise  sur  une  double  couche  de  houille 
et  de  fer,  ouverte  au  commerce  extérieur  par  plus 
de  cent  ports  excellens,  elle  a  trouvé  dans  son 
sein  des  hommes  de  génie  qui  l'ont  sillonnée  de 
canaux  et  de  routes,  qui  ont  tm^^ans^  les  premiers, 
sinon  inventé,  la  machine  à  vapeur;  qui  ont  doté 


DE  l'Économie  politique.  361 

leur  pays  du  métier  à  filer  et  des  chemins  de  (év. 
Elle  a  fondé  son  crédit  sur  des  bases  si  laides, 
que  la  fortune  nationale  s'en  est  accrue  comme 
d'une  conquête  métallique;  elle  a  semé  l'instruc- 
tion d'une  main  si  libérale,  que  nulle  aptitude 
n'y  saurait  courir  le  risque  de  demeurer  stérile. 
Pour  comble  de  bonheur»  cet  empire  a  rencontré 
dans  la  plupart  de  ses  ministres  des  intelligences 
supérieures  qui  se  sont  mises  au  service  de  la 
science,  et  qui  ont  exécuté  avec  une  rare  habileté 
ses  prescriptions  les  plus  ditficiles.  Aussi ,  T  An- 
gleterre est-elle  devenue  la  terre  classique  des 
expériences  économiques  et  c'est  de  ce  grand  la- 
boratoire qu'elles  débordent  aujourd'hui  sur  le 
inonde. 

Les  économistes  allemands  ont  considéré  la 
science  d'un  point  de  vue  philosophique  et  poli^ 
tique  qui  les  distingue  entièrement  des  autres 
écrivains  européens.  Peu  s'en  faut  qu'à  leurs 
yeux  l'économie  politique  ne  soit  que  la  science 
de  l'administration,  la  science  de  l'État,  la  réu- 
nion des  sciences  caméraJeSj  comme  ils  l'appellent. 
Ils  y  comprennent  presque  toujours  la  diploma- 
tie, le  droit  constitutionnel ,  la  statistique  et 
même  la  police  de  l'État,  amalgames  étranges  où 
les  meilleurs  esprits  n'auraient  pas  manqué  de  se 
perdre,  si  la  difficulté  même  du  sujet  ne  leur 
avait  pas  imposé  une  réserve  salutaire.  On  compte 


368  HISTOIRE 

parmi  eux  un  grand  nombre  de  partisans  du  sys- 
tème de  Quesnay,  nommément  M.  Schmalz  qui  a 
publié  dans  ces  dernières  années  un  traité  qu'on 
croirait  destiné  à  restaurer  les  doctrines  des  pAy- 
shcraies.  MM.  les  professeurs  Rau,  de  Heideiberg, 
et  Pœlitz,  de  Leipsig,  ont  exposé  de  la  manière 
la  plus  complète  les  principes  de  l'économie  po- 
litique tels  qu'ils  sont  entendus  en  Allemagne; 
non  que  l'Allemagne  aient  prétendu  avoir  sa 
science  particulière  et  des  procédés  plus  parfaits 
de  production  et  de  distribution  de  la  richesse, 
mais  parce  que  dans  ce  pays  Téconomie  politique 
a  toujours  été  considérée  dans  ses  rapports  avec 
le  droit  public  et  l'administration.  Plusieurs 
écrivains  ont  même  eu  la  pensée  de  lui  donner 
une  base  théologique,  et  elle  ne  se  présente  nulle 
part  avec  un  cortège  plus  nombreux  de  dévelop- 
pemens  et  d'applications.  M.  le  comte  de  Soden, 
qui  l'appelle  la  science  de  l'économie  de  l'État 
{Staatê  haushaltungs  kunde)^  la  divise  en  théorie , 
législcuion  et  adminùtrcuian.  Les  finances,  la  police, 
l'éducation  y  occupent  une  place  étendue. 

Cette  tendance  de  l'économie  politique  alle- 
mande à  envahir  le  domaine  du  publiciste  est  de- 
venue presque  générale  en  Europe.  Déjà  dans 
mn  Cours  complet,  J.-B.  Say  s'était  livré  à  une 
foule  de  digressions  sur  les  consommations  pu- 
bliques, sur  les  travaux  exécutés  par  l'État,  sur 


DE  l'ëgonomib  politique.  36S 

rîDstruciion  de  la  jeunesse,  sur  les  dépenses  de 
la  flotte  et  de  Tannée.  Le  progrès  de  la  richesse 
générale  lui  avait  démontré  Futilité  et  même  la 
néœssité  de  l'intervention  du  gouvernement  dans 
les  grandes  entreprises  d'utilité  publique.  Il  se 
relâchait  peu  à  peu  de  la  rigueur  des  principes 
exclusifs  qui  lui  avaient  fait  repousser  si  long- 
temps cette  puissante  intervention.  L'Angleterre, 
de  son  côté,  eii  entrant  pour  la  première  fois  dans 
la  carrière  des  enquêtes  parlementaires  apportait 
des  lumières  nouvelles  à  l'économie  politique  et 
prouvait  de  la  manière  la  plus  incontestable  tous 
les  services  qu'on  pouvait  attendre  de  l'influence 
des  gouvernemens  sur  la  production.  Toutefois, 
l'Allemagne  est  demeuré  fidèle  à  ses  habitode& 
métaphysiques,  et  nous  ne  connaissons  rien  de 
plus  opposé  que  les  écrits  de  ses  plus  grands  écor^ 
nomistes  à  la  netteté  des  écrivains  français  et  aux 
formes  sévères  et  didactiques  des  économistes  de 
l'Angleterre. 

Le  développement  de  l'industrie  et  du  com-* 
merce  en  Allemagne  a  commencé,  néanmoins 
depuis  plusieurs  années,  à  modiûer  la  tendance 
trop  spéculative  de  la  science  économique  dans 
cette  contrée.  M.  Krause,  auquel  ses  compatrio^ 
tes  doivent  un  travail  remarquable  sur  les  doua-* 
nés  prussiennes,  est  descendu  des  régions  meta* 
physiques  sur  le  terrain  des  applications  et  il  a 


3Si  HISTOIRE 

présenté  des  vues  d'un  grand  intérêt  pour  l'agrî-^ 
culture^  notamment  un  plan  développé  de  banque 
territoriale,  qui  nous  semble  digne  de  médita-^ 
tîon.  M.  Zacharide,  M.  le  professeur  Hermann, 
M.  Malchus,  M.  de  Nébénius,  M.  Buchhoiz  sont 
entrés  de  plus  en  plus  dans  la  voie  des  réformes 
pratiques  et  nous  ne  pouvons  nous  empêcher  de 
reconnaître  que  TAllemagne  continue  d'y  mar- 
cher de  la  manière  la  plus  ferme  et  la  plus  éclai- 
rée. L'association  des  douanes  organisée  par  la 
Prusse  est  la  réforme  économique  la  plus  vaste  et 
la  plus  hardie  qui  ait  été  exécutée  depuis  un  siè« 
cle.  L'esprit  éminemment  éclectique  des  Alle- 
mands les  a  garantis  de  bonne  heure  de  l'engoû- 
ment  des  systèmes,  et  ils  ont  eu  le  bonheur  de 
profiter  des  expériences  de  leurs  voisins,  sans  en 
adopter  les  préjugés.  Comme  ils  s' étaient  tour 
jours  tenus  à  égale  distance  du  régime  exclusif  des 
Espagnols,  du  système  manufacturier  des  Anglais 
et  des  violencesanti-commercialesde  la  Révolution 
française,  la  réforme  a  pu  s'opérer  parmi  eux  sans 
bouleverser  les  existence  factices  qui  opposent  au- 
jourd'hui tant  d'entraves  aux  améliorations,  dans 
les  autres  pays.  Moins  absolus,  les  Allemands  sont 
moins  gênés  dans  leurs  mouvemens  ;  ils  n'ont  pas 
de  victimes  à  faire,  point  d'intérêts  à  sacrifier  :  la 
réforme  y  coule  à  pleins  bords  comme  sur  une 
terre  vierge,  et  peut-être,  tandis  que  la  discussion 


DE  l'Économie  politique.  3ft5 

continue  dans  lés  États  renommés  par  leurs  habi- 
tudes pratiques,  c'est  dans  le  pays  de  lamétaphy- 
si<|uc  que  se  feront  les  essais  les  plus  décisifs. 

Quelles  que  soient  les  différeuces  caractéristi^ 
ques  qui  distinguent  aujourd'hui  les  systèmes  d'é'*- 
conomie  politique  en  Europe,  ils  viennent  tous 
se  fondre  peu  à  peu  dans  une  opinion  commune, 
la  nécessité  d'une  répartition  plus  équitable  des 
profits  du  travail.  Dans  les  pays  même  où  la  presse 
et  la  tribune  sont  muettes,  un  instinct  prophéti*- 
que  avertit  les  gouvememens  des  vrais  besoin^ 
des  peuples  et  leur  impose  l'obligation  d'y  satis^ 
faire.  L'énergie  employée  jadis  aux  travaux  de  la 
gu^re  se  porte  vers  de^  entreprises  industrielles; 
la  condition  de  l'ouvrier  est  honorée ,  et  nous 
marchons   rapidement   vers    l'accomplissement 
d'un  nouveau  pacte,  soit  entre  les  travailleurs^ 
soit  entre  les  nations.  L'individu  aspire  à  sa  part 
de  la  puissance  collective  des  masses  et  nous  ne 
concevons  plus  d'autre  état  social  que  celui  qui 
assure  à  chacun  un  sort  proportionné  à  ses  talens 
personnels  et  à  son  labeur  quotidien.  Les  gouver- 
nemens  même  sont  obligés  de  gagner  leur  vie  à 
ta  sueur  de  leur  front  et  de  résoudre  des  difficul- 
tés qu'ils  pouvaient  impunément  éluder ,  il  y  a 
quelques  années.  Il  s'est  établi  entre  eux  une 
salutaire  émulation  de  mesures  favorables  à  l'ac- 
croissement du  bien-être  général  ;  et  l'on  citerait 


966  HISTOIRE 

diiBeiiement  un  seul  acte  important  d'adminis- 
tration qui  n'ait  pour  bût  le  progrès  de  la  ri<^ 
cheâse  publique  et  l'amélioration  du  sort  des 
citoyens  les  plus  humbles^  Que  de  créations  de 
ce  genre  l'économie  politique  n'a-t'-elle  pas  pro- 
voquées depuis  le  commencement  du  dix-neu- 
vième siècle?  L'ordre  s'est  rétabli  dans  les  tinaïF 
ces  et  la  foi  aux  engàgemens  publics  est  devenue 
chose  sacrée;  les  caisses  d'épargne  ont  offert  uo 
asile  aux  économies  du  pauvre;  des  sociétés  de 
bienfaisance  et  de  secours  mutuels  se  sont  miil-^ 
tipliées  dans  tous  les  pays  éclairés;  le  commerce 
a  rapproché  les  peuples  que  la  guerre  avait  trop 
long-temps  séparés.  Aucune  école  économique 
n'ose  soutenir  au  grand  jour  le  système  exclusif, 
et  personne  ne  croît  plus  qu'un  pays  s'enrichisse 
de  la  ruine  de  ses  voisins.  Les  croyances  respect 
tives  des  vieilles  sectes  se  confondront  bientôt 
dans  une  religion  universelte ,  dans  un  catholi^ 
cisme  industriel  et  pacifique  qui  résumera  les 
grands  travaux  du  passé  au  profit  et  à  la  satis*< 
faction  des  besoins  de  l'avenir*  Quand  une  lign€| 
de  chemin  de  fer  unira  Marseille  à  Moscou,  il  n'y 
aura  plus  d'économie  politique  allemande  ni 
française,  et  les  douanes  prussiennes  auront  cessé 
d'exister.  On  ne  dissertera  plus  sur  ce  qui  nous 
occupe  tant  aujourd'hui,  si  ce  n'est  pour  regret- 
ter  qu'on  ait  délibéré  si  long-temps  au  lieu  d'agir* 


DE  l'Économie  politique.  367 


CHAPITRE  XLVI. 

Des  complications  économiques  résultant  de  raflPranchissement 
industriel  depuis  1789. — Des  ineonvéniens  de  la  concurrence. 
—  Conticadiction  entre  les  faits  et  les  lois.  -^  Nécessité  de  les 
mettre  en  harmonie.  —  Des  révolutions  qui  se  sont  opérées 
dans  les  relations  commerciales  depuis  le  dix-neuvième  siècle. 
— Modiications  qui  en  résultent  pourPéconomie  politique. 

Le  moment  est  venu  d'agir,  en  eflTet,  car  tout 
marche  d'un  pas  rapide  et  le  mouvement  qui  nous 
emporte  nous  laisse  à  peine  le  tenips  de  regarder 
autour  de  nous.  Il  ne  reste  plus  rien  de  l'ancien 
état  social  sur  lequel  s'appuyaient  les  institutions 
de  nos  pères  ;  un  demi-siècle  a  suffi  pour  renou* 
vêler  la  face  de  la  terre  et  le  théâtre  des  expè- 
riences«  Le  malaise  de  la  société  actuelle  dépend 
surtout  de  l'incompatibilité  qui  existe  entre  le» 
vieux  systèmes  et  les  intérêts  nouveaux.  Les 
principes  économique»  qui  nous  régissent  datent 
de  plus  de  deux  cents  ans,  et  notre  constitution 
industrielle  n'a  plus  rien  de  commun  avec  celle 
de  l'époque  où  ils  virent  le  jour.  De  quelque  côté 
que  nous  portions  les  yeux,  ce  contraste  nous 
frappe  et  présage  une  rénovation.  L'examen  que 
nous  allons  en  faire  sera  la  conclusion  de  celte 
histoire  et  en  résumera  la  moralité. 


I 


Le  premier  coup  fut  frappé  par  la  révolulion 
française.  C'est  elle  qui  abolit  dans  une  seule  nuit 
le  droit  d'aînesse ,  les  substitutions ,  les  majo- 
rats,  les  dîmes  et  les  privilèges  de  tout  genre.  A 
l'ancien  système  de  concentration  des  propriétés, 
elle  lit  succéder  leur  division  extrême,  dont  fes- 
cès  remet  aujourd'hui  en  question  les  premiers 
bienfaits.  Elle  affranchit  le  travail  en  abolissant 
les  corporations,  et  lit  renaître  le  commerce  en 
supprimant  les  douanes  intérieures.  Mais,  depuis, 
nous  avons  vu  croître  sur  ce  terrain  la  concur- 
rence illimitée,  lamultiplication  des  exploitations 
rurales  au  capital  insutlisant,  et  l'agriculture  à  la 
manière  irlandaise.  Une  seule  caste  était,  avant 
1789,  soumise  ù  l'impôt;  l'égalité  devant  la  loij 
a  soumis  toutes  les  autres.  La  répartition  a  été 
plus  équitable  sans  doute;  mais  le  fardeau  s'est 
singulièrement  accru.  La  destruction  des  juran- 
des accorda  la  liberté  à  l'ouvrier,  mais  elle  sup- 
prima la  responsabilité  des  maîtres.  La  révolu- 
tion donnaitbeaucoup:  elledemandaitdavantage. 
Ainsi,  dès  les  premiers  pas,  toute  l'ancienne  or- 
ganisation sociale  était  profondément  modiflée,  et 
les  institutions  nouvelles  demeuraient  souDfiises 
aux  vieilles  coutumes  ou  abandonnées  au   ha- 
sard. En  émancipant  les  hommes,  on  leur  lais< 
sait  les  fers  aux  pieds;  la  liberté  allait  leur  de- 
venir plus  funeste  que  la  servitude.  Au  lieu  de 


À 


DE   L'ECONOMIE   POLITIQUE. 

faire  ta  guerre  à  leurs  maîtres,  ils  se  la  firent 
entre  eux. 

Chacun  sait  les  complications  imprévues  qui 
sont  nés  de  cet  état  de  choses.  Ce  fut  un  beau 
spectacle  sans  doute,  que  de  voir  la  lice  ouverte 
à  toutes  les  capacités;  mais  que  de  mécomptes! 
Que  d'espérances  trompées  î  Que  d'entreprises 
malheureuses!  Les  uns,  en  se  précipitant  vers  le 
mariage  comme  vers  la  terre  promise,  n'engen- 
drèrent que  le  paupérisme  et  ne  recueillirent  que 
la  misère  ;  les  autres  s'aventurant  sans  expérience 
dans  les  hasards  de  l'industrie,  n'y  rencontrèrent 
que  la  banqueroute,  et  crurent  se  sauver  par  les 
prohibitions.  Étrange  aveuglement  qui  leur  fai- 
sait invoquer,  comme  un  remède  à  leurs  maux,  le 
âéau  même  qui  avait  causé  les  mauxde  leurs  pères 
et  qui  n'était,  apiès  tout,  que  ta  résurrection  d'un 
privilège!  Te!  fut  le  point  de  départ  de  la  pre- 
mière et  de  la  plus  funeste  contradiction  de  notre 
législation  industrielle  :  eu  rendant  la  liberté  à 
l'industrie,  on  ne  la  rendit  point  au  commerce, 
et  la  consommation  fut  attaqué  par  les  fausses 
mesures  que  l'on  prenait  pour  augmenter  les  élé- 
mens  de  la  production.  Loin  de  sortir  de  cette 
fausse  route,  la  France  s'y  est  chaque  jour  en- 
gagée davantage,  de  sortequ  on  a  substituée  l'an- 
cienne aristocratie  féodale  une  aristocratie  de 
douanes,  qui  profite  des  ni'inopoles  au  délrimeol 


"1 


de  At 

lent  ■ 

À 


970  HI8T01IIS 

de  la  masse  des  iravailleurs.  Le  résultat  de  ce 
système  a  été  de  constituer  les^  chefs  de  l'indus^ 
trie  en  hostilité  permanente  entre  eux-mêmes  et 
de  placer  les  ouvriers  dans  la  nécessité  de  se  faire 
une  perpétuelle  concurrence  au  rabais,  c'est-i^ 
dire,  d'accroître  leurs  chances  de  misère  et  de 
privations.  La  (Urne  de  nos  jours  se  lève  dans  les 
ateliers  ;  nos  forges  et  nos  filatures  sont  devenues 
des  donjons  où  siègent,  revêtus  de  leurs  armu- 
res d'or,  les  hauts  et  puissans  seigneurs  de  l'in-' 
dqstrie  moderne.  - 

Le  régime  colonial  actuel  n'est  pas  moins  in- 
compatible avec  la  situation  véritable  des  colo- 
nies. Il  n'y  a  plus  de  colonies,  dans  l'acception 
du  mot,  le  trafic  des  nègres  est  interdit  par  des 
traités  solennels  :  l'esclavage  a  été  aboli  par  le 
parlement  d'Angleterre,  et  dans  le  Nouveau- 
Monde,  une  république  noire  vient  de  traiter  d'év 
gale  à  égale  avec  sa  métropole.  Les  Anglais  et  les 
Espagnols  ont  perdu  leurs  plus  belles  possessions 
dans  les  deux  Amériques.  Et  cependant  le  régime 
colonial  subsiste  toujours  :  faute  du  corps  on 
s'attache  à  l'ombre  ;  on  prétend  conserver  avec 
des  nations  libres  les  habitudes  despotiques  et 
exclusives  qu'on  avait  prises  avec  des  établissemens 
asservis.  L'expérience  et  Téconomie  politique  ont 
beau  démontrer  qu'on  gagnerait  davantage  à 
traiter  sur  un  pied  plus  libéral;  la  routine  l'em- 


DE  l'Économie  politique.  371 

porie  ei  la  contradiction  survit.  Le  commerce 
d'un  grand  peuple  continue  d'être  subordonné 
aux  intérêts  mal  entendus  de  quelques  petites 
lies,  comn^e  un  vaisseau  amarré  à  ces  cotps-mûrts 
qui  flottent  à  l'entrée  de  nos  rades.  En  attendant^ 
les  intérêts  se  compliquent  et  souffrent;  l'escla-^ 
vâge  fermente  et  l'on  semble  ne  pas  s'apercevoir 
que  les  colonies  s'en  vont.  > 

Il  n'est  pas  jusqu'au.t  grands  chemins  du  eom< 
merce  qui  n'aient  éprouvé  leur  révolution  depuis 
le  commencement  de  ce  siècle.  La  Méditerranée 
a  reconquis  son  sceptre,  et  la  ville  d'Alexandre 
redevient  ^entrepôt  du  commerce  des  Indes.  Uû 
éclair  du  génie  de  Napoléon  a  rallumé  en  Egypte 
le  flambeau  <le  l'industrie,  éteint  depuis  plus  de 
nulle  ans.  Alger  a  cédé  à  nos  armes^  et  la  Grèce 
est  sortie  de  ses  ruines.  La  piraterie  acesséses  ra-* 
vageS|  et  dans  Constantiùople  même  Tesprit  de 
réforme  pénètre  chaque  jour,  à  la  faveur  dé  notre 
influence  et  de  nos  idées.  Nos  bateaux  à  vapeur 
parooilirent  librement  l'immense  littoral  de  la 
Méditerranée,  et  des  relations  inespérées  s'éta^ 
Uifisent  entt'e  des  peuples  long-temps  inconnus 
le^;  uns  aux  autres.  Tous  ces  événemens  ne  sont-^ 
iU  pas  destinés  à  produire  de  profonds  change^ 
mens  dans  l'économie  politique  européenne?  Et 
n'esttil  pas  à  craindre  qu'en  persistant  dans  une  lé^ 
gislation  faite  pour  d'autres  tetiips^  nous  ne  soyon» 


574  HISTOIRE 

tune  privée  des  habitans  en  môme  temps  que  h 
richesse  publique.  Nul  ne  saurait  nier  désormais 
l'importance  de  Tintervention  officielle  du  gou- 
vernement dans  les  grandes  entreprises  d'utilité 
générale.  Si  le  pouvoir  faisait  un  pas  de  plus  et 
s'il  prenait  l'initiative  d'une  grande  réforoie  danf 
celles  de  nos  lois  qui  ont  cessé  d'être  an  harmck 
nie  avec  la  tendance  actuelle  de  la  civilisation.  Té- 
conomie  politique  aurait  remporté  qne  de  ses 
plus  grandes  victoires.  Nos  lois  civiles  se  ressen- 
tent encore  de  l'époque  où  elles  furent  rendues 
et  du  principe  qui  les  a  inspirées.  Napoléon  qui 
donna  son  nom  à  ce  Gode,  succédait  à  un  régime 
de  lutte  et  de  spoliation;  il  voulait  reoon^titucfr 
une  aristocratie  et  il  rentrait  dans  la  féodalité, 
sans  réfléchir  qu'une  puissance  nouvelle  s'était 
élevée  sur  ses  ruines  et  régnait  désormais  sur  le 
monde  :  c'était  l'industrie.  Ses  ailes  étaient  re^ 
pliées  sous  la  protection  de  l'Angleterre;  mais 
elle  commençait  k  prendre  son  essor  du  haut  de 
ces  grandes  usines  que  le  génie  du  travail  a  mul* 
tipliées,  depuis  dans  toute  l'Europe.  En  vain  les 
privilèges  de  la  propriété  foncière,  soigneusement 
maintenus,  semblaient-ils  destinés  à  perpétuer 
les  vieilles  distinctions  de  castes  et  la  supériorité 
du  seigneur  sur  l'esclave  :  le  commerce  échappait 
par  la  lettre  de  change  aux  entraves  du  régime 
hypothécaire  et  pros{>érait  des  rigueurs  de  la  loi 


DE  l'ecojvomië  politique.  371^ 

60  même  temps  qnie  la  propriété  sembltit  modirur 
de  $e$  faveurs.  Cette  immense  questioo  sera 
traitée  un  jour..  En  présence  de  l'hypothèque  de 
j^us  de  onze  milliards  qui  pèse  sur  la  terre  de 
France  et  qui  la  paralyse,  Tallure  plus  indépen* 
dante  de  l'industrie  et  du  commerce,  encore  bien 
entravée  pourtant  doit  être  ua  sujet  sérieux  de 
méditations  pour  les  économistes  et  pour  les 
hommes  d'État.  Il  y  a. tout  un  âge  d'or  à  espérer 
pour  l'agriculture ,  du  perfectionnement  de  la 
législation  à  son  égard. 

Mais  c'est  surtout  vers  les  grands  travaux  de 
communications  que  se  dirige  la  sollicitude  ac- 
tuelle des  peuples.  L'isolement  qui  les  avait  tenus 
si  long-temps  plongés  dans  la  barbarie,  fait  pla<^ 
à  des  relations  tous  lejs^  jours  plus  intimes,  et  la 
baisse  du  prix  des  transports  ajoute  une  valeur 
immense  à  de$  produits  jusque  là  dédaigné$.  Il 
De  faut  pas  espérer^  toutefois ,  que  les  grandes 
difficultés  de  Téconomie  politique  seront  résolues 
dans  un  avenir  peu  éloigné.  Celles  qui  lui  restent 
à  vaincre  appartiennent  désormais  à  la  pratique 
et  c'est  là  que  les  moindres  fautes  peuvent  enr 
traîner  des  conséquences  déplorables.  Après 
avoir  dissei^té  pendant  plus  d'ua.  siècle  sur  le 
plus  ou  moins  d'importance  de  l'intervietation  des 
gouvernemens;  il  faut  les  mettre  à  l'çBuvre  par- 
tout où  les   ressources  isolées  des  particuliers 


372  HISTOIRE 

surpris  par  quelque  fatale  catastrophe  ?  Venise  n-a- 
t-elle  pas  commencé  à  déchoir  le  jour  où  les  Por-»- 
tugai^  doublèrent  le  cap  de  Bonne-Espérance  ?'*> 
Les  c|iangemens  que  nous  venons  d'indiquer 
ne  sont  pas  les  seuls  qui  se  soient  passés  depuis 
cinquante  ans  et  qui  méritent  l'intérêt  des  éco^' 
nomistes.  Sans  sortir  du  domaine  des  laits  maté^ 
riels,  nous  n'avons  qu'à  jeter  nos  regards  sur  lè 
mouvement  des  sciences  physiques,  chimiques  et 
mécaniques.  Un  nouveau  monde  tout  entiery  a  été 
découvert,  et  nous  consommons  aujourd'hui  pour 
plusieurs  centaines  de  millions  de  francs  de  pro-^ 
duits  qui  étaient  à  peine  connus  de  nos  pères.  La 
production  générale  des  tissus  de  coton  s'élève  à 
près  de  deux  milliards;  celle  du  sucre  à  plus  de 
cinq  cents  millions.  A  calculer  l'accroissement  <le 
l'industrie  des  laines,  des  toiles,  du  fer,  delà 
houille,  des  places  et  le  développemait  prodi- 
gieux de  ces  milliers  de  manufactures  domesti- 
ques établies  au  sein  de  nos  grandes  villes,  vous 
ne  tarderez  pas  à  reconnaître  que  tous  les  élément 
de  la  production  sont  changés  et  qu'il  faut  de 
nouvelles  lois  à  ce  monde  nouveau.  Chaque  jour- 
nous  apporte  sa  découverte,  et  tandis  que  les  na- 
vires du  commerce  multiplient  les  arrivages  de* 
matières  premières,  le  génie  de  la  mécanique  ewt*\ 
seigne.  des  procédés  plus  économiques  pour  1^: 
mettre  en  œuvre.  Les  échanges  devenus  phi». 


DE  l'Économie  politique.  873 

nombreux  ont  amené  à  leur  tour  des  modifica* 
lions  dans  le  système  du  crédit  public  et  privé-. 
La  nécessité  familiarise  peu  à  peu  les  esprits  avec 
Toi^nisation  des  banques,  avec  les  emprunts 
publics;  et  la  confiance,  jadis  si  lente  à  venir,  dér- 
pasfie  quelquefois  les  limites  du  possible  dans  les 
grandes  spéculations  de  notre  temps.  La  puis* 
sance  de  Tassociation  ne  connaît  plus  de  bornes. 
Aussitôt  qu'un  obstacle  se  présente,  une  armée 
d'assi^ans  accourt  pour  le  lever  et  semble  se 
jouer  des  résistances  même  de  la  nature.  Ici  un 
pont  suspendu  réunit  deux  montagnes  ;  plus  loin 
un  merveilleux  tunnel  essaie  de  passer  sous  le  lit 
d*un  grand  fleuve  ;  ailleurs  quelque  canal  *  vole 
décrète  en  crête,  comme  une  ligne  imaginaire, 
au  travers  de  l'espace. 

.  Les  gouvernemens  se  sont  associés  avec  em- 
pressement à  ces  œuvres  hardies,  et  pour  ne  par- 
ler que  d'un  seul  pays,  nous  avons  vu  depuis  peu 
d'années  la  France  à  peine  remise  des  troubles 
de  sa  dernière  révolution,  reprendre  et  achever 
ses  monumens,  multiplier  ses  canaux,  ouvrir  ses 
chemins  de  fer,  curer  ses  rivières  et  voter  des 
sommes  immenses  pour  l'agrandissement  de  ses 
ports.  Il  se  fait  ainsi  dans  chaque  cx)ntrée  de  vé- 
ritables découvertes,  qui  équivalent  à  des  agran- 
dissemens  de  territoire  et  qui  augmentent  la  for- 

'  Celui  du  lac  l^.rié,  aux  Ktats-rnis. 


374  HISTOIRE 

tune  privée  des  habitaris  en  môme  temps  que  la 
richesse  publique.  Nul  ne  saurait  nier  désormaU 
l'importance  de  Tintervention  officielle  du  gou*- 
vernement  dans  les  grandes  entreprises  d'utilité 
générale.  Si  le  pouvoir  faisait  un  pas  de  plus  é{, 
s'il  prenait  l'initiative  d'une  grande  réforipe  danf 
celles  de  nos  lois  qui  ont  cessé  d'être  an  harmiûk 
nie  avec  la  tendance  actuelle  de  la  civilisation,  Vé' 
conomie  politique  aurait  remporté  qne  de  ées 
plus  grandes  victoires.  Nos  lois  civiles  se  ressens 
tent  encore  de  l'époque  où  elles  furent  renduec 
et  du  principe  qui  les  a  inspirées.  Napoléon  quf 
donna  son  nom  à  ce  Gode,  succédait  à  un  régiifie 
de  lutte  et  de  spoliation;  il  voulait  reconstitue^ 
une  aristocratie  et  il  rentrait  dans  la  féodalité^ 
sans  réfléchir  qu'une  puissance  nouvelle  s'étiiH 
élevée  sur  ses  ruines  et  régnait  désormais  sur  le 
monde  :  c'était  l'industrie.  Ses  ailes  étaient  reit 
pliées  sous  la  protection  de  l'Angleterre;  maifi 
elle  commençait  à  prendre  son  essor  du  haut  de 
ces  grandes  usines  que  le  génie  du  travail  a  mul* 
tipliées,  depuis  dans  toute  l'Europe.  En  vain  les 
privilèges  de  la  propriété  foncière,  soigneusemedt 
maintenus,  semblaient-ils  destinés  à  perpétuer 
les  vieilles  distinctions  de  castes  et  la  supériorité 
du  seigneur  sur  l'esclave  :  le  commerce  échappait 
par  la  lettre  de  change  aux  entraves  du  régime 
hypothécaire  et  pros|>érait  des  rigueurs  de  la  loi 


DE  L  ÉCONaMUl  POLITIQUE.  375 

em  même  teBipE  que  la  propriélé  sembbU  mourir 
de  te»  fofeurs.  Celte  immeoM  question  sera 
tiaitée  un  joar.  En  présence  de  l'hypothèque  de 
pins  de  onze  milliards  qui  pèse  sur  h  terre  de 
France  et  qui  la  paralyse,  l'allure  plus  indépen* 
dante  de  l'industrie  et  du  commerce,  encore  bien 
entrawe  poortant  doit  être  un  sujet  sérieux  de 
méditations  pour  les  économistes  et  pour  les 
hommes  d'État.  U  y  a  tout  un  âge  d'or  à  espérer 
pour  l'agriculture ,  du  perfectionnement  de  la 
législation  à  son  égard. 

Mais  c'est  surtout  vers  les  grands  travaux  de 
communications  que  se  dirige  la  sollicitude  ac- 
tuelle des  peuples.  L'isolement  qui  les  avait  tenus 
«  long-temps  plongés  dans  ta  barbarie,  fait  place 
à  des  relations  tous  les  jours  plus  intimes ,  et  la 
iMJsse  du  prix  des  transports  ajoute  une  valeur 
immense  à  des  produits  jusque  là  dédaignés.  Il 
ne  fout  pas  espérer^  toutefois,  que  les  grandes 
difficultés  de  réconomie  politique  seront  résolues 
dans  un  avenir  peu  éloigné.  Celles  qui  lui  restent 
à  vaincre  appartiennent  désormais  à  la  pratique 
et  c'est  là  que  les  moindres  fautes  peuvent  en?* 
traîner  des  conséquences  déplorables.  Après 
avoir  disserté  pendant  plus  d'un  siècle  sur  le 
plus  ou  moins  d'importance  de  rintervantion  des 
gouvernemens;  il  faut  les  mettre  à  Tœuvre  par- 
tout où  les   ressources  isolées  des  particuliers 


376  HISTOIRE 

sont  devenues  insuffisantes.  En  matière  de  finan- 
ces, la  pratique  à  donné  plus  d'un  démenti  so- 
lennel aux  théories.  Qui  eût  dit,  par  exemple^ 
quand  le  docteur  Price  développa  son  ingénieuse 
théorie  de  l'amortissement,  que  cet  expédient 
réputé  si  efficace,  serait  rangé  un  jour  parmi  les 
combinaisons  financières  les  plus  stériles  !  Quand 
la  France,  entraînée  dans  le  système  fiscal  de  la 
r^tauration,  croyait  protéger  le  m^opole  colo^ 
nrial-en  surchargeant  de  droits  les  sucres  étran-* 
gers,  qui  eût  pu  croire  que  cette  faveur  si  vive- 
ment réclamée  serait  la  cause  principale  de  la 
décadence  des  colonies  ?  L'Angleterre  a  cru  pen* 
dant  près  de  deux  cents  ans  que  le  plus  sûr  moyen 
de  diminuer  le  nombre  des  pauvres  était  d'avoir 
une  taxe  des  pauvres,  et  la  taxe  des  pauvres  a  donné 
naissance  au  paupérisme.  Il  s'est  trouvé  qu'après 
avoir  dépensé  plus  de  quatre  milliards  de  francs 
pour  secourir  ses  indigens ',1^  C^i^^nde-Bretagne 
est  obligée  de  revenir  sur  ses  pas,  de  réviser  sé^ 
vèrément  ses  lois  à  cet  égard  et  de  combattre,  non 
sans  péril,  le  fléau  qu'une  erreur  de  son  écono- 
mie politique  a  fait  naître. 

C'est  l'étude  approfondie  des  faits  qui  a  permis^ 
d'apprécier  a  leur  juste  valeur  les  conséquences 
des  théories  économiques.   La   plupart  de  ces 

*  Voir  la  Slalislique  de  l* Angleterre^  publiée  par  M.  Porter 
et  traduite  par  M.  Chemin  Dupontès,  page  79. 


DE  l'économie  politique.  377 

théories  n'étant  que  de»/  >nductiona  tirées  des 
faits  antérieurs^  il  était  difficile  que  ces.fait&aaai 
observés,  n'eussent  pas  inftué  sur  TeRaetitude 
des  conséquences  qu'on  en  avait  déduites.  De* 
puis  que  l'attention  des  gouveNiemens  s'est  cHri-' 
gée  de  ce  côté,  la  science  a  pu  marcher  d'un  pal 
plus  sûr  et  l'administration  procéder  ^veo^  pkiy 
de  certitude.  Gomment  aurait-on  pu  établir  des 
impôts  sur  des  bases  équitables,  à  l'époque  ^«à 
l'on  n'avait  aucune  donnée,  même  approximalH 0^ 
sur  les  profits  des  diverses  industries,  sur  la  ré^ 
partition  des  bénéfices  entre  elles  et  sur  le  nom- 
bre des  travailleurs  dont  leur  personnel  se  oon* 
pose!  Y  a-t-il  long-temps  que  nous  connaissons 
le  nombre  des  enfans-trouvés,  la  population  de 
nos  hôpitaux  et  celle  de  nos  prisons?  Et  cepen* 
dant,.  ces  bases  de  toutes  réformes  et.  même  de 
toute  bonne  administration  sont  les  plus  faciles  à 
recueillir  et  l'importance  des  autres  est  apprécié 
depuis  si  long-temps,  que  le  grand  Golbert  avait 
ordonné  l'exécution  d'un  travail  de  ce  genre  '. 
On  n'aborde  plus  désormais  aucune  question 
â'économie  politique  avant  de  s'être  livré  à  des 
enquêtes  sérieuses  sur  tous  les  faits  qui  s'y  rat- 

^  Cette  grande  pensée  de  Colbert  a  reçu  son  exécution.  Il 
existe  au  département  des  manuscrits  de  la  Bibliothèque  royale 
une  série  de  près  de  cent  volumes  de  statistique ,  rédigés  par 
les  intendans  des  provinces,  sous  les  ordres  du  ministre,  et  qui 
pourraient  encore  servir  de  modèles  à  nos  préfets. 


380  HISTOIRE 

progrès  qui  ont  été  réaiisés,  depuis  que  la  paix 
a  permis  aux  gouvernemens  et  aux  populations 
de  concentrer  leur  attention  sur  les  réformes  fa^ 
Torables  à  la  prospérité  générale.  On  a  compris 
de  toutes  paris  que  la  puissance  matérielle  n'é* 
tait  qu'un  auxiliaire  du  perfectionnement  moral 
et  que  la  production  des  richesses  ne  devait  être 
considérée  comme  vraiment  utile,  qu'autant  qu'il 
en  résultait  une  plus  grande  somme  de  bien-être 
et  de  moralité  pour  les  travailleurs.  A.insi,  en 
Angleterre  même,  déjà  l'on  a  réduit  les  heures  de 
travail  pour  l'enfance,  et  l'on  a  demandé  aux 
sciences  physiques  de  nouveaux  moyens  d'assai- 
nissement pour  les  ateliers.  Les  prisons  n'ont 
plus  été  abandonnées  au  bon  plaisir  des  geôliers; 
elles  sont  devenues  de  vastes  usines  où  se  font 
chaque  jour,  avec  une  sollicitude  qu'on  ne  sau- 
rait trop  louer,  des  essais  d'amélioration  qui 
porteront  bientôt  leurs  fruits.  Des  voyageurs  of- 
ficiels, volontaires  de  cette  belle  cause  de  l'hu- 
manité, ont  parcouru  les  Deux-Mondes  pour  y 
étudier  les  méthodes  essayées  dans  le  but  de  i^- 
mener  au  bien  les  criminels ,  naguère  abandon- 
nés. La  bienfaisance  elle-même  a  demandé  con- 
seil à  la  science;  elle  est  devenue  moins  prodigue 
de  secours.  Les  hospices  d'enfans-trouvés  n'ou- 
vrent plus  à  deux  batlans  les  portes  de  leurs  ci- 
metières; il  a  sut&t  de  quelques  formalités  ingé- 


DE  L^ÉCONOMIE  POLITIQUE.  381 

BÎeuses  pour  rappeler  les  mères  au  seotiment  de 
leurs  devoirs  et  pour  épargner  aux  contribuables 
des  sommes  considérables.  La  loterie  a  été  sup- 
primée ;  la  réprobation  publique  a  fait  fermer  les 
maisons  de  jeu. 

Dans  Tordre  purement  matériel,  l'économie 
politique  n'a  pas  provoqué  moins  de  changemens 
surprenans  et  de  progrès  inespérés.  Une  popula- 
tion tout-à-fait  nouvelle  de  propriétaires  mobi- 
liers s'est  élevée  en  face  de  la  propriété  foncière 
et  s'accroît  tous  les  jours  avec  une  rapidité  sans 
exemple.  Les  richesses  créées  par  leur  industrie 
oflErent  des  débouchés  nombreux  aux  produits  de 
l'agriculture  et  des  ressources  immenses  au  trésor 
publie.  Ainsi  s'explique  l'accroissement  progres- 
sif des  impôts  indirects,  destinés  à  atteindre  la 
fortune  industrielle  des  nations,  et  à  augmenter 
avec  elle.  Chaque  année  voit  monter  le  chiffre 
qui  représente  le  produit  de  ces  taxes  :  la  poste 
aux  lettres,  le  timbre,  le  tabac,  les  douanes,  les 
octrois,  les  boissons ,  donnent  des  revenus  de 
plus  en  plus  élevés,  parce  qu'ils  sont  proportion- 
nés au  mouvement  ascendant  de  la  richesse  pu- 
blique. Le  même  phénomène  se  reproduit  dans 
tous  les  pays  civilisés  et  les  créations  de  l'indus- 
trie manufacturière  et  commerciale  ont  pris  un 
tel  développement  dans  certaines  contrées,  comme 
l'Angleterre,  les  États-Unis,  que  l'impôt  indirect 


574  HISTOIRE 

tune  privée  des  habitans  en  môme  temps  que  la 
richesse  publique.  Nul  ne  saurait  nier  désormais 
l'importance  de  l'intervention  officielle  du  gou* 
vernement  dans  les  grandes  entreprises  d'utilité 
générale.  Si  le  pouvoir  faisait  un  pas  de  plus  é\ 
s'il  prenait  l'initiative  d'une  grande  réforipe  danf 
celles  de  nos  lois  qui  ont  cessé  d'être  an  harmiDk 
nie  avec  la  tendance  actuelle  de  la  civilisation,  l'é^ 
conomie  politique  aurait  remporté  qne  de  ses 
plus  grandes  victoires.  Nos  lois  civiles  se  ressen- 
tent encore  de  l'époque  où  elles  furent  rendues 
et  du  principe  qui  les  a  inspirées.  Napoléon  qui 
donna  son  nom  à  ce  Gode,  succédait  à  un  r^ime 
de  lutte  et  de  spoliation;  il  voulait  reconstituer 
une  aristocratie  et  il  rentrait  dans  la  féodalité, 
sans  réfléchir  qu'une  puissance  nouvelle  s'était 
élevée  sur  ses  ruines  et  régnait  désormais  sur  le 
monde  :  c'était  l'industrie.  Ses  ailes  étaient  re^ 
pliées  sous  la  protection  de  l'Angleterre;  mats 
elle  commençait  a  prendre  son  essor  du  haut  de 
ces  grandes  usines  que  le  génie  du  travail  a  mul- 
tipliées, depuis  dans  toute  l'Europe.  En  vain  les 
privilèges  de  la  propriété  foncière,  soigneusement 
maintenus,  semblaient-ils  destinés  à  perpétuer 
les  vieilles  distinctions  de  castes  et  la  supériorité 
du  seigneur  sur  l'esclave  :  le  commerce  échappait 
par  la  lettre  de  change  aux  entraves  du  régime 
hypothécaire  et  pros|>érait  des  rigueurs  de  la  loi 


DE  L'ECOJVOJkllË  POLITIQUE.  371^ 

em  même  temps  que  la  propriété  sembbit  modirir 
de  $^  faveurs.  Cette  immense  question  sera 
traitée  un  jour.  En  présence  de  l'hjpothéque  de 
j^us  de  onze  milliards  qui  pèse  sur  la  terre  de 
France  et  qui  la  paralyse,  l'allure  plus  indépen* 
dante  de  l' industrie  et  du  commerce,  encore  bien 
entravée  pourtant  doit  être  un  sujet  sérieux  de 
méditations  pour  les  économistes  et  pour  les 
hommes  d'État.  Il  y  a  tout  un  âge  d'or  à  espérer 
pour  l'agriculture ,  du  perfectionnement  de  la 
législation  à  son  égard. 

Mais  c'est  surtout  vers  les  grands  travaux  de 
communications  que  se  dirige  la  sollicitude  ac- 
tuelle des  peuples.  L'isolement  qui  les  avait  tenus 
si  long-temps  plongés  dans  la  barbarie,  fait  place 
à  des  relations  tous  les  jours  plus  intimes ,  et  la 
baisse  du  prix  des  transports  ajoute  une  valeur 
immense  à  des  produits  jusque  là  dédaignés.  Il 
ne  faut  pas  espérer^  toutefois ,  que  les  grandes 
difficultés  de  l'économie  politique  seront  résolues 
dans  un  avenir  peu  éloigné.  Celles  qui  lui  restent 
à  vaincre  appartiennent  désormais  à  la  pratique 
et  c'est  là  que  les  moindres  fautes  peuvent  enr 
traîner  des  conséquences  déplorables.  Après 
avoir  disserté  pendant  plus  d'un  siècle  sur  le 
plus  ou  moins  d'importance  de  l'intervention  des 
gouvernemens;  il  faut  les  mettre  à  l'œuvre  par- 
tout où  les   ressources  isolées  des  particuliers 


574  HISTOIRE 

tune  privée  dea  habitans  en  môipe  temps  que  b 
richesse  publique.  Nul  ne  saurait  nier  désormaîi 
l'importaDce  de  l'intervention  officielle  du  gou- 
vOTnement  dans  les  grandes  entreprises  d'utilité 
générale,  âî  le  pouvoir  faisait  un  pas  de  plus  et 
s'il  prenait  l'initiative  d'une  grande  réforme  daiif 
celles  de  nos  lois  qui  ont  cessé  d'être  en  harmo- 
nie avec  la  tendanceactuellede  la  civilisation,  )'é- 
conomie  politique  aurait  remporté  Mne  de  ses 
plus  grandes  victoires.  Nos  lois  civiles  se  ressen- 
tent encore  de  l'époque  on  elles  furent  rendues 
et  du  principe  qui  les  a  inspirées.  NapQJéon  qnf 
donna  son  nom  à  ce  Cod«,  succédait  à  un  ré{;iine 
de  lutte  et  de  spoliation;  il  voulait  recon^tituffr 
une  ari^ocratie  et  il  rentrait  dans  la  féodalité, 
sans  réfléchir  qu'une  puissance  nouvelle- s'était 
élevée  sur  ses  ruines  et  régnait  désormais  sur  le 
monde  :  c'était  l'industrie.  Ses  ailes  étaient  itK 
pliées  sous  la  protection  de  l'Angleterre;  maik 
elle  commençait  à  prendre  son  essor  du  haut'ck 
ues  grandes  usines  que  le  génie  du  Iravail  a  mul- 
tipliées, depuis  dans  toute  l'Europe.  En  vain  Ië6 
privilégesde  la  propriété  foncière,  soigneusement 
maintenus,  semblaient-ils  destinés  à  perpétuer 
les  vieilles  distinctions  de  castes  et  la  supériorité 
du  seigneur  sur  l'esclave  :  le  commerce  échappait 
par  la  lettre  de  change  aux  entraves  du  régiflM 
hypothécaire  et  prospérait  des  rigueur»,  de  kr  toi   i 


DE  L'ÉCONOMIB  politique.  3^ 

peine  écoulés  qu'elle  a  retrouvé  ses  forces,  relevé 
son  industrie  et  porté  son  commerce  aux  extré- 
mités du  monde.  Au  moment  où  je  termine  cet 
ouvrage,  les  capitaux  engagés  dans  les  entrepris 
ses  industrielles  s'élèventà  plus  de  deux  milliards 
de  francs  dans  notre  pays  ;  ils  ont  atteint  un  total 
double  en  Angleterre ,  et  la  masse  de  capitaux 
versés  dans  les  emprunts  publics  de  tous  les  peu- 
ples ne  peut  pas  être  évaluée  à  moins  de  cinc]^ 
fois  cette  somme.  La  création  des  canaux  '  et  Fa- 
mélioration  des  routes  ont  triplé  la  valeur  d'une 
foule  immense  de  propriétés  et  l'on  a  vu  dans 
quelques  grandes  villes  les  terrains  s'élever  au 
prix  exorbitant  de  mille  francs  le  mètre  carré» 
Le  capital  national  s'est  partout  accru  avec  une 
telle  rapidité  et  dans  des  proportions  si  extraor^ 
dinaires,  qu'on  peut  hardiment  affirmer  qu'avant 
vingt-cinq  ans  la  propriété  française  aura  triplé 
de  valeur.  Le  même  mouvement  ascendant  se 
manifeste  dans  toute  l'Europe;  et  sans  l'assis- 
tance violente  d'aucune  révolution  intérieure,  la 
paix  suffit  pour  relever  les  conditions  les  plus 

^  Il  est  établi  sur  des  données  certaines  que  le  canal  du  Midi 
a  augmenté  de  vingt  millions  le  revenu  annuel  des  contrées 
qH'il  traverse  et  de  plus  de  quatre  millions  les  recettes  do 
trésor.  11  est  pareillement  établi  que  le  canal  du  Centre  a 
augmenté  de  cinq  à  six  millions  le  revenu  territorial  de  la 
France.  «  (M.  Fillet  Will  :  De  la  dépense  et  du  produit  des  ea^ 
iMiftf,  pageSl.) 


384  HISTOIRE 

humbles,  en  favorisant  T émancipation  des  tÀK 
yailleurs,  par  les  profits  croissans  de  leor  travail  « 
On  ne  saurait  évaluer  d'une  manière  certaine  le» 
ehangemens  qui  s'opèrent. tous  les  jours  de  cette 
manière;  mais  leur  nombre  s'augmente  d'une 
manière  tellement  régulière,  que  la  constitution 
de  la  société  finira  par  être  entièrement  renouve- 
lée. Ainsi  disparaîtront  les  inégalités  sociales  les 
plus  choquantes  et  peut-être  un  jour  les  derniè^ 
res  traces  du  prolétariat. 

La  science  de  l'économie  politique  a  le  droit 
de  revendiquer  une  belle  part  de  ce  progrès  et 
des  dispositions  pacifiques  où  se  trouve  l'Europe. 
L'esprit  dé  conquête  et  d'envahissement  a  fait 
son  temps.  Les  nations  les  plus  guerrières  ont 
tourné  leur  activité  vers  des  travaux  plus  dura-' 
blés  et  le  véritable  patriotisme  consiste  désormais 
à  enrichir  son  pays  plutôt  qu'à  ravager  les  pays 
voisins.  La  puissance  a  passé  du  côté  de  la  ri- 
chesse; la  barbarie  est  devenue  inhabile  à  trou- 
bler le  repos  des  contrées  civilisées.  C'est  sur  la 
nature,  à  présent,  qu'il  est  beau  de  faire  des  con-' 
quêtes;  c'est  en  domptant  des  lleuves,  en  exploi- 
tant les  mines^  en  ouvrant  des  canaux  et  des  rou- 
tes qu'un  peuple  prouve  sa  supériorité  et  triom- 
phe de  ses  rivaux.  Les  hommes  ne  vaudront 
bientôt  plus  qu'en  proportion  des  services  qu'ils 
peuvent  rendre  et  non  de  rand)ition  qu'il  leur 


DE  l'Économie  politique.  385 

plairait  de  manifesler.  Tout  ce  qui  peut  faciliter 
l'accroissement  des  bénéfices  dans  les  diverses 
classes  de  la  société,  mérite  plus  de  droits  à  la 
sollicitude  publique  que  les  promesses,  trop  ra- 
rement réalisées,  des  novateurs  les  plus  ardens. 
Les  peuples  ne  vivent  point  d'ambroisie,  et  quoi- 
qu'on ait  reproché  k  l'économie  politique  de 
courber  leur  front  vers  la  terre  ,  en  s'occupant 
trop  exclusivement  de  produits  matériels,  chacun 
sait  aujourd'hui  que  le  plus  sûr  moyen  de  relever 
la  dignité  de  l'homme,  c'est  de  le  mettre  à  l'abri 
du  besoin.  La  richesse  seule  ou  tout  au  moins 
l'aisance  procure  ces  loisirs  à  la  faveur  desquels 
le  citoyen  respire  libre  et  jouit  dignement  du 
fruit  de  sou  travail.  Ce'  qui  s'est  fait  jusqu'à  ce 
jour  de  grand  et  d'utile  en  économie  politique  a 
eu  pour  but  de  procurer  aux  hommes  un  peu  plus 
de  loisir  avec  moins  de  fatigue  et  par  conséquent 
de  favoriser  le  développement  de  rintelligence 
chez  les  classes  les  plus  disgraciées.  La  plus 
grande  somme  d'indépendance  personnelle  chez 
les  citoyens,  n'est-elle  pas  d'ailleurs  ta  plus  sûre 
garantie  de  la  liberté?  Le  despotisme  règne-t-il 
chez  les  peuples  riches  ou  chez  les  peuples  pau- 
vres? 

U  n'y  a  plus  aujourd'hui  un  seul  village  qui 
ne  participe  directement  ou  indirectement  aux 
bienfaits  de  la  civilisation  industrielle.  Aussitôt 

DEUXIÈME  ÉDITIOn.  'ZS 


1 


3§6  HISTOIRE 

qu'une  découverte  utile  est  exploitée  sur  un  point 
elle  fait  naître  la  consommation  sur  un  autre,  el- 
le commerce  transporte  dans  les  cantons  les  plus 
reculés  de  nos  provinces,  les  produits  les  plus  in- 
génieux et  les  plus  récens  de  nos  villes.  L^écono- 
mie  politique  a  démontré  jusqu'à  la  dernière  évi- 
dence les  heureux  eifets  de  cette  réaction  qui 
'  nous  a  valu  les  travaux  de  communication  si 
nombreux  et  si  variés  dont  le  territoire  européen 
est  sillonné.  La  géographie  joue  un  rôle  important 
dans  les  combinaisons'  économiques  des  temps 
modernes.  On  sait  ce  que  valent  l'embouchure 
de  l'Escaut,  celle  du  Rhin,  celle  du  Danube.  On 
ne  traverse  plus  le  Rhin  avec  des  armées  ;  on  ne 
jette  plus  des  ponts  de  chevalets  sur  le  Danube, 
pour  les  grandes  batailles  :  on  y  établit  de$  ba* 
teaux  à  Vapeur.  Tous  ces  fleuves  militaires  sont 
devenus  des  lignes  commerciales.  La  lutte  s'éta* 
blit  maintenant  entre  ces  fleuves  et  le  chemin  de 
fer ,  dernière  expression  du  progrès  industriel. 
Qui  eût  dit  en  1804,  lorsque  dans  un  recoin  ob- 
scur du  pays  de  Galles,  une  machine  à  vapeur  se 
mit  en  mouvement  pour  la  première  fois  sur  des 
barres  de  fer,  en  traînant  à  la  remorque  un  convoi 
de  wagons,  que  c'était  là  le  commencement  d'une 
révolution  destinée  à  changer  la  face  du  monde! 
Des  centaines  de  millions  se  sont  mis  depuis  lors, 
au  service  de  cette  merveilleuse  machine,  q«i 


DE  l'égonomib  politique.  3B7 

n'est  peul-^re  encore  aux  locomotives  pcriec- 
tionnées  de  Tavenir,  que  ce  que  les  fusils  à  mèche 
fiirent  aux  armes  à  feu  de  nos  jours.  Mais  que  de 
questions  font  déjà  nattre  les  changeroens  qui 
s'opèrent  à  la  suite  de  ces  admirables  machines! 
Sur  un  pointi  la  valeur  des  propriétés  décuplée, 
et  réduite  peut-être  au  dixième  sur  un  autre 
poini;  ici  des  débouchés  nouveaux;  ailleurs,  la 
perte  4e  tous  les  débouchés.  Cinq  cent  mille  voya- 
geurs circulent  où  l'on  en  comptait  à  peine  quel- 
ques milliers  et  le  rapprochement  des  distances 
donne  lieu  i  des  révolutions  pareilles  à  celles 
qu'entraîneraient  des  déplacemens  de  territoire. 
TeUes  sont  les  phases  nouvelles  sous  lesquelles 
déflCM^mais  l'économie  politique  doit  étudier  le 
mouvement  industriel  et  social,  dont  l'humanité 
lui  demandera  compte.  U  faut  qu'elle  ait  les  yeux 
toujours  fixés  sur  cette  grande  loi  de  la  réparti- 
tion la  plus  équitable  des  profits  de  travail;  tant 
qu'il  y  aura  des  milliers  d'hommes  qui  seront  pri- 
vés=des  premières  nécessités  de  la  vie,  au  sein 
d'une  société  riche  de  tant  de  capitaux  et  de  tant 
de  machines,  il  restera  quelque  chose  à  faire  et 
la  tâche  de  l'économiste  ne  sera  pas  finie.  La  ci- 
vilisation est  appelé  à  couvrir  d'une  protection 
commune,  comme  fait  le  soleil ,  le  riche  et  le 
pauvre,  le  fort  et  le  faible,  l'habitant  des  villes  et 


378  HISTOIRE 

tachent.  Quand  le  gouvernement  anglais  a  voulu 
réduire  les  droits  énormes  qui  pesaient  sur  les 
soieries  de  France,  une  enquête  solennelle  a  per^ 
mis  à  tous  les  intérêts  de  se  faire  entendre  et 
cette  enquête  est  devenue  un  traité  complet  sur 
la  matière.  La  discussion  du  renouvellement  du 
privil^e  de  la  banque,  a  donné  lieu  à  un  travail 
semblable,  le  plus  curieux  peut-^tre  qui  ait  été 
fait  sur  une  question  de  finances.  Le  projet  d'é-^ 
taUir  un  système  de  communication  avec  l'Inde 
par  la  mer  Rouge  a  été  également  précédé  des 
recherches  les  plus  approfondies.  Enfin  la  grande 
enquête  exécuté  à  Toccasion  de  la  révision  des 
lois  sur  les  pauvres  a  été  le  signal  d'un  travail 
analogue  dans  tous  les  pays  de  l'Europe  :  chaque 
peuple  a  voulu  connaître  la  gravité  de  ses  blés* 
sures  et  chercher  les  moyens  d'y  remédier. 

L'économie  politique  étant  appelée  à  résoudre 
tous  ces  problèmes  d'un  intérêt  social ,  s'éclaire 
chaque  jour  de  nouvelles  lumières,  même  dans  les 
pays  soumis  aux  gou ver nemens  absolus.  Le  bud* 
jet  des  dépenses,  celui  des  voies  et  moyens,  la  loi 
des  comptes  permettent  d'apprécier  le  véritable 
état  de  la  fortune  publique;  par  le  compte  rendu 
annuellement  de  la  justice  civile  et  criminelle, 
on  peut  se  faire  une  idée  exacte  du  mouvement 
des  affaires  et  de  l'état  des  mœurs;  les  résultats 
de  l'enseignement  primaire,  les  budjets  des  coin- 


DE  l'Économie  politique.  379 

mùDâs,  les  statistiques  locales  exécutées  avec  un 
soin  extrême  dans  quelques  départemens  *  ne 
laissent  aucun  refuge  aux  argumens  de  la  routine 
et  du  préjugé.  Les  documens  industriels  sont 
plus  rares.  Le  gouvernement  ^  pénétré  de  l'idée 
que  toutes  les  questions  reiattves  à  la  production 
devaient  être  abandonnées  à  la  vigilance  de  Tin- 
térôt  privé,  n'a  publié  que  fort  tard  et  très  in-<< 
complètement  d'abord,  les  faits  dont  il  était  dé- 
positaire, tels  que  les  tableaux  d'entrée  et  de 
sortie  des  marchandises,  le  produit  des  mines,  te 
nombre  des  établissemens  industriels  de  tout 
genre.  On  ne  savait  rien,  il  y  a  peu  de  temps,  de 
la  situation  des  entrepôts  ,  de  l'importance  du 
transit,  de  l'étendue  de  notre  cabotage.  Peu  à 
peu,  néanmoins,  à  mesure  que  les  faits  sont  re* 
cueillis  avec  plus  d'exactitude,  les  questions  s'é* 
claircissent  et  marchent  vers  une  solution  qu'on 
n'aurait  jamais  pu  espérer  de  la  seule  influence 
des  principes.  Des  discussions  approfondies  au 
sein  des  Chambres  sont  venues  compléter  dans 
ces  derniers  temps,  l'enseignement  qui  résultait 
déjà  des  progrès  de  la  statistique,  et  l'économie 
politique  est  entrée  dans  une  ère  nouvelle,  toute 
d'expériences  et  d'applieations.         • 

De  quelque  côté  qu'on  tourne  ses  regards,  il 
est  impossible  de  n'être  pas  frappé  de  tous  les 

^  Celle  du  Haat-Rtiiii,  par  exemple,  qui  laisse  peu  à  désirer^ 


380  HISTOIRE 

progrès  qui  ont  été  réalisés,  depuis  que  la  paix 
a  permis  aux  gouvernemens  et  aux  populations 
de  concentrer  leur  attention  sur  les  réformes  fa^ 
Yorabtes  à  la  prospérité  générale.  On  a  compris 
de  toutes  paris  que  la  puissance  matérielle  n'é- 
tait qu'un  auxiliaire  du  perfectionnement  moral 
et  que  la  production  des  richesses  ne  devait  être 
considérée  comme  vraiment  utile,  qu'autant  qu'il 
en  résultait  une  plus  grande  somme  de  bien-être 
et  de  moralité  pour  les  travailleurs.  4insi,  eo 
Angleterre  même,  déjà  l'on  a  réduit  les  heures  de 
travail  pour  l'enfance,  et  l'on  a  demandé  aux 
sciences  physiques  de  nouveaux  moyens  d'assai- 
nissement pour  les  ateliers.  Les  prisons  n'ont 
plus  été  abandonnées  au  bon  plaisir  des  geôliers^ 
elles  sont  devenues  de  vastes  usines  où  se  fonl 
chaque  jour,  avec  une  sollicitude  qu'on  ne  sau- 
rait trop  louer,  des  essais  d'amélioration  qui 
porteront  bientôt  leurs  fruits.  Des  voyageurs  of- 
ficiels, volontaires  de  cette  belle  cause  de  l'hu- 
manité, ont  parcouru  les  Deux-Mondes  pour  y 
étudier  les  méthodes  essayées  dans  le  but  de  ra- 
mener au  bien  les  criminels ,  naguère  abandon- 
nés. La  bienfaisance  elle-même  a  demandé  con* 
seil  à  la  science;  elle  est  devenue  moins  prodigue 
de  secours.  Les  hospices  d'enfans-trouvés  n'ou- 
vrent plus  à  deux  batlans  les  portes  de  leurs  ci- 
metières; il  a  sut&t  de  quelques  formalités  ingé- 


DE  L'ÉCONOMIE  POLITIQUE.  389 

de  Rouen,  de  Lille,  de  Mulhouse,  de  Saint-Quen- 
tin, de  Lyon,  de  Marseille,  se  couvre  de  faubourgs 
opulens  et  de  maisons  de  campagne  délicieuses. 
Les  villages  seuls  demeurent  immobiles  et  con- 
serjir^nt  de  génération  en  génération  leur  aspect 
de  misère  et  de  monotonie.  On  n'y  voit  que  fu- 
mier et  que  malpropreté  ;  partout  des  murs  en 
ruines,  des  demeures  couvertes  de  chaume ,  des 
enfans  mal  vêtus  et  plus  mal  élevés.  A  présent , 
si  vous  considérez  que  les  habitans  de  ces  tristes 
réduits  composent  les  deux  tiers  de  la  population 
française  et  consomment  à  peine  le  quart  du  pro- 
duit de  nos  manufactures,  vous  reconnaîtrez  aisé- 
ment qu'il  reste  beaucoup  à  faire  pour  améliorer 
leur  condition  et  pour  assurer  des  débouchés  à 
nos  produits  manufacturiers.  N'y  a-t-il  pas  sujet 
de  réfléchir  sur  un  système  de  production  qui 
nous  force  de  chercher  des  consommateurs  aux 
ej^trémités  du  monde  ,  quand  à  nos  propres 
portes,  au  sein  de  notre  patrie,  nous  avons 
des  travailleurs  qui  manquent  de  tout!  Nous 
ne  pouvons  vendre  nos  toiles  et  plus  de  dix 
millions  de  nos  concitoyens  n'ont  pas  de  linge  ! 
Nous  demandons  des  primes  à  l'exportation  des 
sucres,  et  il  y  a  des  vieillards  et  des  enfans  qui 
n'ont  jamais  connu,  qui  ne  connaîtront  jamais, 
peut-être ,  cette  denrée  !  Cent  arpens  de  terre  se 


382  HISTOIRE 

y  est  presque  devenu  la  seule  base  du  budjet  des 
recettes  de  ces  États.  Ëii  niême  temps,  l'épargne 
y  favorise  la  multiplicalion  des  capitaux  et  per-^ 
met  d'entreprendre^  sous  les  auspices  de  l'asso^ 
ciation,  des  travaux  productifs  de  nouvelles  épar* 
gnes  et  de  richesses  indéfinies.  Toutes  les  fron* 
tières  paraissent  s'agrandir  devant  ces  armées  de 
travailleurs;  on  découvre  des  mines  inconnues; 
on  exploite  des  forêts  vierges  ;  on  crée  des  pro^ 
duits  qui  semblaient  fabuleux.  En  France,  la 
betterave  et  le  mûrier  ont  fait  doubler  la  con^ 
sommation  du  sucre  et  de  la  soie;  en  Angleterre, 
le  lin  menace  de  supplanter  nos  toiles;  en  Bel^ 
gique,  la  fabrication  des  machines  s'étend  déjà 
sur  une  échelle  immense  et  semble,  néanmoins  à 
peine  commencer.  Qui  oserait  soutenir^  en  pré* 
sence  de  ces  résultats^  la  possibilité  de  maintenir 
un  régime  économique  né  pour  d'autres  besoins 
et  dans  des  circonstances  si  différentes  ? 

Il  y  a  vingt-Kîinq  ans  à  peine ,  l'Europe  était 
bouleversée  de  fond  en  comble  par  une  guerre 
générale,  inouïe  dans  les  fastes  de  l'histoire.  Le. 
commercé  maritime  était  anéanti,  les  manufac*' 
tures  souffrantes,  lescapitaux  dissipés  fie  crédit 
semblait  perdu  pour  jamais.  Tout-à-çoup^  b 
France  proclame  le  principe  de  la  fidélité  aux 
ettgagemens;  elle  emprunte  des  sommes  énor-^ 
ihes  pour  payer  ses  dettes  et  dix  ans  se  sont  à 


DE  L'ÉCONOMIB  POLITIQUE.  383 

peine  écoulés  qu'elle  a  retrouYé  ses  forces,  reievé 
son  industrie  et  porté  son  commerce  aux  extré- 
mités du  monde.  Au  moment  où  je  termine  cet 
ouvrage,  les  capitaux  engagés  dans  les  entrepris 
ses  industrielles  s'élèvent.à  plus  de  deux  milliards 
de  francs  dans  notre  pays  ;  ih  ont  atteint  un  total 
double  en  Angleterre,  et  la  masse  de  capitaux 
versés  dans  les  emprunts  publics  de  tous  les  peu- 
ples ne  peut  pas  être  évaluée  à  moins  de  cinq 
fois  cette  somme.  La  création  des  canaux  '  et  l'a- 
mélioration des  routes  ont  triplé  la  valeur  d'une 
foule  immense  de  propriétés  et  l'on  a  vu  dans 
quelques  grandes  villes  les  terrains  s'élever  au 
prix  exorbitant  de  mille  francs  le  mètre  carré. 
Le  capital  national  s'est  partout  accru  avec  une 
telle  rapidité  et  dans  des  proportions  si  extraor- 
dinaires, qu'on  peut  hardiment  affirmer  qu'avant 
vingt-cinq  ans  la  propriété  française  aura  triplé 
de  valeur.  Le  même  mouvement  ascendant  se 
manifeste  dans  toute  l'Europe;  et  sans  l'assis- 
tance violente  d'aucune  révolution  intérieure,  la 
paix  suffit  pour  relever  les  conditions  les  plus 

^  U  est  établi  sur  des  données  certaines  que  le  canal  du  Midi 
a  augmenté  de  vingt  millions  le  revenu  annuel  des  contrées 
qu'il  traverse  et  de  plus  de  quatre  millions  les  receUes  du 
trésor.  Il  est  pareillement  établi  que  le  canal  du  Centre  a 
augmenté  de  cinq  à  six  millions  le  revenu  territorial  de  la 
France.  *  (M.  Pillet  Will  :  De  la  dépense  et  du  produii  des  ea-^ 
iMiMr,  pageSl.) 


384  UtSTOIRE 

humbles,  en  favorisant  rémancipation  des  tra^ 
vaiileurs,  par  les  profits  croissans  de  leur  travail  « 
On  ne  saurait  évaluer  d'une  manière  certaine  lès 
chftDgemens  qui  s'opèrent  tous  les  jours  de  cette 
manière;  mais  leur  nombre  s'augmente  d'une 
manière  tellement  régulière,  que  la  constitution 
de  la  société  finira  par  être  entièrement  renouve- 
lée. Ainsi  disparaîtront  les  inégalités  sociales  les 
plus  choquantes  et  peut-être  un  jour  les  derniè^ 
res  traces  du  prolétariat. 

La  science  de  l'économie  politique  a  le  droit 
de  revendiquer  une  belle  part  de  ce  progrès  et 
des  dispositions  pacifiques  où  se  trouve  l'Europe^ 
L'esprit  dé  conquête  et  d'envahissement  a  fait 
son  temps.  Les  nations  les  plus  guerrières  ont 
tourné  leur  activité  vers  des  travaux  plus  dura-* 
blés  et  le  véritable  patriotisme  consiste  désormais 
à  enrichir  son  pays  plutôt  qu'à  ravager  les  pays 
voisins.  La  puissance  a  passé  du  côté  de  la  ri- 
chesse; la  barbarie  est  devenue  inhabile  à  trou- 
bler le  repos  des  contrées  civilisées.  C'est  sur  la 
nature,  à  présent,  qu'il  est  beau  de  faire  des  con*' 
quêtes;  c'est  en  domptant  des  ileuves,  en  exploi- 
tant les  mines^  en  ouvrant  des  canaux  et  des  rou- 
tes qu'un  peuple  prouve  sa  supériorité  et  triom- 
phe de  ses  rivaux.  Les  hommes  ne  vaudront 
bientôt,  plus  qu'en  proportion  des  services  qu'ils 
peuvent  rendre  et  non  de  l'ambition  qu'il  leur 


DP.  l'Économie  politique.  385 

lairaitde  manifester.  Tout  ce  qui  peut  faciliter 
l'accroissement  des  bénéOces  dans  les  diverses 
classes  de  la  société,  mérite  plus  de  droits  à  la 
sollicitude  publique  que  les  promesses,  trop  ra- 
rement réalisées,  des  novateurs  les  plus  ardens. 
Les  peuples  ne  vivent  point  d'ambroisie,  et  quoi- 
qu'on ait  reproché  à  l'économie  politique  de 
courber  leur  front  vers  la  terre ,  en  s' occupant 
trop  exclusivement  de  produits  matériels,  chacun 
sait  aujourd'hui  que  le  plus  sûr  moyen  de  relever 
la  dignité  de  l'homme,  c'est  fie  le  mettre  à  l'abri 
du  besoin.  La  richesse  seule  ou  tout  au  moins 
l'aisance  procure  ces  loisirs  à  la  faveur  desquels 
le  citoyen  respire  libre  et  jouit  dignement  du 
fruit  de  sou  travail.  Ce  qui  s'est  fait  jusqu'à  ce 
jour  de  grand  et  d'utile  en  économie  politique  a 
eu  pour  but  de  procurer  aux  hommes  un  peu  plus 
de  loisir  avec  moins  de  fatigue  et  par  conséquent 
de  favoriser  le  développement  de  l'intelligence 
chez  les  classes  les  plus  disgraciées.  La  plus 
grande  somme  d'indépendance  personnelle  chez 
les  citoyens,  n'est-elle  pas  d'ailleurs  la  plus  sûre 
gsffantie  de  la  liberté?  Le  despotisme  règne-t-il 
chez  les  peuples  riches  ou  chez  les  peuples  pau- 
vres? 

.  U  n'y  a  plus  aujourd'hui  un  seul  village  qui 
ne  participe  directement  ou  indirectement  aux 
bienfaits. de  la  civilisation  industrielle.  Aussitôt 

DmXIBNE  ËDITIOM.  29 


I 


366  HISTOIRE 

qu'une  découverte  utile  est  exploitée  sur  un  point 
elle  fait  naître  la  consommation  sur  un  autre,  el- 
le commerce  transporte  dans  les  cantons  les  plus 
reculés  de  nos  provinces,  les  produits  les  plus  in* 
génieux  et  les  plus  récens  de  nos  villes.  L'écono* 
mie  politique  a  démontré  jusqu'à  la  dernière  évi- 
dence les  heureux  effets  de  cette  réaction  qui 
'  nous  a  valu  les  travaux  de  communication  si 
nombreux  et  si  variés  dont  le  territoire  européen 
est  sillonné.  La  géographie  joue  un  rôle  important 
dans  les  combinaisons*  économiques  des  temps 
modernes.  On  sait  ce  que  valent  l'embouchure 
de  l'Escaut,  celle  du  Rhin,  celle  du  Danube.  On 
ne  traverse  plus  le  Rhin  avec  des  armées  ;  on  ne 
jette  plus  des  ponts  de  chevalets  sur  le  Danube, 
pour  les  grandes  batailles  :  on  y  établit  de$  ba* 
teaux  à  Vapeur.  Tous  ces  fleuves  militaires  sont 
devenus  des  lignes  commerciales.  La  lutte  s'éta* 
bllt  maintenant  entre  ces  fleuves  et  le  chemin  de 
fer ,  da^nière  expression  du  progrès  industrie. 
Qui  eût  dit  en  1804,  lorsque  dans  un  recoin  ob- 
scur du  pays  de  Galles,  une  machine  à  vapeur  se 
mit  en  mouvement  pour  la  première  fois  sur  des 
barres  de  fer,  en  traînante  la  remorque  un  convoi 
de  wagons,  que  c'était  là  le  commencement  d'une 
révolution  destinée  à  changer  la  face  du  monde! 
Des  centaines  de  millions  se  sont  mis  depuis  lors» 
au  service  de  cette  merveilleuse  machine,  qui 


DB  L'ÉCONOMIfi  POLITIQUE.  367 

n'est  peut-être  encore  aux  locomotives  pcrfee- 
tionaées  de  l'avenir,  que  ce  que  les  fusils  à  mèche 
furent  aux  armes  à  feu  de  nos  jours.  Mais  que  de 
questions  font  déjà  naître  les  changeroens  qui 
s'opèrent  à  la  suite  de  ces  admirables  machines  ! 
Sur  un  pointi  la  valeur  des  propriétés  décuplée, 
et  réduite  peut-être  au  dixième  sur  un  autre 
point;  ici  des  débouchés  nouveaux;  ailleurs,  la 
perte  die  tous  les  débouchés.  Cinq  cent  mille  voya* 
fdurs  circulent  où  l'on  en  comptait  à  peine  quel- 
ques milliers  et  le  rapprochement  des  distances 
donne  lieu  i  des  révolutions  pareilles  à  celles 
qu'entraîneraient  des  déplacemens  de  territoire. 
TeUes  sont  les  phases  nouvelles  sous  lesquelles 
désormais  l'économie  politique  doit  étudier  le 
mouvement  industriel  et  social,  dont  l'humanité 
hii  demandera  compte.  U  faut  qu'elle  ait  les  yeux 
toujours  fixés  sur  cette  grande  loi  de  la  réparti- 
tion la  plus  équitable  des  profits  de  travail;  tant 
qu'il  y  aura  des  milliers  d'hommes  qui  seront  pri- 
vés des  premières  nécessités  de  la  vie ,  au  sein 
d'une  société  riche  de  tant  de  capitaux  et  de  tant 
de  machines,  il  restera  quelque  chose  à  faire  et 
la  tâche  de  l'économiste  ne  sera  pas  finie.  La  ci- 
vilisation est  appelé  à  couvrir  d'une  protectioii 
commune,  comme  fait  le  soleil,  le  riche  et  le 
pauvre,  le  fort  et  le  faible,  l'habitant  des  villes  et 


388  HISTOIRE 

celui  des  campagnes.  L'économie  politique  doit 
indiquer  à  la  civilisation  les  mesures  à  prendre 
pour  étendre  chaque  jour  davantage  le  bienfait  de 
cette  protection. 

Je  citerai,  en  finissant,  un  exemple  frappant 
de  ce  qui  reste  à  faire  dans  cette  noble  carrière; 
Il  est  aujourd'hui  incontestable  que  la  richesse 
publique  s*est  accrue  en  Europe  et  principale- 
ment en  France  d'une  manière  rapide  et  brillantes 
Dans  quelle  proportion  avec  l'ancienne  fortune^ 
des  différens  pays,  nul  ne  le  sait;  on  ne  sait  pats 
davantage  dans  quelle  proportion  les  profits  se 
sont  partagés  entre  les  diverses  classes  de  travailt- 
leurs.  Ce  qui  est  certain,  c'est  que  la  population 
des  grandes  villes  et  surtout  des  villes  manufac^ 
turières  et  commerciales  a  profité  beaucoup  plus 
que  celle  des  campagnes  du  progrès  général  de  là 
richesse.  Nos  villes  s'embellissent  chaque  jour  de 
constructions  nouvelles;  les  citoyens  qui  les  ha- 
bitent jouissent  de  plus  de  douceurs  qu^autrefoîs; 
la  bourgeoisie  y  est  mieux  logée,  mieux  vètue^ 
mieux  nourrie.  Les  vieillards  qui  ont  pu  observer 
l'aspect  général  des  populations  urbaines,  il  y  a 
un  demi-siècle^  sont  frappés  du  contraste  qui 
règne  entre  leur  physionomie  actuelle  et  la  phy- 
sionomie du  temps  passé.  La  banlieue  de  chaque 
grand  foyer  industriel  et  commercial,  du  Havre,! 


DE  l'Économie  politique.  389 

de  Rouen,  de  Lille,  de  Mulhouse,  de  Saint-Quen- 
tin, de  Lyon,  de  Marseille,  se  couvre  de  faubourgs 
opulens  et  de  maisons  de  campagne  délicieuses. 
Les  villages  seuls  demeurent  immobiles  et  con- 
servant de  génération  en  génération  leur  aspect 
de  misère  et  de  monotonie.  On  n'y  voit  que  fu- 
mier et  que  malpropreté  ;  partout  des  murs  en 
ruines,  des  demeures  couvertes  de  chaume,  des 
enfans  mal  vêtus  et  plus  mal  élevés.  A  présent , 
si  vous  considérez  que  les  habitans  de  ces  tristes 
réduits  composent  les  deux  tiers  de  la  population 
française  et  consomment  à  peine  le  quart  du  pro- 
duit de  nos  manufactures,  vous  reconnaîtrez  aisé- 
ment qu'il  reste  beaucoup  à  faire  pour  améliorer 
leur  condition  et  pour  assurer  des  débouchés  à 
nos  produits  manufacturiers.  N'y  a-t-il  pas  sujet 
de  réfléchir  sur  un  système  de  production  qui 
nous  force  de  chercher  des  consommateurs  aux 
eictrémités  du  monde  ,  quand  à  nos  propres 
portes,  au  sein  de  notre  patrie,  nous  avons 
des  travailleurs  qui  manquent  de  tout!  Nous 
ne  pouvons  vendre  nos  toiles  et  plus  de  dix 
millions  de  nos  concitoyens  n'ont  pas  de  linge  ! 
Nous  demandons  des  primes  à  l'exportation  des 
sucres,  et  il  y  a  des  vieillards  et  des  enfans  qui 
n'ont  jamais  connu,  qui  ne  connaîtront  jamais, 
peut-être,  cette  denrée!  Cent  arpens  de  terre  se 


390  HISTOIRB  OK  L'ÉGONOMIB  POUTIQUE. 

vendent  moins  cher  dans  la  Sologne  et  dans  les 
Landes  qu'une  fosse,  à  Paris  pour  se  faire  en- 
terrer !  Voilà  de  singuliers  contrastes  :  Téconomie 
politique  en  est  toute  remplie,  et  cependant  une 
nouvelle  histoire  pleine  de  contraste  plus  étranges 
commence  pour  elle,  au  moment  où  celle-ci  finit. 


BIBLIOGRAPHIE. 


Ainsi  que  je  l'ai  anDoncé  dans  mon  Introduction, 
je  n'ai  pas  eu  le  projet  de  doDoer  ici  une  bibliogra- 
phie complète  de  l'écoDomie  politique,  majs  la  plus 
complète  qui  existe  pour  l'étude  de  la  science,  puis- 
que aucun  livre  essentiel  n'y  a  été  omis.  Tous  les 
ouvrages  dont  cette  bibliographie  se  compose,  ont 
passé  successivement  sous  mes  yeux  et  j'ai  essaya 
d'en  préciser  la  valeur  par  des  notes  brèves  et  carac- 
téristiques. Le  lecteur  saura  ainsi  d'avance  quel  est 
le  livre  auquel  il  peut  avoir  affaire ,  et  jusqu'à  quel 
point  il  lui  conviendra  de  l'approfondir.  C'est  un 
travail  qu'on  n'avait  pas  osé  tenter  encore,  d'abord 
parce  qu'il  devait  être  long  et  fastidîenx,  et  ensuite 
parce  que  la  plupart  des  anciens  livres  d'économie 
politique  sont  devenus  fort  rares  :  il  sufBra  de  dire 
que  la  Bibliothèque  royale  de  Paris  ne  possède  pas  un 
seul  exemplaire  original  du  T(^leau  économique  de 
Quesnay.  Les  bibliothèques  particulières  m'ont  été 
d'un  plus  grand  secours. 

J'ai  conservé  scrupuleusement  les  titreû  de  ces  ou- 


392  BIBLIOGRAPHIE. 

vrages  dans  la  langue  où  ils  ont  été  écrits,  etj*ai  seu- 
lement indiqué  en  français  ceux  des  livres  étrangers 
qui  ont  été  traduits ,  de  manière  à  dispenser  de  la 
lecture  des  originaux.  On  peut  ajouter  foi  aux  notes 
apologétiques  ou  critiques  dont  je  les  ai  fait  suivre 
avec  une  impartialité  vraiment  cosmopolite.  Mal-* 
heureusement  étranger  à  la  langue  allemande ,  j'ai 
dû  recourir,  pour  compléter  mon  catalogue 9  à  To- 
bligeance  de  mon  savant  ami ,  M.  Théodore  Fix,  qui 
a  bien  voulu  composer  pour  mon  ouvrage  la  biblio- 
graphie dés  économistes  germaniques.  Je  n'ai  pu 
étudier  que  ceux  qui  ont  été  traduits ,  et  je  présente 
son  opinion  ^ur  les  autres  comme  l'indication  la  plus 
sûre  que  puissent  souhaiter  à  leur  égard  tons  les 
lecteurs  éclairés. 


BIBLIOGRAPHIE 


DES  PRINCIPAUX  OUVRAGES  D'ÉCONOMIE  POLITIQUE. 


A. 


Abeille,  (L.-P^).  Lettre  d'un  négociant  sur  la  nature  du  corn- 
merce  dès  grains,  Paris,  1763,  in-8. 

—  Réfieanons  sur  la  police  des  grains  en  Angleterre  et  en 
France.  Paris,  1764,  in-8. 

—  Effets  d'un  privilège  exclusif  sur  les  droits  de  proprié- 
té, etc.  Paris,  1764,  in-8. 

—  Principes  sur  la  liberté  du  commerce  des  grains.  Paris, 
4768,  in-8. 

Abot  de  Basinghen.  Traité  des  monnaies  et  de  la  juridiction 
de  la  Cour  des  Monnaies,  en  forme  de  dictionnaire,  Paris, 
4764,in-4,2vol. 

—  Table  des  monnaies  courantes,  Paris,  1767,  in-12. 

Agazzini  (Michel).  La  science  de  l'économie  politique,  ou  Prin- 
cipes de  la  formation,  du  progrès  et  de  la  décadence  de  la 
richesse,  et  application  de  ces  principes  à  l'administration 
des  nations.  Paris  et  Londres,  1822,  in-8. 

Le  titre  de  cet  ouvrage  est  un  peu  ambitieux;  mais  les  doctrines  en  sont 
généreuses  et  élevées.  On  peut  surtout  consulter  avec  fruit  tout  ce  qui  est  re- 
latif à  l'assiette  des  impôts.  L'auteur,  quoique  Italien,  a  écrit  en  français,  non 
MM  quelque  élégance. 

Agoult  (d  ),  ancien  évêque  de  Pamiers.  Des  impôts  indirects 
et  des  droits  de  consommation,  ou  Essai  sur  Torigine  et  le 


394  BIBLIOGRAPHIE. 

système  des  impositions  françaises,  comparé  avec  celui 
de  l'Angleterre.  jPari*,  1817,  in-8. 

Livre  iotéressanl  à  consulter  à  cause  des  particularités  qu'il  renferme  sur 
les  finances  de  l'empire  et  sur  celles  de  l'Angleterre. 

AL6AROTTi(Francesco).  Saggio  soprailcommercio^  con  aleuni 
frammenti  economici  dello  stesso  autore. 

AlgaroUi  est  un  grand  seigneur  littéraire  qui  s'est  borné  à  des  essais ,  mais 
tous  remarquables  par  la  rectitude  des  idées,  l'élégance  du  style  et  un  certain 
caractère  d'évidence  qui  leur  est  propre.  Il  considérait  l'Aft-ique  comme  pré- 
férable i^  l'Asie  et  à  l'Amérique,  dans  l'intér^M  de  l'industrie  et  du  commerce 
des  Européens. 

Son  mémoire  sur  ce  sujet  serait  trés<curieux  à  étudier,  aujourd'hui  que  nous 
sommes  maîtres  du  nord  de  l'Afrique. 

Anderson.  a  chronological  hisfory  of  commerce  (Histoire  chro- 
nologique du  commerce). 

André  d'Arbelles.  Mémoire  sur  la  conduite  de  la  France  et 
de  r Angleterre  à  Végard  des  neutres,  1  vol.  in-8, 1810.  — 
Imprimerie  impériale. 

Manifeste  semi* officiel,  très-digne  d'attention,  en  faveur  du  bloeua  eonli- 
nental,  qui  a  été  attribué  à  M.  d'Hauterive  *. 

Anquetil  ou  Perron.  La  Dignité  du  commerce  et  de  Vétut  du 
commerçant.  4  vol.  in-8,  1789. 
Ouvrage  plein  de  vues  commerciales  trés-judicieuses. 

Anzano  (Thomas).  Refteodones  economico-politicas  sobre  las 
causas  de  las  aller aciones  deprecios  que  hapadecido  Ara- 
gon, y  discursos  ^obre  las  médias  que  pueden  facilitar  la 
restauracion  de  Aragon.  Zaragoza,  1768. 

Les  considérations  de  cet  auteur  sur  l'altération  des  prix  survenue  en  Ara- 
gon à  l'époque  où  il  écrivait,  prouvent  qu'il  n'était  point  étranger  aoi  véri- 
tables principes  de  la  science  sur  cette  matière. 

Aristote.  La  Politique  y  ou  la  Science  du  .gouvernement. 

On  y  trouve  une  esquisse  des  idées  des  anciens  en  économie  politique  ; 
mak  il  est  à  regretter  que  le  livre  4a.  même  auteur  sur  la  constitution  ifA- 
tbènei  ait  été  perdu. 

Arnould.  Histoire  générale  des  finances  de  France^  daputf  le 

^  VarMif,  4aiii  sf n  DietUmnaire  dé$  Anonyme»  t  oit«  Andvé  d^Àrbell^ê  wmm 
auteur  d«  c«t  ouvrage.  M.  Beochol  croit  que  c'est  une  erreor. 


BIBI.I0611APHIB.  9^ 

eomtnencement  de  la  monarchie-,  potir  sot-vir  dlntrodiic- 
tion  à  la  loi  annuelle  du  budget  de  Tenipire  français. 
Pflff*,  1806,  in^4. 

'  '  OtiTrtge  médiocre;  il  y  a  dans  les  pièces  jusilficalives  quelques. chiffres  in- 
téressaftls  à  eonsalter. 

—  De  la  Balance  du  commerce  et  des  relations  commerciales 
extérieures  de  la  France  dans  toutes  les  parties  du  globe, 
particulièrement  à  la  fin  du  règne  de  Louis  XIV,  et  au 
moment  de  la  révolution  ;  le  tout  appuyé  de  notes  et  ta- 
bles raisonnées,  authentiques,  sur  le  commerce  et  la  na- 
vigation, la  population,  le  produit  territorial  et  de  l'in- 
dustrie, le  prix  du  blé,  le  numéraire,  le  revenu,  la 
dépense  et  la  dette  publique  de  la  France  à  ces  deux  épo- 
ques, avec  la  valeur  de  ses  importations  et  exportations 
progressives  depuis  1716,  jusqu'en  4788  inclusivement. 
2  vol.  in-8,  avec  1  vol.  in-4  de  tableaux.  PariSy  1792. 

Consulter  les  Taits  cités  dans  cet  ouvrage  ;  négliger  les  doctrines. 

•*•  Système  maritime  et  politique  des  Européens  dans  le  diœ- 
huitième  siècle,  fondé  sur  leurs  traités  de  paix ,  de  com- 
merce et  de  navigation.  1  vol.  in-8.  Paris,  1797. 

O«Tra80  écrit  soas  la  préoccupaiioD  du  système  de  ta  balance  du  corn- 
merce. 

Arrêta  DE  Monte-Seguro  (Antonio).  Disertadon  sobre  el  âpre- 
cio  que  se  debe  hacer  de  las  artespracticas,  y  de  los  que  las 
eœereen  oon  honradez,  inteligencia  y  aplicacion. 

Ouvrage  couronné  en  I78i  par  la  société  de  Saragosse. 

Plaidoyer  en  faveur  des  arts  utiles. 

Laoteur  cherche  à  démontrer  que  les  travaux  mécaniques  ne  déshono- 
rent point.  Triste  pays  que  celui  où  l'on  est  réduit  à  démontrer  de  pareilles 
choses  ! 

Arriquibar  (D.  Nicolas  dtî).  Recreacion  politica,  Reflexiones 
êohre  el  Amigo  de  los  kombres  en  su  tratado  de  Poblarion, 
coimieraëo  can  respeelo  à  nuestros  inêeteses]  obra  postu- 


396  BIBLIOGRAPHIE. 

ma,  presentada  à  la  sociedad  Bascongada  en  1770.  Publi- 
cada  en  Victoria,  1779,  dos  tomos  en-quarto. 

L'auteur  combat  la  doctrine  émise  par  Hirabea)i  le  père  dans  son  ou- 
vrage VAmi  des  hommes,  en  faveur  de  la  grande  culture  qu'il  préfère 
à  la  petite.  Il  avait  traduit  précédemment  l'ouvrage  de  l'Anglais  Davenant, 
en  y  joignant  une  préface  pleine  de  vues  judicieuses  d'application  à  l'Es- 
pagne. 

ÂRRivABÊNE  (lo  coDite  Jean).  Sur  les  colonies  agricoles  de  la 
Belgique  et  de  la  Hollande.  Bruxelles,  1830. 

—  Sur  les  moyens  d'améliorer  le  sort  des  ouvriers.  [Bruxel- 
les, 1832. 

—  Principes  fondamentaux  de  V Économie  politique,  tirés  des 
leçons  édites  et  inédites  de  M.  N.  W.  Senior,  professeur 
d*Économie  politique  à  l'Université  d'Oxford.  Paris,  1835. 

Asso.  De  libris  quibusdam  Hispanorum  rariorilus. 

On  trouve  dans  ce  catalogue,  rédigé  par  le  savant  bibliographe  Asso,  la  liste 
d'un  grand  nombre  d'économistes  espagnols  du  dix-huitième  siècle,  qui  étaient 
fort  peu  connus.  L'inquisition  y  avait  mis  bon  ordre. 

Attwood  (Thomas).  Observations  on  currency,  population 
and  pauperism.  [Observations  sur  la  monnaie^  la  populo^ 
tion  et  la  mendicité,)  1818, 1  vol.  in-8. 

AuBERT  DE  ViTRY.  Rechcrches  sur  les  vraies  causes  de  la  mi- 
sère et  de  la  félicité  publiques,  ou  de  la  Population  et  de% 
Subsistances.  Paris,  1815,  in-8. 

Adversaire  de  Maltbus ,  il  réfute  fort  bien  les  prétendus  avantages  du  céli- 
bat, préconisé  par  l'éconopaiste  anglais. 

AuDiFFRET  (marquis  d').  Système  financier  de  la  France,  Pa- 
ris, Dufart,  1841,  2  vol.  in-8. 

—  Le  Budget.  Paris,  1841, 1  vol.  in-8. 

Ces  deux  ouvrages  présentent  d'une  manière  nelle  et  précise  tout  le  sys- 
tème d'organisation  et  d'administration  des  finances  de  la  France.  Le  premier 
est  assurément  le  meilleur  qu'on  puisse  consulter  sur  l'état  actuel  des  finances 
françaises. 

AcGER,  avocat.  Mémoires  pour  servir  à  l'histoire  du  droit  pu- 
blic de  la  Fronde  en  matière  d^impéts,  (m  Reeiieil  de  ce 


BIBLIOGRAPHIE.  397 

qui  s'est  passé  de  plus  intéressant  à  la  Cour  des  aides, 
depuis  1756  jusqu'au  mois  de  juin  1775;  publiés  sous 
Finspection  de  M.  Gabriel  Choart,  président  de  la  Cour  des 
aides  de  Paris.  Bruxelles^  1779,  in-4. 

Ce  précieux  volume  est  le  recueil  de  toutes  les  opérations  de  Malesherbei 
pendant  sa  première  présidence  à  la  Cour  des  aides,  c'est-à-dire  pendani 
vingt-cinq  ans. 

Ce  recueil  est  devenu  trës-rarc  parce  qu'il  n'a  point  été  mis  dans  le  com- 
merce, et  qu'il  n'a  pu  être  imprimé  qu'avec  une  permission  tacite;  encore 
n'y  laissa-t-on  pas  insérer  dans  leur  entier  les  remontrances  énergiques 
dans  lesquelles  Malesherbes  parlait  au  roi  le  langage  de  la  plus  austère 
vérité. 

B. 


Babbaoe  Gh.).  Traité  sur  l'économie  des  machines  et  des  ma- 
nufactures, tr.  de  Tanglais  par  Ed.  Biot.  Paris,  1833,  in-8. 

Cet  ouvrage  est  un  hymne  en  faveur  des  machines.  L'auteur  en  fait  res- 
sortir les  plus  merveilleux  résultats  avec  une  exactitude  mathématique,  et  il 
démontre  fort  bien  tout  ce  que  l'esprit  humain  doit  gagner  en  soulagement 
physique  et  en  dignité  morale  à  se  débarrasser,  par  les  machines,  de  ses  plus 
rudes  travaux. 

Bade  (margrave  de),  abrégé  de  Véconontie  politique,  1772. 

Bailly  (k,).  Exposé  de  V administration  générale\et  locale  des 
finances  du  royaume-uni  de  Grande-Bretagne  et  d'Irlande, 
contenant  des  documents  sur  Téebiquier,  la  dette  natio- 
nale, les  banques,  la  navigation,  les  consommations,  etc.  ; 
sur  le  produit  et  l'emploi  des  contributions,  droits,  taxes, 
péages  et  émoluments  perçus  par  l'administration  de  FË- 
tat,  le  clergé,  la  magistrature,  les  comtés,  etc.^  etc.  Paris^ 
1837,  2  vol.  in-8. 

Exeellent  ouvrage,  le  plus  complet  qui  existe  sur  l'administration  des  fl- 
nances  de  la  Grande-Bretagne.  L'auteur  est  un  homme  spécial  qui  a  puisé 
aux  sources  et  qui  est  digne  de  toute  conflance. 

—  Histoire  financière  de  la  France  depuis  V origine  de  la 
monarchie  jusqu'à  la  fin  de  1789,  etc.  Paris,  1830, 2  v.  in-8. 


«%98  B1BL10GRA1»HIË. 

BAM>idii  (Salustio  Antonio).  Di$cor$o  economico  êcriito  ûalV 
arcidiacono.  Nell'  anno  1737. 

On  a  prétendu  que  Bandioi  arail  été  le  créateur  des  doctrines  lUribuées 
aux  économistes  du  dix-builiéme  siècle;  mais  son  livre  n'a  paru  qu'en  1775, 
c'est-à-dire  longtemps  après  ceux  de  l'école  de  Quesnay.  Il  contenait  d'ail- 
leurs des  Tucs  d'amélioration  dont  l'exécution  a  été  très-utile  à  la  Toscane  sa 
patrie. 

Bannëfroy.  Mémoire  sur  la  mendicité,  Paris,  1791,  in-4. 

Barton  (J.).  Observations  on  the  condition  ofthe  labouriiif 
classes. 

On  trouve  dans  cet  écrit  des  considérations  d'un  haut  intérêt  sur  la  condi- 
tion des  classes  laborieuses. 

Baudeau  (abbé).  Éclaircissements  demandés  à  M.  iV***(Nec- 
ker)  sur  ses  principes  économiques,  et  sur  ses  projets  de 
législation  y  SiU  nom  des  propriétaires  fonciers  et  descul^ 
tivateurs  français.  4775,  in-8. 

—  Idée  d*un  citoyen  sur  l'administration  des  finances- du  rai. 
Paris,  1763,  3  vol.  in-8. 

—  Idée  d'un  citoyen  sur  le  commerce  d^ Orient  et  sur  la  Conh 
pagnie  des  Indes.  Amsterdam  et  Paris,  1764,  in-8. 

—  Idée  d'un  citoyen^sur  les  besoins  ^  les  droits  et  les  devairê 
des  vrais  pauvres,  Amsterdam,  1765,  in-8. 

—  Idée  d'une  souscription  patriotique  en  faveur  été  l'agri^l- 
lure^  du  commerce  et  des  or /«.Paris,  1765,  in-12. 

—  Avis  au  peuple  sur  son  premier  besoin ,  ou  Petits  traités 
économiques ,  par  Tauteur  des  Éphémérides  du  citoyen, 
Paris,  1768,  '\vA%  3  parties. 

•i—  Lettres  d'un  iHtoyen  à  un  magistrat  sur  les  vingtièmes  et 
autres  impôts.  Amsterdam,  1768,  in-8. 

—  De  V origine  et  des  progrès  d*une  science  nouvelle.  I^ondres 

etParis,  1768,  in-12. 

y" 

«-  Hésultats  de  la  liberté  et  de  l'immunité  du  œmmerce  da 
grains j  de  la  farine  et  du  pain.  Paris,  Dewnt,  1768 ,  iiHi2. 


BIBLIOGRAPHIE.  309 

-»—  Première  introduction  à  la  philosophie  économique,  par 
un  disciple  de  TAmi  des  hommes.  Paris  ^  1771,  in-8. 

L'abbé  Baudeau,  aidé  de  la  coopération  da  marquis  de  Mirabeau,  Dupont 
<deNemoars)  et  autres,  a  publié,  sous  le  titre  ù*Éphémérides  du  citoyen^ 
mm  reeneil  consacré  aux  matières  d'économie  politique ,  selon  les  idées  de 
Quesnay.  La  collection  complète  forme,  ayec  les  nouvelles  Éph^mérides,  en- 
Tiron  70  vol.  in-i2. 

—  Dictionnaire  du  commerce.  Paris,  1783,  3  vol.  in-4.  (Fait 
partie  de  Y  Encyclopédie  méthodique.) 

—  Principes  économiques  de  H^ouis  XII  et  du  cardinal  d*Awr 
boise^  de  Henri  IF  et  du  duc  de  Sully,  sur  l'administra- 
tion des  finances,  opposés  aux  systèmes  des  docteurs  mo* 

dénies.  1785.  Sans  nom  d'auteur  ni  de  ville. 

Pamphlet  dirigé  contre  les  idées  de  Turgot  et  de  Hecker. 
Doctrinaire  économiste,  Tun  des  plus  fervents  sectateurs  de  cette  école , 
et  l'un  de  ceux  qui  ont  le  mieux  exposé  les  principes. 

BlBARDE  de  l'Abbati.  Recherches  sur  les  moyens  de  sî^primer 
les  impôts,  précédées  de  rexamen  de  la  nouvelle  science. 
1  vol.  in-8,  1770.  Amsterdam. 

Examen  du  système  des  économistes  sous  forme  d'une  critique  sévère  du 
livre  de  Mercier  de  La  Rivière,  intitulé  :  Ordre  naturel  et  essentiel  des  so- 
ciétés politiques, 

Bbaumoht  de  Brivazac  (de).  L'Europe  et  ses  colonies  en  de- 
Cfw6rel819,  2  vol.  in-8.  Paris,  Brissoi-Thivars,  1820, 
(signé  à  la  fin  du  second  volume,  par  un  cosmopolite.) 

Ce  cosmopolite  paraît  profondément  imbu  des  préjugés  haineux  qui  ont 
ongtemps  régné  parmi  nous  contre  la  naiion  Anglaise,  et  il  esta  regretter 
que  ses  préoccupations  à  cet  égard  lui  aient  fait  commettre  de  gravea  er- 
reurs. 800  livre  est  très^nférieur  en  mérite  à  celui  de  lord  Brougham  lur  le 
mèmesiiiiel. 

Bbgcakia  (G.).  Elementi  di  economia  puhblica.  Milanese. 

Cet!  la  collection  des  leçons  publiques  sur  l'économie  politique  pro- 
fessées par  le  célèbre  publicisle  italien.  Il  a  partagé  plusieurs  des  erreurs 
de  l'école  des  économistes  français ,  notamment  en  ce  qui  concerne  les  ou- 
vriert,  qu'U  eonsidérait  comme  une  classe  improductive;  mais  son  style 


400  mBLlOGRAPHlK. 

est  si  brillant,  si  piUoresque ,  si  neryeux,  qu'on  lui  pardonne  presque  ses 
erreurs.  - 

L'illustre  auteur  du  Traité  des  délits  et  des  peines  est  mort  en  1793,  d'une 
attaque  d'apoplexie. 

—  Discours  sur  le  commerce  et  V administration  publique^ 
trad.  par  Comparet.  Lausanne  et  Paris,  i769,  in-8. 

Bell  (Benjamin).  De  la  Disette,  traduction  de  Prévost,  de 
Genève,  1  vol.  in-8,  1804. 

Ce  petit  livre  renrerme.des  détails  Irës-inléressanls  sur  les  questions     d 
conomie  politique  relatives  à  ragricullure  de  l'Angleterre.  L'auteur  déclare 
qu'il  en  avait  communiqué  le  manuscrit  au  célèbre  Adam  Smith ,  et  il  assure 
avoir  obtenu  son  approbation. 

Belloni  (Girolamo).  Dissertazione  sopra  il  commerciOy  con 
alcune  note  deir  edizione  di  Bolognâ,  ed  una  lettera  dell' 
autore  Sulla  moneta  imaginaria. 

Le  pape  Benoît  XIV  fil  rautcur  marquis  pour  celle  disscrialion  de  ccn 
pages,  traduite  dans  plusieurs  langues,  et  assez  médiocre.  Il  y  a  soutenu 
avec  force  l'utililé  des  prohibitions  du  numéraire  à  la  sortie. 

—  Lettre  sur  la  monnaie  fictive,  1765,  in-8» 

Bentham  (Jérémie).  Défense  de  Vùsure^  ou  Lettres  sur  les  in- 
convénients des  lois  qui  fixent  le  taux  de  Tintérét  de  Tar- 
gent.  Paris,  1828,  in-8. 

C'est  le  chef-d'œuvre  de  Bentham;  jamais  plus  d'esprit  ne  fut  mis  au 
service  de  la  raison.  Ce  qui  nous  étonne,  c'est  que  nos  absurdes  lois  sur 
l'usure  aient  survécu  à  ce  coup.  Turgot  lui-même  n'avait  pas  frappe  si 
fort. 

—  Esquisse  d'un  ouvrage  en  faveur  des  pauvres,  traduit  et 
publié  par  Duquesnoy.  Paris ^  1802,  in-8. 

—  Théorie  des  peines  et  des  récompenses.  2  vol.  in-8. 

Le  second  volume  traite  presque  toutes  les  questions  économiques. 

Bères  (Emile).  Essai  4ur  les  moyens  d'accroitre  la  richesse 
territoriale  en  France,  notamment  dans  les  départements 
méridionaux.  Péris ^  1830,  in-8. 

Le  livre  de  M.  Bères  contribuera  peut-être  un  jour  à  réveiller  de  leur  som- 
meil nos  compatriotes  du  Midi.  L'auteur  a  prit  soin  de  leur  Indiquer  les  mèil- 


BIBLIOGRAPHIE.  401 

leurs  moyens  de  liror  parti  des  magnifiques  ressources  de  leur  territoire, 
patsse-i-il  être  entendu  d'eux  tous! 

—  Leê  classes  ouvrières.  Moyens  d*améliorer  leur  sort  sous 
le  rapport  du  bien-étre  matériel  et  du  perfectionnement 

moral.  Paris,  1836.  in-8. 
Berçasse.  Considérations  sur  la  liberté  du  commerce.  Lon- 
dres, 4788,  in-4. 

Ce  mémoire  avait  pour  but  de  s'opposer  à  rétablissement  d'une  entreprise 
de  messageries  publiques.  L'auteur  y  a  trouvé  l'occasion  de  démontrer  les 
araniages  de  la  liberté  en  matière  de  commercck 

Bergier  (Nicolas).  Histoire  des  grands  chemins  de  V empire 
romain,  contenant  Torigine,  progrès  et  étendue  quasi 
incroyable  des  chemins  militaires  payés,  depuis  la  ville 
de  Rome  jusqu'aux  extrémités  de  son  empire.  Bruxelles, 
4728,  2  vol.  in-4. 

C'est  l'ouvrage  le  plus  complet  qui  existe  sur  le  système  des  communica- 
tions ebez  les  Romains,  et  l'économiste  n'y  trouve  pas  moins  à  profiler  que 
fingénieur. 

Bettange  (de).  Traité  des  monnaies.  Avignon,  4760,  2  vol. 

in-12. 
BlANCHiNi  (Lodovico).  Principi  del  credito  pubblico.  Napoli, 

4827. 
—  Dell*  influenza  delV  amministrazione  pubblicasullain- 

dustria  nazionaîe  et  sulla  circulazione  délie  ricchezze. 

Napoli,  4828. 

—  De'  reati  che  nucciono  alV  industria  ed  alla  circolazione 
deile  ricchezze.  Napoli,  4840. 

—  Délia  storia  délie  finanze  di  Napoli  libri  sete  (sotto  questo 
nome  :  Si  voile  comprendere  la  storia  civile  di  Napoli.)  Na- 
poli, 4834  e  4835. 

—  Sui  porti  franchi  e  $uî  lazaretti  a  peste.  Napoli,  4835. 

—  Sullo  stato  délie  ferriere  del  regno  di  Napoli.  4835. 

—  Sulla  conversione  délie  rendite  inscritte  nel  gran-libro 
del  ieMio  pubblico.  Napoli,  4836. 


^■ 


40S  BIBLIOGRAPHIE. 

-*  Vella  êtoria  economico-civUe  di  Simlia^  due  volumiiii  in 
ottavo  ;  il  primo  stampato  in  Napoli  nella  stamperia  reale, 
ed  il  secondo  in  Palermo,  nella  tipografiadi  Lao,  nel  i84i. 

M*  Biaochini  apparlieot  à  cette  noble  génération  de  savants  Napolitains  qui 
cultivent  les  sciences  économiques  et  historiques  avec  une  persévérance  in- 
fatigable. Le  caractère  général  des  écrits  de  l'auteur  est  la  netteté  et  Tordra* 
Ses  recherches  sont  consciencieuses,  ses  jugements  toujours  équltablei,  et 
nous  le  considérons  comme  l'un  des  historiens  les  plus  dignes  d'être  consultés 
sur  l'état  focial ,  économique  et  administratif  de  son  pays. 

BiGNON  (l'abbé).  Histoire  critique  du  gouvernement  romain. 

Quoique  moins  profond  que  celui  de  Duni ,  ce  livre  mérite  aussi  d'êtn 
étudié. 

JBiGOT  DE  MoROGUEs  {baron  de).  Recherche  des  causes  de  la  rt- 
chesse  et  de  la  misère  des  peuples  civilisés;  in-4,  autogra- 
phié. 

Compilation  rédigée  en  vue  de  démontrer  que  les  prohibitions  sont  la  base 
de  toute  prospérité  industrielle ,  et  les  progrès  de  rinslruction  populaire  la 
source  de  tous  les  fléaui. 

L'auteur,  qui  est  d'ailleurs  un  homme  de  bien ,  y  fait  iioe  rode  guerre  à 
l'agiotage.  M.  le  baron  de  Morogues  a  publié,  en  outre,  dans  le  Nouveau  CmÊtê 
complet  iVAgrieuliurêi  de  MM.  Pourrat  frères,  un  article  très-remarquable 
sur  le  blé,  abstraction  faite  de  ses  prédilections  prohibitives. 

BiLHON  (J.^F.).  Gouvernement  des  Romains,  considéré  sous  te 
rapport  de  la  politique ,  de  la  justice,  des  finances  et  du 
commerce.  Paris^  1 807 .  in-8. 

Tentative  hardie,  après  le  livre  de  Montesquieu  sur  la  ijrrandetii'  du  Ro- 

mains.  Nous  conseillons  toujours  le  livre  de  Montesquieu. 

—  Principes  d'administraiion  et  d'économie  politise  des  an- 
ciens  peuples ,  appliqués  aux  peuples  modernes.  PariSy 
1819,  in-8. 

Blanc  de  Volic  (L).  État  commercial  de  la  France  au  com- 
mencement du  diœ-neuviéme  siècle;  ou  du  Commerce 
français,  de  ses  erreurs ,  et  des  améliorations  dont  11  est 
susceptible.  Paris,  1803,  5  vol.  in-8. 

Oe  livre  eM  fortement  empreint  des  idées  pxolusivcs  qui  ont  prévalu  dan* 
nos  assemblées  délibérantes  pendant  la  énrée  des.  hMiiliidi.rtf^lilimi- 


BIBLIOGRAPHIE.  403 

ititM*  U  Cmlle  Mre,  ne  Cûtrce  que  pour  se  coovaincre  du  danger  des  pré- 
jugés qui  peuvent  égarer  uo  honnêle  homme,  même  quand  U  rêve  le  bien  de 
iOBpays. 

BaDz-REYiiOMD(F.-H.)  ^  '^.Staatswesen  und  Menschenbildung  um- 
fassende  Betrachtungen.  —  Considérations  politiques  sur 
l'appauwrissement  progressif  des  nations  et  des  partial 
HerSy  se$  causes^  ses  conséquences  et  les  moyens  d'y  remé- 
dier. —  3  vol.  in-8.  Berlin,  1837. 

Ce  livre,  rédigé  dans  d'exeellentes  intentions,  contient  peu  de  vues  neuves. 
Les  imperrections  de  la  société  actuelle  y  sont  quelquefois  exagérées  et  les 
remèdes  aux  maux  ne  nous  paraissent  pas  toujours  d'une  application  facile. 
La  partie  qui  se  rapporte  â  l'instruction  et  à  l'éducation  publique  et  (trivée 
présente  toutefois  d'excellentes  notions  sur  la  matière ,  et  cette  portion  du 
livre  de  M.  Bodz  est  véritablement  recommandable. 

BoBCKH,  Économie  politique  des  Mhéniens,  traduit  de  Talle- 
maody  par  M.  Laligant.  2  vol.  in-8,  Paris,  1828. 

Le  savant  ouvrage  de  M.  le  professeur  Bœckh  est  une  véritable  révélation 
de  k  iiolitiqne  et  des  ressources  des  républiques  grecques.  C'est  Texposé  le 
pkis  Inmineiix  t^m  existe  de  la  science  économique  des  Athéniens,  telle 
qu'elle  reisort  de  leurs  lois  et  de  leurs  institutions. 

BotsmuiDS  L'OitiiE.  De  l'Esjpritdu  gouvernement  économique, 
Paris,  1775,  in-8. 

.  L'auteur  eat  un  adepte  des  économistes  du  dix-huitième  siècle,  mais  plus 
clair  et  plus  court  que  ses  condisciples.  Il  a  fait  moins  de  bruit  que  les  aur 
tvii ,  et  il  mérite  pentrétre  davantage  d'être  lu. 

BoiscuiLLEBERT  (P.-P.  AuG.  Ls  Pesamt,  sieuT  de).  Le  Détail  de 
la  France  sous  le  régne  présent,  avec  êtes  mémoires  et  des 
traités  sur  la  même  matière.  Nouv.  édit.,  1707, 2  vol.  in-12. 

—  Faefum  de  la  France,  ou  Moyens  très-faciles  de  faire  re- 
cevoir au  roi  80  millions  par-dessus  la  capitation,  prati- 
cables par  deux  heures  de  travail  de  MM.  les  ministres, 


*  Tous  les  articles  bibliographiques  précédés  d'un  astérisque  appartien- 
nMUAJLTliéodoreFuL. 


404  BIBLIOGRAPHIE. 

et  un  mois  d*exécution  de  la  part  des  peuples.  Sans  lieu 
dHmpression^  ni  nom  d^imprimeur,  W  date,  in-12. 

Un  de  ces  hommes  honnôles  et  clairvoyants  qui  sympathisaient  en  silence 
avec  les  classes  laborieuses,  â  une  époque  où  ces  classes  étaient  encore  con* 
sidérées  comme  de  vils  troupeaux. 

BoisLANDRY  (Louis  dc).  Examen  des  principes  les  plus  favara- 
htes  aux  progrès  de  Vagriculture^  des  manufactures  et  du 
commerce  de  France.  Paris,  1815,  2  vol.  in-8. 

—  Des  impôts  et  des  charges  des  peuples  en  France^  Paris, 
1824,  in-8. 

Boissy-d*Anglas.  Observations  sur  l'ouvrage  de  M.  de  Calonne 
intitulé  :  De  VÉtat  présent  et  à  venir  de  la  France.  Paris, 
1791,  in-8. 

Réponse  au  pamphlet  du  mioîslre  Calonne  dirigé  contre  les  travaux  de  FAs- 
scroblée  Constituante.  Une  réfutation  plus  savante  de  récrit  de  Calonne  se 
trouve  dans  Touvrage  de  Rœderer,  intitulé  :  Système  général  des  finances  de 
France,  etc. 

BoizARD.  Traité  des  monnoyes,  de  leurs  circonstances  et  dé- 
pendances, Nouv.  édit.  Paris^  1723,  2  vol.  in-12. 

Bosc  (L),  Considérations  sur  V accumulation  des  capitaux,  et 
les  moyens  de  circulation  chez  les  peuples  modernes.  Pa- 
ris, an  X,  in-8. 

L'auteur  s'y  montre  favorable  à  toutes  les  mesures  utiles  an  développe- 
ment du  crédit  public.  II  y  a  peu  de  vues  neuves  dans  cet  écrit. 

—  Essai  sur  les  moyens  d'améliorer  l'agriculture,  les  arts 
et  le  commerce  en  France,  Paris,  1800,  in-8. 

—  Essai  sur  les  moyens  de  détruire  la  mendicité ,  etc.  Paris, 
1789.  in-8. 

BotCHA UD.  De  V Impôt  du  vingtième  sur  les  successions^  et  de 
rimpôt  sur  les  marchandises  chez  les  Romains.  1  vol.  in-8, 
nouvelle  édit.,  1772. 

Ce  mémoire,  surchargé  de  noies  fastidieuses,  est  écrit  d'un  style  médiocre; 
mais  on  y  trouve  des  faits  utiles,  avec  une  indication  exacte  des  sources  où 
ils  ont  été  puisés. 

On  peut  consulter  avec  fruit,  sur  le  mémo  sujet,  la  disscrlatiob  latine  de 


BIBLIOGRAPHIE.  4a5 

BonnaD  :  De  veetigalilmt  papuU  romani ,  et  celle  de  Boulenger  :  De  tributis 
et  veciigaUbiu  popuH  romatiL 

BouGAiNYiLLE  (de).  DiscouTs  9ur  Us  métropoles  grecques ,  tiré 
des  Mémoires  de  TÂcàdémie  des  inscriptîoDs  et  belles- 
lettres. 

Mémoire  intéressant  sur  an  sujet  purement  historique.  L'économie  poli-, 
tique  en  peut  recevoir  quelques  lumières. 

Bresson  (J.).  Histoire  financière  de  la  France^  depuis  Torigine 
delà  monarchie  jusqu'à  l'année  1828.  Paris^  1829,  S  vol. 
in-8. 

Revue  concise  et  rapide  de  nos  fastes  financiers;  expose  les  faits,  néglige 
les  causes.  Bon  à  consulter. 

Briganti  (Filippo).  Esame  economico  del  sistema  civile,  2 
vol.  in-8. 

Il  a  consacré  deux  volumes  à  réfuter  Içs  paradoxes  de  Rousseau  sur  l'éco- 
Bomie  poKtique. 

Oo  ne  les  lit  plos  guère  ni  Tun  ni  Tautre  en  tout  ce  qui  concerne  la  science 
économique. 

Beoggu  (G.-A.).  Traiiato  de'  iribuiti.  in-8. 

—  Traiiato  délie  moneie  considerate  ne'  rapporti  di  légitima 
riduzione  di  eirculazione  e  di  deposito.  2  vol.  in-8. 

—  Opuscoli, 

Le  traité  des  impôts  de  Broggia  est  un  ouvrage  assez  remarquable  pour  le 
tempi  où  il  fut  écrit. 

L'auteur  îùi  longtemps  persécuté,  malgré  ses  flagorneries  au  pouvoir. 
H  a  fait  l'éloge  des  dénonciations ,  et  conseillé  à  son  gouvernement  d'avoir 
toujours  une  réserve  considérable  en  espèces;  partisan  du  système  mer- 
cantile. 

Brougham  (lord).  An  inquiry  inio  ihe  colonial  policy  of  ihe 
European  powers.  (Recherches  sur  le  système  des  puis- 
sances d'Europe  à  l'égard  de  leurs  colonies) .  2  vol .  in-8, 1 808. 

Lord  Brougham  a  porté,  sur  la  polilique  des  Européens  envers  leurs 
colonies ,  ce  coup  -d'oeil  ferme  et  sûr  qui  caractérise  particulièrement  son 
talent. 

La  plupart  des  événements  qui  ont  amené  l'émancipation  coloniale  sont 
.  prévus  dans  son  ouvrage,  le  plus  remarquable  peut-être  de  tous  ceux  du 
noUelord. 


466  BIBLIOGRAPHIE. 

BftowNE-DkîNAfir.  Ssim  mr  leê  principes  politiques  dé  Véeono- 

mie  publiquBi  Londres,  4776,  in-i2. 

BucHANAN.  {L'édition qu'il  adonnée  du  gr^nd  oqvrage  d'Adam 
Smith,  en  4  YoLin-8,  Edimbourg,  1817,  est  remarquable 
par  les  notes  qu'il  y  a  ajoutées ,  principalement  dans  le 
4®  volume.) 

r 

Cette  édition  est  aujourtTbfii  trè»-rare  et  hors  de  prii. 

BucHÉ  DE  Pavillon.  Essai  sut  léê  causes  de  laâitersité  des 
taux  de  l'argent  chez  les  peuples,  1  vol.  in -12.  Londres 
et  Paris,  1756. 

L'auteur  attribue  le  taux  élevé  de  l'intérêt  au  peu  de  garanties  offertes  jiir 
les  emprunteurs  aux  prêteurs.  Il  voudrait  une  législation  plus  sévère  contre 
les  débiteurs  de  mauvaise  foi. 

BuRET  (Eugène).  De  la  Misère  des  classes  laborieuses  en 
France  et  en  Angleterre.  Paris,  Paulin,  1841,  2  vol  iB-«. 

Le  livre  de  M.  Buret  est  l'un  des  plus  remarquables  de  la  nouveHe  École 
économique  française.  C'est  la  première  protestation  do  travail  contre  les 
abus  du  capital.  Les  conclusions  n'en  sont  pas  toujours  praticables,  et  les 
remèdes  proposés  par  l'auteur  laissent  beaucoup. à  désirer;  mais  cet  ouvrage 
est  le  plus  éloquent  manifeste  qui  ait  paru  contre  les  excès  de  l'industrialisme 
anglais. 

BuRTREL  DU  Pasquier.  Obscrvations  sur  la  déclaration  du  30 
octobre  1785,  et  l'augmentation  progressive  du  prix  des 
matières  d'or  et  d'argent,  depuis  le  !•' janvier  1726. 

Bush  (J.).  La  Banque  de  Hambourg  y  rendue  facile  aux  négo- 
ciants de  l'étranger,  avec  des  recherches  intéressantes  sur 
son  origine,  sur  les  changements  qu'elle  a  éprouvés  à  dif- 
férentes époques,  etc.  Paris^  1861,  in-8. 

•«^  Traité  des  banques ,  de  leur  différence  réelle ,  et  des  effets 
qui  en  résultent,  dans  leur  usage  et  leur  administration. 
Paris,  1814,  in-8. 

Bqtel-Dumont.  Recherches  historiques  et  critiques  9ur  Vadm- 
mstration  publique  et  privée  des  terres  che%  les  MommnSj 


ÈIBLIOGRAPHie.  407 

^Nqimis  le  commencement  de  la  république  jusqu'au  sîè- 
,     ete  dé  Infe9-€ésar.  Paris,  1779,  ln-8. 

Ouvrage  extrêmement  remarquable,  le  meilleur  peut-être  qui  ait  été 
écrit  sur  le  même  ai^et.  Il  est  irès-préCérable  à  beaucoup  d'autres  plus  re- 
cberchét. 

—  Théorie  du  luœê,  ou  Traité  dans  lequel  on  entreprend 
.d'établir  que  le  luxe  est  un^essort ,  non-seulemeift  utile, 

mais  même  indispensablement  nécessaire  à  la  prospérité 
d*un  État.  fAméreê^  1774, 1  vol.  in^. 

—  Traité  de  la  circulation  et  du  crédit.  Amsterdam  et  Paris, 
1771,  in-«. 

Ce  livre  est  une  apologie  un  peu  exagérée  des  effets  du  luxe.  L'auteur  est 
uo  adversaire  des  économistes.  U  démontre  Tort  bien  que  ce  qu'on  appelle 
knê,  en  général ,  n'est  que  la  satisfaction  des  besoins  de  l'homme ,  qui  sont 
It  plttf  gnnd  stinnilant  de  ses  travaux. 


c. 


Caharrus  (Francisco).  Memoria  preseniado  à  S.  M.  para  la 
formocion  de  un  banco  naeional,  por  mano  del  Excellen- 
tissimo  Senor  Conde  de  Floridablanca,  su  primer  secretare 
de  EftadQ.  Ji^adrid,  1782. 

.  Ce  mémoire,  pour  rétablissement  d'une  banque,  n'offre  rien  d'intéres- 
sant, que  son  résultat  qui  Tut  la  banque  Saiul-Charles. 

—  Memoria  sobre  los  montes  pios^  leida  en  la  Real  Sociedad 
econonUca  de  Madrid  eni5de  Marzo  de  1784. 

L'auteur  y  blâme  sévèrement  les  monls-de-piété,  cofome  source  de  démo- 
ralisation  et  de  ruine. 

«-  Memoria  sobre  la  union  del  comercio  de  la  America  eon 
la  Asia,  leida  en  lajunia  gênerai  de  la  compania  de  Ca- 
ra§as^  de  Z  de  julio  de  ilS4>. 

—  Memoria  sobre  los  pesos  ^  leida  en  lajunta  de  la  Direecion 
4êl  banco  nadonal  de  San  Carlo. 

-^  Cùtias  sobre  los  obstaculos  que  la  naturaleza^  la  opinion 


408  BIBLIOGRAPHIE. 

y  las  leyes  oponen  à  la  felicidad  publica^  escritas  par  el 

CoNDE  DE  Cabarrus  al  S.  D.  Gaspav  deJovellanos.  Madrid, 

4813,  in-d8. 

Le  recueil  de  ces  lettres  forme  le  résumé  de  tousies  obstacles  qui  s'oppo- 
sent à  la  prospérité  de  l'Espagne;  mais  les  moyens  que  Tauteur préconise 
pour  les  faire  disparaître  sont  bien  près  de  l'utopie. 

Galenge.  Des  Différentes  banques  de  V Europe,  Paris,  1806, 

in-12. 
Galonné  (de).  De  l'État  de  la  France^  présent  et  à  venir.  Lon- 
dres, 1790,  in-8. 

Pamphlet  contre  les  travaux  de  l'Assemblée  Constituante.  M.  Boissy-d'An- 
glas  y  répondit  par  ses  Observations  sur  Vouwage,  etc.  Voyez  Boisst- 
d'Anglas. 

—  Des  Finances  publiques  de  la  France,  Londres,  1797,  iii-8. 

—  Observations  sur  les  finances,  Londres,  1790,  in-4,  et  au- 
tres écrits  moinis  importants  sur  ces  matières. 

Gambon  ,  député  à  la  Convention.  Rapport  à  la  Convention 
Nationale  sur  le  projet  de  la  formation  du  grand -livre, 
Paris,  1793.  Imprimé  par  ordre  de  la  Convention,  in-8. 

—  Lettre  à  ses  concitoyens  sur  les  finances,  Paris,  1795,  in-8. 

Gampomanes  (Rodriguez).  Diseur so  prelimnar  sobre  la  mari- 
na ,  navegacion ,  comercio  y  eœpediciones  de  la  republica 
de  Cartago.  Madrid,  1756. 

Ce  discours  est  un  deé  meilleurs  écrits  que  nous  possédions  sur  lliisloire 
économique  de  CsiTlliSige, 

—  Respuesta  fiscal^  sobre  abolir  la  tasa  y  establecer  el  co- 
mercio de  granos.  1764. 

L'auteur  y  demande  la  liberté  du  commerce  des  grains. 

— -  Discurso  sobre  el  fomento  de  la  industria  popular.  De  or- 
den  de  S.  M.  y  del  Gonsejo.  1774,  in-8.  Madrid. 

—  Dircurso  sobre  la  educacion  popular  de  los  artesanos  y  su 
fomento.  Madrid,  1775,  in-8. 

—  Apewlice  à  la  educacion  popular  :  Parte  prima,  que  con- 
tieife  las  reflexiones  conducentes  a  entender  el  origen  de 


BIBLIOGRAPHIE.  409 

la  decadencia  de  los  oficios  y  artea  en  Espana,  durante  el 
siglio  pasado,  segun  la  demonstraron  los  escritores  coe- 
tanos,  que  se  reimprimen  en  este  Apendice,  o  cuyos  pa- 
cages se  dan  à  la  letra.  Madrid,  1775,  in-8, 4  vol, 

Ces  trois  derniers  ouvrages,  quoique  d'un  intérêt  spécialement  espagnol^ 
sont  dignes  de  toute  l'attention  des  économistes.  L'auteur  y  èombat  lés.tarifM 
sur  les  matières  premières,  les  corporations  et  les  abus  de  tout  genre  dont 
l'industrie  espagnole  est  encore  infestée.  Son  liyre  aurait  encore  aujourd'hui 
l'attrait  de  la  nouveauté. 

—  Caria  al  senor  don  Pedro  Rodriguez  Campohanes  ,  renii- 
tiendo  el  proyecto  de  Erarios  publicos,  impreso  en  el  si- 
glio pasado,  1777. 

Canard  (N.-F.).  Principes  d^ économe  politique,  Paris,  18Ô1, 
in-8. 

Ce  mémoire  de  M.  Canard  a  été  couronné  par  l'Institut,  en  i80i,  faute  de 
mieux.  Je  me  souviens  que  J.-B.  Say  ne  pouvait  se  rappeler  cette  circonstance 
sans  manifester  quelque  humeur  ;  cependant  le  travail  de  M.  Canard  n'est  pas 
sans  mérite.  L'auleor  a  eu  le  tort  d'introduire  des  formules  d'algèbre  dans 
les  démonstrations  économiques. 

GandolE'Boissier  (de)  Examen  de  quelques  questions  d*éco- 
nomie  politique,  Genève  et  Paris,  1816,  in-8. 

Gantalupo  (D.-G.).  Annorw,  bssia  piano  economico  di  publica 
sussislencia.  in-8.  . 

Écrit  favorable  à  la  liberté  du  commerce  des  grains. 

Gantillon.  Essai  sur  la  nature  du  Commerce  en  général; 
traduit  de  Tanglais.  Londres  (Paris) ,  1755,  in-12.  (Traduc- 
tion supposée.) 
Gapmani  (don  Antonio  de).  Memorias  historicas  sobre  la 
marina,  comercio  y  artes  de  la  antigua  eiudad  de  Bar- 
celona,  publicadas  por   disposicion  y  à  expensas  de  la 
Real  Junta,  y  consulado  de  comercio  de  la  misma  eiudad. 
Madrid,  1779,  2  vol.  in-4. 

—  Diseur so  economico  politico,  en  def^nsa  dej  trabajo  meca- 
nico  de  los  menestrales,  y  de  la  influencia  dé  sus  gremios 
en  las  costumbres  populares.  Madrid,  1778,  in-4. 

Le  premier  de  ces  ouvrages  inérite  surtout  Tattention,  à  cause  des  fiiits 

27 


UQP9r(ant9  ov'il  oopUent  9W  riodusirie  et  le  commerce  4b  iUrctloo««  «1  sur 
les  rapports  de  sa  vieille  constitulion  politique  avec  la  législation  di|  travail. 
Ce  qui  lui  donne  un  prix  fnesthnable,  c'est  la  collection  de  documents  authen- 
tiqqfis  dont  l'auteur  l'a  enrichi. 

Le  secoiîd  ouvrage  de  Çapmani  n'est  autre  etiose  qu'une  apologie  du  sys- 
t|i)»e  des  corporations  et  des  jnalirises.  C'est  une  erreur  impardonnable  ehez 
IW  eoDtemporaiû  <^e  Turgot. 

Gasli  (GiaR  Rinaldo).  Osservazioni  préventive  al  piano  intorno 
ûelle  moneie  di  Milano,  Publicate  nel  1766. 

—  Brève  ragionamento  sopra  i  bilanci  economici  délie  na-- 
zioni. 

—  Del  libero  commercio  de'-grani. 

Le  premier  de  ces  ouvrages  a  commencé  la  réputation  de  Carli,  et  le  se* 
second  Ta  justifiée.  Le  troisième  est  une  réfutation  de  la  doctrine  des  écono- 
mistes français  sur  la  question  des  grains. 

Gârlier  (l'abbé).  Dissertation  sur  l'état  du  commerce  en 
France,  sous  les  rois  de  la  première  et  de  la  seconde  race. 
Anciens  et  Paris,  1753,  in^ISl. 

CkKKE\,  Principles  onpolitical  economy.  Phiiadelphie,  4837, 
2  vol.  iB-8. 

Carrion-Nisas  (A.  de)  Gl», Principes  d^ économie  politique, ^9x\&y 
48â»,  in-lâ. 

L'auteur  n'expose  qu'une  partie  des  principes  de  cette  science  ;  mais  il 
explique,  chemin  faisant,  plusieurs  événements  financiers  dont  les  causes 
^tAieot  jusqu'à  ee  jour  mal  connues.  Ce  manuel  renferme  un  précis  histo- 
rique. <lc  la  Banque  de  France. 
Casaux  (marquis  de).  Considérations  sur  quelques parti^f  du 

méwnisme  des  sociétés,  howàvQ»,  1785-88,  5  part.  m-8. 

—  absurdité  de  l'impôt  territorial,  et  de  plusieurs  autres 
imp0ts,  démontrée  par  Vewposition  des  effets,  ou  Réac- 
tions de$  différentes  espèces  de  taxes  sur  tous  ^e^  prix, 
tant  du  travail  que  de  ses  produits,  soit  dans  l'agriculture, 
^it  dans  rindustrii^  1790,  in-8. 

(«'im  (les  sectateurs  de  l'école  économiste.  Son  livre  est  presque  entière- 
ment consacré  à  l'examen  des  impôts  en  Angleterre.  On  j  trouve  çA  et  14  quel- 
que! passages  remarquables  no^és  dans  un  fatras  de  déclamations. 


^  (kmfiiératiçm  sur  la  ^ffeu  A^Pin^t  iawi  hs  Hfférmts 

modes  de  taxation,  J^ndres,  1^704,  in-8. 
(J^AO  (Juçm-Frapcisco  de)v/?î>(»*r^(0«  critiom  ê^hn  Im  Im^ 
y  9US  iwterprfites  t  {ncertidumbres  y  d^x'm^v^  d<?  los 
Mayorazgo0 ,  y  ptras  disposiciones  analog^^  ^  ^  bien 
commun  ;  su  ofensa  à  la  pob^cipi^,  a^iculturjpi,  jîf'tp^  y 
coviwvcio  :  ^ecesida4  à^  remçdio  :  teotativa  d@  alguao^ 
mfidios.  Madrid^  4770. 

Bicellent  lirre,  écrit  en  haine  des  rtuijorats,  l'une  des  plaieç  de  l'Espagqe. 

Cayley.  Commercial  economy  in  siœessays.  London,  1820,  in-8. 

Cerreti.  Histoire  des  Monts-de-Piété,  avec  des  réflexions  si^r 

là  nature  de  ces  établissements.  1  vol.  in-18.  Paris,  1752. 

Livre  court,  mais  subslantiel.  Il  renferme  les  ordonnances  et  les  bulles  con- 
•Kllutives  des  monts-de-piété. 

L'auteur  soutient  que  ies  intérêts  des  prêts  fournis  pai:  ees  étaMissements 
1^  pont  pas  ujsmraires. 

Ghalmers  (George).  On  polifieal  economy  in  etmneâcion  with 
He moral  state  andmoralprospeclusofsûûiety.QlBSisfiw, 
1832,  in-8. 

-•-  Christian  and  dvic  economy  of  large  io^f^0,  3  vp},  )qr8. 
Glasgow,  1832. 

•f-  An  Historical  ^ew  of  the  domesUo  economy  of  Great- 
Britain  and  Ireland  from  the  earliet  to  the  présent 
limes  :  with  a  comparative  estimate  pf  their  efficient 
strength ,  arising  from  their  populosity,  land  agriculture, 
their  manufactures  and  Irado  in  every  âge.  Mdiniurghj 
1812,  in-8. 

Cet  ouvrage  mérite  UQ  intérêt  particulier  à  cause  des  consi<)éraliop^  qu'il 
renferme  sur  les  conséquences  économiques  des  grands  événements  qui  ont 
agité  l'Angleterre  depuis  la  seconde  moitié  du  18«  siècle  Jusqu'au  commence- 
ment du  19«,  savoir  :  l'émancipalion  des  Éta^-Unis,  la  fondation  die  )a  caisse 
d'amortissement,  la  suspension  des  payements  en  espèces,  les  guerfes  de  la 
réfohition  et  la  paix  d'Amiens. 

Chaptal  (comte).  De  l- Industrie  françaiseASi^,  2  vol.  in-8. 
IfiVtffiUir»  de  It  fi$\m9^  patiiMiale  mêlé  4e  b#tucoup  ^em^n  é«aR«f)M- 


41^  BIBLIOGRAPHIE. 

ques.  Le  comte  Ghaplal  était  partisan  de  la  l>alaoce  du  commerce  ;  néanmoins 
sa  liaute  raison  lui  faisait  sentir  les  inconvénients  des  prohibitions^ 

Ghastellux  (comte  de).  De  la  Félicité  publique  y  ou  Considé- 
rations sur  le  sort  des  hommes  dans  les  différentes  épo- 
ques de  rhistoire.  Paris,  1822,  2  vol.  in-8. 

L'auteur  appartient  à  Técole  philosophique  du  i%*  siècle.  Il  est  un  des  pre- 
miers écrivains  qui  aient  osé  secouer  le  joug  des  traditions  classiques  et 
porter  un  regard  sévère  sur  les  institutions  sociides  de  l'antiquité.  Son  livre 
ne  contient  que  des  vues  générales,  mais  si  hautes,  si  généreuses,  si  hardies, 
quMI  est  impossible  de  ne  les  point  admirer,  méme^uand  on  ne  les  partage 
pas. 

s. 

Chassipol.  Traité  des  finances  et  de  la  fausse  monnaie  des  Ro- 
mains, auquel  on  a  adjoint  une  Dissertation  sur  la  ma- 
nière de  discerner  les  médailles  antiques^  d^avec  les  can^ 
irefaites,  par  M.  Bejatuvais.  Paris,  1740,  in-12. 

Ce  petit  traité  tu.1  commandé  par  Colbert,  désireux  de  connaître  le  système 
financier  des  Rpmains.  On  y  trouve  quelques  Taits  précieux. 

Chevalier  (Michel).  Lettres  sur  l'Amérique  du  Nord,  Paris, 
1836,  2  vol.  in-8. 

L'auteur  appartient  à  cette  brillante  pléiade  des  saints-simoniens,  dont  les 
écrits  ont  jeté  tant  d'éclat  sur  les  matières  économiques.  Ses  lettres  sur  l'A- 
mérique du  Nord  ne  sont  qu'un  cadre  habilement  choisi  pour  signaler  les 
préjugés  industriels  de  tous  genres  auxquels  notre  pays  est  en  proie.  Les 
questions  de  banque  et  de  travaux  publics  y  sont  traitées  avec  une  indépen- 
dance d'esprit  vraiment  rare  de  nos  jours. 

Ce  livre  appartient  à  la  nouvelle  école  économique  française,  qui  a  pris  pour 
devise  l'amélioration  du  sort  du  plus  grand  nombre. 

M.  Michel  Chevalier  a  publié  depuis  : 

—  Des  Intérêts  matériels  en  France.  4«  édit.  Paris,  1839,1  v. 

grand  in-18. 

—  Description  et  histoire  des  voies  de  communication  auœ 
Etats-Unis  d'Amérique^  et  des  travaux  d'art  qui  en  d^eti- 
dcn/.  Paris,  1841-42,  2  vol.  in-4. 

Cheshire.  Angliaresiauraia  :  or  the  advantages  of  smuggling 


BIBLIOGRAPHIE.  413 

wool  from  England  and  Ireland  to  France,  etc.  London^ 
1727,  in-4. 

Curieuses  révélatioas  sur  la  maaiére  dont  l'industrie  des  laines  s'est  échap- 
pée de  rAiigleterrr. 

CHïLh  (io»idih).  Jnew  Discourse  on irade.  (Nouveau  Discours 
sur  le  commerce.) 

—  Considérations  sur  le  commerce  et  Viniérêi  de  l'argent  ; 
traduiten  français  par  Gournay,1742,  in-i2. — Dans  le  même 
volumq  se  trouve  joint  le  Petit  Traité  contre  l'usure,  de 
Th.  Gulpeper,  traduit  par  le  même,  in-12. 

Les  intentions  des  auteurs  étaient  bonnes  ;  mais  ils  n'araient  pas  une  juste 
idée  des  causes  véritables  dé  la  baisse  du  taux  de  Tinlérét,  puisqu'ils  suppo- 
saient que  cette  hausse  et  cette  baisse  dépendent  de  la  volonté  du  gouverne- 
ment. 

Ghomel.  Dictionnaire  économique,  Paris,  1767,  3  vol.  in-8. 

CiBRARio  (Louis).  Délia  economia  politica  del  medio  evo  H- 
bri  IJJ,  che  traitano  délia  sua  condizidne  politica,  morale, 
economica,  (  De  Féconomie  politique  du  moyen  âge,  etc.) 
Torino  Bocca,  1839;  1  vol.  in-8. 

M.  Cibrario  est  un  économiste  piémontais  fort  distingué  ;  son  ouvrage  mé- 
riterait peut-éire  d'être  traduit  en  français. 

Il  est  divisé  en  trois  livres,  dont  le  premier  traite  de  la  condition  politique 
def  peuples  de  l'Europe  au  moyen  âge  ;  le  second,  de  leur  condition  morale  ; 
le  troisième,  seulement  de  leur  condition  économique.  Il  renferme  une  foule 
de  particularités  intéressantes  «ur  le  prix  des  denrées,  sur  Tétât  de  la  propriété, 
s|ir  le  système  monétaire  de  cette  époque  ;  mais  il  n'y  a  point  de  vues  géoé- 
rates  ni  de  conclusion  nette. et  précise  qui  donne  de  la  valeur  à  cette  sta- 
tistique, d'ailleurs  riche  et  pleine  de  savantes  recherches. 

GiGiLiA  (José).  Memoria  sobre  los  medios  de  fomentar  solida- 
mente  la  agricultura  en  un  pais,  sin  detrimento  de  la  cria 
de  ganadoSy  y  el  modo  de  remover  los  obstaculos  que  pue- 
dan  impedirla .  Ouvrage  couronné  par  la  société  économi- 
que de  Madrid  en  1777. 

It'auteur  propose  dans  ce  mémoire  les  réformes  indispensables  à  l'agricul- 
ture espagnole,  li  y  pote  les  bases  d'un  code  rural  que  fBapagne  attend  en- 
core. * 


414  BiÉLidGttÂt^ittÉ. 

GLiftftE  (docteur).  Coup  d*étt  surld  foHé  tt  V opulence  dé  la 
Grande-Bretagne,  où  l'on  voit  les  progrès  de  son  côm- 
ttiet^e,  de  son  agriculture  avant  et  après  ravétiement  de 
la  maison  de  Hanovre  ;  traduit  de  l'anglais  par  Marchenà. 
PaYiÈ,  180S;  iondrëâ,  1*801,  in-8. 

Assez  bon  livre.  Examen  fort  intéressant  des  différentes  taiéé  de  PAbgle- 
teite.  C'est  uli  tnatiiféste  cbntfe  là  féTOlution  française. 

ëLAtiÈRE.  Opinion»  d'un  créancier  de  VEiai  sur  guelqUes  #i(»- 
iiéres  de  finance»  importâmes  dans  le  moment  ofiiuel,  Lon- 
dres, 1789, ih-8. 

Considérations  curieuses  sur  les  emprunts.  L'auteur  s'y  montre  fort  opposé 
à  toutes  les  mesures  qui  avaient  pour  but  l'établissement  d'une  banque  eo 
France;  il  affirme  que  les  emprunts  publics  ont  tous  pris  naissance  dans  les 
pays  républicains,  et  cette  origine  i'inquiéte.  Il  écrivait  en  1789,  il  était  mi- 
nisire  en  1792,  et  il  est  mort  sur  l'échafaud  en  1793. 

On  doit  encore  à  Claviére  plusieurs  brochures  sur  des  différents  si^ets 
d^l^cbnoinië  politique. 

Cllùbdï  DE  fiLfeàvÀcHÈ.  DiÉèèrîàîiôh  sur  Vêlai  du  conimetcé  en 
frd^téy  définis  îfHgitès  Cûpti  Jkisijû'à  Ptançois  /•'.  Paris, 
1766,  in-8. 
OhfrS^ë  un  jléii  lourd.  On  t  trôdte  ijuél^ues  tiiin  à  recueillir. 

—  Considérations  swr  le  commerce,  et  en  particulier  sur  les 
Goiiipagnies ,   Sociétés  et  Maîtrises.  Amsterdam ^  17S8, 

Généralités  banales^  où  brillent  çà  et  là  quelques  éelairs  de  talent  et  qnet^ 
ques  vues  généreases  sur  la  liberté  de  l'industrie. 
Document  intéressant  seulement  sous  le  point  de  vue  historique. 

CoBBETT  (William).  Paper  against  §eld  .or  the  History  êM 
Mystery  of  tbe  bank  of  Etigland.  London,  1821,  4*  édit 

Ce  pafaiphlet  de  47o  pages  est  étincelant  de  verre  et  de  vigueur  eoBtre  la 
banique  d'Angleterre  et  contre  le  système  des  dettes  fondées. 

Jamais  les  questions  de  finances  n'ont  été  traitées  avec  un  tel  luxe  de  sa- 
voir, de  raillerie,  de  colère  et  de  raison. 

Ce  livre  se  compose  d'une  série  de  lettres  comparables  aûi  Lettres  jpro- 
vtmMteh  de  VimcA,  â  celles  de  Innius  et  sux  mémoires  de  Betunafeteis. 
eiMt  mi  Mief^d^oof Iv  de  s^to  et  Ae  disellssieiit  1m  esmpltfret  m 
Yares. 


BIÈLIÔÔRAPHIE.  4lS 

GoELN  (Fr.  de).  DieneueStaatsweisheU,  Berlin,  i812,  in-8. 
-i-  Materialien  far  die  Preussische  siaais  wirihscheft  liche, 

Gesergebund.  Leipzig,  18H,  in-8. 
CoFFiNiÊRES  (A.-S.-G.).  De  la  Bourse  et  des  spéculations  sur 

les  effets  publics,  Paris,  1824,  in-8. 

Honorable  protestation  contre  les  abus  de  Tagiotage ,  qui  a  eu  le  sort  de 
toutes  les  protestations  précédeules.  Ce  sera  un  ouvrage  iotéressapt  à  con- 
sulter le  jour  où  l'on  voudra  sérieusement  mettre  un  terme  au  brigandage 
des  spéculations  de  bourse.  La  législation  sur  la  matière  y  est  résumée  avec 
ordre. 

ÙIlquhoun  (Patrice).  J  Treatise  on  the population^ mealth,  po- 

wer^  and  ressources  ofihe  British  empire^  etc. 

It  à  été  donné  un  fragment  de  traduction  de  cet  ouvrage  sous  le  titre  dé 
PHtiê  historique  de  l'établissement  et  des  progrès  de  la  Compagnie  anglaise 
Httt  Indes-Orientales,  Paris,  1815,  in-B. 

CkMtTE  (Charles).  Traité  de  législation,  ou  Exposition  deâloîs 
générales  suivant  lesquelles  les  peuples  prospèrent,,dé- 
périsçent  ou  restent  stationnaires.  Paris  ^  1827,  4  vol. 
in-8. 

Le  traité  de  législation  de  H.  Comte  est  un  véritable  traité  d'économie  so- 
ciale ,  dont  le  4e  volume ,  entièrement  consacré  à  la  question  de  Tesclavage , 
^assé  avec  raison  pour  le  plus  important  de  l'ouvrage.  Kulle  part  cette  ques- 
tion n'a  été  approfondie  avec  une  plus  grande  indépendance  de  jugéttient  et 
«jhe  plus  riche  profusion  de  faits. 

—  Traité  de  la  propriété,  Paris,  1834,  2  vol.  in-8. 

L'auteur  déclare  dans  sa  préface  que  cet  ouvrage  n'est  que  la  suite  du  pré- 
cédent ;  il  y  examine  les  rapports  qui  s'établissent  naturellement  entre  les 
llOBimes  et  les  choses  au  moyen  desquelles  ils  peuvent  exister.  Ce  plan  lui 
permet  d'examiner  les  choses  el  souvent  de  résoudre  une  foele  ée  question! 
économiques  qui  se  rattachent  â  la  propriété. 

Le  livre  est  écrit  avec  clarté,  sans  aucune  prétention  de  style,  et  la.lecture 
en  est  allachanle,  malgré  l'aridité  du  sujet. 

Gondillâc.  Le  commerce  et  le  gouvernement,  considérés  Vun 
à  Vautre,  Amsterdam,  1776,  in-12. 

Cet  ouvrage  est  une  des  expositions  les  phis  précises  el  les  plus  claires 
qiii  aient  été  faites  du  système  des  Économistes  du  diz-buitiéAie  siècle.  Il 
n'est  malheureusemeût  pm  60Bftpiél. 


416  BIBLIOGRAPHIE. 

GoNDORCET.  Fie  de  Tungoi,  Londres,  1786,  in-8. 

Le  plus  bel  éloge  qu'on  en  puisse  faire ,  c'est  de  dire  qu'elle  est  digoe  de 
lui. 

—  Bé flexions  sur  le  commerce  des  blés.  Londres,  i776,  in-8. 

Réfutation  de  l'ouvrage  de  Necker  sur  la  législation  des  grains. 

—  Réflexions  sur  V esclavage  des  nègres.  (Sous  le  nom  de 
Schwartz).  Neufchâtel,  1781. 

On  peut  citer  encore  de  Gondorcet  les  notes  des  œuvres  de  Voltaire ,  édi- 
tion de  Kehl,  et  plusieurs  articles  de  la  Bibliothèque  de  rhomme  public. 

Gondy-Raguet  (de  Philadelphie).  Traité  des  banques  et  de  la 
circulation  i  traduit  de  l'anglaispar  Lemaître.  Paris,  1840, 
1  vol.  in-8. 

Gonsidérant  (V.).  Destinée  sociale.  Paris,  1836,  2  vol.  in-8. 

Dernière  expression  du  système  de  Fécole  sociétaire.  Ouvrage  écrit  d'un 
style  inégal,  mais  où  brillent  des  éclairs  de  talent  et  des  vues  très-remar- 
quables sur  l'état  actuel  de  la  société.  L'auteur  y  accuse  tous  les  économis- 
tes des  maux  de  l'humanité,  comme  s'il  avait  dépendu  d'eux  d'y  mettre  un 
terme.  Nous  n'en  rendrons  pas  moins  lustice  à  ses  sentiments  généreux  et  à 
plusieurs  de  ses  aperçus ,  remarquables  par  une  véritable  profondeur. 

GoopER  (Th.).  Lectures  of  the  éléments  ofpolitical  economy. 

Golumbia,  1826. 
GoRDiER  (J.).  Considérations  sur  les  chemins  de  fer.  Paris, 

1830,  in-8. 

L'un  des  premiers  ouvrages ,  si  ce  n'est  le  premier,  qui  ai  fait  comprendre 
en  France  l'importance  des  chemins  de  fer. 

GoRNiANi  (Giamb.).  Riflessioni  sulle  monete.  Bresciano,  in-8. 

—  Délia  legislazione  relativemente  alV  agricoîtura. 

Son  premier  écrit  est  sans  importance  ;  le  second  appartient  é  l'école  éco- 
nomiste française  du  dix-huitième  siècle. 

GoTTERiL.  An  examination  ofthe  doctrines  of  value,  as  set 
fôrth  by  A.  Smith,  Ricardo,  Mac-Culloch,  etc.  London, 

1831,  1  vol.  in-8. 

GoYER  (l'abbé).  La  Noblesse  commerçante.  Londres  (Paris), 
1756,  in-12. 

—  développement  et  défense  du  système  de  la  Noblesse  com- 
merçante.  Amsterdam  et  Parig,  1757,  in-12. 


BIBLIOGRAPHIE.  4l7 

Craig  (Jobn).  Remarks  on  same  fundamenial  doctrines  in  po- 
litical  economy.  (Remarques  sur  quelques  doctrines  fon- 
damentales en  économie  politique;  in-8,  1821). 

—  éléments  ofpoliiical  economy,  (Éléments  d'économie  po- 
litique), 3  vol.  in-8. 

Grawfurd.  The  Doctrine  of  équivalents  on  an  explanation  of 
the  nature  the  value  and  the  power  ofmoney,  Rotterdam, 
1794,  in-8. 

CvLPEPER  (Thomas).  Petit  Traité  contre  l'usure,  Amsterdam, 
1754,  1  vol. 

CvsTom,  Collection  des  Économistes  italiens. 

Le  comte  Pierre  Custodi  a  publié  à  Milan,  eo  1804,  une  magnifique  édition 
en  quarante-huit  volumes  des  économistes  italiens. 


D. 


Dan  VILLA  (B.-J.).  Lecciones  de  economia  dvil^  o  del  comerciOj 
çscritas  para  el  uso  de  los  caballeros.del  Real  Seminario 
de  Nobles.  Madrid,  1779. 

Ces  leçons  sont  au  nombre  de  sept.  11  y  en  a  une ,  Tort  curieuse ,  sur  la 
])opulatton,  et  une  autre,  non  moins  originale ,  sur  la  division  des  personnes 
en  propriétaires  et  non  propriétaires. 

Davanzatj  (Bernardo).  Lezione  délie  monette;  in-8. 

—  Notizia  de  cambjy  à  M.  Giulio  del  Caccia  ;  in-8. 

Davanzati  est  le  second  Italien  qui  ait  écrit  sur  les  monnaies,  après  Scaruffl, 
mais  c'est  son  seul  mérite. 

Cet  auteur  est  plus  connu  comme  traducteur  habile  que  comme  écono- 
miste. 

Debray.  Essai  sur  la  foree^  la  puissance  et  la  richesse  natio- 

nales.  Paris,  9*  édil.,  181  i,  in-8. 
Decasaux.  Bases  fondamentales  de  l'économie  politique.Pms, 

1820. 

—  La  science  économique  d'après  Sully  et  les  anciens,  Paris, 
1854. 


4îg  BIBLIO(;tlAPHIË. 

DÈLÀfiORDE  (comte  Alexandre).  De  l* esprit  d'association  dahs 
tous  les  intérêts  de  communauté,  Paris,  1818,  in-8. 

Ce  que  Taoleur  conseillait  il  y  a  vingt  ans,  on  le  fait  aujourd'hui  et  itaéaie 
en  en  abuse.  L'esprit  d'association  s'est  emparé  de  l'Europe  et  produit  des 
merveilles.  Nous  en  sommes  déjà  à  craindre  ses  écarts;  mais  le  livre  de  M.  De- 
laborde  n'en  proposait  que  les  bienfaits. 

Delfico  {Melchiorre).  Memoria  sUlla  liber  ta  del  commercio 
diretta  a  risolvere  il  probiema  proposto  dall'  accademia 
di  Padova  sullo  stesso  argoraento  ;  in-8. 

C'est  le  partisan  le  plus  prononcé  de  la  liberté  du  commerce  :  «  Celui, 
dit-il,  qui  extirpera  du  diciionnaire  des  lois  les  mots  droits,  tarifs,  douanes 
celui  qui  détruira  lé  grand  labyrinthe  daus  lequel  tant  de  monstres  dé^ 
vorentles  nations  en  détail;  celui  qui  établira  en  principe  quo  toute  gène, 
toute  contrainte  en  économie  est  nuisible  à  la  société,  aî^ra  la  gloire  d'avoir 
assuré  à  l'humanité  une  vérité  fondamentale  et  la  véritable  prospérité  des 
nations.  » 

Delisle  de  Sales.  Fie  littéraire  de  Forbonais  -,  1  vol.  in-8. 1801 . 

La  connaissance  de  celle  biographie  «si  indispensable  à  l'élude  des  nom- 
breux ouvrages  économiques  de  Forbonnais,  dont  nous  donnons  le  catalogue 
complet  au  mot  Forbonnais,  en  raison  des  services  que  cet  économiste  labé- 
rteux  et  éclairé  a  rendus  à  la  science. 

Déon  de  Beaumont.  ^ssai  historique  sur  les  différentes  situa- 
tions de  la  France,  par  rapport  aux  finances^  sous  le  ré- 
gne  de  Louis  XI F  et  la  régence  du  duc  d'Orléans.  Axùè^ 
terdam  (Paris),  1753,  in-12. 

Desaubiez.  Système  de  finance  et  d'économie  politique.  PaHâ, 
1827. 

Dèslandes;  Essai  sur  la  marine  et  le  commerce.  AU 4^,  in-8. 

Desheuniers.  Diciionnaire  d'économie  politique^  faisant  partie 
de  \ Encyclopédie  méthodique;  1834-38,  4  vol.  in-4. 

Il  n'a  fait  que  la  première  moitié  de  l'ouvrage  en  suivant  les  principes  d'à* 
dam  Smith ,  mais  sans  se  les  aproprier.  La  seconde  partie  est  de  l'akbé  Gri- 
vely  sectateur  de  Quesnay. 

XSE^ïi(yïO\}v^%.  Notice  des  principaux  règlements^  publiés  en  An- 
gleterre, concernant  les  pauvres.  Paris ^  1788,  in^8. 

Ôft  doit  à  M.  Desrotours,  mort  en  i8!2i ,  une  dizaine  de  brochures  sur  les 
monnaies,  publiées  avant  et  pendant  la  révolution. 


BtàLtOGRÀt^tftË.  4l§ 

DÈsttJTtbË  ÎRAct  (Comte).  Traité d'écoifiomie politique,  Paris, 
1823,  in-g; 

Le  meilleur  noanuèl  d'économie  potitique  que  je  connaisse. 

îi.  besluU  de  Tracy  a  publié  un  commentaire  économique  sur  ['Esprit  des 
Lois,  et  le  commentateur  s'y  est  toujours  montré  à  la  hauteur  du  livre.  On 
né  lii  pas  à^se^  ce  cômrhentaird. 

Dickson  (Adam).  De  l'àgHcultitre  des  dneienë;  fràdait  de  Fan- 
l^tàié  de  Âdartti  Didksofi.  Pan\v,  1802,  2  Vol.  in-8. 

bii  y  trôilye  de  préèieude^  rêyélations  sûr  la  condition  déé  agriculteurs 
dans  ^antiquité  ;  mais  c'est  un  livre  d'agriculture  phiS  que  d'économie  po- 
litique. 

DiLLON.  Mémoires  sur  les  établissements  publies  de  bienfai- 
mncBi  de  travail  et  de  correction,  considérés  sous  les  rap- 
ports politiques  et  commerciaux;  an  II,  in-12. , 

DbÊ.  Ttaiiésur  Vinàigence,  Quelles  sont  les  prîticipàles  cau- 
sés de  HndigeÉicet  Moyens  poiu*  eh  aitétet  îeS  progrès. 
Paris,  1805,  in-8. 

Ddiu  (l.-^A.).  Maittialièn  aur  Aufstellung  einer  vemunftmae- 
sigen  Théorie  der  Staatswirthschaft,  (Matériaux  pouf  ùiie 
théorie  rationnelle  de  l'économie  politique.)  Leipzig,  1797, 
in-8. 

Les  matériaux  se  sont  ort  augmentés  depuis  la  publication  du  livre  de 
M.  Dori  ;  mais  les  siens  seront  consultés  avec  fruit. 

Droz  (Joseph).  Économie  politique,  ou  Principes  de  la  science 
des  richesses.  Paris,  1829, 1  vol.  în-8. 

C'est  le  traité  élémentaire  le  plus  clair,  le  plus  élégant  et  le  plus  méthodique 
4ue  flous  bonoiÉl^sfobs.  Il  a  bëaucoiîp  contribué  à  populàHéei*  en  ftance  l'é- 
Itâé  de  l'écoiioibie  politique. 

Du  BuAT  (comte).  Eléments  de  la  poliiiquey  ôti  Recherche  deâ 
vrais  principes  de  Féconomie  sociale.  Londres  y  1778,  6 
vol.  in-8. 

Fatras  économiste  en  six  volumes,  entremêlé  de  dialogues  où  se  trouvent 
souvent  traitées  d'une  manière  neuve  et  originale  pour  le  temps,  une  foute 
êk  tlUestiohs  auj6urd'htil  résolue^. 

Dmwi  (J.-B.).  Ihi  Oommerûè  ptdnpuis  dënê  Ntal  weml  de 

t9uf9p$ ,  m  Obiw  lâtimg  fcof  li  ocBitiWHtee  te  te  Wtnce 


420  BIBLIOGRAPHIE. 

en  Italie,  dans  le  Levant,  en  Russie  et  dans  lamer  Noire,  etc. 
Paris,  1806, 1  vol.  in-8. 

L'auleur  était  uo  employé  supérieur  de  radministration  française.  Son 
livre  est  essentiellement  réglementaire  et  empreint  de  la  routine  des  bu- 
reaux. 

Dubois- Aymé.  Examen  de  quelques  questions  d'économie  poli" 

H  que,  etc.  Paris,  Pélicier,  1824,  in-8. 
DucHATEL  (T.).  De  la  Charité  dans  ses  rapports  avec  Tétat  mo- 

rai  et  le  bien-être  des  classes  inférieures  de  la  société. 

Paris,  1829.  in-8. 

Ouvrage  trés-remarquable  sous  le  rapport  de  l'élévation  des  idées  et  de  la . 
noblesse  des  sentiments. 

L'auteur  nous  semble  d'ailleurs  un  peu  trop  asservi  aux  doctrines  de 
>lallhus. 

DuDLEY-NoRTH.  Discourscs  upon  trade,  principally  directed  (o 
the  cases  of  interest,  coinage,  clipping,  and  increaseof 
money.  London,  1691. 

L'un  des  premiers  livres  d'économie  politique  méthodique  qui  aient  paru 
en  Angleterre. 

C'est  là  qu'il  faut  voir  avec  quelles  difficultés  les  vérités  les  plus  élémen- 
taires ont  eu  peine  à  se  faire  jour. 

DuFRESNE  DE  Francheville.  Htstotre  du  tarif  de  1664;  1766, 
3  vol. 

Trop  longue  histoire  d'un  tarif  modifié  deux  ans  après  sa  promulgation. 

Dufresne  Saint-Léon  (L.-C.-A.)  Etude  du  crédit  public  et  des 
dettes  publiques,  Paris,  1824,  in-8. 

L'un  des  meilleurs  ouvrages  élémentaires  que  nous  possédions  sur  la 
science  pratique  des  finances.  Il  est  écrit  avec  un  talent  de  style  et  une  net- 
teté de  vues  bien  rares  dans  ces  sortes  de  matières. 

L'auteur  avait  été  employé  pendant  longtemps  dans  les  bureaux  du  Trésor, 
et  son  livre  est  le  fruit  de  sa  haute  expérience. 

Du  Hautchamp.  Histoire  du  système  des  finances  sous  la  miwh 
rite  de  Louis  XI r.  La  Haye,  1 739, 6  vol.  in-1 2, 

—  Histoire  générale  et  particulière  du  visa  fait  en  France 
pour  la  réduction  et  l'extinction  de  tous  les  papiers 
royaux  el  des  aetions  de  la  Compagnie  des  Indes,  que  le 


BIBLIOGRAPHIE.  421 

système  des  finances  avait  enfantés.  La  Haye^MlZ,  4  vol. 
in-i2. 

C'esl  finvenUire  raisonné  de  toutes  les  pièces  relatives  au  ^y«/émé  de  Law. 
Ce  livre  est  écrit  avec  partialité ,  et  sous  l'empire  des  ipécontentements  qui 
suivirent  la  banqueroute  ;  mais  c'est  un  des  documents  les  plus  intéressants 
de  répoque. 
Ddni.  Origine  e  progressi  del  cittadino  romano. 

Gel  ouvrage,  plein  de  sagacité  et  d'érudition,  offre  des  vues  trés-ingé- 
nieuses  sur  l'étal  social  des  Romains. 

DnNOTER  (B.-C).  Nouveau  Traité  d'économie  sociale,  ou  Sim- 
ple exposition  des  causes  sous  Tinfluence  desquelles  les 
hommes  parviennent  à  user  de  leur  force  avec  le  plus  de 
liberté,  c'est-à-dire  avec  le  plus  de  facilité  et  de  puissance. 
Paris,  1830,  2  vol.  in-8. 

Cet  excellent  ouvrage,  dont  il  n'a  été  mis  en  circulation  qu'un  très-petit 
nombre  d'exemplaires ,  appartient  à  la  nouvelle  école  économique  française, 
qui  ne  sépare  pas  les  progrés  de  l'industrie  de  ceux  de  la  morale  et  du  bien- 
êlre  général.  Il  est  plein  d'idées  neuves  et  d'austères  vérités. 

DupiN  (baron  Ch.).  Le  petit  Producteur  français.  Paris,  Bache- 
lier, 1827  et  années  ôuiv.,  7  vol.  in-i8. 

M.  le  baron  Duptn  a  publié,  sous  ce  titre,  une  série  d'écrits,  du  genre  Ta- 
milier,  dans  l'un  desquels  il  a  attaqué  lé  système  prohibitif  avec  une  verve  de 
raillerie  extrêmement  remarquable. 

—  Discours  et  leçons  sur  Vindustrie,  le  commerce,  la  marine, 
et  sur  les  sciences  appliquées  aux  arts.  Paris,  Bachelier, 
i 825,  2  vol.  in-8. 

—  Forces  productives  et  commerciales  de  la  France.  Paris, 
Bachelier,  1827,  2  vol.  in-4. 

DiîPiN  (baron),  ancien  préfet,  mort  en  1822.  Histoire  de  V ad- 
ministration des  secours  publics,  etc.  Paris,  1821  in-8. 

Dupont  (de  Nemours).  Physiocraiie ,  ou  Constitution  natu- 
relle du  gouvernement  le  plus  avantageux  au  genre  hu- 
main-, recueil  publié  par  Dupont.  Leyde  et  Paris,  17B8, 
deux  parties,  in-8. 

C'est  l'analyse  de  la  fameuse  formule  arithmétique  du  Tableau  économique 


d»  QuçsiHiy,  *jiivie  à^  comimenbiir*  ^es  MOiç'mes  générales  ^u^Qw^tnmeM 
économique  et  un  royaume  agricole ,  par  le  même. 

On  peai  considérer  ce  livre  comme  le  catéchisme  de  la  secie  économiste. 

La  Formule  arithmétique  n'y  est  point  ;  mais  elle  a  été  imprimée  textuelle- 
roent  dans  l'ouvrage  de  Mirabeau  le  père,  intitulé^  :  Vàmi  des  hommes. 

—  De  l'exportation  et  de  l'importation  des  grains.  Soisson^, 
1764,  in-8. 

—  Lettre  sur  la  différence  qui  se  trouve  entre  la  grande  et  la 
petite  culture,  etc.  Soissons,  1764,  ia-12. 

•^  Vu  commerce  de  la  Compagnie  des  Indes,  1769«  \  v^. 
m-8,  2^édition,  augmeotée  de  Tbistoir^  4u  «ystèm^  de 
Lâw. 

L'or  des  meilleurs  écrits  sur  le  système  de  Law. 

La  question  du  commerce  des  Indes  n'psi  traita  ()|l'ae<Ml9oir^l^9(  dans 
cet  ouvrage. 

—  Mémoires  sur  la  vie  et  les  ouvrages  de  Turgot.  PJiiîlade]- 
phie  (Pari$),  1782,  2  voh  ia-8. 

—  Lettre  à  la  chambre  du  commerce  de  Normandie  ^  mit  le 
Mémoire  qu'elle  a  publié  relativement  aii  Ir^té  4e  Qomr 
merce  avec  l'Angleterre.  Paris^  Moutardier;  i  voj.  in-8, 
1788. 

Commealaire  plein  de  faits  curieux  sur  les  conséquences  4))  iralbft  ^ 
commerce  de  1786  avec  l'Angleterre.  Cette  lettre  a  pour  objet  de  Ip  d^tefldrç* 

wm  Oftservations  sur  les  effets  de  la  liberté  du  commerce  des 
«    gvoi^^,  ^t  sur  ceux  des  prohibitions*  Paris,  in-^,  192  pag. 

—  analyse  historique  de  la  législation  des  grains  ^  depuis 
1792,  etc.  Paris,  1789,  in-8. 

—  Sur  la  Banque  de  France^  avec  une  théorie  des  banques, 
rapport  fait  à  la  cbambre  de  commerce  par  une  commis 
sipn  spéciale.  Paris^  1806,  in-3. 

Dupont  de  Nemours,  qui  continua  la  publication  des  Épliémérides  du  ci- 
toyen, commencée  par  l'abbé  Bandeau,  était  un  auteur  éminemment  taboriem 
et  instruit.  Il  a  publié ,  pendant  soixante  iams  ',■  une  foule  de  mémoires,  d'arti- 
des,  de  rapports,  d'essais,  qui  fous  outpour  obieile  bien  public j  mais 
qu'on  trouve  trop  souvent  imprégnés  de  l'esprit  de  jsècte.  I.-B.  S. 

PupRÉ  pp  Saint-Maur.  JSssai  sur  Us  monnaies^  ou  Réflexions 


sur  te  rapport  entre  l'argent  et  les  denrées.  Paris,  1746, 
in-4. 

Ce  livre  a  élé  beaucoup  trop  vanté  ;  on  y  trouve  cependant  d'intéressants 
d^lails  sur  les  monnaies  du  moyen  âge ,  et  le  tableau  des  variations  survenues 
dans  le  prix  des  choses  depuis  l'an  1002  jusqu'en  1742. 

—  Jiecherches  sur  la  valeur  des  monnaies  et  sur  le  prix  des 
grains,  avant  et  après  le  concile  de  Francfort,  Paris,  i  762, 
iM2. 

IkiQV^SKOY.Jieeueil  de  mémoires sw  les  établissements  d'huma- 
nité ;  traduit  de  l'anglais  par  Labaume,  de  Liaacourt  et 
autres  ;  publié  par  Duquesnoy  avec  soin.  4794-1804. 

DuBEÂU  DE  LA  Mâlle.  Économic  politique  des  Romains,  Paris, 
1840,  S  vol.  in-8. 

DuTENS  (J.).  Analyse  raisonnée  des  principes  fondamentaux 
de  V économie  politique  ;  1  vol.  in-8,  1804. 

Ce  premier  essai  de  M.  Dutens  a  été  refondu  avec  de  grandes  modifications 
dans  un  autre  ouvrage  publié,  trente  ans  après*,  sous  le  titre  suivant  : 

—  Philosophie  de  l'économie  politique ,  ou  Nouvelle  expo- 
sition des  principes  de  cette  science.  Paris,  1855,  2  vol. 
in-8. 

Les  principes  que  l'auteur  a  soutenus  dans  ce  dernier  ouvrag9  diffèrent 
essentiellement  de  ceux  qu'il  professait  dans  sa  jeunesse.  La  philosophie  de 
^économie  politique  n'est  autre  chose  qu'une  nouvelle  édition  des  doctrines 
êè  Quesnay,  moins  ce  qu'elles  avaient  de  grogressif  en  matière  de  liberté 
commerciale  et  d'impôts. 

DoTOT.  Réflexions  politiques  sur  les  finances  et  le  eCommerce, 
La  Haye,  1738, 2  vol.  in-12. 

IHUot  est  l'écrivain  qui  a  analysé  avec  le  plus  de  profondeur  le  système  4le 
Law  et  les  causes  de  sa  chute.  Son  livre  est  d'une  clarté  admirable,  et  il  ren- 
(ipn9#  sur  le  crédit  fies  réflexions  dignes  d'être  méditées  par  tous  les  hoonroei 
gui  désirent  approfondir  la  science  difficile  des  fioiioces. 

Pin^NEv.  Foyez  Paris  du  Verne  y. 


424  BIBLIOGRAPHIE. 


E. 


Ecrément.  Entretiens  eVvues  sur  l'économie  politique ,  etc, 

Lille  et  Paris,  4848,  in-42. 
Ehrenthâl  (V.).  Die  Staatswirthschaft  nach  Naturgesezen, 

Leipzig,  4849. 

—  Neber  dus  œffentliche  Schuldenweson.  Leipzig,  4840. 
EiKEHEYER.  Abkandlungen  uher  Gegenstaende  der  Staats  und- 

Kriegswissmnhaftem.  Frankfurt,  iii-8. J846. 

EiSELEN  (J.-J.-H.).  Grundzuge  der  Staatswirthschaft,  Berlin, 
4848,4  vol.  in-8.  . 
(On  doit  à  Eiselen  une  nouvelle  édition,  augmentée,  de  la 

Science  financière ,  par  L.-H.  Jakob.)  Voyez  ce  nom. 

Enfantin.  Économie  politique  et  politique.  Paris,  4854,  in-8. 

Ensor  (George).  An  inquiry  concerning  the  population of  na- 
tions. (Recherches  sur  la  population  des  nations)  ;  4  vol. 
in-8,  4848. 

—  The  poor  and  their  relief.  (Des  pauvres  et  des  secours.) 
i  vol.  in-8,  4825. 

Cet  auteur  et  Godwin  sont  les  antagonistes  les  plus  capables  de  la  doctrine 
de  Maltbus  sur  la  population. 

EscHENMÀYER.  *  Ubcr  das  formate  Prinzip  der  Staatswirths- 
chaft. (Du  principe  formel  de  l'économie  politique  comme 
science  et  comme  doctrine.)  Heidelberg,  4845,  in-8. 

Eschenmayer  est  un  des  économistes  allemands  qui  a  le  plus  contribué  i  la 
propagation  de  la  doctrine  de  Smilh  par  ses  articles  insérés  dans  les  Annales 
de  Heidelberg  (Heidelberger  JahrbUcher)  et  dans  la  Gazette  littéraire  de  Leip- 
zig {Leipziger  Litteratur  Zeitung).  Le  liyre  ci-dessus  est  abstrait  et  purement 
scientifique. 

EvERETT  (Alex.-H.)  Nouvelles  idées  sur  la  population^  avec 
des  remarques  sur  les  théories  de  Malthus  et  de  Godv^in; 
traduit  de  l'anglais  par  C.-J.  Ferry.  Paris,  Renouard,  4826, 
in-8. 


BtbLIOGRAPHIE.  4^ 

Estradà  (don  Alvaro  Florez).  Traité  éclectique  d'économie 
politique;  traduit  par  L.  Galibert.  Paris,  1833,  3  vol.  in-8. 

L'an  des  ineilleurg  traités  qui  aient  été  publiés  depuis  A^dam  Smith;  il  est 
principalement  remarquable  en  ce  qui  concerne  la  théorie  des  impôts.  Une 
cinquième  édition,  considérablement  augmentée,  vient  de  paratlre  en  espa- 
gnol à  Madrid,  1841. 


F. 


Fabricids.  Jnfangggrûnàe  âer  œconomischen  Wineuschafien, 

Kopenhague,  1783,  in-8. 
Faiguet,  IJ'ami  des  pauvres ,  ou  V Économie  politique,  Paris, 

1766,  in-12. 

—  Uami  des  pauvres,  mémoire  politique  sur  la  conduite  des 
finances.  Amsterdam,  1770, 1  vol.  in-12. 

Fazy  (Jean-James).  L*  homme  aux  portions,  ou  Conversations 
philosophiques  et  politiques.  Paris,  1821,  în-12. 

r-  Opuscules  financiers  sur  V effet  des  privilèges,  des  emprunts 
publics  et  des  conversions;  sur  le  crédit  et  Vindustrie  en 
France.  Genève  et  Paris,  in-8,  1826. 

—  Du  privilège  de  la  Banque  de  France,  considéré  comme 
nuisible  aux  transactions  conmierciales.  Paris^  1819,  in-8 
de  76  pages. 

Félice  (de).  Éléments  de  la  police  d'un  État.  Yverdun,  1781, 

2  vol.  în-12. 
Fergusson  (Adam).  Essai  sur  l'histoire  de  la  société  civile  ; 

traduit  de  l'anglais  par  Bergier.  Paris,  1783, 2  vol.  in-12, 

ou  1796,  in-8. 

Ce  livre  appartient  plutôt  à  la  philosophie  de  l'histoire  qu'A  l'histoire  de 
réconomie  politique.  Son  meilleur  chapitre ,  celui  dans  lequel  il  retrace  les 
avantages  de  la  division  du  travail,  peut  passer  pour  une  Inspiration  d'Adam 
Snith. 

Ferrier  (F.-L.-A.).  Du  gouvernement  considéré  dans  ses  rap- 
ports avec  le  commerce,  ou  de  T Administration  commer- 

28 


436  BIBLIOGRAPHIB. 

ciale  opposée  aux  économistes  du  dix-neuvième  9iôclf . 
Parî«,  18î2,in-8. 

C'est  le  ZoTle  d'Adam  Smith,  et  le  Pindare  de  la  douane,  où  11  a  occupé  un 
emploi  avantageux.  Il  écrit  avec  esprit ,  et  ses  arguments  ne  manquent  po 
d'une  certaine  verver;  mais  ils  s'évanouissent  devant  le  plus  léger  exanM. 
C'est  un  économiste  de  bureau. 

FiCHTE  (J.-G.).  *  Der  geschlossene  Handelsstaat.  (L'État  fenné 
commercialement.)  Tuhingue^  1800,  in-8. 

Ouvrage  assez  remarquable  pour  avoir  mérité  l'attention  des  çontempO' 
rains.  Il  mérite  encore  d*élre  consulté,  malgré  les  travaux  qui  l'ont  dépassé. 

FiLANGiERi  (Gaetano).  Délie  leggipolitiche  ed  economiche.  in-^. 

Grand  partisan  de  la  liberté  du  commerce  et  ennemi  des  armées  perma- 
nentes. 

Quoique  cet  ouvrage  ne  soit  pas  son  chef-d'œuvre,  on  y  reconnaît  l'homme 
supérieur,  l'esprit  net  et  positif  du  grand  réformateur  italien. 

Fischer.  Lehrbegriff  und  Umfang  der  deutschen  SiaaUfJDi" 
nenschaft.  Halle,  1785,  in-8. 

Fix  (Théodore).  Revue  mensuelle  d'économie  politique.  5  vol. 
in-8.  Paris,  1833-1836. 

FoERSTER.  f^ersuch  einer  Einleitung  in  dié  Kameral  nu  Po- 
lizci'fFissenschaft.  Halle,  1771,  in-8. 

-^  Entwurfder  Land-Staats  und  Stadiwirchschaft.  Berlin, 
1793,  in-8. 

FoRBONNAis  (Yéron  de).  Essai  sur  la  partie  politique  du  com- 
merce de  terre  et  de  mer,  de  l'agriculture  et  des  finances  ; 
1751,  in-12. 

—  Éléments  du  commerce.  Leyde  et  Paris,  1754.  Nouv.  édit. 
augmentée.  Paris,  an  IV  (1796),  2  vol.  in-12. 

—  Considérations  sur  les  finances  d'Espagne ,  relativement 
à  celles  de  France.  Dresde  (Paris),  1755, 1755,  petit  in-12. 

">-  Examen  des  avantages  et  des  désavantages  de  la  prohi- 
bition de»  toiles  peintes,  Marseille,  1753,  in-12. 

—  Questions  sur  le  commerce  des  Français  au  Levant.  Mar- 
seille (Paris),  1759,  in-12. 

—  Lettre  à  M.  F {Fréron)^  ou  ExMnen  pditique  dei  pré- 


BIBLIOGRAPHIB.  437 

■  * 

iendui  iocooyéuientg  de  la  faculté  de  commercer  en  gros, 
sans  déroger  à  la  noblesse.  (1756),  in-12. 
JRtckereheê  $i  considérations  sur  les  finances  de  France^ 
depuis  1595  jw«gu'à  1721,  Bâle,  1758.—  Seconde  édition.  - 
Liège,  1758,  ^  vol.  in-12. 

Bssai  sur  Vadmission  des  navires  neutres  dans  nos  colo- 
nies. Paris,  1759,  in-12. 

De  la  nécessité^  pour  assurer  la  rentrée  des  impositions j 
d'assurer  le  payement  de  la  dette  publique. 
De  deux  droits  uniques^  Tun  une  dixme  nature,  et  Fautre 
une  taxe,  par  arpent,  pour  les  habitations. 
De  l'abolition  de  la  taille  dans  les  campagnes. 
De  la  dissolution  de  la  Compagnie  des  Indes. 
Edit  sur  les  célibataires. 
Mémoire  sur  la  servitude. 
De  la  cession  de  VInde  à  la  couronne  d'Angleterre. 

Essai  sur  le  traité  de  commerce  entre  la  France  et  la  HùU 

lande. 

Du  commerce  de  la  France  dans  les  colonies. 

•  Projet  d'édit  pour  la  réforme  des  finances. 

'  Introduction  sur  les  finances,  avec  des  tables  calculées. 

•  Trois  mémoires  sur  Véiat  des  financée  en  nZ9,  en  1765  et 
en  1776. 

-  Des  impositions  sur  le  luxe. 

•  Fues  générales  sur  le  système  de  Law. 

'  Parallèle  du  système  de  Law  avec  celui  d'Angleterre  §vtt 
la  Compagnie  de  fa  mer  du  Sud. 

-  Mémoires  sur  ce  que  la  France  peut  produire  de  revenus. 

-  Essai  sur  cette  question  :  la  France  doit-elle  être  udepiii^ 
sance  commerciale  ? 

-  Sur  la  liberté  du  commerce  des  grains  avec  l'étranger. 

-  Mémoire  sur  la  mendicité. 

-^  Travail  sur  les  hypothèques. 


428  BldLIOÛRAPHlE. 

-^  Principes  et  obsertatiom  économiquei.  Amsterdam,  1776, 

2  vol.  in-12. 
— «  Obiervaiions  succinctes  sur  l'émission  de  deux  milliards 

d'assignats,  Paris,  1790,  iii-12^. 
— •  Analyse  des  principes  sur  la  circulation  des  denrées  et 

Vinfluence  du  numéraire  sur  la  circulation,  Paris ,  1800, 

petit  in-12. 

—  Le  négociant  anglais,  Dresde  (Paris),  1753,  2  vol.  in-12. 
Traduction  abrégée  d'un  ouvrage  anglais  qui  parut  à  Lon- 
dres, en  1713,  sous  le  titre  de  British  Mer  chant, 

—  Théorie  et  pratique  du  commerce  et  de  la  marine-,  traduit 
de  Tespagnol  d*UsTARiTz.  (Voyez  ce  nom.) 

Forbonoais  est  un  des  économistes  pratiques  les  plus  fécouijls  et  ies  plus 
honorables  du  dernier  siècle.  Sa  grande  habitude  des  afTaires  le  préserva  tou- 
jours de  l'invasion  des  utopies,  et  son  noble  caractère  ne  lui  permit  jamais 
de  rien  publier  sans  étu(jes  sérieuses  et  sans  recherches  inratigables.  Ses  con- 
sidérations sur  les  finances  de  France  resteront  comme  un  des  livres  les  plus 
intéressants  de  l'époque  où  elles  furent  écrites. 

FoDÉRÉ  (Fr.  Emm.).  Essai  historique  et  moral  sur  la  pauvreté 
des  nations,  ta  population,  la  mendicité,  les  hôpitaux  et 
les  enfants 'trouvés,VairiB,  M"«  Huzard,  1825,  in-8. 

Fortune  (Thomas).  Histoire  concise  et  authentique  de  la  Ban- 
que d* Angleterre,  Londres,  1779,  in-8-. 

FouRiER  (Ch.).'  Traité' de  rassodation  domestique  agricole; 
2  vol.  in-8.  Paris,  1822. 

Selon  l'auteur,  le  mat  n'est  pas  dans  la  nature  de  l'homme  et  dans  ses  pen- 
chants natifs;  il  n'est  que  dans  les  circonstances  sociales  qui, -au  lieu  de  mé- 
nager à  ses  penchants  un  essor  heureux  et  juste,  ne  leur  présentent  le  plus 
souvent  que  des  voies  de  fraude,  de  lutte  et  d'iniquité.  C'est  là  une  grande  et 
belle  idée  ;  mais  le  livre  dans  lequel  M.  Fourier  a  essayé  d'en  tirer  les  consé- 
quences est  écrit  dans  un  style  si  obscur,  avec  un  néologisme  si  bizarre  éi 
dés  projets  d'association  si  incc^préhensibles ,  que  l'auteur  a  longtemps  été 
considéré  comme  un  rêveur. 

—  Le  nouveau  monde  industriel  et  sociétaire ,  ou  Invention 
du  procédé  d^industrie  attrayante  et  naturelle  distribuée 
en  séries  passionnées.  PariSj  1829,  in-8, 1  vol. 

Voici  comment  l'autour  s'exprime  dans  sa  préflice  :  «  Ma  (tu'il  Aura  été 


BIBLIOGRAPHIE.  429 

constaté,  par  cet  essai,  que  le  mécanisme  nommé  pliaiaugc  de  séries  passiou- 
hées  crée  raltraclion  industrielle ,  on  verra  Timitalion  aussi  rapide  que  l'é- 
clair :  tous  les  sauvagfS,  tous  les  nègres  de  l'Arrique  en>brj8seront  l'industrie  .- 
on  aura ,  deux  ou  trois  ans  après^  le  subre  à  l'échange ,  poids  pour,  poids, 
contre  le  blé,  et  proportionnellement  les  autres  denrées  de  la  zone  torride. 
Un  autre  avantage,  entre  mille,  sera  d'éteindre  subitement  les  dettej  publiques 
en  tout  pays ,  par  suite  du  quadruple  produit  :  lorsque  celui  de  France , 
qu'on  estime  six  milliards,  sera  élevé  à  vingt- quatre,  le  fisc  percevra  plus 
aisément  deux  milliards  sur  un,' qu'aujourd'hui  un  sur  six.  » 

—  Théorie  des  quatre  mouvements.  1808, 1  vol.  in-8. 

c'est  le  premier  ouvrage  de  Fourier.  Sa  pensée  y  est  encore  obscure  et 
confuse,  et  ne  commence  à  se  manifeslcr  que  dans  le  traité  de  VAssocialion 
domeslique  agricole. 

Franklin  (Benjamin).  La  science  du  bonhomme  Richard,  — 
Plusieurs  essais  qu'on  trouve  dans  ses  OEuvres  morales  et 
politiques^  notamment  sur  le  luœe^  la  paresse  et  le  travail; 
sur  Vétat  de  l'Amérique  anglaise,  ou  tableau  des  vrais  in- 
téréts  de  ce  vaste  continent  ;  observations  sur  Vétat  de  VO- 
hio  ;  réflexion  sur  V augmentation  des  salaires.  Voyez  aussi 
Vinterrogatoire  qu'il  subit  devant  la  Chambre  des  com- 
munes en  1776. 

Franklin,  qui  ne  parait  pas  avoir  connu  les  écrits  des  économistes  poli- 
tiques qui  l'ont  précédé,  ne  s'est  trouvé  démenti  dans  ses  doctrines  par  aucun 
de  ceux  qui  l'ont  suivi,  ce  qu'il  faut  attribuer  à  l'influence  de  la  méthode  ex- 
périmentale appliquée  aux  sciences  morales  et  politiques.  11  étudiait  la  politi- 
que et  ré.conomic  sociale  comme  il  faisait  la  physique. 

Froumenteau  (N.).  Le  secret  des  finances  de  France^  descou- 
vert et  départi  en  trois  livres,  in-12, 1581.  Sans  nom  de 
ville. 

C'est  le  procès-verbal  des  pillages  et  des  dévastations  de  la  guerre  civile, 
pendant  les  querelles  de  religion  qui  ont  désolé  la  France  avant  ravénemeni 
définitif  de  Henri  IV.  L'auteur  y  fait  avec  un  sang-froid  inaltérable  le  dénom- 
brement des  victimes  qui  ont  succombé,  par  toutes  les  provinces,  aux  vio- 
lences des  gens  de  guerre.  On  n'y  lit  jamais  que  ces  mots  sinistres  .-  tant  de 
pendus,  tant  de  brûlés^  comme  si  c'était  chose  naturelle.  La  bonne  édition, 
celle  qui  porte  le  nom  de  l'auteur,  est  assez  rare. 

FuLDA.  Syslematischer  Abris  der  sogenannten  Kameralwis" 
senschaften,  Tubingue,  1802. 


4^  BIBLIOGRAPHIE. 

-r-  Grundsaeze  der  Kameralwissenschafien,  Tuhingue,  1820, 
in-8. 

-^  IfebàrIH'ùductionundConsumiion.liUbiRgiie,  1820,  in-8. 

-^  Der  Siaatsereàil,  Tubingue,  1852. 

—  Neber  Nationaleinkommen.  Stuttgard,  1805,  in-8. 

FuRSTENÀU.  Fersuch  eincK  apologie  des  phisiocratiscf^n  Sys- 
tems, Brunswick*  1780,  in-8. 


G. 


Gàete  (duc  de).  Notice  historique  sur  les  finances  de  France 
(  de  Tan  1800  au  l»*^  avril  1814).  Paris,  1818,  in-8. 

M.  le  duc  de  Gadte  ne  parie  que  des  choses  quMI  a  vues  et  auxquelles  il  a 
prit  pari.  Son  litre  est  certainement  le  plus  intéressant  i  consulter  sur  les 
finincei  de  TEmpire. 

G^LUNi  (Fernando).  Délia  moneta,  (De  la  monnaie).  17S0, 

1  vol,  in-.8. 
-^  Dialogues  sur  le  commerce  des  blés,  Londres,  1790,  in-8. 

L'abbé  Galiani  est  un  des  économistes  les  plus  connus  de  l'Italie,  et  cepen- 
dant ses  deux  ouvrages  sont  loin  de  justifier  la  réputation  dont  il  a  joui. 

Ses  dialogues  su^  le  commerce  des  grains  ne^  sont  qu'un  plaidoyer  contre 
la  libre  exportation,  et  son  essai  sur  Içs  monnaies  a  été  surpassé  en  Angle- 
terre ei  en  Italie  par  la  plupart  des  écrivains  qui  ont  écrit  sur  le  même  stget. 
Il  écrivait  à  M.  Suard,  en  1770,  à  propos  de  ses  dialogues:  «  vous  qui  êtes  de 
la  secte  de  Diderot  et  de  la  miennej  ne  lisez-vous  pas  le  blanc  des  ouvra- 
ges ?  à  la  bonne  heure  que  ceux  qui  ne  lisent  que  le  noir  de  récriture 
B^ienl  rien  vu  de  décisif  dans  mon  livre;  mais  vous,  Itsea  le  blane,  Hsez  ce 
que  je  n'ai  pas  écrit,  et  ce  qui  y  est  pourtant ,  et  voici  ce  que  vous  y  trouve- 
rez :  dans  tout  gouvernement,  la^  législation  des  blés  prend  le  ton  de  l'esprit 
eu  gouvernement;  sous  un  despote,  la  libre  exportation  est  impossible,  le 
lyron  a  irep  peu/r  des  cris  de  se»  esclaves  affamas,  »  Et  eepenéant  Gatiani  a 
ooBibaUula  Ubre  eiporiation  ;  mais  il  était  secrétaire  d'anbikisade.  Il  éorîTail 
In  voir,  il  faut  lire  le  blanc. 

Gandillot  (avocat).  Essai  sur  la  science  des  finances.  Parié, 

Joubert,  1840,  1  vol.  in-8. 
Ganilh  (Charles).  Essai  politique  sur  le  revenu  public  des 

peuples  de  l'antiquité^  du  moyen  Hge,  des  siècles  moder- 


BIBLIOGRAPHIE.  431 

net,  et  spécialement  de  la  France  et  de  l'Angleterre,  de- 
puis le  13' siècle  jusqu'au  19';  2' édit.  Paris,  Treuttell  et 
Wurtz,  1825,  2  vol.  in-8. 

—  Des  systèmes  d'économie  politique,  de  la  valeur  compara- 
tive de  leurs  doctrines,  et  de  celle  qui  parait  la  plus  favo- 
rable auï  progrés  de  la  richesse  ;  2»  édit.  Parii,  Treuttell 
et  Wurtz,  1823,  2  vol.  in-8. 

—  Théorie  de  l'économie  politique,  fondée  sur  les  laits  recueil- 
lis en  France  et  en  Augleterre,  etc.  Paris,  les  mêmes; 
QDUV.  édit.,  2  vol.  in-8,  1822. 

—  De  la  science  des  finances,  i  vol.  182S,  par  le  même. 

—  Dictionnaire  analytique  d'économie  politique.  Paris,  Lad- 
vocat,  in-8,  1826,  par  le  même. 

M.  Gwilb  évùl  au  écoDOniiBle  lyborïoui  ;  mais  laus  ses  bçtWi  onL  i|ui!lc|UD 
cbOM  de  (sgue  el  d'iDcampIel  qui  a  nui  i  leur  suFcèa  auprès  des  hommes 
■pÊsiiui.  Le  meilleur  de  ses  outragea  esl  son  râsumé  Des  sysléians  en  éco- 
nomie pollilgae  ;  le  plus  mauvais  esL  aon  0(0^(0111131™,  œuvre  indigne  de  lui. 

Gans  (baron  de).  *  System  der  Staalswissenschaft.  (Système 
d'économie  politique),  in-8.  Leipzig.  1826. 
Livre  iSiei  superficiel;  on  j  parle  de  la  ricbesse. nslionale,  dea  impûla  el 
des  délies  publiques.  L'auteur  ne  parall  pas  i^lre  au  CDuranL  do  la  science. 

Gahmeh  (Germain) .  Abrégé  élémentaire  des  principes  de  l'éco- 
nomie politique.  Paris,  1796,  iD-12. 

—  Théoriedes  hanques  d'escompte.  Paris,  1806,  in-8. 

—  Histoire  de  la  monnaie,  depuis  les  temps  les  plus  reculés 
jusqu'au  règne  dn  Cbarlijmagne.  Paris,  1819,  2  vol.  ia-8. 

L'un  des  meilleurs  ouvrages  9ur  la  monuale,  C'esl  p*r  celui-U  qu'il  faut 
commencer  l'élude  de  lous  les  aulres, 

—  De  la  propriété  dans  ses  rapports  avec  te  droit  politique. 
Paris,  1792,  iD-18. 

L'auleur  prétend  que  la  gonTeralnelé  oallonale  réside  eicluillemenl  diai 
les  propriétaires. 

Le  coinle  Garnier  a  publié,  en  nuire,  une  LraduclioD  de  f  ïijoi  lur  la  ri- 
cliesie  des  nalloiis  ,  d'Adam  smïlh,  avec  nMes,  IraduclloD  que  je  m'occupe 
de  reioir,  el  dont  nn  imprime  eu  ce  moment  une  nouvelle  édition,  enrictile 


432  BIBLIOGRAPHIE. 

Gasparin  (de).  Comid^rations  sur  les  machines.  Paris,  1835, 
in-8. 

Gavard.  Grundlenien  der  reinen  und  angetoaudten  siaaisco- 
nomie.  Wurtzbourg,  1796,  in-8. 

Geier  (Pierre-Philippe).  *  Uher  Encyclofedie  und  Méthodolo- 
gie der  Wirthschaftslehre,  (De  rEncyclopédie  et  de  la  Mé- 
thodologie de  l'économie  politique.)  fFurizbourg,  1818, 
in-8.  Du  même  auteur  :  Ferusch  einer  logischen  Begriin^ 
dung  der  ff^irthschaftslehre,  Wurtzbourg,  1822. 

Ces  deux  ouvrages  sont  pureinenl  scientifiques  ;  les  doctrines  de  Smilh  et 
de  J.-B.  Say  leur  servent  de  base. 

Genovesi  (Antonio).  Lezioni  dieeonomia  civile. 
—  Opuscoli  di  economia  politica. 

Genovesi  est  le  chef  de  la  grande  famille  des  économistes  italiens.  Quoiqu'il 
ait  protégé  de  toute  la  Torce  de.  son  talent  les  funestes  doctrines  du  système 
mercantile,  on  te  doit  pas  moins  reconnaître  quMl  a  le  prenÂier  contribué  i 
répandre  dans  son  pays  les  études  économiques. 

Son  Éloge  des  résultats  du  travail  est  une  réponse  solennelle  auzdéiractean 
de  la  science,  que  sa  prédilection  pour  TADgleterre  avait  peut-être  irrités. 

Gentz  (Frédéric).  Essai  sur  l'état  actuel  de  V administration 
des  finances  et  de  la  richesse  nationale  de  la  Grande-Bre- 
tagne. Londres  et  Hambourg,  1860,  in-8. 

Bon  livre,  principes  droits  ;  applications  nettes  à  Tadministration  des  éuts. 

L'ouvrage  n*a  que  275  pages,  et  il  est  empreint  d'une  partialité  évidente 
pour  l'Angleterre;  mais  il  a  la  valeur  de  dix  volumes,  et  son  élude  est  du  plus 
grand  intérêt  pour  un  Français. 

Gérard  de  Rayneval.  Principes  du  commerce  entre  les  nations; 

traduit  de  l'anglais  de  B.  Vaughan.  Paris,  1789,  in-8. 
Gerboux  (Fr.).  Discussion  sur  les  effets  de  la  démonétisation 

de  Vor^  relativement  à  la  France, 

Document  bon  à  consulter. 

Gerdret.  Réflexions  sur  la  mendicité,  in-12. 
Gerstner.  Mémoire  sur  les  grandes  routes ,  les  chemins  de  fer 
et  les  canaux  de  navigation;  traduit  de  Tallemand  de 


BiBLIOGRAPiUË.  433 

Gerstner,  et  précédé  d'une  introductiou  par  M.  P.  S.  Gi- 
rard. Paris,  1827,  in-8. 

BoD  livre,  utile  à  consulier  par  les  économistes  et  par  les  ingénieurs. 

Gheiurdo  d'Arco  (Giamhattista).  J9e/r  armonia  politico-econo' 
mica  ira  la  cita  e  il  stu)  territorio,  MantovaDO,  in-8. 

—  DelV  annona.  in-8. 

—  DelV  influenza  del  commercio  sopra  i  ialenti  e  i  cosiumi, 

—  Riposta  al  quesilo  :  Se  in  uno  stato  di  terreno  fertile  favo- 
rir  debbasi  maggiormentel'estrazione  délie  materie  prime, 
ovvero  quella  délie  manifatture.  in-8. 

—  Del  diritto  ai  Iransitti.  in-S, 

Tous  les  ouvrages  de  cet  auteur  sont  empreints  du  même  esprit  de  pédan- 
tismç,  et  surchargés  de  citations,  de  notes  et  de  dissertations  interminables. 

GiLBÀRT  (James  W.).  The  hisiory  andprindples  of  banking; 
2«  édit.  London,  4835,  in-8. 

La  meilleure  histoire  que  nous  ayons  de  la  formation  des  banques  euro- 
péennes. L'auteur  a  trop  légèrement  parlé  dé  celles  de  Venise,  de  Gènes, 
d'Hambourg  et  d'Amsterdam;  mais  on  peut  compléter  celte  étude  par  la 
lecture  des  notes  que  le.  sénateur  Gamier  a  jointes  à  sa  traduction  de  Smith, 
par  les  notiees  qui  accompagnent  l'ouvrage  de  Slorch,  et  par  les  écrits  de 
J.-B.  Say 

Le  livre  de  M.  Gilbart  servira  principalement  à  bien  connaître  l'organisation 
de  la  banque  d'Angleterre. 

GiojA  (Melchiorre).  Nuovo  prospetto  délie  scienze  economiche, 
ossia  somma  totale  délie  idée  teoriche  e  pratiche  în  ogni 
ramo  d'administrazione  privata  e  publica.  Milano,  1815, 
6  vol in-4. 

Ce  prospectus,  en  six  volumes  in-4,  paraîtrait  un  peu  long,  si  l'auteur,  qui 
était  un  homme  d'esprit  et  dont  l'Italie  regrette  la  perle  récente,  n'en  avait 
Tait  une  véritable  encyclopédie  économique,  riche  des  documents  les  plus 
précieux  et  des  citations  les  plus  originales.  Sa  critique  sévère  ne  fait  grâce 
à  aucune  renommée;  Adam  Smith,  J.-B.  Say,  Malthus,  ont  essuyé  tour  à  tour 
Je  feu  de  ses  épigramm^^s.  C'est  le  Gcoffiroy  de  l'économie  politique  ;  sa  verre 
s'exerçail  surtout  aux  dépens  des  économistes  qui  n'étaient  point  de  son 
pays,  tandis  que  sa  grande  érudition  donnait,  â  ses  attaques  une  apparence 
d'impartialité.  Son  livre  est  trop  peu  connu  et  trop  peu  étudié  en  France.* 

GoDwiN  (Will.).  Recherchex  sur  la  population,  et  sur  la  faeul- 


494  BIBLIOGRAPHIE. 

té  d'aceroissemênt  de  l'espèce  humaine;  contenant  une  ré- 
futation des  doctrines  de  Malthus  sur  cette  matière;  tra- 
duit de  Tanglais  par  F.-S.  Gonstancio.  Paris,  1821,  â  toI. 
in-8. 

Le  livre  de  Godwin  a  ftU  moins  de  bruit  que  celui  de  Mâllhus  dont  il  est  la 
rérutalion  ;  il  renrerme  cependant  des  vues  bien  plus  hardies  et  plus  géné- 
reuses. Il  est  écrit  d'un  style  vif  et  pittoresque,  avec  une  verve  de  raillerie  et 
une  énergie  d'expression  qui  lui  donnent  le  caractère  d'un  pamphlet,  quoique 
ce  soit  un  ouvrage  vraiment  spécial. 

GouRNAY  (Vincent  de). 

Il  donna  une  traduction  française  de  Josiah  Child  et  Thomas  Culpeper 
(voyez  ces  deux  noms),  et  se  fit  principalement  eonnatlre  par  dé  nombreux 
mémoires,  comme  intendant  du  commerce.  Il  professait,  mais  avcd  des 
amendements  très-judicieux,  les  principes  des  économistes  du  siècle  passé. 
Turgot  a  écrit  son  éloge  ;  mais  le  plus  grand  de  tous  les  éloges  est  le  nom  de 
son  panégyriste. 

GoRLOF.  De  valoriê  naturâ,  Dorpati,  1838,  in-8. 
Gouttes  (l'abbé).  Théorie  de  l'intérêt  de  V argent  contre  l'abus 
d'imputation  d'usure,  Paris,  ^1780,  1  vol. 

Cet  ouvrage  ne  renferme  rien  qui  ne  se  lrouv«  dans  les  écrits  de  Benlham 
et  de  Turgot. 

Grauman.  Lettre  concernant  les  monnaies  d'Allemagne,  Berlin. 

1752,  in-12. 
—  Lettre  sur  la  proportion  entre  l'or  et  l'argent  ;  >ur  les  mon- 
naies de  France^  etc.  Paris,  1788,  in-8. 
Grenville.  Mémoire  sur  l'administration  des  finances  de  V An- 
gleterre, depuis  la  pato?;  ouvrage  attribué  à  M.  Grenville, 
ministre  d'état,  chargé  de  ce  département  dans  les  années 
1763, 1764  et  1765.  Mayence,  1778,  in-4. 
Ce  livre  a  pour  but  de  signaler  au  peuple  anglais  la  nécessité  d'une  sage  ad- 
ministration des  finances.  L'auteur  y  manifestait  des  inquiétudea  sur  l'avenir 
de  son  pays,  en  voyant  la  dette  publique  s'accroître.  Qu'aurait-il  dit,  s'il  avait 
vécu  après  la  guerre  d'Amérique  et  Ja  révolution  française,  par  suite  desquel- 
les la  dette  anglaise  fut  portée  à  près  de  vingt  milliards  ? 

Grimaudet  (François).  Des  monnaies,  augment  et  diminution 
â'keiles.  Paris,  1586,  in-S. 


BIBLIOGRAPHIE.  435 

Grôuber  DE  Groitbenthal.  Théorie  générale  de  Vadministra- 

lion  des  finances,  Paris,  4788,  2  vol.  in-8. 
GuA  DE  AAtYEs  (abbé  de).  Discours  pour  et  contre  la  téduc- 

tion  de V Intérêt  naturel  de  l'argent-,  traduit  de  Fanglais. 

Wesel,  4797,1  vol. 

L'observation  faite  pour  Pouvrage  de  l'abbé  Gouttbs  (page  434)  peut  s'ap- 
pliquer également  à  celui-ei. 

GuDiN  DE  LÀ  Brenellbrib.  Essax  sur  l'hisioire  des  comices  àê 
Home,  des  états- généraux  de  France  et  du  parlement  d'An* 
gleterrs.  Pari»,  Maradan,  1789,  5  vol.  iih8. 

Cet  ouvrage  a  remporté  le  prix  d'utilité  à  l'Académie  française.  Il  a  le  mé- 
rite, rare  4ans  ces  sortes  d'ouvrages,  d'être  écrit  avec  beaucoup  de  clarté. 

GuER  (de).  Jffistoire  de  la  Banque  d'Angleterre,  et  considéra- 
tions sur  les  grandes  banques  de  circulation.  Paris,  1810, 
in-8. 

—  Considérations  sur  les  finances.  Paris,  1805,  in-8. 

—  Du  crédit  public,  Paris,  1807,  in-8. 

—  Essai  sur  le  crédit  commercial,  considéré  comme  moyen 
de  circulation,  et  suivi  de  Texposition  des  principes  de  la 
science  du  crédit  public,  et  de  celle  de  l'imposition.  Pa- 
ris, 1801,  in-8. 

GuLicH  (Gust.).*  GesohiehilicheDarstellung  des  Handels,  etc. 
(Exposé  historique  du  commerce,  de  l'industrie  et  de  l'a- 
griculture des  États  commerçants  les  plus  importants  de 
notre  époque.)  â  vol.  in-S.  Jena,  1830  ;  chez  Froman. 

Cet  ouvragé,  bit  avec  soin  et  conscience,  répond  à  son  titre.  Il  coittient 
des  recherches  précieuses  snr  le  commerce  et  l'industrie.  Lei  relations  ex- 
térieures des  peuples  y  sont  surtout  traitées  in  extenso,  sans  que  pour  cela 
les  données  sar  le  connerce  intérieur  aient  été  négligées. 


H. 


Hagrn  (von  der).  Stamtslehre.  Kœnigsberg,  1839,  iii-8. 
Hamburger.  Dû  preHis  rerum  aipud  veteres  Ihmanos  disputa- 
tro,  Gottingue,  17^4. 


436  BIBLIOGRAPHIE. 

Thèse  fort  contestable  sur  un  sujet  qui  ne  sera  jamais  éclairci,  mais  riche 
de  Taits  el  d'observations. 

H AMiLTON  (Robert).  Recherches  sur  Vorigine  ^  les  progrés,  le 
rachat^  l'état  actuel  et  la  régie  de  la  dette  nationale  âfe  la 
Grande-Bretagne  ;  traduit  de  l'anglais  par  Henri  Lasalle, 
Paris,  1817,  in-8. 

L'un  des  meilleurs  ouvrages  qui  aient  été  écrits  sur  la  matière.  Il  est  con-? 
suite  tous  les  jours  comme  un  document  officiel,  quoiqu'il  ne  le  soit  pas. 

Hamilton  (Alexander).  Rapport  ofthe  secretaryofthe  ireasury 
of  the  united  States  on  the  subject  of  manufactures.  1  vol. 
in-folio,  1791. 

Harcourt  (vicomte  d*) .  Réflexions  sur  la  richessse  future  de 
la  France  et  sur  la  direction  qu'il  convient  de  donner  à 
la  prospérité  du  royaume.  Paris,  1826,  in-8. 

Cet  ouvrage  renferme  qpelques  vues  utiles. 

L'auleur  y  soutient  la  possibilité  d'employer  les  troupes  aux  travaux  pu- 
blics ;  il  n'est  pas  très-grand  partisan  du  commerce  extérieur,  mais  en  revan- 
che il  se  montre  très-favorable  â  l'entretien  d'une  dette  fofidée,  comme  moyen 
de  rallier  les  rentiers  à  la  fortune  du  gouvernement.  On  a  vu,  en  i830,  de  quel 
secours  était  ce  renfort.  ^ 

Hautërive  (comte  d').  Éléments  d'économie  politique^  suivis 
de  quelques  vues  sur  TappUcation  des  principes  de  cette 
science  aux  règles  administratives.  Paris,  1817^  in-8. 

L'ouvrage  de  M.  le  comte  d'Hauterive  expose,  avec  beaucoup  de  lucidité, 
les  graves  incoavénients  d'une  mauvaise  répartition  de  l'impôt. 

Nous  ne  connaissons  pas  d'adversaire  plus  énergique  des  lois  prohibitives, 
et  son  opposition  est  d'autant  plus  courageuse  que  l'auteur  appartenait  à  Tact- 
mioistration. 

Heeren.  De  la  politique  et  du  commerce  des  peuples  de  ta f^ 
tiquité;  traduit  de  l'allemand,  sur  la  4"  édition,  par  M.W. 
Suckau.  Paris,  Didot,  1850.  6  vol.  in-8. 

*—  Manuel  de  l'histoire  ancienne,  considérée  sous  le  rapport 
des  constitutions,  du  commerce  et  des  colonies  des  divers 
États  de  Tantiquité.Traduit  de  Tal^lemand  par  M.  Thurot 
Paris,  F.  Didot  et  fils,  1825,  ou  1857,  in-8. 


B1BLI06RAPHIR.  437 

—  FisaiÈur  l'influence  dés  croisades,  i  vol.  in-8. 

Heeren  est  l'un  des  historiens  qui  a  fourni  le  plus  de  matériaux  à  l'écono- 
mie politique  sans  être  économiste. 

Hégderty  (d').  Essai  sur  les  intérêts  du  commerce  maritime, 
La  Haye,  4754,  in-i2. 

L'auteur  y  proposait  un  acte  de  navigation  semblable  à  celui  de  l'Anglc- 
terre. 

Hennet  (le  chevalier).  Essai  d'un  p^an de  finances,  Paris,  De- 

launay,  1816,  brochure  in-4. 

—  Théorie  du  crédit  public.  Paris,  Delaunay,  1816, 1  vol.  in-4. 
Henrion  de  Bussi.  7>e  la  destruction  de  la  mendicité.  Riom , 

1790,  ip-4. 
Herbert  (Cl.  Jacq.).  Essai  sur  la  police  générale  des  graim. 
Londres,  1754,  in-8;  Berlin,  1755,  in-12. 

—  Observations  sur  la  liberté  du  commerce  des  grains.  Paris, 
1759,  de  60  pages. 

Hbrmann.  *  Staatswirthschaflliche  Untersuchungen.  {Recher- 
ches d'économie  politique.)  in-8.  Munich,  1832. 

L'auteur  a  traité  la  science  d'un  point  de  vue  Irès-élevé.  L'esprit  public  est, 
•elon  lui,  indispensable  pour  la  réalisation  des  idées  économiques  ;  c'est  la  pra- 
tique qui  doit  le  développer,  soit  par  l'organe  du  gouvernement,  soit  par  la  li- 
béralité des  citoyens.  Les  recherches  d'économie  politique  sont  écrites  avec 
clarté  et  précision,  et  les  chapitres  du  prix  des  marchandises,  des  profits,  du 
revenu  et  de  ia  consommation  sont  Irés-remarquabies. 

Herrenschwand.  De  Véconomie  politique  et  morale  de  l'espèce 

humaine.  Londres,  1796,  2  vol.  in-4.. 
"—  De  Véconomie  politique  moderne^  Discours  fondamental 

sur  la  population,  Londres,  1786,  in-8. 

Cet  auteur  appartient  à  l'école  allemande,  agricole  et  administrative  ;  il 
ftrme  la  transition  entre  Péeole  de  Qiiesnay  et  celle  d'Adam  Smith.  On  peut 
lé  considérer  comme  un  philanthrope  imbu  des  doctrines  de  Mirabeau,  le 
père,  plutôt  que  comme  un  observateur  exact  des Taits  sur  lesquels  repo- 
sent aujourd'hui  les  vr.iif^  théories  de  de  la  science.  Quoique  Allemand,  il  a 
écrit  en  Trançais.  Son  livre  de  la  Population^  dédié  à  Louis  XVI,  fourmille  de 
paradoxes  sur  le  luxe  ;  on  n'en  saurait  tirer  aujourd'hui  aucpn  résultai  avan- 
tageux. 

HoDGSKiN  (Thomas).  Popuiar  poHtieal  eeonotnyj  four  lectures 


438  BIBUOaRAPHIE* 

delivered  at  the  London  mechanics  ia^itution.  London, 
1827,  in-S. 

Modèle  bon  à  coonatire,  de  la  manière  dont  les  Anglaia  ont  sinpiifié,  pour 
les  classes  laborieuses,  les  plus  hautes  questions  de  récooomie  politique.. 

HoECK.  *  Materialien  zur  Finanz-Siatisiik  der  deutzehen 
Bundesstaaten.  (  Matériaux  j)Our  servir  à  la  statistique 
financière  de  la  Confédération  germanique.)  in-8.  Smal- 
kalde,  1823. 

L'auteur  a  fait  un  rapprochement  des  différenta  systèmes  Onanciertilef  états 
.  allemands.  11  donne  en  général  le  détail  des  revenus,  des  dépenses  et  dts  det- 
tes publiques.  Ce  livre  contient  touteXois  plusieurs  lacunes  qui  ont  été  conH 
blées  par  des  travaux  plus  récents. 

HuERNE  DE  PoMMEusE.  Des  colouies  agricoles.  Paris,  1832,  in-8. 

Livre  sérieux  sur  un  sujet  impraticable;  on  se  souviendra  du  livre,  même 
après  l'abandon  de  l'essai. 

HirET.(at)cien  éyèque  d'Avranches).  Histoire  du  commerce  et 

de  la  navigation  dés  anciens,  1763,  1  vol.  in-8. 
Ouvrage  élémen'taire,  complètement  éclipsé  par  celui  de  M.  Héerwi,  mf  fe 
même  sujet. 

HuFELÀND  (J.).  "  Neue  Grundlegung  der  Stoais-Wirthschaft^ 
.  kunde,  (Nouvelles  bases  de  réconomie  nationale.)  2  vd. 

Giessen,  1807  à  1813.  in-8. 
Cet  ouvrage  n'est  pas  encore  terminé. 

Hume  (David).  Essais  sur  le  commerce,  le  luxe,  l'argent,  etc., 
1767,  in-12. 

Les  Essais  de  Hume  renferment  une  partie  purement  philosophique  ei 
une  partie  économique.  La  seconde,  qui  est  la  seule  dont  nous  ayons  à 
parler  ici,  se  compose  de  plusieurs  chapitres  sans  liiâton  entré  eux,  mais 
remarquables  par  la  clarté  du  style  9t  la  solidité  des  dédifctions.  Les  plus  in- 
téressants sont  relatifs  à  la  monnaie,  au  crédit  public,  â  la  population  des  an- 
^  eiens  états.  ^ 

HusKissoN  (William).  The  speeches  of  the  right  honourable, 
.  3  vol  in-8.  Londres,  1831. 

Les  discours  dé  ce  célèbre  ministre  demeureront  toujours  le  point  de  dé- 
part de  la  réforme  économique  en  Angleterre.  On  peut  les  considérer  conme 
farsenâl  où  les  adversaires  du  système  pi^bibitif  doivent  venir  tremper  leurs 
armes.  (Consulter,  sur  le  même  sujet,  la  Notice  biographique  lue  à  MstU- 
m  par  PtulMir  d§  eetle  htst^in^  le  3  mii  iMo.) 


B|||LipGRA)»|iIR,  439 


I. 


(SNARQ.  Traité  des  richesses,  Londres  et  Lausanne»  1781, 2  vol. 
in-8. 

Adreruire  des  éconinnistes  ;  un  peu  dédamateur  comme  eux. 
Quelques  déUUs  atUchanls  sur  certains  points  de  TécoDomie  politique  des 
anciens,  notamment  sur  leurs  impOts. 

IvsuKoift  (François  d']*  Tableau  historique  et  politique  de$ 
pertes  que  la  révolution  et  la  guerre  ont  causées  au  peuple 
français,  dans  sa  population ,  son  agriculture ^  ses  colo- 
nies, ses  manufactures  et  son  commerce.  Mars,  1799,  â  vol. 
in-^. 

Il  est  fâcheux  que  ee  livre,  imprimé  à  Londres,  ait  ie  caractère  d'un  pwi- 
pblel  cooMnandé  centre  le  gouyernement  de  la  nalion  française  ;  mais  à  pif^ 
le  sentiment  qui  Ta  dicté,  nos  compatriotes  y  trouveront  plus  d'un  grave  su* 
1^1  dç  réflexions  et  d'enseignement. 


J. 


Jacob  (William).  An  historical  inquiry  into  the  production  and 
consumption  of  the  precious  metals.  London,  1851,  2  vol. 
in-8. 

Ouvrage  plein  d'intérêt ,  incomplet  à  beaucoup  d'égards,  mais  riche  de  bits 
jprécieux  et  de  recherches  spéciales,  le  meilleur  dans  son  genre  ;  une  (radoc- 
lion  française  aurait  des  chances  de  succès. 

—  fieport  on  the  trade  in  corn  and  on  the  agriculture  of  the 
Dorih  of  Europe;  imprimé  par  ordre  de  la  Chambre  dçs 
communes,  in-folio,  18â6. 

Ce  rapport  contient  dés  documents  de  la  phis  haute  importance  sur  le 
commerce  des  grains  en  Europe,  et  il  a  servi  à  rérorraer  les  idées  exagérées 
qu'on  s'était  faites  sur  la  fertilité  des  régions  du  Mord.  On  y  trouve  lef  ta- 
formations  les  plus  récentes  et  les  plus  authentiques  sur  la  question  dei  ce- 


440  BIBLIOGRAPHIE. 

Jakob  (f^H.).  *  Die  Siaatsfinanzwissenschàft.  (  La  science  fi- 
nancière, théorique  et  pratique,  éclaircie  par  des  exem- 
ples puisés  dans  l'histoire  financière  moderne  des  États 
de  l'Europe.)  2*  édition,  augmentée  par  J.-J.-H.  Eiselen, 
Halle,  4837,  in-8. 

Cet  ouvrage  se  disiingue  par  sa  clarlé  et  par  sa  simplicité.  L'auteur  y  a  Ikit 
preuve  de  connaissances  Tort  étendues,  et  son  nouvel  éditeur,  M.  Eiselen,  a 
cherché  à  y  ajouter  les  faits  nouveaux  du  monde  flnancier.  Les  détails  qui  se 
rapportent  à  la  Prusse  sont  surtout  intéressants. 

Jakob.  *  Grundsaetze  der  Naiionalœconomie ,  etc,  (Principes 
d'économie  nationale,  ou  théorie  de  la  richesse  nationale.) 
in-8.  Halle,  1825. 

Cei  ouvrage  traite,  dans  les  quatre  sections  dont  il  se  compose,  des  élé- 
ments de  la  richesse  nationale,  des  conditions  d'origine  de  celle-ci ,  et  de  son 
accroissement  en  général.  Suivent  leis  causes  spéciales  de  l'accroissement  des 
richesses,  les  principes  de  leur  distribution,  et  enfin  ies  phénomènes  de  la 
consommation. 

JOLLivET.  De  l'impôt  progressif,  et  du  morcellement  des  patri- 
moines ,  par  J.-B.-M.  Jollivet,  ex-député  de  rassemblée 
nationale-législative.  1  vol.  in-8, 1793. 

L'auteur  se  prononce  avec  énergie  conire  l'impôt  progressif  :  Texpé- 
rieoce  n'a  pas  justifié  ses  appréhensions.  Son  mémoire  contient  des  calculs 
intéressants.  ' 

JoNCHÈRE  (de  La).  Système  d*un  nouveau  gouvernement  en 
France.  Amsterdam,  1720,  quatre  parties  in-12. 

Dans  ce  livre,  extrêmement  original,  l'auteur  suppose.  qu«  le  roi,  pour  évi- 
ter mille  détails  embarrassants^  permettra  l'établissement  d'une  compagnie 
qui  sera  chargée  des  dépenses  annuelles  de  l'Ëtat,  de  tout  ce  qui  regarde  les 
finances  et  le  commerce,  et  du  maintien  de  la  police.  En  d'autres  termes,  il 
propose  de  donner  le  gouvernement  à  bail  à  celte  compagnie;  et  de  former 
une  société  ien  commandite  qui  ferait  le  métier  de  roi.  On  trouve  dans  ce 
livre  une  description  complète  et  détaillée  du  palais  et  des  appartements 
qui  seraient  habités  par  les  gérants  de,  la  société  :  le  balcon  du  premier 
étage  devait  être  garni  d'une  grille  en  fer  doré  ;  il  y  aurait  des  cascades  dans 
le  jardin. 

JoRio  (Michèle  de).  Storiadel  commereio  e  délia  navigaziane^ 


BIBLIOGRAPHIE*  441 

dal  principio  del  mondo  sino  a  giornî  nostrl.  Napoli,  1778. 

Longue  et  faslidieuse  compilation,  Tort  au-dessous  de  l'ouvrage  de  l'évéque 
d'Avranches  (II..Huet),  sur  le  même  sujet. 

Jones  (Richard).  An  essay  on  ihe  distribution  of  wealth  and 
on  the  sources  of  taxation,  Londres,  1  vol.  in-8, 1831. 

Le  livre  de  M.  Jones  est  un  traité  complet  des  origines  du  revenu  territo- 
lial  dans  les  divers  pays  du  monde,  depuis  les  anciens  jusqu'à  nos  jours.  Cet 
essai,  sur  la  distribution  de  la  richesse ,  ne  s'occupe  que  d'une  partie  de  la 
richesse,  celle  qui  dérive  de  la  terre  ;  mais  cette  monographie  est  d'un  prix 
infini,  à  cause  des  documents  nouveaux  et  variés  dont  elle  est  enrichie. 

JovELLANOs.  Informe  de  don  Gaspar  de  Jovellanos  en  el  ex- 
pediente  de  la  ley  agraria,  Burdeos,  1820,  in-12.       • 

Jovellanos  n'était  pas  un  économiste,  et  11  n'a  pas  donné  les  raisons  vérita- 
bles du  triste  étatile  son  pays;  mais  il  en  a  signalé  les  plaies  avec  une  rare 
sagacité,  et  son  livre  aura  longtemps  le  mérite  de  la  nouveauté,  comme  ceux 
de  beaucoup  de  ses  compatriotes. 

—  Memoria  sobre  el  establecimiento  del  monte  pio  de  hidal- 
gos  de  Madrid^  leida  en  la  real  sociedad  de  Madrid,  por 
don  Gaspar  Melchior  de  Jovellanos ,  en  12  de  Marzo  de 

1784. 

Joyce  (Jeremiah).  A  complète  analyse  ofAdam  Smith,  în-12, 
1797,  London. 

JusTi  (von).  StaatswirtïischaftodersysiematischeAbhandlung. 

Leipzig,  1753,  in-8. 
Jung.  Fersuch  einer  Grundlehre  saemtlicher  Cameralwissen- 

schafien.  Lautern,  1779. 

—  Lehrbuch  der  Finanzwissenschaft,  Leipzig,  1788. 

JuviGNT  (B.).  Exposé  des  principes  élémentaires  et  raisonnes 
.     sur  le  meilleur  système  d'' emprunts  publics^  et  sur  le  meil- 
leur mode  d'amortissement,  précédé  de  notions  générales 
et  spéciales  sur  la  dette  publique.  Paris,  1833.  in-8. 

C'est  un  excellent  livre  élémenlaire  pour  l'édification  des  hommes  qui  ne 
comprennent  rien  aux  afTaires  de  bourse. 


39 


ièî  BllLtOORAPHIB. 


K. 


Rloc(ii  (Gaspari)  Traciaius  0conofnicopoliiicu8  de  èoniri- 

butionlbus,  Nuremberg,  1640,  in-folio. 
KftAus  (Chf.  J.)-  Siaatswirthschaft,  S  vol.  ,in-8,  1808-1811, 

Kqenisberg, 
KftAnss  (Jf.-F.).  *  Ferseuh  eines  Systems  der  National  und 

Siaaisœeonomie.  (Esaai  d'un  système  d'économie  nation 

nale;.  2  vo).  in-8.  Leipzig^  1850. 

C'est  une  «iposition  populaire  des  principes  d'écononiie  poliMcpie.  L'au- 
teur a  procédé  chronologiquement,  et  il  a  déduit  ses  doctrines  des  ùiits.  Il  a 
fait  Thistoire  du  développement  de  réconohiie  politique  en  décrivant  les  chan« 
gements  que  le  temps  et  la  nature  ont  amenés  chez  chaque  peuple.  Il  com- 
mence par  la  vie  pastorale  et  de  chasseur,  et  montre  la  transition  à  Tagricul- 
ture  ;  puis  il  arrive  à  Torigine  de-l'induslrie  et  du  commerce  et  i  TorgauPsation 
réfiiliéi'e  (|es  subsistances.  Des  noternombreuses  contiennent  les  défifiitions 
scientifiques  et  la  discussion  de  plusieurs  doctrines  économiques. 

Krug.  4prissder  siaalsœcQnomie,  Bçrlin,  1808,  in-8. 

—  Ideen  zu  einer  Staatswitthschaftlichen  siatistik.  Berlin , 
1807,  in-8. 

KoTTLiNGER  (Friedemann).  *  Grundzuge  einer  allgetneinen- 
Eechis-und-fFirthschafislehre,  (Principes  généraux  du 
dfolt  etjde  Téconomie  politique  à  l'usage  des  juriscon- 
sultes et  descaméralistes).  2  vol.  in-8.  Erlangen,  1837. 

c'est  tin  essai  d'Union  entre  le  droit  et  l'économie  politique.  L'auteur  ne 
semble  pas  être  très  au  courant  de  celte  dernière  science.  L'on  rencontre 
dans  son  livrç  plusieurs  idées  surannées  ;  il  y  règne  Hussi  quelque  eonfusion. 
Ainsi  le  droit' des  gens  suit  immédiatement  la  partie  économique  de  l'ouvrage» 
sarts  que  cet  arrangement  soit  suffisamment  justifié.  Le  livre  de  M.  Ruttlinger 
contient  au  reste  un  grand  nombre  dç  matériaux  dont  l'étude  ne  sera  pis  sani 
lililiié  poui^  las  commençants. 

L. 

i 

Labarthe.  Intérêts  de  la  France  dans  l'Inde^  contenant: 


BIBLIOGRAPHtB.  448 

i«  llndication  des  titres  de  propriété  de  nos  possessions 
d'Asie;  2*»  les  époques  de  nos  succès  et  de"  nos  revers  dans 
ces  contrées  ;  3"  les  actes  relatifs  à  la  rétrocession  de  no^ 
établissements  après  la  paix  de  1783.  PariSj  18J6,  in-8. 

j^xcellent  résumé  des  événemenls,  hélas  !  trop  rapides ,  qui  nous  ont  ré- 
éntla,  dans  rinde,  à  la  triste  position  que  nous  y  occupons  aujourd'hui. 

Laboulinière  (P.).  De  la  disette  ^t  de  la  surabondance  en 
France^  des  moyens  de  prévenir  l'une,  en  mettant  Tautre 
à  profit,  et  d'empêcher  les  trop  grandes  variations  dan§ 
le  prix  des  grains.  Paris  y  1821, 2  vol.  in-8. 

Trjtvail  QQO^plencieux  d'un  ipagistrat  éclairé.  L'auteur  n  été  sous-pféfet  i 
Ëtampes,  ville  d'approvisionnement  et  de  céréales,  et  il  a  pu  étudier,  d'une 
manière  spéciale,  le  côté  pratique  de  la  question  des  grains. 

La  Farelle  (Fét.  de).  Du  progrès  social  au  profit  des  elasses 
populaires  non  indigentes ,  ou  Études  philosophiques  et 
économiques  sur  Tamélioration  matérielle  et  morale  du 
plus  grand  nombre.  Paris,  1839,  2  vol.  in-8. 

Lapfitte  (J.).  Réflexions  sur  la  réduction  de  la  rente^  et  sur 
l'état  du  crédit  Paris,  1824,  in-8. 

M.  Laffitte  a  eu  l'honneur  de  signaler  le  premier,  dans  cet  écrit,  les  avanta- 
ges qui  devaient  résulter  de  la  réduction  de  la  rente,  à  une  époque  où  les  es- 
prits étaient  peu  favorables  à  cette  grande  mesure  financière.  Ajournée  de- 
puis lors,  la  question  reparaît  après  plus  de  dix  ans,  et  le  livre  de  Bl.  Laffitte 
semble  reprendre  un  intérêt  nouveau.  Nous  en  conseillons  la  lecture  aux 
personnes  qui  veulent  se  Tamiliariser,  sans  effort,  avec  les  théorie^  du  crédit. 

—  Opinion  sur  le  projet  de  loi  relatif  à  l'emprunt  de  80  mil- 
lions, etc.  Paris,  Bogsange,  1828,  in-8. 

Laforest  (l'abbé  de).  Traité  de  Vusmeetdes  intérêts.  Cç]!^%ike 
^t  Paris,  1769, 1  vol. 

«-  État  des  pauvres ,  ou  Histoire  des  classes  travaillantes  de 
la  société  en  Angleterre^  depuis  la  rconquéte  jusqu'à  l'é- 
poque actuelle,  etc.  ;  extrait  de  l'ouvrage  publié  en  an- 
glais par  sir  Morton  Eden  ;  par  Larochefoucauld-liiancoqrt. 
/'art*,  an  VIII,  in-8. 

CetexIftitaiiraiKM  pfO|»ager  davaniage  la  eonnaiasanee  da  Ktre  qof  est 


444  BIBLIOGBAPHIE. 

excellent,  et  qui  devait  servir  de  modèle  à  toutes  les  recherche!  spr  l'état  des 
pauvres.  Malheureusement  Touvrago  de  sir  Fr.  Morton  Eden  n'a  pas  moins 
de  trois  volumes  in-4.  Londres,  1797. 

Lamg.  Neher  den  oberstenGrundsaz  der  poliiischen  œconomie, 

Riga,  1807,  in-8. 
Lassalle  (Henri).  Des  finances  d'Angleterre,  Parfis,  1803, 

1  vol.  in-8. 

Livre  utile  en  son  temps,  dépassé,  depuis  lors,  par  les  ouvrages  de  sir  Henry 
Parnell,  de  M.  Pebrer  et  de  M.  Bailly. 

Làuderdale  (lord).  Jn  inquiry  itiio  ihe  nature  and  oriffin  of 
public  wealihy  and  into  the  means  and  causes  of  its  in- 
crëase.  Edinburgh,  1804,  in-8.  (Traduit  en  français,  Paris, 
Dentu,  1807,  in-8.) 

—  Considérations  on  the  state  ofeurrency,  1813. 

Ces  deux  ouvrages  de  lord  Làuderdale  sont  encore  estimés  aujourd'hui, 
surtout  le  dernier,  même  après  les  écrits  de  Ricardo. 

Lauraguâis  (comte  de).  Mémoires  sur  la  Compagnie  des  Indes ^ 

dans  lequel  on  établit  les  droits  dés  actionnaires,  etc.  1  y. 

in-8,  1770. 

C'est  un  examen  passionné  du  système  de  Law,  le  plus  court  et  l'un  des 
plus  curieux  de  tous. 

Latoisier.  Résultats  extraits  d*un  ouvrage  intitulé  :  De  la  Hi- 
chesse  territoriale  du  royaume  de  France;  ouvrage  dont 
la  rédaction  n*est  pas  encore  achevée,  remis  au  comité  de 
l'imposition.  Paris,  1791,  in-8.  Nouv.  édition,  suivie  d'un 
Essai  d'arithmétique  politique  sur  les  premiers  besoins  de 
l'intérieur  de  la  France,  par  M.  de  Lagrange.  Paris,  M"»» 
Huzàrd,1819,  in-8. 

Law  (Jean).  Ses  œuvres,  contenant  les  Principes  sur  le  nu- 
méraire, lé  commerce,  le  crédit  et  les  banques.  Traduit 
de  Tanglais,  avec  des  notes,  par  M.  de  Sénovert.  Paris, 
1790,  in-8.  ^ 

Cet  unique  volume'rcnferme  tous  les  écrits  de  Law. 
Ses  lettres  sur  les  banques  devraient  être  le  vade-mecum  de  tous  ceux  qui 
commencent  Fétode  des  questions  flnaocière*  en  économie  politique^     • 


BIBLIOGRAPHIE.  445 

Ses  Considéraliona  sur  le  numéraire  sontun  véritable  cheM'œuvre  qui  n^ 
.pas  même  élé  surpassé  par  les  belles  analyses  d'Adam  Smith. 

Law  était  un  homme  do  génie,  dont  le  seul  tort  a  été  de  naître  cent  ans  trop 
tôt. 

Lebreton  (Joachim).  Rapport  fait  au  nom  de  la  section  des 
finances^  sur  le  projet  de  loi  relatif  aux  monnaies,  Paris, 
germinal  an  XI,  in-4. 

Lechevàlier  (iules).  Étude  de  la  science  sociale,  in-8, 1854. 

L'auteur  y  a  combattu  les  doctrines  du  saint-simonisme,  dont  il  avait  été 
un  moment  partisan.  Cet  ouvrage  est  suivi  d'un  Programme  d'économie  po^ 
litique. 

Leipziger.  Geist  der  Nationalœconomie,  2  vol.  in-8.  Berlin, 

1813  à  1814. 
Lequin  de  la  Neuville.  Origine  des  postes  chez  les  anciens  et 

chez  les  modernes,  Paris,  1708,  in-12. 

Ce  livre  contient  quelques  particularités  intéressantes  sur  le  sujet;  maison 
n'y  trouve  pas  le  moindre  aperçu  sur  les  conséquences  des  améliorations  ob- 
tenues. 

Lethlnois  (André).  Apologie  du  système  de  Colbert,  ou  Obser- 
yations  juridico-^politiques  sur  les  jurandes  et  maîtrises 
d'arts  et  métiers.  1  vol.  in-18.  Amsterdam,  1771. 

L'aulcur  n'a  vu  qu'un  côté  de  la  question  ;  mais  il  en  a  tiré  tout  le  parti  pos- 
sible. Son  livre  est  un  plaidoyer  ingénieux  en  faveulr  des  corporations. 

Letrosne.  De  V ordre  social  ^  ouvrage  suivi  d'un  traité  élé- 
mentaire sur  la  valeur,  l'argent,  la  circulation,  l'indus- 
trie et  le  commerce  intérieur  et  extérieur.  Paris,  1777, 
in-8. 

—  De  V intérêt  social,  1  vol.  in-8, 1777. 

Le  second  ouvrage  est  plus  spécialement  consacré  i  l'économie  politique 
que  le  premier. 

Tous  deux  appartiennent  à  l'école  économiste;  mais  le  premier  se  rattache 
davantage  à  la  politique  sociale. 

—  De  l'administration  provinciale  et  de  la  réforme  de  Vim- 
pat,  Bâle,  1788,  2  vol.  in-8. 

Application  des  doctrines  économistes  i  la  réforme  de  l'hnpôt.  On  sait  qm 
l'utopie  des  économistes  était  le  remplacement  de  tous  les  impôti  par  m  i»» 
pôt  unique  sur  la  terre. 


446  BIBLIOGRAPHIE. 

LttJtSHS  (L.-C.).  *  OefJm-b-iihd'Hàndelsfre^hêiî.  (De  la  liberté 
du  commerce  et  de  l'industrie,  ou  Exposé  des  moyens  dé 
fonder  la  prospérité  des  peuples,  la  richesse  et  la  puis- 
sance des  nations.)  1  vol.  in-8.  Wurtemberg,  1827. 

M  firenière  partie  contient  des  considérationa  historiques  générales.  Elle 
traite  de  Télal  primitif  des  hommes,  de  l'origine  et  de  l'organisation  des  socié- 
tés et  des  institutions  destinées  à  Tavoriser  le  commerce  et  l'industrie.  —  La 
deoitème  est  tonsacrée  à  l'examen  des  règlements  fayorabtes  à  la  prospérité 
Ihi  commerce  et  de  llndinfrie.  —  Dans  la  troisième,  Fauteur  esquisse  le  plan 
trVin  ffbuveau  système  industriel. 

M.  Leuchs  est  partisan  de  la  liberté  conimerciale. 

Ltil^GUET.  L*impât  territoriat ,  ou  la  diœme  royale  avec  toui 
ses  avantages.  1  vol.  in-8,  4787. 

-^  Dû  ttmihertis  des  jgraîfis ,  nouvelle  édition,  augmentée 
d'une  lettre  à  M.  Tissot,  sur  le  mérite  politique  et  physi- 
que du  pain  et  dû  blé.  1789. 

Le  second  de  ces  écrits  est  resté  célèbre  à  cause  de  la  philippique  de  l'au- 
teur eontre  l'usage  du  pain,  qu'il  appelle  un  poison  lent,  Linguet  déclamait 
be^ueoup,  dans  son  temps ,  contre  iâ  culture  des  pommes  de  terre  qui  de- 
IfUlent,  selon  iui,  en  fte  multipliant,  acquérir  les  propriétés  reâoûttdfties  du  blé. 
Parroentier,  à  fs»  y^i,  était  un  ennemi  publie. 

Locke.  Treaiiit  onraising  ihe  value  ofmoney.  1694. 

Ouvrage  digne  d'être  lu,  autant  à  cause  du  nom  dé  son  auteur,  que  paircè 
(fa"\\  8*y  trouve  une  théorie  analogue  â  celle  de  Ouesnay. 

LbcQucAN.  Essai  sur  l'établissemeiM  des  hôpitdiMp  Soffiâ  les 

grandes  villes:  Paris,  1797,  in-8. 
LoEN.  Entwurf  einer  staatskunst.  Francfort,  1751,  in-8. 
LoTz  (J.-E.).  *JIandbuch  der  Staatswirthschafslehre,  (Manuel 

d'économie  politique.)  5  vol.  in-8.  Ërlangeii,  1823. 

Cest  un  développement  des  principes  de  l'économie  politique  dana  leur 
application  à  l'état  présent  des  sociétés,  et  en  même  temps  un  manuel  pour  tes 
administrateurs  qui  possèdent  d^  les  premières  notions  de  la  science.  La 
théorie  des  valeurs  et  des  prix  est  exposée  avec  une  jgrande  lucidité  dans  cet 
ouvrage.  On  y  a  aussi  traité  d'une  manière  remarquable  les  questions  àt  cré- 
Él|  (Mb  tnonnaie  ei  de  ta  liberté  commet* claie.  L'autetn*)  dani  fa  diicitttioii  des 
lfl(>éll,  préVfrre  les  côhtribmton»  ^iiiecles  aiU  tftkeé  Iwdtteete»  ;  iS^Vb  tMAtls 
de  son  ouvrage  laisse  i  désirer. 


LijDBii.  Handkf^  éer  StaatswetBheiU  leaa,  1811,  ittS. 
LvEDEla.  *  Uber  Nûtionàl  industrie  nnd  Staatswirthsthafl. 

(Dé  rinduâtrie  nationale  et  de  Téconomie  publique).  3  y. 

in-8.  Berlin,  1800. 

—  L*inâustrie  nationale  et  ses  £ffeis,  Berlin,  1808,  in-8. 

—  Économie  nationale,  lena,  1820,  in-8.  Les  neufs  premières 
feuilles  seulement  de  ce  defplèl*  livre  soni  de  Liieder;  le 
reste  a  étt^  rédigé  diaprés  des  notes  trouvées  à  sa  port. 

lies  doetrinei  de  Smilb  domioeni  daps  les  irpis  ouvrages  cités  «t-dessof • 


M. 


MiUY  (l'abbé  de).  Doutes  proposés  aux  philoêopheê  éeono- 
misies,  sttr  Vordre  naturel  et  essentiel  des  sodétéê  politi- 
ques. La  Haye,  1748.  in-12. 

Gei  ouvrage  de  Tabbé  de  Mably  signale  quelques-unes  des  erreurs  de  Vê- 
coie  économiste;  mais  comme  il  était  lui-même  éirauger  i  ta  science,  il  n'a 
fait  ressortir  de  ses  adversaires  que  les  erreurs  politiques,  parliculièreniej^ 
leui^  teikdàhce  à  Ikvorfler  outre  lÀesurè,  ÊOiotne  pIUs  tard  les  saihUsiinonièns, 
le  pouvoir  absolu. 

«*•  D9uie$  proposée  auœphiiosaphes  éeenomiêteë.  Farid,  1768, 
in-12. 

MaMy  avait  parfiriiefloenl  compris  en  i|floi  la  dt>clrine  dès  êcdhoinistfei  éuit 
erronée;  mais  il  ne  hii  était  pas  pmsijiie  de  le  leur  déniimtrer.  GM  hoineur 
appartient  exclusivement  â  Snith. 

Mac  Gulloch.  Principes  d'économie  politique,  1  velk  i|i-8. 
Londres,  1830. 

Cet  excellent  ouvrage  est  précédé  d'une  inireductiMi  bistorique,  f  ui  a  iité 
traduite  par  M.  Prévost  de  Genève. 

—  A  diclioHory ,  praetieal^  ihe&rical^  {n%d  hisierietU^  ofik$ 

commerce  and  commereini  nttvtfofion^  f  é4iliOB«  km** 

dres,  1834,  1  vol.  in-8. 
cette  vaste  cotleciion  de  docuiiienis  renfëfô&e  plUfeteiiH  àtttbleî  t\^t  ttei- 
poriancc  telle,  qu'on  pourrait  les  consldét-er  (ibhime  déi  ^UV$geA  li^ëfciàiii. 
TcU  SOS4  :  iM9pUt9t  MtftÊflpit  de  t%  iiomim^iU^  ilet  tnèùt  ;  ÏJIperps  fiffir- 


448  BIBULOGRAJPHIE. 

rai  sur  les  Banques j  et  uoe  foule  d'autref .  L'auteur  en  prépare  une  troisième 
édition.  Le  dictionnaire  de  M.  Mac  Cullocb  a  donné  Fidée  d'une  entreprise  ana- 
logue qui  a  été  exécutée  en  France,  mais  sur  un  plan  beaucoup  plus  vaste, 
par  une  société  de  collaborateurs,  sous  la  direction  de  M.  Guillaumin. 

—  A  êtatistical  account  of  the  British  empire,  2  vol.  in-8. 
Londres,  1837. 

C'est  la  meilleure  statistique  ralsonnée  de  la  Grande-Bretagne. 

Le  second  volume  est  spécialement  consacré  à  l'exposé  des  ressources  ma- 
mifjieturiëres  du  pays,  et  à  ^examen  de  ses  reveuus  et  dépenses.  L'auteur  y 
a  joint  un  résumé  îles  lois  sur  les  pauvres,  et  des  considérations  élevées  sur 
Tadministralion  de  la  justice. 

Nous  ne  connaissons  pas  d'ouvrage  plus  digne  des  méditations  de  l'écono- 
miste. 

BIacé  de  RiCHEBOURG.  Essaî  sur  les  qualités  des  monnaies 
étrangères^  et  sur  leurs  différents  rapports  avec  les  mon- 
naies de  France ,  etc.  Paris,  Imprimerie  royale,  1764.  in- 
folio de  58  pages. 

Mac  Fàrlane  (John).  Inquiries  cancer ning  the  poor.  Edim- 
bourg, 1782,  in-8. 

Macnâb  (Henri-Grey).  Examen  impartial  des  nouvelles  vues 
de  M.  Robert  Owen  et  de  ses  établissements  à  New-La- 
nark  en  Ecosse,  pour  le  soulagement  et  remploi  le  plus 
utile  dès  classes  ouvrières  et  des  pauvres,  etc.,  etc.;  avec 
des  observations  sur  l'application  de  ce  système  à  Féco- 
nomie  politique  de  tous  les  gouvernements,  etc.  etc.  Tra- 
duit de  Tanglais  par LafTon  deLadebat.  Pam,  1821.  in-8., 
de  250  pages. 

Ces  deux  ouvrages  présentent  l'exposé  des  doctrines  du  réformateur  écos- 
sais. Je  lui  ai  entendu  dire ,  à  fui-méme,  que  l'idée  fondamentale  de  son  sys- 
tème était  la  réforme  de  l'éducation  dès  Vàge  le  plus  tendre,  11  ne  parlait  des 
eisais  tentés  àNew-Lanark  que  comme  d'une  expérience  curieuse ,  mais  sans 
poHée.  Les  imitations  qui  en  ont  été  fiiites  en  Amérique,  nommément  à  la 
Nouvelle-Harmonie ,  n'ont  eu  d'ailleurs  aucun  succès. 

n  se  publie  depuis  quelque  temps  en  Angleterre  un  journal  intitulé  the  New 
Moral  Worldf  i  l'appui  des  idées  de  M,  Owen. 

MAGPHEitsoN.  Hiêtaryof  commerce  (Histoire  du  commerce). 


BIBLIOGRAPHIE.  449 

Maffei  (marquis  de).  De  l'emploi  de  Vargeni^  ouvrage  dédié 
au  pape  Benoît  XIV.  Avignon,  1787. 

Le  marquis  de  Maffei  a  essayé  de  prouver  dans  ce  livre ,  où  il  déploie  une 
vaste  érudition  théologique,  que  le  prêt  à  inlérét  n'a  jamais  été  virtuellemenr 
interdit  par  TËglise.  Les  arguments^ qu'il  cilc  en  faveur  de  cette  opinion  con- 
vaincront peut-être  ceux  qui  ont  résisté  à  la  logique  de  Turgot  et  de  Ben- 
tham. 

Malchus  (baron  de).  *//an(i&uc^(ïer  Pinanzwissenschaft^  etc. 
(Manuel  de  la  science  financière  et  de  Tadministration  des 
finances.)  2  vol,  in-8.  SluUgardet  Tubingue,  1830. 

Les  contributions  sont  un  des  principaux  sujets  de  cet  ouvrage ,  dont  la 
première  partie  renferme  des  considérations  sur  l'amortissement  et  sur  l'ad- 
ministration de  la  dette  publique. 

Màllet.  De  la  ligue  Hanséaiique,  de  son  origine,  ses  progrès, 
sa  puissance  et  sa  constitution  politique,  jusqu^à  son  dé- 
clin, etc.  Genève,  4805.  4  vol.  in-8. 

Très-bon  résumé  à  consulter. 

Les  véritables  causes  de  la  prospérité  et  de  la  décadence  de  Tunion  han- 
séalique  n'y  sont  pas  développées  d'une  manière  complète  ;  mais  l'ouvrage 
renferme  des  aperçus  très-ingénieux. 

Màllet,  premier  commis  des  finances  sous  le  contrôleur-gé- 
néral Desmarets. — Comptes-rendus  de  V administration  des 
finances  du  royaume  de  France,  pendant  les  onze  derniè- 
res années  du  règne  de  Henri  IV,  le  règne  de  Louis  XIII, 
et  soixante-cinq  années  du  règne  de  Louis  XIV  ;  avec  des 
recherches  sur  l'origine  des  impôts,  sur  les  revenus  et  dé- 
penses de  nos  rois,  depuis  Philippe  le  Bel  jusqu'à  Louis  XIV, 
et  différents  mémoires  sur  le  numéraire  et  sa  valeur,  sous 
les  trois  règnes  ci-dessus.  Paris,  Buisson,  4789,  in-4  de 
455  pages. 

Màlo  de  Luque  (Eduardo).  Historia  politica  de  los  estahleci" 
mienîos  ultramarinos  de  las  nadones  £uropeas,  Madrid, 
4784, 85  et  86.  3  vol.  in-8. 

Livre  bien  inférieur  i  VBisloire  philosophique  de  Tabbé  Raynal,  età  ron- 
vrage  de  lord  Brougham,  sur  le  même  sujet. 

Malouet  (baron).  Contidéraiions  kistariques  sur  Vmpire  de  ia 


46b  BIHLIOGRAPHIB. 

mérehejs  les  anciens  et  les  modernes,  i  vol.  ia«-8.  Anvers, 
1810. 

Pamphlet  écobomique  contre  l'Angleterre.  Outrage  déplorable  d'un  botn- 
liië  de  beaucoup  d'esprit. 

Maltuus.  Principes  d'e'conomie  poliligue,  considérés  souS  lé 
rapport  de  leur  appréciation  pratique.  Traduit  de  FÂn- 
glais  par  Constancio.  Paris,  Ailiaud,  1820.  2  vol.  in-8. 

Les  principes  d'économie  politique  de  Mallhus  n'ont  pa9  obtenu  le  même 
succès  que  son  livre  sur  la  population.  Ils  ont  le  grave  inconvénient  d'être 
obscurs  et  de  propager  en  matière  de  fermage  des  doctHnes  qûelàthébriede 
Rieardo  a  complètement  réfutées. 

—  Essai  sur  le  principe  de  populutiony  ou  Exposé  deà  fkits 
passés  et  présents  de  l'action  dei  cette  causjd  sur  le  bonheur 
du  genre  humain  ;  suivi  de  quel(jues  recherches  relatives 
à  l'espérance  de  guérir  ou  d'adoucir  les  maux  qu'elle  en- 
traine. Traduit  de  l'anglais  par  Pierre  Prévost  Genève  et 
Pan>,1823,  4  vol.  iri-8. 

Ceàt  le  principal  ouvrage  de  Malthus,  celui  qui  a  tàtt  le  plus  de  bruit  ël 
soulevé  les  discussion»  les  plus  véliémeAtts  dans  toute  l'Europe,  ^on  fatttedk 
théorème  de  Vaccreisaemenl  de  la  populations  progression  géométriqtië, 
Candis  que  tes  subsistances  s'accroissent  en  progreMibii  Arithmétlifiie^  com- 
mence à  recevoir  de  nombreux  démentis;  Everett^  Godwinet  Essor  l'ont 
.  fortement  ébranlé,  et  cette  doctrine  perd  chaque  Jour  de  son  crédit. 

—  Définitions  in  political  economy^  preceded  by  an  inquiry 
into  the  niles  whicb  ougbt  to  guide  political  economists  in 
the  définition  and  use  of  their  terms  ;  with  remarks  on 
the  déviation  from  thèse  rules  in  their  writings.  London, 
1827.ia-r8. 

Bf alihus  a  essayé ,  dans  cet  ouvrage ,  de  mettre  les  différents  écononisi^  en 
contradiction  avec  eux-mêmes  pour  démontrer  la  supériorité  de  ses  défini- 
tions sur  les  leurs.  Son  petit  livre  en  contient ,  en  effet,  une  série  assei  <èvt- 
rieuse  ^nr  les  rapprochements  qu'eiie  présente;  mais  ses  innontions  n'ont 
pu  prévaloir ,  surtout  depuis  que  J.-B.  Say  en  â  démontré  le  ^uite  fende- 
ment  dans  les  ciuq  lettres  qui  font  partie  de  ses  oeuvres  postlmmes» 
!   Nous  avons  encore  de  Malihiis  les  ouvrages  suivants  : 

^  À»  tnfulrsf  m  i^  (et  n/aHretmi  fvroftvrf  of  reM  18i^» 


BIBLIOGRAPHIE.  iSrt 

w»  ûbiiTtttitonB  on  the  effects  of  corn  Law,  in-8. 

Il*  Obmte  a  publié  dam  tes  Mémoires  die  l^Atxtdémie  des  sciences  morales 
et  pelil^uesderimHiut  de  France,une  notice  extrêmement  reiQarquable  sur 
la  YÎe  et  les  ouvrages  de  Malthùs.ll  y  indique  les  litres  de  deux  ou  trois  autres 
èértis  du  ménib  auteur  ;  mais  Ils  sont  de  peu  d'importance. 

Malyaux.  Les  moyens  de  détruire  la  mendicité  en  France,  en 
rendant  les  mendiants  utiles  à  TÉtat  saiis  les  rendre  mal- 
heureux. Paris,  1780.  in-8.  ■        / 

Excellent  livre,  bien  supérieur  encore  à  tous  les  essais  tentés  de  nos  Jours. 
Lé  Ityle  en  est  un  peii  déclamatoire  ;  mais  Touvrage  est  rempli  de  vuei  ingè- 
flteiues  et  de  ftiits  spéciaux  qu'on  ne  saurait  trop!médiler. 

la  première  édition  de  ce  livre  parut  sous  ce  titre  :  ïtéswnné  des  mémoires 
guiént  concouru  pow  te  prix  accordé  en  l'année  1777,  etc. 

IjLà^ET  (Mme).  Conversations  sur  V économie  politique,  dans 
lesquelles  on  expose  d'une  manière  familière  les  éléments 
de  cette  science.  Traduit  par  Prévost  de  Genève.  Genève 
et  Paris,  1817. 1  vol.  in-8. 

«  C'est  la teule  femme,  disait  M.  Say,  qui  ait  écrit  sur  Téconomie  politi- 
que, et  elle  s'y  est  montrée  supérieure  à  beaucoup  d'hommes  »  ;  ihais  à  cette 
tjpoqùe,  Mlle  Henriette  Martineau  n'avait  pas  encore  publié  ses  Contés  sur  Pé- 
conomie  politique» 

Ob  attribue  à  Un*  Marcet  de  Genève  an  autre  ouvrage  élémentaire  d'écooo- 
mie  politique,  intitulé  : 

--  John  Hopkin's,  notions  on  poliiical  economy  (Notions  de 
John  Hopkins  sur  Téconomie  politique.)  Traduit  par 
!!"•  Gherbuliez.  Paris,  in-8. 

G^est  un  petit  manuel  de  l'économie  politique ,  sous  une  forme  simple  et  fa- 
milière ,  digne  aussi  dlntérêt  par  sa  netteté  qui  n'exclut  pas  la  profondeur. 

Martineau  (miss  Harriet).  Contes  sur  l'économie  politique  » 
Traduit  de  l'anglais  avec  des  notes  et  des  préfaces  par 
M.  Barth.  Maurice.  Paris,  Ch.  Gosselin,  1833-39. 10  vol. 
in-8. 

Lea  contes  de  mademoiselle  Martineau  s'ont  très-utiles,  n^ais  li'Oplongi.  fté* 
HuHli  Ih  de  ph»  justes  proportions,  et  dégagés  d'une  foule  ùte  4éiatis  oiseux , 
étrangers  à  la  science ,  ils  seraient  certainement  un  des  meilleurs  ouvrages 
ëAÉnestasres  d'«e<HKnBie  poltii^pie. 

Mauvillon.  Physiocratische  briefe»  Leipzig,  1776,  in-8. 


45-2  BIBLIOGRAPHIE. 

Melon.  Essai polUique  sur  le  commerce.  Rouen  ou  Bordeaux, 
1734.  in-i2  de  273  pages,  divisé  en  dix-huit  chapitres  ; 
2®  édition,  augmentée  de  sept  chapitres,  1736,  in-1 2. 

Voltaire  a  dit  de  ce  livre  qu'il  était  l'ouvrage  d'un  homme  d'esprit ,  d'un  ci- 
toyen', d'un  philosophe. 

Mercier  de  la  Rivière.  L'intérêt  général  de  l'État,  ou  la  Li- 
berté du  commerce  des  blés,  démontrée  conforme  au  droit 
naturel.  Amsterdam  et  Paris,  1770,  in-12. 

—  De  Vinsiruction publique^  ou  Considérations  morales  et  po- 
litiques sur  la  nécessité,  la  nature  et  la  source  de  cette 
instruction.  Paris,  1775,  in-8. 

—  Lettre  sur  les  économistes^  sans  date,  1787,  in-12,  in-8. 

—  Lettre  à  MM,  les  députés  composant  le  Comité  des  finances 
dans  l'Assemblée  nationale,  1789,  in-8. 

—  Uheureuse  nation,  ou  Relation  du  gouvernement  des  Fé- 
liciens,  peuple  souverainement  libre  et  heureux  sous 
Tempire  absolu  des  lois.  Paris,  1772.  2  vol.  in-8. 

—  Ordre  naturel  et  essentiel  des  sociétés  politiques.  Londres 
et  Paris,  1767.  in-12, 2  vol. 

Mercier  est  le  plus  habile  interprète  du  système  économiste,  le  vulgarisa- 
leur  par  excellence  des  idées  de  Quesnay. 

Merrebi.  Allgemcine  grundsaeze  der  bûrgerlichen  wirthschaft, 
Gottingue,  1817,  in-8. 

Messance.  Nouvelles  recherches  sur  la  populàtionde  la  France, 
avec  des  remarques  importantes  sur  divers  objets  d'admi- 
nistration. Lyon,  1788,  in-4. 

Meynieu  (M"»«  Mary).  Éléments  d'économie  politique,  exposés 
dans  une  suite  de  dialogues  entre  un  instituteur  et  son 
élève.  Genève,  1839. 1  vol.  in-8. 

MiGNOT  (Vabbé).  Traité  des  prêts  du  commerce,  ou  de  l'intérêt 

légitime  et  illégitime  de  l'argent.  Amsterdam,  1767,  4 

vol. 
Ouvr^fe  à  consulter  après  ceux  de  Bentbam  et  deTurgot,  rar  leiiitaie 
aujel. 


BIBLIOGRAPHIE.  453 

« 

MiLL  (  J.).  EîémenU  d'économie  politique.  Traduit  de  Tanglais 
par  J.-E.  Parisot.  Paris,  1823,  in-8. 

Les  idées  que  H.  Hill  a  exposées  dans  cet  ouvrage  d'une  forme  senlencieuse 
et  dogmatique  se  Felrouvent,  dans  sa  belle  Histoire  de  Vlnde  Britannique, 
appliquées  aux  grands  intérêts  de  l'Angleterre. 

Mirabeau  (le  marquis).  Lami  des  hommes^  ou  Traité  sur  la 
population.  Avignon  (Paris),  1756. 6  vol.  in-12,  ou  3  vol. 
in-4<>. 

—  Philosophie  rurale,  ou  Économie  générale  et  particulière 
dej  Tagriculture.    Amsterdam  (Paris),  1764.  3  vol.  in-12. 

—  Théorie  de  V impôt,  Paris,  1760.  in-4o  et  in-12.  —  Supplé- 
ment, Lahaye,  1776.  in-12. 

—  Éléments  de  philosophie  rurale.  La  Haye,  1767,  in-8. 

—  Lei  économiques,  par L.  D.  H.  i)i^Amides  hommes),  Amster- 
dam et  Paris,  1769-72.  2  vol.  in-4°,  où  4  vol.  in-12. 

Les  œuvres  du  marquis  de  Mirabeau,  pèi:e  de  notre  grand  orateur,  peuvent 
être  considérées  comme  le  commentaire  de  1^  doctrine  de  Quesnay;  com- 
mentaire nébuleux  et  indigeste  où  brillent  par  roomenls  quelques  éclairs  de 
r^on  et  de  science,  perdus  dans  un  fatras  de^  déclamations. 

Mirabeau  (le  comte  de).  De  la  Banque  d"* Espagne,  dite  Saint- 
Charles,  in-8, 1785  «. 

La  meilleure  exposition  que  nous  ayons  de  cet  établissement. .  L'auteur  y  a 
ajouté  de  nombreuses  copsidérations  sur  le  commerce  de  l'Espagne. 

—  De  la  constitution  monétaire,  précédé  d'observations  sur 
le  rapport  du  comité  des  monnaies,  et  suivi  des  lois  mo- 
nétaires, présenté  à  l'Assemblée  nationale,  in-8.  Pâ^is, 
1790. 

-  Exposé  remarquable  par  sa  lucidité  ;  a  beaucoup  contribué  à  la  réforme 
de  notre  système  monétaire  depuis  la  révolution. 

'  LMnfluence  des  partisans  de  celte  entreprise  flnanciére  fut  assez  forte 
pour  obtenir  la  suppression  du  livre  de  Mirabeau  :  elle  fut  prononcée  par 
un  arrêt  du  conseil  d'état  du  7  juillet  1785,  lequel  provoqua,  de  la  part  de 
J'auleur,  un  pamphlet  plus  véhément,  plus  audacieux ,  la  Lettre  du  comte  de 
Mirabeau  à  31.  Lecoulttux  de  iMUoraie  sur  la  banque  de  Saint-Charles  et 
sur  la  caisse  d'escompte.  (Bruielles,  1785,  in-8o  de  117  pages).  Un  second 
arrêt  da  conieil  frappa  celui-ci  de  roèroc  que  le  premier. 


454  BlBLIOORÀl^HIB. 

MoHÊAfj.  JReeherehes  et  ooMidérHÊUmi  êur  la^^efulaMo^  «ki  Uk 
France,  Paris,  1778,  2  pàrtied  en  1  vol.  in-^  '. 

Dédamatiotf  mêlée  de  quelques  faits  curieux  sur  l'Issalabrilé  des  mélitM. 

MoNBORGNE.  (J.-M.).  Tahhau  général  d%  maximtim  àê  ia  ré* 
publique  française,  Paris,  fieiin,  an  II  (1794),  3  vol*,  in-8. 

MoNDENARD.  Considérations  sur  V organisation  sociale^  appli- 
quées à  l'état  xivil,  politique  et  militaire  de  la  France  et 
de  TAngleterre  ;  à  leurs  mœurs ,  leur  agriculture ,  leur 
commerce  et  leurs  finances,  à  Tépoque  de  la  paix  d'A- 
miens. Pam,  1802,  3vol.  in-8. 

Ce  livre  a  été  publié  à  roccasion  de  la  paix  d'Amiens,  en  vue  dV>|^rer  on 
rapprochement  entre  la  France  et  TAnglelerre.  On  j  trouve  des  doeuments 
dignes  d'intérêt  sur  l'état  économique  des  deux  payq  à  cetlii  époque. 

Mo»6Ez.  Considérations  sur  les  montMiies,  par  Mooge?^  mem- 
bre de  Hpstitut  national,  suivies  d'une  Notice  pir  les 
monnaies  /ranpai«e«,  par  Dibarrart.  1  vq1«  ip-S.  P4ris»  Tan 
IV  de  la  république  française. 

Le  premier  de  ces  mémoires ,  lu  à  l'Institut ,  renferme  quelques  détails  ia«t 
téressants  suri'origine  des  monnaies  et  sur  leurs  frais  de  flabrieatioR.  Le  N* 
cond,  celni  de  Dibarrart,  est  un  résumé  historique  des  variation^  monéUiril 
en  France,  depuis  1726  jusqu'en  1796. 

MoNiNO  (don  José).  JRespuesta  fiscal  Sobre  acopiQ  de  irigQ  pcura 
el  consutho  de  Madrid,  1769. 

Travail  approfondi ,  sur  la  question  de  savoir  si  la 'Ville  de  Madrid  aura  une 
réserve  de  blé. 

MoNTAiGNAG.  Réflewions  sur  la  mendicité^  ses  causes  et  les 
moyens  de  la  détruire  en  France.  1790,  in-12. 

MoNTANARi  (Germiniano).  Délia  moneta^  iraitato  mercauUle, 
Modenese,  in-8. 

Cet  écrivain  appartient  à  la  nombreuse  famille  des  auteurs  qui  ont  écrit  sur 
les  monnaies.  Son  livre  est  d'un  orfèvre  plus  que  d'unf  économiste. 

]tfoNTESQuiou.  Du  gouvemement  des  finances  de  France^  d'»- 
près  lesjois  constitutionnelles  et  d'après  les  principes 

*Cet  ouvrage  a  été  attribué  à  H.  ()eMoDlyonparLalaQde,dans  le  Jqmima^  d(H 

SavantSt  mai  1779.  v     . 


BIBLIOGRAPHIE,  iS/j^ 

d'un  gouvernement  libre  et  représentatif.  Paris»  1797, 
in-8. 

OafrtgQ  insignifianti  On  y  trouve  quelques  faitsr  précieux. 

MoNTTON  (baron  de).  Quelle  influence  ont  le,s  diverses  espèces 
d'impôts  sur  la  moralité,  l'activité  et  Vindu^trie  des  |)'ew- 
p/«>?  Paris,  1808,  in-8. 

Excellent  livre,'  court  et  substantiel,  comme  tous  ceux  de  l'auteur. 

T«»  Particularités  et  observations  sur  les  ministres  des  finan" 
ces,  les  plus  célèbres,  depuis  i66û  jusqu'à  1792,  eic,  Lon- 
dres, Dulau,  1812. 

Heonête  bomme  parexcellenee,  toujours  instructif,  toujours  ingéiiieux, 
même  quand  il  se  trompe  ;  mais  il  se  trompe  rarement. 

Le  premier  de  œs  deux  ouvrages  reviendra  naturellement  ^  Tordre  du 
jOur,  toutes  les  fois  qu'on  s'occupera  de  la  réforme  des  impôts.   ■ 

MoNTCHRÉTiEN  sicur  do  Vatteville.  Traité  d'économie  politi- 
tique.  Rouen,  1613,  in-4. 

Cet  ouvrage,  aujourd'hui  fort  rare,  est  divisé  en  trois  livres  qni  traitent 
des  manufactures  et  de  l'emploi  des  hommes,  du  commerce  et  de  la  naviga- 
tion. Il  ne  présente  d'autre  intérêt  que  celui  de  résumer  les  idées  du  temps 
sur  ces  graves  matières. 

MoRANDiÈRE  (de  La) .  Police  sur  les  mendions,  les  vagabonds,  etc. 

Paris,  1764,  in-12. 
MoREAU  DE  Beaumont.  Mémoircs  concernant  les  impositions  et 

droits  en  Europe,  Paris,  nouv.  édit.,  1787-89,  5  voL  in-4. 

Excellent  livre ,  qu'il  serait  utile  de  refaire  aujourd'hui. 

Qui  de  nous  peut  se  flatter  de  connaître  à  fond  le  système  des  impôts  de 
iQus  les  peuples  de  l'Europe  ?  C'est  cependant  un  des  premiers  éléments  dfi. 
toute  bonne  économie  politique  appliquée,  et  le  seul  moyen  d'apprécier  à 
leur  juste  valeur  les  relations  intcrnalionalea  des  peuples ,  et  les  effets  de 
certaines  mesures  de  douanes. 

MoREAu  DE  JoNNÈs.  Ls  commefcè  au  dioMieuviême  siècle  ;  état 
actuel  de  ses  transactions  dans  les  principales  contrées 
des  deux  hémisphères,  etc.  Paris,  1825,  2  vol.  in-8. 

-^  Statistique  de  l'Espagne.  Paris,  1834, 1  vol.  in-8. 

-f*  StaUsiiÇMe  de  la  Martinique,  la  Guadeloupe  et  la  Guy9nne. 


466  BIBLIOGRAPHIE. 

—  Statistique  de  la  Grande-Bretagne  et  de  l'Irlande.  Paris, 
1858,  2  vol.  in-8. 

—  Recherches  statistiques  sur  l'esclavage  colonial  et  sur  les 
moyens  de  le  supprimer,  Paris,  1842, 1  vol.  in-8. 

L'auteur  est  un  esprit  net  et  judicieux,  dont  les  écrits  appartiennent  plutôt 
à  la  statistique  qu'à  l'économie  politique  ;  mais  ils  seront  consultés  avec  fruit 
par  les  économistes. 

MoRELLET  (l'abbé).  Prospectus  d'un  nouveau  Dictionnaire  de 
commerce.  1  vol.  în-8, 1769. 

Le  prospectus  de  Tabbé  Morellet  a^tongtemps  passé  pour  un  traité  d'écono- 
mie politique.  On  ne  doit  cependant  le  considérer  que  comme  un  recueil  de 
définitions  généralement  nettes  et  précises  des  termes  usités  en  matière  de 
commerce,  dans  leurs  rapports  avec  la  science  économique.  Les  travaux  pré- 
paratoires de  son  dictionnaire  occupèrent  l'auteur  pendant  vingt  ana  :  il  n'y 
renonça  qu'au  moment  où  éclata  la  révolution  de  1^89. 

—  Réflexions  sur  les  avantages  et  les  désavantages  de  la  li- 
bre fabrication  et  de  Tusage  des  toiles  peintes  en  France. 
Bruxelles,  1758,  in-12, 

—  Mémoires  sur  la  situation  actuelle  de  la  Compagnie  des 
^    Indes.  Amsterdam  et  Paris,  1769,  in-4. 

—  Examen  de  la  réponse  de  M,  N,"  (Necker)  àM,  Morellet^ 
sur  la  Compagnie  des  Indes,  Paris,  Desaiat,  1769,  in-4. 

—  Réfutation  de  l'ouvrage  (de  Galiani)  qui  a  pour  titre  : 
Dialogues  sur  le  commerce  des  blés.  Londres  (Paris), 
1770, in-8. 

•^  Analyse  de  l'ouvrage  (de  Necker)  intitulé  :  De  la  législa^ 
tion  et  du  commerce  des  grains.  Amsterdam  et  Paris,  1775, 
in-8. 

MoRTiMER.  Eléments  of  commerce  and  finances.  London,  1773, 
1  vol.  in-8. 

MoRUS  (Thomas).  Description  de  Vîle  d'Utopie.  Le  titre  de  ce 
singulier  ouvrage,  écrit  en  latin,  est  celui-<îi  :  De  optimo 
reipublicw  statu^  dequenovâ  insulâ  Utapiâ.  Louvain,  1516, 


BIBLIOGRAPHIE.  ASï 

in-4  ;  il  en  existe  trois  traductions  en  anglais  et  trois  en 
français. 

C'est  une  débauche  d'esprit,  où  Ton  trouve  de  bonnes  .vues  et  des  vœux  ar- 
dents.pour  le  bonheur  public;  une  exeogitation  allégorique,  dans  le  goût  de 
la  république  de  Platon,  à  l'éloquence  prés.  L'honnête  chancelier  y  propose 
naïvement  le  partage  des  biens. 

MossÉ.  L'Art  de  gagner  sa  vie,  ou  Encyclopédie  industrielle, 
traitant  de  toutes  les  ressources,  indiquant  tous  les  moyens 
pour  faire,  conserver,  ou  augmenter  sa  fortune  dans  quel- 
que état  et  dans  quelque  situation  qu'on  se  trouve.  Paris, 
1826,  in-8. 
Ce  livre  a^  eu  trois  éditions.  Il  renferme  des  particularités  d'un  grand  in- 
térêt sur  les  avantages  et  les  désavantages  des  diverses  professions,  et  des 
indications  utiles  aux  hommes  sans  fortune  qui  veulent  s'assurer  un  état. 

MuiRON  (Just) .  Sur  les  vices  de  nos  procédés  industriels  ;  aperçu 
démontrant  l'urgence  d'introduire  le  procédé  sociétaire. 
Paris,  M"»®  Huzard,  1834,  in-8. 

L'auteur  est  un  des  disciples  les  plus  distingués  de  Fourier. 

—  Nouvelles  transactions  sociales^  religieuses  et  scientifiques 
de  Firtomnius,  Paris,  Bossange  père,  1832,  in-8. 

MuLLER.  Die  Forischritte  der  nationalœconomie  in  England. 

Leipzig,  1817,  1  vol. 
MuN  (Thomas).  Englan'ds  Ireasure  hy  foreign  trade,  or  the 

balance  of  our  foreign  trade  is  the  rule  of  our  treasure. 

London,  1664,  in-12. 

L'un  des  plus  ingénieux  et  des  plus  classiques  défenseurs  du  système  mer- 
cantile. Ses  successeurs  n'ont  fait  que  répéter  ses  arguments. 

MuNoz  (Antonio).  Diseur so  sobre  la  economia  politica.  Madrid, 

1779,  in-8. 
Les  critiques  espagnols  supposent  tous  que  Munoz  n'est  pas  le  nom  véri- 
table de  i'auleur;  mais  son  ouvrage  n'en  renferme  pas  moins  d'excellents 
principes  et  des  vues  très-ingénieuses. 

MuRHARD  (Charles). *!rAcone  undpolitik  der  Handels  (Théorie 
et  politique  du  commerce);  2  vol.  in-8.  Gœttingue,  1831. 

—  Théorie  der  Geldes.  Leipzig,  1817,  in-8. 

M.  Murhard ,  publiciste  fécond  et  infatigable ,  marche  pour  lea  théories 

30 


458  BIBLIOGRAPHIE. 

icopomiquef  sur  lef  traces  de  J.-B.  Siy.  Ses  prineipef  sont  eaprelnlf  de  la 

plus  grande  libéralité,  et  dans  l'ouvrage  indiqué  il  tend  à  établir  le  ooBunerce 
sur  des  bases  larges  et  rationnelles. 

M.  Murhard  examine  le  commerce  dans  ses  rapports  avec  le  gouTernemeot, 
les  impôts ,  et  puis  dans  son  essence  même,  en  classant  tous  les  éléaients  snr 
lesquels  il  repose.  Il  défend  la  liberté  commerciale  souTent  aTec  éloquence , 
toujours  avec  une  grande  vigueur. 

MusHET  (Robert).  Inquiry  inio  the  effects  of  hank  restriction 
(Recherches  sur  les, effets  de  la  suspension  des  payements 
de  la  Banque).  1810. 

—  A  séries  of  tables  eœhihilvngihe  gain  and  loss  of  the  fund 
hoîder  (Séries  de  tables  montrant  le  gain  et  la  perte  des 
rentiers  par  la  dépréciation  et  la  réintégration  du  papier- 
monnaie).  1851. 


N. 


^ÂYEki}.  Le  financier  citoyen,  Paris,  1757,2  vol.  in^2. 
Naville.  De  la  charité  légale^  de  ses  causes,  de  ses  effets,  et 

spécialement  des  maisons  de  travail  et  de  la  proscription 

de  la  mendicité.  Paris,  1856,  2  vol.  in-8. 
ÎJïBENius.  *  Ver  œffentliche  crédit,  (Le  crédit  public).  1  vol. 

in-8.  Carlsruhe,  1829. 

L'auteur  s'est  fait  connaître  par  de  nombreux  mémoirei,  par  un  H?re  sur 
les  douanes  prussiennes,  et  sa  réputation  comme  économiste  est  parfoite^ 
ment  établie.  L'ouvrage  sur  le  crédit  public  a  eu  un  succès  mérité.  Outre  des 
doctrines  très-saines ,  il  renferme  un  grand  nombre  de  faits  qu'on  pourra 
consulter  avec  fruit. 

Necker.Z?c  V administration  des  finances  de  la  France.  Paris, 
Panckouke,  1784,  5  vol.  in-8. 

c'est  le  premier  ouvrage  sincère  qui  nous  ait  révélé  la  science  des  finanees, 
et  de  plus  un  acte  de  courage  et  de  bon  citoyen  au  moment  où  il  parut. 

—  Sur  la  législation  et  le  commerce  des  grains,  2«  édition. 
Paris,  1755,  in-8. 

M.  Necker  a  combattu  dans  cet  écrit  les  idées  de  Torgot. 


BIBLIOGRAPHie.  459 

Nim  ^(PoinpeQ).  O9S0n>azioni  sopra  il  preisxo  âeUe  monete, 
Fiorentino,  iii-8, 1751. 

Ces.\,  UD  4e8  weiDeura  livrei  qui  aieni  été  publMs  sur  la  matière.  Oe  devrait 
tU^  lanv9Quel  de  tous  les  directeurs  de  mouQaies.  II  y  a  plus  de  teelwologie 
l|U«  d'économie  politique. 

liliqtOLifi  (Pseudonyme).  Voyea  Plumart  de  Danceul. 

MiBiiB¥BR.  Uêher  die  Ursaehen  des  englisehen  Nationalrefch- 

thum,  Berlin,  1810,  in-8. 
-*-  Ueher  den  Einfluss  der  HandeU  und  der  Handehsys- 

têmeauf  National- GMk  und  Ungliick,  Bre^len,  1805, 

ln-8. 


0. 


Obuni^oiifer  (J.  Adam).  System  der  National  œeonomie  (Sys- 
tème de  réeonomie  politique  déduit  de  la  vie  nationale). 
1832,  in-8. 

—  Bases  des  sciences  eamérales,  in-8, 1818. 

OtloNNOR  (Arthur).  Etat  actuel  delà  Grande  Bretagne %Vwvi^f 

1  vol.  in-8, 1804. 
Détails  curieux  9ur  la  suspeesiou  des  payements  de  la  banque  d'A49MerrA, 
suspension  que  Tauteur  qualifie  de  faillite.  M.  O'Connor  est  |iq  patriote  ir- 
landais proscrit  par  suite  des  troubles  de  son  pays. 

OttTES  (Giammaria).  Delta  economia  nazionale  libri  lef,  Yfi- 
neziano,  3  vol.  in-8. 

—  Biflessioni  sulla  popolazione  délie  nazioni  per  rapporto 
alV  economia  nazionale^  iD-8. 

—  Délie  scienze  utili  e  délie  dilettevoli  per  rapporto  alla  fé- 
licita umana^  in-8. 

—  Calcolo  sopra  il  valore  délie  opinioni  e  sopra  i  piaçeriei 
dolori  délia  vita  umana,  in-8. 

—  Errori  popolari  intorno  alV  economia  nazionale  comide- 
raii  sulle  presenti  controversiCy  tra  i  liaci  e  i  sçhêrvi  in 
ordine  al  possedimento  de  ftent,  iii-8. 


460  BIBLIOGRAPHIE. 

—  Dei  fidecomesH  a  famiglie  e  a  ehie$e  e  luoghi  pH  in  pto- 
posiio  del  termine  di  mano  morte  inirodoito  a  qfusli  ul- 
Umi  tempij  neW  economia  nazionale  libri  due,  in-8. 

Aateur  trop  vanté  et  trop  déprécié.  Ce  qu'il  y  a  de  plus  curieux  dans  ses 
ouvrages,  c'est  qu'il  a  inconleslablement  eu  la  première  idée  du  système  de 
Halthus  sur  la  population.  Il  est  lourd  et  prolixe.  H.  Gustodi  lui  a  fait  beau- 
coup d'honneur  en  imprimant  ses  œuvres  en  sept  volumes  dans  la  Collection 
des  Économistes  italiens. 

OwEN  (Robert).  JSew  views  ofsocieiy,  or  essais  upon  the  for- 
mation  of  human  eharacter  (Nouvelles  vues  de  société, 
ou  essais  surlafonnation  du  caractère  humain).  Londres^ 

1812. 

Cet  ouvrage,  qui  suivit  Tessai  industriel  de  New-Lanark,  est  le  premier  écrit 
de  M.  Owen ,  qui  affecte  une  forme  scientifique  et  s'élève  à  la  hauteur  d'un 
système. 

—  Adress  ta  ihe  sovereigns  of  the  holy-allianee  uniied  in 
congresê  ai  Aix-la-Chapelle,  1818.  — Adress  to  ihe  eur- 
ropean  governementSy  1818. 

Ces  deux  adresses,  l'une  aux  souverains  alliés  réunis  à  Aix-la-Chapelle, 
l'autre  aux  gouvernements  européens ,  ont  pour  objet  d'indiquer  les  moyens 
d'améliorer  le  sort  des  classes  industrielles.  Ces  opuscules  ont  été  traduits  en 
français  par  M.  le  comte  de  Lasteyrie.  Paris ,  1819. 

—  The  book  of  ihe  new  moral  world  (Le  livre  du  nouveau 
monde  moral.) 

Ouvrage  capital  de  M.  Owen,  et  dans  lequel  il  aborde  l'exposition  dogmati- 
que de  son  système. 


P. 


Pagnini  (Gio.  Frgmeesco).  Saggio  sopra  il  giusio  délie  eose,  la 
giusia  valuia  délia  moneia  e  sopra  il  commercio  dei  Ro- 
mani. 
Opuscule  de  cent  pages,  plein  de  vues  judicieuses. 

Palmieri  (Giuseppe).  Biflessioni  sulla  pubblica  félicita  relati- 
vamente  al  regno  di  Napoli,  in-8. 


BIBLIOGRAPHIE.  461 

— *  Osservasioni  suUe  iariffe^  cOd  applicazione  al  regno  di 
Napoli.  iD-8. 

—  Délia  ricchezza  nazionale,  io-S. 

Palmieri  n'a  pas  la  hardiesse  deFilangieri,  ni  les  vues  libérales  du  professeur 
GenoYesi  ;  ministre  d'une  monarchie  absolue ,  il  youlait  procéder  avec  de 
grands  ménagements  à  la  réforme  des  abus.  Il  ne  faut  pas  oublier  qu'il  écri- 
vait pendant  la  réYolulion  française,  et  que  celte  circonstance  a  dû  lui  impo- 
ser beaucoup  de  réserve. 

Paoletti  (Ferdinando).  Estraiio  de*  pensieri  sopra  V agricole 
iura^  in-8. 

Papillon-Latapï.  iinecdote  sur  la  vie  politique  de  Burhe  et  sur 
sa  mort,  relativement  à  ses  recherches  et  à  ses  calculs 
sur  les  finances  et  le  commerce  de  la  France  depuis  un 
siècle  ;  avec  des  rapprochements  sur  l'état  progressif  de 
l'Angleterre,  et  sur  les  moyens  de  ruiner  la  nation  iVan- 
çaise.  Paris,  an  YIU,  1  vol.  in-8. 

Ouvrage  de  circonstance,  composé  sous  l'influence  des  préjugés  de  la  ba- 
lance du  commerce.  O^est  un  manifeste  véhément  contre  l'Angleterre ,  digne 
d'être  connu  comme  un  échantillon  des  idées  économiques  du  temps.  Il  s'y 
trouve  d'ailleurs  quelques  bonnes  idées. 

—  Réflexions  sur  le  plan  d'une  régence  des  impôts  indirecte 
réunis.  Paris,  1805,  in-8. 

Ce  mémoire  a  pour  but  de  centraliser  la  perception  des  impôts  indirects , 
projet  réalisé  depuis. 

Papion.  Mémoire  sur  le  crédit  public.  Tours,  1808,  in-8. 

Ce  mémoire  a  été  présenté  à  Napoléon.  Il  ne  renferme  rien  d'intéressant. 

Paris  du  Verney.  Histoire  du  système  des  finances  sous  la  mi- 
norité de  Louis  Xr,  pendant  les  années  1719  et  1720. 

C'est  la  chronique  la  plus  curieuse  de  l'agiotage  et.de8  agioteurs  pendant 
toute  la  durée  du  système  de  Law. 

— •  Examen  des  réflexions  politiques  sur  le  commerce  et  les 
finances  de  M,  Dutot.  Paris,  1740, 2  vol.  in-12. 

Cest  le  livre  qui  expose  avec  la  plus  grande  supériorité  de  vues  tout  le 
système  de  Law,  et  c'est  là  surtout  qu'il  faul  i'éiudier.  Nulle  part  les  causes 
de  sa  obute  n'ont  été  présentées  avec  autant  de  clarlé. 

Du  verney  était  un  financier  de  la  plus  liante  habileté,  mérite  devenu  bien 
rare  de  nos  jours,  où  le  pays  en  aurait  pourtant  besoin. 


401  BIBblOGiUlLPHIB. 

PàRiifiLi;  (sir  HeniTf).  De  la  reformé  financière  en  An§letètre% 
Traduit  de  Tanglais  par  Benj.  Laroche.  Part»,  183â,iti-8. 

Vaste  et  sa  vante  revue  des  instittitieDS  écoDomiqaes  de  rAbgleterre;  |fllr'un 
homme  qui  les  ceooatt  bien. 

C'est  le  programme  des  réformes  que  l'administratjon  anglais e  exécute  cha- 
que Jour  avec  une  persévérance  et  une  Justesse  de  vues  si  remarquables^ 

^  îHpâpiiefmdnnûie  H  des  banques,  Loiidres,  1852. 

L'auteur  s'occupe  successivement,  dans  cet  ouvrage,  de  l'état  dé  lâ  ifUei- 
tnifi  M  hUméràlne^  dèébéii^Uès  t)i'oVtfacialés ,  des  coihpaghiés  t)air  aètiëhli 
du  système  des  banques  en  Angleterre ,  en  Ecosse  et  en  Irladde;  iCest  ail  des 
meilleurs  traités  sur  la  matière. 

Pebr£r  (Pablo).  Histoire  financière  et  statistique  de  l'empire 
Britannique^  avec  un  exposé  du  système  actuel  de  Tim- 
Çôt,  suivi  d'un  pis^n  pratique  pour  la  liquidation  de  la 
dette;  oii  impôts,  revenus,  dépenses,  dettes,  forces  et  ri- 
chesses de  l'empire  britannique  et  de  ses  nombreuses  co- 
lonies dans  toutes  les  parties  du  monde,  traduit  de  Tan- 
f  lais  par  M.  Jacobi;  Paris  et  Londres,  1854^  2  vol;  in-8. 

PKcieiise  eelleetioB  de  dofeumèhls  étatistiqueb  les  plus  nécesstirei  à  V^ 
tilde  de  la  constitution  économique  de  la  Grande-Bretaghe*.  On  peut  les  cob- 
sMérer  êoiiimti  le  complément  du  tableau  de  Bé^rt^  et  de  V Histoire  d^êngle- 
terre ,  par  M.  de  Montvérau.  J'aurais  plus  de  confiance  dans  l'ouvrage  de 
)A,  Bailiy  y  sur  le  même  sujet. 

^ECCBio  (le  comte  Joseph).  ïfistoire  de  l'Économie  politique  en 
Italie^  x)u  Abrégé  critique  des  économistes  italiens^  Tra- 
duit par  Léonard  Gallois.  Paris^  1850, 1  vol.  in-8. 

Bicellent  résumé  bibliographique  des  écrivains  dlêbonomio  {iolitique  ett 
Italie.  C'est  l'appèndtee  nécessaire  de  là  collection  des  économistes  italiens , 
publiée  à  Milan  par  M.  Custodi. 

Pecqueur.  Économie  sociale.  Des  intérêts  du  commerce^  de 
rindustrie,  de  Fagricultore  et  de  la  civilisation  en  géné- 
ral .  Paris,  1859 , 2  vol .  in-8. 

Ouvrage  -malheureusement  couronné  par  l'Académie  d6s  sciences  morales 
et  politiques. 

—  Des  améliorations  matérielles  dans  leurs  ^tipporf»  at«e  Ai 
Ubei'fé.  lUtt'odaction  à  rétu(te  de  récohomilB  sociale  let 
politique.  Paris^  1840,  î  voi,  grand  làÀi. 


BIBLIOGRAPHIE.  463 

Pbttï  («ir  W.).  Tracts  ,  ehiefly  relating  io  Ireland.  Dublin , 
4749,  in-S. 

Partisan  timide  de  la  liberté  du  commerce,  il  examine  principalement  Pélat 
de  rirUnde,  et  il  applique  à  cet  ourrage  les  principes  les  plus  élevés  de  1*6- 
oonomie  politique.  ' 

Ouvrage  riche  de  faits  bien  exposés. 

—  Several  essays  in  political  ariihmetick,  London»  l'755,  in-^s 

Ce  livre  est  une  espèce  de  statistique  raisonnée  de  l'Angleterre ,  comme  le 
précédent  Test  de  l'Irlande. 

L'auteur  y  expose  fort  bien ,  en  passant ,  les  véritables  causes  de  la  prospé- 
rité des  Hollandais. 

Peuchet  (Jacques).  Statistique  élémentaire  de  la  France, 
contenant  les  principes  de  cette  science^  et  leur  applica- 
tion à  Fanal yse  de  la  richesse,  des  forces  et  de  la  puis- 
sance de  Tempire  français.  Paris,  1805,  in-8. 

—  Statistique  générale  et  particulière  de  la  France  et  de  ses 
colonies^  ayec  une  description  topographique ,  agricole, 
politique,  industrïelle  et  commerciale  de  cet  État.  Paris, 
Buisson,  1805,  7  vol.  in-8,  et  atlas  grand  in-^*»,  composé 
de  dix-neuf  tableaux  et  de  neuf  grandes  cartes. 

Pfbiffer  (Ton).  Lehrbegriff  saetntlicher  œconomiseher  und 
KameraluHssenschaften,  Mannheim,l 764-1 778,  é  vol.  iti-8. 

—  Grundriss  der  Staaiswirfschaft,  Francfort,  1782,  ln-8. 

PiLLET-WuL  (le  comte).  De  la  dépense  et  du  produit  des  ca- 
naux et  des  chemins  de  fer,  De  l'influence  des  voied  de 
communication  sur  la  prospérité  industrielle  do  la  France. 
Paris,  1837,  2  vol.  in-4°,  dont  lin  de  planches. 

Plaidoyer  très-savant  en  faveur  des  canaux  conlrc  les  chemins  de  fer;  prin- 
cipalement digne  d'intétêl  parce  qu'il  s'jippUie  toujours  sur  des  câlOuM.  Le 
temps  seul  peut  lui  donner  tort  ou  raison  «  car  les  expériebees  ne  tout  pêi 
faites;  mais  elles  se  font  tous  les  jours. 

Pinheiro-Ferreira*  Précis  d*%m  cours  d'éeonomis  politique, 
Paris,  1840,  in-l«. 

Programme  un  peu  léger  pour  un  titre  aussi  ambitieux. 

PiNTO.  Traité  de  la  drculatton  et  du  crédit,  contenant  Une 


464  BIBLIOGRAPHIE. 

analyse  raisonnée  des  fonds  d'Angleterre,  et  de  ee  qu'on 
appelle  commerce  ou  jeu  d'actions  ;  etc.  Amsterdam,  1787, 
in-8. 

Pioto  est  ce  fomeux  juif  hollandais  qui  portail  famour  du  crédit  jusqu'au 
point  de  considérer  les  délies  publiques  comme  de  véritables  bienfaits  pour 
les  peuples.  Ce  n'était  pas ,  d*ailleurs ,  un  homme  sans  mérite, 

—  Essai  sur  le  luxe,  considéré  relativement  à  la  ^population 
et  à  V économie,  Amsterdam,  1764,  in-12. 

Dans  cet  ouvrage  Fauteur  fait  une  sortie  très-vive  contre  le  luxe  des  Hol- 
landais dans  leurs  maisons  de  campagne. 

Place  (Francis).  Illustrations  and  proofs  of  the  principle  of 
population  (Exemples  et  preuve  du  principe  de  popula- 
tion.) vol.  in-8, 1822. 

C'est  une  conQrmalion  des  principes  adopiés  par  tous  les  économistes 
sur  la  population.  L'auteur  est  un  des  hommes  les  plus  judicieux  de  l'An- 
gleterre. 

Plaifair  (W.).  In  inquiry  into  the  permanent  causes  ofthe 
décline  and  fall  ofpowerfal  and  wealth  nations,  London, 
1805,  in-4. 

Platon.  La  République, 
Nous  avons  cité  quelques-uns  des  rêves  de  ce  philosophe  sur  les  questions 

économiques.  II  en  avait  deviné  l'importance. 

Plumard  de  Dangeul.  Remarques  sur  les  avantages  elles  dés- 
avantages de  la  France  et  de  la  Grande-Bretagne ,  par 
rapport  au  commerce,  etc.  Amsterdam,  (Paris,  Estienne), 
1554,  in-12.  Trad.  de  l'anglais  du  chevalier  John  Nickolls. 
(Traduction  supposée.) 

—  Le  rétablissemeut  des  manufactures  et  du  commerce  d'Es- 
pagne-, traduit  de  TEspagnol,  1753,  Voyez  B.  de  Ulloa. 

Pluquet  (l'abbé).  Traité  philosophique  et  politique  sur  leluîte. 

Paris,  1785,  in-12, 2  vol. 
Longue  homélie,  en  deux  volumes,  contre  le  luxe.  Peu  de  doctrines,  beau^ 
coup  de  déclamations.  L'auteur,  qui  était  abbé,  aurait  dû  intituler  son  livre  : 
Sermon  contre  le  luxe. 

PorvRE,  intendant  de  File-de-France. 

Les  OBUvrei  de  cet  [excellent  homme,  publiées  en  un  volume  in-8o  (  Ta- 


BIBLIOGRAPHIE.  465 

ris,  1797,  in-So)  par  Dupont  de- Nemours,  reofermeot  des  vues  précieuses  d'é- 
eoBomie  polilique. 

PoNCELiN.  Tableau  général  du  commerce  de  VEurope  avec 
V Afrique^  les  Indes  Orientales  et  V Amérique^  fondé  sur 
les  traités  de  1763  et  1783.  1  vol.  in-8, 1787. 

statistique  coloniale  dans  laquelle  se  rencontrent  quelques  vues  gé;k' raies 
sur  le  commerce  avec  l'Amérique. 

PoNCET  DE  LA  Grate.  Considérations  sur  le  célibat^  relative- 
ment à  la  politique,  à  la  population  et  aux  bonnes  mœurs. 
1  vol.  in-8, 1801. 

Cet  opuscule  de  i4o  pages  oflï'e  un  résumé  assez  curieux  de  la  législation 
ancienne  et  moderne  relative  aux  célibataires. 

L'auteur,  fougueux  apologiste  du  mariage,  a  terminé  son  travail  par  un  pro- 
jet de  loi  en  vertu  duquel  les  célibataires  seraient  déclarés  incapables  d'exer- 
cer aucune  fonction  publique ,  depuis  l'âge  de  vingt-cinq  ans  jusqu'à  celui 
de  soixante-dix,  et  de  plus,  inhabiles  à  tester  et  à  succéder  à  leurs  pères  et 
mères  ;  tout  le  reste  est  de  cette  force. 

PoTERAT  (marquis  de).  Observations  politiques  et  morales  de 
finance  et  de  commerce,  ou  Examen  approfondi  d*un  ou- 
vrage de  M.  R***  (Rillet)  de  Genève ,  sur  Femprunt  et 
rimpôt.  Lausanne^  1780,  in-8. 

Bonnes  doctrines.  L'auteur  y  attaque  les  emprunts  avec  une  chaleur  philo- 
sophique ;  mais  il  n'en  appréciait  pas  les  effets  utiles  dans  des  circonstances 
données. 

Porter.  Progrès  matériels  de  T Angleterre.  Traduit  de  l'an- 
glais et  mis  en  parallèle  avec  les  progrès  matériels  de  la 
France,  par  M.  Chemin-Dupontès.  Paris^  1839, 1  vol.  in-8. 

M.  Porter  est  un  des  employés  les  plus  distingués  du  bureau  de  commerce 
{Boctrd  of  trade)  d'Angleterre,  et  un  partisan  éclairé  de  la  liberté  com- 
merciale. 

Poulain  (Henri).  Traité  des  monnaies,  Paris,  1707,  in-12. 

Prévost  de  Saint-Lucien.  Moyens  d'extirper  Vusure,  ou  pro- 
jet d'établissement  d'une  caisse  de  prêt  public  sur  touç 
les  biens  de  Thomme,  contenant  lettres-patentes  de  créa- 
tion du  Mont-de-Piété  de  Paris  en  1777.  Dédié  à  Henri  IV. 
Pans,  1778,  in-12. 


466  BIBLIOGRAPHIE. 

Henri  IV  ne  pourail  guère  retaser  Ift  dédicace  de  ce  litre,  publié  ^MêH  dé 
cent  cinquante  ans  après  sa  mort. 

Ce  que  Tauteor  y  donne  de  plus  intéressabl ,  c'est  un  balàlogue  de  toiil 
les  écrits  relatifs  au  prêt  A  intérêt,  et  principalement  aux  rnoota-ëe-piété 
(pages  47-50). 

Prévost  (de  Genève).  De  V économie  des  anciens  gouverne- 
ments, comparée  à  celle  des  modernes.  Berlin^  1735,  in-8* 
Price.  Arithmétique  politique^ 

C'est  le  premier  qui  ait  proposé  des  caisses  d'amortissement  an  moyen  dln- 
tè^éts  composés.     ^ 

Prinsep  [C^,).  a  letter  to  the  earl  ofLiverpoùl  on  thé  présent 
ûistress  of  the  country,  and  the  eJfiCacy  of  raising  the 
standard  ofour  silver  currency.  1816. 

Cette  curieuse  lettre  est  une  pièce  indispensable  de  la  discussion  qui  s'éleva 
en  Angleterre  au  sujet  du  papier-monnaie»  après  les  événements  de  1814,  et 
à  l'occasion  du  projet  de  reprendre  les  paiements  en  espèces. 

—  An  essay  on  money,  iSiSfin-S. 

Cet  écrit,  dû  au  traducteur  anglais  du  traité  d'éconoitaie  politique  de  J.-B.  Saf» 
est  Irés-eslimé  en  Angleterre ,  et  mérite  do  l'être  par  sa  lucidité  et  son  ex- 
cellente exposition  de  la  matière. 

pROUDHo!i.  Qu'est-ce  que  la  propriété?  Paris  ^  1841,  2«  édition, 
1  vol.  in-12. 

•  Dans  la  v  édition  de  cet  ouvrage  l'auteur  avait  fait  cette  étrange  réponse  : 
Uiproprk'lé,c*est  le  voLM.  Proudhonest  un  homme  de  beaucoup  de  talent  qui^ 
frappé  des  abus  de  la  propriété,  n'a  rien  trouvé  de  plus  simple  que  d'en  abo- 
lir le  principe.  Bfais  tout  en  déplorant  cette  erreur,  il  est  impossible  de  ne  pas 
reconnaître  dans  son  livre  des  vues  d'une  grande  hardiesse  et  une  vigueiir  de 
Ibgiiilue  digne  d'une  meilleure  thèse. 

-fi  Lettre  à  M.  B langui  sur  la  propriété.  Paris,  1840,  i  vol- 
in-12. 

Opuscule  destiné  à  la  délbrise  dn  t^récédeni ,  mais  il  lui  eM  toti  intèrïtùt  «h 
originalité. 

—  Avertissement  auœ  propriétaires.  Paris,  1841,  in-iS  de 
115  pages. 

-*  Dt  l'utilité  es  la  célébration  du  dimanche.  Paris»  1841,  2« 
édit.  in-12. 


ft)lltÈ8  (ClëOt^es);  Tàutés  les  elassiss  producH^es  de  riàhesiès 
(AU  classes  productives  of  riches).  1  vol.  ih-8,  I8l7. 

Q; 

QuESfiAT  (François).  Essai  sur  l'administration  des  ierre§. 

Pari»)  il^s  in-8;  (Publié  sous  le  pseudonyme  de  Béliui 

des  Ferius.) 
-^  PhyÙOïïràni,  bU  (Cotistittitloii  naturelle  dû  godvërnèmetlt 

)ë  piiià  àVàhtâgëûi  aU  ^énre  htiniain.  ReëUëil  (dé  traités 

dii  docèèui*  Quesnay)  publié  pai*  Dupont  (de  Néinours). 

Leyde  et  Paris,  ilQS,inS. 
•^  Vahieau  économique  avec  son  explication,   suivi  des 

Méâèiinits  féfiérales  du  gouvernement  économique  d'un 

irù^mm  agricole.  Vehsailles,  4758,  in-8.  Très-ral-é. 

Gel  où  Vf  âge  à  éié  réimprimé  dans  VAmi  des  Hommes,  parle  marquis  de 
Miràbèaii,  aoiit  ii  ^orme  la  éiiiie  ^e  la  sixième  parlie.  Il  se  lirouyb  compris 
égâlelhénl  dans  la  j^hysiocràtie. 

^heshày  est  àiisisii  aiiièur  des  articles  fermiers  et  grains  dans  YEncyctopédié 
dêbiderôl;  d'iihè  grande  quarililé  de  mémoires  et  d'articles  dans  lé  Journal 
d^agriculiure,  du  commerce  ei  des  finances ,  el  dans  les  Épiienièrides  du  d- 

)$h)siba^  à*i  (taa  Misse  une  Seule  idée  réeliemeni  praticable  ;  hiaié  il  a  ou- 
vert le  chanlp  des  expériences  économiques.  Ses  écrits,  peu  tHMttbreax  et 
tous  empreints  d'un  néologi^c  sentencieux  qui  rappelle  assex  bien  le  style 
des  écoles  récentes  saint-simonienne  et  Touriériste,  sont  à  Téconomie  poli- 
tique ce  que  l'alchimie  est  à  la  chimie.  Quesnay  cherchait  modestement  la 
pierre  philosophalo  :  nos  sectaires  modernes  déclarent  sincèrement  qu'ils 
l'ont  trouvée. 

R. 

Rachon.  Essai  sur  les  monnaies  nncîenwes  et  modernes,  i  Toi. 
itt-B,  1702,  àrefc  planches. 

Ouvrage  plus  intéressant  sous  le  ra|H>Ort  dd  M  lechlblogie  ^dé  sooi  lé  rap- 
port de  l'économie  politique  :  très-digne,  néanmoins,  d'être  consiUlé. 

RàMEL  (VO'  Desfinaneesde  la  république  française  enPanlX. 
Paris,  an  IX,  in-8. 


46B  BIBLIOGRAPHIE. 

LiYre  spécial  d'un  auteur  qui  ayait  eu  rayantage  de  prendre  part  tu  maoio-r 
ment  des  finances  de  l'époque  dont  il  parle.  ^  ' 

Ramsay  (George),  ^n  e^^ay  on  ihe  distribution  ofwealth  (Essai 
sur  la  distribution  de  la  richesse).  Edimbourg,  1836, 1  v. 
iil-8. 

Liyre  utile,  plus  politique  qu'écottomiqite  j  et  beaucoup  plus  écrit  en  vue 
des  questions  relatiyes  à  Tagriculture  anglaise  que  dans  l'intérêt  général  de 
la  science  elle-même. 

Rau  (K.  E,},*Lehrbuchderpolitiêchenœconomie  (Traité  d'é- 
conomie politique).  3«  édit.  3  vol.  inS,  H^delberg,  1837. 

Le  premier  volume  de  cet  important  onvrage  contient  l'économie  politique 
proprement  dite,  ou  la  théorie  des  richesses  ;  le  second,  la  science  adminis- 
trative ;  le  troisième,  les  finances. 

Lés  ouvrages  de  M.  Rau  sont  rédigés  avec  une  grande  clarté  et  d'après  les 
principes  les  plus  accrédités  de  notre  époque.  Les  doctrines  de  Smith  et  de 
Say  forment  la  base  du  livre  ;  l'auteur  a  néanmoins  éclairé  plusieurs  points 
que  les  deux  célèbres  économistes  n'avaient  pas  sufiRsamment  approfondis. 
On  remarque  surtout,  dans  le  troisième  volun\e,  qui  renferme  la  science  finan- 
cière, une  foule  de  notions  neuves  sur  les  impôts,  et  des  vues  pratiques  qu'on 
ne  rencontre  pas  ordinairement  dans  les  traités  de  ce  genre.  Le  succès  rapide 
de  l'ouvrage,  qui  est  arrivé  en  peu  d'années  à  la  troisième  édition,  est  au  reste 
une  preuve  assez  concluante  de  son  mérite. 

Ratnal.  Histoire  philosophique  et  politique  des  établissements 
et  du  commerce  des  Européens  dans  les  deux  Indes,  Paris, 
A.  Coste  etC>e.,  1820-21, 12  vol.  in-8,avec  un  atlas  in-4. 

Grand  et  bel  ouvrage,  malgré  ses  imperfections  et  ses  déclamations. 

L'auteur  n'a  pas  toujours  pensé  comme  il  avait  écHt;  mais  sa  mémoire  n'en 
est  pas  moins  digne  de  respect.  Cest  lui  qui  a  porté  les  premiers  et  les  plus 
rudes  coups  à  l'esclavage  colonial. 

Reimarus.  Nouvelle  exposition  des  principes  sur  la  liberté  du 
commer ce  des  grains. Trsid,  de  Tallemand.  Paris ,  1793,  in-8. 

Partisan  enthousiaste  de  la  liberté  du  commerce  des  grains.  Son  livre  est 
d'ailleurs  plein  de  sens  et  d'originalité. 

Reinhard.  Fersucheinez  Grundrisses  der  Staatswirthschafts 
/e^re.  Mannbeim,  1805,  in-8. 

Reitemeier,  Mines  des  anciens. 

Ouvrage  plein  de  détails  précieux  sur  les  ressources  métalliques  des  Greei 
^t  des  Romains. 


BIBLIOGRAPHIE.  469 

Reybaud  (Louis).  Etudes  sur  les  réformateurs  contemporains 
ou  socialistes  modernes  Saint-Simon ,  Charles  Fouriery 
Rohert'Owen.  3<^  édition,  augmentée  d'une  bibliographie 
raisonnée  des  principaux  utopistes.  Paris,  Guillaumîn, 
1842,  1  vol.  in-8. 
L'ouvrage  de  M.  Reybaud  a  obtenu  un  succès  légilime,  dû  autant  à  l'élé- 
gance et  à  la  clarté  de  son  style  qu'aux  aperçus  ingénieux  et  profonds  dont 
son  livre  est  semé.  C'est  un  des  écrits  les  plus  remarquables  de-I'école  éco- 
nomique française. 

Retniër  (Jean-Louis-Antoine).  De  V économie  publique  et  rur 
raie  des  Arabes  et  des  Juifs,  Genève,  1820,  in-8. 

—  Z7e  V économie  publique  et  rurale  des  Celtes,  des  Germains 
et  des  autres  peuples  du  nord  et  du  centre  de  l'Europe,  Ge- 
nève et  Paris,  1818,  in-8. 

— -  De  V économie  publique  et  rurale  des  Égyptiens  et  des  Car- 
thaginois;  précédée  de  considérations  sur  les  antiquités 
éthiopiennes.  Genève  et  Paris,  iS^Z,  in-8. 

—  De  l'économie  publique  et  rurale  des  Grecs.  Genève  et  Pa- 
ris, 1825,  in-8.    . 

-^  De  V économie  publique  et  rurale  des  Perses  et  des  Phéni- 
ciens, Genève  et  Paris,  18i9,  in-8. 

RiGARDo.  —  Les  œuvres  de  Ricardo  comprennent  les  écrits 
suivants,  dont  le  mérite  a  été  apprécié  dans  le  cours  de  cet 
ouvrage,  savoir  : 

—  The  high  price  of  Bullion,  aproofofthe  depr£eiation  of 
bank  noies, 

—  Essay  on  ihe  influence  of  a  low  price  ofcorn  on  the  pro- 
fits of  stock; 

—  Proposais  for  an  economical  and  secure  Currency; 

—  Principes  de  l'économie  politique  et  de  l'impôt.  Traduit  de 
ranglais  par  F.- S.  Gonstancio;  avec  notes  explicatives  et 
critiques  par  J.-B.  Say.  Paris,  Aillaud,  1818,  2  vol.  in-8. 

—  Protection  to  agriculture. 

Nul  écrivain  n'a  traité  les  questions  de  finances,  tprés  M.  Ricardo,  avec  plus 
de  talent  que  M.  Francis  Borner,  dans  la  Revue  d'Edimbourg,  Voir  (tome  i, 


470  BIlUOMAraiB. 

page  tm  tome  u,  pagei  lOi.Mi  toma  ^,  pegM  mi  \m9L^Vh  HM  Hf; 
toffte  STin,  page  448;  tome  xzi^y,  page  404)  1««  arUcle^  TfWI?<|Vj^eft  qull  a 
publiés  sur  ces  matières. 

Ricci  (Ludovico).  He forma  degV  institua  pii  d^lla  diia  HMo- 

dena.  Modenese,  in-8. 

C'est  le  premier  écriyaiD  de  Tllalie  qui  ait  traité  d'une  manière  philosophique 
la  question  des  institutions  de  bienfaisance  ;  il  démontre  fort  bien  les  abus 
de  la  charité  publique  et  les  inconvénients  des  hospices  d'enfants-trouyés.  8a 
doctrine  s'accorde  ayeccelle  de  Mallhus,  qui  ne  (ùl  publiée  pourpa  première  fois 
qu'en  1798. 

RiLLET  pE  Saussure.  Lettres  sur  V emprunt  et  Vimpât^  adressées 
à  M.  Necker  de  Gennani.  1779,  in-8. 

Écrit  importante  consulter,  sur  des  questions  aujourdliui  résolues,  comme 
des  échantillons  des  réyes  de  nos  pères. 

Rocco,  Des  banques  de  Naples.  Napoli,  iTSSi,  i¥oJ. 

Intéressant  à  consulter,  quoique  ineomplel  et  diffiUf 

R«DET  (D.-L.)*  Ou  cùmmwee  extérieur  et  i$  la  ffUfttiail  d'un 
entrepôt  à  Paris.  Paris,  i8^,  in-S. 

— •  Questions  commerciales,  Paris,  1838.  iii-8. 

RosDERER  (le  comte  Pierre-Louis).  Journal  dtécc^nwmep^lli- 
qucy  de  morale  et  de  politique.  Paria,  1776  et  anaéea sui- 
vantes ,  5  \o\.— Mémoires  d'économie  publique^  4$  v^ale 
et  de  politique  (faisant  suite  au  journal  précédent),  fm§, 
1709, 1  vol.  ;  en  tout  6  volumes  in-8. 

—  De  la  propriété  considérée  dans  ses  rappot^U  av^  l^  droits 
politiques.^ édii.Varis y  Hect.  Bossange,  1830, in-i8« 

Esprit  original  et  inégal,  qui  n'a  jamais  eu  que  des  idées  vaguea  et  incer- 
Uàoes  sur  les  yéritables  principes  de  l'économie  politique  ;  élève  des  pky- 
êiocraies ,  par  ses  premières  études,  modifié  par  Texpériènce  des  affaires , 
mais  demeuré  toujours  excentrique  et  paradoxal  en  toute  chose.  Gonsullei 
sur  ses  écrits  une  notice  beaucoup  trop  flatteuse  de  H.  Mignet,  lue  à  l'Aea- 
démie  des  sciences  morales  et  politiques  de  llnstitut  de  FraBce. 

RoEssiG  Encyclopœdie  der  Âameralwissenschaft^n.  Leipzig, 

1798,  in.8. 
Rqssi.  Cours  d* économie  politique  fait  au  collège  ds  francs. 

Parié,  loubert,  1859-40, 2  vol.  in-8. 


BIBLIOGRAPHIE.  471 

Le  court  d'éçoqomie  politique  de  M.  Rossi  eit  un  TériUble  traUé  dont  les 
deux  premiers  volumes  seuls  ont  paru.  Ils  sont  consacrés  i  reipo^ilion  des 
phénomènes  de  la  production  des  richesses.  Ce  bel  ouvrage  nous  semble 
dettiné  à  caractériser  d*une  manière  brillante  la  transition  entre  l'école  de  J.* 
B.  Say  et  celle  de  notre  temps,  qui  en  a  reçu  tant  de  services. 

Rûssi  (Adiotato).  D$l  eeonùma  délia  ipede  umwia,  Pavia, 
1819,  4  vol. 

RoTTECK.  Lehrhuch  der  œconomischen  PoliHck,  Stuttgart , 
1835,  in-g. 

RouBADD  (l*abbé).  Béoréaiions  économiques,  ou  Lettres  de  l'au- 
teur des  représentations  aux  magistrats,  à  M.  le  chevalier 
Zanobi,  principal  interlocuteur  des  dialogues  sur  le  com- 
merce des  blés.  Amsterdam  et  Paris,  1770,  in-8. 

Pamphlet  très-spIrltuel  contre  rouvrage  de  Galiani. 

RuGGLES  (Th.)  Histoire  des  pauvres^  de  leurs  droits  et  de  leurs 
devoirs,  et  des  lois  concernant  la  mendicité;  traduit  de 
Tanglaispar  A.  C.  Duquesnoy.  Paris,  an  X  (1802),  2  v.  in-8. 

S. 

Sabatibr.  Des  Banques,  de  leur  influence  pour  faciliter  la 
circulation  des  capitaux ,  faire  baisser  le  trop  haut  prix 
de  r intérêt,  et  des  mesures  à  adopter  pour  que  ragricul^ 
ture,  l'industrie,  le  commerce  de  la  France  et  des  divers 
États  jouissent  de  l'avantage  de  tels  établissements.  Avril 
1817,  Paris,  in-8. 

—  Considérations  sur  les  contributions  et  les  taxes  indirec- 
tes, Paris,  imprimerie  de  P.  Guefller,  1818,  in-4. 

—  Du  crédit  public  et  particulier  j  des  moyens  d'acquitter  in- 
distinctement la  dépense  de  tous  les  services,  et  d'opérer 
des  améliorations  dans  les  diverses  branches  de  l'écono^ 
mie  politique.  1798,  in-4. 

-^  Tablea%tœ  comparatifs  des  dépenses  et  de»  c(mtribuHoeu 
de  la  France  et  de  V Angleterre,  suivis  de  considérations 
sur  les  ressources  des  deux  États ,  et  servanl  en  wèm% 


472  BIBLIOGRAPHIE. 

temps  de  réfutation  à  Fouvrage  de  M.  Gentz.  Paris^  Âr- 
thus^Bertrand,  1805,  in-8. 
Saint-âubin.  Opuscules  sur  lesfimnceSy  le  papier-monnaie^  le 
crédit^  etc.  1797,  avec  tables,  20  pièces,  1  vol. 

J.*B.  Say  l'appelait  le  bouffon  de  Féconomie  poliligtie,  bouffon  souvent  très- 
judicieux. 

Saint-Ghamans  (le  vicomte  de).  Du  système  dHmpôh  fondé  sur 
les  principes  d'économie  politique,  Paris,  1820,  in-8. 

Boutade  d'un  écrivain  distingué,  qui  a  dépensé  au  service  des  doctrines 
surannées  de  l'économie  politique  plus  d'esprit  qu'il  n'en  fallait  pour  faire  un 
excellent  ouvrage.  C'est  dans  son  livre,  que  se  trouve  la  plus  habile  apologie 
du  système  mercantile. 

—  Nouvel  essai  sur  la  richesse  des  nations.  Paria,  Lenor- 
mantpère,  1824,  tn-8. 

Saint-Péravi  (de).  Mémoire  sur  les  effets  de  Vimpôi  indirect 
iur  le  revenu  des  propriétaires  de  biens- fonds ,  qui  a  rem- 
porté le  prix  proposé  par  la  société  royale  d'agriculture 
de  Limoges,  en  1767.  Londres^  1768,  in-12. 

L'auteur  partageait  l'opinion  des  économistes  sur  la  question  de  l'impôt. 
Tous  les  profits  venant  de  la  terre,  selon  eux,  c'est  à  la  terre  seule  qu'il  fallait 
imposer  des  taxes.  La  suppression  des  impôts  indirects  devait  profiter  aux 
propriétaires,  selon  l'auteur  du  mémoire;  mais  les  propriétaires  n'en  croyaient 
rien ,  et  ils  avaient  raison. 

—  Principes  du  commerce  opposé  au  trafiCy  développée  par 
un  homme  d'État.  1787,  2  vol.  in-8. 

Saint-Pierre  (l'abbé  de). 

Les  écrits  de  cet  excellent  homme,  que  le  cardinal  Dubois  lui-même  appe- 
lait les  rêves  d'un  homme  de  bien ,  se  composent  d'nne  foule  d'essais  sur  tou- 
tes sortes  de  sujets.  Voici  les  titres  des  plus  importants  : 

—  Mémoire  pour  l'établissement  d'une  taille  proportionnelle, 
1717,  in-12  et  in-4,  réimprimé  sous  le  titre  de  Projet  d'une 
taille  tarifée. 

-•  Mémoire  sur  les  pauvres  mendiants  et  sur  les  moyens  de 

les  faire  subsister.  1724,  in-8. 
«—  Mémoire  sur  les  billets  d'État. 


BIBLIOGRAPHIE.  473 

—  J^émoire  pour  diminuer  le  nombre  des  procéx.  l'aria,  ms. 

Il  î  proposail  l'itablisseinenl  d'un  code  unifonne  pour  lout  le  royaume. 

—  Les  annales  potiliques.  Londres,  1757,  2  vol.  in-8. 

—  Projet  pour  rendre  la  paix  perpéluelle  en  Europe,  etc. 
Utrecht  (Paris),  1713-17,  5  vol.  in-d2. 

—  Le  mime  ouvrage,  abrégé.  RolteiàauilPaTis),  1729,  iD-12. 

—  Les  Rives  d'un  homme  de  hien,  gui  peuvent  élre  réalisés,  - 
ou  les  Vues  et  pratiques  de  M.  l'abbé  de  Saint-Pierre.  (He- 
cueilliesparAlletz).  Paris,  Daciesne,  1775,  in-12. 

Saiste-Croiï  (de).  Del'élat  eldu  iorl  descoloniei  detanciefu 
peuples.  Philadelphie  (Paris),  1779,  in-8. 

I*s  lolonies  des  anciens  lonl  Irop  Jugées,  dans  ccl  oui  rage  ,  avec  les  pré- 
jugés des  modernes. 

Saint'Sihok  (Uenri  de),  /.'industrie,  ou  Discussions  politiques, 
morales  et  philosophiques  dans  l'intérêt  de  tous  les  hoin- 
mes  livrés  à  des  travauxutiles  et  indépendants.  Avec  cette 
épigraphe  :  «  Tout  par  t'indtutrie,  tout  pour  elle.  » 

—  L'organisateur. 

Paru  en  plusieurs  éditions  et  de  la  manière  la  plus  cDnfuse.  — 
Pour  réunir  l'ouvrée  complet,  qui  Forme  un  volume  de  365  pag., 
il  faut  avoir  la  3'  édii.  de  U  1"  livraison,  et  la  S*  édit.  de  la  ••  li- 
vraison. 

—  Système  industriel,  1821-92,  Sparties  io-S. 

I^  première  partie  est  la  réimpression  de  diverses  lettres,  soil 
Imprimées,  soit  liihographiées,  que  Saint-Simon  avait  adressées 
aux  itiduttrielt ,  aux  euUivaleurs,  négociant*,  fabricants,  ele. 

—  Catéchisme  des  industriels.  Paris ,  1822-23 ,  eu  4  cahiers 
formant  422  pages. 

I.e  chapilrc  qu«  nous  avons  consacré  A  Sainl-Simon,  itans  le  coun  de 
celle  lihletre,  noi»  dii[^nse  d'entrer  ici  dans  de  nouieaui  délalli  sur  la 
œuvrai.  Le  lecicur  pourra  consulter  avec  plus  de  truil  encore,  i  ce  sujcl, 
l'eiceUcnl  ouvrasse  de  H.  L.  Iteybaud  ;  Éludes  aur  les  Socialittet  moàtmts, 
}>  ''dîl,,  rail,  IB41,  1  vol.  ln-«,  chri  (luilliumin. 


474  BIBLIOORAPHIB. 

Santa  gruz  de  Marcenado  (le  marquis  de).  JRapsodia  eeono- 

mica. 
Livre  original,  encore  bien  empreint  dei  préjugés  eipagnolf ,  naii  qui  en 
allaqualt  plusieurs.  Il  esl  devenu  assez  rare. 

Sartorius  (G.).  "  Bandbuch  der  Siaaiswriihschafi,  (Manuel 
d'économie  publique  à  Tusage  des  leçons  académiques). 
Berlin,  1796,  in-8.  —  l^a  deuuème  édition  a  été  publiée 
sous  le  titre  suivant  :  ÉlémenU  de  la  richesse  nationale, 
Gœttingue,  1806,  in-8. 

Cel  ouvrage  esl  rédigé  d'après  les  principes  de  Smilh  et  contient  quelques 
observations  criliques  sur  plusieurs  points  de  la  doctrine  de  Péconomiste 
écossais. 

Sartorius  est  un  des  écrivains  qui  ont  le  plus  contribué  é  populariser  les 
principes  économiques  de  Smith  en  Allemagne. 

—  Fon  denElementendes  Naiionalreichihums,  Goottingue, 
1806,  in-8. 

Sauvaise.  Salmasii  de  usuris  liber.  Lugduni  Batavorum, 
1638,  in-8. 

—  De  modo  usurarum.  Leyde,  1639,  in-8. 

—  De  fœnore  trapezilico.  1640. 

Ces  trois  ouvrages  de  Saumaise  ont  soulevé  dans  le  temps  la  colère  de  tous 
les  jurisconsultes.  Le  savant  auteur  y  soutient  avec  beaucoup  de  force  k  lé- 
gitimité du  prêt  à  intérêt. 

Say  (J.-B.).  Traité  d' économie  politique^  ou  Simple  exposition 
de  la  manière  dont  se  forment ,  se  distribuent  et  se  con« 
somment  les  richesses  ;  sixième  édition,  augmentée ,  et 
à  laquelle  se  trouvent  joints  un  Epitomé  des  principes 
fondamentaux  de  rËconomie  politique  et  un  Indew  rfii- 
sonné  des  matières.  Paris,  1841, 1  vol.  grand  in-8. 

Cet  ouvrage  est  le  principal  titre  de  gloire  de  notre  plus  célèbre  écono- 
miste. Il  a  eu  cinq  éditions  successives,  du  vivant  de  l'auteur,  qui  les  a  re- 
vues toutes  avec  un  soin  infini.  Il  a  été  traduit  dans  toutes  les  langues  de 
l'Europe. 

—  Cours  complet  d"* économie  politique  pratique,  ouyrage  des- 
tiné à  mettre  sous  les  yeux  des  hommes  d*État,  des  pro- 
priétaires fonciers  et  des  capitalistes,  des  savants,  des  agri- 


BIBLIOORAPHtH.  476 

culteurs,  des  manufacturiers,  des  négodants,  et  en  gêné* 
rai  de  tous  les  citoyens,  VÉconomie  des  sociétés;  2*  édit. 
revue  par  l'auteur,  publiée  et  augmentée  de  notes  par 
Horace  Say  son  fils.  Paris,  Guillaumin,  1840,  2  vol.  grand 
W-8. 

Vers  la  fia  de  sa  carrière,  J.-fi.  Say  recueillit  les  leçons  quH  avitt  pmfes- 
sées  au  ConBervatoire  des  arts"  et  métiers  pendant  plus  de  dix  ans ,  et  il  les 
publia  en  six  volumes ,  sous  le  titre  qui  précède.  Les  idées  répandues  dans 
soq  Traité  s'y  trouvent  modifiées  sur  certains  points  importauts;  mais  f  ou- 
vrage est  particulièrement  remarquable  à  cause  de  ses  iKJmbreuseï  appllta- 
tiona  pratiques. 

—  Catéchisme  d'écofiofffiiepoliiiquey  ou  Instruction  familièri^ 
qui  montre  de  quelle  façon  les  richesses  sont  produites , 
distribuées  et  consommées  dans  la  société.  Paris,  1835, 
in-12,  5*^  édit. 

Cest  le  résumé ,  en  dialogues ,  des  principes  de  J.-B.  Say. 

"^  Mélanges  et  correspondance  d'économie  politique,  ouVr9^e 
iH>9tbume,  publié  (avec  une  Notice  historiqui^  mr  h  Yi# 
et  les  ouvrages  de  Fauteur)  par  Charles  Cprote,  pon  gendre. 
Paris,  Chamerot,  1833,  in«>8. 

•—  Fetit  volume,  contenant  Quelques  aperçus  des  homm$$  et 
de  la  société.  3«  édit.  publiée  par  M.  Horace  Say.  Paris, 

1839,  1  vol.  grand  in-32. 

n  nous  reste  encore,  outre  ces  ouvrages,  plusieurs  écrits  du  même  éco- 
nomiste. Le  plus  rare  de  tous  est  une  espèeede  nouvelle, set»  fome  allé- 
gorique, iniitulé  :  Olbie,  ou  essai  sur  la  manière  de  Hfmn»  Uê  mœurs 
4^m$ê  nation,  travail  léger  qui  pouvait  faire  aoupfonner  à  p9m  te  ffVi4  ^sp* 
nomiste. 

)t»AV  (Horace).  Histoire  des  relation^  commerciales  entre  la 
France  et  le  Brésil,  et  Considérations  sur  les  monnaies,  les 
changes,  les  banques  et  le  commerce  extérieur.  Paris^ 
1839, 1  vol.  in-8. 

Say  (Louis)  de  Nantes.  Traité  de  la  richesse  individuelle  et 
de  la  richesse  publique.  Paris,  1827,  in-8. 

L'auteur  est  le  frère  du  célèbre  économiste  J.-B.  Say.  H  l'âDignait  déjà 
)>ew(oqp  ftei  principes  de  aon  frère  lortqull  publia  cet  ouvrage;  H  l'en  est 


476  BIBLIOGRAPHIE. 

éloigné  bien  davantage  encore  par  la  publication!  d'une  brochure  intitulée  ; 

—  Études  sur  la  richesse  des  nations  et  réfutation  des  prin- 
cipales erreurs  en  économie  politique.  Paris,  1836,  iD-8. 

véritable  pamphlet  contre  les  maîtres  de  la  science ,  son  nrère  compris. 

ScARUFFi  (Gaspardo).  Discorso  sopra  le  monete^  et  délia  vera 
proporzione  tra  Foro  e  Fargento.  Reggiano,  in-8,  1582.  - 

C'est  le  plus  ancien  ouvrage  qui  ait  été  publié  en  Italie  sur  Téconomie  po- 
litique ,  à  Toccasion  des  désordres  monétaires  qui  suivirent  la  conquête  de 
Fltalie  par  Charles-Quint. 

L'auteur  avait  conçu  la  pensée  d'une  monnaie  universelle  pour  toute  TEu 
rope;  on  lui  doit  l'invention  de  la  garantie,  c'est-à-dire  de  la  marque  des  msf- 
tiëres  d'or  et  d'argent  pour  tous  les  articles  d'orrévrerie. 

ScHENK  (K.-F.).  *  Das  Bedurfniss  der  Folkswirthschaft,  (Les 
besoins  de  réconomie  politique  dans  la  plupart  des  États 
de  la  Confédération  germanique).  2  vol.  in-8.  Stuttgard, 
1831. 

C'est  un  ouvrage  populaire  dans  lequel  l'auteur  s'applique  principalement 
i  traiter  les  questions  d'économie  politique ,  sous  le  point  de  yue  pratique. 

ScHLETTWEiN.  '^Grundvestc  der  staaten  oderdie  politische  œco- 
nomie,  Giessen,  1777,  in-8. 

Cet  auteur  a  été  d'une  très-grande  fécondité  ;  on  a  de  lui  une  vingtaine  de 
volumes  sous  différents  titres,  où  il  aborde  un  grand  nombre  de  questions 
économiques  en  les  traitant  du  point  de  vue  de  l'école  physiocratique  dont  il 
était  le  zélé  promoteur  en  Allemagne. 

ScHLOEzER  (Ch.  de).  *  Anfangsgrunde  der  Slaatswirthschaft. 
(Éléments.d' économie  publique).  2  vol.  in-8.  Riga,  1805. 

L'auteur  est  un  disciple  d'Adam  Smith. 

ScHNALz.  Économie  politique. Irdidnii  de  l'allemand,  par  Henry 

Joufifroy.  Paris,  1826,  2  vol.  in-8. 
M.  Schmal2  a  voulu  ressusciter  en  Allemagne,  comme  H.  Dutens  en  France, 
tes  théories  de  l'école  de  Quesnay,  dans  toute   leur  simplicité  primitive. 
Pourquoi  donc  rendre  à  cet  arbre  vénérable  l'écorce  irrégulière  dont  les  pro- 
grés de  la  science  l'avaient  délivré  ? 

ScHOEN  (Jean).  *  Neue  Uniersuchung  der  Nationalœkonomie. 
(Nouvelles  Recherches  sur  l'économie  nationale).  1  vol. 
in-8.  Stuttgard,  1835. 

Doctrines  complètes  présentées  avec  une  grande  lucidité.  M.  Schœn  s^est 
appliqué  à  circonscrira  nettement  toutes  les  questions  d'économie  sociale.  U 


BIBLIOGRAPHIE.  477 

a  éloigné  les  discussions  inutiles  et  il  a  racilité  par  une  classification  métho- 
dique l'étude  de  la  science. 

ScROFANi  (Saverio).  Memorie  di  publica  economia.  (Mémoires 
sur  réconomie  publique),  in-8.  Pise,  1826.  , 

Contient  quatre  mémoires  : 

10  Liberté  du  commerce,  ou  le  commerce  des  grains  pour  la  Sicile  ; 

20  Mémoire  sur  le  même  sujet ,  contenant  des  faits  empruntés  à  la  Toscane; 

11  expose  dans  le  3«  le  système  des  impôts ,  tant  pour  Tantiquiié  que  pour 
les  temps  modernes  ; 

Le  4«  mémoire  renferme  des  considérations  sur  les  manufactures  dltalie* 

ScROPE  (G.  ^owXeit).  Principles  ofpoliiical  economy^  deduced 
from  the  natural  laws  of  social  welfare,  and  applied  to 
the  présent  state  of  Britain.  London^  1855,  in-12. 

Disciple  de  Técole  radicale ,  son  livre  expose  avec  une  concision  pleine 
de  netteté  les  principes  économiques  de  la  production ,  dans  leurs  rapports 
avec  les  intérêts  des  classes  laborieuses.  Ennemi  déclaré  de  la  doctrine  de 
Malthus. 

ScuDERi.  Principi  di  civile  econ.  Napoli,  1829,  5  vol.  in-8. 
Semer.  Beiirag  zur  naeheren  Besiimmung  der  SiaaUwirths^ 

chaft  undihres  Gebiets.  Mannheim,  1794,  in-8. 
Sénac  de  Meilhan.  Considérations  sur  les  richesses  et  le  luxe. 

Amsterdam,  1789,  in-8. 

Pamphlet  contre  Tabbé  Terray.  Il  s'y  trouve  des  considérations  sur  les  an- 
ciens impôts. 

Senior  (N.-W.).  Principes  fondamentaux  de  l'économie  poli- 
tique. Paris,  1856,  in-8*  Traduction  française  du  comte 
Ârrivabene.  - 

Cet  écrit  est  le  résumé  des  leçons  d'économie  politique  professées  A  Tii- 
niversité  d'Oxford,  dans  la  chaire  fondée,  en  1825,  par  M.  Drummond.  M.  Se- 
nior ,  qui  est  un  esprit  très-distingué ,  y  considère  un  peu  trop  les  imperfec- 
tions sociales  comme  un  mal  sans  remède ,  et  il  défend  les  principes  avec 
une  inflexibilité  de  langage  peui-élre  aussi  cruelle  pour  les  gens  quMI  protège 
que  pour  ceux  qu'il  attaque. 

Serra  (Antonio).  Brève  iratiato  délie  cause  che  possono  far 
ahondare  H  regni  d' oro  e  d*  argenio  dove  non  sono  mi- 
nière. in-8, 1615. 
llaUribue  une  puisunee  industrielle  presque  exclusive  i  l'argeoi;  nMïi  il 


47i  BIBLIOGRAFIilE. 

esplU}ae  auul  très-bien  comB^eot  to  tnTail  et  le«  naoufoemrM  peuvent  iUi« 
rer  le  numéraire  dans  un  pays. 

i^ftm¥l\  i  ^v^T  oomnie  représentant  des  ephiioas  éeoooiBiqiief  ^f% 
temps. 

Seutter  (baron  de).  *  Die  Staatswirthschafi  aufder  grun4Hge 
deriVaitaiHi/û?(k>fu>ime,  6^c.(L'é€pnomiepu))lique  appliq 
au  fouireraeHient,  à  radministration  et  aux  finances). 
5  vol.  in-8.  Ulm. 

I^e  9|stëme  de  l'auteur  est  fondé  si^r  la  liberté  individuelle,  la  liberté  de 
l'industrie  et  la  liberté  de  la  presse.  Le  premier  volume  traite  de  Torganisation 
politique.  Le  second ,  de  l'administration  inlérieuror  Le  troisième  s'occupe 
ê$»  oonlritintions  de  tout  genre.  L'ouvrage  contient  des  Idées  larges  «t  dé- 
mocratiques. 

SsYBERT  (Adam).  Annales  êiaiiêUques  deê  Élaii-UnU,  Traduit 
de  ranglais  par  Scheflfer,  4  vol.  in-8, 1826. 

Recueil  utile  et  plein  de  documents  indispensables  pour  apprécier  avec 
fruit  Ips  relailona^e  l'E.Mrope  avec  |es  Ëtats-Uois.  Le  chapitre  relatif  aux  ten%^ 
publiques ,  ceux  des  revenus ,  de  la  monnaie  et  des  dépenses  laissent  peu  de 
chose  à  désirer. 

Sinclair  (John).  T^Ao  hislôryofthe  puèliere'eûnue  ofth$  british 

empiré.  London,  478S,  in-4. 

Ouvrage  moins  clair  et  moins  précis  que  eelui  de  ROt^eri  Hamilton  «  mais 
4tgBe  éi»  coniidératien  par  1«  Ubéraiité  de  sei  ftoctrines. 

SiMONDE  DE  SisMONDi.  De  la  fickesse  commerciale,  ou  prineipes 
d'économie  politique  appliqués  à  la  législation  du  com'- 
merce.  Genève,  1805,  2  vol.  in-8. 

C'est  le  premier  ouvrage  de  M.  de  Sismondi.  Il  était  alors  sectateur  tf'Adam 
Smith.  Ses  idées  se  sont  modiflées  depuis ,  et  il  a  publié  le  plus  important  de 
ses  ouvrages  sous  le  titre  suivant  : 

'^Nouveaux  principes  d'économie  politique,  ou  de  la  richesse 
dans  ses  rapports  ^vec  la  population.  PariSy  1827,  2  vol. 
in-8. 

C'est  le  plus  éloquent  manifeste  de  l'école  radicale. 

L'apparition  de  ce  livre  a  produit  une  grande  sensation  dans  le  monde  scien- 
tiflque.  L'auteur  y  attaque  le  système  des  banques,  l^mploi  des  machines , 
le  régime  manufacturier  anglais;  il  y  plaide  avec  chaleur  il  eanse  des  classes 
ottffiévM;  mais  il  ne  propose  tiicmi  remède  à  leurs  maui.  «  le  Hvroiia»  dit-il 


BIBLIOGRAPHIE.  479 

M  flpi^MDli  aprte  arofr  indiqué  où  est  à  ipes  yeux  la  justice ,  je  ne  me  sens 
ma  la  force  de  tracer  lea  moyens  d'exécutiop.  »  Personne  ue  le  pouvait  mieux 
que  lui,  inais  on  pe f osera  pas  de  sitôt. 

-^Études  sur  V économie  politique.  Paris,  Treuttel  et  Wurtz, 

4838,2  vol.  in-8. 
Skarbek  (le  comte  Frédéric).  Théorie  des  richesses  sociales. 

Paris,  1829,  2  vol.  in-8. 

L'ouvrage  du  comte  Frédéric  Skarbek  est  trop  exclusivement  théorique. 
L'économie  politique ,  à  Tépoque  toute  récente  où  ce  livre  a  paru ,  exigeait 
des  développements  pratiques  plus  étendus  et  des  vues  d'application  plus  po- 
sitives. L'auteur,  qui  est  Polonais,  aurait  pu  faire  pour  son  pays  ce  que 
M.  Storcb  a  fait  pour  la  Russie ,  un  exposé  spécial  des  questions  d'économie 
politique  particulières  à  la  Pologne. 

Smith  (Adam).  Recherches  sur  la  nature  et  les  causes  de  la 

tichesse  des  nations.  Traduit  par  le  comte  Germain  Gar- 

nier^  Faris,  1822,  6  vol.  in-8. — Nouvelle  édition  revue  et 

oorrigée  par  M.  Blanqui,  avec  des  notes  de  Mac  Gulloch, 

Buchanan,  Malthus,  Mill ,  Ricardo,  Sismondi,  etc.  Paris, 

1842,  2  vol.  grand  in-8. 
Le  grand  oBTrage  d'Adam  Smith  est  considéré  par  tous  les  économistes 
eonne  I0  véritable  point  de  départ  de  la  science  en  Europe.  Ce  livre  est  en 
eifet,  malgré  ses  longueurs  et  ses  digressions,  le  premier  qui  ail  analysé  les 
causes  réelles  de  la  richesse  des  nations  et  les  procédés  de  l'industrie.  Il  en 
existe  plusieurs  traductions  françaises,  dont  la  meilleure  est  celle  de  Garnier; 
celles  de  Roucber  et  de  Blavet  lui  sont  de  beaucoup  inférieures.  M.  Mac 
OuUoch  a  publié  en  Angleterre  une  édition  de  Smith  avee  des  notes  :  c'est 
l'édition  classique  par  excellence. 

SHrrH  (Thomas),  jén  aitempt  io  de/ine  some  of  the  first  prin- 
dples  ofpolitical  economy.  London,  1821,  in-8. 

SûDEN.  Die  Nationalœconovfiie.  Einphilosophischer  Fersuch 
ueber  die  Quellen  des  Nationalreichthums,  und  ueher  die 
Mittel  zudessen  Befœderung,  180S-1824,  9  vol.  in-8.  Leip- 
zig, Arau  et  Nuremberg. 

SoLERA  (Maurice).  Essai  sur  les  valeurs.  Grand  iD-8  de  116 
pages,  publié  en  1798. 

Sous  ce  titre ,  l'auteur  a  publié  des  considéraliona  d'un  grap()  Intérêt  éco- 
nomique pour  le  Piémont ,  sa  patrie.  La  forme  en  est  neuve  ^  piquante. 


480  BIBLIOGRAPHIE. 

SoLLT.  Considérations  on  poliUcaleconomy.  Berlin,  1814,  in-4. 
Sopp  (A.  A,).  *N€ues1e  Darstellung  derkameralwissenschaf' 

Un  (Nouvel  exposé  des  sciences  camérales).  3  vol.  in-8. 

Fienne,  1808-4811. 

Le  premier  volume  contient  l'économie  agricole ,  le  second  l'économie  in- 
dustrielle, et  le  troisième  l'économie  politique. 

Springer.  Grundrissder  Kameralwissenschaften,  lena,  1768, 
in-8. 

Steuart  (J.).  Recherches  sur  les  pincipes  de  V  économie  politi- 
que, ou  Essai  sur  la  science  de  la  police  intérieure  des 
nations  libres.  Traduit  de  Tanglais  par  Senovert.  Paris, 
Didot  aîné,  1789,  5  vol.  in-8. 

L'ouvrage  de  Steuart  a  fait  grand  bruit,  même  après  l'apparition  de  celui 
d'Adam  Smith.  C'est  pourtant  un  livre  qu'il  Taut  lire  avec  défiance,  car  il  four- 
mille do  paradoxes  sur  une  foule  de  questions  ;  mais  jusqu'à  Ricardo,  aucun 
économiste  anglais  ne  s'est  élevé  à  cette  hauteur.  Steuart  est  surtout  remar- 
quable par  la  clarté  de  ses  démonstrations  et  par  la  franchise  avec  laquelle  il 
aborde  les  difficultés  les  plus  ardues. 

Storgh  (Henri).  Cours  d'économie  politique,  ou  Exposition  des 
principes  qui  déterminent  la  prospérité  des  nations,  avec 
des  notes  explicatives  et  critiques  de  J.-B.  Say.  Paris , 
1823,  5  vol.  in-8. 

Un  des  meilleurs  ouvrages  de  l'école  d'Adam  Smith. 

Il  renferme  des  aperçus  du  plus  grand  intérêt  sur  le  servage  en  Russie  et  sur 
l'esclavage  dans  tous  les  pays. 

Les  notes  sur  les  banques,  qui  font  partie  du  4«  volume,  doivent  être  lues 
avec  un  soin  particulier. 

M.  Storch  a  publié,  en  outre,  sur  le  revenu  national,  un  écrit  important, 
dans  la  préface  duquel  il  exhibe  en  termes  vifs  ses  ressentiments  contre 
J.-B.  Say,  son  commentateur  '. 

Stokhausen.  Dissertatio  de  confunctione  jurispru4entiœ  atque 
œconomices,  politices  et  sdentiœ  cameralis  in  specie,  I^ip- 
zig,  1768,  in-8. 

•  Cet  oavrage  est  tonjonn  Joint  au  Court  d^Éeonomie  politique ,  dont  11  formo  le 
einqatème  volume. 

n 


BIBLIOGRAPHIE.  481 

Sully.  Mémoires  des  sages  et  royales  économies  d'État  Très- 
souvent  réimprimés  en  2  vol.  in-fol.,  12  et  15  vol.  iii-12, 
et  plus  souvent  encore  avec  les  arrangements  de  Tabbé 
de  l'Écluse. 

Ce  livre  sera  éternellement  digne  d'être  consulté,  comme  le  point  de  dé- 
part des  réformes  économiques  qui  ont  mis  fin  aux  abus  du  moyen  âge,  et 
qui  ont  abouti  à  la  révolution  (irançaise. 


T. 


Thiers.  De  Law  et  de  son  système  de  finances,  Paris ,  1826^ 
1  vol.  in-8  (faisant  partie  de  Y  Encyclopédie  progressive). 

Cet  article  est  sans  contredit  le  plus  beau  morceau  de  critique  historique 
qui  ait  été  écrit  sur  Law.  Nulle  part  le  système  n'a  été  plus  clairement  exposé, 
et  avec  une  fidélité  plus  scrupuleuse. 

Thompson  (William).  Jn  inquiry  into  the  principles  of  the  dis- 
tribution of  wealth.  (  Recherches  sur  les  principes  de  la 
distribution  des  richesses),  in-8,  1824. 

Economiste  radical  appartenant,  sous  quelques  rapports,  à  la  secte  coopé- 
rative d'Owen,  abstrait,  logique,  sévère,  excellent  pour  exercer  l'esprit  aux 
plus  rudes  études  de  la  science. 

Thornton  (Henry).  An  inquiry  into  the  nature  and  effects  of 
the  paper  crédit  ofthe  Great-Britain.  London,  1802,  in-8. 

Brochure  de  circonstance,  publiée  à  l'appui  de  la  suspension  des  payements 
en  espèces  de  la  banque  d'Angleterre. 

C'est  un  plaidoyer  spécieux  en  faveur  du  papier-monnaie;  mais  il  renferme, 
sur  le  crédit,  des  considérations  profondes  que  Ricardo  lui-même  n'aurait 
pas  désavouées. 

Cette  brochure  est  devenue  fort  rare. 

Thunen  (J.-A.de).  *  Der  isolirte  Staat  in  Beziehung  aufLand- 
wirthschaft  un  Nationalœconomie ,  etc,  (L'État  considéré 
sous  le  rapport  de  l'économie  agricole  et  de  Téconomie 
nationale,  ou  recherches  sur  l'influence  qu'exercent  le 
prix  des  grains,  la  richesse  du  sol  et  les  impôts  relative- 
ment à  l'agriculture).  Hambourg,  1836. 

TiFAUT  DE  Langue  (Jérôme).  Réflexions  philosophiques  sur 


Mft  QIBLIOG&APHii:. 

rtmpdl,  où  Ton  discute  les  principes  des  éaonamiiiktti  0% 
où  Ton  indique  un  plaa  de  perception  patriotique»  in-8. 
Paris,  477g. 

L'auteur  est  un  adversaire  des  économistes.  Homme  essentieUement  pratique, 
il  opposait  aux  thépries  de  ces  philosophes  i|n  pUn  de  rép9r(UiQn  d^  rimp^t 
plus  approprié  aux  r^ssource^  des  différentes  clawea  (^  citoyens. 

TooKE  (Thomas).  Thoughis  and  delails^  on  tbe  bigb  aad  low 
priées  of  the  last  thirty  years.  London,  4823,  in-8. 

Cette  collection  renferme  des  partioularités  curieuses  sur  la  hausse  et  la 
baisse  des  prix.  Elle  a  principalement  trait  aux  lois  sur  les  céréales ,  qui  sont 
le  fléau  de  TAngleterre. 

-^  A  hUiory  of  prices ,  and  of  the  siate  of  the  dPculûtion 
from  4795  io  4857.  Londres,  4858,  2  vol.  in-8. 

Cet  ouvrage,  de  l'aveu  de  l'auteur  lui-même,  n'est  que  le  développenient 
da  précédent  ;  mais  on  peut  le  considérer  comme  un  livre  nouveau  par  IM 
additions  importantes  dont  il  a  été  enrichi.  Il  contient  les  détails  les  phis  iB> 
téressants  sur  fétat  économique  de  l'Angleterre,  depuis  le  comn^enoemMil  de 
i|e  C(B  siècle. 

—  On  the  siaie  ofcurrency.  Londres,  4  voL  in-8. 

H.  Tooke  est  un  des  économistes  les  plus  éclairés  etlesplqs  judiciem^  4e  la 
Grande-Bretagne.  Son  opinion  est  du  plus  grand  poids  dapa  les  matiér^a  de 
finances. 

Tdi-l^nape  (L.-£.  de).  JEssai  sur  les  entraves  qm  h  cpn^WP^ 
épra^ve  m  Europe*  Paris,  ^820,  i  yol 
on  cfoirjiit,  en  lisapt  ce  titre,  que  laut^eur  a  fait  la  guerre  au¥  restrictions 
et  aux  entraves  du  commerce  ;  bien  au  cpnlrairp,  U  9^  fait  rapolpgis(Q  4(1 
a^sléme  prohibitif  et  des  privilèges  accordé^  am  polQpies  ;  ç«9  14^9  04^  §9"^ 
pas  toutes  aussi  illibérales. 

ToRRENS  (R.).  An  essay  on  the  production  ofwealth;  wlthap 
Appendix  in  wich  the  principles  of  political  eeonomy  are 
applied  to  the  actual  ciroumstanoes  of  thia  country.  Lotir 
don,  4824,  in-8. 

*^  An  essay  on  theeœtemaleorn^trade.  4  voL  4845. 

->^  Ontoages  and  comhination.  London,  4854. 

Tous  les  ouvrages  de  M.  Torrens  sont  remarquable!  par  l*élévation  dos  Idées 
et  les  sentiments  de  sympathie  généreuse  pour  )a  classe  ouvrière.  On  peut 
IjÇHjrrepirochei'  i^p  peu  d'Qb$curité;  J'auteipr  c$§aye  ^e  lepir  Iç  m!i^\^^  entrç  les 


do^rin^çs  ^  Riciir4o  et  p^lea  de  Mallbus.  «  le  premier,  diM,  généralUe  trop, 
«  et  le  second  trop  peu  ;  entre  les  mains  de  Tun ,  la  science  a  une  simpli- 
«  cité  qui  n'est  pas  naturelle;  elle  devient  un  chaos  entre  les  mains  de 
««  l'autre.  »> 

TucKER  (Josiah),  4  Pfief  essai  pn  ihe  adv^ntages  and  disad- 
vantages  which  jre^peqtively  att^pd  France  and  Greafc- 
Sfitain,  wiQ^  regard  to  Trqde^  witb  aome  proposais  for 
removing  t(iQ  principal  disadvantages  of  GreatrBritain  in 
a  now  m^tbod.  The  third  édition.  l4Qndûn,  il^Z^  i^r-B, 

Ouvrage  triip-repnarquable  par  la  libéraliié  de  ses  doctrines.  On  y  re^senl, 
déjà  l'influence  exercée  sur  les  progrès  de  la  science  par  le?  économistes  fran- 
çais. Tuclfer  avait  é^é  en  relation  avec  plusieurs  d'entre  eux ,  et  quoique  son 
livre  soit  Tortement  empretnt  d'égoTsme  national ,  11  y  Tait  de  grands  sacrifices 
aui  nouteHei  dôctriites. 

TuRBULO.  Diécorsi  é  relaziôni  sulle  monetedslregno  âiNapoli. 
Napoli,  1629. 

TuRCOTT.  OÉuvres  comp/^fe*,  précédée^  et  accompagnée^  de 
mémoire^  et  dj^  notes  sur  sa  vie ,  son  administration  et 
ÈBê  ouvrages.  Paris,  i^S-181i,  9  vol.  ii^rS. 

Celte  collection  complète  des  œuvres  de  Turgot  a  été  publiée  par  Dupoat- 
de  Nemours.  Elfe  se  compose  principalement  des  écrits  suivants  : 

—  Lettre  sur  le  papier-monnaie,  adressée  à  M.  Tabbé  de 
Cicé. 

Tlfrçpt  9'ayiU  <^ue  y|Q^l-deux  ans  lorsqu'il  l'écrivit, 

^  Le#  articles  foires  ^i  marché^,  at  t^af «iir«  et  m9nnfli§M ,  de 

FEncyclopédier 
•*TF  Mémûif0  sur  la  théorie  des  valeurs. 
•—  Éloge  de  M»  de  Gourtiay,  Tun  des  fondateurs  de  Técole 

des  Économistes, 
•->  Ses  travauiL  divers  dans  la  généralité  de  Limoges. 

Il  n*y  a  pas  un  de  ces  fragmenta  qui  ne  soit  digne  d'étude  et  d'admifttiou. 

-—  Réflexions  sur  la  formalion  et  la  disiribuiiondes  richesses. 

C'est  le  plus  remarquable  des  écrits  économiques  do  Tiirgoi,  eelnl  qui  a 
to  plus  mérHé  d«  r<^oier  la  cbatne  entr»  |^  4o$triiXB«  de  Qiiei oay  et«c^i  de 
miMs, 


484  BIBLIOGRAPHIE. 

—  Lettre  à  M.  de  Trudaine,  sur  les  encouragements  à  don^ 
ner  aux  manufactures. 

-r-  Mémoire  sur  les  prêts  d'argent. 

Arguments  sans  réplique  contre  les  lois  sur  Tintérèt. 
Ce  mémoire  et  celui  de  Bentham  ont  épuisé  la  question. 

—  Des  fonctions  des  bureaux  de  charité. 

—  Lettres  sur  la  liberté  du  commerce  des  grains,  en  opposi- 
tion aux  partisans  des  mesures  restrictives. 

—  Édif  portant  suppression  des  Jurandes  et  des  maîtrises. 

—  Comparaison  de  Timpôt  sur  le  revenu  des  propriétaires  et 
de  V impôt  sur  les  consommations. 

—  Lettres  sur  les  grains ^  écrites  à  Terray.  1788,  in^. 

—  Mémoire  qui  contient  les  principes  de  l'administration  pu- 
blique sur  la  propriété  des  carrières  et  des  mines ,  et  sur 
les  règles  de  leur  exploitation.  4790,  in-8. 

Turgot  était  un  homme  essentiellement  pratique,  et  il  a  eu  le  rare  bonheur 
d'exercer,  é  Limoges  comme  intendant,  et  à  Paris  comme  ministre,  des  fonc- 
tions qui  ont  permis  l'application  immédiate  de  ses  doctrines. 

Ses  différents  mémoires  devraient  toujours  être  entre  les  mains  des  hommes 
d'ÉUL 


u. 


Ulloa  (D.  Bernardo  de).  Rétablissement  des  manufactures  et 
du  commerce  d'Espagne;  traduit  de  Tespagnol,  par  Plu- 
mart  de  Dangeul.  Amsterdam,! 753,  in-42. 

Bon  livre  à  consulter  sur  la  décadence  industrielle  et  commerciale  de  l'Es- 
pagne, et  sur  toutes  les  questions  d'économie  politique  qui  s'y  rattachent. 

Ure  (Andrew).  Philosophie  des  manufactures  ^  ou  Économie 
industrielle  de  la  fabrication  du  coton,  de  la  laine,  du  lin 
et  de  la  soie,  avec  la  description  des  diverses  machines 
employées  dans  les  ateliers  anglais.  Paris  et  Bruxelles, 
4836,  2YOl.in-12. 
Ouvrage  de  technologie  assez  superficiel,  où  les  abus  du  système  indus- 
triel anglais  sontatténués  avec  une  partialité  prétentieuse  et  mystique.  Le  peu 


BIBLIOGRAPHIE.  485 

de  faits  intéressants  qu'on  y  trou?e  sont  textuellement  extraits  des  Enquêtes 
officielles  anglaises,  que  l'auteur  a  omis  de  citer. 

UsTARiz  (Geronimo  de).  Théorie  et  pratique  du  commerce  et 
de  la  marine.  Paris,  4753,  in-4. 

La  traduction  de  cet  ouvrage  est  due  à  Forbonnais,  et  quoiqu'il  soit  plein 
d'erreurs,  nous  le  considérons  comme  l'un  des  plus  capables  de  faire  appré- 
cier à  sa  juste  valeur  l'économie  politique  pratiquée  en  Espagne  depuis  le 
régne  de  Cliarles-Quint. 


V. 


Valle  Santoro.  Éléments  d'économie  politique,  Paris,  i  yo}. 
in-8. 

Excellent  ouvrage  élémentaire,  quelquefois  un  peu  obscur. 

Vasco  (Giamb.).  Délie  universita  délie  arii  e  mestieri.  in-^. 

—  Mémoire  sur  les  causes  de  la  mendicité  et  sur  les  moyens 
de  la  supprimer, 

—  La  félicita  puhblica  considerata  nei  coltivatori  di  terre 
propie.  iD-8. 

—  Délia  moneia,  saggio  politico,  Torinese ,  in-8. 

L'un  des  livres  les  plus  originaux  sur  un  sujet  aujourd'hui  épuisé. 

Vauban.  Projet  d'une  dixme  royale,  avec  les  réflexions  sur  le 
même  sujet.  4707,  in-4  et  in-12. 

Livre  d'un  honnête  homme,  au  cœur  noble  et  pur.  Le  remède  qu'il  pro- 
posait serait  considéré  aujourd'hui  comme  le  pire  des  maux,  tant  étaient 
grands  les  maux  de  ce  temps-là! 

Velsi  (le  comte).  Méditations  d'économie  politique,  i  v.  in-8. 
Verri  (Pietro).  Meditazioni  sulV  economia  politica ,  con  an- 
notazione  de  Gian-Rinaldo  Carli. 

C'est  le  principal  ouvrage  de  Verri,  l'un  des  premiers  fondateurs  de  l'éco- 
nomie politique  en  Italie,  et  le  précurseur  d'Adam  Smith. 
Voici  la  nomenclature  des  autres  : 

—  Sulle  legi  vincolanti  principalmente  nel  commercio  de 
grani,  Riflessioni,  scritte  Tanno  4769,  con  applicazione 
allô  stato  di  Milano,  in-8. 


486  BIBLIOGRAPHIS. 

—  Consulta  èulla  reforma  délie  monete  dello  slata  di  Mfla- 
no.  1772,  in-8. 

—  Estraito  del  progeito  di  una  tariffa  délia  mereanzia ,  pet* 
lo  stato  di  Milano.  1774,  in-8. 

—  Mèmorie  storiche  sulla  economia  pubhlica  delh  iiato  di 
Milano,  Milanese,  in-8. 

—  Fari  opuscoli  di  economia  pubhlica,  in-8, 

Villeneuve-Bargemont  (vicomte  Alban  de).  Économie  politi- 
que chrétienne,  ou  Recherches  sur  la  nature  et  les  causes 
du  paupérisme  en  France  et  en  Europe,  et  sur  les  moyens 
de  le  soulager  et  de  le  prévenir.  Paris,  1834,  3  vol.  in-8. 

M.  de  Villeneuve  eit  un  Klversaire  énergique  du  syslftn^o  ii|i|Q«lripl  911811111* 
11  s'effraie  du  progrès  des  manufactures  et  des  malheurs  qu'elles  traînent  à 
leur  suite  ;  mais  les  remèdes  quMl  propose  ne  sont  plus  de  notre  tenpi.  Lt  re- 
ligion a  eu  ses  beaux  jours ,  Tinduslrie  aura  les  siens,  ^on  déf  f  l^pl^^m^Ql 
rassemble  A  celui  d'une  armée  dont  on  pe  peu(  juger  les  l)ellç9  (tispQtitions 
que  lorsqu'elle  a  terminé  ses  manœuvres. 

—  Histoire  de  V économie  politique ,  ou  Études  historiques, 
philosophiques  et  religieuses  sur  l'économie  politique  des 
peuples  anciens  et  modernes.  Paris^  1841,  2  vol.  ln-8. 

Tout  ce  qu'il  m'est  perniis  de  dire  de  ce  livre  ,^  c'est  que  je  n'aurait  pas 
fiUt  le  mien,  si  l'auteur  eût  écrit  avant  moi. 

ViLLERMÉ.  Tableau  de  Vétat  physique  et  moral  des  ùUWieH 
employés  dans  les  manufactures  de  coton ,  de  laine  'et  de 
soie.  Paris,  Renouard,  1840,  2  vol.  in-8. 

Cet  excellent  ouvrage  est  le  résultat  d'un  voyage,  entrepris  par  «rdm  i$ 
l'Académie  des  sciences,  morales  et  politiques  de  l'Institut  de  Fraiiee ,  i  la  rtr 
cherche  de  l'état  physique  et  moral,  inconnu  jusqu'alors,  li^  oliUff  oi|- 
vrières.  L'auteur  a  ainsi  préparé  la  législation  relative  au  (ravuU  dts  eiifwMfi 
dans  les  manuractures,  et  il  a  fourni  des  matériaux  de  bon  aloi  A  la  spience 
économique  en  tout  ce  qui  concerne  le  travail  industriel. 

Vivant  de  Mezague.  Bilan  général  et  raisonné  de  V Angleterre 
depuis  16Ô0  jusqu'à  la  fin  de  1761,  ou  Lettre  à  M.  L.-C.  D. 
sur  le  produit  des  terres  et  du  commerce  de  TAngleterre. 
1  vol,  in-8, 1762. 

Pamphlet  économiste  contre  le  luxe  de  la  Grande-Bretagne .  Il }  a  peu  d'in- 
struction à  en  tirer. 


BIBLIOGRAPHIE.  Wf 

Vollamd.  Mémoire  mr  les  moyens  de  détruire  la  mendiciié  en 

France,  1790,  in-4. 
Ypi^LG^i^FF  (Charles).  *Die  système  der  praktischen  Politih  im 

Ahendlande.  (Les  systèmes  de  la  politique  pratique  en 

Ooeident).  4  vol.  in-8.  Giessen,  1828. 

Cel  ouvrage  traite  de  réconomie  politique  de  tous  lea  peuples  et  de  tous 
tel  temps. 

Le  premier  volume  indlfiue  les  différences  qui  séparent  les  peuples  de 
rorient  d'avec  ceui  de  TOccident.  Les  peuples,  dit  M.  Vollgraff,  sont 
toujours  gouvernés  comme  io  mérite  l'état  de  moralité  dans  lequel  ils  se 
trouvent. 

Le  second  volume  eipose  la  politique  des  Grecs  et  des  Romaini  avec  do 
nonit>reux  détails  sur  les  lumières,  Tétat  de  la  civilisation,  le  gouvernement, 
radministration,  l'étal  social,  l'esprit  militairO|  etc.,  chez  les  peuples  célèbres 
de  l'antiquité. 

Le  troisième  Volume,  consacré  à  la  politique  moderne,  renferme  une  bi- 
bliographie des  ouvrages  qui  ont  paru  dans  les  divers  pays  de  l'Europe  sur 
l'économie  politique  et  la  législation  des  siècles  passés  et  du  temps  actuel. 

Le  qnitrième  volume  décrit  les  relations  des  différents  peuples  de  l'Europe 
oniro  eut,  leur  diplomatie  et  leur  droit  publie.  Il  contient  aussi  leurs  insti- 
tutions, et  particulièrement  celles  des  divers  Étals  d'Alleimgne. 

—  *{/&^r  (fen  he^tig^n  Pegriffy  Umfang  wnrf  Gegenstand  ^çr 
gtaaimiisenchafien,  (Considérations  sur  Tétat  actuel  4& 
réeonomie  politique).  Marbourg^  1824. 

PotH  opusoule  de  trente  pages,  où  l'auteur  trace  les  linéaments  des  deut 
éoolM  politiques  et  économiques  qui  se  disputent  aujourd'hui  le  terrain.  Les 
reiH^seiitants  de  cea  deux  écoles  sont,  selon  H.  voilgraff,  d'une  part,  Halier, 
%xfmx4ê  kl  ^e^lawQiioH  de  la  politique,  et  de  l'autre,  Pœlita,  auteur  du  livre 
intitulé  :  la  Politique  de  noire  époque  mise  au  jour. 

Vp^s.  ^inleiiung  in  die  Geschichte  der  Litteratur  der  allge- 
meinen  Slaatswissenschaft.  Leipzig,  1800-1802,  2v.  in-8. 


w. 


Wade  (John).  Hisiory  ofihe  middle  and  [working  classes j  2* 
édit.  London,  1854,  in-i2. 


488  BIBLIOGRAPHIE. 

Cet  essai  sur  la  condition  des  classes  laborieuses  n'occupe  malheureuse' 
ment  qu'une  faible  partie  de  l'ouvrage,  et  encore  celte  partie  ne  contient- 
elle  que  les  actes  législatifs  relatifs  aux  pauvres  ;  le  reste  est  un  traité  d'éco- 
nomie politique  populaire,  clair  et  facile  dans  sa  brièveté.  La  traduction  fran* 
çtise  aurait  certainement  du  succès. 

Wallace.  Dissertation  historique  et  politique  sur  la  population 
des  anciens  temps^  comparée  à  celle  du  nôtre ,  dans  laquelle 
on  prouve  qu'elle  a  été  plus  grande  autrefois  que  dé  nos 
jours;  traduit  par  M.  E.  4  vol.  in-8,  4769. 

L'auteur  s'est  beaucoup  plus  occupé  de  la  population  des  anciens  que  de 
celle  des  modernes  ;  mais  son  livre  est  un  des  plus  riches  en  faits  anecdoti- 
ques  sur  la  vie  privée  et  les  dépenses  domestiques  des  anciens. 

Walra»  (Auguste).  De  la  nature  de  la  richesse  et  de  V origine 
de  la  valeur,  Paris,  4831,  in-8. 

Ce  livre  contient  quelques  nouvelles  vues  sur  la  théorie  de  la  valeur  :  il  sera 
consulté  avec  fruit  comme  œuvre  de  critique.  Le  style  en  est  quelquefois  dif* 
ficile  et  obscur. 

Ward  (D.  Bernardo).  Proyecto  economico,  en  que  sepropo- 
nen  varias  providentias  dirigidas  à  promover  losintereses 
de  Espana.  Madrid,  4789,  in-8. 

Cet  auteur  était  un  Irlandais  naturalisé  espagnol  ;  il  avait  voyagé  à  plusieurs 
reprises  dans  son  pays  adoptif,  et  il  lui  aurait  rendu  des  services,  si  ses  plans 
eussent  été  exécutés.  Son  projet  économiqtie  renferme  d'excellentes  idées  sur 
une  foule  de  questions  industrielles,  et  il  est  considéré  comme  l'un  des  écrits 
les  plus  remarquables  qui  aient  paru  en  Espagne  sur  Féconomie  politique. 

Wathely  (Richard),  archevêque  de  Dublin.  Introductory  lec- 
tures onpolitical  economy,  (Leçons  d'économie  politique). 
Londres,  4832,  4  vol.  in-8. 

Weber  (Fr.  6én.).  *  Sysiematisches  Handbuch  der  Staats- 
îoirthschaft,  (Manuel  systématique  de  l'économie  politi- 
que). Berlin,  4804,  in-8. 

Le  premier  volume  seul  a  paru.  Les  soixante  premières  pages  de  ce  livre 
traitent  de  l'économie  publique  ;  le  reste  appartient  à  la  science  de  la  police. 

—  Traité  d'économie  politique,  2  vol.  in-8,  Berlin. 

Ce  livre,  rédigé  dans  l'esprit  de  Smith,  a  été  assez  bien  accueilli  daoi  son 
temps  en  Allemagne. 


BIBLIOGRAPHIE.  489 

Welz  (Giuseppede).  Magia  del  crédita  svelaia^  instituzione 
fondamentale di  pubbiica  utilità.  Napoli^  1824, 2  vol.  in-4. 

M.  de  Welz  est  le  premier  économisle  ilalien  qui  ail  arboré  avec  hardiesse  le 
drapeau  du  crédit.  Quoique  ses  idées  à  cet  égard  soient  exagérées,  au  point 
de  lui  Taire  dire  que  le  crédK  multiplie  réellemeot  les  capitaux ,  il  n'en  a  pas 
moins  rendu  un  véritable  service  à  la  Bcience,  en  appelant  rattenlion  de  ses 
concitoyens  sur  les  avantages  d'un  système  de  circulation  mieux  entendu. 

Son  livre  contient  des  notices  sur  tous  les  ministres  des  iinances  en  France 
et  en  Angleterre  depuis  plus  de  trois  cents  ans. 

WiLB£RFOB££.  Lettre  à  M,  de  Talleyrand  sur  la  traite  des  ne- 
*gres.  Londres,  1814,  in-8. 

Beau  plaidoyer,  encore  utile  à  lire,  même  depuis  que  le  procès  est  gagné. 

WiTT  (Jean  de).  Ses  Mémoires.  La  Haye,  1709,  in-12. 

Les  mémoires  de  ce  grand  publiciste  ont  obtenu ,  depuis  leur  publication, 
fine  espèce  de  succès  religieux.  L'auteur  y  a  signalé,  avec  une  supériorité  di- 
gne de  sa  longue  expérience ,  les  causes  4e  la  prospérité  et  de  ia  décadence 
des  nations,  principalement  de  la  Hollande,  si  ingrate  envers  lui. 


X, 


XÉifOPHON.  L'Éœnomique ,  suivie  dti  Projet  de  finances  pour 
augmenter  les  revenus  de  Unique.  Paris,  175G,  in-12. 


Y. 


TofjtfG  (ÂrlhoT^.  Arithmétique  politique^SLÛresséediUX  sociétés 
économiques  établies  en  Europe.  Traduit  de  Tanglais  par  ' 
M.  Fréville.  La  Haye,  1775, 2  vol.  in-8. 

L'auteur  est  un  partisan  timide  du  système  des  économistes ,  qui  revendi- 
quent pour  l'Angleterre  la  priorité  de  leur  idée.  11  n'est  pas  nécessaire  au- 
jourd'hui de  réfuter  une  pareille  prétention. 

YouNC  (Arthur)  et  Banks.  Filature,  commerce  et  prix  des  laines 
en  Angleterre,  ou  Correspondance  sur  ces  matières  ;  tra- 
duit de  l'anglais  par  M.  C.-P.  1  vol.  in-8, 1790. 

Détails  intéressants  sur  le  commerce  dos  laines. 

32 


490  BIBLIOtiRAPHiK. 


z. 


ZàCBkKJJE  (K.  G.).  *  SlaaU'îVirlhschaflslehre,  (Principes  d'éco- 
nomie politique).  2  vol.  in-8.  Heîdelberg,  1832. 

Livre  Tort  original  ;  on  y  remarque  un  ^rand  nombre  de  dénominations 
nouvelles  qui  ne  sont  pas  restées  sans  criliquc  en  Allemagne.  Les  doctrines 
•ont  en  général  présentées  d'une  manière  abstraite,  sans  égard  pour  les  lieux. 
Tes  temps  et  les  Taits  statistiques.  M.  Zacharis  a  imaginé  deux  nouvelles  espè- 
ces de  revenus  :  la  rente  de  l'esprit,  c'esi-à-dire  celle  qui  dérive  de  riulelli- 
gence,  et  la  rente  du  crédit.  A  tout  prendre,  cet  ouvrage,  qui  ne  manque  pas 
de  mérite,  est  peu  propre  à  l'enseignement  de  la  science,  ei  il  ne  peut  être  lo 
^ue  par  des  économistes. 

Zanon  (Antonio).  Lettere  scelle  suW agricoltura ,  sul^com- 

mercio  e  sulle  arti,  Udinese,  in-8. 
—  Apologia  délia  mercaiura,  in-8. 

A  commencé  à  écrire  à  soixante  ans.  Il  proposait  des  écoles  d'agriculture  et 
faisait  l'apologie  du  commerce,  mais  sans  idées  arrêtées,  sans  principes. 


Nous  n'avons  pas  jugé  nécessaire  de  joindre  à  cette  Bibliographie  la  liste  de 
(fuelques  ouvrages  anonymes  sans  valeur,  et  le  catalogue  des  publications  or- 
ficielles  émanées  du  parlement  d'Angleterre  ou  du  gouvernement  français. 
Ces  documents,  qui  consistent  principalement  en  enquêtes  sur  des  questions 
spéciales,  n'offrent  qu'un  intérêt  relatif  et  de  circonstance;  ils  sont  d'ailleurs 
si  Tolumirieux  et  si  nombreux,  que  les  simples  énoncés  de  leurs  titres  forme- 
raient presque  seuls  un  volume.  Telles  sont  les  enquêtes  flrançaises  surjes 
fers,  sur  les  sucres,  sur  les  houilles,  sur  les  laines,  les  cotons,  et  les  enquêtes 
anglaises  sur  les  soirics,  sur  les  banques,  sur  les  chemins  de  fer.  Quoique  les 
Économistes  ne  doivent  pas  en  négliger  l'étude,  cette  étude  appartient  encore 
plus  aux  administrateurs  qu'à  la  science  pure. 


FIN    DE   LA   BIBLIOGRAPHIE. 


TABLE  DES  MATIÈRES 


DU    DEUXIEME   VOLUME. 


■^•«^ 


Vagot. 

CHAPITRE  XXVlI.—Deréconomie  politique  SOUS  Louis  XIV. 

—  Ordonnances  du  coninïerce.  —  De  la  marine.  —  Des 
eaux  et  forêts. — Code  noir, —  Conseils  de  prud'hommes. 

—  Lois  sur  les  pauvres.  —  Fondation  des  hospices  d'en- 
fants-trouvés.— Création  de  compagnies  commerciales. — 
Opinion  des  Économistes  contemporains  :  Vauban,  Bois- 
guilbert,  l'abbé  de  Saint-Pierre .        ^ 

CHAPITRE  XXVHL — Propagation  du  système  mercantile  en 
Europe,  sous  le  nom  de  Colbertisme,  —  Il  est  neutralisé 
par  la  contrebande.  —  Influence  de  la  contrebande  sur  la 
solution  des  questions  économiques 25 

CHAPITRE  XXIX. — Delà  première  lutte  du  système  mercan- 
tile avec  la  liberté  du  commerce  entre  l'Angleterre  et  la 
Hollande.  —  Funestes  effets  de  cette  lutte. —  Acte  de  na- 
vigation.— Éloquente  philippique  de  M.  d'IIauterive  con- 
tre le  système  restrictif 3S 

CHAPITRE  XXX.— Naissance  du  crédit  en  Europe.— Insti- 
tution des  Banques.  — Influence  qu'elles  ont  exercée  sur 
la  marche  de  l'économie  politique.  —  Des  banques  de  dé- 
pôt et  en  particulier  de  celle  d'Amsterdam. — Des  banques 
de  circulation.  —  De  la  banque  d'Angleterre  .  ^ .(S 

CHAPITRE  XXXI.— Du  système  de  Law.— Des  circonstan- 
ces qui  lui  ont  donné  naissance.  —  Des  causes  principales 
de  sa  ruine.  —  Influence  qu'il  a  exercée  sur  la  marche 
de  l'économie  politique fijt 

CHAPITRE  XXXn.— Du  système  de  Quesnay  et  de  l'écol« 
Économisle.  —  Origine  de  se»  doctrines".  —  Services 


492  TABLE    DES    MATIERES. 


ragfîf. 


qu'elles  ont  rendus.  —  Des  diverses  nuances  de  PécoFe 
Economiste,  —  Gournay.  —  Mercier  de  La  Rivière.  — 
Turgot.  —  Admirable  probité  de  ces  philosophes.  —  Dé- 
tails sur  Quesnay 89 

CHAPITRE  XXXIII.  —Du  ministère  doTiirgot.  —  Réformes 
qu'il  entreprend  dans  Tordre  économique.  —  Résistances 
qu'il  rencontre. — Influence  qu'il  a  exercée  sur  la  marche 
de  l'économie  politique H2 

CHAPITRE  XXXIV.— Des  travaux  d'Adam  Smith  et  de  leur 
influence  sur  les  progrès  de  l'économie  politique. — Difle- 
rence  de  ses  doctrines  et  de  celles  des  Économistes.  — 
Exposé  des  créations  qui  lui  sont  dues.  —  Ses  belles  défi- 
nitions de  la  valeur^  du  travail,  des  capitaux^  de  la 
monnaie. — Immenses  conséquences  de  ses  découvertes.    131 

CHAPITRE  XXXV.  —  Du  système  de  Malthus  sur  la  popu- 
lation.—  Exposé  de  ses  formules.  —  Tableau  de  ses  con- 
séquences.— Doctrine  de  Godwin. — ^Elle  a  le  défaut  d'être 
aussi  absolue  que  celle  de  Malthus.  —  Elle  est  plus  hu- 
maine. — Hardiesse  remarquable  du  livre  de  Godwin.  — 
Des  divers  écrits  sur  la  même  question. — Nouvelles  idéeê 
sur  la  population^  par  M.  Everelt. — Du  livre  de  la  cféa- 
rité^  par  M.  Duchàtel. —  De  V économie  politique  chré- 
tienne ,  (le  M.  de  Villeneuve-Barçemont. — Protestations 
de  M.  de  Sismondi  et  de  M.  l'abbe  de  Lamennais i50 

CHAPITRE  XXXVI.  —  De  l'infliieDce  des  écrivains  du  dix- 
huitième  siècle  sur  la  marche  de  l'économie  politique  en 
Europe.  —  Esprit  des  Lois. — Œuvres  économiques  de 
J.-J.  Rousseau.  —  Opinions  économiques  de  Voltaire.  — 
L'abbé  Raynal 177 

CHAPITRE  XXXVII.  —  Des  doctrines  économiques  de  la 
révolution  française. — El  les  ont  toutes  un  caractère  social 
plutôt  qu'industriel.  —  Elles  sont  cosmopolites  en  théorie  " 
et  restrictives  dans  la  pratique. —  La  Convention  et  l'Em- 
pire eu  font  des  armes  de  guerre.  —  Vue  générale  des  con- 
séquences du  blocus  continental.  —  Il  existait  de  fait 
avant  d'être  décrété.  —  Fâcheux  préjugés  qu'il  a  répan- 
dus en  Europe 192 

CHA.PITRE  XXXVIU.  —  De  la  révolution  économique  opé- 
rée en  Angleterre  par  les  découvertes  de  Watt  et  d'Ark- 
wright.  —  Conséquences  économiaues  de  l'indépendance 
des  États-Unis. —  Réaction  de  la  révolution  française  sur 
le  système  financier  de  l'Angleterre. — Accroissement  des 
impôts.  —  Suspension  des  payements  de  la  banque.  -^ 


TABL£    DES   MATIÈRES.  493 

Pages. 

Développements  et  abus  du  crédit. — Énormité  de  la  dette 
publique.  — Conséquences  de  la  paix  générale 209 

CHAPITRE  XXXIX.  —De  J.-B.  Say  et  de  ses  doctrines.  — 
Conséquences  importantes  de  sa  théorie  des  débouchés. 

—  Exposé  des  services  que  cet  écrivain  a  rendus  à  la 
science. —  Caractère  de  son  école.  — C'est  elle  qui  a  po- 
pularisé l'économie  politique  en  Europe 227 

CHAPITRE  XL.  —  De  l'économie  politique  en  Angleterre 
depuis  le  commencement  du  dix-neuvième  siècle.  —  Sys- 
tème de  Pitt,  soutenu  par  Thornton,  attaqué  par  Cobhett. 

—  Doctrines  de  Ricardo.  —  Écrits  de  James  Mill.  —  De 
M.  Tofreus.— DeM.  MacCulloch.— De  M.  Tooke.  —  Tra-  ■ 
vaux  de  M.  Huskisson.  —  De  sir  Henry  Parnell.  —  Trai- 
tés de  M.Wade.  — De  M.  Powlett  Scr'ope.  —  Économie 
des  manufactures,  parBabbage. —  Philosophie  des  ma- 
nufactures^ par  le  docteur  Ure.  —  Grande  popularité  de 
l'économie  politique  en  Angleterre 244 

CHAPITRE  XLI.  —  Les  économistes  sociaux  de  l'école 
française.— A'bwrcaw.r  principes  d'économie  politique, 
de  M.  de  Sismondi. — Nouveau  traité  d'économie  sociale 
de  M.  Dunoyer.  — Économie  politique  chrétienne  de 
M.  de  Villeneuve-Bargemont.  —  Traité  de  législation , 
par  M.  Ch.  Comte.  —  Économie  politique  de  M.  Droz.    265 

CHAPITRE  XLII. —  De  l'économie  politique  éclectique  el  de 
ses  principaux  organes.  — M.  Storch.  — M.  Ganilh. — 
M.  Delaborde.  — M.  FlorezEslrada 292 

CHAPITRE  XLIII.  —  De  l'économie  politique  saint-simo- 
nienne.  — Premiers  écrits  de  Saint-Simon.  — Hardiesse 
de  ses  attaques.  — Théories  de  ses  disciples.  —  Le  pro- 
ducteur, —  Ce  qu'ils  entendaient  par  industrialisme, — 
Ils  fondent  une  enlise.  —  Leurs  attaques  contre  l'héri- 
tage. —  Vue  générale  et  appréciation  de  leurs  travaux.  .    303 

CHAPITRE  XLIV.  —  Des  économistes  utopistes.  —  Du  sys- 
tème sociétaire  de  Fourier.  —  Revue  de  ses  principaux 
ouvrages.  —  Idée  fondamentale  de  sa  doctrine.  —  Dé^  »•- 
loppement  qu'elle  paraît  susceptible  de  recevoir.  —  Du 
système  social  de  M.  Owen.  —  Essais  infructueux  tentés 
par  lui  à  New-I^anark  etàNew-IIarmony.  —  Esquisse  des 
vues  particulières  de  cet  économiste.  ." 327 

CHAPITRE  XLV.  —  Vue  générale  des  systèmes  en  écono- 
mie politique.  —  Caractère  national  des  diverses  écoles. 

—  École  italienne. — École  espagnole. — École  Française. 

—  École  anglaise.  —  École  allemande r)4r> 


494  TABLE    DES    MATIÈRES. 


Pa^c». 


CHAPITRE  XL VI. —  Des  complications  économiques  résul- 
tant (le  raffrancliissement  industriel  depuis  1789. — Des 
inconvénients  de  la  concurrence. — Contradiction  entre 
les  faits  et  les  lois.  —  Nécessité  de  les  metlre  en  harmo- 
nie. —  Des  révolutions  qui  se  sont  opérées  dans  les  rela- 
tions conunerciales  depuis  le  dix-neuvième  siècle. — Mo- 
difications qui  en  résultent  pour  Téconomie  politique.  .  .     367 

BlBIJOGRAPHI!: 595 


M?(    Dh    I.A    TABI.K    DU    DKLllÈMF.    LT    DËKMKR    VOI.L'Mi:. 


PDBLtCATICHS  NOUVELLES 

DE  LA  HimAIBlE  DE  GUlLLAUllIN. 

DICTIONNAIBE  DU  COMMERCE  ET  DES  MARCHANDISES,  coii- 
leoaiil  loutcc  qui  concerne  le  Cofnmerct^,  la  NiiTitjalioD,  les  Doua- 
nes, rëconomio  politi(|ue,  coromerciale  et  induslriclli;;  la  Comii- 
labiliié,  le9FJnances,la  Juiisprudencecommerciale,  la Connaiseanct^ 
des  produits  naLureUet  Toriques,  leurs  caractères spéciHques,  leur.< 
variéU's,  leur  llsioire;  te  Mouvement  des  eiportaiions  M  des  im- 
pnnaiions,  les  Changes  et  Usantes,  tes  MotiDHies,  les  PoiOs  et  les 
Mesures  de  tous  les  pays,  etc. ,  etc. ,  (lar  MM.  Bi-anoci  aîné  (  di^ 
riastliut],  Blaise,  Blat,  Sontemps,  ].  et  A.  Bdhat,  Cueva- 
Lies,  Ed.  CoBBtËBE(dn  Havre],  E.  Costambert,  Alex.  deClebcq. 
DËLËHEK  (de  Briixellea),  Desiëib,  Dorhiinfadt,  DdjaudiN' 
Saii.lt,  h.  Dcmard,  Tb.  Fut,  Stép.  Flachat-Mowv,  Eog. 
Flacbat,  FBAncoeCB,  J.  GABMEBalné,  Kaopfmakn  (deLfOn), 
Ch.  Legehtil,  député;   Mac  Colloch,  de  Moh-iat,   Th.  de 

MOBVILLE,    A.  UlGKOT,  B.   PaNCE,    J.-T.    PaBISOT,   PAVKN,  Pe- 

tODZE  père,  Pelouzb  UIs,  Pbbpicna,  Pommieb.  Ranok  de  la 
Sagba  (de  Madrid).  Rev,  L.  hevbavd,  Bodet,  Sainte-Pbedve. 
Horace  Sat,  Schitcthi  {de  Morat),  Sihon  (de  Nantes),  Wawt- 
ui.  eic.  etc.  S  forts  vol.  petit  in-i°  de  2.35a  ^ges  h  S  i-nlonucs, 
la  mntïère  de  plus  de  15  vol.  in-S°  ordinaires,  avec  Atlas. 
:  ii  fr. 

œi.LECTIOIV 
DES  PRINCIPAUX  ËCOA'OMISTËS. 


1 


MM.  Blasqbi  aîné  (de  l'Institul),  Uobace  S.iv  et  H.  Dumard. 
Cette  collection  formera  13  à  15  v  olumea,  grand  iu-S°  raisin  vëlin. 

it  chacun  la  matière  de  »  à  5  vol.  iu-8°  ordinaires. 

Lei  deux  ouvragée  suivanlt  on!  paru  -. 

—  CeCBS  COHPLbT    D'ËCONONIE   politique    PBATtOITE, 

!  d  mettre  tout  les  yeuxdei  hommes  d'Etat,  r, 


ouvrage 
propriét 


■iélairea  fondera  et  dei  eapilalietai,  de»  lavanli,  des  agri- 
ATÉ,  dei  manufacturière,  de»  négoeianli,  et  en  giniral  rie 

tout  les  citoyens,  {Economie  det  Sociilét.  Seconde  édition  ei 


liÈrement  revue  par  l'auteur,  publiée  sur  les  manuscrits  qu'il  o 
laissés,  et  augmentèedenolesuari/ara»  tfatf,  son  (Ils.  S  vol.  in-8°, 
Biand-raisin  vélin.  Prix  :  SO  fr. 
—  TmAiTÉ  D'ËconoMiE  POLiTioue,  (lU  simple  expaiition  de  la  ma- 
tMr»  dont  ta  formant .  SB  distribuent  et  se  rantommtnl  les  ri- 
eUeiset.  6*  cait.  i  beau  vol.  in-ft'  graud-raialn  ïêliu.  Prix  ;  10  fr. 
Sous  preste  pour  parailie  en  18i2. 

ADAM  BWTH.  —  RECnEBCnKS  SDB  LA  KATIIBE   ET  LES  CArSGS  DE 

Ns,  par  Adam  Smith,  traduction  du  comte 

- ■-■■ ^-'■"-  -"-le^^(^- 

«Ie9 


J 


de  t.-t.  SAT,  'et  il'êclaircisscnieiils  uïsloriqui.-s,  |jar  M.  /ilanqui. 
fi  forts  vol.  grand  iu-S".  Prix  :  90  fr. 

Soug  preste  pour  paraUrt  aussi  en  18-i2. 

TOBOOT.  — Ses  devvhës  ÈconoMiooES,  chustei,  rei'usi,  anno- 
téti  et  précéiléei  d'une  JVoUce  kUloriqve  ntr  ta  vie  et  let  tra- 
vaux, |>ar  M.  H,  DvssiBH,  ua  seul  vol.  grand  in-S",  laisîD  velin. 
du  7U0  il  80â  pages.  Priï  :  la  fr. 

J.-B.  S&T.  —  Petit  vdluhr  ctmienant  guelguet  aperçai  dei  hom- 
me» et  de  la  société.  3<  ^dil. ,  rufondiie  par  Vauleur,  eV  publiée  sur 
les  mannscrit-s  qu'il  a  laissa,  rai  Horace  Say,  sou  Uls.  Un  joli 
volume  i^i'aiid  iD-3i,  papier  vâiii.  Prix  :  3  fr. 

AU.  BLAKQUX  a)né  (de  l'Inslilul].  —  Uistdibe  dis  L'ÉcoNaMlB 
poLiTigCE  'lepuù  les  aneient  jusqu'à  nos  joun ,  suivie  tJ'une 
BiBLinMiAFOiE  raiMMinéti  des  uuvrjgus  d'ËcOBOmie  iwlllique. 
ï'  edilion ,  a  vol.  in-8°,  iiuprimcs  avec  siiin.  Prii;  ;  IS  Ir, 

AiSAK  DE  vnxSNEtrvE-SABGEUoitT  Ile  Ticooile].  —  Histoire 
del'écokohie  PDLiTiQL'E,  n»  études  hiiloriqv0t,  philoiophiifuea 
et  reUgUutea  svr  l'iconmnie  potitiqve  des  peuples  anciens  et 
medentes.i  beaux  vol.  in-S".  Prix  :  Itt  fr. 

HORACE  SAT.  —  UlSTOlBB  DES   BEI.ATIONS  G01iniEBCI.lI.EK  EHTUR 

LA  FBADCB  ET  LE  BoÉiilL,  et  cousiiUrations  giniraler  sur  les 
monnaies,  let  changes,  le*  banques  et  le  commeree  extiiieiir. 
Uti  beau  vol.  in-B",  avec  plans,  caile  ei  tableaux.  Prix  :  7  fr.  AO  c. 

Ié,  BETBAITD.   —  ÉIDDES   StW  LES  BÉranMAIErB»  CUKTEMPUnAINS 

OU  A'ocialistes  moderne*  SaiuL-Simoii,  Cliarles  Fouriei',  Ruherl- 
Owen.  3<  (édition,  augmeolée  d'uBo  BiBLioeBAPniB  n 
principaux  utopistes.  Un  vol.  in-S».  Prii 

Ouvrage  couronné  par  l'AcadéJ^iie  fratigai» 

BA&THÉIXUT  HACBKX.  —  HISTOIRE  POI.ITIQnE  KT    ABCCMTI- 


inidili  sur  ia  période  rivohi/k 
SAINT- OEHMAIH  LEDUC. 


'.,  contenant  des  renseignement* 

— -■—  ■  — '  in-s<.  prii  :7fr.  &a. 

1  Nais- 

iTJâ). 


1    ^Tlf/ll 


!  cotonniére  e 
Un  Juli  volume  in-is.  Prix  :  a  fr.  ï 

AHDBADD  ET  TE8BIÉ  DE  HOTHAT.  ~  On  LAIR  COMntlMi  ET 
DILATE  COMME  i-OBCE  MOTRICE,  OU  Dei  forcei  naturelles  reevml- 
lies  graUnlement  et  mite*  en  réserve.  3'  l'dilion  ;  brochure  in-8° 
de  lU  pages  avec  une  planclic.  Prix  :  3  fr. 

TH.  DE  MOnnLLE.  —  Tableau  ïi«oftiqde  focb  bebtih  a  l'ë- 
tiTDB  DB  l'économie  poutiqce.  Une  feuille  ta-pUDo,  papier  Jé- 
sus. Prix  :  1  fr.  50  c. 

—  Collé,  sbt  carton,  S  fr.  50  c. 

P.-2.-B.    SDCH^.  —  IlSTRODDCTIOn  A  LA  5CIBICCB  DE  L'HISUMMe  , 

nouvelle  édition,  revue,  corrigée,  et  angmenlëe.  1  voL  io-8>. 
Prix  :  15  fr. 
HENOUABS,  député,  conseiller  fi  la  Cour  de  Cassation.  —  Traité 

DES  FAILLITES  ET  BAKQDCR0VTB9.  9  VOl.  IH'-S.  Prix  :   IG  tt. 

MOBEAIJ  DE  DONNÉS.  —  Becuercbes  statistiouas  soi  i.'rscla- 
FAGE  COLONIAL  et  siir  les  moyens  de  le  svpprimiT.  Un  ti^  iiv-B». 
Friï  ;  S  fr. 


BfB^ 

yj 

1 

DATE  DUE 

^^m 

^^H    Mir.  <  'X 

983 

^ 

1 

^^^ 

1 

^^^H        STANFORD  UNIVERSITY  LIBRARIES 
^^^H               S1ANF0RD,  CAUFORNIA